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Ni steak ni soumis !

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Un catholique peut-il manger de la viande halal un vendredi de carême ?
Un catholique peut-il manger de la viande halal un vendredi de carême ?

Pour un carême, ça commence bien. On s’était promis de faire maigre et de tenir quarante jours durant. Voilà que l’actualité nous sert une pleine platée de carne.

La semaine dernière, le maire socialiste de Roubaix, René Vandierendonck, faisait une drôle de découverte : le restaurant Quick de sa ville ne sert plus que des hamburgers halal à ses clients et le scandale dure depuis trois mois déjà. Aussitôt, l’élu hurle à la discrimination et envoie son avocat porter plainte contre Quick.

Du coup, le pays tout entier s’est pris d’une irrésistible envie d’aller manger au Quick halal de Roubaix un hamburger pas halal. Les uns pour défendre la laïcité : « Préservons notre droit de manger du cochon le Vendredi-Saint ! » D’autres pour défendre les traditions multiséculaires de la France éternelle : « Défendons les valeurs du terroir qu’incarne le hamburger strong bacon. » Certains enfin, parce que l’islamisme ne passera pas : « J’étais au Quick de Roubaix et Ben Laden était planqué dans les chiottes. » Le salafisme s’attrape par la viande halal aussi sûrement que le cancer se transmet par une poignée de main.

Laïcité, islamisation, discrimination : lorsque les grands mots sont sortis à mauvais escient, ils deviennent des gros mots. L’islam n’est pas l’affaire de Quick. Quick fait des affaires avec l’islam.

Si, aujourd’hui, au nom de la lutte contre les « discriminations », le maire de Roubaix porte plainte contre un restaurant halal, pourquoi ne le ferait-il pas, demain, contre un restaurant casher ? Il n’aurait, en effet, aucune raison de s’arrêter en si bon chemin.

L’autre jour, je vais dîner au restaurant casher Les Ailes, rue Richer, dans le 9e. Le mal du pays sans doute, je commande au garçon un jarret de porc. Il n’a pas voulu me servir. Furieux, je sors et je prends place, rue Hénard, dans le 12e, à l’excellent restaurant indien Jodhpur : c’est à peine s’ils m’ont mis dehors quand j’ai commandé un faux-filet saignant. En désespoir de cause, j’ai essayé de trouver un restaurant végétarien digne de ce nom, histoire de manger un tartare bien épicé. J’ai fini, chez moi, devant un bol de soupe.

Les interdits et les prescriptions alimentaires n’appartiennent pas à la sphère publique : elles relèvent de la sphère privée. Sauf pour les cannibales, auxquels la civilisation interdit d’assouvir leurs penchants culinaires – encore une « discrimination » ! Pourquoi, au nom de la laïcité, voudrait-on forcer un catholique pratiquant à manger de la viande un vendredi de Carême, un musulman à avaler du boudin et un juif à faire braiser chaque sabbat un filet mignon de porc ? Seraient-ils plus français, mieux intégrés à la communauté nationale, s’ils le faisaient ? Bien sûr que non. Le rapport que nous entretenons avec l’alimentation – et, plus généralement, avec ce que Jankélévitch plaçait sous les catégories du pur et de l’impur – est certainement ce que nous avons de plus intime. De plus intime, sinon de plus essentiel.

On est toujours gêné aux entournures lorsque l’une ou l’autre instance officielle (ministère et organismes de la Santé) édicte des prescriptions alimentaires. Même si elles sont hygiéniquement fondées (« tu t’es vu quand t’as bu », « cinq fruits et légumes par jour », « quand il fait chaud, mangez gras »), elles semblent empiéter sur notre libre détermination. Kant résumait parfaitement ce sentiment dans Qu’est-ce que les Lumières ? : « Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. » Les exemples choisis par le Chinois de Königsberg ne sont pas pris au hasard : entendement, conscience et alimentation sont ici placés sur un pied d’égalité, car, en fin de compte, c’est de l’autonomie du sujet qu’il est question.

Cette autonomie, elle trouve sa source dans le christianisme, qui opère ici un véritable renversement anthropologique : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche d’un homme qui le rend impur. Mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui le rend impur[1. Matthieu, 15.]. »

Lorsqu’elles sont religieuses, c’est-à-dire culturelles, les prescriptions ne sont pas extérieures au sujet. Il les a intégrées dans son identité-même. Elles sont devenues, pour lui, des obligations. Faire manger du porc à un juif ou à un musulman observant, ce n’est pas lui faire simplement injure, c’est nier sa propre individualité.

En venir à parler de Kant dans un Quick, ça fait un peu tâche. Revenons à nos moutons – avant de les égorger dans la baignoire. Dans l’affaire roubaisienne, ce n’est ni la religion ni les prescriptions alimentaires qui sont en jeu. C’est de fric, de pognon, de grisbi qu’il s’agit avant tout.

Le Quick de Roubaix n’est pas un cas isolé. Sur les 362 fast-food de la marque, huit sont passés au burger halal depuis novembre dernier – à titre expérimental, nous dit-on. Les huit sont situés dans des quartiers où vivent, en grande majorité, des musulmans. Quick a adapté son offre commerciale au segment le plus porteur. L’entreprise aurait l’une de ses enseignes dans un quartier à fort peuplement hindou qu’elle ne servirait plus de bœuf dans son restaurant.

Tout ce ramdam pour s’apercevoir que dans certains quartiers vit une majorité de musulmans. Quelle stupéfiante découverte ! Pas besoin de statistiques ethniques : le service commercial de Quick s’en est chargé à votre place. Cependant, il ne faut jamais désespérer de rien. Peut-être que, de progrès en progrès, de mal en pis, on s’apercevra un jour que, halal ou pas, la merde que vendent les fast-food sous forme de hamburgers reste de la merde. Et, en cette matière, il n’y a aucune discrimination : tout le monde est servi.

Une question cependant demeure. Pourquoi un maire, comme René Vandierendonck, se met-il martel en tête de porter plainte contre un fast-food halal ? Il est publiciste et sait parfaitement que la composition de la carte d’un restaurant n’est pas inscrite dans la Constitution. Il sait également que Quick n’est pas un restaurant d’Etat et que le seul maître à bord c’est l’entrepreneur privé lui-même[2. Que le principal actionnaire de Quick soit une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations n’en fait pas une société publique. D’ailleurs, rachetée en 2006 à Albert Frère par Qualium investissement, la cession de Quick est annoncée depuis plus d’un mois par la Caisse des Dépôts.].

La réponse est, peut-être, à trouver chez le philosophe canadien Charles Taylor : dans un quartier où la légitimité des institutions publiques est en crise, un fast-food n’est plus une simple enseigne commerciale. Il devient lui-même – aussi paradoxal que cela puisse paraître – une institution. Il se charge des fonctions autrefois assumées par les institutions en crise : il socialise, il transmet une culture, il pourvoie chacun de modèles sociaux.

Dès lors, la question n’est plus juridique (un fast-food discrimine-t-il en ne servant que des produits halal ?). Elle est uniquement politique : quelles instances jouent, dans nos quartiers, le rôle traditionnellement dévolu aux institutions ?

Le Pur et l'impur

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Le vrai chic

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« Le vrai chic, c’est quand ça ne se voit pas », me disait ma grand-mère dans son immense sagesse. Est-ce pour cela que la prestigieuse maison Dior a décidé de ne plus sponsoriser pour sa nouvelle et somptueuse campagne qu’une seule chaine de télé, Canal + en l’occurrence ? Il est vrai que Canal + sait inviter ce qu’il y a de plus glamour dans la République : Nicolas Sarkozy, sa femme, ses ministres, ses amours, mais pas ses emmerdes. À moins que l’on ne considère qu’Olivier Besancenot, invité onze fois au « Grand journal » en 2009, ne soit une emmerde de Sarkozy. Ce qui étonnerait, car le NPA vient d’aider à relancer la haute couture et le débat sur l’identité nationale en faisant d’une pierre deux coups avec la candidate voilée en Provence. Le foulard, nouvel accessoire à la fois révolutionnaire hype et bcbr (bon chic bon religieux) : Dior en avait rêvé, Besancenot l’a fait.

George Soros : le rusé veut l’or

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Philanthrope et précurseur des hedge funds, George Soros est allé à Davos, au mois de janvier, alerter ses collègues financiers : « L’or est la bulle spéculative ultime. » Fini la valeur refuge ! Qui irait investir, surtout en temps de crise, dans une bulle spéculative ? Eh bien, George Soros évidemment. Le Telegraph nous apprend qu’au moment même où il déconseillait à la planète économique d’investir dans le métal doré, le milliardaire doublait sa participation dans le plus grand fond d’or mondial, tout en prenant des options dans des sociétés telles que la Yamaha Gold. Bref, quand George Soros veut acheter de l’or, il recommande au monde entier de s’en passer : philanthropie bien ordonnée commence par soi-même.

Nouveau dérapage d’un président de Région

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Invité ce matin à l’émission « Le rendez-vous des politiques », sur France culture, Michel Vauzelle, président socialiste de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a tenu des propos qui n’ont rien à envier aux dérapages habituellement pratiqués par Georges Frêche, son homologue de Languedoc-Roussillon. Interrogé au sujet de son adversaire Thierry Mariani, député UMP de Vaucluse, il a déclaré : « Thierry Mariani, il parle le pachtoun. Il arrive d’Afghanistan. Il ne connaît pas la région. » Le mouvement Sos-Pachtoun n’a pas encore réagi face à ces propos d’une rare violence, qui trahissent un antipachtounisme de sinistre mémoire.

Le drame des filles-mères

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Matignon lance une campagne de presse nationale pour défendre le grand emprunt, pardon les filles-mères.
Matignon lance une campagne de presse nationale pour défendre le grand emprunt, pardon les filles-mères.

Elles ont à peine vingt ans. Elles commencent leur vie. Mais dans la chaude moiteur d’un soir estival, au détour d’un bal des pompiers, elles se font engrosser par le premier venu derrière un bosquet[1. Chose d’autant plus difficile de nos jours que les pompiers sont, la plupart du temps, occupés à poser dans des calendriers gays.]. Neuf mois plus tard, on les retrouve allaitant leur progéniture, heureuses des risettes que leur fait leur petit, mais irrémédiablement seules, oubliées du monde, reléguées dans une situation que l’époque réprouve à défaut de condamner.

Aujourd’hui, en France, le drame des filles-mères est d’autant plus réel qu’il est largement sous-estimé par l’opinion publique. Si les Français donnent beaucoup trop en moyenne au Téléthon et au Sidaction[2. Tout ça pour que les myopathes jouent les traders, comme le dit l’excellent Pierre Bergé, qui est myopathe mais pas trader.], ils ne versent en revanche aucun centime d’euro pour les filles-mères ! C’est inadmissible ! La situation ne pouvait plus durer et on peut féliciter le gouvernement de François Fillon de vouloir y mettre enfin terme.

La campagne nationale en faveur des filles-mères, que le service d’information du gouvernement a lancé dans la presse française ces derniers jours, permettra de récolter suffisamment de fonds pour venir en aide aux filles-mères du pays (et, accessoirement, aux régies publicitaires de ladite presse française). Du moins l’espère-t-on.

Comme nous le rappelle cette campagne conçue par Thierry Saussez[3. Thierry Saussez était, en France, le meilleur publicitaire de droite jusqu’à ce que Jacques Séguéla s’en mêle.] : les filles-mères sont l’avenir de la France. Enfin, le proche avenir est surtout réservé aux réveils nocturnes, aux biberons et aux couches-culottes à changer, sans parler du baby blues ni des vergetures, qui sont le lot de chaque mère même lorsque ce n’est pas une fille.

Mais ne polémiquons pas : Thierry Saussez a raison. Sa louable initiative aurait dû recueillir l’assentiment de tous. Malheureusement le Parti socialiste français a refusé d’acquiescer à cette campagne d’intérêt général, en prétextant qu’il ne s’agissait que de vendre le « grand emprunt » à quelques semaines des élections régionales.

La mauvaise foi n’a pas de limite ! Qu’est-ce que cette affaire de « grand emprunt » a à voir avec le drame éprouvant des filles-mères ? La campagne gouvernementale est on-ne-peut-plus claire : lorsqu’elles sont seules et enceintes, les filles-mères sont le plus beau visage de la France. Lorsqu’elles sont en couple et pas enceintes, elles sont lesbiennes. Mais c’est une autre affaire, qui nous obligerait à évoquer la tragédie silencieuse des fils-pères.

Le gouvernement a, en tout cas, bien raison de le rappeler : se faire faire un enfant dans le dos n’est pas une question de droite ni de gauche.

De quoi suis-je le nom ?

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Dans son entretien avec Nicolas Demorand, vendredi 19 février sur France-Inter Bernard-Henri Lévy a, à plusieurs reprises, évoqué le nom de Rosenzweig pour se défendre des quolibets dont on l’accable aujourd’hui à propos de sa bourde sur l’affaire Botul. Comme il ne mentionne jamais le prénom – en l’occurrence, Franz – du philosophe juif allemand mort en 1922 dont il fait un usage immodéré pour se parer des plumes du paon, je suis contraint de faire une mise au point. Je lui interdis désormais de citer le nom de Rosenzweig, dont je suis un des rares porteurs vivants, pour vendre sa prose ! On a sa dignité, bordel !

[daily]xcabe8[/daily]

Sarkozy est-il fichu ?

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Nicolas Sarkozy fait des grincheux à l'UMP.
Nicolas Sarkozy fait des grincheux à l'UMP.

La semaine passée, je me trouvais à banqueter dans une joyeuse ambiance avec une brochette de notables politiques montés de la vallée vers mon village perché pour une remise de médailles aux édiles locaux.

Tout ce petit monde forme une bande de vieux amis blanchis sous le harnois de la gestion communale et cantonale depuis quelques décennies. La gauche n’a jamais été leur tasse de thé, c’est la région qui veut ça : pays de Contre-Réforme, le haut pays savoyard a été longtemps marqué par une emprise du clergé sur les esprits ruraux. Les idées collectivistes et l’exercice de la lutte des classes n’ont pas été pourtant totalement absentes de l’histoire locale. Au début du siècle, l’industrialisation de l’horlogerie avait donné lieu à des conflits sociaux violents, notamment à Cluses, en 1904, où les patrons d’une usine en grève avaient tiré sur les ouvriers en grève, faisant trois morts parmi eux. Cette affaire donna l’occasion à Aristide Briand de faire une des plaidoiries les plus brillantes de sa carrière d’avocat et d’homme politique de gauche.

Aujourd’hui, cette époque est bien révolue, et les arrière-petits-enfants des ouvriers en colère sont devenus patrons ou cadres des PME du décolletage, et font trimer des gens venus d’ailleurs, du nord de la France ou du Maghreb pour fournir des pièces de haute précision aux industriels de l’automobile, de l’aviation ou de l’armement.

Les convives avec lesquels je partageais le pain et le vin, le café et le pousse-café étaient donc encartés à l’UMP, à l’exception d’un jeunot qui s’est inscrit au Nouveau Centre pour faire le mariole.

Pour tous ces gens-là, qui n’ont pas suivi à la trace un cheminement politique dont certains commentateurs ne manquent pas de me faire grief, je reste à jamais un suppôt de la gauche.

Cela ne les empêche pas d’éprouver pour ma personne quelque considération, et même pour certains d’entre eux, une forme d’amitié montagnarde, peu expansive, mais d’une solidité à toute épreuve.

C’est donc sans malice, et même avec l’idée que cela pourrait me faire plaisir, qu’ils ont tenu, au cours du repas, des propos virulents contre l’actuel président de la République.

C’était la fête à Sarko, qui est sorti essoré de ce pow wow de sachems alpins. Tout y est passé : la suppression de la taxe professionnelle, la réforme nébuleuse des collectivités locales, le bling-bling et le copinage privilégié avec les patrons du CAC40 honnis par ceux des PME qu’ils pressurent.

Mais ce qui leur est resté principalement en travers de la gorge, c’est l’embrigadement de l’ensemble de la droite sous la seule bannière UMP, qui prive les gaullistes de longues dates des postes électifs au nom de l’élargissement au villiéristes, bockeliens et autres chasseurs-pêcheurs. Tout cela étant mitonné rue de la Boétie sous la houlette d’un Xavier Bertrand piloté de l’Elysée, cela ne laisse pas beaucoup de marge à mes amis de la droite locale pour mettre leur épices personnelles dans la cuisine électorale devant être servie les 14 et 21 mars prochain.

Devant tant de hargne et d’ingratitude envers celui qui les a, tout de même, menés vers la victoire en 2007, je me risquais timidement à souligner que tout n’était pas à jeter dans l’action de Nicolas Sarkozy et que, par exemple, en politique extérieure il avait eu quelques initiatives ne devant pas déplaire aux hommes de droite comme eux. Réintégration de l’OTAN, présidence le l’UE dynamique, correction de la « politique arabe » chiraquienne pour revenir dans le jeu politique proche-oriental…

J’aurais mieux fait de me taire, car ce plaidoyer eut pour effet de renforcer encore la hargne anti-sarkozienne de la tablée. Ces notables regrettent Chirac, point barre. Il était un des leurs, se contentait de verrouiller politiquement sa Mairie de Paris et son département corrézien, laissant ses amis des provinces organiser à leur guise leur petite entreprise politique. Et pour ce qui est de la politique extérieure, va pour une politique arabe de la France qui assure de juteux contrats aéronautiques et d’armement qui font tourner à bloc les machines de la vallée. Sarko, pour eux, c’est un agité du bocal qui leur fait honte quand il sort.

Alors, Nicolas Sarkozy peut-il encore gagner en 2012, si l’on considère l’état actuel des sondages, l’épine villepinienne, et cette révolte sourde, mais bien réelle, des chefs de villages provinciaux, ce n’est pas plié, loin de là.

L’exemple d’un Mitterrand au plus bas en 1986 qui remporte haut la main la présidentielle de 1998, ou de Chirac cohabitant écrasant Jospin en 1995 ne peuvent être évoqués pour rassurer les sarkozistes.

Le quinquennat a changé totalement la nature de la Ve République. Les candidats Mitterrand et Chirac étaient des opposants au pouvoir en place lorsqu’ils ont été réélus, alors que Sarkozy devra assumer son bilan, tout son bilan. Pour reconquérir le peuple de droite, les bons vieux gadgets sécuritaires et patriotiques ne suffisent pas. On ne met pas une armée en marche en méprisant les caporaux et les sergents.

Bien sûr, ils ne voteront jamais à gauche, mais ils pourraient bien ne pas se montrer très zélés pour faire remonter Nicolas sur le pavois. On me dira qu’un Sarkozy en campagne, ça peut soulever des montagnes avec ses petits bras, et que l’on a encore rien vu. À ceux-là, le clintonien farouche que je suis répond : « It’s the economy, stupid ! » Se faire réélire avec un taux de chômage à plus de 10 % et une politique de rigueur imposée par Bruxelles et Francfort relève de l’exploit herculéen.

Son seul vrai espoir réside donc dans cette propension de la gauche à ne jamais rater l’occasion de rater une occasion.

OSS 117 n’est pas maussade !

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Ils sont en short, une raquette de tennis sous le bras, on dirait des touristes d’opérette. Et, comme ce sont des agents secrets, ils passent inaperçus… devant les caméras de surveillance. On leur aura sans doute donné la consigne de se fondre dans le hall de l’hôtel, de jouer aux fantômes dans les couloirs, et de déambuler devant la chambre de Mahmoud-al-Mabhouh. Mission accomplie ! James Branque 007 est de retour, et il n’est pas discret ! D’ailleurs, le chef de la police de Dubaï ne s’y est pas trompé, qui a déclaré que le Mossad était « à 99 %, sinon 100 % derrière ce crime ». Mais de quoi ce 1 % est-il le nom ?

Israël-Palestine : la Bourse c’est la vie !

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Naplouse : l'avenir est-il aux traders ?
Naplouse : l'avenir est-il aux traders ?

Dans le long conflit qui oppose Palestiniens et Israéliens, chaque camp commémore des dates qui sont synonymes de victoires ou, mieux encore, d’héroïques défaites illustrées par des sacrifices suprêmes. Le 18 février ne fait pas partie de ce calendrier et c’est bien dommage, car c’est à cette date, en 1997, qu’ont été exécutés les premiers ordres d’achat et de ventes du PSE (Palestine Securities Exchange), autrement dit la Bourse palestinienne.

La bourse de Naplouse
Treize ans et à peu près autant de milliers de morts plus tard, Ahmad Aweidah, le patron de la Bourse palestinienne, s’est rendu à Tel-Aviv. Ce jeune Palestinien de 32 ans n’y a pas été invité pour fêter la bar-mitsvah de son établissement et à ma connaissance, personne n’a même songé à célébrer cet anniversaire. Invité par un cabinet d’avocats d’affaires de Tel-Aviv, M. Aweidah s’est efforcé, devant un parterre d’hommes d’affaires et de financiers israéliens, de vanter sa marchandise.

Le projet est né dans les jours heureux de l’après-Oslo quand la paix semblait à portée de main. Bien des choses ont changé depuis, mais dans le pessimisme ambiant, il n’est pas inutile de souligner que cet arbrisseau a miraculeusement survécu aux tempêtes et aux sécheresses politiques pour devenir un arbre – ou du moins un bonzaï. Quand on connaît les contraintes et l’incertitude politique et géopolitique, l’existence même de cette Bourse tient du miracle et ses belles performances depuis 2006 – tout est relatif – et l’évacuation de Gaza témoignent que tout n’est pas si noir.

Il est vrai qu’avec 39 sociétés cotées et 55 millions de dollars d’échanges quotidiens, la place palestinienne fait pâle figure à côté de celle de Tel-Aviv (771 sociétés cotées, 500 millions de dollars de valeurs mobilières échangées chaque jour) sans parler des grandes places américaines, européennes ou asiatiques. En revanche, par rapport à certaines de ses consœurs arabes, Naplouse n’est pas, et de loin, le pire élève de la classe. À la Bourse algérienne (inaugurée le 15 février 1999, seulement trois sociétés cotées) la valeur des titres échangés est dérisoire et même comparée à Aman, la petite sœur palestinienne n’a pas à rougir.
Salam Fayyad, l’économie et le « state building ».

La « paix économique », concept cher à Benyamin Netanyahou, reste pourtant une illusion : une économie prospère ne peut pas remplacer la volonté d’un peuple à disposer de lui-même, c’est-à-dire à avoir son propre Etat. Mais, justement, quand le développement économique fait partie d’une stratégie globale et ne sert pas seulement de « carotte », les dividendes politiques peuvent être considérables.

C’est exactement ce qu’essaie de faire le Premier ministre palestinien Salam Fayyad. Pour lui, la fin de l’occupation israélienne ne peut pas être dissociée de l’indépendance palestinienne. Concrètement, cela signifie que les Palestiniens doivent consacrer autant d’énergie et de moyens à la construction de leur futur Etat qu’à la lutte pour leurs frontières.

Depuis la nomination de Fayyad au poste de Premier ministre après la scission avec Gaza en juin 2007, son gouvernement s’est donné pour mission de construire une infrastructure étatique, refonder les institutions et surtout faire avancer une culture de gouvernance. Autrement dit, il s’agit de créer une fonction publique de qualité (recrutement et avancement au mérite et non pas selon l’appartenance politico-clanique) et de lui donner les moyens de travailler. Ce professeur d’économie, ancien de la Banque mondiale et du FMI, laisse à son patron, le président de l’Autorité palestinienne, le soin de mener la guéguerre diplomatique et politique avec Israël et consacre le plus clair de son temps à faire avancer des projets à la fois publics et privés.

Cette stratégie de « state building », appliquée patiemment et méthodiquement par Fayyad commence à porter ses fruits. La croissance a atteint 4 % en 2007 et 7 % en 2009, les salaires ont augmenté d’à peu près 20 % et les appels d’offre pour la construction d’une première ville nouvelle sont en cours de préparation.   
 
La mutation des forces de sécurité
Une Bourse palestinienne où les sociétés locales pourront lever des capitaux est un élément capital du dispositif de Fayyad, car au-delà de son utilité économique, un marché financier national est un attribut étatique important. Or, pour faire avancer cette stratégie, Fayyad a besoin non seulement des capitaux américains et européens qui assurent à peu près la moitié de son budget, mais aussi et surtout de calme. Les trois ou quatre dernières années ont été caractérisées par un niveau de violence très bas en Cisjordanie, notamment grâce à la première mutation réussie d’une institution palestinienne : les forces de l’ordre et de sécurité. En effet, depuis quatre ans, le général américain Keith Dayton surveille la formation et la réorganisation des différents organismes sécuritaires, les transformant graduellement en corps professionnels et disciplinés, c’est-à-dire beaucoup moins politisés qu’avant. Ainsi, quand un officier de police palestinien a tué la semaine dernière un sous-officier israélien sur une route cisjordanienne, Salam Fayyad s’est empressé de condamner l’attentat, assurant le gouvernement israélien que ce cas isolé ne reflétait pas le comportement des fonctionnaires en uniforme de l’Autorité palestinienne. Tout est sous contrôle, et le calme et la confiance permettent à Fayyad et ses fonctionnaires d’avancer vers leur Etat. 

Un pragmatisme révolutionnaire
Face à l’incapacité des classes politiques palestinienne et israélienne de parvenir à un accord diplomatique, la nouvelle approche pragmatique palestinienne est aujourd’hui la seule source d’espoir. Avancer sans laisser le Hamas ou la question de colonies – ou tout autre obstacle d’ailleurs – bloquer la situation, créer un Etat palestinien, non pas à partir des ses frontières et de ses attributs symboliques mais en commençant par ses institutions et ses attributs réels, tout cela constitue une véritable révolution copernicienne. Un tel Etat, reconnu par la Communauté internationale dans des frontières provisoires, pourrait changer la donne au Moyen-Orient. Shimon Pérès n’avait pas tort quand il disait que Fayyad n’était peut-être pas le premier Palestinien à lire David Ben Gourion mais probablement le premier à l’avoir compris.

Tout augmente

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France Info nous apprend ce matin que 241 bijouteries ont été cambriolées en 2009, contre 158 en 2008. Tout ça nous fait tout de même un tiers d’augmentation en un an et devient effrayant si on songe aux malheureux 11 braqueurs tentés par la joncaille en 2007. Mais que fait la police, ma bonne dame ? Eh bien la police, elle raccompagne les profs à la frontière et elle remplace le manque de travailleurs sans-papiers en surveillant les établissements scolaires. A moins que ce ne soit le contraire. Toujours est-il qu’une telle recrudescence, qui a lieu aussi bien dans la bijouterie fantaisie pour pauvres des galeries marchandes que chez les grands joailliers de la place Vendôme, n’est pas sans rappeler ce que les charmants garçons de la bande à Bonnot appelait « la reprise individuelle ». Quand l’Etat privatiseur se permet de vendre EDF, GDF, La Poste ou la SNCF, il est légitime que le peuple veuille, d’une manière ou d’une autre, récupérer les bijoux de famille.

Ni steak ni soumis !

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Un catholique peut-il manger de la viande halal un vendredi de Carême ?
Un catholique peut-il manger de la viande halal un vendredi de carême ?
Un catholique peut-il manger de la viande halal un vendredi de carême ?

Pour un carême, ça commence bien. On s’était promis de faire maigre et de tenir quarante jours durant. Voilà que l’actualité nous sert une pleine platée de carne.

La semaine dernière, le maire socialiste de Roubaix, René Vandierendonck, faisait une drôle de découverte : le restaurant Quick de sa ville ne sert plus que des hamburgers halal à ses clients et le scandale dure depuis trois mois déjà. Aussitôt, l’élu hurle à la discrimination et envoie son avocat porter plainte contre Quick.

Du coup, le pays tout entier s’est pris d’une irrésistible envie d’aller manger au Quick halal de Roubaix un hamburger pas halal. Les uns pour défendre la laïcité : « Préservons notre droit de manger du cochon le Vendredi-Saint ! » D’autres pour défendre les traditions multiséculaires de la France éternelle : « Défendons les valeurs du terroir qu’incarne le hamburger strong bacon. » Certains enfin, parce que l’islamisme ne passera pas : « J’étais au Quick de Roubaix et Ben Laden était planqué dans les chiottes. » Le salafisme s’attrape par la viande halal aussi sûrement que le cancer se transmet par une poignée de main.

Laïcité, islamisation, discrimination : lorsque les grands mots sont sortis à mauvais escient, ils deviennent des gros mots. L’islam n’est pas l’affaire de Quick. Quick fait des affaires avec l’islam.

Si, aujourd’hui, au nom de la lutte contre les « discriminations », le maire de Roubaix porte plainte contre un restaurant halal, pourquoi ne le ferait-il pas, demain, contre un restaurant casher ? Il n’aurait, en effet, aucune raison de s’arrêter en si bon chemin.

L’autre jour, je vais dîner au restaurant casher Les Ailes, rue Richer, dans le 9e. Le mal du pays sans doute, je commande au garçon un jarret de porc. Il n’a pas voulu me servir. Furieux, je sors et je prends place, rue Hénard, dans le 12e, à l’excellent restaurant indien Jodhpur : c’est à peine s’ils m’ont mis dehors quand j’ai commandé un faux-filet saignant. En désespoir de cause, j’ai essayé de trouver un restaurant végétarien digne de ce nom, histoire de manger un tartare bien épicé. J’ai fini, chez moi, devant un bol de soupe.

Les interdits et les prescriptions alimentaires n’appartiennent pas à la sphère publique : elles relèvent de la sphère privée. Sauf pour les cannibales, auxquels la civilisation interdit d’assouvir leurs penchants culinaires – encore une « discrimination » ! Pourquoi, au nom de la laïcité, voudrait-on forcer un catholique pratiquant à manger de la viande un vendredi de Carême, un musulman à avaler du boudin et un juif à faire braiser chaque sabbat un filet mignon de porc ? Seraient-ils plus français, mieux intégrés à la communauté nationale, s’ils le faisaient ? Bien sûr que non. Le rapport que nous entretenons avec l’alimentation – et, plus généralement, avec ce que Jankélévitch plaçait sous les catégories du pur et de l’impur – est certainement ce que nous avons de plus intime. De plus intime, sinon de plus essentiel.

On est toujours gêné aux entournures lorsque l’une ou l’autre instance officielle (ministère et organismes de la Santé) édicte des prescriptions alimentaires. Même si elles sont hygiéniquement fondées (« tu t’es vu quand t’as bu », « cinq fruits et légumes par jour », « quand il fait chaud, mangez gras »), elles semblent empiéter sur notre libre détermination. Kant résumait parfaitement ce sentiment dans Qu’est-ce que les Lumières ? : « Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. » Les exemples choisis par le Chinois de Königsberg ne sont pas pris au hasard : entendement, conscience et alimentation sont ici placés sur un pied d’égalité, car, en fin de compte, c’est de l’autonomie du sujet qu’il est question.

Cette autonomie, elle trouve sa source dans le christianisme, qui opère ici un véritable renversement anthropologique : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche d’un homme qui le rend impur. Mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui le rend impur[1. Matthieu, 15.]. »

Lorsqu’elles sont religieuses, c’est-à-dire culturelles, les prescriptions ne sont pas extérieures au sujet. Il les a intégrées dans son identité-même. Elles sont devenues, pour lui, des obligations. Faire manger du porc à un juif ou à un musulman observant, ce n’est pas lui faire simplement injure, c’est nier sa propre individualité.

En venir à parler de Kant dans un Quick, ça fait un peu tâche. Revenons à nos moutons – avant de les égorger dans la baignoire. Dans l’affaire roubaisienne, ce n’est ni la religion ni les prescriptions alimentaires qui sont en jeu. C’est de fric, de pognon, de grisbi qu’il s’agit avant tout.

Le Quick de Roubaix n’est pas un cas isolé. Sur les 362 fast-food de la marque, huit sont passés au burger halal depuis novembre dernier – à titre expérimental, nous dit-on. Les huit sont situés dans des quartiers où vivent, en grande majorité, des musulmans. Quick a adapté son offre commerciale au segment le plus porteur. L’entreprise aurait l’une de ses enseignes dans un quartier à fort peuplement hindou qu’elle ne servirait plus de bœuf dans son restaurant.

Tout ce ramdam pour s’apercevoir que dans certains quartiers vit une majorité de musulmans. Quelle stupéfiante découverte ! Pas besoin de statistiques ethniques : le service commercial de Quick s’en est chargé à votre place. Cependant, il ne faut jamais désespérer de rien. Peut-être que, de progrès en progrès, de mal en pis, on s’apercevra un jour que, halal ou pas, la merde que vendent les fast-food sous forme de hamburgers reste de la merde. Et, en cette matière, il n’y a aucune discrimination : tout le monde est servi.

Une question cependant demeure. Pourquoi un maire, comme René Vandierendonck, se met-il martel en tête de porter plainte contre un fast-food halal ? Il est publiciste et sait parfaitement que la composition de la carte d’un restaurant n’est pas inscrite dans la Constitution. Il sait également que Quick n’est pas un restaurant d’Etat et que le seul maître à bord c’est l’entrepreneur privé lui-même[2. Que le principal actionnaire de Quick soit une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations n’en fait pas une société publique. D’ailleurs, rachetée en 2006 à Albert Frère par Qualium investissement, la cession de Quick est annoncée depuis plus d’un mois par la Caisse des Dépôts.].

La réponse est, peut-être, à trouver chez le philosophe canadien Charles Taylor : dans un quartier où la légitimité des institutions publiques est en crise, un fast-food n’est plus une simple enseigne commerciale. Il devient lui-même – aussi paradoxal que cela puisse paraître – une institution. Il se charge des fonctions autrefois assumées par les institutions en crise : il socialise, il transmet une culture, il pourvoie chacun de modèles sociaux.

Dès lors, la question n’est plus juridique (un fast-food discrimine-t-il en ne servant que des produits halal ?). Elle est uniquement politique : quelles instances jouent, dans nos quartiers, le rôle traditionnellement dévolu aux institutions ?

Le Pur et l'impur

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Le vrai chic

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« Le vrai chic, c’est quand ça ne se voit pas », me disait ma grand-mère dans son immense sagesse. Est-ce pour cela que la prestigieuse maison Dior a décidé de ne plus sponsoriser pour sa nouvelle et somptueuse campagne qu’une seule chaine de télé, Canal + en l’occurrence ? Il est vrai que Canal + sait inviter ce qu’il y a de plus glamour dans la République : Nicolas Sarkozy, sa femme, ses ministres, ses amours, mais pas ses emmerdes. À moins que l’on ne considère qu’Olivier Besancenot, invité onze fois au « Grand journal » en 2009, ne soit une emmerde de Sarkozy. Ce qui étonnerait, car le NPA vient d’aider à relancer la haute couture et le débat sur l’identité nationale en faisant d’une pierre deux coups avec la candidate voilée en Provence. Le foulard, nouvel accessoire à la fois révolutionnaire hype et bcbr (bon chic bon religieux) : Dior en avait rêvé, Besancenot l’a fait.

George Soros : le rusé veut l’or

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Philanthrope et précurseur des hedge funds, George Soros est allé à Davos, au mois de janvier, alerter ses collègues financiers : « L’or est la bulle spéculative ultime. » Fini la valeur refuge ! Qui irait investir, surtout en temps de crise, dans une bulle spéculative ? Eh bien, George Soros évidemment. Le Telegraph nous apprend qu’au moment même où il déconseillait à la planète économique d’investir dans le métal doré, le milliardaire doublait sa participation dans le plus grand fond d’or mondial, tout en prenant des options dans des sociétés telles que la Yamaha Gold. Bref, quand George Soros veut acheter de l’or, il recommande au monde entier de s’en passer : philanthropie bien ordonnée commence par soi-même.

Nouveau dérapage d’un président de Région

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Invité ce matin à l’émission « Le rendez-vous des politiques », sur France culture, Michel Vauzelle, président socialiste de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a tenu des propos qui n’ont rien à envier aux dérapages habituellement pratiqués par Georges Frêche, son homologue de Languedoc-Roussillon. Interrogé au sujet de son adversaire Thierry Mariani, député UMP de Vaucluse, il a déclaré : « Thierry Mariani, il parle le pachtoun. Il arrive d’Afghanistan. Il ne connaît pas la région. » Le mouvement Sos-Pachtoun n’a pas encore réagi face à ces propos d’une rare violence, qui trahissent un antipachtounisme de sinistre mémoire.

Le drame des filles-mères

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Matignon lance une campagne de presse nationale pour défendre le grand emprunt, pardon les filles-mères.
Matignon lance une campagne de presse nationale pour défendre le grand emprunt, pardon les filles-mères.
Matignon lance une campagne de presse nationale pour défendre le grand emprunt, pardon les filles-mères.

Elles ont à peine vingt ans. Elles commencent leur vie. Mais dans la chaude moiteur d’un soir estival, au détour d’un bal des pompiers, elles se font engrosser par le premier venu derrière un bosquet[1. Chose d’autant plus difficile de nos jours que les pompiers sont, la plupart du temps, occupés à poser dans des calendriers gays.]. Neuf mois plus tard, on les retrouve allaitant leur progéniture, heureuses des risettes que leur fait leur petit, mais irrémédiablement seules, oubliées du monde, reléguées dans une situation que l’époque réprouve à défaut de condamner.

Aujourd’hui, en France, le drame des filles-mères est d’autant plus réel qu’il est largement sous-estimé par l’opinion publique. Si les Français donnent beaucoup trop en moyenne au Téléthon et au Sidaction[2. Tout ça pour que les myopathes jouent les traders, comme le dit l’excellent Pierre Bergé, qui est myopathe mais pas trader.], ils ne versent en revanche aucun centime d’euro pour les filles-mères ! C’est inadmissible ! La situation ne pouvait plus durer et on peut féliciter le gouvernement de François Fillon de vouloir y mettre enfin terme.

La campagne nationale en faveur des filles-mères, que le service d’information du gouvernement a lancé dans la presse française ces derniers jours, permettra de récolter suffisamment de fonds pour venir en aide aux filles-mères du pays (et, accessoirement, aux régies publicitaires de ladite presse française). Du moins l’espère-t-on.

Comme nous le rappelle cette campagne conçue par Thierry Saussez[3. Thierry Saussez était, en France, le meilleur publicitaire de droite jusqu’à ce que Jacques Séguéla s’en mêle.] : les filles-mères sont l’avenir de la France. Enfin, le proche avenir est surtout réservé aux réveils nocturnes, aux biberons et aux couches-culottes à changer, sans parler du baby blues ni des vergetures, qui sont le lot de chaque mère même lorsque ce n’est pas une fille.

Mais ne polémiquons pas : Thierry Saussez a raison. Sa louable initiative aurait dû recueillir l’assentiment de tous. Malheureusement le Parti socialiste français a refusé d’acquiescer à cette campagne d’intérêt général, en prétextant qu’il ne s’agissait que de vendre le « grand emprunt » à quelques semaines des élections régionales.

La mauvaise foi n’a pas de limite ! Qu’est-ce que cette affaire de « grand emprunt » a à voir avec le drame éprouvant des filles-mères ? La campagne gouvernementale est on-ne-peut-plus claire : lorsqu’elles sont seules et enceintes, les filles-mères sont le plus beau visage de la France. Lorsqu’elles sont en couple et pas enceintes, elles sont lesbiennes. Mais c’est une autre affaire, qui nous obligerait à évoquer la tragédie silencieuse des fils-pères.

Le gouvernement a, en tout cas, bien raison de le rappeler : se faire faire un enfant dans le dos n’est pas une question de droite ni de gauche.

De quoi suis-je le nom ?

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Dans son entretien avec Nicolas Demorand, vendredi 19 février sur France-Inter Bernard-Henri Lévy a, à plusieurs reprises, évoqué le nom de Rosenzweig pour se défendre des quolibets dont on l’accable aujourd’hui à propos de sa bourde sur l’affaire Botul. Comme il ne mentionne jamais le prénom – en l’occurrence, Franz – du philosophe juif allemand mort en 1922 dont il fait un usage immodéré pour se parer des plumes du paon, je suis contraint de faire une mise au point. Je lui interdis désormais de citer le nom de Rosenzweig, dont je suis un des rares porteurs vivants, pour vendre sa prose ! On a sa dignité, bordel !

[daily]xcabe8[/daily]

Sarkozy est-il fichu ?

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Nicolas Sarkozy fait des grincheux à l'UMP.
Nicolas Sarkozy fait des grincheux à l'UMP.
Nicolas Sarkozy fait des grincheux à l'UMP.

La semaine passée, je me trouvais à banqueter dans une joyeuse ambiance avec une brochette de notables politiques montés de la vallée vers mon village perché pour une remise de médailles aux édiles locaux.

Tout ce petit monde forme une bande de vieux amis blanchis sous le harnois de la gestion communale et cantonale depuis quelques décennies. La gauche n’a jamais été leur tasse de thé, c’est la région qui veut ça : pays de Contre-Réforme, le haut pays savoyard a été longtemps marqué par une emprise du clergé sur les esprits ruraux. Les idées collectivistes et l’exercice de la lutte des classes n’ont pas été pourtant totalement absentes de l’histoire locale. Au début du siècle, l’industrialisation de l’horlogerie avait donné lieu à des conflits sociaux violents, notamment à Cluses, en 1904, où les patrons d’une usine en grève avaient tiré sur les ouvriers en grève, faisant trois morts parmi eux. Cette affaire donna l’occasion à Aristide Briand de faire une des plaidoiries les plus brillantes de sa carrière d’avocat et d’homme politique de gauche.

Aujourd’hui, cette époque est bien révolue, et les arrière-petits-enfants des ouvriers en colère sont devenus patrons ou cadres des PME du décolletage, et font trimer des gens venus d’ailleurs, du nord de la France ou du Maghreb pour fournir des pièces de haute précision aux industriels de l’automobile, de l’aviation ou de l’armement.

Les convives avec lesquels je partageais le pain et le vin, le café et le pousse-café étaient donc encartés à l’UMP, à l’exception d’un jeunot qui s’est inscrit au Nouveau Centre pour faire le mariole.

Pour tous ces gens-là, qui n’ont pas suivi à la trace un cheminement politique dont certains commentateurs ne manquent pas de me faire grief, je reste à jamais un suppôt de la gauche.

Cela ne les empêche pas d’éprouver pour ma personne quelque considération, et même pour certains d’entre eux, une forme d’amitié montagnarde, peu expansive, mais d’une solidité à toute épreuve.

C’est donc sans malice, et même avec l’idée que cela pourrait me faire plaisir, qu’ils ont tenu, au cours du repas, des propos virulents contre l’actuel président de la République.

C’était la fête à Sarko, qui est sorti essoré de ce pow wow de sachems alpins. Tout y est passé : la suppression de la taxe professionnelle, la réforme nébuleuse des collectivités locales, le bling-bling et le copinage privilégié avec les patrons du CAC40 honnis par ceux des PME qu’ils pressurent.

Mais ce qui leur est resté principalement en travers de la gorge, c’est l’embrigadement de l’ensemble de la droite sous la seule bannière UMP, qui prive les gaullistes de longues dates des postes électifs au nom de l’élargissement au villiéristes, bockeliens et autres chasseurs-pêcheurs. Tout cela étant mitonné rue de la Boétie sous la houlette d’un Xavier Bertrand piloté de l’Elysée, cela ne laisse pas beaucoup de marge à mes amis de la droite locale pour mettre leur épices personnelles dans la cuisine électorale devant être servie les 14 et 21 mars prochain.

Devant tant de hargne et d’ingratitude envers celui qui les a, tout de même, menés vers la victoire en 2007, je me risquais timidement à souligner que tout n’était pas à jeter dans l’action de Nicolas Sarkozy et que, par exemple, en politique extérieure il avait eu quelques initiatives ne devant pas déplaire aux hommes de droite comme eux. Réintégration de l’OTAN, présidence le l’UE dynamique, correction de la « politique arabe » chiraquienne pour revenir dans le jeu politique proche-oriental…

J’aurais mieux fait de me taire, car ce plaidoyer eut pour effet de renforcer encore la hargne anti-sarkozienne de la tablée. Ces notables regrettent Chirac, point barre. Il était un des leurs, se contentait de verrouiller politiquement sa Mairie de Paris et son département corrézien, laissant ses amis des provinces organiser à leur guise leur petite entreprise politique. Et pour ce qui est de la politique extérieure, va pour une politique arabe de la France qui assure de juteux contrats aéronautiques et d’armement qui font tourner à bloc les machines de la vallée. Sarko, pour eux, c’est un agité du bocal qui leur fait honte quand il sort.

Alors, Nicolas Sarkozy peut-il encore gagner en 2012, si l’on considère l’état actuel des sondages, l’épine villepinienne, et cette révolte sourde, mais bien réelle, des chefs de villages provinciaux, ce n’est pas plié, loin de là.

L’exemple d’un Mitterrand au plus bas en 1986 qui remporte haut la main la présidentielle de 1998, ou de Chirac cohabitant écrasant Jospin en 1995 ne peuvent être évoqués pour rassurer les sarkozistes.

Le quinquennat a changé totalement la nature de la Ve République. Les candidats Mitterrand et Chirac étaient des opposants au pouvoir en place lorsqu’ils ont été réélus, alors que Sarkozy devra assumer son bilan, tout son bilan. Pour reconquérir le peuple de droite, les bons vieux gadgets sécuritaires et patriotiques ne suffisent pas. On ne met pas une armée en marche en méprisant les caporaux et les sergents.

Bien sûr, ils ne voteront jamais à gauche, mais ils pourraient bien ne pas se montrer très zélés pour faire remonter Nicolas sur le pavois. On me dira qu’un Sarkozy en campagne, ça peut soulever des montagnes avec ses petits bras, et que l’on a encore rien vu. À ceux-là, le clintonien farouche que je suis répond : « It’s the economy, stupid ! » Se faire réélire avec un taux de chômage à plus de 10 % et une politique de rigueur imposée par Bruxelles et Francfort relève de l’exploit herculéen.

Son seul vrai espoir réside donc dans cette propension de la gauche à ne jamais rater l’occasion de rater une occasion.

OSS 117 n’est pas maussade !

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Ils sont en short, une raquette de tennis sous le bras, on dirait des touristes d’opérette. Et, comme ce sont des agents secrets, ils passent inaperçus… devant les caméras de surveillance. On leur aura sans doute donné la consigne de se fondre dans le hall de l’hôtel, de jouer aux fantômes dans les couloirs, et de déambuler devant la chambre de Mahmoud-al-Mabhouh. Mission accomplie ! James Branque 007 est de retour, et il n’est pas discret ! D’ailleurs, le chef de la police de Dubaï ne s’y est pas trompé, qui a déclaré que le Mossad était « à 99 %, sinon 100 % derrière ce crime ». Mais de quoi ce 1 % est-il le nom ?

Israël-Palestine : la Bourse c’est la vie !

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Naplouse : l'avenir est-il aux traders ?
Naplouse : l'avenir est-il aux traders ?
Naplouse : l'avenir est-il aux traders ?

Dans le long conflit qui oppose Palestiniens et Israéliens, chaque camp commémore des dates qui sont synonymes de victoires ou, mieux encore, d’héroïques défaites illustrées par des sacrifices suprêmes. Le 18 février ne fait pas partie de ce calendrier et c’est bien dommage, car c’est à cette date, en 1997, qu’ont été exécutés les premiers ordres d’achat et de ventes du PSE (Palestine Securities Exchange), autrement dit la Bourse palestinienne.

La bourse de Naplouse
Treize ans et à peu près autant de milliers de morts plus tard, Ahmad Aweidah, le patron de la Bourse palestinienne, s’est rendu à Tel-Aviv. Ce jeune Palestinien de 32 ans n’y a pas été invité pour fêter la bar-mitsvah de son établissement et à ma connaissance, personne n’a même songé à célébrer cet anniversaire. Invité par un cabinet d’avocats d’affaires de Tel-Aviv, M. Aweidah s’est efforcé, devant un parterre d’hommes d’affaires et de financiers israéliens, de vanter sa marchandise.

Le projet est né dans les jours heureux de l’après-Oslo quand la paix semblait à portée de main. Bien des choses ont changé depuis, mais dans le pessimisme ambiant, il n’est pas inutile de souligner que cet arbrisseau a miraculeusement survécu aux tempêtes et aux sécheresses politiques pour devenir un arbre – ou du moins un bonzaï. Quand on connaît les contraintes et l’incertitude politique et géopolitique, l’existence même de cette Bourse tient du miracle et ses belles performances depuis 2006 – tout est relatif – et l’évacuation de Gaza témoignent que tout n’est pas si noir.

Il est vrai qu’avec 39 sociétés cotées et 55 millions de dollars d’échanges quotidiens, la place palestinienne fait pâle figure à côté de celle de Tel-Aviv (771 sociétés cotées, 500 millions de dollars de valeurs mobilières échangées chaque jour) sans parler des grandes places américaines, européennes ou asiatiques. En revanche, par rapport à certaines de ses consœurs arabes, Naplouse n’est pas, et de loin, le pire élève de la classe. À la Bourse algérienne (inaugurée le 15 février 1999, seulement trois sociétés cotées) la valeur des titres échangés est dérisoire et même comparée à Aman, la petite sœur palestinienne n’a pas à rougir.
Salam Fayyad, l’économie et le « state building ».

La « paix économique », concept cher à Benyamin Netanyahou, reste pourtant une illusion : une économie prospère ne peut pas remplacer la volonté d’un peuple à disposer de lui-même, c’est-à-dire à avoir son propre Etat. Mais, justement, quand le développement économique fait partie d’une stratégie globale et ne sert pas seulement de « carotte », les dividendes politiques peuvent être considérables.

C’est exactement ce qu’essaie de faire le Premier ministre palestinien Salam Fayyad. Pour lui, la fin de l’occupation israélienne ne peut pas être dissociée de l’indépendance palestinienne. Concrètement, cela signifie que les Palestiniens doivent consacrer autant d’énergie et de moyens à la construction de leur futur Etat qu’à la lutte pour leurs frontières.

Depuis la nomination de Fayyad au poste de Premier ministre après la scission avec Gaza en juin 2007, son gouvernement s’est donné pour mission de construire une infrastructure étatique, refonder les institutions et surtout faire avancer une culture de gouvernance. Autrement dit, il s’agit de créer une fonction publique de qualité (recrutement et avancement au mérite et non pas selon l’appartenance politico-clanique) et de lui donner les moyens de travailler. Ce professeur d’économie, ancien de la Banque mondiale et du FMI, laisse à son patron, le président de l’Autorité palestinienne, le soin de mener la guéguerre diplomatique et politique avec Israël et consacre le plus clair de son temps à faire avancer des projets à la fois publics et privés.

Cette stratégie de « state building », appliquée patiemment et méthodiquement par Fayyad commence à porter ses fruits. La croissance a atteint 4 % en 2007 et 7 % en 2009, les salaires ont augmenté d’à peu près 20 % et les appels d’offre pour la construction d’une première ville nouvelle sont en cours de préparation.   
 
La mutation des forces de sécurité
Une Bourse palestinienne où les sociétés locales pourront lever des capitaux est un élément capital du dispositif de Fayyad, car au-delà de son utilité économique, un marché financier national est un attribut étatique important. Or, pour faire avancer cette stratégie, Fayyad a besoin non seulement des capitaux américains et européens qui assurent à peu près la moitié de son budget, mais aussi et surtout de calme. Les trois ou quatre dernières années ont été caractérisées par un niveau de violence très bas en Cisjordanie, notamment grâce à la première mutation réussie d’une institution palestinienne : les forces de l’ordre et de sécurité. En effet, depuis quatre ans, le général américain Keith Dayton surveille la formation et la réorganisation des différents organismes sécuritaires, les transformant graduellement en corps professionnels et disciplinés, c’est-à-dire beaucoup moins politisés qu’avant. Ainsi, quand un officier de police palestinien a tué la semaine dernière un sous-officier israélien sur une route cisjordanienne, Salam Fayyad s’est empressé de condamner l’attentat, assurant le gouvernement israélien que ce cas isolé ne reflétait pas le comportement des fonctionnaires en uniforme de l’Autorité palestinienne. Tout est sous contrôle, et le calme et la confiance permettent à Fayyad et ses fonctionnaires d’avancer vers leur Etat. 

Un pragmatisme révolutionnaire
Face à l’incapacité des classes politiques palestinienne et israélienne de parvenir à un accord diplomatique, la nouvelle approche pragmatique palestinienne est aujourd’hui la seule source d’espoir. Avancer sans laisser le Hamas ou la question de colonies – ou tout autre obstacle d’ailleurs – bloquer la situation, créer un Etat palestinien, non pas à partir des ses frontières et de ses attributs symboliques mais en commençant par ses institutions et ses attributs réels, tout cela constitue une véritable révolution copernicienne. Un tel Etat, reconnu par la Communauté internationale dans des frontières provisoires, pourrait changer la donne au Moyen-Orient. Shimon Pérès n’avait pas tort quand il disait que Fayyad n’était peut-être pas le premier Palestinien à lire David Ben Gourion mais probablement le premier à l’avoir compris.

Tout augmente

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France Info nous apprend ce matin que 241 bijouteries ont été cambriolées en 2009, contre 158 en 2008. Tout ça nous fait tout de même un tiers d’augmentation en un an et devient effrayant si on songe aux malheureux 11 braqueurs tentés par la joncaille en 2007. Mais que fait la police, ma bonne dame ? Eh bien la police, elle raccompagne les profs à la frontière et elle remplace le manque de travailleurs sans-papiers en surveillant les établissements scolaires. A moins que ce ne soit le contraire. Toujours est-il qu’une telle recrudescence, qui a lieu aussi bien dans la bijouterie fantaisie pour pauvres des galeries marchandes que chez les grands joailliers de la place Vendôme, n’est pas sans rappeler ce que les charmants garçons de la bande à Bonnot appelait « la reprise individuelle ». Quand l’Etat privatiseur se permet de vendre EDF, GDF, La Poste ou la SNCF, il est légitime que le peuple veuille, d’une manière ou d’une autre, récupérer les bijoux de famille.