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Les lois du genre

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L’existence des hommes politiques est un constant sujet d’étonnement. Comment peut-on vouloir le bien de la communauté dans son ensemble ? Il est incroyable que la lecture de Molière, de Nietzsche ou de Freud n’ait jamais découragé personne de se présenter devant les autres comme un homme de bonne volonté, ou, ce qui n’est pas mieux, comme un humaniste. Prenez le sexe, juste pour rire.

La dernière bienveillance à la mode consiste à baliser scientifiquement l’orientation sexuelle des enfants. D’un côté, des députés de droite entendent rappeler l’existence irréfutable de la division sexuelle afin de fournir des repères solides aux écoliers. De l’autre, des sociologues veulent nous libérer de ces clichés naturalistes afin de préserver la liberté humaine. Comme le sociologue de gauche perçoit des relents de pétainisme dans les arguments du député de droite, la discussion évolue dans le mauvais sens. Soudain, le sociologue de gauche regarde le député de droite de travers. Le député de droite se sent alors obligé d’ajouter, main sur le cœur, qu’il abhorre sincèrement l’homophobie, qu’il n’a rien contre les homosexuels, et même qu’il aimerait son fils comme sa fille si par malheur celui-ci devait naître homosexuel. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.

La seule chose que nos débatteurs ne diront jamais est qu’il est impossible de se faire une certaine idée de la jouissance sans vouloir l’étendre à tous les autres. Inutile de jouer au plus fin, au plus tolérant, au plus démocratique. Le débat public est incompatible avec la vérité sexuelle. Dites à un pervers que sa perversion n’est pas normale, et il le vivra comme une déchirure ; approuvez sa perversion publiquement, et il vous saluera comme un frère. Rien n’est plus agréable que d’étendre sa folie aux autres, c’est même ce qu’on appelle, en politique, avoir des convictions.

Nos débatteurs ont donc des convictions. Chacun entend défendre sa conception de la société démocratique, et, bien sûr, respecter la sexualité des autres. Dans cette compétition au plus tolérant, on dira que le sociologue de gauche est le plus ouvert, puisqu’il ne semble pas avoir d’idées préconçues et qu’il entend maintenir le choix sexuel dans la sphère privée. Mais, outre que le désir sexuel se moque pas mal de respecter la sphère privée (d’où la fascination jamais démentie pour la vie sexuelle des puissants), cette manière de reléguer le sexe dans l’intime n’est pas moins normative. C’est l’espoir fou auquel s’accroche l’optimiste moderne : qu’une opposition de type privé/public permette à chacun de vivre sa sexualité en paix, comme s’il suffisait de refermer la porte de l’animalerie pour que les cochons soient bien gardés…

L’homme bienveillant du XXIème siècle ne veut pas simplement jouir à l’abri des regards, il veut encore que tous les hommes puissent faire de même pour avoir l’impression de vivre dans une société normale.
Ainsi va le monde dans la Science de la vie et de la terre. Tant qu’il y aura des députés pour s’occuper scientifiquement de la différence sexuelle, tant qu’il y aura des sociologues pour débattre en public, on peut être certain que l’on n’avancera pas d’un pouce.

Le seul endroit où l’on apprend quelque chose d’intéressant sur la sexualité s’appelle un livre. Lolita, Les Liaisons dangereuses, Ma vie d’homme, voilà des repères sexuels qui tiennent la route. C’est quand même autre chose que toutes ces directives académiques qui disparaissent d’une année sur l’autre, non ? Les écrivains sont les seuls à aider les autres parce qu’ils ne parlent que d’eux-mêmes. La littérature est la seule médecine sociale parce qu’elle ne prescrit rien. Il est vrai que cette volonté de ne pas améliorer la société demande un certain courage.

On ne naît pas amoral, on le devient.

Primaires PS : ça va twitter sur Causeur

Attention : ceci n’est pas un tweet : comme on est du genre bavard, on aurait vite fait d’atteindre les 140 signes sans même s’en apercevoir… D’ailleurs c’était déjà fait à la fin de la phrase précédente. Il va donc falloir qu’on soit plus dense (et si ça se trouve un rien plus vache que dans cette brève à caractère informatif) ce soir, à l’occasion du premier débat des primaires socialistes (featuring, par ordre alphabétique, Martine Aubry, 
François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal et Manuel Valls ainsi que, nous dit-on dans l’oreillette, Jean-Michel Baylet) retransmis en direct sur France2, et twitto-commenté, en direct itou, par vos deux serviteurs.

Pour suivre nos tweets, rien de plus simple, il suffit, si ce n’est déjà fait, de s’inscrire ici.

Les plus technophiles pourront, si, bis repetita, ce n’est déjà fait, télécharger l’application Twitter sur leur iPhone, leur Black ou leur Smartphone et suivre ainsi nos babillages en direct sur leur téléphone (le portable hein, pas celui qu’est posé dans l’entrée sur le napperon en dentelle du Puy)

Les autres pourront suivre le direct le plus rock’n’roll depuis le couronnement d’Elisabeth II par Léon Zitrone sur le site de Causeur, et très exactement ici.

Rendez-vous donc ce soir au environs de 20h 30 tapantes pour les tweets Causeur des Primaires socialistes, euh, « les primaires citoyennes », pardon Jean Mimi, ça commence à sentir le running gag, là…

DSK, Villepin : le business de l’innocence

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Notre bestiaire politique national comporte désormais deux innocents estampillés par des juges au-dessus de tout soupçon : Dominique Strauss-Kahn et Dominique de Villepin. Tous deux ont retrouvé, jusqu’à nouvel ordre, une virginité judiciaire car il a été impossible de prouver « au-delà d’un doute raisonnable » qu’ils s’étaient rendus coupables d’agissements que les codes pénaux, américain pour le premier, français pour le second, enjoignent de punir.

C’est tant mieux pour eux, et aussi pour la bonne administration de la justice, car il est moins dommageable pour les libertés publiques de laisser filer un coupable que de condamner à tort un innocent.
Ceci dit, la prise de bénéfice politique d’une décision judiciaire favorable est peut-être de bonne guerre, mais n’est pas de nature à assainir le climat dans lequel se déroule la précampagne pour la présidentielle de 2012.

On sent bien que DSK (ou ses proches) cherchent la première ouverture pour se replacer dans la mêlée des primaires socialistes, par une intervention au 20h de l’ex-client de la suite 2806 du Sofitel de New York. Il existe en ce moment une armée de petites mains et de petites plumes qui peaufinent des éléments de langages destinés à réinstaller DSK dans le paysage politique français. Notons, pour le déplorer, que les excitées du féminisme radical l’aident puissamment dans son entreprise.

Quant à Galouzeau, son appel à la compassion nationale à l’issue du procès en appel qui l’exonérait de toute turpitude dans l’affaire Clearstream était plus que touchant. Il nous ferait presque oublier les manœuvres tordues de toutes sortes – et avérées – auxquelles il s’est livré en 2005 et 2006 pour écarter Nicolas Sarkozy de la présidentielle de 2002.

Les « investigateurs » ont beau s’agiter comme des malades et sortir des scoops en rafale, montrant que des Levantins interlopes ont transporté des valises d’avoine africaine pour telle ou telle écurie présidentielle en 1995 ou 2002, le peuple s’en bat l’œil. D’abord, ce sont de vieilles histoires, et la sagesse des familles enseigne que l’on n’a jamais intérêt à aller agiter le fond de la fosse septique, car les remontées risquent d’éclabousser tout le monde. Ensuite, parce que pour les non-initiés, ces
«affaires» sont totalement incompréhensibles. Pour qui bossent Jouhri, Bourgi ou Takieddine ? Faites le test auprès de vos proches et vous verrez le résultat.

En France, contrairement à l’Italie, la corruption au sommet est tolérée, pour autant qu’elle n’affecte pas la vie quotidienne des citoyens, car dans son immense majorité l’administration haute, moyenne et petite est préservée de ce fléau. L’innocence y est un métier d’autant plus facile à exercer que les Français ne sont pas trop exigeants envers leurs élites politiques, médiatiques, économiques ou littéraires.

C’est pourquoi les repris de justice politique, comme Juppé, Balkany, Emmanuelli et quelques autres moins connus, à gauche comme à droite, retrouvent sans problème la faveur du suffrage universel une fois leur purgatoire judiciaire achevé. Par ailleurs, la France est le paradis des «écrivains » plagiaires, des journalistes bidonneurs, qui s’auto-amnistient à tour de bras lorsqu’ils ont été pris la main dans le sac. Le Français est débonnaire, et pardonne pour autant que le pécheur présente des qualités professionnelles humaines suffisantes. Il pardonne d’autant plus facilement que lui-même est chaque jour tenté par la corruption des petites gens, cette fraude fiscale et sociale qui fait aujourd’hui l’objet d’une campagne de sensibilisation radiophonique. Alors, innocent ou coupable, quelle différence ?

Syrie : la défense, une affaire de famille

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La nouvelle est tombée comme un couperet sur les sites d’information arabes : le président syrien Bachar Al-Assad vient de nommer son beau-frère Assef Chawkat au poste convoité de vice-ministre de la Défense pour seconder le récemment promu Daoud Rajha. A Damas, où raison d’Etat ne rime plus qu’avec affaires de famille, on justifie ce petit tour de passe-passe par de spécieux motifs protocolaires. On vous explique : l’oligarque Chawkat, jusqu’ici chef d’Etat-major adjoint, ne pouvait rester à ce poste, qui correspondait à un grade militaire plus élevé que celui du nouveau chef des armées, le général Fahd Jasim. Evidemment, on ne plaisante avec la hiérarchie militaire qui interdit de servir un officier plus gradé que soi !

Grâce à son mariage avec Bouchra, fille de feu Hafez Al-Assad et sœur de Bachar, le cursus honorum de ce vétéran de la guerre de Kippour a connu une accélération éclair. A peine dix ans après ses épousailles, le voilà bombardé en 2005 directeur des services de renseignement militaire, plus puissante officine du régime syrien !

Le voici donc propulsé numéro 2 de la Défense syrienne, un alaouite membre du clan Assad encadrant les deux chrétiens à la tête des armées. L’argent se raréfiant dans les caisses de l’Etat, espérons que l’effritement progressif de l’appareil de répression syrien ne se fasse au détriment de ces deux confessions minoritaires appelées à subir, un de ces jours, une éventuelle dictature de la majorité sunnite…

Mêle-toi de ce que tu regardes !

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image : sxc.hu/speedy2

Ne mentez pas. Comme tout le monde, vous avez suivi le dernier épisode de l’« affaire » : le retour. Comme tout le monde, vous avez aperçu le sourire radieux d’Anne Sinclair au milieu des caméras. Comme tout le monde, vous avez râlé contre la médiatisation insensée de cette arrivée (et comme tout le monde, vous ne regardez qu’Arte)[1. Comme l’a finement observé, sur RTL, l’amie Muriel Gremillet, après avoir montré DSK menotté, il aurait été assez injuste de faire l’impasse sur son retour en homme libre]. D’accord, il n’y avait rien à voir, mais ce n’était pas une raison pour ne rien montrer. Et pourquoi pas, tant qu’on y est, nous demander, à nous les journalistes, de nous taire quand nous n’avons rien à dire ? Vous voulez la mort de la presse, ce pilier-de-notre-démocratie ? Notons au passage que dans les rédactions, le partage des tâches est désormais très au point : pendant que les uns font le pied de grue à Roissy ou place des Vosges, les autres s’indignent vertueusement. Chacun sa chance. Moi, j’opte pour l’indignation parce que la journée de travail de l’indigné commence généralement à une heure décente. Et puis, dans un studio, on est au chaud et il arrive qu’on vous serve un café buvable.[access capability= »lire_inedits »]

Les propos de comptoir ont acquis le statut d’opinions autorisées

De toutes parts monte la même clameur : « Parlez-nous des vrais problèmes, de ceux qui intéressent vraiment les Français, le chômage, le partage des tâches ménagères, la Libye…! » Et ta sœur. D’accord, vous lisez Le Monde et Causeur, pas Closer. Mais à qui ferez-vous croire que vous vous êtes rués sur les pages consacrées à la crise de l’euro et du reste avant de dévorer les articles relatant par le menu le prétendu non-événement qu’a été le retour des Strauss-Kahn dans la mère-patrie – au fait, combien de journalistes y aurait-il eu si cela avait été un événement ?

Ne nous la jouons pas. La vie des autres nous intéresse, nous fascine parfois. Heureusement d’ailleurs : si l’homme n’était pas un animal doué de curiosité, peut-être ignorerions-nous qu’il existe, au-delà de nos villages, des contrées différentes comme la Chine ou l’Amérique. D’accord, nous aurions moins d’ennuis, mais la vie serait tellement moins amusante…

Seulement, ayant également été dotés de la faculté de juger, nous ne saurions être des spectateurs passifs. Nous passons un temps considérable à émettre des points de vue péremptoires sur des comportements et agissements dont nous ne savons rien ou presque. À quoi serviraient les dîners entre amis, les discussions entre amoureux, les déjeuners entre copines s’il était interdit de dire du mal, de proférer des âneries et de s’empailler sur des questions fondamentales, genre : « Toi, à la place d’Anne Sinclair, tu serais restée ? » ou « Si, si, je t’assure, Machinchose est alcoolique et dort avec sa chèvre » ?

Ne craignez rien, on ne supprimera pas le Café du Commerce. Le droit d’avoir sa petite idée sur tout est inaliénable. L’ennui, c’est que grâce à la double magie d’Internet et du téléphone mobile qui photographie, enregistre, filme et fait le café, c’est tout l’espace public, c’est-à-dire médiatique, qui devient un vaste Café du Commerce. Les propos de comptoir ont acquis, dans les médias, le statut d’opinions autorisées[2. Bien entendu, même si j’essaie de m’en tenir au respect de la vie privée, il m’arrive également de donner mon avis sur des sujets qui ne me regardent pas. Eh bien, j’ai tort]. Ainsi a-t-on entendu de doctes féministes déclarer que DSK était coupable « car il avait déjà trompé sa femme », Martine Aubry affirmer que, sur cette affaire, la plupart des femmes pensaient la même chose qu’elle ou l’inverse, et Michel Rocard décréter que l’ex-patron du FMI était atteint d’une maladie mentale. Il est déjà surréaliste que l’on somme des psys de se prononcer sur le cas de personnes qu’ils n’ont jamais vues et qu’ils acceptent de le faire, mais on aimerait savoir en quoi l’avis de Rocard sur le psychisme de DSK a la moindre légitimité.

« Tout est social. Tout est politique. »

Dans ces conditions, la mésaventure de la bourgmestre d’Alost, en Belgique, annonce peut-être notre avenir à tous. Une vidéo sur laquelle on la voit faire l’amour avec son compagnon a récemment mis le feu à Internet. Filmée il y a quatre ans, à l’insu des protagonistes, la scène s’est déroulée en Espagne, dans un château visité par de nombreux touristes. L’opposition s’est emparée de l’affaire, rappelant que la dame était affiliée à un parti chrétien. « Comment couper des rubans dans les écoles et faire encore des discours sur les valeurs ?», s’est interrogée une élue. Apprendrait-on aux écoliers belges qu’un bon chrétien ne fait pas l’amour ? Sur la Toile belge, chacun estime avoir son mot à dire. « Les amants ne sont pas vraiment expressifs et l’on est un peu mal à l’aise pour eux », peut-on lire sur un blog. En somme, ce qui est scandaleux, c’est que Madame le bourgmestre ait eu des relations sexuelles dans un lieu pas tout-à-fait prévu pour ça, pas qu’un abruti indélicat ait filmé et diffusé ces ébats[3. Il faut donc féliciter les habitants d’Alost interrogés par BFM-TV. Non seulement ils estiment qu’il s’agit d’une affaire privée, mais ils trouvent plutôt satisfaisant que leur bourgmestre soit une femme comme les autres].

De l’opinion sur la vie intime des uns ou des autres, on passe vite à l’édiction de normes valables pour tous et toutes. « Nous ne nous sommes pas battues pour avoir le droit d’être trompées », m’a lancé une charmante consœur de Elle. J’avoue m’être peu battue sur le front de la libération des femmes − nos mères avaient fait l’essentiel du boulot −, mais je croyais que nous avions gagné le droit de vivre comme nous l’entendons. Bernique. « Tout est social, tout est politique », m’a lancé Éric Fassin au cours d’une émission de radio. Tout, y compris les arrangements que vous avez avec vos amants et amantes. Réclamons donc une loi interdisant aux adultes consentants de tolérer l’infidélité. Sanctionnons les maris volages et les épouses « complaisantes » (ou l’inverse, ne vous énervez pas !). Et planquez-vous ! Madame le bourgmestre en sait quelque chose : avoir une vie privée relève désormais du château en Espagne.[/access]

La Libye, Etat incertain

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Après les vivats accompagnant la chute de Kadhafi, le Conseil National de Transition libyen de Moustapha Abdeljalil surfe sur les mutations en cours bien plus qu’il ne les maîtrise. La Conférence sur la Libye organisée début septembre à Paris nous a montrés des gouvernants plus à l’aise avec les Occidentaux qu’à Tripoli même… où ils sont encore logés à l’hôtel. La capitale libyenne, placée sous le contrôle de son gouverneur militaire Abdelhakim Belhadj, ancien djihadiste reconverti en démocrate, est aujourd’hui une armurerie à ciel ouvert où le « peuple en arme » n’entend pas rendre ses kalachnikovs de sitôt. En ville, le proto-État libyen a ainsi ouvert des bureaux pour consigner dans des logiciels tout neufs les noms des porteurs d’armes qui veulent bien se présenter. Ils repartent avec un badge et la promesse de rendre leurs pétoires pour alimenter les arsenaux de « la future armée libyenne » – une fois la paix et la sécurité revenues.

Justement, tout porte à croire que le moment où chacun circulera librement et sans risque sera l’arlésienne de la Libye nouvelle. Si, contrairement à l’Irak du lendemain de la victoire de 2003, la société libyenne ne s’est pas effondrée, des actes de vendetta ont tout de même rapidement succédé à la violence révolutionnaire.

Pire, les Noirs servent de victimes expiatoires au prétexte de leur couleur de peau qui les désigne comme des ex-mercenaires de Kadhafi. Human Rights Watch et Amnesty International font déjà état de centaines de civils tués ou torturés. Rappelons que la grande majorité des mercenaires kadhafistes ne sont que de jeunes tchadiens désœuvrés livrés comme de la chair à canon par le président Idris Déby. A tel point que l’opposition tchadienne a demandé au CNT de « diligenter une enquête indépendante sur les exactions commises sur toutes ces personnes et de traduire les responsables devant la justice » et d’autoriser la Croix Rouge à se rendre au chevet de ces populations terrorisées[1. Déclaration du Conseil national pour le changement et la démocratie, 7 septembre 2011.]. Dans le port de Sayad, à vingt-cinq kilomètres de Tripoli, elles s’entassent dans des coques abandonnées en attendant, la peur au ventre, que l’orage passe.

Comme s’interroge le président de la commission de l’Union africaine, Jean Ping, qui exhorte le CNT de se « désolidariser » des exactions, « Vous trouvez ça normal qu’un pays qui compte un tiers de Noirs confonde Noirs et mercenaires ? ». Dans les rues libyennes, la concorde interraciale ne paraît pas pour demain, l’idée dominante étant que « Kadhafi a dilapidé tout notre argent auprès des Noirs ».
Sur le terrain, loin de ses déclarations de bonnes intentions, le CNT avance en aveugle, sans disposer des atouts de l’ancien régime. Selon le diplomate français Patrick Haimzadeh[2. Au cœur de la Libye de Kadhafi, Lattès, 2011], le pouvoir kadhafiste tenait par un savant cocktail de rétributions, de violence et de peur s’appuyant à la fois sur les réseaux tribaux, les structures « révolutionnaires » et l’armée, qui constituaient les trois piliers de la Jamahiriya. Cette architecture ne pouvait satisfaire que 30% d’une population « plutôt favorable au régime », essentiellement concentrée dans la Tripolitaine et le Fezzan (grand sud).

Or, cet attelage ne s’est que partiellement délité. Ses décombres se heurtent au CNT, qui représente majoritairement la Cyrénaïque et Misrata, bien que les clivages politiques ne se superposent pas totalement aux oppositions géographiques.
Au milieu d’un tel maelstrom, on peut faire confiance à l’ONU et à ses conseillers en « state building » pour créer un Etat hors-sol. Comme me le suggérait un ami, « je crois que les Libyens ont besoin d’un dirigeant qui soit un savant mélange de Lawrence d’Arabie et d’Otto Von Bismarck ». Au lieu de cela, Mustapha Abdeljalil sera-t-il un nouveau Karzaï, tamponnant des contrats sous le regard bienveillant d’un Paul Bremer new look représentant le condominium franco-britannico-américain ?

Il est probable que maints experts en vernis démocratique débarquent à Tripoli où ils chercheront à rallier les anti-Kadhafi à la civilisation démocratique. On pourra alors souhaiter la bienvenue dans la mondialisation heureuse à ces nouveaux camarades, en chœur avec le Medef qui vient d’évaluer l’eldorado de la reconstruction libyenne à deux cents milliards de dollars. Le marché semble d’autant plus juteux que le montant des avoirs libyens bloqués dans nos banques s’élève à cents quinze milliards. Soit deux années de PIB libyen, sans compter les bas de laine planqués par Kadhafi on ne sait trop où !

Chers « rebelles », vous étiez beaux comme l’antique en fondant sur Tripoli en pick-up. Nous voudrions croire qu’une telle énergie ne débouchera pas sur un énième dominion voué à suer du pétrole.

Concert Festivus à tribord

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Le mystérieux « label Festivus » organise un concert exceptionnel ce jeudi 15 septembre à partir de 20 heures 30 au studio de l’Ermitage (8 rue de l’Ermitage, Paris XXe). [aji], le chanteur en forme d’OVNI auquel j’ai déjà rendu un vibrant hommage dans ces colonnes interprètera pour la première fois sur scène plusieurs titres de son album Fluide.

Rachid Sefrioui donnera à découvrir son album Mandeyo, mêlant les sonorités de l’instrument traditionnel arabe nommé oûd à une ambiance électrique (jazz world). D!evrim interprètera quant à lui Hétérotopos, une sorte de jazz d’origine semble-t-il hétérosexuelle hybridé de musiques traditionnelles.

Cette soirée musicale riche et chaleureuse sera présentée par une admiratrice de la première heure du label Festivus : la vraie Elisabeth Lévy en personne !

L’entrée est gratuite, les consommations sont payantes et le bruit court que l’ambiance ne sera pas hyperfestive mais hautement zazou. Les boissons seront bien évidemment offertes aux personnes accompagnées d’une otarie, d’un mérou ou de trois pangolins (laisses obligatoires).
La soirée se terminera comme convenu devant le zinc doré du Galactic Bar, sur lequel « un soir un perroquet prédit la fin ».

Venez tous !

Quand l’orang-outan singe l’homme

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C’est la BBC qui nous rapporte cette terrible nouvelle, Shirley, la célèbre orang-outan du zoo de l’État de Johor en Malaisie, n’habite plus à l’adresse indiquée.
Son enclos est désespérément vide depuis plusieurs jours, au grand dam des visiteurs de l’établissement dont elle était la pensionnaire la plus populaire

Or, c’est peut-être cette popularité qui est la cause de sa disparition – provisoire, précisons-le dès maintenant à l’attention de nos lecteurs les plus émotifs. En effet, nombre de visiteurs du zoo, en plus des traditionnelles bananes, oranges et autres cacahuètes, avaient pris la fâcheuse habitude de la ravitailler en cigarettes. Comme Shirley n’avait jamais de feu sur elle, ils prenaient soin de les allumer avant de lui envoyer à travers les grilles, après quoi la jeune et jolie primate les fumait goulument, pour la plus grande joie des petits et des grands.

Ce qui devait arriver arriva : ce mauvais exemple a été dûment dénoncé par un journal local, ce qui a poussé les responsables de la faune malaisienne à l’exfiltrer de son domicile, pour la placer… en cure de désintoxication.

On espère que ça ne sera pas trop dur pour elle de décrocher. Mais bon, si même Jacques Chirac y est arrivé, tous les espoirs sont permis…

Beaucoup de Bourgi pour rien

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Je découvre, comme beaucoup de Français, cet étrange Monsieur Bourgi, qui affirme connaître mille petits secrets honteux des alcôves du pouvoir et se répand partout pour soulager sa « conscience ». On imagine qu’il devait en avoir une robuste, de conscience, pour avoir accepté de participer à ce qu’il a décrit à Laurent Valdiguié avec un sacré luxe de détails dans les colonnes du JDD !

Alors, quel crédit accorder aux déclarations de ce bien tardif repenti autoproclamé ? En droit, aucun, et pour une bonne et simple raison : il n’existe aucun système d’accusé de réception à « la valise de billets ». J’ai eu beau chercher dans les archives, ni la Poste, ni l’Office des malversations, ni le Bureau des rétro-commissions et encore moins l’Association des anciens corrompus n’a jamais tenu de fichier qui puisse alléguer les dires de monsieur Bourgi. C’est bien dommage. La corruption devrait se faire dans la transparence, avec procès-verbaux et communiqués de presse, les Bourgi du monde entier auraient ainsi une soupape de sécurité en cas de « crise de conscience ».

N’empêche que nous en sommes là. On a un Bourgi très tracassé dans les pattes, se flagellant en place publique, racontant à qui veut bien l’entendre que les belles lois votées à l’unanimité sur le financement de la vie politique à partir de la fin des années 80 ont été prises par dessus la jambe. Mais, miracle !, il en faut en ce bas monde, tout s’est arrêté en 2007. Ouf ! Nicolas Sarkozy, l’homme de la « République irréprochable » qui mit fin à « la Françafrique » pour mieux faire « entrer » l’Afrique « dans l’histoire ». Pas le style à s’encombrer de valises à fric.

En prétendant épargner le Président qui lui épingla la Légion d’honneur au revers, et en jurant qu’ « il n’est mandaté par personne », l’habile Bourgi ne fait que jeter le soupçon sur le locataire actuel de l’Élysée. Il n’a en effet échappé à personne que la « rupture » promise par le candidat Sarkozy sur les rapports entre Paris et les capitales des ex-colonies françaises d’Afrique noire a fait long feu. Tout aurait continué comme avant, mais sans les valises ?

Nous avons là un bien curieux personnage. Il est de notoriété publique, ce fut raconté dans mille livres et articles de presse, que les générosités de potentats africains subsahariens à destination des appareils politiques français furent institutionnalisées dès l’après-guerre. Notre impérialisme bien huilé avait même une entreprise, Elf, qui servit de pipeline à millions en la matière. Les juges Éva Joly et Éric Halphen auraient rêvé que quelqu’un leur racontât – avec procès-verbal – ce que le taiseux d’alors prend un plaisir non dissimulé à révéler aujourd’hui. Une question s’impose – que d’ailleurs tout le monde a posée : pourquoi diable vider maintenant des valises si bien fournies ?

Là, on se perd en conjectures. Heureusement notre conscience malheureuse donne des pistes. Il a décidé de parler parce que « les commentaires » de Dominique de Villepin sur l’enquête de Pierre Péan, La République des mallettes, l’exaspéraient. Explication : Bourgi fut l’intime de Villepin, avant de passer avec armes et bagages chez Sarkozy. Pourquoi ? Car Villepin l’inhumain l’a « chassé » en 2005, quand il est devenu Premier ministre. Et ce n’est pas tout : « Alain Juppé m’a fait enlever de la liste des invités pour l’intronisation de Ouattara ». Fichtre ! L’Afrique a changé, les pays de l’ex chasse-gardée française ont désormais d’autres interlocuteurs, en particulier la Chine, et la diplomatie « à papa » de l’époque du « maître » de sieur Bourgi, Jacques Foccart, et du Général, n’est plus vraiment adaptée…Alors, le courtisan humilié se venge.

Bilan de l’opération ? Pour l’instant le Parquet n’a pas jugé opportun d’ouvrir une information judiciaire sur la seule base de ces pétaradantes déclarations à la presse. Le président du Sénat Gérard Larcher ainsi que le député socialiste Manuel Valls ont demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire. Monsieur Chirac et son ancien Premier ministre ont décidé de porter plainte pour diffamation. Robert Bourgi sera donc entendu mais ne pourra apporter aucune preuve à l’appui de ses accusations. Et il serait étonnant qu’il puisse citer des témoins. Cette surprenante affaire risque donc de se réduire aux états d’âme d’un homme du passé marri que les affaires du monde se fassent désormais sans lui. Tout ça pour ça.

Vivre sans feux rouges, c’est possible !

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De mémoire de Lausannois, on n’avait jamais vu ça. Ce mercredi 7 septembre, entre 7h45 et 8h50 du matin, une quinzaine de jours après la rentrée des classes, en pleine semaine et à l’heure de pointe, il n’y avait pratiquement aucun bouchon dans la capitale vaudoise. Selon Georges-Marie Bécherraz, qui rapporte l’événement pour 24heures.ch, « le trafic s’est écoulé avec une fluidité comme on n’en voit que le dimanche à une heure pareille de la journée ». L’origine de ce petit miracle ? Eh bien tout simplement une panne d’électricité qui a rendu les feux de circulation inopérants dans une bonne partie du centre-ville. Pendant un peu plus d’une heure, la circulation de Lausanne n’était plus régulée ; c’était, à proprement parler, l’anarchie.

On aurait pu s’attendre à un embouteillage monstre, à de la tôle froissée et à quelques solides empoignades entre Helvètes exaspérés mais rien de tout cela ne s’est produit : la circulation a rarement été aussi fluide, on n’a pas déploré le moindre accrochage et tout s’est passé dans la bonne humeur.

Ce que nos voisins vaudois ont vécu est une expérience de coopération sociale. Et ce qui fait toute la valeur de cette expérience, c’est qu’elle n’avait été prévue ou voulue par personne et qu’elle s’est déroulée dans une ville de taille tout à fait respectable. Et ça a marché ! Pendant une grosse heure, l’anarchie routière a créé une circulation fluide, sûre et fondée sur la seule bonne volonté des automobilistes.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’idée selon laquelle une absence quasi-totale de règlementation routière serait supérieure à notre arsenal législatif actuel n’est pas vraiment nouvelle. Depuis des années déjà, des gens tout à fait sérieux défendent cette idée. Hans Monderman, ingénieur de la circulation hollandais, a même eu l’occasion de la tester en grandeur nature dans la petite ville de Drachten aux Pays-Bas. Bilan des courses : non seulement la circulation est parfaitement fluide mais le nombre d’accidents constatés dans les rues de Drachten a été divisé par quatre depuis que l’anarchie[1. J’exagère un peu ; il reste tout de même un code de la route qui se limite à la «priorité à droite » et à l’interdiction de «couper la route d’un autre ».] y règne ; piétons, cyclistes et automobilistes y vivent en harmonie, sans signalisation ni voies réservées. Depuis, plusieurs villes du nord de l’Europe s’y sont mises. Au point que le maire de Londres semble depuis quelques temps, séduit par l’idée.

Le fait est là : partout où l’expérience a été tentée, la coopération sociale spontanée s’est révélée plus efficiente et plus sûre que les systèmes codifiés et coercitifs qui dominent aujourd’hui. Sachant qu’ils ne sont plus protégés par la signalisation, les gens roulent plus prudemment, restent attentifs à leur environnement, se montrent volontiers plus courtois et abandonnent les comportements dangereux induits par la signalisation elle-même[2. Qui n’a jamais accéléré pour éviter un feu rouge ?]. En l’absence de passages piétons et de pistes cyclables, une nouvelle hiérarchie émerge dans laquelle les usagers les plus fragiles sont prioritaires sans pour autant abuser de cette position. D’un système fondé sur une régulation arbitraire du trafic, on passe ainsi à une autogestion infiniment plus souple, qui s’adapte d’elle-même au cas par cas et ne repose plus sur la contrainte mais l’intérêt bien compris de tous.

C’est en tout cas ce que semble en avoir retenu M. Matthey, le chef du Service lausannois des routes et de la mobilité, qui envisage la possibilité de reconduire l’expérience en le faisant exprès cette fois-ci. Il est amusant d’imaginer la réaction d’un élu local si quelqu’un avait l’idée saugrenue de lui proposer de laisser ses administrés s’administrer eux-mêmes : « Laisser les gens faire ? Mais vous n’y songez pas malheureux ! Ce serait l’anarchie ! ».

Les lois du genre

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L’existence des hommes politiques est un constant sujet d’étonnement. Comment peut-on vouloir le bien de la communauté dans son ensemble ? Il est incroyable que la lecture de Molière, de Nietzsche ou de Freud n’ait jamais découragé personne de se présenter devant les autres comme un homme de bonne volonté, ou, ce qui n’est pas mieux, comme un humaniste. Prenez le sexe, juste pour rire.

La dernière bienveillance à la mode consiste à baliser scientifiquement l’orientation sexuelle des enfants. D’un côté, des députés de droite entendent rappeler l’existence irréfutable de la division sexuelle afin de fournir des repères solides aux écoliers. De l’autre, des sociologues veulent nous libérer de ces clichés naturalistes afin de préserver la liberté humaine. Comme le sociologue de gauche perçoit des relents de pétainisme dans les arguments du député de droite, la discussion évolue dans le mauvais sens. Soudain, le sociologue de gauche regarde le député de droite de travers. Le député de droite se sent alors obligé d’ajouter, main sur le cœur, qu’il abhorre sincèrement l’homophobie, qu’il n’a rien contre les homosexuels, et même qu’il aimerait son fils comme sa fille si par malheur celui-ci devait naître homosexuel. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.

La seule chose que nos débatteurs ne diront jamais est qu’il est impossible de se faire une certaine idée de la jouissance sans vouloir l’étendre à tous les autres. Inutile de jouer au plus fin, au plus tolérant, au plus démocratique. Le débat public est incompatible avec la vérité sexuelle. Dites à un pervers que sa perversion n’est pas normale, et il le vivra comme une déchirure ; approuvez sa perversion publiquement, et il vous saluera comme un frère. Rien n’est plus agréable que d’étendre sa folie aux autres, c’est même ce qu’on appelle, en politique, avoir des convictions.

Nos débatteurs ont donc des convictions. Chacun entend défendre sa conception de la société démocratique, et, bien sûr, respecter la sexualité des autres. Dans cette compétition au plus tolérant, on dira que le sociologue de gauche est le plus ouvert, puisqu’il ne semble pas avoir d’idées préconçues et qu’il entend maintenir le choix sexuel dans la sphère privée. Mais, outre que le désir sexuel se moque pas mal de respecter la sphère privée (d’où la fascination jamais démentie pour la vie sexuelle des puissants), cette manière de reléguer le sexe dans l’intime n’est pas moins normative. C’est l’espoir fou auquel s’accroche l’optimiste moderne : qu’une opposition de type privé/public permette à chacun de vivre sa sexualité en paix, comme s’il suffisait de refermer la porte de l’animalerie pour que les cochons soient bien gardés…

L’homme bienveillant du XXIème siècle ne veut pas simplement jouir à l’abri des regards, il veut encore que tous les hommes puissent faire de même pour avoir l’impression de vivre dans une société normale.
Ainsi va le monde dans la Science de la vie et de la terre. Tant qu’il y aura des députés pour s’occuper scientifiquement de la différence sexuelle, tant qu’il y aura des sociologues pour débattre en public, on peut être certain que l’on n’avancera pas d’un pouce.

Le seul endroit où l’on apprend quelque chose d’intéressant sur la sexualité s’appelle un livre. Lolita, Les Liaisons dangereuses, Ma vie d’homme, voilà des repères sexuels qui tiennent la route. C’est quand même autre chose que toutes ces directives académiques qui disparaissent d’une année sur l’autre, non ? Les écrivains sont les seuls à aider les autres parce qu’ils ne parlent que d’eux-mêmes. La littérature est la seule médecine sociale parce qu’elle ne prescrit rien. Il est vrai que cette volonté de ne pas améliorer la société demande un certain courage.

On ne naît pas amoral, on le devient.

Primaires PS : ça va twitter sur Causeur

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Attention : ceci n’est pas un tweet : comme on est du genre bavard, on aurait vite fait d’atteindre les 140 signes sans même s’en apercevoir… D’ailleurs c’était déjà fait à la fin de la phrase précédente. Il va donc falloir qu’on soit plus dense (et si ça se trouve un rien plus vache que dans cette brève à caractère informatif) ce soir, à l’occasion du premier débat des primaires socialistes (featuring, par ordre alphabétique, Martine Aubry, 
François Hollande, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal et Manuel Valls ainsi que, nous dit-on dans l’oreillette, Jean-Michel Baylet) retransmis en direct sur France2, et twitto-commenté, en direct itou, par vos deux serviteurs.

Pour suivre nos tweets, rien de plus simple, il suffit, si ce n’est déjà fait, de s’inscrire ici.

Les plus technophiles pourront, si, bis repetita, ce n’est déjà fait, télécharger l’application Twitter sur leur iPhone, leur Black ou leur Smartphone et suivre ainsi nos babillages en direct sur leur téléphone (le portable hein, pas celui qu’est posé dans l’entrée sur le napperon en dentelle du Puy)

Les autres pourront suivre le direct le plus rock’n’roll depuis le couronnement d’Elisabeth II par Léon Zitrone sur le site de Causeur, et très exactement ici.

Rendez-vous donc ce soir au environs de 20h 30 tapantes pour les tweets Causeur des Primaires socialistes, euh, « les primaires citoyennes », pardon Jean Mimi, ça commence à sentir le running gag, là…

DSK, Villepin : le business de l’innocence

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Notre bestiaire politique national comporte désormais deux innocents estampillés par des juges au-dessus de tout soupçon : Dominique Strauss-Kahn et Dominique de Villepin. Tous deux ont retrouvé, jusqu’à nouvel ordre, une virginité judiciaire car il a été impossible de prouver « au-delà d’un doute raisonnable » qu’ils s’étaient rendus coupables d’agissements que les codes pénaux, américain pour le premier, français pour le second, enjoignent de punir.

C’est tant mieux pour eux, et aussi pour la bonne administration de la justice, car il est moins dommageable pour les libertés publiques de laisser filer un coupable que de condamner à tort un innocent.
Ceci dit, la prise de bénéfice politique d’une décision judiciaire favorable est peut-être de bonne guerre, mais n’est pas de nature à assainir le climat dans lequel se déroule la précampagne pour la présidentielle de 2012.

On sent bien que DSK (ou ses proches) cherchent la première ouverture pour se replacer dans la mêlée des primaires socialistes, par une intervention au 20h de l’ex-client de la suite 2806 du Sofitel de New York. Il existe en ce moment une armée de petites mains et de petites plumes qui peaufinent des éléments de langages destinés à réinstaller DSK dans le paysage politique français. Notons, pour le déplorer, que les excitées du féminisme radical l’aident puissamment dans son entreprise.

Quant à Galouzeau, son appel à la compassion nationale à l’issue du procès en appel qui l’exonérait de toute turpitude dans l’affaire Clearstream était plus que touchant. Il nous ferait presque oublier les manœuvres tordues de toutes sortes – et avérées – auxquelles il s’est livré en 2005 et 2006 pour écarter Nicolas Sarkozy de la présidentielle de 2002.

Les « investigateurs » ont beau s’agiter comme des malades et sortir des scoops en rafale, montrant que des Levantins interlopes ont transporté des valises d’avoine africaine pour telle ou telle écurie présidentielle en 1995 ou 2002, le peuple s’en bat l’œil. D’abord, ce sont de vieilles histoires, et la sagesse des familles enseigne que l’on n’a jamais intérêt à aller agiter le fond de la fosse septique, car les remontées risquent d’éclabousser tout le monde. Ensuite, parce que pour les non-initiés, ces
«affaires» sont totalement incompréhensibles. Pour qui bossent Jouhri, Bourgi ou Takieddine ? Faites le test auprès de vos proches et vous verrez le résultat.

En France, contrairement à l’Italie, la corruption au sommet est tolérée, pour autant qu’elle n’affecte pas la vie quotidienne des citoyens, car dans son immense majorité l’administration haute, moyenne et petite est préservée de ce fléau. L’innocence y est un métier d’autant plus facile à exercer que les Français ne sont pas trop exigeants envers leurs élites politiques, médiatiques, économiques ou littéraires.

C’est pourquoi les repris de justice politique, comme Juppé, Balkany, Emmanuelli et quelques autres moins connus, à gauche comme à droite, retrouvent sans problème la faveur du suffrage universel une fois leur purgatoire judiciaire achevé. Par ailleurs, la France est le paradis des «écrivains » plagiaires, des journalistes bidonneurs, qui s’auto-amnistient à tour de bras lorsqu’ils ont été pris la main dans le sac. Le Français est débonnaire, et pardonne pour autant que le pécheur présente des qualités professionnelles humaines suffisantes. Il pardonne d’autant plus facilement que lui-même est chaque jour tenté par la corruption des petites gens, cette fraude fiscale et sociale qui fait aujourd’hui l’objet d’une campagne de sensibilisation radiophonique. Alors, innocent ou coupable, quelle différence ?

Syrie : la défense, une affaire de famille

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La nouvelle est tombée comme un couperet sur les sites d’information arabes : le président syrien Bachar Al-Assad vient de nommer son beau-frère Assef Chawkat au poste convoité de vice-ministre de la Défense pour seconder le récemment promu Daoud Rajha. A Damas, où raison d’Etat ne rime plus qu’avec affaires de famille, on justifie ce petit tour de passe-passe par de spécieux motifs protocolaires. On vous explique : l’oligarque Chawkat, jusqu’ici chef d’Etat-major adjoint, ne pouvait rester à ce poste, qui correspondait à un grade militaire plus élevé que celui du nouveau chef des armées, le général Fahd Jasim. Evidemment, on ne plaisante avec la hiérarchie militaire qui interdit de servir un officier plus gradé que soi !

Grâce à son mariage avec Bouchra, fille de feu Hafez Al-Assad et sœur de Bachar, le cursus honorum de ce vétéran de la guerre de Kippour a connu une accélération éclair. A peine dix ans après ses épousailles, le voilà bombardé en 2005 directeur des services de renseignement militaire, plus puissante officine du régime syrien !

Le voici donc propulsé numéro 2 de la Défense syrienne, un alaouite membre du clan Assad encadrant les deux chrétiens à la tête des armées. L’argent se raréfiant dans les caisses de l’Etat, espérons que l’effritement progressif de l’appareil de répression syrien ne se fasse au détriment de ces deux confessions minoritaires appelées à subir, un de ces jours, une éventuelle dictature de la majorité sunnite…

Mêle-toi de ce que tu regardes !

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image : sxc.hu/speedy2

Ne mentez pas. Comme tout le monde, vous avez suivi le dernier épisode de l’« affaire » : le retour. Comme tout le monde, vous avez aperçu le sourire radieux d’Anne Sinclair au milieu des caméras. Comme tout le monde, vous avez râlé contre la médiatisation insensée de cette arrivée (et comme tout le monde, vous ne regardez qu’Arte)[1. Comme l’a finement observé, sur RTL, l’amie Muriel Gremillet, après avoir montré DSK menotté, il aurait été assez injuste de faire l’impasse sur son retour en homme libre]. D’accord, il n’y avait rien à voir, mais ce n’était pas une raison pour ne rien montrer. Et pourquoi pas, tant qu’on y est, nous demander, à nous les journalistes, de nous taire quand nous n’avons rien à dire ? Vous voulez la mort de la presse, ce pilier-de-notre-démocratie ? Notons au passage que dans les rédactions, le partage des tâches est désormais très au point : pendant que les uns font le pied de grue à Roissy ou place des Vosges, les autres s’indignent vertueusement. Chacun sa chance. Moi, j’opte pour l’indignation parce que la journée de travail de l’indigné commence généralement à une heure décente. Et puis, dans un studio, on est au chaud et il arrive qu’on vous serve un café buvable.[access capability= »lire_inedits »]

Les propos de comptoir ont acquis le statut d’opinions autorisées

De toutes parts monte la même clameur : « Parlez-nous des vrais problèmes, de ceux qui intéressent vraiment les Français, le chômage, le partage des tâches ménagères, la Libye…! » Et ta sœur. D’accord, vous lisez Le Monde et Causeur, pas Closer. Mais à qui ferez-vous croire que vous vous êtes rués sur les pages consacrées à la crise de l’euro et du reste avant de dévorer les articles relatant par le menu le prétendu non-événement qu’a été le retour des Strauss-Kahn dans la mère-patrie – au fait, combien de journalistes y aurait-il eu si cela avait été un événement ?

Ne nous la jouons pas. La vie des autres nous intéresse, nous fascine parfois. Heureusement d’ailleurs : si l’homme n’était pas un animal doué de curiosité, peut-être ignorerions-nous qu’il existe, au-delà de nos villages, des contrées différentes comme la Chine ou l’Amérique. D’accord, nous aurions moins d’ennuis, mais la vie serait tellement moins amusante…

Seulement, ayant également été dotés de la faculté de juger, nous ne saurions être des spectateurs passifs. Nous passons un temps considérable à émettre des points de vue péremptoires sur des comportements et agissements dont nous ne savons rien ou presque. À quoi serviraient les dîners entre amis, les discussions entre amoureux, les déjeuners entre copines s’il était interdit de dire du mal, de proférer des âneries et de s’empailler sur des questions fondamentales, genre : « Toi, à la place d’Anne Sinclair, tu serais restée ? » ou « Si, si, je t’assure, Machinchose est alcoolique et dort avec sa chèvre » ?

Ne craignez rien, on ne supprimera pas le Café du Commerce. Le droit d’avoir sa petite idée sur tout est inaliénable. L’ennui, c’est que grâce à la double magie d’Internet et du téléphone mobile qui photographie, enregistre, filme et fait le café, c’est tout l’espace public, c’est-à-dire médiatique, qui devient un vaste Café du Commerce. Les propos de comptoir ont acquis, dans les médias, le statut d’opinions autorisées[2. Bien entendu, même si j’essaie de m’en tenir au respect de la vie privée, il m’arrive également de donner mon avis sur des sujets qui ne me regardent pas. Eh bien, j’ai tort]. Ainsi a-t-on entendu de doctes féministes déclarer que DSK était coupable « car il avait déjà trompé sa femme », Martine Aubry affirmer que, sur cette affaire, la plupart des femmes pensaient la même chose qu’elle ou l’inverse, et Michel Rocard décréter que l’ex-patron du FMI était atteint d’une maladie mentale. Il est déjà surréaliste que l’on somme des psys de se prononcer sur le cas de personnes qu’ils n’ont jamais vues et qu’ils acceptent de le faire, mais on aimerait savoir en quoi l’avis de Rocard sur le psychisme de DSK a la moindre légitimité.

« Tout est social. Tout est politique. »

Dans ces conditions, la mésaventure de la bourgmestre d’Alost, en Belgique, annonce peut-être notre avenir à tous. Une vidéo sur laquelle on la voit faire l’amour avec son compagnon a récemment mis le feu à Internet. Filmée il y a quatre ans, à l’insu des protagonistes, la scène s’est déroulée en Espagne, dans un château visité par de nombreux touristes. L’opposition s’est emparée de l’affaire, rappelant que la dame était affiliée à un parti chrétien. « Comment couper des rubans dans les écoles et faire encore des discours sur les valeurs ?», s’est interrogée une élue. Apprendrait-on aux écoliers belges qu’un bon chrétien ne fait pas l’amour ? Sur la Toile belge, chacun estime avoir son mot à dire. « Les amants ne sont pas vraiment expressifs et l’on est un peu mal à l’aise pour eux », peut-on lire sur un blog. En somme, ce qui est scandaleux, c’est que Madame le bourgmestre ait eu des relations sexuelles dans un lieu pas tout-à-fait prévu pour ça, pas qu’un abruti indélicat ait filmé et diffusé ces ébats[3. Il faut donc féliciter les habitants d’Alost interrogés par BFM-TV. Non seulement ils estiment qu’il s’agit d’une affaire privée, mais ils trouvent plutôt satisfaisant que leur bourgmestre soit une femme comme les autres].

De l’opinion sur la vie intime des uns ou des autres, on passe vite à l’édiction de normes valables pour tous et toutes. « Nous ne nous sommes pas battues pour avoir le droit d’être trompées », m’a lancé une charmante consœur de Elle. J’avoue m’être peu battue sur le front de la libération des femmes − nos mères avaient fait l’essentiel du boulot −, mais je croyais que nous avions gagné le droit de vivre comme nous l’entendons. Bernique. « Tout est social, tout est politique », m’a lancé Éric Fassin au cours d’une émission de radio. Tout, y compris les arrangements que vous avez avec vos amants et amantes. Réclamons donc une loi interdisant aux adultes consentants de tolérer l’infidélité. Sanctionnons les maris volages et les épouses « complaisantes » (ou l’inverse, ne vous énervez pas !). Et planquez-vous ! Madame le bourgmestre en sait quelque chose : avoir une vie privée relève désormais du château en Espagne.[/access]

La Libye, Etat incertain

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Après les vivats accompagnant la chute de Kadhafi, le Conseil National de Transition libyen de Moustapha Abdeljalil surfe sur les mutations en cours bien plus qu’il ne les maîtrise. La Conférence sur la Libye organisée début septembre à Paris nous a montrés des gouvernants plus à l’aise avec les Occidentaux qu’à Tripoli même… où ils sont encore logés à l’hôtel. La capitale libyenne, placée sous le contrôle de son gouverneur militaire Abdelhakim Belhadj, ancien djihadiste reconverti en démocrate, est aujourd’hui une armurerie à ciel ouvert où le « peuple en arme » n’entend pas rendre ses kalachnikovs de sitôt. En ville, le proto-État libyen a ainsi ouvert des bureaux pour consigner dans des logiciels tout neufs les noms des porteurs d’armes qui veulent bien se présenter. Ils repartent avec un badge et la promesse de rendre leurs pétoires pour alimenter les arsenaux de « la future armée libyenne » – une fois la paix et la sécurité revenues.

Justement, tout porte à croire que le moment où chacun circulera librement et sans risque sera l’arlésienne de la Libye nouvelle. Si, contrairement à l’Irak du lendemain de la victoire de 2003, la société libyenne ne s’est pas effondrée, des actes de vendetta ont tout de même rapidement succédé à la violence révolutionnaire.

Pire, les Noirs servent de victimes expiatoires au prétexte de leur couleur de peau qui les désigne comme des ex-mercenaires de Kadhafi. Human Rights Watch et Amnesty International font déjà état de centaines de civils tués ou torturés. Rappelons que la grande majorité des mercenaires kadhafistes ne sont que de jeunes tchadiens désœuvrés livrés comme de la chair à canon par le président Idris Déby. A tel point que l’opposition tchadienne a demandé au CNT de « diligenter une enquête indépendante sur les exactions commises sur toutes ces personnes et de traduire les responsables devant la justice » et d’autoriser la Croix Rouge à se rendre au chevet de ces populations terrorisées[1. Déclaration du Conseil national pour le changement et la démocratie, 7 septembre 2011.]. Dans le port de Sayad, à vingt-cinq kilomètres de Tripoli, elles s’entassent dans des coques abandonnées en attendant, la peur au ventre, que l’orage passe.

Comme s’interroge le président de la commission de l’Union africaine, Jean Ping, qui exhorte le CNT de se « désolidariser » des exactions, « Vous trouvez ça normal qu’un pays qui compte un tiers de Noirs confonde Noirs et mercenaires ? ». Dans les rues libyennes, la concorde interraciale ne paraît pas pour demain, l’idée dominante étant que « Kadhafi a dilapidé tout notre argent auprès des Noirs ».
Sur le terrain, loin de ses déclarations de bonnes intentions, le CNT avance en aveugle, sans disposer des atouts de l’ancien régime. Selon le diplomate français Patrick Haimzadeh[2. Au cœur de la Libye de Kadhafi, Lattès, 2011], le pouvoir kadhafiste tenait par un savant cocktail de rétributions, de violence et de peur s’appuyant à la fois sur les réseaux tribaux, les structures « révolutionnaires » et l’armée, qui constituaient les trois piliers de la Jamahiriya. Cette architecture ne pouvait satisfaire que 30% d’une population « plutôt favorable au régime », essentiellement concentrée dans la Tripolitaine et le Fezzan (grand sud).

Or, cet attelage ne s’est que partiellement délité. Ses décombres se heurtent au CNT, qui représente majoritairement la Cyrénaïque et Misrata, bien que les clivages politiques ne se superposent pas totalement aux oppositions géographiques.
Au milieu d’un tel maelstrom, on peut faire confiance à l’ONU et à ses conseillers en « state building » pour créer un Etat hors-sol. Comme me le suggérait un ami, « je crois que les Libyens ont besoin d’un dirigeant qui soit un savant mélange de Lawrence d’Arabie et d’Otto Von Bismarck ». Au lieu de cela, Mustapha Abdeljalil sera-t-il un nouveau Karzaï, tamponnant des contrats sous le regard bienveillant d’un Paul Bremer new look représentant le condominium franco-britannico-américain ?

Il est probable que maints experts en vernis démocratique débarquent à Tripoli où ils chercheront à rallier les anti-Kadhafi à la civilisation démocratique. On pourra alors souhaiter la bienvenue dans la mondialisation heureuse à ces nouveaux camarades, en chœur avec le Medef qui vient d’évaluer l’eldorado de la reconstruction libyenne à deux cents milliards de dollars. Le marché semble d’autant plus juteux que le montant des avoirs libyens bloqués dans nos banques s’élève à cents quinze milliards. Soit deux années de PIB libyen, sans compter les bas de laine planqués par Kadhafi on ne sait trop où !

Chers « rebelles », vous étiez beaux comme l’antique en fondant sur Tripoli en pick-up. Nous voudrions croire qu’une telle énergie ne débouchera pas sur un énième dominion voué à suer du pétrole.

Concert Festivus à tribord

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Le mystérieux « label Festivus » organise un concert exceptionnel ce jeudi 15 septembre à partir de 20 heures 30 au studio de l’Ermitage (8 rue de l’Ermitage, Paris XXe). [aji], le chanteur en forme d’OVNI auquel j’ai déjà rendu un vibrant hommage dans ces colonnes interprètera pour la première fois sur scène plusieurs titres de son album Fluide.

Rachid Sefrioui donnera à découvrir son album Mandeyo, mêlant les sonorités de l’instrument traditionnel arabe nommé oûd à une ambiance électrique (jazz world). D!evrim interprètera quant à lui Hétérotopos, une sorte de jazz d’origine semble-t-il hétérosexuelle hybridé de musiques traditionnelles.

Cette soirée musicale riche et chaleureuse sera présentée par une admiratrice de la première heure du label Festivus : la vraie Elisabeth Lévy en personne !

L’entrée est gratuite, les consommations sont payantes et le bruit court que l’ambiance ne sera pas hyperfestive mais hautement zazou. Les boissons seront bien évidemment offertes aux personnes accompagnées d’une otarie, d’un mérou ou de trois pangolins (laisses obligatoires).
La soirée se terminera comme convenu devant le zinc doré du Galactic Bar, sur lequel « un soir un perroquet prédit la fin ».

Venez tous !

Quand l’orang-outan singe l’homme

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C’est la BBC qui nous rapporte cette terrible nouvelle, Shirley, la célèbre orang-outan du zoo de l’État de Johor en Malaisie, n’habite plus à l’adresse indiquée.
Son enclos est désespérément vide depuis plusieurs jours, au grand dam des visiteurs de l’établissement dont elle était la pensionnaire la plus populaire

Or, c’est peut-être cette popularité qui est la cause de sa disparition – provisoire, précisons-le dès maintenant à l’attention de nos lecteurs les plus émotifs. En effet, nombre de visiteurs du zoo, en plus des traditionnelles bananes, oranges et autres cacahuètes, avaient pris la fâcheuse habitude de la ravitailler en cigarettes. Comme Shirley n’avait jamais de feu sur elle, ils prenaient soin de les allumer avant de lui envoyer à travers les grilles, après quoi la jeune et jolie primate les fumait goulument, pour la plus grande joie des petits et des grands.

Ce qui devait arriver arriva : ce mauvais exemple a été dûment dénoncé par un journal local, ce qui a poussé les responsables de la faune malaisienne à l’exfiltrer de son domicile, pour la placer… en cure de désintoxication.

On espère que ça ne sera pas trop dur pour elle de décrocher. Mais bon, si même Jacques Chirac y est arrivé, tous les espoirs sont permis…

Beaucoup de Bourgi pour rien

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Je découvre, comme beaucoup de Français, cet étrange Monsieur Bourgi, qui affirme connaître mille petits secrets honteux des alcôves du pouvoir et se répand partout pour soulager sa « conscience ». On imagine qu’il devait en avoir une robuste, de conscience, pour avoir accepté de participer à ce qu’il a décrit à Laurent Valdiguié avec un sacré luxe de détails dans les colonnes du JDD !

Alors, quel crédit accorder aux déclarations de ce bien tardif repenti autoproclamé ? En droit, aucun, et pour une bonne et simple raison : il n’existe aucun système d’accusé de réception à « la valise de billets ». J’ai eu beau chercher dans les archives, ni la Poste, ni l’Office des malversations, ni le Bureau des rétro-commissions et encore moins l’Association des anciens corrompus n’a jamais tenu de fichier qui puisse alléguer les dires de monsieur Bourgi. C’est bien dommage. La corruption devrait se faire dans la transparence, avec procès-verbaux et communiqués de presse, les Bourgi du monde entier auraient ainsi une soupape de sécurité en cas de « crise de conscience ».

N’empêche que nous en sommes là. On a un Bourgi très tracassé dans les pattes, se flagellant en place publique, racontant à qui veut bien l’entendre que les belles lois votées à l’unanimité sur le financement de la vie politique à partir de la fin des années 80 ont été prises par dessus la jambe. Mais, miracle !, il en faut en ce bas monde, tout s’est arrêté en 2007. Ouf ! Nicolas Sarkozy, l’homme de la « République irréprochable » qui mit fin à « la Françafrique » pour mieux faire « entrer » l’Afrique « dans l’histoire ». Pas le style à s’encombrer de valises à fric.

En prétendant épargner le Président qui lui épingla la Légion d’honneur au revers, et en jurant qu’ « il n’est mandaté par personne », l’habile Bourgi ne fait que jeter le soupçon sur le locataire actuel de l’Élysée. Il n’a en effet échappé à personne que la « rupture » promise par le candidat Sarkozy sur les rapports entre Paris et les capitales des ex-colonies françaises d’Afrique noire a fait long feu. Tout aurait continué comme avant, mais sans les valises ?

Nous avons là un bien curieux personnage. Il est de notoriété publique, ce fut raconté dans mille livres et articles de presse, que les générosités de potentats africains subsahariens à destination des appareils politiques français furent institutionnalisées dès l’après-guerre. Notre impérialisme bien huilé avait même une entreprise, Elf, qui servit de pipeline à millions en la matière. Les juges Éva Joly et Éric Halphen auraient rêvé que quelqu’un leur racontât – avec procès-verbal – ce que le taiseux d’alors prend un plaisir non dissimulé à révéler aujourd’hui. Une question s’impose – que d’ailleurs tout le monde a posée : pourquoi diable vider maintenant des valises si bien fournies ?

Là, on se perd en conjectures. Heureusement notre conscience malheureuse donne des pistes. Il a décidé de parler parce que « les commentaires » de Dominique de Villepin sur l’enquête de Pierre Péan, La République des mallettes, l’exaspéraient. Explication : Bourgi fut l’intime de Villepin, avant de passer avec armes et bagages chez Sarkozy. Pourquoi ? Car Villepin l’inhumain l’a « chassé » en 2005, quand il est devenu Premier ministre. Et ce n’est pas tout : « Alain Juppé m’a fait enlever de la liste des invités pour l’intronisation de Ouattara ». Fichtre ! L’Afrique a changé, les pays de l’ex chasse-gardée française ont désormais d’autres interlocuteurs, en particulier la Chine, et la diplomatie « à papa » de l’époque du « maître » de sieur Bourgi, Jacques Foccart, et du Général, n’est plus vraiment adaptée…Alors, le courtisan humilié se venge.

Bilan de l’opération ? Pour l’instant le Parquet n’a pas jugé opportun d’ouvrir une information judiciaire sur la seule base de ces pétaradantes déclarations à la presse. Le président du Sénat Gérard Larcher ainsi que le député socialiste Manuel Valls ont demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire. Monsieur Chirac et son ancien Premier ministre ont décidé de porter plainte pour diffamation. Robert Bourgi sera donc entendu mais ne pourra apporter aucune preuve à l’appui de ses accusations. Et il serait étonnant qu’il puisse citer des témoins. Cette surprenante affaire risque donc de se réduire aux états d’âme d’un homme du passé marri que les affaires du monde se fassent désormais sans lui. Tout ça pour ça.

Vivre sans feux rouges, c’est possible !

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De mémoire de Lausannois, on n’avait jamais vu ça. Ce mercredi 7 septembre, entre 7h45 et 8h50 du matin, une quinzaine de jours après la rentrée des classes, en pleine semaine et à l’heure de pointe, il n’y avait pratiquement aucun bouchon dans la capitale vaudoise. Selon Georges-Marie Bécherraz, qui rapporte l’événement pour 24heures.ch, « le trafic s’est écoulé avec une fluidité comme on n’en voit que le dimanche à une heure pareille de la journée ». L’origine de ce petit miracle ? Eh bien tout simplement une panne d’électricité qui a rendu les feux de circulation inopérants dans une bonne partie du centre-ville. Pendant un peu plus d’une heure, la circulation de Lausanne n’était plus régulée ; c’était, à proprement parler, l’anarchie.

On aurait pu s’attendre à un embouteillage monstre, à de la tôle froissée et à quelques solides empoignades entre Helvètes exaspérés mais rien de tout cela ne s’est produit : la circulation a rarement été aussi fluide, on n’a pas déploré le moindre accrochage et tout s’est passé dans la bonne humeur.

Ce que nos voisins vaudois ont vécu est une expérience de coopération sociale. Et ce qui fait toute la valeur de cette expérience, c’est qu’elle n’avait été prévue ou voulue par personne et qu’elle s’est déroulée dans une ville de taille tout à fait respectable. Et ça a marché ! Pendant une grosse heure, l’anarchie routière a créé une circulation fluide, sûre et fondée sur la seule bonne volonté des automobilistes.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’idée selon laquelle une absence quasi-totale de règlementation routière serait supérieure à notre arsenal législatif actuel n’est pas vraiment nouvelle. Depuis des années déjà, des gens tout à fait sérieux défendent cette idée. Hans Monderman, ingénieur de la circulation hollandais, a même eu l’occasion de la tester en grandeur nature dans la petite ville de Drachten aux Pays-Bas. Bilan des courses : non seulement la circulation est parfaitement fluide mais le nombre d’accidents constatés dans les rues de Drachten a été divisé par quatre depuis que l’anarchie[1. J’exagère un peu ; il reste tout de même un code de la route qui se limite à la «priorité à droite » et à l’interdiction de «couper la route d’un autre ».] y règne ; piétons, cyclistes et automobilistes y vivent en harmonie, sans signalisation ni voies réservées. Depuis, plusieurs villes du nord de l’Europe s’y sont mises. Au point que le maire de Londres semble depuis quelques temps, séduit par l’idée.

Le fait est là : partout où l’expérience a été tentée, la coopération sociale spontanée s’est révélée plus efficiente et plus sûre que les systèmes codifiés et coercitifs qui dominent aujourd’hui. Sachant qu’ils ne sont plus protégés par la signalisation, les gens roulent plus prudemment, restent attentifs à leur environnement, se montrent volontiers plus courtois et abandonnent les comportements dangereux induits par la signalisation elle-même[2. Qui n’a jamais accéléré pour éviter un feu rouge ?]. En l’absence de passages piétons et de pistes cyclables, une nouvelle hiérarchie émerge dans laquelle les usagers les plus fragiles sont prioritaires sans pour autant abuser de cette position. D’un système fondé sur une régulation arbitraire du trafic, on passe ainsi à une autogestion infiniment plus souple, qui s’adapte d’elle-même au cas par cas et ne repose plus sur la contrainte mais l’intérêt bien compris de tous.

C’est en tout cas ce que semble en avoir retenu M. Matthey, le chef du Service lausannois des routes et de la mobilité, qui envisage la possibilité de reconduire l’expérience en le faisant exprès cette fois-ci. Il est amusant d’imaginer la réaction d’un élu local si quelqu’un avait l’idée saugrenue de lui proposer de laisser ses administrés s’administrer eux-mêmes : « Laisser les gens faire ? Mais vous n’y songez pas malheureux ! Ce serait l’anarchie ! ».