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Adieu l’Arlette, j’t’aimais pas bien…

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Elle aurait pu être, dans cette période plutôt troublée pour le pouvoir sarkozyste, la vedette martyre de cette rentrée. Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2 depuis plus de six ans, a été virée de son poste avant même que le nouveau PDG de la télévision publique française, Rémy Pflimlin, remplace Patrick de Carolis dans son bureau présidentiel.
Comme Nicolas Sarkozy s’était laissé aller, lors d’un voyage à New York, à morigéner en public la cheftaine de la troupe informatrice de France 2, cette dernière avait tout pour se poser en victime de l’arbitraire d’un pouvoir étranglant la liberté de l’information.

Silence radio des professionnels de la protestation

Or, jusque-là, on n’a rien entendu du côté des protestataires habituels. BHL est étonnamment silencieux, ce qui en dit long, à moins qu’il ne soit dans un lieu de villégiature exotique, où cette nouvelle essentielle n’est pas encore parvenue.
La société des journalistes de France 2, par la voix de son président, Dominique Verdeilhan, a « pris acte » de l’éviction de la cheftaine sans toutefois exprimer la moindre parole de regret, même poliment hypocrite, relative à ce départ. Pas de communiqué syndical offusqué en défense de Mme Chabot, le chef de la CGT locale, Jean-François Téaldi estimant benoîtement qu’à chaque changement de PDG, on pouvait constater quelque remue-ménage dans les étages supérieurs de l’immeuble de la place Henri de France. Et de passer aux choses sérieuses dans le registre « moi y en a vouloir des sous et des postes ».

Il faut avouer que cette mise à l’écart a été organisée de main de maître par Rémy Pflimlin, dont la rondeur alsacienne dissimule un caractère bien trempé et une intelligence aigüe des situations. Cet homme de médias, sorti du moule de la presse quotidienne régionale, s’est signalé ces dernières années par une gestion habile d’un vaisseau en détresse, les anciennes NMPP, devenues Presstalis, touchées de plein fouet par la crise de la diffusion de la presse écrite. Ce succès se mesure au peu d’écho médiatique rencontré par la réorganisation de cette entreprise, où jadis les gros bras de la CGT du Livre faisaient régner leur loi syndicalo-mafieuse.

Une femme de réseaux, de pouvoir et d’intrigues

Sommée de choisir entre son poste de directrice de l’information et sa présence à l’antenne comme présentatrice de l’émission politique « À vous de juger », Arlette Chabot a préféré continuer à montrer sa binette dans le poste une fois par mois. Ainsi, elle n’apparaît pas comme la victime d’un limogeage brutal à la Domenech, alors qu’en fait elle n’avait pas le choix : coincée entre une présidence hostile et une base excédée par son autoritarisme cassant, elle n’aurait pas tardé à jeter l’éponge…

Derrière l’allure austère de « grande professionnelle » qu’elle a peaufinée tout au long de sa carrière radiophonique et télévisuelle, et un visage d’instit’ qui aurait découvert le poker, se trouvait une vraie femme de pouvoir, de réseaux et d’intrigues, obséquieuse avec les puissants et impitoyable avec les faibles. Nicolas Sarkozy ne lui a d’ailleurs jamais pardonné son activisme au sein de réseaux mondains visant à torpiller sa candidature présidentielle au profit de celle de Dominique de Villepin. Seule la protection du duo Patrick de Carolis- Patrice Duhamel – l’épouse de ce dernier, Nathalie Saint-Cricq, étant le bras droit de Chabot – lui permit de rester en poste. Qu’importait la baisse d’audience du JT de France 2 ? Les « erreurs » de diffusion de sujets bidonnés dont jamais les auteurs ne furent sanctionnés ? Chabot, c’était l’info et l’info, c’était Chabot.

À la manœuvre dans l’affaire Enderlin

J’eus, personnellement, le loisir de la voir à la manœuvre lorsqu’il s’est agi de sauver le soldat Enderlin, soupçonné d’avoir entraîné la chaîne publique dans la diffusion d’une mise en scène, celle de la « mort » de l’enfant Mohammed Al Doura en septembre 2000 dans la bande de Gaza. En octobre 2004, à peine arrivée à la direction de l’info, elle aurait pu mettre un terme définitif à cette controverse, qui est loin d’être close, en acceptant ma suggestion de soumettre Jamal al Doura, le père, « grièvement blessé » par balles à une expertise médico-légale indépendante. Au lieu de cela, elle envoya le caméraman de France 2 Talal Abou Rahma, principal organisateur de la mise en scène macabre, filmer des cicatrices existant sur le corps de Jamal al Dura. Cette « preuve » devait clore le bec à tous ceux qu’elle traitait alors de « révisionnistes » et d’extrémistes juifs. Une bonne dizaine de procès plus tard et grâce à l’opiniâtreté de quelques passionnés de la vérité comme Stéphane Juffa, Philippe Karsenty, Elisabeth Lévy, Gil Mihaely, Pierre-André Taguieff et quelques autres, la vérité chabotienne est aujourd’hui passablement amochée. Les cicatrices de Jamal al Doura ? Elles résultent d’une opération réalisée dans les années 90 par le chirurgien israélien Yehuda David après des agressions à l’arme blanche subies à Gaza. Un documentaire de la première chaine allemande ARD, réduisant à néant la thèse défendue par France 2, a été boycotté par tous les diffuseurs français. Le constat implacable de l’imposture médiatique dressé par Taguieff dans son dernier livre valut à son auteur le silence absolu des supplétifs de Chabot oeuvrant dans les principaux médias nationaux.

Elle organisa le sabotage de l’instance de médiation établie à l’initiative du président du CRIF Richard Prasquier et de la LICRA, à laquelle Patrick de Carolis avait donné son aval avant de se défiler piteusement. Un nouvel épisode judiciaire de cette interminable affaire doit se dérouler cet automne, avec comme protagonistes Jamal al Doura portant plainte en diffamation contre le docteur Yehuda David et le journaliste de France 3 Clément Weill-Raynal, pour une interview publiée l’an passé dans l’hebdomadaire Actualités juives. Hormis le bloc compact et corporatiste des patrons de médias français et de leurs obligés, plus personne ne croit à la version défendue par la chaîne publique française. La crainte de subir des ennuis professionnels, en exprimant ne seraient-ce que des doutes et des interrogations, empêche de très nombreux journalistes de dire publiquement ce qu’ils ne cachent pas en privé.

Pour Pflimlin, un choix cornélien

Interrogé, lors de son audition devant le Parlement par le sénateur Jean Pierre Plancade sur ce qu’il comptait faire pour lever la suspicion, fortement étayée, qui continue de peser sur France 2 à propos de l’affaire Al Doura, Rémy Pflimlin a assuré qu’il allait se pencher sur ce dossier. Il s’est ainsi placé devant un choix cornélien : affronter en un combat douteux les défenseurs inconditionnels de Charles Enderlin, puissants dans les médias, au quai d’Orsay, et dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, ou persévérer dans le bétonnage d’une position dont la solidité est loin d’être garantie. S’il choisit cette dernière attitude, il ne faudra pas qu’il s’étonne d’entendre tinter derrière lui la casserole que Carolis et Chabot ont accrochée à ses basques avant de s’éclipser.

Keynes ? Mauvaise pioche

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Si la crise est censée faire partie de l’héritage maudit de George W. Bush, la reprise économique, elle, est supposée émaner de l’activisme d’Obama et -le moins que l’on puisse en dire- c’est qu’elle se présente sous une forme pour le moins fragile et timide… En fait, il semblerait bien que ce Président ait, en même temps que les milliards utilisés au titre des stimuli, épuisé quasiment tout son capital de sympathie sachant que le débat – aujourd’hui – en est toujours aux interrogations par rapport à l’opportunité de dépenser toujours plus pour encore plus de stimuli…

Faux débat qui enfoncera les Etats-Unis dans la récession, car ce pays n’a plus – comme après la Grande Dépression – besoin de relance keynésienne. Les artifices de politique monétaire, baisses de taux quantitative et autres constructions d’autoroutes n’y redresseront pas plus une situation de l’emploi qui a désespérément besoin de mesures structurelles de fond. En réalité, tant le secteur financier que l’industrie, les services ou le système éducatif de ce pays auraient besoin d’une sérieuse remise à plat. Histoire se recentrer sur l’innovation et sur l’amélioration de la productivité.

Et il n’est pas du tout sûr que cette urgence absolue ne vaille que pour les USA…

Django, cent ans dans les nuages

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Django Reinhardt
Django Reinhardt.

À deux doigts près, la face du monde en aurait été changée… Deux doigts, dont le petit. Et pourtant. Privés de ces deux appendices, il aura tout de même réussi à imposer un style, une technique époustouflante, des phrasés uniques. Alors avec deux doigts en plus… On se prend à rêver… Comment Django aurait-il joué si sa roulotte, en 1928 − il avait à peine 18 ans −, n’avait pris feu, le blessant grièvement à la main gauche, la fameuse, celle qui justement court sur le manche de sa mythique Selmer Maccaferri ? Pris dans les flammes, il en réchappa de justesse, l’annulaire et l’auriculaire recroquevillés pour toujours, l’obligeant, à force de travail et de volonté, à inventer dans les deux ans suivant l’accident un jeu d’accords mineurs fait de barrés et de solos magiques. Il est vrai qu’en planant au dessus de Nuages, en écoutant Tears la larme à l’œil ou en gigotant sur Minor Swing, ce handicap − il détestait le mot − est totalement oublié. La vélocité des deux doigts survivants, le pouce faisant office de rail derrière le manche, fut telle que l’ombre du géant, né il y a cent ans en Wallonie, masque encore la plupart des guitaristes appartenant à ce peuple étonnant, les Manouches, enjoué et chaleureux à l’extrême, indestructible en dépit des nombreuses tentatives de l’éradiquer, surdoué de la guitare, de la mandoline, du banjo, du violon et de l’accordéon, autant d’instruments facilement transportables en roulottes.

Django est plus qu’un guitariste. D’une aisance souveraine, d’un port de tête royal, il est devenu, dès les années 1930, celui que Patrick Williams ( Django, 1991), nomme le « héros » de ceux qui « hors des Etats-Unis, adhèrent au jazz tout en voulant garder ce qui leur vient de leurs racines« , « le seul à avoir épanoui un type d’expressivité qui ne renvoyât pas à celle des musiciens afro-américains ». Cette liberté le fait naviguer de la chanson populaire − incarnée par Jean Sablon − au jazz, en passant par le swing et le bop, pour flirter avec le musette et alterner guitare « sèche » et Selmer électrique à pan coupé, équipée du fameux micro Stimer qui donne à l’instrument l’incomparable son métallique si caractéristique.[access capability= »lire_inedits »]

Le jazz manouche, antidépresseur avant l’heure

Mais c’est la découverte du jazz qui va lui permettre de littéralement exploser sur le devant de la scène. Elle a lieu à Toulon, en 1931, lorsque, pour la première fois, il entend des enregistrements d’Ellington, Armstrong et Joe Venuti. « Il se prend la tête dans les mains et se met à pleurer », écrit Charles Delaunay (Django, mon frère, 1968). Pendant les jours suivant cette révélation, il s’enferme fréquemment dans la chambre d’hôtel du peintre Emile Savitry, propriétaire de ces disques, pour les écouter sans relâche, s’en imprégner et donner à ses compositions une coloration nouvelle qui n’en finit pas de nous ravir et de nous étonner à ce jour, durant les célébrations du centenaire de sa naissance qui rythment 2010.

Django et ses héritiers

C’est un fait : le jazz manouche a le don de communiquer à ceux qui l’écoutent une frénésie facilement reconnaissable aux mains des spectateurs qui battent la mesure dans le vide, à leurs pieds qui cognent la terre au rythme endiablé imposé par le « pompiste » et au sourire béat, presque évangélique, qu’il fait apparaître sur les visages. Cette musique jubilatoire est un art heureux, dénué de tension, de drame. On est loin de la souffrance de Billie Holiday, de la perdition de Charlie Parker. Django, l’antidépresseur avant l’heure. Le renouveau que connaît cette musique depuis une quinzaine d’années n’est donc pas le fait du hasard. Profusion de festivals, publication de livres et de méthodes de guitare manouche, nombreux enregistrements et apparition de nouveaux prodiges, dont le dernier en date, le jeune Swan, 12 ans, fascine déjà les connaisseurs entassés dans les bars de la porte de Clignancourt les dimanches de pluie et de ciel bleu. Les héritiers sont désormais légion et font revivre cet art avec brio.

Ce fut le cas durant la fête manouche du Châtelet, en mars ; il en va ainsi tous les dimanches à la Chope des Puces, et cela s’est poursuivi fin juin à Samois-sur-Seine, le village où Django se relaxait en pêchant à la ligne, en jouant au billard ou en faisant des bœufs avec ses frères manouches Chez Fernand, l’auberge plantée au bord de la rivière. C’est là que se retrouvent régulièrement les Biréli, Boulou, Elios, Stochelo, Sammy, et autres Tchavolo, Dorado, Angelo et même ce Breton de Romane − vive la Bretagne ! − et son fils Richard, au cœur de lion − vive les Bretons !

Alors, voir quelques-uns de ces guitaristes, nantis de tous leurs doigts et réunis pour cette grand-messe du jazz sur les bords de Seine, nous a un peu donné le sentiment d’approcher Dieu, le petit nom de Django, qui préféra aller faire guincher les anges en 1953, à seulement 43 ans, pour cause de banal coup de chaleur sur son crâne légèrement dégarni.

Parmi les disciples présents à Samois, la Sainte Trinité : le Trio Rosenberg… Rien à voir avec un dentiste, un médecin ou un avocat de vos connaissances, mais plutôt trois virtuoses : Nonnie, contrebassiste foudroyant, Nous’che, guitariste rythmique hors du commun, véritable derviche de la « pompe », le fameux battement syncopé sur lequel s’appuient les envolées du soliste, en l’occurrence Stochelo Rosenberg dont la vélocité et l’imagination l’assurent déjà d’une place de choix au Panthéon du jazz. Et comme ces trois oiseaux rares avaient décidé de s’allouer à Samois les services d’un phénomène, probablement le plus prestigieux gardien du Temple, Biréli Lagrène, les spectateurs ébahis ont eu le sentiment d’être les témoins de la résurrection du Maître. Ou presque.

« Djangologists » : la postérité a surpassé le maître

Car, ne l’oublions pas, il est sacrilège de montrer de façon trop ostentatoire que Dieu a été dépassé. Même si, techniquement, cela s’avère vrai. Stochelo et Biréli, vingt doigts à eux deux, en sont la vivante illustration. La rapidité d’exécution est affolante, la précision des plaquages d’accords diabolique, l’harmonie extra-terrestre. Pour preuve : la dernière livraison de ces musiciens de génie réunis sur Djangologists, un hommage appuyé à Django où se mêlent ses compositions et d’autres en forme de révérences, notamment le sublime In A Sentimental Mood d’Ellington, le non moins brillant Moonglow de Will Hudson et Irving Mills et le Clair de Lune de Joseph Kosma. Et à écouter les œuvres de Django revisitées par les quatre surdoués, Vendredi 13, Pêche à la mouche et le décoiffant Webster, on en ressort avec le sentiment que tout à été dit à propos du roi du « chorus », cet espace-temps à l’intérieur duquel Django apprit à prendre ses aises, à laisser voguer son imagination et à décoller dans des improvisations uniques dès lors que le thème central était exposé. Certes, les impros de Biréli et de Stochelo sont à couper le souffle. La quantité de notes que ces deux-la sont capables de concentrer en trois minutes d’improvisation est proprement hallucinante.

Et pourtant, ces disciples cultivent ce talent unique : conserver une part de silence. Ce silence serein, imposé par la communauté manouche, celui qui empêche de tout connaître de Django et maintient un voile protecteur autour du grand romanichel. Grâce à eux, le mystère de Django et sa guitare ont encore de longues années à vivre.[/access]

Le Rom n’est plus dans Rome

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Après la formule alambiquée du pape et la déclaration polie de l’archevêque d’Aix et d’Arles, le père Arthur Hervé de Lille a mis les points sur les « i » : l’Eglise catholique condamne la politique « rom » du gouvernement français. Cette intervention assez rare de l’Eglise dans un débat hautement politisé n’est-elle pas la marque d’une mauvaise conscience du clergé catholique ? Personne ne doutera de la sincérité de ces ecclésiastiques face aux images troublantes qui remplissent nos écrans depuis quelques semaines. Mais ces bons sentiments et ces non moins bonnes paroles viennent un peu tard. La messe a déjà été dite : sous le nez de l’Eglise de France, au su et au vu de Rome, les Pentecôtistes ont déjà évangélisé un très grand nombre de Roms et de Tsiganes.

En regardant l’histoire de cette communauté depuis la Guerre, force est de constater que les Tsiganes et les Roms n’ont pas été au top des priorités de l’Eglise catholique ces soixante dernières années. Or, si l’Eglise les a, en quelque sorte, abandonnés, cela n’a pas été par manque de cœur, mais parce qu’en tant qu’institution bureaucratique l’Eglise s’est heurtée au même problème que l’Etat : comment « caser » ces nomades ? Concrètement, l’Eglise n’a pas su inventer une pastorale adaptée à cette population : depuis des siècles, elle s’est habituée à conduire (quand elle en conduit encore) des troupeaux fixes et sédentaires.

Conversions massives au pentecôtisme

À partir des année 1950, les difficultés de l’Eglise catholique à prendre en compte ces populations ont ouvert un boulevard au pasteur pentecôtiste Clément Le Cossec. Pour ce jeune Breton, élevé dans la misère et la marge sociale, appartenant à l’Assemblée de Dieu (ADD), institution confédérative de Pentecôtistes, il n’y avait ni pape ni évêque à qui rendre des comptes. Il a profité de cette liberté et « le pasteur des Gitans » a créé une Eglise ambulante à l’image de ses ouailles nomades, une paroisse qui accompagne ses paroissiens à travers l’Europe et même outre-mer. Autrement dit, en s’installant chez ces « lépreux sociaux », le pasteur Le Coussec les a amenés corps en âmes à sa foi. Résultat : des conversions massives.

« Vie et Lumière », l’association qui continue l’œuvre du pasteur Le Coussec, décédé en 2001, revendique plus de 100 000 adhérents en France ; les dizaines de milliers de Tsiganes qui assistent, chaque année à la fin août, au grand rassemblement qu’elle organise montrent que ce chiffre est crédible et témoignent du poids du pentecôtisme au sein de cette communauté en France.

Le défi majeur des catholiques

Le succès du pentecôtisme parmi les Tsiganes n’est pas un cas isolé. En Amérique du Sud et surtout au Brésil, les Eglises inspirées du modèle pentecôtiste ont su attirer et convertir beaucoup de catholiques. Pour Rome, ce phénomène est aujourd’hui un défi majeur à relever. Plusieurs décisions de Benoît XVI, comme de son prédécesseur, s’expliquent uniquement par leur volonté d’y faire face. En tout cas, comme l’avait démontré Clément le Cossec, pour conquérir les cœurs et les âmes des Tsiganes – tout comme les habitants des favelas – il faut plus que des bonnes paroles. Il faut la souplesse et l’énergie d’une Eglise jeune, où le charisme n’est pas encore complètement figé par les institutions.

La question n’est donc pas de savoir si l’Etat rejette les Roms et les Tsiganes, mais si l’Eglise catholique est capable de ne pas les faire fuir loin d’elle.

La gauche touchée par la grâce

Ce miracle vous a peut-être échappé. La gauche et les médias ont été touchés par la grâce. En général, quand le pape s’exprime sur un sujet d’intérêt général, c’est un festival de criailleries : la laïcité est en danger, l’ordre moral menace. On fustige le gouvernement si un de ses membres est un peu trop ostensiblement catholique. Et on bombarde l’Apostolique et Romaine à coup d’affaires de pédophilie vieilles de trente ans. Mais il faut croire que l’évocation des dites affaires n’est plus une urgence ni un impératif moral car les paroles prononcées par Benoit XVI ce dimanche ont été célébrées de toutes parts et pas seulement parce qu’elles l’ont été dans notre belle langue. Non, si de symbole de la réaction, le pape est devenu, le temps d’un week-end, une icône du progressisme, c’est parce qu’il a, à mots à peine voilés, critiqué la politique de Nicolas Sarkozy à l’égard des Roms. Au passage, on notera une certaine confusion sémantique puisque les uns parlent « d’expulsions massives » et les autres de « retours volontaires ». C’est que, conformément à la réglementation européenne, les Roms sont priés d’évacuer les campements illégaux mais que leur accord est effectivement nécessaire pour les mettre dans un avion.

La morale publique, d’accord, mais la morale privée est une affaire privée

Mais revenons à nos brebis revenues au bercail. Ce mystère a une explication simple : c’est que le Pape est de gauche. Il est même l’un des représentants les plus éminents de cette gauche qui se proclame morale depuis qu’elle a renoncé à faire de la politique. Dans ces conditions, on comprend que la défense sourcilleuse de la laïcité soit subitement devenue l’affaire de la droite tandis que du côté de l’opposition, personne ne s’offusque du fait que Monseigneur Vingt-Trois, archevêque de Paris ait annoncé son intention de sermonner Brice Hortefeux. Dans le combat contre le mal sarkozyste, on espère bien que le Vatican pourra aligner quelques divisions. Il serait sans doute malséant de remarquer qu’en cette affaire, l’Eglise conjugue judicieusement la morale chrétienne et ses intérêts politiques car depuis trente ans, de très nombreux Gitans ont abandonné Rome pour les pentecôtistes.
Quoi qu’il en soit, l’Eglise est autant dans son rôle quand elle préfère la fidélité au préservatif que quand elle rappelle aux puissances temporelles que tous les hommes sont frères. Mais si on ne tolère aucune de ses ingérences dans les comportements privés et sexuels des individus, on applaudit quand elle rappelle les Etats à leurs devoirs moraux. La morale privée doit rester une affaire privée. Car l’Etat c’est nous, certes, mais c’est surtout les autres. Et du moment que les Roms acceptent d’être nos frères en s’installant chez nos voisins, on peut être charitable à bon compte.

Chauffeur, si t’es champion…

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Nous savons bien que les seuls faits divers qui intéressent en ce moment les médias sont d’ordre strictement sécuritaire et que si un gamin rote ou pète à Vénissieux, Brice Hortefeux se déplace et promet une loi sur le météorisme. On aimerait cependant attirer l’attention sur l’accident de l’autobus Eurolines Amsterdam-Paris, sur l’autoroute A2 à hauteur de Crespin, dans le Nord, vendredi 13 août. Il a tout de même fait un mort, un jeune homme français originaire de la région parisienne, et dix-sept blessés dont trois graves.

Le chauffeur néerlandais de ce car n’avait jamais eu d’accident ni même le moindre problème en 22 ans de service. Il a été mis en examen par le procureur de Valenciennes qui précise qu’il n’était pas sous emprise alcoolique et que le « mouchard » du véhicule indiquait que les limitations de vitesses avaient été respectées. On ne comprend donc pas pourquoi il est sorti de la route et s’est écrasé de plein fouet contre des arbres.

Certains mauvais esprits indiquent que ce monsieur avait 63 ans. Ce qui est bien, avec l’allongement de l’espérance de vie, c’est qu’on peut travailler plus longtemps, quand on est chauffeur. Quand on est passager, en revanche…

Sous les pavés, le roc

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Ruines d'une chapelle dans le Finistère
Ruines d'une chapelle dans le Finistère.

N’entendant rien ni à la politique ni à l’économie ni à l’histoire, je ne puis évoquer l’état présent de la France que par le biais de mon autopsie. La France est une nation en ruines. Ma voix ne peut être que celle de l’une de ses pierres éparses, charnellement revêches à l’appartenance.

Je suis né en France, mes ancêtres sont français, je suis de nationalité française. Mais je n’ai jamais eu le sentiment d’être un Français. Je n’ai jamais entendu, dans mon enfance, les légendes de la France, les histoires de la France. Je n’ai jamais entendu parler de la France comme d’une entité à laquelle il eût été possible d’appartenir et moins encore comme d’une entité à laquelle j’appartenais.

[access capability= »lire_inedits »]Plus tard, j’ai rencontré des Français. J’ai éprouvé de l’admiration et de l’amour pour certains êtres, et certains d’entre eux étaient des Français. D’autres étaient des Tchèques, des Grecs, des Allemands, des Polonais, des Roumains. Beaucoup étaient des juifs. Tous étaient seuls, comme Franz Kafka. Certains aussi étaient des Français, et souvent des catholiques français. En eux, j’ai admiré et aimé la France, mais comme un Polonais, comme un Roumain, comme un Kabyle – ou comme Sam Lee Wang, le merveilleux personnage de Gabrielle Roy, frère de tous les déracinés, eût aimé la France s’il l’eût connue. Les corps français, les manières, les voix et les mémoires françaises se sont toujours présentés à moi avec le charme de mystères exotiques.

Je combats intellectuellement ceux qui se font gloire de n’appartenir à rien. Ceux qui imaginent que la non-appartenance tous azimuts est le comble de la liberté. Je considère intellectuellement les ennemis de l’appartenance, de l’enracinement, de la responsabilité et de la fidélité comme des ennemis de la liberté. L’amour de la liberté ne peut être à mes yeux que l’amour des attachements.

La clairière de la non-appartenance

Pourtant, toutes ces conceptions intellectuelles rencontrent sans cesse en moi deux butées charnelles, deux perceptions obstinées. La première est le sentiment d’être ontologiquement voué à la non-appartenance, le sentiment d’être indigne de toute appartenance, de ne pouvoir être au sein de toute appartenance qu’un imposteur, un étranger maladroitement grimé et déguisé, dont l’accoutrement ne saurait tromper aucun membre authentique de la communauté. Le second sentiment, qui n’est que l’autre versant du même roc, du roc de la non-appartenance, est celui que tout air commun est irrespirable et que toute appartenance ne peut être pour ma chair qu’une prison : de cette sensation naît l’appétit de la fuite, de la désertion – qui n’est jamais en nous l’appel de la liberté, mais l’appel de la désolation du désert. Le roc de notre non-appartenance possède donc un flanc plaintif et un flanc agressif – mais l’agressivité y est sans doute la vérité de la plainte. Nous savons que ces deux versants sont stériles et tristes.

La crise du sentiment de l’appartenance nationale en Europe ne me semble pouvoir être comprise que comme une des dimensions de cette crise globale du sentiment d’appartenance. Notre salut me semble dépendre de notre capacité à restaurer dans nos âmes l’art d’appartenir, l’art de donner consistance et visages à des mondes communs. Il est possible que la nation soit l’une des formes de ces mondes communs ; mais, pour l’essentiel, ces formes ne me semblent pas prévisibles.

De la clairière de la non-appartenance où nous nous trouvons réunis partent deux chemins identiquement nihilistes. Le premier est celui qui désigne les membres des autres communautés comme les responsables de la crise de notre sentiment d’appartenance et qui pense l’appartenance non comme une dette créatrice, mais comme une accumulation de simples signes extérieurs dissimulant le vide d’où sourd la pure agressivité. La seconde voie nihiliste, que j’ai trop souvent arpentée, est celle de l’esthétisation complaisante du sentiment de non-appartenance et d’errance, qui permet de masquer à la fois la lâcheté de notre refus de l’héritage et la veulerie qui nous retient de prendre part à la construction de mondes communs. Du troisième chemin, celui de la sortie du nihilisme, je doute qu’il puisse exister un savoir. Mais nos corps, c’est-à-dire nos âmes, sous nos carapaces de vacarme métallique, derrière nos egos vides fermés à triple tour, sont prêts à l’accueillir. Il suffit d’ouvrir tous nos sens, maintenant, pour l’entendre bruire et nous porter.[/access]

Maintenant y’en a plus !

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Amine Benalia-Brouch, le jeune militant moqué par le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux pendant l’université d’été de l’UMP en septembre 2009, vient d’annoncer sur sa page facebook sa décision de quitter le parti.

Pour rappel, dans le vidéo qui a fait le buzz de la rentrée 2009, une militante UMP déclare en parlant de M. Benalia-Brouch : « Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière… » à quoi Brice Hortefeux réplique : « Ah, mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype, alors. C’est pas du tout ça. »

Ensuite on peut entendre clairement la voix d’une autre militante disant : « C’est notre petit Arabe… », et le ministre qui renchérit avec la phrase devenue célèbre : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. »

Ces propos ont valu à Brice Hortefeux le 4 juin dernier une condamnation pour injure à caractère racial, assortie d’une amande de 750 euros et de 2 000 euros de dommages et intérêts. On ignore si comme d’autres Auvergnats avant lui, Amine compte ouvrir un café charbon à Paris.

Pauvres pauvres !

Dans ce pays pourri par l’assistanat, et un assistanat qui profite évidemment d’abord aux Arabes, il y a une foultitude aberrante d’allocations qui tombent sur cette population si manifestement avide de bien-être, gorgée jusqu’à l’indécence de prébendes étatiques, faisant noubas et ramadans dans des logements sociaux riants, des cités harmonieuses, voire radieuses comme on disait du côté du stalinien Le Corbusier. Cet imbécile pensait avec Auguste Perret que des logements pour pauvres pouvaient être, devaient être un peu plus que décents et utilitaires. Mais ils ne savaient pas que les pauvres ne font pas attention à leur décor, qu’ils estiment que tout leur est dû et qu’ils laissent se dégrader leur environnement, non pas par découragement ou manque d’argent comme on pourrait le croire mais parce que c’est comme ça, les pauvres de tout temps n’ont eu aucun sens du beau.

Non, mais ils se sont bien regardés, les pauvres ?

Leurs logements sont d’ailleurs, à la fin souvent détruits. Parfois ce sont le fait d’émeutiers barbus ou en casquette, ou en casquette barbue, qui ne veulent rien faire et refusent de travailler alors que le précariat a sa noblesse et qu’on se demande ce qu’il leur faut, à ces jeunes.. Un CDI tout de suite ? Non mais, ils se sont bien regardés ?
Parfois, leurs logements sont aussi détruits par l’Etat lui-même dans le cadre de la rénovation urbaine. On convoque des télés pour montrer la maitrise de nos artificiers. Ca s’effondre sur soi et ça fait beaucoup de poussière. Après, on met la poussière sous le tapis et ça recommence comme avant. Il paraît que l’on appelle ça la politique de la ville.
Néanmoins, à une époque, en France, dans ces quartiers, beaucoup ont voté communiste. Ils ont eu alors des mairies qui leur donnaient des équipements pour la petite enfance, des colonies de vacances, des théâtres, des bibliothèques. Mais ça n’a pas duré. On appelait ça une contre-société. Ces cités se prenaient en main elles-mêmes. Cela aurait dû plaire à la droite qui ne parle que de responsabilité, de prise en charge de la communauté par elle-même. Mais ça ne lui a pas plu. Elle expliquait qu’on commence par emmener les enfants à la mer et qu’on se retrouve avec des chars soviétiques à Corbeil-Essonnes. Tiens, il ne raconte pas autre chose, le David Cameron, avec son projet de Big Society. Margaret Thatcher disait que la société n’existait pas ce qui était une manière de mettre à mort les solidarités traditionnelles du monde ouvrier – la « common decency » d’Orwell – , histoire d’achever ses velléités à se penser en tant que classe.

David Cameron, ce modèle…

Cameron, lui, ayant compris que la City avait ruiné son Etat, se replie sur cette même société. La Big Society, c’est une manière élégante de dire l’Etat ne peut plus rien pour vous, et les syndicats non plus, puisqu’on les a tués depuis trente. Alors voilà, faites comme vous sentez, hein, implantez vos écoles et vos hôpitaux où vous en avez besoin, ce sera toujours mieux fait par vous que par des bureaucrates. De toute façon, des bureaucrates, on n’en a plus non plus. Et puis bien sûr, vous financez vos projets vous-même, isn’t it ? Je mettrai éventuellement une rallonge si je trouve encore quelques pounds au fond des caisses qui n’auront pas été utilisées pour réduire le déficit.
La différence entre le projet de Cameron et celui des municipalités françaises communistes de la grande époque, c’est que chez les communistes, il y avait un choix, une volonté de montrer qu’un autre type de société était possible, ici et maintenant, tandis que la Big Society est la dernière cartouche de Cameron avant liquidation et tiers-mondisation de sa propre classe moyenne.

L’horreur allocataire

Mais bon, eux au moins, ne déversent pas des sommes fabuleuses dans le tonneau des Danaïdes de la paresse naturelle du pauvre, encore renforcée par la forte prédominance de pauvres à peine français, venus du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. On ne va pas vous en faire la liste de ces allocations, on voudrait éviter de transformer le corps du riche, pourtant bien protégé derrière son bouclier fiscal, en martyre de Saint Sébastien. Est-ce qu’un bouclier fiscal de rien du tout, avec un tout petit plafond de soixante pour cent sera en effet assez épais pour ne pas être transpercé par ces flèches honteuses, décochées par un Etat-providence que le socialiste Sarkozy, derrière ses rodomontades, se garde bien de démanteler ?
RMI, RSA , APL, indemnités journalières pour les accidentés du travail (Frédéric Lefebvre, cet aigle de la rigueur, a bien essayé de les fiscaliser, hélas sans succès), allocations familiales, allocations adultes handicapé, on en passe et des pires.
Bloy, pourtant assez peu marxiste, parlait du sang du pauvre. Là, on voit bien que c’est le sang du riche qui est en jeu. Le riche saigne, s’affaiblit, s’exile, enveloppé d’un manteau de capitaux maigrelets pour éviter un rezzou fiscal toujours possible : il voit bien que le bouclier ne tient plus, qu’il est déjà écorné, qu’il n’a plus le choix que de passer dans des pays lointains.

…et l’allocation rentrée scolaire

Et puis j’allais oublier, en matière d’allocs, celle dont on parle un peu en ce moment. L’allocation de rentrée scolaire. Elle est en gros de 300 euros par enfant entre six et dix-huit ans et n’est distribuée, dans tous les cas, qu’aux ménages gagnant moins de 30 000 euros par an. Evidement, plus vous avez d’enfants et plus vous êtes pauvres, plus vous touchez. Et comme les Arabes sont pauvres et ont beaucoup d’enfants, comme d’habitude, c’est eux qui ramassent le pactole.
La droite, ça la démange un peu, l’argent jeté par les fenêtres de cette façon. Cette droite, qui adore la liberté et la responsabilité, trouve que les pauvres ne sont pas assez responsables. Libres ? Oh, un pauvre, c’est toujours assez libre comme ça et puis ils ne savent pas trop quoi en faire de leur liberté. Ce n’est pas plus mal. En France, certains pauvres, figurez-vous, ont le droit de vote. C’est à peine croyable. Parfois même des pauvres d’origine étrangère Heureusement qu’ils s’abstiennent ou qu’ils ne sont pas inscrits, ils seraient capables de voter à gauche.

Edouard Courtial, l’obsessionnel

Mais bon, toujours est-il que cette allocation rentrée scolaire, c’est celle de trop pour Edouard Courtial, député de l’Oise. Il trouve ça très imprudent de laisser les pauvres avec tout cet argent à la rentrée. C’est son dada car c’est la troisième année qu’il propose que l’on transforme cette allocation en bons d’achats. Edourd Courtial doit penser que les pauvres, de plus en plus islamisés, vont profiter de cette manne pour acheter de la drogue, des Home-Tv, des armes, des manuels de guérillas urbaines, que sais-je encore. Tandis qu’en donnant des bons d’achat, le pauvre n’aura pas le choix, il sera obligé d’aller acheter de la papeterie là où on lui dira. Et des chaussures pour celui qui entre au CP dans un supermarché choisi à l’avance. Sur quel critère, tiens ? Le meilleur prix ou la meilleure contribution à une campagne électorale ?
Monsieur Courtial, qui a un nom bien célinien que reconnaitront les lecteurs de Mort à Crédit, n’est pas si sympathique que son homonyme romanesque. Courtial des Pereires voulait inventer un moyen de faire grossir de manière accélérée les pommes de terre. Edouard Courtial, lui, veut inventer un moyen de contrôler et d’humilier encore plus les pauvres. Vous me direz, étant donné l’état d’esprit à l’UMP en ce moment, il serait peut-être temps qu’ils pensent à faire un concours Lépine.
On rappellera juste à monsieur Courtial que l’allocation de rentrée scolaire coûte en tout et pour tout à la nation 30 millions d’euros. Et que 30 millions d’euros, c’est exactement la somme que le gouvernement qu’il soutient a rendue à Liliane Bettencourt au nom d’un trop perçu fiscal. La prochaine fois, on espère que le ministère du Budget évitera le chèque pour préférer des bons d’achats.

Quand Poutine se fait sonner les cloches

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« Lorsque ces enfoirés de démocrates sont arrivés au pouvoir, ils ont piqué les cloches du village pour les remplacer par un appareil téléphonique. Tout ça au nom de leur putain de modernisation. Le problème, c’est que leur téléphone de merde n’a jamais marché étant donné qu’ils ont oublié de le raccorder! ».

C’est en ces termes qu’un blogueur anonyme de la région de Tver, à 150 kilomètres au nord de Moscou, a exprimé sa colère face à l’état désastreux des équipements et des installations anti-incendie. Le message, fort émotif, a été repéré par l’équipe de la radio « Echo Moskvy» et transmis au Premier ministre. D’après le rédacteur en chef de la radio, « ce message résume assez bien les sentiments de beaucoup de Russes ».

Si tel est le cas, le Kremlin a de quoi s’inquiéter. Car ce post incendiaire ne parle pas que d’incendies: « Vous, les fonctionnaires et les députés, vous avez tiré un trait sur nous. Mais nous avons nos vies ! Foutez le camp avec vos lois et laissez nous vivre comme nous l’entendons, c’est à dire bien. Nous ne comptons plus sur vous ».

L’affaire a fait tant de buzz que Poutine s’est fendu d’une réponse personnelle : « A la fin de ma journée de travail, en inspirant comme tous les Moscovites la fumée des forêts des alentours de la capitale, j’ai pris avec beaucoup d’intérêt connaissance de votre évaluation de la situation dans le pays. Pour être précis, je me permets d’attirer votre attention sur le fait que nous n’avons pas noté en Russie de températures comparables à celles de cet été depuis 140 ans. Ceci décharge en partie le pouvoir, qui n’a jamais eu affaire à une catastrophe de cette échelle. Toutefois, je partage en général vos opinions et vos remarques ».

Après quoi le Premier ministre a assuré le blogueur que s’il lui envoyait son adresse, le Président se fera un plaisir de lui offrir immédiatement une nouvelle cloche…

Adieu l’Arlette, j’t’aimais pas bien…

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Elle aurait pu être, dans cette période plutôt troublée pour le pouvoir sarkozyste, la vedette martyre de cette rentrée. Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2 depuis plus de six ans, a été virée de son poste avant même que le nouveau PDG de la télévision publique française, Rémy Pflimlin, remplace Patrick de Carolis dans son bureau présidentiel.
Comme Nicolas Sarkozy s’était laissé aller, lors d’un voyage à New York, à morigéner en public la cheftaine de la troupe informatrice de France 2, cette dernière avait tout pour se poser en victime de l’arbitraire d’un pouvoir étranglant la liberté de l’information.

Silence radio des professionnels de la protestation

Or, jusque-là, on n’a rien entendu du côté des protestataires habituels. BHL est étonnamment silencieux, ce qui en dit long, à moins qu’il ne soit dans un lieu de villégiature exotique, où cette nouvelle essentielle n’est pas encore parvenue.
La société des journalistes de France 2, par la voix de son président, Dominique Verdeilhan, a « pris acte » de l’éviction de la cheftaine sans toutefois exprimer la moindre parole de regret, même poliment hypocrite, relative à ce départ. Pas de communiqué syndical offusqué en défense de Mme Chabot, le chef de la CGT locale, Jean-François Téaldi estimant benoîtement qu’à chaque changement de PDG, on pouvait constater quelque remue-ménage dans les étages supérieurs de l’immeuble de la place Henri de France. Et de passer aux choses sérieuses dans le registre « moi y en a vouloir des sous et des postes ».

Il faut avouer que cette mise à l’écart a été organisée de main de maître par Rémy Pflimlin, dont la rondeur alsacienne dissimule un caractère bien trempé et une intelligence aigüe des situations. Cet homme de médias, sorti du moule de la presse quotidienne régionale, s’est signalé ces dernières années par une gestion habile d’un vaisseau en détresse, les anciennes NMPP, devenues Presstalis, touchées de plein fouet par la crise de la diffusion de la presse écrite. Ce succès se mesure au peu d’écho médiatique rencontré par la réorganisation de cette entreprise, où jadis les gros bras de la CGT du Livre faisaient régner leur loi syndicalo-mafieuse.

Une femme de réseaux, de pouvoir et d’intrigues

Sommée de choisir entre son poste de directrice de l’information et sa présence à l’antenne comme présentatrice de l’émission politique « À vous de juger », Arlette Chabot a préféré continuer à montrer sa binette dans le poste une fois par mois. Ainsi, elle n’apparaît pas comme la victime d’un limogeage brutal à la Domenech, alors qu’en fait elle n’avait pas le choix : coincée entre une présidence hostile et une base excédée par son autoritarisme cassant, elle n’aurait pas tardé à jeter l’éponge…

Derrière l’allure austère de « grande professionnelle » qu’elle a peaufinée tout au long de sa carrière radiophonique et télévisuelle, et un visage d’instit’ qui aurait découvert le poker, se trouvait une vraie femme de pouvoir, de réseaux et d’intrigues, obséquieuse avec les puissants et impitoyable avec les faibles. Nicolas Sarkozy ne lui a d’ailleurs jamais pardonné son activisme au sein de réseaux mondains visant à torpiller sa candidature présidentielle au profit de celle de Dominique de Villepin. Seule la protection du duo Patrick de Carolis- Patrice Duhamel – l’épouse de ce dernier, Nathalie Saint-Cricq, étant le bras droit de Chabot – lui permit de rester en poste. Qu’importait la baisse d’audience du JT de France 2 ? Les « erreurs » de diffusion de sujets bidonnés dont jamais les auteurs ne furent sanctionnés ? Chabot, c’était l’info et l’info, c’était Chabot.

À la manœuvre dans l’affaire Enderlin

J’eus, personnellement, le loisir de la voir à la manœuvre lorsqu’il s’est agi de sauver le soldat Enderlin, soupçonné d’avoir entraîné la chaîne publique dans la diffusion d’une mise en scène, celle de la « mort » de l’enfant Mohammed Al Doura en septembre 2000 dans la bande de Gaza. En octobre 2004, à peine arrivée à la direction de l’info, elle aurait pu mettre un terme définitif à cette controverse, qui est loin d’être close, en acceptant ma suggestion de soumettre Jamal al Doura, le père, « grièvement blessé » par balles à une expertise médico-légale indépendante. Au lieu de cela, elle envoya le caméraman de France 2 Talal Abou Rahma, principal organisateur de la mise en scène macabre, filmer des cicatrices existant sur le corps de Jamal al Dura. Cette « preuve » devait clore le bec à tous ceux qu’elle traitait alors de « révisionnistes » et d’extrémistes juifs. Une bonne dizaine de procès plus tard et grâce à l’opiniâtreté de quelques passionnés de la vérité comme Stéphane Juffa, Philippe Karsenty, Elisabeth Lévy, Gil Mihaely, Pierre-André Taguieff et quelques autres, la vérité chabotienne est aujourd’hui passablement amochée. Les cicatrices de Jamal al Doura ? Elles résultent d’une opération réalisée dans les années 90 par le chirurgien israélien Yehuda David après des agressions à l’arme blanche subies à Gaza. Un documentaire de la première chaine allemande ARD, réduisant à néant la thèse défendue par France 2, a été boycotté par tous les diffuseurs français. Le constat implacable de l’imposture médiatique dressé par Taguieff dans son dernier livre valut à son auteur le silence absolu des supplétifs de Chabot oeuvrant dans les principaux médias nationaux.

Elle organisa le sabotage de l’instance de médiation établie à l’initiative du président du CRIF Richard Prasquier et de la LICRA, à laquelle Patrick de Carolis avait donné son aval avant de se défiler piteusement. Un nouvel épisode judiciaire de cette interminable affaire doit se dérouler cet automne, avec comme protagonistes Jamal al Doura portant plainte en diffamation contre le docteur Yehuda David et le journaliste de France 3 Clément Weill-Raynal, pour une interview publiée l’an passé dans l’hebdomadaire Actualités juives. Hormis le bloc compact et corporatiste des patrons de médias français et de leurs obligés, plus personne ne croit à la version défendue par la chaîne publique française. La crainte de subir des ennuis professionnels, en exprimant ne seraient-ce que des doutes et des interrogations, empêche de très nombreux journalistes de dire publiquement ce qu’ils ne cachent pas en privé.

Pour Pflimlin, un choix cornélien

Interrogé, lors de son audition devant le Parlement par le sénateur Jean Pierre Plancade sur ce qu’il comptait faire pour lever la suspicion, fortement étayée, qui continue de peser sur France 2 à propos de l’affaire Al Doura, Rémy Pflimlin a assuré qu’il allait se pencher sur ce dossier. Il s’est ainsi placé devant un choix cornélien : affronter en un combat douteux les défenseurs inconditionnels de Charles Enderlin, puissants dans les médias, au quai d’Orsay, et dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, ou persévérer dans le bétonnage d’une position dont la solidité est loin d’être garantie. S’il choisit cette dernière attitude, il ne faudra pas qu’il s’étonne d’entendre tinter derrière lui la casserole que Carolis et Chabot ont accrochée à ses basques avant de s’éclipser.

Keynes ? Mauvaise pioche

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Si la crise est censée faire partie de l’héritage maudit de George W. Bush, la reprise économique, elle, est supposée émaner de l’activisme d’Obama et -le moins que l’on puisse en dire- c’est qu’elle se présente sous une forme pour le moins fragile et timide… En fait, il semblerait bien que ce Président ait, en même temps que les milliards utilisés au titre des stimuli, épuisé quasiment tout son capital de sympathie sachant que le débat – aujourd’hui – en est toujours aux interrogations par rapport à l’opportunité de dépenser toujours plus pour encore plus de stimuli…

Faux débat qui enfoncera les Etats-Unis dans la récession, car ce pays n’a plus – comme après la Grande Dépression – besoin de relance keynésienne. Les artifices de politique monétaire, baisses de taux quantitative et autres constructions d’autoroutes n’y redresseront pas plus une situation de l’emploi qui a désespérément besoin de mesures structurelles de fond. En réalité, tant le secteur financier que l’industrie, les services ou le système éducatif de ce pays auraient besoin d’une sérieuse remise à plat. Histoire se recentrer sur l’innovation et sur l’amélioration de la productivité.

Et il n’est pas du tout sûr que cette urgence absolue ne vaille que pour les USA…

Django, cent ans dans les nuages

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Django Reinhardt
Django Reinhardt.
Django Reinhardt
Django Reinhardt.

À deux doigts près, la face du monde en aurait été changée… Deux doigts, dont le petit. Et pourtant. Privés de ces deux appendices, il aura tout de même réussi à imposer un style, une technique époustouflante, des phrasés uniques. Alors avec deux doigts en plus… On se prend à rêver… Comment Django aurait-il joué si sa roulotte, en 1928 − il avait à peine 18 ans −, n’avait pris feu, le blessant grièvement à la main gauche, la fameuse, celle qui justement court sur le manche de sa mythique Selmer Maccaferri ? Pris dans les flammes, il en réchappa de justesse, l’annulaire et l’auriculaire recroquevillés pour toujours, l’obligeant, à force de travail et de volonté, à inventer dans les deux ans suivant l’accident un jeu d’accords mineurs fait de barrés et de solos magiques. Il est vrai qu’en planant au dessus de Nuages, en écoutant Tears la larme à l’œil ou en gigotant sur Minor Swing, ce handicap − il détestait le mot − est totalement oublié. La vélocité des deux doigts survivants, le pouce faisant office de rail derrière le manche, fut telle que l’ombre du géant, né il y a cent ans en Wallonie, masque encore la plupart des guitaristes appartenant à ce peuple étonnant, les Manouches, enjoué et chaleureux à l’extrême, indestructible en dépit des nombreuses tentatives de l’éradiquer, surdoué de la guitare, de la mandoline, du banjo, du violon et de l’accordéon, autant d’instruments facilement transportables en roulottes.

Django est plus qu’un guitariste. D’une aisance souveraine, d’un port de tête royal, il est devenu, dès les années 1930, celui que Patrick Williams ( Django, 1991), nomme le « héros » de ceux qui « hors des Etats-Unis, adhèrent au jazz tout en voulant garder ce qui leur vient de leurs racines« , « le seul à avoir épanoui un type d’expressivité qui ne renvoyât pas à celle des musiciens afro-américains ». Cette liberté le fait naviguer de la chanson populaire − incarnée par Jean Sablon − au jazz, en passant par le swing et le bop, pour flirter avec le musette et alterner guitare « sèche » et Selmer électrique à pan coupé, équipée du fameux micro Stimer qui donne à l’instrument l’incomparable son métallique si caractéristique.[access capability= »lire_inedits »]

Le jazz manouche, antidépresseur avant l’heure

Mais c’est la découverte du jazz qui va lui permettre de littéralement exploser sur le devant de la scène. Elle a lieu à Toulon, en 1931, lorsque, pour la première fois, il entend des enregistrements d’Ellington, Armstrong et Joe Venuti. « Il se prend la tête dans les mains et se met à pleurer », écrit Charles Delaunay (Django, mon frère, 1968). Pendant les jours suivant cette révélation, il s’enferme fréquemment dans la chambre d’hôtel du peintre Emile Savitry, propriétaire de ces disques, pour les écouter sans relâche, s’en imprégner et donner à ses compositions une coloration nouvelle qui n’en finit pas de nous ravir et de nous étonner à ce jour, durant les célébrations du centenaire de sa naissance qui rythment 2010.

Django et ses héritiers

C’est un fait : le jazz manouche a le don de communiquer à ceux qui l’écoutent une frénésie facilement reconnaissable aux mains des spectateurs qui battent la mesure dans le vide, à leurs pieds qui cognent la terre au rythme endiablé imposé par le « pompiste » et au sourire béat, presque évangélique, qu’il fait apparaître sur les visages. Cette musique jubilatoire est un art heureux, dénué de tension, de drame. On est loin de la souffrance de Billie Holiday, de la perdition de Charlie Parker. Django, l’antidépresseur avant l’heure. Le renouveau que connaît cette musique depuis une quinzaine d’années n’est donc pas le fait du hasard. Profusion de festivals, publication de livres et de méthodes de guitare manouche, nombreux enregistrements et apparition de nouveaux prodiges, dont le dernier en date, le jeune Swan, 12 ans, fascine déjà les connaisseurs entassés dans les bars de la porte de Clignancourt les dimanches de pluie et de ciel bleu. Les héritiers sont désormais légion et font revivre cet art avec brio.

Ce fut le cas durant la fête manouche du Châtelet, en mars ; il en va ainsi tous les dimanches à la Chope des Puces, et cela s’est poursuivi fin juin à Samois-sur-Seine, le village où Django se relaxait en pêchant à la ligne, en jouant au billard ou en faisant des bœufs avec ses frères manouches Chez Fernand, l’auberge plantée au bord de la rivière. C’est là que se retrouvent régulièrement les Biréli, Boulou, Elios, Stochelo, Sammy, et autres Tchavolo, Dorado, Angelo et même ce Breton de Romane − vive la Bretagne ! − et son fils Richard, au cœur de lion − vive les Bretons !

Alors, voir quelques-uns de ces guitaristes, nantis de tous leurs doigts et réunis pour cette grand-messe du jazz sur les bords de Seine, nous a un peu donné le sentiment d’approcher Dieu, le petit nom de Django, qui préféra aller faire guincher les anges en 1953, à seulement 43 ans, pour cause de banal coup de chaleur sur son crâne légèrement dégarni.

Parmi les disciples présents à Samois, la Sainte Trinité : le Trio Rosenberg… Rien à voir avec un dentiste, un médecin ou un avocat de vos connaissances, mais plutôt trois virtuoses : Nonnie, contrebassiste foudroyant, Nous’che, guitariste rythmique hors du commun, véritable derviche de la « pompe », le fameux battement syncopé sur lequel s’appuient les envolées du soliste, en l’occurrence Stochelo Rosenberg dont la vélocité et l’imagination l’assurent déjà d’une place de choix au Panthéon du jazz. Et comme ces trois oiseaux rares avaient décidé de s’allouer à Samois les services d’un phénomène, probablement le plus prestigieux gardien du Temple, Biréli Lagrène, les spectateurs ébahis ont eu le sentiment d’être les témoins de la résurrection du Maître. Ou presque.

« Djangologists » : la postérité a surpassé le maître

Car, ne l’oublions pas, il est sacrilège de montrer de façon trop ostentatoire que Dieu a été dépassé. Même si, techniquement, cela s’avère vrai. Stochelo et Biréli, vingt doigts à eux deux, en sont la vivante illustration. La rapidité d’exécution est affolante, la précision des plaquages d’accords diabolique, l’harmonie extra-terrestre. Pour preuve : la dernière livraison de ces musiciens de génie réunis sur Djangologists, un hommage appuyé à Django où se mêlent ses compositions et d’autres en forme de révérences, notamment le sublime In A Sentimental Mood d’Ellington, le non moins brillant Moonglow de Will Hudson et Irving Mills et le Clair de Lune de Joseph Kosma. Et à écouter les œuvres de Django revisitées par les quatre surdoués, Vendredi 13, Pêche à la mouche et le décoiffant Webster, on en ressort avec le sentiment que tout à été dit à propos du roi du « chorus », cet espace-temps à l’intérieur duquel Django apprit à prendre ses aises, à laisser voguer son imagination et à décoller dans des improvisations uniques dès lors que le thème central était exposé. Certes, les impros de Biréli et de Stochelo sont à couper le souffle. La quantité de notes que ces deux-la sont capables de concentrer en trois minutes d’improvisation est proprement hallucinante.

Et pourtant, ces disciples cultivent ce talent unique : conserver une part de silence. Ce silence serein, imposé par la communauté manouche, celui qui empêche de tout connaître de Django et maintient un voile protecteur autour du grand romanichel. Grâce à eux, le mystère de Django et sa guitare ont encore de longues années à vivre.[/access]

Le Rom n’est plus dans Rome

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Après la formule alambiquée du pape et la déclaration polie de l’archevêque d’Aix et d’Arles, le père Arthur Hervé de Lille a mis les points sur les « i » : l’Eglise catholique condamne la politique « rom » du gouvernement français. Cette intervention assez rare de l’Eglise dans un débat hautement politisé n’est-elle pas la marque d’une mauvaise conscience du clergé catholique ? Personne ne doutera de la sincérité de ces ecclésiastiques face aux images troublantes qui remplissent nos écrans depuis quelques semaines. Mais ces bons sentiments et ces non moins bonnes paroles viennent un peu tard. La messe a déjà été dite : sous le nez de l’Eglise de France, au su et au vu de Rome, les Pentecôtistes ont déjà évangélisé un très grand nombre de Roms et de Tsiganes.

En regardant l’histoire de cette communauté depuis la Guerre, force est de constater que les Tsiganes et les Roms n’ont pas été au top des priorités de l’Eglise catholique ces soixante dernières années. Or, si l’Eglise les a, en quelque sorte, abandonnés, cela n’a pas été par manque de cœur, mais parce qu’en tant qu’institution bureaucratique l’Eglise s’est heurtée au même problème que l’Etat : comment « caser » ces nomades ? Concrètement, l’Eglise n’a pas su inventer une pastorale adaptée à cette population : depuis des siècles, elle s’est habituée à conduire (quand elle en conduit encore) des troupeaux fixes et sédentaires.

Conversions massives au pentecôtisme

À partir des année 1950, les difficultés de l’Eglise catholique à prendre en compte ces populations ont ouvert un boulevard au pasteur pentecôtiste Clément Le Cossec. Pour ce jeune Breton, élevé dans la misère et la marge sociale, appartenant à l’Assemblée de Dieu (ADD), institution confédérative de Pentecôtistes, il n’y avait ni pape ni évêque à qui rendre des comptes. Il a profité de cette liberté et « le pasteur des Gitans » a créé une Eglise ambulante à l’image de ses ouailles nomades, une paroisse qui accompagne ses paroissiens à travers l’Europe et même outre-mer. Autrement dit, en s’installant chez ces « lépreux sociaux », le pasteur Le Coussec les a amenés corps en âmes à sa foi. Résultat : des conversions massives.

« Vie et Lumière », l’association qui continue l’œuvre du pasteur Le Coussec, décédé en 2001, revendique plus de 100 000 adhérents en France ; les dizaines de milliers de Tsiganes qui assistent, chaque année à la fin août, au grand rassemblement qu’elle organise montrent que ce chiffre est crédible et témoignent du poids du pentecôtisme au sein de cette communauté en France.

Le défi majeur des catholiques

Le succès du pentecôtisme parmi les Tsiganes n’est pas un cas isolé. En Amérique du Sud et surtout au Brésil, les Eglises inspirées du modèle pentecôtiste ont su attirer et convertir beaucoup de catholiques. Pour Rome, ce phénomène est aujourd’hui un défi majeur à relever. Plusieurs décisions de Benoît XVI, comme de son prédécesseur, s’expliquent uniquement par leur volonté d’y faire face. En tout cas, comme l’avait démontré Clément le Cossec, pour conquérir les cœurs et les âmes des Tsiganes – tout comme les habitants des favelas – il faut plus que des bonnes paroles. Il faut la souplesse et l’énergie d’une Eglise jeune, où le charisme n’est pas encore complètement figé par les institutions.

La question n’est donc pas de savoir si l’Etat rejette les Roms et les Tsiganes, mais si l’Eglise catholique est capable de ne pas les faire fuir loin d’elle.

La gauche touchée par la grâce

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Ce miracle vous a peut-être échappé. La gauche et les médias ont été touchés par la grâce. En général, quand le pape s’exprime sur un sujet d’intérêt général, c’est un festival de criailleries : la laïcité est en danger, l’ordre moral menace. On fustige le gouvernement si un de ses membres est un peu trop ostensiblement catholique. Et on bombarde l’Apostolique et Romaine à coup d’affaires de pédophilie vieilles de trente ans. Mais il faut croire que l’évocation des dites affaires n’est plus une urgence ni un impératif moral car les paroles prononcées par Benoit XVI ce dimanche ont été célébrées de toutes parts et pas seulement parce qu’elles l’ont été dans notre belle langue. Non, si de symbole de la réaction, le pape est devenu, le temps d’un week-end, une icône du progressisme, c’est parce qu’il a, à mots à peine voilés, critiqué la politique de Nicolas Sarkozy à l’égard des Roms. Au passage, on notera une certaine confusion sémantique puisque les uns parlent « d’expulsions massives » et les autres de « retours volontaires ». C’est que, conformément à la réglementation européenne, les Roms sont priés d’évacuer les campements illégaux mais que leur accord est effectivement nécessaire pour les mettre dans un avion.

La morale publique, d’accord, mais la morale privée est une affaire privée

Mais revenons à nos brebis revenues au bercail. Ce mystère a une explication simple : c’est que le Pape est de gauche. Il est même l’un des représentants les plus éminents de cette gauche qui se proclame morale depuis qu’elle a renoncé à faire de la politique. Dans ces conditions, on comprend que la défense sourcilleuse de la laïcité soit subitement devenue l’affaire de la droite tandis que du côté de l’opposition, personne ne s’offusque du fait que Monseigneur Vingt-Trois, archevêque de Paris ait annoncé son intention de sermonner Brice Hortefeux. Dans le combat contre le mal sarkozyste, on espère bien que le Vatican pourra aligner quelques divisions. Il serait sans doute malséant de remarquer qu’en cette affaire, l’Eglise conjugue judicieusement la morale chrétienne et ses intérêts politiques car depuis trente ans, de très nombreux Gitans ont abandonné Rome pour les pentecôtistes.
Quoi qu’il en soit, l’Eglise est autant dans son rôle quand elle préfère la fidélité au préservatif que quand elle rappelle aux puissances temporelles que tous les hommes sont frères. Mais si on ne tolère aucune de ses ingérences dans les comportements privés et sexuels des individus, on applaudit quand elle rappelle les Etats à leurs devoirs moraux. La morale privée doit rester une affaire privée. Car l’Etat c’est nous, certes, mais c’est surtout les autres. Et du moment que les Roms acceptent d’être nos frères en s’installant chez nos voisins, on peut être charitable à bon compte.

Chauffeur, si t’es champion…

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Nous savons bien que les seuls faits divers qui intéressent en ce moment les médias sont d’ordre strictement sécuritaire et que si un gamin rote ou pète à Vénissieux, Brice Hortefeux se déplace et promet une loi sur le météorisme. On aimerait cependant attirer l’attention sur l’accident de l’autobus Eurolines Amsterdam-Paris, sur l’autoroute A2 à hauteur de Crespin, dans le Nord, vendredi 13 août. Il a tout de même fait un mort, un jeune homme français originaire de la région parisienne, et dix-sept blessés dont trois graves.

Le chauffeur néerlandais de ce car n’avait jamais eu d’accident ni même le moindre problème en 22 ans de service. Il a été mis en examen par le procureur de Valenciennes qui précise qu’il n’était pas sous emprise alcoolique et que le « mouchard » du véhicule indiquait que les limitations de vitesses avaient été respectées. On ne comprend donc pas pourquoi il est sorti de la route et s’est écrasé de plein fouet contre des arbres.

Certains mauvais esprits indiquent que ce monsieur avait 63 ans. Ce qui est bien, avec l’allongement de l’espérance de vie, c’est qu’on peut travailler plus longtemps, quand on est chauffeur. Quand on est passager, en revanche…

Sous les pavés, le roc

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Ruines d'une chapelle dans le Finistère
Ruines d'une chapelle dans le Finistère.
Ruines d'une chapelle dans le Finistère
Ruines d'une chapelle dans le Finistère.

N’entendant rien ni à la politique ni à l’économie ni à l’histoire, je ne puis évoquer l’état présent de la France que par le biais de mon autopsie. La France est une nation en ruines. Ma voix ne peut être que celle de l’une de ses pierres éparses, charnellement revêches à l’appartenance.

Je suis né en France, mes ancêtres sont français, je suis de nationalité française. Mais je n’ai jamais eu le sentiment d’être un Français. Je n’ai jamais entendu, dans mon enfance, les légendes de la France, les histoires de la France. Je n’ai jamais entendu parler de la France comme d’une entité à laquelle il eût été possible d’appartenir et moins encore comme d’une entité à laquelle j’appartenais.

[access capability= »lire_inedits »]Plus tard, j’ai rencontré des Français. J’ai éprouvé de l’admiration et de l’amour pour certains êtres, et certains d’entre eux étaient des Français. D’autres étaient des Tchèques, des Grecs, des Allemands, des Polonais, des Roumains. Beaucoup étaient des juifs. Tous étaient seuls, comme Franz Kafka. Certains aussi étaient des Français, et souvent des catholiques français. En eux, j’ai admiré et aimé la France, mais comme un Polonais, comme un Roumain, comme un Kabyle – ou comme Sam Lee Wang, le merveilleux personnage de Gabrielle Roy, frère de tous les déracinés, eût aimé la France s’il l’eût connue. Les corps français, les manières, les voix et les mémoires françaises se sont toujours présentés à moi avec le charme de mystères exotiques.

Je combats intellectuellement ceux qui se font gloire de n’appartenir à rien. Ceux qui imaginent que la non-appartenance tous azimuts est le comble de la liberté. Je considère intellectuellement les ennemis de l’appartenance, de l’enracinement, de la responsabilité et de la fidélité comme des ennemis de la liberté. L’amour de la liberté ne peut être à mes yeux que l’amour des attachements.

La clairière de la non-appartenance

Pourtant, toutes ces conceptions intellectuelles rencontrent sans cesse en moi deux butées charnelles, deux perceptions obstinées. La première est le sentiment d’être ontologiquement voué à la non-appartenance, le sentiment d’être indigne de toute appartenance, de ne pouvoir être au sein de toute appartenance qu’un imposteur, un étranger maladroitement grimé et déguisé, dont l’accoutrement ne saurait tromper aucun membre authentique de la communauté. Le second sentiment, qui n’est que l’autre versant du même roc, du roc de la non-appartenance, est celui que tout air commun est irrespirable et que toute appartenance ne peut être pour ma chair qu’une prison : de cette sensation naît l’appétit de la fuite, de la désertion – qui n’est jamais en nous l’appel de la liberté, mais l’appel de la désolation du désert. Le roc de notre non-appartenance possède donc un flanc plaintif et un flanc agressif – mais l’agressivité y est sans doute la vérité de la plainte. Nous savons que ces deux versants sont stériles et tristes.

La crise du sentiment de l’appartenance nationale en Europe ne me semble pouvoir être comprise que comme une des dimensions de cette crise globale du sentiment d’appartenance. Notre salut me semble dépendre de notre capacité à restaurer dans nos âmes l’art d’appartenir, l’art de donner consistance et visages à des mondes communs. Il est possible que la nation soit l’une des formes de ces mondes communs ; mais, pour l’essentiel, ces formes ne me semblent pas prévisibles.

De la clairière de la non-appartenance où nous nous trouvons réunis partent deux chemins identiquement nihilistes. Le premier est celui qui désigne les membres des autres communautés comme les responsables de la crise de notre sentiment d’appartenance et qui pense l’appartenance non comme une dette créatrice, mais comme une accumulation de simples signes extérieurs dissimulant le vide d’où sourd la pure agressivité. La seconde voie nihiliste, que j’ai trop souvent arpentée, est celle de l’esthétisation complaisante du sentiment de non-appartenance et d’errance, qui permet de masquer à la fois la lâcheté de notre refus de l’héritage et la veulerie qui nous retient de prendre part à la construction de mondes communs. Du troisième chemin, celui de la sortie du nihilisme, je doute qu’il puisse exister un savoir. Mais nos corps, c’est-à-dire nos âmes, sous nos carapaces de vacarme métallique, derrière nos egos vides fermés à triple tour, sont prêts à l’accueillir. Il suffit d’ouvrir tous nos sens, maintenant, pour l’entendre bruire et nous porter.[/access]

Maintenant y’en a plus !

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Amine Benalia-Brouch, le jeune militant moqué par le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux pendant l’université d’été de l’UMP en septembre 2009, vient d’annoncer sur sa page facebook sa décision de quitter le parti.

Pour rappel, dans le vidéo qui a fait le buzz de la rentrée 2009, une militante UMP déclare en parlant de M. Benalia-Brouch : « Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière… » à quoi Brice Hortefeux réplique : « Ah, mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype, alors. C’est pas du tout ça. »

Ensuite on peut entendre clairement la voix d’une autre militante disant : « C’est notre petit Arabe… », et le ministre qui renchérit avec la phrase devenue célèbre : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. »

Ces propos ont valu à Brice Hortefeux le 4 juin dernier une condamnation pour injure à caractère racial, assortie d’une amande de 750 euros et de 2 000 euros de dommages et intérêts. On ignore si comme d’autres Auvergnats avant lui, Amine compte ouvrir un café charbon à Paris.

Pauvres pauvres !

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Dans ce pays pourri par l’assistanat, et un assistanat qui profite évidemment d’abord aux Arabes, il y a une foultitude aberrante d’allocations qui tombent sur cette population si manifestement avide de bien-être, gorgée jusqu’à l’indécence de prébendes étatiques, faisant noubas et ramadans dans des logements sociaux riants, des cités harmonieuses, voire radieuses comme on disait du côté du stalinien Le Corbusier. Cet imbécile pensait avec Auguste Perret que des logements pour pauvres pouvaient être, devaient être un peu plus que décents et utilitaires. Mais ils ne savaient pas que les pauvres ne font pas attention à leur décor, qu’ils estiment que tout leur est dû et qu’ils laissent se dégrader leur environnement, non pas par découragement ou manque d’argent comme on pourrait le croire mais parce que c’est comme ça, les pauvres de tout temps n’ont eu aucun sens du beau.

Non, mais ils se sont bien regardés, les pauvres ?

Leurs logements sont d’ailleurs, à la fin souvent détruits. Parfois ce sont le fait d’émeutiers barbus ou en casquette, ou en casquette barbue, qui ne veulent rien faire et refusent de travailler alors que le précariat a sa noblesse et qu’on se demande ce qu’il leur faut, à ces jeunes.. Un CDI tout de suite ? Non mais, ils se sont bien regardés ?
Parfois, leurs logements sont aussi détruits par l’Etat lui-même dans le cadre de la rénovation urbaine. On convoque des télés pour montrer la maitrise de nos artificiers. Ca s’effondre sur soi et ça fait beaucoup de poussière. Après, on met la poussière sous le tapis et ça recommence comme avant. Il paraît que l’on appelle ça la politique de la ville.
Néanmoins, à une époque, en France, dans ces quartiers, beaucoup ont voté communiste. Ils ont eu alors des mairies qui leur donnaient des équipements pour la petite enfance, des colonies de vacances, des théâtres, des bibliothèques. Mais ça n’a pas duré. On appelait ça une contre-société. Ces cités se prenaient en main elles-mêmes. Cela aurait dû plaire à la droite qui ne parle que de responsabilité, de prise en charge de la communauté par elle-même. Mais ça ne lui a pas plu. Elle expliquait qu’on commence par emmener les enfants à la mer et qu’on se retrouve avec des chars soviétiques à Corbeil-Essonnes. Tiens, il ne raconte pas autre chose, le David Cameron, avec son projet de Big Society. Margaret Thatcher disait que la société n’existait pas ce qui était une manière de mettre à mort les solidarités traditionnelles du monde ouvrier – la « common decency » d’Orwell – , histoire d’achever ses velléités à se penser en tant que classe.

David Cameron, ce modèle…

Cameron, lui, ayant compris que la City avait ruiné son Etat, se replie sur cette même société. La Big Society, c’est une manière élégante de dire l’Etat ne peut plus rien pour vous, et les syndicats non plus, puisqu’on les a tués depuis trente. Alors voilà, faites comme vous sentez, hein, implantez vos écoles et vos hôpitaux où vous en avez besoin, ce sera toujours mieux fait par vous que par des bureaucrates. De toute façon, des bureaucrates, on n’en a plus non plus. Et puis bien sûr, vous financez vos projets vous-même, isn’t it ? Je mettrai éventuellement une rallonge si je trouve encore quelques pounds au fond des caisses qui n’auront pas été utilisées pour réduire le déficit.
La différence entre le projet de Cameron et celui des municipalités françaises communistes de la grande époque, c’est que chez les communistes, il y avait un choix, une volonté de montrer qu’un autre type de société était possible, ici et maintenant, tandis que la Big Society est la dernière cartouche de Cameron avant liquidation et tiers-mondisation de sa propre classe moyenne.

L’horreur allocataire

Mais bon, eux au moins, ne déversent pas des sommes fabuleuses dans le tonneau des Danaïdes de la paresse naturelle du pauvre, encore renforcée par la forte prédominance de pauvres à peine français, venus du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. On ne va pas vous en faire la liste de ces allocations, on voudrait éviter de transformer le corps du riche, pourtant bien protégé derrière son bouclier fiscal, en martyre de Saint Sébastien. Est-ce qu’un bouclier fiscal de rien du tout, avec un tout petit plafond de soixante pour cent sera en effet assez épais pour ne pas être transpercé par ces flèches honteuses, décochées par un Etat-providence que le socialiste Sarkozy, derrière ses rodomontades, se garde bien de démanteler ?
RMI, RSA , APL, indemnités journalières pour les accidentés du travail (Frédéric Lefebvre, cet aigle de la rigueur, a bien essayé de les fiscaliser, hélas sans succès), allocations familiales, allocations adultes handicapé, on en passe et des pires.
Bloy, pourtant assez peu marxiste, parlait du sang du pauvre. Là, on voit bien que c’est le sang du riche qui est en jeu. Le riche saigne, s’affaiblit, s’exile, enveloppé d’un manteau de capitaux maigrelets pour éviter un rezzou fiscal toujours possible : il voit bien que le bouclier ne tient plus, qu’il est déjà écorné, qu’il n’a plus le choix que de passer dans des pays lointains.

…et l’allocation rentrée scolaire

Et puis j’allais oublier, en matière d’allocs, celle dont on parle un peu en ce moment. L’allocation de rentrée scolaire. Elle est en gros de 300 euros par enfant entre six et dix-huit ans et n’est distribuée, dans tous les cas, qu’aux ménages gagnant moins de 30 000 euros par an. Evidement, plus vous avez d’enfants et plus vous êtes pauvres, plus vous touchez. Et comme les Arabes sont pauvres et ont beaucoup d’enfants, comme d’habitude, c’est eux qui ramassent le pactole.
La droite, ça la démange un peu, l’argent jeté par les fenêtres de cette façon. Cette droite, qui adore la liberté et la responsabilité, trouve que les pauvres ne sont pas assez responsables. Libres ? Oh, un pauvre, c’est toujours assez libre comme ça et puis ils ne savent pas trop quoi en faire de leur liberté. Ce n’est pas plus mal. En France, certains pauvres, figurez-vous, ont le droit de vote. C’est à peine croyable. Parfois même des pauvres d’origine étrangère Heureusement qu’ils s’abstiennent ou qu’ils ne sont pas inscrits, ils seraient capables de voter à gauche.

Edouard Courtial, l’obsessionnel

Mais bon, toujours est-il que cette allocation rentrée scolaire, c’est celle de trop pour Edouard Courtial, député de l’Oise. Il trouve ça très imprudent de laisser les pauvres avec tout cet argent à la rentrée. C’est son dada car c’est la troisième année qu’il propose que l’on transforme cette allocation en bons d’achats. Edourd Courtial doit penser que les pauvres, de plus en plus islamisés, vont profiter de cette manne pour acheter de la drogue, des Home-Tv, des armes, des manuels de guérillas urbaines, que sais-je encore. Tandis qu’en donnant des bons d’achat, le pauvre n’aura pas le choix, il sera obligé d’aller acheter de la papeterie là où on lui dira. Et des chaussures pour celui qui entre au CP dans un supermarché choisi à l’avance. Sur quel critère, tiens ? Le meilleur prix ou la meilleure contribution à une campagne électorale ?
Monsieur Courtial, qui a un nom bien célinien que reconnaitront les lecteurs de Mort à Crédit, n’est pas si sympathique que son homonyme romanesque. Courtial des Pereires voulait inventer un moyen de faire grossir de manière accélérée les pommes de terre. Edouard Courtial, lui, veut inventer un moyen de contrôler et d’humilier encore plus les pauvres. Vous me direz, étant donné l’état d’esprit à l’UMP en ce moment, il serait peut-être temps qu’ils pensent à faire un concours Lépine.
On rappellera juste à monsieur Courtial que l’allocation de rentrée scolaire coûte en tout et pour tout à la nation 30 millions d’euros. Et que 30 millions d’euros, c’est exactement la somme que le gouvernement qu’il soutient a rendue à Liliane Bettencourt au nom d’un trop perçu fiscal. La prochaine fois, on espère que le ministère du Budget évitera le chèque pour préférer des bons d’achats.

Quand Poutine se fait sonner les cloches

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« Lorsque ces enfoirés de démocrates sont arrivés au pouvoir, ils ont piqué les cloches du village pour les remplacer par un appareil téléphonique. Tout ça au nom de leur putain de modernisation. Le problème, c’est que leur téléphone de merde n’a jamais marché étant donné qu’ils ont oublié de le raccorder! ».

C’est en ces termes qu’un blogueur anonyme de la région de Tver, à 150 kilomètres au nord de Moscou, a exprimé sa colère face à l’état désastreux des équipements et des installations anti-incendie. Le message, fort émotif, a été repéré par l’équipe de la radio « Echo Moskvy» et transmis au Premier ministre. D’après le rédacteur en chef de la radio, « ce message résume assez bien les sentiments de beaucoup de Russes ».

Si tel est le cas, le Kremlin a de quoi s’inquiéter. Car ce post incendiaire ne parle pas que d’incendies: « Vous, les fonctionnaires et les députés, vous avez tiré un trait sur nous. Mais nous avons nos vies ! Foutez le camp avec vos lois et laissez nous vivre comme nous l’entendons, c’est à dire bien. Nous ne comptons plus sur vous ».

L’affaire a fait tant de buzz que Poutine s’est fendu d’une réponse personnelle : « A la fin de ma journée de travail, en inspirant comme tous les Moscovites la fumée des forêts des alentours de la capitale, j’ai pris avec beaucoup d’intérêt connaissance de votre évaluation de la situation dans le pays. Pour être précis, je me permets d’attirer votre attention sur le fait que nous n’avons pas noté en Russie de températures comparables à celles de cet été depuis 140 ans. Ceci décharge en partie le pouvoir, qui n’a jamais eu affaire à une catastrophe de cette échelle. Toutefois, je partage en général vos opinions et vos remarques ».

Après quoi le Premier ministre a assuré le blogueur que s’il lui envoyait son adresse, le Président se fera un plaisir de lui offrir immédiatement une nouvelle cloche…