A-t-on prêté suffisamment attention à la déclaration de Desmond Tutu, l’apôtre de la réconciliation raciale en Afrique du Sud : « Notre gouvernement est pire que le gouvernement de l’apartheid parce que, avec ce dernier, on savait au moins à quoi s’attendre » ?

Le bilan économique, social et sécuritaire de l’ANC est déjà catastrophique, mais que les autorités refusent un visa au dalaï-lama pour l’hommage rendu au célèbre archevêque anglican, voilà qui est un peu fort de café….et qui mérite une explication. Les Chinois, principaux partenaires commerciaux de Pretoria s’y opposent. Et quand Pékin dit : « Non », on ne tergiverse pas.

Il est toujours troublant de voir combien de peuples qui se sont battus pour leur indépendance et ce qu’ils nommaient leur dignité oublient facilement leurs idéaux dès lors qu’un contrat de deux milliards de dollars est en jeu. Sans doute pourraient-ils dire à leur décharge, comme ce gentleman anglais cité par Schopenhauer : « Je ne suis pas assez riche pour me payer une conscience ». Ajoutez à cela un désir de servitude bien ancré dans le cœur humain – et le tour est joué.

Sans doute faut-il être aussi naïf que ce cher Desmond Tutu (c’est lui qui a inventé le slogan du pays arc-en-ciel) pour en éprouver du dépit. Gageons que le printemps arabe suscitera encore plus de désillusions. On se trompe rarement en politique en pariant sur le pire.

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