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SNCF : un peu de poésie pour sortir du train-train

Peinant comiquement à faire rouler ses trains par temps de neige, et à organiser les grands départs en vacances sans retard ni pagaille, la SNCF met virilement le paquet niveau poésie. L’AFP nous apprend que la vénérable institution ferroviaire « enverra des comédiens souffler des impromptus poétiques à ses passagers vendredi à l’occasion de la douzième édition du Printemps des poètes, dont le thème est cette année Couleur Femme ». La France a peur, comme disait l’autre. Impossible donc d’échapper à ces « commandos poétiques du collectif Les Souffleurs » qui pratiqueront leur néo-terrorisme poético-festif sur une poignée de lignes au départ de Paris. Les agents SNCF, délaissant leurs missions habituelles – si archaïques ! – de contrôle des billets, remettront aux voyageurs des « des cartes-poèmes » qu’ils pourront s’offrir mutuellement. Et sinon, quid du rapide de 7 h 32 pour Vesoul ? Ah, désolé du retard, Monsieur, mais tous nos agents sont déjà mobilisés sur la poétisation des trains ! Ne soyez pas si prosaïque !

Ta femme, la crise et les Régionales

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Bon, après les Régionales, une fois le soufflé électoral retombé, il va tout de même falloir faire face à la crise, celle qui progresse comme un tsunami financier et se cogne à la réalité des peuples comme en Grèce et en Islande. Il va falloir nommer exactement ce qui se passe, ce qui se passe vraiment. Comme d’habitude, c’est la littérature, et non les économistes, qui va nous permettre de comprendre en termes simples pourquoi tout est en train de disparaître dans un effondrement à la fois risible et tragique. Que l’on nous permette donc d’en appeler à un poète, le grand Charles Bukowski, dont on ne souligne pas assez que son ivrognerie géniale est une conséquence de la peur panique éprouvée pendant la Grande Dépression des années 1930 aux USA. Alors, où en sommes nous ? Déflation, récession, dépression ? N’écoutons pas Jacques Marseille qui est mort ni Nicolas Baverez qui s’avise dans le dernier supplément économie du Monde (il n’est jamais trop tard) d’une nouvelle question sociale. Ecoutons plutôt Buk  dans There’s no Business : « La récession, c’est quand votre femme se tire avec le premier venu. La dépression, c’est quand le premier venu vous la ramène. »

NPA, ça le fait pas

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Olivier Besancenot (photo looking4poetry, flickr.com).

Certes, les sondages ne valent jamais que ce qu’ils valent, mais là ils concordent tous et semblent refléter une tendance réelle : selon toute vraisemblance, dimanche soir, le Front de Gauche (PCF et PG de Mélenchon) aura gagné, un an après les européennes, une nouvelle manche du bras de fer qui l’oppose au NPA. Or, a priori, c’était pas du tout cuit.

Souvenez-vous, c’était il y a peine deux ans et demi, au sortir du premier tour de la présidentielle. Le petit facteur issu de ce qui était encore la LCR venait d’humilier ce qui fut autrefois le grand parti des travailleurs, en mettant deux points dans la vue de son inconsistante candidate. Fort de quoi Olivier avait annoncé illico son intention de capitaliser son score – et son fort potentiel d’attendrissement médiatique – en fondant un grand parti unitaire à gauche de la gauche. À l’époque, aucun analyste ne donnait trop cher de la peau du parti communiste qui, outre ses tares bien réelles, sentait trop son monde d’avant pour ne pas être automatiquement condamné à disparaître en moins de temps qu’il n’en faut pour boucler (mais non, j’ai pas dit bâcler) un édito de Libé.

Exit donc la LCR, place au NPA. On allait voir ce qu’on allait voir. Eh bien, on a vu. Et on y verra encore plus clair dimanche à 20 heures. Mais d’ores et déjà le pari est perdu. Que le NPA fasse 2 %, 3 %, voire 3,5 % des voix n’y changera rien : le soufflé est retombé, le ressort est cassé. Qu’est-ce qui donc foiré dans le plan de bataille de feue la Section Française de la Quatrième Internationale ? Plusieurs choses, qu’on livrera à peu près dans l’ordre, pour une fois.

Il y a tout d’abord les errements, voire les reniements qui ont accompagné le rebootage du logiciel trotskyste, et qui l’ont grillé auprès de nombre de ses électeurs et militants putatifs. Chacun aura bien sûr immédiatement à l’esprit la pitoyable affaire de la candidate voilée dans le Vaucluse, et ce qu’elle peut laisser présager de pire : un flirt poussé, comme c’est déjà le cas en Grande Bretagne avec les islamistes, au nom bien sûr de l’anti-impérialisme et de la lutte contre la stigmatisation. Témoin de cette pente savonneuse, mardi dernier, en meeting à Lille, Besancenot en a remis une couche dans le registre barbu-compatible en déclarant que le Quick halal de Roubaix était la dernière de ses préoccupations. Les tiennes, peut-être Olivier, mais celles du bon vieux prolo en colère, laïque et républicain, toujours. Faut croire qu’on s’en fiche un peu de celui-là. Tout comme on se fout des féministes pas vraiment portées sur le hidjab. Tout ça pour aller courir après un fantasmatique électorat « des quartiers ».

On trouve le même mépris dans le traitement des valeurs historiques de la gauche – et de l’extrême-gauche, au passage – dans l’attitude du NPA vis-à-vis des syndicats, et plus spécialement de la CGT, systématiquement dénigrée lors des conflits sociaux de cette dernière année. Peu importe, en l’instance que les critiques de mollesse faites à Bernard Thibaut soient fondées ou pas. Ce qu’on est obligé de constater c’est que ces procès en sorcellerie ont déclenché un réflexe défensif chez les syndicalistes les plus combatifs, ce qui est fichtrement contreproductif quand on veut construire un parti anticapitaliste. Oui mais c’est un nouveau parti. Et le syndicalisme, comme la laïcité ou même le féminisme, c’est rien que des trucs de vieux.

Corollaire logique de ces divagations, le sectarisme rabique dont a fait preuve le NPA dans la préparation des régionales, celui pour lequel ce 14 mars, il va payer cher. Là encore, la question n’est pas de savoir si le Front de Gauche est coupable ou non des velléités de satellisation par le PS que lui reproche sans cesse le NPA. Le vrai problème c’est que le NPA est aveugle, il fait comme si la dynamique crée par l’alliance PC-PG n’existait pas. Et donc comme si le vote « radical mais utile » devait éternellement jouer en faveur de Besancenot, comme à la présidentielle (où non seulement Buffet, mais aussi Bové et Arlette furent étrillés). Le NPA fait comme si depuis 2007, il était seul sur le marché, comme si il n’y avait plus qu’a se baisser pour ramasser les militants de base du PC, comme si l’irruption de Mélenchon dans sa zone de chalandise n’avait jamais existé. Mauvaise pioche.

Tout cela est d’autant plus étonnant que ce sectarisme et cette cécité sont une donnée nouvelle dans ce courant politique. Globalement, à la Ligue, on se la racontait pas, on ne prenait pas ses désirs pour des impératifs catégoriques. Quiconque a pu discuter avec Krivine, Piquet ou Bensaïd du temps où ils tenaient la boutique pourra le confirmer: on n’avait vraiment pas affaire à des lourdauds. La Ligue était aux antipodes du style incantatoire en vigueur au NPA, on y était, rusé, patient, porté sur l’autocritique, conscient des difficultés et toujours à l’affût de ce qui pouvait rassembler, quitte à être unitaire pour deux.

Il faut croire que ces fondamentaux-là, eux aussi, faisaient vieux jeu, puisqu’on les a oubliés. Aujourd’hui la seule ligne de Besancenot, c’est de jouer les Monsieur Plus vis-à-vis de ceux qui auraient pu être ses partenaires. Et c’est ainsi, de surenchère en surenchère, qu’on en arrive à des Tchernobyl façon Vaucluse : tous les autres ont des candidats « issus de la diversité » ? Et bien nous, on présente une femme musulmane et voilée ! Toujours plus, donc, sauf qu’à l’arrivée il y aura toujours moins d’électeurs.

À force de vouloir nier la complexité, on finit par se manger le réel en boomerang. Le pari de l’Opération Besancenot, c’était de simplifier sa ligne politique à l’extrême pour attirer des électeurs nouveaux dans ce parti nouveau. La déroute du NPA, c’est aussi la défaite du marketing.

Jean-Baptiste Botul

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[access capability= »lire_inedits »]Jean-Baptiste Botul

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Lorsqu’en 1971, il fut libéré de sa prison bolivienne, Régis Debray prit secrètement la direction de l’Uruguay, où il fit l’acquisition de ce portrait. [access capability= »lire_inedits »]Il orne désormais le vestibule de l’Institut de médiologie et c’est la seule représentation qui nous soit restée de Jean-Baptiste Botul, père incontesté et néanmoins malheureux de cette belle doctrine philosophique qui aurait pu s’appeler le botulisme si le nom n’avait pas été déjà pris.

José Mujica, Jean-Baptiste Botul réfléchissant à sa prochaine conférence aux néo-kantiens d’Uruguay, vers 1938. Le public savant se reportera à la brochure que M. Debray a consacré à ce portrait, Adieu Jean-Baptiste Botul.

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Goodbye Londonistan !

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Haymarket, Londres (photo : E01, flickr.com).

Vous trouvez dérisoires, inutiles, indécents peut-être en ces temps de crise, les débats franco-français sur les fast food hallal, les voiles légers, voire les horaires séparés dans les piscines et les prières sur la voie publique ? Pour vous, les appels répétés au strict respect de la laïcité masquent surtout un racisme rampant, une islamophobie déguisée ? Chacun n’est-il pas libre de mettre en application les préceptes de sa foi, ses traditions culturelles, dès lors qu’ils ne contreviennent pas à l’ordre public ? Peut être est-il temps pour vous de traverser la Manche et d’aller voir de plus près le pays où tout est possible, des burqas à la charia. Où les trois petits cochons de la fable ont été remplacés dans les écoles par les trois petits chiens pour ne pas froisser les convictions des enfants. Car, vous ne l’ignorez pas, le Royaume-Uni est multiculturel et même communautariste. Communautariste : mot étrange et subitement omniprésent que l’on prononce en France avec ce ton vaguement dédaigneux que l’on réserve habituellement aux maladie honteuses. Mais savons-nous bien de quoi nous parlons ?

Tout avait si bien commencé. En tirant un trait sur l’empire britannique sur lequel le soleil ne se couchait jamais, les petits-enfants des colonisateurs avaient, pour se faire pardonner quelques siècles d’impérialisme, décidé de donner le statut de citoyen du Royaume-Uni à toute personne née sur l’île ou dans une de ses colonies (British National Act, 1948), assorti d’une égalité de traitement stricte en terme de droit de vote et de sécurité sociale. Ce que la France ne fit jamais pour l’Algérie, par exemple. Mais aussi d’un respect inconditionnel de « la diversité culturelle couplée à l’égalité des chances, dans une atmosphère de tolérance mutuelle », comme l’affirmait Roy Jenkins, secrétaire du Home office, c’est-à-dire le ministère de l’intérieur, en 1966. Ce qui revenait de fait à accepter sans condition toutes les normes et traditions religieuses, culturelles et sociales. Autour de cette position digne d’un président de la SA Bisounours, un très large consensus politique lui avait vite donné une assise durable dans la société britannique. De l’aristocratie issue des public schools (qui sont privées bien sûr, pourquoi faire simple) et se retrouve dans des clubs ultra-fermés où vous ne poserez jamais un orteil même si vous pouvez vous payer Harrods et qui y puisa et y puise encore une main d’œuvre à moindre coût, à la gauche travailliste qui s’en fit une clientèle électorale indispensable fidélisée par des dirigeants communautaires très écoutés, tous s’accommodaient bien volontiers du modèle britannique, loué partout pour sa tolérance et la paix sociale qu’il garantissait.

Les conflits internationaux qui ne manquèrent pas de venir taper à la porte semblaient comme anesthésiés en passant la Manche. Les attentats du 11 septembre ? Omar Bakri put décerner aux terroristes les épithètes particulièrement bien choisis de « magnifiques ». L’intervention britannique en Irak ? Tony Blair autorisa les écoles coraniques de façon trop concomitante pour être tout à fait honnête, la discrimination positive battit des records, la parité dans les médias et les administrations se fit pointilleuse. Les caricatures du prophète ? Aucune intervention policière ne vint interdire les calicots appelant au meurtre et les drapeaux danois brûlés. A ceux qui les accusait d’acheter la sanctuarisation de leur territoire, les autorités répondaient respect des religions et des cultures. « Nous devons être attentifs si nous voulons être multiculturels » précisait sans rire le directeur de l’école où les petits cochons durent se travestir en caniches.

Inutile de préciser que dans ce contexte les attentats du 7/7 (2005) ont fait l’effet d’un réveil brutal, voire d’une… bombe. Contrairement au 11 septembre, ils sont le fait de citoyens tout à fait britanniques. Dans la foulée, une série de sondages accablants est venue confirmer que le multiculturalisme avait sacrément du plomb dans l’aile. La moitié des musulmans ne se sentaient pas britanniques. 81 % se déclaraient d’abord musulmans. 40 % réclamaient l’établissement de la charia là où ils étaient majoritaires. 20 % cautionnaient les attentats du 11 septembre. 32 % estimaient qu’ils devaient mettre fin à la société occidentale et 7 % (soient pas moins de 100.000 gaillards) souhaitaient carrément l’éliminer par la violence.

Vous avez dit société multiculturelle ? Les attentats de Londres ont mis à jour une société gangrenée par 60.000 délits racistes par an et des communautés séparées, figées par la haine, prêtes à s’entretuer comme à Birmingham en octobre 2005.

Là, forcément, vous venez d’en prendre un petit coup derrière la tête et vous vous posez cette question : Mais comment a-t-on pu en arriver là, tourner le dos à ce point à l’angélisme rafraîchissant de Roy Jenkins ? Où le bât a t-il blessé ?

À force de considérer les différences comme essentielles et valorisantes au détriment de ce qui unit par delà la race ou la foi, on a fait du droit à ces différences (multiculturalisme) un devoir d’appartenance à une identité (communautarisme). L’individu se définit d’abord en fonction de son groupe, de sa tribu. L’intégration ne s’est pas faite via la culture britannique, mais via les différences culturelles et religieuses propres à chacune des composantes de la société. Or, on ne bâtit pas une société sans un minimum de culture commune et une mémoire partagée.

Plus grave, en conférant aux dignitaires religieux cooptés par l’establishment politique le statut d’interlocuteurs privilégiés, les éventuelles affiliations politiques, sociales ou économiques se sont progressivement effacées. Les groupes se définissent avant tout par leur religion. Dont les principes s’imposent. Voile à l’école pour les élèves et les profs, dans les entreprises et les administrations, cantines hallal, 85 tribunaux appliquant la charia… Le scandale dit du Quick roubaisien semble bien innocent subitement. Les 80 % de Britanniques hédonistes accros à la consommation et élevés selon des principes vaguement chrétiens n’ont qu’à bien se tenir et sont certes très tolérants, mais les enseignantes en burqa et les femmes tenues en laisse dans les rues de Londres n’ont pas vraiment la cote. Le politiquement correct britannique a beau être le plus résistant du monde, il s’érode quand, crise oblige, communautarisme exacerbé et immigration massive finissent par faire le lit du BNP (british national party). Un quart des électeurs, en particulier des blancs pauvres qui vivent du benefit, disent avoir envisagé de le soutenir… Voilà qui nous rappellera quelques souvenirs pas si anciens. Les délits racistes augmentent, la paranoïa et le repli identitaire s’accentuent. Malgré le multiculturalisme, une majorité de musulmans se sentent victimes de xénophobie.

Mises de côté, les difficultés d’intégration économiques sont restées sans réponse. Pourtant, là aussi, les chiffres sont accablants. Trois fois plus de chômeurs chez les musulmans que chez les catholiques et les hindous. 58 % des Pakistanais sont pauvres contre 19% de blancs. Suivant une logique communautariste, les inégalités ont été réparties et non supprimées. Comme si seul comptait le fait que des riches puissent être aussi issus des minorités. La promotion incessante de la diversité diversifie sans doute la couleur de la peau des maîtres, mais ne remet pas en cause une seconde la domination qui transcende toutes les autres, celle des plus riches sur les plus pauvres. Voilà qui devrait chez nous faire réfléchir ce cher monsieur Besancenot qui se fait à l’insu de son plein gré le complice involontaire de ce capitalisme qu’il abhorre…

Comment s’étonner que sur ce terreau fertile de pauvreté mêlée à une exacerbation de l’identité religieuse, l’engrais jihadiste répandu à profusion par internet produise de si beaux fruits ?

La réponse des autorités travaillistes n’a pas tardé. L’asile politique accordé si généreusement aux idéologues islamistes radicaux a fait long feu, le « Londonistan » n’est plus. La rigueur semble enfin de mise. Et pourtant, le jeune nigérian Farouk Abdulmutallab qui voulait faire exploser le vol Amsterdam-Detroit le 25 décembre dernier était passé par Londres et ses cercles radicaux. De quoi donner encore quelques insomnies aux spécialistes du MI5 qui, étonnamment, ne jouent plus les James Bond vs Jules Maigret quand ils rencontrent leurs collègues français de feu la DST.

Dans vingt ans, la population britannique aura doublé les deux poids lourds démographiques européens que sont la France et l’Allemagne. Une bonne dizaine de millions de producteurs et de consommateurs supplémentaires, de quoi réjouir les économistes. En terme de cohésion sociale, on peut se permettre d’être moins optimiste. Voire franchement inquiet.

Cinéma européen

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Si vous êtes cinéphile et si vous avez des choses à faire du 17 au 24 mars, annulez tout et rendez vous au cinéma l’Entrepôt, pour la cinquième édition du festival L’Europe autour de l’Europe. Vous aurez l’occasion de voir sur grand écran un des premiers films de Milos Forman, Au feu les pompiers, un chef d’œuvre de Lindsay Anderson, Britannia Hospital, avec Malcolm McDowell dans le rôle principal, et deux hommages à Boulgakov : Le maître et Marguerite d’Aleksandar Petrovic et Morphine d’Aleksey Balabanov, un des réalisateurs russes les plus talentueux à l’heure actuelle. À ne pas manquer non plus Tsar de Pavel Lounguine, une magnifique fresque historique sur Ivan le Terrible. Et pour les insatiables : Satantango de Béla Tarr, sept heures de puszta déferlent le 27 mars à l’Institut hongrois.

Lettre à un mélancolique

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J’ai dévoré votre dernière livraison. Evidemment, j’apprécie toujours autant votre style, votre grande culture historique et votre si grande lucidité. Seulement voilà, j’ai un gros désaccord avec vous. Un énorme désaccord. Ayant tenté de contribuer à votre défense et m’étant aussi permis de proposer votre candidature à l’élection présidentielle, même si tout le monde, vous le premier, avait d’emblée détecté le côté potache de l’initiative, il me faut vous l’exprimer franchement et aussi publiquement que précédemment.

À vous lire, tout est foutu. Tout a foutu le camp et on ne pourra jamais aller le rechercher. Pis encore, on a la surprise, la stupéfaction, la déception, on reçoit un coup de poing dans l’estomac, en lisant de vous que la France est trop petite. Trop petite ! Pas cela, Eric Zemmour ! Et, surtout, pas vous. Lorsque nous nous rendons dans notre librairie pour acheter du Zemmour, ce n’est pas pour lire du Giscard ou du Minc. Nous hésitons à déposer plainte pour tromperie sur la marchandise. Nous vérifions la magnifique couverture tricolore ; nous nous replongeons dans la lecture pour retrouver votre style lequel, rassurons les prochains lecteurs, n’a rien de giscardien, et nous devons bien nous rendre à l’évidence : c’est bien Eric Zemmour qui écrit que la France est trop petite et qu’elle crève de mélancolie de s’en rendre compte.

Vous avez sans doute mesuré l’effroi que susciterait cette assertion parmi une partie de vos lecteurs habituels, lesquels versent parfois dans le Cocorico. Mais vous n’en avez eu cure. Vous le pensez, donc vous l’écrivez. Rien d’anormal. Votre franchise, c’est une marque déposée. Alors, nous allons vous répondre aussi franchement. Non pas point par point. Il nous faudrait écrire un livre aussi pour y répondre et nous n’avons pas la notoriété suffisante pour mobiliser un éditeur[1. Ils se sont d’ailleurs mis à deux pour vous éditer le vôtre. Au passage, ils pourraient faire leur boulot et repérer les coquilles. Vous laisser confondre AELE et ALENA, ce n’est pas seulement imprimer un lapsus assez drôle, c’est aussi manquer de sérieux. Mais je m’arrête là : je ne voudrais pas apporter encore de l’eau à votre moulin toutfoutlecampiste.]. Trois points suffiront.

La France est trop petite parce que cet hexagone est trop petit dans un monde si grand ; La France est trop petite et sa démographie en trompe-l’œil n’y changera rien ; La France est trop petite parce qu’elle ne pourra jamais recouvrer la souveraineté qu’elle a bazardée.

Donc Minc, Giscard, Attali, les oui-ouistes auraient raison. Trop petite, la France ? Trop ridée, la France ? Elle aurait besoin d’être un Empire, de pouvoir retrouver les frontières de celui de la Rome Antique pour s’accomplir complètement ? C’est le fil conducteur de votre livre, votre thèse. Comme vous ne nous proposez pas la guerre pour retrouver nos cent-trente départements de Hambourg à Turin, il n’y aurait plus qu’à pleurer. Page 21, vous faites un sort à vos lecteurs souverainistes, enfants des maurrassiens et des jacobins de gauche, en les soupçonnant d’anachronisme. Ce n’est pas l’Empire que les Rois de France refusaient mais l’Empereur. Lorsqu’on est nourri par les livres que Paul-Marie Couteaux écrivait dans les années 1990, on a dû mal à séparer l’Empire de l’Empereur. Et on ne goûte guère l’impérialisme, qu’il soit germanique, américain ou même de Napoléon qui avait tout de même fini par rendre la France plus petite qu’il ne l’avait prise, comme disait le Général. Alors, la Wallonie, pourquoi pas ? Mais pour le reste, notre pays peut largement vivre sans mélancolie dans les frontières que nous connaissons. Après l’échec des Plans Fouchet et du Traité de l’Elysée, De Gaulle a très bien pu remettre la France au premier plan en tant que Nation libre et indépendante. Encore fallait-il en avoir la volonté. Il l’avait, au contraire des Partis. J’y reviendrai. De même, la posture chiraquienne de 2003 a démontré que notre 1 % de la population mondiale pouvait largement être compensé par une diplomatie audacieuse et un verbe haut.

La population, justement, parlons-en. Dans votre dernier chapitre, vous faites un sort au dynamisme de notre démographie. Comme un caillou dans votre chaussure, l’augmentation du nombre de Français, notre taux de fécondité qui tranche avec celui de nos voisins européens gênait quelque peu votre démonstration. Aidé par Michèle Tribalat, vous tentez de relativiser ce dynamisme. Vous accusez donc les chercheurs de l’INED de se comporter en Lyssenko et vous moquez Emmanuel Todd, lequel aurait découvert des monstres, aurait fermé la porte à double-tour et même jeté la clef. Il est possible que certains chercheurs ne voient pas les fameux chiffres en question ou refusent de les voir. Mais, de monstres, vous en voyez, a contrario, partout. D’abord, lorsque vous révélez le taux de fécondité des femmes d’origine européenne (1,7 au lieu des 2,0 pour toutes les femmes vivant en France) et que vous le rapprochez des taux globaux de nos voisins, il y a légèreté. Car l’Allemagne, l’Espagne ou l’Angleterre ont, tout comme la France, fait l’objet de vagues d’immigration importantes et les femmes issues de ces vagues font grimper aussi leur taux de fécondité. Si la France était le seul pays d’immigration en Europe, votre argument ferait mouche. Ce n’est pas le cas, fort heureusement et il y a donc une spécificité française que la plupart de nos démographes expliquent de manière féministe[2. Page 215 : présence de crèches, enfants confiés jeunes aux nounous, nombre important de naissances hors-mariage.], écrivez-vous. Et si on retournait cet argument avec l’aide d’un autre ! Jean-Claude Chesnais explique dans l’un de ses ouvrages que l’homme français participe davantage aux tâches ménagères que l’homme espagnol ou italien permettant à sa compagne d’enfanter avec davantage d’enthousiasme que ses cousines latines[3. Ce qui permet d’ailleurs de relativiser la propagande sur les fameux 80 % de tâches domestiques effectuées par les femmes en France, en vogue actuellement grâce à la promotion du livre d’Elisabeth Badinter, et dont on ne sait par qui et comment ils ont été calculés.]. Vous auriez pu ainsi, au lieu de relativiser le différentiel, l’expliquer par la féminisation du jeune français, et donc vous en plaindre, comme doit le faire légitimement l’auteur du Premier Sexe. Ensuite, si vous avez raison de fustiger les germanopratins, incapables de voir au delà du Ve et VIe arrondissements réunis, on a parfois l’impression que vous refusez de regarder vous-même au delà de l’Ile de France. La Mayenne (3% de mères étrangères seulement) dispute ainsi la première place en terme de taux de fécondité à la Seine-Saint-Denis, que vous citez sans cesse en exemple. Enfin, en matière d’assimilation pour les familles qui font grimper le taux de 1,7 à 2, ne vous focalisez-vous pas sur la partie émergée de l’iceberg ? Quand vous dites que beaucoup votent avec leurs pieds en quittant notamment le 93, vous oubliez que des couples mixtes, ou même des familles entières issues de l’immigration font de même ou rêvent de faire de même. Lorsque nous habitions un quartier sensible près de Montbéliard lors des élections présidentielles de 2002, nous avons pu ainsi découvrir que le vote Le Pen n’était pas réservé aux « souchiens », comme disent les Indigènes de la République. Très souvent, ce choix leur semblait une manière d’affirmer leur assimilation. Alors, certes, les chiffres que vous donnez sur le recul des unions mixtes montrent un recul de l’exogamie dans la population issue de l’immigration maghrébine. Certes, la communautarisation a progressé, l’assimilation reculé. Mais ce n’est pas à l’auteur de Petit frère qu’on expliquera que c’est le fruit d’une politique commencée il y a vingt-cinq ans et poursuivie par tous les gouvernements. Comment en aurait-il pu être autrement dans ces circonstances ? Il suffirait qu’on revienne au modèle ancien et on infléchirait vite la tendance. La loi sur le voile de 2003 a démontré que la fermeté était efficace. On ne peut pas ? Non ! Encore une fois, on ne veut pas !

La Volonté et la capacité de mettre celle-ci en œuvre découlent directement de la Souveraineté. Dans votre livre, vous prêchez évidemment un convaincu lorsque vous égrainez tous les passages par dessus bord que celle-ci a connus depuis plus de trente ans. Mais qui nous empêche de la reprendre, cette sacrée souveraineté ? Si nous quittions l’Euro[4. Vous avez bien eu raison, il y a une semaine, de dire à Nicolas Domenach que le minimum serait de menacer de le faire.], rétablissions le principe de la loi-écran, si même nous quittions l’Union européenne, dénoncions la CEDH – que sais-je encore, quelle armée européenne viendrait nous en empêcher ? D’ailleurs, Jacques Chirac en 1995, Lionel Jospin en 1997 et Nicolas Sarkozy en 2007, n’ont ils pas gagné grâce au logiciel national-républicain ? Ce n’est pas parce qu’ils ont renoncé peu après ou même, pour le dernier cité, jamais cru dans ce discours, qu’il est impossible à mettre en œuvre. On n’essaie même pas. Dès que les Allemands froncent un sourcil, on se couche, comme vous l’avez d’ailleurs très bien expliqué lorsque vous abordez le thème de l’union méditerranéenne. Donc on peut, et on dispose même de l’occasion idéale avec cette première crise de la mondialisation.

Et pourquoi ne nous le faisons pas ? A cause des partis, qui se débarrassèrent déjà du Général. Lorsque Sarkozy, DSK et Aubry consultent les mêmes gourous, il ne faut pas s’étonner de suivre la même politique quoi que les Français votent. Le système partisan est verrouillé et nul autre que vous ne le sait mieux. Le financement des partis, les féodalités économiques et locales, la quasi-unanimité des médias refusent de lâcher la proie, que constitue l’alternance entre une droite et une gauche libéralomondialistes, pour l’ombre que constituerait une recomposition rendue nécessaire par les changements géopolitiques et intérieurs. Sans doute parce que cela avait été un thème d’un livre écrit il y a plus de dix ans[5. Le livre noir de la droite, Grasset, 1998.], vous n’avez pas remis le couvert cette fois ci. C’est pourtant la raison centrale de l’incapacité pour la France de se redonner les moyens de devenir Rome, moins dans ses frontières que dans son Génie. Jean-Pierre Chevènement, dans un long dialogue avec un groupe de blogueurs parisiens, explique que le moment de vérité viendra un jour, sans doute provoqué par un choc extérieur. J’ai tendance à croire ce vieux lion sage.

En conclusion d’un discours prononcé au Palais des sports le 15 décembre 1965, André Malraux rappela la lettre que Bernanos écrivit à ses amis en 1942 : « Ne vous tourmentez donc pas, la France a inventé Jeanne d’Arc, elle a inventé Saint-Just, elle a inventé Clemenceau, elle n’a pas fini d’en inventer ! C’est son affaire ! » Il y a donc bien une mélancolie française. Mais c’est parce que nous le voulons bien.

Mélancolie française

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Reine d’un jour

J’en conviens, c’est assez attendu mais chaque année, ça m’énerve. La journée de la femme, que l’on devrait plutôt appeler la journée du malheur des femmes, me flanque des boutons – ce qui est un comble. Je précise immédiatement que je n’aime pas que les hommes battent ou tuent leur femme, ni que leurs patrons les exploitent, ce qui devrait suffire à prouver que j’ai un grand cœur. J’ajoute que je ne crois pas que tout soit parfait sur le front de l’égalité. Mais le festival de propos convenus, de jérémiades inspirées et de communion compassionnelle, le tout noyé dans un flot d’aigreur et de ressentiment qui se déverse sur les méchants mâles qui nous gouvernent, me donne envie de prendre mes jambes à mon cou. Chaque 8 mars, le même message nous est délivré en boucle : nous sommes toutes des victimes. Ça, je n’achète pas. Et à l’exception des pleureuses qui se succèdent sur les plateaux et semblent tout droit sorties des livres de Muray, je ne connais pas une seule femme concrète qui achète.

« Où en sont les femmes ? » se demande gravement Le Monde à l’approche de cette centième édition. Je ne sais pas pourquoi mais je préférais entendre Patrick Juvet demander « Où sont les femmes ? » Comme me le souffle Miclo, « on ne nait pas femme, on le devient, d’accord. Mais ça ne me dit pas où sont mes escarpins ».

La précampagne du centenaire a commencé il y a deux ou trois semaines par la douloureuse question des femmes battues – au passage, on a oublié que 25 hommes mouraient chaque année sous les coups de leur tendre et douce. Puis on est passé à l’égalité dans le travail où, là encore, tout va mal : les femmes occupent les emplois précaires – alors que les hommes, bien sûr, jouissent d’une merveilleuse sécurité –, elles progressent plus lentement, ce qui n’a jamais rien à voir avec leurs propres choix ou avec les contraintes de l’entreprise, mais tient uniquement au machisme des dirigeants, lesquels privent ainsi la France de patronnes « compétentes, humaines, acharnées, instinctives » et j’en passe. « La crise aurait-elle eu lieu si Lehman Brothers s’était appelé Lehman Sisters », s’interroge Le Monde, apparemment sans rigoler (je n’ai pas trouvé la réponse à cette devinette pêchée en « une » mais peut-être ma mauvaise humeur m’a-t-elle rendue inattentive). Comme chacun sait, les tueuses, les emmerdeuses, les chipies, les hystériques et les autres sont de pures inventions de la littérature – encore un mauvais coup des hommes. D’ailleurs, aucun des mauvais coucheurs qui peuplent la rédaction de Causeur ne m’a envoyé un bouquet de fleurs en hommage à mes trésors féminins de calme, de patience et de sérénité, sans oublier mon sens bien connu de l’organisation. Cela dit, comme chez nous, c’est tous les jours jour de la femme, rien n’est perdu.

Heureusement, il y a des entreprises qui aiment les femmes et aiment plus encore le faire savoir. Le Parisien célébrait hier ces bonnes élèves. Alors qu’elles font déjà de leur comportement exemplaire en matière d’écologie et de diversité un argument de vente, elles pourront désormais brandir leur féminisme.

De l’horreur au travail on a naturellement enchaîné sur l’oppression domestique. Il est vrai que dans ce domaine, les inégalités de la nature s’ajoutent à celles qu’ont générées des siècles de patriarcat. Une expérience scientifique simple à réaliser vous le prouvera : placez un homme et une femme dans un foutoir où les toiles d’araignée se fraient un chemin entre les livres ; ajoutez si possible un réfrigérateur qui n’a pas rencontré une éponge depuis des semaines et une baignoire douteuse, et observez lequel des deux cobayes craque le premier. Espérons en tout cas qu’une brigade des plumeaux opérant sous la responsabilité de la HALDE mettra bientôt fin à l’antique injustice qui continue de régner sur le front ménager. En attendant ce jour béni, étant contrairement à toutes mes congénères travailleuses et efficaces de nature feignasse (il faut bien que des exceptions confirment la règle) je me permets de vous envoyer, une fois de plus, à mon cher Muray :

J’aime la sociologue parfaitement hystérique
Parce que le partage des tâches domestiques,
À lire les plus sûres études statistiques,
Demeure depuis quinze ans complètement statique.

Bizarrement, nul n’a songé au sort de celles à qui leur mari refuse l’usage d’un chéquier, interdit le recours à un médecin homme ou impose le port d’une prison vestimentaire. Passons.

En même temps qu’on communie dans l’apitoiement, on célèbre les innombrables vertus et les multiples exploits de ces dames – cela doit être ce qu’on appelle l’inconséquence féminine. Certaines rédactions où on n’a pas la chance d’être dirigé par la main de fer d’une patronne, profitent de ce beau jour pour faire du rêve du gouvernement des femmes une réalité. Ainsi, le « Grand journal » de Canal + était-il hier, sous la houlette d’Ariane Massenet, exclusivement féminin, public compris. Il y avait de la gonzesse et j’en connais quelques-uns qui n’ont pas dû en louper une minute. Certes, j’ai eu un peu la trouille quand Marie Colmant s’est indignée qu’on laisse encore un sale type comme Zemmour s’exprimer. Ça prouve, a-t-elle dit, qu’il reste beaucoup de progrès à faire. Cher Eric, j’ai bien peur que pour toi, ce soit « camp de travail à régime sévère ».

Il y en a pour tous les goûts. Actualité Juive, qui publie par ailleurs une excellente interwiew de Guaino, annonce en une que la femme est l’avenir de la communauté. On attend avec impatience que Têtu proclame que les lesbiennes sont l’avenir des homosexuels.

Dans cet océan de niaiserie, j’ai tout de même déniché une bonne nouvelle. Sachez, mesdames, frangines et copine, qu’à l’occasion de notre fête, le site Sexy Avenue propose 20 % de réduction sur les sex-toys et la lingerie sexy. Une excellente façon de rappeler que l’un des points communs à une grande majorité de femmes n’est pas qu’elles vivent l’enfer mais qu’elles aiment les hommes. Même s’il arrive que les deux aillent ensemble – c’est l’un des charmes de la vie des femmes.

Causeur n°21 : un beau bébé !

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Bien que nous soyons assez peu enclins d’ordinaire à fêter béatement le 8 mars, le nouveau numéro du mensuel Causeur, sorti des presses ce même jour nous parle beaucoup des femmes. De toutes les femmes, mais plus spécialement de l’une d’entre elles, Elisabeth Badinter, qui nous a accordé un long entretien. Son dernier ouvrage, Le conflit fait également l’objet d’un copieux dossier, où tous les auteurs sont loin d’être d’accord entre eux, comme il va de soi (enfin, chez nous). Et pour profiter de toutes ces bonnes choses et bien d’autres, un seul réflexe : s’abonner !

Les inédits du mois de mars :

  • Il faut que justice se passe, Elisabeth Lévy
  • Je pense donc je twitte, François Miclo
  • Jean-Baptiste Botul, Raul Cazals
  • Tuer la mère ? Elisabeth Lévy
  • Entretien avec Elisabeth Badinter, Elisabeth Lévy et Aimée Joubert
  • Elisabeth Badinter et ses ennemis, Charlotte Liébert-Helmann
  • Conflit ou recul ? Florentin Piffard
  • Aux écologistes, la matrie reconnaissante, Jérôme Leroy
  • Le père, cet importun, David Desgouilles
  • Shy-Pride, Bruno Maillé
  • Allouche, pour la bonne bouche, Luc Rosenzweig
  • “Veilleur, où en est la nuit ?”, Jérôme Leroy

De la liberté d’être mère. Ou pas

Élisabeth Badinter
Élisabeth Badinter publie Le Conflit, la femme et la mère, Flammarion. Photo : Hannah.

On vous a vue, entendue, lue dans tous les médias – une journée entière sur France Inter. À part cette malheureuse Edwige Antier et quelques autres, vous n’avez guère d’adversaires et peu qui soient à la hauteur. Chère Elisabeth Badinter, n’êtes-vous pas en train de mener une bataille gagnée ?
Tout d’abord, je reconnais volontiers que j’ai bénéficié d’un écho disproportionné. Cela dit, il ne faut pas se tromper. La seule bataille que j’ai gagnée, c’est que le débat est désormais public. Il n’y a qu’à voir le déchaînement sur Internet. J’ai sur le dos des « mères en colère » et des « écolos verts de rage », comme ils se désignent eux-mêmes. C’est aussi la preuve que mes craintes étaient fondées et que le retour, sous les couleurs de l’authenticité, à des pratiques millénaires ne relève pas seulement de mes obsessions personnelles.

[access capability= »lire_inedits »]De quelles pratiques parlez-vous ? De celles du maternage haute-compétition ou de la religion de l’environnement ? Ne faites-vous pas entre les deux un amalgame hardi ?
Mais c’est la même chose ! Le respect de la nature qui, elle, ne ment pas, est devenu notre nouvelle loi divine. Du reste, la publicité, qui ne ment pas non plus, si l’on peut dire, s’est emparée de cette tendance : c’est une preuve ! Mais la nature se déploie aussi dans la maternité, l’allaitement, les deux hormones du maternage, ocytocine et prolactine, et tout le discours de la mère toute-puissante. Ce n’est pas par hasard que l’on parle de la Terre-Mère.

Vous avez raison, ce n’est pas par hasard. Peut-être même la biologie, c’est-à-dire la nature, a-t-elle quelque chose à voir là-dedans. La maternité peut-elle être une affaire purement culturelle ?
Je ne suis pas idiote au point de nier que la maternité, la grossesse et l’accouchement relèvent de la nature. Mais la biologie est bien moins puissante que l’inconscient et les contraintes sociales réunies. Ce qui pèse sur les femmes, c’est la nécessité de concilier toutes sortes de contraintes tout en incarnant la mère parfaite.

Insistons. Croyez-vous qu’il est possible d’éradiquer toute survivance de l’antique séparation entre les femmes dedans et les hommes dehors ? Autrement dit, pouvons-nous et voulons-nous d’un monde où hommes et femmes, pères et mères, seraient interchangeables ?
Cessez de caricaturer ma pensée ! Je sais aussi bien que vous que la symétrie parfaite entre les hommes et les femmes n’existe pas. Mais je me contente de dire : attention ! aux femmes qui quittent leur travail et veulent rester trois ans à la maison avec leur enfant. Comment ignorer qu’aujourd’hui, un couple sur trois se sépare ? Pour la femme qui ne travaille pas, cela signifie souvent retrouver un logement, vivre dans la précarité avec ses enfants grâce à une pension alimentaire minable.

Mais enfin, il y a des mères, et même des mères au foyer, heureuses ! Comprenez-vous que vous ayez agacé ou blessé des femmes qui travaillent ou pas, ont des enfants et n’ont pas le sentiment d’en être esclaves ni d’avoir renoncé à leur vie de femme ?
Je crois qu’il y a plusieurs types de mères. Certaines sont plus « mammifères », elles aiment le tête-à-tête avec l’enfant, la maternité dans ses aspects les plus physiques, comme l’allaitement. D’autres n’aiment pas ça. Mon inquiétude vient du fait qu’on érige les premières, les mères fusionnelles et allaitantes, en curseur moral de la mère parfaite et que l’on culpabilise les autres. Alors, je dis : attention, danger ! Et j’affirme qu’il faut savoir dans quoi on s’engage quand on fait le choix de rester à la maison.

Cela dit, vous reconnaissez vous-même que la France est l’un des pays où les femmes disposent, grâce à la politique de la famille, d’un large éventail de choix.
D’abord, il faudrait que la question des structures d’accueil devienne un enjeu politique…

Mais ne nous dites pas qu’elle ne l’est pas ! On peut même trouver que les crèches occupent une place excessive dans le discours de Delanoë – au demeurant dans une ville où les Verts pèsent d’un grand poids…
Les discours sont une chose, la réalité en est une autre. Ce que j’observe, c’est que des femmes mal payées dans des emplois à temps partiel, sans possibilité de structure d’accueil pour leurs enfants, préfèrent laisser tomber leur emploi pour vivre pendant trois ans des allocations familiales. Et, au-delà des politiques, il y a l’ambiance. La pression monte sur les jeunes mères. Il faut scruter avec attention un ensemble de petits signes, de discours récurrents qui s’imposent peu à peu. À noter que beaucoup nous viennent de Suède, et de Scandinavie en général. On peut voir là-bas des mères allaiter des petits garçons de 5 ans. Et les femmes qui accouchent s’y prononcent majoritairement contre l’usage de la péridurale. En France, on sent une certaine inquiétude chez les jeunes mères, à qui on ne cesse de vendre la pratique de l’allaitement à long terme, voire à très long terme. Je n’ai rien contre la diversité des pratiques, mais il est insupportable qu’on leur raconte tout et n’importe quoi, que l’accouchement est un moment formidable, qu’on peut se passer de péridurale, que ce sont les hormones qui déclenchent le maternage. Alors que la technicité de la reproduction n’a jamais été aussi grande, on assiste au triomphe d’un naturalisme éclatant.

L’exemple scandinave est intéressant car on a l’impression que, là-bas, il s’agit autant −  sinon plus − d’asservir les hommes que de libérer les femmes. Dans ces conditions, le maternalisme n’est-il pas, plus qu’une sortie de route du féminisme, son accomplissement intégral ? N’y a-t-il pas un lien entre la super-mère d’aujourd’hui et la femme au pouvoir d’hier ?
Comme souvent, chère Élisabeth, votre antiféminisme primaire vous égare au point que vous confondez tout. Le courant féministe auquel j’appartiens était et est toujours universaliste : pour nous, l’essence n’avait plus lieu d’être. Nous ne voulions pas prendre le pouvoir et nous ne nous posions pas en parangon de vertu morale pour la société tout entière. Nous voulions l’égalité et le partage des tâches. Ce sont les féministes différentialistes qui sont responsables du matriarcat que nous voyons s’imposer au moins sur le plan symbolique. Et elles ont trouvé des alliées déterminées dans la population des mères maternantes. Plus personne ne peut plus parler au nom des femmes. Les deux courants du féminisme ne parviennent à se réconcilier que pour communier dans la victimisation des femmes. D’un côté, on idolâtre la mère, de l’autre on s’apitoie sur la femme : c’est gai.

De fait, ce différentialisme-là, qui fait des femmes les victimes revanchardes des hommes, n’est guère français et c’est heureux. Pour vous, ce naturalisme nous vient des universités américaines…
Oui, et cette idéologie pénètre l’Europe par la Grande-Bretagne naturellement, mais aussi par la Scandinavie où l’enseignement universitaire se fait en anglais. Puis, petit à petit, l’Union européenne, avec son cortège de normes, diffuse ces idées. Ce féminisme se coule très bien dans la frénésie du principe de précaution qui a saisi nos sociétés : en conjuguant les deux on obtient l’audience accordée aux associations pro-allaitement, aux hôpitaux labellisés   »amis des bébés ». On parle aujourd’hui d’un « droit de l’enfant à être allaité  ». L’allaitement, qui peut par ailleurs être un choix économique, en raison du prix des laits maternisés, est devenu une idéologie. Et donc, pour la bonne mère, un devoir.

Croyez-vous réellement peser sur l’inconscient collectif en vous battant sur le front du partage des tâches ménagères ? À supposer que ce combat-là soit le bon, faut-il, comme vous le suggérez, culpabiliser les hommes ? Outre le fait que cette mobilisation par la culpabilité n’est guère enthousiasmante, ne faudrait-il pas, alors, culpabiliser les femmes qui ont fait de leur cuisine un royaume dont l’accès est interdit aux hommes ?
Les changements dans la vie privée n’adviennent que par la culpabilisation des hommes. Pour les impliquer dans l’élevage des enfants, il faut manier à la fois le plaisir et la culpabilité. On ne peut pas nier que les pères de 2010 ne sont pas ceux de 1950 mais, quand on y regarde de plus près, notamment en étudiant les données INED des enquêtes « Population et société », on constate que le temps qu’ils concèdent aux tâches domestiques n’a pas varié. Seulement, il y a vingt ou trente ans, ce temps était consacré au bricolage ou à s’occuper de la voiture. Aujourd’hui, les voitures, on s’en moque, et plus personne ne bricole. Ce temps-là a été mis à profit par les pères pour s’occuper des bébés. Pour le reste, les femmes gèrent l’ensemble du quotidien. Il est vrai, aussi, que certaines rechignent à abandonner le royaume traditionnel où elles exercent un pouvoir tout-puissant, l’endroit où elles sont des « sachantes ».

À vous lire, on finit par se demander si la solution, pour vous, n’est pas d’arrêter de faire des enfants ?
Combien de fois devrai-je répéter que ce qui m’importe, c’est que les femmes aient le choix, d’être mères ou pas et même d’être des mères fusionnelles ou pas. Je ne fais que défendre le modèle maternel qui est aujourd’hui attaqué. Le phénomène des femmes sans enfants, dans les pays où le rôle maternel est exacerbé, monte en puissance. En Allemagne, en Autriche, un tiers des femmes les plus favorisées finissent leur vie sans enfant. Elles considèrent qu’il existe d’autres possibilités d’épanouissement que la maternité et créent un véritable style de vie. Les femmes ont le droit d’être mères. Elles ont aussi celui d’être des guerrières.

Le Conflit : la femme et la mère

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SNCF : un peu de poésie pour sortir du train-train

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Peinant comiquement à faire rouler ses trains par temps de neige, et à organiser les grands départs en vacances sans retard ni pagaille, la SNCF met virilement le paquet niveau poésie. L’AFP nous apprend que la vénérable institution ferroviaire « enverra des comédiens souffler des impromptus poétiques à ses passagers vendredi à l’occasion de la douzième édition du Printemps des poètes, dont le thème est cette année Couleur Femme ». La France a peur, comme disait l’autre. Impossible donc d’échapper à ces « commandos poétiques du collectif Les Souffleurs » qui pratiqueront leur néo-terrorisme poético-festif sur une poignée de lignes au départ de Paris. Les agents SNCF, délaissant leurs missions habituelles – si archaïques ! – de contrôle des billets, remettront aux voyageurs des « des cartes-poèmes » qu’ils pourront s’offrir mutuellement. Et sinon, quid du rapide de 7 h 32 pour Vesoul ? Ah, désolé du retard, Monsieur, mais tous nos agents sont déjà mobilisés sur la poétisation des trains ! Ne soyez pas si prosaïque !

Ta femme, la crise et les Régionales

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Bon, après les Régionales, une fois le soufflé électoral retombé, il va tout de même falloir faire face à la crise, celle qui progresse comme un tsunami financier et se cogne à la réalité des peuples comme en Grèce et en Islande. Il va falloir nommer exactement ce qui se passe, ce qui se passe vraiment. Comme d’habitude, c’est la littérature, et non les économistes, qui va nous permettre de comprendre en termes simples pourquoi tout est en train de disparaître dans un effondrement à la fois risible et tragique. Que l’on nous permette donc d’en appeler à un poète, le grand Charles Bukowski, dont on ne souligne pas assez que son ivrognerie géniale est une conséquence de la peur panique éprouvée pendant la Grande Dépression des années 1930 aux USA. Alors, où en sommes nous ? Déflation, récession, dépression ? N’écoutons pas Jacques Marseille qui est mort ni Nicolas Baverez qui s’avise dans le dernier supplément économie du Monde (il n’est jamais trop tard) d’une nouvelle question sociale. Ecoutons plutôt Buk  dans There’s no Business : « La récession, c’est quand votre femme se tire avec le premier venu. La dépression, c’est quand le premier venu vous la ramène. »

NPA, ça le fait pas

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Olivier Besancenot (photo looking4poetry, flickr.com).
Olivier Besancenot (photo looking4poetry, flickr.com).

Certes, les sondages ne valent jamais que ce qu’ils valent, mais là ils concordent tous et semblent refléter une tendance réelle : selon toute vraisemblance, dimanche soir, le Front de Gauche (PCF et PG de Mélenchon) aura gagné, un an après les européennes, une nouvelle manche du bras de fer qui l’oppose au NPA. Or, a priori, c’était pas du tout cuit.

Souvenez-vous, c’était il y a peine deux ans et demi, au sortir du premier tour de la présidentielle. Le petit facteur issu de ce qui était encore la LCR venait d’humilier ce qui fut autrefois le grand parti des travailleurs, en mettant deux points dans la vue de son inconsistante candidate. Fort de quoi Olivier avait annoncé illico son intention de capitaliser son score – et son fort potentiel d’attendrissement médiatique – en fondant un grand parti unitaire à gauche de la gauche. À l’époque, aucun analyste ne donnait trop cher de la peau du parti communiste qui, outre ses tares bien réelles, sentait trop son monde d’avant pour ne pas être automatiquement condamné à disparaître en moins de temps qu’il n’en faut pour boucler (mais non, j’ai pas dit bâcler) un édito de Libé.

Exit donc la LCR, place au NPA. On allait voir ce qu’on allait voir. Eh bien, on a vu. Et on y verra encore plus clair dimanche à 20 heures. Mais d’ores et déjà le pari est perdu. Que le NPA fasse 2 %, 3 %, voire 3,5 % des voix n’y changera rien : le soufflé est retombé, le ressort est cassé. Qu’est-ce qui donc foiré dans le plan de bataille de feue la Section Française de la Quatrième Internationale ? Plusieurs choses, qu’on livrera à peu près dans l’ordre, pour une fois.

Il y a tout d’abord les errements, voire les reniements qui ont accompagné le rebootage du logiciel trotskyste, et qui l’ont grillé auprès de nombre de ses électeurs et militants putatifs. Chacun aura bien sûr immédiatement à l’esprit la pitoyable affaire de la candidate voilée dans le Vaucluse, et ce qu’elle peut laisser présager de pire : un flirt poussé, comme c’est déjà le cas en Grande Bretagne avec les islamistes, au nom bien sûr de l’anti-impérialisme et de la lutte contre la stigmatisation. Témoin de cette pente savonneuse, mardi dernier, en meeting à Lille, Besancenot en a remis une couche dans le registre barbu-compatible en déclarant que le Quick halal de Roubaix était la dernière de ses préoccupations. Les tiennes, peut-être Olivier, mais celles du bon vieux prolo en colère, laïque et républicain, toujours. Faut croire qu’on s’en fiche un peu de celui-là. Tout comme on se fout des féministes pas vraiment portées sur le hidjab. Tout ça pour aller courir après un fantasmatique électorat « des quartiers ».

On trouve le même mépris dans le traitement des valeurs historiques de la gauche – et de l’extrême-gauche, au passage – dans l’attitude du NPA vis-à-vis des syndicats, et plus spécialement de la CGT, systématiquement dénigrée lors des conflits sociaux de cette dernière année. Peu importe, en l’instance que les critiques de mollesse faites à Bernard Thibaut soient fondées ou pas. Ce qu’on est obligé de constater c’est que ces procès en sorcellerie ont déclenché un réflexe défensif chez les syndicalistes les plus combatifs, ce qui est fichtrement contreproductif quand on veut construire un parti anticapitaliste. Oui mais c’est un nouveau parti. Et le syndicalisme, comme la laïcité ou même le féminisme, c’est rien que des trucs de vieux.

Corollaire logique de ces divagations, le sectarisme rabique dont a fait preuve le NPA dans la préparation des régionales, celui pour lequel ce 14 mars, il va payer cher. Là encore, la question n’est pas de savoir si le Front de Gauche est coupable ou non des velléités de satellisation par le PS que lui reproche sans cesse le NPA. Le vrai problème c’est que le NPA est aveugle, il fait comme si la dynamique crée par l’alliance PC-PG n’existait pas. Et donc comme si le vote « radical mais utile » devait éternellement jouer en faveur de Besancenot, comme à la présidentielle (où non seulement Buffet, mais aussi Bové et Arlette furent étrillés). Le NPA fait comme si depuis 2007, il était seul sur le marché, comme si il n’y avait plus qu’a se baisser pour ramasser les militants de base du PC, comme si l’irruption de Mélenchon dans sa zone de chalandise n’avait jamais existé. Mauvaise pioche.

Tout cela est d’autant plus étonnant que ce sectarisme et cette cécité sont une donnée nouvelle dans ce courant politique. Globalement, à la Ligue, on se la racontait pas, on ne prenait pas ses désirs pour des impératifs catégoriques. Quiconque a pu discuter avec Krivine, Piquet ou Bensaïd du temps où ils tenaient la boutique pourra le confirmer: on n’avait vraiment pas affaire à des lourdauds. La Ligue était aux antipodes du style incantatoire en vigueur au NPA, on y était, rusé, patient, porté sur l’autocritique, conscient des difficultés et toujours à l’affût de ce qui pouvait rassembler, quitte à être unitaire pour deux.

Il faut croire que ces fondamentaux-là, eux aussi, faisaient vieux jeu, puisqu’on les a oubliés. Aujourd’hui la seule ligne de Besancenot, c’est de jouer les Monsieur Plus vis-à-vis de ceux qui auraient pu être ses partenaires. Et c’est ainsi, de surenchère en surenchère, qu’on en arrive à des Tchernobyl façon Vaucluse : tous les autres ont des candidats « issus de la diversité » ? Et bien nous, on présente une femme musulmane et voilée ! Toujours plus, donc, sauf qu’à l’arrivée il y aura toujours moins d’électeurs.

À force de vouloir nier la complexité, on finit par se manger le réel en boomerang. Le pari de l’Opération Besancenot, c’était de simplifier sa ligne politique à l’extrême pour attirer des électeurs nouveaux dans ce parti nouveau. La déroute du NPA, c’est aussi la défaite du marketing.

Jean-Baptiste Botul

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[access capability= »lire_inedits »]Jean-Baptiste Botul

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Lorsqu’en 1971, il fut libéré de sa prison bolivienne, Régis Debray prit secrètement la direction de l’Uruguay, où il fit l’acquisition de ce portrait. [access capability= »lire_inedits »]Il orne désormais le vestibule de l’Institut de médiologie et c’est la seule représentation qui nous soit restée de Jean-Baptiste Botul, père incontesté et néanmoins malheureux de cette belle doctrine philosophique qui aurait pu s’appeler le botulisme si le nom n’avait pas été déjà pris.

José Mujica, Jean-Baptiste Botul réfléchissant à sa prochaine conférence aux néo-kantiens d’Uruguay, vers 1938. Le public savant se reportera à la brochure que M. Debray a consacré à ce portrait, Adieu Jean-Baptiste Botul.

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Goodbye Londonistan !

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Haymarket, Londres (photo : E01, flickr.com).
Haymarket, Londres (photo : E01, flickr.com).

Vous trouvez dérisoires, inutiles, indécents peut-être en ces temps de crise, les débats franco-français sur les fast food hallal, les voiles légers, voire les horaires séparés dans les piscines et les prières sur la voie publique ? Pour vous, les appels répétés au strict respect de la laïcité masquent surtout un racisme rampant, une islamophobie déguisée ? Chacun n’est-il pas libre de mettre en application les préceptes de sa foi, ses traditions culturelles, dès lors qu’ils ne contreviennent pas à l’ordre public ? Peut être est-il temps pour vous de traverser la Manche et d’aller voir de plus près le pays où tout est possible, des burqas à la charia. Où les trois petits cochons de la fable ont été remplacés dans les écoles par les trois petits chiens pour ne pas froisser les convictions des enfants. Car, vous ne l’ignorez pas, le Royaume-Uni est multiculturel et même communautariste. Communautariste : mot étrange et subitement omniprésent que l’on prononce en France avec ce ton vaguement dédaigneux que l’on réserve habituellement aux maladie honteuses. Mais savons-nous bien de quoi nous parlons ?

Tout avait si bien commencé. En tirant un trait sur l’empire britannique sur lequel le soleil ne se couchait jamais, les petits-enfants des colonisateurs avaient, pour se faire pardonner quelques siècles d’impérialisme, décidé de donner le statut de citoyen du Royaume-Uni à toute personne née sur l’île ou dans une de ses colonies (British National Act, 1948), assorti d’une égalité de traitement stricte en terme de droit de vote et de sécurité sociale. Ce que la France ne fit jamais pour l’Algérie, par exemple. Mais aussi d’un respect inconditionnel de « la diversité culturelle couplée à l’égalité des chances, dans une atmosphère de tolérance mutuelle », comme l’affirmait Roy Jenkins, secrétaire du Home office, c’est-à-dire le ministère de l’intérieur, en 1966. Ce qui revenait de fait à accepter sans condition toutes les normes et traditions religieuses, culturelles et sociales. Autour de cette position digne d’un président de la SA Bisounours, un très large consensus politique lui avait vite donné une assise durable dans la société britannique. De l’aristocratie issue des public schools (qui sont privées bien sûr, pourquoi faire simple) et se retrouve dans des clubs ultra-fermés où vous ne poserez jamais un orteil même si vous pouvez vous payer Harrods et qui y puisa et y puise encore une main d’œuvre à moindre coût, à la gauche travailliste qui s’en fit une clientèle électorale indispensable fidélisée par des dirigeants communautaires très écoutés, tous s’accommodaient bien volontiers du modèle britannique, loué partout pour sa tolérance et la paix sociale qu’il garantissait.

Les conflits internationaux qui ne manquèrent pas de venir taper à la porte semblaient comme anesthésiés en passant la Manche. Les attentats du 11 septembre ? Omar Bakri put décerner aux terroristes les épithètes particulièrement bien choisis de « magnifiques ». L’intervention britannique en Irak ? Tony Blair autorisa les écoles coraniques de façon trop concomitante pour être tout à fait honnête, la discrimination positive battit des records, la parité dans les médias et les administrations se fit pointilleuse. Les caricatures du prophète ? Aucune intervention policière ne vint interdire les calicots appelant au meurtre et les drapeaux danois brûlés. A ceux qui les accusait d’acheter la sanctuarisation de leur territoire, les autorités répondaient respect des religions et des cultures. « Nous devons être attentifs si nous voulons être multiculturels » précisait sans rire le directeur de l’école où les petits cochons durent se travestir en caniches.

Inutile de préciser que dans ce contexte les attentats du 7/7 (2005) ont fait l’effet d’un réveil brutal, voire d’une… bombe. Contrairement au 11 septembre, ils sont le fait de citoyens tout à fait britanniques. Dans la foulée, une série de sondages accablants est venue confirmer que le multiculturalisme avait sacrément du plomb dans l’aile. La moitié des musulmans ne se sentaient pas britanniques. 81 % se déclaraient d’abord musulmans. 40 % réclamaient l’établissement de la charia là où ils étaient majoritaires. 20 % cautionnaient les attentats du 11 septembre. 32 % estimaient qu’ils devaient mettre fin à la société occidentale et 7 % (soient pas moins de 100.000 gaillards) souhaitaient carrément l’éliminer par la violence.

Vous avez dit société multiculturelle ? Les attentats de Londres ont mis à jour une société gangrenée par 60.000 délits racistes par an et des communautés séparées, figées par la haine, prêtes à s’entretuer comme à Birmingham en octobre 2005.

Là, forcément, vous venez d’en prendre un petit coup derrière la tête et vous vous posez cette question : Mais comment a-t-on pu en arriver là, tourner le dos à ce point à l’angélisme rafraîchissant de Roy Jenkins ? Où le bât a t-il blessé ?

À force de considérer les différences comme essentielles et valorisantes au détriment de ce qui unit par delà la race ou la foi, on a fait du droit à ces différences (multiculturalisme) un devoir d’appartenance à une identité (communautarisme). L’individu se définit d’abord en fonction de son groupe, de sa tribu. L’intégration ne s’est pas faite via la culture britannique, mais via les différences culturelles et religieuses propres à chacune des composantes de la société. Or, on ne bâtit pas une société sans un minimum de culture commune et une mémoire partagée.

Plus grave, en conférant aux dignitaires religieux cooptés par l’establishment politique le statut d’interlocuteurs privilégiés, les éventuelles affiliations politiques, sociales ou économiques se sont progressivement effacées. Les groupes se définissent avant tout par leur religion. Dont les principes s’imposent. Voile à l’école pour les élèves et les profs, dans les entreprises et les administrations, cantines hallal, 85 tribunaux appliquant la charia… Le scandale dit du Quick roubaisien semble bien innocent subitement. Les 80 % de Britanniques hédonistes accros à la consommation et élevés selon des principes vaguement chrétiens n’ont qu’à bien se tenir et sont certes très tolérants, mais les enseignantes en burqa et les femmes tenues en laisse dans les rues de Londres n’ont pas vraiment la cote. Le politiquement correct britannique a beau être le plus résistant du monde, il s’érode quand, crise oblige, communautarisme exacerbé et immigration massive finissent par faire le lit du BNP (british national party). Un quart des électeurs, en particulier des blancs pauvres qui vivent du benefit, disent avoir envisagé de le soutenir… Voilà qui nous rappellera quelques souvenirs pas si anciens. Les délits racistes augmentent, la paranoïa et le repli identitaire s’accentuent. Malgré le multiculturalisme, une majorité de musulmans se sentent victimes de xénophobie.

Mises de côté, les difficultés d’intégration économiques sont restées sans réponse. Pourtant, là aussi, les chiffres sont accablants. Trois fois plus de chômeurs chez les musulmans que chez les catholiques et les hindous. 58 % des Pakistanais sont pauvres contre 19% de blancs. Suivant une logique communautariste, les inégalités ont été réparties et non supprimées. Comme si seul comptait le fait que des riches puissent être aussi issus des minorités. La promotion incessante de la diversité diversifie sans doute la couleur de la peau des maîtres, mais ne remet pas en cause une seconde la domination qui transcende toutes les autres, celle des plus riches sur les plus pauvres. Voilà qui devrait chez nous faire réfléchir ce cher monsieur Besancenot qui se fait à l’insu de son plein gré le complice involontaire de ce capitalisme qu’il abhorre…

Comment s’étonner que sur ce terreau fertile de pauvreté mêlée à une exacerbation de l’identité religieuse, l’engrais jihadiste répandu à profusion par internet produise de si beaux fruits ?

La réponse des autorités travaillistes n’a pas tardé. L’asile politique accordé si généreusement aux idéologues islamistes radicaux a fait long feu, le « Londonistan » n’est plus. La rigueur semble enfin de mise. Et pourtant, le jeune nigérian Farouk Abdulmutallab qui voulait faire exploser le vol Amsterdam-Detroit le 25 décembre dernier était passé par Londres et ses cercles radicaux. De quoi donner encore quelques insomnies aux spécialistes du MI5 qui, étonnamment, ne jouent plus les James Bond vs Jules Maigret quand ils rencontrent leurs collègues français de feu la DST.

Dans vingt ans, la population britannique aura doublé les deux poids lourds démographiques européens que sont la France et l’Allemagne. Une bonne dizaine de millions de producteurs et de consommateurs supplémentaires, de quoi réjouir les économistes. En terme de cohésion sociale, on peut se permettre d’être moins optimiste. Voire franchement inquiet.

Cinéma européen

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Si vous êtes cinéphile et si vous avez des choses à faire du 17 au 24 mars, annulez tout et rendez vous au cinéma l’Entrepôt, pour la cinquième édition du festival L’Europe autour de l’Europe. Vous aurez l’occasion de voir sur grand écran un des premiers films de Milos Forman, Au feu les pompiers, un chef d’œuvre de Lindsay Anderson, Britannia Hospital, avec Malcolm McDowell dans le rôle principal, et deux hommages à Boulgakov : Le maître et Marguerite d’Aleksandar Petrovic et Morphine d’Aleksey Balabanov, un des réalisateurs russes les plus talentueux à l’heure actuelle. À ne pas manquer non plus Tsar de Pavel Lounguine, une magnifique fresque historique sur Ivan le Terrible. Et pour les insatiables : Satantango de Béla Tarr, sept heures de puszta déferlent le 27 mars à l’Institut hongrois.

Lettre à un mélancolique

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J’ai dévoré votre dernière livraison. Evidemment, j’apprécie toujours autant votre style, votre grande culture historique et votre si grande lucidité. Seulement voilà, j’ai un gros désaccord avec vous. Un énorme désaccord. Ayant tenté de contribuer à votre défense et m’étant aussi permis de proposer votre candidature à l’élection présidentielle, même si tout le monde, vous le premier, avait d’emblée détecté le côté potache de l’initiative, il me faut vous l’exprimer franchement et aussi publiquement que précédemment.

À vous lire, tout est foutu. Tout a foutu le camp et on ne pourra jamais aller le rechercher. Pis encore, on a la surprise, la stupéfaction, la déception, on reçoit un coup de poing dans l’estomac, en lisant de vous que la France est trop petite. Trop petite ! Pas cela, Eric Zemmour ! Et, surtout, pas vous. Lorsque nous nous rendons dans notre librairie pour acheter du Zemmour, ce n’est pas pour lire du Giscard ou du Minc. Nous hésitons à déposer plainte pour tromperie sur la marchandise. Nous vérifions la magnifique couverture tricolore ; nous nous replongeons dans la lecture pour retrouver votre style lequel, rassurons les prochains lecteurs, n’a rien de giscardien, et nous devons bien nous rendre à l’évidence : c’est bien Eric Zemmour qui écrit que la France est trop petite et qu’elle crève de mélancolie de s’en rendre compte.

Vous avez sans doute mesuré l’effroi que susciterait cette assertion parmi une partie de vos lecteurs habituels, lesquels versent parfois dans le Cocorico. Mais vous n’en avez eu cure. Vous le pensez, donc vous l’écrivez. Rien d’anormal. Votre franchise, c’est une marque déposée. Alors, nous allons vous répondre aussi franchement. Non pas point par point. Il nous faudrait écrire un livre aussi pour y répondre et nous n’avons pas la notoriété suffisante pour mobiliser un éditeur[1. Ils se sont d’ailleurs mis à deux pour vous éditer le vôtre. Au passage, ils pourraient faire leur boulot et repérer les coquilles. Vous laisser confondre AELE et ALENA, ce n’est pas seulement imprimer un lapsus assez drôle, c’est aussi manquer de sérieux. Mais je m’arrête là : je ne voudrais pas apporter encore de l’eau à votre moulin toutfoutlecampiste.]. Trois points suffiront.

La France est trop petite parce que cet hexagone est trop petit dans un monde si grand ; La France est trop petite et sa démographie en trompe-l’œil n’y changera rien ; La France est trop petite parce qu’elle ne pourra jamais recouvrer la souveraineté qu’elle a bazardée.

Donc Minc, Giscard, Attali, les oui-ouistes auraient raison. Trop petite, la France ? Trop ridée, la France ? Elle aurait besoin d’être un Empire, de pouvoir retrouver les frontières de celui de la Rome Antique pour s’accomplir complètement ? C’est le fil conducteur de votre livre, votre thèse. Comme vous ne nous proposez pas la guerre pour retrouver nos cent-trente départements de Hambourg à Turin, il n’y aurait plus qu’à pleurer. Page 21, vous faites un sort à vos lecteurs souverainistes, enfants des maurrassiens et des jacobins de gauche, en les soupçonnant d’anachronisme. Ce n’est pas l’Empire que les Rois de France refusaient mais l’Empereur. Lorsqu’on est nourri par les livres que Paul-Marie Couteaux écrivait dans les années 1990, on a dû mal à séparer l’Empire de l’Empereur. Et on ne goûte guère l’impérialisme, qu’il soit germanique, américain ou même de Napoléon qui avait tout de même fini par rendre la France plus petite qu’il ne l’avait prise, comme disait le Général. Alors, la Wallonie, pourquoi pas ? Mais pour le reste, notre pays peut largement vivre sans mélancolie dans les frontières que nous connaissons. Après l’échec des Plans Fouchet et du Traité de l’Elysée, De Gaulle a très bien pu remettre la France au premier plan en tant que Nation libre et indépendante. Encore fallait-il en avoir la volonté. Il l’avait, au contraire des Partis. J’y reviendrai. De même, la posture chiraquienne de 2003 a démontré que notre 1 % de la population mondiale pouvait largement être compensé par une diplomatie audacieuse et un verbe haut.

La population, justement, parlons-en. Dans votre dernier chapitre, vous faites un sort au dynamisme de notre démographie. Comme un caillou dans votre chaussure, l’augmentation du nombre de Français, notre taux de fécondité qui tranche avec celui de nos voisins européens gênait quelque peu votre démonstration. Aidé par Michèle Tribalat, vous tentez de relativiser ce dynamisme. Vous accusez donc les chercheurs de l’INED de se comporter en Lyssenko et vous moquez Emmanuel Todd, lequel aurait découvert des monstres, aurait fermé la porte à double-tour et même jeté la clef. Il est possible que certains chercheurs ne voient pas les fameux chiffres en question ou refusent de les voir. Mais, de monstres, vous en voyez, a contrario, partout. D’abord, lorsque vous révélez le taux de fécondité des femmes d’origine européenne (1,7 au lieu des 2,0 pour toutes les femmes vivant en France) et que vous le rapprochez des taux globaux de nos voisins, il y a légèreté. Car l’Allemagne, l’Espagne ou l’Angleterre ont, tout comme la France, fait l’objet de vagues d’immigration importantes et les femmes issues de ces vagues font grimper aussi leur taux de fécondité. Si la France était le seul pays d’immigration en Europe, votre argument ferait mouche. Ce n’est pas le cas, fort heureusement et il y a donc une spécificité française que la plupart de nos démographes expliquent de manière féministe[2. Page 215 : présence de crèches, enfants confiés jeunes aux nounous, nombre important de naissances hors-mariage.], écrivez-vous. Et si on retournait cet argument avec l’aide d’un autre ! Jean-Claude Chesnais explique dans l’un de ses ouvrages que l’homme français participe davantage aux tâches ménagères que l’homme espagnol ou italien permettant à sa compagne d’enfanter avec davantage d’enthousiasme que ses cousines latines[3. Ce qui permet d’ailleurs de relativiser la propagande sur les fameux 80 % de tâches domestiques effectuées par les femmes en France, en vogue actuellement grâce à la promotion du livre d’Elisabeth Badinter, et dont on ne sait par qui et comment ils ont été calculés.]. Vous auriez pu ainsi, au lieu de relativiser le différentiel, l’expliquer par la féminisation du jeune français, et donc vous en plaindre, comme doit le faire légitimement l’auteur du Premier Sexe. Ensuite, si vous avez raison de fustiger les germanopratins, incapables de voir au delà du Ve et VIe arrondissements réunis, on a parfois l’impression que vous refusez de regarder vous-même au delà de l’Ile de France. La Mayenne (3% de mères étrangères seulement) dispute ainsi la première place en terme de taux de fécondité à la Seine-Saint-Denis, que vous citez sans cesse en exemple. Enfin, en matière d’assimilation pour les familles qui font grimper le taux de 1,7 à 2, ne vous focalisez-vous pas sur la partie émergée de l’iceberg ? Quand vous dites que beaucoup votent avec leurs pieds en quittant notamment le 93, vous oubliez que des couples mixtes, ou même des familles entières issues de l’immigration font de même ou rêvent de faire de même. Lorsque nous habitions un quartier sensible près de Montbéliard lors des élections présidentielles de 2002, nous avons pu ainsi découvrir que le vote Le Pen n’était pas réservé aux « souchiens », comme disent les Indigènes de la République. Très souvent, ce choix leur semblait une manière d’affirmer leur assimilation. Alors, certes, les chiffres que vous donnez sur le recul des unions mixtes montrent un recul de l’exogamie dans la population issue de l’immigration maghrébine. Certes, la communautarisation a progressé, l’assimilation reculé. Mais ce n’est pas à l’auteur de Petit frère qu’on expliquera que c’est le fruit d’une politique commencée il y a vingt-cinq ans et poursuivie par tous les gouvernements. Comment en aurait-il pu être autrement dans ces circonstances ? Il suffirait qu’on revienne au modèle ancien et on infléchirait vite la tendance. La loi sur le voile de 2003 a démontré que la fermeté était efficace. On ne peut pas ? Non ! Encore une fois, on ne veut pas !

La Volonté et la capacité de mettre celle-ci en œuvre découlent directement de la Souveraineté. Dans votre livre, vous prêchez évidemment un convaincu lorsque vous égrainez tous les passages par dessus bord que celle-ci a connus depuis plus de trente ans. Mais qui nous empêche de la reprendre, cette sacrée souveraineté ? Si nous quittions l’Euro[4. Vous avez bien eu raison, il y a une semaine, de dire à Nicolas Domenach que le minimum serait de menacer de le faire.], rétablissions le principe de la loi-écran, si même nous quittions l’Union européenne, dénoncions la CEDH – que sais-je encore, quelle armée européenne viendrait nous en empêcher ? D’ailleurs, Jacques Chirac en 1995, Lionel Jospin en 1997 et Nicolas Sarkozy en 2007, n’ont ils pas gagné grâce au logiciel national-républicain ? Ce n’est pas parce qu’ils ont renoncé peu après ou même, pour le dernier cité, jamais cru dans ce discours, qu’il est impossible à mettre en œuvre. On n’essaie même pas. Dès que les Allemands froncent un sourcil, on se couche, comme vous l’avez d’ailleurs très bien expliqué lorsque vous abordez le thème de l’union méditerranéenne. Donc on peut, et on dispose même de l’occasion idéale avec cette première crise de la mondialisation.

Et pourquoi ne nous le faisons pas ? A cause des partis, qui se débarrassèrent déjà du Général. Lorsque Sarkozy, DSK et Aubry consultent les mêmes gourous, il ne faut pas s’étonner de suivre la même politique quoi que les Français votent. Le système partisan est verrouillé et nul autre que vous ne le sait mieux. Le financement des partis, les féodalités économiques et locales, la quasi-unanimité des médias refusent de lâcher la proie, que constitue l’alternance entre une droite et une gauche libéralomondialistes, pour l’ombre que constituerait une recomposition rendue nécessaire par les changements géopolitiques et intérieurs. Sans doute parce que cela avait été un thème d’un livre écrit il y a plus de dix ans[5. Le livre noir de la droite, Grasset, 1998.], vous n’avez pas remis le couvert cette fois ci. C’est pourtant la raison centrale de l’incapacité pour la France de se redonner les moyens de devenir Rome, moins dans ses frontières que dans son Génie. Jean-Pierre Chevènement, dans un long dialogue avec un groupe de blogueurs parisiens, explique que le moment de vérité viendra un jour, sans doute provoqué par un choc extérieur. J’ai tendance à croire ce vieux lion sage.

En conclusion d’un discours prononcé au Palais des sports le 15 décembre 1965, André Malraux rappela la lettre que Bernanos écrivit à ses amis en 1942 : « Ne vous tourmentez donc pas, la France a inventé Jeanne d’Arc, elle a inventé Saint-Just, elle a inventé Clemenceau, elle n’a pas fini d’en inventer ! C’est son affaire ! » Il y a donc bien une mélancolie française. Mais c’est parce que nous le voulons bien.

Mélancolie française

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Reine d’un jour

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J’en conviens, c’est assez attendu mais chaque année, ça m’énerve. La journée de la femme, que l’on devrait plutôt appeler la journée du malheur des femmes, me flanque des boutons – ce qui est un comble. Je précise immédiatement que je n’aime pas que les hommes battent ou tuent leur femme, ni que leurs patrons les exploitent, ce qui devrait suffire à prouver que j’ai un grand cœur. J’ajoute que je ne crois pas que tout soit parfait sur le front de l’égalité. Mais le festival de propos convenus, de jérémiades inspirées et de communion compassionnelle, le tout noyé dans un flot d’aigreur et de ressentiment qui se déverse sur les méchants mâles qui nous gouvernent, me donne envie de prendre mes jambes à mon cou. Chaque 8 mars, le même message nous est délivré en boucle : nous sommes toutes des victimes. Ça, je n’achète pas. Et à l’exception des pleureuses qui se succèdent sur les plateaux et semblent tout droit sorties des livres de Muray, je ne connais pas une seule femme concrète qui achète.

« Où en sont les femmes ? » se demande gravement Le Monde à l’approche de cette centième édition. Je ne sais pas pourquoi mais je préférais entendre Patrick Juvet demander « Où sont les femmes ? » Comme me le souffle Miclo, « on ne nait pas femme, on le devient, d’accord. Mais ça ne me dit pas où sont mes escarpins ».

La précampagne du centenaire a commencé il y a deux ou trois semaines par la douloureuse question des femmes battues – au passage, on a oublié que 25 hommes mouraient chaque année sous les coups de leur tendre et douce. Puis on est passé à l’égalité dans le travail où, là encore, tout va mal : les femmes occupent les emplois précaires – alors que les hommes, bien sûr, jouissent d’une merveilleuse sécurité –, elles progressent plus lentement, ce qui n’a jamais rien à voir avec leurs propres choix ou avec les contraintes de l’entreprise, mais tient uniquement au machisme des dirigeants, lesquels privent ainsi la France de patronnes « compétentes, humaines, acharnées, instinctives » et j’en passe. « La crise aurait-elle eu lieu si Lehman Brothers s’était appelé Lehman Sisters », s’interroge Le Monde, apparemment sans rigoler (je n’ai pas trouvé la réponse à cette devinette pêchée en « une » mais peut-être ma mauvaise humeur m’a-t-elle rendue inattentive). Comme chacun sait, les tueuses, les emmerdeuses, les chipies, les hystériques et les autres sont de pures inventions de la littérature – encore un mauvais coup des hommes. D’ailleurs, aucun des mauvais coucheurs qui peuplent la rédaction de Causeur ne m’a envoyé un bouquet de fleurs en hommage à mes trésors féminins de calme, de patience et de sérénité, sans oublier mon sens bien connu de l’organisation. Cela dit, comme chez nous, c’est tous les jours jour de la femme, rien n’est perdu.

Heureusement, il y a des entreprises qui aiment les femmes et aiment plus encore le faire savoir. Le Parisien célébrait hier ces bonnes élèves. Alors qu’elles font déjà de leur comportement exemplaire en matière d’écologie et de diversité un argument de vente, elles pourront désormais brandir leur féminisme.

De l’horreur au travail on a naturellement enchaîné sur l’oppression domestique. Il est vrai que dans ce domaine, les inégalités de la nature s’ajoutent à celles qu’ont générées des siècles de patriarcat. Une expérience scientifique simple à réaliser vous le prouvera : placez un homme et une femme dans un foutoir où les toiles d’araignée se fraient un chemin entre les livres ; ajoutez si possible un réfrigérateur qui n’a pas rencontré une éponge depuis des semaines et une baignoire douteuse, et observez lequel des deux cobayes craque le premier. Espérons en tout cas qu’une brigade des plumeaux opérant sous la responsabilité de la HALDE mettra bientôt fin à l’antique injustice qui continue de régner sur le front ménager. En attendant ce jour béni, étant contrairement à toutes mes congénères travailleuses et efficaces de nature feignasse (il faut bien que des exceptions confirment la règle) je me permets de vous envoyer, une fois de plus, à mon cher Muray :

J’aime la sociologue parfaitement hystérique
Parce que le partage des tâches domestiques,
À lire les plus sûres études statistiques,
Demeure depuis quinze ans complètement statique.

Bizarrement, nul n’a songé au sort de celles à qui leur mari refuse l’usage d’un chéquier, interdit le recours à un médecin homme ou impose le port d’une prison vestimentaire. Passons.

En même temps qu’on communie dans l’apitoiement, on célèbre les innombrables vertus et les multiples exploits de ces dames – cela doit être ce qu’on appelle l’inconséquence féminine. Certaines rédactions où on n’a pas la chance d’être dirigé par la main de fer d’une patronne, profitent de ce beau jour pour faire du rêve du gouvernement des femmes une réalité. Ainsi, le « Grand journal » de Canal + était-il hier, sous la houlette d’Ariane Massenet, exclusivement féminin, public compris. Il y avait de la gonzesse et j’en connais quelques-uns qui n’ont pas dû en louper une minute. Certes, j’ai eu un peu la trouille quand Marie Colmant s’est indignée qu’on laisse encore un sale type comme Zemmour s’exprimer. Ça prouve, a-t-elle dit, qu’il reste beaucoup de progrès à faire. Cher Eric, j’ai bien peur que pour toi, ce soit « camp de travail à régime sévère ».

Il y en a pour tous les goûts. Actualité Juive, qui publie par ailleurs une excellente interwiew de Guaino, annonce en une que la femme est l’avenir de la communauté. On attend avec impatience que Têtu proclame que les lesbiennes sont l’avenir des homosexuels.

Dans cet océan de niaiserie, j’ai tout de même déniché une bonne nouvelle. Sachez, mesdames, frangines et copine, qu’à l’occasion de notre fête, le site Sexy Avenue propose 20 % de réduction sur les sex-toys et la lingerie sexy. Une excellente façon de rappeler que l’un des points communs à une grande majorité de femmes n’est pas qu’elles vivent l’enfer mais qu’elles aiment les hommes. Même s’il arrive que les deux aillent ensemble – c’est l’un des charmes de la vie des femmes.

Causeur n°21 : un beau bébé !

1

Bien que nous soyons assez peu enclins d’ordinaire à fêter béatement le 8 mars, le nouveau numéro du mensuel Causeur, sorti des presses ce même jour nous parle beaucoup des femmes. De toutes les femmes, mais plus spécialement de l’une d’entre elles, Elisabeth Badinter, qui nous a accordé un long entretien. Son dernier ouvrage, Le conflit fait également l’objet d’un copieux dossier, où tous les auteurs sont loin d’être d’accord entre eux, comme il va de soi (enfin, chez nous). Et pour profiter de toutes ces bonnes choses et bien d’autres, un seul réflexe : s’abonner !

Les inédits du mois de mars :

  • Il faut que justice se passe, Elisabeth Lévy
  • Je pense donc je twitte, François Miclo
  • Jean-Baptiste Botul, Raul Cazals
  • Tuer la mère ? Elisabeth Lévy
  • Entretien avec Elisabeth Badinter, Elisabeth Lévy et Aimée Joubert
  • Elisabeth Badinter et ses ennemis, Charlotte Liébert-Helmann
  • Conflit ou recul ? Florentin Piffard
  • Aux écologistes, la matrie reconnaissante, Jérôme Leroy
  • Le père, cet importun, David Desgouilles
  • Shy-Pride, Bruno Maillé
  • Allouche, pour la bonne bouche, Luc Rosenzweig
  • “Veilleur, où en est la nuit ?”, Jérôme Leroy

De la liberté d’être mère. Ou pas

Élisabeth Badinter
Élisabeth Badinter publie Le Conflit, la femme et la mère, Flammarion. Photo : Hannah.
Élisabeth Badinter
Élisabeth Badinter publie Le Conflit, la femme et la mère, Flammarion. Photo : Hannah.

On vous a vue, entendue, lue dans tous les médias – une journée entière sur France Inter. À part cette malheureuse Edwige Antier et quelques autres, vous n’avez guère d’adversaires et peu qui soient à la hauteur. Chère Elisabeth Badinter, n’êtes-vous pas en train de mener une bataille gagnée ?
Tout d’abord, je reconnais volontiers que j’ai bénéficié d’un écho disproportionné. Cela dit, il ne faut pas se tromper. La seule bataille que j’ai gagnée, c’est que le débat est désormais public. Il n’y a qu’à voir le déchaînement sur Internet. J’ai sur le dos des « mères en colère » et des « écolos verts de rage », comme ils se désignent eux-mêmes. C’est aussi la preuve que mes craintes étaient fondées et que le retour, sous les couleurs de l’authenticité, à des pratiques millénaires ne relève pas seulement de mes obsessions personnelles.

[access capability= »lire_inedits »]De quelles pratiques parlez-vous ? De celles du maternage haute-compétition ou de la religion de l’environnement ? Ne faites-vous pas entre les deux un amalgame hardi ?
Mais c’est la même chose ! Le respect de la nature qui, elle, ne ment pas, est devenu notre nouvelle loi divine. Du reste, la publicité, qui ne ment pas non plus, si l’on peut dire, s’est emparée de cette tendance : c’est une preuve ! Mais la nature se déploie aussi dans la maternité, l’allaitement, les deux hormones du maternage, ocytocine et prolactine, et tout le discours de la mère toute-puissante. Ce n’est pas par hasard que l’on parle de la Terre-Mère.

Vous avez raison, ce n’est pas par hasard. Peut-être même la biologie, c’est-à-dire la nature, a-t-elle quelque chose à voir là-dedans. La maternité peut-elle être une affaire purement culturelle ?
Je ne suis pas idiote au point de nier que la maternité, la grossesse et l’accouchement relèvent de la nature. Mais la biologie est bien moins puissante que l’inconscient et les contraintes sociales réunies. Ce qui pèse sur les femmes, c’est la nécessité de concilier toutes sortes de contraintes tout en incarnant la mère parfaite.

Insistons. Croyez-vous qu’il est possible d’éradiquer toute survivance de l’antique séparation entre les femmes dedans et les hommes dehors ? Autrement dit, pouvons-nous et voulons-nous d’un monde où hommes et femmes, pères et mères, seraient interchangeables ?
Cessez de caricaturer ma pensée ! Je sais aussi bien que vous que la symétrie parfaite entre les hommes et les femmes n’existe pas. Mais je me contente de dire : attention ! aux femmes qui quittent leur travail et veulent rester trois ans à la maison avec leur enfant. Comment ignorer qu’aujourd’hui, un couple sur trois se sépare ? Pour la femme qui ne travaille pas, cela signifie souvent retrouver un logement, vivre dans la précarité avec ses enfants grâce à une pension alimentaire minable.

Mais enfin, il y a des mères, et même des mères au foyer, heureuses ! Comprenez-vous que vous ayez agacé ou blessé des femmes qui travaillent ou pas, ont des enfants et n’ont pas le sentiment d’en être esclaves ni d’avoir renoncé à leur vie de femme ?
Je crois qu’il y a plusieurs types de mères. Certaines sont plus « mammifères », elles aiment le tête-à-tête avec l’enfant, la maternité dans ses aspects les plus physiques, comme l’allaitement. D’autres n’aiment pas ça. Mon inquiétude vient du fait qu’on érige les premières, les mères fusionnelles et allaitantes, en curseur moral de la mère parfaite et que l’on culpabilise les autres. Alors, je dis : attention, danger ! Et j’affirme qu’il faut savoir dans quoi on s’engage quand on fait le choix de rester à la maison.

Cela dit, vous reconnaissez vous-même que la France est l’un des pays où les femmes disposent, grâce à la politique de la famille, d’un large éventail de choix.
D’abord, il faudrait que la question des structures d’accueil devienne un enjeu politique…

Mais ne nous dites pas qu’elle ne l’est pas ! On peut même trouver que les crèches occupent une place excessive dans le discours de Delanoë – au demeurant dans une ville où les Verts pèsent d’un grand poids…
Les discours sont une chose, la réalité en est une autre. Ce que j’observe, c’est que des femmes mal payées dans des emplois à temps partiel, sans possibilité de structure d’accueil pour leurs enfants, préfèrent laisser tomber leur emploi pour vivre pendant trois ans des allocations familiales. Et, au-delà des politiques, il y a l’ambiance. La pression monte sur les jeunes mères. Il faut scruter avec attention un ensemble de petits signes, de discours récurrents qui s’imposent peu à peu. À noter que beaucoup nous viennent de Suède, et de Scandinavie en général. On peut voir là-bas des mères allaiter des petits garçons de 5 ans. Et les femmes qui accouchent s’y prononcent majoritairement contre l’usage de la péridurale. En France, on sent une certaine inquiétude chez les jeunes mères, à qui on ne cesse de vendre la pratique de l’allaitement à long terme, voire à très long terme. Je n’ai rien contre la diversité des pratiques, mais il est insupportable qu’on leur raconte tout et n’importe quoi, que l’accouchement est un moment formidable, qu’on peut se passer de péridurale, que ce sont les hormones qui déclenchent le maternage. Alors que la technicité de la reproduction n’a jamais été aussi grande, on assiste au triomphe d’un naturalisme éclatant.

L’exemple scandinave est intéressant car on a l’impression que, là-bas, il s’agit autant −  sinon plus − d’asservir les hommes que de libérer les femmes. Dans ces conditions, le maternalisme n’est-il pas, plus qu’une sortie de route du féminisme, son accomplissement intégral ? N’y a-t-il pas un lien entre la super-mère d’aujourd’hui et la femme au pouvoir d’hier ?
Comme souvent, chère Élisabeth, votre antiféminisme primaire vous égare au point que vous confondez tout. Le courant féministe auquel j’appartiens était et est toujours universaliste : pour nous, l’essence n’avait plus lieu d’être. Nous ne voulions pas prendre le pouvoir et nous ne nous posions pas en parangon de vertu morale pour la société tout entière. Nous voulions l’égalité et le partage des tâches. Ce sont les féministes différentialistes qui sont responsables du matriarcat que nous voyons s’imposer au moins sur le plan symbolique. Et elles ont trouvé des alliées déterminées dans la population des mères maternantes. Plus personne ne peut plus parler au nom des femmes. Les deux courants du féminisme ne parviennent à se réconcilier que pour communier dans la victimisation des femmes. D’un côté, on idolâtre la mère, de l’autre on s’apitoie sur la femme : c’est gai.

De fait, ce différentialisme-là, qui fait des femmes les victimes revanchardes des hommes, n’est guère français et c’est heureux. Pour vous, ce naturalisme nous vient des universités américaines…
Oui, et cette idéologie pénètre l’Europe par la Grande-Bretagne naturellement, mais aussi par la Scandinavie où l’enseignement universitaire se fait en anglais. Puis, petit à petit, l’Union européenne, avec son cortège de normes, diffuse ces idées. Ce féminisme se coule très bien dans la frénésie du principe de précaution qui a saisi nos sociétés : en conjuguant les deux on obtient l’audience accordée aux associations pro-allaitement, aux hôpitaux labellisés   »amis des bébés ». On parle aujourd’hui d’un « droit de l’enfant à être allaité  ». L’allaitement, qui peut par ailleurs être un choix économique, en raison du prix des laits maternisés, est devenu une idéologie. Et donc, pour la bonne mère, un devoir.

Croyez-vous réellement peser sur l’inconscient collectif en vous battant sur le front du partage des tâches ménagères ? À supposer que ce combat-là soit le bon, faut-il, comme vous le suggérez, culpabiliser les hommes ? Outre le fait que cette mobilisation par la culpabilité n’est guère enthousiasmante, ne faudrait-il pas, alors, culpabiliser les femmes qui ont fait de leur cuisine un royaume dont l’accès est interdit aux hommes ?
Les changements dans la vie privée n’adviennent que par la culpabilisation des hommes. Pour les impliquer dans l’élevage des enfants, il faut manier à la fois le plaisir et la culpabilité. On ne peut pas nier que les pères de 2010 ne sont pas ceux de 1950 mais, quand on y regarde de plus près, notamment en étudiant les données INED des enquêtes « Population et société », on constate que le temps qu’ils concèdent aux tâches domestiques n’a pas varié. Seulement, il y a vingt ou trente ans, ce temps était consacré au bricolage ou à s’occuper de la voiture. Aujourd’hui, les voitures, on s’en moque, et plus personne ne bricole. Ce temps-là a été mis à profit par les pères pour s’occuper des bébés. Pour le reste, les femmes gèrent l’ensemble du quotidien. Il est vrai, aussi, que certaines rechignent à abandonner le royaume traditionnel où elles exercent un pouvoir tout-puissant, l’endroit où elles sont des « sachantes ».

À vous lire, on finit par se demander si la solution, pour vous, n’est pas d’arrêter de faire des enfants ?
Combien de fois devrai-je répéter que ce qui m’importe, c’est que les femmes aient le choix, d’être mères ou pas et même d’être des mères fusionnelles ou pas. Je ne fais que défendre le modèle maternel qui est aujourd’hui attaqué. Le phénomène des femmes sans enfants, dans les pays où le rôle maternel est exacerbé, monte en puissance. En Allemagne, en Autriche, un tiers des femmes les plus favorisées finissent leur vie sans enfant. Elles considèrent qu’il existe d’autres possibilités d’épanouissement que la maternité et créent un véritable style de vie. Les femmes ont le droit d’être mères. Elles ont aussi celui d’être des guerrières.

Le Conflit : la femme et la mère

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