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Catholique et de gauche toujours !

Jamais campagne électorale n’aura été l’objet d’autant de mots doux adressés aux catholiques. C’est que Patrick Buisson, le très influent conseiller de l’ancien président Sarkozy, n’a jamais renié son attachement à l’Eglise traditionnelle. Et quand on adopte une stratégie bien à droite sans jamais dépasser son principal rival dans les sondages, il faut aller draguer dans les zones où le filet traîne peu d’habitude et s’adresser à ces catholiques que les politiques méprisent d’ordinaire avec une complaisance non dissimulée. Alors on met le paquet, on s’offre une interview dans les pages glacées du Figaro Magazine où l’on réaffirme son attachement à des valeurs qui flirtent clairement avec les principes non négociables édictés par le pape Benoit XVI. Entre les deux tours, la blogosphère s’affole et le matraquage est tel que l’équation n’a plus d’inconnue. Sarko c’est catho.

Pourtant, la gauche n’est pas en reste et la religion du Christ ne s’encarte pas. Certes, on voit plus de gens à droite s’offusquer des attaques répétées contre certaines valeurs sociétales millénaires tant défendues par l’Eglise. Mais ils pardonnent bien vite à ceux qui les ont offensés, histoire de pouvoir retourner leur veste. Cette droite que trop de cathos consacrent, c’est aussi celle qui a préféré le marché au sacré et n’hésite pas à fustiger les rapineurs aux aides sociales tout en fermant les yeux sur les fraudes autrement plus conséquentes des larrons en col blanc. S’il n’est pas question ici de dégrader la droite de sa possible catholicité, considérons à tout le moins qu’elle n’en a pas le monopole. A gauche aussi, les catholiques existent. Pour beaucoup, cette lapalissade n’en est pas une tant ils sont persuadés que le salut est de l’autre côté du Père – comme si personne ne siégeait là où du flanc du Christ coulait, ce qui représente tout de même l’immense mystère de la transsubstantiation.

Dans son ouvrage sur Les Réseaux Cathos, Marc Baudriller, journaliste à Challenges, décrypte cette génération de cathos de gauche qui ne se sent pas moins imprégnée de foi que ses congénères de droite : « Ce sont ces hommes et ces femmes, nés entre 1940 et 1955, parvenus aux commandes des entreprises, des journaux, des institutions politiques et culturelles, qui ont fait et font encore le gros des réseaux cathos. Ce sont eux qui lisaient et lisent toujours La Vie et Télérama. Eux qui ont piloté l’opération au Monde (NDLR : La vente de Télérama et de La Vie au Monde). Eux qui ont fait les belles heures de Témoignage chrétien. Ce sont eux qui fournissent l’essentiel des effectifs des Semaines sociales, « lieu de formation, de débat, et de proposition sur les grands enjeux de la société ». Totalement en phase avec les valeurs contemporaines –qui sont d’ailleurs largement l’œuvre de cette génération, catho et non-cathos confondus-, ils sont au faîte de leur puissance. »

Et l’auteur de citer ces figures connues du monde politique qui partagent avec le catholicisme une certaine filiation que peu oseraient imaginer. Bertrand Delanoë n’ignore rien des entrailles du catholicisme. Le maire de Paris, qui osa baptiser la place de la Cathédrale de Paris du nom du prédécesseur de Benoit XVI, malgré les assauts répétés du lobby homosexuel Act-up, est l’heureux frère d’une bonne sœur. Si Martine Aubry ne revendique aujourd’hui aucun héritage religieux, elle a baigné dedans depuis toute petite avec un père, Jacques Delors, qui osait poser un nom sur les « forces de l’esprit ». Durant son adolescence, le nouveau Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, était membre du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne, d’abord à Cholet, puis à l’université de Nantes. Tout comme François Dufour, ancien porte-parole de la Confédération paysanne, ancien vice-président d’ATTAC et actuellement vice-président (EELV) du Conseil régional de Basse-Normandie. Sa collègue Cécile Duflot aura préféré la Jeunesse ouvrière chrétienne. Bref, la gauche aussi a ses litanies.

« Catho et de gauche : est-ce encore possible ? » titrait en octobre 2011 l’hebdomadaire Famille Chrétienne. Le journaliste et écrivain Jean-Claude Guillebaud, catholique de gauche, redevenu chrétien sans pour autant renier ses racines politiques, expliquait : « Parfois, on me demande comment je peux être de gauche alors que le Parti socialiste défend le mariage homosexuel. À l’inverse, je ne vois pas comment, en se crispant sur ces questions de société, on peut se retrouver, de fait, à droite, dans le camp de la folie néolibérale, qui est une autre forme de barbarie. Qu’ils soient politiquement à gauche ou à droite, les chrétiens sont ainsi aujourd’hui coincés entre deux feux. ». « Il reste des cathos de gauche dans l’Église, et en dehors », expliquait il y a peu l’historien des idées Philippe Portier dans Témoignage Chrétien avant d’ajouter : « Les mouvements d’action catholique notamment, en perte de vitesse depuis le milieu des années soixante-dix, font perdurer cette sensibilité. Le discours a changé. Si l’on s’oppose ici à la mondialisation libérale, on ne se situe plus du côté de la révolution et de la mort du capitalisme. Les cathos de gauche entendent simplement réformer l’économie de marché dans le sens d’une plus grande solidarité. »

Aujourd’hui, être catholique n’implique plus de prendre parti pour le Sillon ou l’Action française. Certains le regretteront mais l’espérance invite à voir que ces cœurs, balançant à gauche ou à droite, regardent tous vers le ciel.

Cécile Duflot reçoit à domicile

Cécile Duflot est un ministre exemplaire. Vêtue d’un simple jean, elle emprunte les transports en commun pour gagner son lieu de travail ; elle visite les pauvres et les mal-logés ; elle apprend, me dit-on, les invocations et les formules très secrètes qui chassent le feu. Elle est aux anges, elle sourit béatement, elle a reçu la Visitation républicaine. On se souvient qu’elle avait réclamé, comme un dû, un ministère, d’abord pour elle-même et, accessoirement, pour ses compères. Elle l’obtint, bien sûr, puisqu’il est dit que, désormais, les chlorophylliens groupusculaires arbitreront les élégances jusqu’au plus haut sommet de l’État…

La secrétaire nationale d’Europe-Ecologie-Les-Verts ne quitte plus son bureau, on la soupçonne même d’y faire bouillir les navets bio dont elle se nourrit, et de confondre ainsi sa cuisine et sa « tambouille » électorale. Quand un vert est, sinon dans le fruit, du moins dans un ministère, que fait-il ? Eh bien, il invite tous les Verts à poursuivre leurs interminables débats, à comparer les mérites du macramé et du point de croix, du poncho en laine des Andes et de la doudoune en fibre équitable ! Pour un peu, Cécile tiendrait volontiers une réunion du bureau exécutif d’EELV sous les ors de son ministère ! C’est ce qu’avait cru comprendre Daniel Cohn-Bendit, et ce dont il s’offusquait, à juste titre, le 24 mai dernier, au micro de France info : « […] je trouve ça invraisemblable ! Il faut qu’EELV apprenne le b.a-ba de la démocratie : il y a les partis, et il y a un gouvernement ! ». Aussitôt, David Cormand, secrétaire national aux élections, faisait connaître que ladite réunion avait eu lieu « comme tous les vendredis, […] au siège parisien du mouvement écologiste. ».

DCB a-t-il voulu nuire à son « amie » Cécile ? Pas seulement ! Une autre verte, Marie Bové[1. Le Monde.fr, le 25/05/2012], nous apprend en effet que Mme Duflot, le 18 mai, aurait souhaité que la prochaine réunion du bureau exécutif, le 25, se tînt… au ministère dont elle a le maroquin ! Il y eut des protestations, notamment de la part de Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, de Jérôme Gleizes et de Marie Bové elle-même : « Cécile Duflot a rétorqué qu’elle était libre de convoquer qui elle souhaitait au ministère. ». Les déclarations de Daniel Cohn-Bendit, la peur du scandale, les prochaines élections législatives, eurent finalement raison de l’arrogance de Mme Duflot, et tout ce petit monde se retrouva au siège du parti.

Quelque chose me dit que nous entendrons encore parler des exploits de la dame qui joue avec ses téléphones « comme d’autres jouent avec leur sex-toy dans leur bain »[2. C’est la chute impertinente que Bruno Testa donne à son article dans L’Union, signalé d’ailleurs par Villaterne dans un autre fil, et qu’on lira, avec grand plaisir ici.]

Le chat, la souris et le miroir aux alouettes

Un moment d’absence, pardon. C’est qu’il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. Ce matou de Hollande qui continue à jouer avec la souris Angela, un gouvernement sympathique et pataud, une droite qui s’annonce pire que la précédente, tout cela pouvait attendre un peu. Mais pas l’euro, semble-t-il.

La zone euro – rien que cet intitulé aurait dû alerter les plus europhiles – ressemble désormais à « La Méduse », ce bâtiment qui sombra en 1816 au large des côtes africaines. On y est déjà en train de dessiner les plans du radeau et de sélectionner ceux qui auront la chance (?) de monter à bord.
Il y a le plan A, comme Allemagne, A comme austérité : puisque l’on doit tous mourir à la fin, autant commencer, tout de suite par les plus faibles. Les Grecs en hors-d’œuvre donc.

Il y a le plan B, comme BCE : puisqu’une banque centrale, à l’instar de la Réserve fédérale américaine, de la Banque du Japon, de celle d’Angleterre, est « prêteur en dernier ressort », pourquoi la BCE n’achèterait-elle pas les Bons du Trésor (oui, de la dette) de chacun des pays membres ? Ce qu’elle fait bien déjà pour les banques, dont ni la solidité ni la pérennité ne paraissent mieux assurées que celle des Etats. On ne voit pas en quoi cette solution de bon sens porterait atteinte à l’indépendance de la BCE, qui resterait libre de contracter ou non, à ses propres conditions, par définition meilleures que celles du marché.

Mais pour accepter l’euro, l’Allemagne a pris la BCE en otage. Peur de l’expansion monétaire, hantise de l’inflation, défiance de rentier pour l’emprunteur surtout. La BCE est indépendante de tout, sauf des névroses de l’Allemagne. La Banque de Francfort est un totem.
Alors, il a fallu inventer un leurre, un plan C, comme comète : les eurobonds. Les cigales et les fourmis qui font pot commun. De fait, la carte de crédit de l’Allemagne à la disposition de tous. Pas trop difficile de rallier les cigales à ce projet mirobolant. Du coup, Angela s’est précipitée sur ce miroir aux alouettes.

On en arrivera donc in fine au plan B, comme l’a très bien anticipé Mario Draghi, le président de la BCE, prêt à jouer pleinement le rôle de Banque fédérale. Plus de tabou pour le totem. Bien joué le chat.

Retrouvez les articles de William Abitbol sur son blog

Zemmour, l’homme à abattre ?

On a le droit d’être en désaccord avec Eric Zemmour. C’est écrit dans la Déclaration des droits de l’Homme – et dans Causeur. L’ennui, avec Dominique Sopo, le patron de SOS Racisme, c’est qu’on se demande s’il est encore permis d’être d’accord avec Zemmour. Et ce qui est encore plus fâcheux, c’est que quand Sopo n’est pas d’accord avec quelqu’un, il exige qu’on le fasse taire. Enfin, quelqu’un, façon de parler. Parce que ces temps-ci sa principale contribution au débat public consiste à réclamer la tête d’Eric Zemmour. Dans ce beau combat pour la censure, il en est à sa deuxième tribune dans Le Monde. Et on ne compte pas les passages radio ou télé. À croire que pour Sopo, la lutte contre le racisme passe par l’éradication de la liberté de penser et de parler.

Cette fois, c’est le jugement de Zemmour sur Christiane Taubira qui stimule l’ardeur répressive de Sopo. Au passage, Sopo dispense tous azimuts un avertissement sans frais: critiquer Taubira, c’est s’exposer à l’accusation de machisme et de racisme. Tenez-vous le pour dit !
Attention, Sopo ne dit pas que Zemmour est raciste, il parle de « vision racialisée de la société ». Ben voyons. Faux, réplique Zemmour, quand j’attaque Taubira, je ne m’attaque pas à une femme ou à une Noire, mais à une idéologie. De fait, il y a bien une vision idéologique de l’histoire et du monde dans la loi Taubira de 2002 qui érige l’esclavage et la traite au rang de crimes contre l’humanité dont la négation elle-même est un crime. En effet, dès son article premier, cette loi exclut de son champ les traites interafricaines – pourtant responsables, d’après des historiens sérieux, de près de la moitié des victimes. Peu importe, le seul crime dont il faut perpétuer le souvenir et honorer les victimes, c’est le crime raciste, perpétré par des Blancs sur des Noirs. L’histoire de l’Europe en regorge. Mais des Noirs massacrés par des Noirs méritent-ils l’oubli pour autant ?

Tout cela et bien d’autres choses devraient être l’objet de notre querelle commune. Seulement voilà, Dominique Sopo aime condamner, pas discuter. Il ne veut pas argumenter, il veut sanctionner, interdire, exclure. Ce défenseur de la tolérance, cet amoureux de la différence ne comprend pas qu’on puisse ne pas penser comme lui sans être un salaud ou un idiot. Bref, Sopo ne connaît pas de contradicteurs intellectuels ou d’adversaires idéologiques, il n’a que des ennemis. Ce doit être bien triste de vivre dans un monde où tout le monde pense comme soi. Tant pis pour Sopo. Mais au moins qu’il n’en dégoûte pas les autres. Or, Sopo semble ignorer que des millions de gens aiment être surpris, agacés, parfois choqués et toujours stimulés, par une idée qu’ils ne partagent pas. Il n’y a pas de vie sans conflit. C’est donc à l’honneur de RTL – station où j’ai le privilège d’intervenir – qu’on y entende Eric Zemmour et Rokhaya Diallo, Alain Duhamel et Ivan Rioufol, Jean-Michel Apathie et Laurent Gerra. Pardon pour les grands mots, cher Dominique Sopo, ça s’appelle la liberté. Et ça s’appelle la démocratie.

Le peuple contre lui-même

À chaque fois, c’est la même chose : à peine élu, le nouveau président de la République explique, la larme au coin de l’œil, qu’il sera le président de tous les Français. Et à chaque fois, une bonne partie de ceux qui ont voté contre lui ou se sont abstenus le regardent comme un intrus, une anomalie qui doit débarrasser le plancher de l’Élysée au plus vite. Ce coup-ci, ça n’a pas manqué : François Hollande n’avait pas fini ses quelques pas de danse sur La Vie en rose, devant les Tullistes enamourés, que fleurissaient déjà les groupe Facebook « Hollande n’est pas mon président » et autres appels à la résistance. Et l’on sentait, particulièrement chez les militants UMP, la volonté de mener une guerre de harcèlement au nouveau président et de lui rendre au centuple les insultes, moqueries et marques d’irrespect qui furent le quotidien de Nicolas Sarkozy durant son quinquennat.[access capability= »lire_inedits »] Au « Casse-toi pauv’con ! » renvoyé inlassablement en boomerang au président sortant allait enfin pouvoir succéder le « Tire-toi sale flan »…

Les optimistes indécrottables diront que le sarkozysme récolte ce qu’il a semé, ou au contraire que c’est l’arrogance de la gauche morale de droit divin qui reçoit la monnaie de sa pièce, mais qu’en tout cas tout cela est conjoncturel, et qu’on finira bien par revenir un jour à cette démocratie apaisée si chère aux rêveries solitaires de Valéry Giscard d’Estaing. D’autres, moins religieusement attachés aux liturgies démocratiques, rappelleront que cette démocratie apaisée, la France ne l’a en réalité jamais connue ; et que cette division du peuple est la nature même du système, et plus particulièrement de cette élection du président de la République au suffrage universel qui se réduit toujours, in fine, à un duel, front contre front, où, pour l’emporter, il faut diaboliser l’adversaire, laisser entendre qu’on n’a rien de commun avec lui, que ce sont deux visions incompatibles qui s’affrontent − voire, depuis que l’idéologie a déserté la politique, deux morales inconciliables. Pour remporter cette « reine des batailles » électorales, il faut opposer, diviser, stigmatiser, « cliver », comme l’on dit aujourd’hui, avec l’espoir vain et enfantin que tout cela sera oublié au lendemain de l’élection et que l’on pourra régner sur un pays réuni autour de votre indiscutable légitimité. Quand, en réalité, les anathèmes et les injures laissent des blessures ouvertes, d’autant plus ouvertes qu’il faut déjà songer à les entretenir en vue des combats électoraux futurs. La revanche ne s’accommode guère de l’oubli des fautes et de la cicatrisation des plaies.

Si le phénomène est inhérent à la démocratie, il se renforce indubitablement à l’heure où l’individualisme gagne du terrain au détriment du sentiment d’une communauté de destin. Se sentant de moins en moins citoyen et de plus en plus individu, autonome et seul maître de son existence, pourquoi l’électeur qui a fait le choix minoritaire se sentirait-il tenu de considérer le vainqueur du scrutin comme son président, ou même de le respecter ? En réalité, l’électeur moderne ne saurait avoir plus de respect pour le président qu’il n’a pas choisi que pour un produit de consommation dont il n’aurait pas envie mais dont on lui impose l’utilisation. Dans les démocraties libérales avancées, le président qu’on n’a pas contribué à élire ne sera jamais qu’un plat écœurant qu’on vous oblige à ingurgiter jour après jour, pendant au moins cinq longues années. Allez-vous étonner si le peuple a de moins en moins d’appétit ![/access]
 
*Photo : http://leflansurlaberge.unblog.fr

Afghanistan : le changement, c’est dans la continuité

Le Festival du mot, qui se déroule du 30 mai au 3 juin dans la charmante bourgade de La Charité-sur-Loire, n’a pas fait preuve d’une grande originalité en choisissant comme mot de l’année 2012 « changement », (sous-entendu « c’est maintenant !»).

On pardonnera ce manque d’imagination aux organisateurs s’il s’agit pour eux de flagorner (vilaine chose, joli mot !) le nouveau pouvoir pour garantir la pérennité de leurs subventions.

Mais ils sont ainsi passés à côté de la plus belle entourloupe linguistique commise ces derniers temps avec l’usage de l’adjectif « ordonné » associé aux substantifs « sortie » et « retrait ».

Madame Christine Lagarde, première langue de vipère du FMI, envisage ainsi « une sortie ordonnée de la Grèce de l’euro ». Ô prodige de la merveilleuse ambiguïté de la langue de Molière ! Elle laisse aux intéressés (« qu’ils payent leurs impôts, ces rats ! ») le soin de conclure s’il s’agit d’une sortie en bon ordre, en rang par deux et au pas d’evzone, de notre belle monnaie unique, ou d’une expulsion résultant d’une injonction dont la version originale allemande est la plus expressive : Raus !

Le « retrait ordonné » des troupes françaises d’Afghanistan annoncé pour la fin 2012 par notre bien-aimé président de la République (61% d’opinions favorables) cache, lui, un euphémisme pour transformer en promesse tenue un rétropédalage pas ordonné du tout. Les galonnés lui ayant gentiment expliqué que l’on ne quitte pas aussi facilement un champ de bataille qu’un champ de luzerne en Corrèze, le plan « j’me barre » de François Hollande n’aura, en fait que trois mois d’avance sur le plan « j’me casse » de Nicolas Sarkozy.

Et l’on sait bien, dans la ville du Festival du mot, que charité bien ordonnée commence par soi-même…

Japon : des joies du « panhaptique »

L’excellent blog d’Agnès Giard « Les 400 culs » nous fait part des derniers progrès en matière d’onanisme high-tech. Au Japon, il paraît que l’art délicat de la masturbation passe désormais par une technologie tactile proche des procédés utilisés par la console de jeux vidéo Wii. Pour plus de détails, les plus vicieux consulteront ce lien.

La didactique blogueuse professionnelle de Libé nous explique clairement : « certains créateurs d’objets érotiques high-tech mettent actuellement au point des gaines dotées de palpeurs et de pédoncules qui, par petites pressions, vous donnent l’impression d’une langue ou d’une ventouse, aspirant goulument vos doigts, vos orteils, vos seins ou… votre pénis. Ils créent ce qu’on appelle du « sexe haptique ». »

Tactile jusqu’à la moelle, cette gaine est ce qu’on appelle un « virtual hole », « synchronisé(e) avec les images de vidéos pornographiques » que fournit, moyennant finance, la société japonaise Daihaku qui commercialise cet objet dernier cri. Prenez votre temps, détendez-vous, oubliez sites égrillards, revues grivoises et autres pay-per-view d’hôtel, Daihaku s’occupe de tout…

L’hyper réalisme de notre société spectaculaire veut ainsi que le digne utilisateur de la gaine fasse sa petite affaire en observant les exploits érotiques de l’acteur sur l’écran. Même dans leurs pires cauchemars, Bentham et Foucault n’auraient imaginé pareil « panhaptique » qui fait de tout un chacun les Loana et Jean-Edouard solitaires du grand show de télé-réalité qu’on appelle la vie.

Extrême droitisation, ah bon ?

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Aujourd’hui, l’immigration est considérée comme un bienfait en soi, indépendamment de ses modalités. La notion de « seuil de tolérance » a été délégitimée comme une incongruité « cocardière » qui ferait « vieille France ». Le curseur est à ce point déséquilibré que certains livres parlent de « préférence immigrée », de « racisme anti-blanc », de prolophobie, voire de francophobie.

Il aura fallu 30 ans au Front national pour obtenir le score de 18% que François Bayrou a presque atteint du jour au lendemain. Au rythme de progression de ce parti, de 11% aux européennes de 1984 à 18% à la présidentielle de 2012, il ne pourra manifestement pas prendre le pouvoir avant plusieurs siècles. Mais le climat de crédulité est tel, qu’il est sans cesse question de ce qui ferait « monter Le Pen ».

Ceux qui présentent la montée du populisme comme un phénomène inéluctable rejettent la faute sur Sarkozy. Il faudrait s’entendre. Il est peu crédible qu’une soi-disant campagne extrême droitière de Sarkozy ait fait monter Marine Le Pen à 18%, alors que ce score est inférieur aux 24% que les sondages lui prédisaient il y a un an.

Sur la durée, le FN a continûment revu ses prétentions à la baisse, tandis que l’extrême gauche a renforcé ses exigences et accru son audience. Il y a vingt ans, le programme du FN visait à inverser les flux migratoires, alors qu’il prêche aujourd’hui une immigration quasi-zéro. Autre indicateur, à l’époque, le programme de la droite visait à stopper l’immigration, alors qu’il prône aujourd’hui une immigration choisie. Cette inflexion ne correspond en rien à une extrême droitisation.

Ce sont des centristes comme Bayrou qui, influencés par l’extrême gauche, ont dérivé vers la gauche. Partisan du droit de vote des immigrés aux élections municipales, le MoDem promet à la banlieue un ministère de l’Egalité à la place de celui de l’Identité. Plus hostile que François Hollande à la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale, François Bayrou soutient par contre l’initiative de Hollande qui veut supprimer le mot « race » de la Constitution française.

En 1983, Alain Juppé réclamait une politique d’immigration très restrictive et voulait « encourager le retour au pays ». On ne peut donc croire ceux qui jugent que Sarkozy a transgressé la ligne républicaine de Jacques Chirac. La position adoptée par Chirac à partir de 1986, consistant à ne pas accepter les voix du FN et même à faire élire des communistes contre des candidats frontistes, lui avait été dictée par les intellectuels de gauche, mais elle ne reflète pas une tradition établie.

Si l’on remonte un peu dans le temps, on se souvient de la politique de concentration républicaine de Jules Ferry qui écartait les « minorités d’extrême gauche et d’extrême droite ». En 1956, le front républicain regroupait Chaban-Delmas et Mollet en excluant communistes et poujadistes. En septembre 1983, lors de l’émergence électorale du Front national, Raymond Aron s’opposa fermement au chantage antifasciste de ceux qui étaient alliés avec les communistes. Aux régionales de 1986, Edgar Faure déplorait cette nouvelle manie de « frapper d’un interdit incroyable des gens qui sont ici par la volonté du peuple ».

Telle est la principale position républicaine dans l’histoire de France. Elle fut battue en brèche, sous la pression idéologique de l’extrême gauche, à plusieurs reprises, et notamment au début du 20ème siècle par la politique de bloc républicain sous le combisme, puis de 1986 à 2006 par le chiraquisme.

On peut estimer justifiées ces deux mises en quarantaine de la seule extrême droite au profit de l’extrême gauche. Mais on ne peut pas réduire l’histoire de notre République à ces deux périodes.

De Sarkozy à Hollande : quoi de neuf ? Rien !

« Rien d’important », écrivait Jacques Ellul au lendemain du 10 mai 1981. Nous ne saurions mieux dire. Peuple de France, où est ta victoire ? Tu as remplacé, car tu n’avais pas le choix, la droite bling-bling par la gauche Laurent[1. Du nom de ce coûteux restaurant parisien où, quelques mois avant l’élection, François Hollande et BHL, conseiller ès-affaires libyennes de Nicolas Sarkozy, dînèrent pour fêter la victoire future de leurs idées communes.]. Tu as suivi, non comme un seul homme, mais comme une demi-nation, les bobos des arrondissements parisiens à un chiffre dans leur engouement pour un héros à lunettes dont ils ignoraient hier l’existence. Car tu n’avais pas le choix. Tu as balayé le Falstaff de Neuilly-sur-Seine en qui, avant-hier, tu avais mis ta foi, pour le remplacer par le Faust de Tulle.[access capability= »lire_inedits »] Car tu n’avais pas le choix. Un dimanche de mai à 20 heures, une seconde ou deux, tu as cessé de respirer comme au coup de sifflet d’une finale de Coupe du monde. Le lendemain, tu t’es réveillé avec une gueule qui n’était même pas de bois, mais de six pieds de long. La gueule du désespéré, seulement soulagé d’avoir échappé au pire. La gueule du suicidaire amateur qui s’est encore raté.

Rien d’important, non, ni même de grave dans cette élection survenue dans une démocratie endormie, où une bourgeoisie prête son argenterie à l’autre pour cinq ou dix ans et fait ses recommandations pour l’entretien du pékinois en son absence. Rien de grave dans cette République d’échange d’appartement et de covoiturage, où le sénevé appelle la moutarde. Non, rien de grave, non, rien d’important. François Hollande diminue son allocation d’Élyséen provisoire et encadre les salaires des patrons d’entreprise à capitaux publics. Fort bien. Nous l’en félicitons. Gageons que ces premiers décrets resteront comme l’acte le plus important de son quinquennat socialiste.
Non, rien de grave, rien d’important. Les ours savants de la sociétale-démocratie arrangeront leurs petits désirs comme ils le pourront avec le réel. Certes, quelques billevesées estampillées progressistes ajouteront, s’ils ont la force de les défendre, un peu plus d’absurde à ce pays, à cette civilisation. Rien de grave, rien d’important. Nous leur conseillons pourtant de légiférer le plus tard possible, sous peine de se retrouver dépourvus totalement d’utopie quand la bise sera venue.

Car la bise ne tardera plus. Si je n’arrive pas à comprendre ce que peut être la France d’après, je parviens pourtant sans trop de peine à imaginer ce qu’il y aura après la France. Ce sera quand Robert, son fils Kevin et son petit-fils Kenzo de Chon-sur-Marne se réveilleront un matin dans la peau d’Anders Breivik. Ce sera quand Ahmed, son fils Mourad et son petit-fils Bilal de Rancy-sur-Seine se réveilleront un matin dans la tête de Mohamed Merah. Ce sera quand les huit enfants de mes voisins maliens du dessus, lassés de pisser dans l’ascenseur et d’empêcher ma femme de dormir la nuit, pour faire payer à leur père son absence et à leur mère son absence de français, se battront avec les cinq fils de mes voisins sénégalais du bout du couloir pour le contrôle du hall de l’immeuble. Ce sera quand mes clodos du lundi n’auront plus le choix qu’entre le dépôt de Nanterre et la soupe à la grimace des Restos du cœur parce qu’il n’y aura plus d’association confessionnelle pour s’occuper d’eux. Ce sera quand l’école jacobine, minée par l’idéologie, s’effondrera sur elle-même. Ce sera quand tous les officiers français seront partis dans le privé avant l’âge de 30 ans. Ce sera quand le Qatar aura racheté France 2 et TF1, en application de l’accord pétrole contre couverture. Ce sera quand le Chancelier du nouveau Reich qui ne dit pas son nom gèlera le SMIC au nom de la rationalité budgétaire. Ce sera quand il y aura plus de Grecs que de Roms mendiant dans les rues de Paname. Ce sera quand la Provence parlera majoritairement espagnol. Ce sera quand l’Alsace-Moselle, en vertu du Concordat, appliquera la charia.

Ce sera quand la Nièvre sera couverte de mines de charbon à ciel ouvert et la Drôme un gisement de gaz de schiste. Ce sera quand mes enfants se feront jeter des pierres parce qu’ils refuseront d’être bi. Ce sera aussi quand Amazon sera le dernier libraire. Ce sera quand Tintin et les Picaros sera interdit aux moins de 18 ans. Ce sera quand Éric Zemmour se retirera à Sainte-Hélène avec un bicorne sur la tête pour dicter ses Mémoires. Ce sera quand la contestation de l’idéologie de la croissance ne sera plus une opinion mais un délit. Ce sera quand Mémé devra choisir entre la diminution immédiate de sa pension et la programmation à moyen terme de sa mort dans la dignité. Ce sera quand des médecins redresseront les comptes publics à coup d’injections. Ce sera quand les LGBT seront les seuls mariés de France parce que tous les catholiques auront divorcé.

Ce sera surtout le constat définitif que le politique n’y pouvait rien. Que tout cela n’était rien de grave, rien d’important.[/access]

Laissez-nous les tirs aux buts !

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Joseph Blatter, qui préside la FIFA, vient de jeter un pavé dans la mare en annonçant vouloir supprimer les séances de tirs au but, pour départager les équipes lors des matches à élimination directe, lorsque la prolongation n’a pas pu désigner de vainqueur. C’est peu dire que cette proposition ne recueille pas mon assentiment.

Ne le cachons pas, j’ai sur Joseph Blatter une opinion mitigée. Autant je salue sa résistance devant la puissance des télévisions pour ne pas leur donner les clefs de la boutique en autorisant le vidéo-arbitrage, autant il n’est pas exempt de tout reproche pour l’attribution des phases finales de Coupe du Monde, la FIFA rivalisant largement avec le CIO quant aux suspicions qui ont pu entourer les dernières désignations.

A propos des tirs au but, Blatter nous explique qu’ils ne constituent pas « l’essence du football » en ce qu’ils lui retirent son aspect collectif. Cet argument ne nous convainc pas. D’une part, les qualités collectives intrinsèques sont sollicitées pendant cent-vingt minutes avant de passer à cette épreuve. D’autre part, cette dernière fait appel à au moins cinq joueurs de champ en plus du gardien de but. L’aspect collectif des tirs au but ne saurait donc être complètement gommé. Et puis, on va mettre quoi à la place ? On ne va pas revenir à la pièce de monnaie ! La solution idéale serait de rejouer le match. C’est encore le cas pour les coupes nationales en Angleterre et cela se pratiquait naguère en finale de Coupe de France. Mais les calendriers surchargés rendent cette solution obsolète. Ajoutons qu’en phase finale de Coupe du Monde, qui s’étend sur trois semaines, rejouer la finale trois jours plus tard serait possible mais quid des huitièmes, quarts et demi-finales ? Impossible à organiser.

Et puis, supprimer cette épreuve, c’est nous priver à l’avance de magnifiques souvenirs, de dramaturgies qui font date dans l’histoire de ce sport. Séville 82, Guadalajara 86 (face au Brésil) et le quart de finale 1998 contre l’Italie ont marqué les Français pour l’éternité. Moi-même, j’ai vécu avec mon club favori deux finales victorieuses et inoubliables, en 2004 et 2007 au Stade de France, grâce au fantastique gardien – et personnage – Teddy Richert[1. Je ne pouvais omettre au passage de rendre hommage à celui qui vient de quitter, à 38 ans, le FC Sochaux-Montbéliard, alors qu’il lui a offert ses deux seuls trophées depuis 1937. Bon vent à lui !].

Reste que Blatter reste prudent et a opté, à la manière d’un Jean-Marc Ayrault, pour une concertation. Ce sont des vieilles gloires footballistiques, de Beckenbauer à Karembeu, qui seront chargées de lui formuler des propositions. Gageons que ces stars du ballon rond, après lui avoir fort heureusement conseillé de ne pas mettre le doigt dans l’engrenage du vidéo-arbitrage, lui recommanderont encore le statu quo.

Catholique et de gauche toujours !

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Jamais campagne électorale n’aura été l’objet d’autant de mots doux adressés aux catholiques. C’est que Patrick Buisson, le très influent conseiller de l’ancien président Sarkozy, n’a jamais renié son attachement à l’Eglise traditionnelle. Et quand on adopte une stratégie bien à droite sans jamais dépasser son principal rival dans les sondages, il faut aller draguer dans les zones où le filet traîne peu d’habitude et s’adresser à ces catholiques que les politiques méprisent d’ordinaire avec une complaisance non dissimulée. Alors on met le paquet, on s’offre une interview dans les pages glacées du Figaro Magazine où l’on réaffirme son attachement à des valeurs qui flirtent clairement avec les principes non négociables édictés par le pape Benoit XVI. Entre les deux tours, la blogosphère s’affole et le matraquage est tel que l’équation n’a plus d’inconnue. Sarko c’est catho.

Pourtant, la gauche n’est pas en reste et la religion du Christ ne s’encarte pas. Certes, on voit plus de gens à droite s’offusquer des attaques répétées contre certaines valeurs sociétales millénaires tant défendues par l’Eglise. Mais ils pardonnent bien vite à ceux qui les ont offensés, histoire de pouvoir retourner leur veste. Cette droite que trop de cathos consacrent, c’est aussi celle qui a préféré le marché au sacré et n’hésite pas à fustiger les rapineurs aux aides sociales tout en fermant les yeux sur les fraudes autrement plus conséquentes des larrons en col blanc. S’il n’est pas question ici de dégrader la droite de sa possible catholicité, considérons à tout le moins qu’elle n’en a pas le monopole. A gauche aussi, les catholiques existent. Pour beaucoup, cette lapalissade n’en est pas une tant ils sont persuadés que le salut est de l’autre côté du Père – comme si personne ne siégeait là où du flanc du Christ coulait, ce qui représente tout de même l’immense mystère de la transsubstantiation.

Dans son ouvrage sur Les Réseaux Cathos, Marc Baudriller, journaliste à Challenges, décrypte cette génération de cathos de gauche qui ne se sent pas moins imprégnée de foi que ses congénères de droite : « Ce sont ces hommes et ces femmes, nés entre 1940 et 1955, parvenus aux commandes des entreprises, des journaux, des institutions politiques et culturelles, qui ont fait et font encore le gros des réseaux cathos. Ce sont eux qui lisaient et lisent toujours La Vie et Télérama. Eux qui ont piloté l’opération au Monde (NDLR : La vente de Télérama et de La Vie au Monde). Eux qui ont fait les belles heures de Témoignage chrétien. Ce sont eux qui fournissent l’essentiel des effectifs des Semaines sociales, « lieu de formation, de débat, et de proposition sur les grands enjeux de la société ». Totalement en phase avec les valeurs contemporaines –qui sont d’ailleurs largement l’œuvre de cette génération, catho et non-cathos confondus-, ils sont au faîte de leur puissance. »

Et l’auteur de citer ces figures connues du monde politique qui partagent avec le catholicisme une certaine filiation que peu oseraient imaginer. Bertrand Delanoë n’ignore rien des entrailles du catholicisme. Le maire de Paris, qui osa baptiser la place de la Cathédrale de Paris du nom du prédécesseur de Benoit XVI, malgré les assauts répétés du lobby homosexuel Act-up, est l’heureux frère d’une bonne sœur. Si Martine Aubry ne revendique aujourd’hui aucun héritage religieux, elle a baigné dedans depuis toute petite avec un père, Jacques Delors, qui osait poser un nom sur les « forces de l’esprit ». Durant son adolescence, le nouveau Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, était membre du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne, d’abord à Cholet, puis à l’université de Nantes. Tout comme François Dufour, ancien porte-parole de la Confédération paysanne, ancien vice-président d’ATTAC et actuellement vice-président (EELV) du Conseil régional de Basse-Normandie. Sa collègue Cécile Duflot aura préféré la Jeunesse ouvrière chrétienne. Bref, la gauche aussi a ses litanies.

« Catho et de gauche : est-ce encore possible ? » titrait en octobre 2011 l’hebdomadaire Famille Chrétienne. Le journaliste et écrivain Jean-Claude Guillebaud, catholique de gauche, redevenu chrétien sans pour autant renier ses racines politiques, expliquait : « Parfois, on me demande comment je peux être de gauche alors que le Parti socialiste défend le mariage homosexuel. À l’inverse, je ne vois pas comment, en se crispant sur ces questions de société, on peut se retrouver, de fait, à droite, dans le camp de la folie néolibérale, qui est une autre forme de barbarie. Qu’ils soient politiquement à gauche ou à droite, les chrétiens sont ainsi aujourd’hui coincés entre deux feux. ». « Il reste des cathos de gauche dans l’Église, et en dehors », expliquait il y a peu l’historien des idées Philippe Portier dans Témoignage Chrétien avant d’ajouter : « Les mouvements d’action catholique notamment, en perte de vitesse depuis le milieu des années soixante-dix, font perdurer cette sensibilité. Le discours a changé. Si l’on s’oppose ici à la mondialisation libérale, on ne se situe plus du côté de la révolution et de la mort du capitalisme. Les cathos de gauche entendent simplement réformer l’économie de marché dans le sens d’une plus grande solidarité. »

Aujourd’hui, être catholique n’implique plus de prendre parti pour le Sillon ou l’Action française. Certains le regretteront mais l’espérance invite à voir que ces cœurs, balançant à gauche ou à droite, regardent tous vers le ciel.

Cécile Duflot reçoit à domicile

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Cécile Duflot est un ministre exemplaire. Vêtue d’un simple jean, elle emprunte les transports en commun pour gagner son lieu de travail ; elle visite les pauvres et les mal-logés ; elle apprend, me dit-on, les invocations et les formules très secrètes qui chassent le feu. Elle est aux anges, elle sourit béatement, elle a reçu la Visitation républicaine. On se souvient qu’elle avait réclamé, comme un dû, un ministère, d’abord pour elle-même et, accessoirement, pour ses compères. Elle l’obtint, bien sûr, puisqu’il est dit que, désormais, les chlorophylliens groupusculaires arbitreront les élégances jusqu’au plus haut sommet de l’État…

La secrétaire nationale d’Europe-Ecologie-Les-Verts ne quitte plus son bureau, on la soupçonne même d’y faire bouillir les navets bio dont elle se nourrit, et de confondre ainsi sa cuisine et sa « tambouille » électorale. Quand un vert est, sinon dans le fruit, du moins dans un ministère, que fait-il ? Eh bien, il invite tous les Verts à poursuivre leurs interminables débats, à comparer les mérites du macramé et du point de croix, du poncho en laine des Andes et de la doudoune en fibre équitable ! Pour un peu, Cécile tiendrait volontiers une réunion du bureau exécutif d’EELV sous les ors de son ministère ! C’est ce qu’avait cru comprendre Daniel Cohn-Bendit, et ce dont il s’offusquait, à juste titre, le 24 mai dernier, au micro de France info : « […] je trouve ça invraisemblable ! Il faut qu’EELV apprenne le b.a-ba de la démocratie : il y a les partis, et il y a un gouvernement ! ». Aussitôt, David Cormand, secrétaire national aux élections, faisait connaître que ladite réunion avait eu lieu « comme tous les vendredis, […] au siège parisien du mouvement écologiste. ».

DCB a-t-il voulu nuire à son « amie » Cécile ? Pas seulement ! Une autre verte, Marie Bové[1. Le Monde.fr, le 25/05/2012], nous apprend en effet que Mme Duflot, le 18 mai, aurait souhaité que la prochaine réunion du bureau exécutif, le 25, se tînt… au ministère dont elle a le maroquin ! Il y eut des protestations, notamment de la part de Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, de Jérôme Gleizes et de Marie Bové elle-même : « Cécile Duflot a rétorqué qu’elle était libre de convoquer qui elle souhaitait au ministère. ». Les déclarations de Daniel Cohn-Bendit, la peur du scandale, les prochaines élections législatives, eurent finalement raison de l’arrogance de Mme Duflot, et tout ce petit monde se retrouva au siège du parti.

Quelque chose me dit que nous entendrons encore parler des exploits de la dame qui joue avec ses téléphones « comme d’autres jouent avec leur sex-toy dans leur bain »[2. C’est la chute impertinente que Bruno Testa donne à son article dans L’Union, signalé d’ailleurs par Villaterne dans un autre fil, et qu’on lira, avec grand plaisir ici.]

Le chat, la souris et le miroir aux alouettes

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Un moment d’absence, pardon. C’est qu’il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. Ce matou de Hollande qui continue à jouer avec la souris Angela, un gouvernement sympathique et pataud, une droite qui s’annonce pire que la précédente, tout cela pouvait attendre un peu. Mais pas l’euro, semble-t-il.

La zone euro – rien que cet intitulé aurait dû alerter les plus europhiles – ressemble désormais à « La Méduse », ce bâtiment qui sombra en 1816 au large des côtes africaines. On y est déjà en train de dessiner les plans du radeau et de sélectionner ceux qui auront la chance (?) de monter à bord.
Il y a le plan A, comme Allemagne, A comme austérité : puisque l’on doit tous mourir à la fin, autant commencer, tout de suite par les plus faibles. Les Grecs en hors-d’œuvre donc.

Il y a le plan B, comme BCE : puisqu’une banque centrale, à l’instar de la Réserve fédérale américaine, de la Banque du Japon, de celle d’Angleterre, est « prêteur en dernier ressort », pourquoi la BCE n’achèterait-elle pas les Bons du Trésor (oui, de la dette) de chacun des pays membres ? Ce qu’elle fait bien déjà pour les banques, dont ni la solidité ni la pérennité ne paraissent mieux assurées que celle des Etats. On ne voit pas en quoi cette solution de bon sens porterait atteinte à l’indépendance de la BCE, qui resterait libre de contracter ou non, à ses propres conditions, par définition meilleures que celles du marché.

Mais pour accepter l’euro, l’Allemagne a pris la BCE en otage. Peur de l’expansion monétaire, hantise de l’inflation, défiance de rentier pour l’emprunteur surtout. La BCE est indépendante de tout, sauf des névroses de l’Allemagne. La Banque de Francfort est un totem.
Alors, il a fallu inventer un leurre, un plan C, comme comète : les eurobonds. Les cigales et les fourmis qui font pot commun. De fait, la carte de crédit de l’Allemagne à la disposition de tous. Pas trop difficile de rallier les cigales à ce projet mirobolant. Du coup, Angela s’est précipitée sur ce miroir aux alouettes.

On en arrivera donc in fine au plan B, comme l’a très bien anticipé Mario Draghi, le président de la BCE, prêt à jouer pleinement le rôle de Banque fédérale. Plus de tabou pour le totem. Bien joué le chat.

Retrouvez les articles de William Abitbol sur son blog

Zemmour, l’homme à abattre ?

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On a le droit d’être en désaccord avec Eric Zemmour. C’est écrit dans la Déclaration des droits de l’Homme – et dans Causeur. L’ennui, avec Dominique Sopo, le patron de SOS Racisme, c’est qu’on se demande s’il est encore permis d’être d’accord avec Zemmour. Et ce qui est encore plus fâcheux, c’est que quand Sopo n’est pas d’accord avec quelqu’un, il exige qu’on le fasse taire. Enfin, quelqu’un, façon de parler. Parce que ces temps-ci sa principale contribution au débat public consiste à réclamer la tête d’Eric Zemmour. Dans ce beau combat pour la censure, il en est à sa deuxième tribune dans Le Monde. Et on ne compte pas les passages radio ou télé. À croire que pour Sopo, la lutte contre le racisme passe par l’éradication de la liberté de penser et de parler.

Cette fois, c’est le jugement de Zemmour sur Christiane Taubira qui stimule l’ardeur répressive de Sopo. Au passage, Sopo dispense tous azimuts un avertissement sans frais: critiquer Taubira, c’est s’exposer à l’accusation de machisme et de racisme. Tenez-vous le pour dit !
Attention, Sopo ne dit pas que Zemmour est raciste, il parle de « vision racialisée de la société ». Ben voyons. Faux, réplique Zemmour, quand j’attaque Taubira, je ne m’attaque pas à une femme ou à une Noire, mais à une idéologie. De fait, il y a bien une vision idéologique de l’histoire et du monde dans la loi Taubira de 2002 qui érige l’esclavage et la traite au rang de crimes contre l’humanité dont la négation elle-même est un crime. En effet, dès son article premier, cette loi exclut de son champ les traites interafricaines – pourtant responsables, d’après des historiens sérieux, de près de la moitié des victimes. Peu importe, le seul crime dont il faut perpétuer le souvenir et honorer les victimes, c’est le crime raciste, perpétré par des Blancs sur des Noirs. L’histoire de l’Europe en regorge. Mais des Noirs massacrés par des Noirs méritent-ils l’oubli pour autant ?

Tout cela et bien d’autres choses devraient être l’objet de notre querelle commune. Seulement voilà, Dominique Sopo aime condamner, pas discuter. Il ne veut pas argumenter, il veut sanctionner, interdire, exclure. Ce défenseur de la tolérance, cet amoureux de la différence ne comprend pas qu’on puisse ne pas penser comme lui sans être un salaud ou un idiot. Bref, Sopo ne connaît pas de contradicteurs intellectuels ou d’adversaires idéologiques, il n’a que des ennemis. Ce doit être bien triste de vivre dans un monde où tout le monde pense comme soi. Tant pis pour Sopo. Mais au moins qu’il n’en dégoûte pas les autres. Or, Sopo semble ignorer que des millions de gens aiment être surpris, agacés, parfois choqués et toujours stimulés, par une idée qu’ils ne partagent pas. Il n’y a pas de vie sans conflit. C’est donc à l’honneur de RTL – station où j’ai le privilège d’intervenir – qu’on y entende Eric Zemmour et Rokhaya Diallo, Alain Duhamel et Ivan Rioufol, Jean-Michel Apathie et Laurent Gerra. Pardon pour les grands mots, cher Dominique Sopo, ça s’appelle la liberté. Et ça s’appelle la démocratie.

Le peuple contre lui-même

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À chaque fois, c’est la même chose : à peine élu, le nouveau président de la République explique, la larme au coin de l’œil, qu’il sera le président de tous les Français. Et à chaque fois, une bonne partie de ceux qui ont voté contre lui ou se sont abstenus le regardent comme un intrus, une anomalie qui doit débarrasser le plancher de l’Élysée au plus vite. Ce coup-ci, ça n’a pas manqué : François Hollande n’avait pas fini ses quelques pas de danse sur La Vie en rose, devant les Tullistes enamourés, que fleurissaient déjà les groupe Facebook « Hollande n’est pas mon président » et autres appels à la résistance. Et l’on sentait, particulièrement chez les militants UMP, la volonté de mener une guerre de harcèlement au nouveau président et de lui rendre au centuple les insultes, moqueries et marques d’irrespect qui furent le quotidien de Nicolas Sarkozy durant son quinquennat.[access capability= »lire_inedits »] Au « Casse-toi pauv’con ! » renvoyé inlassablement en boomerang au président sortant allait enfin pouvoir succéder le « Tire-toi sale flan »…

Les optimistes indécrottables diront que le sarkozysme récolte ce qu’il a semé, ou au contraire que c’est l’arrogance de la gauche morale de droit divin qui reçoit la monnaie de sa pièce, mais qu’en tout cas tout cela est conjoncturel, et qu’on finira bien par revenir un jour à cette démocratie apaisée si chère aux rêveries solitaires de Valéry Giscard d’Estaing. D’autres, moins religieusement attachés aux liturgies démocratiques, rappelleront que cette démocratie apaisée, la France ne l’a en réalité jamais connue ; et que cette division du peuple est la nature même du système, et plus particulièrement de cette élection du président de la République au suffrage universel qui se réduit toujours, in fine, à un duel, front contre front, où, pour l’emporter, il faut diaboliser l’adversaire, laisser entendre qu’on n’a rien de commun avec lui, que ce sont deux visions incompatibles qui s’affrontent − voire, depuis que l’idéologie a déserté la politique, deux morales inconciliables. Pour remporter cette « reine des batailles » électorales, il faut opposer, diviser, stigmatiser, « cliver », comme l’on dit aujourd’hui, avec l’espoir vain et enfantin que tout cela sera oublié au lendemain de l’élection et que l’on pourra régner sur un pays réuni autour de votre indiscutable légitimité. Quand, en réalité, les anathèmes et les injures laissent des blessures ouvertes, d’autant plus ouvertes qu’il faut déjà songer à les entretenir en vue des combats électoraux futurs. La revanche ne s’accommode guère de l’oubli des fautes et de la cicatrisation des plaies.

Si le phénomène est inhérent à la démocratie, il se renforce indubitablement à l’heure où l’individualisme gagne du terrain au détriment du sentiment d’une communauté de destin. Se sentant de moins en moins citoyen et de plus en plus individu, autonome et seul maître de son existence, pourquoi l’électeur qui a fait le choix minoritaire se sentirait-il tenu de considérer le vainqueur du scrutin comme son président, ou même de le respecter ? En réalité, l’électeur moderne ne saurait avoir plus de respect pour le président qu’il n’a pas choisi que pour un produit de consommation dont il n’aurait pas envie mais dont on lui impose l’utilisation. Dans les démocraties libérales avancées, le président qu’on n’a pas contribué à élire ne sera jamais qu’un plat écœurant qu’on vous oblige à ingurgiter jour après jour, pendant au moins cinq longues années. Allez-vous étonner si le peuple a de moins en moins d’appétit ![/access]
 
*Photo : http://leflansurlaberge.unblog.fr

Afghanistan : le changement, c’est dans la continuité

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Le Festival du mot, qui se déroule du 30 mai au 3 juin dans la charmante bourgade de La Charité-sur-Loire, n’a pas fait preuve d’une grande originalité en choisissant comme mot de l’année 2012 « changement », (sous-entendu « c’est maintenant !»).

On pardonnera ce manque d’imagination aux organisateurs s’il s’agit pour eux de flagorner (vilaine chose, joli mot !) le nouveau pouvoir pour garantir la pérennité de leurs subventions.

Mais ils sont ainsi passés à côté de la plus belle entourloupe linguistique commise ces derniers temps avec l’usage de l’adjectif « ordonné » associé aux substantifs « sortie » et « retrait ».

Madame Christine Lagarde, première langue de vipère du FMI, envisage ainsi « une sortie ordonnée de la Grèce de l’euro ». Ô prodige de la merveilleuse ambiguïté de la langue de Molière ! Elle laisse aux intéressés (« qu’ils payent leurs impôts, ces rats ! ») le soin de conclure s’il s’agit d’une sortie en bon ordre, en rang par deux et au pas d’evzone, de notre belle monnaie unique, ou d’une expulsion résultant d’une injonction dont la version originale allemande est la plus expressive : Raus !

Le « retrait ordonné » des troupes françaises d’Afghanistan annoncé pour la fin 2012 par notre bien-aimé président de la République (61% d’opinions favorables) cache, lui, un euphémisme pour transformer en promesse tenue un rétropédalage pas ordonné du tout. Les galonnés lui ayant gentiment expliqué que l’on ne quitte pas aussi facilement un champ de bataille qu’un champ de luzerne en Corrèze, le plan « j’me barre » de François Hollande n’aura, en fait que trois mois d’avance sur le plan « j’me casse » de Nicolas Sarkozy.

Et l’on sait bien, dans la ville du Festival du mot, que charité bien ordonnée commence par soi-même…

Japon : des joies du « panhaptique »

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L’excellent blog d’Agnès Giard « Les 400 culs » nous fait part des derniers progrès en matière d’onanisme high-tech. Au Japon, il paraît que l’art délicat de la masturbation passe désormais par une technologie tactile proche des procédés utilisés par la console de jeux vidéo Wii. Pour plus de détails, les plus vicieux consulteront ce lien.

La didactique blogueuse professionnelle de Libé nous explique clairement : « certains créateurs d’objets érotiques high-tech mettent actuellement au point des gaines dotées de palpeurs et de pédoncules qui, par petites pressions, vous donnent l’impression d’une langue ou d’une ventouse, aspirant goulument vos doigts, vos orteils, vos seins ou… votre pénis. Ils créent ce qu’on appelle du « sexe haptique ». »

Tactile jusqu’à la moelle, cette gaine est ce qu’on appelle un « virtual hole », « synchronisé(e) avec les images de vidéos pornographiques » que fournit, moyennant finance, la société japonaise Daihaku qui commercialise cet objet dernier cri. Prenez votre temps, détendez-vous, oubliez sites égrillards, revues grivoises et autres pay-per-view d’hôtel, Daihaku s’occupe de tout…

L’hyper réalisme de notre société spectaculaire veut ainsi que le digne utilisateur de la gaine fasse sa petite affaire en observant les exploits érotiques de l’acteur sur l’écran. Même dans leurs pires cauchemars, Bentham et Foucault n’auraient imaginé pareil « panhaptique » qui fait de tout un chacun les Loana et Jean-Edouard solitaires du grand show de télé-réalité qu’on appelle la vie.

Extrême droitisation, ah bon ?

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Aujourd’hui, l’immigration est considérée comme un bienfait en soi, indépendamment de ses modalités. La notion de « seuil de tolérance » a été délégitimée comme une incongruité « cocardière » qui ferait « vieille France ». Le curseur est à ce point déséquilibré que certains livres parlent de « préférence immigrée », de « racisme anti-blanc », de prolophobie, voire de francophobie.

Il aura fallu 30 ans au Front national pour obtenir le score de 18% que François Bayrou a presque atteint du jour au lendemain. Au rythme de progression de ce parti, de 11% aux européennes de 1984 à 18% à la présidentielle de 2012, il ne pourra manifestement pas prendre le pouvoir avant plusieurs siècles. Mais le climat de crédulité est tel, qu’il est sans cesse question de ce qui ferait « monter Le Pen ».

Ceux qui présentent la montée du populisme comme un phénomène inéluctable rejettent la faute sur Sarkozy. Il faudrait s’entendre. Il est peu crédible qu’une soi-disant campagne extrême droitière de Sarkozy ait fait monter Marine Le Pen à 18%, alors que ce score est inférieur aux 24% que les sondages lui prédisaient il y a un an.

Sur la durée, le FN a continûment revu ses prétentions à la baisse, tandis que l’extrême gauche a renforcé ses exigences et accru son audience. Il y a vingt ans, le programme du FN visait à inverser les flux migratoires, alors qu’il prêche aujourd’hui une immigration quasi-zéro. Autre indicateur, à l’époque, le programme de la droite visait à stopper l’immigration, alors qu’il prône aujourd’hui une immigration choisie. Cette inflexion ne correspond en rien à une extrême droitisation.

Ce sont des centristes comme Bayrou qui, influencés par l’extrême gauche, ont dérivé vers la gauche. Partisan du droit de vote des immigrés aux élections municipales, le MoDem promet à la banlieue un ministère de l’Egalité à la place de celui de l’Identité. Plus hostile que François Hollande à la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale, François Bayrou soutient par contre l’initiative de Hollande qui veut supprimer le mot « race » de la Constitution française.

En 1983, Alain Juppé réclamait une politique d’immigration très restrictive et voulait « encourager le retour au pays ». On ne peut donc croire ceux qui jugent que Sarkozy a transgressé la ligne républicaine de Jacques Chirac. La position adoptée par Chirac à partir de 1986, consistant à ne pas accepter les voix du FN et même à faire élire des communistes contre des candidats frontistes, lui avait été dictée par les intellectuels de gauche, mais elle ne reflète pas une tradition établie.

Si l’on remonte un peu dans le temps, on se souvient de la politique de concentration républicaine de Jules Ferry qui écartait les « minorités d’extrême gauche et d’extrême droite ». En 1956, le front républicain regroupait Chaban-Delmas et Mollet en excluant communistes et poujadistes. En septembre 1983, lors de l’émergence électorale du Front national, Raymond Aron s’opposa fermement au chantage antifasciste de ceux qui étaient alliés avec les communistes. Aux régionales de 1986, Edgar Faure déplorait cette nouvelle manie de « frapper d’un interdit incroyable des gens qui sont ici par la volonté du peuple ».

Telle est la principale position républicaine dans l’histoire de France. Elle fut battue en brèche, sous la pression idéologique de l’extrême gauche, à plusieurs reprises, et notamment au début du 20ème siècle par la politique de bloc républicain sous le combisme, puis de 1986 à 2006 par le chiraquisme.

On peut estimer justifiées ces deux mises en quarantaine de la seule extrême droite au profit de l’extrême gauche. Mais on ne peut pas réduire l’histoire de notre République à ces deux périodes.

De Sarkozy à Hollande : quoi de neuf ? Rien !

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« Rien d’important », écrivait Jacques Ellul au lendemain du 10 mai 1981. Nous ne saurions mieux dire. Peuple de France, où est ta victoire ? Tu as remplacé, car tu n’avais pas le choix, la droite bling-bling par la gauche Laurent[1. Du nom de ce coûteux restaurant parisien où, quelques mois avant l’élection, François Hollande et BHL, conseiller ès-affaires libyennes de Nicolas Sarkozy, dînèrent pour fêter la victoire future de leurs idées communes.]. Tu as suivi, non comme un seul homme, mais comme une demi-nation, les bobos des arrondissements parisiens à un chiffre dans leur engouement pour un héros à lunettes dont ils ignoraient hier l’existence. Car tu n’avais pas le choix. Tu as balayé le Falstaff de Neuilly-sur-Seine en qui, avant-hier, tu avais mis ta foi, pour le remplacer par le Faust de Tulle.[access capability= »lire_inedits »] Car tu n’avais pas le choix. Un dimanche de mai à 20 heures, une seconde ou deux, tu as cessé de respirer comme au coup de sifflet d’une finale de Coupe du monde. Le lendemain, tu t’es réveillé avec une gueule qui n’était même pas de bois, mais de six pieds de long. La gueule du désespéré, seulement soulagé d’avoir échappé au pire. La gueule du suicidaire amateur qui s’est encore raté.

Rien d’important, non, ni même de grave dans cette élection survenue dans une démocratie endormie, où une bourgeoisie prête son argenterie à l’autre pour cinq ou dix ans et fait ses recommandations pour l’entretien du pékinois en son absence. Rien de grave dans cette République d’échange d’appartement et de covoiturage, où le sénevé appelle la moutarde. Non, rien de grave, non, rien d’important. François Hollande diminue son allocation d’Élyséen provisoire et encadre les salaires des patrons d’entreprise à capitaux publics. Fort bien. Nous l’en félicitons. Gageons que ces premiers décrets resteront comme l’acte le plus important de son quinquennat socialiste.
Non, rien de grave, rien d’important. Les ours savants de la sociétale-démocratie arrangeront leurs petits désirs comme ils le pourront avec le réel. Certes, quelques billevesées estampillées progressistes ajouteront, s’ils ont la force de les défendre, un peu plus d’absurde à ce pays, à cette civilisation. Rien de grave, rien d’important. Nous leur conseillons pourtant de légiférer le plus tard possible, sous peine de se retrouver dépourvus totalement d’utopie quand la bise sera venue.

Car la bise ne tardera plus. Si je n’arrive pas à comprendre ce que peut être la France d’après, je parviens pourtant sans trop de peine à imaginer ce qu’il y aura après la France. Ce sera quand Robert, son fils Kevin et son petit-fils Kenzo de Chon-sur-Marne se réveilleront un matin dans la peau d’Anders Breivik. Ce sera quand Ahmed, son fils Mourad et son petit-fils Bilal de Rancy-sur-Seine se réveilleront un matin dans la tête de Mohamed Merah. Ce sera quand les huit enfants de mes voisins maliens du dessus, lassés de pisser dans l’ascenseur et d’empêcher ma femme de dormir la nuit, pour faire payer à leur père son absence et à leur mère son absence de français, se battront avec les cinq fils de mes voisins sénégalais du bout du couloir pour le contrôle du hall de l’immeuble. Ce sera quand mes clodos du lundi n’auront plus le choix qu’entre le dépôt de Nanterre et la soupe à la grimace des Restos du cœur parce qu’il n’y aura plus d’association confessionnelle pour s’occuper d’eux. Ce sera quand l’école jacobine, minée par l’idéologie, s’effondrera sur elle-même. Ce sera quand tous les officiers français seront partis dans le privé avant l’âge de 30 ans. Ce sera quand le Qatar aura racheté France 2 et TF1, en application de l’accord pétrole contre couverture. Ce sera quand le Chancelier du nouveau Reich qui ne dit pas son nom gèlera le SMIC au nom de la rationalité budgétaire. Ce sera quand il y aura plus de Grecs que de Roms mendiant dans les rues de Paname. Ce sera quand la Provence parlera majoritairement espagnol. Ce sera quand l’Alsace-Moselle, en vertu du Concordat, appliquera la charia.

Ce sera quand la Nièvre sera couverte de mines de charbon à ciel ouvert et la Drôme un gisement de gaz de schiste. Ce sera quand mes enfants se feront jeter des pierres parce qu’ils refuseront d’être bi. Ce sera aussi quand Amazon sera le dernier libraire. Ce sera quand Tintin et les Picaros sera interdit aux moins de 18 ans. Ce sera quand Éric Zemmour se retirera à Sainte-Hélène avec un bicorne sur la tête pour dicter ses Mémoires. Ce sera quand la contestation de l’idéologie de la croissance ne sera plus une opinion mais un délit. Ce sera quand Mémé devra choisir entre la diminution immédiate de sa pension et la programmation à moyen terme de sa mort dans la dignité. Ce sera quand des médecins redresseront les comptes publics à coup d’injections. Ce sera quand les LGBT seront les seuls mariés de France parce que tous les catholiques auront divorcé.

Ce sera surtout le constat définitif que le politique n’y pouvait rien. Que tout cela n’était rien de grave, rien d’important.[/access]

Laissez-nous les tirs aux buts !

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Joseph Blatter, qui préside la FIFA, vient de jeter un pavé dans la mare en annonçant vouloir supprimer les séances de tirs au but, pour départager les équipes lors des matches à élimination directe, lorsque la prolongation n’a pas pu désigner de vainqueur. C’est peu dire que cette proposition ne recueille pas mon assentiment.

Ne le cachons pas, j’ai sur Joseph Blatter une opinion mitigée. Autant je salue sa résistance devant la puissance des télévisions pour ne pas leur donner les clefs de la boutique en autorisant le vidéo-arbitrage, autant il n’est pas exempt de tout reproche pour l’attribution des phases finales de Coupe du Monde, la FIFA rivalisant largement avec le CIO quant aux suspicions qui ont pu entourer les dernières désignations.

A propos des tirs au but, Blatter nous explique qu’ils ne constituent pas « l’essence du football » en ce qu’ils lui retirent son aspect collectif. Cet argument ne nous convainc pas. D’une part, les qualités collectives intrinsèques sont sollicitées pendant cent-vingt minutes avant de passer à cette épreuve. D’autre part, cette dernière fait appel à au moins cinq joueurs de champ en plus du gardien de but. L’aspect collectif des tirs au but ne saurait donc être complètement gommé. Et puis, on va mettre quoi à la place ? On ne va pas revenir à la pièce de monnaie ! La solution idéale serait de rejouer le match. C’est encore le cas pour les coupes nationales en Angleterre et cela se pratiquait naguère en finale de Coupe de France. Mais les calendriers surchargés rendent cette solution obsolète. Ajoutons qu’en phase finale de Coupe du Monde, qui s’étend sur trois semaines, rejouer la finale trois jours plus tard serait possible mais quid des huitièmes, quarts et demi-finales ? Impossible à organiser.

Et puis, supprimer cette épreuve, c’est nous priver à l’avance de magnifiques souvenirs, de dramaturgies qui font date dans l’histoire de ce sport. Séville 82, Guadalajara 86 (face au Brésil) et le quart de finale 1998 contre l’Italie ont marqué les Français pour l’éternité. Moi-même, j’ai vécu avec mon club favori deux finales victorieuses et inoubliables, en 2004 et 2007 au Stade de France, grâce au fantastique gardien – et personnage – Teddy Richert[1. Je ne pouvais omettre au passage de rendre hommage à celui qui vient de quitter, à 38 ans, le FC Sochaux-Montbéliard, alors qu’il lui a offert ses deux seuls trophées depuis 1937. Bon vent à lui !].

Reste que Blatter reste prudent et a opté, à la manière d’un Jean-Marc Ayrault, pour une concertation. Ce sont des vieilles gloires footballistiques, de Beckenbauer à Karembeu, qui seront chargées de lui formuler des propositions. Gageons que ces stars du ballon rond, après lui avoir fort heureusement conseillé de ne pas mettre le doigt dans l’engrenage du vidéo-arbitrage, lui recommanderont encore le statu quo.