Bonne nouvelle pour les petits : la barrière fatidique du mètre soixante qui interdisait la carrière de policier et de douanier aux impétrants de petite taille vient d’être supprimée. Cela n’a aucun rapport avec les éventuelles photos que Nicolas Sarkozy voudrait prendre en compagnie des forces de l’ordre, ce qui lui arrive souvent en ce moment. C’est tout simplement la volonté du secrétaire d’Etat Georges Tron d’«ouvrir la fonction publique à tous les Français, sans exception.» Cette mesure accompagne d’ailleurs la fin des limites d’âge pour se présenter aux concours le la fonction publique, quels qu’ils soient. On a hâte de voir ce que ça va donner, dans une téci à problèmes: une voiture de la BAC s’arrêtant dans un crissement de pneus avant que les portes ne s’ouvrent sur quatre septuagénaires d’un mètre vingt sept…
Le muret des vieux

Comme chaque année depuis près de cinquante ans, je me rends dans mon village de Saint-Jeannet (Alpes-Maritimes). Je dis « mon » village − bien que je sois né à Paris − parce que je m’y suis créé des racines provinciales que tout bon Parisien se plaît à entretenir. Ce matin, en arrivant sur la placette à l’entrée de la Grand-Rue, j’ai vu les vieux assis sur les murets en pierre, face au monument aux morts, le chapeau de paille rabattu sur les sourcils, refaisant le monde à voix basse. Image rassurante que j’aurais pu tirer des souvenirs de Pagnol.[access capability= »lire_inedits »]
Ne pas être confondu avec les « estrangers »
Arrivé à leur hauteur, je les ai salués d’un signe discret de la tête, comme on fait ici depuis des temps immémoriaux. Un geste de connivence entre villageois pour signifier qu’on se reconnaît et qu’on ne doit pas être confondu avec les touristes, avec les « estrangers ». En m’approchant des vieux au visage buriné par le soleil, je ne les ai pas reconnus. En forçant mes souvenirs, j’ai essayé de les rattacher à l’une ou l’autre famille que je connaissais. Rien ne me revenait. J’ai continué mon chemin, songeur : comment se fait-il que je ne reconnaisse pas de vieux paysans qui sont là depuis toujours ?…
En arrivant sur la place de l’église, une image m’est revenue, j’avais compris : je ne cherchais pas dans les bonnes cases de ma mémoire ; ces vieux, à l’entrée du village, je les avais déjà vus autrefois ; mais pas avec les paysans du cru. Avant, ils se tenaient légèrement à l’écart, un peu plus loin sur la place, là où l’ombre est plus rare. C’étaient des ouvriers agricoles arabes arrivés dans les années 1960.
Les derniers paysans originaires du cru ne sont plus là ; ils sont tous morts et leurs enfants ont vendu toutes les terres agricoles aux Parisiens qui y ont construit leurs villas. Et les ouvriers agricoles arabes se sont intégrés. Totalement intégrés et si bien intégrés qu’ils ont pris la place laissée vacante sur le muret par les paysans provençaux disparus. En parcourant le village, j’ai reconnu leurs femmes qui sortaient de chez le boulanger ou de chez le boucher. Pas de niqab, ni de boucherie hallal, mais des ménagères habillées comme toutes les ménagères provençales avec un cabas à la main. Rien ne distingue ces villageois d’aujourd’hui des autochtones d’hier, si ce n’est une chose qui aurait dû attirer mon attention : les paysans de mon enfance parlaient le provençal ou le nissart pour certains. Les villageois arabes d’aujourd’hui parlent le français. Sans accent.[/access]
Nationalité ? Ailier droit

C’est juste un symptôme, n’est-ce pas ? On ne va pas tout de même en tirer des conclusions générales sur les rapports entre les Etats, les Institutions, les organismes publics d’un côté et, de l’autre, les entreprises privées qui semblent concentrer des pouvoirs de plus en plus gigantesques, y compris dans des domaines qui n’ont rien à faire dans le périmètre du marché, comme la santé, l’éducation ou les transports publics. Mais tout de même, l’histoire mérite qu’on s’y arrête un peu.
Les meneurs (qui n’existaient pas) enfin convoqués par la FFF
Après de nombreuses danses du ventre, euphémisations et hésitations, la Fédération Française de Football, retrouvant un instant un peu de courage politique, décide de convoquer le 17 août cinq joueurs de la honteuse équipe des Bleus devant la commission fédérale de discipline.
Il s’agit de Patrick Evra le capitaine, de Franck Ribéry le vice-capitaine, d’Eric Abidal, de Jeremy Toulalan et bien entendu de l’inénarrable Anelka, l’homme qui parle à son entraineur comme un gamin de ZEP ne le ferait pas à son professeur. À moins qu’il ne s’agisse comme Domenech d’un professeur qui ne connaît pas son boulot et qui organise des ateliers-théâtre pour que ça ne se voie pas trop. Cela n’excuse en rien le comportement d’Anelka, mais rétrospectivement, qu’est-ce que Domenech a pu ressembler à un pur produit d’IUFM ! Par exemple, quand il disait : « Mon équipe n’a pas de style de jeu a priori, c’est aux joueurs de le donner. » Cela ne vous rappelle pas l’élève au centre du système, constructeur de son propre savoir ? De même, il pratiquait l’amphigourique comme une seconde langue pour mieux cacher une absence totale de vision, et même, simplement, de maitrise de son sujet.
Le Bayern envoie la FFF sur les roses
Mais revenons à notre affaire. La première chose intéressante, c’est qu’il est reconnu qu’il y avait des meneurs alors que d’après les quelques joueurs qui se sont répandus dans les médias, tout le monde était solidaire. Cette commission peut en théorie prononcer à l’encontre des joueurs des matchs de suspension, voire des radiations à vie. Le plus souvent, on se limite au rappel à l’ordre, au blâme ou à des amendes. Parmi les cinq joueurs convoqués, Frank Ribéry va créer un précédent.
Ribéry joue au Bayern de Munich et le Bayern de Munich a fait savoir qu’il ne fallait pas compter sur son meneur de jeu pour répondre aux juges en raison du début du championnat allemand. Voilà. C’est tout. Fermez le ban. Une juridiction nationale demande des comptes à un citoyen et une entreprise étrangère, avec l’accord ou non du citoyen en question, envoie cette juridiction sur les roses, avec le mépris le plus total. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si la France réclamait un criminel de guerre coupable d’avoir utilisé des armes chimiques et qu’une multinationale répondait : « cela ne va pas être possible car il est indispensable à la bonne marche du secteur Recherche et Développement.»
La fable est éclairante et, rétrospectivement, montre bien que les footballeurs de cette génération sont bien des enfants de leur époque. Pour reprendre la belle phrase de Guy Debord dans ses Commentaires, « ils ressemblent plus à leur temps qu’à leurs pères ». On ne parle pas ici seulement de leur comportement autistique avec écouteurs intégrés dans les oreilles, de leur arrogance typique des nouveaux riches qui touche aussi le footeux, davantage jugé sur l’épaisseur de son compte en banque, le montant de son dernier transfert que par son habileté à centrer en retrait, n’est-ce pas, Ribery ? Non, on parle d’une hyper-classe nomadisée, errant dans les mêmes hôtels, les mêmes aéroports, les mêmes villas calibrées pour jouir du même luxe aseptisé des séries américaines, qui estime ne plus avoir de comptes à rendre à cet échelon obsolète qu’est la nation.
Footballeurs mondialisés
En ce sens, les footballeurs français, au service avant tout du club qui les surpaye, sont les traders du sport en plus d’en être les mercenaires. C’est simplement que le terrain a remplacé la salle des marchés. On ne se bat plus au nom d’un pays, ou même d’une ville, on ne se bat plus pour l’économie réelle, on se bat pour des dirigeants de banques ou de clubs qui vous gavent de prébendes délirantes afin que vous fassiez du spectacle ou de l’argent, encore plus d’argent, puisque le spectacle n’est plus une fin en soi pour le football comme la production de richesses ne l’est plus l’économie.
La FFF et sa commission de discipline découvrent ainsi le nouveau visage de la mondialisation qui va de moins en moins avoir besoin politiquement ou même juridiquement des échelons nationaux.
Vous savez sans doute quelle puissance militaire aligne en ce moment le plus grand nombre de soldats sur les points les plus chauds du globe. Les Etats-Unis ? La France ? L’OTAN ? Vous n’y êtes pas, c’est Blackwater, une entreprise militaire privée qui fournit des mercenaires mieux payés, bien mieux payés que des soldats nationaux à tous les pays qui lui demandent.
Franck Ribéry n’est plus français. Et il n’y a pas eu besoin de le déchoir de sa nationalité, ce n’est de toute manière pas le genre de menace qui peur aux riches – on sait depuis Jaurès que la patrie est le seul bien de celui qui n’a plus rien. Non, Ribéry n’est plus français : il est footballeur professionnel.
Martine Aubry au pays de kangourous
Tout le monde se souvient avec effroi des « emplois jeunes » lancés par Martine Aubry en 1997. Celle qui n’était pas encore patronne du PS s’était mise en tête à l’époque de développer – en direction de la jeunesse – des métiers « nouveaux » dédiés « aux services aux personnes, à l’environnement, à la qualité de vie ». Gardons-nous charitablement de nous gausser à nouveau de ces « agents d’ambiance », « correspondants de quartiers », « auxiliaires pédagogiques » et autres « agents de proximité »… qui ont déjà fait rigoler la terre entière, et appartiennent déjà à l’histoire.
La nouveauté, c’est que l’Australie semble avoir racheté le copyright Martine Aubry et lance à son tour des « emplois jeunes » aussi délicatement débiles que « goûteur de bière », « ramasseur de crottes de kangourous », « chasseur de koalas », « juge pour des concours Miss-plages », « décorateur pour abris à pingouins », etc…
Sauf que là, le ridicule ne tue pas : Il s’agit d’un coup de pub en forme d’opération-séduction loufoque, lancé par l’Etat d’Australie-Méridionale (une région passablement désertique dont Adélaïde est la capitale) en direction des jeunes diplômés britanniques susceptibles de s’expatrier. Elle a pour ambition de leur proposer – nous apprend l’AFP – un « équilibre entre travail et loisirs ». Du coup, il est permis de regretter que Martine Aubry ait manqué à ce point d’imagination – et de créativité – à l’époque du lancement des emplois jeunes en France. Espérons qu’elle saura s’inspirer de ce tonitruant exemple australien si elle revient un jour aux affaires, même si on suppute que la rigolade est aux antipodes de ses préoccupations.
La reprise, oui, mais pour qui ?

Bonne nouvelle : nous sommes sortis de la récession. Après la plus grave crise économique depuis près d’un siècle, les chiffres de croissance du 2ème trimestre confirment que nous échappons à une rechute. Mais cette embellie globale cache une grande divergence…
Pour le CAC 40, la crise est presque un souvenir
Le CAC 40 connaît des hauts et des bas depuis le début d’année. Après avoir rebondi au-delà des 4000 points en début d’année, il est tombé sous les 3300 points au moment de la crise des dettes souveraines avant de remonter à plus de 3700 points cet été, une hausse de plus de 10% depuis l’été. Ces mouvements erratiques montrent que les marchés sont pris entre deux sentiments contradictoires.
D’une part, ils doutent du potentiel de croissance du monde occidental et constatent le haut niveau du chômage et des dettes publiques, d’où leurs accès de nervosité.
D’autre part, ils prennent aussi en compte le rebond massif des profits des grandes entreprises. Le Figaro montre ainsi que pour les 28 entreprises du CAC 40 qui ont déjà annoncé leurs résultats semestriels, le cumul des profits atteint 33 milliards, plus du double des 14,7 milliards du premier semestre 2009 et à peine moins que les 39 milliards de 2008. Bref, les entreprises du CAC 40 ont déjà presque totalement effacé la crise et il y a fort à parier que dès l’an prochain, de nouveaux records devraient tomber. Pour ce secteur de l’économie, il aura donc suffi d’un an à peine pour effacer la plus grave crise depuis 80 ans.
Des citoyens à la peine
Cette situation contraste violemment avec la situation des citoyens. En France, le chômage (au sens large) approche le cap des 4 millions de personnes. Aux Etats-Unis, près de 10% de la population est officiellement sans emploi et le chiffre de 15 % est sans doute plus proche de la réalité. Le salaire médian, qui avait déjà baissé de 4% de 2000 à 2008 selon Joseph Stiglitz, a sans doute poursuivi sa chute. Enfin, si l’Allemagne n’a pas connu de forte hausse du chômage, cela s’explique à la fois par sa démographie et par l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres (deux millions de salariés gagnent moins de six euros de l’heure).
Conclusion : cette crise a encore accentué les inégalités entre des multinationales (et leurs actionnaires) qui parviennent toujours à extraire plus de profits de leur activité, aussi bien grâce à la croissance des pays émergents qu’à la compression des coûts chez nous, et la population en général. Ce phénomène est à la fois injuste et inquiétant. Injuste car tout le bénéfice de la création de richesse, donc du travail de tous, passe dans les profits des grandes entreprises et les revenus d’une petite minorité. Inquiétant car cela montre bien que strictement rien n’a changé depuis la crise.
Dans ces conditions, beaucoup contestent le terme même de « reprise » même s’il paraît validé par des indicateurs économiques. Peut-être faudrait-il parler de pertes pour les uns et de profits pour les autres. Et que ceux-ci soient supérieurs à celles-là ne change rien à l’affaire : pour une immense majorité de citoyens, pendant la reprise, la crise continue.
Moralisez votre vie politique !

Restrictions budgétaires et morales obligent : plus question pour un homme politique d’utiliser à sa guise les deniers publics – sous peine d’être acculé à la démission spontanée. Et les ministres, hélas, ne sont pas les seuls concernés ! Le moindre voyage d’études d’un Conseil régional ou d’une délégation parlementaire avec risque désormais d’être dénoncé par ce torchon de Canard ou cette poubelle de Médiapart. Alors, autant prendre les devants en apprenant à justifier vos déplacements. Justifiez votre voyage d’étude en fonction de son objet d’intérêt public.[access capability= »lire_inedits »]
Destination
1. Thaïlande
2. Seychelles
3. Bahamas
4. Maurice
5. Iles Fidji
Etude
A – Explosion démographique
B – Réchauffement climatique
C – Défense de la francophonie
D – Aquaculture vivrière
E – Le pamplemousse, nouvel or rose ?
Réponses : 1C, 2A, 3D, 4B, 5E.
Travaux pratiques
Rédigez d’avance votre rapport circonstancié à l’intention de la Cour des comptes !
Compte-rendu de voyage d’études.
Ce voyage à (destination) a été particulièrement bénéfique pour notre (ville, département, région). L’enjeu est bien évidemment (économique, social, écologique, commercial, culturel). Cette région (Amérique, Océanie, Asie, Afrique, Antilles) nous lance aujourd’hui un défi.
Pouvons-nous en effet laisser croire à nos administrés que tout pourra durer comme avant, alors qu’à moins de (300, 5 000, 10 000) km de chez nous, le phénomène atteint déjà des proportions inquiétantes ?
Les conclusions de notre étude, qui seront publiées prochainement, montrent au contraire que, si nous voulons lutter contre ce fléau, il faudra remonter toute la filière, à commencer par (prochaine destination), dès l’année prochaine à la même époque.[/access]
Poudre miraculeuse à Lourdes
C’est le genre de scénario ou de synopsis que vous refusent systématiquement éditeurs et producteurs. Un réseau international de trafic de cocaïne vient d’être démantelé à Barcelone après qu’un important laboratoire de raffinage y a été découvert. La drogue provenait pour l’essentiel du Paraguay et de la République Dominicaine. Pour éviter d’attirer l’attention et multiplier les voies d’accès en Europe, les trafiquants avaient également décidé d’utiliser de faux pèlerins qui passaient par Lourdes avant de revenir en Catalogne par autobus.
L’Eglise refuse pour l’instant de se prononcer sur une éventuelle hausse des apparitions de la Vierge consécutive à ce trafic. On ne saura donc pas si la religion est désormais la cocaïne du peuple mais ce dont on est certain, c’est que pour les trafiquants, il n’y a pas eu de miracle.
La casse du siècle

Bon, je sais que tout le monde est très occupé, cet été, avec la guerre civile.
Je voulais juste signaler au passage que la France a vu en 2009 la destruction de près de 256 000 emplois. C’est vrai, ce n’est pas très important quand on sait qu’Hannibal est à nos portes et que des feux nourris éclatent chaque nuit aux quatre coins du pays à cause de voyous bientôt apatrides, sauf les brigands qui pourront exciper d’au moins trois générations d’honnête truanderie, si j’ai bien compris le raisonnement présidentiel. Mais tout de même, 256 000, c’est tout de même beaucoup, non ?
La population d’une grande ville
Bon, on sait, ça ne veut pas dire 256 000 chômeurs de plus mais le chiffre a quelque chose d’inquiétant, je trouve. 256 000, tiens, c’est à peu près la population d’une grande ville. Une grande ville comme Grenoble, par exemple. Avant, Grenoble était célèbre pour son gratin, ses noix, ses jeux olympiques d’hiver et accessoirement pour avoir vu naître Stendhal. Maintenant, elle est entrée dans l’histoire pour ses braquages de casino, ses snipers suburbains qui mettent en danger la République, et ses discours sécuritaires qui inventent une nouvelle conception de la nationalité et ses brillantes opérations de police qui ont eu pour premier résultat l’arrestation de quatre braqueurs ou complices présumés à la Villeneuve, tous relâchés. On imagine qu’il en ira de même pour les arrestations télévisées de mardi matin …
Ah j’oubliais, la police grenobloise a aussi arrêté et gardé à vue trois jeunes communistes qui collaient des caricatures de Sarkozy. Sarkozy veut bien qu’on caricature le Prophète au nom de la liberté d’expression comme il le déclara au moment du procès intenté à Charlie Hebdo mais il ne veut pas qu’on le caricature lui. Sans doute parce qu’il sait que nul n’est prophète en son pays et que 2012 approche ou alors parce qu’il estime qu’en matière de caricatures, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Je tiens tout de même à féliciter la police grenobloise : parvenir à trouver trois jeunes communistes d’un seul coup en plein cœur de l’été est un véritable exploit qui me réchauffe le cœur et me rend confiance en la vitalité du PCF. Et puis, c’est un double exploit, parce que la police grenobloise, malgré son nouveau préfet que l’on nous a présenté comme l’inspecteur Harry de l’Isère, en plus pêchu, eh bien figurez vous qu’elle n’a pas le droit à un poste en plus, comme nous l’apprend Europe 1 (qui n’est pas spécialement une radio d’opposition) et même va perdre 21 policiers de terrain d’ici la fin de l’année. Comme quoi, le cœur sécuritaire a ses raisons que la raison budgétaire ne connaît pas.
Dis, c’est quoi l’industrie ?
Les 21 policiers grenoblois ne sont évidemment pas comptabilisés dans les 256 000 destructions d’emploi de 2009. Pas plus que les profs ou les fonctionnaires – si on devait en plus compter ceux-là (en gros 120 000 d’ici la fin du quinquennat), on arriverait facile à deux fois la population de Grenoble. Les 256 000 destructions d’emploi de 2009, un peu comme le niveau atteint sur le droitomètre national depuis quelques semaines, sont un record depuis l’après-guerre. Ce sont des chiffres communiqués par Pôle Emploi, qui lui-même en a détruit pas mal des emplois. La fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC a en effet produit de brillants résultats dont peuvent témoigner tous les chômeurs.
Le gros du bataillon du cercle des emplois disparus est fourni par le secteur industriel. L’industrie, vous vous rappelez ? Non ? Pas trop ? C’est vrai qu’on n’en voit plus beaucoup. Dans certaines régions, même, il faut demander aux anciens de raconter. Dis, comment c’était l’industrie, grand-père ? Mais le grand-père ne répond pas souvent. Il essaie de comprendre ce qui se passe. Il a été mis à la préretraite par son patron avec les aides de l’Etat à 54 piges en moyenne et là, quand la télé a fini de lui monter comment son pays est devenu l’Irak, on lui explique très vite qu’il va falloir que la génération d’après bosse jusqu’à 62 ans (en fait, 67) alors qu’aucun de ses petits-fils n’a encore trouvé de boulot et que tous passent leur temps à faire des cartons sur les forces de l’ordre. Classes glandeuses, classes dangereuses ?
L’Industrie, c’étaient des usines. Les usines étaient des endroits où des ouvriers travaillaient. Ils construisaient des voitures, coulaient de l’acier ou fabriquaient des machines-outils. C’étaient aussi des chantiers où ils construisaient des logements sauf pour les gens du voyage qui passent leur temps à forcer des barrages de police entre deux vols de poules, deux jettatura et l’achat d’une Mercédès dernier modèle. Les ouvriers avaient souvent des revendications. En ce temps-là, savoir si leur voisin était algérien, français ou italien les préoccupait moyennement. Ce qu’ils cherchaient, c’était à obtenir la meilleure paie possible face à un patron qui cherchait à obtenir la meilleure productivité possible. Chacun était dans son rôle et les Renault étaient fabriquées en France. Ensuite, les Renault ont été fabriquées en Roumanie parce que l’ouvrier français était trop cher. L’ouvrier a alors quitté son bleu de travail et on lui a fait remarquer, pour qu’il pense à autre chose, on lui a fait remarquer que sous son bleu, untel était Noir, untel était Arabe et untel était Blanc. C’est comme ça, pour faire vite, que le Front National est à 15 % depuis bientôt trente ans.
Schumpeter for ever !
Le libéral, quand on lui dit 256 000 destructions d’emploi, est un peu comme la Pythie de Delphes : il prononce une phrase mystérieuse présumée pleine de sens et supposée annoncer l’avenir. Il vous dit : « Oui, mais c’est de la destruction créatrice comme l’a bien expliqué Schumpeter. » Schumpeter n’est pas un dieu de l’Olympe mais un économiste morave. Pour faire simple, et je cite un cas authentique, la destruction créatrice veut dire qu’une activité économique détruite est remplacée par une autre, donc qu’on ne perd pas d’emplois : l’ouvrier des hauts-fourneaux de la Comilog à Boulogne-sur-Mer jusqu’à leur fermeture en 2004, n’a qu’à travailler sur une plate-forme de vente par téléphone. Ça n’a pas tellement fonctionné parce que tout le monde a vu que l’ouvrier risquait de se mettre en colère ou d’être moyennement convaincant avec son accent boulonnais quand on lui demanderait de vendre un gel exfoliant aux pépins de raisins.
256 000 destructions destructrices, vous ne trouvez pas qu’ils sont là, les vrais problèmes, en ce moment ?
Le Marché, ça a eu marché

Les marchés financiers sont-ils bons pour la société ? Le progrès technologique, l’augmentation ininterrompue de la productivité et l’amélioration incontestable de nos conditions de vie de ces dernières décennies sont, après tout, redevables au marché libre. Celui-ci n’a-t-il pas, de surcroît, engendré la concurrence, et avec elle la baisse généralisée des prix ?
Le marché se vend au plus offrant
Pourtant, la spécificité même de ce marché le rend également insupportable. Dépourvu de toute idéologie, il se vend au plus offrant : autrement dit, il est sans conscience. Bien que prises en toute liberté, les décisions et actions des individus n’en sont pas moins orientées en fonction de leurs seuls intérêts matériels, forcément inversement proportionnels aux intérêts de la société. Le jeu du marché étant un jeu à somme nulle, l’individu ne maximisera ses profits qu’au prix des pertes de la partie adverse, c’est-à-dire de la société. Du coup, le marché libre devient la plate-forme de tous les égoïsmes, une sorte de Dieu gourmand et capricieux ne cessant de réclamer toujours plus de sacrifices humains ou, plus prosaïquement, le vecteur idéal de toutes les manipulations…
[access capability= »lire_inedits »]C’est ainsi qu’une banque − en quête de bénéfices plus élevés − titrise des prêts peu solvables avant de les vendre aux investisseurs, faisant au passage appel à des agences de notation bienveillantes dont l’intérêt est de satisfaire cette banque afin que toute la chaîne des intervenants optimise ses profits… C’est ainsi que l’augmentation du prix de ces actifs attire d’autres investisseurs alléchés par une construction digne de Ponzi où seuls les plus rapides et ceux qui se situent le plus loin de la base de la pyramide s’en sortent gagnants…
Faudrait-il donc démanteler ce marché libre amoral − ou immoral, c’est selon − et, dans l’affirmative, quelle serait l’alternative ? Le retour de l’État sonnera-t-il le retour en grâce d’une justice qui a disparu du vocabulaire capitalistique ? L’action publique est-elle synonyme de conscience ? L’État peut-il être juge et partie ? Le renforcement de l’État − défendu à juste titre en ces temps de crise − est-il susceptible de créer les conditions de l’épanouissement de l’homme, apanage pourtant incontestable du marché libre ?
Il y a fort à craindre que la régulation accrue de demain ne soit qu’un phénomène éphémère préparant le terrain à un retour en force de la divinité féroce du marché libre.[/access]
Un monde libre?
Quand on traite le milliardaire en parasite et en exploiteur, quand on lui prend la moitié de ce qu’il gagne et pas un sou de moins, quand on appelle « cadeau » la moitié qu’on ne lui prend pas, quand on le somme de vivre dans la culpabilité et dans l’expiation du péché, il le prend mal: le riche est susceptible. Il devient alors aigri, hautain et paranoïaque. Déconnecté des réalités, il tente désespérément de fuir ses compatriotes, de planquer son magot, de corrompre les politiques et dans les cas les plus graves, il peut même tomber entre les griffes de gigolos qui l’arnaquent.Le riche est comme ça, il faut savoir le prendre.
Au pays de la jungle ultralibérale, là où l’homme est un loup pour son frère et où les renards ont leurs entrées dans les poulaillers, 40 milliardaires américains ont décidé, à l’initiative de Warren Buffet et sans que personne ne leur demande rien, de donner aux pauvres la moitié de leur fortune.
Ce qu’on ne lui prend pas, et à condition qu’on soit gentil avec lui, le riche le donne. On appelle ça le monde libre.
Small is beautiful
Bonne nouvelle pour les petits : la barrière fatidique du mètre soixante qui interdisait la carrière de policier et de douanier aux impétrants de petite taille vient d’être supprimée. Cela n’a aucun rapport avec les éventuelles photos que Nicolas Sarkozy voudrait prendre en compagnie des forces de l’ordre, ce qui lui arrive souvent en ce moment. C’est tout simplement la volonté du secrétaire d’Etat Georges Tron d’«ouvrir la fonction publique à tous les Français, sans exception.» Cette mesure accompagne d’ailleurs la fin des limites d’âge pour se présenter aux concours le la fonction publique, quels qu’ils soient. On a hâte de voir ce que ça va donner, dans une téci à problèmes: une voiture de la BAC s’arrêtant dans un crissement de pneus avant que les portes ne s’ouvrent sur quatre septuagénaires d’un mètre vingt sept…
Le muret des vieux

Comme chaque année depuis près de cinquante ans, je me rends dans mon village de Saint-Jeannet (Alpes-Maritimes). Je dis « mon » village − bien que je sois né à Paris − parce que je m’y suis créé des racines provinciales que tout bon Parisien se plaît à entretenir. Ce matin, en arrivant sur la placette à l’entrée de la Grand-Rue, j’ai vu les vieux assis sur les murets en pierre, face au monument aux morts, le chapeau de paille rabattu sur les sourcils, refaisant le monde à voix basse. Image rassurante que j’aurais pu tirer des souvenirs de Pagnol.[access capability= »lire_inedits »]
Ne pas être confondu avec les « estrangers »
Arrivé à leur hauteur, je les ai salués d’un signe discret de la tête, comme on fait ici depuis des temps immémoriaux. Un geste de connivence entre villageois pour signifier qu’on se reconnaît et qu’on ne doit pas être confondu avec les touristes, avec les « estrangers ». En m’approchant des vieux au visage buriné par le soleil, je ne les ai pas reconnus. En forçant mes souvenirs, j’ai essayé de les rattacher à l’une ou l’autre famille que je connaissais. Rien ne me revenait. J’ai continué mon chemin, songeur : comment se fait-il que je ne reconnaisse pas de vieux paysans qui sont là depuis toujours ?…
En arrivant sur la place de l’église, une image m’est revenue, j’avais compris : je ne cherchais pas dans les bonnes cases de ma mémoire ; ces vieux, à l’entrée du village, je les avais déjà vus autrefois ; mais pas avec les paysans du cru. Avant, ils se tenaient légèrement à l’écart, un peu plus loin sur la place, là où l’ombre est plus rare. C’étaient des ouvriers agricoles arabes arrivés dans les années 1960.
Les derniers paysans originaires du cru ne sont plus là ; ils sont tous morts et leurs enfants ont vendu toutes les terres agricoles aux Parisiens qui y ont construit leurs villas. Et les ouvriers agricoles arabes se sont intégrés. Totalement intégrés et si bien intégrés qu’ils ont pris la place laissée vacante sur le muret par les paysans provençaux disparus. En parcourant le village, j’ai reconnu leurs femmes qui sortaient de chez le boulanger ou de chez le boucher. Pas de niqab, ni de boucherie hallal, mais des ménagères habillées comme toutes les ménagères provençales avec un cabas à la main. Rien ne distingue ces villageois d’aujourd’hui des autochtones d’hier, si ce n’est une chose qui aurait dû attirer mon attention : les paysans de mon enfance parlaient le provençal ou le nissart pour certains. Les villageois arabes d’aujourd’hui parlent le français. Sans accent.[/access]
Nationalité ? Ailier droit

C’est juste un symptôme, n’est-ce pas ? On ne va pas tout de même en tirer des conclusions générales sur les rapports entre les Etats, les Institutions, les organismes publics d’un côté et, de l’autre, les entreprises privées qui semblent concentrer des pouvoirs de plus en plus gigantesques, y compris dans des domaines qui n’ont rien à faire dans le périmètre du marché, comme la santé, l’éducation ou les transports publics. Mais tout de même, l’histoire mérite qu’on s’y arrête un peu.
Les meneurs (qui n’existaient pas) enfin convoqués par la FFF
Après de nombreuses danses du ventre, euphémisations et hésitations, la Fédération Française de Football, retrouvant un instant un peu de courage politique, décide de convoquer le 17 août cinq joueurs de la honteuse équipe des Bleus devant la commission fédérale de discipline.
Il s’agit de Patrick Evra le capitaine, de Franck Ribéry le vice-capitaine, d’Eric Abidal, de Jeremy Toulalan et bien entendu de l’inénarrable Anelka, l’homme qui parle à son entraineur comme un gamin de ZEP ne le ferait pas à son professeur. À moins qu’il ne s’agisse comme Domenech d’un professeur qui ne connaît pas son boulot et qui organise des ateliers-théâtre pour que ça ne se voie pas trop. Cela n’excuse en rien le comportement d’Anelka, mais rétrospectivement, qu’est-ce que Domenech a pu ressembler à un pur produit d’IUFM ! Par exemple, quand il disait : « Mon équipe n’a pas de style de jeu a priori, c’est aux joueurs de le donner. » Cela ne vous rappelle pas l’élève au centre du système, constructeur de son propre savoir ? De même, il pratiquait l’amphigourique comme une seconde langue pour mieux cacher une absence totale de vision, et même, simplement, de maitrise de son sujet.
Le Bayern envoie la FFF sur les roses
Mais revenons à notre affaire. La première chose intéressante, c’est qu’il est reconnu qu’il y avait des meneurs alors que d’après les quelques joueurs qui se sont répandus dans les médias, tout le monde était solidaire. Cette commission peut en théorie prononcer à l’encontre des joueurs des matchs de suspension, voire des radiations à vie. Le plus souvent, on se limite au rappel à l’ordre, au blâme ou à des amendes. Parmi les cinq joueurs convoqués, Frank Ribéry va créer un précédent.
Ribéry joue au Bayern de Munich et le Bayern de Munich a fait savoir qu’il ne fallait pas compter sur son meneur de jeu pour répondre aux juges en raison du début du championnat allemand. Voilà. C’est tout. Fermez le ban. Une juridiction nationale demande des comptes à un citoyen et une entreprise étrangère, avec l’accord ou non du citoyen en question, envoie cette juridiction sur les roses, avec le mépris le plus total. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si la France réclamait un criminel de guerre coupable d’avoir utilisé des armes chimiques et qu’une multinationale répondait : « cela ne va pas être possible car il est indispensable à la bonne marche du secteur Recherche et Développement.»
La fable est éclairante et, rétrospectivement, montre bien que les footballeurs de cette génération sont bien des enfants de leur époque. Pour reprendre la belle phrase de Guy Debord dans ses Commentaires, « ils ressemblent plus à leur temps qu’à leurs pères ». On ne parle pas ici seulement de leur comportement autistique avec écouteurs intégrés dans les oreilles, de leur arrogance typique des nouveaux riches qui touche aussi le footeux, davantage jugé sur l’épaisseur de son compte en banque, le montant de son dernier transfert que par son habileté à centrer en retrait, n’est-ce pas, Ribery ? Non, on parle d’une hyper-classe nomadisée, errant dans les mêmes hôtels, les mêmes aéroports, les mêmes villas calibrées pour jouir du même luxe aseptisé des séries américaines, qui estime ne plus avoir de comptes à rendre à cet échelon obsolète qu’est la nation.
Footballeurs mondialisés
En ce sens, les footballeurs français, au service avant tout du club qui les surpaye, sont les traders du sport en plus d’en être les mercenaires. C’est simplement que le terrain a remplacé la salle des marchés. On ne se bat plus au nom d’un pays, ou même d’une ville, on ne se bat plus pour l’économie réelle, on se bat pour des dirigeants de banques ou de clubs qui vous gavent de prébendes délirantes afin que vous fassiez du spectacle ou de l’argent, encore plus d’argent, puisque le spectacle n’est plus une fin en soi pour le football comme la production de richesses ne l’est plus l’économie.
La FFF et sa commission de discipline découvrent ainsi le nouveau visage de la mondialisation qui va de moins en moins avoir besoin politiquement ou même juridiquement des échelons nationaux.
Vous savez sans doute quelle puissance militaire aligne en ce moment le plus grand nombre de soldats sur les points les plus chauds du globe. Les Etats-Unis ? La France ? L’OTAN ? Vous n’y êtes pas, c’est Blackwater, une entreprise militaire privée qui fournit des mercenaires mieux payés, bien mieux payés que des soldats nationaux à tous les pays qui lui demandent.
Franck Ribéry n’est plus français. Et il n’y a pas eu besoin de le déchoir de sa nationalité, ce n’est de toute manière pas le genre de menace qui peur aux riches – on sait depuis Jaurès que la patrie est le seul bien de celui qui n’a plus rien. Non, Ribéry n’est plus français : il est footballeur professionnel.
Martine Aubry au pays de kangourous
Tout le monde se souvient avec effroi des « emplois jeunes » lancés par Martine Aubry en 1997. Celle qui n’était pas encore patronne du PS s’était mise en tête à l’époque de développer – en direction de la jeunesse – des métiers « nouveaux » dédiés « aux services aux personnes, à l’environnement, à la qualité de vie ». Gardons-nous charitablement de nous gausser à nouveau de ces « agents d’ambiance », « correspondants de quartiers », « auxiliaires pédagogiques » et autres « agents de proximité »… qui ont déjà fait rigoler la terre entière, et appartiennent déjà à l’histoire.
La nouveauté, c’est que l’Australie semble avoir racheté le copyright Martine Aubry et lance à son tour des « emplois jeunes » aussi délicatement débiles que « goûteur de bière », « ramasseur de crottes de kangourous », « chasseur de koalas », « juge pour des concours Miss-plages », « décorateur pour abris à pingouins », etc…
Sauf que là, le ridicule ne tue pas : Il s’agit d’un coup de pub en forme d’opération-séduction loufoque, lancé par l’Etat d’Australie-Méridionale (une région passablement désertique dont Adélaïde est la capitale) en direction des jeunes diplômés britanniques susceptibles de s’expatrier. Elle a pour ambition de leur proposer – nous apprend l’AFP – un « équilibre entre travail et loisirs ». Du coup, il est permis de regretter que Martine Aubry ait manqué à ce point d’imagination – et de créativité – à l’époque du lancement des emplois jeunes en France. Espérons qu’elle saura s’inspirer de ce tonitruant exemple australien si elle revient un jour aux affaires, même si on suppute que la rigolade est aux antipodes de ses préoccupations.
La reprise, oui, mais pour qui ?

Bonne nouvelle : nous sommes sortis de la récession. Après la plus grave crise économique depuis près d’un siècle, les chiffres de croissance du 2ème trimestre confirment que nous échappons à une rechute. Mais cette embellie globale cache une grande divergence…
Pour le CAC 40, la crise est presque un souvenir
Le CAC 40 connaît des hauts et des bas depuis le début d’année. Après avoir rebondi au-delà des 4000 points en début d’année, il est tombé sous les 3300 points au moment de la crise des dettes souveraines avant de remonter à plus de 3700 points cet été, une hausse de plus de 10% depuis l’été. Ces mouvements erratiques montrent que les marchés sont pris entre deux sentiments contradictoires.
D’une part, ils doutent du potentiel de croissance du monde occidental et constatent le haut niveau du chômage et des dettes publiques, d’où leurs accès de nervosité.
D’autre part, ils prennent aussi en compte le rebond massif des profits des grandes entreprises. Le Figaro montre ainsi que pour les 28 entreprises du CAC 40 qui ont déjà annoncé leurs résultats semestriels, le cumul des profits atteint 33 milliards, plus du double des 14,7 milliards du premier semestre 2009 et à peine moins que les 39 milliards de 2008. Bref, les entreprises du CAC 40 ont déjà presque totalement effacé la crise et il y a fort à parier que dès l’an prochain, de nouveaux records devraient tomber. Pour ce secteur de l’économie, il aura donc suffi d’un an à peine pour effacer la plus grave crise depuis 80 ans.
Des citoyens à la peine
Cette situation contraste violemment avec la situation des citoyens. En France, le chômage (au sens large) approche le cap des 4 millions de personnes. Aux Etats-Unis, près de 10% de la population est officiellement sans emploi et le chiffre de 15 % est sans doute plus proche de la réalité. Le salaire médian, qui avait déjà baissé de 4% de 2000 à 2008 selon Joseph Stiglitz, a sans doute poursuivi sa chute. Enfin, si l’Allemagne n’a pas connu de forte hausse du chômage, cela s’explique à la fois par sa démographie et par l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres (deux millions de salariés gagnent moins de six euros de l’heure).
Conclusion : cette crise a encore accentué les inégalités entre des multinationales (et leurs actionnaires) qui parviennent toujours à extraire plus de profits de leur activité, aussi bien grâce à la croissance des pays émergents qu’à la compression des coûts chez nous, et la population en général. Ce phénomène est à la fois injuste et inquiétant. Injuste car tout le bénéfice de la création de richesse, donc du travail de tous, passe dans les profits des grandes entreprises et les revenus d’une petite minorité. Inquiétant car cela montre bien que strictement rien n’a changé depuis la crise.
Dans ces conditions, beaucoup contestent le terme même de « reprise » même s’il paraît validé par des indicateurs économiques. Peut-être faudrait-il parler de pertes pour les uns et de profits pour les autres. Et que ceux-ci soient supérieurs à celles-là ne change rien à l’affaire : pour une immense majorité de citoyens, pendant la reprise, la crise continue.
Moralisez votre vie politique !

Restrictions budgétaires et morales obligent : plus question pour un homme politique d’utiliser à sa guise les deniers publics – sous peine d’être acculé à la démission spontanée. Et les ministres, hélas, ne sont pas les seuls concernés ! Le moindre voyage d’études d’un Conseil régional ou d’une délégation parlementaire avec risque désormais d’être dénoncé par ce torchon de Canard ou cette poubelle de Médiapart. Alors, autant prendre les devants en apprenant à justifier vos déplacements. Justifiez votre voyage d’étude en fonction de son objet d’intérêt public.[access capability= »lire_inedits »]
Destination
1. Thaïlande
2. Seychelles
3. Bahamas
4. Maurice
5. Iles Fidji
Etude
A – Explosion démographique
B – Réchauffement climatique
C – Défense de la francophonie
D – Aquaculture vivrière
E – Le pamplemousse, nouvel or rose ?
Réponses : 1C, 2A, 3D, 4B, 5E.
Travaux pratiques
Rédigez d’avance votre rapport circonstancié à l’intention de la Cour des comptes !
Compte-rendu de voyage d’études.
Ce voyage à (destination) a été particulièrement bénéfique pour notre (ville, département, région). L’enjeu est bien évidemment (économique, social, écologique, commercial, culturel). Cette région (Amérique, Océanie, Asie, Afrique, Antilles) nous lance aujourd’hui un défi.
Pouvons-nous en effet laisser croire à nos administrés que tout pourra durer comme avant, alors qu’à moins de (300, 5 000, 10 000) km de chez nous, le phénomène atteint déjà des proportions inquiétantes ?
Les conclusions de notre étude, qui seront publiées prochainement, montrent au contraire que, si nous voulons lutter contre ce fléau, il faudra remonter toute la filière, à commencer par (prochaine destination), dès l’année prochaine à la même époque.[/access]
Poudre miraculeuse à Lourdes
C’est le genre de scénario ou de synopsis que vous refusent systématiquement éditeurs et producteurs. Un réseau international de trafic de cocaïne vient d’être démantelé à Barcelone après qu’un important laboratoire de raffinage y a été découvert. La drogue provenait pour l’essentiel du Paraguay et de la République Dominicaine. Pour éviter d’attirer l’attention et multiplier les voies d’accès en Europe, les trafiquants avaient également décidé d’utiliser de faux pèlerins qui passaient par Lourdes avant de revenir en Catalogne par autobus.
L’Eglise refuse pour l’instant de se prononcer sur une éventuelle hausse des apparitions de la Vierge consécutive à ce trafic. On ne saura donc pas si la religion est désormais la cocaïne du peuple mais ce dont on est certain, c’est que pour les trafiquants, il n’y a pas eu de miracle.
La casse du siècle

Bon, je sais que tout le monde est très occupé, cet été, avec la guerre civile.
Je voulais juste signaler au passage que la France a vu en 2009 la destruction de près de 256 000 emplois. C’est vrai, ce n’est pas très important quand on sait qu’Hannibal est à nos portes et que des feux nourris éclatent chaque nuit aux quatre coins du pays à cause de voyous bientôt apatrides, sauf les brigands qui pourront exciper d’au moins trois générations d’honnête truanderie, si j’ai bien compris le raisonnement présidentiel. Mais tout de même, 256 000, c’est tout de même beaucoup, non ?
La population d’une grande ville
Bon, on sait, ça ne veut pas dire 256 000 chômeurs de plus mais le chiffre a quelque chose d’inquiétant, je trouve. 256 000, tiens, c’est à peu près la population d’une grande ville. Une grande ville comme Grenoble, par exemple. Avant, Grenoble était célèbre pour son gratin, ses noix, ses jeux olympiques d’hiver et accessoirement pour avoir vu naître Stendhal. Maintenant, elle est entrée dans l’histoire pour ses braquages de casino, ses snipers suburbains qui mettent en danger la République, et ses discours sécuritaires qui inventent une nouvelle conception de la nationalité et ses brillantes opérations de police qui ont eu pour premier résultat l’arrestation de quatre braqueurs ou complices présumés à la Villeneuve, tous relâchés. On imagine qu’il en ira de même pour les arrestations télévisées de mardi matin …
Ah j’oubliais, la police grenobloise a aussi arrêté et gardé à vue trois jeunes communistes qui collaient des caricatures de Sarkozy. Sarkozy veut bien qu’on caricature le Prophète au nom de la liberté d’expression comme il le déclara au moment du procès intenté à Charlie Hebdo mais il ne veut pas qu’on le caricature lui. Sans doute parce qu’il sait que nul n’est prophète en son pays et que 2012 approche ou alors parce qu’il estime qu’en matière de caricatures, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Je tiens tout de même à féliciter la police grenobloise : parvenir à trouver trois jeunes communistes d’un seul coup en plein cœur de l’été est un véritable exploit qui me réchauffe le cœur et me rend confiance en la vitalité du PCF. Et puis, c’est un double exploit, parce que la police grenobloise, malgré son nouveau préfet que l’on nous a présenté comme l’inspecteur Harry de l’Isère, en plus pêchu, eh bien figurez vous qu’elle n’a pas le droit à un poste en plus, comme nous l’apprend Europe 1 (qui n’est pas spécialement une radio d’opposition) et même va perdre 21 policiers de terrain d’ici la fin de l’année. Comme quoi, le cœur sécuritaire a ses raisons que la raison budgétaire ne connaît pas.
Dis, c’est quoi l’industrie ?
Les 21 policiers grenoblois ne sont évidemment pas comptabilisés dans les 256 000 destructions d’emploi de 2009. Pas plus que les profs ou les fonctionnaires – si on devait en plus compter ceux-là (en gros 120 000 d’ici la fin du quinquennat), on arriverait facile à deux fois la population de Grenoble. Les 256 000 destructions d’emploi de 2009, un peu comme le niveau atteint sur le droitomètre national depuis quelques semaines, sont un record depuis l’après-guerre. Ce sont des chiffres communiqués par Pôle Emploi, qui lui-même en a détruit pas mal des emplois. La fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC a en effet produit de brillants résultats dont peuvent témoigner tous les chômeurs.
Le gros du bataillon du cercle des emplois disparus est fourni par le secteur industriel. L’industrie, vous vous rappelez ? Non ? Pas trop ? C’est vrai qu’on n’en voit plus beaucoup. Dans certaines régions, même, il faut demander aux anciens de raconter. Dis, comment c’était l’industrie, grand-père ? Mais le grand-père ne répond pas souvent. Il essaie de comprendre ce qui se passe. Il a été mis à la préretraite par son patron avec les aides de l’Etat à 54 piges en moyenne et là, quand la télé a fini de lui monter comment son pays est devenu l’Irak, on lui explique très vite qu’il va falloir que la génération d’après bosse jusqu’à 62 ans (en fait, 67) alors qu’aucun de ses petits-fils n’a encore trouvé de boulot et que tous passent leur temps à faire des cartons sur les forces de l’ordre. Classes glandeuses, classes dangereuses ?
L’Industrie, c’étaient des usines. Les usines étaient des endroits où des ouvriers travaillaient. Ils construisaient des voitures, coulaient de l’acier ou fabriquaient des machines-outils. C’étaient aussi des chantiers où ils construisaient des logements sauf pour les gens du voyage qui passent leur temps à forcer des barrages de police entre deux vols de poules, deux jettatura et l’achat d’une Mercédès dernier modèle. Les ouvriers avaient souvent des revendications. En ce temps-là, savoir si leur voisin était algérien, français ou italien les préoccupait moyennement. Ce qu’ils cherchaient, c’était à obtenir la meilleure paie possible face à un patron qui cherchait à obtenir la meilleure productivité possible. Chacun était dans son rôle et les Renault étaient fabriquées en France. Ensuite, les Renault ont été fabriquées en Roumanie parce que l’ouvrier français était trop cher. L’ouvrier a alors quitté son bleu de travail et on lui a fait remarquer, pour qu’il pense à autre chose, on lui a fait remarquer que sous son bleu, untel était Noir, untel était Arabe et untel était Blanc. C’est comme ça, pour faire vite, que le Front National est à 15 % depuis bientôt trente ans.
Schumpeter for ever !
Le libéral, quand on lui dit 256 000 destructions d’emploi, est un peu comme la Pythie de Delphes : il prononce une phrase mystérieuse présumée pleine de sens et supposée annoncer l’avenir. Il vous dit : « Oui, mais c’est de la destruction créatrice comme l’a bien expliqué Schumpeter. » Schumpeter n’est pas un dieu de l’Olympe mais un économiste morave. Pour faire simple, et je cite un cas authentique, la destruction créatrice veut dire qu’une activité économique détruite est remplacée par une autre, donc qu’on ne perd pas d’emplois : l’ouvrier des hauts-fourneaux de la Comilog à Boulogne-sur-Mer jusqu’à leur fermeture en 2004, n’a qu’à travailler sur une plate-forme de vente par téléphone. Ça n’a pas tellement fonctionné parce que tout le monde a vu que l’ouvrier risquait de se mettre en colère ou d’être moyennement convaincant avec son accent boulonnais quand on lui demanderait de vendre un gel exfoliant aux pépins de raisins.
256 000 destructions destructrices, vous ne trouvez pas qu’ils sont là, les vrais problèmes, en ce moment ?
Le Marché, ça a eu marché

Les marchés financiers sont-ils bons pour la société ? Le progrès technologique, l’augmentation ininterrompue de la productivité et l’amélioration incontestable de nos conditions de vie de ces dernières décennies sont, après tout, redevables au marché libre. Celui-ci n’a-t-il pas, de surcroît, engendré la concurrence, et avec elle la baisse généralisée des prix ?
Le marché se vend au plus offrant
Pourtant, la spécificité même de ce marché le rend également insupportable. Dépourvu de toute idéologie, il se vend au plus offrant : autrement dit, il est sans conscience. Bien que prises en toute liberté, les décisions et actions des individus n’en sont pas moins orientées en fonction de leurs seuls intérêts matériels, forcément inversement proportionnels aux intérêts de la société. Le jeu du marché étant un jeu à somme nulle, l’individu ne maximisera ses profits qu’au prix des pertes de la partie adverse, c’est-à-dire de la société. Du coup, le marché libre devient la plate-forme de tous les égoïsmes, une sorte de Dieu gourmand et capricieux ne cessant de réclamer toujours plus de sacrifices humains ou, plus prosaïquement, le vecteur idéal de toutes les manipulations…
[access capability= »lire_inedits »]C’est ainsi qu’une banque − en quête de bénéfices plus élevés − titrise des prêts peu solvables avant de les vendre aux investisseurs, faisant au passage appel à des agences de notation bienveillantes dont l’intérêt est de satisfaire cette banque afin que toute la chaîne des intervenants optimise ses profits… C’est ainsi que l’augmentation du prix de ces actifs attire d’autres investisseurs alléchés par une construction digne de Ponzi où seuls les plus rapides et ceux qui se situent le plus loin de la base de la pyramide s’en sortent gagnants…
Faudrait-il donc démanteler ce marché libre amoral − ou immoral, c’est selon − et, dans l’affirmative, quelle serait l’alternative ? Le retour de l’État sonnera-t-il le retour en grâce d’une justice qui a disparu du vocabulaire capitalistique ? L’action publique est-elle synonyme de conscience ? L’État peut-il être juge et partie ? Le renforcement de l’État − défendu à juste titre en ces temps de crise − est-il susceptible de créer les conditions de l’épanouissement de l’homme, apanage pourtant incontestable du marché libre ?
Il y a fort à craindre que la régulation accrue de demain ne soit qu’un phénomène éphémère préparant le terrain à un retour en force de la divinité féroce du marché libre.[/access]
Un monde libre?
Quand on traite le milliardaire en parasite et en exploiteur, quand on lui prend la moitié de ce qu’il gagne et pas un sou de moins, quand on appelle « cadeau » la moitié qu’on ne lui prend pas, quand on le somme de vivre dans la culpabilité et dans l’expiation du péché, il le prend mal: le riche est susceptible. Il devient alors aigri, hautain et paranoïaque. Déconnecté des réalités, il tente désespérément de fuir ses compatriotes, de planquer son magot, de corrompre les politiques et dans les cas les plus graves, il peut même tomber entre les griffes de gigolos qui l’arnaquent.Le riche est comme ça, il faut savoir le prendre.
Au pays de la jungle ultralibérale, là où l’homme est un loup pour son frère et où les renards ont leurs entrées dans les poulaillers, 40 milliardaires américains ont décidé, à l’initiative de Warren Buffet et sans que personne ne leur demande rien, de donner aux pauvres la moitié de leur fortune.
Ce qu’on ne lui prend pas, et à condition qu’on soit gentil avec lui, le riche le donne. On appelle ça le monde libre.

