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Assad à sec

Selon le quotidien saoudien Acharq Al-Awsat, qui cite des sources sécuritaires « autorisées », l’appareil de répression syrien montre des signes d’essoufflement : de plus en plus d’officiers de l’armée régulière font défection, et, phénomène nouveau, la milice alaouite de la Shabiha, pourtant acquise au clan Assad, commence même à se rebeller.

Ses milliers de membres[1. Ils seraient entre cinq et dix mille, selon les estimations] aux allures de brutes bodybuildées ne réclament pas plus de démocratie, tant s’en faut. Ces gros bras pour la plupart originaires du littoral syrien, fief de la famille Assad, veulent tout simplement être payés. Car voilà l’origine du problème : l’Etat syrien ne peut plus rétribuer les paramilitaires qui lui servent de porte-flingues depuis le début de la contestation. Devant les retards de paiement, les miliciens menacent de faire grève.

De deux choses l’une : soit le président syrien croit à sa propre propagande et, sûr de sa victoire, applique une politique de rigueur, soit il laisse se vider les caisses de la Banque Centrale syrienne. A en croire Acharq Al-Awsat, cette dernière hypothèse est en train de se réaliser. Malgré une aide iranienne de quelque cinq milliards de dollars, le nerf de la guerre commence à manquer, ce qui s’avère pour le moins problématique. Car même le noyau dur du clan Assad n’accomplit pas le sale boulot par amour désintéressé de la patrie.

Il faut dire que les honoraires des gars de la Shabiha ont de quoi choquer. Ces cerbères qui maintiennent ce régime subclaquant sous respiration artificielle monnaient la prestation 2000 livres syriennes (30 euros) par jour, tarif qui grimpe jusqu’à 7 000 voire 10 000 livres le vendredi, jour hebdomadaire des manifestations anti-Assad. Les membres de la Shabiha en mission à Alep bénéficient même d’une « prime » exceptionnelle (5000 livres par jour au lieu de 2000) pour maintenir l’ordre dans cette ville stratégique restée à l’écart de la contestation. Dans un pays où le salaire moyen ne dépasse pas les 15000 livres (230 euros), de tels molosses coûtent un bras, sans parler des véhicules et du matériel que l’Etat met gracieusement à leur disposition.

Et si les Syriens faisaient marcher la planche à billets ? Après tout, la Syrie ne fait pas partie de la zone euro et Bachar Al-Assad a bien d’autres chats à fouetter que l’inflation. Hélas pour Assad, la Syrie n’en est pas capable. Jusqu’à une date récente, les livres syriennes étaient fabriquées en Autriche… avant qu’au vu des événements, l’imprimeur décide de rompre son contrat avec Damas. En conséquence de quoi la Banque centrale syrienne n’est plus approvisionnée en billets de banque depuis des semaines, ce qui réduit ses marges de manœuvre monétaires à une peau de chagrin.
Faut de pouvoir créer de la masse monétaire, les Assad doivent compter sur leurs derniers deniers et opérer des choix cornéliens : couper dans les dépenses sociales (subvention du pain et des produits alimentaires de base), augmenter les impôts indirects (sur l’essence, la restauration, etc.), ou bien rogner les salaires des fonctionnaires et des militaires.

Quelle que soit la mesure adoptée, elle a peu de chance de renforcer la popularité d’un pouvoir exsangue qui a si longtemps joué la montre. Après avoir renvoyé un ministre turc à ses chères études, rejeté l’offre de médiation arabe et poliment remercié un émissaire russe, Damas paraît résolument sourd et aveugle.

Avec la fin du Ramadan, l’opposition fraichement structurée dans un Conseil de transition parrainé par la Turquie, appelle à redoubler les cortèges pour faire tomber Assad. Alors que les montagnes de dollars de Kadhafi n’ont pu enrayer sa chute, la ruine de l’Etat syrien pourrait bientôt sonner le glas de l’oligarchie baathiste.


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est journaliste.

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