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Tu aimeras ton sosie comme toi-même

La même nuit où, dans le département des Vosges, un sosie de Serge Gainsbourg, Denis C., a poignardé un imitateur de Johnny Hallyday, Michel P. alors que ce
 dernier était en train de tondre sa pelouse, d’autres faits de même nature ont troublé l’ordre public. Face à eux, les médias ont observé leur omerta habituelle. Le Mouvement contre le Vaginalisme et pour l’Amitié entre les Branleurs (le MVAB) considère que la prolifération des sosies est un pas dans la bonne direction. Tout progrès dans l’amour de soi est nôtre.

Chers compagnons de rut, encore un effort pour devenir de bons et loyaux branleurs. En attendant, le MVAB a décidé de vous prêter main forte en portant les
 informations suivantes à la connaissance du peuple français à qui on confisque trop souvent la vérité des faits.

Dans un établissement du quartier du Marais, un sosie de François Hollande a été surpris alors qu’il pratiquait calmement une fellation sur un transsexuel imitateur de Ségolène Royal. Ils en étaient préalablement venus aux mains après s’être mutuellement accusés de s’érailler les voix.

Dans un hôtel de New York, un sosie de Nafissatou Diallo a été surpris alors qu’il faisait tranquillement le ménage dans une chambre.
 Dans le bassin industriel de la rue de Varenne, un sosie de Jean-Christophe Cambadélis a été surpris en train d’exercer une profession dans une entreprise qui n’était
 pas l’instance dirigeante d’un parti politique.
 Près du boulevard Saint-Germain, un sosie d’Harlem Désir a été verbalisé par les forces de l’ordre alors qu’il s’apprêtait à franchir – pour la première fois depuis vingt ans – les limites de la rue de Solférino.

Près du quartier de l’Elysée, un sosie de Valérie Pécresse, chargée des questions de mise en plis à l’UMP et porte parole du Gouvernement, a été surprise alors
 qu’elle échafaudait un plan destiné à mettre la main sur Matignon sans avoir l’air d’y toucher. Les services de sécurité du Premier ministre ont pu confondre in extremis la fausse madame mise en plis grâce à une mèche blonde un peu en désordre au-dessus des sourcils.

Sur un plateau de télévision, un sosie de Cécile Duflot assénait ses arguments en faveur de l’installation d’un parc d’éoliennes sur le Bassin venteux des Tuileries. C’est un temps de réflexion silencieux qui l’a confondue.

Sur le plateau des Glières, un sosie de Stéphane Hessel, très proche de son modèle a été applaudi alors qu’il s’indignait de ne pas être considéré comme le co-rédacteur de la Constitution de la Ve République ainsi que de la Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen de 1789. Présent par hasard sur les lieux, un sosie de Jean Moulin a manifesté avec révolte sa co-indignation.

Le sosie officiel de René Cassin était malheureusement retenu à l’étranger : il n’a pu témoigner en faveur du sosie du Grand Témoin du Siècle. Dans la foule enthousiaste, on a reconnu le sosie du grand journaliste Jean Daniel s’efforçant de parvenir au podium pour la photo. Venu de New York, un dossier d’adhésion bien rempli et solidement charpenté est parvenu à l’adresse de notre mouvement. Il est signé d’un certain DSKK, sosie de DSK, qui excipe de nombreuses raisons, notamment conjugales, pour être intronisé membre de notre confrérie. Sa situation est actuellement à l’étuve au sein de la commission des conflits de notre mouvement.

Jouir à Kaboul

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Cela s’est passé à la sortie du « Table Talk », un restaurant situé au cœur du quartier des expatriés à Kaboul. À peine son arme récupérée du casier de consigne et placée dans le holster, à peine le seuil du sas franchi, E. me touche les fesses. Je me retourne et l’embrasse à pleine bouche, tout en arrangeant mon voile de façon à ce qu’il couvre mes avant-bras dénudés. La rue somnole sous le soleil balsamique de l’après-midi. Soudain, un bruit strident de klaxon déchire l’air autour de nous. Nous avons été vus ! Serrés l’un contre l’autre. Le quartier entier entend un chauffeur de taxi hurler son approbation, tout en klaxonnant comme un forcené : « Yeah ! Good ! Good ! Good ! » D’un coup, viennent nous applaudir un vendeur ambulant de poissons rouges, un groupe de garçons à vélo, le gardien de la maison d’à-côté ainsi qu’une petite fille à moitié cachée sous un parapluie rose. Croyez-le ou pas, mais la révolution sexuelle à Kaboul débuta par cet incident, le 10 juin dernier.[access capability= »lire_inedits »]

Soldates voilées au deuxième REP

Aucune police des mœurs n’opère à Kaboul ni nulle part ailleurs en Afghanistan. Toutefois, les étrangers y vivant ont choisi de se conformer à la pudeur apparente de la République islamique. Certains ont peur de réveiller la colère des puristes de la charia, d’autres ont sans doute pensé faire les malins, se lançant à corps perdu dans une stratégie de séduction de la population locale, comme l’armée française laquelle, à en croire les détails du rapport du Padre Benoît Julien de Pommerol, aumônier du 2ème régiment étranger de parachutistes en mission en Afghanistan, a joyeusement imposé le port du voile à ses soldates afin de les « protéger » des regards trop insistants.

D’autres encore se soumettent à un islam autant fantasmé que radical et dont bon nombre d’autochtones eux-mêmes ne cherchent qu’à se délivrer. Comment décrire les brigades de saintes-nitouches humanitaires employées par des ONG œuvrant à la promotion des droits de l’homme et de la femme ? Il suffit de les voir se déplacer en ville, enveloppées de la tête aux pieds dans des étoffes de production artisanale afghane pour mesurer leur degré d’illumination.

En réalité, les étrangers ont bien du mal à mesurer le degré de tolérance des Afghans face à des comportements publics tenus pour acceptables entre une femme et un homme en Occident. Et les Afghans ont une idée assez vague de ce que les Occidentaux considèrent comme « naturel » sur le plan des mœurs.

Tous situés à proximité de la très chic avenue Wazir Akbar Khan, où sont situés les ambassades étrangères et les bureaux des grandes boutiques internationales, à commencer par l’ONU, les quelques bordels de la capitale afghane ont certes dû mettre la clé sous la porte. La dernière fermeture remonte à deux semaines, le désormais légendaire club « 999 » cessant ainsi d’exister pour, disons, un moment. Anna, sa patronne d’origine chinoise, explique au téléphone qu’elle pense déjà à ouvrir le même business deux rues plus loin. « Je suis certain qu’elle n’a pas de soucis à se faire pour trouver des sponsors, précise un habitué des lieux. All that is about money and nothing else. ». Désolée pour les amateurs d’histoires édifiantes à haute teneur civilisationnelle, mais si les bordels de Kaboul ferment, ce n’est pas à cause d’une intolérance grandissante à l’égard de la corruption des mœurs, mais en raison de la corruption tout court. Le montant des bakchichs qu’il fallait verser aux forces de l’ordre augmentait en même temps que la fréquentation de ces établissements par une clientèle réputée fortunée : l’activité devenait non rentable. C’est qu’en dépit des apparences, la concurrence a toujours été rude sur le marché afghan des plaisirs tarifés. Et elle l’est toujours.

Dans une étude sur la prostitution sous le régime des talibans, Melissa Ditmore estime qu’une trentaine de maisons closes fonctionnaient clandestinement à Kaboul entre 1996 et 2001. Depuis, les choses n’ont pas radicalement changé. Bien qu’illégale et passible de peines allant de cinq à quinze ans d’emprisonnement, la prostitution destinée à la clientèle locale se perpétue selon des méthodes qui ont fait leurs preuves : les chambres sont louées chez des intermédiaires, les femmes et leurs clients se faisant passer pour des couples mariés, les numéros de téléphones circulant par recommandation.

L’arrivée des Américains, en 2001, a tout simplement diversifié ou, plus précisément, internationalisé le marché. De nombreux « restaurants chinois » qui ont, sous leurs lampadaires rouges, autre chose à proposer que des raviolis aux crevettes, ont ouvert. « Les filles étaient très surveillées, ne quittaient jamais leur maison pour raisons de sécurité. J’ai réussi à en faire sortir une pour l’emmener dîner en ville, mais il a fallu que je la ramène trois heures plus tard », se souvient un Britannique en poste à Kaboul depuis plusieurs années.

Le bling-bling des premiers expatriés poussant au crime, des étudiantes se sont aussitôt organisées pour piquer les clients les plus aisés aux veuves de guerre avec enfants en bas âge à charge, ravissant aussi une partie des internationaux aux Chinoises sanglées dans leurs mini-jupes en moleskine. Tout le monde le sait à Kaboul : pour chasser la Lolita, il faut se rendre aux alentours du supermarché Finest, à deux pas du rond-point Massoud. Une autre possibilité consiste à emprunter Jalalabad Road pour sortir de la ville et aller jusqu’à l’une des bases de l’OTAN entourant la capitale afghane. Celui qui y a ses entrées peut profiter des services de Philippines pratiquant des tarifs qui défient toute concurrence. Pour passer une nuit en compagnie d’une protégée d’Anna, il fallait compter entre 150 et 200 dollars, alors que la moitié de cette somme suffit pour satisfaire, tant bien que mal, ses besoins charnels dans les bras d’une employée de PX (duty-free militaire) aux yeux bridés. Un monde plein de promesses s’ouvre…

Soudainement, je sens des petits doigts me pincer les fesses.

La prostitution reste toutefois un sujet ultra-tabou en Afghanistan, comme dans les camps militaires de l’OTAN. Il ne fait pas bon enquêter là-dessus. « Si vous tenez à ne pas être black-listée dans toutes les bases de l’OTAN à travers le monde, il vaut mieux que vous cessiez de vous intéresser au problème », m’a dit quelqu’un de bien placé pour me donner ce genre de conseil.

Au fait, y aurait-il un problème ?

Je marche seule dans la rue, un bout de fichu sur la tête, tenant en laisse notre chien, un berger caucasien. C’est l’heure de la sortie de l’école. Les filles se tiennent par les bras, en petits groupes, rigolent, mangent des glaces. Leurs uniformes noirs contrastent avec la tenue des garçons, beaucoup plus « décontractée » car composée d’une chemise bleue et d’un pantalon bleu marine. Un gamin d’une douzaine d’années me dépasse en vélo, se retourne pour jeter un regard mi-craintif mi-défiant sur Ventura, excité au plus au point par les odeurs des boucheries à ciel ouvert. Le garçon fait un détour, disparaît derrière moi. Soudainement, je sens des petits doigts me pincer les fesses. « Madam, I love you ! », crie le garçon me dépassant à nouveau sur son vélo, cette fois-ci pour fuir au loin à toute allure. Les ouvriers d’un chantier aux abords de la route se tordent de rire.

La capitale afghane serait-elle prête à vivre sa première révolution sexuelle ? Je n’en doute pas une seconde. À condition que les Occidentaux qui y vivent sortent enfin de leur crispation quasi-catatonique à l’égard d’une religion et d’une tradition auxquelles ils attribuent une influence démesurée sur les autochtones. Or, les Afghans, au moins ceux qui peuplent Kaboul et profitent à outrance de la présence étrangère dans la ville, semblent très bien savoir rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Ainsi nous continuerons, E. et moi, à nous tenir par la main dans les lieux publics, comptant qu’un jour un monument en notre honneur sera érigé à côté de celui du commandant Massoud. Rien que ça… Et je persiste à croire que ce ne sera pas un monument dédié aux martyrs d’une cause perdue.[/access]

Oslo, la faute aux nouveaux réacs ?

Je n’y suis pour rien. Pardonnez-moi de vous parler de ma modeste personne, mais cette information capitale a pu vous échapper. Or, vous devez savoir : Oslo, c’est pas moi. Certes, pour l’instant, Le Nouvel Observateur est le seul à m’avoir, sous la plume de son patron Laurent Joffrin, innocentée de l’effroyable crime du blondinet norvégien transformé en machine à tuer. « Non, Guéant, Sarkozy, Ménard ou Zemmour ne sont pour rien dans les événements d’Oslo. Elisabeth Lévy non plus. » Vous avez bien lu : « Elisabeth Lévy non plus. » C’est marqué dans le journal.

Je ne voudrais pas être désagréable, mais vous, cher lecteur, c’est écrit quelque part que vous n’êtes pas coupable, même un tout petit peu ? Cherchez bien, au cours des derniers mois, vous n’avez jamais eu la moindre pensée déplaisante, voire suspecte, peut-être même, qui sait, nauséabonde ? Allons ! Pas l’ombre d’un mouvement d’humeur susceptible d’offenser un individu et, par extension, de stigmatiser le « groupe » auquel il appartient ? D’accord, vous n’êtes pas raciste, en tout cas pas consciemment. Mais pourriez-vous vous porter garant de votre inconscient ? Avouez que dans les secondes qui ont suivi l’annonce de la fusillade en cours, vous avez pensé « attentat islamiste ». Ça c’est une preuve ! Bien sûr, vous n’avez pas été assez benêts pour aller le clamer sur les ondes comme ces quelques « experts en stratégie des cellules djihadistes en Europe » pincés en flagrant délit d’imbécillité. Mais enfin, vous l’avez pensé. Moi aussi. Vous êtes sur la pente glissante qui mène à l’islamophobie. Peut-être au meurtre.

En quelques heures, une vague de spécialistes en « motivations et inspirations de tueur de masse à pedigree d’extrême droite » déferle sur nos écrans. On pourrait penser qu’il faut du temps pour faire avouer ses secrets à un acte qui suscite d’abord l’effroi et l’incompréhension. Que nenni. En trois reportages dans la « fachosphère » – au moins, c’est pas cher – et au prix d’une palanquée de syllogismes et glissements sémantiques – dont leurs auteurs sont pour la plupart parfaitement inconscients de les commettre, convaincus qu’ils sont d’être dans le bon camp – l’affaire est pliée. Anders Behring Breivik est un symptôme. Peut-être un avertissement. Le nouveau visage de la bête immonde qui déploie ses multiples et hideuses têtes dans toute l’Europe, y compris, bien sûr, en France où il dispose d’idiots utiles mais aussi de complices objectifs tout aussi criminels que lui. Comme de toute façon, sur la Norvège, on ne sait pas grand-chose et qu’après quatre reportages pleins d’émotion on n’a plus grand-chose en rayon, on va s’intéresser aux vrais coupables. Ceux qui ont armé ce bras.

À qui la faute ? La question excite d’autant plus les médias que sur ce coup-là, ils peuvent lui donner la réponse qui leur plait. Et sortir l’attirail de l’indignation morale et la rhétorique du dimanche qui va avec – « les mots qui tuent », « les racines de la haine ». Le drame norvégien est peut-être l’occasion de réussir à l’échelle européenne la diabolisation qui a donné avec le FN l’heureux résultat que l’on sait, autrement dit de mettre à l’index une partie du corps électoral, coupable de ne pas savoir ce qui est bon pour lui.

Sur RTL, l’inénarrable Rokhaya Diallo remarque très sérieusement que dans sa logorrhée numérique, Breivik cite deux fois Alain Finkielkraut. « Ce n’est pas un hasard », lâche-t-elle sentencieusement avant d’en appeler à la responsabilité de l’intellectuel. On pourrait lui faire remarquer que Ben Laden a cité Emmanuel Todd et Allah, mais ce n’étaient pas le vrai Todd et pas le vrai Allah. Là, c’est autre chose. Ce Breivik sait lire. D’ailleurs, il faudrait songer à interdire 1984 qui est l’un de ses livres de chevet. À ce compte-là, comme l’a fait remarquer Rémi Lélian, il serait temps de placer sous surveillance les penseurs écologistes et trotskystes qui inspirèrent Richard Durn, le tueur de Nanterre et Audry Maupin. On pourrait aussi faire remarquer à mon estimable camarade de On refait le monde qu’il n’est pas très cohérent de brandir à tout bout de champ la tolérance et l’ouverture à l’autre et d’être incapable d’examiner une opinion différente de la sienne. Comme d’habitude, personne ne moufte. De même que personne ne sursaute, dans les jours qui suivent, en entendant répéter en boucle que le refus du multiculturalisme, c’est la haine des étrangers.

On pointe du doigt quelques sites s’assumant comme « islamophobes » ou désignés comme tels – et qui d’ailleurs, sont souvent obsessionnels. Un article paru sur Slate.fr fait scandale en observant que « François Desouche » n’a pas, loin s’en faut, l’exclusivité des commentaires haineux. Dans la foulée, les partis désormais rangés sous le vocable « populiste », donc leurs électeurs, ramassis de petits blancs peureux à l’esprit étroit insensibles aux merveilles du brassage culturel, sont habillés pour l’hiver, et tous pareil : en vert-de-gris.

L’intérêt de la manœuvre est évident : disqualifier et même criminaliser toute critique des transformations des sociétés induites par l’immigration – ou plus précisément dans le cas de la France par le renoncement à assimiler les immigrés. S’il existe un fil rouge menant d’Alain Finkielkraut à Breivik en passant par l’électeur de Wilders ou de Marine Le Pen, toute réticence à l’égard du multiculturalisme tel qu’il s’installe en Europe mène au meurtre. Bien sûr, vous avez le choix : ou vous pensez que les changements culturels produits par les flux migratoires sont une bénédiction pour nos sociétés sclérosées et, par conséquent, qu’il serait monstrueux de demander aux populations fraîchement installées de s’adapter aux mœurs locales, ou vous êtes un salaud prêt à sortir son revolver dès qu’il entend le mot « différence ».

Je ne sais absolument pas dans quelle mesure un discours ambiant peut expliquer un passage à l’acte. Mais si c’est le cas, on peut soutenir que ce ne sont pas les propos dans lesquels il croyait entendre un écho de ses propres obsessions qui ont enragé Breivik, mais le conte de fées qui sert de discours officiel aux médias sur l’immigration et les bienfaits de la coexistence. Peut-être n’a-t-il pas basculé parce qu’il se croyait compris, comme le proclament mes estimables confrères, mais parce qu’il se sentait isolé dans un monde indifférent à ses angoisses.

Quoi qu’il en soit, je ne vois toujours pas en quoi il serait criminel d’observer les difficultés d’acculturation de l’islam ou de souhaiter la préservation d’un certain cadre de vie collectif. L’ennui, c’est que si je ne vois pas, les arbitres de nos élégances morales voient très bien. Grâce à ce maudit Norvégien, la police de la pensée est de nouveau sur les dents. Moi, je viens d’échapper au coup de filet, alors comptez sur moi pour me tenir à carreau.

Et une pizza pour deux, une !

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C’était la Une d’un récent numéro d’Aujourd’hui/Le Parisien arrivé avec un rien de retard en Grèce : « Comment gérer les fins de mois difficiles. » Dans un premier temps, on se dit que ce n’est pas mal que le dernier grand quotidien populaire français ne se comporte pas comme n’importe quel tabloïd de Murdoch et reste attentif aux vrais problèmes de ses lecteurs, davantage préoccupés, par exemple, par les 20% de hausse du prix du gaz en un an que par les histoires de fesses des people. En plus, ça rappelle à quelques mois des élections de 2012 que se faire élire avec des phrases comme : « Je serai le président du pouvoir d’achat » relevait tout de même du mensonge caractérisé.

Hélas, nous n’avions pas encore ouvert les pages intérieures : l’ensemble se résumait à des conseils pratiques tout à fait exaltants comme « prendre une pizza pour deux au restaurant » ou « profiter des périodes de promo. ». Finalement, il est là, le problème, dans cette soumission, cette intériorisation fataliste de contraintes dont on veut nous faire croire qu’elles sont la conséquence d’un phénomène naturel. Or une crise n’est ni un tsunami ni un tremblement de terre. Elle est le fruit d’une certaine vision de l’économie dont des hommes sont responsables et devraient avoir à rendre compte.

En attendant, si tu touches à ma moitié de pizza, t’es mort !

Paris est une drôle de fête

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C’était l’entre-deux guerres et le monde d’avant. La France était, pour les Américains, le pays des arts, des lettres, des femmes, des alcools forts et des vins délicats. Henry Miller vivait ses jours tranquilles à Clichy ; Fitzgerald se disputait avec Zelda sur la Riviera ; Hemingway buvait rue Delambre. Tendre était la nuit et Paris, une fête. Fitzgerald, pourtant, alors qu’il faisait lire à Hemingway les premières pages de The great Gatsby, à la Closerie des Lilas, s’inquiétait : « Qu’est-ce que les riches ont de plus que les autres ? » La réponse d’Ernest tomba, guillotine narquoise : « De l’argent. ».[access capability= »lire_inedits »]

Dans Tout Paris, Bertrand de Saint-Vincent se souvient de l’esprit de fumée et de brumes de Fitzgerald et de « Papa » Hemingway. Avec la mélancolie de l’élégance, ombre portée de soufre et de délicatesse : « Il y a chez les individus de grande fortune, beauté ou intelligence, autant de grandeur et de bassesse, de distinction et de grossièreté, de tristesse et d’ennui que chez leurs contemporains moins dotés ; peut-être un peu plus en ce qui concerne la tristesse et l’ennui. ».

Chroniqueur des soirées mondaines qu’il fréquente, à la tombée du jour, pour Le Figaro, Saint-Vincent flâne sur les pas du regretté Jean-Michel Gravier. Lui aussi courait sous les étoiles pâles, entre la fin des seventies et les premières années Mitterrand. Dans Le Matin de Paris, son rendez-vous s’appelait : « Elle court, elle court la nuit. » Gravier fanfaronnait et se moquait pour cacher ses larmes : les stars crevaient lentement, remplacées par de fantomatiques silhouettes pas encore appelées people.

« À partir d’un certain âge, toutes les femmes sont blondes. »

Saint-Vincent appartient à cette lignée, qui doit autant à Jacques Laurent – le plus dandy des hussards, qu’il a biographié brillamment − qu’à Jacques Chazot, le prince saganien des humoristes et père de Marie-Chantal. Il regrette la disparition des aristocrates excentriques, des riches héritières new-yorkaises ou des magnats de la pampa. Ils avaient une autre tenue que Loana − Cendrillon se réveillant grosse comme son carrosse − ou Massimo Gargia revisitant Paroles, Paroles. Ou qu’un ancien Président de la République appelant son épouse : « Maman ». Ou encore qu’un zozo très contemporain déclarant : « Je fais de l’immobilier, mais c’est l’art qui m’intéresse. ».

Dans les palaces, les fashion weeks et les clubs privés, Saint-Vincent en voit de belles: « À partir d’un certain âge, la plupart des femmes sont blondes. Le scalpel d’un chirurgien ou l’incertaine magie d’un filtre a effacé les rides sur les visages des uns et des autres et fait gonfler les lèvres et les seins des dames. Certaines sont plus couturées qu’une robe. ».

Tout le monde n’est pas Michel Déon arrivant directement d’Irlande à un cocktail, Pierre Schoendorfer fumant une cigarette avec Gérard Manset et François Armanet, Arielle Dombasle, héroïne glamour et rohmerienne, évoquant Maurice Ronet et Paul Gégauff, ou le camarade Basile de Koch annonçant, chez Castel : « Chivas régale ! ».

Pourtant, si Saint-Vincent épingle les vaniteux et les cocottes à bout de souffle tapinant pour un téléphone portable, il ne juge jamais. Il préfère s’attarder auprès d’une jeune femme brune aimant la danse et le chocolat, deviser avec Pierre Cardin ou Karl Lagerfeld et saisir au vol tout des caractères humains. Moderne La Bruyère de la business classe et du village people, il joue des nuances pour révéler l’époque, comme dans ses Fragments d’impertinence et son Roman de la victoire – où la campagne présidentielle 2005 prenait la forme d’un western amer. Entre les lignes de Tout Paris, Fitzgerald et Hemingway sourient.[/access]

Les 24 heures du mort

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Natural enemies de Julius Horwitz est un joyau noir. Ce roman américain de 1975 n’avait pas eu grand écho à sa première sortie en France en 1977. Sa résurrection en 2011 fera-t-elle davantage de bruit ? On peut en douter, hélas, tant nos sociétés sont convaincues de leur perfection et ne tolèrent pas qu’on leur renvoie à la figure l’atroce et beau travail du négatif. On touche là, d’ailleurs, à une différence qu’il faut sans cesse rappeler entre le roman noir et le roman policier.

Natural enemies est en effet un pur roman noir et en aucun cas un roman policier. Le roman policier part du principe que tout va bien dans le meilleur des mondes et que le désordre provoqué par le crime est réparable à partir du moment où la police entre en jeu. Cela donne un happy end obligatoire avec des frontières entre le bien et le mal clairement tracées. Bref, le roman policier nous confronte à une littérature que l’on pourrait qualifier d’anxiolytique.

On vit déjà en enfer

Le roman noir est évidemment plus compliqué. Son présupposé métaphysique est que l’on vit déjà en enfer, que nos sociétés sont peuplées de prédateurs de toutes sortes, que la police- lorsqu’elle n’est pas carrément complice- ne peut pas grand chose et qu’il faut simplement espérer pouvoir s’en tirer sans avoir complètement perdu son âme.

Pour reprendre une vieille distinction théologique, le roman policier est moliniste et croit à la Grâce suffisante : les personnages seront sauvés par leurs œuvres et peuvent exercer un libre arbitre qui les amènera du côté du Bien. Voilà qui plait beaucoup au public qui a besoin d’être rassuré : les reines anglaises du crime, le polar scandinave d’essence social-démocrate (avec sa nostalgie de l’Etat Providence) ou Fred Vargas en sont de bons exemples. S’il est souvent très bien fait, le roman policier nous donne assez peu de chance de tomber sur de la vraie littérature, celle qui déstabilise, crée du malaise et ne nous laisse plus jamais en paix une fois le livre refermé.

Le roman noir, lui, est janséniste. Dans son univers où Dieu est caché, tout est déjà joué d’avance : nous sommes prédestinés à la chute ou à la rédemption. On ne peut compter que sur la Grâce efficace pour être rédimé, ce qui n’arrive pas souvent. Dans le roman noir, malgré tous ses efforts, le brave type va devenir un assassin tandis que le tueur fou va soudain se révéler capable d’une incroyable humanité. Bref, le roman noir, c’est renier trois fois le Christ avant le chant du coq alors qu’on se croyait le premier des élus. Lire Natural enemies, c’est accepter de prendre de plein fouet ce jansénisme sauvage et, du même coup, découvrir un livre qui appartient de plein droit à la littérature.

Massacre programmé

Dans le New York des années 1970, le directeur d’une revue scientifique nous raconte heure par heure sa dernière journée. Le matin même, il a décidé que lorsqu’il rentrerait chez lui le soir, ce serait pour tuer sa femme et ses trois enfants avant de mettre fin à ses jours. Le roman est découpé en tranches horaires qui font monter la tension de manière souterraine car finalement, pour notre homme, il s’agit d’une journée comme les autres. Sa dernière journée, le protagoniste du roman la passe en accumulant les rendez-vous professionnels avec des auteurs de la revue scientifique qu’il dirige : un ancien astronaute, un rescapé des camps de la mort, un intellectuel de la gauche radicale. Pendant la pause déjeuner, il va dans un bordel de luxe et partouze avec cinq prostituées consommées mécaniquement.

Ce qui dérange durablement dans Natural enemies, c’est justement l’absence de mobile clairement défini à cette décision meurtrière. Pas de problèmes d’argent, le héros a même une vie sociale et intellectuelle plutôt intéressante. Il y aurait bien cette épouse dépressive depuis des années, « Ma femme est possédée par la terreur d’être vivante, ce démon qui nous hante tous » nous confie le personnage principal, mais ce serait une explication bien trop facile.

Évidemment, comme dans tout roman noir digne de ce nom, il n’y aura pas de sursaut salvateur à la dernière minute. Le narrateur va bien accomplir ce qu’il a l’intention d’accomplir et la coupure de journal qui termine le roman n’est qu’une confirmation de ce qui s’annonce inéluctable depuis le début.

En fait, le narrateur décrit simplement le monde qui est le nôtre en changeant très légèrement son angle de vue- ou de tir en l’occurrence. Il suffit de ce décalage infime pour que ce monde devienne cauchemardesque : la société nous chasse loin des villes dans des banlieues chics qui suintent un ennui terrifiant, nos propres enfants deviennent des étrangers absorbés par la télévision, les femmes dans la rue ont toute l’air d’être les rescapées d’une catastrophe récente, les faits divers s’avèrent de plus en plus aberrants, le monde est secoué de désordres géopolitiques incontrôlables et l’humanité semble refouler les souvenirs d’Auschwitz et d’Hiroshima pour mieux recommencer : « Cela devient de plus en plus dur de vivre dans ce monde si personne ne se soucie de savoir si vous êtes vivants ou si vous êtes morts.(…) Nous n’existons déjà presque plus les uns pour les autres. » écrit Horwitz.

Ceci dit, pour finir sur une note d’optimisme, précisons que Cléo survivra à ce massacre programmé.

C’est la chienne du narrateur.

Natural enemies

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Le baiser, baromètre de l’amour

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Kierkegaard, l’inépuisable penseur danois, songeait à écrire une « Contribution à la théorie du baiser », livre qu’il aurait dédié à tous les tendres amants. Il s’étonnait qu’il n’existe pas un seul traité sur le sujet et se demandait si la cause n’était pas que les philosophes n’entendent rien en la matière. Ce qui, de toute évidence, est le cas.

Ce dont Kierkegaard a rêvé, Alexandre Lacroix l’a fait avec brio, mêlant des souvenirs intimes à des considérations plus générales. Sa double casquette de romancier et d’essayiste lui a permis de relever le défi consistant à mettre un peu d’histoire et beaucoup de philosophie dans la vie amoureuse. Afin de la rendre plus excitante encore.

Alexandre Lacroix tient qu’il n’y a pas de meilleure baromètre du couple que le baiser. Le sexe, avec un peu d’entraînement, peut se prolonger sans amour. Le baiser, non. Pour mesurer la force du lien sentimental entre deux êtres, il suffit d’observer l’intensité de leurs baisers. « Rien n’est plus destructeur à la longue, écrit Lacroix, que l’oubli du baiser » . C’est un gel insidieux, pire que de prendre un(e) amant(e). Encore que les deux aillent souvent de pair.

Truffé d’anecdotes, passant allègrement de la littérature et du cinéma à la psychanalyse ou à la linguistique (qui, rappelons-le, n’est pas une technique du baiser), l’essai d’Alexandre Lacroix est porté par une allégresse qui sied à son sujet. Il s’achève néanmoins sur quelques pages d’une noirceur inattendue et prophétique. « Ne sentez-vous pas qu’un vent glacé souffle sur les relations humaines ? », demande l’auteur qui n’est pas loin de penser que l’humanité est en train d’être arrachée au canapé moelleux de la post-modernité pour être renvoyée directement à la préhistoire.

Une guerre sans merci s’annonce – guerre pour la survie, le territoire, l’hégémonie religieuse, la richesse, l’eau….- guerre qui renverra le temps des baisers à un paradis perdu.

Un amour de haine

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Quel délice ! Tu viens enfin de me porter tort ! Tu viens enfin de commettre contre moi un préjudice parfaitement objectif, manifeste, précis et indubitable ! Quelle joie ! En perpétrant contre moi ce forfait délicieux, tu viens de rehausser mon rang, d’accroître ma dignité, de ceindre mon front purifié de la couronne étincelante des justes offensés.

Par la grâce de ta mauvaise action, mes pieds sont délivrés pour un instant du morne sol commun. Ils peuvent maintenant fouler le tapis rouge réservé aux pieds honnêtes de qui est dans son bon droit.[access capability= »lire_inedits »] Il leur est enfin permis de gravir le piédestal des justes courroucés. J’ai raison, tu as tort. Je suis dans mon droit, tu es dans ton tort.

Je t’en voulais. Je t’en voulais depuis bien longtemps déjà. Je laissais bouillonner en moi ma haine contre toi, attisée d’être à elle-même presqu’inconnue, avivée aux feux les plus sales, les plus injustes, aux tristes feux de l’envie. Mais voici enfin que tu as commis cette faute que j’attendais avec gourmandise. À présent, le droit, le bon droit, la justice m’offrent leur admirable refuge, la noble scène où rêvait de danser contre toi ma haine. L’alibi inespéré de la justice m’autorise enfin à te haïr ! Contre toi, je vais avoir raison jusqu’à l’obscénité.

Les froides mathématiques de mon bon droit

Je me lance avec concupiscence dans les froides mathématiques de mon bon droit. J’ai raison, tu as tort. Je suis dans mon droit, tu es dans ton tort. Voici qu’impartialement devant toi je compte et recompte, doctement démontre et redémontre. Voici que j’examine chaque détail, me délecte de chaque circonstance aggravante. Je déploie interminablement les moindres replis du tort miraculeux dont tu m’as fait offrande, ne voulant pas perdre une miette de mon orgasme logique. Et voici qu’à chaque fois, le compte est bon : ton compte est bon. L’addition est formelle : tu dois tout payer.

Nous ne faisons plus partie de la même humanité, mon cher. Tu es intégralement dans ton tort, j’en suis désolé. Quant à moi, la légitimité de mon grief ne connaissant aucune limite, il était fatal que je devinsse l’incarnation de la justice céleste.

Peut-être aussi condescendrai-je bientôt à te pardonner ce tort, comme un tigre relâchant le rat qu’il étranglait entre ses griffes.

Ce faux pardon sera la dernière grimace de ma haine malheureuse.[/access]

« Bons » et « mauvais » terroristes

Qu’est-ce qui a bien pu pousser un trentenaire norvégien aux allures de gendre idéal à commettre un carnage ? Seraient-ce les jeux vidéo, les films pornographiques, la télévision, Internet, ou la musique rock ? A chaque fois que le nihilisme prend corps dans le sang d’un meurtrier, la bien-pensance convoque tous ces éléments- sans doute pour s’éviter de douloureux examens de conscience.

Non, cette fois-ci, pas la peine de chercher quelques chansons obscures pour comprendre les raisons de la boucherie. Par la rédaction d’un mémoire fleuve chargé d’une idéologie de bazar, le tueur a fourni une réponse clé en mains. Ainsi, Breivik serait fasciste. Et on vous l’a assez répété : le fascisme c’est mal, « le fascisme c’est le meurtre » ! Loin de moi l’idée de réhabiliter l’extrême droite mais nous devrions tout de même nous demander si ce tireur fou est véritablement fasciste.

A l’époque, on ne s’était pas enquis de savoir si Richard Durn était un authentique écologiste et Audry Maupin un militant d’extrême gauche sincère ! Pour le premier, on avança la thèse de la folie. Quant aux crimes du second, on en imputa la responsabilité au cinéma, pour la bonne et simple raison qu’il affichait dans sa chambre le poster du film Tueurs nés d’Oliver Stone. Pour ces deux assassins étiquetés à gauche, l’affaire était entendue : aucun rapport entre leur engagement politique et leur dérive criminelle !

Or, dans le double carnage norvégien, tout est politique. Certes, pas de la manière dont le conçoivent l’écrasante majorité des média et des analystes : le déséquilibré a probablement plus été victime de son époque que de ses vilaines lectures. Autrement dit, le fascisme n’a pas armé son fusil ! N’oublions pas que l’extrême droite n’a jamais eu l’exclusive de l’incitation au meurtre. Souvenons-nous qu’en France, au soir du 21 avril 2002, certains jeunes, alors encensés par les équivalents politiques hexagonaux des victimes du massacre d’Oslo, scandaient sur des airs reggae : « Pour Le Pen une balle ! Pour le FN une rafale ! ». Remémorons-nous encore cet antifascisme de carnaval, comme le qualifie aujourd’hui un ancien premier ministre socialiste, qui comparait, sur des tracts distribués par Ras le Front, les manifestants anti Le Pen aux résistants du Vercors. Que d’appels aux meurtres, que de références à la guerre !

Évidemment, il est impossible de juger des motifs secrets d’un tel acte, ni de savoir quoi de sa propre personnalité ou de son environnement global a poussé à l’assassinat massif ce jeune habitant d’une des démocraties les plus enviées du monde, qui a fait de l’asepsie le modus vivendi de sa politique. Quoiqu’il soit tout de même bon de rappeler qu’avant la télévision, Internet et les jeux vidéo, ce sont les mots qui tuent. A force de dire guerre et meurtre au nom du souverain Bien, il n’est pas illogique qu’un malade, au nom d’un bien qui n’est pas le nôtre, en viennent à transformer ses paroles en actes, puis ses actes en meurtres !

Mais revenons sur terre et rassurons-nous : ce pourrait bel et bien être la lecture de je ne sais quel auteur très méchant qui aurait convaincu un jeune norvégien de massacrer près de cent personnes. En revanche, si l’on accepte cette hypothèse, en nous rappelant les affaires Maupin et Durn, nous ne considérerons plus jamais Olivier Besancenot et Eva Joly de la même manière…

Curriculum mortae

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2046 : D’un naturel inquiet et tourmenté, David di Nota meurt à Torcy (Seine et Marne) d’une quinte de toux mal soignée. Le médecin, lui, ne sera jamais inquiété.

2047 : Déterminé à ne pas rester inactif après sa mort, il profite de son temps libre pour s’inscrire en Deug d’Economie, matière qu’il n’a jamais eu le temps d’étudier de près.

2048 : Licence à Paris I.

2050 : Master I.

2051 : Master II.

2054 : Il soutient sa thèse : « Dynamique monétaire et inflation. Pour une approche expérimentale relativiste ». Ému, Maurice Allais le félicite en sortant.

2055 : Désespéré de s’apercevoir que ses diplômes sont aussi inutiles au Paradis que sur terre, il abandonne l’économie, puis il se met à lire tout ce qui lui tombe sous la main.

2056 : David di Nota meurt une deuxième fois en lisant Et si c’était vrai de Marc Lévy.

Tu aimeras ton sosie comme toi-même

2

La même nuit où, dans le département des Vosges, un sosie de Serge Gainsbourg, Denis C., a poignardé un imitateur de Johnny Hallyday, Michel P. alors que ce
 dernier était en train de tondre sa pelouse, d’autres faits de même nature ont troublé l’ordre public. Face à eux, les médias ont observé leur omerta habituelle. Le Mouvement contre le Vaginalisme et pour l’Amitié entre les Branleurs (le MVAB) considère que la prolifération des sosies est un pas dans la bonne direction. Tout progrès dans l’amour de soi est nôtre.

Chers compagnons de rut, encore un effort pour devenir de bons et loyaux branleurs. En attendant, le MVAB a décidé de vous prêter main forte en portant les
 informations suivantes à la connaissance du peuple français à qui on confisque trop souvent la vérité des faits.

Dans un établissement du quartier du Marais, un sosie de François Hollande a été surpris alors qu’il pratiquait calmement une fellation sur un transsexuel imitateur de Ségolène Royal. Ils en étaient préalablement venus aux mains après s’être mutuellement accusés de s’érailler les voix.

Dans un hôtel de New York, un sosie de Nafissatou Diallo a été surpris alors qu’il faisait tranquillement le ménage dans une chambre.
 Dans le bassin industriel de la rue de Varenne, un sosie de Jean-Christophe Cambadélis a été surpris en train d’exercer une profession dans une entreprise qui n’était
 pas l’instance dirigeante d’un parti politique.
 Près du boulevard Saint-Germain, un sosie d’Harlem Désir a été verbalisé par les forces de l’ordre alors qu’il s’apprêtait à franchir – pour la première fois depuis vingt ans – les limites de la rue de Solférino.

Près du quartier de l’Elysée, un sosie de Valérie Pécresse, chargée des questions de mise en plis à l’UMP et porte parole du Gouvernement, a été surprise alors
 qu’elle échafaudait un plan destiné à mettre la main sur Matignon sans avoir l’air d’y toucher. Les services de sécurité du Premier ministre ont pu confondre in extremis la fausse madame mise en plis grâce à une mèche blonde un peu en désordre au-dessus des sourcils.

Sur un plateau de télévision, un sosie de Cécile Duflot assénait ses arguments en faveur de l’installation d’un parc d’éoliennes sur le Bassin venteux des Tuileries. C’est un temps de réflexion silencieux qui l’a confondue.

Sur le plateau des Glières, un sosie de Stéphane Hessel, très proche de son modèle a été applaudi alors qu’il s’indignait de ne pas être considéré comme le co-rédacteur de la Constitution de la Ve République ainsi que de la Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen de 1789. Présent par hasard sur les lieux, un sosie de Jean Moulin a manifesté avec révolte sa co-indignation.

Le sosie officiel de René Cassin était malheureusement retenu à l’étranger : il n’a pu témoigner en faveur du sosie du Grand Témoin du Siècle. Dans la foule enthousiaste, on a reconnu le sosie du grand journaliste Jean Daniel s’efforçant de parvenir au podium pour la photo. Venu de New York, un dossier d’adhésion bien rempli et solidement charpenté est parvenu à l’adresse de notre mouvement. Il est signé d’un certain DSKK, sosie de DSK, qui excipe de nombreuses raisons, notamment conjugales, pour être intronisé membre de notre confrérie. Sa situation est actuellement à l’étuve au sein de la commission des conflits de notre mouvement.

Jouir à Kaboul

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Cela s’est passé à la sortie du « Table Talk », un restaurant situé au cœur du quartier des expatriés à Kaboul. À peine son arme récupérée du casier de consigne et placée dans le holster, à peine le seuil du sas franchi, E. me touche les fesses. Je me retourne et l’embrasse à pleine bouche, tout en arrangeant mon voile de façon à ce qu’il couvre mes avant-bras dénudés. La rue somnole sous le soleil balsamique de l’après-midi. Soudain, un bruit strident de klaxon déchire l’air autour de nous. Nous avons été vus ! Serrés l’un contre l’autre. Le quartier entier entend un chauffeur de taxi hurler son approbation, tout en klaxonnant comme un forcené : « Yeah ! Good ! Good ! Good ! » D’un coup, viennent nous applaudir un vendeur ambulant de poissons rouges, un groupe de garçons à vélo, le gardien de la maison d’à-côté ainsi qu’une petite fille à moitié cachée sous un parapluie rose. Croyez-le ou pas, mais la révolution sexuelle à Kaboul débuta par cet incident, le 10 juin dernier.[access capability= »lire_inedits »]

Soldates voilées au deuxième REP

Aucune police des mœurs n’opère à Kaboul ni nulle part ailleurs en Afghanistan. Toutefois, les étrangers y vivant ont choisi de se conformer à la pudeur apparente de la République islamique. Certains ont peur de réveiller la colère des puristes de la charia, d’autres ont sans doute pensé faire les malins, se lançant à corps perdu dans une stratégie de séduction de la population locale, comme l’armée française laquelle, à en croire les détails du rapport du Padre Benoît Julien de Pommerol, aumônier du 2ème régiment étranger de parachutistes en mission en Afghanistan, a joyeusement imposé le port du voile à ses soldates afin de les « protéger » des regards trop insistants.

D’autres encore se soumettent à un islam autant fantasmé que radical et dont bon nombre d’autochtones eux-mêmes ne cherchent qu’à se délivrer. Comment décrire les brigades de saintes-nitouches humanitaires employées par des ONG œuvrant à la promotion des droits de l’homme et de la femme ? Il suffit de les voir se déplacer en ville, enveloppées de la tête aux pieds dans des étoffes de production artisanale afghane pour mesurer leur degré d’illumination.

En réalité, les étrangers ont bien du mal à mesurer le degré de tolérance des Afghans face à des comportements publics tenus pour acceptables entre une femme et un homme en Occident. Et les Afghans ont une idée assez vague de ce que les Occidentaux considèrent comme « naturel » sur le plan des mœurs.

Tous situés à proximité de la très chic avenue Wazir Akbar Khan, où sont situés les ambassades étrangères et les bureaux des grandes boutiques internationales, à commencer par l’ONU, les quelques bordels de la capitale afghane ont certes dû mettre la clé sous la porte. La dernière fermeture remonte à deux semaines, le désormais légendaire club « 999 » cessant ainsi d’exister pour, disons, un moment. Anna, sa patronne d’origine chinoise, explique au téléphone qu’elle pense déjà à ouvrir le même business deux rues plus loin. « Je suis certain qu’elle n’a pas de soucis à se faire pour trouver des sponsors, précise un habitué des lieux. All that is about money and nothing else. ». Désolée pour les amateurs d’histoires édifiantes à haute teneur civilisationnelle, mais si les bordels de Kaboul ferment, ce n’est pas à cause d’une intolérance grandissante à l’égard de la corruption des mœurs, mais en raison de la corruption tout court. Le montant des bakchichs qu’il fallait verser aux forces de l’ordre augmentait en même temps que la fréquentation de ces établissements par une clientèle réputée fortunée : l’activité devenait non rentable. C’est qu’en dépit des apparences, la concurrence a toujours été rude sur le marché afghan des plaisirs tarifés. Et elle l’est toujours.

Dans une étude sur la prostitution sous le régime des talibans, Melissa Ditmore estime qu’une trentaine de maisons closes fonctionnaient clandestinement à Kaboul entre 1996 et 2001. Depuis, les choses n’ont pas radicalement changé. Bien qu’illégale et passible de peines allant de cinq à quinze ans d’emprisonnement, la prostitution destinée à la clientèle locale se perpétue selon des méthodes qui ont fait leurs preuves : les chambres sont louées chez des intermédiaires, les femmes et leurs clients se faisant passer pour des couples mariés, les numéros de téléphones circulant par recommandation.

L’arrivée des Américains, en 2001, a tout simplement diversifié ou, plus précisément, internationalisé le marché. De nombreux « restaurants chinois » qui ont, sous leurs lampadaires rouges, autre chose à proposer que des raviolis aux crevettes, ont ouvert. « Les filles étaient très surveillées, ne quittaient jamais leur maison pour raisons de sécurité. J’ai réussi à en faire sortir une pour l’emmener dîner en ville, mais il a fallu que je la ramène trois heures plus tard », se souvient un Britannique en poste à Kaboul depuis plusieurs années.

Le bling-bling des premiers expatriés poussant au crime, des étudiantes se sont aussitôt organisées pour piquer les clients les plus aisés aux veuves de guerre avec enfants en bas âge à charge, ravissant aussi une partie des internationaux aux Chinoises sanglées dans leurs mini-jupes en moleskine. Tout le monde le sait à Kaboul : pour chasser la Lolita, il faut se rendre aux alentours du supermarché Finest, à deux pas du rond-point Massoud. Une autre possibilité consiste à emprunter Jalalabad Road pour sortir de la ville et aller jusqu’à l’une des bases de l’OTAN entourant la capitale afghane. Celui qui y a ses entrées peut profiter des services de Philippines pratiquant des tarifs qui défient toute concurrence. Pour passer une nuit en compagnie d’une protégée d’Anna, il fallait compter entre 150 et 200 dollars, alors que la moitié de cette somme suffit pour satisfaire, tant bien que mal, ses besoins charnels dans les bras d’une employée de PX (duty-free militaire) aux yeux bridés. Un monde plein de promesses s’ouvre…

Soudainement, je sens des petits doigts me pincer les fesses.

La prostitution reste toutefois un sujet ultra-tabou en Afghanistan, comme dans les camps militaires de l’OTAN. Il ne fait pas bon enquêter là-dessus. « Si vous tenez à ne pas être black-listée dans toutes les bases de l’OTAN à travers le monde, il vaut mieux que vous cessiez de vous intéresser au problème », m’a dit quelqu’un de bien placé pour me donner ce genre de conseil.

Au fait, y aurait-il un problème ?

Je marche seule dans la rue, un bout de fichu sur la tête, tenant en laisse notre chien, un berger caucasien. C’est l’heure de la sortie de l’école. Les filles se tiennent par les bras, en petits groupes, rigolent, mangent des glaces. Leurs uniformes noirs contrastent avec la tenue des garçons, beaucoup plus « décontractée » car composée d’une chemise bleue et d’un pantalon bleu marine. Un gamin d’une douzaine d’années me dépasse en vélo, se retourne pour jeter un regard mi-craintif mi-défiant sur Ventura, excité au plus au point par les odeurs des boucheries à ciel ouvert. Le garçon fait un détour, disparaît derrière moi. Soudainement, je sens des petits doigts me pincer les fesses. « Madam, I love you ! », crie le garçon me dépassant à nouveau sur son vélo, cette fois-ci pour fuir au loin à toute allure. Les ouvriers d’un chantier aux abords de la route se tordent de rire.

La capitale afghane serait-elle prête à vivre sa première révolution sexuelle ? Je n’en doute pas une seconde. À condition que les Occidentaux qui y vivent sortent enfin de leur crispation quasi-catatonique à l’égard d’une religion et d’une tradition auxquelles ils attribuent une influence démesurée sur les autochtones. Or, les Afghans, au moins ceux qui peuplent Kaboul et profitent à outrance de la présence étrangère dans la ville, semblent très bien savoir rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Ainsi nous continuerons, E. et moi, à nous tenir par la main dans les lieux publics, comptant qu’un jour un monument en notre honneur sera érigé à côté de celui du commandant Massoud. Rien que ça… Et je persiste à croire que ce ne sera pas un monument dédié aux martyrs d’une cause perdue.[/access]

Oslo, la faute aux nouveaux réacs ?

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Je n’y suis pour rien. Pardonnez-moi de vous parler de ma modeste personne, mais cette information capitale a pu vous échapper. Or, vous devez savoir : Oslo, c’est pas moi. Certes, pour l’instant, Le Nouvel Observateur est le seul à m’avoir, sous la plume de son patron Laurent Joffrin, innocentée de l’effroyable crime du blondinet norvégien transformé en machine à tuer. « Non, Guéant, Sarkozy, Ménard ou Zemmour ne sont pour rien dans les événements d’Oslo. Elisabeth Lévy non plus. » Vous avez bien lu : « Elisabeth Lévy non plus. » C’est marqué dans le journal.

Je ne voudrais pas être désagréable, mais vous, cher lecteur, c’est écrit quelque part que vous n’êtes pas coupable, même un tout petit peu ? Cherchez bien, au cours des derniers mois, vous n’avez jamais eu la moindre pensée déplaisante, voire suspecte, peut-être même, qui sait, nauséabonde ? Allons ! Pas l’ombre d’un mouvement d’humeur susceptible d’offenser un individu et, par extension, de stigmatiser le « groupe » auquel il appartient ? D’accord, vous n’êtes pas raciste, en tout cas pas consciemment. Mais pourriez-vous vous porter garant de votre inconscient ? Avouez que dans les secondes qui ont suivi l’annonce de la fusillade en cours, vous avez pensé « attentat islamiste ». Ça c’est une preuve ! Bien sûr, vous n’avez pas été assez benêts pour aller le clamer sur les ondes comme ces quelques « experts en stratégie des cellules djihadistes en Europe » pincés en flagrant délit d’imbécillité. Mais enfin, vous l’avez pensé. Moi aussi. Vous êtes sur la pente glissante qui mène à l’islamophobie. Peut-être au meurtre.

En quelques heures, une vague de spécialistes en « motivations et inspirations de tueur de masse à pedigree d’extrême droite » déferle sur nos écrans. On pourrait penser qu’il faut du temps pour faire avouer ses secrets à un acte qui suscite d’abord l’effroi et l’incompréhension. Que nenni. En trois reportages dans la « fachosphère » – au moins, c’est pas cher – et au prix d’une palanquée de syllogismes et glissements sémantiques – dont leurs auteurs sont pour la plupart parfaitement inconscients de les commettre, convaincus qu’ils sont d’être dans le bon camp – l’affaire est pliée. Anders Behring Breivik est un symptôme. Peut-être un avertissement. Le nouveau visage de la bête immonde qui déploie ses multiples et hideuses têtes dans toute l’Europe, y compris, bien sûr, en France où il dispose d’idiots utiles mais aussi de complices objectifs tout aussi criminels que lui. Comme de toute façon, sur la Norvège, on ne sait pas grand-chose et qu’après quatre reportages pleins d’émotion on n’a plus grand-chose en rayon, on va s’intéresser aux vrais coupables. Ceux qui ont armé ce bras.

À qui la faute ? La question excite d’autant plus les médias que sur ce coup-là, ils peuvent lui donner la réponse qui leur plait. Et sortir l’attirail de l’indignation morale et la rhétorique du dimanche qui va avec – « les mots qui tuent », « les racines de la haine ». Le drame norvégien est peut-être l’occasion de réussir à l’échelle européenne la diabolisation qui a donné avec le FN l’heureux résultat que l’on sait, autrement dit de mettre à l’index une partie du corps électoral, coupable de ne pas savoir ce qui est bon pour lui.

Sur RTL, l’inénarrable Rokhaya Diallo remarque très sérieusement que dans sa logorrhée numérique, Breivik cite deux fois Alain Finkielkraut. « Ce n’est pas un hasard », lâche-t-elle sentencieusement avant d’en appeler à la responsabilité de l’intellectuel. On pourrait lui faire remarquer que Ben Laden a cité Emmanuel Todd et Allah, mais ce n’étaient pas le vrai Todd et pas le vrai Allah. Là, c’est autre chose. Ce Breivik sait lire. D’ailleurs, il faudrait songer à interdire 1984 qui est l’un de ses livres de chevet. À ce compte-là, comme l’a fait remarquer Rémi Lélian, il serait temps de placer sous surveillance les penseurs écologistes et trotskystes qui inspirèrent Richard Durn, le tueur de Nanterre et Audry Maupin. On pourrait aussi faire remarquer à mon estimable camarade de On refait le monde qu’il n’est pas très cohérent de brandir à tout bout de champ la tolérance et l’ouverture à l’autre et d’être incapable d’examiner une opinion différente de la sienne. Comme d’habitude, personne ne moufte. De même que personne ne sursaute, dans les jours qui suivent, en entendant répéter en boucle que le refus du multiculturalisme, c’est la haine des étrangers.

On pointe du doigt quelques sites s’assumant comme « islamophobes » ou désignés comme tels – et qui d’ailleurs, sont souvent obsessionnels. Un article paru sur Slate.fr fait scandale en observant que « François Desouche » n’a pas, loin s’en faut, l’exclusivité des commentaires haineux. Dans la foulée, les partis désormais rangés sous le vocable « populiste », donc leurs électeurs, ramassis de petits blancs peureux à l’esprit étroit insensibles aux merveilles du brassage culturel, sont habillés pour l’hiver, et tous pareil : en vert-de-gris.

L’intérêt de la manœuvre est évident : disqualifier et même criminaliser toute critique des transformations des sociétés induites par l’immigration – ou plus précisément dans le cas de la France par le renoncement à assimiler les immigrés. S’il existe un fil rouge menant d’Alain Finkielkraut à Breivik en passant par l’électeur de Wilders ou de Marine Le Pen, toute réticence à l’égard du multiculturalisme tel qu’il s’installe en Europe mène au meurtre. Bien sûr, vous avez le choix : ou vous pensez que les changements culturels produits par les flux migratoires sont une bénédiction pour nos sociétés sclérosées et, par conséquent, qu’il serait monstrueux de demander aux populations fraîchement installées de s’adapter aux mœurs locales, ou vous êtes un salaud prêt à sortir son revolver dès qu’il entend le mot « différence ».

Je ne sais absolument pas dans quelle mesure un discours ambiant peut expliquer un passage à l’acte. Mais si c’est le cas, on peut soutenir que ce ne sont pas les propos dans lesquels il croyait entendre un écho de ses propres obsessions qui ont enragé Breivik, mais le conte de fées qui sert de discours officiel aux médias sur l’immigration et les bienfaits de la coexistence. Peut-être n’a-t-il pas basculé parce qu’il se croyait compris, comme le proclament mes estimables confrères, mais parce qu’il se sentait isolé dans un monde indifférent à ses angoisses.

Quoi qu’il en soit, je ne vois toujours pas en quoi il serait criminel d’observer les difficultés d’acculturation de l’islam ou de souhaiter la préservation d’un certain cadre de vie collectif. L’ennui, c’est que si je ne vois pas, les arbitres de nos élégances morales voient très bien. Grâce à ce maudit Norvégien, la police de la pensée est de nouveau sur les dents. Moi, je viens d’échapper au coup de filet, alors comptez sur moi pour me tenir à carreau.

Et une pizza pour deux, une !

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C’était la Une d’un récent numéro d’Aujourd’hui/Le Parisien arrivé avec un rien de retard en Grèce : « Comment gérer les fins de mois difficiles. » Dans un premier temps, on se dit que ce n’est pas mal que le dernier grand quotidien populaire français ne se comporte pas comme n’importe quel tabloïd de Murdoch et reste attentif aux vrais problèmes de ses lecteurs, davantage préoccupés, par exemple, par les 20% de hausse du prix du gaz en un an que par les histoires de fesses des people. En plus, ça rappelle à quelques mois des élections de 2012 que se faire élire avec des phrases comme : « Je serai le président du pouvoir d’achat » relevait tout de même du mensonge caractérisé.

Hélas, nous n’avions pas encore ouvert les pages intérieures : l’ensemble se résumait à des conseils pratiques tout à fait exaltants comme « prendre une pizza pour deux au restaurant » ou « profiter des périodes de promo. ». Finalement, il est là, le problème, dans cette soumission, cette intériorisation fataliste de contraintes dont on veut nous faire croire qu’elles sont la conséquence d’un phénomène naturel. Or une crise n’est ni un tsunami ni un tremblement de terre. Elle est le fruit d’une certaine vision de l’économie dont des hommes sont responsables et devraient avoir à rendre compte.

En attendant, si tu touches à ma moitié de pizza, t’es mort !

Paris est une drôle de fête

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C’était l’entre-deux guerres et le monde d’avant. La France était, pour les Américains, le pays des arts, des lettres, des femmes, des alcools forts et des vins délicats. Henry Miller vivait ses jours tranquilles à Clichy ; Fitzgerald se disputait avec Zelda sur la Riviera ; Hemingway buvait rue Delambre. Tendre était la nuit et Paris, une fête. Fitzgerald, pourtant, alors qu’il faisait lire à Hemingway les premières pages de The great Gatsby, à la Closerie des Lilas, s’inquiétait : « Qu’est-ce que les riches ont de plus que les autres ? » La réponse d’Ernest tomba, guillotine narquoise : « De l’argent. ».[access capability= »lire_inedits »]

Dans Tout Paris, Bertrand de Saint-Vincent se souvient de l’esprit de fumée et de brumes de Fitzgerald et de « Papa » Hemingway. Avec la mélancolie de l’élégance, ombre portée de soufre et de délicatesse : « Il y a chez les individus de grande fortune, beauté ou intelligence, autant de grandeur et de bassesse, de distinction et de grossièreté, de tristesse et d’ennui que chez leurs contemporains moins dotés ; peut-être un peu plus en ce qui concerne la tristesse et l’ennui. ».

Chroniqueur des soirées mondaines qu’il fréquente, à la tombée du jour, pour Le Figaro, Saint-Vincent flâne sur les pas du regretté Jean-Michel Gravier. Lui aussi courait sous les étoiles pâles, entre la fin des seventies et les premières années Mitterrand. Dans Le Matin de Paris, son rendez-vous s’appelait : « Elle court, elle court la nuit. » Gravier fanfaronnait et se moquait pour cacher ses larmes : les stars crevaient lentement, remplacées par de fantomatiques silhouettes pas encore appelées people.

« À partir d’un certain âge, toutes les femmes sont blondes. »

Saint-Vincent appartient à cette lignée, qui doit autant à Jacques Laurent – le plus dandy des hussards, qu’il a biographié brillamment − qu’à Jacques Chazot, le prince saganien des humoristes et père de Marie-Chantal. Il regrette la disparition des aristocrates excentriques, des riches héritières new-yorkaises ou des magnats de la pampa. Ils avaient une autre tenue que Loana − Cendrillon se réveillant grosse comme son carrosse − ou Massimo Gargia revisitant Paroles, Paroles. Ou qu’un ancien Président de la République appelant son épouse : « Maman ». Ou encore qu’un zozo très contemporain déclarant : « Je fais de l’immobilier, mais c’est l’art qui m’intéresse. ».

Dans les palaces, les fashion weeks et les clubs privés, Saint-Vincent en voit de belles: « À partir d’un certain âge, la plupart des femmes sont blondes. Le scalpel d’un chirurgien ou l’incertaine magie d’un filtre a effacé les rides sur les visages des uns et des autres et fait gonfler les lèvres et les seins des dames. Certaines sont plus couturées qu’une robe. ».

Tout le monde n’est pas Michel Déon arrivant directement d’Irlande à un cocktail, Pierre Schoendorfer fumant une cigarette avec Gérard Manset et François Armanet, Arielle Dombasle, héroïne glamour et rohmerienne, évoquant Maurice Ronet et Paul Gégauff, ou le camarade Basile de Koch annonçant, chez Castel : « Chivas régale ! ».

Pourtant, si Saint-Vincent épingle les vaniteux et les cocottes à bout de souffle tapinant pour un téléphone portable, il ne juge jamais. Il préfère s’attarder auprès d’une jeune femme brune aimant la danse et le chocolat, deviser avec Pierre Cardin ou Karl Lagerfeld et saisir au vol tout des caractères humains. Moderne La Bruyère de la business classe et du village people, il joue des nuances pour révéler l’époque, comme dans ses Fragments d’impertinence et son Roman de la victoire – où la campagne présidentielle 2005 prenait la forme d’un western amer. Entre les lignes de Tout Paris, Fitzgerald et Hemingway sourient.[/access]

Tout Paris

Prix: 21,90 €

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Les 24 heures du mort

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Natural enemies de Julius Horwitz est un joyau noir. Ce roman américain de 1975 n’avait pas eu grand écho à sa première sortie en France en 1977. Sa résurrection en 2011 fera-t-elle davantage de bruit ? On peut en douter, hélas, tant nos sociétés sont convaincues de leur perfection et ne tolèrent pas qu’on leur renvoie à la figure l’atroce et beau travail du négatif. On touche là, d’ailleurs, à une différence qu’il faut sans cesse rappeler entre le roman noir et le roman policier.

Natural enemies est en effet un pur roman noir et en aucun cas un roman policier. Le roman policier part du principe que tout va bien dans le meilleur des mondes et que le désordre provoqué par le crime est réparable à partir du moment où la police entre en jeu. Cela donne un happy end obligatoire avec des frontières entre le bien et le mal clairement tracées. Bref, le roman policier nous confronte à une littérature que l’on pourrait qualifier d’anxiolytique.

On vit déjà en enfer

Le roman noir est évidemment plus compliqué. Son présupposé métaphysique est que l’on vit déjà en enfer, que nos sociétés sont peuplées de prédateurs de toutes sortes, que la police- lorsqu’elle n’est pas carrément complice- ne peut pas grand chose et qu’il faut simplement espérer pouvoir s’en tirer sans avoir complètement perdu son âme.

Pour reprendre une vieille distinction théologique, le roman policier est moliniste et croit à la Grâce suffisante : les personnages seront sauvés par leurs œuvres et peuvent exercer un libre arbitre qui les amènera du côté du Bien. Voilà qui plait beaucoup au public qui a besoin d’être rassuré : les reines anglaises du crime, le polar scandinave d’essence social-démocrate (avec sa nostalgie de l’Etat Providence) ou Fred Vargas en sont de bons exemples. S’il est souvent très bien fait, le roman policier nous donne assez peu de chance de tomber sur de la vraie littérature, celle qui déstabilise, crée du malaise et ne nous laisse plus jamais en paix une fois le livre refermé.

Le roman noir, lui, est janséniste. Dans son univers où Dieu est caché, tout est déjà joué d’avance : nous sommes prédestinés à la chute ou à la rédemption. On ne peut compter que sur la Grâce efficace pour être rédimé, ce qui n’arrive pas souvent. Dans le roman noir, malgré tous ses efforts, le brave type va devenir un assassin tandis que le tueur fou va soudain se révéler capable d’une incroyable humanité. Bref, le roman noir, c’est renier trois fois le Christ avant le chant du coq alors qu’on se croyait le premier des élus. Lire Natural enemies, c’est accepter de prendre de plein fouet ce jansénisme sauvage et, du même coup, découvrir un livre qui appartient de plein droit à la littérature.

Massacre programmé

Dans le New York des années 1970, le directeur d’une revue scientifique nous raconte heure par heure sa dernière journée. Le matin même, il a décidé que lorsqu’il rentrerait chez lui le soir, ce serait pour tuer sa femme et ses trois enfants avant de mettre fin à ses jours. Le roman est découpé en tranches horaires qui font monter la tension de manière souterraine car finalement, pour notre homme, il s’agit d’une journée comme les autres. Sa dernière journée, le protagoniste du roman la passe en accumulant les rendez-vous professionnels avec des auteurs de la revue scientifique qu’il dirige : un ancien astronaute, un rescapé des camps de la mort, un intellectuel de la gauche radicale. Pendant la pause déjeuner, il va dans un bordel de luxe et partouze avec cinq prostituées consommées mécaniquement.

Ce qui dérange durablement dans Natural enemies, c’est justement l’absence de mobile clairement défini à cette décision meurtrière. Pas de problèmes d’argent, le héros a même une vie sociale et intellectuelle plutôt intéressante. Il y aurait bien cette épouse dépressive depuis des années, « Ma femme est possédée par la terreur d’être vivante, ce démon qui nous hante tous » nous confie le personnage principal, mais ce serait une explication bien trop facile.

Évidemment, comme dans tout roman noir digne de ce nom, il n’y aura pas de sursaut salvateur à la dernière minute. Le narrateur va bien accomplir ce qu’il a l’intention d’accomplir et la coupure de journal qui termine le roman n’est qu’une confirmation de ce qui s’annonce inéluctable depuis le début.

En fait, le narrateur décrit simplement le monde qui est le nôtre en changeant très légèrement son angle de vue- ou de tir en l’occurrence. Il suffit de ce décalage infime pour que ce monde devienne cauchemardesque : la société nous chasse loin des villes dans des banlieues chics qui suintent un ennui terrifiant, nos propres enfants deviennent des étrangers absorbés par la télévision, les femmes dans la rue ont toute l’air d’être les rescapées d’une catastrophe récente, les faits divers s’avèrent de plus en plus aberrants, le monde est secoué de désordres géopolitiques incontrôlables et l’humanité semble refouler les souvenirs d’Auschwitz et d’Hiroshima pour mieux recommencer : « Cela devient de plus en plus dur de vivre dans ce monde si personne ne se soucie de savoir si vous êtes vivants ou si vous êtes morts.(…) Nous n’existons déjà presque plus les uns pour les autres. » écrit Horwitz.

Ceci dit, pour finir sur une note d’optimisme, précisons que Cléo survivra à ce massacre programmé.

C’est la chienne du narrateur.

Natural enemies

Prix: 5,00 €

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Le baiser, baromètre de l’amour

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Kierkegaard, l’inépuisable penseur danois, songeait à écrire une « Contribution à la théorie du baiser », livre qu’il aurait dédié à tous les tendres amants. Il s’étonnait qu’il n’existe pas un seul traité sur le sujet et se demandait si la cause n’était pas que les philosophes n’entendent rien en la matière. Ce qui, de toute évidence, est le cas.

Ce dont Kierkegaard a rêvé, Alexandre Lacroix l’a fait avec brio, mêlant des souvenirs intimes à des considérations plus générales. Sa double casquette de romancier et d’essayiste lui a permis de relever le défi consistant à mettre un peu d’histoire et beaucoup de philosophie dans la vie amoureuse. Afin de la rendre plus excitante encore.

Alexandre Lacroix tient qu’il n’y a pas de meilleure baromètre du couple que le baiser. Le sexe, avec un peu d’entraînement, peut se prolonger sans amour. Le baiser, non. Pour mesurer la force du lien sentimental entre deux êtres, il suffit d’observer l’intensité de leurs baisers. « Rien n’est plus destructeur à la longue, écrit Lacroix, que l’oubli du baiser » . C’est un gel insidieux, pire que de prendre un(e) amant(e). Encore que les deux aillent souvent de pair.

Truffé d’anecdotes, passant allègrement de la littérature et du cinéma à la psychanalyse ou à la linguistique (qui, rappelons-le, n’est pas une technique du baiser), l’essai d’Alexandre Lacroix est porté par une allégresse qui sied à son sujet. Il s’achève néanmoins sur quelques pages d’une noirceur inattendue et prophétique. « Ne sentez-vous pas qu’un vent glacé souffle sur les relations humaines ? », demande l’auteur qui n’est pas loin de penser que l’humanité est en train d’être arrachée au canapé moelleux de la post-modernité pour être renvoyée directement à la préhistoire.

Une guerre sans merci s’annonce – guerre pour la survie, le territoire, l’hégémonie religieuse, la richesse, l’eau….- guerre qui renverra le temps des baisers à un paradis perdu.

Contribution à la théorie du baiser

Prix: 2,24 €

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Un amour de haine

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Quel délice ! Tu viens enfin de me porter tort ! Tu viens enfin de commettre contre moi un préjudice parfaitement objectif, manifeste, précis et indubitable ! Quelle joie ! En perpétrant contre moi ce forfait délicieux, tu viens de rehausser mon rang, d’accroître ma dignité, de ceindre mon front purifié de la couronne étincelante des justes offensés.

Par la grâce de ta mauvaise action, mes pieds sont délivrés pour un instant du morne sol commun. Ils peuvent maintenant fouler le tapis rouge réservé aux pieds honnêtes de qui est dans son bon droit.[access capability= »lire_inedits »] Il leur est enfin permis de gravir le piédestal des justes courroucés. J’ai raison, tu as tort. Je suis dans mon droit, tu es dans ton tort.

Je t’en voulais. Je t’en voulais depuis bien longtemps déjà. Je laissais bouillonner en moi ma haine contre toi, attisée d’être à elle-même presqu’inconnue, avivée aux feux les plus sales, les plus injustes, aux tristes feux de l’envie. Mais voici enfin que tu as commis cette faute que j’attendais avec gourmandise. À présent, le droit, le bon droit, la justice m’offrent leur admirable refuge, la noble scène où rêvait de danser contre toi ma haine. L’alibi inespéré de la justice m’autorise enfin à te haïr ! Contre toi, je vais avoir raison jusqu’à l’obscénité.

Les froides mathématiques de mon bon droit

Je me lance avec concupiscence dans les froides mathématiques de mon bon droit. J’ai raison, tu as tort. Je suis dans mon droit, tu es dans ton tort. Voici qu’impartialement devant toi je compte et recompte, doctement démontre et redémontre. Voici que j’examine chaque détail, me délecte de chaque circonstance aggravante. Je déploie interminablement les moindres replis du tort miraculeux dont tu m’as fait offrande, ne voulant pas perdre une miette de mon orgasme logique. Et voici qu’à chaque fois, le compte est bon : ton compte est bon. L’addition est formelle : tu dois tout payer.

Nous ne faisons plus partie de la même humanité, mon cher. Tu es intégralement dans ton tort, j’en suis désolé. Quant à moi, la légitimité de mon grief ne connaissant aucune limite, il était fatal que je devinsse l’incarnation de la justice céleste.

Peut-être aussi condescendrai-je bientôt à te pardonner ce tort, comme un tigre relâchant le rat qu’il étranglait entre ses griffes.

Ce faux pardon sera la dernière grimace de ma haine malheureuse.[/access]

« Bons » et « mauvais » terroristes

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Qu’est-ce qui a bien pu pousser un trentenaire norvégien aux allures de gendre idéal à commettre un carnage ? Seraient-ce les jeux vidéo, les films pornographiques, la télévision, Internet, ou la musique rock ? A chaque fois que le nihilisme prend corps dans le sang d’un meurtrier, la bien-pensance convoque tous ces éléments- sans doute pour s’éviter de douloureux examens de conscience.

Non, cette fois-ci, pas la peine de chercher quelques chansons obscures pour comprendre les raisons de la boucherie. Par la rédaction d’un mémoire fleuve chargé d’une idéologie de bazar, le tueur a fourni une réponse clé en mains. Ainsi, Breivik serait fasciste. Et on vous l’a assez répété : le fascisme c’est mal, « le fascisme c’est le meurtre » ! Loin de moi l’idée de réhabiliter l’extrême droite mais nous devrions tout de même nous demander si ce tireur fou est véritablement fasciste.

A l’époque, on ne s’était pas enquis de savoir si Richard Durn était un authentique écologiste et Audry Maupin un militant d’extrême gauche sincère ! Pour le premier, on avança la thèse de la folie. Quant aux crimes du second, on en imputa la responsabilité au cinéma, pour la bonne et simple raison qu’il affichait dans sa chambre le poster du film Tueurs nés d’Oliver Stone. Pour ces deux assassins étiquetés à gauche, l’affaire était entendue : aucun rapport entre leur engagement politique et leur dérive criminelle !

Or, dans le double carnage norvégien, tout est politique. Certes, pas de la manière dont le conçoivent l’écrasante majorité des média et des analystes : le déséquilibré a probablement plus été victime de son époque que de ses vilaines lectures. Autrement dit, le fascisme n’a pas armé son fusil ! N’oublions pas que l’extrême droite n’a jamais eu l’exclusive de l’incitation au meurtre. Souvenons-nous qu’en France, au soir du 21 avril 2002, certains jeunes, alors encensés par les équivalents politiques hexagonaux des victimes du massacre d’Oslo, scandaient sur des airs reggae : « Pour Le Pen une balle ! Pour le FN une rafale ! ». Remémorons-nous encore cet antifascisme de carnaval, comme le qualifie aujourd’hui un ancien premier ministre socialiste, qui comparait, sur des tracts distribués par Ras le Front, les manifestants anti Le Pen aux résistants du Vercors. Que d’appels aux meurtres, que de références à la guerre !

Évidemment, il est impossible de juger des motifs secrets d’un tel acte, ni de savoir quoi de sa propre personnalité ou de son environnement global a poussé à l’assassinat massif ce jeune habitant d’une des démocraties les plus enviées du monde, qui a fait de l’asepsie le modus vivendi de sa politique. Quoiqu’il soit tout de même bon de rappeler qu’avant la télévision, Internet et les jeux vidéo, ce sont les mots qui tuent. A force de dire guerre et meurtre au nom du souverain Bien, il n’est pas illogique qu’un malade, au nom d’un bien qui n’est pas le nôtre, en viennent à transformer ses paroles en actes, puis ses actes en meurtres !

Mais revenons sur terre et rassurons-nous : ce pourrait bel et bien être la lecture de je ne sais quel auteur très méchant qui aurait convaincu un jeune norvégien de massacrer près de cent personnes. En revanche, si l’on accepte cette hypothèse, en nous rappelant les affaires Maupin et Durn, nous ne considérerons plus jamais Olivier Besancenot et Eva Joly de la même manière…

Curriculum mortae

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2046 : D’un naturel inquiet et tourmenté, David di Nota meurt à Torcy (Seine et Marne) d’une quinte de toux mal soignée. Le médecin, lui, ne sera jamais inquiété.

2047 : Déterminé à ne pas rester inactif après sa mort, il profite de son temps libre pour s’inscrire en Deug d’Economie, matière qu’il n’a jamais eu le temps d’étudier de près.

2048 : Licence à Paris I.

2050 : Master I.

2051 : Master II.

2054 : Il soutient sa thèse : « Dynamique monétaire et inflation. Pour une approche expérimentale relativiste ». Ému, Maurice Allais le félicite en sortant.

2055 : Désespéré de s’apercevoir que ses diplômes sont aussi inutiles au Paradis que sur terre, il abandonne l’économie, puis il se met à lire tout ce qui lui tombe sous la main.

2056 : David di Nota meurt une deuxième fois en lisant Et si c’était vrai de Marc Lévy.