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Berrichon Pride

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L’époque est à la multiplication des Etats : combien de modestes régions dont la légitimité historique et culturelle semble dérisoire, sont devenues en quelques années de véritables nations avec hymne, drapeau et fanfare militaire en guise de porte-bonheur. L’Europe a beaucoup œuvré sous la pression de différents lobbies à cette escalade identitaire et le communautarisme est l’illustration finale de ce phénomène politique.
Des Etats à l’intérieur des Etats et pourquoi pas, à l’intérieur des familles et des couples, c’est le souhait ultime de ces marchands : transformer des citoyens éclairés en consommateurs zélés et compartimentés. En France, combien de nos compatriotes se définissent avec des trémolos dans la gorge et des papillons dans les yeux comme résident basque, breton, alsacien, corse ou vendéen avant d’endosser avec quelques réticences la panoplie tricolore, centralisatrice et républicaine.

Et les Berrichons ?

Dans cette foire aux vanités, avez-vous déjà entendu quelqu’un se vanter d’être Berrichon ? Terrible injustice pour celui qui est né dans cette belle province entre Cher et Indre de voir son terroir raillé, moqué, bafoué et sali. Nous endurons depuis si longtemps cette infamie que nous encaissons les pires insultes sans nous insurger. Pourquoi avons-nous mérité un traitement aussi dégradant ? Passons sur la sempiternelle bourrée berrichonne censée définir à tout jamais notre folklore rustre et décadent : si on y ajoute un accent campagnard qui fait rouler les « r », nous avons là un tableau assez fidèle de ce que notre terroir laisse comme impression générale à la face du pays. Nous sommes jusqu’à la fin des temps ces cousins bouseux qu’il est de bon ton de ridiculiser sans risquer une quelconque fatwa.

Le Berrichon incarne à lui seul l’image du paysan demeuré, figure ancestrale d’un monde à jamais enfoui dans les ténèbres. C’est oublier que naguère notre pays, la France, était une grande nation agricole et les paysans, le creuset du peuple français. Pourtant, des décennies plus tard, ce sont toujours les Berrichons qui font figure d’arriérés mentaux et d’indécrottables cul-terreux.

Plus au sud, les Auvergnats ont échappé à cette honteuse discrimination. Le bougnat a beau être un paysan de même facture que son homologue errichon, on lui attribue des vertus de bon gestionnaire. La preuve, il a fait fortune à Paris en vendant du charbon puis des limonades. Le Berrichon ne peut se prévaloir d’aucune réussite particulière, ni de titres ronflants. Dans l’esprit collectif, le Breton est travailleur et honnête, le Corse fier et secret, quant au Cht’i, nouvelle égérie nationale, il cumule toutes les qualités, c’est bien connu, les gens du Nord ont dans le cœur…On connait la formule…. Dans cette frénésie régionale, le Berrichon se sent bien seul. Il ne peut compter sur personne pour faire valoir ses belles qualités humaines.

Le Berrichon, damné de la terre

En a-t-il, d’ailleurs ? Oui, sa modestie. Son humilité le place parmi les damnés de la Terre. Le Berrichon ne fait pas l’aumône, il voit bien que les autres provinces jouent des coudes aux réunions de famille, et que lui, perdu dans sa campagne austère, préfère baisser la tête. Il ne se prévaut pas de paysages à couper le souffle ou d’illustres conquérants. Il n’essaye pas de faire de la retape. Ceux qui l’apprécient, savent que sa richesse est intérieure et millénaire.

Jadis, le berrichon a administré la France sous le « règne » de Jacques Cœur. Il en garde un souvenir ému mais ne se complait pas dans cette nostalgie là. Certaines régions n’hésitent pas à sortir à tout bout de champ leur Jeanne d’Arc, Napoléon, François 1er ou Henri IV en étendard local. Le Berrichon laisse faire, ces gesticulations ne le font même plus souffrir. Il a accepté sa déchéance nationale. S’il doit être le paria du pays, il relève ce défi sans forfanterie. S’il doit être l’idiot du village comme dans un roman de René Fallet, il prend ce risque, il en accepte même les tourments. Car pour bien saisir l’âme Berrichonne, il faut communier avec elle.

Les marques d’appartenance à cette contrée sont discrètes, presque invisibles pour un visiteur extérieur. Ici, pas de carnaval joyeux, de feria galopante ou de fest-noz dansant, le Berry n’extériorise ni ses joies, ni ses peines. Il affronte seul les saisons. Le Berrichon est un homme debout qui n’attend rien des autres. Vous ne le verrez pas pleurer en public, s’apitoyer sur son sort, il garde ses larmes pour la solitude des nuits fraîches lorsque son esprit vagabonde. Contrairement à d’autres ambitieux, il n’a pas déserté sa terre, n’a pas souhaité courir le monde ou faire fortune. Il est resté là où la nature l’avait fait naître. Il y a chez lui de la résignation. Jamais, vous ne le verrez geindre. Il n’a pas l’intention de se donner en spectacle.

Au cours des siècles, sa pudeur a souvent été prise pour un enfermement dans une vie triste et monacale. En clair, il était irrécupérable pour la société moderne. Les Berrichons n’ont pas joué le jeu, ils n’ont pas minaudé, ils n’ont pas cédé à la pression qui veut qu’une province soit dynamique et se lance à corps perdu dans l’expansion économique.

Combien d’autres territoires se sont prostitués en exhibant leurs plus beaux sites touristiques, leur savoir-faire industriel et artisanal ou leur culture débordante d’imagination et de subtilité ? Le berrichon n’a pas cédé aux sirènes de cette déchéance-là, il a préféré vivre à l’abri des regards. La désertification rurale comme la nomment les technocrates a gagné chaque année du terrain pour le plus grand plaisir… des Berrichons.

Les beautés que recèlent le Berry ne se partagent pas avec tout le monde. Pour saisir, l’émotion d’un terroir, sa grandeur comme sa sécheresse, mieux vaut ne pas avoir été guidé par des tour-opérateurs obscènes qui déflorent à la hussarde les paysages. Car découvrir le piton de Sancerre surmontant les vignes alentours, sous un givre d’automne, est un doux moment qui serre le cœur et qui redonne espoir dans les hommes. Vous ne trouverez pas de mer déchainée, de pic majestueux ou de beffroi grandiloquent, simplement un village, reflet de deux mille ans d’histoire de France, entouré simplement de maisons aux toits polis par le vent et, plus loin, la Loire frontière naturelle avec la Bourgogne toute proche ne vous aguichera pas comme tant d’autres fleuves. La Loire se contente d’être sauvage et indomptable : elle veille sur ses concitoyens, les berce au soleil couchant d’une lumière irisée. Les rues pavées de Bourges vous en diront bien plus que de longs discours. Elles sentent la province, elles en ont l’aspect désuet et charmant. En les foulant, vous aurez ce sentiment étrange de retrouver vos vingt ans.

Car le Berry est avant tout une terre sentimentale qui façonne des hommes bons et loyaux. Lorsque vous croiserez un Berrichon, évitez-lui cette imitation ridicule et pathétique du paysan mais regardez-le plutôt comme un homme de cœur.

A l’ombre des politiques en pleurs

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Mon indifférence à la politique-Swann et les socialistes-Amusement du duc et de la duchesse de Guermantes-Saint-Loup pour Marine Le Pen-Jeunes militants de l’UMP-Colère de Gilberte.

J’étais arrivé à une presque complète indifférence à l’égard de la politique et de cette campagne présidentielle quand je partis comme chaque année avec ma grand-mère à Balbec.

Comme un jeune homme que n’intéressent pas les jeunes filles, qui sait que cette indifférence le fera moquer auprès d’une certaine société de garçons toujours avides de plaisirs neufs et de joues d’adolescentes, fraîches comme des oreillers, mais qui cessera, après des années et des années, de feindre un intérêt pour ces silhouettes gracieuses qui ne lui disent rien, feinte qui lui permettait pourtant une tranquillité d’esprit mais qui, le temps passant, devenait de plus en plus insupportable car notre moi social doit malgré tout, ne serait-ce que de façon asymptotique, coïncider avec notre moi profond, j’avais moi-même dit à mes amis que je ne voulais plus entendre parler de politique, qu’elle me semblait bien éloignée de mes préoccupations présentes et qu’au fond il m’indifférait de savoir que Swann avait dit au duc de Guermantes qu’il participerait aux primaires socialistes, ce à quoi le duc avait répondu en riant, et en prenant, comme il en avait de plus en plus souvent l’habitude, la duchesse à témoin, un peu comme dans un ménage bourgeois, sans que l’on sache s’il s’agissait là d’une pose ou d’un de ces relâchements qui touche les plus grands noms quand arrive un certain âge dont ils estiment qu’il est un privilège permettant toutes les excentricités :

– Oriane, ma chère amie, voilà notre Swann qui veut aller voter aux primaires socialistes !

Et la duchesse, qui avait parfaitement entendu, mais avait décidé de jouer le jeu de son mari, avait répondu comme si Swann n’était pas là :

– Mais Basin, c’est incroyable, notre Swann, signer une déclaration d’adhésion aux valeurs de la Gauche ! Lui qui nous a fait découvrir avant tout le monte Vinteuil et Amy Winehouse, aller voter pour départager ceux pour qui voteront mon cocher, ma cuisinière et peut-être Palamède, tellement ami avec le maire de Paris.

Cette allusion à son beau-frère Charlus était-elle faite pour chagriner son mari qui la forçait à recevoir Gilberte, la fille de Swann, depuis son mariage avec Saint-Loup ou simplement voulait-elle montrer qu’elle avait lu Le Figaro le matin-même et qu’elle avait appris que les socialistes étaient favorables au mariage homosexuel et que peut-être cela concernerait monsieur de Charlus qui s’était enfin pacsé avec Morel, le violoniste ?

De Saint-Loup, je savais maintenant, c’était Gilberte elle-même que me l’avait appris deux jours après mon arrivée à Balbec lors d’une promenade sur la jetée où des jeunes gens de l’UMP, jolis et flexibles comme des fleurs, superposant dans une durée pour moi unique leurs visages différents à chaque séjour et pourtant similaires par leur jeunesse, distribuaient comme chaque été depuis cinq ans des tongues sous la semelle desquelles on retrouvait le sigle et l’image arborée du parti présidentiel, je savais donc qu’il était partisan de Marine Le Pen. Il donnait comme explication qu’il n’était pas question de voter en ce qui le concernait pour un président qui avait reculé et supprimé le bouclier fiscal.

Pour Gilberte, qui me le confia d’une voix un peu irritée, l’aversion de son mari pour Nicolas Sarkozy avait une raison à la fois plus profonde du point de vue de la psychologie et plus dérisoire du point de vue des idées, et se résumait à une question de goût, de tempérament car Saint-Loup n’avait pas supporté lors d’une remise de la légion d’honneur par le président Sarkozy à un de ses camarades officiers, revenu d’Afghanistan, la présence d’une montre Rolex au poignet du chef de l’Etat, fantaisie qu’il aurait encore admise chez le docteur Cottard ou chez Brichot mais pas chez celui qui se devait d’incarner la nation, quand bien même pour Saint Loup, du fait du régime républicain qui n’avait jamais eu ses faveurs, cette incarnation était forcément limitée, affaiblie, presque exténuée comme le seraient, à la fin de la saison, les couleurs des toiles des cabines de bain que l’on voyait devant nous, pourtant encore si fraîches sous le soleil de juillet.

– Irez-vous voter, mon cher ami ? me demanda alors Gilberte.

Et c’est là que je compris que depuis des mois, comme un dormeur qui continue une fois endormi à croire qu’il lit toujours le roman qu’il avait entre les mains et qui imagine les péripéties les plus absurdes pour les personnages, que j’avais suivi l’actualité de manière presque onirique, avec l’impression que toute cette agitation, tous ces noms qui apparaissaient, Borloo, Aubry, Royal, Mélenchon, DSK ne me concernaient pas davantage et n’avaient pas davantage d’intérêt que les personnages devenus absurdement autonomes du roman tenu par le lecteur déjà assoupi.

Je l’expliquai à Gilberte dont j’admirais le profil sur les flots, le velouté de pêche de ses joues, la courbe légèrement sémite de son nez qui venait si manifestement de Swann quand le teint était celui d’Odette, tout cela intact ou presque depuis notre première rencontre, enfants, dans les jardins des Champs Elysées, près du manège.

Elle me regarda soudain, une fois que j’eus terminé de parler, avec un insondable mépris, me renvoyant dans le neuvième cercle de l’Enfer que je voyais toujours dessiné par Gustave Doré dans cette édition de la Divine Comédie que j’avais souvent feuilletée dans la bibliothèque de Bergotte et elle me dit :

– Vous me fatiguez ! Tous ! Vous êtes tous des bouffons, des fachos ou des pédés ! Moi, je viens de m’inscrire à Lutte Ouvrière !

Modestes conseils aux mégariches

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Bousculés par une mode absurde qui consiste à proposer de payer plus d’impôts qu’il ne le faudrait, il se peut que quelques milliardaires ne se sentent pas d’humeur à jouer les Warren Buffet.

Je ne doute pas qu’ils ne puissent trouver en eux-mêmes la force de résister à cette mascarade indigne, mais la mode est un dieu si puissant, et la volonté de plaire au peuple une déesse démocratique si perverse, que certains hésiteront peut-être au moment de rejoindre l’étrange cohorte que forment actuellement ces mégariches au grand coeur.

Faut-il céder à la pression et payer plus d’impôts ? Voici quelques principes simples qui devraient leur permettre de rester à l’écart de cet appel à contribution.

1) Il vaut mieux commettre l’injustice que de la subir.

2) Une vie sans examen ni conscience vaut la peine d’être vécue.

3) Qu’est-ce qui est à toi ? Ce qui est à toi. C’est un homme sage celui qui s’en tient à cette vérité.

4) Un amas de richesse est préférable à un trésor de maximes.

5) L’homme est riche parce qu’il le mérite. Travailler contre la nature est peine perdue.

6) Le tort commun des indigents est de fuir la rigueur. Au malade, le miel est amer.

7) La vraie merveille de la justice sociale tient en ceci que le meilleur a plus que le moins bon.

8) Le service public encourage la paresse. La justice sociale est née pour la destruction commune.

9) Epargnons aux utopistes d’être contredits par les faits.

10) Le bonheur c’est le plaisir sans remords.

Toutes les 7 secondes

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734 854 329 : c’est le nombre de phrases commençant par un chiffre-mystère employées par les journalistes français depuis 10 ans. Doit-on en conclure que cette fleur de rhétorique est fanée jusqu’à l’os ? Plus éculée que les sabots d’un vieil homme obèse ? Ce chiffre donne-t-il raison à Isabelle Sorente lorsqu’elle estime, dans son remarquable essai Addiction générale (Lattès), que l’obsession des chiffres dans nos sociétés est une passion aussi grotesque que criminelle, une drogue dévastatrice interdisant l’accès à toute science et raison authentiques ? Rien n’est moins sûr, puisque 97,3 % des Français exigent au contraire que nos journalistes leur prodiguent 9 fois plus de chiffres dans la prochaine décennie.[access capability= »lire_inedits »]

623 : c’est le nombre d’hommes roux pratiquant le krav-maga dans les Deux-Sèvres. 28 000 : c’est le nombre de nouvelles espèces animales qui disparaissent avant même que quiconque se soit aperçu de leur apparition.
336 822 421 : c’est le nombre d’événements sublimes transfigurant des destins humains toutes les 7 secondes. 336 822 421 : c’est le nombre d’événements atroces détruisant et torturant des destinées humaines toutes les 7 secondes. 7 : c’est le nombre véritable des 3 mousquetaires, puisque Dumas écrivait à 4 mains, selon un chercheur hongrois capable, dans le privé, de jouer scientifiquement du piano à 7 mains. 333 : c’est désormais le nouveau chiffre de la Bête, contrainte de réduire son train de vie de moitié en raison de la nécessité de restrictions budgétaires fatidiques et de contraintes structurelles infernales. 2 : c’est le nombre de bras de notre manchot après la réussite de sa greffe miraculeuse. 21 : c’est l’adresse où vous pourrez trouver l’assassin.

Mais le plus révoltant, c’est qu’en 2011, c’est-à-dire tout de même 11 ans après l’an 2000, en dépit du progrès perpétuel de tout, les médias se refusent encore obstinément à communiquer les vrais chiffres sur les chiffres. Il faut saluer à cet égard l’initiative courageuse du Vrai Observatoire des Chiffres, qui a enfin osé briser ce tabou. Après 17 ans de calculs, de recoupements complexes et de travaux rigoureux sur des échantillons strictement représentatifs, le Vrai Observatoire des Chiffres a révélé ses stupéfiants résultats : 97,4 % des chiffres qui circulent dans nos sociétés sociétales sont « entièrement faux », 0,2 % sont « gravement erronés » et les 4,9 % restant sont « rigoureusement exacts » ou « diablement exacts ». L’étude de l’Observatoire précise avec panache, dans sa dernière section, que ses résultats sont également valables pour tous les chiffres délivrés par le Vrai Observatoire des Chiffres.

425 658 588 : c’est le nombre de nombres qui ont perdu leur ombre. Leur antique et charnelle ombre humaine. C’est le nombre de morts dont le nom est broyé sous les nombres. Toutes les 7 secondes.[/access]

Addiction générale

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La guerre des marchés aura bien lieu

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« La fortune ne devrait être possédée que par les gens d’esprit : autrement, elle représente un danger public… » Nietzsche

Comme c’est curieux, ce déploiement majestueux du pouvoir de la finance, tel un tyran sans visage, semblant venir de nulle part, dictant souverainement sa loi à toute chose. « L’euro, la finance mondiale, les banques » : donnez-lui le prénom que vous voudrez, quel est véritablement son nom ? La sophistication extrême de la finance l’a rendue incompréhensible pour la quasi-totalité des humains, donc profondément antidémocratique.

Les quantités ahurissantes d’argent qui alimentent la spéculation sur les dettes souveraines, d’où viennent-elles et à qui appartiennent-elles ?

Décidément, ces « marchés » insaisissables forment une bien troublante menace qu’on ne peut désigner du doigt. À force d’être anthropomorphes, ils « s’effondrent » et « rebondissent », se montrent tantôt « en forme » tantôt « démoralisés ».

Mais non, je blaguais. Ce n’est ni curieux, ni troublant, et absolument pas sophistiqué. Tout ceci est même d’une vulgarité dégoûtante. À y regarder de plus près, la crise de la dette n’est rien d’autre que la conséquence de la goinfrerie capitaliste bas de gamme.
Tant pis si à cause de cette fringale, des modèles sociaux déjà fragiles doivent y passer, des États finir rapiécés, des peuples s’abattre humiliés et des chefs de gouvernement être sommés d’obéir comme des troufions de seconde classe. Car nous en sommes là. Les Grands Dirigeants des Grande Démocraties semblent ravis de se dépouiller de tout pouvoir d’action réel.

La farandole des rois nus

L’été 2011 restera celui de la farandole des rois nus, sautillant au fouet de ces diablesses sado-masos qui les tiennent enchaînés : les agences de notation. On a les maîtresses qu’on se choisit et les pratiques qu’on assume. Mais si c’est pour s’encanailler dans pareille perversion, pourquoi dépenser tant d’énergie à séduire le peuple ? Où est le plaisir, à jouer la petite chose dominée, à quatre pattes sous la botte du Capital ? Vous connaissez la maxime : quand on a dit oui une fois…

Voilà comment nous entrons dans le nouvel âge du capitalisme, sorte d’imperium des parasites, à rapprocher du deuxième âge de l’aristocratie selon Chateaubriand : « L’aristocratie a trois âges successifs : l’âge des supériorités, l’âge des privilèges et l’âge des vanités. Sortie du premier, elle dégénère dans le second et s’éteint dans le dernier ».

À la faveur de la crise financière, il n’aura fallu que quelques années pour inventer le « problème de la dette », prétexte d’un coup de force politique mondial de la rente qui ne produit rien, et tient les États dans sa main. Car, contrairement à ce qu’une légende alarmiste colporte, eux ne feront pas faillite : ils cracheront toujours au bassinet !

Dans un monde a-historique, les dirigeants feront toujours des dettes, les travailleurs et les entrepreneurs turbineront jusqu’à ce que mort s’ensuive et les parasites s’engraisseront jusqu’à la fin des temps.
Mais l’histoire a toujours eu le don d’aimer les complications, c’est même sa marque de fabrique. Et parfois, le peuple énervé et la nation orgueilleuse ont le don de marcher sur les règles d’or.

Cette crise ne durera qu’un temps. Quand les États-Unis n’auront plus les moyens de s’endetter auprès de leur principal banquier, la Chine, qui, pour l’instant, préfère acheter de la dette américaine remboursée par le prolo obèse plutôt que d’augmenter les salaires de ses prolos faméliques, mais en révolte permanente, que se passera-t-il ? Ces deux puissances appelées à se disputer le leadership mondial engageront un bras de fer qui ne sera pas seulement politique : le gagnant sera le détenteur de la plus grosse armée, qu’elle soit ou non financée par des dettes.

Après tout, on peut estimer le marché rassurant tant il est devenu prévisible à long terme : il règle toujours ses conneries de la même manière. Par la force.

L’autre Saint Joseph des JMJ

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Les foules juvéniles, joyeuses et catholiquement exaltées qui ont convergé en cette mi-août vers Madrid devraient bien avoir une petite pensée pour un homme qui a indirectement contribué à leur bonheur estival. Il s’agit de Joseph Vissarionovitch Djougachvili, alias Staline, qui eut le premier l’idée de rassembler des adolescents des deux sexes et de toutes nationalités pour vivre ensemble un grand moment de communion dans une même foi, et plus si affinités.

C’est en effet sous l’égide de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique et de l’Union internationale des étudiants, contrôlées par des staliniens bon teints qu’un premier rassemblement de ce genre fut organisé à Prague en 1947. L’édition de 1955 se déroula à Varsovie, et ses milliers de participants firent montre d’une ferveur communiste démonstrative.

Cela n’avait pas échappé à un ecclésiastique local, Karol Wojtyla, à l’époque professeur d’éthique à l’université catholique de Lublin. Lequel, s’empressa, une fois devenu pape, de recycler au profit de sa boutique spirituelle un concept tombé en déshérence après l’effondrement du communisme européen.

Idéal médiéval

Allégorie de l'amour courtois, Italie, XVe siècle

Moi, je suis désolé, mais c’est le Moyen-Âge. Et pas n’importe lequel, s’il vous plaît : celui du XVe siècle.
Ce dernier instant d’un très jeune et très ancien monde, proche de verser dans l’infecte modernité, ce dernier instant quand les femmes furent libres avant que d’être condamnées à l’incapacité juridique pour cinq très longs siècles.

Ce dernier rougeoiement de plaisir, de bonheur, un rougeoiement que l’on croyait encore être celui du matin toujours nouveau de ce qui est éternel, quand il était déjà vespéral et qu’on ne le savait pas.
Ce dernier moment de la puissance architecturale médiévale, quand le gothique se fait flamboyant et quand Brunelleschi, lançant le dôme de Santa Maria del Fiore, fait plier le monde devant son génie[1. Il n’y a plus aujourd’hui que les amis de Jacques Attali pour croire que le dôme de Florence est une œuvre de la Renaissance].
Cet ultime moment où à Fra Angelico, qui fait descendre le Ciel sur la Terre, Botticelli répond en élevant pour toujours le mandrin viril vers le firmament. Car même l’inverti le plus déterminé doit nécessairement tomber amoureux du Printemps ou de l’Anadyomène. C’est une loi.[access capability= »lire_inedits »]

Le buste juste assez galbé pour qu’on saisisse la taille sans brusquer

Cet incroyable instant où mon maître Savonarole, établissant la première démocratie après Jésus-Christ − qui était naturellement théocratique − bénissait aimablement le peintre qui venait de lui-même livrer aux flammes le plus inquiétant de son œuvre, ne nous laissant admirer, pour le restant des siècles, j’en suis certain, que le meilleur, c’est-à-dire le plus habillé.

Cet émouvant moment où les femmes de toute l’Europe qui s’épilaient le front pour étaler leur intelligence étaient toutes blondes avec les yeux sombres et en mandorle, avaient la bouche petite et fine, le nez modeste et droit, enfin la main longue et fine glissant sur un buste galbé juste assez pour qu’on saisisse leur taille sans brusquer.

Ce sublime moment où la Française de première génération Christine de Pisan tente, comme moi, de nourrir ses innombrables chiards en pondant à la chaîne des pages de poésie qui en remontrent aux savants sorbonicoles et qui ridiculisent les minables continuateurs misogynes du Roman de la Rose qui vivaient rue Saint-Jacques, même qu’ils ont encore leur plaque sur la maison, là où ça se rétrécit et que les chauffeurs de camion venus de banlieue maudissent Delanoë et ses urbanistes de n’avoir laissé qu’une file[2. Alors que c’est la faute de Philippe-Auguste].

Cette lumineuse période où les iniques évêques de Normandie qui brûlent des vierges guerrières ont le bon goût de s’appeler Cauchon, comme ça, ce serait clair pour toujours dans les livres d’histoire.

Cette magnifique époque où Jeanne était d’Arc ou Hachette

Ce vert paradis des amours enfantines où, pour se marier à 13 ans, on n’a pas besoin de l’avis des darons, ni du juge de paix ni de Monsieur le maire qui trône sous sa Marianne à gros nibards.
Cette anarchique commune libre dans un État libre, où la ménagère qui fait son marché se fournit directement chez le producteur et a sur ses étalages, jusqu’à midi, la préséance sur le revendeur qui, déjà, prépare ses marges arrière comme un vulgaire Michel-Édouard Leclerc.

Cet éon incroyable où l’on ne nie pas que les femmes soient capables de gouverner comme tout le monde − sauf en France, pays de la courtoisie et de l’égalité profondes, qui leur réserve comme toujours une autre place, supérieure, ce droit imprescriptible de sauver le royaume, à condition qu’elles soient bergères[3. De Gaulle, malgré sa Croix de Lorraine, n’était pas bergère, me souffle quelqu’un d’avisé, mais c’est sans doute l’exception qui confirme les Geneviève, Jeanne d’Arc, Bernadette Soubirous, Cendrillon et autres Marthe Robin].
Ce temps inouï où les femmes exercent habituellement tous les métiers, et pas seulement le plus vieux du monde.

Cette ère peu commune où les dames inventent des cours d’honneur pour juger les entorses à l’amour absolu.
Ce siècle enfin, supérieur, parce qu’on ajoute la dame surpuissante qui peut tuer tout le monde à l’ennuyeux jeu d’échecs.

Alors oui, moi, définitivement, c’est le XVe siècle.[/access]

La mort s’invite à la fête

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Gênes : monument dédié à la mémoire de Carlo Giuliani.

Le niveau atteint par la répression policière à Gênes déjoua les pronostics les plus pessimistes. Outre le matraquage de groupes pacifistes, l’usage disproportionné de la violence contre le cortège de la « désobéissance civile » fut reconnu par les tribunaux italiens, qui jugèrent illégale la charge à son encontre et rendirent caduques les poursuites contre plusieurs manifestants arrêtés.

Après l’attaque du cortège, se produisirent les pires affrontements du 20 juillet. Vers 17 heures, une unité de carabiniers lança une charge latérale contre le cortège dont de nombreux membres faisaient pourtant demi-tour pour regagner leur point de départ. Les gendarmes refluèrent ensuite précipitamment, poursuivis par certains manifestants qui s’en prirent à une Jeep restée en retrait.

Par la lunette arrière, un carabinier ouvrit le feu, atteignant un manifestant en pleine tête avant que la Jeep redémarre et lui roule sur le corps. La mort de Carlo Giuliani constitua l’épilogue tragique de cette journée journée devenue totalement hors normes. Dans des rues soudain méconnaissables, des véhicules blindés fonçaient sur la foule qui répliquait par des cris de colère et de douleur. Le son sourd des pierres martelant les blindages de la police et la sirène des ambulances évacuant des blessés le crâne ouvert se noyaient dans un nuage de gaz lacrymogène, donnant une étrange teinte jaunâtre au paysage urbain.

Plus tard, diverses investigations dépassèrent l’impression initiale de chaos généralisé. Une enquête judiciaire révéla notamment que plusieurs détachements avaient outrepassé les ordres qui leur étaient donnés par la radio, et pris l’initiative d’envenimer la situation sur le terrain.

Plusieurs hypothèses ont circulé quant aux causes de l’acharnement des forces de l’ordre sur les manifestants. Certains soulignèrent l’atmosphère de surtension qui ne fut pas pour rien dans le tabassage d’innocents. D’autres ont noté que des brutalités de cette ampleur n’auraient pu se produire si les carabiniers et la police n’avaient pas reçu de leur hiérarchie l’assurance d’une impunité totale en cas de bavures. Nombreux furent ceux qui, tel le maire de Gênes, regrettèrent l’absence de responsabilité du vice-président du conseil Gianfranco Fini, auquel aucun compte ne fut demandé bien qu’il se trouvât dans l’enceinte de la préfecture de police au moment du drame.

Exténués, le soir du 20 juillet, nous avions regagné le stade Carlini avec mon ami Stefano, pour un rassemblement des Tute Bianche. Dans ce lieu symbolique, d’où était parti le cortège de la désobéissance civile le matin même, l’ambiance se lestait d’inquiétude et de gravité, aidée par la lumière glauque des projecteurs du stade.

Soudain, Stefano se figea : sur un pan de mur, un graffiti fraichement bombé était dédié à « Carlo Giuliani, assassinato dai carabinieri » (Carlo Giulani, tué par les carabiniers). Stefano apprit ainsi la nouvelle de la mort de celui qui était l’un de ses anciens camarades de classe, un ami qu’il fréquentait dans les rues de la vieille ville de Gênes. Pour ma part, je n’avais croisé Carlo qu’à une ou deux reprises, gardant notamment le souvenir d’avoir partagé ensemble una canna dans « l’auletta », cette partie de l’université de Gênes autogérée par les étudiants.

Depuis, par le jeu des multiples rediffusions, nous avons dû voir Carlo tomber sous le feu des carabiniers au moins une centaine de fois : étrange sensation procurée par une époque sous haute perfusion médiatique. Les événements du G8 se sont ainsi prêtés à de nombreux débats à partir des images disponibles. Cependant qu’au fil des ans s’estompa la sensation de fièvre, d’excitation, de révolte ou d’angoisse partagée par tous les Génois du jour.

Le lendemain de la mort de Carlo Giulani, samedi 21 juillet, la tension ne retomba pas. Alors que près de 200 000 personnes défilaient comme prévu, un groupe détaché du cortège, assimilé plus ou moins au Black Bloc, saccagea les succursales d’entreprises du front de mer. Dans un premier temps, les cordons de policiers qui leur faisaient face ne réagirent pas. Puis, après un long moment, la maréchaussée lança ses gaz lacrymogènes et fit ainsi refluer le groupe isolé vers la manifestation, dès lors brisée en deux. S’ensuivirent des matraquages de manifestants choisis au hasard, y compris à l’autre bout de la ville, loin des heurts initiaux.

Le soir, la police mena une descente dans l’école que la mairie avait mis à la disposition des altermondialistes qui l’avaient transformé en dortoir. La plupart des personnes arrêtées pendant leur sommeil s’en sortirent avec de graves blessures, certaines se retrouvèrent même dans le coma, tandis que le motif invoqué par les forces anti émeute –la présence d’armes – ne survécut pas à un examen rigoureux des faits. A la suite des mauvais traitements et des humiliations infligés aux individus interpellés, plus d’une quarantaine de policiers et médecins furent condamnés à payer de lourds dommages civils lors d’un jugement confirmé en appel en 2010. Cela n’empêcha pas les responsables mis en cause de bénéficier de promotions déguisées au sein de leurs corps de métier, à l’instar du chef de la police Gianni De Gennaro, qui, malgré sa condamnation pour incitation au faux témoignage, dirige aujourd’hui les services de renseignements. Cette évolution de carrière baroque illustre une certaine tradition de l’opacité qui subsiste au cœur même de l’Etat italien. De quoi faire dire à Amnesty International, que le G8 de Gênes justifia « la plus grave suspension des droits démocratiques dans un pays occidental depuis la Seconde guerre mondiale » !

Quelques semaines plus tard, Time magazine désigna Giulani personnalité de l’année 2001. Evidemment, il ne s’agissait plus du ragazzo de Gênes, mais du maire à poigne de New York, Rudolf Giuliani. Entre temps, un événement d’une tout autre ampleur s’était déroulé sur le sol américain, un certain jour de septembre, sous les yeux de la planète entière médusée. Au cours des années qui suivirent, ce drame concentra l’attention médiatique sur la lutte anti-terroriste, offrant un effet d’aubaine à tout ce que la planète compte de forces et de régimes autoritaires.

Ce n’est qu’au début de la décennie 2010 que les révoltes du sud de la Méditerranée amenèrent à parler d’autre chose. Il fallut sans doute un courage encore plus grand qu’aux altermondialistes à tous ces gens qui se mirent en mouvement dans les rues de Tunisie ou d’Egypte. Eux furent abattus par dizaines, manifestants mais aussi simples témoins, comme mon pote le photographe de presse Lucas Mebrouk Dolega, tué par un policier en décembre à Tunis.

A tous ceux qui perçoivent le monde derrière leurs miradors ou leurs persiennes, ces morts viennent rappeler que la roue de l’histoire ne cesse jamais de tourner, mise en branle par de jeunes gens qui le paient trop souvent au prix de leur vie.

Fin

Julien, rends tout de suite la carte de Bernard…

2

Ce qui est rassurant, c’est qu’on se sent vraiment bien protégé à l’issue du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Par exemple, ce fut une excellente idée de fusionner en une seule police politique, la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), deux services précédemment distincts. Il y avait les RG qui comptabilisait les ennemis de l’intérieur (syndicalistes, manifestants, militants bayrouistes) et donnaient des sondages électoraux beaucoup plus fiables que ceux des instituts soi-disant spécialisés, qui coutent des fortunes et disent n’importe quoi, demandez à Nicolas Hulot.

Et puis il y avait la DST, célèbre pour la polyvalence de ses agents pouvant se transformer en plombiers afin de poser des micros dans les journaux satiriques en laissant autant de traces derrière eux que des castors juniors drogués qui auraient oublié leur manuel.

Heureusement, la DCRI arriva en 2008 et sa direction fut confiée à un vrai géant, Bernard Squarcini, le J. Edgar Hoover français. Il s’illustra notamment dans l’inénarrable « opération Taïga » qui permit d’arrêter les dangereux subversifs de Tarnac, de célèbres terroristes parapsychologues qui stoppaient des TGV par la seule force de la pensée.

On comprend que face à de tels défis, Bernard Squarcini ait parfois besoin de prendre des vacances. Pour être le digne successeur de Hubert Bonisseur de la Bath ou du Gorille, on n’en est pas moins homme. Et c’est sans doute le stress de ce soldat de l’ombre, qui combat chaque jour la subversion, qui lui a fait égarer sa carte professionnelle au moment même où il allait prendre un repos bien mérité dans sa Corse natale.

Si quelqu’un retrouve la carte de monsieur Squarcini, qu’il la rapporte au plus vite à son propriétaire. Non seulement, il risque une sanction disciplinaire pour l’avoir perdue mais en plus elle lui servait de marque-page pour sa quinzième relecture de L’Insurrection qui vient à la recherche de preuves qui, elles, ne viennent toujours pas.

La tondeuse, je la lui laisse !

29

Il n’est pas dans mes habitudes de parler de ma vie de couple (!) mais la déesse qui commande aux jours et aux nuits de Causeur a émis le souhait que nous causions des rapports entre les hommes et les femmes pour égayer vos transhumances estivales.

Le clito ayant déjà beaucoup servi et mes distingués collègues en ayant fait le tour, si je puis dire, je suis allée consulter l’interminable liste des revendications féministes pour y puiser l’inspiration. Il y a certainement beaucoup de choses à dire, de la burqa au « plafond de verre », et il est probablement incivique de s’en foutre. Ne souhaitant pas être clouée au pilori des bourgeoises inciviques non conscientisées, et ayant un peu de temps entre le repassage et le viol conjugal, j’ai pêché dans le vivier de mes sœurs concernées et militantes un domaine où je pense pouvoir livrer une expertise : celui de la répartition des tâches ménagères. On m’objectera avec raison que les tournantes, la polygamie, le viol, les femmes battues, l’excision ou le non-paiement des pensions alimentaires, c’est autrement plus grave, mais je remarque que la répartition des tâches ménagères tient le haut du panier (de la ménagère) dans la litanie féministe.[access capability= »lire_inedits »]

Va donc pour les tâches ménagères !

Oserai-je avouer que j’adore cuisiner ? Que cela ne m’est jamais apparu comme une « tâche » mais plutôt comme un bonheur quotidien délicieusement parfumé ? Qu’il faudrait m’attacher pour que je renonce aux fourneaux ?

Il semblerait qu’il faille s’abstenir de le clamer : une tâche est une tâche, on ne vous demande pas d’aimer, mais de subir et de vous plaindre.

Et d’exiger la RÉPARTITION !!!!

Et c’est là que ça m’angoisse un peu…

Jouer du sécateur ? Et mes jolis ongles manucurés ?

Bon, je ne suis pas complètement nouille et je pense qu’en cas de pénurie prolongée de mâles, je devrais être capable de grimper sur une échelle pour changer les ampoules 40 watts petits soquets.

Au jardin, ça risque de se compliquer. Je suis parfaitement apte à tondre la pelouse, surtout à l’ombre ; c’est pour faire démarrer cette satanée tondeuse que ça va être plus sportif. Je suis pas Rambo, moi ! Pire, il va falloir que je joue du sécateur pour tailler les buis ! Douée comme je suis, à tous les coups, je vais y laisser mes jolis ongles manucurés.

Mais je sens, je sais que, là où tout va virer au cauchemar, c’est quand il faudra s’occuper de la bagnole. Je ne sais pas comment on ouvre le capot et même si je le savais, je ne vois pas très bien à quoi ça m’avancerait. J’ai vu le moteur de ma voiture un jour, par hasard : c’est très laid, c’est tout noir, ça ne sent pas bon et ça ne ressemble à rien de connu. La seule chose que je sais sur la question, pour l’avoir lue dans un Gil Jourdan, c’est qu’il ne faut pas balancer des clés dans un moteur, sinon ça coupe tout. J’ajouterais que, si on balance les clés sur le moteur, ce qui est déjà une drôle d’idée, il faut éviter ensuite de refermer le capot, sinon, on ne peut plus rentrer chez soi, mais cela nous éloigne du féminisme. Donc, en cas de panne de bagnole, désolée Mesdames, moi j’appelle Mon Chéri. Ou un dépanneur. Ou j’enfile ma mini-jupe et je hèle le premier venu. C’est moche, ça blesse la sororité outragée, tout ce que vous voulez, mais je ne vais pas me les geler pendant deux plombes penchée sur ce maudit moteur !

Là où ça va être chaud aussi, c’est quand il faudra programmer ce maudit lecteur/enregistreur intégré. Je ne sais pas qui a inventé ce machin qui permet tout et qu’il faut tutoyer gentiment pour qu’il daigne s’allumer, mais une chose est certaine : il a rendu inoubliable Pierre Sabbagh et « Au théâtre ce soir » où l’on n’avait qu’à s’asseoir et appuyer sur le gros bouton.

Toujours dans le cadre d’une répartition harmonieuse des tâches ménagères, il va falloir que je range la cave pendant que l’homme de ma vie joue au Scrabble avec les mômes. C’est contrariant : je n’aime ni la poussière, ni les araignées, ni la manutention lourde. Je préfère le Scrabble.

Après cela, tandis que Mon Chéri marinera dans son bain verveine/curcuma, je sortirai les poubelles.

J’espère qu’après tout ça, au moins, on baise ?[/access]

Berrichon Pride

53

L’époque est à la multiplication des Etats : combien de modestes régions dont la légitimité historique et culturelle semble dérisoire, sont devenues en quelques années de véritables nations avec hymne, drapeau et fanfare militaire en guise de porte-bonheur. L’Europe a beaucoup œuvré sous la pression de différents lobbies à cette escalade identitaire et le communautarisme est l’illustration finale de ce phénomène politique.
Des Etats à l’intérieur des Etats et pourquoi pas, à l’intérieur des familles et des couples, c’est le souhait ultime de ces marchands : transformer des citoyens éclairés en consommateurs zélés et compartimentés. En France, combien de nos compatriotes se définissent avec des trémolos dans la gorge et des papillons dans les yeux comme résident basque, breton, alsacien, corse ou vendéen avant d’endosser avec quelques réticences la panoplie tricolore, centralisatrice et républicaine.

Et les Berrichons ?

Dans cette foire aux vanités, avez-vous déjà entendu quelqu’un se vanter d’être Berrichon ? Terrible injustice pour celui qui est né dans cette belle province entre Cher et Indre de voir son terroir raillé, moqué, bafoué et sali. Nous endurons depuis si longtemps cette infamie que nous encaissons les pires insultes sans nous insurger. Pourquoi avons-nous mérité un traitement aussi dégradant ? Passons sur la sempiternelle bourrée berrichonne censée définir à tout jamais notre folklore rustre et décadent : si on y ajoute un accent campagnard qui fait rouler les « r », nous avons là un tableau assez fidèle de ce que notre terroir laisse comme impression générale à la face du pays. Nous sommes jusqu’à la fin des temps ces cousins bouseux qu’il est de bon ton de ridiculiser sans risquer une quelconque fatwa.

Le Berrichon incarne à lui seul l’image du paysan demeuré, figure ancestrale d’un monde à jamais enfoui dans les ténèbres. C’est oublier que naguère notre pays, la France, était une grande nation agricole et les paysans, le creuset du peuple français. Pourtant, des décennies plus tard, ce sont toujours les Berrichons qui font figure d’arriérés mentaux et d’indécrottables cul-terreux.

Plus au sud, les Auvergnats ont échappé à cette honteuse discrimination. Le bougnat a beau être un paysan de même facture que son homologue errichon, on lui attribue des vertus de bon gestionnaire. La preuve, il a fait fortune à Paris en vendant du charbon puis des limonades. Le Berrichon ne peut se prévaloir d’aucune réussite particulière, ni de titres ronflants. Dans l’esprit collectif, le Breton est travailleur et honnête, le Corse fier et secret, quant au Cht’i, nouvelle égérie nationale, il cumule toutes les qualités, c’est bien connu, les gens du Nord ont dans le cœur…On connait la formule…. Dans cette frénésie régionale, le Berrichon se sent bien seul. Il ne peut compter sur personne pour faire valoir ses belles qualités humaines.

Le Berrichon, damné de la terre

En a-t-il, d’ailleurs ? Oui, sa modestie. Son humilité le place parmi les damnés de la Terre. Le Berrichon ne fait pas l’aumône, il voit bien que les autres provinces jouent des coudes aux réunions de famille, et que lui, perdu dans sa campagne austère, préfère baisser la tête. Il ne se prévaut pas de paysages à couper le souffle ou d’illustres conquérants. Il n’essaye pas de faire de la retape. Ceux qui l’apprécient, savent que sa richesse est intérieure et millénaire.

Jadis, le berrichon a administré la France sous le « règne » de Jacques Cœur. Il en garde un souvenir ému mais ne se complait pas dans cette nostalgie là. Certaines régions n’hésitent pas à sortir à tout bout de champ leur Jeanne d’Arc, Napoléon, François 1er ou Henri IV en étendard local. Le Berrichon laisse faire, ces gesticulations ne le font même plus souffrir. Il a accepté sa déchéance nationale. S’il doit être le paria du pays, il relève ce défi sans forfanterie. S’il doit être l’idiot du village comme dans un roman de René Fallet, il prend ce risque, il en accepte même les tourments. Car pour bien saisir l’âme Berrichonne, il faut communier avec elle.

Les marques d’appartenance à cette contrée sont discrètes, presque invisibles pour un visiteur extérieur. Ici, pas de carnaval joyeux, de feria galopante ou de fest-noz dansant, le Berry n’extériorise ni ses joies, ni ses peines. Il affronte seul les saisons. Le Berrichon est un homme debout qui n’attend rien des autres. Vous ne le verrez pas pleurer en public, s’apitoyer sur son sort, il garde ses larmes pour la solitude des nuits fraîches lorsque son esprit vagabonde. Contrairement à d’autres ambitieux, il n’a pas déserté sa terre, n’a pas souhaité courir le monde ou faire fortune. Il est resté là où la nature l’avait fait naître. Il y a chez lui de la résignation. Jamais, vous ne le verrez geindre. Il n’a pas l’intention de se donner en spectacle.

Au cours des siècles, sa pudeur a souvent été prise pour un enfermement dans une vie triste et monacale. En clair, il était irrécupérable pour la société moderne. Les Berrichons n’ont pas joué le jeu, ils n’ont pas minaudé, ils n’ont pas cédé à la pression qui veut qu’une province soit dynamique et se lance à corps perdu dans l’expansion économique.

Combien d’autres territoires se sont prostitués en exhibant leurs plus beaux sites touristiques, leur savoir-faire industriel et artisanal ou leur culture débordante d’imagination et de subtilité ? Le berrichon n’a pas cédé aux sirènes de cette déchéance-là, il a préféré vivre à l’abri des regards. La désertification rurale comme la nomment les technocrates a gagné chaque année du terrain pour le plus grand plaisir… des Berrichons.

Les beautés que recèlent le Berry ne se partagent pas avec tout le monde. Pour saisir, l’émotion d’un terroir, sa grandeur comme sa sécheresse, mieux vaut ne pas avoir été guidé par des tour-opérateurs obscènes qui déflorent à la hussarde les paysages. Car découvrir le piton de Sancerre surmontant les vignes alentours, sous un givre d’automne, est un doux moment qui serre le cœur et qui redonne espoir dans les hommes. Vous ne trouverez pas de mer déchainée, de pic majestueux ou de beffroi grandiloquent, simplement un village, reflet de deux mille ans d’histoire de France, entouré simplement de maisons aux toits polis par le vent et, plus loin, la Loire frontière naturelle avec la Bourgogne toute proche ne vous aguichera pas comme tant d’autres fleuves. La Loire se contente d’être sauvage et indomptable : elle veille sur ses concitoyens, les berce au soleil couchant d’une lumière irisée. Les rues pavées de Bourges vous en diront bien plus que de longs discours. Elles sentent la province, elles en ont l’aspect désuet et charmant. En les foulant, vous aurez ce sentiment étrange de retrouver vos vingt ans.

Car le Berry est avant tout une terre sentimentale qui façonne des hommes bons et loyaux. Lorsque vous croiserez un Berrichon, évitez-lui cette imitation ridicule et pathétique du paysan mais regardez-le plutôt comme un homme de cœur.

A l’ombre des politiques en pleurs

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Mon indifférence à la politique-Swann et les socialistes-Amusement du duc et de la duchesse de Guermantes-Saint-Loup pour Marine Le Pen-Jeunes militants de l’UMP-Colère de Gilberte.

J’étais arrivé à une presque complète indifférence à l’égard de la politique et de cette campagne présidentielle quand je partis comme chaque année avec ma grand-mère à Balbec.

Comme un jeune homme que n’intéressent pas les jeunes filles, qui sait que cette indifférence le fera moquer auprès d’une certaine société de garçons toujours avides de plaisirs neufs et de joues d’adolescentes, fraîches comme des oreillers, mais qui cessera, après des années et des années, de feindre un intérêt pour ces silhouettes gracieuses qui ne lui disent rien, feinte qui lui permettait pourtant une tranquillité d’esprit mais qui, le temps passant, devenait de plus en plus insupportable car notre moi social doit malgré tout, ne serait-ce que de façon asymptotique, coïncider avec notre moi profond, j’avais moi-même dit à mes amis que je ne voulais plus entendre parler de politique, qu’elle me semblait bien éloignée de mes préoccupations présentes et qu’au fond il m’indifférait de savoir que Swann avait dit au duc de Guermantes qu’il participerait aux primaires socialistes, ce à quoi le duc avait répondu en riant, et en prenant, comme il en avait de plus en plus souvent l’habitude, la duchesse à témoin, un peu comme dans un ménage bourgeois, sans que l’on sache s’il s’agissait là d’une pose ou d’un de ces relâchements qui touche les plus grands noms quand arrive un certain âge dont ils estiment qu’il est un privilège permettant toutes les excentricités :

– Oriane, ma chère amie, voilà notre Swann qui veut aller voter aux primaires socialistes !

Et la duchesse, qui avait parfaitement entendu, mais avait décidé de jouer le jeu de son mari, avait répondu comme si Swann n’était pas là :

– Mais Basin, c’est incroyable, notre Swann, signer une déclaration d’adhésion aux valeurs de la Gauche ! Lui qui nous a fait découvrir avant tout le monte Vinteuil et Amy Winehouse, aller voter pour départager ceux pour qui voteront mon cocher, ma cuisinière et peut-être Palamède, tellement ami avec le maire de Paris.

Cette allusion à son beau-frère Charlus était-elle faite pour chagriner son mari qui la forçait à recevoir Gilberte, la fille de Swann, depuis son mariage avec Saint-Loup ou simplement voulait-elle montrer qu’elle avait lu Le Figaro le matin-même et qu’elle avait appris que les socialistes étaient favorables au mariage homosexuel et que peut-être cela concernerait monsieur de Charlus qui s’était enfin pacsé avec Morel, le violoniste ?

De Saint-Loup, je savais maintenant, c’était Gilberte elle-même que me l’avait appris deux jours après mon arrivée à Balbec lors d’une promenade sur la jetée où des jeunes gens de l’UMP, jolis et flexibles comme des fleurs, superposant dans une durée pour moi unique leurs visages différents à chaque séjour et pourtant similaires par leur jeunesse, distribuaient comme chaque été depuis cinq ans des tongues sous la semelle desquelles on retrouvait le sigle et l’image arborée du parti présidentiel, je savais donc qu’il était partisan de Marine Le Pen. Il donnait comme explication qu’il n’était pas question de voter en ce qui le concernait pour un président qui avait reculé et supprimé le bouclier fiscal.

Pour Gilberte, qui me le confia d’une voix un peu irritée, l’aversion de son mari pour Nicolas Sarkozy avait une raison à la fois plus profonde du point de vue de la psychologie et plus dérisoire du point de vue des idées, et se résumait à une question de goût, de tempérament car Saint-Loup n’avait pas supporté lors d’une remise de la légion d’honneur par le président Sarkozy à un de ses camarades officiers, revenu d’Afghanistan, la présence d’une montre Rolex au poignet du chef de l’Etat, fantaisie qu’il aurait encore admise chez le docteur Cottard ou chez Brichot mais pas chez celui qui se devait d’incarner la nation, quand bien même pour Saint Loup, du fait du régime républicain qui n’avait jamais eu ses faveurs, cette incarnation était forcément limitée, affaiblie, presque exténuée comme le seraient, à la fin de la saison, les couleurs des toiles des cabines de bain que l’on voyait devant nous, pourtant encore si fraîches sous le soleil de juillet.

– Irez-vous voter, mon cher ami ? me demanda alors Gilberte.

Et c’est là que je compris que depuis des mois, comme un dormeur qui continue une fois endormi à croire qu’il lit toujours le roman qu’il avait entre les mains et qui imagine les péripéties les plus absurdes pour les personnages, que j’avais suivi l’actualité de manière presque onirique, avec l’impression que toute cette agitation, tous ces noms qui apparaissaient, Borloo, Aubry, Royal, Mélenchon, DSK ne me concernaient pas davantage et n’avaient pas davantage d’intérêt que les personnages devenus absurdement autonomes du roman tenu par le lecteur déjà assoupi.

Je l’expliquai à Gilberte dont j’admirais le profil sur les flots, le velouté de pêche de ses joues, la courbe légèrement sémite de son nez qui venait si manifestement de Swann quand le teint était celui d’Odette, tout cela intact ou presque depuis notre première rencontre, enfants, dans les jardins des Champs Elysées, près du manège.

Elle me regarda soudain, une fois que j’eus terminé de parler, avec un insondable mépris, me renvoyant dans le neuvième cercle de l’Enfer que je voyais toujours dessiné par Gustave Doré dans cette édition de la Divine Comédie que j’avais souvent feuilletée dans la bibliothèque de Bergotte et elle me dit :

– Vous me fatiguez ! Tous ! Vous êtes tous des bouffons, des fachos ou des pédés ! Moi, je viens de m’inscrire à Lutte Ouvrière !

Modestes conseils aux mégariches

21

Bousculés par une mode absurde qui consiste à proposer de payer plus d’impôts qu’il ne le faudrait, il se peut que quelques milliardaires ne se sentent pas d’humeur à jouer les Warren Buffet.

Je ne doute pas qu’ils ne puissent trouver en eux-mêmes la force de résister à cette mascarade indigne, mais la mode est un dieu si puissant, et la volonté de plaire au peuple une déesse démocratique si perverse, que certains hésiteront peut-être au moment de rejoindre l’étrange cohorte que forment actuellement ces mégariches au grand coeur.

Faut-il céder à la pression et payer plus d’impôts ? Voici quelques principes simples qui devraient leur permettre de rester à l’écart de cet appel à contribution.

1) Il vaut mieux commettre l’injustice que de la subir.

2) Une vie sans examen ni conscience vaut la peine d’être vécue.

3) Qu’est-ce qui est à toi ? Ce qui est à toi. C’est un homme sage celui qui s’en tient à cette vérité.

4) Un amas de richesse est préférable à un trésor de maximes.

5) L’homme est riche parce qu’il le mérite. Travailler contre la nature est peine perdue.

6) Le tort commun des indigents est de fuir la rigueur. Au malade, le miel est amer.

7) La vraie merveille de la justice sociale tient en ceci que le meilleur a plus que le moins bon.

8) Le service public encourage la paresse. La justice sociale est née pour la destruction commune.

9) Epargnons aux utopistes d’être contredits par les faits.

10) Le bonheur c’est le plaisir sans remords.

Toutes les 7 secondes

2

734 854 329 : c’est le nombre de phrases commençant par un chiffre-mystère employées par les journalistes français depuis 10 ans. Doit-on en conclure que cette fleur de rhétorique est fanée jusqu’à l’os ? Plus éculée que les sabots d’un vieil homme obèse ? Ce chiffre donne-t-il raison à Isabelle Sorente lorsqu’elle estime, dans son remarquable essai Addiction générale (Lattès), que l’obsession des chiffres dans nos sociétés est une passion aussi grotesque que criminelle, une drogue dévastatrice interdisant l’accès à toute science et raison authentiques ? Rien n’est moins sûr, puisque 97,3 % des Français exigent au contraire que nos journalistes leur prodiguent 9 fois plus de chiffres dans la prochaine décennie.[access capability= »lire_inedits »]

623 : c’est le nombre d’hommes roux pratiquant le krav-maga dans les Deux-Sèvres. 28 000 : c’est le nombre de nouvelles espèces animales qui disparaissent avant même que quiconque se soit aperçu de leur apparition.
336 822 421 : c’est le nombre d’événements sublimes transfigurant des destins humains toutes les 7 secondes. 336 822 421 : c’est le nombre d’événements atroces détruisant et torturant des destinées humaines toutes les 7 secondes. 7 : c’est le nombre véritable des 3 mousquetaires, puisque Dumas écrivait à 4 mains, selon un chercheur hongrois capable, dans le privé, de jouer scientifiquement du piano à 7 mains. 333 : c’est désormais le nouveau chiffre de la Bête, contrainte de réduire son train de vie de moitié en raison de la nécessité de restrictions budgétaires fatidiques et de contraintes structurelles infernales. 2 : c’est le nombre de bras de notre manchot après la réussite de sa greffe miraculeuse. 21 : c’est l’adresse où vous pourrez trouver l’assassin.

Mais le plus révoltant, c’est qu’en 2011, c’est-à-dire tout de même 11 ans après l’an 2000, en dépit du progrès perpétuel de tout, les médias se refusent encore obstinément à communiquer les vrais chiffres sur les chiffres. Il faut saluer à cet égard l’initiative courageuse du Vrai Observatoire des Chiffres, qui a enfin osé briser ce tabou. Après 17 ans de calculs, de recoupements complexes et de travaux rigoureux sur des échantillons strictement représentatifs, le Vrai Observatoire des Chiffres a révélé ses stupéfiants résultats : 97,4 % des chiffres qui circulent dans nos sociétés sociétales sont « entièrement faux », 0,2 % sont « gravement erronés » et les 4,9 % restant sont « rigoureusement exacts » ou « diablement exacts ». L’étude de l’Observatoire précise avec panache, dans sa dernière section, que ses résultats sont également valables pour tous les chiffres délivrés par le Vrai Observatoire des Chiffres.

425 658 588 : c’est le nombre de nombres qui ont perdu leur ombre. Leur antique et charnelle ombre humaine. C’est le nombre de morts dont le nom est broyé sous les nombres. Toutes les 7 secondes.[/access]

Addiction générale

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La guerre des marchés aura bien lieu

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« La fortune ne devrait être possédée que par les gens d’esprit : autrement, elle représente un danger public… » Nietzsche

Comme c’est curieux, ce déploiement majestueux du pouvoir de la finance, tel un tyran sans visage, semblant venir de nulle part, dictant souverainement sa loi à toute chose. « L’euro, la finance mondiale, les banques » : donnez-lui le prénom que vous voudrez, quel est véritablement son nom ? La sophistication extrême de la finance l’a rendue incompréhensible pour la quasi-totalité des humains, donc profondément antidémocratique.

Les quantités ahurissantes d’argent qui alimentent la spéculation sur les dettes souveraines, d’où viennent-elles et à qui appartiennent-elles ?

Décidément, ces « marchés » insaisissables forment une bien troublante menace qu’on ne peut désigner du doigt. À force d’être anthropomorphes, ils « s’effondrent » et « rebondissent », se montrent tantôt « en forme » tantôt « démoralisés ».

Mais non, je blaguais. Ce n’est ni curieux, ni troublant, et absolument pas sophistiqué. Tout ceci est même d’une vulgarité dégoûtante. À y regarder de plus près, la crise de la dette n’est rien d’autre que la conséquence de la goinfrerie capitaliste bas de gamme.
Tant pis si à cause de cette fringale, des modèles sociaux déjà fragiles doivent y passer, des États finir rapiécés, des peuples s’abattre humiliés et des chefs de gouvernement être sommés d’obéir comme des troufions de seconde classe. Car nous en sommes là. Les Grands Dirigeants des Grande Démocraties semblent ravis de se dépouiller de tout pouvoir d’action réel.

La farandole des rois nus

L’été 2011 restera celui de la farandole des rois nus, sautillant au fouet de ces diablesses sado-masos qui les tiennent enchaînés : les agences de notation. On a les maîtresses qu’on se choisit et les pratiques qu’on assume. Mais si c’est pour s’encanailler dans pareille perversion, pourquoi dépenser tant d’énergie à séduire le peuple ? Où est le plaisir, à jouer la petite chose dominée, à quatre pattes sous la botte du Capital ? Vous connaissez la maxime : quand on a dit oui une fois…

Voilà comment nous entrons dans le nouvel âge du capitalisme, sorte d’imperium des parasites, à rapprocher du deuxième âge de l’aristocratie selon Chateaubriand : « L’aristocratie a trois âges successifs : l’âge des supériorités, l’âge des privilèges et l’âge des vanités. Sortie du premier, elle dégénère dans le second et s’éteint dans le dernier ».

À la faveur de la crise financière, il n’aura fallu que quelques années pour inventer le « problème de la dette », prétexte d’un coup de force politique mondial de la rente qui ne produit rien, et tient les États dans sa main. Car, contrairement à ce qu’une légende alarmiste colporte, eux ne feront pas faillite : ils cracheront toujours au bassinet !

Dans un monde a-historique, les dirigeants feront toujours des dettes, les travailleurs et les entrepreneurs turbineront jusqu’à ce que mort s’ensuive et les parasites s’engraisseront jusqu’à la fin des temps.
Mais l’histoire a toujours eu le don d’aimer les complications, c’est même sa marque de fabrique. Et parfois, le peuple énervé et la nation orgueilleuse ont le don de marcher sur les règles d’or.

Cette crise ne durera qu’un temps. Quand les États-Unis n’auront plus les moyens de s’endetter auprès de leur principal banquier, la Chine, qui, pour l’instant, préfère acheter de la dette américaine remboursée par le prolo obèse plutôt que d’augmenter les salaires de ses prolos faméliques, mais en révolte permanente, que se passera-t-il ? Ces deux puissances appelées à se disputer le leadership mondial engageront un bras de fer qui ne sera pas seulement politique : le gagnant sera le détenteur de la plus grosse armée, qu’elle soit ou non financée par des dettes.

Après tout, on peut estimer le marché rassurant tant il est devenu prévisible à long terme : il règle toujours ses conneries de la même manière. Par la force.

L’autre Saint Joseph des JMJ

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Les foules juvéniles, joyeuses et catholiquement exaltées qui ont convergé en cette mi-août vers Madrid devraient bien avoir une petite pensée pour un homme qui a indirectement contribué à leur bonheur estival. Il s’agit de Joseph Vissarionovitch Djougachvili, alias Staline, qui eut le premier l’idée de rassembler des adolescents des deux sexes et de toutes nationalités pour vivre ensemble un grand moment de communion dans une même foi, et plus si affinités.

C’est en effet sous l’égide de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique et de l’Union internationale des étudiants, contrôlées par des staliniens bon teints qu’un premier rassemblement de ce genre fut organisé à Prague en 1947. L’édition de 1955 se déroula à Varsovie, et ses milliers de participants firent montre d’une ferveur communiste démonstrative.

Cela n’avait pas échappé à un ecclésiastique local, Karol Wojtyla, à l’époque professeur d’éthique à l’université catholique de Lublin. Lequel, s’empressa, une fois devenu pape, de recycler au profit de sa boutique spirituelle un concept tombé en déshérence après l’effondrement du communisme européen.

Idéal médiéval

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Allégorie de l'amour courtois, Italie, XVe siècle

Moi, je suis désolé, mais c’est le Moyen-Âge. Et pas n’importe lequel, s’il vous plaît : celui du XVe siècle.
Ce dernier instant d’un très jeune et très ancien monde, proche de verser dans l’infecte modernité, ce dernier instant quand les femmes furent libres avant que d’être condamnées à l’incapacité juridique pour cinq très longs siècles.

Ce dernier rougeoiement de plaisir, de bonheur, un rougeoiement que l’on croyait encore être celui du matin toujours nouveau de ce qui est éternel, quand il était déjà vespéral et qu’on ne le savait pas.
Ce dernier moment de la puissance architecturale médiévale, quand le gothique se fait flamboyant et quand Brunelleschi, lançant le dôme de Santa Maria del Fiore, fait plier le monde devant son génie[1. Il n’y a plus aujourd’hui que les amis de Jacques Attali pour croire que le dôme de Florence est une œuvre de la Renaissance].
Cet ultime moment où à Fra Angelico, qui fait descendre le Ciel sur la Terre, Botticelli répond en élevant pour toujours le mandrin viril vers le firmament. Car même l’inverti le plus déterminé doit nécessairement tomber amoureux du Printemps ou de l’Anadyomène. C’est une loi.[access capability= »lire_inedits »]

Le buste juste assez galbé pour qu’on saisisse la taille sans brusquer

Cet incroyable instant où mon maître Savonarole, établissant la première démocratie après Jésus-Christ − qui était naturellement théocratique − bénissait aimablement le peintre qui venait de lui-même livrer aux flammes le plus inquiétant de son œuvre, ne nous laissant admirer, pour le restant des siècles, j’en suis certain, que le meilleur, c’est-à-dire le plus habillé.

Cet émouvant moment où les femmes de toute l’Europe qui s’épilaient le front pour étaler leur intelligence étaient toutes blondes avec les yeux sombres et en mandorle, avaient la bouche petite et fine, le nez modeste et droit, enfin la main longue et fine glissant sur un buste galbé juste assez pour qu’on saisisse leur taille sans brusquer.

Ce sublime moment où la Française de première génération Christine de Pisan tente, comme moi, de nourrir ses innombrables chiards en pondant à la chaîne des pages de poésie qui en remontrent aux savants sorbonicoles et qui ridiculisent les minables continuateurs misogynes du Roman de la Rose qui vivaient rue Saint-Jacques, même qu’ils ont encore leur plaque sur la maison, là où ça se rétrécit et que les chauffeurs de camion venus de banlieue maudissent Delanoë et ses urbanistes de n’avoir laissé qu’une file[2. Alors que c’est la faute de Philippe-Auguste].

Cette lumineuse période où les iniques évêques de Normandie qui brûlent des vierges guerrières ont le bon goût de s’appeler Cauchon, comme ça, ce serait clair pour toujours dans les livres d’histoire.

Cette magnifique époque où Jeanne était d’Arc ou Hachette

Ce vert paradis des amours enfantines où, pour se marier à 13 ans, on n’a pas besoin de l’avis des darons, ni du juge de paix ni de Monsieur le maire qui trône sous sa Marianne à gros nibards.
Cette anarchique commune libre dans un État libre, où la ménagère qui fait son marché se fournit directement chez le producteur et a sur ses étalages, jusqu’à midi, la préséance sur le revendeur qui, déjà, prépare ses marges arrière comme un vulgaire Michel-Édouard Leclerc.

Cet éon incroyable où l’on ne nie pas que les femmes soient capables de gouverner comme tout le monde − sauf en France, pays de la courtoisie et de l’égalité profondes, qui leur réserve comme toujours une autre place, supérieure, ce droit imprescriptible de sauver le royaume, à condition qu’elles soient bergères[3. De Gaulle, malgré sa Croix de Lorraine, n’était pas bergère, me souffle quelqu’un d’avisé, mais c’est sans doute l’exception qui confirme les Geneviève, Jeanne d’Arc, Bernadette Soubirous, Cendrillon et autres Marthe Robin].
Ce temps inouï où les femmes exercent habituellement tous les métiers, et pas seulement le plus vieux du monde.

Cette ère peu commune où les dames inventent des cours d’honneur pour juger les entorses à l’amour absolu.
Ce siècle enfin, supérieur, parce qu’on ajoute la dame surpuissante qui peut tuer tout le monde à l’ennuyeux jeu d’échecs.

Alors oui, moi, définitivement, c’est le XVe siècle.[/access]

La mort s’invite à la fête

5
Gênes : monument dédié à la mémoire de Carlo Giuliani.

Le niveau atteint par la répression policière à Gênes déjoua les pronostics les plus pessimistes. Outre le matraquage de groupes pacifistes, l’usage disproportionné de la violence contre le cortège de la « désobéissance civile » fut reconnu par les tribunaux italiens, qui jugèrent illégale la charge à son encontre et rendirent caduques les poursuites contre plusieurs manifestants arrêtés.

Après l’attaque du cortège, se produisirent les pires affrontements du 20 juillet. Vers 17 heures, une unité de carabiniers lança une charge latérale contre le cortège dont de nombreux membres faisaient pourtant demi-tour pour regagner leur point de départ. Les gendarmes refluèrent ensuite précipitamment, poursuivis par certains manifestants qui s’en prirent à une Jeep restée en retrait.

Par la lunette arrière, un carabinier ouvrit le feu, atteignant un manifestant en pleine tête avant que la Jeep redémarre et lui roule sur le corps. La mort de Carlo Giuliani constitua l’épilogue tragique de cette journée journée devenue totalement hors normes. Dans des rues soudain méconnaissables, des véhicules blindés fonçaient sur la foule qui répliquait par des cris de colère et de douleur. Le son sourd des pierres martelant les blindages de la police et la sirène des ambulances évacuant des blessés le crâne ouvert se noyaient dans un nuage de gaz lacrymogène, donnant une étrange teinte jaunâtre au paysage urbain.

Plus tard, diverses investigations dépassèrent l’impression initiale de chaos généralisé. Une enquête judiciaire révéla notamment que plusieurs détachements avaient outrepassé les ordres qui leur étaient donnés par la radio, et pris l’initiative d’envenimer la situation sur le terrain.

Plusieurs hypothèses ont circulé quant aux causes de l’acharnement des forces de l’ordre sur les manifestants. Certains soulignèrent l’atmosphère de surtension qui ne fut pas pour rien dans le tabassage d’innocents. D’autres ont noté que des brutalités de cette ampleur n’auraient pu se produire si les carabiniers et la police n’avaient pas reçu de leur hiérarchie l’assurance d’une impunité totale en cas de bavures. Nombreux furent ceux qui, tel le maire de Gênes, regrettèrent l’absence de responsabilité du vice-président du conseil Gianfranco Fini, auquel aucun compte ne fut demandé bien qu’il se trouvât dans l’enceinte de la préfecture de police au moment du drame.

Exténués, le soir du 20 juillet, nous avions regagné le stade Carlini avec mon ami Stefano, pour un rassemblement des Tute Bianche. Dans ce lieu symbolique, d’où était parti le cortège de la désobéissance civile le matin même, l’ambiance se lestait d’inquiétude et de gravité, aidée par la lumière glauque des projecteurs du stade.

Soudain, Stefano se figea : sur un pan de mur, un graffiti fraichement bombé était dédié à « Carlo Giuliani, assassinato dai carabinieri » (Carlo Giulani, tué par les carabiniers). Stefano apprit ainsi la nouvelle de la mort de celui qui était l’un de ses anciens camarades de classe, un ami qu’il fréquentait dans les rues de la vieille ville de Gênes. Pour ma part, je n’avais croisé Carlo qu’à une ou deux reprises, gardant notamment le souvenir d’avoir partagé ensemble una canna dans « l’auletta », cette partie de l’université de Gênes autogérée par les étudiants.

Depuis, par le jeu des multiples rediffusions, nous avons dû voir Carlo tomber sous le feu des carabiniers au moins une centaine de fois : étrange sensation procurée par une époque sous haute perfusion médiatique. Les événements du G8 se sont ainsi prêtés à de nombreux débats à partir des images disponibles. Cependant qu’au fil des ans s’estompa la sensation de fièvre, d’excitation, de révolte ou d’angoisse partagée par tous les Génois du jour.

Le lendemain de la mort de Carlo Giulani, samedi 21 juillet, la tension ne retomba pas. Alors que près de 200 000 personnes défilaient comme prévu, un groupe détaché du cortège, assimilé plus ou moins au Black Bloc, saccagea les succursales d’entreprises du front de mer. Dans un premier temps, les cordons de policiers qui leur faisaient face ne réagirent pas. Puis, après un long moment, la maréchaussée lança ses gaz lacrymogènes et fit ainsi refluer le groupe isolé vers la manifestation, dès lors brisée en deux. S’ensuivirent des matraquages de manifestants choisis au hasard, y compris à l’autre bout de la ville, loin des heurts initiaux.

Le soir, la police mena une descente dans l’école que la mairie avait mis à la disposition des altermondialistes qui l’avaient transformé en dortoir. La plupart des personnes arrêtées pendant leur sommeil s’en sortirent avec de graves blessures, certaines se retrouvèrent même dans le coma, tandis que le motif invoqué par les forces anti émeute –la présence d’armes – ne survécut pas à un examen rigoureux des faits. A la suite des mauvais traitements et des humiliations infligés aux individus interpellés, plus d’une quarantaine de policiers et médecins furent condamnés à payer de lourds dommages civils lors d’un jugement confirmé en appel en 2010. Cela n’empêcha pas les responsables mis en cause de bénéficier de promotions déguisées au sein de leurs corps de métier, à l’instar du chef de la police Gianni De Gennaro, qui, malgré sa condamnation pour incitation au faux témoignage, dirige aujourd’hui les services de renseignements. Cette évolution de carrière baroque illustre une certaine tradition de l’opacité qui subsiste au cœur même de l’Etat italien. De quoi faire dire à Amnesty International, que le G8 de Gênes justifia « la plus grave suspension des droits démocratiques dans un pays occidental depuis la Seconde guerre mondiale » !

Quelques semaines plus tard, Time magazine désigna Giulani personnalité de l’année 2001. Evidemment, il ne s’agissait plus du ragazzo de Gênes, mais du maire à poigne de New York, Rudolf Giuliani. Entre temps, un événement d’une tout autre ampleur s’était déroulé sur le sol américain, un certain jour de septembre, sous les yeux de la planète entière médusée. Au cours des années qui suivirent, ce drame concentra l’attention médiatique sur la lutte anti-terroriste, offrant un effet d’aubaine à tout ce que la planète compte de forces et de régimes autoritaires.

Ce n’est qu’au début de la décennie 2010 que les révoltes du sud de la Méditerranée amenèrent à parler d’autre chose. Il fallut sans doute un courage encore plus grand qu’aux altermondialistes à tous ces gens qui se mirent en mouvement dans les rues de Tunisie ou d’Egypte. Eux furent abattus par dizaines, manifestants mais aussi simples témoins, comme mon pote le photographe de presse Lucas Mebrouk Dolega, tué par un policier en décembre à Tunis.

A tous ceux qui perçoivent le monde derrière leurs miradors ou leurs persiennes, ces morts viennent rappeler que la roue de l’histoire ne cesse jamais de tourner, mise en branle par de jeunes gens qui le paient trop souvent au prix de leur vie.

Fin

Julien, rends tout de suite la carte de Bernard…

2

Ce qui est rassurant, c’est qu’on se sent vraiment bien protégé à l’issue du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Par exemple, ce fut une excellente idée de fusionner en une seule police politique, la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), deux services précédemment distincts. Il y avait les RG qui comptabilisait les ennemis de l’intérieur (syndicalistes, manifestants, militants bayrouistes) et donnaient des sondages électoraux beaucoup plus fiables que ceux des instituts soi-disant spécialisés, qui coutent des fortunes et disent n’importe quoi, demandez à Nicolas Hulot.

Et puis il y avait la DST, célèbre pour la polyvalence de ses agents pouvant se transformer en plombiers afin de poser des micros dans les journaux satiriques en laissant autant de traces derrière eux que des castors juniors drogués qui auraient oublié leur manuel.

Heureusement, la DCRI arriva en 2008 et sa direction fut confiée à un vrai géant, Bernard Squarcini, le J. Edgar Hoover français. Il s’illustra notamment dans l’inénarrable « opération Taïga » qui permit d’arrêter les dangereux subversifs de Tarnac, de célèbres terroristes parapsychologues qui stoppaient des TGV par la seule force de la pensée.

On comprend que face à de tels défis, Bernard Squarcini ait parfois besoin de prendre des vacances. Pour être le digne successeur de Hubert Bonisseur de la Bath ou du Gorille, on n’en est pas moins homme. Et c’est sans doute le stress de ce soldat de l’ombre, qui combat chaque jour la subversion, qui lui a fait égarer sa carte professionnelle au moment même où il allait prendre un repos bien mérité dans sa Corse natale.

Si quelqu’un retrouve la carte de monsieur Squarcini, qu’il la rapporte au plus vite à son propriétaire. Non seulement, il risque une sanction disciplinaire pour l’avoir perdue mais en plus elle lui servait de marque-page pour sa quinzième relecture de L’Insurrection qui vient à la recherche de preuves qui, elles, ne viennent toujours pas.

La tondeuse, je la lui laisse !

29

Il n’est pas dans mes habitudes de parler de ma vie de couple (!) mais la déesse qui commande aux jours et aux nuits de Causeur a émis le souhait que nous causions des rapports entre les hommes et les femmes pour égayer vos transhumances estivales.

Le clito ayant déjà beaucoup servi et mes distingués collègues en ayant fait le tour, si je puis dire, je suis allée consulter l’interminable liste des revendications féministes pour y puiser l’inspiration. Il y a certainement beaucoup de choses à dire, de la burqa au « plafond de verre », et il est probablement incivique de s’en foutre. Ne souhaitant pas être clouée au pilori des bourgeoises inciviques non conscientisées, et ayant un peu de temps entre le repassage et le viol conjugal, j’ai pêché dans le vivier de mes sœurs concernées et militantes un domaine où je pense pouvoir livrer une expertise : celui de la répartition des tâches ménagères. On m’objectera avec raison que les tournantes, la polygamie, le viol, les femmes battues, l’excision ou le non-paiement des pensions alimentaires, c’est autrement plus grave, mais je remarque que la répartition des tâches ménagères tient le haut du panier (de la ménagère) dans la litanie féministe.[access capability= »lire_inedits »]

Va donc pour les tâches ménagères !

Oserai-je avouer que j’adore cuisiner ? Que cela ne m’est jamais apparu comme une « tâche » mais plutôt comme un bonheur quotidien délicieusement parfumé ? Qu’il faudrait m’attacher pour que je renonce aux fourneaux ?

Il semblerait qu’il faille s’abstenir de le clamer : une tâche est une tâche, on ne vous demande pas d’aimer, mais de subir et de vous plaindre.

Et d’exiger la RÉPARTITION !!!!

Et c’est là que ça m’angoisse un peu…

Jouer du sécateur ? Et mes jolis ongles manucurés ?

Bon, je ne suis pas complètement nouille et je pense qu’en cas de pénurie prolongée de mâles, je devrais être capable de grimper sur une échelle pour changer les ampoules 40 watts petits soquets.

Au jardin, ça risque de se compliquer. Je suis parfaitement apte à tondre la pelouse, surtout à l’ombre ; c’est pour faire démarrer cette satanée tondeuse que ça va être plus sportif. Je suis pas Rambo, moi ! Pire, il va falloir que je joue du sécateur pour tailler les buis ! Douée comme je suis, à tous les coups, je vais y laisser mes jolis ongles manucurés.

Mais je sens, je sais que, là où tout va virer au cauchemar, c’est quand il faudra s’occuper de la bagnole. Je ne sais pas comment on ouvre le capot et même si je le savais, je ne vois pas très bien à quoi ça m’avancerait. J’ai vu le moteur de ma voiture un jour, par hasard : c’est très laid, c’est tout noir, ça ne sent pas bon et ça ne ressemble à rien de connu. La seule chose que je sais sur la question, pour l’avoir lue dans un Gil Jourdan, c’est qu’il ne faut pas balancer des clés dans un moteur, sinon ça coupe tout. J’ajouterais que, si on balance les clés sur le moteur, ce qui est déjà une drôle d’idée, il faut éviter ensuite de refermer le capot, sinon, on ne peut plus rentrer chez soi, mais cela nous éloigne du féminisme. Donc, en cas de panne de bagnole, désolée Mesdames, moi j’appelle Mon Chéri. Ou un dépanneur. Ou j’enfile ma mini-jupe et je hèle le premier venu. C’est moche, ça blesse la sororité outragée, tout ce que vous voulez, mais je ne vais pas me les geler pendant deux plombes penchée sur ce maudit moteur !

Là où ça va être chaud aussi, c’est quand il faudra programmer ce maudit lecteur/enregistreur intégré. Je ne sais pas qui a inventé ce machin qui permet tout et qu’il faut tutoyer gentiment pour qu’il daigne s’allumer, mais une chose est certaine : il a rendu inoubliable Pierre Sabbagh et « Au théâtre ce soir » où l’on n’avait qu’à s’asseoir et appuyer sur le gros bouton.

Toujours dans le cadre d’une répartition harmonieuse des tâches ménagères, il va falloir que je range la cave pendant que l’homme de ma vie joue au Scrabble avec les mômes. C’est contrariant : je n’aime ni la poussière, ni les araignées, ni la manutention lourde. Je préfère le Scrabble.

Après cela, tandis que Mon Chéri marinera dans son bain verveine/curcuma, je sortirai les poubelles.

J’espère qu’après tout ça, au moins, on baise ?[/access]