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Paris n’est qu’une fête

Delanoë conforté, nous dit un sondage exclusif publié hier par le JDD. Dix ans après son élection, le maire de Paris obtient des scores de satisfaction impressionnants : 67% des sondés pensent que l’équipe municipale a « accompli un travail excellent ou bon. » Et 68% des personnes interrogées s’avouent « satisfaites » de leur maire (89% à gauche, 43% à droite). Passé ces quelques chiffres, on pourrait croire que le triomphe est total pour celui qui a bouté la Chiraquie hors de la capitale. A condition, toutefois, ne pas être plus curieux et donc de ne pas aller jeter un œil au « bilan de la municipalité par domaine d’action ». Là, en effet on découvre que la Mairie aurait particulièrement réussi dans trois domaines très importants : l’animation et la vie culturelle, l’embellissement de Paris et le rayonnement de Paris en France et à l’étranger.

En revanche, le bilan est majoritairement négatif sur les questions du logement, de la circulation et de la sécurité. En 10 ans, le prix du mètre carré dans la capitale a bondi de 146%, et le maire explique que « ce n’est pas de sa compétence », comme la question de la sécurité. Notons donc que la Mairie et sa machine de guerre administrative et financière sont donc là pour nous satisfaire à coup de Nuit blanche, de Printemps des poètes ou de Gaité Lyrique. Pour le reste, passez votre chemin.

En 2014, il conviendra donc de ne pas élire un nouveau maire, mais un animateur socio-cul grand format. A vous faire presque regretter que la réforme des collectivités locales ne soit pas allée jusqu’au bout en transformant les communes, qui donc ne peuvent rien faire, en centres de loisirs géants.

Ce n’est qu’un début, proscrivons le débat !

Les uns trouvent qu’on parle trop, les autres, qu’on ne peut plus rien dire. Les uns pensent qu’Éric Zemmour est un délinquant, les autres qu’il est un martyr.La bataille idéologique qui fait rage et dont l’enjeu, au-delà du cas Zemmour, est la liberté d’expression prouve qu’on peut vivre dans le même monde et pas dans le même pays. On dirait en effet ces jours-ci qu’il y a deux France, celle qui s’inquiète de la « libération de la parole » et celle qui s’insurge contre l’étouffoir conformiste : la première croit vivre sous Pétain, la deuxième dans Orwell.

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Il serait commode, pour l’analyse, que la frontière entre les deux soit celle qui sépare la droite de la gauche. La gauche serait pour la censure, la droite pour la liberté, le tour serait joué. Sauf qu’il y a désormais une « bonne droite », celle des valeurs, de la morale et de Juppé qui ne veut pas du débat sur l’islam, et une mauvaise, celle de Sarkozy, de l’argent et des intérêts, qui flatte les pires instincts du peuple avec de basses arrière-pensées politiciennes[1. Certes, le rôle du gouvernement n’est pas d’organiser des débats qui se tiennent beaucoup mieux sans son intervention mais en l’occurrence l’initiative vient de l’UMP. Alors qu’on déplore généralement le vide intellectuel des partis, il est paradoxal de s’indigner parce que l’un d’eux, fût-ce celui du Président, prétend réfléchir sur un sujet qui intéresse les citoyens] Sommes-nous bâillonnés ou désinhibés, écrasés par le politiquement correct ou menacés par la banalisation du racisme ?

Alors que la machine à dénoncer fonctionne à plein régime, désignant chaque jour de nouveaux suspects, je suis tentée de vous infliger mon couplet habituel sur les commissaires politiques qui prétendent nous faire penser dans les clous et rêvent de réduire au silence toute dissidence. Je pourrais, une fois de plus, observer que le goût de la confrontation a cédé la place à « l’envie du pénal », ironiser sur les poses résistantes et les postures vertueuses des nouveaux inquisiteurs. La condamnation de Zemmour pour « délit de vérité », les dégoûtants piaillements réclamant son éviction, sans oublier le tollé provoqué par son intervention dans un colloque organisé par l’UMP, sont d’excellentes raisons d’avoir la trouille.

Dans un tout autre registre, l’importance démesurée accordée aux propos abjects d’un ivrogne, styliste branché de son état, montre que les professionnels de l’antiracisme ne cherchent pas tant à faire disparaître le racisme qu’à lui donner la plus large publicité possible, comme s’il était la preuve de leur propre hauteur morale. Ce qui est remarquable, en effet, dans l’affaire Galliano, c’est que les propos diffusés en boucle n’ont pas été tenus sur un plateau de télé mais dans un cadre privé. Peut-être faudrait-il, dans la foulée, créer une brigade des bistrots chargée d’arrêter toute personne surprise en train de proférer une horreur – ce qui n’arrangera pas l’engorgement des tribunaux.

On peut donc se contenter d’opposer le camp du Bien à celui du réel, les malpensants aux conformistes. C’est gratifiant et même assez pertinent. L’ennui, c’est que cela revient à juger au lieu d’essayer de comprendre et à décréter que ceux qui ne pensent pas comme nous sont des salauds ou des idiots, autrement dit à appliquer les méthodes qui paraissent détestables chez les autres.
Ne nous racontons pas d’histoires : la liberté d’expression ne saurait être totale.

Toute société se définit par les interdits qu’elle s’impose et les limites qu’elle se fixe. Et ne nous voilons pas la face : de même que, dans les milieux traditionnels d’extrême droite, on ne revendiquait hier la liberté d’expression que pour pouvoir dire des horreurs sur les juifs, certains ne la défendent aujourd’hui que pour pouvoir se lâcher sur les Arabes et les noirs. Si cela ne justifie en rien la traque des poux dans toutes les têtes, cela nous impose de douter de nos propres certitudes.

Reste à comprendre comment nous en sommes arrivés à débattre pour savoir s’il faut débattre. Quelles forces obscures, quelles pensées malignes, quels noirs desseins avons-nous peur de déchaîner en nous livrant à l’activité qui devrait être la plus banale dans la vie démocratique, l’affrontement argumenté ? Qu’est-ce qui nous affole au point qu’après avoir fait cadeau du réel au Front national, nous nous apprêtions à lui offrir le monopole du débat ? La réponse est à la fois simple et compliquée : nous avons un problème, mais nous avons honte d’admettre que c’est un problème au point que nous
n’arrivons même pas à le désigner. Inutile de tourner autour du pot : l’acculturation de l’islam piétine et, avec elle, l’intégration des musulmans. Or, l’universalisme républicain ne nous dit pas comment faire avec l’Autre parce que, soucieux de reconnaître l’humanité en tout homme, nous nous interdisons de le voir comme un Autre. Peut-être faut-il commencer par admettre que si tous les hommes sont égaux, certains nous sont plus étrangers que d’autres. Il n’y a là rien de criminel : toutes les cultures, tous les groupes humains se définissent par leurs différences.

Nous pouvons vivre avec certaines, pas avec toutes. Une chose est sûre, c’est qu’on ne résoudra rien par le déni : si le débat n’est pas une politique, sans débat il n’y a pas de politique.[/access]

SAS en Libye

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Une unité des forces spéciales britanniques (SAS – Special Air Service) composée d’au moins huit soldats, a été interceptée par des rebelles libyens dans l’est du pays, près de Benghazi. Interrogé sur cette arrestation, le Foreign Office a expliqué sans rire que les soldats escortaient un diplomate de Sa Gracieuse Majesté qui devait engager des contacts avec les opposants à Kadhafi. Nous vivons en république et vous êtes libre d’y croire.

Une thèse plus plausible pour expliquer la présence de nos supermen? Disons que depuis le début de la guerre civile, des équipes des forces spéciales opèrent un peu partout dans le pays, et –normalement- dans la plus grande discrétion. Les commandos d’élite sont en train de se positionner pour surveiller les installations stratégiques, recueillir des renseignements et se préparer à d’éventuelles frappes aériennes. Beaucoup de « bombes intelligentes » sont guidées vers leurs cibles par des rayons lasers et ce sont des commandos sur le terrain qui les « illuminent ».

Il faut dire aussi que pour le SAS, une mission en Libye est en quelque sorte un retour au bercail. C’est dans ce désert que l’unité a été créée en juillet 1941 par Sir David Stirling pour combattre, avec le succès qu’on sait, les troupes de Graziani puis celles de Rommel.

Retraité, Striling n’a pas perdu le goût de l’aventure et a fondé une boîte de mercenaires, KAS International. L’un des contrats le plus intéressant de KAS a été la tentative, en 1971, de se débarrasser de Kadhafi et de renverser son régime – alors presque neuf mais déjà voyou. Stirling a malheureusement échoué. Espérons que ses héritiers feront mieux aujourd’hui. Pour le moment, cela semble mal barré. En tout cas, pour expliquer officiellement leur ingérence en Libye, le Foreign Office pourrait simplement dire qu’il s’agit d’un pèlerinage. C’est d’autant plus crédible que l’hymne du SAS débute ainsi « Nous sommes les pèlerins »…

Galliano: Moix entend des voix

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Avec ses poses de pourfendeur germanopratin du racisme gallianoesque, Yann Moix se prend les pieds dans le tapis. Il ne s’est pas donné la peine de se livrer à la moindre vérification, préférant sur-interpréter ce qu’il s’attendait à entendre. Pour reprendre le titre d’un ouvrage consacré aux compagnons de route de l’URSS d’hier, Moix voit ce qu’il croit.

Dans une interview lénifiante datée du 3 mars et lisible sur le site de la Règle du Jeu de son pote BHL, Yann Moix, faisant référence à une fameuse vidéo diffusée par The Sun, analyse avec une rigueur tout botulienne les propos avinés de John Galliano – épouvantail malpensant du moment.
Et de pontifier : « On peut parfaitement entendre, sur le film, affirme Moix, que Galliano souhaite que les juifs soient gazés, mais on ne peut l’entendre dire qu’il souhaite que des « putain de juifs » soient gazés. »

On a donc tenté de « parfaitement entendre » ; manque de pot, sur la vidéo en question, à aucun moment le couturier ne prononce le mot « juifs ». Certes, il proclame pathétiquement son amour pour Hitler (avec lequel il partage un penchant suspect pour la petite moustache) et s’adresse d’une manière nauséabonde à ceux qui le filment en assurant qu’ils auraient dû être gazés. Mais jamais il n’exprime le souhait que « les juifs soient gazés ». Qu’il le pense très fort est une autre question, qui ne donne pas le droit à Moix d’élaborer une théorie qui d’ailleurs ferait pouffer Barthes et Lacan s’ils étaient abonnés à la Règle du jeu. Pauvre de Moix !

C’est un point de détail, comme dirait l’autre, car au fond, la seule attitude raisonnable serait de traiter par le mépris les divagations d’un ivrogne dépressif et maquillé sur Hitler, les juifs, le point de croix voire la météo, comme le développe avec justesse Marc Cohen dans ces colonnes. On peut en conclure que Yann Moix devrait soit écouter la bande-son des vidéos qu’il regarde (on n’ira pas jusqu’à lui demander de faire de même avec ses films, on n’est pas des bêtes), soit apprendre l’anglais : Galliano à Berlin, Moix chez Berlitz !

Malthus, fais-moi peur!

Dans un article publié dansLesEchos.fr, Jeffrey D. Sachs, directeur de l’Institut de la Terre à l’université de Columbia, estime que la combinaison de la croissance de la population mondiale et son gigantesque enrichissement au cours des dernières décennies avec le réchauffement climatique risquent d’entrainer une « grave crise politique, économique et sociale ». D’après monsieur Sachs, le pire peut encore être évité si « nous convertissons nos économies à des sources d’énergies renouvelables et à des méthodes de production agricole durable et adoptons une taxation raisonnable des riches ». Bref, si nous confions la gestion de la catastrophe à venir à nos États.

Il faut que je vous raconte une histoire : en 1968, Paul Ehrlich, biologiste américain de l’université de Stanford, publie The Population Bomb. La thèse développée par Ehrlich dans son best-seller est un condensé de pessimisme malthusien : pour lui, la croissance de la population mondiale engendrera des famines massives au cours des années 1970 et 1980. Ehrlich, un petit peu comme monsieur Sachs, en appelle aux gouvernements pour qu’ils mettent en place, le plus vite possible, des politiques coercitives destinées à éviter la catastrophe imminente. Après tout, quoi de plus logique ? Nous vivons dans un monde de ressources limitées et la population mondiale explose : l’idée selon laquelle nous devrions être confrontés à des pénuries de ressources naturelles et donc à une augmentation du prix desdites ressources semble tout ce qu’il y a de plus raisonnable.

En 1980, un professeur d’économie nommé Julian Simon lança un défi au biologiste : il s’agissait de parier sur le prix de 5 matières premières choisies par Ehrlich à la date que celui-ci voudrait. Si, à la date choisie, les prix (ajustés de l’inflation) des ressources naturelles sélectionnées étaient effectivement plus élevé qu’en 1980, l’économiste devait payer la différence et dans le cas contraire, c’est Ehrlich qui devrait payer Simon. Après avoir consulté John Harte et John Holdren, deux physiciens de l’université de Berkeley, Ehrlich accepta le pari et, le 29 septembre 1980, misa 1 000 dollars sur la croissance des prix du cuivre, du chrome, du nickel, de l’étain et du tungstène au cours de la décennie à venir.

De 1980 à 1990, la population mondiale augmenta de 800 millions d’individus, la plus forte augmentation jamais observée jusque-là, mais le 29 septembre 1990 – quand le pari arriva à son terme – les prix des cinq métaux sélectionnés par Ehrlich avaient baissé – tous, sans aucune exception. Ehrlich avait perdu son pari et – rendons lui cet honneur – honora son contrat en postant un chèque de $576.07 dollars à l’ordre de Simon. Il refusa en revanche de renouveler le pari.

Les thèses malthusiennes ont toujours eut cette particularité que de faire vendre énormément de livres et de rendre leurs auteurs célèbres tout en se révélant fausses a posteriori. Habituellement défendues par des biologistes, physiciens ou autres géologues parfaitement compétents dans leurs domaines respectifs mais qui ignorent tout du fonctionnement d’une économie, leurs prédictions apocalyptiques ont toujours été démenties par deux mécanismes très simples qui se mettent naturellement en branle quand une ressource se raréfie et que son prix monte : la hausse des cours incite les producteurs à produire plus ou à développer une alternative et les consommateurs à adapter leur consommation. Ce qui est nouveau cette fois, c’est que monsieur Sachs est aussi professeur d’économie.

Plutôt que de nous perdre dans de longues considérations théoriques et d’énumérer la longue liste des prédictions malthusiennes démenties par les faits, je propose un pari dont voici les termes : que monsieur Sachs choisisse cinq matières premières à sa convenance et une date distante d’au moins un an et nous miserons sur l’évolution future du prix de chacune de ces matières. Si, à la date choisie par monsieur Sachs, la valeur ajustée de l’inflation de ce panier a augmenté, je m’engage solennellement à lui payer la différence. Si, au contraire, la valeur du panier sélectionné par monsieur Sachs a diminué, il devra me payer la différence.

Monsieur Sachs, voulez-vous parier avec moi ?

What to dø ?

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Quand je fais une découverte, j’aime bien la partager ; après, « ça tombe où ça peut », comme disait à peu près Jésus.

En l’occurrence ce matin, après le turbin, je me suis enfin décidé à écouter sur Deezer The Dø, un groupe dont j’avais vaguement retenu une chanson : On my shoulders .

Passionnant ! direz-vous en retenant un bâillement poli. Eh bien, vous aurez tort. Rien que le nom de ce duo, déjà… D pour Dan le Français et O pour Olivia la Finlandaise, OK. Mais pourquoi ce o barré, qui n’existe même pas en finnois ? Tel est leur terrible secret : ces gens-là sont barrés et c’est ça qui fait leur prix.

Quant à la musique qu’ils produisent, elle ne laisse pas d’intriguer : «Entre folk intimiste et électro pop exaltée», dit la critique; bref, n’importe quoi (la critique, pas leur musique).

C’est seulement demain qu’on pourra découvrir leur nouvel album, et deux jours plus tard qu’ils seront au Trianon. Mais le mieux, puisqu’apparemment vous n’avez rien de mieux à faire de votre dimanche, c’est d’écouter déjà A Mouthful (2008) : vous verrez, The Dø met la barre très haut.

Hosni soit qui mal y pense

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Après s’être copieusement gaussés des déboires aéroportés de MAM en Tunisie, de sa gestion pour le moins originale de la révolution dite « du Jasmin », des ratés de la diplomatie française et des compromissions hautement suspectes de Paris avec Ben Ali, les Brits découvrent subitement les mérites de la discrétion et de la sobriété depuis que l’Égypte et Bahreïn sont entrés dans la danse. En attendant que tombent d’autres dominos…

Étrangement, le secrétaire d’État William Hague est aux abonnés absents ou d’une pudeur de jeune fille rougissante quand on lui demande la position du Royaume sur les « événements » qui secouent deux pays traditionnellement sous étroite influence britannique (Protectorat jusqu’en 1922 pour l’un, tutorat militaire jusqu’en 1971 pour l’autre). William n’a rien à dire, et son premier ministre invoque un retard de sommeil pour prendre la tangente. Difficile, certes, d’admettre publiquement que l’administration Obama oublie souvent, si ce n’est systématiquement, d’informer son ex-allié privilégié en Europe de ses choix au Proche-Orient. Comment s’en étonner, d’ailleurs ? David Cameron a axé toute sa politique étrangère sur le commerce international et transformé ses ambassadeurs en VRP de luxe. Chacun son métier : le représentant officiel des entreprises brits vend sa boutique mais, du coup, il n’est peut-être pas le mieux placé pour peser sur l’Histoire en marche.

Au-delà des choix stratégiques de la diplomatie du Royaume-Uni, cette inertie trahit surtout son très profond malaise. Et son impuissance, même s’il n’est pas le seul à avoir conclu un pacte faustien avec Moubarak et ses petits camarades de jeu, genre « je ferme les yeux et tu me tiens les mollahs ». L’Union européenne ne s’est jamais vraiment inquiétée de la situation des droits de l’homme quand elle signait des accords commerciaux avec l’Égypte ; nos présidents successifs, le FMI et la Banque mondiale ont regardé ailleurs au moment où Moubarak constituait son trésor de guerre en pillant méthodiquement son pays, et les fiches Wikileaks ont prouvé, si besoin était, que les scrupules démocratiques n’avaient pas vraiment cours quand il s’agissait de soutenir tous les dictateurs arabes qui donnaient des gages anti-islamistes… Hosni soit qui mal y pense !

Mais à l’image de Sir John Beddington, grand spécialiste de la « gestion durable des ressources naturelles » et conseiller scientifique officiel du gouvernement britannique, qui vient de pondre un très opportun rapport sur « le futur de l’alimentation et de l’agriculture » en Égypte commandé par l’ex-raïs, on marche sur des œufs à Londres dès qu’on pose un pied au Caire. Tout en déplorant « la faiblesse des infrastructures, les divergences d’intérêts entre pays riches et pauvres, la volatilité des prix ou les difficultés liées à la distribution mondiale » (sic), bref en enfonçant toutes les portes ouvertes disponibles, il s’est bien gardé de proposer la moindre solution concrète qui aurait pu sembler contrariante pour un système en partie responsable des troubles actuels.

Comment se sortir, sans perdre la face, du fichu pétrin où les manifestants de la place Al-Tahrir ont, à l’insu de leur plein gré, plongé le gouvernement de Sa très gracieuse Majesté, that is the question… Comment apporter un discret soutien moral à ces inconscients qui risquent de déstabiliser un de nos remparts les plus précieux contre l’expansionnisme iranien et pourraient s’opposer aux intérêts stratégiques des démocraties occidentales ? Quadrature du cercle et prise de tête assurée.

« Toute action engagée devra être pacifique », martèle William Hague, en niant vigoureusement que les événements puissent avoir la moindre coloration islamiste, comme pour se convaincre que tout changera miraculeusement pour que rien ne change. Et en priant pour qu’un régime démocratique mais stable, surtout très stable, succède à la dictature, que l’Égypte respecte ses engagements vis-à-vis d’Israël et du Fatah dans la lutte contre le Hamas, et que les excellentes relations avec les services secrets égyptiens ne soient pas affectées.

Avec les obscurs manifestants bahreiniens, le Royaume-Uni prend encore moins de gants. Circulez, y’a rien à voir… À quelques encablures de l’Iran, la famille Al-Khalifa, qui règne sur le pays depuis deux siècles avec l’amical appui des Brits et des Américains, est bien trop indispensable tactiquement. Le problème, c’est que la jeune génération, qui n’est pas marquée idéologiquement, est avide de droits politiques fondamentaux. Elle veut mettre à bas la tyrannie. Silence et attentisme risquent de la radicaliser. Est-ce si difficile à comprendre à Westminster et ailleurs ? Churchill, reviens, ils n’ont rien compris ! Que c’est loin El-Alamein…

Notre pain quotidien (9)

Les épiciers de Tarnac ont encore frappé ! Heureusement que je relis mes vieux journaux. Sans quoi j’aurais failli louper dans Le Monde de jeudi dernier une comique et délassante petite tribune des dandys anars en polystyrène expansé de la ferme de Tarnac, dénonçant – dans un sabir qui fait un peu « mal traduit de l’italien » – une sorte de fantasmatique internationale policière qui relirait Kadhafi et Sarkozy ! Ah les arrestations arbitraires ! Ah cette cruelle chasse aux « anarcho-autonomes » que l’on embastille pour des… tags ! Ah ces « rafles » ! Sans parler du drame des institutrices militantes que de sales « flics » à la solde du système capitaliste et impérialiste obligeraient à devenir des « indics »… Brrr… Un vent de panique traverse les salles des profs ! Signe des temps : l’article est signé par une série de prénoms : « Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Matthieu et Yildune. » Ah ! Cela renvoie aux heures les plus glorieuses de la téléréalité, quand les patronymes étaient honnis, au profit des seuls prénoms… Ah ! Loana, Steevy, et Bourriquet… Vivement que l’insurrection arrive, les copains, on va bien s’amuser.

Coup de pompes funèbres. La presse régionale – vous le savez bien – est une inépuisable pourvoyeuse de faits divers croustillants qui sont autant d’hymnes déchirants à l’humain, dans toute la splendeur de sa bêtise touchante. Ainsi l’Est Républicain de mardi dernier publiait un article titré : « Cambriolage au funérarium : un corbillard dérobé ». Valdahon (Doubs) a été pour un moment – de par l’apparente concentration en son sein de délinquants idiots – la capitale du bon sens. Car oui, braquer une banque ou faire main basse sur la recette d’une superette ce n’est rien à côté du potentiel que représente le cambriolage d’un funérarium ! « Et encore, ça aurait pu être pire, car un défunt se trouvait dans une des salles mortuaires qui ont été fracturées. Est-ce que les cambrioleurs ont pris peur, toujours est-il qu’ils ne l’ont heureusement pas touché » commente le patron. L’histoire ne dit pas si les délinquants sont repartis avec le corbillard en roulant à tombeau ouvert, mais une chose est certaine : ils ne l’emporteront pas au paradis.

Il est défendu à un fonctionnaire de jeter l’argent par les fenêtres, autant qu’il est déconseillé à un homme bien éduqué de défenestrer sa copine. Voilà un adage qu’un certain Pascal G., haut-fonctionnaire au Ministère de l’économie, aurait du faire sien. Pourtant, ainsi que nous l’apprend le quotidien Aujourd’hui en France (qui, au passage, balance le nom de l’intéressé…), cet homme un peu rugueux a été mis en examen pour tentative de meurtre, après avoir commencé à défenestrer sa « compagne ». Alerté par les hurlements, un policier qui était posté devant l’hôtel Matignon, à proximité du logement du butor, a dû intervenir pour sauver la jeune femme. « Il s’agissait d’une dispute entre nous, a confié Pascal G. à nos confrères. Elle était en train de tout balancer chez moi. Je lui ai alors dit : Attention, je vais te jeter par la fenêtre pour te calmer ! Cette jeune femme est très impressionnable. » Le policier explique que les trois-quarts du corps de la victime étaient déjà dans le vide… Le journal précise que la jeune-femme ne portera pas plainte. Question : sa tolérance à la connerie ne la fera t-elle pas, un jour, tomber de vraiment vraiment haut ? Affaire à suivre…

Pour un débat national sur le christianisme

Comme le gouvernement, en organisant à brûle-pourpoint un nouveau débat national, semble ne pouvoir s’empêcher de régir les conversations de bistrot que nous tenons dorénavant sur Internet, j’ai envie de lui proposer un super sujet (à mon humble avis) : le christianisme. Puisque parler de l’islam est paraît-il stigmatisant pour les musulmans, « en tant que chrétien », et même en tant que catholique, assumons carrément, je m’offre en victime expiatoire du nouveau débat que le président a concocté pour piquer (ou donner, on ne sait plus) des voix au Front National. Parler de cette vieille chose obsolète que l’on appelle le christianisme et de ces gros ringards que l’on appelle les chrétiens, ça pourrait être sympa, non ? Super fun et top délire ? Stigmatisation ? Même pas peur. Laissez venir à moi les stigmatiseurs. Moi aussi, je veux être stigmatisé, histoire que l’on parle de moi et de ma religion à moi dont j’ai l’impression amère qu’elle quitte la scène nationale un peu trop discrètement, pour laisser la place à une autre, un peu trop m’as-tu-vu à mon goût malgré (ou grâce à) son goût à elle pour le voile. Mais n’est-ce pas le sort de tous les parvenus que d’afficher un peu trop ostensiblement leur réussite sur la place publique? Islam Pride, écrivait quelqu’un récemment. Certes, le succès des nouveaux riches a toujours irrité les gens en place, mais le problème cette fois-ci c’est que les gens en place ne le sont plus guère et qu’une nouvelle religion chasse l’ancienne, comme, serait-on tenté d’ajouter si l’on était d’humeur polémique, la mauvaise monnaie chasse la bonne. On a même entendu récemment Michel Godet, hypermédiatique de droite, chrétien de surcroît[1. je crois, je n’en suis pas sûr, le christianisme, contrairement à d’autres religions et sauf exception, tel votre serviteur, ne se portant plus guère en bandoulière dans l’espace public], proposer tranquillement, et sans guère créer de polémique, de transformer des églises en mosquées. Mais voilà que je me mets à faire dévier mon débat à moi sur l’islam, comme un Besson de base ! Revenons vite à nos ouailles.

Pour lancer le débat, rappelons certaines choses qui selon moi confinent au truisme. Certaines mauvaises langues, je pense par exemple à Marcel Gauchet ou Pierre Manent, sous-entendent parfois que la forme politique de la nation n’est pas tout à fait étrangère à la religion qui a dominé l’Occident pendant deux petits millénaires, avant qu’elle ne s’éclipse sur la pointe des pieds. Peut-être, pour comprendre où nous allons au moment où la nation et la religion chrétienne semblent disparaître de conserve de nos contrées, serait-il utile de comprendre les liens qui les unissent, et de constater que pendant que l’Europe post-nationale se construit cahin-caha, une autre religion, une religion « civilisationnelle », l’islam (zut, encore lui), tient de plus en plus le haut du pavée. On pourrait multiplier les sujets de débats à propos du christianisme, qui nous permettraient peut-être, si nous faisions preuve d’une ouverture d’esprit inédite sur ces sujets, de mieux nous comprendre. Existe-t-il un lien entre « les droits de l’Homme » et le souci des faibles et des persécutés, tel qu’il se manifeste dans la Bible en général et dans les Evangiles en particulier ? Si oui, de quel ordre ? L’universalisme chrétien, incarné par saint Paul, est-il la source de l’universalisme occidental en général et français en particulier? Le Christ en affirmant que son Royaume n’est pas de ce monde ou en proposant de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, a-t-il permis à ce que nous appelons en France la laïcité d’exister ? Toutes ces belles choses qu’a créées l’Occident, l’éducation obligatoire, l’hôpital, l’Etat providence, sont-elles des institutions chrétiennes devenues folles, pour reprendre les thèses de G.K. Chesterton et de Ivan Illich ? Le concept de « secondarité culturelle », cher à Rémi Brague, qui dans une interview récente, dont je ne saurais trop recommander la lecture, a tranquillement déclaré qu’en Europe aujourd’hui, d’une façon ou d’une autre, « nous sommes tous islamistes » (aïe, toujours l’islam), le concept de « secondarité culturelle », disais-je, propre à la romanité dont nous sommes les héritiers gâtés et indignes, n’est-il par un trésor spirituel dont la perte probable mériterait au moins quelques larmes qui ne seraient pas de crocodile ? On pourrait multiplier les questions de ce genre, qui nous permettraient de mieux mesurer ce que nous perdons. Un débat sur ce qui s’en va, sur ce que nous délaissons d’un cœur si léger, voilà mon rêve utopique et pénétrant. En terme festif : une petite catho pride, avant que nous ne débarrassions définitivement le plancher… Est-ce trop demander au chanoine du Latran ?

Session de rattrapage pour Gérard Longuet

Certains observateurs ont cru remarquer que Gérard Longuet arborait un sourire jusqu’aux oreilles depuis sa nomination au ministère de la Défense. C’est que cette fois-ci, il est vraiment ministre. Vraiment parce qu’en novembre, au moment du remaniement annoncé depuis six mois par le président de la République, et qui devait – si, si, rappelez-vous – signer l’arrivée de Jean Louis Borloo à Matignon, Longuet devait en être.

On lui avait promis un grand MITI à la française: un hyperministère chapeautant les transports, l’industrie et l’énergie, rapatrié pour l’occasion à Bercy. Autant de domaines récupérés sur la dépouille du ministère de l’Ecologie pour être redonnés à un fier nucléocrate. Borloo avait accepté le deal, ayant la certitude que ses acquis sur le Grenelle étaient sanctuarisés et se disant que, depuis Matignon, il pourrait toujours surfer politiquement sur les thématiques environnementales.

Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Longuet qui commençait déjà à choisir le papier peint pour son nouveau ministère (il n’était pas revenu aux grandes affaires nationales depuis 1994) avait d’ailleurs – selon nos informations – été reçu à deux reprises à l’Elysée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, alors Secrétaire général de l’Elysée pour de sérieuses réunions de travail en vue de définir sa mission. Un signe qui ne trompe pas, alors que le remaniement s’annonçait.

Evidemment, Longuet n’est pas devenu ministre en novembre, il est resté patron du groupe UMP du Sénat et traînait sa mauvaise humeur jusqu’à la semaine passée. Mais à mon avis, dimanche, il n’a pas du être trop tranquille quand même alors qu’on l’annonçait partout : lors du précédent remaniement, alors que tout semblait aller comme sur des roulettes, Longuet avait appris par la télé qu’il n’était pas ministre. Quand la liste finale a été établie, sans que son nom n’y figure, personne, à l’Elysée, n’avait jugé nécessaire de l’appeler pour le prévenir, que non finalement, le MITI ça n’était pas pour lui, ni quelque autre ministère. Le ressentiment, c’est simple comme un coup de fil, surtout si on a oublié de le passer…

Du coup, on comprend mieux pourquoi, juste après le remaniement, le Canard s‘était fait l’écho d’un Longuet disant à Sarko qu’il « avait envie de lui casser la gueule », ce que l’intéressé s’était empêché de démentir au micro de Fogiel, non sans humour et même une bonne dose d’autodérision « J’ai fait ce genre de choses à la fac, ça fait quarante ans, depuis je me suis calmé ! »

Certes on lui avait promis que ce malentendu serait réparé à la première occasion, mais vacciné quant à ce que valent certaines promesses, fussent-elles présidentielles, Gérard commençait à trouver le temps longuet…

Paris n’est qu’une fête

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Delanoë conforté, nous dit un sondage exclusif publié hier par le JDD. Dix ans après son élection, le maire de Paris obtient des scores de satisfaction impressionnants : 67% des sondés pensent que l’équipe municipale a « accompli un travail excellent ou bon. » Et 68% des personnes interrogées s’avouent « satisfaites » de leur maire (89% à gauche, 43% à droite). Passé ces quelques chiffres, on pourrait croire que le triomphe est total pour celui qui a bouté la Chiraquie hors de la capitale. A condition, toutefois, ne pas être plus curieux et donc de ne pas aller jeter un œil au « bilan de la municipalité par domaine d’action ». Là, en effet on découvre que la Mairie aurait particulièrement réussi dans trois domaines très importants : l’animation et la vie culturelle, l’embellissement de Paris et le rayonnement de Paris en France et à l’étranger.

En revanche, le bilan est majoritairement négatif sur les questions du logement, de la circulation et de la sécurité. En 10 ans, le prix du mètre carré dans la capitale a bondi de 146%, et le maire explique que « ce n’est pas de sa compétence », comme la question de la sécurité. Notons donc que la Mairie et sa machine de guerre administrative et financière sont donc là pour nous satisfaire à coup de Nuit blanche, de Printemps des poètes ou de Gaité Lyrique. Pour le reste, passez votre chemin.

En 2014, il conviendra donc de ne pas élire un nouveau maire, mais un animateur socio-cul grand format. A vous faire presque regretter que la réforme des collectivités locales ne soit pas allée jusqu’au bout en transformant les communes, qui donc ne peuvent rien faire, en centres de loisirs géants.

Ce n’est qu’un début, proscrivons le débat !

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Les uns trouvent qu’on parle trop, les autres, qu’on ne peut plus rien dire. Les uns pensent qu’Éric Zemmour est un délinquant, les autres qu’il est un martyr.La bataille idéologique qui fait rage et dont l’enjeu, au-delà du cas Zemmour, est la liberté d’expression prouve qu’on peut vivre dans le même monde et pas dans le même pays. On dirait en effet ces jours-ci qu’il y a deux France, celle qui s’inquiète de la « libération de la parole » et celle qui s’insurge contre l’étouffoir conformiste : la première croit vivre sous Pétain, la deuxième dans Orwell.

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Il serait commode, pour l’analyse, que la frontière entre les deux soit celle qui sépare la droite de la gauche. La gauche serait pour la censure, la droite pour la liberté, le tour serait joué. Sauf qu’il y a désormais une « bonne droite », celle des valeurs, de la morale et de Juppé qui ne veut pas du débat sur l’islam, et une mauvaise, celle de Sarkozy, de l’argent et des intérêts, qui flatte les pires instincts du peuple avec de basses arrière-pensées politiciennes[1. Certes, le rôle du gouvernement n’est pas d’organiser des débats qui se tiennent beaucoup mieux sans son intervention mais en l’occurrence l’initiative vient de l’UMP. Alors qu’on déplore généralement le vide intellectuel des partis, il est paradoxal de s’indigner parce que l’un d’eux, fût-ce celui du Président, prétend réfléchir sur un sujet qui intéresse les citoyens] Sommes-nous bâillonnés ou désinhibés, écrasés par le politiquement correct ou menacés par la banalisation du racisme ?

Alors que la machine à dénoncer fonctionne à plein régime, désignant chaque jour de nouveaux suspects, je suis tentée de vous infliger mon couplet habituel sur les commissaires politiques qui prétendent nous faire penser dans les clous et rêvent de réduire au silence toute dissidence. Je pourrais, une fois de plus, observer que le goût de la confrontation a cédé la place à « l’envie du pénal », ironiser sur les poses résistantes et les postures vertueuses des nouveaux inquisiteurs. La condamnation de Zemmour pour « délit de vérité », les dégoûtants piaillements réclamant son éviction, sans oublier le tollé provoqué par son intervention dans un colloque organisé par l’UMP, sont d’excellentes raisons d’avoir la trouille.

Dans un tout autre registre, l’importance démesurée accordée aux propos abjects d’un ivrogne, styliste branché de son état, montre que les professionnels de l’antiracisme ne cherchent pas tant à faire disparaître le racisme qu’à lui donner la plus large publicité possible, comme s’il était la preuve de leur propre hauteur morale. Ce qui est remarquable, en effet, dans l’affaire Galliano, c’est que les propos diffusés en boucle n’ont pas été tenus sur un plateau de télé mais dans un cadre privé. Peut-être faudrait-il, dans la foulée, créer une brigade des bistrots chargée d’arrêter toute personne surprise en train de proférer une horreur – ce qui n’arrangera pas l’engorgement des tribunaux.

On peut donc se contenter d’opposer le camp du Bien à celui du réel, les malpensants aux conformistes. C’est gratifiant et même assez pertinent. L’ennui, c’est que cela revient à juger au lieu d’essayer de comprendre et à décréter que ceux qui ne pensent pas comme nous sont des salauds ou des idiots, autrement dit à appliquer les méthodes qui paraissent détestables chez les autres.
Ne nous racontons pas d’histoires : la liberté d’expression ne saurait être totale.

Toute société se définit par les interdits qu’elle s’impose et les limites qu’elle se fixe. Et ne nous voilons pas la face : de même que, dans les milieux traditionnels d’extrême droite, on ne revendiquait hier la liberté d’expression que pour pouvoir dire des horreurs sur les juifs, certains ne la défendent aujourd’hui que pour pouvoir se lâcher sur les Arabes et les noirs. Si cela ne justifie en rien la traque des poux dans toutes les têtes, cela nous impose de douter de nos propres certitudes.

Reste à comprendre comment nous en sommes arrivés à débattre pour savoir s’il faut débattre. Quelles forces obscures, quelles pensées malignes, quels noirs desseins avons-nous peur de déchaîner en nous livrant à l’activité qui devrait être la plus banale dans la vie démocratique, l’affrontement argumenté ? Qu’est-ce qui nous affole au point qu’après avoir fait cadeau du réel au Front national, nous nous apprêtions à lui offrir le monopole du débat ? La réponse est à la fois simple et compliquée : nous avons un problème, mais nous avons honte d’admettre que c’est un problème au point que nous
n’arrivons même pas à le désigner. Inutile de tourner autour du pot : l’acculturation de l’islam piétine et, avec elle, l’intégration des musulmans. Or, l’universalisme républicain ne nous dit pas comment faire avec l’Autre parce que, soucieux de reconnaître l’humanité en tout homme, nous nous interdisons de le voir comme un Autre. Peut-être faut-il commencer par admettre que si tous les hommes sont égaux, certains nous sont plus étrangers que d’autres. Il n’y a là rien de criminel : toutes les cultures, tous les groupes humains se définissent par leurs différences.

Nous pouvons vivre avec certaines, pas avec toutes. Une chose est sûre, c’est qu’on ne résoudra rien par le déni : si le débat n’est pas une politique, sans débat il n’y a pas de politique.[/access]

SAS en Libye

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Une unité des forces spéciales britanniques (SAS – Special Air Service) composée d’au moins huit soldats, a été interceptée par des rebelles libyens dans l’est du pays, près de Benghazi. Interrogé sur cette arrestation, le Foreign Office a expliqué sans rire que les soldats escortaient un diplomate de Sa Gracieuse Majesté qui devait engager des contacts avec les opposants à Kadhafi. Nous vivons en république et vous êtes libre d’y croire.

Une thèse plus plausible pour expliquer la présence de nos supermen? Disons que depuis le début de la guerre civile, des équipes des forces spéciales opèrent un peu partout dans le pays, et –normalement- dans la plus grande discrétion. Les commandos d’élite sont en train de se positionner pour surveiller les installations stratégiques, recueillir des renseignements et se préparer à d’éventuelles frappes aériennes. Beaucoup de « bombes intelligentes » sont guidées vers leurs cibles par des rayons lasers et ce sont des commandos sur le terrain qui les « illuminent ».

Il faut dire aussi que pour le SAS, une mission en Libye est en quelque sorte un retour au bercail. C’est dans ce désert que l’unité a été créée en juillet 1941 par Sir David Stirling pour combattre, avec le succès qu’on sait, les troupes de Graziani puis celles de Rommel.

Retraité, Striling n’a pas perdu le goût de l’aventure et a fondé une boîte de mercenaires, KAS International. L’un des contrats le plus intéressant de KAS a été la tentative, en 1971, de se débarrasser de Kadhafi et de renverser son régime – alors presque neuf mais déjà voyou. Stirling a malheureusement échoué. Espérons que ses héritiers feront mieux aujourd’hui. Pour le moment, cela semble mal barré. En tout cas, pour expliquer officiellement leur ingérence en Libye, le Foreign Office pourrait simplement dire qu’il s’agit d’un pèlerinage. C’est d’autant plus crédible que l’hymne du SAS débute ainsi « Nous sommes les pèlerins »…

Galliano: Moix entend des voix

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Avec ses poses de pourfendeur germanopratin du racisme gallianoesque, Yann Moix se prend les pieds dans le tapis. Il ne s’est pas donné la peine de se livrer à la moindre vérification, préférant sur-interpréter ce qu’il s’attendait à entendre. Pour reprendre le titre d’un ouvrage consacré aux compagnons de route de l’URSS d’hier, Moix voit ce qu’il croit.

Dans une interview lénifiante datée du 3 mars et lisible sur le site de la Règle du Jeu de son pote BHL, Yann Moix, faisant référence à une fameuse vidéo diffusée par The Sun, analyse avec une rigueur tout botulienne les propos avinés de John Galliano – épouvantail malpensant du moment.
Et de pontifier : « On peut parfaitement entendre, sur le film, affirme Moix, que Galliano souhaite que les juifs soient gazés, mais on ne peut l’entendre dire qu’il souhaite que des « putain de juifs » soient gazés. »

On a donc tenté de « parfaitement entendre » ; manque de pot, sur la vidéo en question, à aucun moment le couturier ne prononce le mot « juifs ». Certes, il proclame pathétiquement son amour pour Hitler (avec lequel il partage un penchant suspect pour la petite moustache) et s’adresse d’une manière nauséabonde à ceux qui le filment en assurant qu’ils auraient dû être gazés. Mais jamais il n’exprime le souhait que « les juifs soient gazés ». Qu’il le pense très fort est une autre question, qui ne donne pas le droit à Moix d’élaborer une théorie qui d’ailleurs ferait pouffer Barthes et Lacan s’ils étaient abonnés à la Règle du jeu. Pauvre de Moix !

C’est un point de détail, comme dirait l’autre, car au fond, la seule attitude raisonnable serait de traiter par le mépris les divagations d’un ivrogne dépressif et maquillé sur Hitler, les juifs, le point de croix voire la météo, comme le développe avec justesse Marc Cohen dans ces colonnes. On peut en conclure que Yann Moix devrait soit écouter la bande-son des vidéos qu’il regarde (on n’ira pas jusqu’à lui demander de faire de même avec ses films, on n’est pas des bêtes), soit apprendre l’anglais : Galliano à Berlin, Moix chez Berlitz !

Malthus, fais-moi peur!

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Dans un article publié dansLesEchos.fr, Jeffrey D. Sachs, directeur de l’Institut de la Terre à l’université de Columbia, estime que la combinaison de la croissance de la population mondiale et son gigantesque enrichissement au cours des dernières décennies avec le réchauffement climatique risquent d’entrainer une « grave crise politique, économique et sociale ». D’après monsieur Sachs, le pire peut encore être évité si « nous convertissons nos économies à des sources d’énergies renouvelables et à des méthodes de production agricole durable et adoptons une taxation raisonnable des riches ». Bref, si nous confions la gestion de la catastrophe à venir à nos États.

Il faut que je vous raconte une histoire : en 1968, Paul Ehrlich, biologiste américain de l’université de Stanford, publie The Population Bomb. La thèse développée par Ehrlich dans son best-seller est un condensé de pessimisme malthusien : pour lui, la croissance de la population mondiale engendrera des famines massives au cours des années 1970 et 1980. Ehrlich, un petit peu comme monsieur Sachs, en appelle aux gouvernements pour qu’ils mettent en place, le plus vite possible, des politiques coercitives destinées à éviter la catastrophe imminente. Après tout, quoi de plus logique ? Nous vivons dans un monde de ressources limitées et la population mondiale explose : l’idée selon laquelle nous devrions être confrontés à des pénuries de ressources naturelles et donc à une augmentation du prix desdites ressources semble tout ce qu’il y a de plus raisonnable.

En 1980, un professeur d’économie nommé Julian Simon lança un défi au biologiste : il s’agissait de parier sur le prix de 5 matières premières choisies par Ehrlich à la date que celui-ci voudrait. Si, à la date choisie, les prix (ajustés de l’inflation) des ressources naturelles sélectionnées étaient effectivement plus élevé qu’en 1980, l’économiste devait payer la différence et dans le cas contraire, c’est Ehrlich qui devrait payer Simon. Après avoir consulté John Harte et John Holdren, deux physiciens de l’université de Berkeley, Ehrlich accepta le pari et, le 29 septembre 1980, misa 1 000 dollars sur la croissance des prix du cuivre, du chrome, du nickel, de l’étain et du tungstène au cours de la décennie à venir.

De 1980 à 1990, la population mondiale augmenta de 800 millions d’individus, la plus forte augmentation jamais observée jusque-là, mais le 29 septembre 1990 – quand le pari arriva à son terme – les prix des cinq métaux sélectionnés par Ehrlich avaient baissé – tous, sans aucune exception. Ehrlich avait perdu son pari et – rendons lui cet honneur – honora son contrat en postant un chèque de $576.07 dollars à l’ordre de Simon. Il refusa en revanche de renouveler le pari.

Les thèses malthusiennes ont toujours eut cette particularité que de faire vendre énormément de livres et de rendre leurs auteurs célèbres tout en se révélant fausses a posteriori. Habituellement défendues par des biologistes, physiciens ou autres géologues parfaitement compétents dans leurs domaines respectifs mais qui ignorent tout du fonctionnement d’une économie, leurs prédictions apocalyptiques ont toujours été démenties par deux mécanismes très simples qui se mettent naturellement en branle quand une ressource se raréfie et que son prix monte : la hausse des cours incite les producteurs à produire plus ou à développer une alternative et les consommateurs à adapter leur consommation. Ce qui est nouveau cette fois, c’est que monsieur Sachs est aussi professeur d’économie.

Plutôt que de nous perdre dans de longues considérations théoriques et d’énumérer la longue liste des prédictions malthusiennes démenties par les faits, je propose un pari dont voici les termes : que monsieur Sachs choisisse cinq matières premières à sa convenance et une date distante d’au moins un an et nous miserons sur l’évolution future du prix de chacune de ces matières. Si, à la date choisie par monsieur Sachs, la valeur ajustée de l’inflation de ce panier a augmenté, je m’engage solennellement à lui payer la différence. Si, au contraire, la valeur du panier sélectionné par monsieur Sachs a diminué, il devra me payer la différence.

Monsieur Sachs, voulez-vous parier avec moi ?

What to dø ?

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Quand je fais une découverte, j’aime bien la partager ; après, « ça tombe où ça peut », comme disait à peu près Jésus.

En l’occurrence ce matin, après le turbin, je me suis enfin décidé à écouter sur Deezer The Dø, un groupe dont j’avais vaguement retenu une chanson : On my shoulders .

Passionnant ! direz-vous en retenant un bâillement poli. Eh bien, vous aurez tort. Rien que le nom de ce duo, déjà… D pour Dan le Français et O pour Olivia la Finlandaise, OK. Mais pourquoi ce o barré, qui n’existe même pas en finnois ? Tel est leur terrible secret : ces gens-là sont barrés et c’est ça qui fait leur prix.

Quant à la musique qu’ils produisent, elle ne laisse pas d’intriguer : «Entre folk intimiste et électro pop exaltée», dit la critique; bref, n’importe quoi (la critique, pas leur musique).

C’est seulement demain qu’on pourra découvrir leur nouvel album, et deux jours plus tard qu’ils seront au Trianon. Mais le mieux, puisqu’apparemment vous n’avez rien de mieux à faire de votre dimanche, c’est d’écouter déjà A Mouthful (2008) : vous verrez, The Dø met la barre très haut.

Hosni soit qui mal y pense

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Après s’être copieusement gaussés des déboires aéroportés de MAM en Tunisie, de sa gestion pour le moins originale de la révolution dite « du Jasmin », des ratés de la diplomatie française et des compromissions hautement suspectes de Paris avec Ben Ali, les Brits découvrent subitement les mérites de la discrétion et de la sobriété depuis que l’Égypte et Bahreïn sont entrés dans la danse. En attendant que tombent d’autres dominos…

Étrangement, le secrétaire d’État William Hague est aux abonnés absents ou d’une pudeur de jeune fille rougissante quand on lui demande la position du Royaume sur les « événements » qui secouent deux pays traditionnellement sous étroite influence britannique (Protectorat jusqu’en 1922 pour l’un, tutorat militaire jusqu’en 1971 pour l’autre). William n’a rien à dire, et son premier ministre invoque un retard de sommeil pour prendre la tangente. Difficile, certes, d’admettre publiquement que l’administration Obama oublie souvent, si ce n’est systématiquement, d’informer son ex-allié privilégié en Europe de ses choix au Proche-Orient. Comment s’en étonner, d’ailleurs ? David Cameron a axé toute sa politique étrangère sur le commerce international et transformé ses ambassadeurs en VRP de luxe. Chacun son métier : le représentant officiel des entreprises brits vend sa boutique mais, du coup, il n’est peut-être pas le mieux placé pour peser sur l’Histoire en marche.

Au-delà des choix stratégiques de la diplomatie du Royaume-Uni, cette inertie trahit surtout son très profond malaise. Et son impuissance, même s’il n’est pas le seul à avoir conclu un pacte faustien avec Moubarak et ses petits camarades de jeu, genre « je ferme les yeux et tu me tiens les mollahs ». L’Union européenne ne s’est jamais vraiment inquiétée de la situation des droits de l’homme quand elle signait des accords commerciaux avec l’Égypte ; nos présidents successifs, le FMI et la Banque mondiale ont regardé ailleurs au moment où Moubarak constituait son trésor de guerre en pillant méthodiquement son pays, et les fiches Wikileaks ont prouvé, si besoin était, que les scrupules démocratiques n’avaient pas vraiment cours quand il s’agissait de soutenir tous les dictateurs arabes qui donnaient des gages anti-islamistes… Hosni soit qui mal y pense !

Mais à l’image de Sir John Beddington, grand spécialiste de la « gestion durable des ressources naturelles » et conseiller scientifique officiel du gouvernement britannique, qui vient de pondre un très opportun rapport sur « le futur de l’alimentation et de l’agriculture » en Égypte commandé par l’ex-raïs, on marche sur des œufs à Londres dès qu’on pose un pied au Caire. Tout en déplorant « la faiblesse des infrastructures, les divergences d’intérêts entre pays riches et pauvres, la volatilité des prix ou les difficultés liées à la distribution mondiale » (sic), bref en enfonçant toutes les portes ouvertes disponibles, il s’est bien gardé de proposer la moindre solution concrète qui aurait pu sembler contrariante pour un système en partie responsable des troubles actuels.

Comment se sortir, sans perdre la face, du fichu pétrin où les manifestants de la place Al-Tahrir ont, à l’insu de leur plein gré, plongé le gouvernement de Sa très gracieuse Majesté, that is the question… Comment apporter un discret soutien moral à ces inconscients qui risquent de déstabiliser un de nos remparts les plus précieux contre l’expansionnisme iranien et pourraient s’opposer aux intérêts stratégiques des démocraties occidentales ? Quadrature du cercle et prise de tête assurée.

« Toute action engagée devra être pacifique », martèle William Hague, en niant vigoureusement que les événements puissent avoir la moindre coloration islamiste, comme pour se convaincre que tout changera miraculeusement pour que rien ne change. Et en priant pour qu’un régime démocratique mais stable, surtout très stable, succède à la dictature, que l’Égypte respecte ses engagements vis-à-vis d’Israël et du Fatah dans la lutte contre le Hamas, et que les excellentes relations avec les services secrets égyptiens ne soient pas affectées.

Avec les obscurs manifestants bahreiniens, le Royaume-Uni prend encore moins de gants. Circulez, y’a rien à voir… À quelques encablures de l’Iran, la famille Al-Khalifa, qui règne sur le pays depuis deux siècles avec l’amical appui des Brits et des Américains, est bien trop indispensable tactiquement. Le problème, c’est que la jeune génération, qui n’est pas marquée idéologiquement, est avide de droits politiques fondamentaux. Elle veut mettre à bas la tyrannie. Silence et attentisme risquent de la radicaliser. Est-ce si difficile à comprendre à Westminster et ailleurs ? Churchill, reviens, ils n’ont rien compris ! Que c’est loin El-Alamein…

Notre pain quotidien (9)

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Les épiciers de Tarnac ont encore frappé ! Heureusement que je relis mes vieux journaux. Sans quoi j’aurais failli louper dans Le Monde de jeudi dernier une comique et délassante petite tribune des dandys anars en polystyrène expansé de la ferme de Tarnac, dénonçant – dans un sabir qui fait un peu « mal traduit de l’italien » – une sorte de fantasmatique internationale policière qui relirait Kadhafi et Sarkozy ! Ah les arrestations arbitraires ! Ah cette cruelle chasse aux « anarcho-autonomes » que l’on embastille pour des… tags ! Ah ces « rafles » ! Sans parler du drame des institutrices militantes que de sales « flics » à la solde du système capitaliste et impérialiste obligeraient à devenir des « indics »… Brrr… Un vent de panique traverse les salles des profs ! Signe des temps : l’article est signé par une série de prénoms : « Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Matthieu et Yildune. » Ah ! Cela renvoie aux heures les plus glorieuses de la téléréalité, quand les patronymes étaient honnis, au profit des seuls prénoms… Ah ! Loana, Steevy, et Bourriquet… Vivement que l’insurrection arrive, les copains, on va bien s’amuser.

Coup de pompes funèbres. La presse régionale – vous le savez bien – est une inépuisable pourvoyeuse de faits divers croustillants qui sont autant d’hymnes déchirants à l’humain, dans toute la splendeur de sa bêtise touchante. Ainsi l’Est Républicain de mardi dernier publiait un article titré : « Cambriolage au funérarium : un corbillard dérobé ». Valdahon (Doubs) a été pour un moment – de par l’apparente concentration en son sein de délinquants idiots – la capitale du bon sens. Car oui, braquer une banque ou faire main basse sur la recette d’une superette ce n’est rien à côté du potentiel que représente le cambriolage d’un funérarium ! « Et encore, ça aurait pu être pire, car un défunt se trouvait dans une des salles mortuaires qui ont été fracturées. Est-ce que les cambrioleurs ont pris peur, toujours est-il qu’ils ne l’ont heureusement pas touché » commente le patron. L’histoire ne dit pas si les délinquants sont repartis avec le corbillard en roulant à tombeau ouvert, mais une chose est certaine : ils ne l’emporteront pas au paradis.

Il est défendu à un fonctionnaire de jeter l’argent par les fenêtres, autant qu’il est déconseillé à un homme bien éduqué de défenestrer sa copine. Voilà un adage qu’un certain Pascal G., haut-fonctionnaire au Ministère de l’économie, aurait du faire sien. Pourtant, ainsi que nous l’apprend le quotidien Aujourd’hui en France (qui, au passage, balance le nom de l’intéressé…), cet homme un peu rugueux a été mis en examen pour tentative de meurtre, après avoir commencé à défenestrer sa « compagne ». Alerté par les hurlements, un policier qui était posté devant l’hôtel Matignon, à proximité du logement du butor, a dû intervenir pour sauver la jeune femme. « Il s’agissait d’une dispute entre nous, a confié Pascal G. à nos confrères. Elle était en train de tout balancer chez moi. Je lui ai alors dit : Attention, je vais te jeter par la fenêtre pour te calmer ! Cette jeune femme est très impressionnable. » Le policier explique que les trois-quarts du corps de la victime étaient déjà dans le vide… Le journal précise que la jeune-femme ne portera pas plainte. Question : sa tolérance à la connerie ne la fera t-elle pas, un jour, tomber de vraiment vraiment haut ? Affaire à suivre…

Pour un débat national sur le christianisme

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Comme le gouvernement, en organisant à brûle-pourpoint un nouveau débat national, semble ne pouvoir s’empêcher de régir les conversations de bistrot que nous tenons dorénavant sur Internet, j’ai envie de lui proposer un super sujet (à mon humble avis) : le christianisme. Puisque parler de l’islam est paraît-il stigmatisant pour les musulmans, « en tant que chrétien », et même en tant que catholique, assumons carrément, je m’offre en victime expiatoire du nouveau débat que le président a concocté pour piquer (ou donner, on ne sait plus) des voix au Front National. Parler de cette vieille chose obsolète que l’on appelle le christianisme et de ces gros ringards que l’on appelle les chrétiens, ça pourrait être sympa, non ? Super fun et top délire ? Stigmatisation ? Même pas peur. Laissez venir à moi les stigmatiseurs. Moi aussi, je veux être stigmatisé, histoire que l’on parle de moi et de ma religion à moi dont j’ai l’impression amère qu’elle quitte la scène nationale un peu trop discrètement, pour laisser la place à une autre, un peu trop m’as-tu-vu à mon goût malgré (ou grâce à) son goût à elle pour le voile. Mais n’est-ce pas le sort de tous les parvenus que d’afficher un peu trop ostensiblement leur réussite sur la place publique? Islam Pride, écrivait quelqu’un récemment. Certes, le succès des nouveaux riches a toujours irrité les gens en place, mais le problème cette fois-ci c’est que les gens en place ne le sont plus guère et qu’une nouvelle religion chasse l’ancienne, comme, serait-on tenté d’ajouter si l’on était d’humeur polémique, la mauvaise monnaie chasse la bonne. On a même entendu récemment Michel Godet, hypermédiatique de droite, chrétien de surcroît[1. je crois, je n’en suis pas sûr, le christianisme, contrairement à d’autres religions et sauf exception, tel votre serviteur, ne se portant plus guère en bandoulière dans l’espace public], proposer tranquillement, et sans guère créer de polémique, de transformer des églises en mosquées. Mais voilà que je me mets à faire dévier mon débat à moi sur l’islam, comme un Besson de base ! Revenons vite à nos ouailles.

Pour lancer le débat, rappelons certaines choses qui selon moi confinent au truisme. Certaines mauvaises langues, je pense par exemple à Marcel Gauchet ou Pierre Manent, sous-entendent parfois que la forme politique de la nation n’est pas tout à fait étrangère à la religion qui a dominé l’Occident pendant deux petits millénaires, avant qu’elle ne s’éclipse sur la pointe des pieds. Peut-être, pour comprendre où nous allons au moment où la nation et la religion chrétienne semblent disparaître de conserve de nos contrées, serait-il utile de comprendre les liens qui les unissent, et de constater que pendant que l’Europe post-nationale se construit cahin-caha, une autre religion, une religion « civilisationnelle », l’islam (zut, encore lui), tient de plus en plus le haut du pavée. On pourrait multiplier les sujets de débats à propos du christianisme, qui nous permettraient peut-être, si nous faisions preuve d’une ouverture d’esprit inédite sur ces sujets, de mieux nous comprendre. Existe-t-il un lien entre « les droits de l’Homme » et le souci des faibles et des persécutés, tel qu’il se manifeste dans la Bible en général et dans les Evangiles en particulier ? Si oui, de quel ordre ? L’universalisme chrétien, incarné par saint Paul, est-il la source de l’universalisme occidental en général et français en particulier? Le Christ en affirmant que son Royaume n’est pas de ce monde ou en proposant de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, a-t-il permis à ce que nous appelons en France la laïcité d’exister ? Toutes ces belles choses qu’a créées l’Occident, l’éducation obligatoire, l’hôpital, l’Etat providence, sont-elles des institutions chrétiennes devenues folles, pour reprendre les thèses de G.K. Chesterton et de Ivan Illich ? Le concept de « secondarité culturelle », cher à Rémi Brague, qui dans une interview récente, dont je ne saurais trop recommander la lecture, a tranquillement déclaré qu’en Europe aujourd’hui, d’une façon ou d’une autre, « nous sommes tous islamistes » (aïe, toujours l’islam), le concept de « secondarité culturelle », disais-je, propre à la romanité dont nous sommes les héritiers gâtés et indignes, n’est-il par un trésor spirituel dont la perte probable mériterait au moins quelques larmes qui ne seraient pas de crocodile ? On pourrait multiplier les questions de ce genre, qui nous permettraient de mieux mesurer ce que nous perdons. Un débat sur ce qui s’en va, sur ce que nous délaissons d’un cœur si léger, voilà mon rêve utopique et pénétrant. En terme festif : une petite catho pride, avant que nous ne débarrassions définitivement le plancher… Est-ce trop demander au chanoine du Latran ?

Session de rattrapage pour Gérard Longuet

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Certains observateurs ont cru remarquer que Gérard Longuet arborait un sourire jusqu’aux oreilles depuis sa nomination au ministère de la Défense. C’est que cette fois-ci, il est vraiment ministre. Vraiment parce qu’en novembre, au moment du remaniement annoncé depuis six mois par le président de la République, et qui devait – si, si, rappelez-vous – signer l’arrivée de Jean Louis Borloo à Matignon, Longuet devait en être.

On lui avait promis un grand MITI à la française: un hyperministère chapeautant les transports, l’industrie et l’énergie, rapatrié pour l’occasion à Bercy. Autant de domaines récupérés sur la dépouille du ministère de l’Ecologie pour être redonnés à un fier nucléocrate. Borloo avait accepté le deal, ayant la certitude que ses acquis sur le Grenelle étaient sanctuarisés et se disant que, depuis Matignon, il pourrait toujours surfer politiquement sur les thématiques environnementales.

Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Longuet qui commençait déjà à choisir le papier peint pour son nouveau ministère (il n’était pas revenu aux grandes affaires nationales depuis 1994) avait d’ailleurs – selon nos informations – été reçu à deux reprises à l’Elysée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, alors Secrétaire général de l’Elysée pour de sérieuses réunions de travail en vue de définir sa mission. Un signe qui ne trompe pas, alors que le remaniement s’annonçait.

Evidemment, Longuet n’est pas devenu ministre en novembre, il est resté patron du groupe UMP du Sénat et traînait sa mauvaise humeur jusqu’à la semaine passée. Mais à mon avis, dimanche, il n’a pas du être trop tranquille quand même alors qu’on l’annonçait partout : lors du précédent remaniement, alors que tout semblait aller comme sur des roulettes, Longuet avait appris par la télé qu’il n’était pas ministre. Quand la liste finale a été établie, sans que son nom n’y figure, personne, à l’Elysée, n’avait jugé nécessaire de l’appeler pour le prévenir, que non finalement, le MITI ça n’était pas pour lui, ni quelque autre ministère. Le ressentiment, c’est simple comme un coup de fil, surtout si on a oublié de le passer…

Du coup, on comprend mieux pourquoi, juste après le remaniement, le Canard s‘était fait l’écho d’un Longuet disant à Sarko qu’il « avait envie de lui casser la gueule », ce que l’intéressé s’était empêché de démentir au micro de Fogiel, non sans humour et même une bonne dose d’autodérision « J’ai fait ce genre de choses à la fac, ça fait quarante ans, depuis je me suis calmé ! »

Certes on lui avait promis que ce malentendu serait réparé à la première occasion, mais vacciné quant à ce que valent certaines promesses, fussent-elles présidentielles, Gérard commençait à trouver le temps longuet…