Crédit photo : David_Reverchon

Tremblez candidats à la présidentielle : Greenpeace va peser de tout son poids dans la campagne. Sa filiale française vient en effet de rendre public son premier « stress test » des candidats en notant leur programme énergétique. Stress Test ? En fait, un très banal questionnaire, truffé de marronniers comme : « Êtes-vous pour ou contre la sortie du nucléaire ? », « Êtes-vous favorable à une révision de l’écotaxe poids lourds ? » ou encore « Êtes-vous pour ou contre la limitation de la vitesse à 120 km/h sur les autoroutes ?  » (au passage, de quoi je me mêle, les amis, risque-t-on d’écraser un dauphin lorsqu’on roule à 130 ?). On retiendra aussi l’épatant « Considérez-vous possible que les EnR constituent la majorité du mix énergétique, quand ? ».

Une fois dissipé le fou rire provoqué par cette dernière question, il faut hélas revenir au fond du problème : avec son QCM, Greenpeace classe à sa façon les candidats, qui ne deviennent plus seulement bons (pardon, chez Greenpeace, on dit « engagés ») ou mauvais (pardon, là il faut dire « rétrogrades »), mais qualifiés ou pas pour gouverner la France. Tenez-vous le pour dit : la multinationale écolo rêve ni plus ni moins que de dicter la politique énergétique de la France.

Certes, on pourrait prendre ce test pour ce qu’il est : pas grand-chose. Après tout, syndicats, associations et autres lobbies profitent des périodes électorales pour sonder les candidats : de la défense de la filière porcine aux intermittents du spectacle en passant par le statut du parent divorcé, les questionnaires pleuvent comme à Gravelotte. Et les candidats y répondent avec empressement et application. Ce serait idiot d’être à poil le jour où un de ces sujets de niche finira par faire la une du Parisien.

Quand je dis que les candidats répondent, n’allez surtout pas me prendre au mot. Un peu comme lorsque votre petite sœur écrit à Warner Music pour recevoir une photo dédicacée de Sliimy, il ne faut pas se fier à la signature. En réalité, les questionneurs mettent à contribution des bataillons de stagiaires de Sciences Po, vaguement militants, qui sont réquisitionnés dans les staffs de campagne pour répondre en copiant-collant les programmes de leur candidat préféré. Généralement, l’écho de ces questionnaires ne dépasse pas le site internet de ces chapelles 1901, et c’est très bien comme ça.

Greenpeace n’innove donc pas vraiment. Si ce n’est par le climat de terreur qu’elle crée autour de son « stress test » et sa force de frappe médiatique. Ainsi, personne n’osera appeler un chat un chat un chat et parler de questionnaire, toute la presse reprendra en chœur la terminologie grotesque et pontifiante de « stress test » sans la moindre trace d’ironie ou de distance critique : c’est Greenpeace, hein…

Pourtant, même en ne procédant qu’à une lecture disons, journalistique, du questionnaire, il y a de quoi, justement, se questionner. Bizarrement, Eva Joly sort triomphante de l’épreuve. On pourrait aussi s’interroger sur deux couacs qui viennent entacher la régularité de ce concours de beauté, mais pour ça, c’est comme avant de signer chez Orange ou SFR, il faut lire les toutes petites lignes qui accompagnent le beau fichier Power Point de l’ONG. Première fausse note : si des candidats ne se sont pas sentis obligés de répondre aux sommations de la boutique écolo, ils sont d’entrée de jeu disqualifiés, ou plutôt qualifiés de « rétrogrades », soit la pire des catégories qu’on imagine peuplée de nucléocrates amateurs de DDT et de grosses cylindrées.

Jean-Louis Borloo, le géniteur du Grenelle de l’environnement, se retrouve donc en bas de tableau parce qu’il a dû oublier le questionnaire au bureau avant de partir en vacances. Ou plus exactement, parce qu’il n’a pas souhaité répondre « car il n’est pas encore officiellement candidat». Notons que Chevènement, qui pour l’instant se contente de menacer d’être candidat, a lui répondu et est donc automatiquement classé plus écolo que Borloo. Drôle, non ?

Le second biais du test est idéologique. On a beau retourner le fichier, on ne voit pas les réponses de Nathalie Arthaud de LO, ou celles de Marine Le Pen. Là encore, il faut lire les petites lignes explicatives de « l’étude », et il est important à ce stade de delirium ecologis de ne pas oublier les guillemets pour vous expliquer le pourquoi de cette absence : « Greenpeace, explique le document, est une organisation apolitique. Nous avons décidé d’exclure de notre classement Lutte Ouvrière et le Front National. Greenpeace considère que Lutte Ouvrière est un parti non démocratique. De son côté, le Front National est en opposition totale avec des valeurs parmi les plus chères à Greenpeace, notamment le pacifisme et la non-violence. La « préférence nationale » prônée par le Front National est une forme de discrimination que Greenpeace récuse absolument ».

LO et le FN n’auront pas le droit de nous dire à quelle vitesse il faut rouler sur les autoroutes ou comment gérer le MOX. Proposons donc à Greenpeace de ne plus envoyer son formulaire qu’à la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts. Ça lui éviterait de se frotter à des gens qui ne pensent pas comme elle, ce qui est aussi, ne l’oublions pas, le principe des élections. Ou alors invitons-la gentiment à faire ce qu’elle sait faire : des pétitions pour sauver les baleines dans la forêt d’Amazonie.

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