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L’Europe selon Henri Frenay : la politique d’abord !

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Henri Frenay Europe politique

Le prix Nobel de la paix a été décerné à l’Union européenne. Ce choix pour le moins surprenant salue à juste titre la vocation fédératrice de l’UE à l’heure où son effondrement est souvent évoqué. Ironie politique, l’actuelle capitale européenne, Bruxelles, est celle d’un pays rongé par les conflits politiques et économiques opposant Wallons et Flamands, symbolisant ainsi parfaitement la situation de l’Union. À l’origine du dysfonctionnement de l’Europe : une organisation soumise à la sphère économique et non guidée par un projet politique et militaire commun pourtant comme le proposait Henri Frenay pendant la Seconde Guerre mondiale.

Délibérement occulté par les gaullistes et les communistes, Henri Frenay connut un destin exceptionnel. Fondateur en 1940 de Combat, premier mouvement de Résistance intérieure française, Frenay fut le chef de l’Armée des ombres pour paraphraser Joseph Kessel. Pour les communistes, il incarne celui qui les priva du pouvoir de se revendiquer comme étant les premiers résistants face à l’occupant nazi. Des mythes mensongers virent ainsi le jour sous leur propagande funeste, destinée à souiller la mémoire du véritable héros. Aux yeux des gaullistes, il est coupable d’un péché originel : sa résistance est née en France au milieu de tous les dangers sans répondre, injure suprême, à l’appel du 18 juin dont les échos faiblement captés ne comptent pour rien dans la création et le développement extraordinaire de Combat. Ceci ne pouvait lui être pardonné par De Gaulle. Certes, Frenay avait rallié le gaullisme mais un gaullisme de raison. Il refusa de se plier à la prétendue doctrine politique, inventée par la suite, qui impliquait une soumission totale à la personne du général : « Je hais par-dessus tout le sectarisme gaulliste, écrivit-il en avril 1944. « Par-dessus tout ? Oui parfaitement, car pour moi le gaullisme… c’est la France… et la France, si elle était sectaire, ne serait plus la France… »[1. Henri Frenay, La Nuit finira, Paris, Editions Robert Laffont, 1973. L’une des critiques les plus cinglantes du général de Gaulle fut écrite par Henri de Kérillis, seul député de droite à avoir refusé la signature des Accords de Munich en 1938. Voir à ce propos De Gaulle dictateur, Montréal, Librairie Beauchemin, 1945.]. Fort d’une pensée indépendante, Frenay n’adhéra pas à la supercherie gaulliste qui, rappelons-le, donna notamment naissance à une bureaucratie de technocrates connue sous le nom d’ENA.

Avant Jean Monnet et Robert Schuman, Frenay avait eu l’idée d’une union entre les pays européens. En 1941, il avait écrit dans Les Petites Ailes : « Nous voulons en Europe une fédération d’Etats égaux avec une Allemagne guérie de sa mégalomanie ». En juillet 1942 avec Bourdet et Hauriou, il poursuivait dans le journal Combat : « Les Etats-Unis d’Europe, étape vers l’unité mondiale seront bientôt une réalité vivante pour laquelle nous combattons ». Si cette dernière phrase peut faire sourire, l’idée de l’Union européenne était bel et bien lancée : pour la première fois dans l’histoire mouvementée du continent, celle-ci émanait d’un citoyen et non d’un empereur au faîte de sa gloire, traduisant par conséquent la mise en œuvre d’un intérêt commun voué au progrès des peuples. Surtout, l’idée européenne germait dans l’esprit d’un citoyen d’un pays vaincu et occupé, et non dans celui d’un conquérant vainqueur, ce qui en modifiait radicalement la philosophie.

Pour concrétiser son projet, Frenay rédigea un mémorandum à l’attention du général De Gaulle dans lequel il expliquait que l’Europe continentale se transformerait à nouveau en champ de bataille et que son sort en dépendrait pour la suite. Comment dès lors ne pas s’indigner de l’absence de celle-ci au sein des instances militaires et politiques qui auront à en en sceller le sort ? Le socle de l’unité européenne était alors d’autant plus facile à poser que la présence de nombreux gouvernements en exil à Londres aurait permis la tenue d’une conférence internationale. Mais en 1942, la proposition de Frenay était loin de faire l’unanimité au sein des milieux français à Londres. Remis à de Gaulle et à Pleven, commissaire aux Affaires étrangères, ce mémorandum ne reçut aucune réponse. Dès 1942, les Gouvernements des Etats européens en exil auraient pourtant pu fonder dans la capitale britannique une alliance politique et militaire commune et prendre un demi-siècle d’avance sur le calendrier de l’Histoire. Cette union, si elle avait été couronnée de succès, aurait-elle pu empêcher l’URSS de plonger une partie de l’Europe dans les ténèbres communistes ?

Europe : la politique d’abord !

Contrairement à l’Europe née sous l’impulsion de Monnet et Schuman, fondateurs de la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA), l’Europe de Frenay devait, dans un premier temps, s’articuler autour d’une alliance politique et militaire communément décidée. De cette alliance était censé découler un partenariat économique européen : la sphère économique aurait dû, en fin de compte, dépendre du politique et non le politique de l’économique, inversion initiatrice du dysfonctionnement de l’actuelle UE. Au début des années 1950, une initiative connue sous le nom de Communauté européenne de défense (CED) avait toutefois été proposée. Face à la menace des troupes soviétiques postées à ses frontières, l’Allemagne, privée d’armée depuis la fin de la guerre, demanda aux alliés le droit de se doter d’une force militaire. Si le principe du réarmement allemand fut soutenu par les membres de l’OTAN, la France et la Belgique s’y opposèrent. Le président du Conseil René Pleven proposa alors une alternative : le plan qu’il élabora consistait à fonder une armée européenne, placée sous le commandement d’un ministre européen de la Défense dépendant de l’OTAN. De concert, gaullistes et communistes refusèrent, en 1954, ce projet qui aurait pourtant permis à l’Europe de concrétiser une alliance militaire et politique commune bien que chapeautée par l’OTAN. Frenay milita en ce sens lorsqu’il fonda l’Union Européenne des Fédéralistes en 1948. Cette idée aurait permis aux Etats européens de réaliser une idée similaire sans être tributaire de l’OTAN puisque cette organisation n’existait pas en 1942. Ainsi que le fit remarquer sans succès celui-ci à de Gaulle : « Au lieu de revendiquer pour la France un petit strapontin à la table des Grands, il est possible d’obtenir le grand fauteuil à la table des Petits, et, d’un coup, De Gaulle aurait le droit de parler en leur nom, c’est-à-dire au nom de l’Europe qui, au lendemain de la guerre, poursuivra sur le chemin de l’unité, où, ici, elle aura été engagée ». L’échec de la CED auquel est également associé Pierre Mendès France conduisit Frenay à renoncer à toute action européenne tant il avait déjà goûté au miel amer des fonctionnaires européens.

Aujourd’hui, une certaine logorrhée législative tente de combler l’absence initiale d’un véritable projet politique européen. Quantité de traités, de lois et de directives se sont ainsi succédé pour tenter de panser les plaies de l’Europe sans parvenir à pleinement satisfaire l’ensemble des populations des Etats membres. Les avancées économiques et juridiques de l’UE, créées par le Traité de Maastricht en 1992, ont progressivement instauré une certaine « tyrannie des technocrates», déformant la vision plus idéale de ses créateurs.
De plus, l’essor de partis aux tendances extrémistes s’accroît au sein de l’Union : l’Europe manquerait-elle alors à sa vocation originelle ? Ces mouvements acquièrent actuellement une forte popularité démontrant que l’amenuisement de la souveraineté étatique, et non l’excès de celle-ci, constitue, entre autres, la cause de leur développement. Portant atteinte à la souveraineté de l’Allemagne, le Traité de Versailles, conclu en 1919, n’avait-il pas permis à un petit caporal autrichien d’attiser la frustration allemande pour fonder le IIIème Reich ? Si l’Etat souverain fut le meilleur instrument d’adaptation des sociétés à leur environnement, ne faudrait-il pas repenser autrement la souveraineté ? L’Etat pourra alors plus facilement s’adapter à la scène internationale, et à la scène européenne qu’il faudra munir d’un réel projet politique, pour le bien-être et le progrès des peuples, finalités premières à atteindre.

*Photo : alibaba0.

On vide mes poches, on bourre les crânes

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trop d'impôts locaux

Comme tous les ans, j’ai retrouvé en rentrant de vacances un courrier tricolore me sommant de payer, dans des délais qui expirent bientôt et sous peine de majoration, ma taxe foncière. Comme tous les ans, son montant avait augmenté plus vite que les tarifs pratiqués sur la Côte d’Azur par ces voleurs patentés que l’on appelle commerçants pour touristes.

Je sais bien qu’il faut s’acquitter des impôts locaux qui assurent les dépenses des communes et du département pour financer les routes truffées de radars qui luttent contre la violence routière en tapant les délinquants au portefeuille.
Je sais bien qu’il faut construire et entretenir des lycées et des collèges où les profs se font tabasser, où les flics n’entrent pas pour arrêter la racaille scolarisée qui cogne sur le corps enseignant, et des tribunaux où des juges relâchent, après leur avoir fait les gros yeux, ces jeunes incivils et désorientés. [access capability= »lire_inedits »]
Je sais bien que la dépense sociale du département est pesante, et qu’il faut remplir le tonneau percé du RSA pour subvenir aux besoins, entre autres, d’une population sans repères qui nous cambriole quand nous sommes à la plage parce que, sans ces subsides, elle nous cambriolerait toute l’année.
C’est donc satisfait du devoir citoyen à accomplir que j’ai saisi mon chéquier et mon stylo pour m’acquitter d’une dette sans fond ni fin et participer à cette contribution sociale mais pas tout à fait généralisée qui vise à transférer de l’argent de ceux qui se retroussent les manches vers ceux qui tendent la main.

Et puis, au moment d’inscrire la somme qui aurait pu faire vivre dans leur pays d’origine 100 petits Français en devenir, mais qui payera des Nike à 10 ici, les mots de Jérôme Guedj, député de l’Essonne, qui a accordé un entretien à Causeur en septembre, me sont revenus en mémoire. L’élu socialiste avait commencé une phrase par : « En tant qu’élu et militant politique… » Un souvenir en amenant un autre, j’ai revu cette affiche de l’association RESF (Réseau éducation sans frontières) sur les panneaux du Conseil général de l’Essonne. On y voyait un jeune clandestin et on pouvait y lire : « Donnons-lui une chance d’étudier » − et sans doute ainsi de retrouver le droit chemin après avoir pris la route pour venir en France en violation de la loi.
J’ai revu aussi celle qui tapissait les abribus et les quais de gares, où l’on voyait un jeune issu d’une minorité visible, victime de discrimination raciale, qui ne parvenait pas à trouver un appartement, et dont l’objectif était d’indigner l’usager du bus ou du train sur le sort du sans-logement et sur le racisme en général.
J’ai revu enfin celle, toujours estampillée « collectivité territoriale », qui représentait un couple de lesbiennes interpellant le passant contribuable en ces termes : « Machine et machine ne peuvent pas adopter, vous trouvez ça normal ? » (Qu’on me pardonne, je retiens rarement les prénoms des filles que je ne peux pas envisager sexuellement).

Que l’on se comprenne bien : je me fiche pas mal que les lesbiennes puissent ou ne puissent pas adopter un enfant, même si je comprends mal qu’animées d’un désir apparemment si ardent, ces femelles ne sachent en faire et ne puissent souffrir une seule pénétration mâle suivie d’une unique éjaculation, ce qui, paraît-il, ne dure parfois que quelques secondes. Je me moque que de bons samaritains veuillent secourir des sans-papiers ou que des officines antiracistes invitent les bailleurs ou les agences immobilières, par affichage départemental, à ouvrir les portes de leurs logements vides à la diversité.
Ça ne me dérange même pas que tous ces braves gens tentent de me venir en aide dans mon combat contre les démons du racisme ou de l’homophobie quand je ne m’en sors pas tout seul.
Mais j’ai un problème, je suis près de mes sous. Des filles plus dépensières les unes que les autres ont bien entrepris de me rééduquer mais, contre toutes leurs attentes, je reste définitivement radin. Je triche tant que je peux avec les impôts mais, quand je ne peux plus, je paye. Alors quand je vois mon pognon étalé sur les murs de ma ville parce que des associations antiracistes et homophiles ont fait appel au militantisme politique de mon élu, ça m’agace.

Je crie alors aux voleurs subventionnés, aux associations de malfaiteurs dans le camp du Bien, aux politicards qui, non seulement jouent aux Robins des bois en volant les travailleurs pour donner aux bons à rien, mais qui jettent en plus mon argent par les fenêtres ouvertes de la France moisie. Dans ces moments-là, je sens des oursins me pousser dans les poches, je range mon chéquier et je rebouche mon stylo. Jusqu’à la première relance ou la dernière mise en demeure.[/access]

Déserts médicaux : Il n’est pas né le divin enfant

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On le mesure comment, le degré de civilisation ou de développement d’un pays ? À l’équilibre de ses comptes ? Au montant de son PIB ? À l’aménagement de son territoire ? À son système éducatif ? À sa politique d’accueil des personnes âgées ? De la petite enfance ?

Une des phrases les plus énervantes, un des lieux communs les plus rebattus à propos de la Dette est qu’il ne faut pas la laisser à nos enfants et que nous vivons à crédit sur leur pauvre petit dos qui n’en pourra mais. Cela a justifié le redécoupage au hachoir sous le précédent quinquennat des cartes médicale, judiciaire, fiscale, postale, policière, scolaire. On ne compte plus le nombre de commissariats, de tribunaux, de perceptions, d’écoles qui ont fermé dans un souci de rationalisation. Seulement, maintenant, on entre dans le dur. Et il y a déjà un enfant qui n’aura pas à supporter le poids de la Dette puisqu’il est mort.

Le 19 octobre, vers midi, sur l’autoroute A-20 qui mène à Brive, une femme a accouché sur la bande d’arrêt d’urgence. Les pompiers ont constaté la mort du nouveau-né à 12h00. La femme venait du Lot, du côté de Figeac. Il n’y a plus qu’une maternité dans le département du Lot, pour 170 000 habitants. Elle se trouve à Cahors. Figeac était plus près de Brive que de Cahors. Pas assez près tout de même, une fois que le gynécologue a constaté qu’il y avait urgence.
Un médecin du cru attribue ce drame au « désert médical » qui s’installe dans certaines zones de France et l’association Que Choisir estime que 3, 7 millions les Français touchés par « la fracture sanitaire ».

Sinon, l’objectif des 3% de déficit est maintenu pour 2013 par le gouvernement. On est bien content.

Le Copé de 2012 est-il le Sarkozy de 2002 ?

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Copé sarkozy UMP

Copé aime les provocations. Quand il ne parle pas des enfants privés de pains au chocolat pour cause de Ramadan, il brandit le racisme anti-blanc. Ses snipers aiment aussi les coups de force comme l’ex-FN Guillaume Peltier qui veut des quotas de journalistes de droite dans l’audiovisuel public.

Les éditorialistes ont alors vite fait de pointer une stratégie de « droitisation », celle-là même qui aurait fait perdre Nicolas Sarkozy en mai dernier. « Dans la compétition pour la présidence de l’UMP, pourquoi reprendre la stratégie de droitisation de M. Sarkozy, alors qu’il a perdu à la présidentielle ? » lui demandait récemment Le Monde.

Mais le quotidien du soir oublie de dire que rassembler la France, ce n’est pas rassembler l’UMP. Ce sont les militants encartés et non les électeurs lambda qui désigneront le futur président du parti. Il ne s’agit pas de séduire des gens aux idées diverses mais au contraire de raviver la flamme d’une même doctrine. Les sondages qui donnent Fillon gagnant se fourvoient aussi en se basant sur les sympathisants et non les adhérents UMP.

Cela, Copé l’a bien compris. Sa cible, c’est le cœur du parti, ceux qui ont suivi Nicolas Sarkozy jusqu’au bout, ceux qui ont cru à la « rupture » et au Kärcher, quitte à se montrer trop tranchant et provocateur envers la gauche. À l’inverse, Fillon veut déjà s’imposer comme un homme d’Etat et compte non seulement plaire aux UMP de souche mais aussi au centre-droit voire plus loin. Fillon vise moins le Congrès de novembre que la présidentielle de 2017.

De ce point de vue, la stratégie de Copé paraît nettement plus pertinente. Un discours de droite pour séduire un parti de droite. Une stratégie déjà employée par Nicolas Sarkozy avant 2007. À l’époque, l’ex-balladurien cherchait à s’imposer contre le clan Chirac. Ses provocations et son discours « musclé » ne l’ont nullement empêché de devenir président de l’UMP en 2004 puis d’être investi candidat à l’Elysée en 2007 au détriment de Villepin.

Une des caractéristiques de Copé, c’est la multiplication des interventions médiatiques. Le Lab d’Europe 1 a compté 12 apparitions à la télé et à la radio entre le 15 septembre et le 15 octobre contre 3 pour Fillon. A l’inverse, les snipers de Fillon apparaissent plus que leurs homologues copéistes, 10 interventions pour l’équipe Copé contre 20 pour l’équipe Fillon.

Une omniprésence qui n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur. Parmi ses plus gros coups de force : l’émission « 100 minutes pour convaincre » en novembre 2003 où il affronta Jean-Marie Le Pen et prononça le célèbre « Pas seulement quand je me rase », un record d’audience : plus de 6 millions de téléspectateurs. On peut aussi parler de sa visite sur la dalle d’Argenteuil en 2005, des récupérations de faits divers et de la mise en scène de sa vie privée. Avant même son accession à l’Elysée, Sarkozy est devenu le symbole de la bête médiatique.

Autre thème de Copé : la « droite décomplexée ». Thème repris dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, une occasion de refaire parler de lui. La « droite décomplexée », Sarkozy en parlait déjà en 2007. « J’ai contribué à décomplexer la droite française, même si je n’ai pas l’intention de la laisser se caricaturer », disait-il en septembre 2006 dans Le Figaro Magazine.

Copé s’est aussi distingué en entretenant un rapport ambigu avec le Front National. S’il refuse toute alliance, il ne se gêne pas pour parler aux « électeurs du FN » et compte parmi ses fidèles Guillaume Peltier, ex du FN. Dans son livre, il dénonce le « racisme anti-blanc », un thème phare de l’extrême-droite radicale. Sarkozy avait employé la même stratégie en employant un registre dur avec son « Kärcher » et ses « racailles », en investissant les thèmes de l’immigration et l’insécurité en tant que ministre de l’Intérieur. Son fameux « la France, tu l’aimes ou tu la quittes » d’avril 2006 était aussi un clin d’oeil appuyé aux électeurs du FN. À la même époque, il déclarait encore : « Si Le Pen dit : ‘Le soleil est jaune’, devrais-je dire qu’il est bleu ?».

Bref, le discours de Copé ne relève pas du « dérapage » ou de la déviance idéologique mais d’une stratégie de communication mûrement réfléchie. Son objectif : devenir celui qui ose à droite, être clivant, faire parler de soi pour tout et n’importe quoi, avoir toujours un coup d’avance sur ses adversaires, à l’inverse d’un Fillon passif et trop consensuel.

Bien évidemment, cette stratégie ne garantit pas la victoire à Copé. Sarkozy avait réussi à s’imposer contre un Chirac vieillissant et un Villepin sans réelle base politique, Copé doit affronter François Fillon, ex-Premier ministre et favori des sondages. Le secrétaire général de l’UMP espère compenser son manque d’aura par son art de la provocation. Reste à savoir si les adhérents UMP se laisseront duper.

*Photo : UMP.

Angleterre au bord de la crise de nerfs

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Munitions ken bruen carthage james

Deux romans noirs, qui sortent ces jours-ci, montrent si besoin en était la vitalité du roman noir britannique, une vitalité inversement proportionnelle à une société en crise, qui doute d’elle-même et perd tous ses repères traditionnels derrière une apparente bonne santé comme le visage d’une lady déformé par les liftings successifs.
Il y a d’abord Munitions (Série Noire) de Ken Bruen. Bruen est Irlandais et il est notamment l’auteur d’un cycle romanesque autour du privé de Galway, Jack Taylor. Son autre série, dans laquelle s’inscrit Munitions, tourne autour d’un commissariat londonien. On peut bien entendu lire chaque épisode indépendamment les uns des autres et découvrir ou retrouver avec plaisir une galerie de flics tous plus atteints les uns que les autres, corrompus, désespérés, sentimentaux, meurtriers à l’occasion, alcooliques, drogués et au bout du compte, dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, très efficaces dans leur boulot puisqu’ils finissent par se confondre parfaitement avec ceux qu’ils sont chargés de traquer. A ma connaissance, Ken Bruen n’a pourtant pas entendu parler de la BAC des quartiers Nord de Marseille.
Dans Munitions, on voit le pire de la bande, le sergent Brandt, être abattu et blessé gravement dans un pub. Comme à peu près tout le monde, y compris ses collègues, voulait sa peau dans le secteur Sud-Est de Londres, l’enquête est assez difficile. D’ailleurs, personne n’a vraiment envie de la mener. Il faut dire, en plus, que tout le monde est très occupé ailleurs. Une femme sergent noire est traquée par une psychopathe libérée par erreur tandis qu’un autre agent, mis sur la touche pour violences policières, entre deux lignes de coke, ne trouve rien de mieux à faire que de monter une milice d’autodéfense avec des vieillards retraités.
Ken Bruen rend un hommage explicite au grand et regretté Ed Mc Bain qui, avec sa saga du 87ème commissariat, avait le premier imaginé de suivre sur des années tout un groupe d’hommes, substituant ainsi au personnage du flic solitaire, une manière de héros collectif. La différence, chez Ken Bruen, c’est qu’il s’agirait plutôt d’un anti-héros.

Dans un style apparemment beaucoup moins énervé mais beaucoup plus pervers, Bill James dans Lettres de Carthage, dresse un portrait acide et angoissant de la upper middle class anglaise, névrosée, paranoïaque et complètement déboussolée. L’action se passe dans une banlieue chic de Birmingham où s’entrecroisent des intrigues qui indiquent toutes que derrière les façades policées, la courtoisie hypocrite et la convivialité obligatoire qui crée une forme de promiscuité luxueuse, tout n’est que violences feutrées, pulsions incontrôlables et désirs de mort. Ce gentil mari par exemple, courtier de son état, dont le passe-temps favori est de tailler ses haies en forme d’oiseau ou d’éléphant n’aurait-il pas été jadis un assassin ? Sa femme qui confie à sa mère, sur un ton égal, ses angoisses sur la situation irakienne et ses partouzes échangistes du samedi soir est-elle juste un peu folle ou franchement dangereuse ?
Tout le talent de Bill James, dans Lettres de Carthage, tient davantage à sa virtuosité qu’à l’originalité de son propos. En effet, Lettres de Carthage est un polar totalement épistolaire. Le lecteur ne saura jamais vraiment à quoi s’en tenir, chaque lettre des protagonistes apportant un angle différent à l’histoire et démentant au fur et à mesure ce que l’on croyait avoir appris.
Le décalage entre l’horreur des révélations qui se font par petites touches et le ton des missives qui parodient talentueusement celui de la grande tradition du roman anglais du XVIIIème siècle façon Clarisse Harlowe, achève de plonger le lecteur dans un malaise exquis au sens où l’on parle, en médecine, de douleur exquise.

Bienvenue, donc, dans cette Angleterre où l’on meurt avec la même facilité dans un pub sordide ou sur un gazon trop bien tenu !

Munitions, Ken Bruen (Gallimard/Série Noire)
Lettres de Carthage, Bill James (Rivages/Thriller)

Yves Camdeborde nous invite à son comptoir

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Yves Camdeborde sur le zinc

Le livre d’Yves Camdeborde, Sur le Zinc, Le Retour du hors-d’œuvre, peut apparaître comme un éloge du petit. Un hymne à la finesse, à la mesure, aux infimes portions, au repas succinct, à l’assiette modeste. À qui s’adresse-t-il ? Aux portefeuilles légers, aux appétits délicats.
On nous parle à longueur de recettes, de pincées, de cuillerées, de fines lamelles, de petits cubes, de bâtonnets, de verrines, de ramequins, de sucettes, de bouchées… Et ces produits : oignons émincés, œufs de poisson, zestes d’agrumes, pointes d’asperges, fèves, pois chiches, noix de cajous, petits pois, pipas, langues d’oiseaux, graines de moutarde…
Pourtant, quand on tourne les pages et qu’on referme enfin ce grand et beau livre, l’estomac gargouille, la bouche salive. On a faim !

Les magnifiques photographies d’Yves Duronsoy n’y sont pas pour rien. Étalés sur une pleine page, ces hors-d’œuvre apparaissent gargantuesques. Les verres de vin qui les accompagnent, que ce soit les ballons pleins de Morgon de Marcel Lapierre ou les verres basques emplis d’Irouleguy pétillant, ne sont-ils pas là pour étancher la soif éveillée par les jambons, les encornets, les olives farcies ?

« Car nous autres, Français, ne sommes pas les derniers à avoir réclamé des allumettes, des croquettes, des paupiettes, des bouchées, des beignets et des farcis arrosés de vin frais » explique Yves Camdeborde. Il justifie ainsi, dans son introduction, son attachement à ces plats, par opposition aux tapas, antipasti, mezze, ou makis.

Ce mot de paupiette éveille un souvenir. Cette scène des Barbouzes, dialoguée par Michel Audiard, où Lino Ventura commande son déjeuner :

« Vous allez me mettre des paupiettes à l’ouverture puis un plat de côtes. Non, non, attendez ! Mettez-moi d’abord un civet au lieu des paupiettes. Et puis mon plat de côtes après, quoi. Et puis glissez-moi une petite paupiette avec, quoi, hein…
– Vous prendrez bien un petit dessert ?
– Ah ouais ! Vous avez des tartelettes ?
– Oui.
– Et bien, tout de suite après le fromage, je les voudrais bien volontiers. Et puis après, ben… une petite bricole. Ce que vous avez quoi. Une petite crème renversée ou une petite glace. »

Serait-ce les radis qu’il a grignotés juste avant qui ont ouvert un tel appétit ?

Si l’on dresse la liste d’autres produits qu’utilise Yves Camdeborde, on retrouvera l’influence de la cuisine des bistrots, de la « bonne bouffe populaire » : champignons, pain maïs, aile de caille, fois gras, tourteaux, andouillette, boudin noir, camembert, pommes dauphines, fromage de chèvre frais…

Avez-vous déjà posé le coude sur le zinc de l’Avant-comptoir, le bar à hors-d’œuvre qui jouxte le Comptoir du Relais Saint-Germain ? Vous savez alors qu’on n’y entre pas seulement pour attendre en picorant de s’asseoir à la table du restaurant. On peut y rester des heures, à enchaîner ces plats, petits mais riches, et à les arroser abondamment de la cuvée Au hasard et souvent de Jean-Christophe Comor. Certains pourront peut-être même dénicher un Tavel rosé d’Éric Pfifferling.
Chaque hors-d’œuvre pris séparément semble facile à réaliser : les recettes en sont claires et la plupart du temps les produits abordables. Mais le défi que relève au quotidien Yves Camdeborde, c’est de nous en offrir une ribambelle, à rassasier un gascon. Témoins les nombreuses images du lieu, débordant d’assiettes pleines et de bouteilles entamées.

Ce livre élégant n’est pas qu’un recueil de recettes rapides et légères, c’est une apologie de la convivialité de bistrot, un appel à ne pas se retenir.
Nous vous invitons donc à passer la porte de l’Avant-comptoir, Carrefour de l’Odéon, et à commander comme le père d’Achille Talon : « Tout le menu, deux fois, avec beaucoup de sauce. »
Enfin, pour connaître le secret d’un tel lieu, vous n’aurez plus qu’à lire Sur le zinc, le retour des hors-d’œuvre.

Sur le zinc, Le retour du hors d’œuvre, Yves Camdeborde, photographie d’Yves Duronsoy, Éditions Michel Lafon

17 Octobre 1961 : Mais c’est quoi, à la fin, la reconnaissance ?

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La reconnaissance n’est pas un synonyme de repentance et de demande de pardon, même si elle ne les exclut pas.

La reconnaissance, c’est ce qu’a fait Chirac le 16 juillet 1995, quand il a reconnu au nom de la France ce qui était connu et rendu public par les historiens : la responsabilité de l’État français de Vichy dans la persécution et la déportation des Juifs de France.

En 1992, une pétition lancée par le « comité Vel’ d’hiv’42 » avait demandé cette reconnaissance au président François Mitterrand, qui l’avait refusée, arguant que la République n’avait pas à rendre des comptes pour l’État français de Vichy. Il était pourtant bien placé pour savoir que Vichy n’avait pas été un corps étranger à la France.

À quoi a servi cette reconnaissance ? À deux choses.

À inscrire en pleine lumière, dans la mémoire et dans la conscience collective d’un peuple, un fait douloureux, un fait connu des historiens (après une très longue période de latence), mais largement contenu dans les colloques et travaux de cette instance savante.
Pas besoin d’avoir passé trente ans sur un divan pour comprendre qu’il est sain de reconnaître ce qu’on sait « quelque part » sans vouloir le savoir parce que ça fait mal.
Avant le discours de Chirac, Vichy était « un passé qui ne passe pas » comme l’écrivait l’historien Henry Rousso. Pour le faire passer, il fallait qu’il passe par un acte de reconnaissance, effectué symboliquement au nom de tous les Français, non juifs et juifs confondus..

La reconnaissance par le discours de Chirac a servi à réintégrer officiellement dans la communauté française les Juifs de France que Vichy en avait officiellement exclus.
Depuis ce jour, tous les Français, juifs et non juifs, partagent en principe la même mémoire, le même jugement, ce qui réconcilie tout le monde une fois pour toutes.

Il faut ajouter que la reconnaissance doit être faite au nom de la vérité, et, surtout, de toute la vérité. C’est pourquoi le discours de Chirac reconnaissait et rendait hommage aux Français résistants et aux Français qui ont aidé les Juifs, afin de ne pas tomber d’une vision unilatérale (La France entière résistante) à une autre (la France entière collaborationniste).

En ce qui concerne la tuerie du 17 octobre 1961 par la police française, la reconnaissance qui s’impose doit être celle des faits dans leur contexte, qui n’est pas celui de 1942, et elle doit être faite lucidement des deux côtés.

L’homoparentalité relève de l’expérimentation sur le vivant

Naouri famille mariage gay adoption

EL. Sommes-nous en train de fabriquer des générations de pervers ?
De fait, les slogans de 1968 « Il est interdit d’interdire » et « Jouir sans entraves » favorisent une orientation perverse. Je dirais que, jusqu’aux années 1950, les modèles familiaux fabriquaient grosso modo 40% d’hystériques, 40% d’obsessionnels et 15% de psychotiques et 5% de pervers. Aujourd’hui on doit créer 55% de pervers, 30% d’obsessionnels, 5% d’hystériques et 5% de psychotiques. C’est catastrophique, du moins pour le lien social.

EL. Après ça, on nous dira que la famille est une institution merveilleuse… qui offre le choix entre la peste et le choléra ! En ce cas, prônez-vous le retour à la famille vieille école fonctionnant selon le seul principe d’autorité, à la fois du père sur les enfants et du mari sur la femme ? A-t-on seulement le choix entre les parents-copains et les parents-flics ?
Les deux modèles sont aussi condamnables. Ne tombons pas dans le piège consistant à opposer un extrémisme à un autre. Entre la permissivité extrême et l’autorité extrême − deux extrêmes −, il y a quelque chose de beaucoup plus rationnel, de beaucoup plus simple, de beaucoup plus tranquille. Une famille dans laquelle les fonctions familiales sont assumées permet d’indiquer sans violence un certain nombre de faits et de nécessités. L’enfant doit pouvoir entrer dans la vie intra-familiale en suivant des règles. Ces règles existent partout et sont nécessaires au fonctionnement du monde.

EL. Comment doit être structurée cette famille ? Pourquoi l’exigence des règles implique-t-elle la nécessité de rester dans le modèle « papa-maman » ?
Précisément à cause de l’interdit de l’inceste que nous avons évoqué. À l’intérieur de la famille, il est essentiel que l’on puisse faire le distinguo entre les prérogatives des deux parents.[access capability= »lire_inedits »] Le lien entre la mère et l’enfant se tisse, comme je l’ai dit, pendant la grossesse. Au cours de ces 9 mois, le bébé enregistre quantité de choses à l’intérieur de sa matière cérébrale. Sa mère a donc une présence authentique et vérifiable pour lui dans son propre corps. La mère, de son côté, va concevoir cet enfant comme une partie d’elle-même et donc, la communication, par laquelle tout passe, sera d’une très grande fiabilité. Cette communication autarcique installe une mère dans ce qu’on va appeler la puissance. Comme je l’ai expliqué, l’interdit de l’inceste est venu de ce que, entre ces deux-là, les nécessités de la vie sociale ont installé un tiers appelé « père » auquel on a donné un pouvoir. Jusqu’à une période récente, le père était d’ailleurs considéré comme le chef de famille. Cela ne signifiait pas nécessairement le règne de l’autoritarisme : à l’intérieur d’un couple et d’une famille, les échanges existent. Et les formes que prenait ce pouvoir ont varié selon les époques, les cultures et les choix des individus. Mais en cas de désaccord porté devant la justice, le pouvoir du père primait.

GM. Peut-être, mais vous ne nous ferez pas avaler que, sur ce point, « c’était mieux avant ». Hommes et femmes, nous avons tous gagné avec l’égalité…
Sans doute, mais de l’égalité, on est passé, comme je l’ai dit, à l’indifférenciation des rôles en fabriquant la co-parenté, instituant deux parents logés exactement à la même enseigne. Tandis que la puissance de la mère était intouchée − car, pour la remettre en cause, il faudrait changer le mode de la gestation ¬− le père était destitué et invité à singer la puissance de la mère, le tout, prétendument, au bénéfice de l’enfant sur lequel il ne faudrait plus exercer la moindre répression. C’est la porte ouverte au laxisme et à ses méfaits.

EL. Comment se pose le problème pour les couples homosexuels ?
En réalité, du point de vue de la parentalité, il n’y a pas de grande différence entre le couple que je viens de décrire et un couple formé de deux hommes ou de deux femmes. Aujourd’hui, nous sommes dans une homoparentalité puisqu’il n’y a plus de prise en considération de la différence sexuelle entre la mère et le père pour définir leurs fonctions et leurs rôles respectifs par rapport à l’enfant.

GM. Diriez-vous qu’on assiste à la « maternisation » du monde ?
En tout cas, à la maternisation des pères. Or, je le rappelle, la mère a spontanément tendance à répondre à tous les désirs de son enfant, et aucune espèce de propension à réprimer. On attend du social, qui fonctionnait jadis sur le mode paternel, qu’il fonctionne sur le mode maternel et qu’il satisfasse sans distinction toutes les revendications. En somme, il n’y a plus personne pour dire non. Je le répète, on peut trouver cette éducation libérale-libertaire très sympathique, mais elle ne bénéficie qu’aux instances qui ont intérêt à la destruction de l’humanité, à commencer par celles du capitalisme.

GM. Alors que la procréation a tendance à s’affranchir de la nature, avec la procréation in vitro, les mères porteuses et, peut-être, un jour, le clonage, pourquoi les rôles parentaux seraient-ils nécessairement déterminés par le sexe biologique ? Pourquoi ne pas décider qu’au sein d’une famille homoparentale, l’un des adultes jouera le rôle de père et un autre celui de la mère ? Après tout, nombre de couples homosexuels reproduisent les vieux schémas des couples hétérosexuels, non ?
Ce jeu des rôles bute sur le fait que l’enfant percevra ses deux parents comme sexuellement identiques. Or, cette « mêmeté » l’empêchera de percevoir que, si ses deux parents sont à son service, ils ne le sont pas de la même façon. De plus, cette différence permet à l’enfant d’être inscrit dans deux histoires. Les conflits qui interviennent se situent entre le désir du père et celui de la mère. La mère, du fait de la gestation, a toute latitude de transmettre, même sans mot, son histoire. Le père ne peut en revanche transmettre quelque chose de la sienne qu’au travers du « filtre » que constitue naturellement la mère. Car c’est elle qui, le désignant comme tel à son enfant, l’introduit auprès de ce dernier. Et comment le fait-elle ? En laissant entendre par toutes ses conduites combien cet homme compte pour elle. Notez qu’elle détient, sa vie entière, la capacité de suspendre cette désignation – c’est sa puissance. C’est dans l’échange de la vie à deux que la mère et le père négocient un modus vivendi qui les enrichira l’un et l’autre. À condition de « durer » et de ne pas se considérer l’un l’autre comme des « consommables »

EL. Venons-en au mariage. Si l’on écoute les partisans du mariage homosexuel, il s’agit pour eux de pouvoir, comme les autres, proclamer leur amour. Mais il me semble que le mariage a été inventé pour protéger la filiation et la transmission des biens non ?
Les populations du Sepik (Nouvelle-Guinée) qui n’avaient jamais vu de Blancs avant 1957 et qui, du point de vue de la culture, en étaient restés à l’Âge de pierre, pratiquaient le mariage. De même que les tribus africaines du monde pré-biblique. En réalité, l’institution du mariage a dû suivre assez rapidement l’interdiction de l’inceste et la surveillance des appariements qui en a découlé. Le sens symbolique du mariage est très important : il s’agit de prendre la société à témoin de ce que chacun des conjoints cesse d’être l’enfant de ses parents pour devenir le partenaire de l’autre. L’enfant de ses parents devient ainsi leur égal. C’est la raison pour laquelle, dans les familles juives pratiquantes, lorsqu’un père va passer le shabbat chez son fils marié, c’est le fils et non le père qui prononce le kiddouch. C’est un changement de référentiel sur lequel vont se greffer d’autres dimensions. Le mariage permet à un individu de sortir de sa définition première pour acquérir un statut nouveau.

EL. Mais enfin, vous ne pouvez pas ignorer la vraie vie et l’évolution des sociétés. Il est tout de même heureux que les homosexuels n’aient plus à se cacher et que les sexualités minoritaires ne soient plus tenues pour inférieures. Comment concilier les exigences de l’ordre symbolique et les nécessités de la vie ?
Dans la perspective que je viens d’énoncer, je ne crois pas que le mariage entre personnes du même sexe pose des problèmes insurmontables. En revanche, l’adoption par ces mêmes couples relève de l’expérimentation sur le vivant. Et ça, c’est très grave.[1. Je recommande à ce sujet un excellent ouvrage à l’argumentaire serré et très agréable à lire : Homoparenté, de Jean-Pierre Winter (Albin Michel, 2010).]

EL. « Mariage et adoption pour tous » : cette phrase d’Ayrault a été peu relevée dans les médias. C’est un peu « Bonheur pour tout le monde ! » Au-delà du ridicule, que vous inspire cette formule ?
Une grande inquiétude. C’est encore une façon de subvertir le langage. C’est exactement comme « Paris-Plages » : on déverse du sable sur les quais, on plante trois palmiers et on nous dit : « Ceci est une plage. » Et là, on dit à des enfants : « Ceux-ci sont tes papas » ou « Celles-ci sont tes mamans ». C’est une folie pour l’enfant. Vous savez, j’ai exercé la pédiatrie pendant quarante ans : je ne m’occupais pas des enfants mais des parents. Le bébé qu’on me confiait était un petit corps doté d’un potentiel et fondateur lui-même d’une histoire héritée des deux dont il était issu et dont il était un chaînon commun. Pour que son histoire soit la plus légère pour lui et qu’il puisse exploiter son potentiel au maximum, il était indispensable de lui conférer deux parents de qualité. Or, en discutant avec les parents, j’ai réalisé qu’il fallait d’abord faire tout un travail préalable avec eux pour qu’ils puissent accéder aux mots que je disais. Qu’ils revisitent leur propre enfance et qu’ils comprennent ce qui les avait conduits à se rencontrer et s’unir. Pour préserver les enfants, il faudrait remplacer le slogan « L’enfant d’abord ! » par « Le couple d’abord ! ». Mais je vois bien dans la génération de mes propres enfants que les parents sont obligés de lâcher du lest dans la discussion avec leurs propres enfants du fait de l’environnement idéologique dans lequel ils vivent. Malheureusement, cet environnement que la phrase du Premier ministre résume à la perfection, ne nous aide pas à donner aux enfants les meilleurs parents possibles.[/access]

Pour Fleur Pellerin, la lutte des classes n’existe pas

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Fleur Pellerin PS

Fleur Pellerin est à la gauche ce que le Galak est à l’amateur de cacao. Ce n’est pas parce qu’il y a marqué « chocolat » sur la plaquette que l’on va en manger. Le signifié et le signifiant divorcent définitivement au temps du social-libéralisme vert. Pour ceux qui avaient des doutes, la charmante sous-ministresse, chargée de l’économie numérique ou d’une de ces appellations virtuelles qui sentent tout sauf la sueur du prolo, a déclaré récemment au Parisien qu’elle « ne croyait pas à la lutte des classes » , que les personnels des PME étaient « en osmose » avec leur patron et qu’ « il n’y avait pas de honte à s’enrichir ».

On pourrait lui répondre, symétriquement, sans davantage de preuves et avec la même assurance, que nous croyons nous dans la lutte des classes, que les tribunaux des prud’hommes prouvent chaque jour par les cas qu’ils ont à traiter que l’ « osmose » dans les PME est peut-être un terme légèrement hyperbolique pour décrire les relations patrons-salariés et que plus généralement, s’il n’y a pas de honte à s’enrichir, on ne voit pas pourquoi on s’énerverait contre les dealers de Saint-Denis ou les traders de la City qui appliquent ce sain principe au mépris de la common decency mais aussi de la loi (on en est où, à propos, de l’affaire des monumentales falsifications autour du Libor ?)
Tout ça pour une représentante du gouvernement, cela devrait quand même poser problème. Apparemment, non. En même temps depuis que l’on sait qu’une élue verte du XIIIème arrondissement explique sans rire, quand elle est soupçonnée d’être impliquée dans un trafic de coke et de blanchiment de l’argent qui va avec, façon Pablo Escobar de la place d’Italie, qu’en fait, elle cherchait juste à frauder le fisc pour ne pas payer l’ISF, on se dit que ce n’est plus à du Galak qu’on a à faire mais carrément à du Benco de contrefaçon.

Mais Fleur Pellerin a plus urgent à penser et notamment l’extension du très haut débit pour Internet. La lutte des classes n’existe pas, donc. Pourtant, cette vidéo, prise par le smartphone d’un facétieux collégien semble prouver que non seulement la lutte des classes existe toujours mais qu’elle est aussi l’objet d’un très haut débit dans la bêtise et l’abjection tranquille de ces sous-fifres intermédiaires qui se prennent pour des seigneurs. Saint-Domingue, La Baule, « votre salaire de merde », « vous allez crever », « pauvre connasse », tout y passe.

« Touchez ma bosse, monseigneur » comme dit avec humour l’agente de la SNCF agressée verbalement par ce divin abruti, apparemment cadre chez Orange. Orange qui s’est empressé d’affirmer que ce n’était aucunement représentatif des valeurs de l’entreprise et que rien ne prouvait les dires de cet individu. On les comprend, chez Orange. Cela pourrait faire croire que chez eux, à l’époque de Lombard, ou on se suicidait, ou on finissait en humaniste de ce genre-là.
Il a de la chance, finalement, le monsieur présumé orangiste. En d’autre temps, disons dans les années 70, quand les rapports de force étaient différents et que ce que gagnait une personne ne suffisait pas à prouver sa valeur humaine, ce n’est pas à une citation de Féval qu’il aurait eu le droit, le grossier personnage à l’hystérie lâche et insultante (il s’est fait reprendre au départ parce qu’il parlait trop fort dans son portable), mais au cassage de gueule réservé aux petits chefs, tels que les relatent Robert Linhart ou Daniel Rondeau, par exemple, dans L’Etabli ou L’Enthousiasme.

Bien sûr, la violence ne résolvait rien. Mais des fois, ça devait soulager… Juste une bonne baffe. Juste une…

PS : aux dernières nouvelles, après une enquête interne, Orange a reconnu qu’il s’agissait de l’un de ses salariés et lui a demandé de présenter ses excuses à l’employée. L’entreprise a également annoncé qu’elle allait s’excuser et a parlé d’un éventuel « accompagnement psychologique » pour l’individu en question. On n’est jamais trop prudent, chez Orange, depuis le passage de Didier Lombard…

*Photo : Mathieu Delmestre/Parti socialiste.

Bott, le cartographe de l’amour

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François Bott roman

Dans son dernier roman « Avez-vous l’adresse du paradis ? », François Bott joue les entremetteurs entre huit personnages, des hommes et des femmes, plus ou moins jeunes, qui s’entrecroisent au cours d’un laps de temps donné. L’écrivain se fait alors géographe des intermittences du cœur entre New-York, Paris et la Normandie, bravant les fuseaux horaires et le hasard. Son délicieux récit se découpe précisément en sept journées qui s’étalent du 7 novembre 2010 au 14 juillet 2011.

Rendez-vous manqués, rencontres fortuites, évocations du passé, relations d’un soir, espoirs, chagrins, abandons, les cartes sont sans cesse rebattues dans ce court roman sensible. Qui manipule ces destins ? Y a-t-il une logique à l’existence ? François Bott, général en chef de ce foutoir, tire des lignes de vie, à sa façon, élégante et discrète. Rassurez-vous, ce chassé-croisé amoureux n’a rien d’ésotérique. Nous ne sommes pas ici dans un roman New Age aux idées fumeuses ou dans les pantalonnades du théâtre de boulevard. Le terrain d’expression de Bott est la littérature. La grande a sa préférence. Le journaliste qui dirigeait jadis Le Monde des livres aime nous faire partager son goût pour les auteurs américains notamment Fitzgerald, Hemingway ou le brillant nouvelliste Ring Lardner. On prend donc beaucoup de plaisir à le lire, son écriture limpide dévoile un joli vibrato nostalgique.
En ces temps de rentrée littéraire, un livre bien écrit à la prose harmonieuse est accueilli avec ferveur. Le style de Bott, sa musique rétro entêtante, son émotion contenue, sa mélancolie larbaldienne sont des bouées de sauvetage dans une mer déchaînée. En 2012, il est encore possible d’écrire un roman en langue française qui a de la tenue en faisant fi des modes et des errements de notre époque. Nous avons parfois tendance à l’oublier face au déferlement boueux de septembre dans les librairies. Ce roman qui voit des couples se faire et se défaire est avant tout une formidable déclaration d’amour à la littérature et aux lecteurs. Bott est habile, rusé même, on se dit en ouvrant les premières pages « tiens, voilà un roman d’amour à plusieurs voix bien agréable, troussé à l’ancienne, un sujet conventionnel traité avec talent, mais rien d’original là-dedans » et plus les pages défilent, plus un territoire se dessine. Nous entrons alors dans une cartographie intime.

Un bon écrivain dépasse toujours son histoire en faisant exploser le cadre, son empreinte est toujours ailleurs, dans les interstices. Ne serait-ce que les multiples références littéraires qui parsèment l’ouvrage, elles résonneront longtemps dans votre tête, elles ricocheront et vous donneront envie de relire Flaubert, Proust ou Morand. Si vous êtes sensible comme moi aux villes de province, à leur charme désuet, à la pluie lancinante qui s’infiltre dans les cœurs, aux femmes juste entraperçues qui bouleversent une vie entière, aux rendez-vous manqués et aux quais de gare sordides, ce roman vous tiendra chaud cet automne. Il réveillera en douceur votre spleen. Quelle merveilleuse sensation ! C’est un sentiment tellement plaisant et apaisant de s’abandonner à la mélancolie. Un luxe de nos jours où la performance doit guider chacun de nos pas. Dans sa galerie de portraits, Bott a croqué des caractères dissonants – ce qui rend cette symphonie inachevée tellement plus belle. Vous trouverez, dans ce livre chic et drôle, un père fraîchement quitté et un fils apprenti diplomate aussi ambitieux qu’inexpérimenté, un sosie de Robert Mitchum au cœur tendre, une professeure rousse et désirable, une Lady rejouant l’éducation sentimentale à la terrasse du Dôme, un Gatsby, héritier d’une maison de champagne, échoué dans un Ibis de Laon ou une « madone des parkings » en quête de rédemption. Vous n’êtes pas à l’abri de tomber amoureux de Juliette, une rouquine d’un 1,57 mètre, qui « avait des airs de fête nationale française, même en novembre, même à New-York ».

« Avez-vous l’adresse du paradis ? », François Bott (Cherche midi)

*Photo : Jeff Wignall.

L’Europe selon Henri Frenay : la politique d’abord !

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Henri Frenay Europe politique

Henri Frenay Europe politique

Le prix Nobel de la paix a été décerné à l’Union européenne. Ce choix pour le moins surprenant salue à juste titre la vocation fédératrice de l’UE à l’heure où son effondrement est souvent évoqué. Ironie politique, l’actuelle capitale européenne, Bruxelles, est celle d’un pays rongé par les conflits politiques et économiques opposant Wallons et Flamands, symbolisant ainsi parfaitement la situation de l’Union. À l’origine du dysfonctionnement de l’Europe : une organisation soumise à la sphère économique et non guidée par un projet politique et militaire commun pourtant comme le proposait Henri Frenay pendant la Seconde Guerre mondiale.

Délibérement occulté par les gaullistes et les communistes, Henri Frenay connut un destin exceptionnel. Fondateur en 1940 de Combat, premier mouvement de Résistance intérieure française, Frenay fut le chef de l’Armée des ombres pour paraphraser Joseph Kessel. Pour les communistes, il incarne celui qui les priva du pouvoir de se revendiquer comme étant les premiers résistants face à l’occupant nazi. Des mythes mensongers virent ainsi le jour sous leur propagande funeste, destinée à souiller la mémoire du véritable héros. Aux yeux des gaullistes, il est coupable d’un péché originel : sa résistance est née en France au milieu de tous les dangers sans répondre, injure suprême, à l’appel du 18 juin dont les échos faiblement captés ne comptent pour rien dans la création et le développement extraordinaire de Combat. Ceci ne pouvait lui être pardonné par De Gaulle. Certes, Frenay avait rallié le gaullisme mais un gaullisme de raison. Il refusa de se plier à la prétendue doctrine politique, inventée par la suite, qui impliquait une soumission totale à la personne du général : « Je hais par-dessus tout le sectarisme gaulliste, écrivit-il en avril 1944. « Par-dessus tout ? Oui parfaitement, car pour moi le gaullisme… c’est la France… et la France, si elle était sectaire, ne serait plus la France… »[1. Henri Frenay, La Nuit finira, Paris, Editions Robert Laffont, 1973. L’une des critiques les plus cinglantes du général de Gaulle fut écrite par Henri de Kérillis, seul député de droite à avoir refusé la signature des Accords de Munich en 1938. Voir à ce propos De Gaulle dictateur, Montréal, Librairie Beauchemin, 1945.]. Fort d’une pensée indépendante, Frenay n’adhéra pas à la supercherie gaulliste qui, rappelons-le, donna notamment naissance à une bureaucratie de technocrates connue sous le nom d’ENA.

Avant Jean Monnet et Robert Schuman, Frenay avait eu l’idée d’une union entre les pays européens. En 1941, il avait écrit dans Les Petites Ailes : « Nous voulons en Europe une fédération d’Etats égaux avec une Allemagne guérie de sa mégalomanie ». En juillet 1942 avec Bourdet et Hauriou, il poursuivait dans le journal Combat : « Les Etats-Unis d’Europe, étape vers l’unité mondiale seront bientôt une réalité vivante pour laquelle nous combattons ». Si cette dernière phrase peut faire sourire, l’idée de l’Union européenne était bel et bien lancée : pour la première fois dans l’histoire mouvementée du continent, celle-ci émanait d’un citoyen et non d’un empereur au faîte de sa gloire, traduisant par conséquent la mise en œuvre d’un intérêt commun voué au progrès des peuples. Surtout, l’idée européenne germait dans l’esprit d’un citoyen d’un pays vaincu et occupé, et non dans celui d’un conquérant vainqueur, ce qui en modifiait radicalement la philosophie.

Pour concrétiser son projet, Frenay rédigea un mémorandum à l’attention du général De Gaulle dans lequel il expliquait que l’Europe continentale se transformerait à nouveau en champ de bataille et que son sort en dépendrait pour la suite. Comment dès lors ne pas s’indigner de l’absence de celle-ci au sein des instances militaires et politiques qui auront à en en sceller le sort ? Le socle de l’unité européenne était alors d’autant plus facile à poser que la présence de nombreux gouvernements en exil à Londres aurait permis la tenue d’une conférence internationale. Mais en 1942, la proposition de Frenay était loin de faire l’unanimité au sein des milieux français à Londres. Remis à de Gaulle et à Pleven, commissaire aux Affaires étrangères, ce mémorandum ne reçut aucune réponse. Dès 1942, les Gouvernements des Etats européens en exil auraient pourtant pu fonder dans la capitale britannique une alliance politique et militaire commune et prendre un demi-siècle d’avance sur le calendrier de l’Histoire. Cette union, si elle avait été couronnée de succès, aurait-elle pu empêcher l’URSS de plonger une partie de l’Europe dans les ténèbres communistes ?

Europe : la politique d’abord !

Contrairement à l’Europe née sous l’impulsion de Monnet et Schuman, fondateurs de la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA), l’Europe de Frenay devait, dans un premier temps, s’articuler autour d’une alliance politique et militaire communément décidée. De cette alliance était censé découler un partenariat économique européen : la sphère économique aurait dû, en fin de compte, dépendre du politique et non le politique de l’économique, inversion initiatrice du dysfonctionnement de l’actuelle UE. Au début des années 1950, une initiative connue sous le nom de Communauté européenne de défense (CED) avait toutefois été proposée. Face à la menace des troupes soviétiques postées à ses frontières, l’Allemagne, privée d’armée depuis la fin de la guerre, demanda aux alliés le droit de se doter d’une force militaire. Si le principe du réarmement allemand fut soutenu par les membres de l’OTAN, la France et la Belgique s’y opposèrent. Le président du Conseil René Pleven proposa alors une alternative : le plan qu’il élabora consistait à fonder une armée européenne, placée sous le commandement d’un ministre européen de la Défense dépendant de l’OTAN. De concert, gaullistes et communistes refusèrent, en 1954, ce projet qui aurait pourtant permis à l’Europe de concrétiser une alliance militaire et politique commune bien que chapeautée par l’OTAN. Frenay milita en ce sens lorsqu’il fonda l’Union Européenne des Fédéralistes en 1948. Cette idée aurait permis aux Etats européens de réaliser une idée similaire sans être tributaire de l’OTAN puisque cette organisation n’existait pas en 1942. Ainsi que le fit remarquer sans succès celui-ci à de Gaulle : « Au lieu de revendiquer pour la France un petit strapontin à la table des Grands, il est possible d’obtenir le grand fauteuil à la table des Petits, et, d’un coup, De Gaulle aurait le droit de parler en leur nom, c’est-à-dire au nom de l’Europe qui, au lendemain de la guerre, poursuivra sur le chemin de l’unité, où, ici, elle aura été engagée ». L’échec de la CED auquel est également associé Pierre Mendès France conduisit Frenay à renoncer à toute action européenne tant il avait déjà goûté au miel amer des fonctionnaires européens.

Aujourd’hui, une certaine logorrhée législative tente de combler l’absence initiale d’un véritable projet politique européen. Quantité de traités, de lois et de directives se sont ainsi succédé pour tenter de panser les plaies de l’Europe sans parvenir à pleinement satisfaire l’ensemble des populations des Etats membres. Les avancées économiques et juridiques de l’UE, créées par le Traité de Maastricht en 1992, ont progressivement instauré une certaine « tyrannie des technocrates», déformant la vision plus idéale de ses créateurs.
De plus, l’essor de partis aux tendances extrémistes s’accroît au sein de l’Union : l’Europe manquerait-elle alors à sa vocation originelle ? Ces mouvements acquièrent actuellement une forte popularité démontrant que l’amenuisement de la souveraineté étatique, et non l’excès de celle-ci, constitue, entre autres, la cause de leur développement. Portant atteinte à la souveraineté de l’Allemagne, le Traité de Versailles, conclu en 1919, n’avait-il pas permis à un petit caporal autrichien d’attiser la frustration allemande pour fonder le IIIème Reich ? Si l’Etat souverain fut le meilleur instrument d’adaptation des sociétés à leur environnement, ne faudrait-il pas repenser autrement la souveraineté ? L’Etat pourra alors plus facilement s’adapter à la scène internationale, et à la scène européenne qu’il faudra munir d’un réel projet politique, pour le bien-être et le progrès des peuples, finalités premières à atteindre.

*Photo : alibaba0.

On vide mes poches, on bourre les crânes

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trop d'impôts locaux

trop d'impôts locaux

Comme tous les ans, j’ai retrouvé en rentrant de vacances un courrier tricolore me sommant de payer, dans des délais qui expirent bientôt et sous peine de majoration, ma taxe foncière. Comme tous les ans, son montant avait augmenté plus vite que les tarifs pratiqués sur la Côte d’Azur par ces voleurs patentés que l’on appelle commerçants pour touristes.

Je sais bien qu’il faut s’acquitter des impôts locaux qui assurent les dépenses des communes et du département pour financer les routes truffées de radars qui luttent contre la violence routière en tapant les délinquants au portefeuille.
Je sais bien qu’il faut construire et entretenir des lycées et des collèges où les profs se font tabasser, où les flics n’entrent pas pour arrêter la racaille scolarisée qui cogne sur le corps enseignant, et des tribunaux où des juges relâchent, après leur avoir fait les gros yeux, ces jeunes incivils et désorientés. [access capability= »lire_inedits »]
Je sais bien que la dépense sociale du département est pesante, et qu’il faut remplir le tonneau percé du RSA pour subvenir aux besoins, entre autres, d’une population sans repères qui nous cambriole quand nous sommes à la plage parce que, sans ces subsides, elle nous cambriolerait toute l’année.
C’est donc satisfait du devoir citoyen à accomplir que j’ai saisi mon chéquier et mon stylo pour m’acquitter d’une dette sans fond ni fin et participer à cette contribution sociale mais pas tout à fait généralisée qui vise à transférer de l’argent de ceux qui se retroussent les manches vers ceux qui tendent la main.

Et puis, au moment d’inscrire la somme qui aurait pu faire vivre dans leur pays d’origine 100 petits Français en devenir, mais qui payera des Nike à 10 ici, les mots de Jérôme Guedj, député de l’Essonne, qui a accordé un entretien à Causeur en septembre, me sont revenus en mémoire. L’élu socialiste avait commencé une phrase par : « En tant qu’élu et militant politique… » Un souvenir en amenant un autre, j’ai revu cette affiche de l’association RESF (Réseau éducation sans frontières) sur les panneaux du Conseil général de l’Essonne. On y voyait un jeune clandestin et on pouvait y lire : « Donnons-lui une chance d’étudier » − et sans doute ainsi de retrouver le droit chemin après avoir pris la route pour venir en France en violation de la loi.
J’ai revu aussi celle qui tapissait les abribus et les quais de gares, où l’on voyait un jeune issu d’une minorité visible, victime de discrimination raciale, qui ne parvenait pas à trouver un appartement, et dont l’objectif était d’indigner l’usager du bus ou du train sur le sort du sans-logement et sur le racisme en général.
J’ai revu enfin celle, toujours estampillée « collectivité territoriale », qui représentait un couple de lesbiennes interpellant le passant contribuable en ces termes : « Machine et machine ne peuvent pas adopter, vous trouvez ça normal ? » (Qu’on me pardonne, je retiens rarement les prénoms des filles que je ne peux pas envisager sexuellement).

Que l’on se comprenne bien : je me fiche pas mal que les lesbiennes puissent ou ne puissent pas adopter un enfant, même si je comprends mal qu’animées d’un désir apparemment si ardent, ces femelles ne sachent en faire et ne puissent souffrir une seule pénétration mâle suivie d’une unique éjaculation, ce qui, paraît-il, ne dure parfois que quelques secondes. Je me moque que de bons samaritains veuillent secourir des sans-papiers ou que des officines antiracistes invitent les bailleurs ou les agences immobilières, par affichage départemental, à ouvrir les portes de leurs logements vides à la diversité.
Ça ne me dérange même pas que tous ces braves gens tentent de me venir en aide dans mon combat contre les démons du racisme ou de l’homophobie quand je ne m’en sors pas tout seul.
Mais j’ai un problème, je suis près de mes sous. Des filles plus dépensières les unes que les autres ont bien entrepris de me rééduquer mais, contre toutes leurs attentes, je reste définitivement radin. Je triche tant que je peux avec les impôts mais, quand je ne peux plus, je paye. Alors quand je vois mon pognon étalé sur les murs de ma ville parce que des associations antiracistes et homophiles ont fait appel au militantisme politique de mon élu, ça m’agace.

Je crie alors aux voleurs subventionnés, aux associations de malfaiteurs dans le camp du Bien, aux politicards qui, non seulement jouent aux Robins des bois en volant les travailleurs pour donner aux bons à rien, mais qui jettent en plus mon argent par les fenêtres ouvertes de la France moisie. Dans ces moments-là, je sens des oursins me pousser dans les poches, je range mon chéquier et je rebouche mon stylo. Jusqu’à la première relance ou la dernière mise en demeure.[/access]

Déserts médicaux : Il n’est pas né le divin enfant

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On le mesure comment, le degré de civilisation ou de développement d’un pays ? À l’équilibre de ses comptes ? Au montant de son PIB ? À l’aménagement de son territoire ? À son système éducatif ? À sa politique d’accueil des personnes âgées ? De la petite enfance ?

Une des phrases les plus énervantes, un des lieux communs les plus rebattus à propos de la Dette est qu’il ne faut pas la laisser à nos enfants et que nous vivons à crédit sur leur pauvre petit dos qui n’en pourra mais. Cela a justifié le redécoupage au hachoir sous le précédent quinquennat des cartes médicale, judiciaire, fiscale, postale, policière, scolaire. On ne compte plus le nombre de commissariats, de tribunaux, de perceptions, d’écoles qui ont fermé dans un souci de rationalisation. Seulement, maintenant, on entre dans le dur. Et il y a déjà un enfant qui n’aura pas à supporter le poids de la Dette puisqu’il est mort.

Le 19 octobre, vers midi, sur l’autoroute A-20 qui mène à Brive, une femme a accouché sur la bande d’arrêt d’urgence. Les pompiers ont constaté la mort du nouveau-né à 12h00. La femme venait du Lot, du côté de Figeac. Il n’y a plus qu’une maternité dans le département du Lot, pour 170 000 habitants. Elle se trouve à Cahors. Figeac était plus près de Brive que de Cahors. Pas assez près tout de même, une fois que le gynécologue a constaté qu’il y avait urgence.
Un médecin du cru attribue ce drame au « désert médical » qui s’installe dans certaines zones de France et l’association Que Choisir estime que 3, 7 millions les Français touchés par « la fracture sanitaire ».

Sinon, l’objectif des 3% de déficit est maintenu pour 2013 par le gouvernement. On est bien content.

Le Copé de 2012 est-il le Sarkozy de 2002 ?

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Copé sarkozy UMP

Copé sarkozy UMP

Copé aime les provocations. Quand il ne parle pas des enfants privés de pains au chocolat pour cause de Ramadan, il brandit le racisme anti-blanc. Ses snipers aiment aussi les coups de force comme l’ex-FN Guillaume Peltier qui veut des quotas de journalistes de droite dans l’audiovisuel public.

Les éditorialistes ont alors vite fait de pointer une stratégie de « droitisation », celle-là même qui aurait fait perdre Nicolas Sarkozy en mai dernier. « Dans la compétition pour la présidence de l’UMP, pourquoi reprendre la stratégie de droitisation de M. Sarkozy, alors qu’il a perdu à la présidentielle ? » lui demandait récemment Le Monde.

Mais le quotidien du soir oublie de dire que rassembler la France, ce n’est pas rassembler l’UMP. Ce sont les militants encartés et non les électeurs lambda qui désigneront le futur président du parti. Il ne s’agit pas de séduire des gens aux idées diverses mais au contraire de raviver la flamme d’une même doctrine. Les sondages qui donnent Fillon gagnant se fourvoient aussi en se basant sur les sympathisants et non les adhérents UMP.

Cela, Copé l’a bien compris. Sa cible, c’est le cœur du parti, ceux qui ont suivi Nicolas Sarkozy jusqu’au bout, ceux qui ont cru à la « rupture » et au Kärcher, quitte à se montrer trop tranchant et provocateur envers la gauche. À l’inverse, Fillon veut déjà s’imposer comme un homme d’Etat et compte non seulement plaire aux UMP de souche mais aussi au centre-droit voire plus loin. Fillon vise moins le Congrès de novembre que la présidentielle de 2017.

De ce point de vue, la stratégie de Copé paraît nettement plus pertinente. Un discours de droite pour séduire un parti de droite. Une stratégie déjà employée par Nicolas Sarkozy avant 2007. À l’époque, l’ex-balladurien cherchait à s’imposer contre le clan Chirac. Ses provocations et son discours « musclé » ne l’ont nullement empêché de devenir président de l’UMP en 2004 puis d’être investi candidat à l’Elysée en 2007 au détriment de Villepin.

Une des caractéristiques de Copé, c’est la multiplication des interventions médiatiques. Le Lab d’Europe 1 a compté 12 apparitions à la télé et à la radio entre le 15 septembre et le 15 octobre contre 3 pour Fillon. A l’inverse, les snipers de Fillon apparaissent plus que leurs homologues copéistes, 10 interventions pour l’équipe Copé contre 20 pour l’équipe Fillon.

Une omniprésence qui n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur. Parmi ses plus gros coups de force : l’émission « 100 minutes pour convaincre » en novembre 2003 où il affronta Jean-Marie Le Pen et prononça le célèbre « Pas seulement quand je me rase », un record d’audience : plus de 6 millions de téléspectateurs. On peut aussi parler de sa visite sur la dalle d’Argenteuil en 2005, des récupérations de faits divers et de la mise en scène de sa vie privée. Avant même son accession à l’Elysée, Sarkozy est devenu le symbole de la bête médiatique.

Autre thème de Copé : la « droite décomplexée ». Thème repris dans son livre Manifeste pour une droite décomplexée, une occasion de refaire parler de lui. La « droite décomplexée », Sarkozy en parlait déjà en 2007. « J’ai contribué à décomplexer la droite française, même si je n’ai pas l’intention de la laisser se caricaturer », disait-il en septembre 2006 dans Le Figaro Magazine.

Copé s’est aussi distingué en entretenant un rapport ambigu avec le Front National. S’il refuse toute alliance, il ne se gêne pas pour parler aux « électeurs du FN » et compte parmi ses fidèles Guillaume Peltier, ex du FN. Dans son livre, il dénonce le « racisme anti-blanc », un thème phare de l’extrême-droite radicale. Sarkozy avait employé la même stratégie en employant un registre dur avec son « Kärcher » et ses « racailles », en investissant les thèmes de l’immigration et l’insécurité en tant que ministre de l’Intérieur. Son fameux « la France, tu l’aimes ou tu la quittes » d’avril 2006 était aussi un clin d’oeil appuyé aux électeurs du FN. À la même époque, il déclarait encore : « Si Le Pen dit : ‘Le soleil est jaune’, devrais-je dire qu’il est bleu ?».

Bref, le discours de Copé ne relève pas du « dérapage » ou de la déviance idéologique mais d’une stratégie de communication mûrement réfléchie. Son objectif : devenir celui qui ose à droite, être clivant, faire parler de soi pour tout et n’importe quoi, avoir toujours un coup d’avance sur ses adversaires, à l’inverse d’un Fillon passif et trop consensuel.

Bien évidemment, cette stratégie ne garantit pas la victoire à Copé. Sarkozy avait réussi à s’imposer contre un Chirac vieillissant et un Villepin sans réelle base politique, Copé doit affronter François Fillon, ex-Premier ministre et favori des sondages. Le secrétaire général de l’UMP espère compenser son manque d’aura par son art de la provocation. Reste à savoir si les adhérents UMP se laisseront duper.

*Photo : UMP.

Angleterre au bord de la crise de nerfs

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Munitions ken bruen carthage james

Munitions ken bruen carthage james

Deux romans noirs, qui sortent ces jours-ci, montrent si besoin en était la vitalité du roman noir britannique, une vitalité inversement proportionnelle à une société en crise, qui doute d’elle-même et perd tous ses repères traditionnels derrière une apparente bonne santé comme le visage d’une lady déformé par les liftings successifs.
Il y a d’abord Munitions (Série Noire) de Ken Bruen. Bruen est Irlandais et il est notamment l’auteur d’un cycle romanesque autour du privé de Galway, Jack Taylor. Son autre série, dans laquelle s’inscrit Munitions, tourne autour d’un commissariat londonien. On peut bien entendu lire chaque épisode indépendamment les uns des autres et découvrir ou retrouver avec plaisir une galerie de flics tous plus atteints les uns que les autres, corrompus, désespérés, sentimentaux, meurtriers à l’occasion, alcooliques, drogués et au bout du compte, dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, très efficaces dans leur boulot puisqu’ils finissent par se confondre parfaitement avec ceux qu’ils sont chargés de traquer. A ma connaissance, Ken Bruen n’a pourtant pas entendu parler de la BAC des quartiers Nord de Marseille.
Dans Munitions, on voit le pire de la bande, le sergent Brandt, être abattu et blessé gravement dans un pub. Comme à peu près tout le monde, y compris ses collègues, voulait sa peau dans le secteur Sud-Est de Londres, l’enquête est assez difficile. D’ailleurs, personne n’a vraiment envie de la mener. Il faut dire, en plus, que tout le monde est très occupé ailleurs. Une femme sergent noire est traquée par une psychopathe libérée par erreur tandis qu’un autre agent, mis sur la touche pour violences policières, entre deux lignes de coke, ne trouve rien de mieux à faire que de monter une milice d’autodéfense avec des vieillards retraités.
Ken Bruen rend un hommage explicite au grand et regretté Ed Mc Bain qui, avec sa saga du 87ème commissariat, avait le premier imaginé de suivre sur des années tout un groupe d’hommes, substituant ainsi au personnage du flic solitaire, une manière de héros collectif. La différence, chez Ken Bruen, c’est qu’il s’agirait plutôt d’un anti-héros.

Dans un style apparemment beaucoup moins énervé mais beaucoup plus pervers, Bill James dans Lettres de Carthage, dresse un portrait acide et angoissant de la upper middle class anglaise, névrosée, paranoïaque et complètement déboussolée. L’action se passe dans une banlieue chic de Birmingham où s’entrecroisent des intrigues qui indiquent toutes que derrière les façades policées, la courtoisie hypocrite et la convivialité obligatoire qui crée une forme de promiscuité luxueuse, tout n’est que violences feutrées, pulsions incontrôlables et désirs de mort. Ce gentil mari par exemple, courtier de son état, dont le passe-temps favori est de tailler ses haies en forme d’oiseau ou d’éléphant n’aurait-il pas été jadis un assassin ? Sa femme qui confie à sa mère, sur un ton égal, ses angoisses sur la situation irakienne et ses partouzes échangistes du samedi soir est-elle juste un peu folle ou franchement dangereuse ?
Tout le talent de Bill James, dans Lettres de Carthage, tient davantage à sa virtuosité qu’à l’originalité de son propos. En effet, Lettres de Carthage est un polar totalement épistolaire. Le lecteur ne saura jamais vraiment à quoi s’en tenir, chaque lettre des protagonistes apportant un angle différent à l’histoire et démentant au fur et à mesure ce que l’on croyait avoir appris.
Le décalage entre l’horreur des révélations qui se font par petites touches et le ton des missives qui parodient talentueusement celui de la grande tradition du roman anglais du XVIIIème siècle façon Clarisse Harlowe, achève de plonger le lecteur dans un malaise exquis au sens où l’on parle, en médecine, de douleur exquise.

Bienvenue, donc, dans cette Angleterre où l’on meurt avec la même facilité dans un pub sordide ou sur un gazon trop bien tenu !

Munitions, Ken Bruen (Gallimard/Série Noire)
Lettres de Carthage, Bill James (Rivages/Thriller)

Yves Camdeborde nous invite à son comptoir

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Yves Camdeborde sur le zinc

Yves Camdeborde sur le zinc

Le livre d’Yves Camdeborde, Sur le Zinc, Le Retour du hors-d’œuvre, peut apparaître comme un éloge du petit. Un hymne à la finesse, à la mesure, aux infimes portions, au repas succinct, à l’assiette modeste. À qui s’adresse-t-il ? Aux portefeuilles légers, aux appétits délicats.
On nous parle à longueur de recettes, de pincées, de cuillerées, de fines lamelles, de petits cubes, de bâtonnets, de verrines, de ramequins, de sucettes, de bouchées… Et ces produits : oignons émincés, œufs de poisson, zestes d’agrumes, pointes d’asperges, fèves, pois chiches, noix de cajous, petits pois, pipas, langues d’oiseaux, graines de moutarde…
Pourtant, quand on tourne les pages et qu’on referme enfin ce grand et beau livre, l’estomac gargouille, la bouche salive. On a faim !

Les magnifiques photographies d’Yves Duronsoy n’y sont pas pour rien. Étalés sur une pleine page, ces hors-d’œuvre apparaissent gargantuesques. Les verres de vin qui les accompagnent, que ce soit les ballons pleins de Morgon de Marcel Lapierre ou les verres basques emplis d’Irouleguy pétillant, ne sont-ils pas là pour étancher la soif éveillée par les jambons, les encornets, les olives farcies ?

« Car nous autres, Français, ne sommes pas les derniers à avoir réclamé des allumettes, des croquettes, des paupiettes, des bouchées, des beignets et des farcis arrosés de vin frais » explique Yves Camdeborde. Il justifie ainsi, dans son introduction, son attachement à ces plats, par opposition aux tapas, antipasti, mezze, ou makis.

Ce mot de paupiette éveille un souvenir. Cette scène des Barbouzes, dialoguée par Michel Audiard, où Lino Ventura commande son déjeuner :

« Vous allez me mettre des paupiettes à l’ouverture puis un plat de côtes. Non, non, attendez ! Mettez-moi d’abord un civet au lieu des paupiettes. Et puis mon plat de côtes après, quoi. Et puis glissez-moi une petite paupiette avec, quoi, hein…
– Vous prendrez bien un petit dessert ?
– Ah ouais ! Vous avez des tartelettes ?
– Oui.
– Et bien, tout de suite après le fromage, je les voudrais bien volontiers. Et puis après, ben… une petite bricole. Ce que vous avez quoi. Une petite crème renversée ou une petite glace. »

Serait-ce les radis qu’il a grignotés juste avant qui ont ouvert un tel appétit ?

Si l’on dresse la liste d’autres produits qu’utilise Yves Camdeborde, on retrouvera l’influence de la cuisine des bistrots, de la « bonne bouffe populaire » : champignons, pain maïs, aile de caille, fois gras, tourteaux, andouillette, boudin noir, camembert, pommes dauphines, fromage de chèvre frais…

Avez-vous déjà posé le coude sur le zinc de l’Avant-comptoir, le bar à hors-d’œuvre qui jouxte le Comptoir du Relais Saint-Germain ? Vous savez alors qu’on n’y entre pas seulement pour attendre en picorant de s’asseoir à la table du restaurant. On peut y rester des heures, à enchaîner ces plats, petits mais riches, et à les arroser abondamment de la cuvée Au hasard et souvent de Jean-Christophe Comor. Certains pourront peut-être même dénicher un Tavel rosé d’Éric Pfifferling.
Chaque hors-d’œuvre pris séparément semble facile à réaliser : les recettes en sont claires et la plupart du temps les produits abordables. Mais le défi que relève au quotidien Yves Camdeborde, c’est de nous en offrir une ribambelle, à rassasier un gascon. Témoins les nombreuses images du lieu, débordant d’assiettes pleines et de bouteilles entamées.

Ce livre élégant n’est pas qu’un recueil de recettes rapides et légères, c’est une apologie de la convivialité de bistrot, un appel à ne pas se retenir.
Nous vous invitons donc à passer la porte de l’Avant-comptoir, Carrefour de l’Odéon, et à commander comme le père d’Achille Talon : « Tout le menu, deux fois, avec beaucoup de sauce. »
Enfin, pour connaître le secret d’un tel lieu, vous n’aurez plus qu’à lire Sur le zinc, le retour des hors-d’œuvre.

Sur le zinc, Le retour du hors d’œuvre, Yves Camdeborde, photographie d’Yves Duronsoy, Éditions Michel Lafon

17 Octobre 1961 : Mais c’est quoi, à la fin, la reconnaissance ?

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La reconnaissance n’est pas un synonyme de repentance et de demande de pardon, même si elle ne les exclut pas.

La reconnaissance, c’est ce qu’a fait Chirac le 16 juillet 1995, quand il a reconnu au nom de la France ce qui était connu et rendu public par les historiens : la responsabilité de l’État français de Vichy dans la persécution et la déportation des Juifs de France.

En 1992, une pétition lancée par le « comité Vel’ d’hiv’42 » avait demandé cette reconnaissance au président François Mitterrand, qui l’avait refusée, arguant que la République n’avait pas à rendre des comptes pour l’État français de Vichy. Il était pourtant bien placé pour savoir que Vichy n’avait pas été un corps étranger à la France.

À quoi a servi cette reconnaissance ? À deux choses.

À inscrire en pleine lumière, dans la mémoire et dans la conscience collective d’un peuple, un fait douloureux, un fait connu des historiens (après une très longue période de latence), mais largement contenu dans les colloques et travaux de cette instance savante.
Pas besoin d’avoir passé trente ans sur un divan pour comprendre qu’il est sain de reconnaître ce qu’on sait « quelque part » sans vouloir le savoir parce que ça fait mal.
Avant le discours de Chirac, Vichy était « un passé qui ne passe pas » comme l’écrivait l’historien Henry Rousso. Pour le faire passer, il fallait qu’il passe par un acte de reconnaissance, effectué symboliquement au nom de tous les Français, non juifs et juifs confondus..

La reconnaissance par le discours de Chirac a servi à réintégrer officiellement dans la communauté française les Juifs de France que Vichy en avait officiellement exclus.
Depuis ce jour, tous les Français, juifs et non juifs, partagent en principe la même mémoire, le même jugement, ce qui réconcilie tout le monde une fois pour toutes.

Il faut ajouter que la reconnaissance doit être faite au nom de la vérité, et, surtout, de toute la vérité. C’est pourquoi le discours de Chirac reconnaissait et rendait hommage aux Français résistants et aux Français qui ont aidé les Juifs, afin de ne pas tomber d’une vision unilatérale (La France entière résistante) à une autre (la France entière collaborationniste).

En ce qui concerne la tuerie du 17 octobre 1961 par la police française, la reconnaissance qui s’impose doit être celle des faits dans leur contexte, qui n’est pas celui de 1942, et elle doit être faite lucidement des deux côtés.

L’homoparentalité relève de l’expérimentation sur le vivant

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Naouri famille mariage gay adoption

Naouri famille mariage gay adoption

EL. Sommes-nous en train de fabriquer des générations de pervers ?
De fait, les slogans de 1968 « Il est interdit d’interdire » et « Jouir sans entraves » favorisent une orientation perverse. Je dirais que, jusqu’aux années 1950, les modèles familiaux fabriquaient grosso modo 40% d’hystériques, 40% d’obsessionnels et 15% de psychotiques et 5% de pervers. Aujourd’hui on doit créer 55% de pervers, 30% d’obsessionnels, 5% d’hystériques et 5% de psychotiques. C’est catastrophique, du moins pour le lien social.

EL. Après ça, on nous dira que la famille est une institution merveilleuse… qui offre le choix entre la peste et le choléra ! En ce cas, prônez-vous le retour à la famille vieille école fonctionnant selon le seul principe d’autorité, à la fois du père sur les enfants et du mari sur la femme ? A-t-on seulement le choix entre les parents-copains et les parents-flics ?
Les deux modèles sont aussi condamnables. Ne tombons pas dans le piège consistant à opposer un extrémisme à un autre. Entre la permissivité extrême et l’autorité extrême − deux extrêmes −, il y a quelque chose de beaucoup plus rationnel, de beaucoup plus simple, de beaucoup plus tranquille. Une famille dans laquelle les fonctions familiales sont assumées permet d’indiquer sans violence un certain nombre de faits et de nécessités. L’enfant doit pouvoir entrer dans la vie intra-familiale en suivant des règles. Ces règles existent partout et sont nécessaires au fonctionnement du monde.

EL. Comment doit être structurée cette famille ? Pourquoi l’exigence des règles implique-t-elle la nécessité de rester dans le modèle « papa-maman » ?
Précisément à cause de l’interdit de l’inceste que nous avons évoqué. À l’intérieur de la famille, il est essentiel que l’on puisse faire le distinguo entre les prérogatives des deux parents.[access capability= »lire_inedits »] Le lien entre la mère et l’enfant se tisse, comme je l’ai dit, pendant la grossesse. Au cours de ces 9 mois, le bébé enregistre quantité de choses à l’intérieur de sa matière cérébrale. Sa mère a donc une présence authentique et vérifiable pour lui dans son propre corps. La mère, de son côté, va concevoir cet enfant comme une partie d’elle-même et donc, la communication, par laquelle tout passe, sera d’une très grande fiabilité. Cette communication autarcique installe une mère dans ce qu’on va appeler la puissance. Comme je l’ai expliqué, l’interdit de l’inceste est venu de ce que, entre ces deux-là, les nécessités de la vie sociale ont installé un tiers appelé « père » auquel on a donné un pouvoir. Jusqu’à une période récente, le père était d’ailleurs considéré comme le chef de famille. Cela ne signifiait pas nécessairement le règne de l’autoritarisme : à l’intérieur d’un couple et d’une famille, les échanges existent. Et les formes que prenait ce pouvoir ont varié selon les époques, les cultures et les choix des individus. Mais en cas de désaccord porté devant la justice, le pouvoir du père primait.

GM. Peut-être, mais vous ne nous ferez pas avaler que, sur ce point, « c’était mieux avant ». Hommes et femmes, nous avons tous gagné avec l’égalité…
Sans doute, mais de l’égalité, on est passé, comme je l’ai dit, à l’indifférenciation des rôles en fabriquant la co-parenté, instituant deux parents logés exactement à la même enseigne. Tandis que la puissance de la mère était intouchée − car, pour la remettre en cause, il faudrait changer le mode de la gestation ¬− le père était destitué et invité à singer la puissance de la mère, le tout, prétendument, au bénéfice de l’enfant sur lequel il ne faudrait plus exercer la moindre répression. C’est la porte ouverte au laxisme et à ses méfaits.

EL. Comment se pose le problème pour les couples homosexuels ?
En réalité, du point de vue de la parentalité, il n’y a pas de grande différence entre le couple que je viens de décrire et un couple formé de deux hommes ou de deux femmes. Aujourd’hui, nous sommes dans une homoparentalité puisqu’il n’y a plus de prise en considération de la différence sexuelle entre la mère et le père pour définir leurs fonctions et leurs rôles respectifs par rapport à l’enfant.

GM. Diriez-vous qu’on assiste à la « maternisation » du monde ?
En tout cas, à la maternisation des pères. Or, je le rappelle, la mère a spontanément tendance à répondre à tous les désirs de son enfant, et aucune espèce de propension à réprimer. On attend du social, qui fonctionnait jadis sur le mode paternel, qu’il fonctionne sur le mode maternel et qu’il satisfasse sans distinction toutes les revendications. En somme, il n’y a plus personne pour dire non. Je le répète, on peut trouver cette éducation libérale-libertaire très sympathique, mais elle ne bénéficie qu’aux instances qui ont intérêt à la destruction de l’humanité, à commencer par celles du capitalisme.

GM. Alors que la procréation a tendance à s’affranchir de la nature, avec la procréation in vitro, les mères porteuses et, peut-être, un jour, le clonage, pourquoi les rôles parentaux seraient-ils nécessairement déterminés par le sexe biologique ? Pourquoi ne pas décider qu’au sein d’une famille homoparentale, l’un des adultes jouera le rôle de père et un autre celui de la mère ? Après tout, nombre de couples homosexuels reproduisent les vieux schémas des couples hétérosexuels, non ?
Ce jeu des rôles bute sur le fait que l’enfant percevra ses deux parents comme sexuellement identiques. Or, cette « mêmeté » l’empêchera de percevoir que, si ses deux parents sont à son service, ils ne le sont pas de la même façon. De plus, cette différence permet à l’enfant d’être inscrit dans deux histoires. Les conflits qui interviennent se situent entre le désir du père et celui de la mère. La mère, du fait de la gestation, a toute latitude de transmettre, même sans mot, son histoire. Le père ne peut en revanche transmettre quelque chose de la sienne qu’au travers du « filtre » que constitue naturellement la mère. Car c’est elle qui, le désignant comme tel à son enfant, l’introduit auprès de ce dernier. Et comment le fait-elle ? En laissant entendre par toutes ses conduites combien cet homme compte pour elle. Notez qu’elle détient, sa vie entière, la capacité de suspendre cette désignation – c’est sa puissance. C’est dans l’échange de la vie à deux que la mère et le père négocient un modus vivendi qui les enrichira l’un et l’autre. À condition de « durer » et de ne pas se considérer l’un l’autre comme des « consommables »

EL. Venons-en au mariage. Si l’on écoute les partisans du mariage homosexuel, il s’agit pour eux de pouvoir, comme les autres, proclamer leur amour. Mais il me semble que le mariage a été inventé pour protéger la filiation et la transmission des biens non ?
Les populations du Sepik (Nouvelle-Guinée) qui n’avaient jamais vu de Blancs avant 1957 et qui, du point de vue de la culture, en étaient restés à l’Âge de pierre, pratiquaient le mariage. De même que les tribus africaines du monde pré-biblique. En réalité, l’institution du mariage a dû suivre assez rapidement l’interdiction de l’inceste et la surveillance des appariements qui en a découlé. Le sens symbolique du mariage est très important : il s’agit de prendre la société à témoin de ce que chacun des conjoints cesse d’être l’enfant de ses parents pour devenir le partenaire de l’autre. L’enfant de ses parents devient ainsi leur égal. C’est la raison pour laquelle, dans les familles juives pratiquantes, lorsqu’un père va passer le shabbat chez son fils marié, c’est le fils et non le père qui prononce le kiddouch. C’est un changement de référentiel sur lequel vont se greffer d’autres dimensions. Le mariage permet à un individu de sortir de sa définition première pour acquérir un statut nouveau.

EL. Mais enfin, vous ne pouvez pas ignorer la vraie vie et l’évolution des sociétés. Il est tout de même heureux que les homosexuels n’aient plus à se cacher et que les sexualités minoritaires ne soient plus tenues pour inférieures. Comment concilier les exigences de l’ordre symbolique et les nécessités de la vie ?
Dans la perspective que je viens d’énoncer, je ne crois pas que le mariage entre personnes du même sexe pose des problèmes insurmontables. En revanche, l’adoption par ces mêmes couples relève de l’expérimentation sur le vivant. Et ça, c’est très grave.[1. Je recommande à ce sujet un excellent ouvrage à l’argumentaire serré et très agréable à lire : Homoparenté, de Jean-Pierre Winter (Albin Michel, 2010).]

EL. « Mariage et adoption pour tous » : cette phrase d’Ayrault a été peu relevée dans les médias. C’est un peu « Bonheur pour tout le monde ! » Au-delà du ridicule, que vous inspire cette formule ?
Une grande inquiétude. C’est encore une façon de subvertir le langage. C’est exactement comme « Paris-Plages » : on déverse du sable sur les quais, on plante trois palmiers et on nous dit : « Ceci est une plage. » Et là, on dit à des enfants : « Ceux-ci sont tes papas » ou « Celles-ci sont tes mamans ». C’est une folie pour l’enfant. Vous savez, j’ai exercé la pédiatrie pendant quarante ans : je ne m’occupais pas des enfants mais des parents. Le bébé qu’on me confiait était un petit corps doté d’un potentiel et fondateur lui-même d’une histoire héritée des deux dont il était issu et dont il était un chaînon commun. Pour que son histoire soit la plus légère pour lui et qu’il puisse exploiter son potentiel au maximum, il était indispensable de lui conférer deux parents de qualité. Or, en discutant avec les parents, j’ai réalisé qu’il fallait d’abord faire tout un travail préalable avec eux pour qu’ils puissent accéder aux mots que je disais. Qu’ils revisitent leur propre enfance et qu’ils comprennent ce qui les avait conduits à se rencontrer et s’unir. Pour préserver les enfants, il faudrait remplacer le slogan « L’enfant d’abord ! » par « Le couple d’abord ! ». Mais je vois bien dans la génération de mes propres enfants que les parents sont obligés de lâcher du lest dans la discussion avec leurs propres enfants du fait de l’environnement idéologique dans lequel ils vivent. Malheureusement, cet environnement que la phrase du Premier ministre résume à la perfection, ne nous aide pas à donner aux enfants les meilleurs parents possibles.[/access]

Pour Fleur Pellerin, la lutte des classes n’existe pas

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Fleur Pellerin PS

Fleur Pellerin PS

Fleur Pellerin est à la gauche ce que le Galak est à l’amateur de cacao. Ce n’est pas parce qu’il y a marqué « chocolat » sur la plaquette que l’on va en manger. Le signifié et le signifiant divorcent définitivement au temps du social-libéralisme vert. Pour ceux qui avaient des doutes, la charmante sous-ministresse, chargée de l’économie numérique ou d’une de ces appellations virtuelles qui sentent tout sauf la sueur du prolo, a déclaré récemment au Parisien qu’elle « ne croyait pas à la lutte des classes » , que les personnels des PME étaient « en osmose » avec leur patron et qu’ « il n’y avait pas de honte à s’enrichir ».

On pourrait lui répondre, symétriquement, sans davantage de preuves et avec la même assurance, que nous croyons nous dans la lutte des classes, que les tribunaux des prud’hommes prouvent chaque jour par les cas qu’ils ont à traiter que l’ « osmose » dans les PME est peut-être un terme légèrement hyperbolique pour décrire les relations patrons-salariés et que plus généralement, s’il n’y a pas de honte à s’enrichir, on ne voit pas pourquoi on s’énerverait contre les dealers de Saint-Denis ou les traders de la City qui appliquent ce sain principe au mépris de la common decency mais aussi de la loi (on en est où, à propos, de l’affaire des monumentales falsifications autour du Libor ?)
Tout ça pour une représentante du gouvernement, cela devrait quand même poser problème. Apparemment, non. En même temps depuis que l’on sait qu’une élue verte du XIIIème arrondissement explique sans rire, quand elle est soupçonnée d’être impliquée dans un trafic de coke et de blanchiment de l’argent qui va avec, façon Pablo Escobar de la place d’Italie, qu’en fait, elle cherchait juste à frauder le fisc pour ne pas payer l’ISF, on se dit que ce n’est plus à du Galak qu’on a à faire mais carrément à du Benco de contrefaçon.

Mais Fleur Pellerin a plus urgent à penser et notamment l’extension du très haut débit pour Internet. La lutte des classes n’existe pas, donc. Pourtant, cette vidéo, prise par le smartphone d’un facétieux collégien semble prouver que non seulement la lutte des classes existe toujours mais qu’elle est aussi l’objet d’un très haut débit dans la bêtise et l’abjection tranquille de ces sous-fifres intermédiaires qui se prennent pour des seigneurs. Saint-Domingue, La Baule, « votre salaire de merde », « vous allez crever », « pauvre connasse », tout y passe.

« Touchez ma bosse, monseigneur » comme dit avec humour l’agente de la SNCF agressée verbalement par ce divin abruti, apparemment cadre chez Orange. Orange qui s’est empressé d’affirmer que ce n’était aucunement représentatif des valeurs de l’entreprise et que rien ne prouvait les dires de cet individu. On les comprend, chez Orange. Cela pourrait faire croire que chez eux, à l’époque de Lombard, ou on se suicidait, ou on finissait en humaniste de ce genre-là.
Il a de la chance, finalement, le monsieur présumé orangiste. En d’autre temps, disons dans les années 70, quand les rapports de force étaient différents et que ce que gagnait une personne ne suffisait pas à prouver sa valeur humaine, ce n’est pas à une citation de Féval qu’il aurait eu le droit, le grossier personnage à l’hystérie lâche et insultante (il s’est fait reprendre au départ parce qu’il parlait trop fort dans son portable), mais au cassage de gueule réservé aux petits chefs, tels que les relatent Robert Linhart ou Daniel Rondeau, par exemple, dans L’Etabli ou L’Enthousiasme.

Bien sûr, la violence ne résolvait rien. Mais des fois, ça devait soulager… Juste une bonne baffe. Juste une…

PS : aux dernières nouvelles, après une enquête interne, Orange a reconnu qu’il s’agissait de l’un de ses salariés et lui a demandé de présenter ses excuses à l’employée. L’entreprise a également annoncé qu’elle allait s’excuser et a parlé d’un éventuel « accompagnement psychologique » pour l’individu en question. On n’est jamais trop prudent, chez Orange, depuis le passage de Didier Lombard…

*Photo : Mathieu Delmestre/Parti socialiste.

Bott, le cartographe de l’amour

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François Bott roman

François Bott roman

Dans son dernier roman « Avez-vous l’adresse du paradis ? », François Bott joue les entremetteurs entre huit personnages, des hommes et des femmes, plus ou moins jeunes, qui s’entrecroisent au cours d’un laps de temps donné. L’écrivain se fait alors géographe des intermittences du cœur entre New-York, Paris et la Normandie, bravant les fuseaux horaires et le hasard. Son délicieux récit se découpe précisément en sept journées qui s’étalent du 7 novembre 2010 au 14 juillet 2011.

Rendez-vous manqués, rencontres fortuites, évocations du passé, relations d’un soir, espoirs, chagrins, abandons, les cartes sont sans cesse rebattues dans ce court roman sensible. Qui manipule ces destins ? Y a-t-il une logique à l’existence ? François Bott, général en chef de ce foutoir, tire des lignes de vie, à sa façon, élégante et discrète. Rassurez-vous, ce chassé-croisé amoureux n’a rien d’ésotérique. Nous ne sommes pas ici dans un roman New Age aux idées fumeuses ou dans les pantalonnades du théâtre de boulevard. Le terrain d’expression de Bott est la littérature. La grande a sa préférence. Le journaliste qui dirigeait jadis Le Monde des livres aime nous faire partager son goût pour les auteurs américains notamment Fitzgerald, Hemingway ou le brillant nouvelliste Ring Lardner. On prend donc beaucoup de plaisir à le lire, son écriture limpide dévoile un joli vibrato nostalgique.
En ces temps de rentrée littéraire, un livre bien écrit à la prose harmonieuse est accueilli avec ferveur. Le style de Bott, sa musique rétro entêtante, son émotion contenue, sa mélancolie larbaldienne sont des bouées de sauvetage dans une mer déchaînée. En 2012, il est encore possible d’écrire un roman en langue française qui a de la tenue en faisant fi des modes et des errements de notre époque. Nous avons parfois tendance à l’oublier face au déferlement boueux de septembre dans les librairies. Ce roman qui voit des couples se faire et se défaire est avant tout une formidable déclaration d’amour à la littérature et aux lecteurs. Bott est habile, rusé même, on se dit en ouvrant les premières pages « tiens, voilà un roman d’amour à plusieurs voix bien agréable, troussé à l’ancienne, un sujet conventionnel traité avec talent, mais rien d’original là-dedans » et plus les pages défilent, plus un territoire se dessine. Nous entrons alors dans une cartographie intime.

Un bon écrivain dépasse toujours son histoire en faisant exploser le cadre, son empreinte est toujours ailleurs, dans les interstices. Ne serait-ce que les multiples références littéraires qui parsèment l’ouvrage, elles résonneront longtemps dans votre tête, elles ricocheront et vous donneront envie de relire Flaubert, Proust ou Morand. Si vous êtes sensible comme moi aux villes de province, à leur charme désuet, à la pluie lancinante qui s’infiltre dans les cœurs, aux femmes juste entraperçues qui bouleversent une vie entière, aux rendez-vous manqués et aux quais de gare sordides, ce roman vous tiendra chaud cet automne. Il réveillera en douceur votre spleen. Quelle merveilleuse sensation ! C’est un sentiment tellement plaisant et apaisant de s’abandonner à la mélancolie. Un luxe de nos jours où la performance doit guider chacun de nos pas. Dans sa galerie de portraits, Bott a croqué des caractères dissonants – ce qui rend cette symphonie inachevée tellement plus belle. Vous trouverez, dans ce livre chic et drôle, un père fraîchement quitté et un fils apprenti diplomate aussi ambitieux qu’inexpérimenté, un sosie de Robert Mitchum au cœur tendre, une professeure rousse et désirable, une Lady rejouant l’éducation sentimentale à la terrasse du Dôme, un Gatsby, héritier d’une maison de champagne, échoué dans un Ibis de Laon ou une « madone des parkings » en quête de rédemption. Vous n’êtes pas à l’abri de tomber amoureux de Juliette, une rouquine d’un 1,57 mètre, qui « avait des airs de fête nationale française, même en novembre, même à New-York ».

« Avez-vous l’adresse du paradis ? », François Bott (Cherche midi)

*Photo : Jeff Wignall.