Adam Sandler, Rien que pour vos cheveux

Dans quelques dizaines d’années, il n’existera plus de témoin vivant de l’époque où les établissements d’enseignement séparaient les garçons et les filles à partir du cours préparatoire jusqu’au baccalauréat.
Aujourd’hui, on relègue cette pratique dans le cimetière des archaïsmes dont la société française s’est fort heureusement libérée au siècle dernier, comme l’interdiction de la contraception et de l’avortement ou le droit de vote réservé aux électeurs de sexe masculin.
Ceux qui l’ont vécue, et y ont trouvé quelque agrément, sont priés de garder pour eux leurs radotages. Les plus indulgents des membres des générations élevées dans la mixité scolaire mettent cette bizarre nostalgie sur le compte de l’idéalisation a posteriori par les anciens du temps de leur jeunesse.

Comment leur faire comprendre que l’éloignement relatif de l’objet du désir, enfermé six heures par jour dans le lycée de filles voisin, nous épargnait de le voir dans des situations triviales ? Que le repérage furtif de potentielles petites camarades de jeux interdits, à la sortie de ce même lycée, suivi d’une stratégie de prise de contact subtilement élaborée, n’était pas la moins délicieuse des activités périscolaires ?

Mais il faut nous résigner : le mélange des garçons et des filles à l’école est un fait irréversible, sauf dans les établissements gérés par des fanatiques ultrareligieux. D’ailleurs, voudrait-on rétablir la séparation que Bruxelles ne tarderait pas à nous remonter les bretelles…

Reste une question : la mixité a-t-elle favorisé des relations plus sereines entre les enfants et adolescents des deux sexes ? La corporation des sciences humaines et sociales est, comme de coutume, fort divisée sur le sujet, nous permettant ainsi de laisser libre cours à notre subjectivité de témoin d’une époque révolue.

Après la suppression de la conscription et l’ouverture aux femmes de la carrière militaire, les lieux et institutions où les hommes se retrouvent entre eux disparaissent progressivement de la Cité − à l’exception des endroits où se déploie la sociabilité gay, mais cela est une autre histoire.

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