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Ce lundi, le CAC 40 enregistrait sa onzième séance de baisse consécutive, du jamais vu de mémoire de courtier ! L’indice boursier parisien a donc perdu plus de 18% en quinze jours, ce qui nous place à la limite de la définition technique d’un krach. Cet épisode inquiétant constitue un nouvel exemple de la folie d’un système où les gouvernements se mettent à la remorque de la corbeille, pour reprendre l’expression de De Gaulle. Tout cela donne l’impression que l’économie mondiale vogue comme un radeau sans voile sur les flots agités de l’économie néolibérale, voire qu’elle est à deux doigts de se disloquer en plein mois d’août !

Certes, à la moindre information alarmante, la réaction des marchés est toujours exagérée, accentuant les hauts et les bas. Mais par delà leur exubérance irrationnelle, ils expriment une crainte légitime sur le modèle de croissance des pays que l’on dit développés. Les marchés constatent simplement qu’austérité et croissance ne vont pas de pair. C’est pourquoi ils s’inquiètent autant du climat économique (morose) à venir que du remboursement des dettes souveraines. L’indécision manifeste de nos dirigeants politiques, qui ne réagissent qu’au coup par coup, n’arrange rien à l’affaire.

Tel Ulysse, nos gouvernants écoutent les sirènes des marchés qui, il y a encore deux ans, leur demandaient de sauver les banques et de relancer l’économie. Aujourd’hui, les marchés exigent des États la reprise des dettes souveraines dont les banques ne veulent plus et la poursuite de politiques d’austérité sauvage pour rembourser ces mêmes créances.

Mais vous êtes fous ? Oh oui !

Si cette austérité est proprement suicidaire, c’est parce que le poids d’une dette s’apprécie en fonction de la richesse nationale. Logiquement, toute baisse de la richesse fait augmenter le poids de la dette. Comme nous l’observons en Grèce, l’austérité casse la croissance et diminue les recettes fiscales, compensant en grande partie l’impact de la réduction des dépenses sur le budget de l’Etat. In fine, dans un contexte de récession, le poids relatif de la dette grimpe et la situation financière des États ne s’améliore que très marginalement.

Curieusement, les politiques et économistes orthodoxes n’ont que le mot austérité à la bouche. Le médiatique Elie Cohen prônait récemment l’instauration d’une camisole budgétaire dans tous les pays européens. Plus royaliste que le roi Sarkozy, Jean-Louis Borloo n’a pas hésité à réclamer une réduction du déficit à 3% du PIB dès 2012 au lieu de 2013. Si cette mesure était appliquée en France, l’austérité britannique passerait pour une aimable plaisanterie à côté des sacrifices qu’elle impliquerait pour notre pays.

Que faire ?

Naturellement, les gouvernants engagés dans des plans d’austérité cherchent à faire croire qu’il n’y a pas d’autre solution possible et que la rigueur serait la seule voie raisonnable. Leur stratégie de communication vise à faire accepter aux plus pauvres de se serrer la ceinture. Une ceinture sans cesse rétrécie au bouillon de la mondialisation pour payer à la place des créanciers des Etats, qui sont pourtant les principaux bénéficiaires de la croissance de ces dernières années. Le refrain est connu : ma bonne dame, il n’est pas possible de faire autrement dans ce monde globalisé !

C’est bien le problème. Par un retour aux frontières nationales régulant les mouvements de biens, de capitaux et de personnes, les Etats pourront retrouver leur capacité d’action et reconstruire un système économique plus juste. Seul cette « démondialisation » mettra le dragon de la finance aux arrêts à travers toute une série de mesures protectrices (taxe Tobin, réforme bancaire séparant les banques d’affaires des banques de dépôt, renationalisation de la création monétaire, interdiction des pratiques spéculatives dangereuses et des parasites fiscaux…).

Dans le même temps, l’Europe n’enrayera le chômage de masse qu’en installant un véritable protectionnisme conjugué à une politique industrielle ambitieuse et une fiscalité sur les entreprises plus favorable à l’emploi. En parallèle, le retour aux monnaies nationales offrira la possibilité à chaque Etat européen d’adopter une politique monétaire adaptée à sa réalité nationale, bien loin des errements actuels de l’euro.

Hélas, ces propositions se heurtent à la doxa des marchés et des dirigeants politiques. Il ne nous reste plus qu’à espérer que l’absurdité du système en place entraine une vaste prise de conscience qui fasse émerger de nouveaux Roosevelt ou un nouveau 1958 (re)fondateur.

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Laurent Pinsolle
tient le blog gaulliste libre.Laurent Pinsolle tient le blog gaulliste libre.