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Marine ou le Pen ?

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Il y a, pour l’autre gauche, c’est à dire celle qu’incarne ces temps-ci le Front de Gauche (PCF, PG, GU et nombres d’associations), un véritable danger et ce danger, c’est Marine Le Pen. Entendons-nous bien, nous allons parler ici cyniquement, c’est-à-dire tactiquement et éviter tant que faire se peut la moraline pour mieux sauver, pour plus tard, la morale. Mao remarquait que la révolution n’est pas un dîner de gala et c’est pourtant à un gala que nous invite Marine Le Pen, ne nous y trompons pas. Je suis assez effondré, pour tout dire, par l’erreur d’analyse que révèlent les réactions à la « sortie » de Marine Le Pen sur l’occupation musulmane que représenteraient les prières dans la rue.

En attendant le 16 janvier

Ce qu’elle a dit, en l’occurrence, elle l’a d’abord dit ad usum Delphini : pour ceux qui l’auraient oublié, rappelons encore une fois qu’elle est engagée dans une campagne interne pour la prise du contrôle du Front National, le 16 janvier, lors d’un congrès …à Tours ! Ironie de l’histoire, il y aura pile 90 ans à Noël, lors d’un congrès autrement plus célèbre, les délégués de la SFIO décidèrent majoritairement de faire naître un véritable parti communiste, fidèle à la IIIème internationale sous le nom de SFIC puis bientôt de PCF.
Je ne sais pas si le congrès de Tours de l’extrême droite donnera lieu à une scission aussi spectaculaire et engagera pour le siècle à venir la physionomie du national-populisme à la française, mais ce qui est certain c’est que cette victoire annoncée de Marine, cette promenade de santé parmi des militants tous extatiques n’est pas aussi évidente qu’on l’entend dans les médias.

Autour de Gollnisch, qui dispose encore de sérieux alliés dans l’appareil, se sont agglomérés tous ceux qui ne veulent pas voir le Front finir comme le MSI italien qui à la force de mutations successives est devenu un parti de centre droit.
Et ça fait du monde : Marine a contre elles toutes les dissidences du temps de son père comme ce parti de France de Carl Lang qui a multiplié les tentatives d’entrisme. Elle a aussi contre elle la presse dite « nationale ». Elle a été lâchée par Minute et dans Rivarol, depuis que l’hebdo old school préféré des vieux collabos est passé sous le contrôle de Jérôme Bourbon qui a dû prendre des leçons d’hystérie intégriste chez Savonarole, elle est devenue l’objet d’une haine pathologique qui la place à mi-chemin de Lilith et de la grande putain de Babylone.

La violence verbale de ces gens-là est toujours étonnante.
Elle a aussi vu, depuis qu’elle lâche du lest sur les questions ethniques, parce que précisément elle comprend où sont les vraies insécurités en France pour les Français qui en souffrent vraiment, pousser sur son côté droit le chancre d’une candidature à la présidentielles du Bloc identitaire de Fabrice Robert qui annonce avoir trouvé son Kennedy pour Blancs définis comme formule sanguine, sous la forme d’un jeune homme boutonneux qui s’est proclamé « autochtone européen » dès sa première conférence de presse sans doute pour ne pas s’aliéner le vote rital, portos, polack et espingouin qui restent malgré tout des Blancs et des Européens, même s’ils sentent un peu trop l’huile d’olive et le cornichon salé et qu’en plus ils sont catholiques alors que chacun sait que la vraie religion européenne, ce n’est pas celle du vilain Nazaréen mais celle qui consiste à danser tout nu autour des menhirs de Carnac à chaque solstice, avec du gui dans les cheveux, genre « amusons nous à une sortie éducative avec Pierre Vial de Terre et Peuple. »

Renâclements catholiques

Si vous ajoutez à cela les renâclements des catholiques durs du Front contre Marine l’avorteuse, même en admettant que papa ait bien verrouillé l’affaire, rien n’est donc joué à ce Congrès de Tours.

Car le Front national fait aussi de la politique, lui. C’est à dire qu’il n’organise pas des guignolades comme des primaires ouvertes à tous. Même si c’est très mode, les primaires, le Front reste un parti à l’ancienne. En 1981, si le PS avait organisé des primaires, c’est Rocard qui les aurait gagnées et qui aurait perdu face à Giscard. Mais à cette époque, au PS, c’étaient les militants qui décidaient. Et les militants étaient encore de vrais militants et discutaient dans des réunions. Ils ne se faisaient pas une religion en écoutant les sondages. Un militant politique n’est pas là pour suivre le réel fugitif de l’opinion, il est là pour la créer, l’opinion, la convaincre. C’est même pour ça qu’il a pris une carte et est à jour de ses cotisations. Mais le PS est-il encore un parti où les militants sont des militants ? Ce n’est plus sûr du tout depuis 2007 où ils ont désigné Ségolène Royal parce que c’est ce que la télé disait de faire alors qu’elle était la seule certaine de se faire battre quand, sur la longueur d’une campagne et au cours d’un débat frontal, Sarkozy aurait eu beaucoup plus de mal avec un Strauss-Kahn ou Fabius.

Tout cela, Marine Le Pen le sait. Elle a une vraie intelligence politique sur ce coup-là. Son congrès de Tours, il y a de fortes chances qu’elle le remporte mais enfin avec les paramètres que nous venons d’évoquer une mauvaise surprise est toujours possible.

Faire du Le Pen ou faire du Marine ?

Alors, Marine Le Pen fait du Le Pen et non du Marine. Et ça va continuer jusqu’au 16 janvier. On peut parier sur une ou deux autres déclarations tonitruantes de sa part sur la peine de mort, par exemple ou le lien délinquance-immigration. Histoire de blinder l’appareil du Front et de calmer les langueurs militantes. Il lui faut surtout aussi faire oublier qu’elle appartient au bout du compte à la génération Cécile Duflot et que l’avortement, les familles recomposées, l’homosexualité et donc aussi l’abolition de la peine de mort ne lui posent plus aucun problème.
C’est pour cela que l’on peut être un peu consterné par les réponses indignées, vertueuses, « antifascistes » qui ont été apportées à Marine Le Pen. Elles sont dans la tradition la plus purement stupide du combat contre le FN depuis trente ans, combat qui a donné les brillants résultats que l’on sait puisque le Front national se porte toujours aussi bien après avoir été donné pour mort au moins dix fois.

On pense à ce film de Pierre Tchernia, Le Viager, quand une famille achète une maison à un vieillard mourant qui ne meurt pas mais au contraire va de mieux en mieux. Mitterrand avait compris que la rigueur de 1983 ne passerait pas auprès du monde du travail. Pour faire oublier la libéralisation de la société française, bien réelle, a inventé sa fascisation en réanimant une vieille boutique droitarde fondée en 72, le FN, et en inventant les antifascistes qui allaient avec, ceux de SOS Racisme. Comme ça, le faux clivage ethnique devenait un moment du vrai problème économique qui passait au second plan.

Une bonne giclée de moraline

Trente ans après ou presque, on en est au même point, à la même grille de lecture et aussi imparfaites soient-elles, les analyses de Perrineau sur le gaucho-lepénisme sont à peine prises en compte car on ne doit pas dire que des ouvriers de gauche se sont mis à voter Le Pen quand il ne se sont pas réfugiés dans cette auto exclusion que représente l’abstention pour les couches populaires.
Alors quand Marine Le Pen parle de l’occupation musulmane, la gauche morale, celle qui a laissé se transformer un groupuscule des années 70 en éventuel parti de gouvernement reprend une bonne giclée de moraline et se rassure : « Tu vois, elle est comme son père, facho et compagnie » alors qu’il aurait fallu lui dire que ce n’était qu’un positionnement interne. De même, quand elle est régulièrement à quelques dizaines de voix de la mairie, voire de la circonscription d’Hénin-Beaumont, l’urgence n’est pas de faire du spectacle de rue antifasciste avec des clowns citoyens et des post brechtiens concernés, c’est d’écouter ce qu’elle dit sur la fierté ouvrière, les délocalisations, les salaires trop bas, la précarité et de dénoncer la captation thématique, la triangulation idéologique, en rappelant que dans le Conseil régional où elle siège, elle milite comme une banale ultralibérale pour l’allègement des charges des entreprises, notamment dans l’affaire de la fermeture de la raffinerie Total à Dunkerque.

Voilà, j’espère, comment l’autre gauche, celle qui se souvient de ce que sont des classes sociales, de la différence qu’il y a entre avoir le sentiment d’appartenance à l’une de ces classes et la conscience politique d’en faire partie, va enfin combattre Marine Le Pen sur le seul terrain qui vaille : celui de l’affrontement idéologique dur, programme contre programme.

Et Marine Le Pen apparaitra pour ce qu’elle est vraiment : non pas une raciste islamophobe qui peut faire un sujet de chanson pour rappeuse bobo finissant voilée mais le visage souriant, modernisé, du néo-libéralisme qui a de plus en plus besoin, paradoxalement, d’un tour de passe-passe nationaliste pour faire passer la mondialisation malheureuse.

L’ambassadeur britannique en Iran n’est pas assez diplomate

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Le député iranien Kazem Jalali, porte-parole de la commission des affaires étrangères du parlement, veut réduire au strict minimum les relations diplomatiques entre son pays et le Royaume-Uni. Lors d’une déclaration à la télévision d’Etat, Jalali a notamment dénoncé le comportement « impudent » de l’ambassadeur de Sa Gracieuse Majesté à Téhéran, Simon Gass.

Wikileaks n’est pour rien dans cette grosse colère, dont il faut plutôt rechercher les causes sur le site de l’ambassade où Simon Gass avait eu le mauvais goût d’écrire que son gouvernement suivrait avec toute l’attention qui s’impose les cas où des citoyens iraniens sont « privés de leurs libertés fondamentales ». Une affabulation intolérable, à laquelle Kazem Jalali a répondu du tac au tac : « Gass a écrit au sujet des violations des droits de l’homme en Iran, en oubliant les meurtres d’étudiants lors des récentes manifestations en Grande-Bretagne ».

Eh oui, chez les proches d’Ahmadinejad, on sait qu’il y a eu des manifs ce mois-ci à Londres, on a surement vu à la télé des affrontements très violents, et peut-être même un crime de lèse-majesté, on en a donc logiquement déduit que l’armée avait tiré dans le tas pour ramener la paix civile…

Et si les médias occidentaux ne nous ont rien dit sur ces meurtres barbares d’écoliers britanniques, c’est sans doute parce qu’ils sont tous aux mains des Anglais, voire pire…

Le signal de Baby Loup

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La laïcité, c’est un droit. Même pour les enfants de Chanteloup les Vignes. Même pour les salariés du privé. En validant le licenciement d’une employée de la crèche Baby Loup qui refusait d’ôter son voile, le Conseil des Prud’hommes de Mantes la Jolie vient de donner un sacré coup de main à tous ceux qu’inquiètent les abandons de la République face aux revendications identitaires, à commencer par celles des islamistes qui prétendent, sous couvert de liberté de croyance, imposer leur loi à des populations reléguées dans des quartiers pudiquement dits difficiles et, de plus en plus, aux entreprises de notre pays. Par crainte d’être accusées d’islamophobie, celles-ci préfèrent souvent composer avec les demandes d’aménagements motivées par les pratiques religieuses – ou payer. Or, jusque-là, de grands esprits comme Louis Schweitzer, ancien président de la Halde et ex-patron de Renault, estimaient que les entreprises et autres institutions de droit privé ne pouvaient se prévaloir de la laïcité, comme si celle-ci ne devait avoir cours que dans l’enceinte des administrations.

Il n’est pas anodin que ce jugement très attendu ait été rendu par un Conseil des Prud’hommes implanté au cœur d’une banlieue ouvrière où chômage et islamisme ont progressé de concert. Si les juges du travail rendent, comme tous les autres, la justice au nom du peuple français, ils sont aussi les élus, sinon du peuple lui-même, du moins des partenaires sociaux. En faisant preuve du courage qui fait défaut à tant d’autres, en rappelant que la France, si elle accepte tous les individus, a le droit de refuser certaines pratiques, c’est à l’ensemble des citoyens de ce pays qu’ils ont rendu un insigne service. Et au passage, ils ont rassuré tous ceux qui redoutent que la défense de la laïcité soit abandonnée au Front national.

Les Conseillers savaient que leur décision aurait une portée symbolique allant bien au-delà du droit du travail. Devant une salle comble dans laquelle il avait autorisé les caméras, mais en l’absence de la plaignante et de son avocate, le Président Alain Dalencourt a lu tous les attendus d’un jugement motivé avec précision et qui, selon Louis Gayon et Richard Malka, les avocats de cette crèche associative ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, fera jurisprudence. Il faut en tout cas espérer que les magistrats qui devront, à l’avenir, trancher dans des conflits de cette nature, auront le courage de résister à l’air du temps. Au moins ne pourront-ils plus s’abriter derrière le droit pour accepter que l’on sape nos valeurs.

C’est d’abord parce que, conformément à l’article I de la Constitution, « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » qu’un employeur peut exiger de ses salariés le respect de la neutralité qui fonde le « vivre-ensemble » à la française. Au passage, le magistrat a rappelé que la Halde, qui avait jugé le licenciement discriminatoire, allait revoir le dossier…tout en précisant que ses décisions ne s’imposaient nullement aux tribunaux. Et toc. Ce rappel est salutaire, tant pour la Haute autorité qui aimerait bien s’ériger en véritable juridiction, que pour tous les juges qui se laissent intimider par ses prises de position. Peut-être adoptera-t-elle désormais une définition de la liberté religieuse moins extensive et plus conforme à notre droit.

Devant le Tribunal, quelques jeunes musulmans excités proféraient insultes et menaces, dénonçant le lobby sioniste et les musulmans « traitres à la cause » pour proclamer que « l’islam est la solution ». Preuve, s’il le fallait, que les agissements des islamistes ne sont pas un fantasme d’islamophobes ou de réacs mal embouchés. Hier, à Mantes la Jolie, la République a remporté une bataille. Elle n’a pas encore gagné la guerre.

Nicolas Sarkozy, c’est nous !

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Commençons par vider l’abcès afin que le lecteur sache vraiment d’où nous parlons et posons-nous la question-clef : partirions-nous en vacances avec Nicolas Sarkozy[1. Souvenons-nous de l’antienne de Thierry Roland : « Ah, ces deux-là, ils partiront pas en vacances ensemble ! »] ? La réponse est négative parce qu’il nous est arrivé de le rencontrer − trois ou quatre fois, je ne sais plus − et que cela nous a suffi pour nous rendre compte que nous n’appréciions pas particulièrement le bonhomme, loin s’en faut.[access capability= »lire_inedits »]

Seulement voilà, ce n’est pas à cette aune que nous devons juger une personnalité politique et a fortiori un chef de l’Etat, surtout quand c’est le nôtre[2. De chef. Et, surtout, d’Etat]. Qu’on aime ou pas le bonhomme, ce n’est pas la question, il est de toute manière le Président de la République et nous devons le juger uniquement sur ses actes, sans tomber dans l’obsession, ce qui tombe bien puisque c’est précisément le thème central de cette livraison.

Pourtant, les derniers démêlés d’une bonne partie de la presse française avec Nicolas Sarkozy révèlent qu’Icelui en obsède plus d’un. L’autre jour, l’amie Muriel Gremillet estimait, en conclusion d’un article brillant, que ceux qui s’opposent au Président n’étaient pas obligés de tomber dans tous les pièges − même grossiers − qu’il leur tend. On ne saurait mieux expliquer cette grave disposition d’esprit, laquelle pourrait bien avoir pour conséquence que nous en prenions pour cinq années supplémentaires. Coup de génie − dont je ne sais s’il est l’œuvre de Muriel ou d’un autre responsable de notre site − cet article était illustré par une photo absolument révélatrice, où l’on voit Nicolas Sarkozy dans la position d’un gourou et une flopée de journalistes l’entourant, carnets à la main, comme ensorcelés tel Mowgli devant le serpent du Livre de la jungle. Cette image en dit beaucoup sur le regard de la plupart des journalistes en particulier, mais aussi des Français en général sur celui qui préside aujourd’hui aux destinées de notre nation. Fascinés, voire ensorcelés, et dans la démesure − négative ou positive −, à l’image, justement, de l’objet de leur fascination.

Cette fascination vire parfois – et effectivement − à l’obsession, notamment sur le style présidentiel, et fait perdre de vue l’essentiel à la plupart des opposants à Nicolas Sarkozy, presse de gauche comprise. Or, ce qui nous obsède davantage, c’est qu’on ait pu dans notre République, dans notre démocratie, faire adopter par le Parlement, et sous un autre nom, un texte rejeté massivement par le peuple trois ans plus tôt. Où était donc Edwy Plenel le 4 février 2008, lorsque députés et sénateurs avalisèrent cette infamie ? Marianne nous gratifia-t-il d’une « une » sur le « voyou de la République » ? Nenni ! On préfère en appeler au sauvetage de la République en danger à l’occasion d’une séquence estivale − plutôt mal maîtrisée, d’ailleurs − et de roulottes mal garées[3. © Jérôme Leroy]. Et s’il n’y avait que les journalistes ! On se mobilise, on perd des journées de salaire, on évoque l’éventualité d’une grève générale à l’occasion du débat sur les retraites, lequel n’est pourtant qu’un corollaire des décisions prises en matière européenne et, lorsqu’on viole délibérément notre refus de participer à cette Europe-là, il ne se trouve personne pour aller prendre l’Elysée d’assaut, muni d’une fourche ou d’autre chose ! Voilà ce qui devrait obséder tous les Français !

Nicolas Sarkozy n’est pas dangereux lorsqu’il est « clivant ». En général, peu de temps après, il recule, car il s’agissait juste d’une séquence de com’. En revanche, lorsque Libé et Le Figaro l’approuvent de conserve, lorsque Plenel se tait, lorsque Marianne ne parle du sujet qu’en petit dans ses pages intérieures, il y a vraiment danger. Ce qui est inquiétant dans la France de 2010, c’est que l’anti-sarkozysme intelligent ait beaucoup de mal à trouver quelques porte-drapeaux médiatiques[4. A part peut-être à 7h15, chaque jour ouvrable sur Radio Luxembourg].

Et si Nicolas Sarkozy personnifiait notre renoncement collectif, notre frilosité collective à assumer un destin commun ? Et si notre laisser-faire au moment de l’adoption du Traité de Lisbonne révélait notre fatalisme, notre manque de courage et, pis, une communion – par paresse davantage que par adhésion − avec nos élites politiques et médiatiques ? Et si, effectivement, nous ne méritions, collectivement, pas autre chose que de choisir entre Sarkozy et Royal la dernière fois, entre Sarkozy et DSK, ou Aubry ou encore Royal, la prochaine fois ? Lorsqu’Eric Zemmour évoque une « mélancolie française », notre léthargie en février 2008 lui donne furieusement raison.[/access]

Bettencourt à Bollywood

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Des enregistrements mettant en cause un ministre adossés à une belle affaire de fric et de politique: l’Inde semble bien partie pour un remake bollywoodien de l’affaire Bettencourt. Le rôle du majordome est joué dans la version locale par Nira Radia, une lobbyiste représentant – entre autres – les intérêts de Ratan N. Tata, patron du conglomérat qui porte son nom.

Contrairement au cas français, Madame Radia n’est pas à l’origine des enregistrements. Une agence gouvernementale l’a, paraît-il, mise sous écoute dans le cadre d’une large enquête pour corruption, malversations et fraude fiscale.

La première victime de l’affaire est le ministre des infrastructures Kamal Nath, contraint à la démission, les enregistrements dévoilant son habitude de prélever une commission de 15% sur les marchés publics de son Ministère. A cette occasion, on se souviendra d’une visite de M. Nath en France en 2006, où il avait soutenu la candidature de Mittal au rachat d’Arcelor. « La France, disait-il il y a quatre ans, comme tous les autres pays, doit voir les choses telles ­qu’ elles sont : aujourd’hui, c’est nous qui sommes compétitifs ». Maintenant on comprend mieux pourquoi…

Avec PQR, les libéraux-libertaires l’auraient-ils dans le derrière ?

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Brève interdite aux moins de 18ans…

Avec son pseudo fleuri, Captain Brackmard a conquis le cœur des jeunes générations qui regardent en boucle le clip de son dernier opus, le non moins poétique « Plan Q régulier ». Et avec quel succès : déjà un million et demi de visionnages ! Musique maestro :


PQR – Plan C*l Régulier – CAPTAIN BRACKMARD feat. Simone
envoyé par captainbrackmard. – Regardez plus de clips, en HD !

Le rappeur au visage masqué de superhéros du sexe y entonne avec la bien nommée Simone elle est bonne une peinture de l’amour (faussement) libre. En déclamant des vers qui dérideraient les plus farouches des nonnes. Morceaux choisis : « Plan cul régulier, viens chez moi et fais-moi crier (…) J’oublie ton anniversaire/ Je te présente pas à ma mère/ Je vais t’éclater le sphincter ! ».

Mais au-delà des mots et de l’esthétique groovy, l’auditeur averti retiendra une critique décapante du couple moderne. Simone elle est bonne[1. Sans vouloir outer personne, on dit que Marc Cohen est un fan absolu de Simone elle est bonne], icône de la scène électronique au look flashy met ses dents du bonheur au service de la déconstruction du fast-fucking, ce pis-aller libéral-libertaire. Dépassées les joutes entre Bruckner et Ferry : nos deux acolytes nous livrent leur interprétation musicale de la faillite du vivre-ensemble, dissimulant leur mélancolie sous un refrain teinté d’ironie grivoise.

Partant, PQR apparaît comme le symbole d’une nouvelle génération perdue pour laquelle plaisir rime avec hétaïre. Explication de texte : « je twitte, je poke tous les mecs que j’trouve classe/ pas moyen d’me caser, j’veux pas être une connasse ». Le pendant féminin de Captain déclarant tout de go « j’ai ma life de célibataire/le matin c’est chips, camembert/le soir c’est foot, pizza, bière » décrit subtilement la vacuité de nos pauvres pêcheurs-jouisseurs-hédonistes-contemporains.
Plus drolatiques que Sœur Sourire, par leur usage de l’inversion, les deux chanteurs réhabilitent l’amour fou surréaliste : « Je vous souhaite d’être follement aimée » dirait Simone à sa future progéniture.

Géants d’hier, nains d’aujourd’hui ?

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L’augmentation de l’espérance de vie n’épargne pas les hauts dirigeants mondiaux, du moins ceux qui ont la chance de ne pas exercer leurs fonctions dans le sous-continent indien. Pendant un temps, ces derniers remplissent leur escarcelle en donnant des conférences des conférences grassement payées devant des publics en smoking et robes longues. Puis vient le très grand âge. Lorsqu’ils ont été épargnés par l’Alzheimer et autres tourments de cette période de la vie, ils ne se privent pas de donner de leur résidence dotée de tous les gadgets pour seniors leur sentiment sur la marche du monde. C’est ainsi que Le Monde vient de publier un long entretien avec l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, 93 ans aux cerises, qui fut à la tête de la République Fédérale d’Allemagne à l’époque où Valéry Giscard d’Estaing était titulaire d’un bail rue du Faubourg Saint-Honoré.

Avant d’entrer dans le détail des propos tenus par Helmut Schmidt, je tiens à lui rendre un hommage tout particulier pour sa résistance à l’air du temps. En effet, pas plus tard que l’année dernière, en zappant sur la télévision d’une chambre d’hôtel de Vienne (Autriche), je tombais sur un talk show dont il était l’invité. Bien calé dans son fauteuil à roulettes, la mèche blanche impeccablement alignée le long d’une raie tirée au cordeau, l’homme de Hambourg répondait aux questions de son hôte en enchaînant cigarettes sur cigarettes. Pendant la petite demi-heure que dura l’entretien, il n’en grilla pas moins de quatre, si bien que l’émission de termina dans une sorte de brume, avec un animateur au bord de l’apoplexie phtisique. Chez Marlboro et Philip Morris on a dû sabrer le champagne pour cette pub impromptue démontrant que l’usage constant et immodéré du tabac peut vous conduire jusqu’au seuil du centenariat…

Ce vieillard indigne, donc, n’est pas du genre à cultiver l’indulgence bienveillante d’un elder statesman à l’égard de la nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques qui sont aujourd’hui en charge du destin de l’Europe et du monde. Son style est plutôt celui d’un papy flingueur qui tire sur tout ce qui bouge. Il retrouve dans ce domaine les qualités qui firent de lui un officier tireur d’élite de la Flak, la défense antiaérienne de la Wehrmacht de la seconde guerre mondiale. Angela Merkel, Wolfgang Schäuble sont, pour lui, des amateurs qui n’ont aucune connaissance du fonctionnement des marchés internationaux . Il se moque de « comment s’appelle-t-il déjà… » le président du Conseil européen Herman van Rompuy, et refuse de mettre sa mémoire à l’épreuve pour se remémorer le nom de Catherine Ashton, Haute Représentante de l’UE pour la politique extérieure. Ne trouvent grâce à ses yeux que le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, mais qui, s’empresse-t-il d’ajouter, représente un pays trop petit pour peser de manière décisive sur les affaires européennes, et Jean-Claude Trichet, dont, malheureusement, les jours à la tête de la Banque centrale européenne prennent bientôt fin…

Ah, ça avait une autre gueule quand le navire européen était piloté par des vieux loups de mer style moi-même, Giscard, Callaghan ou Jacques Delors ! Aujourd’hui, tous des minables qui sont en train de bousiller la belle ouvrage de leurs prédécesseurs !
Si l’on prête aujourd’hui une telle attention à des propos qui sont la version politique des ronchonnements grincheux du vieillard lambda de la société civile, c’est qu’ils entrent en résonnance avec un discours récurrent dans le débat politique général. Notre époque serait celle des nains politiques qui n’arriveraient pas à la cheville de leurs grands ancêtres. Sarkozy ? Sa stature physique donne exactement la mesure de sa dimension politique rapportée aux mensurations du général de Gaulle ? Merkel ? Une épicière bornée qui compte ses sous pendant que la maison brule. Tony Blair ? Un rouleur de mécanique qui s’aplatit devant G.W. Bush ? Netanyahou ? Aux abris ! Ramenez-nous Ben Gourion , Begin ou Rabin !

Ce phénomène n’est pas nouveau : le temps est une bénédiction pour les grands hommes du passé et il est bougrement dommage qu’ils ne soient pas en mesure de jouir pleinement de la canonisation laïque dont ils bénéficient aujourd’hui.
Les grands hommes disparus ne l’ont pas toujours été aux yeux de leurs contemporains, c’est une banalité de le répéter, et s’ils sont sortis du lot commun, c’est bien souvent que les circonstances les ont placé au bon endroit au bon moment. On oublie leur ratés pour ne retenir que leurs succès.

On devrait aussi cesser de casser du sucre sur le dos des politiciens médiocres qui ont été aux manettes dans le passé et dont le statut historique est resté fort modeste, quand il ne se réduit pas à leurs seuls manquements. Ainsi, on nous bassine avec les « trente glorieuses » qui virent la France faire un bond modernisateur géant, sur le plan économique et social entre 1945 et 1975 : le mérite en revient tout autant à Henri Queuille, Paul Ramadier, Guy Mollet et quelques autres qu’aux héros estampillés de cette période, De Gaulle à droite et Mendès-France à gauche. Les grands hommes, c’est parfois fatigant et moins performant dans les périodes où la gestion des affaires courantes demande plus de prudence et de modestie que de panache et de charges héroïques.

Le corollaire de cette lamentation lancinante est la recherche éperdue du messie politique des temps nouveaux, celui qui devrait entrainer chacun d’entre nous dans le dépassement de soi-même. On s’empresse alors d’attribuer ce rôle à un dirigeant missionné impérativement par l’opinion publique et ceux qui sont en charge de la modeler avant qu’il n’ait eu le temps de faire ses preuves. C’est ce qui vient d’arriver à ce pauvre Barack Obama, encensé jusqu’à l’étouffement et nobélisé express avant d’avoir eu le loisir d’accomplir le moindre exploit autre que discursif. Maintenant, ça tangue assez dur pour lui, et ses partisans les plus fervents, notamment à gauche, sont en train de lui tailler des costards pour le dur hiver qui s’annonce. Il est heureux pour lui qu’à Washington, il n’existe pas de roche Tarpéienne auprès du Capitole.

Anthropologie du sarkozysme

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Pour cerner l’objet insaisissable communément appelé « sarkozysme », un détour par l’anthropologie s’impose. En fait d’hyper-président, Sarkozy est nu. Entendons-nous bien : cette hypothèse n’exonère pas Sarkozy de ses responsabilités dans la casse sociale menée par la droite. Bien au contraire, en démontant la mécanique du pouvoir, tâchons de comprendre son actuelle abdication – au profit des lois et valeurs du marché − sans sombrer dans l’attaque ad hominem. Car, hélas, un simple changement de locataire à l’Elysée ne bouleversera pas la donne actuelle. Démystifions donc le sarkozysme, cet objet politique non identifié qui se résume en grande partie à la négation de lui-même.[access capability= »lire_inedits »]

À bien des égards, la France de 2010 ressemble aux « sociétés du codage » décryptées par Pierre Clastres dans les années 1970. Cet anthropologue voué à une postérité post-mortem introduisait alors sa distinction fondatrice entre chefferie et pouvoir en décrivant le fonctionnement des sociétés primitives. Comme les tribus amazoniennes, la France contemporaine prive son chef de pouvoir. Si elle se choisit un chef, c’est moins pour la diriger que pour disposer à sa guise d’un grand-duc nu qui exprimera le consensus moral de la communauté.

Il n’y a qu’à entendre les discours sarkozystes pour s’en convaincre. À l’instar de ses principaux contradicteurs, Sarkozy enfile les perles d’une non-pensée diffuse. Vivre-ensemble, diversité, gouvernance mondiale, moralisation du capitalisme sont autant de slogans vides de sens réfléchissant l’impuissance publique dans le miroir du langage. Nicolas Sarkozy, comme ses homologues tuni-guaranis, a bien été élu pour servir de porte-parole à une société qui fuit le pouvoir comme la peste mais reste soucieuse de cohésion.

Ayant capitulé face aux lobbies économiques et à la toute-puissance des géants allemand, américain et chinois, notre Président conserve donc le verbe comme seul viatique d’un pouvoir fuyant.

Discours « édifiant » et volontarisme de façade

Dans notre système, Sarkozy dispose d’une fonction tribunicienne qui en fait le porte-voix d’un roman national en cours de décomposition. Il a été choisi pour son éloquence − Guaino aidant − et son habileté à traduire en mots les normes de comportement que Clastres définit comme « les normes soutenues par la société entière » qui ne sont pas « imposées par un groupe particulier ». Unanimement intériorisés – à défaut d’être respectés, la transgression s’effectuant elle-même à l’intérieur d’un cadre normatif donné − ces valeurs et tabous n’exigent aucune coercition ni pouvoir du chef pour perdurer. Comprendre cette dynamique demande de renverser nos représentations d’un pouvoir vertical et monolithique.

Contrairement aux idées reçues, Nicolas Sarkozy n’use pas du langage comme d’une arme. Le verbe le possède et l’emprisonne dans la cage dorée de l’immobilisme. Grâce à ses talents de rhéteur, le Président s’embourbe dans une logorrhée permanente qui assoit la monopolisation horizontale du pouvoir. La société « piège » son chef dans la force du langage, le contraignant à parler des heures durant, jusqu’à épuisement de l’orateur et des spectateurs. À la longue, le public n’écoute plus ce bruit de fond permanent, tout juste consent-il à l’entendre. Reste que le chef doit parler, précisément parce que les sociétaires ne l’écoutent pas. Si forts soient ses accents volontaristes – visant à tout secouer : l’UE, la Banque centrale européenne, l’ONU, le G20 − ce propos « édifiant » ne dépasse jamais le stade du récit incantatoire. Un storytelling trop normatif pour devenir injonctif. « Tout devient possible », cette petite ritournelle de campagne, ne fait florès que dans l’image idéalisée de nos mornes vies. Faute de moyens, la fin s’est perdue dans l’univers enchanté du mythe.

Paradoxalement, la société primitive ne peut vivre sans chef, aussi impuissant soit-il. Si, en démocratie, le pouvoir est un « lieu vide » structurellement indéterminé pour Claude Lefort, les sociétés édifiantes doivent « définir » ce lieu. Pour ne pas perdre ses repères, la société nomme donc un leader déréalisant l’exercice du pouvoir. En somme, il s’agit de faire l’Elysée par un mégaphone ambulant, histoire d’entraver toute tentative d’exercice réel du pouvoir.

Bien sûr, le parallèle s’arrête là : les sociétés primitives ne connaissent ni la division du travail, ni l’économie de marché ou la stratification sociale alors que notre monde reste saturé d’inégalités.

Nos élites, en ce cas, manipuleraient-elles le cadre égalitaire des sociétés primitives pour en faire un instrument au service de leur domination ? Sans verser dans l’antipopulisme primaire, l’explication me paraît trop schématique pour être honnête. Nicolas Sarkozy a été démocratiquement élu le 6 mai 2007 par plus de 53 % des Français qui se sont reconnus dans la verve patriotique du candidat de l’UMP. Une grande partie d’entre eux, issue des classes populaires, pariait sur sa volonté affichée de réformer la France, quitte à éluder le contenu et le coût social desdites réformes. Sitôt élu, il s’empressa d’aller à Canossa rassurer les gentilshommes cravatés de la Commission européenne, du FMI et de l’OTAN. Qui se rappelle aujourd’hui que le candidat Sarkozy parlait ouvertement d’un retrait d’Afghanistan ?

De Washington à Bruxelles en passant par Pékin, l’on se gausse à bon droit de l’impuissance française. Sarkozy dispose cependant des derniers reliquats de pouvoirs régaliens, ne serait-ce que celui d’abdiquer sa souveraineté. Mais de ses rogatons, il ne fait rien, ou si peu et si mal : du Traité de Lisbonne au retour dans le commandement intégré de l’OTAN.
Finalement, le cocktail société de classes/impuissance du pouvoir n’est-il pas le plus mortifère qui soit ?[/access]

Attentat de Stockholm : la voie suédoise à l’islamisme ?

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Quand on parle aujourd’hui de l’attentat-suicide perpétré samedi soir à Stockholm, on oublie qu’il y a un précèdent: début août 2010, un citoyen suédois d’origine tunisienne s’était fait exploser à Mossoul, tuant et blessant – contrairement à l’amateur maladroit de ce week-end – plusieurs policiers irakiens. 
Arrivé en Suède en 2000 après avoir épousé une Suédoise, il avait créé une entreprise de nettoyage et puis, en 2006, était parti vivre avec sa famille en Egypte. En 2008, il avait planté là sa femme et ses quatre enfants pour partir en Irak. Là, il avait aussitôt intégré l’«Etat islamique d’Irak», un groupe terroriste soutenu par le réseau Al-Qaïda.

Après avoir attendu longtemps son retour, sa femme a finalement décidé de quitter l’Egypte avec ses enfants pour rentrer en Suède. C’est ainsi qu’elle a reçu, il y a un mois un appel téléphonique anonyme annonçant le « martyre » de son mari. Aux journalistes qui l’interrogent, elle a déclaré être fière de lui.

Serait-ce un nouveau modèle suédois qui se dessine ?

Point Godwin pour Marine

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On vous l’avait bien dit. Sous ses airs de blonde, la Marine est encore pire que son père. La « petite phrase » de Le Pen fille comparant les musulmans qui prient dans la rue aux occupants nazis a provoqué le tollé attendu – y compris par elle sans doute. Chic, revoilà la vieille extrême droite nostalgique du Troisième Reich qu’on adore détester.

En 24 heures, plusieurs centaines d’articles sont publiés. La conjonction de deux mots-clés, « Le Pen » et « Occupation », fait partir la machine au quart de tour. La fabrique d’indignation turbine à plein régime. Résultat, plus personne ne réfléchit. Marine fait du Le Pen, fermez le ban. Sauf que ce n’est pas vraiment la même chose.

Quand le père évoquait l’Occupation, on entendait percer sa complaisance pour l’ordre brun. La fille, c’est le contraire : elle n’avoue pas sa sympathie pour le nazisme, elle voit des nazis partout. Comme Rocard, Viviane Reding et tous les autres qui invoquent à tout bout de champ les heures les plus sombres de notre histoire – et je passe sur tous ceux qui, de juan Saramago à Ken Loach, trouvent admirable d’assimiler les Israéliens aux nazis sans susciter les hauts cris de l’internationale des belles âmes. Il est vrai qu’en général, on préfère parler des victimes. Reste que si les Roms, les musulmans ou les Palestiniens d’aujourd’hui sont les juifs d’hier, il y a forcément des nazis quelque part.

À y regarder de près, Marine Le Pen ne fait donc pas dans le fascisme subliminal mais dans l’antifascisme d’opérette. D’habitude, les beaux esprits adorent. Et voilà que quand ce sont des musulmans qui sont désignés comme fascistes, cela ne fait plus rire personne. Peut-être y réfléchira-t-on désormais à deux fois avant de brandir l’insulte suprême. On peut toujours rêver.

Bien entendu, les musulmans qui prient dans la rue n’ont pas plus à voir avec les nazis que les électeurs du Front national, les Israéliens ou le gouvernement français. Aussi condamnable soit-elle, l’occupation (sans majuscule) de l’espace public à laquelle ils se livrent n’est en aucune façon comparable à l’Occupation (avec majuscule). Reste que pour pas mal de gens l’image des rues de Marseille ou Paris bloquées par des fidèles en prières est effrayante comme est effrayante la progression d’un islam identitaire qui, dans les zones où il est majoritaire, impose ses codes culturels à tous, rendant parfois fort ténue, dans la vie concrète, la distinction entre islam et islamisme. Parmi les laïques purs et durs, beaucoup, qui ne sont ni racistes ni xénophobes, en arrivent à penser que c’est l’islam lui-même qui est un fascisme.

IL ne s’agit pas d’être naïf. Marine Le Pen est en campagne pour la direction de son parti. C’est à Lyon, sur les terres de Bruno Gollnisch qui ricane de sa stratégie de dé-diabolisation du FN, qu’elle a lancé sa grenade incendiaire. Elle connaît son monde. En désignant les prieurs, elle tend la main à tous ceux qui pensent que c’est l’islam lui-même qui est étranger à la culture française.

Le risque, c’est qu’elle soit entendue bien au-delà du FN et de ses militants. Parce qu’on est en train de répéter avec l’islam l’erreur commise avec l’immigration : à partir du moment où le débat était soulevé par des gens suspects de racisme, souvent à raison d’ailleurs, c’est le débat lui-même qui est devenu suspect. La seule attitude acceptable était l’approbation émerveillée, l’immigration était une chance pour la France, point. L’idée qu’elle aurait pu être, en même temps, une source de difficultés ne devait même pas être examinée. On connaît la suite. Or, on est en train de nous faire le même coup avec l’islam. La question doit être bannie. Et ceux qui se la posent sont au mieux des malheureux manipulés à qui on a mal expliqué les bienfaits d’une « société ouverte » comme le disait ce matin en termes galants l’ineffable Pascal Perrineau, au pire des salauds qu’on devrait priver du droit de vote.

Il est inacceptable de désigner à la vindicte une catégorie de Français et irresponsable de laisser croire qu’on pourrait les bouter hors de France et que tout irait de nouveau bien. Mais le refus de comportements ne signifie pas l’exclusion des individus. Et avoir de la morale ne devrait pas empêcher de faire de la politique. Que nos dirigeants affichent leur vertu républicaine, fort bien. Il serait bon qu’en même temps, ils soient intransigeants pour faire respecter la laïcité en tout lieu. L’ennui, c’est qu’il est plus gratifiant de se boucher le nez que d’ouvrir les yeux.

Marine ou le Pen ?

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Il y a, pour l’autre gauche, c’est à dire celle qu’incarne ces temps-ci le Front de Gauche (PCF, PG, GU et nombres d’associations), un véritable danger et ce danger, c’est Marine Le Pen. Entendons-nous bien, nous allons parler ici cyniquement, c’est-à-dire tactiquement et éviter tant que faire se peut la moraline pour mieux sauver, pour plus tard, la morale. Mao remarquait que la révolution n’est pas un dîner de gala et c’est pourtant à un gala que nous invite Marine Le Pen, ne nous y trompons pas. Je suis assez effondré, pour tout dire, par l’erreur d’analyse que révèlent les réactions à la « sortie » de Marine Le Pen sur l’occupation musulmane que représenteraient les prières dans la rue.

En attendant le 16 janvier

Ce qu’elle a dit, en l’occurrence, elle l’a d’abord dit ad usum Delphini : pour ceux qui l’auraient oublié, rappelons encore une fois qu’elle est engagée dans une campagne interne pour la prise du contrôle du Front National, le 16 janvier, lors d’un congrès …à Tours ! Ironie de l’histoire, il y aura pile 90 ans à Noël, lors d’un congrès autrement plus célèbre, les délégués de la SFIO décidèrent majoritairement de faire naître un véritable parti communiste, fidèle à la IIIème internationale sous le nom de SFIC puis bientôt de PCF.
Je ne sais pas si le congrès de Tours de l’extrême droite donnera lieu à une scission aussi spectaculaire et engagera pour le siècle à venir la physionomie du national-populisme à la française, mais ce qui est certain c’est que cette victoire annoncée de Marine, cette promenade de santé parmi des militants tous extatiques n’est pas aussi évidente qu’on l’entend dans les médias.

Autour de Gollnisch, qui dispose encore de sérieux alliés dans l’appareil, se sont agglomérés tous ceux qui ne veulent pas voir le Front finir comme le MSI italien qui à la force de mutations successives est devenu un parti de centre droit.
Et ça fait du monde : Marine a contre elles toutes les dissidences du temps de son père comme ce parti de France de Carl Lang qui a multiplié les tentatives d’entrisme. Elle a aussi contre elle la presse dite « nationale ». Elle a été lâchée par Minute et dans Rivarol, depuis que l’hebdo old school préféré des vieux collabos est passé sous le contrôle de Jérôme Bourbon qui a dû prendre des leçons d’hystérie intégriste chez Savonarole, elle est devenue l’objet d’une haine pathologique qui la place à mi-chemin de Lilith et de la grande putain de Babylone.

La violence verbale de ces gens-là est toujours étonnante.
Elle a aussi vu, depuis qu’elle lâche du lest sur les questions ethniques, parce que précisément elle comprend où sont les vraies insécurités en France pour les Français qui en souffrent vraiment, pousser sur son côté droit le chancre d’une candidature à la présidentielles du Bloc identitaire de Fabrice Robert qui annonce avoir trouvé son Kennedy pour Blancs définis comme formule sanguine, sous la forme d’un jeune homme boutonneux qui s’est proclamé « autochtone européen » dès sa première conférence de presse sans doute pour ne pas s’aliéner le vote rital, portos, polack et espingouin qui restent malgré tout des Blancs et des Européens, même s’ils sentent un peu trop l’huile d’olive et le cornichon salé et qu’en plus ils sont catholiques alors que chacun sait que la vraie religion européenne, ce n’est pas celle du vilain Nazaréen mais celle qui consiste à danser tout nu autour des menhirs de Carnac à chaque solstice, avec du gui dans les cheveux, genre « amusons nous à une sortie éducative avec Pierre Vial de Terre et Peuple. »

Renâclements catholiques

Si vous ajoutez à cela les renâclements des catholiques durs du Front contre Marine l’avorteuse, même en admettant que papa ait bien verrouillé l’affaire, rien n’est donc joué à ce Congrès de Tours.

Car le Front national fait aussi de la politique, lui. C’est à dire qu’il n’organise pas des guignolades comme des primaires ouvertes à tous. Même si c’est très mode, les primaires, le Front reste un parti à l’ancienne. En 1981, si le PS avait organisé des primaires, c’est Rocard qui les aurait gagnées et qui aurait perdu face à Giscard. Mais à cette époque, au PS, c’étaient les militants qui décidaient. Et les militants étaient encore de vrais militants et discutaient dans des réunions. Ils ne se faisaient pas une religion en écoutant les sondages. Un militant politique n’est pas là pour suivre le réel fugitif de l’opinion, il est là pour la créer, l’opinion, la convaincre. C’est même pour ça qu’il a pris une carte et est à jour de ses cotisations. Mais le PS est-il encore un parti où les militants sont des militants ? Ce n’est plus sûr du tout depuis 2007 où ils ont désigné Ségolène Royal parce que c’est ce que la télé disait de faire alors qu’elle était la seule certaine de se faire battre quand, sur la longueur d’une campagne et au cours d’un débat frontal, Sarkozy aurait eu beaucoup plus de mal avec un Strauss-Kahn ou Fabius.

Tout cela, Marine Le Pen le sait. Elle a une vraie intelligence politique sur ce coup-là. Son congrès de Tours, il y a de fortes chances qu’elle le remporte mais enfin avec les paramètres que nous venons d’évoquer une mauvaise surprise est toujours possible.

Faire du Le Pen ou faire du Marine ?

Alors, Marine Le Pen fait du Le Pen et non du Marine. Et ça va continuer jusqu’au 16 janvier. On peut parier sur une ou deux autres déclarations tonitruantes de sa part sur la peine de mort, par exemple ou le lien délinquance-immigration. Histoire de blinder l’appareil du Front et de calmer les langueurs militantes. Il lui faut surtout aussi faire oublier qu’elle appartient au bout du compte à la génération Cécile Duflot et que l’avortement, les familles recomposées, l’homosexualité et donc aussi l’abolition de la peine de mort ne lui posent plus aucun problème.
C’est pour cela que l’on peut être un peu consterné par les réponses indignées, vertueuses, « antifascistes » qui ont été apportées à Marine Le Pen. Elles sont dans la tradition la plus purement stupide du combat contre le FN depuis trente ans, combat qui a donné les brillants résultats que l’on sait puisque le Front national se porte toujours aussi bien après avoir été donné pour mort au moins dix fois.

On pense à ce film de Pierre Tchernia, Le Viager, quand une famille achète une maison à un vieillard mourant qui ne meurt pas mais au contraire va de mieux en mieux. Mitterrand avait compris que la rigueur de 1983 ne passerait pas auprès du monde du travail. Pour faire oublier la libéralisation de la société française, bien réelle, a inventé sa fascisation en réanimant une vieille boutique droitarde fondée en 72, le FN, et en inventant les antifascistes qui allaient avec, ceux de SOS Racisme. Comme ça, le faux clivage ethnique devenait un moment du vrai problème économique qui passait au second plan.

Une bonne giclée de moraline

Trente ans après ou presque, on en est au même point, à la même grille de lecture et aussi imparfaites soient-elles, les analyses de Perrineau sur le gaucho-lepénisme sont à peine prises en compte car on ne doit pas dire que des ouvriers de gauche se sont mis à voter Le Pen quand il ne se sont pas réfugiés dans cette auto exclusion que représente l’abstention pour les couches populaires.
Alors quand Marine Le Pen parle de l’occupation musulmane, la gauche morale, celle qui a laissé se transformer un groupuscule des années 70 en éventuel parti de gouvernement reprend une bonne giclée de moraline et se rassure : « Tu vois, elle est comme son père, facho et compagnie » alors qu’il aurait fallu lui dire que ce n’était qu’un positionnement interne. De même, quand elle est régulièrement à quelques dizaines de voix de la mairie, voire de la circonscription d’Hénin-Beaumont, l’urgence n’est pas de faire du spectacle de rue antifasciste avec des clowns citoyens et des post brechtiens concernés, c’est d’écouter ce qu’elle dit sur la fierté ouvrière, les délocalisations, les salaires trop bas, la précarité et de dénoncer la captation thématique, la triangulation idéologique, en rappelant que dans le Conseil régional où elle siège, elle milite comme une banale ultralibérale pour l’allègement des charges des entreprises, notamment dans l’affaire de la fermeture de la raffinerie Total à Dunkerque.

Voilà, j’espère, comment l’autre gauche, celle qui se souvient de ce que sont des classes sociales, de la différence qu’il y a entre avoir le sentiment d’appartenance à l’une de ces classes et la conscience politique d’en faire partie, va enfin combattre Marine Le Pen sur le seul terrain qui vaille : celui de l’affrontement idéologique dur, programme contre programme.

Et Marine Le Pen apparaitra pour ce qu’elle est vraiment : non pas une raciste islamophobe qui peut faire un sujet de chanson pour rappeuse bobo finissant voilée mais le visage souriant, modernisé, du néo-libéralisme qui a de plus en plus besoin, paradoxalement, d’un tour de passe-passe nationaliste pour faire passer la mondialisation malheureuse.

L’ambassadeur britannique en Iran n’est pas assez diplomate

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Le député iranien Kazem Jalali, porte-parole de la commission des affaires étrangères du parlement, veut réduire au strict minimum les relations diplomatiques entre son pays et le Royaume-Uni. Lors d’une déclaration à la télévision d’Etat, Jalali a notamment dénoncé le comportement « impudent » de l’ambassadeur de Sa Gracieuse Majesté à Téhéran, Simon Gass.

Wikileaks n’est pour rien dans cette grosse colère, dont il faut plutôt rechercher les causes sur le site de l’ambassade où Simon Gass avait eu le mauvais goût d’écrire que son gouvernement suivrait avec toute l’attention qui s’impose les cas où des citoyens iraniens sont « privés de leurs libertés fondamentales ». Une affabulation intolérable, à laquelle Kazem Jalali a répondu du tac au tac : « Gass a écrit au sujet des violations des droits de l’homme en Iran, en oubliant les meurtres d’étudiants lors des récentes manifestations en Grande-Bretagne ».

Eh oui, chez les proches d’Ahmadinejad, on sait qu’il y a eu des manifs ce mois-ci à Londres, on a surement vu à la télé des affrontements très violents, et peut-être même un crime de lèse-majesté, on en a donc logiquement déduit que l’armée avait tiré dans le tas pour ramener la paix civile…

Et si les médias occidentaux ne nous ont rien dit sur ces meurtres barbares d’écoliers britanniques, c’est sans doute parce qu’ils sont tous aux mains des Anglais, voire pire…

Le signal de Baby Loup

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La laïcité, c’est un droit. Même pour les enfants de Chanteloup les Vignes. Même pour les salariés du privé. En validant le licenciement d’une employée de la crèche Baby Loup qui refusait d’ôter son voile, le Conseil des Prud’hommes de Mantes la Jolie vient de donner un sacré coup de main à tous ceux qu’inquiètent les abandons de la République face aux revendications identitaires, à commencer par celles des islamistes qui prétendent, sous couvert de liberté de croyance, imposer leur loi à des populations reléguées dans des quartiers pudiquement dits difficiles et, de plus en plus, aux entreprises de notre pays. Par crainte d’être accusées d’islamophobie, celles-ci préfèrent souvent composer avec les demandes d’aménagements motivées par les pratiques religieuses – ou payer. Or, jusque-là, de grands esprits comme Louis Schweitzer, ancien président de la Halde et ex-patron de Renault, estimaient que les entreprises et autres institutions de droit privé ne pouvaient se prévaloir de la laïcité, comme si celle-ci ne devait avoir cours que dans l’enceinte des administrations.

Il n’est pas anodin que ce jugement très attendu ait été rendu par un Conseil des Prud’hommes implanté au cœur d’une banlieue ouvrière où chômage et islamisme ont progressé de concert. Si les juges du travail rendent, comme tous les autres, la justice au nom du peuple français, ils sont aussi les élus, sinon du peuple lui-même, du moins des partenaires sociaux. En faisant preuve du courage qui fait défaut à tant d’autres, en rappelant que la France, si elle accepte tous les individus, a le droit de refuser certaines pratiques, c’est à l’ensemble des citoyens de ce pays qu’ils ont rendu un insigne service. Et au passage, ils ont rassuré tous ceux qui redoutent que la défense de la laïcité soit abandonnée au Front national.

Les Conseillers savaient que leur décision aurait une portée symbolique allant bien au-delà du droit du travail. Devant une salle comble dans laquelle il avait autorisé les caméras, mais en l’absence de la plaignante et de son avocate, le Président Alain Dalencourt a lu tous les attendus d’un jugement motivé avec précision et qui, selon Louis Gayon et Richard Malka, les avocats de cette crèche associative ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, fera jurisprudence. Il faut en tout cas espérer que les magistrats qui devront, à l’avenir, trancher dans des conflits de cette nature, auront le courage de résister à l’air du temps. Au moins ne pourront-ils plus s’abriter derrière le droit pour accepter que l’on sape nos valeurs.

C’est d’abord parce que, conformément à l’article I de la Constitution, « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » qu’un employeur peut exiger de ses salariés le respect de la neutralité qui fonde le « vivre-ensemble » à la française. Au passage, le magistrat a rappelé que la Halde, qui avait jugé le licenciement discriminatoire, allait revoir le dossier…tout en précisant que ses décisions ne s’imposaient nullement aux tribunaux. Et toc. Ce rappel est salutaire, tant pour la Haute autorité qui aimerait bien s’ériger en véritable juridiction, que pour tous les juges qui se laissent intimider par ses prises de position. Peut-être adoptera-t-elle désormais une définition de la liberté religieuse moins extensive et plus conforme à notre droit.

Devant le Tribunal, quelques jeunes musulmans excités proféraient insultes et menaces, dénonçant le lobby sioniste et les musulmans « traitres à la cause » pour proclamer que « l’islam est la solution ». Preuve, s’il le fallait, que les agissements des islamistes ne sont pas un fantasme d’islamophobes ou de réacs mal embouchés. Hier, à Mantes la Jolie, la République a remporté une bataille. Elle n’a pas encore gagné la guerre.

Nicolas Sarkozy, c’est nous !

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Commençons par vider l’abcès afin que le lecteur sache vraiment d’où nous parlons et posons-nous la question-clef : partirions-nous en vacances avec Nicolas Sarkozy[1. Souvenons-nous de l’antienne de Thierry Roland : « Ah, ces deux-là, ils partiront pas en vacances ensemble ! »] ? La réponse est négative parce qu’il nous est arrivé de le rencontrer − trois ou quatre fois, je ne sais plus − et que cela nous a suffi pour nous rendre compte que nous n’appréciions pas particulièrement le bonhomme, loin s’en faut.[access capability= »lire_inedits »]

Seulement voilà, ce n’est pas à cette aune que nous devons juger une personnalité politique et a fortiori un chef de l’Etat, surtout quand c’est le nôtre[2. De chef. Et, surtout, d’Etat]. Qu’on aime ou pas le bonhomme, ce n’est pas la question, il est de toute manière le Président de la République et nous devons le juger uniquement sur ses actes, sans tomber dans l’obsession, ce qui tombe bien puisque c’est précisément le thème central de cette livraison.

Pourtant, les derniers démêlés d’une bonne partie de la presse française avec Nicolas Sarkozy révèlent qu’Icelui en obsède plus d’un. L’autre jour, l’amie Muriel Gremillet estimait, en conclusion d’un article brillant, que ceux qui s’opposent au Président n’étaient pas obligés de tomber dans tous les pièges − même grossiers − qu’il leur tend. On ne saurait mieux expliquer cette grave disposition d’esprit, laquelle pourrait bien avoir pour conséquence que nous en prenions pour cinq années supplémentaires. Coup de génie − dont je ne sais s’il est l’œuvre de Muriel ou d’un autre responsable de notre site − cet article était illustré par une photo absolument révélatrice, où l’on voit Nicolas Sarkozy dans la position d’un gourou et une flopée de journalistes l’entourant, carnets à la main, comme ensorcelés tel Mowgli devant le serpent du Livre de la jungle. Cette image en dit beaucoup sur le regard de la plupart des journalistes en particulier, mais aussi des Français en général sur celui qui préside aujourd’hui aux destinées de notre nation. Fascinés, voire ensorcelés, et dans la démesure − négative ou positive −, à l’image, justement, de l’objet de leur fascination.

Cette fascination vire parfois – et effectivement − à l’obsession, notamment sur le style présidentiel, et fait perdre de vue l’essentiel à la plupart des opposants à Nicolas Sarkozy, presse de gauche comprise. Or, ce qui nous obsède davantage, c’est qu’on ait pu dans notre République, dans notre démocratie, faire adopter par le Parlement, et sous un autre nom, un texte rejeté massivement par le peuple trois ans plus tôt. Où était donc Edwy Plenel le 4 février 2008, lorsque députés et sénateurs avalisèrent cette infamie ? Marianne nous gratifia-t-il d’une « une » sur le « voyou de la République » ? Nenni ! On préfère en appeler au sauvetage de la République en danger à l’occasion d’une séquence estivale − plutôt mal maîtrisée, d’ailleurs − et de roulottes mal garées[3. © Jérôme Leroy]. Et s’il n’y avait que les journalistes ! On se mobilise, on perd des journées de salaire, on évoque l’éventualité d’une grève générale à l’occasion du débat sur les retraites, lequel n’est pourtant qu’un corollaire des décisions prises en matière européenne et, lorsqu’on viole délibérément notre refus de participer à cette Europe-là, il ne se trouve personne pour aller prendre l’Elysée d’assaut, muni d’une fourche ou d’autre chose ! Voilà ce qui devrait obséder tous les Français !

Nicolas Sarkozy n’est pas dangereux lorsqu’il est « clivant ». En général, peu de temps après, il recule, car il s’agissait juste d’une séquence de com’. En revanche, lorsque Libé et Le Figaro l’approuvent de conserve, lorsque Plenel se tait, lorsque Marianne ne parle du sujet qu’en petit dans ses pages intérieures, il y a vraiment danger. Ce qui est inquiétant dans la France de 2010, c’est que l’anti-sarkozysme intelligent ait beaucoup de mal à trouver quelques porte-drapeaux médiatiques[4. A part peut-être à 7h15, chaque jour ouvrable sur Radio Luxembourg].

Et si Nicolas Sarkozy personnifiait notre renoncement collectif, notre frilosité collective à assumer un destin commun ? Et si notre laisser-faire au moment de l’adoption du Traité de Lisbonne révélait notre fatalisme, notre manque de courage et, pis, une communion – par paresse davantage que par adhésion − avec nos élites politiques et médiatiques ? Et si, effectivement, nous ne méritions, collectivement, pas autre chose que de choisir entre Sarkozy et Royal la dernière fois, entre Sarkozy et DSK, ou Aubry ou encore Royal, la prochaine fois ? Lorsqu’Eric Zemmour évoque une « mélancolie française », notre léthargie en février 2008 lui donne furieusement raison.[/access]

Bettencourt à Bollywood

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Des enregistrements mettant en cause un ministre adossés à une belle affaire de fric et de politique: l’Inde semble bien partie pour un remake bollywoodien de l’affaire Bettencourt. Le rôle du majordome est joué dans la version locale par Nira Radia, une lobbyiste représentant – entre autres – les intérêts de Ratan N. Tata, patron du conglomérat qui porte son nom.

Contrairement au cas français, Madame Radia n’est pas à l’origine des enregistrements. Une agence gouvernementale l’a, paraît-il, mise sous écoute dans le cadre d’une large enquête pour corruption, malversations et fraude fiscale.

La première victime de l’affaire est le ministre des infrastructures Kamal Nath, contraint à la démission, les enregistrements dévoilant son habitude de prélever une commission de 15% sur les marchés publics de son Ministère. A cette occasion, on se souviendra d’une visite de M. Nath en France en 2006, où il avait soutenu la candidature de Mittal au rachat d’Arcelor. « La France, disait-il il y a quatre ans, comme tous les autres pays, doit voir les choses telles ­qu’ elles sont : aujourd’hui, c’est nous qui sommes compétitifs ». Maintenant on comprend mieux pourquoi…

Avec PQR, les libéraux-libertaires l’auraient-ils dans le derrière ?

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Brève interdite aux moins de 18ans…

Avec son pseudo fleuri, Captain Brackmard a conquis le cœur des jeunes générations qui regardent en boucle le clip de son dernier opus, le non moins poétique « Plan Q régulier ». Et avec quel succès : déjà un million et demi de visionnages ! Musique maestro :


PQR – Plan C*l Régulier – CAPTAIN BRACKMARD feat. Simone
envoyé par captainbrackmard. – Regardez plus de clips, en HD !

Le rappeur au visage masqué de superhéros du sexe y entonne avec la bien nommée Simone elle est bonne une peinture de l’amour (faussement) libre. En déclamant des vers qui dérideraient les plus farouches des nonnes. Morceaux choisis : « Plan cul régulier, viens chez moi et fais-moi crier (…) J’oublie ton anniversaire/ Je te présente pas à ma mère/ Je vais t’éclater le sphincter ! ».

Mais au-delà des mots et de l’esthétique groovy, l’auditeur averti retiendra une critique décapante du couple moderne. Simone elle est bonne[1. Sans vouloir outer personne, on dit que Marc Cohen est un fan absolu de Simone elle est bonne], icône de la scène électronique au look flashy met ses dents du bonheur au service de la déconstruction du fast-fucking, ce pis-aller libéral-libertaire. Dépassées les joutes entre Bruckner et Ferry : nos deux acolytes nous livrent leur interprétation musicale de la faillite du vivre-ensemble, dissimulant leur mélancolie sous un refrain teinté d’ironie grivoise.

Partant, PQR apparaît comme le symbole d’une nouvelle génération perdue pour laquelle plaisir rime avec hétaïre. Explication de texte : « je twitte, je poke tous les mecs que j’trouve classe/ pas moyen d’me caser, j’veux pas être une connasse ». Le pendant féminin de Captain déclarant tout de go « j’ai ma life de célibataire/le matin c’est chips, camembert/le soir c’est foot, pizza, bière » décrit subtilement la vacuité de nos pauvres pêcheurs-jouisseurs-hédonistes-contemporains.
Plus drolatiques que Sœur Sourire, par leur usage de l’inversion, les deux chanteurs réhabilitent l’amour fou surréaliste : « Je vous souhaite d’être follement aimée » dirait Simone à sa future progéniture.

Géants d’hier, nains d’aujourd’hui ?

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L’augmentation de l’espérance de vie n’épargne pas les hauts dirigeants mondiaux, du moins ceux qui ont la chance de ne pas exercer leurs fonctions dans le sous-continent indien. Pendant un temps, ces derniers remplissent leur escarcelle en donnant des conférences des conférences grassement payées devant des publics en smoking et robes longues. Puis vient le très grand âge. Lorsqu’ils ont été épargnés par l’Alzheimer et autres tourments de cette période de la vie, ils ne se privent pas de donner de leur résidence dotée de tous les gadgets pour seniors leur sentiment sur la marche du monde. C’est ainsi que Le Monde vient de publier un long entretien avec l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, 93 ans aux cerises, qui fut à la tête de la République Fédérale d’Allemagne à l’époque où Valéry Giscard d’Estaing était titulaire d’un bail rue du Faubourg Saint-Honoré.

Avant d’entrer dans le détail des propos tenus par Helmut Schmidt, je tiens à lui rendre un hommage tout particulier pour sa résistance à l’air du temps. En effet, pas plus tard que l’année dernière, en zappant sur la télévision d’une chambre d’hôtel de Vienne (Autriche), je tombais sur un talk show dont il était l’invité. Bien calé dans son fauteuil à roulettes, la mèche blanche impeccablement alignée le long d’une raie tirée au cordeau, l’homme de Hambourg répondait aux questions de son hôte en enchaînant cigarettes sur cigarettes. Pendant la petite demi-heure que dura l’entretien, il n’en grilla pas moins de quatre, si bien que l’émission de termina dans une sorte de brume, avec un animateur au bord de l’apoplexie phtisique. Chez Marlboro et Philip Morris on a dû sabrer le champagne pour cette pub impromptue démontrant que l’usage constant et immodéré du tabac peut vous conduire jusqu’au seuil du centenariat…

Ce vieillard indigne, donc, n’est pas du genre à cultiver l’indulgence bienveillante d’un elder statesman à l’égard de la nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques qui sont aujourd’hui en charge du destin de l’Europe et du monde. Son style est plutôt celui d’un papy flingueur qui tire sur tout ce qui bouge. Il retrouve dans ce domaine les qualités qui firent de lui un officier tireur d’élite de la Flak, la défense antiaérienne de la Wehrmacht de la seconde guerre mondiale. Angela Merkel, Wolfgang Schäuble sont, pour lui, des amateurs qui n’ont aucune connaissance du fonctionnement des marchés internationaux . Il se moque de « comment s’appelle-t-il déjà… » le président du Conseil européen Herman van Rompuy, et refuse de mettre sa mémoire à l’épreuve pour se remémorer le nom de Catherine Ashton, Haute Représentante de l’UE pour la politique extérieure. Ne trouvent grâce à ses yeux que le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, mais qui, s’empresse-t-il d’ajouter, représente un pays trop petit pour peser de manière décisive sur les affaires européennes, et Jean-Claude Trichet, dont, malheureusement, les jours à la tête de la Banque centrale européenne prennent bientôt fin…

Ah, ça avait une autre gueule quand le navire européen était piloté par des vieux loups de mer style moi-même, Giscard, Callaghan ou Jacques Delors ! Aujourd’hui, tous des minables qui sont en train de bousiller la belle ouvrage de leurs prédécesseurs !
Si l’on prête aujourd’hui une telle attention à des propos qui sont la version politique des ronchonnements grincheux du vieillard lambda de la société civile, c’est qu’ils entrent en résonnance avec un discours récurrent dans le débat politique général. Notre époque serait celle des nains politiques qui n’arriveraient pas à la cheville de leurs grands ancêtres. Sarkozy ? Sa stature physique donne exactement la mesure de sa dimension politique rapportée aux mensurations du général de Gaulle ? Merkel ? Une épicière bornée qui compte ses sous pendant que la maison brule. Tony Blair ? Un rouleur de mécanique qui s’aplatit devant G.W. Bush ? Netanyahou ? Aux abris ! Ramenez-nous Ben Gourion , Begin ou Rabin !

Ce phénomène n’est pas nouveau : le temps est une bénédiction pour les grands hommes du passé et il est bougrement dommage qu’ils ne soient pas en mesure de jouir pleinement de la canonisation laïque dont ils bénéficient aujourd’hui.
Les grands hommes disparus ne l’ont pas toujours été aux yeux de leurs contemporains, c’est une banalité de le répéter, et s’ils sont sortis du lot commun, c’est bien souvent que les circonstances les ont placé au bon endroit au bon moment. On oublie leur ratés pour ne retenir que leurs succès.

On devrait aussi cesser de casser du sucre sur le dos des politiciens médiocres qui ont été aux manettes dans le passé et dont le statut historique est resté fort modeste, quand il ne se réduit pas à leurs seuls manquements. Ainsi, on nous bassine avec les « trente glorieuses » qui virent la France faire un bond modernisateur géant, sur le plan économique et social entre 1945 et 1975 : le mérite en revient tout autant à Henri Queuille, Paul Ramadier, Guy Mollet et quelques autres qu’aux héros estampillés de cette période, De Gaulle à droite et Mendès-France à gauche. Les grands hommes, c’est parfois fatigant et moins performant dans les périodes où la gestion des affaires courantes demande plus de prudence et de modestie que de panache et de charges héroïques.

Le corollaire de cette lamentation lancinante est la recherche éperdue du messie politique des temps nouveaux, celui qui devrait entrainer chacun d’entre nous dans le dépassement de soi-même. On s’empresse alors d’attribuer ce rôle à un dirigeant missionné impérativement par l’opinion publique et ceux qui sont en charge de la modeler avant qu’il n’ait eu le temps de faire ses preuves. C’est ce qui vient d’arriver à ce pauvre Barack Obama, encensé jusqu’à l’étouffement et nobélisé express avant d’avoir eu le loisir d’accomplir le moindre exploit autre que discursif. Maintenant, ça tangue assez dur pour lui, et ses partisans les plus fervents, notamment à gauche, sont en train de lui tailler des costards pour le dur hiver qui s’annonce. Il est heureux pour lui qu’à Washington, il n’existe pas de roche Tarpéienne auprès du Capitole.

Anthropologie du sarkozysme

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Pour cerner l’objet insaisissable communément appelé « sarkozysme », un détour par l’anthropologie s’impose. En fait d’hyper-président, Sarkozy est nu. Entendons-nous bien : cette hypothèse n’exonère pas Sarkozy de ses responsabilités dans la casse sociale menée par la droite. Bien au contraire, en démontant la mécanique du pouvoir, tâchons de comprendre son actuelle abdication – au profit des lois et valeurs du marché − sans sombrer dans l’attaque ad hominem. Car, hélas, un simple changement de locataire à l’Elysée ne bouleversera pas la donne actuelle. Démystifions donc le sarkozysme, cet objet politique non identifié qui se résume en grande partie à la négation de lui-même.[access capability= »lire_inedits »]

À bien des égards, la France de 2010 ressemble aux « sociétés du codage » décryptées par Pierre Clastres dans les années 1970. Cet anthropologue voué à une postérité post-mortem introduisait alors sa distinction fondatrice entre chefferie et pouvoir en décrivant le fonctionnement des sociétés primitives. Comme les tribus amazoniennes, la France contemporaine prive son chef de pouvoir. Si elle se choisit un chef, c’est moins pour la diriger que pour disposer à sa guise d’un grand-duc nu qui exprimera le consensus moral de la communauté.

Il n’y a qu’à entendre les discours sarkozystes pour s’en convaincre. À l’instar de ses principaux contradicteurs, Sarkozy enfile les perles d’une non-pensée diffuse. Vivre-ensemble, diversité, gouvernance mondiale, moralisation du capitalisme sont autant de slogans vides de sens réfléchissant l’impuissance publique dans le miroir du langage. Nicolas Sarkozy, comme ses homologues tuni-guaranis, a bien été élu pour servir de porte-parole à une société qui fuit le pouvoir comme la peste mais reste soucieuse de cohésion.

Ayant capitulé face aux lobbies économiques et à la toute-puissance des géants allemand, américain et chinois, notre Président conserve donc le verbe comme seul viatique d’un pouvoir fuyant.

Discours « édifiant » et volontarisme de façade

Dans notre système, Sarkozy dispose d’une fonction tribunicienne qui en fait le porte-voix d’un roman national en cours de décomposition. Il a été choisi pour son éloquence − Guaino aidant − et son habileté à traduire en mots les normes de comportement que Clastres définit comme « les normes soutenues par la société entière » qui ne sont pas « imposées par un groupe particulier ». Unanimement intériorisés – à défaut d’être respectés, la transgression s’effectuant elle-même à l’intérieur d’un cadre normatif donné − ces valeurs et tabous n’exigent aucune coercition ni pouvoir du chef pour perdurer. Comprendre cette dynamique demande de renverser nos représentations d’un pouvoir vertical et monolithique.

Contrairement aux idées reçues, Nicolas Sarkozy n’use pas du langage comme d’une arme. Le verbe le possède et l’emprisonne dans la cage dorée de l’immobilisme. Grâce à ses talents de rhéteur, le Président s’embourbe dans une logorrhée permanente qui assoit la monopolisation horizontale du pouvoir. La société « piège » son chef dans la force du langage, le contraignant à parler des heures durant, jusqu’à épuisement de l’orateur et des spectateurs. À la longue, le public n’écoute plus ce bruit de fond permanent, tout juste consent-il à l’entendre. Reste que le chef doit parler, précisément parce que les sociétaires ne l’écoutent pas. Si forts soient ses accents volontaristes – visant à tout secouer : l’UE, la Banque centrale européenne, l’ONU, le G20 − ce propos « édifiant » ne dépasse jamais le stade du récit incantatoire. Un storytelling trop normatif pour devenir injonctif. « Tout devient possible », cette petite ritournelle de campagne, ne fait florès que dans l’image idéalisée de nos mornes vies. Faute de moyens, la fin s’est perdue dans l’univers enchanté du mythe.

Paradoxalement, la société primitive ne peut vivre sans chef, aussi impuissant soit-il. Si, en démocratie, le pouvoir est un « lieu vide » structurellement indéterminé pour Claude Lefort, les sociétés édifiantes doivent « définir » ce lieu. Pour ne pas perdre ses repères, la société nomme donc un leader déréalisant l’exercice du pouvoir. En somme, il s’agit de faire l’Elysée par un mégaphone ambulant, histoire d’entraver toute tentative d’exercice réel du pouvoir.

Bien sûr, le parallèle s’arrête là : les sociétés primitives ne connaissent ni la division du travail, ni l’économie de marché ou la stratification sociale alors que notre monde reste saturé d’inégalités.

Nos élites, en ce cas, manipuleraient-elles le cadre égalitaire des sociétés primitives pour en faire un instrument au service de leur domination ? Sans verser dans l’antipopulisme primaire, l’explication me paraît trop schématique pour être honnête. Nicolas Sarkozy a été démocratiquement élu le 6 mai 2007 par plus de 53 % des Français qui se sont reconnus dans la verve patriotique du candidat de l’UMP. Une grande partie d’entre eux, issue des classes populaires, pariait sur sa volonté affichée de réformer la France, quitte à éluder le contenu et le coût social desdites réformes. Sitôt élu, il s’empressa d’aller à Canossa rassurer les gentilshommes cravatés de la Commission européenne, du FMI et de l’OTAN. Qui se rappelle aujourd’hui que le candidat Sarkozy parlait ouvertement d’un retrait d’Afghanistan ?

De Washington à Bruxelles en passant par Pékin, l’on se gausse à bon droit de l’impuissance française. Sarkozy dispose cependant des derniers reliquats de pouvoirs régaliens, ne serait-ce que celui d’abdiquer sa souveraineté. Mais de ses rogatons, il ne fait rien, ou si peu et si mal : du Traité de Lisbonne au retour dans le commandement intégré de l’OTAN.
Finalement, le cocktail société de classes/impuissance du pouvoir n’est-il pas le plus mortifère qui soit ?[/access]

Attentat de Stockholm : la voie suédoise à l’islamisme ?

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Quand on parle aujourd’hui de l’attentat-suicide perpétré samedi soir à Stockholm, on oublie qu’il y a un précèdent: début août 2010, un citoyen suédois d’origine tunisienne s’était fait exploser à Mossoul, tuant et blessant – contrairement à l’amateur maladroit de ce week-end – plusieurs policiers irakiens. 
Arrivé en Suède en 2000 après avoir épousé une Suédoise, il avait créé une entreprise de nettoyage et puis, en 2006, était parti vivre avec sa famille en Egypte. En 2008, il avait planté là sa femme et ses quatre enfants pour partir en Irak. Là, il avait aussitôt intégré l’«Etat islamique d’Irak», un groupe terroriste soutenu par le réseau Al-Qaïda.

Après avoir attendu longtemps son retour, sa femme a finalement décidé de quitter l’Egypte avec ses enfants pour rentrer en Suède. C’est ainsi qu’elle a reçu, il y a un mois un appel téléphonique anonyme annonçant le « martyre » de son mari. Aux journalistes qui l’interrogent, elle a déclaré être fière de lui.

Serait-ce un nouveau modèle suédois qui se dessine ?

Point Godwin pour Marine

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On vous l’avait bien dit. Sous ses airs de blonde, la Marine est encore pire que son père. La « petite phrase » de Le Pen fille comparant les musulmans qui prient dans la rue aux occupants nazis a provoqué le tollé attendu – y compris par elle sans doute. Chic, revoilà la vieille extrême droite nostalgique du Troisième Reich qu’on adore détester.

En 24 heures, plusieurs centaines d’articles sont publiés. La conjonction de deux mots-clés, « Le Pen » et « Occupation », fait partir la machine au quart de tour. La fabrique d’indignation turbine à plein régime. Résultat, plus personne ne réfléchit. Marine fait du Le Pen, fermez le ban. Sauf que ce n’est pas vraiment la même chose.

Quand le père évoquait l’Occupation, on entendait percer sa complaisance pour l’ordre brun. La fille, c’est le contraire : elle n’avoue pas sa sympathie pour le nazisme, elle voit des nazis partout. Comme Rocard, Viviane Reding et tous les autres qui invoquent à tout bout de champ les heures les plus sombres de notre histoire – et je passe sur tous ceux qui, de juan Saramago à Ken Loach, trouvent admirable d’assimiler les Israéliens aux nazis sans susciter les hauts cris de l’internationale des belles âmes. Il est vrai qu’en général, on préfère parler des victimes. Reste que si les Roms, les musulmans ou les Palestiniens d’aujourd’hui sont les juifs d’hier, il y a forcément des nazis quelque part.

À y regarder de près, Marine Le Pen ne fait donc pas dans le fascisme subliminal mais dans l’antifascisme d’opérette. D’habitude, les beaux esprits adorent. Et voilà que quand ce sont des musulmans qui sont désignés comme fascistes, cela ne fait plus rire personne. Peut-être y réfléchira-t-on désormais à deux fois avant de brandir l’insulte suprême. On peut toujours rêver.

Bien entendu, les musulmans qui prient dans la rue n’ont pas plus à voir avec les nazis que les électeurs du Front national, les Israéliens ou le gouvernement français. Aussi condamnable soit-elle, l’occupation (sans majuscule) de l’espace public à laquelle ils se livrent n’est en aucune façon comparable à l’Occupation (avec majuscule). Reste que pour pas mal de gens l’image des rues de Marseille ou Paris bloquées par des fidèles en prières est effrayante comme est effrayante la progression d’un islam identitaire qui, dans les zones où il est majoritaire, impose ses codes culturels à tous, rendant parfois fort ténue, dans la vie concrète, la distinction entre islam et islamisme. Parmi les laïques purs et durs, beaucoup, qui ne sont ni racistes ni xénophobes, en arrivent à penser que c’est l’islam lui-même qui est un fascisme.

IL ne s’agit pas d’être naïf. Marine Le Pen est en campagne pour la direction de son parti. C’est à Lyon, sur les terres de Bruno Gollnisch qui ricane de sa stratégie de dé-diabolisation du FN, qu’elle a lancé sa grenade incendiaire. Elle connaît son monde. En désignant les prieurs, elle tend la main à tous ceux qui pensent que c’est l’islam lui-même qui est étranger à la culture française.

Le risque, c’est qu’elle soit entendue bien au-delà du FN et de ses militants. Parce qu’on est en train de répéter avec l’islam l’erreur commise avec l’immigration : à partir du moment où le débat était soulevé par des gens suspects de racisme, souvent à raison d’ailleurs, c’est le débat lui-même qui est devenu suspect. La seule attitude acceptable était l’approbation émerveillée, l’immigration était une chance pour la France, point. L’idée qu’elle aurait pu être, en même temps, une source de difficultés ne devait même pas être examinée. On connaît la suite. Or, on est en train de nous faire le même coup avec l’islam. La question doit être bannie. Et ceux qui se la posent sont au mieux des malheureux manipulés à qui on a mal expliqué les bienfaits d’une « société ouverte » comme le disait ce matin en termes galants l’ineffable Pascal Perrineau, au pire des salauds qu’on devrait priver du droit de vote.

Il est inacceptable de désigner à la vindicte une catégorie de Français et irresponsable de laisser croire qu’on pourrait les bouter hors de France et que tout irait de nouveau bien. Mais le refus de comportements ne signifie pas l’exclusion des individus. Et avoir de la morale ne devrait pas empêcher de faire de la politique. Que nos dirigeants affichent leur vertu républicaine, fort bien. Il serait bon qu’en même temps, ils soient intransigeants pour faire respecter la laïcité en tout lieu. L’ennui, c’est qu’il est plus gratifiant de se boucher le nez que d’ouvrir les yeux.