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Roumanie, le cauchemar de l’Europe

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Les Roms sont-ils les bienvenus en Roumanie ?

C’est un pays dont on ne parle jamais, le trou noir de l’Europe. Il en est pourtant le septième par la taille et la population, mais personne ne parle jamais de ses habitants non plus. Seuls un vampire empaleur, un petit cordonnier qui a très mal fini et une gymnaste surdouée ont réussi éphémèrement à percer le glacis et à rappeler au monde qu’il existe là-bas, vers l’Est, tout au bout du continent, un pays qui s’appelle la Roumanie. Romania, comme Rome qui colonisa cette terre et y laissa sa langue et des vignes. Juste pour rire, combien de Français situent et nomment sa capitale ? Bucarest, Bucuresti, la cité de la joie.

Nicolas Sarkozy vient de remédier à cette situation hautement injuste. Après quelques batailles rangées particulièrement violentes et la mort d’un jeune homme à Saint-Aignan le 18 juillet, il a fait subitement des Roms sa priorité des priorités en matière de sécurité. Nous passerons sur les réserves que nous inspire cette « bouc-émissairisation » d’une cible presque trop belle être vraie, tombée juste à point, toute rôtie pour faire coup double : ratisser chez Le Pen, où l’on est toujours friand des rapprochements douteux entre criminalité et étrangers, et détourner les attentions de la grande saga estivale muti-rebondissante, La Vieille dame indigne, son photographe et son ministre. La polémique a déjà été amplement traitée ici et ailleurs.

Expulsions, pièges à cons ?

Certains de ces Roms fauteurs de trouble public, et de fait accusés d’être responsables d’une bonne partie des maux sociaux de la France, étant en situation irrégulière sur notre territoire, il fut décidé, dans un sursaut de rigueur prétorienne implacable, de les expulser manu militari vers leur pays d’origine. Ce qui, soit dit en passant et quelles que soient les arrière-pensées de l’expéditeur, est parfaitement légal. Aussitôt dit, aussitôt fait, les charters succèdent depuis aux charters. Destination la Roumanie donc, puisque les Roms sont roumains. Le pays revient pour la première fois sur le devant de la scène internationale depuis sa révolution bidonnée, ses charniers recomposés et l’exécution rondement menée du Conducator et de sa douce.

Les Roms ayant quitté la terre de leurs ancêtres où ils sont traités en paria depuis des siècles (les enfants pas sages y sont toujours menacés d’être donnés à manger aux affreux tigani) pour échapper à la misère et au statut peu envié de sous-citoyens, on pouvait imaginer de la part de ladite Roumanie un profil bas. Très bas même. D’autant plus que les vingt milliards d’euros en aides diverses et variées alloués pour la période 2007-2013 par le budget européen ne se sont pas trop vus sur le terrain. Les bidonvilles ressemblent toujours à des bidonvilles. Mais c’était mal connaître le gouvernement en place à Bucarest. Les « déportations » firent la « une » des journaux, tandis que le ministre des affaires étrangères soufflait sur les braises et s’inquiétait hypocritement de nos provocations et dérapages populistes. Merci pour nous.

Il serait temps de conseiller à domnul Basconschi de quitter son palais et d’aller faire un tour dans son pays, celui que les Roms et les Roumains, pour une fois alliés dans un même grand mouvement de bascule, ont fui par centaines de milliers. Il constatera à quel point ses remontrances sont déplacées et même outrancières.

La Roumanie, l’autre pays du pot-de-vin

Second pays le plus corrompu d’Europe derrière la Bulgarie, selon le classement de Tranparency International, ONG basée à Berlin, la Roumanie est le paradis du pot-de-vin, le royaume du racket, l’eldorado du graissage de patte. Pas un secteur de la vie économique n’y échappe. 1 100 médecins, 170 officiers de police, 9 généraux et un premier ministre ont fait l’objet de plaintes. Sans grands résultats, car les dossiers montés par les procureurs s’autodétruisent en face de la Cour. Pour acheter un enfant, récupérer une propriété nationalisée après 1948, postuler pour un marché public, éviter que le brancardier ne vous balance par terre, il faut payer. Petites coupures usagées très demandées. En dollars, plutôt. Le tout assorti d’une bureaucratie kafkaïenne et d’une monumentale culture de la file d’attente unique en Europe.

La faute au communisme, vous assurent les Roumains, qui n’en sont pas à une contradiction près. Sauf qu’aucun pays oriental de l’Union européenne n’a conservé à ce point cette tradition soviétique du billet glissé entre deux feuilles. Hormis son vieil ennemi balkanique bulgare (les deux pays ont réussi à se battre à peine sortis de la Première Guerre mondiale), bien sûr. Il a bon dos le communisme, vingt ans après. La faute aux Roumains. Au médecin qui arrondit en douce ses 510 dollars mensuels, mais aussi au patient qui lui proposera un arrangement avant même la première consultation. Si, par extraordinaire, le médecin refuse, le malade en conclura qu’il est incurable et ira en voir un autre. 360 millions de dollars sont ainsi consacrés chaque année aux pots-de-vin médicaux. Les tarifs sont d’ailleurs officiels, consultables en ligne sur les blogs et les sites Internet… Quand bien même une voie légale est possible, les Roumains choisiront la corruption, par habitude, par sécurité, par atavisme.

Rien d’étonnant à ce que la même démarche se produise au sommet de l’Etat. Le pays tire la langue, exsangue, les investisseurs étrangers fuient ce cauchemar, le FMI dicte les prix, les salaires et le fait danser au bout d’une corde comme un ours des Carpates, tandis que DSK bat la mesure, sous les rires gras d’une clique monstrueuse de parvenus analphabètes couverts d’or et de bimbos refaites pendues à leurs bras. Les jeunes rêvent d’Amérique, les filles se cherchent de vieux messieurs très riches, les suicides se multiplient… Et les Roms repartent vers l’Ouest.

Alors, les Roumains pleurent et se prennent à regretter les temps d’avant. Ils oublient les ventres vides, l’eau et l’électricité rationnées, la liberté retrouvée, pour se souvenir qu’ils étaient dignes et unis, sans criminalité, sans banque et sans dette.

Le président de la République a promis une « action de coopération intense » avec les autorités roumaines pour lutter contre les trafics. Avec la police et la justice roumaines en particulier. Interdiction de rire. Nous reverrons les Roms, c’est quasi certain. Tant que Bruxelles ne pilotera pas directement les fonds structurels donnés à la Roumanie, leur situation ne s’améliorera pas. Et Teodor Basconschi pourra toujours s’alarmer de nos « réactions xénophobes » sans soigner le mal de son pays qui ne sait tout simplement plus qui il est, ni où il va.

Retraites : la solution corse

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S’il est des métiers pénibles – et à risques –, c’est bien celui de truand. Le grand nombre d’assassinats qui a endeuillé la Corse ces derniers mois (6 morts depuis le début de l’année rien que dans l’arrondissement de Sartène) le démontre une fois de plus, s’il en était besoin.

Cette série noire en rappelle une autre : une avalanche de règlements de compte truandesques avait frappé l’île au milieu, si j’ose dire, des années 1970 : une trentaine de disparitions tragiques en quelques mois, dont les mobiles étaient si mystérieux que Le Point avait surnommé la région « Le triangle des Bermudes » (aucun rapport avec la tenue estivale des pinzutti), quand d’autres observateurs avançaient la thèse d’une querelle entre les anciens et les modernes.

Procurer du travail aux jeunes et résoudre le problème des pensions est un souci qui rejoint une longue tradition corse, pour ne citer que l’exemple de Napoléon. Lors de son court mais mémorable passage au pouvoir, l’Empereur n’a pas ménagé ses efforts pour mettre les jeunes au travail et faire fléchir la courbe démographique, avant de mourir, lui aussi, bien avant l’âge légal de la retraite. Ultime délicatesse : aux frais de l’Angleterre !

Le plan caché de Nicolas Sarkozy

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Jean-Pierre Raffarin : seul responsable de la réforme des retraites.

Il maintiendra. L’Élysée l’a fait répéter sur tous les tons : Nicolas Sarkozy veut bien discuter le bout de gras avec les syndicats et amender légèrement la réforme des retraites, mais il ne transigera pas sur l’âge du départ. Ce sera 62 ans ! Ni plus, ni moins. Enfin, ni moins, ni moins.

Comment expliquer cette inflexibilité présidentielle ? 62 ans n’est pas tout à fait un chiffre rond. Les entreprises françaises continueront à transformer leurs salariés en préretraités dès qu’ils auront atteint l’âge de 58 ans. Quant aux économies générées par une telle mesure, elles ne seront, dit-on, même pas aptes à rattraper l’actuel déficit annuel de 35 milliards d’euros.

Les Français ont toujours été nuls en retraite. Interrogez Napoléon, il ne vous dira pas le contraire. C’est nous, les Allemands, qui avons inventé le premier système de retraite obligatoire au monde. C’était en 1883 et le chancelier Bismarck, qui ne s’occupait donc pas que de harengs, fixa l’âge légal de la retraite à 70 ans. Il avait lui-même 68 ans à l’époque et s’était donné encore deux ans avant de pouvoir aller s’occuper de son garage en Poméranie – on l’ignore trop souvent : c’était un fou du volant, un « Schumi » avant l’heure, comme en atteste l’expression idiomatique auto von Bismark. Notre Otto national quittera le pouvoir en 1890, juste un peu avant de souffler la soixante-quinzième bougie de sa Schwarzwaldtorte.

La retraite à 70 ans, sinon rien !

Face à la crise du système français, l’idéal serait d’en revenir le plus rapidement possible aux fondamentaux : fixer l’âge du départ à la retraite à 70 ans. C’est le bon âge : les enfants ne sont peut-être pas encore tous mariés, mais ils ont fini leurs études, trouvé un petit boulot et, avec un peu de chance, ont pu louer un studio les éloignant définitivement du cocon parental. On peut enfin penser à soi et se consacrer aux activités qui font tout le charme de cet âge-là : se souvenir de ses jeunes années tant que les ravages de l’arthrite permettent encore de faire un bras d’honneur à Alzheimer, se rassurer sur sa propre forme en enterrant ceux de son âge qui tombent à un rythme de plus en plus rapproché, voter à droite, surveiller son diabète, mettre en règle ses papiers chez le notaire, aller en couple au Salon de l’Enterrement[1. C’est la version ultime du Salon du Mariage. Les organisateurs ont hésité à l’appeler « Salon de la Bière ». Pourtant, Dieu sait que, pour les enterrements, la bière est de mise.]. – « Le modèle avec iPhone est pas mal. C’est l’abonnement qui est un peu cher. » Bref, 70 ans, c’est la vraie vie qui commence.

À 62 ans, on n’est pas vieux ! On est tout juste encore un gamin. Pourquoi donc cet acharnement du président de la République à mettre en retraite les sexaduogénaires ? Réflexe anti-jeunes ? Il y a de ça. Mais les véritables raisons sont tout autres. Elles portent un nom : Jean-Pierre Raffarin. C’est lui l’unique coupable, le seul responsable. Nicolas Sarkozy avait essayé de se débarrasser de l’auteur de raffarinades le plus brillant de sa génération en lui proposant le poste d’ambassadeur de France en Chine. L’ancien Premier ministre, qui a de la « vista » à revendre mais pas trop le goût des supplices chinois, avait décliné l’offre.

Depuis, il se tient, embusqué, prêt à surgir quand une occasion se présente. Ou ne se présente pas. D’une main, il tambourine sur l’action du président français chaque fois qu’il le peut. De l’autre, il lui indique la voie à suivre. D’une autre main, il lui plante des poignards dans le dos. Et, avec ce qui lui reste de doigts, il adresse à Nicolas Sarkozy de petits signes d’amitié. Ne croyez pas que Jean-Pierre Raffarin soit le dernier avatar du dieu Shiva aux quatre bras. C’est juste que, dans son art oratoire, les métaphores comptent rarement moins de trois mains.

Or, il se trouve que depuis le 3 août 2010, Jean-Pierre Raffarin a atteint l’âge honorable de 62 printemps : le bon âge pour partir à la retraite. La route a été longue, maintenant c’est tout droit ! Nicolas Sarkozy n’en démordra pas. Les Français pourront bien être soixante millions à battre le pavé lors de la prochaine manifestation, le président de la République tiendra bon, car il ne voit qu’une chose : sitôt la loi votée, Jean-Pierre Raffarin sera mis à la retraite d’office.

C’est sans compter aussi que, le 5 novembre prochain, une autre personnalité française de premier plan fêtera son soixante-deuxième anniversaire : Bernard-Henri Lévy. Que fera donc le philosophe de sa retraite ? Jardiner, jouer à la belote avec Jean-Baptiste Botul, rester à la maison avec mémère : rien de tout cela ! Sitôt retraité, Bernard-Henri Lévy consacrera tout son temps libre à conseiller le Parti socialiste pour la prochaine élection présidentielle comme il avait conseillé Ségolène Royal pour la précédente. Et de cela, Nicolas Sarkozy ne se passerait franchement pour rien au monde.

La métaphysique du mou

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Le sans-papiers, prolétaire idéal

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Sans-papiers

Il existe des hommes qui sont à demi sans-patrie. Ils appartiennent, de jure, à un territoire national donné, mais vivent dans les soutes d’un autre État qui ne les reconnaît pas comme élément de son peuple, pas plus qu’il ne leur accorde la moindre existence officielle. « Clandestins » ou « sans-papiers », selon le point de vue que l’on adopte, mais toujours refoulés des structures sociales.

Et pourtant, cela lutte aussi dans ces recoins, depuis le mouvement de l’église Saint-Bernard, à Paris, où, une brève fin d’été 1996, les sans-papiers occupèrent le haut du pavé médiatique, épaulés par Emmanuelle Béart, Albert Jacquard et quelques autres, jusqu’à la récente mobilisation de travailleurs sans-papiers animée par la CGT. L’évolution de ces luttes témoigne, clairement, d’un étrange remodelage des clivages idéologiques, particulièrement à gauche de l’échiquier politique.

Pour dire les choses simplement, il fut une époque où le « travailleur immigré », l’un des cœurs vivants de l’ancienne révolte gauchiste des années 1970, était figuré sous les traits de l’exemplarité puisqu’il était doublement opprimé, d’une part en tant qu’ouvrier, par l’exploitation patronale, et d’autre part en tant qu’immigré, par le déploiement planétaire de l’impérialisme. Invoquer l’« humanisme » pour légitimer l’action, c’était entretenir une louche parenté avec une pensée au goût d’hostie. La philosophie politique était en quête d’un lieu où pourrait s’incarner le dernier espoir putatif d’une négation ouvrière de la société d’abondance. Concurrence partisane obsessionnelle avec le PCF obligeant, il fallait conquérir un prolétariat de substitution. Le travailleur déraciné pouvait parfaitement, se prenait-on à espérer, remplir cette fonction.

[access capability= »lire_inedits »]Hier l’exploitation, aujourd’hui l’exclusion

Les temps ont changé et, avec eux, l’idée que l’on se fait des vertus morales et politiques. À partir de 1975, et plus encore dans le cours des années 1980, on a assisté à une éclipse des lectures marxistes ou « critiques » du réel et les solutions collectivistes ont été rayées des tablettes.

En somme, pour parler comme Jean Baudrillard, on a « soldé » le XXe siècle faustien, prométhéen, fourmillant d’idéologies, de « grands récits », de maîtres à penser l’avenir, d’histoire en marche. Les acteurs collectifs ont été tranquillement liquidés, les « classes » abolies, les « masses », autrefois « véritables héros » (Mao Zedong), ont disparu de l’espace public. Les nations, obstacles désormais déclarés périmés, ont également fait les frais de cette cure intensive de détranscendantalisation du système.

L’idéologie ayant horreur du vide, un nouveau seigneur triomphe cependant sur ces ruines : l’individu démocratique, égalitaire. Avec cette conséquence que la croissance et l’épanouissement de la Personne se donnent désormais comme apothéoses de toute histoire « libérée ».

Pour bien comprendre de quoi il retourne, il ne faut pas oublier cette dernière touche au tableau : la disparition par implosion du dernier concurrent en matière d’universalisme, l’empire des casernes socialistes, a irrémédiablement installé le rêve conquérant d’un monde régi par les droits, qui engage par là-même à la « compassion » pour les divers « sans », quand il ne promet pas d’offrir le droit en exercice planétaire.

La « démocratie des droits de l’homme », selon l’expression de Marcel Gauchet, instaure ainsi une nouvelle dogmatique fondée sur la foi dans le droit qui protège les individualités. L’ennui, c’est que cette foi porte en elle la contestation de ce qui la garantit, l’État, en vertu de son statut de norme fondamentale dont l’irrespect justifierait toutes les insurrections. Dans ce cadre, les anciennes permanences ne peuvent qu’apparaître comme des entraves à l’idéologie triomphante, généreusement alimentée par l’ordre technologique de la libre connexion, du branchement volontaire, de la fluidité du réel. Résultat : l’heure est au social « souple » composé d’identités, de minorités et d’exclusion. On prend ainsi définitivement acte de la mise à mort du projet, décoré du titre d’« anachronique », de diriger le social « par le haut ».

Cela n’est assurément pas sans effet en matière d’immigration. La disparition de la figure du « travailleur immigré », contradiction vivante du procès de production, négation affirmative de la négativité pure du Capital officiellement décomposée, fait place nette pour la politique de promotion des « droits » et de la « citoyenneté », autrement dit pour l’« idéalisme pragmatique » (Jacques Ion) : il s’agit d’aménager l’existant, de le rendre vivable, humain, au nom des contradictions entre les principes et le réel. On ne récuse pas le donné, on s’y agite de l’intérieur. On ne se perd pas en promesses de société future, on ne veut pas supprimer le pouvoir ou s’en emparer, on demande des droits. Hier l’exploitation, aujourd’hui l’exclusion, la relégation, la reconnaissance de l’autre dans son identité particulière, en particulier s’il est porteur de stigmates, de témoignages du « mépris social ». Même la récente mobilisation des « travailleurs sans-papiers » s’inscrit dans cette quête apolitique de droits, traduction pratique d’un impératif humaniste de reconnaissance.

Cet écroulement idéologique traduit une conversion d’une partie de la société à la morale. La liquidation « postmoderne » des questions républicaine et sociale au profit de l’idéal de reconnaissance de l’Autre a pour conséquence le fait que, faute d’avoir prise sur l’économie désormais « dépolitisée » (Slavoj Zizek), on investit massivement dans la gestion culturelle du présent.

Par ailleurs, transplantée telle quelle sous la forme d’un « droit à la libre circulation des hommes », cette démocratie des droits de l’homme aboutit à une conception finalement libérale (et une partie non négligeable du patronat ne s’y trompe absolument pas), où la société, comme vue des hauteurs où circule Yann Arthus-Bertrand, se résume à l’addition de particules itinérantes.

Tout cela témoigne d’un hiatus symptomatique sur lequel bute une certaine culture de « gauche » depuis le milieu des années 1980. Ainsi, « l’union à gauche » ne trouve-t-elle pas d’autre carburant que les cris bariolés du « respect de l’Autre » et autre politique compassionnelle du care, sans parler des nébulosités creuses de la « démocratie participative », tandis que le ralliement au pancapitalisme de la « gauche de gouvernement » est l’horizon politique indépassable. Dans ces conditions, les mobilisations à haute teneur « intellectuelle », hautement estimées dans les classes cultivées, rendent encore plus assourdissant le silence fait sur la précarité des classes populaires. Leur abstention structurelle ne dit pas autre chose. Encore faudrait-il qu’on veuille les entendre.[/access]

La Belgique en soins palliatifs

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Dans le courant du mois de juillet, quelques personnes réputées bien connaître la politique belge ont tenu une réunion discrète, sinon secrète, dans le bureau de Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Des diplomates en retraite et en activité et des journalistes de renom étaient invités à formuler leurs analyses sur l’avenir du royaume à la suite des élections législatives de juin au pays du Manneken Piss qui ont abouti à la victoire écrasante des séparatistes flamands du NVA en Flandre, et celle du Parti socialiste dans la partie francophone du pays, en Wallonie et à Bruxelles.

L’indifférence affichée par les autorités françaises à ce qui se passe en Belgique n’est que de façade. On se prépare en coulisses à l’éclatement du pays, et l’on passe en revue les divers scénarios qui vont du maintien vaille que vaille d’une confédération entre les deux parties du pays à la montée en puissance, en Wallonie au moins d’un courant « rattachiste », ne voyant d’autre solution pour l’avenir de la province qu’une intégration à la République Française. Les « experts » réunis par Lellouche divergeaient sur le tempo, mais s’accordaient à penser que l’accession de la Flandre à l’indépendance était inéluctable. Les Francophones, dont tous les grands partis politiques se déclarent partisans du maintien d’une Belgique fédérale, allaient se trouver confrontés à une séparation dont ils n’étaient, jusque là, pas demandeurs.

Oublier Bruxelles ?

Deux hommes forts sont ressortis de ce scrutin. D’un côté, Bart de Wever, tribun populiste et chantre de « l’évaporation de la Belgique » qui ferait de l’Etat fédéral une coquille vide avant que la Flandre n’accède à l’indépendance. De l’autre, Elio Di Rupo, président du PS francophone, lequel, malgré de multiples affaires de corruption, conserve la confiance une majorité d’électeurs francophones. Parti hautement clientéliste – on ne peut obtenir un emploi public en Wallonie si l’on n’est pas pistonné par le PS -, il apparaît comme un bouclier social contre les dégâts provoqués par la crise économique et la désindustrialisation.
En bonne logique, c’est Bart de Wever, chef du premier parti de la communauté démographiquement majoritaire (6 millions de Flamands et 4,5 millions de Francophones) qui aurait du être chargé par le roi Albert II de la mission de formateur du nouveau gouvernement. Mais ce tacticien roué avait par avance décliné cette offre au cours de la campagne électorale, ne laissant au souverain d’autre choix que de faire appel à l’autre vainqueur du scrutin, Elio Di Rupo. Pendant plus de six semaines, Bart de Wever a laissé ce dernier s’efforcer de mettre sur pied un accord de gouvernement qui prenne en compte les exigences des partis flamands d’une réforme radicale de l’Etat belge, qui verrait le transfert vers les régions et communautés de compétences jusque-là exercées par l’Etat fédéral. Elio Di Rupo a accepté, au cours de ces tractations une bonne partie des exigences flamandes, ce qui lui a valu des accusations de « trahison » d’Olivier Maingain, chef du Front démocratique des Francophones, très implanté dans la périphérie bruxelloise. Mais cela n’a pas suffi. Il a été contraint de jeter l’éponge, Bart de Wever et ses alliés se montrant intraitables sur la scission de l’arrondissement électoral bilingue Bruxelles-Hal-Vilvorde[1. L’arrondissement électoral Bruxelles-Halle-Vilvorde (BHV) est le seul en Belgique ou l’on peut voter indifféremment pour des partis flamands ou francophones, en raison d’une importante population francophone dans les communes flamandes de la périphérie de Bruxelles] et le refinancement de Bruxelles, capitale de la Belgique et de l’Europe, qui n’est pas en mesure de faire face à ses obligations urbanistiques et sociales.

Le plan B : le divorce

Pour la première fois dans l’histoire de la Belgique, des personnalités politiques francophones de premier plan, comme Laurette Onkelinx, ministre fédérale des Affaires sociales, ou Rudy Demotte, ministre-président de la région wallonne ont évoqué ouvertement le « plan B ».
Celui-ci consiste à prendre acte de l’impasse des négociations institutionnelles et à discuter d’une séparation entre la Flandre d’un côté, la Wallonie et Bruxelles de l’autre. Bien entendu, ces déclarations ont un air de « retenez-moi ou je fais un malheur » destiné à peser, sinon sur l’intraitable de Wever, du moins sur d’autres partis flamands moins radicaux que lui dans la fuite en avant séparatiste.

Seulement, de tels discours échappant à ceux qui les tiennent, accréditent, dans la population, l’idée que les carottes sont cuites et que la Belgique entre vraiment en agonie. Un changement de paradigme s’instaure alors, comme lorsque les manifestants de Leipzig contre le régime communiste de RDA, en novembre 1989, transformèrent leur slogan « Wir sind das Volk ! » (Nous sommes le peuple) en « Wir sind ein Volk ! »(Nous sommes un peuple). Rien ne pouvait plus alors faire obstacle au désir puissant du peuple allemand de se réunifier. Parler de la possibilité d’une scission de la Belgique en ces termes, c’est l’accélérer, même si ce n’est pas le but recherché.

L’un des principaux obstacles à cette scission, le destin de Bruxelles, dont les Flamands refusaient jusque-là qu’elle puisse être séparée de la Flandre est en train de perdre de sa pertinence. Bart de Wever, contrairement aux politiciens flamands ancienne manière a intégré que la reflamandisation de Bruxelles est un échec total : les néerlandophones viennent y travailler, mais rentrent chaque soir dans leur ville ou village de Flandres. Par ailleurs, cette ville est en train de prendre le chemin de Washington, partagée entre des ghettos d’hyper-riches (fonctionnaires européens, cadres des nombreuses entreprises de services basées à Bruxelles, « réfugiés fiscaux » français) et des ghettos d’immigrés où sévissent le chômage et l’insécurité. Pour Bart de Wever, l’indépendance de la Flandre sans Bruxelles vaut mieux que pas d’indépendance du tout. L’aspiration populaire va dans le même sens : le ras-le-bol des nouveaux riches du nord, excédés de financer les « chômeurs et gréviculteurs » du sud, emporte dans un tourbillon nationaliste les derniers Flamands « belgicains » qui sont réfugiés dans les institutions culturelles.

Petite Belgique ou grande France ?

Pour les sommités réunies par Pierre Lellouche, l’hypothèse d’une « petite Belgique » maintenue après le départ de la Flandre devrait alors s’imposer. C’est en tout cas la vision développée dans la classe politique francophone et dans les élites universitaires et médiatiques. Cette entité serait, paraît-il économiquement et politiquement viable. Voire… Car qui prendrait alors le relais des transferts d’argent de la Flandre vers la Wallonie au nom de la « solidarité interpersonnelle » entre tous les Belges ?

Le moment n’est pas encore venu où les Wallons sûrement et les Bruxellois peut-être se diront que la meilleure solution, au bout du compte, serait de compléter l’union culturelle et économique franco-belge[2. L’unité culturelle n’est plus a démontrer : les écrivains belges sont tellement des écrivains français qu’on en oublie qu’ils sont belges. Dans le domaine économique, le « grand patron » de l’économie wallonne et bruxelloise s’appelle aujourd’hui Gérard Mestrallet (Suez-GDF) et c’est la BNP qui a sauvé Fortis ( ex Banque Bruxelles Lambert) de la faillite en 2007…] par son volet politique. Mais il approche. Quand elle a démarré, l’Histoire a tendance à s’accélérer, et c’est dans ces circonstances que se révèlent les grands hommes d’Etat.
En 1988, Helmut Kohl était au fond du trou. On complotait dur au sein de son parti, la CDU, pour le déboulonner de la chancellerie afin d’éviter une défaite électorale annoncée. Puis survint la chute du Mur de Berlin. On connaît la suite. Certains, au sommet de notre République, seraient bien inspirés de se souvenir de cet épisode, qui n’est pas sans évoquer une situation plus proche de nous et, pourquoi pas, de s’en inspirer.

Sac de nœuds

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A force de repousser toujours plus loin les limites, ça devient de plus en plus difficile de transgresser quoi que ce soit. Mais si vraiment vous voulez choquer votre belle-mère lors du baptême de votre neveu, on ne saurait trop vous conseiller d’investir dans la nouvelle création du designer Andy Bates, qui a créé en sac à main façon paire de c… Tout y est et en relief, s’il vous plait, y compris une petite lanière au mitan des bourses rappelant même aux plus oublieuses d’entre nous un pénis. Et terminé par une clochette, façon piercing. Voilà pour le côté pile.

Coté face, une paire de fesses, forcément, ornée en leur centre d’une petite fleur en cuir, genre trou de balle ! Effet garanti dans les dîners en ville quand on en sort son tube de rouge à lèvres…

Du coup, les designers du monde entier sont sur les dents ! Que vont-ils trouver lors de la prochaine saison pour dépasser la transgression d’Andy Bates ? Personnellement, pour faire vraiment scandale, je ne vois plus que la petite aumônière en soie ivoire. Mais là, ça craint !

Sarrazin vs. Sarrasins

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« Les Musulmans ne contribuent en rien à la prospérité de l’Allemagne et vivent aux crochets de l’Etat ». Telle, est, en substance, la thèse de Thilo Sarrazin, membre du directoire de la Bundesbank. En outre, ajoute-t-il, le taux de natalité quasi prodigieux de la communauté musulmane aurait un impact fâcheux sur le QI collectif des Allemands. Bref, « L’Allemagne se détruit », proclame Sarrazin dans le titre de son livre paru la semaine dernière et qui, d’ores et déjà, figure sur la liste des best-sellers d’Amazon outre-Rhin. L’ennui c’est qu’en raison de sa virulence, Sarrazin risque de rendre impossible un débat dont l’Allemagne a furieusement besoin – et qui rappelle beaucoup celui qui a tant de mal à émerger en France.

En quelques plateaux-télé, Sarrazin a donc conquis la gloire du brave type qui ose enfin dire à haute voix ce que la majorité silencieuse des autochtones pense depuis un certain temps. Il a été menacé physiquement par le groupe prétendument antifasciste « Antifa ». Et la classe politique allemande, à commencer par la chancelière Angela Merkel, n’a pas perdu de temps pour crier à l’outrage. Qualifiant les propos de Sarrazin d’« absurdes » et « complètement inacceptables », la nouvelle « dame de fer » de l’Europe a déclaré dimanche dernier, sur la chaîne télévisée ARD, qu’ils « divisaient la société allemande ». Le chef des Verts allemands, Cem Ozdemir, s’est carrément lâché, comparant Sarrazin à un « leader tribal du calibre de ben Laden ». De son côté le directoire de la Bundesbank, dont les membres n’ont jamais été sélectionnés pour leurs qualités professionnelles ou personnelles mais en fonction d’un dosage politique et régional, a demandé au Président allemand, Christian Wulff, la tête de Sarrazin. Un fait sans précédent dans la cinquantenaire histoire de cette très discrète institution, et un véritable casse-tête juridique qui suscite la perplexité des juristes du gouvernement. Mais il n’est pas certain que ce soit la première préoccupation de Sarrazin.

Une place à prendre à la droite de la CDU

L’Allemagne a changé. Et le docteur Thilo Sarrazin l’a compris. Mais il est loin d’être un loup solitaire. D’autres avant lui ont marché sur ses plates-bandes. Udo Ulfkotte, ancien conseiller du gouvernement Kohl et collaborateur régulier de la très respectable Frankfurter Allgemeine Zeitung, s’est fait remarquer pour avoir déclaré que « le tsunami de l’islamisation est en train de déferler à travers le continent européen ». Ralph Giordano, écrivain réputé et autorité morale, a estimé que l’Islam était une religion totalitaire. L’écrivain néerlandais Leon de Winter, connu en Allemagne grâce à ses contributions à l’hebdomadaire Der Spiegel, dit avoir identifié « le visage de l’ennemi », ajoutant, en termes plus sobres : « depuis les années 1960 nous nous trompions nous-mêmes en disant que toutes les cultures se valent ».

Pour la presse allemande, trois raisons expliquent son phénoménal pouvoir de séduction des masses.
Premièrement la « linguistique violente » de son livre, pour reprendre l’expression du chef du SPD, Sigmar Gabriel, s’avère correspondre aux attentes des Allemands. Si un sondage TSN Emnid réalisé pour l’hebdomadaire Focus révèle que deux tiers des Allemands rejettent la théorie de Sarrazin sur « l’abêtissement » général dû à l’accroissement de la population d’origine arabe ou turque, mais un autre sondage réalisé online par la chaîne d’information continue N-TV, révèle que ses opinions sont partagées par 96% des téléspectateurs. Et l’intéressé a affirmé sur la chaîne ARD que 95 % des lecteurs qui lui ont écrit estimaient qu’il n’était pas allé assez loin.

À lire le blog Politicaly Incorrect, on se dit en effet que les Allemands peuvent aller très loin et qu’ils y vont. « L’islam est une maladie mentale volontaire », « Il n’y a qu’un seul mot pour décrire l’islam : barbarie ! », « Il est vain de se colleter avec cette culture inférieure », proclament les auteurs anonymes des post, tout en traitant les musulmans tantôt d’« enculeurs de chèvres », tantôt de « souillons voilées ». On peut s’indigner, crier au racisme comme le font nombre de commentateurs. On peut également, avec le chroniqueur de Der Spiegel, regretter que le scandale détourne l’attention du problème réel: « Bientôt, tout ce qui devait être dit à propos de Sarrazin sera dit et lui même oublié. Mais quel homme politique aura le courage de s’engager à ce que chaque enfant de quatre ans vivant dans le quartier des immigrés de Neukolln aille à l’école ? »

La deuxième raison du succès populaire de Thilo Sarrazin est qu’il fait entendre une voix manquante sur la scène politique allemande. À la différence de nombre de pays européens, l’Allemagne n’a pas de parti « populiste » qui occuperait l’espace situé à droite des chrétiens-démocrates. Avec pour conséquence perverse le fait que l’électorat qui serait tenté de donner sa voix à un parti d’extrême droite, et dont l’importance est estimé à quelques 20%, vote pour la CDU. Résultat, durant des décennies, le slogan officiel du parti, qui est par ailleurs opposé à l’entrée de la Turquie dans l’UE, a été : « l’Allemagne n’est pas un pays d’immigration ». Il y a dix ans, Friedrich Merz, député CDU au Bundestag, invitait tous les immigrés à rejoindre la Leitkultur allemande – la culture dominante- appel à l’assimilation évidemment interprété par la gauche comme un dénigrement des autres cultures. Avec l’affaire Sarrazin, la question de l’immigration se rappelle au bon souvenir de la chancelière qui ne peut pas négliger les bataillons d’électeurs qui y sont sensibles. D’où ses propos au quotidien turc Hurriyet : « Nous désirons offrir toutes les opportunités qu’un pays ouvert puisse offrir à ses citoyens issus de l’immigration. Ces gens-là doivent avoir leur part dans la vie sociale, économique et culturelle. Mais nous attendons également d’eux qu’ils déclarent clairement vouloir participer à cette vie et qu’ils en apportent les preuves. (…) Beaucoup de Turcs vivent en Allemagne et je suis persuadée que la majorité d’entre eux s’est intégrée parfaitement bien ».

Difficile quoi qu’il en soit d’occulter le réel. Nul n’a oublié le discours prononcé il y a deux ans par Recep Tayyip Erdogan devant la communauté turque de Cologne, dans lequel le Premier ministre turc mettait ses compatriotes en garde contre les méfaits de l’assimilation, en la qualifiant explicitement de « crime contre l’humanité ».

La popularité des thèses de Sarrazin a évidemment quelque chose à voir avec un passé ressassé – peut-être à l’excès. Comme le souligne Ulrich Kober de la Fondation Bertelsmann, « le rejet du racisme et du fascisme fait partie du mythe fondateur de l’Allemagne contemporaine ». Pendant les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ont été obligés de prouver au reste du monde leur tolérance et leur ouverture. L’immigration ne pouvait pas être une question ou un enjeu politique mais simplement un fait. « Trop longtemps, lit-on dans la Suddeutsche Zeitung, les Allemands ont pensé qu’ils pouvaient laisser aux immigrés la décision de quand et à quel degré ils veulent s’intégrer. De même que la décision de s’ils veulent ou non s’intégrer. »

Une partie des immigrés refuse de s’intégrer

Le meurtre du cinéaste Theo van Gogh, les attentats de Londres et de Madrid et l’affaire des caricatures de Mahomet en 2006 ont alerté l’opinion publique. Certes le terrorisme islamiste a épargné l’Allemagne. Mais la presse nationale rapporte quasi quotidiennement des cas de mariages forcés, de crimes d’« honneurs », ou de règlements de comptes au sein des mafias albanaise ou arabe. Dans certains quartiers de Berlin, comme à Kreuzberg, trois quarts des élèves ne maitrisent pas suffisamment l’allemand pour pouvoir suivre les cours. Et selon Wolfgang Bosbach, le président de la Commission des affaires intérieures du Parlement, un tiers des étrangers inscrits à des cours d’allemand pour augmenter leurs chances sur le marché de l’emploi, ne se présentent même pas dans les établissements désignés. Dans ces conditions, il devient difficile de ne pas voir qu’une partie de la population immigrée refuse de s’intégrer à la société allemande.

Rien ne prouve cependant que cette prise de conscience aura des conséquences politiques – il est vrai que personne en Europe n’a de solution clé en main. Trop âgé et trop techno pour fonder un parti susceptible d’occuper la place vacante sur la droite de la scène politique, Sarrazin continuera tout au plus à participer à des talk-shows et à effrayer ses concitoyens en leur rappelant que le nombre des musulmans devrait s’élever à 35 millions en 2100. D’ici là, la politique d’immigration passive et indéterminée a encore de beaux jours devant elle.

La vie derrière soi

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On aura beau manifester. On aura beau protester. On aura beau chantonner, sur tous les tons, les plus beaux slogans du monde, les reprendre en leitmotiv, défendre la veuve de 120 berges et l’orphelin de 60 ans. On aura beau être beau, c’est-à-dire être vain, précaire et inutile : rien ne changera tant que s’imposera à nous l’implacable réalité. L’impératif marxiste, fixé très tôt dans les Thèses sur Feuerbach, n’y peut rien : transformer le monde n’inclut pas de faire passer ses rêves pour la réalité ni de prendre des vessies pour des lanternes.

Autant le dire d’emblée, comme l’a avoué récemment un improbable arc rocardo-sarkozyste : le problème des retraites n’est pas un problème financier. 35 milliards de déficits annuels, ça fait tout juste de quoi payer les apéricubes aux banquets du système bancaire international auprès duquel notre système social emprunte. Le problème des retraites n’est pas même un problème social – le propre de la « retraite » étant précisément de s’éloigner, de s’abstenir voire de se retirer de la vie sociale. Le problème des retraites n’est pas le problème du gouvernement actuel, mais de tous les gouvernements qui ont laissé pourrir la situation depuis 1975, suivant précautionneusement la doctrine de Henri Queuille : « Il n’est aucun problème assez urgent en politique qu’une absence de décision ne puisse résoudre. »

Le problème des retraites : un problème de vieux

Le problème des retraites est le problème des vieux. Sont trop nombreux : 1 Français sur 5 a, aujourd’hui, plus de 60 ans. Seront à l’avenir (car l’avenir leur appartient aussi, c’est leur principal fonds de pension) encore plus nombreux. Bonjour l’ambiance ! L’INSEE (qui est à la France ce que Paris-Turf est au tiercé) pronostique qu’en 2050 1 Français sur 3 aura plus de 60 ans.

Epidémie de vieux ? Oui, peut-être. On ne saurait dire. La Faculté ne s’est pas encore prononcé là-dessus. Enfin, elle a essayé. Elle parle depuis 1975, c’est-à-dire depuis la parution de La Vie devant soi, de « vieillissement prévisible de la population », « d’allongement de l’espérance de vie », mais ne tranche jamais dans le vif du sujet : les vieux sont-ils trop nombreux ? Comment s’en séparer ?

Se séparer d’un vieux. C’est assez simple pourtant. La recette est connue. L’arsenic est la méthode la plus lente, mais éprouvée, à Loundun, chez Marie Besnard. Le cyanure est plus rapide mais n’a pas le charme des vieilles dentelles. Le meilleur est encore l’abandon, chez lui, à domicile, du vieillard ou de la vieillarde, assoiffé en temps de canicule. Privé de relations sociales, le vieux crève. Et il le fait plutôt bien. On se presse à manifester, dans la rue, pour le maintien du départ du roulant de la SNCF à 50 ans, mais pour aller, un jour par semaine, aller visiter l’ancêtre qui se fait sous lui au point de puer l’ammoniaque, il n’y a plus personne. Faut pas pousser ! Se faire sur soi n’est pas un avantage acquis.

C’est bien, pourtant, de cela qu’il s’agit. Régis Debray a, sous la forme du pastiche, écrit, il y a quelques années, un beau petit texte à ce sujet : Le Plan vermeil. Mais le pastiche est, parfois, une façon de faire dans des violons qui sonnent faux. La vérité est qu’en 60 ans à peine, nous avons pris 15 ans dans la vue. De 1950 à aujourd’hui, les Français ont gagné 15 années d’espérance de vie supplémentaires. Financer les pensions de gens qui passaient l’arme à gauche sitôt les 70 berges passées ne posaient pas de gros problème. Promettre, en 1983, la retraite à 60 ans à des gens qui avaient cinq ans plus tard rendez-vous chez Borniol n’était pas insurmontable. La difficulté est que nos vieux ont vieilli et que, la médecine aidant, ils ont retardé l’heure où nous allions en chœur tenir les cordons du poêle. Le vieux met un peu de réticence à se laisser vite enterrer : là est le problème.

Dès lors, le système actuel de répartition est intenable, à moins de paupériser les vieillards, de déposséder des fruits de leur labeur les actifs ou de faire reposer sur les générations futures, comme nous le faisons aujourd’hui, notre propre inconséquence. Comme disait le camarade Lénine, que faire ?

Que faire des retraites ? Non, là n’est pas la question. Que faire des vieux et de l’allongement de la vie ? Que faire de la rotation plus lente du parc locatif, des transmissions moins rapides du patrimoine, de l’augmentation des dépenses de santé liées au grand âge ? Que faire de nos politiques publiques qui seront, de plus en plus, hypothéquées sur la vieillesse ? Moins de crèches, plus d’unités Alzheimer ! Car la France y passera dans les prochaines décennies – elle a déjà commencé : elle conduira des politiques de vieux, faites pour les vieux et par les vieux.

Lorsqu’en 2050, 1 Français sur trois aura plus de soixante ans, le système de répartition ne tiendra plus. Préparons-nous y donc, dès à présent. Le péril vieux menace : c’est Al Quaïda dans nos hospices. Ne les poussez pas discrètement sur les rails du métro comme un instinct naturel pourrait vous y forcer. Contentez-vous de leur servir, chaque semaine, le porto du dimanche, le plus malthusien de nos apéritifs. Les triglycérides ne leur pardonneront pas. Mais ils auront vécu. Morts, bourrés et vaincus.

Le Plan vermeil: Modeste proposition

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Le devoir du sol

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Révolution française

Quand on est français, c’est pour la vie. Cette proposition ne fait pas l’unanimité à Causeur. Cyril Bennasar a en effet défendu l’idée sarkozyste de « retirer la nationalité française aux Français d’origine étrangère qui attenteraient à la vie d’un policier ». Et il m’apprend qu’en lançant cette proposition, Nicolas Sarkozy ne s’inscrivait pas, comme on l’a répété de toutes parts, dans les traces de Pierre Laval mais dans celles de Léon Blum : une loi votée sous le Front populaire prévoyait en effet de déchoir de leur nationalité les Français naturalisés depuis moins de deux ans condamnés à des peines de prison supérieures à deux ans. Cette précision rend encore plus indécente l’évocation, à ce sujet, des « années noires ».

Je persiste cependant à penser que Bennasar et Sarkozy se trompent. L’égalité devant la loi n’est pas un colifichet juridique ni un chichi bien-pensant, elle est au cœur de l’ADN démocratique. Sauf à devenir une « nation morale » aussi privée de capacité d’action que la gauche du même nom, il nous faut admettre qu’un criminel français et un salopard français sont aussi français que vous-et-moi. Au-delà des principes, le président commet une faute politique, non pas parce qu’il tente de séduire ou de rassurer les électeurs qui se baladent entre l’UMP et le Front national – il me semble, à moi, que convaincre les électeurs fait partie de son boulot –, mais parce que le message subliminal véhiculé par cette proposition est purement et simplement mensonger : à supposer que cette mesure soit adoptée[1. Et, contrairement à mes prévisions, il semble bien qu’elle soit en passe de devenir une loi.], elle ne règlera rien. Nos concitoyens « issus de l’immigration » resteront nos concitoyens et laisser penser le contraire, aux électeurs frontistes comme aux autres, est inutile et dangereux. Nous devons les aider, au besoin les obliger (par la loi), à être des Français à part entière et non pas des « Franco-ceci ou des Cela-français » vivant au rythme et selon les codes culturels des pays d’origine tout en bénéficiant des droits et libertés afférents à la citoyenneté.

[access capability= »lire_inedits »]La nationalité, donc, ne se reprend pas. Raison de plus pour ne pas la donner à n’importe qui. La France des droits de l’homme n’est pas un droit de l’homme. Si le divorce n’existe pas, on peut et on doit se montrer encore plus regardant quant au choix de l’épousée. En clair, le « droit du sol » n’est pas un impératif catégorique. En dépit des heures sombres de leur histoire, les Allemands continuent à appliquer le « droit du sang », corrigé et amendé par l’existence de procédure de naturalisations. Mais un descendant d’Allemands, vivrait-il au Chili, peut revendiquer sa qualité d’Allemand.

La France peut être un héritage ou un désir. Elle ne saurait être un hasard

Est français tout individu né sur le territoire français. On aimerait se contenter de ce beau principe. L’ennui, c’est qu’il aboutit à une conception purement bureaucratique de l’appartenance nationale, d’ailleurs récusée par la majorité des intéressés qui proclament avec constance leur refus d’être seulement « Français de papiers ». Renaud Camus rappelait dans notre dernier numéro que la France peut être un « héritage » quand on a la chance d’être né Français[2. Ce qui signifie, contrairement à ce que prétend Brice Hortefeux, qu’on n’a rien fait pour la mériter.]. Elle peut aussi, ajoutait-il, être un « désir », voire un « ensorcellement » comme pour Paulina Dalmayer qui répond à l’écrivain (son texte sera prochainement en ligne). Elle ne saurait être un pur hasard. Au lieu de nous embarquer dans une impasse, le président devrait donc demander à ses services de réfléchir sérieusement à la possibilité de durcir les conditions d’acquisition de la nationalité française.

Si elle confère une citoyenneté pleine et entière de même que l’adoption est une filiation pleine et entière, la naturalisation ne saurait être une obligation mais un choix et un choix librement consenti par les deux parties. En théorie, c’est le cas puisque les enfants nés en France de parents étrangers ne deviennent français qu’à l’âge de 13 ou 16 ans et après en avoir clairement exprimé la volonté. Dans la pratique, la procédure est quasiment automatique.

Le « droit du sol » restera la base de la nationalité à la française, ne serait-ce que parce que nous ne disposons pas d’autres critère. La France n’est pas une nation ethnique : ce n’est pas un principe mais une réalité historique. En revanche, il est temps de rappeler que la citoyenneté confère des droits et des devoirs. S’il y a un « droit du sol », il doit aussi y avoir un « devoir du sol ». Le désir ne suffit pas. On n’ira pas jusqu’à demander aux candidats au passeport « ce qu’ils peuvent faire pour leur pays ». Mais on peut exiger d’eux qu’ils adhèrent, non seulement aux lois, mais aussi à ce qu’on appelle, au sens large, la « culture ». Il ne s’agit pas de les obliger à lire Balzac ou Marivaux[3. Encore que ce serait le meilleur service à leur rendre, à eux comme à leurs jeunes concitoyens « de souche ».] mais de leur rappeler que la France est composée d’individus libres et non de groupes autorisés à faire prévaloir leur propre loi sur les territoires où ils sont majoritaires. Si on refuse le « passeport à points », il faut aussi refuser la France à la carte.[/access]

Radical pas libre

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La Voix du Nord épingle cruellement Bernard Tapie, qui n’a pas honoré de sa présence l’université d’été du Parti Radical de Gauche, ce week-end à Seignosse. L’ancien modèle d’entrepreneur selon François Mitterrand prétexte le vif chagrin qu’il a éprouvé après la mort de son chien. Le journal écrit : « Lors d’un face-à-face télévisé avec Jean-Marie Le Pen, Bernard Tapie avait justement rappelé à l’animateur -qui croyait drôle de déposer une paire de gants de boxe sur la table- que la politique était une chose sérieuse. Il faut croire qu’elle est aujourd’hui moins importante que la mort d’un chien. »

Mais nous pensons, au contraire, que cette excuse est fort valable! Si notre petite chienne teckel venait à disparaître, nous serions accablés d’un chagrin tel, qu’il nous serait impossible de produire le moindre article pour Causeur. Et nous ignorerions, alors, les réclamations de notre Tsarine pourtant crainte et bien aimée, ainsi que les plaintes et les lamentations de nos nombreux lecteurs. Oui, vraiment, son deuil animalier nous rend éminemment sympathique ce mirobolant personnage, et nous nous réjouissons même qu’un tribunal dit arbitral l’ait rétabli dans ses droits!

Roumanie, le cauchemar de l’Europe

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Les Roms sont-ils les bienvenus en Roumanie ?

C’est un pays dont on ne parle jamais, le trou noir de l’Europe. Il en est pourtant le septième par la taille et la population, mais personne ne parle jamais de ses habitants non plus. Seuls un vampire empaleur, un petit cordonnier qui a très mal fini et une gymnaste surdouée ont réussi éphémèrement à percer le glacis et à rappeler au monde qu’il existe là-bas, vers l’Est, tout au bout du continent, un pays qui s’appelle la Roumanie. Romania, comme Rome qui colonisa cette terre et y laissa sa langue et des vignes. Juste pour rire, combien de Français situent et nomment sa capitale ? Bucarest, Bucuresti, la cité de la joie.

Nicolas Sarkozy vient de remédier à cette situation hautement injuste. Après quelques batailles rangées particulièrement violentes et la mort d’un jeune homme à Saint-Aignan le 18 juillet, il a fait subitement des Roms sa priorité des priorités en matière de sécurité. Nous passerons sur les réserves que nous inspire cette « bouc-émissairisation » d’une cible presque trop belle être vraie, tombée juste à point, toute rôtie pour faire coup double : ratisser chez Le Pen, où l’on est toujours friand des rapprochements douteux entre criminalité et étrangers, et détourner les attentions de la grande saga estivale muti-rebondissante, La Vieille dame indigne, son photographe et son ministre. La polémique a déjà été amplement traitée ici et ailleurs.

Expulsions, pièges à cons ?

Certains de ces Roms fauteurs de trouble public, et de fait accusés d’être responsables d’une bonne partie des maux sociaux de la France, étant en situation irrégulière sur notre territoire, il fut décidé, dans un sursaut de rigueur prétorienne implacable, de les expulser manu militari vers leur pays d’origine. Ce qui, soit dit en passant et quelles que soient les arrière-pensées de l’expéditeur, est parfaitement légal. Aussitôt dit, aussitôt fait, les charters succèdent depuis aux charters. Destination la Roumanie donc, puisque les Roms sont roumains. Le pays revient pour la première fois sur le devant de la scène internationale depuis sa révolution bidonnée, ses charniers recomposés et l’exécution rondement menée du Conducator et de sa douce.

Les Roms ayant quitté la terre de leurs ancêtres où ils sont traités en paria depuis des siècles (les enfants pas sages y sont toujours menacés d’être donnés à manger aux affreux tigani) pour échapper à la misère et au statut peu envié de sous-citoyens, on pouvait imaginer de la part de ladite Roumanie un profil bas. Très bas même. D’autant plus que les vingt milliards d’euros en aides diverses et variées alloués pour la période 2007-2013 par le budget européen ne se sont pas trop vus sur le terrain. Les bidonvilles ressemblent toujours à des bidonvilles. Mais c’était mal connaître le gouvernement en place à Bucarest. Les « déportations » firent la « une » des journaux, tandis que le ministre des affaires étrangères soufflait sur les braises et s’inquiétait hypocritement de nos provocations et dérapages populistes. Merci pour nous.

Il serait temps de conseiller à domnul Basconschi de quitter son palais et d’aller faire un tour dans son pays, celui que les Roms et les Roumains, pour une fois alliés dans un même grand mouvement de bascule, ont fui par centaines de milliers. Il constatera à quel point ses remontrances sont déplacées et même outrancières.

La Roumanie, l’autre pays du pot-de-vin

Second pays le plus corrompu d’Europe derrière la Bulgarie, selon le classement de Tranparency International, ONG basée à Berlin, la Roumanie est le paradis du pot-de-vin, le royaume du racket, l’eldorado du graissage de patte. Pas un secteur de la vie économique n’y échappe. 1 100 médecins, 170 officiers de police, 9 généraux et un premier ministre ont fait l’objet de plaintes. Sans grands résultats, car les dossiers montés par les procureurs s’autodétruisent en face de la Cour. Pour acheter un enfant, récupérer une propriété nationalisée après 1948, postuler pour un marché public, éviter que le brancardier ne vous balance par terre, il faut payer. Petites coupures usagées très demandées. En dollars, plutôt. Le tout assorti d’une bureaucratie kafkaïenne et d’une monumentale culture de la file d’attente unique en Europe.

La faute au communisme, vous assurent les Roumains, qui n’en sont pas à une contradiction près. Sauf qu’aucun pays oriental de l’Union européenne n’a conservé à ce point cette tradition soviétique du billet glissé entre deux feuilles. Hormis son vieil ennemi balkanique bulgare (les deux pays ont réussi à se battre à peine sortis de la Première Guerre mondiale), bien sûr. Il a bon dos le communisme, vingt ans après. La faute aux Roumains. Au médecin qui arrondit en douce ses 510 dollars mensuels, mais aussi au patient qui lui proposera un arrangement avant même la première consultation. Si, par extraordinaire, le médecin refuse, le malade en conclura qu’il est incurable et ira en voir un autre. 360 millions de dollars sont ainsi consacrés chaque année aux pots-de-vin médicaux. Les tarifs sont d’ailleurs officiels, consultables en ligne sur les blogs et les sites Internet… Quand bien même une voie légale est possible, les Roumains choisiront la corruption, par habitude, par sécurité, par atavisme.

Rien d’étonnant à ce que la même démarche se produise au sommet de l’Etat. Le pays tire la langue, exsangue, les investisseurs étrangers fuient ce cauchemar, le FMI dicte les prix, les salaires et le fait danser au bout d’une corde comme un ours des Carpates, tandis que DSK bat la mesure, sous les rires gras d’une clique monstrueuse de parvenus analphabètes couverts d’or et de bimbos refaites pendues à leurs bras. Les jeunes rêvent d’Amérique, les filles se cherchent de vieux messieurs très riches, les suicides se multiplient… Et les Roms repartent vers l’Ouest.

Alors, les Roumains pleurent et se prennent à regretter les temps d’avant. Ils oublient les ventres vides, l’eau et l’électricité rationnées, la liberté retrouvée, pour se souvenir qu’ils étaient dignes et unis, sans criminalité, sans banque et sans dette.

Le président de la République a promis une « action de coopération intense » avec les autorités roumaines pour lutter contre les trafics. Avec la police et la justice roumaines en particulier. Interdiction de rire. Nous reverrons les Roms, c’est quasi certain. Tant que Bruxelles ne pilotera pas directement les fonds structurels donnés à la Roumanie, leur situation ne s’améliorera pas. Et Teodor Basconschi pourra toujours s’alarmer de nos « réactions xénophobes » sans soigner le mal de son pays qui ne sait tout simplement plus qui il est, ni où il va.

Retraites : la solution corse

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S’il est des métiers pénibles – et à risques –, c’est bien celui de truand. Le grand nombre d’assassinats qui a endeuillé la Corse ces derniers mois (6 morts depuis le début de l’année rien que dans l’arrondissement de Sartène) le démontre une fois de plus, s’il en était besoin.

Cette série noire en rappelle une autre : une avalanche de règlements de compte truandesques avait frappé l’île au milieu, si j’ose dire, des années 1970 : une trentaine de disparitions tragiques en quelques mois, dont les mobiles étaient si mystérieux que Le Point avait surnommé la région « Le triangle des Bermudes » (aucun rapport avec la tenue estivale des pinzutti), quand d’autres observateurs avançaient la thèse d’une querelle entre les anciens et les modernes.

Procurer du travail aux jeunes et résoudre le problème des pensions est un souci qui rejoint une longue tradition corse, pour ne citer que l’exemple de Napoléon. Lors de son court mais mémorable passage au pouvoir, l’Empereur n’a pas ménagé ses efforts pour mettre les jeunes au travail et faire fléchir la courbe démographique, avant de mourir, lui aussi, bien avant l’âge légal de la retraite. Ultime délicatesse : aux frais de l’Angleterre !

Le plan caché de Nicolas Sarkozy

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Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre français.
Jean-Pierre Raffarin : seul responsable de la réforme des retraites.

Il maintiendra. L’Élysée l’a fait répéter sur tous les tons : Nicolas Sarkozy veut bien discuter le bout de gras avec les syndicats et amender légèrement la réforme des retraites, mais il ne transigera pas sur l’âge du départ. Ce sera 62 ans ! Ni plus, ni moins. Enfin, ni moins, ni moins.

Comment expliquer cette inflexibilité présidentielle ? 62 ans n’est pas tout à fait un chiffre rond. Les entreprises françaises continueront à transformer leurs salariés en préretraités dès qu’ils auront atteint l’âge de 58 ans. Quant aux économies générées par une telle mesure, elles ne seront, dit-on, même pas aptes à rattraper l’actuel déficit annuel de 35 milliards d’euros.

Les Français ont toujours été nuls en retraite. Interrogez Napoléon, il ne vous dira pas le contraire. C’est nous, les Allemands, qui avons inventé le premier système de retraite obligatoire au monde. C’était en 1883 et le chancelier Bismarck, qui ne s’occupait donc pas que de harengs, fixa l’âge légal de la retraite à 70 ans. Il avait lui-même 68 ans à l’époque et s’était donné encore deux ans avant de pouvoir aller s’occuper de son garage en Poméranie – on l’ignore trop souvent : c’était un fou du volant, un « Schumi » avant l’heure, comme en atteste l’expression idiomatique auto von Bismark. Notre Otto national quittera le pouvoir en 1890, juste un peu avant de souffler la soixante-quinzième bougie de sa Schwarzwaldtorte.

La retraite à 70 ans, sinon rien !

Face à la crise du système français, l’idéal serait d’en revenir le plus rapidement possible aux fondamentaux : fixer l’âge du départ à la retraite à 70 ans. C’est le bon âge : les enfants ne sont peut-être pas encore tous mariés, mais ils ont fini leurs études, trouvé un petit boulot et, avec un peu de chance, ont pu louer un studio les éloignant définitivement du cocon parental. On peut enfin penser à soi et se consacrer aux activités qui font tout le charme de cet âge-là : se souvenir de ses jeunes années tant que les ravages de l’arthrite permettent encore de faire un bras d’honneur à Alzheimer, se rassurer sur sa propre forme en enterrant ceux de son âge qui tombent à un rythme de plus en plus rapproché, voter à droite, surveiller son diabète, mettre en règle ses papiers chez le notaire, aller en couple au Salon de l’Enterrement[1. C’est la version ultime du Salon du Mariage. Les organisateurs ont hésité à l’appeler « Salon de la Bière ». Pourtant, Dieu sait que, pour les enterrements, la bière est de mise.]. – « Le modèle avec iPhone est pas mal. C’est l’abonnement qui est un peu cher. » Bref, 70 ans, c’est la vraie vie qui commence.

À 62 ans, on n’est pas vieux ! On est tout juste encore un gamin. Pourquoi donc cet acharnement du président de la République à mettre en retraite les sexaduogénaires ? Réflexe anti-jeunes ? Il y a de ça. Mais les véritables raisons sont tout autres. Elles portent un nom : Jean-Pierre Raffarin. C’est lui l’unique coupable, le seul responsable. Nicolas Sarkozy avait essayé de se débarrasser de l’auteur de raffarinades le plus brillant de sa génération en lui proposant le poste d’ambassadeur de France en Chine. L’ancien Premier ministre, qui a de la « vista » à revendre mais pas trop le goût des supplices chinois, avait décliné l’offre.

Depuis, il se tient, embusqué, prêt à surgir quand une occasion se présente. Ou ne se présente pas. D’une main, il tambourine sur l’action du président français chaque fois qu’il le peut. De l’autre, il lui indique la voie à suivre. D’une autre main, il lui plante des poignards dans le dos. Et, avec ce qui lui reste de doigts, il adresse à Nicolas Sarkozy de petits signes d’amitié. Ne croyez pas que Jean-Pierre Raffarin soit le dernier avatar du dieu Shiva aux quatre bras. C’est juste que, dans son art oratoire, les métaphores comptent rarement moins de trois mains.

Or, il se trouve que depuis le 3 août 2010, Jean-Pierre Raffarin a atteint l’âge honorable de 62 printemps : le bon âge pour partir à la retraite. La route a été longue, maintenant c’est tout droit ! Nicolas Sarkozy n’en démordra pas. Les Français pourront bien être soixante millions à battre le pavé lors de la prochaine manifestation, le président de la République tiendra bon, car il ne voit qu’une chose : sitôt la loi votée, Jean-Pierre Raffarin sera mis à la retraite d’office.

C’est sans compter aussi que, le 5 novembre prochain, une autre personnalité française de premier plan fêtera son soixante-deuxième anniversaire : Bernard-Henri Lévy. Que fera donc le philosophe de sa retraite ? Jardiner, jouer à la belote avec Jean-Baptiste Botul, rester à la maison avec mémère : rien de tout cela ! Sitôt retraité, Bernard-Henri Lévy consacrera tout son temps libre à conseiller le Parti socialiste pour la prochaine élection présidentielle comme il avait conseillé Ségolène Royal pour la précédente. Et de cela, Nicolas Sarkozy ne se passerait franchement pour rien au monde.

La métaphysique du mou

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Le sans-papiers, prolétaire idéal

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Sans-papiers

Sans-papiers

Il existe des hommes qui sont à demi sans-patrie. Ils appartiennent, de jure, à un territoire national donné, mais vivent dans les soutes d’un autre État qui ne les reconnaît pas comme élément de son peuple, pas plus qu’il ne leur accorde la moindre existence officielle. « Clandestins » ou « sans-papiers », selon le point de vue que l’on adopte, mais toujours refoulés des structures sociales.

Et pourtant, cela lutte aussi dans ces recoins, depuis le mouvement de l’église Saint-Bernard, à Paris, où, une brève fin d’été 1996, les sans-papiers occupèrent le haut du pavé médiatique, épaulés par Emmanuelle Béart, Albert Jacquard et quelques autres, jusqu’à la récente mobilisation de travailleurs sans-papiers animée par la CGT. L’évolution de ces luttes témoigne, clairement, d’un étrange remodelage des clivages idéologiques, particulièrement à gauche de l’échiquier politique.

Pour dire les choses simplement, il fut une époque où le « travailleur immigré », l’un des cœurs vivants de l’ancienne révolte gauchiste des années 1970, était figuré sous les traits de l’exemplarité puisqu’il était doublement opprimé, d’une part en tant qu’ouvrier, par l’exploitation patronale, et d’autre part en tant qu’immigré, par le déploiement planétaire de l’impérialisme. Invoquer l’« humanisme » pour légitimer l’action, c’était entretenir une louche parenté avec une pensée au goût d’hostie. La philosophie politique était en quête d’un lieu où pourrait s’incarner le dernier espoir putatif d’une négation ouvrière de la société d’abondance. Concurrence partisane obsessionnelle avec le PCF obligeant, il fallait conquérir un prolétariat de substitution. Le travailleur déraciné pouvait parfaitement, se prenait-on à espérer, remplir cette fonction.

[access capability= »lire_inedits »]Hier l’exploitation, aujourd’hui l’exclusion

Les temps ont changé et, avec eux, l’idée que l’on se fait des vertus morales et politiques. À partir de 1975, et plus encore dans le cours des années 1980, on a assisté à une éclipse des lectures marxistes ou « critiques » du réel et les solutions collectivistes ont été rayées des tablettes.

En somme, pour parler comme Jean Baudrillard, on a « soldé » le XXe siècle faustien, prométhéen, fourmillant d’idéologies, de « grands récits », de maîtres à penser l’avenir, d’histoire en marche. Les acteurs collectifs ont été tranquillement liquidés, les « classes » abolies, les « masses », autrefois « véritables héros » (Mao Zedong), ont disparu de l’espace public. Les nations, obstacles désormais déclarés périmés, ont également fait les frais de cette cure intensive de détranscendantalisation du système.

L’idéologie ayant horreur du vide, un nouveau seigneur triomphe cependant sur ces ruines : l’individu démocratique, égalitaire. Avec cette conséquence que la croissance et l’épanouissement de la Personne se donnent désormais comme apothéoses de toute histoire « libérée ».

Pour bien comprendre de quoi il retourne, il ne faut pas oublier cette dernière touche au tableau : la disparition par implosion du dernier concurrent en matière d’universalisme, l’empire des casernes socialistes, a irrémédiablement installé le rêve conquérant d’un monde régi par les droits, qui engage par là-même à la « compassion » pour les divers « sans », quand il ne promet pas d’offrir le droit en exercice planétaire.

La « démocratie des droits de l’homme », selon l’expression de Marcel Gauchet, instaure ainsi une nouvelle dogmatique fondée sur la foi dans le droit qui protège les individualités. L’ennui, c’est que cette foi porte en elle la contestation de ce qui la garantit, l’État, en vertu de son statut de norme fondamentale dont l’irrespect justifierait toutes les insurrections. Dans ce cadre, les anciennes permanences ne peuvent qu’apparaître comme des entraves à l’idéologie triomphante, généreusement alimentée par l’ordre technologique de la libre connexion, du branchement volontaire, de la fluidité du réel. Résultat : l’heure est au social « souple » composé d’identités, de minorités et d’exclusion. On prend ainsi définitivement acte de la mise à mort du projet, décoré du titre d’« anachronique », de diriger le social « par le haut ».

Cela n’est assurément pas sans effet en matière d’immigration. La disparition de la figure du « travailleur immigré », contradiction vivante du procès de production, négation affirmative de la négativité pure du Capital officiellement décomposée, fait place nette pour la politique de promotion des « droits » et de la « citoyenneté », autrement dit pour l’« idéalisme pragmatique » (Jacques Ion) : il s’agit d’aménager l’existant, de le rendre vivable, humain, au nom des contradictions entre les principes et le réel. On ne récuse pas le donné, on s’y agite de l’intérieur. On ne se perd pas en promesses de société future, on ne veut pas supprimer le pouvoir ou s’en emparer, on demande des droits. Hier l’exploitation, aujourd’hui l’exclusion, la relégation, la reconnaissance de l’autre dans son identité particulière, en particulier s’il est porteur de stigmates, de témoignages du « mépris social ». Même la récente mobilisation des « travailleurs sans-papiers » s’inscrit dans cette quête apolitique de droits, traduction pratique d’un impératif humaniste de reconnaissance.

Cet écroulement idéologique traduit une conversion d’une partie de la société à la morale. La liquidation « postmoderne » des questions républicaine et sociale au profit de l’idéal de reconnaissance de l’Autre a pour conséquence le fait que, faute d’avoir prise sur l’économie désormais « dépolitisée » (Slavoj Zizek), on investit massivement dans la gestion culturelle du présent.

Par ailleurs, transplantée telle quelle sous la forme d’un « droit à la libre circulation des hommes », cette démocratie des droits de l’homme aboutit à une conception finalement libérale (et une partie non négligeable du patronat ne s’y trompe absolument pas), où la société, comme vue des hauteurs où circule Yann Arthus-Bertrand, se résume à l’addition de particules itinérantes.

Tout cela témoigne d’un hiatus symptomatique sur lequel bute une certaine culture de « gauche » depuis le milieu des années 1980. Ainsi, « l’union à gauche » ne trouve-t-elle pas d’autre carburant que les cris bariolés du « respect de l’Autre » et autre politique compassionnelle du care, sans parler des nébulosités creuses de la « démocratie participative », tandis que le ralliement au pancapitalisme de la « gauche de gouvernement » est l’horizon politique indépassable. Dans ces conditions, les mobilisations à haute teneur « intellectuelle », hautement estimées dans les classes cultivées, rendent encore plus assourdissant le silence fait sur la précarité des classes populaires. Leur abstention structurelle ne dit pas autre chose. Encore faudrait-il qu’on veuille les entendre.[/access]

La Belgique en soins palliatifs

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Dans le courant du mois de juillet, quelques personnes réputées bien connaître la politique belge ont tenu une réunion discrète, sinon secrète, dans le bureau de Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Des diplomates en retraite et en activité et des journalistes de renom étaient invités à formuler leurs analyses sur l’avenir du royaume à la suite des élections législatives de juin au pays du Manneken Piss qui ont abouti à la victoire écrasante des séparatistes flamands du NVA en Flandre, et celle du Parti socialiste dans la partie francophone du pays, en Wallonie et à Bruxelles.

L’indifférence affichée par les autorités françaises à ce qui se passe en Belgique n’est que de façade. On se prépare en coulisses à l’éclatement du pays, et l’on passe en revue les divers scénarios qui vont du maintien vaille que vaille d’une confédération entre les deux parties du pays à la montée en puissance, en Wallonie au moins d’un courant « rattachiste », ne voyant d’autre solution pour l’avenir de la province qu’une intégration à la République Française. Les « experts » réunis par Lellouche divergeaient sur le tempo, mais s’accordaient à penser que l’accession de la Flandre à l’indépendance était inéluctable. Les Francophones, dont tous les grands partis politiques se déclarent partisans du maintien d’une Belgique fédérale, allaient se trouver confrontés à une séparation dont ils n’étaient, jusque là, pas demandeurs.

Oublier Bruxelles ?

Deux hommes forts sont ressortis de ce scrutin. D’un côté, Bart de Wever, tribun populiste et chantre de « l’évaporation de la Belgique » qui ferait de l’Etat fédéral une coquille vide avant que la Flandre n’accède à l’indépendance. De l’autre, Elio Di Rupo, président du PS francophone, lequel, malgré de multiples affaires de corruption, conserve la confiance une majorité d’électeurs francophones. Parti hautement clientéliste – on ne peut obtenir un emploi public en Wallonie si l’on n’est pas pistonné par le PS -, il apparaît comme un bouclier social contre les dégâts provoqués par la crise économique et la désindustrialisation.
En bonne logique, c’est Bart de Wever, chef du premier parti de la communauté démographiquement majoritaire (6 millions de Flamands et 4,5 millions de Francophones) qui aurait du être chargé par le roi Albert II de la mission de formateur du nouveau gouvernement. Mais ce tacticien roué avait par avance décliné cette offre au cours de la campagne électorale, ne laissant au souverain d’autre choix que de faire appel à l’autre vainqueur du scrutin, Elio Di Rupo. Pendant plus de six semaines, Bart de Wever a laissé ce dernier s’efforcer de mettre sur pied un accord de gouvernement qui prenne en compte les exigences des partis flamands d’une réforme radicale de l’Etat belge, qui verrait le transfert vers les régions et communautés de compétences jusque-là exercées par l’Etat fédéral. Elio Di Rupo a accepté, au cours de ces tractations une bonne partie des exigences flamandes, ce qui lui a valu des accusations de « trahison » d’Olivier Maingain, chef du Front démocratique des Francophones, très implanté dans la périphérie bruxelloise. Mais cela n’a pas suffi. Il a été contraint de jeter l’éponge, Bart de Wever et ses alliés se montrant intraitables sur la scission de l’arrondissement électoral bilingue Bruxelles-Hal-Vilvorde[1. L’arrondissement électoral Bruxelles-Halle-Vilvorde (BHV) est le seul en Belgique ou l’on peut voter indifféremment pour des partis flamands ou francophones, en raison d’une importante population francophone dans les communes flamandes de la périphérie de Bruxelles] et le refinancement de Bruxelles, capitale de la Belgique et de l’Europe, qui n’est pas en mesure de faire face à ses obligations urbanistiques et sociales.

Le plan B : le divorce

Pour la première fois dans l’histoire de la Belgique, des personnalités politiques francophones de premier plan, comme Laurette Onkelinx, ministre fédérale des Affaires sociales, ou Rudy Demotte, ministre-président de la région wallonne ont évoqué ouvertement le « plan B ».
Celui-ci consiste à prendre acte de l’impasse des négociations institutionnelles et à discuter d’une séparation entre la Flandre d’un côté, la Wallonie et Bruxelles de l’autre. Bien entendu, ces déclarations ont un air de « retenez-moi ou je fais un malheur » destiné à peser, sinon sur l’intraitable de Wever, du moins sur d’autres partis flamands moins radicaux que lui dans la fuite en avant séparatiste.

Seulement, de tels discours échappant à ceux qui les tiennent, accréditent, dans la population, l’idée que les carottes sont cuites et que la Belgique entre vraiment en agonie. Un changement de paradigme s’instaure alors, comme lorsque les manifestants de Leipzig contre le régime communiste de RDA, en novembre 1989, transformèrent leur slogan « Wir sind das Volk ! » (Nous sommes le peuple) en « Wir sind ein Volk ! »(Nous sommes un peuple). Rien ne pouvait plus alors faire obstacle au désir puissant du peuple allemand de se réunifier. Parler de la possibilité d’une scission de la Belgique en ces termes, c’est l’accélérer, même si ce n’est pas le but recherché.

L’un des principaux obstacles à cette scission, le destin de Bruxelles, dont les Flamands refusaient jusque-là qu’elle puisse être séparée de la Flandre est en train de perdre de sa pertinence. Bart de Wever, contrairement aux politiciens flamands ancienne manière a intégré que la reflamandisation de Bruxelles est un échec total : les néerlandophones viennent y travailler, mais rentrent chaque soir dans leur ville ou village de Flandres. Par ailleurs, cette ville est en train de prendre le chemin de Washington, partagée entre des ghettos d’hyper-riches (fonctionnaires européens, cadres des nombreuses entreprises de services basées à Bruxelles, « réfugiés fiscaux » français) et des ghettos d’immigrés où sévissent le chômage et l’insécurité. Pour Bart de Wever, l’indépendance de la Flandre sans Bruxelles vaut mieux que pas d’indépendance du tout. L’aspiration populaire va dans le même sens : le ras-le-bol des nouveaux riches du nord, excédés de financer les « chômeurs et gréviculteurs » du sud, emporte dans un tourbillon nationaliste les derniers Flamands « belgicains » qui sont réfugiés dans les institutions culturelles.

Petite Belgique ou grande France ?

Pour les sommités réunies par Pierre Lellouche, l’hypothèse d’une « petite Belgique » maintenue après le départ de la Flandre devrait alors s’imposer. C’est en tout cas la vision développée dans la classe politique francophone et dans les élites universitaires et médiatiques. Cette entité serait, paraît-il économiquement et politiquement viable. Voire… Car qui prendrait alors le relais des transferts d’argent de la Flandre vers la Wallonie au nom de la « solidarité interpersonnelle » entre tous les Belges ?

Le moment n’est pas encore venu où les Wallons sûrement et les Bruxellois peut-être se diront que la meilleure solution, au bout du compte, serait de compléter l’union culturelle et économique franco-belge[2. L’unité culturelle n’est plus a démontrer : les écrivains belges sont tellement des écrivains français qu’on en oublie qu’ils sont belges. Dans le domaine économique, le « grand patron » de l’économie wallonne et bruxelloise s’appelle aujourd’hui Gérard Mestrallet (Suez-GDF) et c’est la BNP qui a sauvé Fortis ( ex Banque Bruxelles Lambert) de la faillite en 2007…] par son volet politique. Mais il approche. Quand elle a démarré, l’Histoire a tendance à s’accélérer, et c’est dans ces circonstances que se révèlent les grands hommes d’Etat.
En 1988, Helmut Kohl était au fond du trou. On complotait dur au sein de son parti, la CDU, pour le déboulonner de la chancellerie afin d’éviter une défaite électorale annoncée. Puis survint la chute du Mur de Berlin. On connaît la suite. Certains, au sommet de notre République, seraient bien inspirés de se souvenir de cet épisode, qui n’est pas sans évoquer une situation plus proche de nous et, pourquoi pas, de s’en inspirer.

Sac de nœuds

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A force de repousser toujours plus loin les limites, ça devient de plus en plus difficile de transgresser quoi que ce soit. Mais si vraiment vous voulez choquer votre belle-mère lors du baptême de votre neveu, on ne saurait trop vous conseiller d’investir dans la nouvelle création du designer Andy Bates, qui a créé en sac à main façon paire de c… Tout y est et en relief, s’il vous plait, y compris une petite lanière au mitan des bourses rappelant même aux plus oublieuses d’entre nous un pénis. Et terminé par une clochette, façon piercing. Voilà pour le côté pile.

Coté face, une paire de fesses, forcément, ornée en leur centre d’une petite fleur en cuir, genre trou de balle ! Effet garanti dans les dîners en ville quand on en sort son tube de rouge à lèvres…

Du coup, les designers du monde entier sont sur les dents ! Que vont-ils trouver lors de la prochaine saison pour dépasser la transgression d’Andy Bates ? Personnellement, pour faire vraiment scandale, je ne vois plus que la petite aumônière en soie ivoire. Mais là, ça craint !

Sarrazin vs. Sarrasins

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« Les Musulmans ne contribuent en rien à la prospérité de l’Allemagne et vivent aux crochets de l’Etat ». Telle, est, en substance, la thèse de Thilo Sarrazin, membre du directoire de la Bundesbank. En outre, ajoute-t-il, le taux de natalité quasi prodigieux de la communauté musulmane aurait un impact fâcheux sur le QI collectif des Allemands. Bref, « L’Allemagne se détruit », proclame Sarrazin dans le titre de son livre paru la semaine dernière et qui, d’ores et déjà, figure sur la liste des best-sellers d’Amazon outre-Rhin. L’ennui c’est qu’en raison de sa virulence, Sarrazin risque de rendre impossible un débat dont l’Allemagne a furieusement besoin – et qui rappelle beaucoup celui qui a tant de mal à émerger en France.

En quelques plateaux-télé, Sarrazin a donc conquis la gloire du brave type qui ose enfin dire à haute voix ce que la majorité silencieuse des autochtones pense depuis un certain temps. Il a été menacé physiquement par le groupe prétendument antifasciste « Antifa ». Et la classe politique allemande, à commencer par la chancelière Angela Merkel, n’a pas perdu de temps pour crier à l’outrage. Qualifiant les propos de Sarrazin d’« absurdes » et « complètement inacceptables », la nouvelle « dame de fer » de l’Europe a déclaré dimanche dernier, sur la chaîne télévisée ARD, qu’ils « divisaient la société allemande ». Le chef des Verts allemands, Cem Ozdemir, s’est carrément lâché, comparant Sarrazin à un « leader tribal du calibre de ben Laden ». De son côté le directoire de la Bundesbank, dont les membres n’ont jamais été sélectionnés pour leurs qualités professionnelles ou personnelles mais en fonction d’un dosage politique et régional, a demandé au Président allemand, Christian Wulff, la tête de Sarrazin. Un fait sans précédent dans la cinquantenaire histoire de cette très discrète institution, et un véritable casse-tête juridique qui suscite la perplexité des juristes du gouvernement. Mais il n’est pas certain que ce soit la première préoccupation de Sarrazin.

Une place à prendre à la droite de la CDU

L’Allemagne a changé. Et le docteur Thilo Sarrazin l’a compris. Mais il est loin d’être un loup solitaire. D’autres avant lui ont marché sur ses plates-bandes. Udo Ulfkotte, ancien conseiller du gouvernement Kohl et collaborateur régulier de la très respectable Frankfurter Allgemeine Zeitung, s’est fait remarquer pour avoir déclaré que « le tsunami de l’islamisation est en train de déferler à travers le continent européen ». Ralph Giordano, écrivain réputé et autorité morale, a estimé que l’Islam était une religion totalitaire. L’écrivain néerlandais Leon de Winter, connu en Allemagne grâce à ses contributions à l’hebdomadaire Der Spiegel, dit avoir identifié « le visage de l’ennemi », ajoutant, en termes plus sobres : « depuis les années 1960 nous nous trompions nous-mêmes en disant que toutes les cultures se valent ».

Pour la presse allemande, trois raisons expliquent son phénoménal pouvoir de séduction des masses.
Premièrement la « linguistique violente » de son livre, pour reprendre l’expression du chef du SPD, Sigmar Gabriel, s’avère correspondre aux attentes des Allemands. Si un sondage TSN Emnid réalisé pour l’hebdomadaire Focus révèle que deux tiers des Allemands rejettent la théorie de Sarrazin sur « l’abêtissement » général dû à l’accroissement de la population d’origine arabe ou turque, mais un autre sondage réalisé online par la chaîne d’information continue N-TV, révèle que ses opinions sont partagées par 96% des téléspectateurs. Et l’intéressé a affirmé sur la chaîne ARD que 95 % des lecteurs qui lui ont écrit estimaient qu’il n’était pas allé assez loin.

À lire le blog Politicaly Incorrect, on se dit en effet que les Allemands peuvent aller très loin et qu’ils y vont. « L’islam est une maladie mentale volontaire », « Il n’y a qu’un seul mot pour décrire l’islam : barbarie ! », « Il est vain de se colleter avec cette culture inférieure », proclament les auteurs anonymes des post, tout en traitant les musulmans tantôt d’« enculeurs de chèvres », tantôt de « souillons voilées ». On peut s’indigner, crier au racisme comme le font nombre de commentateurs. On peut également, avec le chroniqueur de Der Spiegel, regretter que le scandale détourne l’attention du problème réel: « Bientôt, tout ce qui devait être dit à propos de Sarrazin sera dit et lui même oublié. Mais quel homme politique aura le courage de s’engager à ce que chaque enfant de quatre ans vivant dans le quartier des immigrés de Neukolln aille à l’école ? »

La deuxième raison du succès populaire de Thilo Sarrazin est qu’il fait entendre une voix manquante sur la scène politique allemande. À la différence de nombre de pays européens, l’Allemagne n’a pas de parti « populiste » qui occuperait l’espace situé à droite des chrétiens-démocrates. Avec pour conséquence perverse le fait que l’électorat qui serait tenté de donner sa voix à un parti d’extrême droite, et dont l’importance est estimé à quelques 20%, vote pour la CDU. Résultat, durant des décennies, le slogan officiel du parti, qui est par ailleurs opposé à l’entrée de la Turquie dans l’UE, a été : « l’Allemagne n’est pas un pays d’immigration ». Il y a dix ans, Friedrich Merz, député CDU au Bundestag, invitait tous les immigrés à rejoindre la Leitkultur allemande – la culture dominante- appel à l’assimilation évidemment interprété par la gauche comme un dénigrement des autres cultures. Avec l’affaire Sarrazin, la question de l’immigration se rappelle au bon souvenir de la chancelière qui ne peut pas négliger les bataillons d’électeurs qui y sont sensibles. D’où ses propos au quotidien turc Hurriyet : « Nous désirons offrir toutes les opportunités qu’un pays ouvert puisse offrir à ses citoyens issus de l’immigration. Ces gens-là doivent avoir leur part dans la vie sociale, économique et culturelle. Mais nous attendons également d’eux qu’ils déclarent clairement vouloir participer à cette vie et qu’ils en apportent les preuves. (…) Beaucoup de Turcs vivent en Allemagne et je suis persuadée que la majorité d’entre eux s’est intégrée parfaitement bien ».

Difficile quoi qu’il en soit d’occulter le réel. Nul n’a oublié le discours prononcé il y a deux ans par Recep Tayyip Erdogan devant la communauté turque de Cologne, dans lequel le Premier ministre turc mettait ses compatriotes en garde contre les méfaits de l’assimilation, en la qualifiant explicitement de « crime contre l’humanité ».

La popularité des thèses de Sarrazin a évidemment quelque chose à voir avec un passé ressassé – peut-être à l’excès. Comme le souligne Ulrich Kober de la Fondation Bertelsmann, « le rejet du racisme et du fascisme fait partie du mythe fondateur de l’Allemagne contemporaine ». Pendant les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ont été obligés de prouver au reste du monde leur tolérance et leur ouverture. L’immigration ne pouvait pas être une question ou un enjeu politique mais simplement un fait. « Trop longtemps, lit-on dans la Suddeutsche Zeitung, les Allemands ont pensé qu’ils pouvaient laisser aux immigrés la décision de quand et à quel degré ils veulent s’intégrer. De même que la décision de s’ils veulent ou non s’intégrer. »

Une partie des immigrés refuse de s’intégrer

Le meurtre du cinéaste Theo van Gogh, les attentats de Londres et de Madrid et l’affaire des caricatures de Mahomet en 2006 ont alerté l’opinion publique. Certes le terrorisme islamiste a épargné l’Allemagne. Mais la presse nationale rapporte quasi quotidiennement des cas de mariages forcés, de crimes d’« honneurs », ou de règlements de comptes au sein des mafias albanaise ou arabe. Dans certains quartiers de Berlin, comme à Kreuzberg, trois quarts des élèves ne maitrisent pas suffisamment l’allemand pour pouvoir suivre les cours. Et selon Wolfgang Bosbach, le président de la Commission des affaires intérieures du Parlement, un tiers des étrangers inscrits à des cours d’allemand pour augmenter leurs chances sur le marché de l’emploi, ne se présentent même pas dans les établissements désignés. Dans ces conditions, il devient difficile de ne pas voir qu’une partie de la population immigrée refuse de s’intégrer à la société allemande.

Rien ne prouve cependant que cette prise de conscience aura des conséquences politiques – il est vrai que personne en Europe n’a de solution clé en main. Trop âgé et trop techno pour fonder un parti susceptible d’occuper la place vacante sur la droite de la scène politique, Sarrazin continuera tout au plus à participer à des talk-shows et à effrayer ses concitoyens en leur rappelant que le nombre des musulmans devrait s’élever à 35 millions en 2100. D’ici là, la politique d’immigration passive et indéterminée a encore de beaux jours devant elle.

La vie derrière soi

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On aura beau manifester. On aura beau protester. On aura beau chantonner, sur tous les tons, les plus beaux slogans du monde, les reprendre en leitmotiv, défendre la veuve de 120 berges et l’orphelin de 60 ans. On aura beau être beau, c’est-à-dire être vain, précaire et inutile : rien ne changera tant que s’imposera à nous l’implacable réalité. L’impératif marxiste, fixé très tôt dans les Thèses sur Feuerbach, n’y peut rien : transformer le monde n’inclut pas de faire passer ses rêves pour la réalité ni de prendre des vessies pour des lanternes.

Autant le dire d’emblée, comme l’a avoué récemment un improbable arc rocardo-sarkozyste : le problème des retraites n’est pas un problème financier. 35 milliards de déficits annuels, ça fait tout juste de quoi payer les apéricubes aux banquets du système bancaire international auprès duquel notre système social emprunte. Le problème des retraites n’est pas même un problème social – le propre de la « retraite » étant précisément de s’éloigner, de s’abstenir voire de se retirer de la vie sociale. Le problème des retraites n’est pas le problème du gouvernement actuel, mais de tous les gouvernements qui ont laissé pourrir la situation depuis 1975, suivant précautionneusement la doctrine de Henri Queuille : « Il n’est aucun problème assez urgent en politique qu’une absence de décision ne puisse résoudre. »

Le problème des retraites : un problème de vieux

Le problème des retraites est le problème des vieux. Sont trop nombreux : 1 Français sur 5 a, aujourd’hui, plus de 60 ans. Seront à l’avenir (car l’avenir leur appartient aussi, c’est leur principal fonds de pension) encore plus nombreux. Bonjour l’ambiance ! L’INSEE (qui est à la France ce que Paris-Turf est au tiercé) pronostique qu’en 2050 1 Français sur 3 aura plus de 60 ans.

Epidémie de vieux ? Oui, peut-être. On ne saurait dire. La Faculté ne s’est pas encore prononcé là-dessus. Enfin, elle a essayé. Elle parle depuis 1975, c’est-à-dire depuis la parution de La Vie devant soi, de « vieillissement prévisible de la population », « d’allongement de l’espérance de vie », mais ne tranche jamais dans le vif du sujet : les vieux sont-ils trop nombreux ? Comment s’en séparer ?

Se séparer d’un vieux. C’est assez simple pourtant. La recette est connue. L’arsenic est la méthode la plus lente, mais éprouvée, à Loundun, chez Marie Besnard. Le cyanure est plus rapide mais n’a pas le charme des vieilles dentelles. Le meilleur est encore l’abandon, chez lui, à domicile, du vieillard ou de la vieillarde, assoiffé en temps de canicule. Privé de relations sociales, le vieux crève. Et il le fait plutôt bien. On se presse à manifester, dans la rue, pour le maintien du départ du roulant de la SNCF à 50 ans, mais pour aller, un jour par semaine, aller visiter l’ancêtre qui se fait sous lui au point de puer l’ammoniaque, il n’y a plus personne. Faut pas pousser ! Se faire sur soi n’est pas un avantage acquis.

C’est bien, pourtant, de cela qu’il s’agit. Régis Debray a, sous la forme du pastiche, écrit, il y a quelques années, un beau petit texte à ce sujet : Le Plan vermeil. Mais le pastiche est, parfois, une façon de faire dans des violons qui sonnent faux. La vérité est qu’en 60 ans à peine, nous avons pris 15 ans dans la vue. De 1950 à aujourd’hui, les Français ont gagné 15 années d’espérance de vie supplémentaires. Financer les pensions de gens qui passaient l’arme à gauche sitôt les 70 berges passées ne posaient pas de gros problème. Promettre, en 1983, la retraite à 60 ans à des gens qui avaient cinq ans plus tard rendez-vous chez Borniol n’était pas insurmontable. La difficulté est que nos vieux ont vieilli et que, la médecine aidant, ils ont retardé l’heure où nous allions en chœur tenir les cordons du poêle. Le vieux met un peu de réticence à se laisser vite enterrer : là est le problème.

Dès lors, le système actuel de répartition est intenable, à moins de paupériser les vieillards, de déposséder des fruits de leur labeur les actifs ou de faire reposer sur les générations futures, comme nous le faisons aujourd’hui, notre propre inconséquence. Comme disait le camarade Lénine, que faire ?

Que faire des retraites ? Non, là n’est pas la question. Que faire des vieux et de l’allongement de la vie ? Que faire de la rotation plus lente du parc locatif, des transmissions moins rapides du patrimoine, de l’augmentation des dépenses de santé liées au grand âge ? Que faire de nos politiques publiques qui seront, de plus en plus, hypothéquées sur la vieillesse ? Moins de crèches, plus d’unités Alzheimer ! Car la France y passera dans les prochaines décennies – elle a déjà commencé : elle conduira des politiques de vieux, faites pour les vieux et par les vieux.

Lorsqu’en 2050, 1 Français sur trois aura plus de soixante ans, le système de répartition ne tiendra plus. Préparons-nous y donc, dès à présent. Le péril vieux menace : c’est Al Quaïda dans nos hospices. Ne les poussez pas discrètement sur les rails du métro comme un instinct naturel pourrait vous y forcer. Contentez-vous de leur servir, chaque semaine, le porto du dimanche, le plus malthusien de nos apéritifs. Les triglycérides ne leur pardonneront pas. Mais ils auront vécu. Morts, bourrés et vaincus.

Le Plan vermeil: Modeste proposition

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Le devoir du sol

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Révolution française

Révolution française

Quand on est français, c’est pour la vie. Cette proposition ne fait pas l’unanimité à Causeur. Cyril Bennasar a en effet défendu l’idée sarkozyste de « retirer la nationalité française aux Français d’origine étrangère qui attenteraient à la vie d’un policier ». Et il m’apprend qu’en lançant cette proposition, Nicolas Sarkozy ne s’inscrivait pas, comme on l’a répété de toutes parts, dans les traces de Pierre Laval mais dans celles de Léon Blum : une loi votée sous le Front populaire prévoyait en effet de déchoir de leur nationalité les Français naturalisés depuis moins de deux ans condamnés à des peines de prison supérieures à deux ans. Cette précision rend encore plus indécente l’évocation, à ce sujet, des « années noires ».

Je persiste cependant à penser que Bennasar et Sarkozy se trompent. L’égalité devant la loi n’est pas un colifichet juridique ni un chichi bien-pensant, elle est au cœur de l’ADN démocratique. Sauf à devenir une « nation morale » aussi privée de capacité d’action que la gauche du même nom, il nous faut admettre qu’un criminel français et un salopard français sont aussi français que vous-et-moi. Au-delà des principes, le président commet une faute politique, non pas parce qu’il tente de séduire ou de rassurer les électeurs qui se baladent entre l’UMP et le Front national – il me semble, à moi, que convaincre les électeurs fait partie de son boulot –, mais parce que le message subliminal véhiculé par cette proposition est purement et simplement mensonger : à supposer que cette mesure soit adoptée[1. Et, contrairement à mes prévisions, il semble bien qu’elle soit en passe de devenir une loi.], elle ne règlera rien. Nos concitoyens « issus de l’immigration » resteront nos concitoyens et laisser penser le contraire, aux électeurs frontistes comme aux autres, est inutile et dangereux. Nous devons les aider, au besoin les obliger (par la loi), à être des Français à part entière et non pas des « Franco-ceci ou des Cela-français » vivant au rythme et selon les codes culturels des pays d’origine tout en bénéficiant des droits et libertés afférents à la citoyenneté.

[access capability= »lire_inedits »]La nationalité, donc, ne se reprend pas. Raison de plus pour ne pas la donner à n’importe qui. La France des droits de l’homme n’est pas un droit de l’homme. Si le divorce n’existe pas, on peut et on doit se montrer encore plus regardant quant au choix de l’épousée. En clair, le « droit du sol » n’est pas un impératif catégorique. En dépit des heures sombres de leur histoire, les Allemands continuent à appliquer le « droit du sang », corrigé et amendé par l’existence de procédure de naturalisations. Mais un descendant d’Allemands, vivrait-il au Chili, peut revendiquer sa qualité d’Allemand.

La France peut être un héritage ou un désir. Elle ne saurait être un hasard

Est français tout individu né sur le territoire français. On aimerait se contenter de ce beau principe. L’ennui, c’est qu’il aboutit à une conception purement bureaucratique de l’appartenance nationale, d’ailleurs récusée par la majorité des intéressés qui proclament avec constance leur refus d’être seulement « Français de papiers ». Renaud Camus rappelait dans notre dernier numéro que la France peut être un « héritage » quand on a la chance d’être né Français[2. Ce qui signifie, contrairement à ce que prétend Brice Hortefeux, qu’on n’a rien fait pour la mériter.]. Elle peut aussi, ajoutait-il, être un « désir », voire un « ensorcellement » comme pour Paulina Dalmayer qui répond à l’écrivain (son texte sera prochainement en ligne). Elle ne saurait être un pur hasard. Au lieu de nous embarquer dans une impasse, le président devrait donc demander à ses services de réfléchir sérieusement à la possibilité de durcir les conditions d’acquisition de la nationalité française.

Si elle confère une citoyenneté pleine et entière de même que l’adoption est une filiation pleine et entière, la naturalisation ne saurait être une obligation mais un choix et un choix librement consenti par les deux parties. En théorie, c’est le cas puisque les enfants nés en France de parents étrangers ne deviennent français qu’à l’âge de 13 ou 16 ans et après en avoir clairement exprimé la volonté. Dans la pratique, la procédure est quasiment automatique.

Le « droit du sol » restera la base de la nationalité à la française, ne serait-ce que parce que nous ne disposons pas d’autres critère. La France n’est pas une nation ethnique : ce n’est pas un principe mais une réalité historique. En revanche, il est temps de rappeler que la citoyenneté confère des droits et des devoirs. S’il y a un « droit du sol », il doit aussi y avoir un « devoir du sol ». Le désir ne suffit pas. On n’ira pas jusqu’à demander aux candidats au passeport « ce qu’ils peuvent faire pour leur pays ». Mais on peut exiger d’eux qu’ils adhèrent, non seulement aux lois, mais aussi à ce qu’on appelle, au sens large, la « culture ». Il ne s’agit pas de les obliger à lire Balzac ou Marivaux[3. Encore que ce serait le meilleur service à leur rendre, à eux comme à leurs jeunes concitoyens « de souche ».] mais de leur rappeler que la France est composée d’individus libres et non de groupes autorisés à faire prévaloir leur propre loi sur les territoires où ils sont majoritaires. Si on refuse le « passeport à points », il faut aussi refuser la France à la carte.[/access]

Radical pas libre

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La Voix du Nord épingle cruellement Bernard Tapie, qui n’a pas honoré de sa présence l’université d’été du Parti Radical de Gauche, ce week-end à Seignosse. L’ancien modèle d’entrepreneur selon François Mitterrand prétexte le vif chagrin qu’il a éprouvé après la mort de son chien. Le journal écrit : « Lors d’un face-à-face télévisé avec Jean-Marie Le Pen, Bernard Tapie avait justement rappelé à l’animateur -qui croyait drôle de déposer une paire de gants de boxe sur la table- que la politique était une chose sérieuse. Il faut croire qu’elle est aujourd’hui moins importante que la mort d’un chien. »

Mais nous pensons, au contraire, que cette excuse est fort valable! Si notre petite chienne teckel venait à disparaître, nous serions accablés d’un chagrin tel, qu’il nous serait impossible de produire le moindre article pour Causeur. Et nous ignorerions, alors, les réclamations de notre Tsarine pourtant crainte et bien aimée, ainsi que les plaintes et les lamentations de nos nombreux lecteurs. Oui, vraiment, son deuil animalier nous rend éminemment sympathique ce mirobolant personnage, et nous nous réjouissons même qu’un tribunal dit arbitral l’ait rétabli dans ses droits!