Accueil Site Page 2826

François Hollande se précipite sur le chemin de Damas

Il jubile… Après un parcours que la presse a dit sans faute (sic) aux Etats-Unis, où il a pu blaguer avec Barack Obama et faire plier l’Otan en jouant un peu sur les mots, il ne manquait au nouveau président que l’occasion de briller en solo sur la scène internationale. C’est maintenant chose faite grâce à l’annonce de sa décision d’expulser l’ambassadrice de Syrie en France à peine quelques heures après la révélation du massacre de Houla. Une prise de position ferme et décidée qui marque son homme, mais qui pourrait bien lui causer quelques soucis : la diplomatie internationale n’est pas une course de vitesse…

D’abord parce que, annonce-t-il, cette décision est motivée par « le massacre odieux commis à Houla par les forces syriennes » : si Hollande, tout excité par sa volonté de créer le buzz, avait attendu les rapports officiels, il aurait appris que le massacre n’était pas la conséquence du pilonnage de Houla par les forces du régime syrien, mais qu’il s’agissait en fait d’exécutions sommaires perpétrées par un groupe qui n’a pas été formellement identifié. Les rebelles accusent les partisans de Bachar al-Assad qui eux-même fustigent des groupes proches d’Al-Qaïda et de la rébellion sunnite… Pendant ce temps, les observateurs des Nations-Unies essaient bêtement de faire leur travail et mènent l’enquête. Gageons que François Hollande était mieux informé que tout le monde !

En revanche, ce qui est sûr, c’est que cette décision symbolique vient à point nommé pour faire de la France l’inspiratrice d’une politique d’ingérence internationale en Syrie et pourquoi pas de notre président le potentiel futur libérateur du pays… Un massacre vaut certainement psychologiquement autant que quelques armes de destruction massive et on a déjà fait la guerre pour moins que cela ! Comment la Russie pourrait-elle encore refuser une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU après Houla ? C’est pourtant ce qui est arrivé, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, ayant jugé que les rebelles et le gouvernement syriens étaient tous deux impliqués dans le massacre et critiqué les pays qui jugent la paix impossible sans le départ de Bachar al-Assad…

Rendons-nous à l’évidence, le président syrien n’est pas un tendre, ni même un garçon sympathique. Il aurait même tendance à faire passer quelques despotes d’Amérique Latine pour des enfants de chœur. Mais les événements récents en Syrie auraient dû faire comprendre à Hollande que la précipitation n’est pas une solution : le plan Annan patauge surtout du fait de la désorganisation des troupes rebelles, conglomérat de groupes de guérilla sans unité et sans interlocuteur unique. Certes, les forces du régime tuent chaque jour en Syrie, mais les attentats suicides de ces derniers jours, qui font planer l’ombre d’Al-Qaïda, posent la question de l’équilibre du pays et de la région après Assad. Certes, le dictateur baasiste est contesté par une frange de la population, mais les élections organisées en mai, tout aussi critiquables qu’elles aient pu être, n’ont pas plébiscité son départ. En un mot, couper les relations diplomatiques avec Damas, c’est aussi couper la communication avec le seul représentant identifié et légitime parmi les belligérants : François Hollande en a fait le choix, par effet d’annonce, prônant ainsi une intervention unilatérale contre le régime en place, si toutefois ses nouveaux « amis » du monde diplomatique lui emboîtent le pas.

Pendant ce temps, Lamia Chakkour, l’ambassadrice de Syrie en France, coule des jours heureux à Paris : son accréditation auprès de l’Unesco lui permet de résider en France, malgré son expulsion annoncée en fanfare… Qu’un retrait des troupes d’Afghanistan devienne un retrait des troupes offensives passe encore, mais une expulsion qui n’expulse pas…

Le bonheur est dans le chai

5

Et si le samedi 2 juin de 10h à 20h et le dimanche 3 juin, de 10h à 18h (pour permettre aux fidèles d’aller aux Vêpres), vous alliez dans une ville rouge pour en boire du bon ? Une semaine avant le premier tour des législatives, à Ivry, l’excellent caviste Paco Mora organise pour la deuxième année un salon, Les Papilles résistent, dont l’intitulé indique assez la philosophie. Le vin est en effet, l’air de rien, un enjeu de civilisation et suppose un certain rapport au monde, au plaisir et à l’autre. Vous pourrez, grâce à ce bienfaiteur de l’humanité et de la proche banlieue, découvrir une douzaine de vignerons qui aiment suffisamment leur métier pour revendiquer fièrement la typicité de leurs terroirs respectifs en s’opposant à la standardisation du goût qui veut faire du vin un produit comme un autre.

Tous ont comme devise la célèbre phrase de Jules Chauvet (1907-1989), initiateur du retour à une vinification plus naturelle : « Le vin, moins on y touche, mieux ça vaut, parce qu’il ne faut pas oublier que ça se boit, quand même. » Paco Mora vous permettra ainsi de vous réconcilier avec le bordeaux, grâce au Médoc de Didier Michaud qui a courageusement résisté à la parkérisation ou de découvrir le champagne de Francis Boulard (y aura-t-il sa fameuse cuvée Pétréa vieillie par solera, méthode d’assemblage espagnole habituellement utilisée pour le Xérès ?).

On pourra aussi faire un petit tour du côté de chez Brigitte Roche, une référence en matière de côte-rôtie. Qu’est-ce qu’il disait encore, Jules Chauvet, ce Paul-Jean Toulet de la fermentation malolactique ? Ah oui : « Certains vins ont non seulement des caractères précis mais encore des silhouettes idéales. Ils peuvent évoquer les matins de printemps embaumés et les soirs troublants de septembre. »

Pour tout renseignement complémentaire, Paco Mora, la « Cave d’Ivry », 40 rue Marat 94200 Ivry sur Seine (01 46 58 33 28). Possibilité de restauration sur place.

FARC : Roméo et Ingrid

7

Mes camarades des FARC sont des gens étranges : ils capturent Roméo Langlois, qui a l’air tout à fait fréquentable, et le relâchent au bout d’à peine un mois. Et quand ils kidnappent quelqu’un d’aussi intégralement insupportable qu’Ingrid Betancourt, au lieu de la libérer de suite, ils se la supportent six ans durant. Masochistes ?

Il faut sauver le soldat Bayrou !

Il y a des hommes politiques, quelles que soient nos propres convictions, qui attirent la sympathie pour une raison simple : ils préfèrent leurs idées aux portefeuilles et aux ors des palais nationaux. Pour faire vite, ils se sentent davantage concernés par le politique que par la politique.
A gauche, on peut citer Jean-Pierre Chevènement. « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne » : il est l’auteur de cette mâle maxime qu’il s’est appliquée à lui-même à trois reprises. D’abord, en 1983, pour protester contre le tournant de la rigueur d’un Mauroy qui avait décidé de rompre avec le programme socialiste sur lequel Mitterrand s’était fait élire. Puis, en 1991, quand ministre de la Défense, il refusa de voir la France s’engager dans l’expédition atlantiste et pétrolière de la première guerre du Golfe. Enfin, en 2000, quand il était à l’Intérieur et qu’il vit Lionel Jospin fabriquer sur mesure un nouveau statut pour la Corse, il démissionna une dernière fois pour dénoncer une fissure inacceptable dans l’édifice de la République « une et indivisible ».

A gauche, toujours, il faut bien reconnaître que le pari d’un Jean-Luc Mélenchon quittant le Parti Socialiste, en pleine dérive européiste et libérale au congrès de Reims en 2008, n’était pas gagné d’avance. On n’aurait pas parié un kopeck (pardon un centime d’euro) sur son destin. Créer le Parti de Gauche, convaincre le PCF d’entrer dans la dynamique du Front De Gauche, assécher l’électorat d’extrême gauche et aujourd’hui affronter Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais, il faut tout de même le vouloir. On imagine la tranquille carrière d’éléphant rose-rouge du PS qu’il aurait pu connaître, jouant le rôle de Montebourg aux primaires et se retrouvant aujourd’hui, à sa place, ministre du Redressement Productif dans un gouvernement avec lequel il n’aurait pourtant été d’accord sur rien ou presque.

A droite, dans le même genre de beauté ombrageuse, Philippe de Villiers mérite un certain respect. Jeune sous-préfet en 1981, il démissionne à l’élection de Mitterrand. Après un bref passage dans le premier gouvernement de cohabitation, il s’éloigne progressivement de l’UDF pour rompre franchement au milieu des années 90 au nom du souverainisme, un souverainisme de droite, ancré sur l’identité catholique de la France. Il avait pourtant le profil potentiel d’un énarque calibré pour devenir un poids lourd des différents gouvernements de droite. Mais apparemment, les couleuvres n’étaient pas son plat préféré, même en les digérant sur le siège arrière d’une limousine aux vitres fumées.

Et maintenant, François Bayrou. C’est-à-dire le Centre, ce courant dont on finira décidément par penser qu’il est comme Dieu selon Flaubert, « présent partout dans sa création mais visible nulle part ». Pour formuler les choses différemment, le centrisme a toujours été au pouvoir mais n’a jamais été incarné par un Président s’en réclamant explicitement, à l’exception peut-être de Giscard.

C’est parce qu’il a cru à cette incarnation politique impossible que François Bayrou est sur le point de disparaître de la vie politique française alors qu’il a réuni sur son nom, lors des trois dernières élections présidentielles, plusieurs millions d’électeurs et qu’il bénéficie d’un capital sympathie, y compris auprès des professeurs qui se souviennent comme d’un grand moment d’apaisement de son long passage à l’éducation nationale (sous deux présidents différents !) et le comparent à la brutalité poujadiste d’un Claude Allègre ou à l’inconsistance austéritaire de Luc Chatel.
Et si Bayrou risque de disparaître, c’est uniquement à cause d’un mode de scrutin dont on se demande vraiment ce qu’on lui trouve encore puisqu’il va probablement exclure le FN de la représentation nationale et permettre très difficilement au FDG de constituer un groupe alors qu’ils représentaient respectivement 18 et 11% des voix au soir du 22 avril.
L’honnêteté intellectuelle de Bayrou, autrement dit le simple fait de s’exprimer en conformité avec ses idées, l’a poussé à annoncer qu’il allait voter pour François Hollande. La victoire de ce dernier, plus courte que prévue, Bayrou y a contribué à sa manière. Dans un premier temps, on a cru que le PS allait, dans un geste élégant, retirer sa candidate dans la circonscription de Bayrou. Puis Solferino décida que non.

Si c’est de cette manière qu’ils veulent faire oublier sur leur gauche qu’ils sont eux-mêmes des centristes, les ténors du PS se trompent. Le gouvernement actuel est un gouvernement du centre et rien d’autre. En créant les conditions pour que Bayrou soit battu, ils veulent oublier leur mauvaise conscience, celle qui les a fait renoncer depuis belle lurette à changer la société pour se contenter de la gérer en arrondissant un peu, un tout petit peu, les angles de la mondialisation.
Mais dans le même temps, ils vont priver la représentation nationale d’une voix originale, humaniste et sincère.
Si j’étais électeur socialiste (première hypothèse improbable), du côté de Pau (seconde hypothèse improbable), je voterais Bayrou.
Pour montrer à mon parti que parfois, c’est l’honneur qui commande.

Comme un cerf dix-cors

Pourquoi mes copains et moi-même étions-nous grognons et joyeux à la fois, le 6 mai 2012, à 20 heures ? Parce que nous avons voté pour Mélenchon au premier tour et pour Hollande au second. Hollande a gagné, Sarkozy a perdu… mais nous aussi, finalement. À la limite de la schizophrénie, on chante L’Internationale devant les images de la cathédrale de Tulle, on dit « nous » en parlant de la gauche, mais nous nous reprenons aussi vite parce que ce n’est pas de « nous » qu’il s’agit puisqu’il s’agit des socialistes, et que nous ne sommes pas socialistes.

En plus, comme nous sommes persuadés que le différentiel de 3 points entre les prévisions sondagières et le score de Mélenchon est essentiellement dû au « vote utile » de ceux qui nous avaient promis leur bulletin et qui se sont dégonflés dans les derniers jours de peur que Hollande soit trop faible au premier tour pour battre Sarkozy au second (avaient-ils si tort que ça, d’ailleurs ?), nous l’avons un peu amère tout de même. Et en même temps, nous sommes contents à l’idée de l’alternance et d’une droite renvoyée à ses chères études.[access capability= »lire_inedits »]

Il s’agit là du comportement typique, et un brin incohérent, des électeurs communistes à chaque élection gagnée par des socialistes. Nous avons voté pour eux par « discipline républicaine », nous sommes très heureux d’avoir battu la droite, mais nous sentons déjà les cornes des cocus idéologiques nous pousser sur le crâne.

Il faut dire que, depuis 1981, nous sommes carrément devenus des cerfs dix-cors. À chaque fois, soit parce que nous étions liés par la solidarité gouvernementale, soit parce que nous étions inhibés par le souci de ne pas gêner un gouvernement de gauche, même social-démocrate, nous n’avons plus fait entendre notre voix. Et à l’échéance suivante, nous nous sommes retrouvés avec un score encore plus bas.

Cette fois, juré, craché, nous n’irons pas au gouvernement. Nous ne sommes pas des écolos, nous. Nous avons notre fierté. Nous ne transigerons pas sur le smic à 1700 euros, question sur laquelle François Hollande a été d’une discrétion de violette durant la campagne. Ni sur la planification écologique. Ni sur un grand pôle public du crédit. Ni sur une modification du statut de la BCE qui permette aux États d’emprunter sans passer par l’intermédiaire des banques. Nous regarderons aussi de près si la négociation autour du Traité européen de stabilité, à défaut d’aboutir à la dénonciation pure et simple que nous souhaiterions, va au moins déboucher sur ce satané et indispensable « volet de croissance ». Et on ne nous endormira pas avec quelques rafistolages cosmétiques juste destinés à ce que le nouveau président revienne de Bruxelles ou Berlin sans avoir perdu la face.

Reste le vote des étrangers aux élections locales (on oublie souvent de rajouter « aux élections locales », allez savoir pourquoi…), qui divise Causeur autant que la France. Eh bien, nous en ferons un point d’honneur, comme en d’autres temps l’abolition de la peine de mort. Dans le combat « valeurs contre valeurs » qui est celui d’aujourd’hui, il ne faut pas avoir peur d’affirmer les siennes même si elles sont minoritaires dans l’électorat qui vous a fait roi. Question de courage politique.

Benoît XVI a indiqué un certain nombre de points non négociables pour les catholiques dans leur rapport au politique (euthanasie, mariage gay, etc…). Je viens d’énoncer les nôtres. Et je me tâte le crâne en regardant, si par hasard, il n’y a pas déjà une nouvelle corne.[/access]

*Photo : nav007

Syrie : la guerre médiatique a déjà lieu

Comme prévu, la première grande annonce diplomatique du quinquennat Hollande se situe dans la parfaite continuité de la politique étrangère sarkozyenne. Après le massacre de Houla, que l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a dénoncé sans en attribuer explicitement la responsabilité au régime de Damas, François Hollande et Laurent Fabius ont décidé d’expulser l’ambassadrice de Syrie à Paris Lamia Chakkour, ce qu’auraient sans doute fini par faire Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Ironie du sort, la diplomate syrienne avait été prise dans un imbroglio l’été dernier, lorsque France 24 avait bien imprudemment annoncé sa défection et son entrée dans l’opposition. L’info s’était révélée être une intox mais a inauguré une longue série de controverses médiatiques qui entourent les convulsions successives de la révolte syrienne.

Parmi les derniers épisodes de la guerre civile syrienne – il faut bien appeler un chat un chat- deux mystérieux rebondissements égarent les journalistes : l’empoisonnement supposé de hauts dignitaires baasistes et l’enlèvement de pèlerins libanais chiites près d’Alep. Grâce à notre confrère du Figaro Georges Malbrunot, nous savons maintenant ce qui s’est tramé derrière les rumeurs d’assassinat des ministres de la Défense, de l’Intérieur et du beau-frère de Bachar Al-Assad, l’officier Assaf Chawkat. Vraisemblablement, il s’agirait d’une opération éclair montée par l’Armée Syrienne Libre, qui avait empoisonné le repas des six très hautes personnalités proches du premier cercle de Damas, lesquelles n’ont dû leur salut qu’à une hospitalisation rapide.

Or, le rapt de treize pèlerins chiites libanais en Syrie reste quant à lui entouré de tout son halo de mystère. L’annonce- démentie depuis – de leur libération puis de leur exfiltration en Turquie, où ils restent immobilisés, a laissé tous les observateurs pantois. Vendredi, France 24 (que l’on est désolé d’accabler…) tombait dans le panneau comme les autres…

Dans cette ténébreuse affaire, il semblerait que des agents de liaison du Hezbollah soient les otages d’une partie de la rébellion syrienne qui rechigne à les évacuer vers le Liban sans contrepartie de l’armée syrienne (arrêt des bombardements d’Alep) et du « parti de Dieu » (enjoint à se désolidariser de son encombrant allié).

Pour rendre les choses un peu plus incompréhensibles, la présidence turque a dernièrement nié jouer le moindre rôle dans les négociations avec les ravisseurs et l’Armée Syrienne Libre affirme n’être pour rien dans ce rapt. Aux dernières nouvelles, le premier ministre libanais devrait néanmoins se rendre à Ankara pour faire avancer le dossier.

Pauvres médias, allez comprendre cette nouvelle Histoire des treize…

Quand Libé fait dans le racialisme

Libération s’indigne de la composition des cabinets ministériels. Pas assez de femmes, pas assez de couleurs. Libé s’acharne surtout contre l’homme blanc car il est homme et blanc. Ce matin, en tant qu’homme et en tant que blanc, j’ai regretté de ne pas être à la tête d’un autre « SOS Racisme » pour les poursuivre en justice et dénoncer ce nouveau sexisme et ce nouveau racisme.

Il y a quelques années, toute la classe politique s’était indignée des propos de Georges Frêche qui trouvait qu’il y avait trop de noirs dans l’équipe de France de football. Là, sans remords, Libé estime qu’il y a trop de blancs ailleurs. Non seulement cela ne choque personne, mais Najat Vallaud-Belkacem, ministre du droit des femmes (qu’attend-on pour demander un ministère en charge du droit des hommes, parité oblige ?), donne même du crédit à cette « enquête » en exigeant un « État exemplaire ».

L’homme blanc ne revendique pas un avantage particulier à être homme et blanc, mais il aurait raison d’en vouloir à ceux qui lui reprochent d’être ce qu’il est sans s’être donné d’autre peine que celle de naître. À les entendre tous, la compétence, l’expérience et la disponibilité ne suffisent plus : il faudrait aussi cacher ou sortir son phallus et sa mélanine, selon les opportunités professionnelles. On se demande d’ailleurs comment Libération peut juger indigne la composition des équipes gouvernementales lorsqu’on regarde la couleur de peau et le sexe de ses propres instances dirigeantes, majoritairement composées de vieux hommes blancs sur-diplômés.

Fleur Pellerin, Ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Économie numérique, ne s’en cache d’ailleurs pas : « Si j’avais été un homme blanc de 60 ans, à compétences égales, j’aurais eu moins de chances d’être nommée ». Ce qui devrait plaire à sa collègue gouvernementale, Yamina Benguigui, en charge des Français de l’étranger, qui aurait déclaré en 2004 : « à qualité égale, priorité au Beur puisqu’il a eu plus d’obstacles à franchir qu’un Blanc de souche ».

Nous proposeront-ils un jour un quota maximum de blancs tout en dénonçant les statistiques ethniques ? Les quotas de femmes, c’est fait avec les lois sur la parité… Parité hommes-femmes qu’on attend toujours dans l’Education nationale (82 % de femmes dans l’enseignement primaire, 60 % dans l’enseignement secondaire), dans la Justice (75 % de de femmes à l’ENM), dans la Santé (85 % de femmes chez les infirmiers), etc. A moins de se souvenir une bonne fois pour toutes qu’il est tout simplement interdit de proposer un emploi en fonction de la couleur de peau et du sexe du postulant, indépendamment des affinités, plus ou moins grandes, de certaines catégories de la population avec chaque type de métier et ses contraintes.

Finkielkraut avait prévenu : « l’antiracisme sera au 21ème siècle ce que fut le communisme au 20ème ».

La simplitude hollandaise n’est pas simple à gérer

Les Français l’ont bien compris. François Hollande veut faire comme tout le monde. Il voyage sur des vols commerciaux, prend le Thalys pour se rendre à Bruxelles et revient à Paris en voiture comme le ferait n’importe quel cadre moyen qui aurait raté le dernier train. Logiquement, lors de sa première intervention télévisée depuis son élection, le chef de l’Etat s’est justifié en brandissant l’argument de la simplicité.

Et comme il s’agissait de faire simple, simple comme Hollande, c’est lui qui s’est déplacé pour se rendre sur le plateau de France 2 comme l’aurait fait n’importe quel homme politique interviewé pour le JT. Donc exit tout le cérémonial de la prise de parole présidentielle avec drapeau, Marseillaise et apparition du président installé sur son trône républicain.

Jour après jour, François le Normal alimente, par sa phraséologie sévèrement quadrillée, le champ lexical de la normalitude. Dont acte. Sauf qu’en vrai, Hollande n’est normal que vu du ciel, comme dirait Yann Arthus-Bertrand. Vu d’en bas, c’est une autre paire de manches qui dépassent.

Avant de se pâmer devant le président normal, il aurait peut-être fallu regarder ce JT en compagnie des agents du service de sécurité. Parce que pour eux, la volonté obstinée du Président d’être anormalement simple se traduit par un nombre incalculable de risques. On imagine que depuis le 6 mai, les gardes du corps doivent avoir leurs oreillettes qui sifflent et leurs neurones un peu fatigués à force d’élaborer des scénarios dignes de 24 Heures. Pour ses anges gardiens sécularisés, la simplitude d’un François Hollande adepte forcené du stage diving génère chaque jour des situations dangereuses. Anormalement dangereuses…

Fillon Copé : le serpent et le pitbull

A droite, la guerre des chefs a commencé. Les cendres de la présidentielle sont à peine tièdes qu’on se bat déjà pour l’héritage, à toi la commode de mémé, à moi le service à café. Mais tu as piqué des nappes brodées et toi, là-bas, rapporte immédiatement les Jules Verne en édition Hetzel. J’exagère ? A peine… A l’UMP, on avait dit de serrer les rangs, de rester propre et digne pour éviter une France toute rose, livrée aux socialistes des mairies au Sénat, en passant par l’Assemblée nationale, Matignon et l’Elysée.

Jean François Copé, le secrétaire général du parti, avait passé le message et obtenu, lui semblait-il, un pacte tacite de non-agression jusqu’à l’automne. Après quoi, il n’aurait pas été hostile à ce qu’un nouveau congrès le réélise pour incarner l’opposition jusqu’à sa propre candidature en 2017. Ça c’est le plan, mûri dans son esprit et parmi ses partisans les plus féroces. Et le pire, c’est que ça ne bronchait pas : sous-entendu, le premier qui dégaine, appelle à tirer sur l’ambulance, s’écarte de la ligne du parti, sera responsable de la défaite, de la mise au chômage de braves députés, de la ruine de la France, de l’échec à l’Eurovision et du réchauffement climatique.

Sauf que François Fillon se fout de la montée des eaux aux Seychelles. Voilà-t’y pas que dans Le Fig mag de la semaine passée, il assène ce coup droit terrible : « il n’y a plus de leader naturel à l’UMP ». Tiens prends ça Copé, voilà ce que j’en pense de ton OPA déjà réalisée.

Curieux, car, à y regarder de plus près, la déclaration de guerre est à l’image de l’ancien Premier ministre : bien peignée. Evidemment, ça a mis la presse en émoi, à droite ceux qui restaient à bonne distance de l’un et de l’autre -histoire de ne pas choisir, on ne sait jamais qui pourrait gagner- se sont torturés les méninges 24 heures pour choisir leur champion. Et puis ? Et puis rien. Le serpent Fillon est reparti siffler de loin dans les herbes hautes, quand le pitbull Copé, sous couvert de « Je suis blessé, je suis pour l’unité, les militants trancheront » s’est frotté les mains de la néo, ou pseudo sortie de celui qu’il n’aime pas (c’est vrai, mais qui aime-t-il ?) et a recommencé à montrer les dents avant d’aboyer sur la gauche (et sur le retour de la droite la plus bête du monde).

Il faut être sérieux : que risque Copé ? Que Fillon mette vraiment les mains dans le cambouis pour gagner un parti qui l’emmerde, avec les emmerdements qui vont avec : les fédérations, les députés, les élus qui pleurent, ceux qui veulent se faire élire, les militants et un ancien président pour l’instant en vacances. Osons un pari : Fillon ne prendra l’UMP que si on lui offre sans bagarre, sur un plateau et sans avoir à gérer la boutique.

En 1999 il s’était cassé les dents sur le RPR. Echaudé, il a préféré prospérer dans l’ombre. Même Premier ministre il est resté dans l’ombre, en faisant mine de s’en plaindre. Moyennant quoi il a ménagé sa cote de popularité pendant 5 ans, ce qui explique que dans le désastre post-présidentiel (dont on ne jugera l’ampleur exacte qu’au lendemain du second tour des législatives) il a l’air de sauver ses billes. Fillon le serpent innocent joue la victime, qui veut bien rendre service si la bagarre consiste à piquer et à fuir dans l’herbe.

Certes, Copé a lui aussi des cotés vipérins, mais il la joue plutôt pittbull : allez on se bagarre, allez on gueule, allez on assume. Allez on se vautre. N’empêche, la sortie de son meilleur ennemi (après Xavier Bertrand puis d’autres, merci de compléter la liste…) fait ses affaires.
La tectonique de la droite est certes plus complexe que cette simple opposition médiatique, mais elle va structurer les débats pendant plusieurs semaines, voire quelques mois. Avec, en guest star, Alain Juppé disponible pour sauver son pays. Non pardon, son parti.

Fillon verra de quel côté ça tombe. Si ça se présente bien, il sortira de son trou pour vaincre à l’applaudimètre. Sinon, il fera député de la 2ème circonscription de Paris, là où on n’est pas obligé de serrer des mains et d’embrasser des vieilles pour se faire élire. Et Copé continuera d’aboyer à sa gloire personnelle, jusqu’à 2017 au moins.

*Photo : UMP

La présidentielle de A à Z !

Anaphore. Le Français moyen n’a pas perdu sa soirée, mercredi 2 mai, jour du grand débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. S’il a dû supporter trois heures d’un échange assommant et technique tournant essentiellement autour de l’économie (le nouvel opium des intellectuels), au détriment des questions de société et de thèmes tels que le logement ou l’éducation, il a fait un grand pas en termes de vocabulaire et de rhétorique. D’abord, Gilles Bouleau, qui présentait l’avant-débat sur TF1, a précisé que les candidats n’étaient à un moment qu’à quelques « hectomètres » du plateau. Pour les déficients mathématiques et ceux qui ont raté le concours de l’École centrale, je précise qu’un hectomètre vaut cent mètres. Mais hectomètre est tellement plus poétique, et n’avait certainement jamais été entendu à l’antenne de TF1… Ensuite, le Français moyen a découvert, grâce au François moyen, l’existence de la figure rhétorique de l’anaphore, et surtout son nom. Précisons à toutes fins utiles que l’anaphore est la reprise de mots ou de séries de mots au début de phrases successives…. « Moi, président de la République blablabla… Moi, président de la République blablabla, blabla…», etc. La délicieuse Fleur Pellerin, du PS, a twitté : « Meilleur moment du débat, l’anaphore de François. » J’ai préféré, personnellement le moment où il a bâillé.[access capability= »lire_inedits »]

Boules puantes. Qui saurait, sans le site indépendant Mediapart, et Edwy Plenel et Fabrice Arfi, les Chapi-Chapo de l’investigation indépendante, cette information disons… indépendante que l’infâme Libyen de souche Kadhafi a financé une partie de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 ? (Avec des ramifications raéliennes et indo-pakistanaises liées à Michel Houellebecq, Paris Hilton et aux acteurs du Watergate, avec l’assentiment des Chinois qui ont infiltré le FBI pour soutenir la cause de Ben Laden et de Bob Dylan). Cette indépendance d’un soutien actif de la gauche fait plaisir. À l’autre bout de l’échiquier, le quotidien indépendant Le Figaro fait pâle figure avec le détail croustillant des aventures érotico-sentimentales présumées de l’ex-champion socialiste Dominique Strauss-Kahn − qui, au moins, n’aurait pas eu le mauvais goût de se dire « normal ». Saluons au passage une palanquée de « unes » qui ont aimablement aidé les Français à se décider… « Battre Sarkozy ! » (Les Inrockuptibles), « Le voyou de la République », « La honte de la République ! », « Le vrai Sarkozy ! » (Marianne), « Sarkozy et sa cour », « La chute du clan Sarkozy » (L’Express), « Est-il si nul ? », « La Monarchie » (Le Point). Dommage que le président sorti n’ait fait aucune récente visite en Afrique… la presse aurait pu l’accuser d’avoir ramené des diamants offerts par Bokassa.

Compotes. Les journaux élitistes Voici et VSD ont publié, quelques jours après l’élection, d’éprouvants clichés de François Hollande faisant ses courses, en costume-cravate, dans un Carrefour City proche de son domicile. Naturellement, Hollande a nié qu’il se soit agi d’une mise en scène, d’une fausse paparazzade destinée à le rendre sympathique et à lui conférer une image d’homme accessible et simple. Le « simple citoyen » a mis dans son panier, entre autres historiques victuailles, des bouteilles de Quézac et des pots de compote. N’attendez de moi aucun calembour à propos du surnom « Flamby » que lui a donné Arnaud Montebourg. Causeur n’est sous contrat ni avec Andros ni avec Nestlé.
Fuite des cerveaux. En 2007, la France qui pense bien a frémi lorsque l’indispensable Yannick Noah a bruyamment annoncé qu’il quitterait la France si Nicolas Sarkozy arrivait au pouvoir. Finalement, il est resté. Ouf ! Le pays est passé à côté d’une catastrophe culturelle. Mais rien n’est jamais acquis : cette fois c’est le prix Nobel de télé-réalité Mickaël Vendetta qui s’est déclaré prêt à nous quitter si François Hollande était élu. Annonçant son hypothétique départ pour Los Angeles (Deux-Sèvres), il écrit : « Quelle honte, ce pingouin géant, c’est lui qui va nous représenter à l’international ? Tous ceux qui votent Hollande, vous êtes tous pour moi des inconscients. » Dont acte.

Peuple. En général il « vote mal », car il « subit » une situation sociale qui le dépasse, sans oublier qu’il a « peur ». Irrationnel, ignorant le sens des mots « hectomètre » et « anaphore », il est parfois raciste, notamment quand il vit à proximité des caravanes de manouches, à la sortie du bourg, au coin de la rue du Plein-Emploi et de l’impasse Youri Gagarine. Il faut le craindre, le mépriser et le séduire. À ne pas confondre avec le « people », qu’il convient de choyer.

Optique 2012. On s’est beaucoup moqué de la candidate à accent difficile Eva Joly. Lors de la campagne électorale de 2007, nous avions déjà dû supporter le fort accent languedocien du candidat du Parti des travailleurs, Gérard Schivardi ; il nous a fallu cette fois-ci endurer de pénibles inflexions norvégiennes. La Norvège étant, je le rappelle, un pays au climat effroyable, où les gens mangent essentiellement du rôti de renne en écoutant en boucle le Peer Gynt de Grieg. Mais en plus de s’être révélée une authentique chance pour le mouvement écolo (campagne atone, nervosité, 2,3% des voix à l’issue du premier tour), Eva Joly a donné une leçon de marketing politique au monde entier en changeant subitement de lunettes : après avoir fait de ses effrayantes et historiques binocles rouges un signe de ralliement universel (elle les a fait imprimer sur des T-shirt !), elle s’est souvenue qu’elle était une écolo et a choisi des montures de couleur verte. Un tour de passe-passe que l’on enseignera encore à Sciences Po Paris dans deux cent ans.

« Zipade ». Équipement informatique individuel corrézien du type « tablette », largement distribué par François Hollande − président du Conseil général de Corrèze − aux alentours de la ville de Tulle (Sa cathédrale ! Son Festival international de la dentelle !). À ne surtout pas confondre avec l’iPad d’Apple. Je blague… Chaque Corrézien, élève de 6e, a reçu en « cadeau » un iPad. Ce qui se comprend aisément. Ou… pas. Allons immédiatement aux priorités… Cela s’imposait clairement pour apprendre à lire, écrire et compter. Steve Jobs n’est pas mort pour rien.[/access]

François Hollande se précipite sur le chemin de Damas

31

Il jubile… Après un parcours que la presse a dit sans faute (sic) aux Etats-Unis, où il a pu blaguer avec Barack Obama et faire plier l’Otan en jouant un peu sur les mots, il ne manquait au nouveau président que l’occasion de briller en solo sur la scène internationale. C’est maintenant chose faite grâce à l’annonce de sa décision d’expulser l’ambassadrice de Syrie en France à peine quelques heures après la révélation du massacre de Houla. Une prise de position ferme et décidée qui marque son homme, mais qui pourrait bien lui causer quelques soucis : la diplomatie internationale n’est pas une course de vitesse…

D’abord parce que, annonce-t-il, cette décision est motivée par « le massacre odieux commis à Houla par les forces syriennes » : si Hollande, tout excité par sa volonté de créer le buzz, avait attendu les rapports officiels, il aurait appris que le massacre n’était pas la conséquence du pilonnage de Houla par les forces du régime syrien, mais qu’il s’agissait en fait d’exécutions sommaires perpétrées par un groupe qui n’a pas été formellement identifié. Les rebelles accusent les partisans de Bachar al-Assad qui eux-même fustigent des groupes proches d’Al-Qaïda et de la rébellion sunnite… Pendant ce temps, les observateurs des Nations-Unies essaient bêtement de faire leur travail et mènent l’enquête. Gageons que François Hollande était mieux informé que tout le monde !

En revanche, ce qui est sûr, c’est que cette décision symbolique vient à point nommé pour faire de la France l’inspiratrice d’une politique d’ingérence internationale en Syrie et pourquoi pas de notre président le potentiel futur libérateur du pays… Un massacre vaut certainement psychologiquement autant que quelques armes de destruction massive et on a déjà fait la guerre pour moins que cela ! Comment la Russie pourrait-elle encore refuser une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU après Houla ? C’est pourtant ce qui est arrivé, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, ayant jugé que les rebelles et le gouvernement syriens étaient tous deux impliqués dans le massacre et critiqué les pays qui jugent la paix impossible sans le départ de Bachar al-Assad…

Rendons-nous à l’évidence, le président syrien n’est pas un tendre, ni même un garçon sympathique. Il aurait même tendance à faire passer quelques despotes d’Amérique Latine pour des enfants de chœur. Mais les événements récents en Syrie auraient dû faire comprendre à Hollande que la précipitation n’est pas une solution : le plan Annan patauge surtout du fait de la désorganisation des troupes rebelles, conglomérat de groupes de guérilla sans unité et sans interlocuteur unique. Certes, les forces du régime tuent chaque jour en Syrie, mais les attentats suicides de ces derniers jours, qui font planer l’ombre d’Al-Qaïda, posent la question de l’équilibre du pays et de la région après Assad. Certes, le dictateur baasiste est contesté par une frange de la population, mais les élections organisées en mai, tout aussi critiquables qu’elles aient pu être, n’ont pas plébiscité son départ. En un mot, couper les relations diplomatiques avec Damas, c’est aussi couper la communication avec le seul représentant identifié et légitime parmi les belligérants : François Hollande en a fait le choix, par effet d’annonce, prônant ainsi une intervention unilatérale contre le régime en place, si toutefois ses nouveaux « amis » du monde diplomatique lui emboîtent le pas.

Pendant ce temps, Lamia Chakkour, l’ambassadrice de Syrie en France, coule des jours heureux à Paris : son accréditation auprès de l’Unesco lui permet de résider en France, malgré son expulsion annoncée en fanfare… Qu’un retrait des troupes d’Afghanistan devienne un retrait des troupes offensives passe encore, mais une expulsion qui n’expulse pas…

Le bonheur est dans le chai

5

Et si le samedi 2 juin de 10h à 20h et le dimanche 3 juin, de 10h à 18h (pour permettre aux fidèles d’aller aux Vêpres), vous alliez dans une ville rouge pour en boire du bon ? Une semaine avant le premier tour des législatives, à Ivry, l’excellent caviste Paco Mora organise pour la deuxième année un salon, Les Papilles résistent, dont l’intitulé indique assez la philosophie. Le vin est en effet, l’air de rien, un enjeu de civilisation et suppose un certain rapport au monde, au plaisir et à l’autre. Vous pourrez, grâce à ce bienfaiteur de l’humanité et de la proche banlieue, découvrir une douzaine de vignerons qui aiment suffisamment leur métier pour revendiquer fièrement la typicité de leurs terroirs respectifs en s’opposant à la standardisation du goût qui veut faire du vin un produit comme un autre.

Tous ont comme devise la célèbre phrase de Jules Chauvet (1907-1989), initiateur du retour à une vinification plus naturelle : « Le vin, moins on y touche, mieux ça vaut, parce qu’il ne faut pas oublier que ça se boit, quand même. » Paco Mora vous permettra ainsi de vous réconcilier avec le bordeaux, grâce au Médoc de Didier Michaud qui a courageusement résisté à la parkérisation ou de découvrir le champagne de Francis Boulard (y aura-t-il sa fameuse cuvée Pétréa vieillie par solera, méthode d’assemblage espagnole habituellement utilisée pour le Xérès ?).

On pourra aussi faire un petit tour du côté de chez Brigitte Roche, une référence en matière de côte-rôtie. Qu’est-ce qu’il disait encore, Jules Chauvet, ce Paul-Jean Toulet de la fermentation malolactique ? Ah oui : « Certains vins ont non seulement des caractères précis mais encore des silhouettes idéales. Ils peuvent évoquer les matins de printemps embaumés et les soirs troublants de septembre. »

Pour tout renseignement complémentaire, Paco Mora, la « Cave d’Ivry », 40 rue Marat 94200 Ivry sur Seine (01 46 58 33 28). Possibilité de restauration sur place.

FARC : Roméo et Ingrid

7

Mes camarades des FARC sont des gens étranges : ils capturent Roméo Langlois, qui a l’air tout à fait fréquentable, et le relâchent au bout d’à peine un mois. Et quand ils kidnappent quelqu’un d’aussi intégralement insupportable qu’Ingrid Betancourt, au lieu de la libérer de suite, ils se la supportent six ans durant. Masochistes ?

Il faut sauver le soldat Bayrou !

17

Il y a des hommes politiques, quelles que soient nos propres convictions, qui attirent la sympathie pour une raison simple : ils préfèrent leurs idées aux portefeuilles et aux ors des palais nationaux. Pour faire vite, ils se sentent davantage concernés par le politique que par la politique.
A gauche, on peut citer Jean-Pierre Chevènement. « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne » : il est l’auteur de cette mâle maxime qu’il s’est appliquée à lui-même à trois reprises. D’abord, en 1983, pour protester contre le tournant de la rigueur d’un Mauroy qui avait décidé de rompre avec le programme socialiste sur lequel Mitterrand s’était fait élire. Puis, en 1991, quand ministre de la Défense, il refusa de voir la France s’engager dans l’expédition atlantiste et pétrolière de la première guerre du Golfe. Enfin, en 2000, quand il était à l’Intérieur et qu’il vit Lionel Jospin fabriquer sur mesure un nouveau statut pour la Corse, il démissionna une dernière fois pour dénoncer une fissure inacceptable dans l’édifice de la République « une et indivisible ».

A gauche, toujours, il faut bien reconnaître que le pari d’un Jean-Luc Mélenchon quittant le Parti Socialiste, en pleine dérive européiste et libérale au congrès de Reims en 2008, n’était pas gagné d’avance. On n’aurait pas parié un kopeck (pardon un centime d’euro) sur son destin. Créer le Parti de Gauche, convaincre le PCF d’entrer dans la dynamique du Front De Gauche, assécher l’électorat d’extrême gauche et aujourd’hui affronter Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais, il faut tout de même le vouloir. On imagine la tranquille carrière d’éléphant rose-rouge du PS qu’il aurait pu connaître, jouant le rôle de Montebourg aux primaires et se retrouvant aujourd’hui, à sa place, ministre du Redressement Productif dans un gouvernement avec lequel il n’aurait pourtant été d’accord sur rien ou presque.

A droite, dans le même genre de beauté ombrageuse, Philippe de Villiers mérite un certain respect. Jeune sous-préfet en 1981, il démissionne à l’élection de Mitterrand. Après un bref passage dans le premier gouvernement de cohabitation, il s’éloigne progressivement de l’UDF pour rompre franchement au milieu des années 90 au nom du souverainisme, un souverainisme de droite, ancré sur l’identité catholique de la France. Il avait pourtant le profil potentiel d’un énarque calibré pour devenir un poids lourd des différents gouvernements de droite. Mais apparemment, les couleuvres n’étaient pas son plat préféré, même en les digérant sur le siège arrière d’une limousine aux vitres fumées.

Et maintenant, François Bayrou. C’est-à-dire le Centre, ce courant dont on finira décidément par penser qu’il est comme Dieu selon Flaubert, « présent partout dans sa création mais visible nulle part ». Pour formuler les choses différemment, le centrisme a toujours été au pouvoir mais n’a jamais été incarné par un Président s’en réclamant explicitement, à l’exception peut-être de Giscard.

C’est parce qu’il a cru à cette incarnation politique impossible que François Bayrou est sur le point de disparaître de la vie politique française alors qu’il a réuni sur son nom, lors des trois dernières élections présidentielles, plusieurs millions d’électeurs et qu’il bénéficie d’un capital sympathie, y compris auprès des professeurs qui se souviennent comme d’un grand moment d’apaisement de son long passage à l’éducation nationale (sous deux présidents différents !) et le comparent à la brutalité poujadiste d’un Claude Allègre ou à l’inconsistance austéritaire de Luc Chatel.
Et si Bayrou risque de disparaître, c’est uniquement à cause d’un mode de scrutin dont on se demande vraiment ce qu’on lui trouve encore puisqu’il va probablement exclure le FN de la représentation nationale et permettre très difficilement au FDG de constituer un groupe alors qu’ils représentaient respectivement 18 et 11% des voix au soir du 22 avril.
L’honnêteté intellectuelle de Bayrou, autrement dit le simple fait de s’exprimer en conformité avec ses idées, l’a poussé à annoncer qu’il allait voter pour François Hollande. La victoire de ce dernier, plus courte que prévue, Bayrou y a contribué à sa manière. Dans un premier temps, on a cru que le PS allait, dans un geste élégant, retirer sa candidate dans la circonscription de Bayrou. Puis Solferino décida que non.

Si c’est de cette manière qu’ils veulent faire oublier sur leur gauche qu’ils sont eux-mêmes des centristes, les ténors du PS se trompent. Le gouvernement actuel est un gouvernement du centre et rien d’autre. En créant les conditions pour que Bayrou soit battu, ils veulent oublier leur mauvaise conscience, celle qui les a fait renoncer depuis belle lurette à changer la société pour se contenter de la gérer en arrondissant un peu, un tout petit peu, les angles de la mondialisation.
Mais dans le même temps, ils vont priver la représentation nationale d’une voix originale, humaniste et sincère.
Si j’étais électeur socialiste (première hypothèse improbable), du côté de Pau (seconde hypothèse improbable), je voterais Bayrou.
Pour montrer à mon parti que parfois, c’est l’honneur qui commande.

Comme un cerf dix-cors

33

Pourquoi mes copains et moi-même étions-nous grognons et joyeux à la fois, le 6 mai 2012, à 20 heures ? Parce que nous avons voté pour Mélenchon au premier tour et pour Hollande au second. Hollande a gagné, Sarkozy a perdu… mais nous aussi, finalement. À la limite de la schizophrénie, on chante L’Internationale devant les images de la cathédrale de Tulle, on dit « nous » en parlant de la gauche, mais nous nous reprenons aussi vite parce que ce n’est pas de « nous » qu’il s’agit puisqu’il s’agit des socialistes, et que nous ne sommes pas socialistes.

En plus, comme nous sommes persuadés que le différentiel de 3 points entre les prévisions sondagières et le score de Mélenchon est essentiellement dû au « vote utile » de ceux qui nous avaient promis leur bulletin et qui se sont dégonflés dans les derniers jours de peur que Hollande soit trop faible au premier tour pour battre Sarkozy au second (avaient-ils si tort que ça, d’ailleurs ?), nous l’avons un peu amère tout de même. Et en même temps, nous sommes contents à l’idée de l’alternance et d’une droite renvoyée à ses chères études.[access capability= »lire_inedits »]

Il s’agit là du comportement typique, et un brin incohérent, des électeurs communistes à chaque élection gagnée par des socialistes. Nous avons voté pour eux par « discipline républicaine », nous sommes très heureux d’avoir battu la droite, mais nous sentons déjà les cornes des cocus idéologiques nous pousser sur le crâne.

Il faut dire que, depuis 1981, nous sommes carrément devenus des cerfs dix-cors. À chaque fois, soit parce que nous étions liés par la solidarité gouvernementale, soit parce que nous étions inhibés par le souci de ne pas gêner un gouvernement de gauche, même social-démocrate, nous n’avons plus fait entendre notre voix. Et à l’échéance suivante, nous nous sommes retrouvés avec un score encore plus bas.

Cette fois, juré, craché, nous n’irons pas au gouvernement. Nous ne sommes pas des écolos, nous. Nous avons notre fierté. Nous ne transigerons pas sur le smic à 1700 euros, question sur laquelle François Hollande a été d’une discrétion de violette durant la campagne. Ni sur la planification écologique. Ni sur un grand pôle public du crédit. Ni sur une modification du statut de la BCE qui permette aux États d’emprunter sans passer par l’intermédiaire des banques. Nous regarderons aussi de près si la négociation autour du Traité européen de stabilité, à défaut d’aboutir à la dénonciation pure et simple que nous souhaiterions, va au moins déboucher sur ce satané et indispensable « volet de croissance ». Et on ne nous endormira pas avec quelques rafistolages cosmétiques juste destinés à ce que le nouveau président revienne de Bruxelles ou Berlin sans avoir perdu la face.

Reste le vote des étrangers aux élections locales (on oublie souvent de rajouter « aux élections locales », allez savoir pourquoi…), qui divise Causeur autant que la France. Eh bien, nous en ferons un point d’honneur, comme en d’autres temps l’abolition de la peine de mort. Dans le combat « valeurs contre valeurs » qui est celui d’aujourd’hui, il ne faut pas avoir peur d’affirmer les siennes même si elles sont minoritaires dans l’électorat qui vous a fait roi. Question de courage politique.

Benoît XVI a indiqué un certain nombre de points non négociables pour les catholiques dans leur rapport au politique (euthanasie, mariage gay, etc…). Je viens d’énoncer les nôtres. Et je me tâte le crâne en regardant, si par hasard, il n’y a pas déjà une nouvelle corne.[/access]

*Photo : nav007

Syrie : la guerre médiatique a déjà lieu

18

Comme prévu, la première grande annonce diplomatique du quinquennat Hollande se situe dans la parfaite continuité de la politique étrangère sarkozyenne. Après le massacre de Houla, que l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a dénoncé sans en attribuer explicitement la responsabilité au régime de Damas, François Hollande et Laurent Fabius ont décidé d’expulser l’ambassadrice de Syrie à Paris Lamia Chakkour, ce qu’auraient sans doute fini par faire Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Ironie du sort, la diplomate syrienne avait été prise dans un imbroglio l’été dernier, lorsque France 24 avait bien imprudemment annoncé sa défection et son entrée dans l’opposition. L’info s’était révélée être une intox mais a inauguré une longue série de controverses médiatiques qui entourent les convulsions successives de la révolte syrienne.

Parmi les derniers épisodes de la guerre civile syrienne – il faut bien appeler un chat un chat- deux mystérieux rebondissements égarent les journalistes : l’empoisonnement supposé de hauts dignitaires baasistes et l’enlèvement de pèlerins libanais chiites près d’Alep. Grâce à notre confrère du Figaro Georges Malbrunot, nous savons maintenant ce qui s’est tramé derrière les rumeurs d’assassinat des ministres de la Défense, de l’Intérieur et du beau-frère de Bachar Al-Assad, l’officier Assaf Chawkat. Vraisemblablement, il s’agirait d’une opération éclair montée par l’Armée Syrienne Libre, qui avait empoisonné le repas des six très hautes personnalités proches du premier cercle de Damas, lesquelles n’ont dû leur salut qu’à une hospitalisation rapide.

Or, le rapt de treize pèlerins chiites libanais en Syrie reste quant à lui entouré de tout son halo de mystère. L’annonce- démentie depuis – de leur libération puis de leur exfiltration en Turquie, où ils restent immobilisés, a laissé tous les observateurs pantois. Vendredi, France 24 (que l’on est désolé d’accabler…) tombait dans le panneau comme les autres…

Dans cette ténébreuse affaire, il semblerait que des agents de liaison du Hezbollah soient les otages d’une partie de la rébellion syrienne qui rechigne à les évacuer vers le Liban sans contrepartie de l’armée syrienne (arrêt des bombardements d’Alep) et du « parti de Dieu » (enjoint à se désolidariser de son encombrant allié).

Pour rendre les choses un peu plus incompréhensibles, la présidence turque a dernièrement nié jouer le moindre rôle dans les négociations avec les ravisseurs et l’Armée Syrienne Libre affirme n’être pour rien dans ce rapt. Aux dernières nouvelles, le premier ministre libanais devrait néanmoins se rendre à Ankara pour faire avancer le dossier.

Pauvres médias, allez comprendre cette nouvelle Histoire des treize…

Quand Libé fait dans le racialisme

46

Libération s’indigne de la composition des cabinets ministériels. Pas assez de femmes, pas assez de couleurs. Libé s’acharne surtout contre l’homme blanc car il est homme et blanc. Ce matin, en tant qu’homme et en tant que blanc, j’ai regretté de ne pas être à la tête d’un autre « SOS Racisme » pour les poursuivre en justice et dénoncer ce nouveau sexisme et ce nouveau racisme.

Il y a quelques années, toute la classe politique s’était indignée des propos de Georges Frêche qui trouvait qu’il y avait trop de noirs dans l’équipe de France de football. Là, sans remords, Libé estime qu’il y a trop de blancs ailleurs. Non seulement cela ne choque personne, mais Najat Vallaud-Belkacem, ministre du droit des femmes (qu’attend-on pour demander un ministère en charge du droit des hommes, parité oblige ?), donne même du crédit à cette « enquête » en exigeant un « État exemplaire ».

L’homme blanc ne revendique pas un avantage particulier à être homme et blanc, mais il aurait raison d’en vouloir à ceux qui lui reprochent d’être ce qu’il est sans s’être donné d’autre peine que celle de naître. À les entendre tous, la compétence, l’expérience et la disponibilité ne suffisent plus : il faudrait aussi cacher ou sortir son phallus et sa mélanine, selon les opportunités professionnelles. On se demande d’ailleurs comment Libération peut juger indigne la composition des équipes gouvernementales lorsqu’on regarde la couleur de peau et le sexe de ses propres instances dirigeantes, majoritairement composées de vieux hommes blancs sur-diplômés.

Fleur Pellerin, Ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Économie numérique, ne s’en cache d’ailleurs pas : « Si j’avais été un homme blanc de 60 ans, à compétences égales, j’aurais eu moins de chances d’être nommée ». Ce qui devrait plaire à sa collègue gouvernementale, Yamina Benguigui, en charge des Français de l’étranger, qui aurait déclaré en 2004 : « à qualité égale, priorité au Beur puisqu’il a eu plus d’obstacles à franchir qu’un Blanc de souche ».

Nous proposeront-ils un jour un quota maximum de blancs tout en dénonçant les statistiques ethniques ? Les quotas de femmes, c’est fait avec les lois sur la parité… Parité hommes-femmes qu’on attend toujours dans l’Education nationale (82 % de femmes dans l’enseignement primaire, 60 % dans l’enseignement secondaire), dans la Justice (75 % de de femmes à l’ENM), dans la Santé (85 % de femmes chez les infirmiers), etc. A moins de se souvenir une bonne fois pour toutes qu’il est tout simplement interdit de proposer un emploi en fonction de la couleur de peau et du sexe du postulant, indépendamment des affinités, plus ou moins grandes, de certaines catégories de la population avec chaque type de métier et ses contraintes.

Finkielkraut avait prévenu : « l’antiracisme sera au 21ème siècle ce que fut le communisme au 20ème ».

La simplitude hollandaise n’est pas simple à gérer

28

Les Français l’ont bien compris. François Hollande veut faire comme tout le monde. Il voyage sur des vols commerciaux, prend le Thalys pour se rendre à Bruxelles et revient à Paris en voiture comme le ferait n’importe quel cadre moyen qui aurait raté le dernier train. Logiquement, lors de sa première intervention télévisée depuis son élection, le chef de l’Etat s’est justifié en brandissant l’argument de la simplicité.

Et comme il s’agissait de faire simple, simple comme Hollande, c’est lui qui s’est déplacé pour se rendre sur le plateau de France 2 comme l’aurait fait n’importe quel homme politique interviewé pour le JT. Donc exit tout le cérémonial de la prise de parole présidentielle avec drapeau, Marseillaise et apparition du président installé sur son trône républicain.

Jour après jour, François le Normal alimente, par sa phraséologie sévèrement quadrillée, le champ lexical de la normalitude. Dont acte. Sauf qu’en vrai, Hollande n’est normal que vu du ciel, comme dirait Yann Arthus-Bertrand. Vu d’en bas, c’est une autre paire de manches qui dépassent.

Avant de se pâmer devant le président normal, il aurait peut-être fallu regarder ce JT en compagnie des agents du service de sécurité. Parce que pour eux, la volonté obstinée du Président d’être anormalement simple se traduit par un nombre incalculable de risques. On imagine que depuis le 6 mai, les gardes du corps doivent avoir leurs oreillettes qui sifflent et leurs neurones un peu fatigués à force d’élaborer des scénarios dignes de 24 Heures. Pour ses anges gardiens sécularisés, la simplitude d’un François Hollande adepte forcené du stage diving génère chaque jour des situations dangereuses. Anormalement dangereuses…

Fillon Copé : le serpent et le pitbull

8

A droite, la guerre des chefs a commencé. Les cendres de la présidentielle sont à peine tièdes qu’on se bat déjà pour l’héritage, à toi la commode de mémé, à moi le service à café. Mais tu as piqué des nappes brodées et toi, là-bas, rapporte immédiatement les Jules Verne en édition Hetzel. J’exagère ? A peine… A l’UMP, on avait dit de serrer les rangs, de rester propre et digne pour éviter une France toute rose, livrée aux socialistes des mairies au Sénat, en passant par l’Assemblée nationale, Matignon et l’Elysée.

Jean François Copé, le secrétaire général du parti, avait passé le message et obtenu, lui semblait-il, un pacte tacite de non-agression jusqu’à l’automne. Après quoi, il n’aurait pas été hostile à ce qu’un nouveau congrès le réélise pour incarner l’opposition jusqu’à sa propre candidature en 2017. Ça c’est le plan, mûri dans son esprit et parmi ses partisans les plus féroces. Et le pire, c’est que ça ne bronchait pas : sous-entendu, le premier qui dégaine, appelle à tirer sur l’ambulance, s’écarte de la ligne du parti, sera responsable de la défaite, de la mise au chômage de braves députés, de la ruine de la France, de l’échec à l’Eurovision et du réchauffement climatique.

Sauf que François Fillon se fout de la montée des eaux aux Seychelles. Voilà-t’y pas que dans Le Fig mag de la semaine passée, il assène ce coup droit terrible : « il n’y a plus de leader naturel à l’UMP ». Tiens prends ça Copé, voilà ce que j’en pense de ton OPA déjà réalisée.

Curieux, car, à y regarder de plus près, la déclaration de guerre est à l’image de l’ancien Premier ministre : bien peignée. Evidemment, ça a mis la presse en émoi, à droite ceux qui restaient à bonne distance de l’un et de l’autre -histoire de ne pas choisir, on ne sait jamais qui pourrait gagner- se sont torturés les méninges 24 heures pour choisir leur champion. Et puis ? Et puis rien. Le serpent Fillon est reparti siffler de loin dans les herbes hautes, quand le pitbull Copé, sous couvert de « Je suis blessé, je suis pour l’unité, les militants trancheront » s’est frotté les mains de la néo, ou pseudo sortie de celui qu’il n’aime pas (c’est vrai, mais qui aime-t-il ?) et a recommencé à montrer les dents avant d’aboyer sur la gauche (et sur le retour de la droite la plus bête du monde).

Il faut être sérieux : que risque Copé ? Que Fillon mette vraiment les mains dans le cambouis pour gagner un parti qui l’emmerde, avec les emmerdements qui vont avec : les fédérations, les députés, les élus qui pleurent, ceux qui veulent se faire élire, les militants et un ancien président pour l’instant en vacances. Osons un pari : Fillon ne prendra l’UMP que si on lui offre sans bagarre, sur un plateau et sans avoir à gérer la boutique.

En 1999 il s’était cassé les dents sur le RPR. Echaudé, il a préféré prospérer dans l’ombre. Même Premier ministre il est resté dans l’ombre, en faisant mine de s’en plaindre. Moyennant quoi il a ménagé sa cote de popularité pendant 5 ans, ce qui explique que dans le désastre post-présidentiel (dont on ne jugera l’ampleur exacte qu’au lendemain du second tour des législatives) il a l’air de sauver ses billes. Fillon le serpent innocent joue la victime, qui veut bien rendre service si la bagarre consiste à piquer et à fuir dans l’herbe.

Certes, Copé a lui aussi des cotés vipérins, mais il la joue plutôt pittbull : allez on se bagarre, allez on gueule, allez on assume. Allez on se vautre. N’empêche, la sortie de son meilleur ennemi (après Xavier Bertrand puis d’autres, merci de compléter la liste…) fait ses affaires.
La tectonique de la droite est certes plus complexe que cette simple opposition médiatique, mais elle va structurer les débats pendant plusieurs semaines, voire quelques mois. Avec, en guest star, Alain Juppé disponible pour sauver son pays. Non pardon, son parti.

Fillon verra de quel côté ça tombe. Si ça se présente bien, il sortira de son trou pour vaincre à l’applaudimètre. Sinon, il fera député de la 2ème circonscription de Paris, là où on n’est pas obligé de serrer des mains et d’embrasser des vieilles pour se faire élire. Et Copé continuera d’aboyer à sa gloire personnelle, jusqu’à 2017 au moins.

*Photo : UMP

La présidentielle de A à Z !

5

Anaphore. Le Français moyen n’a pas perdu sa soirée, mercredi 2 mai, jour du grand débat télévisé entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. S’il a dû supporter trois heures d’un échange assommant et technique tournant essentiellement autour de l’économie (le nouvel opium des intellectuels), au détriment des questions de société et de thèmes tels que le logement ou l’éducation, il a fait un grand pas en termes de vocabulaire et de rhétorique. D’abord, Gilles Bouleau, qui présentait l’avant-débat sur TF1, a précisé que les candidats n’étaient à un moment qu’à quelques « hectomètres » du plateau. Pour les déficients mathématiques et ceux qui ont raté le concours de l’École centrale, je précise qu’un hectomètre vaut cent mètres. Mais hectomètre est tellement plus poétique, et n’avait certainement jamais été entendu à l’antenne de TF1… Ensuite, le Français moyen a découvert, grâce au François moyen, l’existence de la figure rhétorique de l’anaphore, et surtout son nom. Précisons à toutes fins utiles que l’anaphore est la reprise de mots ou de séries de mots au début de phrases successives…. « Moi, président de la République blablabla… Moi, président de la République blablabla, blabla…», etc. La délicieuse Fleur Pellerin, du PS, a twitté : « Meilleur moment du débat, l’anaphore de François. » J’ai préféré, personnellement le moment où il a bâillé.[access capability= »lire_inedits »]

Boules puantes. Qui saurait, sans le site indépendant Mediapart, et Edwy Plenel et Fabrice Arfi, les Chapi-Chapo de l’investigation indépendante, cette information disons… indépendante que l’infâme Libyen de souche Kadhafi a financé une partie de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 ? (Avec des ramifications raéliennes et indo-pakistanaises liées à Michel Houellebecq, Paris Hilton et aux acteurs du Watergate, avec l’assentiment des Chinois qui ont infiltré le FBI pour soutenir la cause de Ben Laden et de Bob Dylan). Cette indépendance d’un soutien actif de la gauche fait plaisir. À l’autre bout de l’échiquier, le quotidien indépendant Le Figaro fait pâle figure avec le détail croustillant des aventures érotico-sentimentales présumées de l’ex-champion socialiste Dominique Strauss-Kahn − qui, au moins, n’aurait pas eu le mauvais goût de se dire « normal ». Saluons au passage une palanquée de « unes » qui ont aimablement aidé les Français à se décider… « Battre Sarkozy ! » (Les Inrockuptibles), « Le voyou de la République », « La honte de la République ! », « Le vrai Sarkozy ! » (Marianne), « Sarkozy et sa cour », « La chute du clan Sarkozy » (L’Express), « Est-il si nul ? », « La Monarchie » (Le Point). Dommage que le président sorti n’ait fait aucune récente visite en Afrique… la presse aurait pu l’accuser d’avoir ramené des diamants offerts par Bokassa.

Compotes. Les journaux élitistes Voici et VSD ont publié, quelques jours après l’élection, d’éprouvants clichés de François Hollande faisant ses courses, en costume-cravate, dans un Carrefour City proche de son domicile. Naturellement, Hollande a nié qu’il se soit agi d’une mise en scène, d’une fausse paparazzade destinée à le rendre sympathique et à lui conférer une image d’homme accessible et simple. Le « simple citoyen » a mis dans son panier, entre autres historiques victuailles, des bouteilles de Quézac et des pots de compote. N’attendez de moi aucun calembour à propos du surnom « Flamby » que lui a donné Arnaud Montebourg. Causeur n’est sous contrat ni avec Andros ni avec Nestlé.
Fuite des cerveaux. En 2007, la France qui pense bien a frémi lorsque l’indispensable Yannick Noah a bruyamment annoncé qu’il quitterait la France si Nicolas Sarkozy arrivait au pouvoir. Finalement, il est resté. Ouf ! Le pays est passé à côté d’une catastrophe culturelle. Mais rien n’est jamais acquis : cette fois c’est le prix Nobel de télé-réalité Mickaël Vendetta qui s’est déclaré prêt à nous quitter si François Hollande était élu. Annonçant son hypothétique départ pour Los Angeles (Deux-Sèvres), il écrit : « Quelle honte, ce pingouin géant, c’est lui qui va nous représenter à l’international ? Tous ceux qui votent Hollande, vous êtes tous pour moi des inconscients. » Dont acte.

Peuple. En général il « vote mal », car il « subit » une situation sociale qui le dépasse, sans oublier qu’il a « peur ». Irrationnel, ignorant le sens des mots « hectomètre » et « anaphore », il est parfois raciste, notamment quand il vit à proximité des caravanes de manouches, à la sortie du bourg, au coin de la rue du Plein-Emploi et de l’impasse Youri Gagarine. Il faut le craindre, le mépriser et le séduire. À ne pas confondre avec le « people », qu’il convient de choyer.

Optique 2012. On s’est beaucoup moqué de la candidate à accent difficile Eva Joly. Lors de la campagne électorale de 2007, nous avions déjà dû supporter le fort accent languedocien du candidat du Parti des travailleurs, Gérard Schivardi ; il nous a fallu cette fois-ci endurer de pénibles inflexions norvégiennes. La Norvège étant, je le rappelle, un pays au climat effroyable, où les gens mangent essentiellement du rôti de renne en écoutant en boucle le Peer Gynt de Grieg. Mais en plus de s’être révélée une authentique chance pour le mouvement écolo (campagne atone, nervosité, 2,3% des voix à l’issue du premier tour), Eva Joly a donné une leçon de marketing politique au monde entier en changeant subitement de lunettes : après avoir fait de ses effrayantes et historiques binocles rouges un signe de ralliement universel (elle les a fait imprimer sur des T-shirt !), elle s’est souvenue qu’elle était une écolo et a choisi des montures de couleur verte. Un tour de passe-passe que l’on enseignera encore à Sciences Po Paris dans deux cent ans.

« Zipade ». Équipement informatique individuel corrézien du type « tablette », largement distribué par François Hollande − président du Conseil général de Corrèze − aux alentours de la ville de Tulle (Sa cathédrale ! Son Festival international de la dentelle !). À ne surtout pas confondre avec l’iPad d’Apple. Je blague… Chaque Corrézien, élève de 6e, a reçu en « cadeau » un iPad. Ce qui se comprend aisément. Ou… pas. Allons immédiatement aux priorités… Cela s’imposait clairement pour apprendre à lire, écrire et compter. Steve Jobs n’est pas mort pour rien.[/access]