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La France d’avant, c’est la Corse !

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photo: Andrea Kirkby

Enfin je quittais le Paris murayifié pour rejoindre mes précieuses et sauvages montagnes corses. J’espérais y trouver une zone de résistance face à l’invasion du festif si terriblement visible en période estivale. Depuis que je lis Muray, je vois du Muray partout. Dans le Paris plagisé et touristifié, c’était facile. Mais en Corse, sur cette île où les pompiers et les chasseurs boivent ensemble un pastis dans le bar du village et parlent du sanglier tué, de la prochaine procession ou du meurtre dans le village voisin, ça devait forcément être différent.

Je ne suis pas assez naïve pour croire que l’insularité constitue une barrière infranchissable par le despotisme festif. Festivus festivus a bien débarqué sur l’île et il est d’abord rassuré.

Festivus festivus fait trempette au bord de la mer jetskiisée et pneumatisée. Entouré de marmaille criante sur bouée, il jette un regard perplexe aux quelques nageurs intrépides de longue durée, en se disant qu’il faudrait peut-être les encadrer afin qu’ils ne nuisent pas trop aux véliplanchistes et aux jets-skieurs. Et d’ailleurs, il pense que Delanoë devrait organiser tous les vendredis soirs, sur la Seine, une parade de jets-skis encadrée par les vedettes de la police fluviale : après la rue, il faut se réapproprier le fleuve.

Enfin cramé, tranquillisé et benoîtement engourdi par la sono technoisée de la paillote et du doux bourdonnement des Flippers motorisés, Festivus festivus va se gaufriser, se pizzatiser et s’haagendazsiser avant de déambuler, avec la douceur et la sérénité d’un saint approchant les portes du Paradis, dans les rues d’Ajaccio théâtralisées par le Shopping de nuit. Pour fêter ses emplettes bon marché, rien de tel qu’un délirant karaoké, où sa voix se perd dans le vacarme des concerts pop rock et dans les hurlements des animateurs de rues, déguisés en écrevisses géantes et juchés sur des échasses.

Demain, il descendra dans le sud. Il a hâte de voir le Porto-Vecchio pipolisé et de s’amuser avec toute sa tribu dans Bonifacio disneylandisé par une infantile chasse au trésor, où le Capitaine Crochet et les Clochettes boudinées, monoisées et raybanisées, font une halte fraîcheur dans ces lieux d’obscurantisme que sont les églises.

Festivus festivus est donc tout content de lui. Il rentabilise bien son séjour. Il a la mer et le parc d’attraction, l’île de Beauté et l’île aux enfants. Il squatte la plage et les villes en fêtant la fête de ses vacances festives.

Mais voilà, Festivus festivus a oublié qu’il se trouvait en Corse et dans cette île, le Réel ne se planque pas sous le tapis, comme dirait Muray. Au contraire, il sort comme un diable hors de sa boîte, pour briser la douce illusion onirico-fusionnelle dans laquelle baigne béatement Festivus festivus. Car en Corse, il reste encore de l’Histoire.

La Corse n’est pas le pays des Bisounours, mais une terre de conflit, d’amour et de haine, de bénédiction et de malédiction, où la Mort fait partie de la Vie, où le Bien n’existe que parce qu’il affronte le Mal. C’est donc une terre de contradiction, une terre humaine.

En Corse, la mort s’invite à la fête. Et bas les masques. Les boîtes de nuit deviennent des boîtes à massacre. Carré VIP saccagé et fusillade sur la piste.
De quoi est-il question ? De vengeance bien sûr. Tuer pour venger l’honneur sali, n’est pas un mythe mais une réalité.

En Corse, le déshonneur signifie encore quelque chose et ne peut être lavé que par le sang et c’est comme ça depuis des générations. Il ne s’agit pas seulement de se venger soi-même, mais de préserver l’honneur du nom de la famille. Les calibres sont dans les boîtes à gant, et une affaire de femme, de terre ou de bétail, suffit pour dégainer.

Mais si les pétards sortent des placards, les secrets, eux y restent parce qu’en Corse, la délation institutionnalisée n’existe pas. Alors, Festivus festivus, mouchard vigilant, sbire discipliné de la Transparence généralisée, s’indigne de cette loi du silence, de cette loi d’honneur, de cette Omerta qui est toujours dans les gènes des Corses. Ce n’est pas un hasard, si la Corse va bientôt être désignée Juste parmi les Justes pour son comportement exemplaire envers les Juifs pendant l’occupation nazie.

Qu’attendent les Chiennes de Garde ?

En prime, les Corses aiment « la bagnole » comme disait Pompidou. Et la vitesse. Et tout ça pour épater les filles, et elles aiment ça. Ô Sacrilège, le prolongement phallique de l’homme fait encore fantasmer les vraies femmes que sont les Corses !

Festivus festivus se sent mal devant cette société archaïque, hétérogène, animée par le principe de contradiction, où les frontières existent encore.

La séparation hommes-femmes, notamment pendant les cérémonies funéraires, et la transmission inaltérable du nom du Père, donc du modèle patriarcal structurant, inquiètent beaucoup Festivus festivus qui se demande ce qu’attendent les Chiennes de Garde agir.

Ici les chiens ne gardent pas, ils chassent, ô horreur, les animaux. Et les hommes les tuent par tradition et par plaisir. Ici, les bêtes ne sont pas les égales de l’homme, n’en déplaise aux zoophiles de tout poil. Et de surcroît, les Corses pensent que l’homme n’est pas l’égal de Dieu. Alors, Festivus festivus, athéiste cathophobe, est pris d’effroi devant la visibilité de la foi religieuse. Comme au Mont Sinaï, Dieu a besoin du silence des montagnes pour se manifester. En Corse, chaque village a un Saint, célébré par une messe et une procession. Parce que les Corses n’ont pas oublié la Chute, ceux qui portent la statue du Saint sont des vrais pénitents, rien à voir avec les thalassophiles en peignoirs blancs qui sortent, mines réjouies, de leur cure et viennent se prosterner devant le Dieu soleil. En Corse, les églises sont rénovées, les cloches, les maisons et les voitures sont bénies, plus de 50% des nouveaux-nés sont baptisés, les plus beaux emplacements sont ceux des cimetières, la fête nationale est celle de la Marie, et suprême injure pour l’Onfrayisé estivant, l’hymne national corse, Dio Vi Salvi Regina, est dédié à la mère de Jésus et reine de la l’Île !

Dieu est visible et la Mort aussi. À l’image du Maure du drapeau, dont les yeux sont restés ouverts, le mort en Corse ne meurt jamais. La Mort est célébrée, chantée, exhibée. Le cercueil du défunt traverse le village, touché et baisé par tous les habitants. Oui, le mort ne meurt jamais parce qu’il saisit le vif. Il arrive même que certains continuent de payer leurs factures et de voter.

Après toutes ces résurgences apocalyptiques de l’Ancien Monde, Festivus festivus a besoin de se restaurer dans un établissement typique. Manque de chance, le menu est imposé : pâté de merle, cabri, et fromage de brebis habité (par des vers). Que fait la Commission européenne ?

Pour digérer ce repas si salé, rien de tel qu’une bonne marche en montagne pour retrouver la nature rassurante et bienfaitrice. Encore une fois, le Réel rattrape Festivus festivus. Bourrasques, mini tornades, trombes d’eau et froid glacial s’abattent sur lui, sur les chemins escarpés parsemés de croix. Stop. C’en est trop pour Festivus festivus qui n’a qu’une hâte, quitter cette île pour téter de nouveau la terre maternante et infantilisante du continent. Mais le Réel ne lâche pas sa proie si facilement.

Imaginez Festivus Festivus ne pouvant pas rendre sa voiture de location ni reprendre son avion parce que les nationalistes bloquent l’accès au tarmac. Il panique, trépigne, jure, pleure de rage et implore les secours de Big Mother, l’Etat, qui finira par le délivrer de cet Enfer.

Les secrets d’Etat du secrétaire d’Etat

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Si la quête du scoop à tout prix n’est pas la principale raison d’exister de Causeur, on n’y méprise pas pour autant l’art de la divulgation embarrassante, pour peu qu’on soit sûr de ce qu’on avance : on est old school et on ne se refera pas.

Nous sommes donc assez fiers que l’info révélée ici même, mercredi, par Luc Rosenzweig dans son article La Belgique en soins palliatifs, sur une réunion au sommet « discrète, sinon secrète » autour Pierre Lellouche pour évaluer les conséquences d’une partition éventuelle chez nos voisins du dessus ait été largement repris par toute la presse, à commencer par le quotidien de référence du soir, sous la plume de Jean-Pierre Stroobants, ainsi que par l’ensemble de la presse belge. On notera aussi, au passage, que les services du secrétaire d’Etat aux affaires européennes ont fini par confirmer l’info.

« Ce rire-là ne pense pas »

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Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut.

Vous aimez Muray. Vous lui avez d’ailleurs consacré, sur France Culture, une éblouissante émission avec Fabrice Luchini. Et pourtant, cet entretien vous a considérablement agacé. Du coup, alors que je me demandais qui pourrait faire, pour ce dossier, une critique dure mais intelligente – ce qui n’était pas une mince affaire, ses adversaires n’ayant pas brillé par leur subtilité −, vous vous êtes, à votre corps défendant, désigné comme volontaire. Pourquoi tant de colère contre feu notre ami ?

Dans cet entretien, Philippe Muray est au pire de lui-même. Son anthropologie géniale de l’hypermodernité verse dans l’anti-américanisme fanatique. Il ne rit plus, il grimace, il ne critique plus, je dirais presque qu’il éructe. Nous sommes tous sujets à ces débordements, moi comme un autre. Il appartient à la postérité d’être généreuse et de faire un tri. Vous avez fait un autre choix. Je ne peux que détailler mon désaccord, même si c’est une opération délicate puisque je le fais in abstentia : il n’est plus là pour me répondre, c’est-à-dire sans doute pour me pourfendre.

Dans ce texte et ailleurs, Muray reproche à l’« Empire du Bien » son manichéisme. Mais que fait-il, sinon doter cet Empire du Bien de tous les attributs canoniques du Mal ? Une des expressions les plus fortes de ce texte extrêmement violent est : « les Caligula de Washington », c’est-à-dire les instigateurs de la guerre en Irak. Autrement dit, les Américains sont des monstres et, face à eux, l’ironiste Muray n’est plus qu’un ange en colère, un fanatique du Bien. Il dit : « Le Bien ment. Il cogne et il tue. » Quelle différence y a-t-il entre le Bien ainsi défini par le mensonge éhonté et le Mal des contes pour enfants ? À ce moment-là, l’univers mental de Muray se rapproche de Hollywood et même de Disneyland. Le simplisme règne en lieu et place de l’ambivalence, de la complexité, des problèmes et des dilemmes de la vie réelle.

Il me semble que le simplisme était aussi du côté de Bush et de son discours. Et Philippe analysait les discours autant, sinon plus, que les politiques concrètes…

Pour vous répondre, je dois préciser et approfondir ma critique. Muray transforme le 11-Septembre en non-événement et en événement prétexte, puisque tout le mal doit être du côté de ce qu’il appelle le Bien, ce qui fait de lui, bien sûr, le représentant du Bien réel. L’Occident n’a pas d’ennemi, dit-il, l’Occident est lui-même l’ennemi. Voilà qui ne risque pas de choquer le politiquement correct et ses « mutins de Panurge ». Parce que, pour la bien-pensance que Muray dénonce inlassablement, l’ère de l’opposition ami/ennemi est close. Sa religion, c’est la religion de l’humanité. L’humanité est une, le sentiment du semblable est plus fort que tout et toutes les différences sont appelées à se dissoudre dans le grand bain du métissage universel. Tous ceux qui refusent ce destin ou contestent ce diagnostic dérogent au sentiment du semblable et se constituent dès lors en ennemis du genre humain. Je prétends que, sur ce terrain de l’anti-américanisme, Philippe Muray, le grand démystificateur d’Homo festivus, et la bien-pensance sont exactement sur la même longueur d’onde.

[access capability= »lire_inedits »]Là, vous exagérez ! Pour Muray, la fin de l’Histoire advient précisément parce que le nouvel homme, Homo festivus, et son descendant, Festivus Festivus, prétendent éradiquer les différences, les divergences, les dissidences !

Bien sûr, et c’est la raison pour laquelle c’est un grand paradoxe de voir Muray rejoindre, au moment de la guerre en Irak, ceux que d’habitude il fustige. Si Muray n’avait dit que cela contre le politiquement correct, le politiquement correct n’aurait rien trouvé à redire à Muray.

Par ailleurs, il ne dit pas que l’Occident est l’ennemi, mais son propre ennemi. Ainsi compare-t-il les « djihadistes » à des éléphants entrant dans un magasin de porcelaine dont les propriétaires ont déjà tout saccagé.

C’est une idée très forte mais précisément, contrairement à ce que dit Muray, le 11-Septembre est un événement absolument capital. Je citerai à ce sujet Pierre Manent, qui écrit, dans La Raison des nations : « L’information la plus profondément troublante apportée par l’événement ne fut pas la révélation paroxystique du terrorisme comme phénomène majeur. Mais elle résida plutôt en ceci : l’humanité présente est marquée par des séparations bien plus profondes, bien plus intraitables que nous ne le pensions. […] Le 11-Septembre révèle l’impénétrabilité réciproque des communautés humaines en dépit de la prodigieuse et toujours croissante facilité des communications. » La réponse américaine au 11-Septembre n’était sans doute pas la bonne. Elle était naïve. Mais quand on envisage des questions internationales, il faut avoir la modestie des faits précis et singuliers. L’intervention américaine n’a pas eu que des résultats négatifs, notamment si l’on songe à la relative émancipation des Kurdes et des chiites. Alors, justement, qui tire son épingle du jeu ? L’Iran, et donc une version particulièrement sophistiquée et redoutable de l’islamisme radical. L’ennemi est-il affaibli ou renforcé ? On ne peut pas apporter à cette question de réponse catégorique, mais on est quand même en droit de s’inquiéter et cette inquiétude est aggravée par le fait que l’hostilité à la civilisation occidentale sous toutes ses facettes est en quelque sorte redoublée par la mauvaise conscience d’un Occident qui ne cesse de se fustiger lui-même et de dire à ceux qui le haïssent : « Vous avez raison de nous haïr. » En se fustigeant, il se défait de l’identité qu’il devrait au contraire préserver et défendre.

En supposant qu’il soit encore temps. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas tant la guerre américaine qui a provoqué la colère de Philippe, même s’il l’a désapprouvée, que la conclusion que beaucoup en ont tirée, à savoir que, comme le 11-Septembre, elle invalidait la thèse de la « fin de l’Histoire ».

Une thèse comme celle de la fin de l’Histoire est constamment menacée d’invalidation. Les Européens vivent dans une espèce de parenthèse historique. Ils sont au balcon ou, pour employer une autre métaphore, ils sont en vacances, mais il est probable que les vacances se terminent un jour ou l’autre. Muray prend sans doute pour une fin ce qui n’est qu’une parenthèse. Il devrait être un peu plus humble et plus prudent. Nul n’est Dieu. Nul ne peut prononcer le mot « fin » sans risquer d’être démenti. Surtout, il faut faire attention à cette susceptibilité d’auteur : « J’ai une thèse et je crispe, je m’énerve quand les faits semblent la démentir. » C’est un peu ce qui lui est arrivé, et c’est sans doute l’une des raisons de l’incroyable mauvaise humeur dont il fait preuve dans cet entretien.

Mais pensez-vous que, quand il y a de la guerre, il y a de l’Histoire ?

La guerre n’est pas la seule preuve d’historicité qu’on puisse brandir mais, en effet, la fin de l’Histoire, c’est, comme disait Hegel, le « dimanche de la vie ». Et dimanche, on ne fait pas la guerre.

La thèse d’une humanité qui conspire à sa propre destruction en éradiquant les différences, et en particulier la première d’entre elles, la différence des sexes, vous paraît-elle pour autant inopérante ?

Bien sûr que non, mais il faut être capable de penser plusieurs choses à la fois. Nous sommes sous la menace d’une indifférenciation généralisée d’une part, et d’autre part nous devons réagir face à ceux qui veulent en finir avec le régime européen de la différence des sexes.

Quand surviennent les affaires du voile islamique à l’école ou, plus récemment, la polémique sur la burqa, l’Occident est rappelé à lui-même. Ceux qui préconisent la prohibition du voile dans les écoles ou de la burqa dans l’espace public ne le font pas au nom de l’indifférenciation, mais au nom d’une certaine idée du commerce entre les hommes et les femmes. Celle-ci doit être défendue deux fois, contre ceux qui veulent abolir la différence des sexes au nom du « genre » et contre ceux qui pensent que cette différence doit se manifester par une inégalité des droits. Mais les progrès de l’indifférenciation ne doivent pas nous rendre insensibles à cette hostilité extérieure qui est toujours plus préoccupante.

Nous sommes en tout cas d’accord pour observer que Muray nous manque. Je me demande souvent ce qu’il aurait pensé et écrit de l’évolution de l’islam de France et de ceux qui demandent, avec la bénédiction des médias, que l’espace public s’adapte à la « deuxième religion de France ». Je ne crois pas qu’il aurait partagé l’enthousiasme des zélateurs de la diversité.

Je ne le crois pas non plus. Je me demande aussi ce qu’il aurait pensé de l’élection d’Obama. Cette élection, je l’ai saluée non pas seulement parce qu’un Noir accédait à la présidence des États-Unis, mais parce qu’il s’agit d’un intellectuel, ce qui va à l’encontre de la caricature d’une société abêtie par les médias de masse. Il n’empêche, et ce sont les tortuosités et les paradoxes de l’Histoire : Obama a beaucoup plus à voir avec l’Empire du Bien que les néo-conservateurs. Que faire de cette réalité ?

Quant à la France, je soupçonne que Muray aurait détesté ce que j’ai décrit comme le redoublement de la haine par la mauvaise conscience. Il avait une faconde que malheureusement je ne possède pas. Et j’imagine l’article extraordinaire qu’il aurait écrit après avoir entendu Martin Hirsch déclarer, sur Canal+, que « l’intégration en France sera réussie le jour où les catholiques appelleront leurs enfants Mohammed ». C’était une phrase pour Philippe Muray.[/access]

Respectons les règles

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On le soupçonnait déjà, mais cela se confirme : on n’arrête pas le progrès. Et l’humanité vient encore de faire un grand pas en avant grâce à Monsieur Jon Rose. Son patronyme le prédisposait sans doute à s’intéresser à la gent féminine. Ce qu’il fit. Car Jon Rose vient de mettre au point une nouvelle application pour l’iPad : le Code Red, qui a la particularité de vous avertir, Messieurs, lorsque l’élue de votre cœur a ses règles. C’est évidemment une invention cruciale et qui va sans aucun doute révolutionner la planète. Toutefois, il existe encore, dans des coins reculés, des gens qui n’ont pas d’iPad ou pas de 3G ni de wifi ou qui n’ont pas compris le mode d’emploi. On ne saurait trop conseiller à ces retardataires de s’en remettre à la méthode artisanale.

Si Madame fond en larmes parce qu’elle a oublié de ramener du café, qu’elle vous dit, dans la même minute « Ne me touche pas, j’ai mal partout! » et « Mais diiiiiiis, prends-moi dans tes bras, j’ai besoin de câlins! », qu’elle hurle comme une walkyrie parce que vos godasses traînent dans le corridor, comme elles le font depuis 15 ans et qu’elle ne veut même plus téléphoner à sa mère tellement tout le monde l’énerve, il semblerait que ce ne soit pas trop le moment de la ramener. Un peu de patience. Et évitez à tout prix les questions du style « Ben qu’est-ce qui se passe? T’es de mauvais poil? » Vous risqueriez de vous prendre un iPad en pleine poire !

Ground Zero, la mosquée de trop

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Ground Zero : image de désolation.

Les Américains ne s’enthousiasment pas pour le projet de construction d’une mosquée à proximité de Ground Zero. Faut-il en conclure qu’ils sont islamophobes, rétrogrades et définitivement perdus pour le progressisme ?

Sur le papier, le projet a tout pour séduire: le soutien des autres autorités religieuses, un objectif affiché et incontestable de dialogue interreligieux, tolérance et ouverture à l’autre. Il est d’ailleurs dénommé « la maison de Cordoue », en mémoire du « siècle d’or » des Omeyyades qui aurait fait cohabiter paisiblement toutes les religions. De plus le bâtiment ne sera pas situé sur Ground Zero, mais à ses abords, et sera « invisible » depuis la Tour qui remplacera les Twin Towers.

Rajoutons pour faire bonne mesure que le maire de New York définit ce projet comme correspondant à l’esprit de sa ville, « la plus libre au monde », dans laquelle les musulmans sont traités sur un pied d’égalité avec les autres communautés. Cerise sur le gâteau, le Président lui-même y serait favorable, ou en tous les cas, il ne saurait s’y opposer au nom du sacro-saint principe de la liberté religieuse.

On peut toujours se raconter que l’opposition, conduite par les forces réactionnaires de la droite américaine, les « Tea party », Sarah Palin et de dangereux évangélistes illuminés qui veulent ressusciter une guerre de religion, serait disqualifiée. C’est une erreur grossière.

Les Etats-Unis d’Amérique ont, depuis leur indépendance, ceci de spécifique qu’ils n’ont jamais été envahis. À l’exception de la Guerre civile et de ses suites et de quelques escarmouches en Californie avec le Mexique au 19ème siècle, aucun conflit ne s’est déroulé sur leur territoire. Le long des routes américaines, aucun monument ne rappelle une invasion étrangère. La terre américaine décrite par Jim Harrison se caractérise autant par son immensité et sa virginité que par son inviolabilité. Quel autre peuple jouant un rôle si considérable dans la marche du monde peut-il s’enorgueillir d’un tel privilège ? L’URSS a payé sa puissance par le sang versé, comme l’Amérique (même si les chiffres ne sont pas comparables), mais aussi par la ruine d’une partie considérable de son territoire. Depuis la Gaule chevelue jusqu’à la « Drôle de guerre », nous avons connu de multiples invasions.

La réaction épidermique des citoyens au projet de « la maison Cordoba mosquée » puise d’abord dans ce sentiment d’invulnérabilité. C’est à cette aune qu’il faut comprendre le traumatisme créé par la seule attaque qui ait atteint le sol national, le 11 septembre 2001.
Cette guerre, ou, pour ne pas céder à un bushisme qui n’est plus de saison, cet acte terroriste, a été perpétré au nom de l’islam, d’un islam certes dévoyé, instrumentalisé par des extrémistes ou des fanatiques, mais tout de même au nom d’Allah et de la lutte contre des valeurs occidentales dénoncées comme diaboliques.

Songeons à la commémoration du massacre de Katyn intervenue cette année dans les tragiques circonstances que l’on sait. Polonais et Russes se sont associés pour honorer les victimes. Mais personne n’a eu l’idée de demander que soit érigé à cet endroit précis un monument à la gloire de « l’idéal communiste » au prétexte que c’est au nom de sa descendance pervertie par Staline que des milliers d’officiers polonais ont été assassinés dans les forêts de Smolensk.

Il aura fallu 70 ans pour que ce passé indigeste commence à passer. À New York, le sang à peine séché, l’agression à peine digérée, il faudrait faire œuvre de pédagogie et de tolérance ? Neuf années suffiraient pour que l’on donne un blanc-seing à une religion susceptible de lectures si contradictoires, sans oser exiger qu’elle fasse préalablement son aggiornamento ? Le minimum est d’observer un délai de décence.

Dès lors, il faudrait être insensible ou inconscient pour reprocher à certains citoyens américains leur manque d’enthousiasme à l’idée de voir érigé, sur le lieu où ont péri 2780 personnes, un lieu de culte consacré à celui au nom duquel l’hécatombe a été commise. Sans adhérer aux slogans outranciers comparant le projet Ground Zero à un monument érigé à la gloire des nazis sur le site d’Auschwitz, sans accepter l’alternative infernale « choc des civilisations versus stigmatisation d’une communauté », on peut raisonner et faire preuve de délicatesse.

Si l’on en croit ses partisans, l’objectif des partisans du centre Cordoba est précisément d’éviter les amalgames entre le « bon islam » et le mauvais et d’éviter la « stigmatisation » du premier en raison des crimes du second. Ce travail indispensable peut être mené sans tambours et trompettes et sans heurter la peine des victimes. La maison de Cordoue peut être construite ailleurs et, en attendant, New York ne manque pas de lieux de culte où les croyants peuvent montrer que la religion de « paix et de tolérance » n’a rien à voir, sinon le nom, avec celle des assassins.

L’islam modéré, celui de la majorité des musulmans d’Occident, subit sans doute les conséquences de l’islam des tueurs. Cette injustice doit être combattue. Reste que la seule symbolique de Ground Zero est celle des victimes, c’est-à-dire des deux mille sept cent quatre vingt innocents, morts parce qu’ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Tout le reste est littérature.

Lettre ouverte à Renaud Camus

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Renaud Camus, Autoportrait sur fond bleu, avril 2010
Renaud Camus, Autoportrait sur fond bleu, avril 2010.

Depuis un certain temps, je me demandais si je pourrais contribuer un jour à étayer ou à invalider une hypothèse. L’entretien que vous avez accordé à Causeur cet été, Monsieur, a accru l’urgence de ce questionnement. Serait-il possible, à travers mon « vécu », de renforcer ou de contester votre assertion que « ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui peuvent être assimilés au sein d’un peuple, pas des peuples » ?

Deux éléments, dites-vous, peuvent encore créer des Français : l’héritage et le désir. Je ne suis pas française, précisons-le. J’habite en France. J’habite Paris. Je suis dotée d’un héritage qui est − indépendamment de ma volonté − multiculturel, multiconfessionnel, multiethnique. Je n’ai conservé aucune espèce d’affinité particulière avec un Kowalski absorbé par la version polonaise de « L’Île de la tentation », et encore moins avec son lointain cousin qui, crucifix en main, manifeste contre l’organisation de la Gay Pride de Varsovie. Nous partageons, les Kowalski et moi, une langue et un passeport. Est-ce assez pour évoquer une « appartenance commune » ? Ceci étant, je n’ai pas non plus d’affinité particulière avec un Dupont-Durand prêt à monter sur la barricade pour défendre les 35 heures ou son bloc de foie gras. Je ne désire pas appartenir à une nation de Dupont-Durand, ce qui par ailleurs ne m’empêche nullement de vouer à cette nation une certaine admiration et un franc attachement.

Voyez-vous, cher Renaud Camus, je crois que ce qui peut créer encore des Français, à part l’héritage et le désir, c’est le simple hasard de la vie. Ensuite, il ne me paraît pas extravagant d’envisager l’intégration d’un étranger à la culture française, voire à sa civilisation, sans nécessairement insister sur la « fabrication des Français ».

[access capability= »lire_inedits »]Pour moi, la France n’a pas été un choix mais un ensorcellement

J’éprouve un curieux plaisir à me convaincre que mon choix de vivre en France a été purement esthétique − un caprice plutôt qu’un désir. Or je me mens. Tout d’abord, cela n’a pas été un choix, plutôt un ensorcellement. La France a été le premier pays occidental que j’ai visité à l’âge de 13 ou 14 ans, au lendemain de la chute du Mur. Si, au lieu de m’expédier en vacances au bord de la Loire, mes parents avaient décidé de m’envoyer faire un séjour linguistique quelque part dans l’Oxfordshire, peut-être aurais-je « choisi » de m’installer en Angleterre. Peut-être. Encore que… Ensuite, j’ai toujours eu un fâcheux penchant snobinard. Il était donc hors de question que je me fonde, ou me « confonde », ou plus exactement que je me laisse fondre ou confondre avec la masse des Polacks vivotant dans d’obscurs quartiers de Berlin ou de New York. La diaspora polonaise de France jouissait encore, me disais-je à l’époque, du lustre de Mickiewicz et de sa Tribune des peuples. Inutile d’ajouter que c’était bien avant que le commissaire Bolkestein décide de faire de la pub au « plombier polonais », soutenu dans cette entreprise et de manière plutôt inespérée par un certain Philippe de Villiers.

Dans les banlieues blanches de Pologne, on passe les « pédés » à tabac

De mon « cas », cher Renaud Camus, que déduisez-vous ? Le parti de l’In-nocence reconnaît qu’entre la qualité de citoyen et le statut de non-citoyen, il existe et doit exister un état intermédiaire qui est celui de ressortissant de l’Union européenne. Faut-il en conclure que peu importent mes sentiments d’appartenance ou de non-appartenance, mes caprices, mon désir et mon héritage bâtard, tant que je ne brûle pas les voitures de mes voisins, que je ne mets pas les pieds sur les banquettes du métro et que je n’ai pas l’intention de me reproduire en dix exemplaires ?

J’ignore pourquoi, mais je n’ai jamais ressenti la moindre tentation de vous traiter de réac’ ou de raciste. Peut-être parce que je me méfie de ce que Morin appelle les « mots-panzers » qui intimident et terrorisent, me rappelant par ailleurs trop bien les images des premières grèves de l’ère postcommuniste en Pologne, quand les ouvriers menacés de licenciement brandissaient des pancartes où l’on pouvait lire : « Les capitalistes, ce sont les communistes ! » Ou peut-être parce que les jappements dénonciateurs des Inrocks ou autres Caroline Fourest m’agacent profondément. Ou peut-être encore, et c’est l’explication la plus plausible, parce qu’il me semble avoir compris que ce n’est nullement la couleur de la peau qui vous dérange ou qui vous fait peur, mais la quantité d’êtres humains. Or, comme vous le notez dans un communiqué du parti de l’In-nocence, la quantité influence la qualité : la « qualité de la vie », la « qualité des rapports entre les êtres », la « qualité humaine de ces êtres eux-mêmes ».

Espérant ne pas avoir dénaturé vos idées et vos convictions, je tiens à vous signaler que les banlieues polonaises − blanches, catholiques et unilingues − qui ne subissent en aucune manière les méfaits de ce que vous nommez la « contre-colonisation » sont sur la voie d’un niveau de « ré-ensauvagement », pour reprendre à nouveau votre vocabulaire, tout à fait comparable à celui que vous constatez dans les banlieues françaises multiethniques. Certes, on n’y excise pas les femmes. Mais on y passe à tabac les « pédés » ou ceux qui sont supposés l’être. On n’y brûle pas de voitures, mais on y démonte celles qui ont été volées aux Allemands.

J’ignore également pourquoi je ne vous trouve pas exagérément pessimiste. Pourtant, à l’exception près du très guerrier « réagir, résister, refuser » que vous proposez comme remède à la difficulté d’intégration des « Français d’origine étrangère », l’ensemble de votre discours aboutit au constat qu’« il n’y a plus grand-chose à faire ». Voilà donc que le peuple français se laisse « mener béatement dans les poubelles de l’Histoire », qu’il se résigne à disparaître et, pis encore, à se persuader « qu’il n’a jamais existé, qu’il a rêvé son histoire et son existence ». Voilà que le territoire de la France devient le polygone d’une opération de « Grand Remplacement » d’une population par une ou plusieurs autres.

Ce « Grand Remplacement » en cours, que vous observez en France et en Europe, se serait effectué sous la pression idéologique égalitariste et dogmatiquement antiraciste. Ainsi, et en deux formules supplémentaires, déculturation et décivilisation, vous parviendriez à radiographier la tumeur qui ronge subrepticement l’une des nations ou des civilisations les plus illustres de l’histoire de l’humanité. Sans vouloir faire de vous un adepte de Spengler, je ne peux m’empêcher de citer ici l’auteur du Déclin de l’Occident  : « Ne nous berçons pas d’illusion, nous connaissons notre sort, et nous aurons sur le monde antique cette supériorité qu’au lieu de mourir sans le savoir, nous mourrons en pleine conscience et nous suivrons tous les stades de notre dissolution avec le coup d’œil sûr du médecin expérimenté. »

« C’est où, le terrorisme ? »

J’ignore la raison pour laquelle je ne vous traite pas d’hystérique. Autant que je sache, nous ne sommes ni à la veille ni au lendemain d’un cataclysme comparable à celui des années 1914-1918. La seule guerre à laquelle participent des Occidentaux, si je ne me trompe pas, est celle-là même d’où nous sont parvenues, par le biais de nos chaînes de télévision, les images d’une petite boulotte rigolarde prénommée Lynndie tenant en laisse un barbare à poil et à quatre pattes. Ah non, il y a encore cette autre guerre, moins photogénique ou plus difficile à photographier, que nous livrons, nous les Occidentaux, aux monstres barbus cachés quelque part entre les grottes de Tora Bora et lesdites « régions tribales » du Pakistan. Il a été convenu de l’appeler la « guerre au terrorisme », préférant laisser rhétorique la question posée par un philosophe français fort provocateur : « C’est où, le terrorisme ? »

J’ignore pourquoi, Monsieur, je n’oserai jamais vous demander de relativiser les choses. Peut-être parce que je crains votre disparition. Je crains l’extinction de votre race. La race des êtres infiniment raffinés et raisonnablement excentriques, combattant, à leur manière et avec leurs moyens, pour le maintien de l’étrangeté dans le monde et contre l’abêtissement universel, pour ce qu’on dénomme à présent la « grande culture » et ce qui, naguère, s’appelait encore la « culture générale ». J’exagère peut-être. Peut-être pas. Enfin, les filles et les garçons ayant reçu une solide kinderstube à la maison et des leçons d’in-nocence dans des « écoles-sanctuaires » continueront à vous rendre hommage, respectant scrupuleusement les règles dans les échanges entre le maître et les disciples. Sans doute ne s’agira-t-il pas d’un groupe très nombreux, sauf succès électoral du parti de l’In-nocence, lequel demeure à ce jour l’unique espoir de la création de telles « écoles-sanctuaires », ainsi que de la transmission par leur biais des principes de citoyenneté, de savoir-vivre et d’humanisme. Les enfants issus de la « contre-colonisation », directement exposés aux effets dévastateurs du processus de prolétarisation du corps enseignant, les enfants facilement repérables tant par la trivialité de leur langage que par le relâchement de leur costume, seront mille fois plus nombreux à taguer les noms de leurs idoles sur les murs des monuments historiques. Mais bon, ce n’est pas la quantité qui compte.

Quant à moi, à défaut de savoir si je peux contribuer à valider une hypothèse, je persévérerai dans la jouissance bébête d’une vieille fille en fleurs, à considérer ce merveilleux hasard de la vie qui fait que je suis là où je suis, en train de lire et de savourer, cher Renaud Camus, votre manuscrit dont je prépare la prochaine parution.[/access]

Le marché des vanités

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Poussiéreuse, louis-philipparde, en somme balzacienne : les derniers développements de l’affaire dite « Woerth-Bettencourt » révèlent une navrante image de notre société. Après avoir indiqué n’être pour rien dans la nomination de Patrice de Maistre à l’ordre de la Légion d’honneur, le ministre, confronté à la lettre qu’il avait envoyée à Nicolas Sarkozy, a bien dû reconnaître qu’il était intervenu. Avec des justifications atterrantes : « J’ai fait comme de multiples députés », « C’est d’une banalité totale ».

Le pire, c’est qu’Eric Woerth dit vrai. Le marché des vanités connaît une activité ébouriffante transcendant les clivages politiques, car il est de notoriété publique que le besoin de reconnaissance n’est ni de droite, ni de gauche mais en quelque sorte consubstantiel à la nature humaine. Sans tomber dans les errements du beau-fils de Jules Grévy qui avait, en son temps, défrayé la chronique judiciaire pour avoir organisé un trafic de décorations (à toi le ruban, à moi les biftons), le système actuel permet tous les dérapages.

Au départ, il y a une vaste hypocrisie originelle qui pervertit l’ensemble du système.
On ne demande pas sa décoration, mais on la fait demander. Il faut ménager l’amour-propre de l’impétrant en lui évitant de quémander piteusement une médaille, ce qui le contraindrait à un humiliant plaidoyer pro domo, sur le thème « loréalien » de « parce que je le vaux bien ». Justement, heureuse providence, il se trouve un député, un ministre, un secrétaire d’Etat qui, toutes affaires publiques cessantes, a pris conscience de l’injustice flagrante qu’il y a à laisser Messieurs Tartemolle ou Dugenou, professionnels reconnus, sans aucune distinction de leur pays pourtant reconnaissant de les compter parmi ses citoyens, ou disons ses électeurs.
Cette fiction selon laquelle la distinction est octroyée par l’intervention d’une main auguste et acceptée sous l’emprise d’amicales pressions a produit un dispositif de renvoi d’ascenseur qui justifie toutes les suspicions.

Usines à hochets : des fabriques de clientélisme

Rappelons en sus que sont fixés des quotas annuels d’attribution, prouvant le Génie français qui, y compris dans le domaine du mérite, sait mettre en place une planification digne de ce nom.

Une fois choisi le demandeur officiel, il faut trouver le contingent ministériel dans lequel prélever une médaille. Pour un magistrat ou un avocat, aucun problème ce sera le ministère de la Justice. Mais se posent parfois des questions byzantines de préséance et de choix: la décoration de Patrice de Maistre pourrait relever du ministère des Finances, on comprend aisément pourquoi, de celui de l’Intérieur, pour service rendu à Nicolas Sarkozy, à l’époque 1er flic de France, voire de la Culture – si l’on considère l’intégration de l’île d’Arros au patrimoine national via François-Marie Banier.

Ces piteuses combines prospèrent et tourneboulent ainsi depuis des lustres. Et c’est précisément la banalité de tout ce processus, son caractère normal et admis par tous, qui sont un scandaleux.
Les usines à hochets que sont l’Ordre national du Mérite, l’Ordre de la Légion d’honneur, toutes les palmes académiques et mérites divers et variés sont des fabrique de clientélisme. Comment s’étonner que, sur un terreau aussi fertile, se déploient à l’occasion des conflits d’intérêts ?

Mettre hors-la-loi la vanité, la prétention, la frime, le désir d’en être, l’illusion de compter et interdire toute manifestation extérieure de sa propre importance au revers d’une veste est irréaliste. Il faudra se résoudre à garder nos décorations et médailles. Peut-être pourrait-on au moins en limiter les effets en distinguant exclusivement les actions hors-normes, relevant de l’exploit (intellectuel par exemple) et de l’héroïsme militaire. Pour le reste, accordons une super médaille du travail à ceux qui ont conduit leur vie professionnelle normalement pendant de nombreuses années. Le risque est qu’il y ait beaucoup de personnes éligibles, ce qui va contrarier tous ceux qui goûtent le plaisir raffiné d’appartenir à un club fermé. Je dois pour ma part confesser une forme de snobisme qui m’interdit de me mêler à la masse des récipiendaires passés et à venir . Cette motivation n’est certes pas plus glorieuse que la soif de reconnaissance, mais j’ai la faiblesse de penser qu’elle est moins dangereuse.

Rostov sur le gnon

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Parmi les nombreux cauchemars engendrés par la fin du communisme en URSS (dépeçage maffieux de l’industrie, pillage des ressources naturelles par des oligarques, accidents écologiques et attaques islamistes des républiques périphériques, cheval de Troie géorgien des USA, baisse de l’espérance de vie, disparition de l’état-providence, corruption de la police) le pauvre citoyen russe avait cru avoir bu le calice jusqu’à la lie. Eh bien le calice, justement, il ne peut même plus le boire tranquillement.

Voilà que des gangs de militants abstèmes ont tabassé des bandes de jeunes qui buvaient en public à Rostov sur le Don aux cris de « Les vrais russes ne se bourrent pas la gueule! », ce qui est, par ailleurs, complètement contraire à la vérité historique. Le porte-parole de la police de Rostov sur le Don confirme que ces violents vertueux (pléonasme ?) ont multiplié ce genre d’attaques depuis début septembre. Smirnoff, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Retraites : mensonges et manipulations

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Photo : William Hamon

La journée d’action contre la réforme des retraites a, semble-t-il, été un franc succès, ce qui n’a rien d’étonnant dans la mesure où la réforme portée par le ministre Woerth fait presque l’unanimité contre elle. On lui reproche son inéquité, son injustice, le recul des droits sociaux qu’elle implique ou l’insuffisante mise à contribution des revenus du capital. Pourtant, il est deux arguments qui me semblent insuffisamment développés dans le débat public.

L’esprit de cette réforme s’appuie sur ce que le gouvernement appelle les « mesures d’âge », censées réduire le besoin de financement sans avoir à augmenter les cotisations, ni réduire le montant des pensions. Or, ce point est éminemment discutable et les opposants font à mon avis l’erreur d’accepter ce postulat, ce qui ne peut que conforter la position du gouvernement.

L’arrivée à la retraite de la classe d’âge du baby-boom conjuguée à l’allongement de la durée de la vie, va incontestablement accroître le besoin de financement des systèmes de retraite. Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) évalue que le nombre de retraités augmentera de 37 % d’ici à 2030, ce qui ne représenterait pourtant que moins de 2 points de PIB à l’horizon 2020. Le problème se pose d’ailleurs en des termes tout à fait similaires pour toutes les dépenses sociales liées au vieillissement, assurance maladie et dépendance. Fondamentalement, il s’agit de savoir comment équilibrer les comptes sociaux, qui sont d’ores et déjà dans une situation de déséquilibre structurel avec un déficit de 10 milliards en 2008 et 20 milliards en 2009.

On considère généralement qu’il est possible de rééquilibrer les comptes, soit en réduisant le montant des prestations, soit en augmentant le montant des cotisations, ce qui est la logique même. En ce qui concerne plus particulièrement les retraites, on ajoute, une troisième solution qui tient lieu de remède miracle : l’allongement de la durée de cotisation.

Cette approche est affectée du même vice méthodologique que le « travailler plus pour gagner plus » du candidat Sarkozy qui prétendait augmenter le pouvoir d’achat par un allongement la durée de travail hebdomadaire avec son dispositif d’exonération des heures supplémentaires. Cette logique peut fonctionner pour un individu mais n’est à l’évidence pas transposable au niveau macro.

Le maintien des seniors plus longtemps au travail ne pourra pas se faire sans effet d’éviction. Soit ils parviendront à s’y maintenir et cela se fera au détriment des classes d’âges plus jeunes, ce qui sera le cas notamment dans la fonction publique qui devrait ainsi se transformer progressivement en véritable gérontocratie. Soit ils ne pourront pas et ils passeront simplement à la charge de l’assurance chômage.

On ne peut pas augmenter la quantité de travail globale d’une population en décrétant l’allongement de la durée individuelle. C’est un peu comme si on voulait rééquilibrer les comptes de l’assurance maladie en décrétant un allongement de la durée de vie en bonne santé !

Travailler plus ?

Cette réforme relève d’une pure logique proclamatoire. Le gouvernement décide d’augmenter statistiquement le volume de la population active, tout en lui assignant un objectif de retour au plein emploi. Comment ? Mystère ! Probablement par la magie de la parole sarkozienne… La technique n’est d’ailleurs pas nouvelle. Le gouvernement a fait la même chose en matière industrielle, où notre génial président a assigné à l’industrie comme à la glorieuse époque du gosplan, un objectif d’augmentation de 25 % de la production d’ici à 2015, annonce qui n’a été suivie que par la mise en place d’un observatoire statistique destiné à mesurer la part du made in France.

Les mesures d’âges ne pourront avoir d’effets positifs sur les finances publiques que dans deux cas :
– lorsque les allocations chômage dont pourront bénéficier les seniors qui devront attendre 62 ans et l’ouverture de leurs droit à la retraite seront inférieures à la pension retraite qu’ils auraient touché avant la réforme ;
– lorsque ceux qui ne pourront pas se maintenir dans l’emploi jusqu’à 67 ans afin obtenir la totalité de leurs droits, se verront affecter une décote qui réduira leur pension par rapport à ce qu’elle aurait été avant la réforme.

Dans les deux cas, les seules économies possibles se traduisent par une réduction des prestations. Qu’on arrête donc de considérer que le « travailler plus » est une solution alternative à l’augmentation des ressources ou la réduction des prestations !

Si la seule solution pour financer les retraites est de réduire le volume des pensions, qu’on le dise, qu’on l’assume et qu’on le fasse proprement, de manière égalitaire et sans épargner la génération dorée du baby-boom, ni même les retraités actuels qui – rappelons le – jouissent d’un niveau de vie en moyenne supérieur à celui des actifs. Car, c’est peut-être ce qu’il y a de plus choquant dans cette réforme, les mesures d’âge ne s’appliqueront pleinement qu’aux générations nées après 1956 !

Le report de l’ouverture des droits à la retraite – comme d’ailleurs la logique des heures sups dont elle partage l’esprit – ne peut fonctionner que dans une économie qui connaît des tensions sur le marché du travail. Or, avec un taux de chômage officiel de 9,3 %, on ne peut pas vraiment dire que ce soit le cas de la France ! Cette mesure aura, tout comme la précédente, essentiellement pour effet de maintenir le taux de chômage à un niveau élevé. On va donc boucher un trou en en creusant un autre.

Ces mesures d’âges ne rapportent d’ailleurs pas grand chose au regard de leur coût social pour ceux qui en seront les victimes. Selon les projections officielles, elles ne devraient représenter qu’environs le tiers des économies estimées de la réforme en 2015 et moins de la moitié en 2018 (44%), le reste provenant de ressources nouvelles. Et encore, ces projections ne prennent pas en compte le report de charge inévitable sur l’assurance chômage. Ces mesures d’âges qui sont présentées comme étant le cœur de cette réforme et la garantie d’un retour à l’équilibre des comptes apparaissent donc comme une véritable mystification !

Un mensonge en cache toujours un autre

Ce mensonge en cache en autre. Le gouvernement nous assure qu’il s’agit de sauver l’équilibre du système de retraite et d’en garantir l’équilibre sur le long terme. Or cela est tout simplement faux.

L’objectif n’est que de rééquilibrer les comptes en 2018. Jusque là, le système sera en déficit et après cette date il le sera de nouveau ! Entre temps, on devrait mobiliser le fonds de réserve des retraites, alors que son capital (une trentaine de milliards) ne correspond qu’à deux années de déficit prévisionnel selon l’échéancier de retour à l’équilibre prévu par la réforme. On notera incidemment que le siphonage ainsi organisé du FRR est totalement contraire à l’orientation présidentielle qui prévalait encore il y a un an et qui voulait doter la France d’un « fond souverain à la française », ce qui avait entraîné la création du Fonds Stratégique d’Investissement. Mais, il est vrai que, Sarkozy n’est plus à une contradiction près…

En outre, cet échéancier est basé sur la base d’hypothèses macroéconomiques qui semblent exagérément optimistes : 6,7 % de taux de chômage, +2,2 % croissance du PIB et +1,8 % de gains de productivité annuels pour la période 2014-2020 selon le scénario B du COR. Si ce miracle économique ne se produit pas, le système de retraite demeurera en déficit structurel et l’on reparlera d’une nouvelle réforme dans quelques années, que ce soit pour sauver les retraites ou la sécurité sociale dans son ensemble.

A quantité de travail constant (rien dans la réforme n’est censé avoir pour effet de l’augmenter) les dépenses liées au vieillissement appellent à l’évidence la mobilisation de ressources nouvelles, ou si l’on préfère, à réaliser des économies au sein de nos 56 % de PIB de dépenses publiques.

L’idéal serait encore d’éviter de poser la question en termes d’arbitrage entre actifs et inactifs pour tenter d’augmenter l’assiette qui sert de financement à la protection sociale, soit en développant l’emploi, soit en augmentant les salaires, soit par un meilleur partage de la richesse entre capital et travail, ce qui revient plus ou moins au même.

Je pense donc je twitte

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Roms

« La SNCF “dans le vert” en 2010. » On l’aurait préférée sur les rails.

« Mgr Gaillot soutient les Roms de Choisy. » Pourquoi ? Les autres puent de la gueule ?

« Retraites : Besancenot très motivé. » Fainéant, il n’a pas 40 ans !

« Un voilier s’échoue près d’Arcachon. » Moins inquiétant que si ça avait été au large de Clermont-Ferrand.

« Ségolène Royal doit-elle renoncer à ses ambitions présidentielles ? » Non, mais les limiter à Poitou-Charentes serait un bon début.

« Les Frères musulmans copient Facebook. » Apéro géant !

« Le pont de Kehl fermé 6 semaines. » Vous voyez bien que le gouvernement prend des mesures pour la sécurité !

« 2 avions passent, 4 800 poules meurent. » Ils n’auraient pas dû organiser le concours miss France à Roissy.

« Décès de Michel Montignac. » Les vers vont enfin pouvoir suivre son régime.

Scandale : aucune chaire d’urbanisme tsigane en France ! Les universités françaises seraient-elles racistes ?

« Besson : “Les Roumains ne nous ont fait aucun reproche”. » Ils pouvaient pas, ils étaient en train de nous faire les poches.

[access capability= »lire_inedits »]« De Maistre de nouveau en garde à vue. » Ça lui laissera le temps d’écrire la suite de Voyage autour de ma chambre !

« Bond des ventes de PC en France au deuxième trimestre. » La tête qu’elle doit tirer, Marie-George Buffet !

« Donne du Rome à ton Rom. » Tiens, Benoît XVI se prend pour Moustaki !

« Italie : le gouvernement “va de l’avant”. » Oui, mais vers où ?

« Angers : un retraité tabassé à mort. » Ah ! la douleur angevine.

« Béziers : une femme torturée 2 jours. » Qui aurait envie de Béziers après ça ?

« Pau : trafic de cocaïne par voie postale. » Quoi ? J’avais pas écrit trois lignes !

« L’OLP accepte des négociations de paix. » Avec la Jordanie ?

« Tête à tête Sarkozy/Fillon à Brégançon. » L’AFP s’attendait à quoi ? Un tête à queue ?

« La pauvreté pousse les Roms à partir. » Aidez-les ! Foutez des billets de 500 euros dans le parcmètre !

« 2 forestiers se suicident au travail. » Ils débitaient des poteaux téléphoniques pour France Télécom.

« USA : l’obésité variable selon l’origine ethnique. » Bref, quand elles sont afro-américaines, elles sont plus grosses.

« Requin à Cagnes-sur-Mer : baignade interdite. » Si les gros poissons n’ont plus le droit de nager !

« Gens du voyage : Juppé cherche un arrangement. » La Ville de Bordeaux recrute 400 rempailleurs.[/access]

La France d’avant, c’est la Corse !

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photo: Andrea Kirkby
photo: Andrea Kirkby

Enfin je quittais le Paris murayifié pour rejoindre mes précieuses et sauvages montagnes corses. J’espérais y trouver une zone de résistance face à l’invasion du festif si terriblement visible en période estivale. Depuis que je lis Muray, je vois du Muray partout. Dans le Paris plagisé et touristifié, c’était facile. Mais en Corse, sur cette île où les pompiers et les chasseurs boivent ensemble un pastis dans le bar du village et parlent du sanglier tué, de la prochaine procession ou du meurtre dans le village voisin, ça devait forcément être différent.

Je ne suis pas assez naïve pour croire que l’insularité constitue une barrière infranchissable par le despotisme festif. Festivus festivus a bien débarqué sur l’île et il est d’abord rassuré.

Festivus festivus fait trempette au bord de la mer jetskiisée et pneumatisée. Entouré de marmaille criante sur bouée, il jette un regard perplexe aux quelques nageurs intrépides de longue durée, en se disant qu’il faudrait peut-être les encadrer afin qu’ils ne nuisent pas trop aux véliplanchistes et aux jets-skieurs. Et d’ailleurs, il pense que Delanoë devrait organiser tous les vendredis soirs, sur la Seine, une parade de jets-skis encadrée par les vedettes de la police fluviale : après la rue, il faut se réapproprier le fleuve.

Enfin cramé, tranquillisé et benoîtement engourdi par la sono technoisée de la paillote et du doux bourdonnement des Flippers motorisés, Festivus festivus va se gaufriser, se pizzatiser et s’haagendazsiser avant de déambuler, avec la douceur et la sérénité d’un saint approchant les portes du Paradis, dans les rues d’Ajaccio théâtralisées par le Shopping de nuit. Pour fêter ses emplettes bon marché, rien de tel qu’un délirant karaoké, où sa voix se perd dans le vacarme des concerts pop rock et dans les hurlements des animateurs de rues, déguisés en écrevisses géantes et juchés sur des échasses.

Demain, il descendra dans le sud. Il a hâte de voir le Porto-Vecchio pipolisé et de s’amuser avec toute sa tribu dans Bonifacio disneylandisé par une infantile chasse au trésor, où le Capitaine Crochet et les Clochettes boudinées, monoisées et raybanisées, font une halte fraîcheur dans ces lieux d’obscurantisme que sont les églises.

Festivus festivus est donc tout content de lui. Il rentabilise bien son séjour. Il a la mer et le parc d’attraction, l’île de Beauté et l’île aux enfants. Il squatte la plage et les villes en fêtant la fête de ses vacances festives.

Mais voilà, Festivus festivus a oublié qu’il se trouvait en Corse et dans cette île, le Réel ne se planque pas sous le tapis, comme dirait Muray. Au contraire, il sort comme un diable hors de sa boîte, pour briser la douce illusion onirico-fusionnelle dans laquelle baigne béatement Festivus festivus. Car en Corse, il reste encore de l’Histoire.

La Corse n’est pas le pays des Bisounours, mais une terre de conflit, d’amour et de haine, de bénédiction et de malédiction, où la Mort fait partie de la Vie, où le Bien n’existe que parce qu’il affronte le Mal. C’est donc une terre de contradiction, une terre humaine.

En Corse, la mort s’invite à la fête. Et bas les masques. Les boîtes de nuit deviennent des boîtes à massacre. Carré VIP saccagé et fusillade sur la piste.
De quoi est-il question ? De vengeance bien sûr. Tuer pour venger l’honneur sali, n’est pas un mythe mais une réalité.

En Corse, le déshonneur signifie encore quelque chose et ne peut être lavé que par le sang et c’est comme ça depuis des générations. Il ne s’agit pas seulement de se venger soi-même, mais de préserver l’honneur du nom de la famille. Les calibres sont dans les boîtes à gant, et une affaire de femme, de terre ou de bétail, suffit pour dégainer.

Mais si les pétards sortent des placards, les secrets, eux y restent parce qu’en Corse, la délation institutionnalisée n’existe pas. Alors, Festivus festivus, mouchard vigilant, sbire discipliné de la Transparence généralisée, s’indigne de cette loi du silence, de cette loi d’honneur, de cette Omerta qui est toujours dans les gènes des Corses. Ce n’est pas un hasard, si la Corse va bientôt être désignée Juste parmi les Justes pour son comportement exemplaire envers les Juifs pendant l’occupation nazie.

Qu’attendent les Chiennes de Garde ?

En prime, les Corses aiment « la bagnole » comme disait Pompidou. Et la vitesse. Et tout ça pour épater les filles, et elles aiment ça. Ô Sacrilège, le prolongement phallique de l’homme fait encore fantasmer les vraies femmes que sont les Corses !

Festivus festivus se sent mal devant cette société archaïque, hétérogène, animée par le principe de contradiction, où les frontières existent encore.

La séparation hommes-femmes, notamment pendant les cérémonies funéraires, et la transmission inaltérable du nom du Père, donc du modèle patriarcal structurant, inquiètent beaucoup Festivus festivus qui se demande ce qu’attendent les Chiennes de Garde agir.

Ici les chiens ne gardent pas, ils chassent, ô horreur, les animaux. Et les hommes les tuent par tradition et par plaisir. Ici, les bêtes ne sont pas les égales de l’homme, n’en déplaise aux zoophiles de tout poil. Et de surcroît, les Corses pensent que l’homme n’est pas l’égal de Dieu. Alors, Festivus festivus, athéiste cathophobe, est pris d’effroi devant la visibilité de la foi religieuse. Comme au Mont Sinaï, Dieu a besoin du silence des montagnes pour se manifester. En Corse, chaque village a un Saint, célébré par une messe et une procession. Parce que les Corses n’ont pas oublié la Chute, ceux qui portent la statue du Saint sont des vrais pénitents, rien à voir avec les thalassophiles en peignoirs blancs qui sortent, mines réjouies, de leur cure et viennent se prosterner devant le Dieu soleil. En Corse, les églises sont rénovées, les cloches, les maisons et les voitures sont bénies, plus de 50% des nouveaux-nés sont baptisés, les plus beaux emplacements sont ceux des cimetières, la fête nationale est celle de la Marie, et suprême injure pour l’Onfrayisé estivant, l’hymne national corse, Dio Vi Salvi Regina, est dédié à la mère de Jésus et reine de la l’Île !

Dieu est visible et la Mort aussi. À l’image du Maure du drapeau, dont les yeux sont restés ouverts, le mort en Corse ne meurt jamais. La Mort est célébrée, chantée, exhibée. Le cercueil du défunt traverse le village, touché et baisé par tous les habitants. Oui, le mort ne meurt jamais parce qu’il saisit le vif. Il arrive même que certains continuent de payer leurs factures et de voter.

Après toutes ces résurgences apocalyptiques de l’Ancien Monde, Festivus festivus a besoin de se restaurer dans un établissement typique. Manque de chance, le menu est imposé : pâté de merle, cabri, et fromage de brebis habité (par des vers). Que fait la Commission européenne ?

Pour digérer ce repas si salé, rien de tel qu’une bonne marche en montagne pour retrouver la nature rassurante et bienfaitrice. Encore une fois, le Réel rattrape Festivus festivus. Bourrasques, mini tornades, trombes d’eau et froid glacial s’abattent sur lui, sur les chemins escarpés parsemés de croix. Stop. C’en est trop pour Festivus festivus qui n’a qu’une hâte, quitter cette île pour téter de nouveau la terre maternante et infantilisante du continent. Mais le Réel ne lâche pas sa proie si facilement.

Imaginez Festivus Festivus ne pouvant pas rendre sa voiture de location ni reprendre son avion parce que les nationalistes bloquent l’accès au tarmac. Il panique, trépigne, jure, pleure de rage et implore les secours de Big Mother, l’Etat, qui finira par le délivrer de cet Enfer.

Les secrets d’Etat du secrétaire d’Etat

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Si la quête du scoop à tout prix n’est pas la principale raison d’exister de Causeur, on n’y méprise pas pour autant l’art de la divulgation embarrassante, pour peu qu’on soit sûr de ce qu’on avance : on est old school et on ne se refera pas.

Nous sommes donc assez fiers que l’info révélée ici même, mercredi, par Luc Rosenzweig dans son article La Belgique en soins palliatifs, sur une réunion au sommet « discrète, sinon secrète » autour Pierre Lellouche pour évaluer les conséquences d’une partition éventuelle chez nos voisins du dessus ait été largement repris par toute la presse, à commencer par le quotidien de référence du soir, sous la plume de Jean-Pierre Stroobants, ainsi que par l’ensemble de la presse belge. On notera aussi, au passage, que les services du secrétaire d’Etat aux affaires européennes ont fini par confirmer l’info.

« Ce rire-là ne pense pas »

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Alain Finkielkraut mariage gay
Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut.

Vous aimez Muray. Vous lui avez d’ailleurs consacré, sur France Culture, une éblouissante émission avec Fabrice Luchini. Et pourtant, cet entretien vous a considérablement agacé. Du coup, alors que je me demandais qui pourrait faire, pour ce dossier, une critique dure mais intelligente – ce qui n’était pas une mince affaire, ses adversaires n’ayant pas brillé par leur subtilité −, vous vous êtes, à votre corps défendant, désigné comme volontaire. Pourquoi tant de colère contre feu notre ami ?

Dans cet entretien, Philippe Muray est au pire de lui-même. Son anthropologie géniale de l’hypermodernité verse dans l’anti-américanisme fanatique. Il ne rit plus, il grimace, il ne critique plus, je dirais presque qu’il éructe. Nous sommes tous sujets à ces débordements, moi comme un autre. Il appartient à la postérité d’être généreuse et de faire un tri. Vous avez fait un autre choix. Je ne peux que détailler mon désaccord, même si c’est une opération délicate puisque je le fais in abstentia : il n’est plus là pour me répondre, c’est-à-dire sans doute pour me pourfendre.

Dans ce texte et ailleurs, Muray reproche à l’« Empire du Bien » son manichéisme. Mais que fait-il, sinon doter cet Empire du Bien de tous les attributs canoniques du Mal ? Une des expressions les plus fortes de ce texte extrêmement violent est : « les Caligula de Washington », c’est-à-dire les instigateurs de la guerre en Irak. Autrement dit, les Américains sont des monstres et, face à eux, l’ironiste Muray n’est plus qu’un ange en colère, un fanatique du Bien. Il dit : « Le Bien ment. Il cogne et il tue. » Quelle différence y a-t-il entre le Bien ainsi défini par le mensonge éhonté et le Mal des contes pour enfants ? À ce moment-là, l’univers mental de Muray se rapproche de Hollywood et même de Disneyland. Le simplisme règne en lieu et place de l’ambivalence, de la complexité, des problèmes et des dilemmes de la vie réelle.

Il me semble que le simplisme était aussi du côté de Bush et de son discours. Et Philippe analysait les discours autant, sinon plus, que les politiques concrètes…

Pour vous répondre, je dois préciser et approfondir ma critique. Muray transforme le 11-Septembre en non-événement et en événement prétexte, puisque tout le mal doit être du côté de ce qu’il appelle le Bien, ce qui fait de lui, bien sûr, le représentant du Bien réel. L’Occident n’a pas d’ennemi, dit-il, l’Occident est lui-même l’ennemi. Voilà qui ne risque pas de choquer le politiquement correct et ses « mutins de Panurge ». Parce que, pour la bien-pensance que Muray dénonce inlassablement, l’ère de l’opposition ami/ennemi est close. Sa religion, c’est la religion de l’humanité. L’humanité est une, le sentiment du semblable est plus fort que tout et toutes les différences sont appelées à se dissoudre dans le grand bain du métissage universel. Tous ceux qui refusent ce destin ou contestent ce diagnostic dérogent au sentiment du semblable et se constituent dès lors en ennemis du genre humain. Je prétends que, sur ce terrain de l’anti-américanisme, Philippe Muray, le grand démystificateur d’Homo festivus, et la bien-pensance sont exactement sur la même longueur d’onde.

[access capability= »lire_inedits »]Là, vous exagérez ! Pour Muray, la fin de l’Histoire advient précisément parce que le nouvel homme, Homo festivus, et son descendant, Festivus Festivus, prétendent éradiquer les différences, les divergences, les dissidences !

Bien sûr, et c’est la raison pour laquelle c’est un grand paradoxe de voir Muray rejoindre, au moment de la guerre en Irak, ceux que d’habitude il fustige. Si Muray n’avait dit que cela contre le politiquement correct, le politiquement correct n’aurait rien trouvé à redire à Muray.

Par ailleurs, il ne dit pas que l’Occident est l’ennemi, mais son propre ennemi. Ainsi compare-t-il les « djihadistes » à des éléphants entrant dans un magasin de porcelaine dont les propriétaires ont déjà tout saccagé.

C’est une idée très forte mais précisément, contrairement à ce que dit Muray, le 11-Septembre est un événement absolument capital. Je citerai à ce sujet Pierre Manent, qui écrit, dans La Raison des nations : « L’information la plus profondément troublante apportée par l’événement ne fut pas la révélation paroxystique du terrorisme comme phénomène majeur. Mais elle résida plutôt en ceci : l’humanité présente est marquée par des séparations bien plus profondes, bien plus intraitables que nous ne le pensions. […] Le 11-Septembre révèle l’impénétrabilité réciproque des communautés humaines en dépit de la prodigieuse et toujours croissante facilité des communications. » La réponse américaine au 11-Septembre n’était sans doute pas la bonne. Elle était naïve. Mais quand on envisage des questions internationales, il faut avoir la modestie des faits précis et singuliers. L’intervention américaine n’a pas eu que des résultats négatifs, notamment si l’on songe à la relative émancipation des Kurdes et des chiites. Alors, justement, qui tire son épingle du jeu ? L’Iran, et donc une version particulièrement sophistiquée et redoutable de l’islamisme radical. L’ennemi est-il affaibli ou renforcé ? On ne peut pas apporter à cette question de réponse catégorique, mais on est quand même en droit de s’inquiéter et cette inquiétude est aggravée par le fait que l’hostilité à la civilisation occidentale sous toutes ses facettes est en quelque sorte redoublée par la mauvaise conscience d’un Occident qui ne cesse de se fustiger lui-même et de dire à ceux qui le haïssent : « Vous avez raison de nous haïr. » En se fustigeant, il se défait de l’identité qu’il devrait au contraire préserver et défendre.

En supposant qu’il soit encore temps. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas tant la guerre américaine qui a provoqué la colère de Philippe, même s’il l’a désapprouvée, que la conclusion que beaucoup en ont tirée, à savoir que, comme le 11-Septembre, elle invalidait la thèse de la « fin de l’Histoire ».

Une thèse comme celle de la fin de l’Histoire est constamment menacée d’invalidation. Les Européens vivent dans une espèce de parenthèse historique. Ils sont au balcon ou, pour employer une autre métaphore, ils sont en vacances, mais il est probable que les vacances se terminent un jour ou l’autre. Muray prend sans doute pour une fin ce qui n’est qu’une parenthèse. Il devrait être un peu plus humble et plus prudent. Nul n’est Dieu. Nul ne peut prononcer le mot « fin » sans risquer d’être démenti. Surtout, il faut faire attention à cette susceptibilité d’auteur : « J’ai une thèse et je crispe, je m’énerve quand les faits semblent la démentir. » C’est un peu ce qui lui est arrivé, et c’est sans doute l’une des raisons de l’incroyable mauvaise humeur dont il fait preuve dans cet entretien.

Mais pensez-vous que, quand il y a de la guerre, il y a de l’Histoire ?

La guerre n’est pas la seule preuve d’historicité qu’on puisse brandir mais, en effet, la fin de l’Histoire, c’est, comme disait Hegel, le « dimanche de la vie ». Et dimanche, on ne fait pas la guerre.

La thèse d’une humanité qui conspire à sa propre destruction en éradiquant les différences, et en particulier la première d’entre elles, la différence des sexes, vous paraît-elle pour autant inopérante ?

Bien sûr que non, mais il faut être capable de penser plusieurs choses à la fois. Nous sommes sous la menace d’une indifférenciation généralisée d’une part, et d’autre part nous devons réagir face à ceux qui veulent en finir avec le régime européen de la différence des sexes.

Quand surviennent les affaires du voile islamique à l’école ou, plus récemment, la polémique sur la burqa, l’Occident est rappelé à lui-même. Ceux qui préconisent la prohibition du voile dans les écoles ou de la burqa dans l’espace public ne le font pas au nom de l’indifférenciation, mais au nom d’une certaine idée du commerce entre les hommes et les femmes. Celle-ci doit être défendue deux fois, contre ceux qui veulent abolir la différence des sexes au nom du « genre » et contre ceux qui pensent que cette différence doit se manifester par une inégalité des droits. Mais les progrès de l’indifférenciation ne doivent pas nous rendre insensibles à cette hostilité extérieure qui est toujours plus préoccupante.

Nous sommes en tout cas d’accord pour observer que Muray nous manque. Je me demande souvent ce qu’il aurait pensé et écrit de l’évolution de l’islam de France et de ceux qui demandent, avec la bénédiction des médias, que l’espace public s’adapte à la « deuxième religion de France ». Je ne crois pas qu’il aurait partagé l’enthousiasme des zélateurs de la diversité.

Je ne le crois pas non plus. Je me demande aussi ce qu’il aurait pensé de l’élection d’Obama. Cette élection, je l’ai saluée non pas seulement parce qu’un Noir accédait à la présidence des États-Unis, mais parce qu’il s’agit d’un intellectuel, ce qui va à l’encontre de la caricature d’une société abêtie par les médias de masse. Il n’empêche, et ce sont les tortuosités et les paradoxes de l’Histoire : Obama a beaucoup plus à voir avec l’Empire du Bien que les néo-conservateurs. Que faire de cette réalité ?

Quant à la France, je soupçonne que Muray aurait détesté ce que j’ai décrit comme le redoublement de la haine par la mauvaise conscience. Il avait une faconde que malheureusement je ne possède pas. Et j’imagine l’article extraordinaire qu’il aurait écrit après avoir entendu Martin Hirsch déclarer, sur Canal+, que « l’intégration en France sera réussie le jour où les catholiques appelleront leurs enfants Mohammed ». C’était une phrase pour Philippe Muray.[/access]

Respectons les règles

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On le soupçonnait déjà, mais cela se confirme : on n’arrête pas le progrès. Et l’humanité vient encore de faire un grand pas en avant grâce à Monsieur Jon Rose. Son patronyme le prédisposait sans doute à s’intéresser à la gent féminine. Ce qu’il fit. Car Jon Rose vient de mettre au point une nouvelle application pour l’iPad : le Code Red, qui a la particularité de vous avertir, Messieurs, lorsque l’élue de votre cœur a ses règles. C’est évidemment une invention cruciale et qui va sans aucun doute révolutionner la planète. Toutefois, il existe encore, dans des coins reculés, des gens qui n’ont pas d’iPad ou pas de 3G ni de wifi ou qui n’ont pas compris le mode d’emploi. On ne saurait trop conseiller à ces retardataires de s’en remettre à la méthode artisanale.

Si Madame fond en larmes parce qu’elle a oublié de ramener du café, qu’elle vous dit, dans la même minute « Ne me touche pas, j’ai mal partout! » et « Mais diiiiiiis, prends-moi dans tes bras, j’ai besoin de câlins! », qu’elle hurle comme une walkyrie parce que vos godasses traînent dans le corridor, comme elles le font depuis 15 ans et qu’elle ne veut même plus téléphoner à sa mère tellement tout le monde l’énerve, il semblerait que ce ne soit pas trop le moment de la ramener. Un peu de patience. Et évitez à tout prix les questions du style « Ben qu’est-ce qui se passe? T’es de mauvais poil? » Vous risqueriez de vous prendre un iPad en pleine poire !

Ground Zero, la mosquée de trop

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Ground Zero : image de désolation.
Ground Zero : image de désolation.

Les Américains ne s’enthousiasment pas pour le projet de construction d’une mosquée à proximité de Ground Zero. Faut-il en conclure qu’ils sont islamophobes, rétrogrades et définitivement perdus pour le progressisme ?

Sur le papier, le projet a tout pour séduire: le soutien des autres autorités religieuses, un objectif affiché et incontestable de dialogue interreligieux, tolérance et ouverture à l’autre. Il est d’ailleurs dénommé « la maison de Cordoue », en mémoire du « siècle d’or » des Omeyyades qui aurait fait cohabiter paisiblement toutes les religions. De plus le bâtiment ne sera pas situé sur Ground Zero, mais à ses abords, et sera « invisible » depuis la Tour qui remplacera les Twin Towers.

Rajoutons pour faire bonne mesure que le maire de New York définit ce projet comme correspondant à l’esprit de sa ville, « la plus libre au monde », dans laquelle les musulmans sont traités sur un pied d’égalité avec les autres communautés. Cerise sur le gâteau, le Président lui-même y serait favorable, ou en tous les cas, il ne saurait s’y opposer au nom du sacro-saint principe de la liberté religieuse.

On peut toujours se raconter que l’opposition, conduite par les forces réactionnaires de la droite américaine, les « Tea party », Sarah Palin et de dangereux évangélistes illuminés qui veulent ressusciter une guerre de religion, serait disqualifiée. C’est une erreur grossière.

Les Etats-Unis d’Amérique ont, depuis leur indépendance, ceci de spécifique qu’ils n’ont jamais été envahis. À l’exception de la Guerre civile et de ses suites et de quelques escarmouches en Californie avec le Mexique au 19ème siècle, aucun conflit ne s’est déroulé sur leur territoire. Le long des routes américaines, aucun monument ne rappelle une invasion étrangère. La terre américaine décrite par Jim Harrison se caractérise autant par son immensité et sa virginité que par son inviolabilité. Quel autre peuple jouant un rôle si considérable dans la marche du monde peut-il s’enorgueillir d’un tel privilège ? L’URSS a payé sa puissance par le sang versé, comme l’Amérique (même si les chiffres ne sont pas comparables), mais aussi par la ruine d’une partie considérable de son territoire. Depuis la Gaule chevelue jusqu’à la « Drôle de guerre », nous avons connu de multiples invasions.

La réaction épidermique des citoyens au projet de « la maison Cordoba mosquée » puise d’abord dans ce sentiment d’invulnérabilité. C’est à cette aune qu’il faut comprendre le traumatisme créé par la seule attaque qui ait atteint le sol national, le 11 septembre 2001.
Cette guerre, ou, pour ne pas céder à un bushisme qui n’est plus de saison, cet acte terroriste, a été perpétré au nom de l’islam, d’un islam certes dévoyé, instrumentalisé par des extrémistes ou des fanatiques, mais tout de même au nom d’Allah et de la lutte contre des valeurs occidentales dénoncées comme diaboliques.

Songeons à la commémoration du massacre de Katyn intervenue cette année dans les tragiques circonstances que l’on sait. Polonais et Russes se sont associés pour honorer les victimes. Mais personne n’a eu l’idée de demander que soit érigé à cet endroit précis un monument à la gloire de « l’idéal communiste » au prétexte que c’est au nom de sa descendance pervertie par Staline que des milliers d’officiers polonais ont été assassinés dans les forêts de Smolensk.

Il aura fallu 70 ans pour que ce passé indigeste commence à passer. À New York, le sang à peine séché, l’agression à peine digérée, il faudrait faire œuvre de pédagogie et de tolérance ? Neuf années suffiraient pour que l’on donne un blanc-seing à une religion susceptible de lectures si contradictoires, sans oser exiger qu’elle fasse préalablement son aggiornamento ? Le minimum est d’observer un délai de décence.

Dès lors, il faudrait être insensible ou inconscient pour reprocher à certains citoyens américains leur manque d’enthousiasme à l’idée de voir érigé, sur le lieu où ont péri 2780 personnes, un lieu de culte consacré à celui au nom duquel l’hécatombe a été commise. Sans adhérer aux slogans outranciers comparant le projet Ground Zero à un monument érigé à la gloire des nazis sur le site d’Auschwitz, sans accepter l’alternative infernale « choc des civilisations versus stigmatisation d’une communauté », on peut raisonner et faire preuve de délicatesse.

Si l’on en croit ses partisans, l’objectif des partisans du centre Cordoba est précisément d’éviter les amalgames entre le « bon islam » et le mauvais et d’éviter la « stigmatisation » du premier en raison des crimes du second. Ce travail indispensable peut être mené sans tambours et trompettes et sans heurter la peine des victimes. La maison de Cordoue peut être construite ailleurs et, en attendant, New York ne manque pas de lieux de culte où les croyants peuvent montrer que la religion de « paix et de tolérance » n’a rien à voir, sinon le nom, avec celle des assassins.

L’islam modéré, celui de la majorité des musulmans d’Occident, subit sans doute les conséquences de l’islam des tueurs. Cette injustice doit être combattue. Reste que la seule symbolique de Ground Zero est celle des victimes, c’est-à-dire des deux mille sept cent quatre vingt innocents, morts parce qu’ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Tout le reste est littérature.

Lettre ouverte à Renaud Camus

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Renaud Camus, Autoportrait sur fond bleu, avril 2010
Renaud Camus, Autoportrait sur fond bleu, avril 2010.
Renaud Camus, Autoportrait sur fond bleu, avril 2010
Renaud Camus, Autoportrait sur fond bleu, avril 2010.

Depuis un certain temps, je me demandais si je pourrais contribuer un jour à étayer ou à invalider une hypothèse. L’entretien que vous avez accordé à Causeur cet été, Monsieur, a accru l’urgence de ce questionnement. Serait-il possible, à travers mon « vécu », de renforcer ou de contester votre assertion que « ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui peuvent être assimilés au sein d’un peuple, pas des peuples » ?

Deux éléments, dites-vous, peuvent encore créer des Français : l’héritage et le désir. Je ne suis pas française, précisons-le. J’habite en France. J’habite Paris. Je suis dotée d’un héritage qui est − indépendamment de ma volonté − multiculturel, multiconfessionnel, multiethnique. Je n’ai conservé aucune espèce d’affinité particulière avec un Kowalski absorbé par la version polonaise de « L’Île de la tentation », et encore moins avec son lointain cousin qui, crucifix en main, manifeste contre l’organisation de la Gay Pride de Varsovie. Nous partageons, les Kowalski et moi, une langue et un passeport. Est-ce assez pour évoquer une « appartenance commune » ? Ceci étant, je n’ai pas non plus d’affinité particulière avec un Dupont-Durand prêt à monter sur la barricade pour défendre les 35 heures ou son bloc de foie gras. Je ne désire pas appartenir à une nation de Dupont-Durand, ce qui par ailleurs ne m’empêche nullement de vouer à cette nation une certaine admiration et un franc attachement.

Voyez-vous, cher Renaud Camus, je crois que ce qui peut créer encore des Français, à part l’héritage et le désir, c’est le simple hasard de la vie. Ensuite, il ne me paraît pas extravagant d’envisager l’intégration d’un étranger à la culture française, voire à sa civilisation, sans nécessairement insister sur la « fabrication des Français ».

[access capability= »lire_inedits »]Pour moi, la France n’a pas été un choix mais un ensorcellement

J’éprouve un curieux plaisir à me convaincre que mon choix de vivre en France a été purement esthétique − un caprice plutôt qu’un désir. Or je me mens. Tout d’abord, cela n’a pas été un choix, plutôt un ensorcellement. La France a été le premier pays occidental que j’ai visité à l’âge de 13 ou 14 ans, au lendemain de la chute du Mur. Si, au lieu de m’expédier en vacances au bord de la Loire, mes parents avaient décidé de m’envoyer faire un séjour linguistique quelque part dans l’Oxfordshire, peut-être aurais-je « choisi » de m’installer en Angleterre. Peut-être. Encore que… Ensuite, j’ai toujours eu un fâcheux penchant snobinard. Il était donc hors de question que je me fonde, ou me « confonde », ou plus exactement que je me laisse fondre ou confondre avec la masse des Polacks vivotant dans d’obscurs quartiers de Berlin ou de New York. La diaspora polonaise de France jouissait encore, me disais-je à l’époque, du lustre de Mickiewicz et de sa Tribune des peuples. Inutile d’ajouter que c’était bien avant que le commissaire Bolkestein décide de faire de la pub au « plombier polonais », soutenu dans cette entreprise et de manière plutôt inespérée par un certain Philippe de Villiers.

Dans les banlieues blanches de Pologne, on passe les « pédés » à tabac

De mon « cas », cher Renaud Camus, que déduisez-vous ? Le parti de l’In-nocence reconnaît qu’entre la qualité de citoyen et le statut de non-citoyen, il existe et doit exister un état intermédiaire qui est celui de ressortissant de l’Union européenne. Faut-il en conclure que peu importent mes sentiments d’appartenance ou de non-appartenance, mes caprices, mon désir et mon héritage bâtard, tant que je ne brûle pas les voitures de mes voisins, que je ne mets pas les pieds sur les banquettes du métro et que je n’ai pas l’intention de me reproduire en dix exemplaires ?

J’ignore pourquoi, mais je n’ai jamais ressenti la moindre tentation de vous traiter de réac’ ou de raciste. Peut-être parce que je me méfie de ce que Morin appelle les « mots-panzers » qui intimident et terrorisent, me rappelant par ailleurs trop bien les images des premières grèves de l’ère postcommuniste en Pologne, quand les ouvriers menacés de licenciement brandissaient des pancartes où l’on pouvait lire : « Les capitalistes, ce sont les communistes ! » Ou peut-être parce que les jappements dénonciateurs des Inrocks ou autres Caroline Fourest m’agacent profondément. Ou peut-être encore, et c’est l’explication la plus plausible, parce qu’il me semble avoir compris que ce n’est nullement la couleur de la peau qui vous dérange ou qui vous fait peur, mais la quantité d’êtres humains. Or, comme vous le notez dans un communiqué du parti de l’In-nocence, la quantité influence la qualité : la « qualité de la vie », la « qualité des rapports entre les êtres », la « qualité humaine de ces êtres eux-mêmes ».

Espérant ne pas avoir dénaturé vos idées et vos convictions, je tiens à vous signaler que les banlieues polonaises − blanches, catholiques et unilingues − qui ne subissent en aucune manière les méfaits de ce que vous nommez la « contre-colonisation » sont sur la voie d’un niveau de « ré-ensauvagement », pour reprendre à nouveau votre vocabulaire, tout à fait comparable à celui que vous constatez dans les banlieues françaises multiethniques. Certes, on n’y excise pas les femmes. Mais on y passe à tabac les « pédés » ou ceux qui sont supposés l’être. On n’y brûle pas de voitures, mais on y démonte celles qui ont été volées aux Allemands.

J’ignore également pourquoi je ne vous trouve pas exagérément pessimiste. Pourtant, à l’exception près du très guerrier « réagir, résister, refuser » que vous proposez comme remède à la difficulté d’intégration des « Français d’origine étrangère », l’ensemble de votre discours aboutit au constat qu’« il n’y a plus grand-chose à faire ». Voilà donc que le peuple français se laisse « mener béatement dans les poubelles de l’Histoire », qu’il se résigne à disparaître et, pis encore, à se persuader « qu’il n’a jamais existé, qu’il a rêvé son histoire et son existence ». Voilà que le territoire de la France devient le polygone d’une opération de « Grand Remplacement » d’une population par une ou plusieurs autres.

Ce « Grand Remplacement » en cours, que vous observez en France et en Europe, se serait effectué sous la pression idéologique égalitariste et dogmatiquement antiraciste. Ainsi, et en deux formules supplémentaires, déculturation et décivilisation, vous parviendriez à radiographier la tumeur qui ronge subrepticement l’une des nations ou des civilisations les plus illustres de l’histoire de l’humanité. Sans vouloir faire de vous un adepte de Spengler, je ne peux m’empêcher de citer ici l’auteur du Déclin de l’Occident  : « Ne nous berçons pas d’illusion, nous connaissons notre sort, et nous aurons sur le monde antique cette supériorité qu’au lieu de mourir sans le savoir, nous mourrons en pleine conscience et nous suivrons tous les stades de notre dissolution avec le coup d’œil sûr du médecin expérimenté. »

« C’est où, le terrorisme ? »

J’ignore la raison pour laquelle je ne vous traite pas d’hystérique. Autant que je sache, nous ne sommes ni à la veille ni au lendemain d’un cataclysme comparable à celui des années 1914-1918. La seule guerre à laquelle participent des Occidentaux, si je ne me trompe pas, est celle-là même d’où nous sont parvenues, par le biais de nos chaînes de télévision, les images d’une petite boulotte rigolarde prénommée Lynndie tenant en laisse un barbare à poil et à quatre pattes. Ah non, il y a encore cette autre guerre, moins photogénique ou plus difficile à photographier, que nous livrons, nous les Occidentaux, aux monstres barbus cachés quelque part entre les grottes de Tora Bora et lesdites « régions tribales » du Pakistan. Il a été convenu de l’appeler la « guerre au terrorisme », préférant laisser rhétorique la question posée par un philosophe français fort provocateur : « C’est où, le terrorisme ? »

J’ignore pourquoi, Monsieur, je n’oserai jamais vous demander de relativiser les choses. Peut-être parce que je crains votre disparition. Je crains l’extinction de votre race. La race des êtres infiniment raffinés et raisonnablement excentriques, combattant, à leur manière et avec leurs moyens, pour le maintien de l’étrangeté dans le monde et contre l’abêtissement universel, pour ce qu’on dénomme à présent la « grande culture » et ce qui, naguère, s’appelait encore la « culture générale ». J’exagère peut-être. Peut-être pas. Enfin, les filles et les garçons ayant reçu une solide kinderstube à la maison et des leçons d’in-nocence dans des « écoles-sanctuaires » continueront à vous rendre hommage, respectant scrupuleusement les règles dans les échanges entre le maître et les disciples. Sans doute ne s’agira-t-il pas d’un groupe très nombreux, sauf succès électoral du parti de l’In-nocence, lequel demeure à ce jour l’unique espoir de la création de telles « écoles-sanctuaires », ainsi que de la transmission par leur biais des principes de citoyenneté, de savoir-vivre et d’humanisme. Les enfants issus de la « contre-colonisation », directement exposés aux effets dévastateurs du processus de prolétarisation du corps enseignant, les enfants facilement repérables tant par la trivialité de leur langage que par le relâchement de leur costume, seront mille fois plus nombreux à taguer les noms de leurs idoles sur les murs des monuments historiques. Mais bon, ce n’est pas la quantité qui compte.

Quant à moi, à défaut de savoir si je peux contribuer à valider une hypothèse, je persévérerai dans la jouissance bébête d’une vieille fille en fleurs, à considérer ce merveilleux hasard de la vie qui fait que je suis là où je suis, en train de lire et de savourer, cher Renaud Camus, votre manuscrit dont je prépare la prochaine parution.[/access]

Le marché des vanités

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Poussiéreuse, louis-philipparde, en somme balzacienne : les derniers développements de l’affaire dite « Woerth-Bettencourt » révèlent une navrante image de notre société. Après avoir indiqué n’être pour rien dans la nomination de Patrice de Maistre à l’ordre de la Légion d’honneur, le ministre, confronté à la lettre qu’il avait envoyée à Nicolas Sarkozy, a bien dû reconnaître qu’il était intervenu. Avec des justifications atterrantes : « J’ai fait comme de multiples députés », « C’est d’une banalité totale ».

Le pire, c’est qu’Eric Woerth dit vrai. Le marché des vanités connaît une activité ébouriffante transcendant les clivages politiques, car il est de notoriété publique que le besoin de reconnaissance n’est ni de droite, ni de gauche mais en quelque sorte consubstantiel à la nature humaine. Sans tomber dans les errements du beau-fils de Jules Grévy qui avait, en son temps, défrayé la chronique judiciaire pour avoir organisé un trafic de décorations (à toi le ruban, à moi les biftons), le système actuel permet tous les dérapages.

Au départ, il y a une vaste hypocrisie originelle qui pervertit l’ensemble du système.
On ne demande pas sa décoration, mais on la fait demander. Il faut ménager l’amour-propre de l’impétrant en lui évitant de quémander piteusement une médaille, ce qui le contraindrait à un humiliant plaidoyer pro domo, sur le thème « loréalien » de « parce que je le vaux bien ». Justement, heureuse providence, il se trouve un député, un ministre, un secrétaire d’Etat qui, toutes affaires publiques cessantes, a pris conscience de l’injustice flagrante qu’il y a à laisser Messieurs Tartemolle ou Dugenou, professionnels reconnus, sans aucune distinction de leur pays pourtant reconnaissant de les compter parmi ses citoyens, ou disons ses électeurs.
Cette fiction selon laquelle la distinction est octroyée par l’intervention d’une main auguste et acceptée sous l’emprise d’amicales pressions a produit un dispositif de renvoi d’ascenseur qui justifie toutes les suspicions.

Usines à hochets : des fabriques de clientélisme

Rappelons en sus que sont fixés des quotas annuels d’attribution, prouvant le Génie français qui, y compris dans le domaine du mérite, sait mettre en place une planification digne de ce nom.

Une fois choisi le demandeur officiel, il faut trouver le contingent ministériel dans lequel prélever une médaille. Pour un magistrat ou un avocat, aucun problème ce sera le ministère de la Justice. Mais se posent parfois des questions byzantines de préséance et de choix: la décoration de Patrice de Maistre pourrait relever du ministère des Finances, on comprend aisément pourquoi, de celui de l’Intérieur, pour service rendu à Nicolas Sarkozy, à l’époque 1er flic de France, voire de la Culture – si l’on considère l’intégration de l’île d’Arros au patrimoine national via François-Marie Banier.

Ces piteuses combines prospèrent et tourneboulent ainsi depuis des lustres. Et c’est précisément la banalité de tout ce processus, son caractère normal et admis par tous, qui sont un scandaleux.
Les usines à hochets que sont l’Ordre national du Mérite, l’Ordre de la Légion d’honneur, toutes les palmes académiques et mérites divers et variés sont des fabrique de clientélisme. Comment s’étonner que, sur un terreau aussi fertile, se déploient à l’occasion des conflits d’intérêts ?

Mettre hors-la-loi la vanité, la prétention, la frime, le désir d’en être, l’illusion de compter et interdire toute manifestation extérieure de sa propre importance au revers d’une veste est irréaliste. Il faudra se résoudre à garder nos décorations et médailles. Peut-être pourrait-on au moins en limiter les effets en distinguant exclusivement les actions hors-normes, relevant de l’exploit (intellectuel par exemple) et de l’héroïsme militaire. Pour le reste, accordons une super médaille du travail à ceux qui ont conduit leur vie professionnelle normalement pendant de nombreuses années. Le risque est qu’il y ait beaucoup de personnes éligibles, ce qui va contrarier tous ceux qui goûtent le plaisir raffiné d’appartenir à un club fermé. Je dois pour ma part confesser une forme de snobisme qui m’interdit de me mêler à la masse des récipiendaires passés et à venir . Cette motivation n’est certes pas plus glorieuse que la soif de reconnaissance, mais j’ai la faiblesse de penser qu’elle est moins dangereuse.

Rostov sur le gnon

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Parmi les nombreux cauchemars engendrés par la fin du communisme en URSS (dépeçage maffieux de l’industrie, pillage des ressources naturelles par des oligarques, accidents écologiques et attaques islamistes des républiques périphériques, cheval de Troie géorgien des USA, baisse de l’espérance de vie, disparition de l’état-providence, corruption de la police) le pauvre citoyen russe avait cru avoir bu le calice jusqu’à la lie. Eh bien le calice, justement, il ne peut même plus le boire tranquillement.

Voilà que des gangs de militants abstèmes ont tabassé des bandes de jeunes qui buvaient en public à Rostov sur le Don aux cris de « Les vrais russes ne se bourrent pas la gueule! », ce qui est, par ailleurs, complètement contraire à la vérité historique. Le porte-parole de la police de Rostov sur le Don confirme que ces violents vertueux (pléonasme ?) ont multiplié ce genre d’attaques depuis début septembre. Smirnoff, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Retraites : mensonges et manipulations

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photographe: William Hamon
Photo : William Hamon

La journée d’action contre la réforme des retraites a, semble-t-il, été un franc succès, ce qui n’a rien d’étonnant dans la mesure où la réforme portée par le ministre Woerth fait presque l’unanimité contre elle. On lui reproche son inéquité, son injustice, le recul des droits sociaux qu’elle implique ou l’insuffisante mise à contribution des revenus du capital. Pourtant, il est deux arguments qui me semblent insuffisamment développés dans le débat public.

L’esprit de cette réforme s’appuie sur ce que le gouvernement appelle les « mesures d’âge », censées réduire le besoin de financement sans avoir à augmenter les cotisations, ni réduire le montant des pensions. Or, ce point est éminemment discutable et les opposants font à mon avis l’erreur d’accepter ce postulat, ce qui ne peut que conforter la position du gouvernement.

L’arrivée à la retraite de la classe d’âge du baby-boom conjuguée à l’allongement de la durée de la vie, va incontestablement accroître le besoin de financement des systèmes de retraite. Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) évalue que le nombre de retraités augmentera de 37 % d’ici à 2030, ce qui ne représenterait pourtant que moins de 2 points de PIB à l’horizon 2020. Le problème se pose d’ailleurs en des termes tout à fait similaires pour toutes les dépenses sociales liées au vieillissement, assurance maladie et dépendance. Fondamentalement, il s’agit de savoir comment équilibrer les comptes sociaux, qui sont d’ores et déjà dans une situation de déséquilibre structurel avec un déficit de 10 milliards en 2008 et 20 milliards en 2009.

On considère généralement qu’il est possible de rééquilibrer les comptes, soit en réduisant le montant des prestations, soit en augmentant le montant des cotisations, ce qui est la logique même. En ce qui concerne plus particulièrement les retraites, on ajoute, une troisième solution qui tient lieu de remède miracle : l’allongement de la durée de cotisation.

Cette approche est affectée du même vice méthodologique que le « travailler plus pour gagner plus » du candidat Sarkozy qui prétendait augmenter le pouvoir d’achat par un allongement la durée de travail hebdomadaire avec son dispositif d’exonération des heures supplémentaires. Cette logique peut fonctionner pour un individu mais n’est à l’évidence pas transposable au niveau macro.

Le maintien des seniors plus longtemps au travail ne pourra pas se faire sans effet d’éviction. Soit ils parviendront à s’y maintenir et cela se fera au détriment des classes d’âges plus jeunes, ce qui sera le cas notamment dans la fonction publique qui devrait ainsi se transformer progressivement en véritable gérontocratie. Soit ils ne pourront pas et ils passeront simplement à la charge de l’assurance chômage.

On ne peut pas augmenter la quantité de travail globale d’une population en décrétant l’allongement de la durée individuelle. C’est un peu comme si on voulait rééquilibrer les comptes de l’assurance maladie en décrétant un allongement de la durée de vie en bonne santé !

Travailler plus ?

Cette réforme relève d’une pure logique proclamatoire. Le gouvernement décide d’augmenter statistiquement le volume de la population active, tout en lui assignant un objectif de retour au plein emploi. Comment ? Mystère ! Probablement par la magie de la parole sarkozienne… La technique n’est d’ailleurs pas nouvelle. Le gouvernement a fait la même chose en matière industrielle, où notre génial président a assigné à l’industrie comme à la glorieuse époque du gosplan, un objectif d’augmentation de 25 % de la production d’ici à 2015, annonce qui n’a été suivie que par la mise en place d’un observatoire statistique destiné à mesurer la part du made in France.

Les mesures d’âges ne pourront avoir d’effets positifs sur les finances publiques que dans deux cas :
– lorsque les allocations chômage dont pourront bénéficier les seniors qui devront attendre 62 ans et l’ouverture de leurs droit à la retraite seront inférieures à la pension retraite qu’ils auraient touché avant la réforme ;
– lorsque ceux qui ne pourront pas se maintenir dans l’emploi jusqu’à 67 ans afin obtenir la totalité de leurs droits, se verront affecter une décote qui réduira leur pension par rapport à ce qu’elle aurait été avant la réforme.

Dans les deux cas, les seules économies possibles se traduisent par une réduction des prestations. Qu’on arrête donc de considérer que le « travailler plus » est une solution alternative à l’augmentation des ressources ou la réduction des prestations !

Si la seule solution pour financer les retraites est de réduire le volume des pensions, qu’on le dise, qu’on l’assume et qu’on le fasse proprement, de manière égalitaire et sans épargner la génération dorée du baby-boom, ni même les retraités actuels qui – rappelons le – jouissent d’un niveau de vie en moyenne supérieur à celui des actifs. Car, c’est peut-être ce qu’il y a de plus choquant dans cette réforme, les mesures d’âge ne s’appliqueront pleinement qu’aux générations nées après 1956 !

Le report de l’ouverture des droits à la retraite – comme d’ailleurs la logique des heures sups dont elle partage l’esprit – ne peut fonctionner que dans une économie qui connaît des tensions sur le marché du travail. Or, avec un taux de chômage officiel de 9,3 %, on ne peut pas vraiment dire que ce soit le cas de la France ! Cette mesure aura, tout comme la précédente, essentiellement pour effet de maintenir le taux de chômage à un niveau élevé. On va donc boucher un trou en en creusant un autre.

Ces mesures d’âges ne rapportent d’ailleurs pas grand chose au regard de leur coût social pour ceux qui en seront les victimes. Selon les projections officielles, elles ne devraient représenter qu’environs le tiers des économies estimées de la réforme en 2015 et moins de la moitié en 2018 (44%), le reste provenant de ressources nouvelles. Et encore, ces projections ne prennent pas en compte le report de charge inévitable sur l’assurance chômage. Ces mesures d’âges qui sont présentées comme étant le cœur de cette réforme et la garantie d’un retour à l’équilibre des comptes apparaissent donc comme une véritable mystification !

Un mensonge en cache toujours un autre

Ce mensonge en cache en autre. Le gouvernement nous assure qu’il s’agit de sauver l’équilibre du système de retraite et d’en garantir l’équilibre sur le long terme. Or cela est tout simplement faux.

L’objectif n’est que de rééquilibrer les comptes en 2018. Jusque là, le système sera en déficit et après cette date il le sera de nouveau ! Entre temps, on devrait mobiliser le fonds de réserve des retraites, alors que son capital (une trentaine de milliards) ne correspond qu’à deux années de déficit prévisionnel selon l’échéancier de retour à l’équilibre prévu par la réforme. On notera incidemment que le siphonage ainsi organisé du FRR est totalement contraire à l’orientation présidentielle qui prévalait encore il y a un an et qui voulait doter la France d’un « fond souverain à la française », ce qui avait entraîné la création du Fonds Stratégique d’Investissement. Mais, il est vrai que, Sarkozy n’est plus à une contradiction près…

En outre, cet échéancier est basé sur la base d’hypothèses macroéconomiques qui semblent exagérément optimistes : 6,7 % de taux de chômage, +2,2 % croissance du PIB et +1,8 % de gains de productivité annuels pour la période 2014-2020 selon le scénario B du COR. Si ce miracle économique ne se produit pas, le système de retraite demeurera en déficit structurel et l’on reparlera d’une nouvelle réforme dans quelques années, que ce soit pour sauver les retraites ou la sécurité sociale dans son ensemble.

A quantité de travail constant (rien dans la réforme n’est censé avoir pour effet de l’augmenter) les dépenses liées au vieillissement appellent à l’évidence la mobilisation de ressources nouvelles, ou si l’on préfère, à réaliser des économies au sein de nos 56 % de PIB de dépenses publiques.

L’idéal serait encore d’éviter de poser la question en termes d’arbitrage entre actifs et inactifs pour tenter d’augmenter l’assiette qui sert de financement à la protection sociale, soit en développant l’emploi, soit en augmentant les salaires, soit par un meilleur partage de la richesse entre capital et travail, ce qui revient plus ou moins au même.

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