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Le sarkozysme, c’est du cinéma ?

Vous connaissez Christophe Lambert ? Je ne parle pas de l’acteur au regard bovin, porte-glaive fatigué de la série Highlander, qui trimbale de film en film son rire benêt, et autant de prédisposition au métier d’acteur que David Pujadas à celui de journaliste. Je veux parler de son homonyme, qui est autrement plus sérieux, mais néanmoins presque aussi drôle. Son homonyme, donc, vous ne le connaissez peut-être pas… C’est un homme de l’ombre. Certainement l’un des meilleurs publicitaires de sa génération, qui a dirigé l’agence Publicis Conseil au début des années 2000, avant de fonder l’agence de pub Blue, qui avait notamment dans son portefeuille de clients l’UMP. Indubitablement proche du clan Sarkozy, Lambert devient en 2009 le conseiller en com’ du prince Jean.

Mais alors pourquoi « drôle » cet homme de l’ombre? Car il vient de prendre, sans complexe, la direction de la grande Fabrique industrielle des bessonneries : EuropaCorp. Certes, Christophe Lambert était déjà en affaire avec Luc Besson au sein de Blue, mais le publicitaire met le turbo, et assume de prendre la gestion du Studio qui a accouché de petites merveilles du 7ème art, dont la série des Taxi, les Yamakasi, Banlieue 13, et autres Transporteur. Autant de films mis en scène à la truelle où les délinquants sympas, attachants, et malins ont toujours le beau rôle et où les flics sont tous mongoliens ou sadiques. Amusant de voir un proche de Nicolas Sarkozy prendre la tête de ce petit univers…

Assayas : Carlos sans fard

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Edgar Ramirez
Edgar Ramirez incarne Carlos à l'écran.

MK2 Odéon, fin de dimanche après-midi dans un Paris qui se vide. Quelques amis contributeurs et lecteurs de Causeur se dirigent à reculons vers la dernière superproduction des studios Canal : Carlos. A priori il y a tout à craindre d’un film consacré au terroriste le plus fantasque de ces trente dernières années.

Un biopic qui évite les pièges du genre

Et pourtant, le biopic d’Olivier Assayas évite magistralement tous les pièges du genre. À l’inverse du tandem Richet-Cassel qui accoucha de la souris Mesrine, Carlos nous montre un criminel humain, trop humain, sans céder un quart de plan à la tentation de l’héroïsation ni tomber dans l’excès inverse de la moraline compassionnelle. Ici, le suspense haletant dispute la primauté à la profondeur psychologique des personnages. Du terroriste paumé des Cellules Révolutionnaires Allemandes au chevronné Wadie Haddad, la distribution frise la perfection.

Au prix de quelques approximations vite pardonnées – la confusion entre Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) resté fidèle à Georges Habache et l’organisation dissidente FPLP -Opérations spéciales montée par Haddad – la petite histoire rejoint la grande. Y compris lorsque la minutie d’Assayas pêche dans les détails, comme dans ce magnifique plan aérien sur Damas endormie où l’on aperçoit au loin l’hôtel Four Seasons inauguré en… 2005, le spectateur marche. On pardonnera aisément ce petit écart; Truffaut ne disait-il pas que les films respirent par leurs défauts ?

Découverte d’un grand acteur, Edgar Ramirez

D’autant que l’essentiel est ailleurs : il réside dans la prestation époustouflante du jeune acteur vénézuélien Édgar Ramírez, réel homonyme d’Ilich Ramirez Sanchez, qui a poussé le mimétisme jusqu’à adopter le trilinguisme de son aîné. Maîtrisant parfaitement français, espagnol et anglais, voire quelques rudiments d’arabe, le premier rôle crève l’écran. Là encore, le pari n’était pas gagné d’avance. Non content de dépeindre un Carlos fat, cupide et manipulateur, le duo Assayas-Ramirez montre plan après plan comment le héraut de la lutte anti impérialiste finit en sycophante bedonnant. Dès ses premiers stages d’entraînement à Aden, dans la préparation de la prise d’otages de l’OPEP à Vienne, se profile un Carlos gras du bide, séducteur et buveur insatiable pour qui la cause de peuple se confond avec la sienne. Casanova invétéré, coqueluche des médias : le cocktail magique du vedettariat finit par agacer les parrains et employeurs de Carlos. À tel point qu’à force de désobéir aux ordres et d’exécuter ses complices indociles, Ramirez finit seul, à la merci de ses derniers soutiens étatiques. Libye, Iraq, Syrie, Soudan et Iran : les commanditaires se succèdent mais ne se ressemblent pas. À l’euphorie des premiers moments, qui lui fait commettre de graves imprudences – à commencer par le meurtre de deux agents de la DST rue Toullier à Paris – se substitue l’aigreur d’une vie de mercenaire. Existence clandestine au fil des engagements de la lutte armée, tour à tour gauchiste, pro-palestinienne et islamiste pour se solder en simple culte de soi, où la violence devient sa propre fin.

La déchéance d’un homme qui n’aura cessé de fuir

Il y a du pathétique dans les dernières images d’un Carlos vieillissant, succombant au culte de l’égo en se faisant liposucer quelques bourrelés mal placés. Un sentiment étrange s’empare du spectateur au cours des dernières séquences du film. L’intrigue géopolitique ne compte plus, ou si peu. Nous assistons à la déchéance d’un homme qui n’aura cessé de se fuir. Comme si la violence était une échappatoire à la vacuité de l’existence. Comme des millions de jeunes militants gauchistes, Carlos aura usé ses guêtres dans des discussions de salon en s’inventant une Révolution qui ne viendra pas. À la différence près qu’il aura poussé la folie meurtrière jusqu’à son terme en tuant de sang-froid d’innocentes victimes devenues martyres de la cause. La seule qui vaille, encore une fois la sienne.

Au terme de ces deux heures quarante-cinq de film virevoltant, la mise en scène enlevée sur fond de musique rock nous livre un dernier montage mêlant habilement images d’époque et scènes reconstituées in vivo par les acteurs. Le générique déroule un à un les visages des ex-compagnons de route de Carlos, décimés par la maladie, écroués dans leur pays d’origine ou repentis et amnistiés.

La valse des portraits-robots rend son alors dernier verdict. Celui emprunté au Livre de l’Ecclésiaste, qui contient cette vérité éternelle : « Vanité des vanités, tout est vanité (…) tout a été fait de la poussière, et tout retourne à la poussière ».

Êtes-vous embrigadé dans une secte ?

Secte
Gare au gourou !

1. Avez-vous déjà fait l’objet d’un reportage d’Envoyé spécial ou de Spécial Investigation (avec interviews-vérité et caméras cachées) ?

2. Vous sentez-vous toujours prêt(e) à l’arrivée-surprise d’extraterrestres, de nuages de sauterelles tueuses, de nouvelles maladies non remboursées et autres calamités en 3D ?

3. Vos ayants-droit vous ont-ils déjà reproché la générosité avec laquelle vous aidez vos nouveaux amis à sauver notre Terre-Mère ?

[access capability= »lire_inedits »]4. Avez-vous poussé le Cri rituel de Joie en découvrant l’époux(se) que vous avait réservé(e) le Conseil suprême des Unions ?

5. Pour servir la Vérité Vraie, avez-vous déjà escamoté de prétendues preuves devant un Tribunal de grande instance ?

6. Pour acquérir la Santé Spirituelle, êtes-vous volontaire pour jeûner et vendre des brosses à tapis surnaturelles fabriquées par vos frères et sœurs ?

7. Faut-il éliminer les hérétiques non-croyants qui doutent de la Raison comme principe explicatif du Grand-Tout ?

Analysez vos résultats
Comptez sur vos doigts le nombre de « oui ». Plus ce nombre est proche de 7 (chiffre sacré), plus vous êtes embrigadé. D’un autre côté, plus il est proche de 0, plus vous vous éloignez de l’Infini. À vous de voir.
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Les Blancs savent-ils courir ?

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Christophe Lemaître
Christophe Lemaître.

« Que je le veuille ou non, je suis le premier athlète blanc à battre les 10 secondes. Manifestement, je rentre dans l’Histoire » : c’est en ces termes que le sprinteur français de 20 ans, Christophe Lemaître, est revenu sur sa performance du 9 juillet dernier réalisée à Valence, donc à basse altitude, avec un vent favorable modéré de 1,3 mètres par seconde (sachant que la limite autorisée est de 2 mètres par seconde. Il est donc le premier Blanc à courir le 100 mètres en 9 secondes et 98 centièmes, cette barrière symbolique des 10 secondes ayant déjà été pulvérisée officiellement 446 fois dont 445 fois par des athlète originaires d’Afrique de l’Ouest, et une fois par l’Australien Patrick Johnson qu’on ne peut pas vraiment qualifier de « blanc » en raison de ses ascendants pour moitié aborigènes.   
 
De fait, lors de tous les JO depuis 1984, tous les finalistes du 100 mètres étaient sans exception originaires d’Afrique de l’Ouest (si on compte, pour la beauté de la démonstration, Frankie Fredericks, originaire de Namibie. Aucun Africain issu d’autres régions de ce continent n’a franchi le seuil des 10 secondes, le meilleur temps accompli sur cette distance par un Brésilien noir a été 10,02. Enfin, parmi les nations d’Afrique occidentale, le Nigéria se distingue puisque ses sprinteurs sont passés 21 fois sous la barre des 10′. 

Les différences génétiques ne prouvent pas l’existence de races 
 
Pour autant, la fierté affichée par la Fédération Française d’Athlétisme face à l’exploit (incontestable) de Christophe Lemaître suscite un certain malaise. Les différences génétiques entre populations humaines – et donc également entre groupes ethniques – sont certes indiscutables et même souhaitables puisque c’est par le brassage génétique que progresse et évolue notre génome humain. Il n’en est pas moins impossible d’établir une corrélation scientifique entre la couleur de la peau et les capacités physiques, sans parler des comportements individuels. En d’autres termes, le concept de « race » – qui associerait caractéristiques génétiques et couleur de peau – est indéfendable. Au demeurant, si les races existaient, tous les Noirs, et pas seulement les Africains de l’ouest, excelleraient 100 mètres. 
 
La thèse qui prévaut est pourtant celle du journaliste américain John Entine qui, en 1989, écrivait, dans son livre appelé de manière significative Tabou« Les Noirs originaires d’Afrique de l’Ouest – dont la plupart des Noirs nord-américains se considèrent les descendants – se caractérisent généralement par une quantité plus faible de graisses sous-cutanées au niveau des bras et des jambes, une masse musculaire proportionnellement plus élevée, des épaules plus larges, des quadriceps plus volumineux et une musculature générale plus développée; une cage thoracique plus petite; un centre de gravité plus haut; un réflexe rotulien plus rapide; une densité corporelle plus élevée; un taux de testostérone plasmatique légèrement plus élevé, qui a un effet anabolisant, c’est-à-dire qu’il contribue théoriquement à accroître la masse musculaire, à faire baisser la quantité de graisse et à permettre des efforts plus intenses avec un temps de récupération plus court ; enfin, un pourcentage plus élevé de fibres musculaires à contraction rapide et d’enzymes anaérobies, qui peuvent se traduire par un surcroît d’énergie explosive. ».

Les Blancs savent-ils danser ?

La piste génétique est pourtant infirmée par Usain Bolt, détenteur du record du monde – 9’58 réalisées lors de la finale des Mondiaux 2009 à Berlin – qui est longiligne alors que pendant longtemps seuls les petits gabarits musclés semblaient à même de réaliser ce type de performance. Pour autant, les partisans de cette imposture classifient tous les Africains au sein de la même race tout en rappelant (pour les rares qui ont de l’humour), qu’ils n’ont jamais vu de snowboardeur noir. Demandera-t-on à Christophe Lemaître s’il sait danser?
 
Répéter inlassablement que les Noirs sont forts et musclés, c’est sous-entendre qu’ils sont moins intelligents dans le but de renforcer les structures sociales inégalitaires. Plutôt que de nous demander s’il y a un gène du cent mètres, de la pauvreté ou de la connerie, pourquoi ne pas tout simplement admirer la volonté, le talent et les performances. Après tout, on s’en moque, qu’elles aient été réalisées par un blanc, un jaune ou un bleu. À cette vitesse, qui voit encore les couleurs ?

Vacances sans wifi, vacances pourries !

Internet à la plage

Les Français, nous dit-on, sont stressés, fatigués, ils veulent vivre autrement, être plus proches de la nature. Mais pris par le rythme affolant imposé de la vie quotidienne, ils ne parviennent pas à s’extraire de leur condition d’hommes pressés.

Ouf ! Voilà qu’arrive le temps des vacances. Enfin le repos mérité (ou non), enfin un tempo plus lent, enfin l’oisiveté.

Mais changer de lieux ne signifie pas changer de rythme. On dirait au contraire que l’objectif de l’estivant est de tenir la cadence infernale dans laquelle son environnement high-tech le plonge jour après jour.

L’angoisse du sevrage

Pas question d’aller surfer sur la côte atlantique sans être sûr qu’on pourra encore surfer le soir derrière son écran. Toutes les prothèses électroniques du vacancier migrent donc avec lui. Mais attention, en l’absence de connexion internet, ordinateur portable, Smartphone, netbook et autres iPad deviennent inutiles et il ne reste plus au vacancier hagard qu’à déambuler, tongs aux pieds et Monoï à la main. Actualiser son profil Facebook en publiant en ligne les dernières photos avec Bibiche en bikini, consulter ses mails pour être sûr que la soirée bar discothèque tient toujours, vérifier son compte en banque pour s’assurer de pouvoir claquer assez et tweeter avec sa tribu de « friends » sur la couleur du maillot de Sarko & Co, tout en cramant sur la plage, représentent donc une nécessité vitale.

Faisons un rêve, qui, pour beaucoup, ressemble à un cauchemar : des vacances déconnectées. Plusieurs semaines sans internet. Cette affaire d’importance – la connexion en vacances – fait désormais partie des « sujets d’été » des médias. Ce qui frappe, c’est que tous les articles et chroniques font usage du mot « angoisse » pour caractériser l’état psychologique des futurs vacanciers qui craignent d’être soumis à un sevrage forcé pendant leurs congés[1. Le Monde, 16 juillet 2010 « Rester connecté, même sur la plage »].

Dans un premier temps, on se dit que le mot et la chose devraient être réservés à des situations plus problématiques : chômage, maladie, divorce. Mais à la réflexion cette angoisse d’être déconnecté en cache peut-être une autre, plus fondamentale, parce qu’elle dit quelque chose de notre condition humaine.

Le vacancier coupé d’Internet est plongé dans l’état de détresse que vit le nourrisson après sa naissance. Le cordon ombilical qui le reliait au monde virtuel se rompt. Le vacancier est alors expulsé du corps artificiel pour être jeté dans le monde réel. Il passe d’un état de sécurité, où il était relié au cyber sein, nourri en continu par un flux d’informations, messages, sons images, dans lequel il maîtrisait le monde offert sur une page web, à un état de manque et d’impuissance, dans lequel il est abandonné, seul avec lui-même, privé de la projection numérique de ses représentations. La privation du sein, maternel ou digital, suscite la même angoisse de perte de soi-même.

La paresse agitée du vagabondage numérique efface le socle de la dignité humaine qui est de penser et de ressentir

Pauvre de lui ! Plus de Facebook pour satisfaire ses désirs d’exhibition – grâce à son « profil » – et de voyeurisme – avec sa « home ». Il avait placé son existence en dehors de lui-même, dans une avantageuse projection de son être. Privé de réseaux sociaux, il ne se sent plus exister. Privé de ses mails, il ne sent plus efficace. Dépouillé de son apparence numérique, il n’a plus de consistance. Alors Bibiche a beau s’agiter sur la plage et les jets-skis glisser à un train d’enfer, il ressent fatalement un vide abyssal, à la mesure de la mise en abyme infinie de son image.

Bonjour l’angoisse !

Il ne s’agit pas se joindre au chœur des contempteurs de la Toile mais de pointer ses effets destructeurs pour l’intériorité de l’être. Sous le règne d’Internet, l’heure n’est plus, comme dirait l’autre, « un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats », mais une quantité de mails, de photos, de nouvelles accessibles en quelques clics. Oublier Internet, ne serait-ce que le bref temps de l’été, c’est se soustraire à l’emprise de l’immédiateté, du « tout, tout de suite », et protéger ce qui reste encore de la flânerie, de la contemplation et de la réflexion. L’omniprésence des écrans fixes et ambulants installe l’impatience dans les cœurs, instille la distraction dans les esprits et habitue les cerveaux à la violence instinctive des comportements.

L’essor de cette paresse agitée, de cette solitude grégaire qu’est le vagabondage numérique, ne peut qu’inquiéter car il va de pair avec le lent effacement de ce qui constitue la dignité humaine, le fait de penser et de ressentir. L’ennui, c’est que l’exercice de la raison et le développement de la sensibilité demandent du temps, du silence et de la solitude. Tout ce que déteste l’internaute en vacances !

Plein été

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Que faisiez vous le 20 juillet ? Vous n’êtes pas obligé de répondre. Mais étant donné que c’est le plein été, comme il y a une pleine mer, sans doute faisiez-vous quelque chose d’agréable. On vous le souhaite en tout cas. Lire dans une chaise longue à l’ombre d’un citronnier grec, vous baigner sur une plage bretonne en trouvant que l’eau est meilleure que l’année dernière, préparer le barbecue pour toute la famille dans une ferme du Berry, regarder passer les filles au joli profil à l’heure de la promenade vespérale dans ville de Vieille Castille.

Peu importe, finalement : le 20 juillet, c’était ce genre de journée où l’on comprend vraiment ce que Ferrat a voulu dire quand il a chanté Que c’est beau, c’est beau la vie. Il fallait juste, ensuite, si l’on voulait ne pas tout gâcher, éviter de lire le Monde du 22 : on y apprenait que ce même 20 juillet, Derek Jackcon, 42 ans, était exécuté dans la prison de Huntsville, au Texas. C’était le quinzième dans cet Etat depuis le début de l’année. Que c’est beau, c’est beau, la vie.

Avez-vous l’étoffe d’un ministre ?

Devenez ministre
Vous rêvez d'en faire partie et de poser un jour sur la photo ? Une seule solution : testez vos capacités !

À deux mois à peine du remaniement, êtes-vous prêt psychologiquement à prendre en charge un portefeuille ? Pour le savoir, répondez vite à ce questionnaire, recommandé par les plus grandes marques d’anciens ministres.

1. Qu’y a-t-il de plus important que la loyauté ?
a) rien
b) la circonspection
c) l’intelligence

2. Laquelle de ces fables préférez-vous ?
a) Le Lièvre et la tortue
b) Perrette et le pot au lait
c) Le Petit Chaperon rouge

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3. La spontanéité, c’est :
a) sain
b) rare
c) redoutable

4. Le mal, selon vous, c’est :
a) le contraire du bien
b) souvent utile pour éviter le pire
c) celui qu’on me fait

5. Parmi ces héros mythologiques, lequel prendriez-vous pour modèle ?
a) Hercule
b) Sisyphe
c) Œdipe

6. Choisissez les mots qui s’accordent le mieux avec arbre :
a) verdure, campagne, été
b) bois, feu de forêt, Canadair
c) papier, journal, affiches 4 x 3

7. Votre instrument de travail favori :
a) les mains
b) les idées
c) les autres

Résultats
Majorité de a : Abandonnez tout espoir d’être ministrable un jour. Vous seriez désarmé face aux responsabilités qu’implique une telle charge, et déstabilisé par les rebondissements qui en font le charme. À la rigueur, concentrez-vous sur les cantonales.
Majorité de b : Vous faites comme vous le sentez ; mais avec une telle conception de la politique, vous ne resterez pas ministre longtemps ! Autant viser dès maintenant la présidence de la Cour des comptes.
Majorité de c : Bravo ! La France a besoin d’hommes de votre trempe. J’en parle à Claude, qui voit Nicolas tout à l’heure…

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Un jour, mon prince est venu

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Albert de Monaco
Albert de Monaco.

Il a 52 ans et il se marie. « Il » c’est le Prince de Monaco. Et le détail sur l’âge du futur époux n’est pas anodin. Il est d’ailleurs repris en boucle par tous les médias qui se délectent par avance de la cérémonie qu’ils auront à couvrir les 8 et 9 juillet 2011… Ces jours-là, à l’âge où les hommes généralement divorcent, rangent au placard plus de vingt ans de vie commune avec leur légitime pour se jeter dans les bras d’une jeunette âgée d’à peine plus d’années que le temps que dura leur mariage, Albert II convolera avec la belle Charlène Wittstock, 32 ans, sud-Africaine, ancienne championne de natation, jeune juste ce qu’il faut pour être potentiellement porteuse d’un futur petit prince, bref, parfaite sous tout rapport. Et la question qui s’impose évidemment ici : pourquoi diable ce sujet m’intéresse-t-il au point d’en faire une chronique, non pour Match, Voici ou Voilà, mais pour Causeur ? Très simple.

Je suis admiratif. M’approchant moi-même de l’âge canonique du prince susnommé, ayant moi-même femme, enfants, chien et chat, étant bien évidemment frappé par la douloureuse crise de la cinquantaine, après avoir traversé avec plus ou moins de bonheur celle de la quarantaine et échappé de justesse à celle de la trentaine, je me dis : cet homme-là n’est pas n’importe qui. Au lieu de changer de voiture, s’offrir une moto de cylindrée suspecte par son volume, se mettre au yoga méthode Iyangar, celle qui tire le plus sur les articulations pour se tenir le plus droit possible, où encore adopter un régime plus bio que bio, Albert prend femme. Incroyable.

Les autres devenaient vieux. Lui rajeunissait chaque été

D’autant plus qu’à un âge comme le sien, il y a encore quelques décennies, surtout lorsqu’on avait sa coiffure, la coutume était de s’installer dans un rôle de grand-père en charentaises ou fauteuil à bascule, ou à tout le moins s’apprêter à le faire. Ou bien on vérifiait avec anxiété ses comptes pour s’assurer le confort d’une retraite peinarde. Ou bien, ce qui réglait nombre d’angoisses, on était emporté par une crise cardiaque pour cause d’embonpoint ou de cigarettes. Mais aujourd’hui, rien de tout cela. L’âge de la retraite recule, être grand-père semble être un état inaccessible aux moins de 75 ans, et on s’évertue à transpirer pour faire fondre la fameuse bouée, anciennement dite « poignées d’amour », réduire son taux de cholestérol et de nicotine, et, avec lui, le risque d’une crise cardiaque prématurée. Enfin, espérons.

Beaucoup d’attributs me viennent à l’esprit lorsque je pense à Albert: résistant ? Rebelle ? Dernier des Mohicans ? Non. Un Prince. Tout simplement. De la nuit d’abord. L’homme a ouvertement choisi de faire la fête 20 ans durant, pendant que ceux de son âge expérimentaient les joies du biberon, des couches-culottes, des poussettes qui ne se déplient plus, des vacances bruyantes, bref devenaient vieux pendant que lui rajeunissait un peu plus chaque été. Un malin, cet Albert. Un héros aussi puisqu’il a réussi à faire fi des convenances, celles qui exigeaient de lui la production rapide d’un héritier digne de présider un jour aux destinées du Rocher. N’écoutant que son courage, il a préféré prendre son temps pour choisir l’élue de son cœur de sportif, ne pas s’emballer, éviter un divorce tapageur, nous préserver des commentaires savants de spécialistes matrimoniaux nous expliquant qu’il s’était marié trop tôt, qu’il avait cédé aux pressions des Monégasques pressés de le caser et que la Princesse choisie prématurément n’était pas la bonne. Un drame qu’il a su nous éviter, nous ne l’en remercierons jamais assez.

Il joue à merveille son rôle de Prince. Donc d’exemple

Et puis il faut aussi noter sa générosité à notre égard, nous autres, gens des médias. Car il a su avec tact alimenter avec bon goût les pages des journaux avec belles photos couleur, si l’on en juge par les mensurations des différentes partenaires ayant accompagné son parcours d’adolescent attardé. Il est aussi devenu un exemple pour les feignants dont je me revendique qui hésitaient à se lancer dans des sports extrêmes, comme le parapente, l’alpinisme ou la descente périlleuse en rappel et en smoking de tapis rouge particulièrement glissant en vernis noir. C’est un petit peu grâce à lui que j’ai osé, à l’approche de mes 50 ans, me lancer dans l’aventure du VTT. Du coup, je lui dois probablement, il ne s’en doute même pas, les dix centimètres dont j’ai réussi à alléger mon tour de taille. Et je ne dois pas être le seul. Albert, au nom de tous les cinquantenaires, de tout cœur, merci.

Et il aurait pu continuer encore comme cela pendant quelques dizaines d’années, continuer à faire œuvre de fantasme pour les pères de famille épuisés, les grands-pères en puissance et bientôt impuissant. Et là, alors que je chevauchais justement mon vélo perfectionné, coup de théâtre ! En tout cas pour moi qui n’ai pas suivi son parcours princier dans la presse spécialisée : Albert annonce ses épousailles. Enfer et damnation. Un mythe s’effondre. Albert aussi va vieillir. A voir sa coupe de cheveux, j’aurais du me douter que cela lui pendait au nez, que lui aussi allait céder, craquer, lâcher prise.

Mais là encore, il joue à merveille son rôle de Prince. Autrement dit d’exemple. Il nous redonne de l’espoir. Il redevient un fantasme. La vie commence à 52 ans. Grâce à Albert, j’en suis désormais convaincu, passer le cap du demi-siècle, est un bienfait. Surtout après avoir fait la fête pendant 20 ans. Il ne me reste plus qu’à trouver une nageuse, ou une alpiniste, et pourquoi pas une championne de golf … Ah mais, j’oubliais, je ne suis pas né Prince.

Ceausescu, le retour

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Après trois ans de bataille homérique avec le ministère de la défense roumain, Valentin Ceausescu a obtenu que son papa et sa maman soient exhumés, pour que des tests ADN lui assurent que ses géniteurs occupent bien les emplacements 67 et 68 au cimitirul militarul Ghencea de Bucarest. Le 69 est occupé par son petit frère Nicu, mort d’une cirrhose à Vienne, mais à l’évidence Valentin s’en bat l’œil. Valentin pense que ses géniteurs, enterrés précipitamment une certaine nuit de Noël 1989, après un procès disons sommaire et une exécution qui ne le fut pas moins, ont été brûlés à Tirgoviste dans la caserne où ils ont rendu leur âme au diable, dracul en roumain, au pays dont les chefs sont passés maîtres dans l’art délicat de saigner leurs compatriotes au propre et au figuré.

Qu’ils soient réduits en cendres ou sous quelques pieds de bonne terre roumaine, il est peu probable pourtant que le Conducator et sa bonne Elena reviennent tirer par les pieds ceux qui les ont condamnés. Etrangement, ils sont presque tous morts très vite… Criblé de balles, Gica Popa, le juge qui avait prononcé la peine capitale ; accidents de la route ou de chasse fatals pour les autres…

Mais les légendes urbaines ubuesques qui servaient d’exutoires à la brutalité et à la bêtise du régime ont la peau dure. Au fond d’eux les Roumains ne sont pas si sûrs que les Ceausescu soient si morts. Des témoins de témoins assurent que les corps bougeaient encore quelques heures après la fusillade. D’étranges sites n’ont-ils pas fleuri sur la toile, jusqu’au blog de Nicolaz Ceaucescu, qui vaut son pesant de salami, où du fond des enfers l’ancien Premier secrétaire commente l’actualité avec un humour vachard et pas mal de clairvoyance, qui lui valent pour une fois un authentique succès libre de toute propagande ?

Mercredi matin, les corps ont donc été déterrés et envoyés au labo pour prélèvement. En voyant apparaître le pantalon et le manteau de son père criblés de balles, Valentin a t-il poussé un soupir de soulagement ? Que cherchait vraiment le dernier survivant de la sinistre tribu, celui dont on assure qu’il fut adopté à sa naissance et toujours délaissé au profit de Nicu, l’héritier tant chéri ? Peut être, comme on dit, à faire son deuil. Et ne plus regarder derrière son épaule quand il rentre le soir dans son petit appartement ordinaire, là-bas, à Bucarest.

Le nez dans le ruisseau, la faute à Bégo

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Raymond Domenech
Raymond Domenech dans le collimateur. François Bégaudeau part en croisade contre les quinquagénaires.

C’est un texte dont Causeur, sous l’excellente plume de François-Xavier Ajavon, a déjà parlé, mais c’est plus fort que moi. Quand l’un de nos rebelles télévisuels, Bégaudeau en l’occurrence, s’en prend à son beau-frère, c’est-à-dire au beauf qui gît en moi, mon sang ne fait qu’un tour et j’ouvre mon ordinateur. Et plutôt deux fois qu’une ! Car Bégaudeau s’en est pris non seulement à son « beau-frère », mais aussi à Finkielkraut, dont j’attends et dévore chacun des livres. D’ailleurs, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais François Bégaudeau semble souffrir d’un antifinkielkrautisme primaire. À chaque fois que le philosophe intervient sur un sujet d’actualité, vous pouvez être sûr que Bégaudeau viendra tenter un contrepied à la télé ou dans les journaux. La dernière fois que j’ai pu diagnostiquer cette bizarre obsession, c’était donc dans Le Monde du 23 juin, à propos de la déroute de l’équipe de France de football.

Ainsi, contrairement à ce que croient Alain Finkielkraut et le « beau-frère [de Bégaudeau lui-même] dans sa Laguna » (et moi aussi, d’ailleurs, qui pourtant roule en Scenic), ce n’est pas d’un manque d’autorité dont a souffert l’équipe de France, mais plutôt d’un excès d’autorité. Ça vous en bouche un coin, ça, hein ! Complètement contre-intuitif, comme propos, bien digne d’un empêcheur-de-penser-en-rond patenté ! Typiquement l’argument qu’on ne voit pas venir, genre tacle par-derrière. Tu veux plus d’autorité ? T’es un beauf en Laguna ; voilà le genre de chantage psychologique, à base de snobisme social, auquel se livre notre Bégo.

[access capability= »lire_inedits »]Trop vieux, trop beaufs, trop prolos

Pour Bégo-le pédago, ce qui a fait péter les plombs aux Bleus n’est pas d’avoir été livrés à eux-mêmes par un sélectionneur visiblement dépassé par la situation, mais d’avoir été soumis à des « éducateurs raides dans leurs bottes ». Le Bégo précise sa pensée : « Depuis vingt ans, la baguette a été confiée à des quinquagénaires prénommés Aimé, Roger, Jacques, Raymond, ou encore Robert (comme Duverne [Robert Duverne quinquagénaire, c’est à croire que Bégo, malgré son amour du foot, ne sait pas compter jusqu’à onze]), tous rejetons d’une France ouvrière et rurale […] Très clairement, ceux-là ne savent pas faire avec le prolétariat de banlieue qui peuple aujourd’hui les clubs. »

Il y avait le « délit de faciès », dont la répression est aujourd’hui durement réprimée en France ; Bégo-le finaud tente d’instaurer à sa place un « délit de blase » : haro sur les Robert, sus aux Raymond ! On ne devrait pas avoir impunément, aujourd’hui en France, en plein début de XXIe siècle, le même prénom que M. Bidochon. C’est une offense insupportable à la modernitude. Trop vieux, trop beaufs, les sélectionneurs français, et surtout trop prolos !

Il y a dans le propos de Bégaudeau un paradoxe qu’il ne semble même pas percevoir : tel un Fillon empruntant mollement ses métaphores à Mitterrand, il s’en prend au racisme social des « chiens » qui tombent « à bras raccourcis[1. Des « chiens » qui tombent « à bras raccourcis » : selon l’expression consacrée par saint Philippe, je précise que je sais que la métaphore est éprouvante, mais aussi que la chose ne l’est pas moins. Ajoutons en outre que ça évitera peut-être à tous ces « chiens »… de faire main.] sur la « jeunesse populaire » tout en faisant preuve à l’égard de la France « ouvrière et paysanne » qui prénommait ses enfants « Aimé, Roger, Jacques, Raymond, ou encore Robert » d’un racisme du même type. Les prolétaires d’hier et le « beau-frère » de Bégaudeau seraient incompétents lorsqu’il s’agit de prendre en main les prolétaires d’aujourd’hui. Plaçons des pédagogistes surdiplômés dans le genre de Meirieu à la tête de l’équipe de France et foutons tous ces prolos « raides dans leurs bottes » à la porte : voilà la solution audacieuse que semble nous proposer le Bégo des surfaces médiatiques.

Notons au passage que transformer « Raymond » Domenech en « rejeton de la France ouvrière et rurale » est un peu tiré par la moustache à propos d’un fils d’immigré catalan qui a passé son enfance dans un quartier populaire de Lyon et, tel le blédard contemporain, retournait tous les étés sur la terre natale de ses parents, sans compter qu’il a traîné toute sa carrière une réputation de bad boy, comme on ne disait pas à l’époque, réputation qu’il devait au moins pour une part à sa tronche de métèque. Un profil donc strictement similaire à celui de quelques-uns des caïds hautains de l’équipe de France de football qui devrait plaire à Bégo puisqu’il souhaite que « les maîtres s’adaptent à la population d’un genre nouveau dont ils ont la charge ». En quoi exactement cette population est-elle d’un « genre nouveau », alors que le football a toujours été un sport populaire pratiqué notamment et brillamment par des fils d’immigrés ? Nous ne le saurons jamais.

Que les maîtres s’adaptent à leurs élèves

Tout à son souci de la sauver de la hargne des « chiens » et des petits Blancs, Bégaudeau idéalise cette jeunesse des cités qu’en tant que rejeton de la bourgeoisie de province, il n’a jamais vraiment fréquentée que de loin avant de la rencontrer « entre les murs », puis de s’en faire le chantre dans un roman en forme d’apologie du monde tel qu’il va… et avant, enfin, de pouvoir l’abandonner à son sort, cette belle jeunesse, en toute bonne conscience, pour aller pérorer dans les médias. En renonçant à l’idée même d’autorité au profit d’une « adaptation » des maîtres à leur public, c’est à un second abandon que se livre Bégaudeau et, au fond, à une apologie de l’attitude de Domenech qu’il prétend pourtant vilipender : lorsqu’il a décidé de lire en public la missive de ses joueurs prenant la défense de celui qui l’avait insulté, le sélectionneur n’a rien fait d’autre que « s’adapter », c’est-à-dire de paraître approuver son humiliation.

L’idéalisation de la jeunesse populaire des banlieues par Bégaudeau trouve son revers exact dans le mépris qu’il affiche sans complexe à l’encontre du monde ouvrier et paysan du petit Blanc quinquagénaire et propriétaire de Laguna. Bégaudeau se prénomme François et a longtemps vécu, semble-t-il, au fin fond de la province française. Sa haine du beau-frère et des prénoms bien de chez nous sonne, pour qui veut l’entendre, comme une haine de soi ou plus précisément une haine du proche, père, frère, beau-frère, bref, le « François » en lui. Le texte de Bégaudeau, dans ses inconséquences logiques et son néant moral, est le symptôme parfait de la faillite d’une pensée progressiste qui ne pense plus rien, sinon son dégoût de petit snobinard pour la France profonde.[/access]

Le sarkozysme, c’est du cinéma ?

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Vous connaissez Christophe Lambert ? Je ne parle pas de l’acteur au regard bovin, porte-glaive fatigué de la série Highlander, qui trimbale de film en film son rire benêt, et autant de prédisposition au métier d’acteur que David Pujadas à celui de journaliste. Je veux parler de son homonyme, qui est autrement plus sérieux, mais néanmoins presque aussi drôle. Son homonyme, donc, vous ne le connaissez peut-être pas… C’est un homme de l’ombre. Certainement l’un des meilleurs publicitaires de sa génération, qui a dirigé l’agence Publicis Conseil au début des années 2000, avant de fonder l’agence de pub Blue, qui avait notamment dans son portefeuille de clients l’UMP. Indubitablement proche du clan Sarkozy, Lambert devient en 2009 le conseiller en com’ du prince Jean.

Mais alors pourquoi « drôle » cet homme de l’ombre? Car il vient de prendre, sans complexe, la direction de la grande Fabrique industrielle des bessonneries : EuropaCorp. Certes, Christophe Lambert était déjà en affaire avec Luc Besson au sein de Blue, mais le publicitaire met le turbo, et assume de prendre la gestion du Studio qui a accouché de petites merveilles du 7ème art, dont la série des Taxi, les Yamakasi, Banlieue 13, et autres Transporteur. Autant de films mis en scène à la truelle où les délinquants sympas, attachants, et malins ont toujours le beau rôle et où les flics sont tous mongoliens ou sadiques. Amusant de voir un proche de Nicolas Sarkozy prendre la tête de ce petit univers…

Assayas : Carlos sans fard

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Edgar Ramirez
Edgar Ramirez incarne Carlos à l'écran.
Edgar Ramirez
Edgar Ramirez incarne Carlos à l'écran.

MK2 Odéon, fin de dimanche après-midi dans un Paris qui se vide. Quelques amis contributeurs et lecteurs de Causeur se dirigent à reculons vers la dernière superproduction des studios Canal : Carlos. A priori il y a tout à craindre d’un film consacré au terroriste le plus fantasque de ces trente dernières années.

Un biopic qui évite les pièges du genre

Et pourtant, le biopic d’Olivier Assayas évite magistralement tous les pièges du genre. À l’inverse du tandem Richet-Cassel qui accoucha de la souris Mesrine, Carlos nous montre un criminel humain, trop humain, sans céder un quart de plan à la tentation de l’héroïsation ni tomber dans l’excès inverse de la moraline compassionnelle. Ici, le suspense haletant dispute la primauté à la profondeur psychologique des personnages. Du terroriste paumé des Cellules Révolutionnaires Allemandes au chevronné Wadie Haddad, la distribution frise la perfection.

Au prix de quelques approximations vite pardonnées – la confusion entre Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) resté fidèle à Georges Habache et l’organisation dissidente FPLP -Opérations spéciales montée par Haddad – la petite histoire rejoint la grande. Y compris lorsque la minutie d’Assayas pêche dans les détails, comme dans ce magnifique plan aérien sur Damas endormie où l’on aperçoit au loin l’hôtel Four Seasons inauguré en… 2005, le spectateur marche. On pardonnera aisément ce petit écart; Truffaut ne disait-il pas que les films respirent par leurs défauts ?

Découverte d’un grand acteur, Edgar Ramirez

D’autant que l’essentiel est ailleurs : il réside dans la prestation époustouflante du jeune acteur vénézuélien Édgar Ramírez, réel homonyme d’Ilich Ramirez Sanchez, qui a poussé le mimétisme jusqu’à adopter le trilinguisme de son aîné. Maîtrisant parfaitement français, espagnol et anglais, voire quelques rudiments d’arabe, le premier rôle crève l’écran. Là encore, le pari n’était pas gagné d’avance. Non content de dépeindre un Carlos fat, cupide et manipulateur, le duo Assayas-Ramirez montre plan après plan comment le héraut de la lutte anti impérialiste finit en sycophante bedonnant. Dès ses premiers stages d’entraînement à Aden, dans la préparation de la prise d’otages de l’OPEP à Vienne, se profile un Carlos gras du bide, séducteur et buveur insatiable pour qui la cause de peuple se confond avec la sienne. Casanova invétéré, coqueluche des médias : le cocktail magique du vedettariat finit par agacer les parrains et employeurs de Carlos. À tel point qu’à force de désobéir aux ordres et d’exécuter ses complices indociles, Ramirez finit seul, à la merci de ses derniers soutiens étatiques. Libye, Iraq, Syrie, Soudan et Iran : les commanditaires se succèdent mais ne se ressemblent pas. À l’euphorie des premiers moments, qui lui fait commettre de graves imprudences – à commencer par le meurtre de deux agents de la DST rue Toullier à Paris – se substitue l’aigreur d’une vie de mercenaire. Existence clandestine au fil des engagements de la lutte armée, tour à tour gauchiste, pro-palestinienne et islamiste pour se solder en simple culte de soi, où la violence devient sa propre fin.

La déchéance d’un homme qui n’aura cessé de fuir

Il y a du pathétique dans les dernières images d’un Carlos vieillissant, succombant au culte de l’égo en se faisant liposucer quelques bourrelés mal placés. Un sentiment étrange s’empare du spectateur au cours des dernières séquences du film. L’intrigue géopolitique ne compte plus, ou si peu. Nous assistons à la déchéance d’un homme qui n’aura cessé de se fuir. Comme si la violence était une échappatoire à la vacuité de l’existence. Comme des millions de jeunes militants gauchistes, Carlos aura usé ses guêtres dans des discussions de salon en s’inventant une Révolution qui ne viendra pas. À la différence près qu’il aura poussé la folie meurtrière jusqu’à son terme en tuant de sang-froid d’innocentes victimes devenues martyres de la cause. La seule qui vaille, encore une fois la sienne.

Au terme de ces deux heures quarante-cinq de film virevoltant, la mise en scène enlevée sur fond de musique rock nous livre un dernier montage mêlant habilement images d’époque et scènes reconstituées in vivo par les acteurs. Le générique déroule un à un les visages des ex-compagnons de route de Carlos, décimés par la maladie, écroués dans leur pays d’origine ou repentis et amnistiés.

La valse des portraits-robots rend son alors dernier verdict. Celui emprunté au Livre de l’Ecclésiaste, qui contient cette vérité éternelle : « Vanité des vanités, tout est vanité (…) tout a été fait de la poussière, et tout retourne à la poussière ».

Êtes-vous embrigadé dans une secte ?

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Secte
Gare au gourou !
Secte
Gare au gourou !

1. Avez-vous déjà fait l’objet d’un reportage d’Envoyé spécial ou de Spécial Investigation (avec interviews-vérité et caméras cachées) ?

2. Vous sentez-vous toujours prêt(e) à l’arrivée-surprise d’extraterrestres, de nuages de sauterelles tueuses, de nouvelles maladies non remboursées et autres calamités en 3D ?

3. Vos ayants-droit vous ont-ils déjà reproché la générosité avec laquelle vous aidez vos nouveaux amis à sauver notre Terre-Mère ?

[access capability= »lire_inedits »]4. Avez-vous poussé le Cri rituel de Joie en découvrant l’époux(se) que vous avait réservé(e) le Conseil suprême des Unions ?

5. Pour servir la Vérité Vraie, avez-vous déjà escamoté de prétendues preuves devant un Tribunal de grande instance ?

6. Pour acquérir la Santé Spirituelle, êtes-vous volontaire pour jeûner et vendre des brosses à tapis surnaturelles fabriquées par vos frères et sœurs ?

7. Faut-il éliminer les hérétiques non-croyants qui doutent de la Raison comme principe explicatif du Grand-Tout ?

Analysez vos résultats
Comptez sur vos doigts le nombre de « oui ». Plus ce nombre est proche de 7 (chiffre sacré), plus vous êtes embrigadé. D’un autre côté, plus il est proche de 0, plus vous vous éloignez de l’Infini. À vous de voir.
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Les Blancs savent-ils courir ?

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Christophe Lemaître
Christophe Lemaître.
Christophe Lemaître
Christophe Lemaître.

« Que je le veuille ou non, je suis le premier athlète blanc à battre les 10 secondes. Manifestement, je rentre dans l’Histoire » : c’est en ces termes que le sprinteur français de 20 ans, Christophe Lemaître, est revenu sur sa performance du 9 juillet dernier réalisée à Valence, donc à basse altitude, avec un vent favorable modéré de 1,3 mètres par seconde (sachant que la limite autorisée est de 2 mètres par seconde. Il est donc le premier Blanc à courir le 100 mètres en 9 secondes et 98 centièmes, cette barrière symbolique des 10 secondes ayant déjà été pulvérisée officiellement 446 fois dont 445 fois par des athlète originaires d’Afrique de l’Ouest, et une fois par l’Australien Patrick Johnson qu’on ne peut pas vraiment qualifier de « blanc » en raison de ses ascendants pour moitié aborigènes.   
 
De fait, lors de tous les JO depuis 1984, tous les finalistes du 100 mètres étaient sans exception originaires d’Afrique de l’Ouest (si on compte, pour la beauté de la démonstration, Frankie Fredericks, originaire de Namibie. Aucun Africain issu d’autres régions de ce continent n’a franchi le seuil des 10 secondes, le meilleur temps accompli sur cette distance par un Brésilien noir a été 10,02. Enfin, parmi les nations d’Afrique occidentale, le Nigéria se distingue puisque ses sprinteurs sont passés 21 fois sous la barre des 10′. 

Les différences génétiques ne prouvent pas l’existence de races 
 
Pour autant, la fierté affichée par la Fédération Française d’Athlétisme face à l’exploit (incontestable) de Christophe Lemaître suscite un certain malaise. Les différences génétiques entre populations humaines – et donc également entre groupes ethniques – sont certes indiscutables et même souhaitables puisque c’est par le brassage génétique que progresse et évolue notre génome humain. Il n’en est pas moins impossible d’établir une corrélation scientifique entre la couleur de la peau et les capacités physiques, sans parler des comportements individuels. En d’autres termes, le concept de « race » – qui associerait caractéristiques génétiques et couleur de peau – est indéfendable. Au demeurant, si les races existaient, tous les Noirs, et pas seulement les Africains de l’ouest, excelleraient 100 mètres. 
 
La thèse qui prévaut est pourtant celle du journaliste américain John Entine qui, en 1989, écrivait, dans son livre appelé de manière significative Tabou« Les Noirs originaires d’Afrique de l’Ouest – dont la plupart des Noirs nord-américains se considèrent les descendants – se caractérisent généralement par une quantité plus faible de graisses sous-cutanées au niveau des bras et des jambes, une masse musculaire proportionnellement plus élevée, des épaules plus larges, des quadriceps plus volumineux et une musculature générale plus développée; une cage thoracique plus petite; un centre de gravité plus haut; un réflexe rotulien plus rapide; une densité corporelle plus élevée; un taux de testostérone plasmatique légèrement plus élevé, qui a un effet anabolisant, c’est-à-dire qu’il contribue théoriquement à accroître la masse musculaire, à faire baisser la quantité de graisse et à permettre des efforts plus intenses avec un temps de récupération plus court ; enfin, un pourcentage plus élevé de fibres musculaires à contraction rapide et d’enzymes anaérobies, qui peuvent se traduire par un surcroît d’énergie explosive. ».

Les Blancs savent-ils danser ?

La piste génétique est pourtant infirmée par Usain Bolt, détenteur du record du monde – 9’58 réalisées lors de la finale des Mondiaux 2009 à Berlin – qui est longiligne alors que pendant longtemps seuls les petits gabarits musclés semblaient à même de réaliser ce type de performance. Pour autant, les partisans de cette imposture classifient tous les Africains au sein de la même race tout en rappelant (pour les rares qui ont de l’humour), qu’ils n’ont jamais vu de snowboardeur noir. Demandera-t-on à Christophe Lemaître s’il sait danser?
 
Répéter inlassablement que les Noirs sont forts et musclés, c’est sous-entendre qu’ils sont moins intelligents dans le but de renforcer les structures sociales inégalitaires. Plutôt que de nous demander s’il y a un gène du cent mètres, de la pauvreté ou de la connerie, pourquoi ne pas tout simplement admirer la volonté, le talent et les performances. Après tout, on s’en moque, qu’elles aient été réalisées par un blanc, un jaune ou un bleu. À cette vitesse, qui voit encore les couleurs ?

Vacances sans wifi, vacances pourries !

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Internet à la plage

Internet à la plage

Les Français, nous dit-on, sont stressés, fatigués, ils veulent vivre autrement, être plus proches de la nature. Mais pris par le rythme affolant imposé de la vie quotidienne, ils ne parviennent pas à s’extraire de leur condition d’hommes pressés.

Ouf ! Voilà qu’arrive le temps des vacances. Enfin le repos mérité (ou non), enfin un tempo plus lent, enfin l’oisiveté.

Mais changer de lieux ne signifie pas changer de rythme. On dirait au contraire que l’objectif de l’estivant est de tenir la cadence infernale dans laquelle son environnement high-tech le plonge jour après jour.

L’angoisse du sevrage

Pas question d’aller surfer sur la côte atlantique sans être sûr qu’on pourra encore surfer le soir derrière son écran. Toutes les prothèses électroniques du vacancier migrent donc avec lui. Mais attention, en l’absence de connexion internet, ordinateur portable, Smartphone, netbook et autres iPad deviennent inutiles et il ne reste plus au vacancier hagard qu’à déambuler, tongs aux pieds et Monoï à la main. Actualiser son profil Facebook en publiant en ligne les dernières photos avec Bibiche en bikini, consulter ses mails pour être sûr que la soirée bar discothèque tient toujours, vérifier son compte en banque pour s’assurer de pouvoir claquer assez et tweeter avec sa tribu de « friends » sur la couleur du maillot de Sarko & Co, tout en cramant sur la plage, représentent donc une nécessité vitale.

Faisons un rêve, qui, pour beaucoup, ressemble à un cauchemar : des vacances déconnectées. Plusieurs semaines sans internet. Cette affaire d’importance – la connexion en vacances – fait désormais partie des « sujets d’été » des médias. Ce qui frappe, c’est que tous les articles et chroniques font usage du mot « angoisse » pour caractériser l’état psychologique des futurs vacanciers qui craignent d’être soumis à un sevrage forcé pendant leurs congés[1. Le Monde, 16 juillet 2010 « Rester connecté, même sur la plage »].

Dans un premier temps, on se dit que le mot et la chose devraient être réservés à des situations plus problématiques : chômage, maladie, divorce. Mais à la réflexion cette angoisse d’être déconnecté en cache peut-être une autre, plus fondamentale, parce qu’elle dit quelque chose de notre condition humaine.

Le vacancier coupé d’Internet est plongé dans l’état de détresse que vit le nourrisson après sa naissance. Le cordon ombilical qui le reliait au monde virtuel se rompt. Le vacancier est alors expulsé du corps artificiel pour être jeté dans le monde réel. Il passe d’un état de sécurité, où il était relié au cyber sein, nourri en continu par un flux d’informations, messages, sons images, dans lequel il maîtrisait le monde offert sur une page web, à un état de manque et d’impuissance, dans lequel il est abandonné, seul avec lui-même, privé de la projection numérique de ses représentations. La privation du sein, maternel ou digital, suscite la même angoisse de perte de soi-même.

La paresse agitée du vagabondage numérique efface le socle de la dignité humaine qui est de penser et de ressentir

Pauvre de lui ! Plus de Facebook pour satisfaire ses désirs d’exhibition – grâce à son « profil » – et de voyeurisme – avec sa « home ». Il avait placé son existence en dehors de lui-même, dans une avantageuse projection de son être. Privé de réseaux sociaux, il ne se sent plus exister. Privé de ses mails, il ne sent plus efficace. Dépouillé de son apparence numérique, il n’a plus de consistance. Alors Bibiche a beau s’agiter sur la plage et les jets-skis glisser à un train d’enfer, il ressent fatalement un vide abyssal, à la mesure de la mise en abyme infinie de son image.

Bonjour l’angoisse !

Il ne s’agit pas se joindre au chœur des contempteurs de la Toile mais de pointer ses effets destructeurs pour l’intériorité de l’être. Sous le règne d’Internet, l’heure n’est plus, comme dirait l’autre, « un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats », mais une quantité de mails, de photos, de nouvelles accessibles en quelques clics. Oublier Internet, ne serait-ce que le bref temps de l’été, c’est se soustraire à l’emprise de l’immédiateté, du « tout, tout de suite », et protéger ce qui reste encore de la flânerie, de la contemplation et de la réflexion. L’omniprésence des écrans fixes et ambulants installe l’impatience dans les cœurs, instille la distraction dans les esprits et habitue les cerveaux à la violence instinctive des comportements.

L’essor de cette paresse agitée, de cette solitude grégaire qu’est le vagabondage numérique, ne peut qu’inquiéter car il va de pair avec le lent effacement de ce qui constitue la dignité humaine, le fait de penser et de ressentir. L’ennui, c’est que l’exercice de la raison et le développement de la sensibilité demandent du temps, du silence et de la solitude. Tout ce que déteste l’internaute en vacances !

Plein été

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Que faisiez vous le 20 juillet ? Vous n’êtes pas obligé de répondre. Mais étant donné que c’est le plein été, comme il y a une pleine mer, sans doute faisiez-vous quelque chose d’agréable. On vous le souhaite en tout cas. Lire dans une chaise longue à l’ombre d’un citronnier grec, vous baigner sur une plage bretonne en trouvant que l’eau est meilleure que l’année dernière, préparer le barbecue pour toute la famille dans une ferme du Berry, regarder passer les filles au joli profil à l’heure de la promenade vespérale dans ville de Vieille Castille.

Peu importe, finalement : le 20 juillet, c’était ce genre de journée où l’on comprend vraiment ce que Ferrat a voulu dire quand il a chanté Que c’est beau, c’est beau la vie. Il fallait juste, ensuite, si l’on voulait ne pas tout gâcher, éviter de lire le Monde du 22 : on y apprenait que ce même 20 juillet, Derek Jackcon, 42 ans, était exécuté dans la prison de Huntsville, au Texas. C’était le quinzième dans cet Etat depuis le début de l’année. Que c’est beau, c’est beau, la vie.

Avez-vous l’étoffe d’un ministre ?

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Devenez ministre
Vous rêvez d'en faire partie et de poser un jour sur la photo ? Une seule solution : testez vos capacités !
Devenez ministre
Vous rêvez d'en faire partie et de poser un jour sur la photo ? Une seule solution : testez vos capacités !

À deux mois à peine du remaniement, êtes-vous prêt psychologiquement à prendre en charge un portefeuille ? Pour le savoir, répondez vite à ce questionnaire, recommandé par les plus grandes marques d’anciens ministres.

1. Qu’y a-t-il de plus important que la loyauté ?
a) rien
b) la circonspection
c) l’intelligence

2. Laquelle de ces fables préférez-vous ?
a) Le Lièvre et la tortue
b) Perrette et le pot au lait
c) Le Petit Chaperon rouge

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3. La spontanéité, c’est :
a) sain
b) rare
c) redoutable

4. Le mal, selon vous, c’est :
a) le contraire du bien
b) souvent utile pour éviter le pire
c) celui qu’on me fait

5. Parmi ces héros mythologiques, lequel prendriez-vous pour modèle ?
a) Hercule
b) Sisyphe
c) Œdipe

6. Choisissez les mots qui s’accordent le mieux avec arbre :
a) verdure, campagne, été
b) bois, feu de forêt, Canadair
c) papier, journal, affiches 4 x 3

7. Votre instrument de travail favori :
a) les mains
b) les idées
c) les autres

Résultats
Majorité de a : Abandonnez tout espoir d’être ministrable un jour. Vous seriez désarmé face aux responsabilités qu’implique une telle charge, et déstabilisé par les rebondissements qui en font le charme. À la rigueur, concentrez-vous sur les cantonales.
Majorité de b : Vous faites comme vous le sentez ; mais avec une telle conception de la politique, vous ne resterez pas ministre longtemps ! Autant viser dès maintenant la présidence de la Cour des comptes.
Majorité de c : Bravo ! La France a besoin d’hommes de votre trempe. J’en parle à Claude, qui voit Nicolas tout à l’heure…

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Un jour, mon prince est venu

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Albert de Monaco
Albert de Monaco.
Albert de Monaco
Albert de Monaco.

Il a 52 ans et il se marie. « Il » c’est le Prince de Monaco. Et le détail sur l’âge du futur époux n’est pas anodin. Il est d’ailleurs repris en boucle par tous les médias qui se délectent par avance de la cérémonie qu’ils auront à couvrir les 8 et 9 juillet 2011… Ces jours-là, à l’âge où les hommes généralement divorcent, rangent au placard plus de vingt ans de vie commune avec leur légitime pour se jeter dans les bras d’une jeunette âgée d’à peine plus d’années que le temps que dura leur mariage, Albert II convolera avec la belle Charlène Wittstock, 32 ans, sud-Africaine, ancienne championne de natation, jeune juste ce qu’il faut pour être potentiellement porteuse d’un futur petit prince, bref, parfaite sous tout rapport. Et la question qui s’impose évidemment ici : pourquoi diable ce sujet m’intéresse-t-il au point d’en faire une chronique, non pour Match, Voici ou Voilà, mais pour Causeur ? Très simple.

Je suis admiratif. M’approchant moi-même de l’âge canonique du prince susnommé, ayant moi-même femme, enfants, chien et chat, étant bien évidemment frappé par la douloureuse crise de la cinquantaine, après avoir traversé avec plus ou moins de bonheur celle de la quarantaine et échappé de justesse à celle de la trentaine, je me dis : cet homme-là n’est pas n’importe qui. Au lieu de changer de voiture, s’offrir une moto de cylindrée suspecte par son volume, se mettre au yoga méthode Iyangar, celle qui tire le plus sur les articulations pour se tenir le plus droit possible, où encore adopter un régime plus bio que bio, Albert prend femme. Incroyable.

Les autres devenaient vieux. Lui rajeunissait chaque été

D’autant plus qu’à un âge comme le sien, il y a encore quelques décennies, surtout lorsqu’on avait sa coiffure, la coutume était de s’installer dans un rôle de grand-père en charentaises ou fauteuil à bascule, ou à tout le moins s’apprêter à le faire. Ou bien on vérifiait avec anxiété ses comptes pour s’assurer le confort d’une retraite peinarde. Ou bien, ce qui réglait nombre d’angoisses, on était emporté par une crise cardiaque pour cause d’embonpoint ou de cigarettes. Mais aujourd’hui, rien de tout cela. L’âge de la retraite recule, être grand-père semble être un état inaccessible aux moins de 75 ans, et on s’évertue à transpirer pour faire fondre la fameuse bouée, anciennement dite « poignées d’amour », réduire son taux de cholestérol et de nicotine, et, avec lui, le risque d’une crise cardiaque prématurée. Enfin, espérons.

Beaucoup d’attributs me viennent à l’esprit lorsque je pense à Albert: résistant ? Rebelle ? Dernier des Mohicans ? Non. Un Prince. Tout simplement. De la nuit d’abord. L’homme a ouvertement choisi de faire la fête 20 ans durant, pendant que ceux de son âge expérimentaient les joies du biberon, des couches-culottes, des poussettes qui ne se déplient plus, des vacances bruyantes, bref devenaient vieux pendant que lui rajeunissait un peu plus chaque été. Un malin, cet Albert. Un héros aussi puisqu’il a réussi à faire fi des convenances, celles qui exigeaient de lui la production rapide d’un héritier digne de présider un jour aux destinées du Rocher. N’écoutant que son courage, il a préféré prendre son temps pour choisir l’élue de son cœur de sportif, ne pas s’emballer, éviter un divorce tapageur, nous préserver des commentaires savants de spécialistes matrimoniaux nous expliquant qu’il s’était marié trop tôt, qu’il avait cédé aux pressions des Monégasques pressés de le caser et que la Princesse choisie prématurément n’était pas la bonne. Un drame qu’il a su nous éviter, nous ne l’en remercierons jamais assez.

Il joue à merveille son rôle de Prince. Donc d’exemple

Et puis il faut aussi noter sa générosité à notre égard, nous autres, gens des médias. Car il a su avec tact alimenter avec bon goût les pages des journaux avec belles photos couleur, si l’on en juge par les mensurations des différentes partenaires ayant accompagné son parcours d’adolescent attardé. Il est aussi devenu un exemple pour les feignants dont je me revendique qui hésitaient à se lancer dans des sports extrêmes, comme le parapente, l’alpinisme ou la descente périlleuse en rappel et en smoking de tapis rouge particulièrement glissant en vernis noir. C’est un petit peu grâce à lui que j’ai osé, à l’approche de mes 50 ans, me lancer dans l’aventure du VTT. Du coup, je lui dois probablement, il ne s’en doute même pas, les dix centimètres dont j’ai réussi à alléger mon tour de taille. Et je ne dois pas être le seul. Albert, au nom de tous les cinquantenaires, de tout cœur, merci.

Et il aurait pu continuer encore comme cela pendant quelques dizaines d’années, continuer à faire œuvre de fantasme pour les pères de famille épuisés, les grands-pères en puissance et bientôt impuissant. Et là, alors que je chevauchais justement mon vélo perfectionné, coup de théâtre ! En tout cas pour moi qui n’ai pas suivi son parcours princier dans la presse spécialisée : Albert annonce ses épousailles. Enfer et damnation. Un mythe s’effondre. Albert aussi va vieillir. A voir sa coupe de cheveux, j’aurais du me douter que cela lui pendait au nez, que lui aussi allait céder, craquer, lâcher prise.

Mais là encore, il joue à merveille son rôle de Prince. Autrement dit d’exemple. Il nous redonne de l’espoir. Il redevient un fantasme. La vie commence à 52 ans. Grâce à Albert, j’en suis désormais convaincu, passer le cap du demi-siècle, est un bienfait. Surtout après avoir fait la fête pendant 20 ans. Il ne me reste plus qu’à trouver une nageuse, ou une alpiniste, et pourquoi pas une championne de golf … Ah mais, j’oubliais, je ne suis pas né Prince.

Ceausescu, le retour

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Après trois ans de bataille homérique avec le ministère de la défense roumain, Valentin Ceausescu a obtenu que son papa et sa maman soient exhumés, pour que des tests ADN lui assurent que ses géniteurs occupent bien les emplacements 67 et 68 au cimitirul militarul Ghencea de Bucarest. Le 69 est occupé par son petit frère Nicu, mort d’une cirrhose à Vienne, mais à l’évidence Valentin s’en bat l’œil. Valentin pense que ses géniteurs, enterrés précipitamment une certaine nuit de Noël 1989, après un procès disons sommaire et une exécution qui ne le fut pas moins, ont été brûlés à Tirgoviste dans la caserne où ils ont rendu leur âme au diable, dracul en roumain, au pays dont les chefs sont passés maîtres dans l’art délicat de saigner leurs compatriotes au propre et au figuré.

Qu’ils soient réduits en cendres ou sous quelques pieds de bonne terre roumaine, il est peu probable pourtant que le Conducator et sa bonne Elena reviennent tirer par les pieds ceux qui les ont condamnés. Etrangement, ils sont presque tous morts très vite… Criblé de balles, Gica Popa, le juge qui avait prononcé la peine capitale ; accidents de la route ou de chasse fatals pour les autres…

Mais les légendes urbaines ubuesques qui servaient d’exutoires à la brutalité et à la bêtise du régime ont la peau dure. Au fond d’eux les Roumains ne sont pas si sûrs que les Ceausescu soient si morts. Des témoins de témoins assurent que les corps bougeaient encore quelques heures après la fusillade. D’étranges sites n’ont-ils pas fleuri sur la toile, jusqu’au blog de Nicolaz Ceaucescu, qui vaut son pesant de salami, où du fond des enfers l’ancien Premier secrétaire commente l’actualité avec un humour vachard et pas mal de clairvoyance, qui lui valent pour une fois un authentique succès libre de toute propagande ?

Mercredi matin, les corps ont donc été déterrés et envoyés au labo pour prélèvement. En voyant apparaître le pantalon et le manteau de son père criblés de balles, Valentin a t-il poussé un soupir de soulagement ? Que cherchait vraiment le dernier survivant de la sinistre tribu, celui dont on assure qu’il fut adopté à sa naissance et toujours délaissé au profit de Nicu, l’héritier tant chéri ? Peut être, comme on dit, à faire son deuil. Et ne plus regarder derrière son épaule quand il rentre le soir dans son petit appartement ordinaire, là-bas, à Bucarest.

Le nez dans le ruisseau, la faute à Bégo

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Raymond Domenech
Raymond Domenech dans le collimateur. François Bégaudeau part en croisade contre les quinquagénaires.
Raymond Domenech
Raymond Domenech dans le collimateur. François Bégaudeau part en croisade contre les quinquagénaires.

C’est un texte dont Causeur, sous l’excellente plume de François-Xavier Ajavon, a déjà parlé, mais c’est plus fort que moi. Quand l’un de nos rebelles télévisuels, Bégaudeau en l’occurrence, s’en prend à son beau-frère, c’est-à-dire au beauf qui gît en moi, mon sang ne fait qu’un tour et j’ouvre mon ordinateur. Et plutôt deux fois qu’une ! Car Bégaudeau s’en est pris non seulement à son « beau-frère », mais aussi à Finkielkraut, dont j’attends et dévore chacun des livres. D’ailleurs, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais François Bégaudeau semble souffrir d’un antifinkielkrautisme primaire. À chaque fois que le philosophe intervient sur un sujet d’actualité, vous pouvez être sûr que Bégaudeau viendra tenter un contrepied à la télé ou dans les journaux. La dernière fois que j’ai pu diagnostiquer cette bizarre obsession, c’était donc dans Le Monde du 23 juin, à propos de la déroute de l’équipe de France de football.

Ainsi, contrairement à ce que croient Alain Finkielkraut et le « beau-frère [de Bégaudeau lui-même] dans sa Laguna » (et moi aussi, d’ailleurs, qui pourtant roule en Scenic), ce n’est pas d’un manque d’autorité dont a souffert l’équipe de France, mais plutôt d’un excès d’autorité. Ça vous en bouche un coin, ça, hein ! Complètement contre-intuitif, comme propos, bien digne d’un empêcheur-de-penser-en-rond patenté ! Typiquement l’argument qu’on ne voit pas venir, genre tacle par-derrière. Tu veux plus d’autorité ? T’es un beauf en Laguna ; voilà le genre de chantage psychologique, à base de snobisme social, auquel se livre notre Bégo.

[access capability= »lire_inedits »]Trop vieux, trop beaufs, trop prolos

Pour Bégo-le pédago, ce qui a fait péter les plombs aux Bleus n’est pas d’avoir été livrés à eux-mêmes par un sélectionneur visiblement dépassé par la situation, mais d’avoir été soumis à des « éducateurs raides dans leurs bottes ». Le Bégo précise sa pensée : « Depuis vingt ans, la baguette a été confiée à des quinquagénaires prénommés Aimé, Roger, Jacques, Raymond, ou encore Robert (comme Duverne [Robert Duverne quinquagénaire, c’est à croire que Bégo, malgré son amour du foot, ne sait pas compter jusqu’à onze]), tous rejetons d’une France ouvrière et rurale […] Très clairement, ceux-là ne savent pas faire avec le prolétariat de banlieue qui peuple aujourd’hui les clubs. »

Il y avait le « délit de faciès », dont la répression est aujourd’hui durement réprimée en France ; Bégo-le finaud tente d’instaurer à sa place un « délit de blase » : haro sur les Robert, sus aux Raymond ! On ne devrait pas avoir impunément, aujourd’hui en France, en plein début de XXIe siècle, le même prénom que M. Bidochon. C’est une offense insupportable à la modernitude. Trop vieux, trop beaufs, les sélectionneurs français, et surtout trop prolos !

Il y a dans le propos de Bégaudeau un paradoxe qu’il ne semble même pas percevoir : tel un Fillon empruntant mollement ses métaphores à Mitterrand, il s’en prend au racisme social des « chiens » qui tombent « à bras raccourcis[1. Des « chiens » qui tombent « à bras raccourcis » : selon l’expression consacrée par saint Philippe, je précise que je sais que la métaphore est éprouvante, mais aussi que la chose ne l’est pas moins. Ajoutons en outre que ça évitera peut-être à tous ces « chiens »… de faire main.] sur la « jeunesse populaire » tout en faisant preuve à l’égard de la France « ouvrière et paysanne » qui prénommait ses enfants « Aimé, Roger, Jacques, Raymond, ou encore Robert » d’un racisme du même type. Les prolétaires d’hier et le « beau-frère » de Bégaudeau seraient incompétents lorsqu’il s’agit de prendre en main les prolétaires d’aujourd’hui. Plaçons des pédagogistes surdiplômés dans le genre de Meirieu à la tête de l’équipe de France et foutons tous ces prolos « raides dans leurs bottes » à la porte : voilà la solution audacieuse que semble nous proposer le Bégo des surfaces médiatiques.

Notons au passage que transformer « Raymond » Domenech en « rejeton de la France ouvrière et rurale » est un peu tiré par la moustache à propos d’un fils d’immigré catalan qui a passé son enfance dans un quartier populaire de Lyon et, tel le blédard contemporain, retournait tous les étés sur la terre natale de ses parents, sans compter qu’il a traîné toute sa carrière une réputation de bad boy, comme on ne disait pas à l’époque, réputation qu’il devait au moins pour une part à sa tronche de métèque. Un profil donc strictement similaire à celui de quelques-uns des caïds hautains de l’équipe de France de football qui devrait plaire à Bégo puisqu’il souhaite que « les maîtres s’adaptent à la population d’un genre nouveau dont ils ont la charge ». En quoi exactement cette population est-elle d’un « genre nouveau », alors que le football a toujours été un sport populaire pratiqué notamment et brillamment par des fils d’immigrés ? Nous ne le saurons jamais.

Que les maîtres s’adaptent à leurs élèves

Tout à son souci de la sauver de la hargne des « chiens » et des petits Blancs, Bégaudeau idéalise cette jeunesse des cités qu’en tant que rejeton de la bourgeoisie de province, il n’a jamais vraiment fréquentée que de loin avant de la rencontrer « entre les murs », puis de s’en faire le chantre dans un roman en forme d’apologie du monde tel qu’il va… et avant, enfin, de pouvoir l’abandonner à son sort, cette belle jeunesse, en toute bonne conscience, pour aller pérorer dans les médias. En renonçant à l’idée même d’autorité au profit d’une « adaptation » des maîtres à leur public, c’est à un second abandon que se livre Bégaudeau et, au fond, à une apologie de l’attitude de Domenech qu’il prétend pourtant vilipender : lorsqu’il a décidé de lire en public la missive de ses joueurs prenant la défense de celui qui l’avait insulté, le sélectionneur n’a rien fait d’autre que « s’adapter », c’est-à-dire de paraître approuver son humiliation.

L’idéalisation de la jeunesse populaire des banlieues par Bégaudeau trouve son revers exact dans le mépris qu’il affiche sans complexe à l’encontre du monde ouvrier et paysan du petit Blanc quinquagénaire et propriétaire de Laguna. Bégaudeau se prénomme François et a longtemps vécu, semble-t-il, au fin fond de la province française. Sa haine du beau-frère et des prénoms bien de chez nous sonne, pour qui veut l’entendre, comme une haine de soi ou plus précisément une haine du proche, père, frère, beau-frère, bref, le « François » en lui. Le texte de Bégaudeau, dans ses inconséquences logiques et son néant moral, est le symptôme parfait de la faillite d’une pensée progressiste qui ne pense plus rien, sinon son dégoût de petit snobinard pour la France profonde.[/access]