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La tyrannie de la mixité

Adam Sandler, Rien que pour vos cheveux

Dans quelques dizaines d’années, il n’existera plus de témoin vivant de l’époque où les établissements d’enseignement séparaient les garçons et les filles à partir du cours préparatoire jusqu’au baccalauréat.
Aujourd’hui, on relègue cette pratique dans le cimetière des archaïsmes dont la société française s’est fort heureusement libérée au siècle dernier, comme l’interdiction de la contraception et de l’avortement ou le droit de vote réservé aux électeurs de sexe masculin.
Ceux qui l’ont vécue, et y ont trouvé quelque agrément, sont priés de garder pour eux leurs radotages. Les plus indulgents des membres des générations élevées dans la mixité scolaire mettent cette bizarre nostalgie sur le compte de l’idéalisation a posteriori par les anciens du temps de leur jeunesse.

Comment leur faire comprendre que l’éloignement relatif de l’objet du désir, enfermé six heures par jour dans le lycée de filles voisin, nous épargnait de le voir dans des situations triviales ? Que le repérage furtif de potentielles petites camarades de jeux interdits, à la sortie de ce même lycée, suivi d’une stratégie de prise de contact subtilement élaborée, n’était pas la moins délicieuse des activités périscolaires ?

Mais il faut nous résigner : le mélange des garçons et des filles à l’école est un fait irréversible, sauf dans les établissements gérés par des fanatiques ultrareligieux. D’ailleurs, voudrait-on rétablir la séparation que Bruxelles ne tarderait pas à nous remonter les bretelles…

Reste une question : la mixité a-t-elle favorisé des relations plus sereines entre les enfants et adolescents des deux sexes ? La corporation des sciences humaines et sociales est, comme de coutume, fort divisée sur le sujet, nous permettant ainsi de laisser libre cours à notre subjectivité de témoin d’une époque révolue.

Après la suppression de la conscription et l’ouverture aux femmes de la carrière militaire, les lieux et institutions où les hommes se retrouvent entre eux disparaissent progressivement de la Cité − à l’exception des endroits où se déploie la sociabilité gay, mais cela est une autre histoire.[access capability=”lire_inedits”]

Des « sœurs » au Grand Orient de France

Cherchez, par exemple, dans nos métropoles, nos villes grandes, moyennes et petites, un salon de coiffure où il vous sera épargné le spectacle de dames de tous âges la tête enduite de produits assez peu ragoûtants et ornée de papillotes ridicules. Je suis gêné pour elles en entrant dans une boutique établie sous une enseigne subtile genre Créa’tifs ou Design’Hair[1. Je souscris totalement à la proposition suggérée par l’excellent François Rollin, l’humoriste de 17h55 sur France Culture, de former des commandos allant barbouiller de peinture noire toutes enseignes de salons de coiffure osant les mots-valises avec « tif » et « hair »], de les rencontrer dans un état où elles ne souhaitent assurément pas être surprises par un monsieur, pas même leur mari ou amant. Mais comment faire autrement ? Les salons de coiffure réservés aux hommes sont en voie d’extinction. Il en existe encore quelques-uns, dont un bienfaiteur de l’humanité masculine devrait faire une liste consultable sur Internet…

Pour les Parisiens, je ne peux que vous conseiller le tout petit salon de Daniel Liger, 67 cours de Vincennes, à deux pas, cela ne s’invente pas, de la rue Lucien et Sacha Guitry. Les deux merlans qui s’activent derrière les fauteuils en moleskine à l’ancienne ne laissent pénétrer aucune femelle au-delà du seuil et couvrent de quolibets celles qui se permettent de donner des directives concernant le traitement de la chevelure de leur mari ou de leur fils. L’âge de la retraite s’approchant, ce salon fera bientôt partie du Paris disparu, comme les tripiers ou les bougnats qui vendaient du vin et du charbon. Le CAP de coiffeur pour hommes a été supprimé : l’homme n’est plus qu’une option d’un diplôme transgenre.

Une à une, les forteresses de la non-mixité ont été prises d’assaut et investies par des avant-gardes, puis des bataillons de dames et de demoiselles estimant, le plus souvent à juste titre, qu’elles disposaient de toutes les qualités pour occuper des fonctions jusque-là réservées aux messieurs. L’économie y trouve son compte, certes. Qui se plaindrait de bénéficier des services d’égoutières compétentes ou de gardes républicaines capables, aussi bien que leurs collègues masculins, de monter un cheval au trot tout en sonnant le clairon sans fausse note le 14 juillet sur les Champs-Élysées ? D’ailleurs, le Grand Orient de France vient de rendre les armes et d’autoriser ses loges à initier des « sœurs », en dépit de la farouche résistance d’une vieille garde submergée par l’assaut final des « progressistes » : tout un symbole.

L’envie des hommes ordinaires : un peu d’entre-soi

Soyez honnête : le moins misogyne des mâles ne ressent-il pas, de temps à autre, une petite envie de faire un break dans cette mixité imposée dans sa vie professionnelle, sociale, culturelle, politique ? Quelques sports virils permettent, certes, de s’extraire, le temps d’un après-midi, du regard panoptique des femmes, mais que faire quand l’âge et son cortège de maux et de handicaps vous interdisent les joies de l’entrée en mêlée et l’ineffable plaisir de recevoir ou de donner quelques gnons invisibles par l’arbitre ?

Si l’on fait le compte des lieux garantissant 100 % de non-mixité, le choix est plutôt réduit : vous pouvez tenter d’intégrer l’équipage d’un sous-marin nucléaire (déconseillé aux claustrophobes), la Légion étrangère (c’est spécial…), un établissement géré par l’administration pénitentiaire (à éviter autant que possible) ou vous offrir une retraite dans un monastère obéissant à la règle de saint Benoît (se dépêcher avant leur fermeture, faute de vocations monacales nouvelles).

Les Anglais, me direz-vous, ont réussi a préserver, pour les membres masculins des classes supérieures, ces fameux clubs fermés aux dames où les gentlemen peuvent donner libre cours à leurs bas instincts de buveurs churchilliens, échanger avec leurs amis de misérables propos misogynes qui soulagent, bref se conduire comme de parfaits goujats sous l’œil impassible du butler. Malheureusement, ces établissements ne supportent pas la transplantation hors des brumes londoniennes.

Notre seul espoir est que le capitalisme découvre que cette modeste envie qu’ont les hommes ordinaires d’un peu d’entre-soi est un marché qu’il saura satisfaire, avec le génie qu’on lui connaît.[/access]

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Juillet-août 2011 . N°37 38

Article extrait du Magazine Causeur


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