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Marly soit qui mal y pense !

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Le courage n’est pas la vertu première des diplomates. Sinon, ils auraient fait militaires, et d’abord on ne leur demande pas de mener la charge au pont d’Arcole, bien au contraire. Un bon diplomate, ça « arrange les bidons », comme disent les Belges, et cela dans la plus grande discrétion possible, pour laisser aux politiques le bénéfice des poignées de mains, accolades et autres mignardises qui rythment les rapports entre chefs d’Etats sous le regard des photographes.
Moyennant quoi, ils sont très bien payés et mènent une vie agréable lorsqu’ils sont en mission à l’étranger, mais leur situation est beaucoup moins enviable lorsqu’ils reviennent à « la centrale ».

Cette quête du bon poste n’incite donc pas les fonctionnaires de cette administration à se faire remarquer par des prises de positions publiques et fracassantes sur le bien-fondé de l’action menée par le pouvoir politique dans leur secteur de compétence.
C’est pourquoi il faut prendre au sérieux le texte de la tribune publiée dans Le Monde par un groupe de diplomates réuni sous le pseudonyme collectif de « Marly », le nom du bistrot où ils se sont réunis pour la première fois.
Ce texte est une charge au canon contre la gestion sarkozienne de la politique extérieure de la France. Sa lecture attentive montre qu’il ne reflète pas seulement les positions de la vieille garde gaullienne du Quai, de sa « rue arabe » et américanophobe dont les rancœurs passent habituellement, via Claude Angeli, par le canal du Canard Enchaîné.

Un des comploteurs, avec qui nous entretenons une vieille complicité, nous a révélé les raisons d’une révolte qui réunit des vieux ambassadeurs blanchis sous le harnois, et des jeunes qui viennent d’entrer dans la « carrière ».
Le déclencheur de la colère a été un édito de Christophe Barbier, l’homme à l’écharpe rouge de L’Express, qui mettait sur le dos de notre service diplomatique les errements récents de politique étrangère de la France face aux révoltes de Tunisie et d’Egypte. Conscients d’avoir transmis au pouvoir tous les éléments lui permettant de se faire une idée de la situation politique et sociale réelle dans les pays en question, ils ont moyennement apprécié que la seule sanction de cet aveuglement se porte sur notre ambassadeur en Tunisie, Pierre Ménat, qui n’avait fait qu’appliquer les consignes venues d’en haut : pas le moindre contact avec l’opposition. Cela n’empêchait pas quelques diplomates de rang inférieur d’ouvrir leurs yeux et leurs oreilles et de rendre compte à leur administration de ce qu’ils voyaient et entendaient. Les conjurés du Marly ont donc demandé à L’Express de publier leur point de vue sur la question, ce qui leur fut refusé. Ils se tournèrent alors vers Le Monde qui accepta leur texte, ce qui constitue une bonne entrée en matière pour son nouveau directeur, Erik Izraelewicz.

Selon ses concepteurs, ce texte ne vise pas directement la cellule diplomatique de l’Elysée, dirigée par Jean-David Lévitte. « S’il n’était pas là où il est, il l’aurait signé avec nous ! », précise l’un d’entre eux. Ils mettent prioritairement en cause Henri Guaino, responsable à leurs yeux du fiasco de « L’Union pour la Méditerranée », une opération où les contributions des spécialistes du Quai d’Orsay sur cette question auraient été négligées, alors qu’elles auraient pu, selon eux, éviter bien des bourdes.

Sont visés également les « visiteurs du soir » du président, notamment Alain Minc, mais il n’est pas le seul, qui poussent Nicolas Sarkozy à des gestes diplomatiques inconsidérés, comme la querelle avec le Mexique à propos du cas de Florence Cassez. Les chevau-légers du « Marly » font valoir que la gestion des contentieux judiciaires entre deux pays démocratiques est un travail de l’ombre, harassant et fastidieux, à l’image de ce qui se passe chaque jour entre la France et l’Allemagne dans les affaires douloureuses de garde d’enfants de couples mixtes séparés…

Enfin, quelques nominations à des postes prestigieux ont fait grincer quelques dents, comme celle de François Delattre, 47 ans, au poste d’ambassadeur de France à Washington, une promotion fulgurante au regard des habitudes de la maison, dont la cause serait à rechercher dans la gestion habile, et conforme aux vœux de Nicolas Sarkozy, de l’atterrissage de son fils P’tit Louis et de sa maman Cécilia à New York, où Delattre était alors consul général…

Les récents déboires à Tunis d’un autre Mozart sarkozien de la diplomatie, Boris Boillon n’ont pas chagriné outre mesure les « Marly », bien qu’ils se défendent d’éprouver à ce propos une quelconque Schadenfreude, ce sentiment de joie mauvaise devant le malheur des autres qu’ils laissent à leurs collègues germaniques.

Notre pain quotidien (7)

La tolérance, y’a des pays pour ça ! Le quotidien La Croix nous apprend que depuis peu – dans le pays de Nina Hagen – une loi « oblige à mieux tolérer le bruit des enfants ». Ainsi, les décibels ne sont plus tous égaux devant la loi allemande. Ou alors il convient de reconnaître que certains décibels, connotés gazouillis, seraient plus égaux que d’autres… « Le gouvernement allemand a adopté hier, en conseil des ministres, un projet de loi rendant plus difficile les plaintes contre le bruit des enfants » Le projet de loi stipule que les bruits venant de crèches, de bacs à sable ou de terrains de jeu « ne représentent pas en général de dommages environnementaux ». Devant une telle surdité au bon sens, on en viendrait à penser que le Bundestag est à mille lieux du premier Kindergarten !

Fayots du Sud-Ouest : Signalons une épaisse tranche fayotage présidentiel parfaitement éhonté dans un papier du Midi-Libre de mardi dernier, faisant l’apologie de Carla Bruni (qui va interpréter la chanson de Charles Trenet « Douce France », en italien, sur son prochain album) : « Nicolas Sarkozy pouvait-il rêver de plus beau refrain ? Et de meilleure interprète avant l’échéance de 2012 ? En conjuguant à la guitare et en italien les délicieuses paroles de la légendaire chanson de Trenet, l’épouse-artiste Carla Bruni aborde, avec talent et finesse, les rivages artistique et politique (…) Elle dédicace à son probable candidat de mari ces strophes de doux bonheur. » C’est tendre et beau comme du Katherine Pancol, ou du Guillaume Musso, au choix. Vivement que la célèbre ritournelle de Trenet soit brevetée par l’UMP en tant qu’hymne officiel de la campagne électorale ! Cela permettra d’éviter qu’un autre air du « fou chantant » s’élève dans les rangs sarkozystes : « Que reste t-il de nos amours ? »

La plus belle pour aller danser. Immense sondage Ifop dans le Paris-Match de la semaine dernière, à la problématique absolument vi-ta-le : quelle serait la « Première-Dame préférée des Français » pour 2012 ? L’hebdomadaire prévient : « Carla Bruni-Sarkozy et Anne Sinclair ne sont pas des femmes politiques à proprement parler, mais leurs déclarations exploitées dans le champ politique sont, elles, éminemment politiques. » Sachez que pour le moment, Anne bat Carla par KO. Et toujours rien, chez les sondeurs, sur les conjoints de Martine Aubry et Ségolène Royal…. Injustice.

Egypte. L’année des « F ». Non seulement les bébés sont bruyants et sentent mauvais, mais en plus ils ont – de nos jours – des prénoms absolument ridicules. Le site web du quotidien régional Sud-Ouest nous apprend ainsi qu’un couple d’égyptiens vient de prénommer sa fille « Facebook », en hommage au rôle présumé primordial que le réseau social fondé par Mark Zuckerberg aurait joué dans la récente révolution. Nul doute que la petite Facebook retrouvera, au jardin d’enfants, la petite Twitter et le petit Myspace. Non contente d’être seulement stimulante ou inquiétante, la « nouvelle » Egypte s’annonce, également, distrayante…

Procès Zemmour : les cartes pourraient être rebattues en cas d’appel

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Causeur – Maître Malka, Tout d’abord, et puisqu’ils ont été depuis noyés sous les commentaires, pouvez-vous nous rappeler les faits ?

Richard Malka : En mars 2010, sur le plateau de l’émission Salut les terriens (Canal Plus), Eric Zemmour a déclaré : « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. » Selon les associations poursuivantes, ces propos constituent deux délits supposés : diffamation et incitation à la haine raciale. Ensuite, dans l’émission l’Hebdo diffusée le jour même sur la chaîne France Ô, à la question d’un invité qui lui a demandé s’il ne trouvait pas injuste que des employeurs refusent des candidats noirs ou arabes, Eric Zemmour a répondu « Mais ils ont le droit ». Ces propos lui ont valu une deuxième poursuite pour les mêmes délits supposés. Il faut noter que les faits n’ont pas été contestés par Eric Zemmour.

Q: Selon la lecture du jugement on a l’impression que les propos tenus par Eric Zemmour chez Ardisson étaient en quelque sort scindés en deux : un constat factuel concernant la composition ethnique des délinquants d’un côté, une justification des contrôles au faciès de l’autre ?

RM : Tout à fait. Les juges ont effectivement séparé « les autres, parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes » de ce que Zemmour a présenté comme la conséquence logique de ce constat, à savoir « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que… ».

Q : Quelles sont les décisions des juges de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris concernant ces faits et ces délits supposés ?

RM : Pour ce qui concerne la deuxième partie de ses propos tenus chez Ardisson, c’est-à-dire l’affirmation selon laquelle « les autres, parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes » le tribunal a décidé qu’ils relèvent du débat public et de la liberté d’expression. Selon les juges, « malgré le caractère abrupt et sans nuance du propos, qui a pu choquer de nombreuses personnes et même meurtrir par sa brutalité » – ils ont considéré que cette phrase ne constitue pas une diffamation raciale et ont relaxé Eric Zemmour des poursuites sur ce délit.

Mais attention, cela ne veut pas dire que les juges sont d’accord avec Eric Zemmour quand il affirme que « c’est un fait » ! Le tribunal ne s’est pas posé la question de la véracité de ces propos et donc on ne peut pas l’accuser de « déni de réel ».

En revanche, pour la première partie de la phrase – Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que -, là où Zemmour justifie la pratique policière de contrôle aux faciès, les juges ne suivent plus. « Par cette phrase catégorique et péremptoire [Eric Zemmour] justifie clairement les contrôles, aussi arbitraires que systématiques, envers certaines catégories de la population définies par leur origine ou leur race », notaient-ils et l’ont condamné à verser mille euros aux plaignants pour incitation à la discrimination et la haine raciale.

Q : Si nous avons bien compris, il est donc tout à fait légal (la légitimité étant une autre question…) de dire : « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes » ?

RM : C’est très réducteur et un peu idiot mais, effectivement, on peut légalement exprimer ces propos sans être poursuivi.

Q : Quid de ses propos concernant les employeurs qui refusent des candidats noirs ou arabes ?

RM : Le tribunal a considéré que sa petite phrase justifiant le « droit » des employeurs de refuser des candidats selon de critères ethniques et raciales « incite clairement à la discrimination à l’égard d’un groupe de personnes ». En conséquence, les juges l’ont condamné à la même peine – 1.000 euros avec sursis – et à verser un euro symbolique de dommages et intérêts à l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) et à l’association J’Accuse! animée par M. Marc Knobel du CRIF.

Q : Que pensez-vous de l’hypothèse d’un appel ?

RM : Il est intéressant de noter que le tribunal a écarté le délit de diffamation raciale et a retenu celui d’incitation à la haine, ce qui est l’exact opposé de ce que le parquet (donc l’Etat) a soutenu. Cela démontre à quel point il est compliqué d’appréhender la problématique juridique de cette affaire et laisse supposer que les cartes pourraient être rebattues en cas d’appel et plus tard de pourvoi en cassation.

*Maître Richard Malka est un spécialiste du droit de droit de la presse. Il est intervenu dans de nombreux procès et débats de société emblématiques de l’époque : défense de Charlie Hebdo dans le procès des caricatures de Mahomet. En Décembre 2010, il a défendu la crèche BABY LOUP, obtenant du Conseil de Prud’hommes la validation du licenciement d’une salariée voilée.

Fin de Kadhafi, fin de la Libye ?

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Dans un discours très médiatisé, Seïf al-Islam, le deuxième fils de Mouammar Kadhafi, a livré une analyse assez effrayante de la société libyenne. Penché sur sa chaise dans un décor de plateau télé qui semble emprunté à une parodie de film sur un dictateur nord-africain, entre menaces et promesses de réformes politiques, celui qui dirige « la Fondation Kadhafi pour le développement » a tout simplement affirmé qu’il n’existe pas de nation libyenne. Sa proposition de considérer avec bienveillance la possibilité de changer d’hymne (« Allahu Akbar») et de drapeau, n’en est qu’un indice.

Le plus grave, c’est sa prédiction selon laquelle la chute du régime entraînerait le démantèlement du pays. À l’inverse de l’Égypte et de la Tunisie, explique-t-il, la Libye est composée de tribus et de clans et son unité n’est qu’un tissu d’alliances, une façade aussi solide qu’une toile d’araignée – pour emprunter la métaphore utilisée par le secrétaire général du Hezbollah à propos de la société israélienne. Autrement dit, Kadhafi Jr. pense que la Libye ressemble à l’Irak, un autre pays qui, une fois le dictateur tombé, s’est révélé être une réalité géographique et non plus politique. Ce ne sont quand même pas les drapeaux et les ambassadeurs auprès de l’ONU qui fondent une nation.

A l’évidence, ce que dit le fils du « frère guide » était vrai en 1969 quand son père, le capitaine Kadhafi, a pris le pouvoir. Il n’est pas certain que ce soit encore le cas quarante ans après. Mais est-ce toujours une analyse pertinente de la société libyenne aujourd’hui ?

L’exemple irakien

Comme on le sait, la colonisation a eu quelques effets positifs qu’on appelle parfois « bienfaits » et l’éducation de ceux qui y ont mis fin n’en est pas le moindre. Les dictatures créées par les élites indigènes qui ont chassé les puissances coloniales ont, elles aussi, des effets positifs, dont l’éducation des masses qui sont aujourd’hui en train de renverser les régimes issus de la décolonisation. Il s’agit, si vous préférez, de la préparation sociologique à la démocratie libérale. Or, l’une des conditions pour l’avènement d’une telle démocratie est une nation, une communauté politique où l’intérêt général prime sur toute autre appartenance. Quand cet élément manque – comme au Liban, en Belgique ou en Irak – l’Etat est faible et la démocratie fragile.

Quant à la Libye, il est difficile de dire aujourd’hui si on peut compter la cristallisation nationale du pays au nombre des bienfaits de la dictature kadhafienne, à côté de l’amélioration du niveau de vie (PIB de 14 000 dollars, deux fois plus que l’Egypte, la Tunisie ou l’Algérie) et les progrès dans le domaine de l’éducation. L’urbaniste qu’est Kadhafi fils s’est-il posé la question de l’influence de l’urbanisation de son pays sur l’effacement des liens plus archaïques ou celle du rôle joué par les communications (autoroutes, moyens de transports, télécommunications, télévision, radio) et la modernisation sociale du pays (corps de fonctionnaires, carrières dans le public et le privé, réseaux d’intérêts et d’amitiés) dans la création d’une communauté nationale dépassant les appartenances claniques et tribales ?

En revanche, pour aller dans le sens de Seïf al-Islam, il faut se souvenir que les forces armées sont toujours structurées sur des bases tribales et que la fidélité des officiers est donc au moins double. Il ne faut pas oublier non plus que lors du coup d’Etat manqué de 1993, les Qadhadfa, la tribu de Mouammar Kadhafi, se sont retrouvés confrontés à une alliance des Magariha, Warfalla et Al Zintan, une configuration bien plus problématique d’une « simple » guerre civile au sein d’une nation. Les familles des officiers exécutés à l’époque ainsi que leurs clans et tribus n’ont pas oublié. Vont-elles pour autant pardonner ? Seraient-elles prêtes à servir un avenir commun et donc national ? Voilà le genre des questions dont dépend l’avenir immédiat de la Libye, son intégrité territoriale, son gouvernement, voire son existence.

Kadhafi à Caracas ? Patatras !

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Le ministère des affaires étrangères du dictateur bolivarien Hugo Chavez, (dictateur qui a gagné onze fois des élections dont tous les observateurs internationaux se sont accordé à dire qu’elles étaient parfaitement régulières), a tenu à démentir un bouteillon qui a couru rédactions et chancelleries dans ce qu’il est convenu d’appeler en psychanalyse une projection désirante.

Non, le président Chavez n’a pas offert l’asile politique à Kadhafi. Il ne l’a même pas reçu en 2008 en lui laissant installer sa tente de bédouin dans les beaux quartiers comme cela a été le cas en France. Le président Chavez n’a pas non plus eu chez lui, jusqu’à une date récente, Baby Doc, le rejeton Duvalier, dictateur macoutesque et sanglant d’Haïti.

Le président Chavez a également fait savoir qu’il n’avait pas non plus dans un avenir proche l’intention d’accueillir Dark Vador actuellement en fuite après la victoire de Luke Skywalker.

Notre ami Kadhafi

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C’est une chose étrange que de voir Rama Yade, ci-devant secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, parader sur les plateaux depuis ce mardi. Elle commente avec une certaine gourmandise, teintée de gravité (faut pas déconner, ya des gens qui sont en train de mourir) la situation en Libye. Et rappelle qu’en 2007, alors que la France et toutes ses autorités accueillaient avec fastes, pompes et tente de bédouin le colonel Kadhafi à Paris, elle avait râlé en jugeant que Paris ne pouvait pas lui faire une telle fête alors qu’il s’essuyait les pieds sur les Droits de l’Homme.

A l’époque, les belles âmes avaient tancé la jeune rebelle, qui s’était pris direct un savon à l’Elysée : la diplomatie, ce ne sont pas de justes paroles, c’est aussi les. Airbus et la realpolitik qui va avec. Notons tout de même que son chef, ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, avait appuyé la visite du Guide suprême, tout en séchant les rendez-vous, pour ne pas salir ses blanches mains humanitaires…

Aujourd’hui, les mêmes crient au loup et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes dès qu’une manifestation arabe tient tête à la police. Quoiqu’en la matière, la France ait été plus que raisonnable dans son appui aux peuples-qui-se-libèrent, comme on dit.

Pourtant, sans vouloir être cynique, puisque nous n’avons, comme tout le monde, rien vu venir ; puisque les choses basculent et qu’on ne reviendra sans doute pas vers les autocraties postcoloniales anciennes, autant y aller non ? Renouer avec la France des droits de l’homme, de la liberté des peuples. La « France sera au côté des opprimés du monde. C’est le message de la France, c’est l’identité de la France, c’est l’histoire de la France. » Qui dit ça ? Nicolas Sarkozy au lendemain de son élection à la présidentielle. Cité fort opportunément par François Sureau dans une tribune dans Libération, ou il lui demande la fin de « la prudence de vieillard et de notre diplomatie d’abandon. »

Prudence de vieillard, c’est le silence de la France en Tunisie (Hormis les embrouilles de MAM et les sorties de route de notre nouvel ambassadeur aux abdos de chez Suchard). C’est le silence en Egypte. En Libye, on se hâte de dénoncer. Mais après des massacres et après avoir accueilli le guide suprême en grande pompe. On nous dira, le réalisme oblige à serrer la main des Kadhafi du monde entier. Certes. Mais la diplomatie ne doit sans doute pas se limiter calquer sa parole sur les impératifs commerciaux d’Aréva, de Dassault, de Veolia ou Bouygues. Avec les succès qu’on sait d’ailleurs : contrats fantômes, qui bien souvent coûtent plus cher que ce qu’ils rapportent vraiment.

Et je ne parle pas que de morale. J’imaginais que la diplomatie, c’était tenir subtilement les deux bouts de la chaîne : être ferme sur ses principes et ses valeurs politiques (la liberté, au hasard) et réaliste dans son action (si on peut vendre des avions, faut les vendre), au risque d’une certaine dose d’hypocrisie. Mais imaginer qu’on rate une livraison d’A380 parce qu’on dira aux Chinois qu’en France la liberté a un sens, est une fable pour gogos. La diplomatie du « paillasson » n’améliore pas le commerce extérieur. Voire, quand les choses tournent, elle aurait tendance à être facturée au prix fort par lesdits pays. Alors souvenons-nous des pudeurs de Rama Yade (enfin, elle n’est pas allée jusqu’à la démission, n’est pas Chevènement qui veut) et croisons les doigts pour que les massacres et les révolutions s’arrêtent vite. Ça nous évitera de prendre position.

Deep Throat, plus jamais ça !

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Quittons quelques instants les rives de la Politique et abordons des sujets plus légers, du genre de ceux qui se soulèvent à certaines pensées. 20minutes.fr nous apprend qu’une énième étude américaine établirait que le cancer punirait toutes les dames de, non seulement, fumer cigarettes et pipes, mais aussi de tailler ces dernières. Pis, il leur serait déconseillé, au grand dam de celles qui se battent vaillamment pour les droits féminins, d’encourager leurs compagnons à savoir compter au delà de 68.

Au pays de la Statue de la Liberté, donc, on ne verra plus L’Origine du Monde sur Facebook, comme l’écrit Marc Cohen mais il existe également pléthore de scientifiques pas mécontents de chercher à démontrer que la bagatelle nuit gravement à la santé.

D’après le Dr Bonnie Halpern-Felsher, professeur de médecine pédiatrique à l’Université de Californie à San Francisco, les ados étatsuniens ne s’en fichent pas, de leur santé. La doctoresse nous explique qu’ils ont tellement la trouille de choper une MST qu’ils favorisent, à tort selon elle, ces petits jeux avec leur bouche. Comme si le risque de choper autre chose – au hasard, un polichinelle dans le tiroir – n’était pas la première motivation de cette tendance…

Je ne sais pas vous mais moi, je suis bien content de vivre de ce côté de l’Atlantique. Ici, on peut en effet espérer que, si on a malheureusement importé certaines formes d’hygiénisme, la pudibonderie WASP aura davantage de mal à s’imposer, créant de fait un protectionnisme coquin salutaire. Si c’était le cas, ne le devrait-on pas en partie à Madame de Maintenon, pudibonde catholique quant à elle, qui avait encouragé le Roi-Soleil à révoquer l’Edit de Nantes, vidant la France de la grande majorité de ses parpaillots ? Ce serait une bien agréable ruse de l’Histoire.

Cygne blanc, cygne noir

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Ça se bouscule aux portillons pour danser avec Nathalie Portman. Ce n’est pas le cas de son personnage, Nina Myers, la danseuse de Black Swan, le nouveau film de Darren Aronofsky. Pourtant cette ballerine, à la grâce angélique et à la technique parfaite, serait une partenaire rêvée. Elle possède toutes les qualités nécessaires pour devenir la nouvelle danseuse étoile : gestes souples, cou dégagé, corps gracieux, pieds cambrés, beauté effarouchée. Une seule chose lui fait défaut : le désir de séduire.

Mais c’est bien Nina que Thomas Leroy, (Vincent Cassel) le chorégraphe du New York City Ballet, a choisi pour danser le cygne blanc et le cygne noir du ballet le plus célèbre du répertoire de la danse classique, le Lac des cygnes. La « sweet girl » doit donc impérativement se métamorphoser en Black Swan pour pouvoir danser les deux cygnes à la fois, être à la fois la vierge pure et la femme séductrice, être un corps dansant et un corps désirant. Sinon elle risque de se faire écarter par Lily, (Mila Kunis), cette nouvelle danseuse, fraîchement débarquée de Frisco qui, avec son regard aguicheur et son corps transporté par une énergie érotique, est complètement en accord avec le rôle du cygne noir.

D’apparence semblable, Lily est tout ce que Nina n’est pas. Nina est dans la maîtrise de son corps. Lily, elle, joue avec lui, comme elle joue avec le désir des hommes. Cette princesse de la nuit qui séduit et détourne est le double inversé de Nina. Et la caméra d’Aronofsky joue avec cette fausse ressemblance. Qui danse ? Lily ou Nina, le cygne blanc ou le cygne noir ? Les deux peut-être. Plus les reflets se répondent et se renversent, plus le spectateur est fasciné. La dualité conflictuelle qui habite le film l’hypnotise. Le décor en noir et blanc, la musique contrastée de Tchaïkovski, la mise en abyme de l’ambivalence troublante du Lac des cygnes, les mouvements à la fois retenus et spontanés des danseurs, transportent le spectateur dans une étrange ivresse. Alors même que tout ce jeu de clivages entre le même et l’autre s’avère fatal pour la psyché de la ballerine.

Eros convoqué à la barre

Délire de persécution, obsessions convulsives, fantasmes hallucinatoires, Black Swan s’inscrit dans le répertoire de Requiem for a dream, et Nina Myers s’invite au bal des psychotiques que Darren Aronofsky aime mettre en scène et qui auraient fait de parfaits cas d’étude pour le docteur Freud. L’originalité de Black Swan est d’aborder la dimension psychologique sous l’angle de la danse. Quel est le point commun entre la danse et la schizophrénie ? Le corps. Le corps de Nina est le lieu du mouvement comme le lieu du symptôme.

Aspirée par son reflet dans le miroir, Nina est prisonnière du carcan narcissique de sa propre image. Tiraillée entre un interdit qui culpabilise et d’un idéal de perfection qui inhibe, Nina a refoulé le désir d’exprimer la pulsion érotique qui arrache son corps à lui-même en le projetant au-delà de lui-même dans une sorte d’extase dionysiaque.

Nina ressemble à la ballerine de Paul Valery qui, « indifférente à tout ce qui l’entoure », « tisse de ses pas et construit de ses gestes » son propre monde. Le corps de Nina tourne sur lui-même comme la danseuse de sa boîte de musique.

Seulement voilà, Eros est convoqué à la barre. Le cygne noir vient perturber cette image apollinienne et égocentrique de la danse en réveillant, par l’élan de ses fouettés, le désir refoulé. Le couple de séducteurs, Thomas et Lily, déloge le corps de Nina en le détournant de son image. En embrassant Nina, Thomas ouvre une brèche dans laquelle le désir s’engouffre et le manque se crée. Lily, en superbe Reine du Sabbah, entraîne Nina dans une soirée rock’n’roll qui, entre drogue, drague et danse frénétique, est bien loin de sa chambre rose et des éclairages, tutus et corps contrôlés du ballet. Dans cette dépossession d’elle-même, Nina lâche prise et commence à vivre un peu.

Mais l’oeil culpabilisant de la mère plane et fait avorter la naissance de son corps désirant.
Cette mère possessive, jalouse et castratrice refuse de reconnaître la métamorphose de sa « sweet girl » en femme désirante et lui interdit de nommer le désir. C’est moins pour l’empêcher de se gratter qu’elle lui coupe les ongles que pour la déposséder de l’un des attributs de la féminité. Il faut que sa « sweet girl » reste sa « sweet girl ». Les multiples portraits qu’elle peint de sa fille témoignent de sa volonté délirante de maîtriser l’image de sa fille et de maintenir la relation fusionnelle et mortifère qui s’est installée entre elles. L’oedipe se reflète dans le miroir et s’inverse.
Ce n’est pas la fille qui tue la mère mais bien la mère qui tue la fille.

Si Black Swan est un film fascinant, il ne déroute pas pour autant. Aronofsky adopte le point de vue de Nina, sans toutefois s’y confondre. La caméra suit Nina comme son ombre mais reste, pour une grande partie du temps, à la surface de son corps en mouvement. Le spectateur est ainsi placé dans un entre-deux où il adhère aux visions délirantes de Nina sans en être le sujet. Comme Nina, le spectateur est victime de la confusion entre le réel et l’inconscient, mais, à la différence de la ballerine, il n’est ni absorbé ni dévoré par elle. Le spectateur goûte au vertige de l’illusion fictionnelle sans en subir le malaise vampirisant.
Darren Aronofsky n’est pas David Lynch. Black Swan ne noie pas le spectateur dans les méandres d’interprétations nébuleuses au sens jamais définitivement validé, comme c’est le cas dans Lost Highway.
Et la fin est l’apothéose du sens resté en suspension comme l’ont été les yeux du spectateur qui se sont accrochés à ligne sinueuse des bras légers et gracieux de Nina, dessinant dans le vide les battements d’ailes invisibles d’un cygne à la fois blanc et noir.

Requiem for a Dream

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CAC, c’est reparti comme en 40…

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D’ici quelques jours, on devrait connaître le montant des profits réalisés par les entreprises du CAC 40 pour l’année 2010. Après la progression de 86% réalisée au premier semestre, nul doute que ces résultats illustreront encore le décalage croissant entre les citoyens et les multinationales. Total avait ouvert le feu le 11 de ce mois, en annonçant plus de 10 milliards d’euros de bénéfices nets pour l’année et la distribution de 5 milliards d’euros de dividendes. Certes, le record de 2008 n’est pas atteint (13,9 milliards), mais la hausse du prix du baril permet d’espérer approcher ou battre ce record pour l’ensemble de l’année 2011.

BNP Paribas a annoncé cette semaine avoir réalisé un bénéfice net de 7,8 milliards (nouveau record pour le groupe, battant le résultat de 2007 grâce à l’absorption de Fortis). Le résultat opérationnel s’élève à 13 milliards d’euros pour un Produit Net Bancaire de 43,8 milliards, soit une marge opérationnelle proche de 30%. Même si en termes de marges, la BNP n’est pas encore au niveau de performances de 2007, cela montre que les grandes banques se sont vite remises de la crise.

Plus globalement, les entreprises du CAC 40 ont vu leurs profits augmenter de 86% au premier semestre pour atteindre à peu près de 42 milliards d’euros et le chiffre attendu sur l’ensemble de l’année 2010 devrait dépasser les 80 milliards. Il est vrai que les profits des 40 premières cotisations françaises a atteint 101 milliards d’euros en 2007 mais il ne faut pas oublier que trois ans avant, en 2004 ces mêmes profits s’élevaient à 57 milliards « seulement ». En clair, dès la première année de sortie de crise, le CAC 40 va réaliser son troisième grand cru de l’histoire derrière ceux de 2007 et 2006.

Une inégalité très problématique

Le décalage entre les multinationales et le reste de la société est extrêmement choquant. Pendant que les sociétés du CAC 40 ont retrouvé croissance, profits et dividendes, le chômage a continué de progresser et les hausses de prix de rogner le pouvoir d’achat des ménages. Bref, les effets de la crise se font lourdement sentir par la grande majorité de la population.

Tout porte à croire que le record de 2007 sera battu dès 2011, voire 2012. Et cela pose plusieurs problèmes. L’Etat venait au secours des multinationales quand elles allaient mal, et n’a pas hésité à s’endetter pour renflouer leurs caisses. Or, ce sont les mêmes banques – aidées hier par les Etats – qui leurs prêtent aujourd’hui de l’argent. Dans ces opérations très profitables les banques trouvent dans la BCE une complice.

On peut – et on doit – se demander si certains profits ne sont pas excessifs. Des marges opérationnelles de 30 ou 40% sont-elles normales dans des secteurs comme la banque ou la pharmacie ? Ne s’agit-il pas d’une rente de position ? En outre, cette logique de course effrénée après les marges qui a poussé Renault – elle aussi aidée par l’Etat – à diviser par deux sa production en France.

Les énormes et rapides profits réalisés par les grandes multinationales sont autant d’indices d’un disfonctionnement majeur de notre organisation économique. Les écarts qui se creusent entre elles et le reste de la société indiquent que la crise sociale est toujours devant nous.

Kadhafi, la compil

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Avant de nous séparer d’avec le Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste (alias « Frère guide » pour les amis), nous vous avons préparé un florilège de citations qui sont autant de perles de sagesse, modestie et clairvoyance. Méditons-nous ces versets car, paraît-il, celui qui les a proféré sera bientôt obligé de nous quitter, comment dire, un peu précipitamment, pour cause de manque de gratitude d’un peuple d’égoïstes ingrats qui ne pensent qu’à leurs gueules.

« Je suis un leader international, le doyen du monde arabe, le rois des rois d’Afrique et l’imam des Musulmans et mon statut international ne me permet pas de m’abaisser à un niveau inférieur ». Mouammar Kadhafi en quittant le sommet arabe réuni en Arabie Saudite, le 31 mars 2009

« Il y a des indices selon lesquels Allah va accorder aux Musulmans une victoire en Europe. Une victoire sans sabres, ni canons, ni conquêtes. Les 50 millions de musulmans d’Europe la transformeront en continent musulman. » Mouammar Kadhafi explique les choses carrément sur Al-Jazeera

« Tout musulman dans n’importe quel endroit au monde qui aura de contacts avec la Suisse est un apostat, il est contre Mahomet, Dieu et le Coran ». Mouammar Kadhafi garde son sang-froid en traitant une récente crise internationale

« Vous, le peuple tunisien, venez de subir une grande perte. Il n’y pas mieux que Ben Ali pour gouverner la Tunisie ». Mouammar Kadhafi, avec sa clairvoyance habituelle, prépare le terrain pour un voisinage réussi pendant son exil prochain.

Nous voudrions terminer cet hommage avec un cri de cœur au peuple libyen : faites tout ce que vous voulez avec le « Frère guide » mais de grâce, laissez-nous Hannibal ! La vie en démocratie est souvent bien morne et elle le sera davantage sans les moments comiques que nous a accordé avec autant de régularité que de générosité ce prince du désert.

incroyable mais vrai

Marly soit qui mal y pense !

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Le courage n’est pas la vertu première des diplomates. Sinon, ils auraient fait militaires, et d’abord on ne leur demande pas de mener la charge au pont d’Arcole, bien au contraire. Un bon diplomate, ça « arrange les bidons », comme disent les Belges, et cela dans la plus grande discrétion possible, pour laisser aux politiques le bénéfice des poignées de mains, accolades et autres mignardises qui rythment les rapports entre chefs d’Etats sous le regard des photographes.
Moyennant quoi, ils sont très bien payés et mènent une vie agréable lorsqu’ils sont en mission à l’étranger, mais leur situation est beaucoup moins enviable lorsqu’ils reviennent à « la centrale ».

Cette quête du bon poste n’incite donc pas les fonctionnaires de cette administration à se faire remarquer par des prises de positions publiques et fracassantes sur le bien-fondé de l’action menée par le pouvoir politique dans leur secteur de compétence.
C’est pourquoi il faut prendre au sérieux le texte de la tribune publiée dans Le Monde par un groupe de diplomates réuni sous le pseudonyme collectif de « Marly », le nom du bistrot où ils se sont réunis pour la première fois.
Ce texte est une charge au canon contre la gestion sarkozienne de la politique extérieure de la France. Sa lecture attentive montre qu’il ne reflète pas seulement les positions de la vieille garde gaullienne du Quai, de sa « rue arabe » et américanophobe dont les rancœurs passent habituellement, via Claude Angeli, par le canal du Canard Enchaîné.

Un des comploteurs, avec qui nous entretenons une vieille complicité, nous a révélé les raisons d’une révolte qui réunit des vieux ambassadeurs blanchis sous le harnois, et des jeunes qui viennent d’entrer dans la « carrière ».
Le déclencheur de la colère a été un édito de Christophe Barbier, l’homme à l’écharpe rouge de L’Express, qui mettait sur le dos de notre service diplomatique les errements récents de politique étrangère de la France face aux révoltes de Tunisie et d’Egypte. Conscients d’avoir transmis au pouvoir tous les éléments lui permettant de se faire une idée de la situation politique et sociale réelle dans les pays en question, ils ont moyennement apprécié que la seule sanction de cet aveuglement se porte sur notre ambassadeur en Tunisie, Pierre Ménat, qui n’avait fait qu’appliquer les consignes venues d’en haut : pas le moindre contact avec l’opposition. Cela n’empêchait pas quelques diplomates de rang inférieur d’ouvrir leurs yeux et leurs oreilles et de rendre compte à leur administration de ce qu’ils voyaient et entendaient. Les conjurés du Marly ont donc demandé à L’Express de publier leur point de vue sur la question, ce qui leur fut refusé. Ils se tournèrent alors vers Le Monde qui accepta leur texte, ce qui constitue une bonne entrée en matière pour son nouveau directeur, Erik Izraelewicz.

Selon ses concepteurs, ce texte ne vise pas directement la cellule diplomatique de l’Elysée, dirigée par Jean-David Lévitte. « S’il n’était pas là où il est, il l’aurait signé avec nous ! », précise l’un d’entre eux. Ils mettent prioritairement en cause Henri Guaino, responsable à leurs yeux du fiasco de « L’Union pour la Méditerranée », une opération où les contributions des spécialistes du Quai d’Orsay sur cette question auraient été négligées, alors qu’elles auraient pu, selon eux, éviter bien des bourdes.

Sont visés également les « visiteurs du soir » du président, notamment Alain Minc, mais il n’est pas le seul, qui poussent Nicolas Sarkozy à des gestes diplomatiques inconsidérés, comme la querelle avec le Mexique à propos du cas de Florence Cassez. Les chevau-légers du « Marly » font valoir que la gestion des contentieux judiciaires entre deux pays démocratiques est un travail de l’ombre, harassant et fastidieux, à l’image de ce qui se passe chaque jour entre la France et l’Allemagne dans les affaires douloureuses de garde d’enfants de couples mixtes séparés…

Enfin, quelques nominations à des postes prestigieux ont fait grincer quelques dents, comme celle de François Delattre, 47 ans, au poste d’ambassadeur de France à Washington, une promotion fulgurante au regard des habitudes de la maison, dont la cause serait à rechercher dans la gestion habile, et conforme aux vœux de Nicolas Sarkozy, de l’atterrissage de son fils P’tit Louis et de sa maman Cécilia à New York, où Delattre était alors consul général…

Les récents déboires à Tunis d’un autre Mozart sarkozien de la diplomatie, Boris Boillon n’ont pas chagriné outre mesure les « Marly », bien qu’ils se défendent d’éprouver à ce propos une quelconque Schadenfreude, ce sentiment de joie mauvaise devant le malheur des autres qu’ils laissent à leurs collègues germaniques.

Notre pain quotidien (7)

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La tolérance, y’a des pays pour ça ! Le quotidien La Croix nous apprend que depuis peu – dans le pays de Nina Hagen – une loi « oblige à mieux tolérer le bruit des enfants ». Ainsi, les décibels ne sont plus tous égaux devant la loi allemande. Ou alors il convient de reconnaître que certains décibels, connotés gazouillis, seraient plus égaux que d’autres… « Le gouvernement allemand a adopté hier, en conseil des ministres, un projet de loi rendant plus difficile les plaintes contre le bruit des enfants » Le projet de loi stipule que les bruits venant de crèches, de bacs à sable ou de terrains de jeu « ne représentent pas en général de dommages environnementaux ». Devant une telle surdité au bon sens, on en viendrait à penser que le Bundestag est à mille lieux du premier Kindergarten !

Fayots du Sud-Ouest : Signalons une épaisse tranche fayotage présidentiel parfaitement éhonté dans un papier du Midi-Libre de mardi dernier, faisant l’apologie de Carla Bruni (qui va interpréter la chanson de Charles Trenet « Douce France », en italien, sur son prochain album) : « Nicolas Sarkozy pouvait-il rêver de plus beau refrain ? Et de meilleure interprète avant l’échéance de 2012 ? En conjuguant à la guitare et en italien les délicieuses paroles de la légendaire chanson de Trenet, l’épouse-artiste Carla Bruni aborde, avec talent et finesse, les rivages artistique et politique (…) Elle dédicace à son probable candidat de mari ces strophes de doux bonheur. » C’est tendre et beau comme du Katherine Pancol, ou du Guillaume Musso, au choix. Vivement que la célèbre ritournelle de Trenet soit brevetée par l’UMP en tant qu’hymne officiel de la campagne électorale ! Cela permettra d’éviter qu’un autre air du « fou chantant » s’élève dans les rangs sarkozystes : « Que reste t-il de nos amours ? »

La plus belle pour aller danser. Immense sondage Ifop dans le Paris-Match de la semaine dernière, à la problématique absolument vi-ta-le : quelle serait la « Première-Dame préférée des Français » pour 2012 ? L’hebdomadaire prévient : « Carla Bruni-Sarkozy et Anne Sinclair ne sont pas des femmes politiques à proprement parler, mais leurs déclarations exploitées dans le champ politique sont, elles, éminemment politiques. » Sachez que pour le moment, Anne bat Carla par KO. Et toujours rien, chez les sondeurs, sur les conjoints de Martine Aubry et Ségolène Royal…. Injustice.

Egypte. L’année des « F ». Non seulement les bébés sont bruyants et sentent mauvais, mais en plus ils ont – de nos jours – des prénoms absolument ridicules. Le site web du quotidien régional Sud-Ouest nous apprend ainsi qu’un couple d’égyptiens vient de prénommer sa fille « Facebook », en hommage au rôle présumé primordial que le réseau social fondé par Mark Zuckerberg aurait joué dans la récente révolution. Nul doute que la petite Facebook retrouvera, au jardin d’enfants, la petite Twitter et le petit Myspace. Non contente d’être seulement stimulante ou inquiétante, la « nouvelle » Egypte s’annonce, également, distrayante…

Procès Zemmour : les cartes pourraient être rebattues en cas d’appel

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Causeur – Maître Malka, Tout d’abord, et puisqu’ils ont été depuis noyés sous les commentaires, pouvez-vous nous rappeler les faits ?

Richard Malka : En mars 2010, sur le plateau de l’émission Salut les terriens (Canal Plus), Eric Zemmour a déclaré : « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. » Selon les associations poursuivantes, ces propos constituent deux délits supposés : diffamation et incitation à la haine raciale. Ensuite, dans l’émission l’Hebdo diffusée le jour même sur la chaîne France Ô, à la question d’un invité qui lui a demandé s’il ne trouvait pas injuste que des employeurs refusent des candidats noirs ou arabes, Eric Zemmour a répondu « Mais ils ont le droit ». Ces propos lui ont valu une deuxième poursuite pour les mêmes délits supposés. Il faut noter que les faits n’ont pas été contestés par Eric Zemmour.

Q: Selon la lecture du jugement on a l’impression que les propos tenus par Eric Zemmour chez Ardisson étaient en quelque sort scindés en deux : un constat factuel concernant la composition ethnique des délinquants d’un côté, une justification des contrôles au faciès de l’autre ?

RM : Tout à fait. Les juges ont effectivement séparé « les autres, parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes » de ce que Zemmour a présenté comme la conséquence logique de ce constat, à savoir « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que… ».

Q : Quelles sont les décisions des juges de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris concernant ces faits et ces délits supposés ?

RM : Pour ce qui concerne la deuxième partie de ses propos tenus chez Ardisson, c’est-à-dire l’affirmation selon laquelle « les autres, parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes » le tribunal a décidé qu’ils relèvent du débat public et de la liberté d’expression. Selon les juges, « malgré le caractère abrupt et sans nuance du propos, qui a pu choquer de nombreuses personnes et même meurtrir par sa brutalité » – ils ont considéré que cette phrase ne constitue pas une diffamation raciale et ont relaxé Eric Zemmour des poursuites sur ce délit.

Mais attention, cela ne veut pas dire que les juges sont d’accord avec Eric Zemmour quand il affirme que « c’est un fait » ! Le tribunal ne s’est pas posé la question de la véracité de ces propos et donc on ne peut pas l’accuser de « déni de réel ».

En revanche, pour la première partie de la phrase – Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que -, là où Zemmour justifie la pratique policière de contrôle aux faciès, les juges ne suivent plus. « Par cette phrase catégorique et péremptoire [Eric Zemmour] justifie clairement les contrôles, aussi arbitraires que systématiques, envers certaines catégories de la population définies par leur origine ou leur race », notaient-ils et l’ont condamné à verser mille euros aux plaignants pour incitation à la discrimination et la haine raciale.

Q : Si nous avons bien compris, il est donc tout à fait légal (la légitimité étant une autre question…) de dire : « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes » ?

RM : C’est très réducteur et un peu idiot mais, effectivement, on peut légalement exprimer ces propos sans être poursuivi.

Q : Quid de ses propos concernant les employeurs qui refusent des candidats noirs ou arabes ?

RM : Le tribunal a considéré que sa petite phrase justifiant le « droit » des employeurs de refuser des candidats selon de critères ethniques et raciales « incite clairement à la discrimination à l’égard d’un groupe de personnes ». En conséquence, les juges l’ont condamné à la même peine – 1.000 euros avec sursis – et à verser un euro symbolique de dommages et intérêts à l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) et à l’association J’Accuse! animée par M. Marc Knobel du CRIF.

Q : Que pensez-vous de l’hypothèse d’un appel ?

RM : Il est intéressant de noter que le tribunal a écarté le délit de diffamation raciale et a retenu celui d’incitation à la haine, ce qui est l’exact opposé de ce que le parquet (donc l’Etat) a soutenu. Cela démontre à quel point il est compliqué d’appréhender la problématique juridique de cette affaire et laisse supposer que les cartes pourraient être rebattues en cas d’appel et plus tard de pourvoi en cassation.

*Maître Richard Malka est un spécialiste du droit de droit de la presse. Il est intervenu dans de nombreux procès et débats de société emblématiques de l’époque : défense de Charlie Hebdo dans le procès des caricatures de Mahomet. En Décembre 2010, il a défendu la crèche BABY LOUP, obtenant du Conseil de Prud’hommes la validation du licenciement d’une salariée voilée.

Fin de Kadhafi, fin de la Libye ?

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Dans un discours très médiatisé, Seïf al-Islam, le deuxième fils de Mouammar Kadhafi, a livré une analyse assez effrayante de la société libyenne. Penché sur sa chaise dans un décor de plateau télé qui semble emprunté à une parodie de film sur un dictateur nord-africain, entre menaces et promesses de réformes politiques, celui qui dirige « la Fondation Kadhafi pour le développement » a tout simplement affirmé qu’il n’existe pas de nation libyenne. Sa proposition de considérer avec bienveillance la possibilité de changer d’hymne (« Allahu Akbar») et de drapeau, n’en est qu’un indice.

Le plus grave, c’est sa prédiction selon laquelle la chute du régime entraînerait le démantèlement du pays. À l’inverse de l’Égypte et de la Tunisie, explique-t-il, la Libye est composée de tribus et de clans et son unité n’est qu’un tissu d’alliances, une façade aussi solide qu’une toile d’araignée – pour emprunter la métaphore utilisée par le secrétaire général du Hezbollah à propos de la société israélienne. Autrement dit, Kadhafi Jr. pense que la Libye ressemble à l’Irak, un autre pays qui, une fois le dictateur tombé, s’est révélé être une réalité géographique et non plus politique. Ce ne sont quand même pas les drapeaux et les ambassadeurs auprès de l’ONU qui fondent une nation.

A l’évidence, ce que dit le fils du « frère guide » était vrai en 1969 quand son père, le capitaine Kadhafi, a pris le pouvoir. Il n’est pas certain que ce soit encore le cas quarante ans après. Mais est-ce toujours une analyse pertinente de la société libyenne aujourd’hui ?

L’exemple irakien

Comme on le sait, la colonisation a eu quelques effets positifs qu’on appelle parfois « bienfaits » et l’éducation de ceux qui y ont mis fin n’en est pas le moindre. Les dictatures créées par les élites indigènes qui ont chassé les puissances coloniales ont, elles aussi, des effets positifs, dont l’éducation des masses qui sont aujourd’hui en train de renverser les régimes issus de la décolonisation. Il s’agit, si vous préférez, de la préparation sociologique à la démocratie libérale. Or, l’une des conditions pour l’avènement d’une telle démocratie est une nation, une communauté politique où l’intérêt général prime sur toute autre appartenance. Quand cet élément manque – comme au Liban, en Belgique ou en Irak – l’Etat est faible et la démocratie fragile.

Quant à la Libye, il est difficile de dire aujourd’hui si on peut compter la cristallisation nationale du pays au nombre des bienfaits de la dictature kadhafienne, à côté de l’amélioration du niveau de vie (PIB de 14 000 dollars, deux fois plus que l’Egypte, la Tunisie ou l’Algérie) et les progrès dans le domaine de l’éducation. L’urbaniste qu’est Kadhafi fils s’est-il posé la question de l’influence de l’urbanisation de son pays sur l’effacement des liens plus archaïques ou celle du rôle joué par les communications (autoroutes, moyens de transports, télécommunications, télévision, radio) et la modernisation sociale du pays (corps de fonctionnaires, carrières dans le public et le privé, réseaux d’intérêts et d’amitiés) dans la création d’une communauté nationale dépassant les appartenances claniques et tribales ?

En revanche, pour aller dans le sens de Seïf al-Islam, il faut se souvenir que les forces armées sont toujours structurées sur des bases tribales et que la fidélité des officiers est donc au moins double. Il ne faut pas oublier non plus que lors du coup d’Etat manqué de 1993, les Qadhadfa, la tribu de Mouammar Kadhafi, se sont retrouvés confrontés à une alliance des Magariha, Warfalla et Al Zintan, une configuration bien plus problématique d’une « simple » guerre civile au sein d’une nation. Les familles des officiers exécutés à l’époque ainsi que leurs clans et tribus n’ont pas oublié. Vont-elles pour autant pardonner ? Seraient-elles prêtes à servir un avenir commun et donc national ? Voilà le genre des questions dont dépend l’avenir immédiat de la Libye, son intégrité territoriale, son gouvernement, voire son existence.

Kadhafi à Caracas ? Patatras !

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Le ministère des affaires étrangères du dictateur bolivarien Hugo Chavez, (dictateur qui a gagné onze fois des élections dont tous les observateurs internationaux se sont accordé à dire qu’elles étaient parfaitement régulières), a tenu à démentir un bouteillon qui a couru rédactions et chancelleries dans ce qu’il est convenu d’appeler en psychanalyse une projection désirante.

Non, le président Chavez n’a pas offert l’asile politique à Kadhafi. Il ne l’a même pas reçu en 2008 en lui laissant installer sa tente de bédouin dans les beaux quartiers comme cela a été le cas en France. Le président Chavez n’a pas non plus eu chez lui, jusqu’à une date récente, Baby Doc, le rejeton Duvalier, dictateur macoutesque et sanglant d’Haïti.

Le président Chavez a également fait savoir qu’il n’avait pas non plus dans un avenir proche l’intention d’accueillir Dark Vador actuellement en fuite après la victoire de Luke Skywalker.

Notre ami Kadhafi

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C’est une chose étrange que de voir Rama Yade, ci-devant secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, parader sur les plateaux depuis ce mardi. Elle commente avec une certaine gourmandise, teintée de gravité (faut pas déconner, ya des gens qui sont en train de mourir) la situation en Libye. Et rappelle qu’en 2007, alors que la France et toutes ses autorités accueillaient avec fastes, pompes et tente de bédouin le colonel Kadhafi à Paris, elle avait râlé en jugeant que Paris ne pouvait pas lui faire une telle fête alors qu’il s’essuyait les pieds sur les Droits de l’Homme.

A l’époque, les belles âmes avaient tancé la jeune rebelle, qui s’était pris direct un savon à l’Elysée : la diplomatie, ce ne sont pas de justes paroles, c’est aussi les. Airbus et la realpolitik qui va avec. Notons tout de même que son chef, ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, avait appuyé la visite du Guide suprême, tout en séchant les rendez-vous, pour ne pas salir ses blanches mains humanitaires…

Aujourd’hui, les mêmes crient au loup et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes dès qu’une manifestation arabe tient tête à la police. Quoiqu’en la matière, la France ait été plus que raisonnable dans son appui aux peuples-qui-se-libèrent, comme on dit.

Pourtant, sans vouloir être cynique, puisque nous n’avons, comme tout le monde, rien vu venir ; puisque les choses basculent et qu’on ne reviendra sans doute pas vers les autocraties postcoloniales anciennes, autant y aller non ? Renouer avec la France des droits de l’homme, de la liberté des peuples. La « France sera au côté des opprimés du monde. C’est le message de la France, c’est l’identité de la France, c’est l’histoire de la France. » Qui dit ça ? Nicolas Sarkozy au lendemain de son élection à la présidentielle. Cité fort opportunément par François Sureau dans une tribune dans Libération, ou il lui demande la fin de « la prudence de vieillard et de notre diplomatie d’abandon. »

Prudence de vieillard, c’est le silence de la France en Tunisie (Hormis les embrouilles de MAM et les sorties de route de notre nouvel ambassadeur aux abdos de chez Suchard). C’est le silence en Egypte. En Libye, on se hâte de dénoncer. Mais après des massacres et après avoir accueilli le guide suprême en grande pompe. On nous dira, le réalisme oblige à serrer la main des Kadhafi du monde entier. Certes. Mais la diplomatie ne doit sans doute pas se limiter calquer sa parole sur les impératifs commerciaux d’Aréva, de Dassault, de Veolia ou Bouygues. Avec les succès qu’on sait d’ailleurs : contrats fantômes, qui bien souvent coûtent plus cher que ce qu’ils rapportent vraiment.

Et je ne parle pas que de morale. J’imaginais que la diplomatie, c’était tenir subtilement les deux bouts de la chaîne : être ferme sur ses principes et ses valeurs politiques (la liberté, au hasard) et réaliste dans son action (si on peut vendre des avions, faut les vendre), au risque d’une certaine dose d’hypocrisie. Mais imaginer qu’on rate une livraison d’A380 parce qu’on dira aux Chinois qu’en France la liberté a un sens, est une fable pour gogos. La diplomatie du « paillasson » n’améliore pas le commerce extérieur. Voire, quand les choses tournent, elle aurait tendance à être facturée au prix fort par lesdits pays. Alors souvenons-nous des pudeurs de Rama Yade (enfin, elle n’est pas allée jusqu’à la démission, n’est pas Chevènement qui veut) et croisons les doigts pour que les massacres et les révolutions s’arrêtent vite. Ça nous évitera de prendre position.

Deep Throat, plus jamais ça !

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Quittons quelques instants les rives de la Politique et abordons des sujets plus légers, du genre de ceux qui se soulèvent à certaines pensées. 20minutes.fr nous apprend qu’une énième étude américaine établirait que le cancer punirait toutes les dames de, non seulement, fumer cigarettes et pipes, mais aussi de tailler ces dernières. Pis, il leur serait déconseillé, au grand dam de celles qui se battent vaillamment pour les droits féminins, d’encourager leurs compagnons à savoir compter au delà de 68.

Au pays de la Statue de la Liberté, donc, on ne verra plus L’Origine du Monde sur Facebook, comme l’écrit Marc Cohen mais il existe également pléthore de scientifiques pas mécontents de chercher à démontrer que la bagatelle nuit gravement à la santé.

D’après le Dr Bonnie Halpern-Felsher, professeur de médecine pédiatrique à l’Université de Californie à San Francisco, les ados étatsuniens ne s’en fichent pas, de leur santé. La doctoresse nous explique qu’ils ont tellement la trouille de choper une MST qu’ils favorisent, à tort selon elle, ces petits jeux avec leur bouche. Comme si le risque de choper autre chose – au hasard, un polichinelle dans le tiroir – n’était pas la première motivation de cette tendance…

Je ne sais pas vous mais moi, je suis bien content de vivre de ce côté de l’Atlantique. Ici, on peut en effet espérer que, si on a malheureusement importé certaines formes d’hygiénisme, la pudibonderie WASP aura davantage de mal à s’imposer, créant de fait un protectionnisme coquin salutaire. Si c’était le cas, ne le devrait-on pas en partie à Madame de Maintenon, pudibonde catholique quant à elle, qui avait encouragé le Roi-Soleil à révoquer l’Edit de Nantes, vidant la France de la grande majorité de ses parpaillots ? Ce serait une bien agréable ruse de l’Histoire.

Cygne blanc, cygne noir

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Ça se bouscule aux portillons pour danser avec Nathalie Portman. Ce n’est pas le cas de son personnage, Nina Myers, la danseuse de Black Swan, le nouveau film de Darren Aronofsky. Pourtant cette ballerine, à la grâce angélique et à la technique parfaite, serait une partenaire rêvée. Elle possède toutes les qualités nécessaires pour devenir la nouvelle danseuse étoile : gestes souples, cou dégagé, corps gracieux, pieds cambrés, beauté effarouchée. Une seule chose lui fait défaut : le désir de séduire.

Mais c’est bien Nina que Thomas Leroy, (Vincent Cassel) le chorégraphe du New York City Ballet, a choisi pour danser le cygne blanc et le cygne noir du ballet le plus célèbre du répertoire de la danse classique, le Lac des cygnes. La « sweet girl » doit donc impérativement se métamorphoser en Black Swan pour pouvoir danser les deux cygnes à la fois, être à la fois la vierge pure et la femme séductrice, être un corps dansant et un corps désirant. Sinon elle risque de se faire écarter par Lily, (Mila Kunis), cette nouvelle danseuse, fraîchement débarquée de Frisco qui, avec son regard aguicheur et son corps transporté par une énergie érotique, est complètement en accord avec le rôle du cygne noir.

D’apparence semblable, Lily est tout ce que Nina n’est pas. Nina est dans la maîtrise de son corps. Lily, elle, joue avec lui, comme elle joue avec le désir des hommes. Cette princesse de la nuit qui séduit et détourne est le double inversé de Nina. Et la caméra d’Aronofsky joue avec cette fausse ressemblance. Qui danse ? Lily ou Nina, le cygne blanc ou le cygne noir ? Les deux peut-être. Plus les reflets se répondent et se renversent, plus le spectateur est fasciné. La dualité conflictuelle qui habite le film l’hypnotise. Le décor en noir et blanc, la musique contrastée de Tchaïkovski, la mise en abyme de l’ambivalence troublante du Lac des cygnes, les mouvements à la fois retenus et spontanés des danseurs, transportent le spectateur dans une étrange ivresse. Alors même que tout ce jeu de clivages entre le même et l’autre s’avère fatal pour la psyché de la ballerine.

Eros convoqué à la barre

Délire de persécution, obsessions convulsives, fantasmes hallucinatoires, Black Swan s’inscrit dans le répertoire de Requiem for a dream, et Nina Myers s’invite au bal des psychotiques que Darren Aronofsky aime mettre en scène et qui auraient fait de parfaits cas d’étude pour le docteur Freud. L’originalité de Black Swan est d’aborder la dimension psychologique sous l’angle de la danse. Quel est le point commun entre la danse et la schizophrénie ? Le corps. Le corps de Nina est le lieu du mouvement comme le lieu du symptôme.

Aspirée par son reflet dans le miroir, Nina est prisonnière du carcan narcissique de sa propre image. Tiraillée entre un interdit qui culpabilise et d’un idéal de perfection qui inhibe, Nina a refoulé le désir d’exprimer la pulsion érotique qui arrache son corps à lui-même en le projetant au-delà de lui-même dans une sorte d’extase dionysiaque.

Nina ressemble à la ballerine de Paul Valery qui, « indifférente à tout ce qui l’entoure », « tisse de ses pas et construit de ses gestes » son propre monde. Le corps de Nina tourne sur lui-même comme la danseuse de sa boîte de musique.

Seulement voilà, Eros est convoqué à la barre. Le cygne noir vient perturber cette image apollinienne et égocentrique de la danse en réveillant, par l’élan de ses fouettés, le désir refoulé. Le couple de séducteurs, Thomas et Lily, déloge le corps de Nina en le détournant de son image. En embrassant Nina, Thomas ouvre une brèche dans laquelle le désir s’engouffre et le manque se crée. Lily, en superbe Reine du Sabbah, entraîne Nina dans une soirée rock’n’roll qui, entre drogue, drague et danse frénétique, est bien loin de sa chambre rose et des éclairages, tutus et corps contrôlés du ballet. Dans cette dépossession d’elle-même, Nina lâche prise et commence à vivre un peu.

Mais l’oeil culpabilisant de la mère plane et fait avorter la naissance de son corps désirant.
Cette mère possessive, jalouse et castratrice refuse de reconnaître la métamorphose de sa « sweet girl » en femme désirante et lui interdit de nommer le désir. C’est moins pour l’empêcher de se gratter qu’elle lui coupe les ongles que pour la déposséder de l’un des attributs de la féminité. Il faut que sa « sweet girl » reste sa « sweet girl ». Les multiples portraits qu’elle peint de sa fille témoignent de sa volonté délirante de maîtriser l’image de sa fille et de maintenir la relation fusionnelle et mortifère qui s’est installée entre elles. L’oedipe se reflète dans le miroir et s’inverse.
Ce n’est pas la fille qui tue la mère mais bien la mère qui tue la fille.

Si Black Swan est un film fascinant, il ne déroute pas pour autant. Aronofsky adopte le point de vue de Nina, sans toutefois s’y confondre. La caméra suit Nina comme son ombre mais reste, pour une grande partie du temps, à la surface de son corps en mouvement. Le spectateur est ainsi placé dans un entre-deux où il adhère aux visions délirantes de Nina sans en être le sujet. Comme Nina, le spectateur est victime de la confusion entre le réel et l’inconscient, mais, à la différence de la ballerine, il n’est ni absorbé ni dévoré par elle. Le spectateur goûte au vertige de l’illusion fictionnelle sans en subir le malaise vampirisant.
Darren Aronofsky n’est pas David Lynch. Black Swan ne noie pas le spectateur dans les méandres d’interprétations nébuleuses au sens jamais définitivement validé, comme c’est le cas dans Lost Highway.
Et la fin est l’apothéose du sens resté en suspension comme l’ont été les yeux du spectateur qui se sont accrochés à ligne sinueuse des bras légers et gracieux de Nina, dessinant dans le vide les battements d’ailes invisibles d’un cygne à la fois blanc et noir.

Requiem for a Dream

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CAC, c’est reparti comme en 40…

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D’ici quelques jours, on devrait connaître le montant des profits réalisés par les entreprises du CAC 40 pour l’année 2010. Après la progression de 86% réalisée au premier semestre, nul doute que ces résultats illustreront encore le décalage croissant entre les citoyens et les multinationales. Total avait ouvert le feu le 11 de ce mois, en annonçant plus de 10 milliards d’euros de bénéfices nets pour l’année et la distribution de 5 milliards d’euros de dividendes. Certes, le record de 2008 n’est pas atteint (13,9 milliards), mais la hausse du prix du baril permet d’espérer approcher ou battre ce record pour l’ensemble de l’année 2011.

BNP Paribas a annoncé cette semaine avoir réalisé un bénéfice net de 7,8 milliards (nouveau record pour le groupe, battant le résultat de 2007 grâce à l’absorption de Fortis). Le résultat opérationnel s’élève à 13 milliards d’euros pour un Produit Net Bancaire de 43,8 milliards, soit une marge opérationnelle proche de 30%. Même si en termes de marges, la BNP n’est pas encore au niveau de performances de 2007, cela montre que les grandes banques se sont vite remises de la crise.

Plus globalement, les entreprises du CAC 40 ont vu leurs profits augmenter de 86% au premier semestre pour atteindre à peu près de 42 milliards d’euros et le chiffre attendu sur l’ensemble de l’année 2010 devrait dépasser les 80 milliards. Il est vrai que les profits des 40 premières cotisations françaises a atteint 101 milliards d’euros en 2007 mais il ne faut pas oublier que trois ans avant, en 2004 ces mêmes profits s’élevaient à 57 milliards « seulement ». En clair, dès la première année de sortie de crise, le CAC 40 va réaliser son troisième grand cru de l’histoire derrière ceux de 2007 et 2006.

Une inégalité très problématique

Le décalage entre les multinationales et le reste de la société est extrêmement choquant. Pendant que les sociétés du CAC 40 ont retrouvé croissance, profits et dividendes, le chômage a continué de progresser et les hausses de prix de rogner le pouvoir d’achat des ménages. Bref, les effets de la crise se font lourdement sentir par la grande majorité de la population.

Tout porte à croire que le record de 2007 sera battu dès 2011, voire 2012. Et cela pose plusieurs problèmes. L’Etat venait au secours des multinationales quand elles allaient mal, et n’a pas hésité à s’endetter pour renflouer leurs caisses. Or, ce sont les mêmes banques – aidées hier par les Etats – qui leurs prêtent aujourd’hui de l’argent. Dans ces opérations très profitables les banques trouvent dans la BCE une complice.

On peut – et on doit – se demander si certains profits ne sont pas excessifs. Des marges opérationnelles de 30 ou 40% sont-elles normales dans des secteurs comme la banque ou la pharmacie ? Ne s’agit-il pas d’une rente de position ? En outre, cette logique de course effrénée après les marges qui a poussé Renault – elle aussi aidée par l’Etat – à diviser par deux sa production en France.

Les énormes et rapides profits réalisés par les grandes multinationales sont autant d’indices d’un disfonctionnement majeur de notre organisation économique. Les écarts qui se creusent entre elles et le reste de la société indiquent que la crise sociale est toujours devant nous.

Kadhafi, la compil

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incroyable mais vrai

Avant de nous séparer d’avec le Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste (alias « Frère guide » pour les amis), nous vous avons préparé un florilège de citations qui sont autant de perles de sagesse, modestie et clairvoyance. Méditons-nous ces versets car, paraît-il, celui qui les a proféré sera bientôt obligé de nous quitter, comment dire, un peu précipitamment, pour cause de manque de gratitude d’un peuple d’égoïstes ingrats qui ne pensent qu’à leurs gueules.

« Je suis un leader international, le doyen du monde arabe, le rois des rois d’Afrique et l’imam des Musulmans et mon statut international ne me permet pas de m’abaisser à un niveau inférieur ». Mouammar Kadhafi en quittant le sommet arabe réuni en Arabie Saudite, le 31 mars 2009

« Il y a des indices selon lesquels Allah va accorder aux Musulmans une victoire en Europe. Une victoire sans sabres, ni canons, ni conquêtes. Les 50 millions de musulmans d’Europe la transformeront en continent musulman. » Mouammar Kadhafi explique les choses carrément sur Al-Jazeera

« Tout musulman dans n’importe quel endroit au monde qui aura de contacts avec la Suisse est un apostat, il est contre Mahomet, Dieu et le Coran ». Mouammar Kadhafi garde son sang-froid en traitant une récente crise internationale

« Vous, le peuple tunisien, venez de subir une grande perte. Il n’y pas mieux que Ben Ali pour gouverner la Tunisie ». Mouammar Kadhafi, avec sa clairvoyance habituelle, prépare le terrain pour un voisinage réussi pendant son exil prochain.

Nous voudrions terminer cet hommage avec un cri de cœur au peuple libyen : faites tout ce que vous voulez avec le « Frère guide » mais de grâce, laissez-nous Hannibal ! La vie en démocratie est souvent bien morne et elle le sera davantage sans les moments comiques que nous a accordé avec autant de régularité que de générosité ce prince du désert.

incroyable mais vrai