Allumez la télé et faites une expérience amusante : quelle que soit l’info du jour depuis la recrudescence des vols de bonbons jusqu’à l’épidémie de stress dans les entreprises, l’explication est toujours la même: c’est la faute de la crise ! On suppute même que c’est à cause de la crise et plus précisément du coût de l’essence qu’on a incendié moins de voitures à Noël…
Nous avions donc un prétexte tout trouvé pour excuser le léger délai à l’allumage du numéro de janvier : c’était de la faute à la crise mondiale ! Sauf qu’on vous connaît, chers lecteurs, et on sait bien qu’à vous, on ne la fait pas… Et on vous avouera donc bien volontiers, en vous faisant nos excuses les plus plates, que la seule crise à incriminer dans ce léger retard – en réalité dû aux Fêtes – est la crise de foie.
Cela dit, de crise, il en sera question dans ce numéro de janvier. Et pas seulement du cataclysme monétaire annoncé. Car aujourd’hui partout en Europe, c’est l’idée même de démocratie qui est en crise. Nous y consacrerons un roboratif dossier, autour d’un long entretien avec Marcel Gauchet – mais j’y reviendrai en détail lundi, jour de sortie de Causeur 43.
D’ici là, ceux qui ne sont pas encore abonnés peuvent mettre fin à cette situation scandaleuse en cliquant ici – ils recevront le prochain numéro dans leur boîte aux lettres dès mercredi.
Chaque semaine jusqu’à l’élection présidentielle, la « battle » sur Yahoo ! Actualités confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Elisabeth Lévy et Pascal Riché débattent de l’état de la France en ce début d’année.
Pour vous je ne sais pas, mais pour moi, 2012 c’est déjà mal barré. Il y a une semaine, je me trouvais chanceuse de vivre dans un pays où les raisons de rigoler ne manquent pas – et je ne parle pas seulement des célèbres colères de la présidente Choly. Dans les dernières blagues de 2011, j’aime particulièrement celle où Bertrand Delanoë autorise une paroisse à exposer une Crèche à condition qu’elle soit dépourvue de toute connotation religieuse – dans l’une de ces immondes petites baraques blanches qui, chaque année à la même époque, défigurent plusieurs avenues parisiennes. Je me disais qu’on allait bien s’amuser avec la chouette baston présidentielle qui s’annonce.
Autant vous dire que c’est réussi. En une semaine, avec leurs vœux, nos aimables politiques m’ont flanqué un cafard monstre. Droite, gauche, majorité, opposition, pas un pour rattraper l’autre. Pour une fois qu’ils sont tous d’accord, c’est pour nous répéter qu’on en bave et qu’on va en baver encore plus. Ça a commencé le soir du 31 avec les vœux du Président qui nous a dit que c’était la crise la plus grave qu’on ait connue depuis 1945 et que ça ne faisait que commencer. Et j’ai décidé d’arrêter après avoir lu la lettre de François Hollande – oui, François Hollande m’a écrit. Mais je mentirais en disant qu’il m’a remonté le moral. Il me raconte que la France est « abaissée, affaiblie, abîmée, dégradée ». Il aurait au moins pu faire l’andouille, je ne sais pas, lever les bras comme un tire-bouchon en promettant qu’elle serait bientôt libérée. Bernique.
Benoît Hamon accuse le Président, le Président accuse la finance. Chacun joue sa partition, mais on dirait qu’il n’y a que des marches funèbres en rayon. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, c’est la même chanson : nous vivons un enfer. Les Français endurent de graves difficultés et même de terribles souffrances. Je me demande si c’est moi qui vis sur une autre planète ou si nous avons collectivement perdu tout contact avec le réel. Les gens que je croise dans la rue, le RER ou la vie ne paraissent pas tous désespérés – d’accord, ça ne se voit pas forcément – ni affamés, ni misérables. Au cas où ça vous aurait échappé, le week-end qui a marqué la fin des vacances scolaires a été classé « rouge » par Bison futé, peut-être des gens partis chercher à la campagne de quoi échapper aux duretés du rationnement.
Vous trépignez ? Relisez Les raisins de la colère : en 1929, des petits fermiers américains mouraient de faim pour de vrai. En 1960, alors que la France s’adonnait au bonheur de la croissance, des familles voyaient leur fils partir à la guerre. Et aujourd’hui, dans l’Espagne voisine, des centaines de milliers de personnes ne perçoivent plus le moindre revenu.
Je sais que des millions d’entre nous sont déjà condamnés au chômage et que beaucoup vivent dans l’angoisse d’y passer. Je sais qu’on attend des heures aux urgences des hôpitaux, que le RER est souvent en grève ou en panne, que la machine à laver ou la voiture qui lâchent peuvent être une catastrophe pour un budget calculé à dix euros près. Je sais que des mères seules doivent compter sur le Secours populaire ou les Restaus du cœur pour nourrir leurs gosses. Je sais que 7,5 % des Français vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec 800 euros par mois. Je sais enfin, et c’est peut-être le plus grave, que certains de mes concitoyens travaillent sans pouvoir vivre décemment du fruit de leur travail.
Mais il n’est pas sûr que ce soient ceux qui souffrent le plus qui se plaignent le plus. Certes, la vie des Français appartenant aux classes moyennes comme vous-et-moi est plus difficile que dans les périodes plus fastes. Nos banquiers nous refusent des crédits et nous enquiquinent pour un misérable découvert. Pour aider le petit dernier à s’installer, il a fallu passer les vacances en Bretagne plutôt qu’aux Bahamas. Nous hésitons à aller voir un médecin dès que nous nous sentons vaguement patraque. Il faut expliquer aux mômes qu’ils doivent choisir entre la dernière console de jeux et les baskets dernier cri.
Je ne veux pas vous faire le coup des petits Chinois qui meurent de faim mais peut-être sommes nous un peu des enfants gâtés. A force de brailler sur le supposé détricotage de notre modèle social, on ne voit pas que le filet social, même avec des mailles plus larges qu’hier, offre une sécurité impensable il y a seulement 30 ou 40 ans et toujours inconnue dans les prétendus eldorados que sont les pays émergents. À titre indicatif, la France consacre plus de 30 % de son PIB à la protection sociale ce qui en fait la championne des pays européennes. Nous nous étranglons de rage parce qu’il y a des gens très riches, ce qui personnellement ne m’empêche pas de dormir, et préférons ignorer que 60 des revenus distribués sont des revenus de transfert – ce qui aux yeux d’un Américain fait de la France un pays communiste. Nous pleurons sur notre sacro-saint pouvoir d’achat, alors que beaucoup d’entre nous ont une existence matérielle plus confortable que celle de leurs parents sous les mythologiques Trente glorieuses. Et pour finir nous accusons l’Etat qui n’en fait jamais assez pour nous.
Bref, nous sommes devenus un peuple de créanciers : toujours victimes, jamais responsables. Alors, que nos dirigeants aient fait de mauvais choix, c’est plus que probable. Mais outre que nous les avons élus, ces dirigeants, et que nous élirons encore, ces choix nous les avons acceptés et même souhaités. Nicolas Sarkozy a dit que la crise, c’était la faute à « la finance ». Sauf qu’on trouvait tous ça chouette la finance quand, en boursicotant avec trois sous on pouvait en gagner 20 sans rien faire. Nous sommes justement révoltés par les délocalisations mais pensons qu’acheter un écran plat ou un i-Phone à bas prix est un droit de l’homme. D’où la palinodie sur la TVA sociale. Qu’il faille financer la protection sociale, cela relève de l’évidence – encore que certains semblent imaginer que l’Etat a un magot provenant d’autre chose que du fruit de notre travail à tous. Il s’agit de choisir si nous préférons être imposés quand nous travaillons ou quand nous consommons – et en l’occurrence quand nous consommons des produits importés de pays à bas coûts salariaux. Mais nous, nous voulons produire français et acheter chinois. Pourquoi se casser la tête ? Protestons contre les effets dont nous chérissons les causes.
Alors, plutôt que de pleurnicher sur notre sort, peut-être devrions nous nous intéresser pour de vrai, et pas seulement en écrasant une larme devant un JT, à ceux qui ne s’en sortent pas – et dont le problème n’est pas d’avoir pris une semaine de vacances et pas deux à Noël. D’accord, tout va mal, mais au risque de passer pour atrocement ringarde, je suis sûre que ça ira mieux quand, au lieu de recenser en boucle tout ce que notre pays ne fait pas pour nous, nous nous demanderons ce que nous pouvons faire pour notre pays – et pour commencer pour notre voisin qui est vraiment dans la mouise. Tant pis si cela nous oblige à repousser de six mois l’achat d’une nouvelle bagnole.
Synagogue de La Ghriba (Jerba). Photo : Daoud Boughezala.
J’ai déjà écrit tout ce que je pensais du président tunisien Moncef Marzouki, en bien et en mal. Bien que j’aie lu attentivement une bonne partie de ses dits et écrits, le gaillard réussit encore à me surprendre. Ainsi, le 19 décembre, après avoir organisé une rencontre inter-religieuse avec l’archevêque de Tunis et le Grand Rabbin de Tunisie, Moncef Marzouki a tout simplement invité les Juifs d’origine tunisienne à regagner leur pays d’origine pour en être citoyens à part entière.
Comme l’espérait sans doute le rusé chef d’Etat tunisien, qui a pris de court nombre de ses alliés, l’annonce a été accueillie avec force congratulations et applaudissements. « Voyez la nouvelle Tunisie, tolérante, ouverte et égalitaire ! » disent les uns. « Les Tunisiens montrent une fois encore le chemin à suivre ! » exultent les autres. Certains, lecteurs de Hannah Arendt et convaincus que l’antisémitisme est un ferment du totalitarisme, argueront que cet appel au retour des Juifs garantit la forme démocratique du futur régime tunisien. Dans tous les cas, chacun est sommé de se féliciter.
Alors, heureux ? Eh bien non. Non, ce n’est pas parce que cette annonce est tombée à la veille des fêtes de Hannoukah qu’il faut la prendre comme un cadeau.
D’abord, l’invitation vient un peu tard. Cela ne fait pas dix ou vingt ans que les Tunisiens juifs ont dû plier bagage, mais près de cinq décennies. On ne refera pas l’histoire de la communauté juive de Tunisie mais, si une émigration volontaire importante vers Israël est avérée dans les années 1950, ce sont bel et bien les émeutes antisémites de 1961, 1967 et postérieures qui ont réduit le nombre des Tunisiens juifs de cinquante mille en 1960 à moins de deux mille aujourd’hui.
Ainsi que l’a exprimé Maya Nahum dans un très bel article, aujourd’hui, les émigrés (ou plutôt, les expulsés) et leurs enfants, s’ils sont encore attachés à leur culture méditerranéenne, ne se sentent absolument plus citoyens d’une Tunisie qui n’a pas voulu d’eux. Citoyens de France ou d’Israël, ils ne sont désormais plus des Tunisiens juifs, mais simplement des « Juifs tunisiens », comme il existe des Juifs marocains, russes, ashkénazes ou yéménites. Bref, ils se définissent comme des Juifs d’origine tunisienne, de culture tunisienne, mais dont la patrie n’est plus la Tunisie. Une majuscule s’inverse, et un peuple vacille.
Et si Marzouki a réussi à surprendre son monde, c’est que son appel au retour des Juifs tunisiens vient d’un homme politique pétri de l’idéologie nationaliste arabe, cette idéologie même qui les a poussés vers la sortie. Ces quinze dernières années, l’ancien opposant à Ben Ali a en outre multiplié les références à l’identité arabo-musulmane de la Tunisie, témoignant d’une mémoire historique pour le moins sélective.
Or, c’est bien au nom du nationalisme arabe, de la solidarité avec les « frères arabes » et de la lutte contre « l’impérialisme franco-américano-sioniste », que les Tunisiens juifs ont été chassés d’une terre sur laquelle ils vivaient depuis dix-huit siècles. Cette histoire ne se trouve pas seulement dans les livres. Elle m’a été racontée par Guy Sitbon, représentant de ces Tunisiens juifs, compagnons de route du communisme, qui se sont engagés dans la lutte pour l’indépendance tunisienne au nom d’un idéal nationaliste, égalitaire et républicain[1. Quand on sait que les premières émeutes antisémites en Tunisie ont eu pour prétexte, en 1961, un prétendu soutien des Tunisiens juifs à l’armée française lors de la crise de Bizerte, il y a de quoi ressentir un goût âcre dans la gorge.], puis se sont ensuite fait jeter dehors comme des malpropres sous prétexte qu’ils n’étaient pas circoncis du bon côté.
Un dernier détail nous pousse à l’amertume. J’ai nommé l’article 8 de la Constitution provisoire de la Tunisie : « Peut se porter candidat à la présidence de la République tout Tunisien musulman jouissant exclusivement de la nationalité tunisienne, de parents tunisiens, âgé au moins de 35 ans » (sic).
N’est-elle pas belle, la Tunisie ouverte et tolérante ? Croyez-le ou pas, mais chez les Juifs tunisiens, qui ont la plupart du temps sincèrement soutenu la révolution tunisienne, cet article est une pilule qui ne passe pas. Tout d’abord parce que la quasi-totalité des Juifs tunisiens possède, exil oblige, la citoyenneté d’un autre pays qui leur interdit l’accès à la magistrature suprême. Et d’autre part, l’obligation d’appartenir à la communauté musulmane interdit – jusqu’à la simple possibilité – qu’un jour, un Tunisien juif devienne Président de la « première République arabe libre », comme l’a baptisée Marzouki avec un brin de grandiloquence.
Concédons que la plupart des Juifs tunisiens n’aspirent pas à devenir Président de la République. Peu importe : si la présidence tunisienne leur est aujourd’hui fermée, ne peuvent-ils pas légitimement se demander ce qui leur sera interdit demain ? L’article 8 de la Constitution provisoire est non seulement une tache sur la démocratisation de la Tunisie[3. Heureusement pas indélébile, l’Assemblée constituante pouvant encore faire machine arrière. ] mais c’est aussi une insulte à l’avenir pour tous les Tunisiens non-musulmans, notamment pour ces juifs que Marzouki voudrait voir revenir.
Monsieur le Président a beau jeu de poser au tolérant et au rassembleur, on peinerait à trouver les actes derrière ces mots. Jusqu’à nouvel ordre, les deux lignes malheureuses qui réservent la présidence de la République aux musulmans constituent le seul projet dont il puisse se prévaloir, au nom de la République qu’il représente désormais. Car si Moncef Marzouki peut aujourd’hui appeler les Juifs tunisiens à redevenir des Tunisiens juifs, en oubliant cinquante ans d’histoire douloureuse, c’est parce qu’il occupe une fonction politique interdite à un juif. Ce pourrait être risible. C’est simplement triste.
David Di Nota nous apprend que dans son intervention à la Eastern Economic Association, Paul Krugman se serait lamenté de la fâcheuse tendance qu’ont les économistes à faire confiance à leurs modèles macroéconomiques. Je dois rêver…
Sacré Krugman ! Voilà un garçon qui ne manque jamais une occasion de dire tout et son contraire en se donnant des airs supérieurs. Parce que, voyez-vous, « les économistes » ce n’est pas un ensemble homogène qui pense et raconte la même chose. Je sais bien que c’est l’impression que cela peut donner au profane tant ceux qui sont invités à s’exprimer sur la place publique ont une fâcheuse tendance à l’uniformité – il suffit de faire un tour au rayon « économie » de la moindre FNAC (c’est très vite fait, plus vite que le rayon ésotérique par exemple) pour se convaincre du filtrage : pour 5 Galbraith, pas un seul Mises ; pour 10 Stiglitz, vous tenterez désespérément de trouver la moindre œuvre de Friedman ; pour 15 Keynes, pas l’ombre d’un Hayek ; pour 20 Krugman, je vous mets au défi de trouver un seul Barro ; enfin, pour 25 Marx, dites moi combien vous voyez de Smith ?
Et dans la famille de ceux qui vous pondent des gros modèles mathématiques à base de grands agrégats abstraits, il se pose là le Krugman ! Si vous voulez des courbes de « demande agrégée » (ne me demandez pas ce que c’est, je ne sais pas non plus) qui croisent « le » taux d’intérêt (lequel ?), vous n’en trouverez nulle part ailleurs autant que sur le blog du bonhomme. Mais tout l’art subtil du Krugman, ex-économiste reconverti dans l’art subtil de lobbying politique, c’est d’être le premier à avoiner copieusement celles et ceux qui, justement, critiquent cette sur-mathématisation d’une science essentiellement humaine. « Idéologues que vous êtes » dit-il, « moi, je suis un vrai scientifique : regardez mes modèles ! »
C’est toute la perversion de cette époque où la recherche a été fonctionnarisée et où l’accès aux média est passé sous contrôle politique : on a tué le débat. Vous pensez que c’est propre à l’économie ? Eh bien vous vous trompez. Au hasard, je cite la climatologie : des milliers de types compétents dans le monde ont beau publier des papiers, signer des pétitions, démontrer leurs théories à l’épreuve des faits comme en laboratoire et devinez quoi ? Il y a « consensus » : le réchauffement climatique est d’origine humaine – point barre, circulez !
Et voilà notre Krugman qui fustige une prétendue pensée dominante, bien sûr ultralibérale, alors que le gouvernement des États-Unis applique précisément les recettes qu’il préconise ; relances budgétaires, politiques monétaires accommodantes et autres « quantitative easing » – le bréviaire de la synthèse classico-keynésienne dans toute sa splendeur. Ça ne marche pas ? C’est qu’on n’en a pas assez fait (je ne plaisante pas, c’est ce que le bonhomme répète depuis des mois) !
Alors pardon, mais Paul Krugman qui regrette la confiance exagérée qu’ont ses petits camarades dans leurs modèles macroéconomiques, ce serait tout juste risible si les conséquences des décisions prises sur la base de ces modèles n’était pas si dramatiques – l’hôpital se fout de la charité et en public de surcroît.
« Dans recherche scientifique libre » dit le personnage du roman[1. La grève de Ayn Rand aux Belles Lettres – que je vous recommande.], « le troisième terme est redondant. » Si vous voulez entendre des économistes qui ont quelque chose de valable à raconter, éloignez-vous donc des politiciens.
David Beckham ne signera pas au Paris Saint-Germain contrairement à ce que nous laissions entendre le 23 décembre dernier, en utilisant néanmoins très opportunément le mode conditionnel, ouf !
Il va de soi que nous nous en réjouissons. Non, nous ne sombrons pas dans une anglophobie de mauvais aloi. Ce sont en effet les raisons de la décision du Spice boy qui motivent cette satisfaction. D’après le site Europe1.fr, le couple Beckham ne souhaitait pas déménager à Paris car ses enfants étaient très heureux à Los Angeles, et ils ne voulaient quitter cette aimable bourgade à aucun prix, fût-ce celui, assez coquet, proposé par le PSG.
D’autre part, l’ailier-droit britannique était conscient du fait qu’il n’aurait pas un temps de jeu important dans le club parisien et que cela ne favoriserait pas ses chances de pouvoir réaliser son rêve, à savoir jouer les Jeux Olympiques sous les couleurs de son pays, qui auront lieu à deux pas de Buckingham Palace cet été.
Que Beckham souhaite rempiler dans l’équipe de la Cité des Anges, par amour de ses enfants et de sa patrie, plutôt que de jouer au mannequin vendeur de tee-shirts dans la Ville Lumière, voilà qui est loin de nous déplaire.
Fini de rire. Finies les plaisanteries, la grossièreté, les manipulations. François Hollande s’est fâché tout rouge, mercredi soir en marge de son premier vrai meeting de campagne. Le motif ? Des journalistes du Parisien ont raconté que le candidat socialiste aurait traité le chef de l’Etat de « sale mec », lors d’un déjeuner off.
Ah, ces déjeuners qu’aime tellement la presse : on s’assied à table avec le candidat, il vous demande votre avis, vous le lui donnez et il fait si bien semblant d’être intéressé. Et au dessert, il glisse quelques confidences qui seront distillées pendant des semaines. En vrai, il n’y a en général pas grand-chose à tirer de ces « déj », si ce n’est la satisfaction d’en être et d’avoir le moyen de faire des périphrases dans des papiers et des papiers. Aussi, ami lecteur, quand tu liras « dans l’entourage du candidat, on pense que », sais-tu que c’est peut-être vraiment le candidat qui parle ? Ô miracle du journalisme politique !
Sauf que voilà, des margoulins qui ne respectent rien mais qui travaillent au Parisien, ont balancé sur twitter le « sale mec », et en ont rajouté une couche dans un article le lendemain. Et là, misère, emballement, petite polémique, l’UMP exige des excuses. Ca monte, on s’invective, ça remonte, on s’insulte et finalement, ça déborde. François Hollande est obligé de se fâcher tout rouge en expliquant que primo il n’a jamais dit ça. Secundo, que lui n’est jamais grossier. Et que les journalistes feraient bien de faire leur travail. Silence dans les rangs.
On comprend bien que François Hollande se soit trouvé chafouin à cause de cette petite trahison journalistique. La veille, il avait eu droit à la une de Libé pour son adresse aux Français, suivie de six pages quasi hagiographiques. On en attend pas moins du candidat chouchcou de la presse morale et progressiste donc forcément anti-sarkozyste.
Mais si j’étais François Hollande ou son premier cercle de communicants, je commencerais à m’inquiéter un peu. Mercredi, Libé, sans doute inquiet de s’être ainsi symboliquement trop mis dans la main du PS, en dépit des annonces de la publication en une d’autres adresses de candidats, publiait un papier assez méchant sur les variations programmatiques de son candidat chéri. D’ailleurs, il suffisait de voir sur twitter les réactions indignées des hollandistes dénonçant la trahison de Libé pour comprendre qu’ils n’avaient pas le cul sorti des ronces.
Car, mes amis, je peux me tromper, mais le chemin de croix ne fait que commencer. Jusqu’ici, Hollande pouvait gérer en bon père de famille ses 60% d’intentions de vote au second tour de la présidentielle face à Sarkozy et surfer sur la détestation et le (mauvais) bilan du Président de la République. Sauf que, ça ne suffit pas. Entre tes amis à gauche qui n’en ratent pas une et te plombent dès qu’ils ouvrent la bouche (y compris dans ton propre parti) et l’extrême droite qui de plus en plus souvent intervient dans des domaines qui devraient être les tiens (l’industrie, l’économie, la protection sociale, l’Europe), tout favori que tu sois, ça se tend.
Hollande ne peut plus se contenter de multiplier les comices agricoles et les visites d’usines en expliquant que lui est normal (et pas l’autre), qu’il veut rétablir la paix, la confiance et l’harmonie en France. Même ses propres supporters vont finir par en demander un poil plus.
Ne faisons pas de fixation sur le programme – les promesses n’engagent que ceux qui les croient- mais il y a une vraie question de souffle. Ou pire, d’envie. Y compris pour redonner confiance à des électeurs qui ne voteront plus ou pas Sarkozy. Etrangement, engoncé dans ses costumes mal coupés, son régime et ses imitations du Président sortant, François Hollande fait moins envie que tiens, au hasard Bayrou. François Bayrou, qui a le mérite d’une certaine folie et d’une certaine constance dans sa folie.
Que va faire François Hollande ? Se draper dans la dignité bafouée, de celui qui ne blague pas et n’injurie pas, comme après l’histoire du « sale mec », pour éviter le syndrome Jospin balançant dans un avion à des journalistes que Chirac était « vieilli, usé, fatigué ». Ce qui, on le sait, ne lui a pas tellement porté chance.
Il va sans doute tenir à distance la presse, pourtant si friande de ses blagues et de ses imitations. Aller à la rencontre des « vrais » gens . Et croiser les doigts pour que la prochaine de ses blagues (c’est plus fort que lui) ne se retrouve pas sur twitter. Enfin, sans doute, il va prier en douce pour que Marine le Pen et Bayrou bouffent suffisamment de voix à l’UMP afin qu’il puisse aller au second tour en charentaises. A ce moment de la campagne, voilà probablement l’erreur principale de Hollande : croire qu’il se bat déjà pour le second tour. Quel que soit le candidat ou la candidate face à lui. Sans vouloir ratiociner, Jospin en 2002, avait joué la même chanson. Avec le succès qu’on sait auprès de ces sales mecs d’électeurs…
Ainsi François Hollande aurait qualifié Nicolas Sarkozy de « sale mec » devant un parterre de journalistes, en off. Evidemment, penser que le off existe encore aujourd’hui alors qu’il faut vérifier à chaque instant qu’il n’y ait pas un maniaque du smartphone qui vous filme quand vous mettez la main aux fesses de votre petite amie en entrant dans un restaurant ou au cinéma, ou qui vous enregistre quand vous racontez à un pote autour d’un verre de Bushmill malt quels supplices vous vous verriez bien faire subir à des traders ou des banquiers du FMI, cela relève de la plus grande naïveté politique et n’augure pas bien de la lucidité de l’actuel leader charismatique de la gauche française.
Cependant, si François Hollande a vraiment dit cela du Président de la République, c’est impardonnable. Il faut que ce pauvre con se casse, et vite. En politique, ce genre de racaille, il faut la passer au Kärcher. C’est la seule solution.
Sinon, pour voir les gentillesses dont sont capables entre eux les hommes politiques, mais heureusement parfois, avec un esprit dans la méchanceté qui excuse tout, on lira la parution récente, aux Editions Mille et une nuits, de Quand les politiques se lâchent, bons mots, lapsus et vachardises de Olivier Clodong.
Le vent qui souffle à l’est défrise nos moralistes occidentaux doués, c’est un axiome, pour l’éternité de la sagesse suprême : la démocratie, nous disent-ils, ce régime idéal voué à l’expression de la diversité des opinions, ne sera jamais parfait que s’il est décalqué du nôtre. On n’est pas plus intellectuellement totalitaire.
Que Viktor Orban, ce héros de la lutte contre l’occupation de l’Armée rouge, dote son pays, qui l’a démocratiquement élu, d’une constitution nouvelle, et c’est le tollé, l’édification du pilori, les hauts cris, le graissage du gibet de Montfaucun et la rediffusion immédiate de Nuit et brouillard (copyright Finkielkraut, je crois). Jugez du danger : la Hongrie, puissante nation capable de mettre le feu au monde, nous défie. Il faut réagir sans tarder devant cette accession du Chancelier Hitler au pouvoir nouvelle manière. Bientôt l’incendie du Reichstag, bientôt l’Anschluss – la Hongrie annexant l’Autriche – l’Amiral Horty et les Sudètes. La maison brûle, nous discutaillons et Le Monde fait ses éditos. Aux armes, citoyens, et tout le tralala.
Il est vrai que lorsqu’un événement équivalent a lieu, au même moment, dans les pays arabes et nord-africains, personne n’ose l’ouvrir. Faudrait pas sombrer dans le néocolonialisme. A moins que Tunisiens, Marocains et autres Egyptiens ne soient pas dignes de démocratie, en fait. C’est peut-être l’opinion secrète. Une charia modérée, voilà ce qu’ils méritent.
Mais jugez : Orban, lui, déclare que l’avortement n’est pas un droit de l’homme. Scandale ! Qu’il soit en accord là-dessus avec les instances internationales n’est pas un argument. C’est beaucoup plus grave que le port du voile, la lapidation, et l’interdiction de la liberté de culte. En sus, il introduit une référence religieuse dans sa constitution. Rien à voir avec les Allemands, les Irlandais et les Maltais, qui, eux, ont le droit. Lui, qui n’est que vulgairement Mitteleuropa, reste suspect comme le premier Serbe venu de tendances dictatoriales et paléochrétiennes congénitales.
Cet autocrate légitimement élu qui comme Pasqua redécoupe la carte électorale à son profit ; ce tyran venu du libéralisme qui comme Mitterrand ou Sarkozy place ses hommes aux postes-clefs de l’Etat et de la culture ; ce barbare qui comme Israël avec les siens accorde la nationalité aux descendants de Hongrois voisins ; cet Ubu qui comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis limite l’indépendance de sa banque centrale ; ce Bajazet, ce Tamerlan, ce Gengis-Khan enfin doit être banni de la communauté politique, puni économiquement par l’Europe et le FMI et même, s’il persiste, retranché de la société des hommes.
Je m’ignorais christianophobe. Comme beaucoup, j’observais les catholiques pratiquants avec une indifférence passablement arrogante et amusée. Je tolérais le son des cloches de l’église Saint-François-Xavier comme je tolère l’apprentissage de la trompette par mon voisin du 5e. Mon athéisme, à la fois snobinard et mou, se plaisait à croire que, comme le dit Chantal Delsol, « les catholiques traditionalistes sont couramment incultes, mais extrêmement civilisés ». À en juger par les réactions des milieux cathos intégristes au spectacle de Roméo Castellucci joué au Théâtre de la Ville, Sur le concept du visage du fils de Dieu, seule la première partie de la remarque est vraie. Peut-être faut-il, cependant, se réjouir de voir les tribus barbares autochtones se soulever avec une rage et une fureur comparables à celles des tribus allogènes.
Les catholiques peuvent certes se sentir offensés par ce que certains qualifient de « vision volontairement scatologique de la figure du Christ », encore que leur opinion soit uniquement fondée sur les critiques de la pièce ou sur les photos circulant sur Internet. Ils peuvent se sentir indignés à la lecture de l’amas d’ignominies publié par Libération sous le titre « À bas toutes les calottes, noms de dieux ! Oui, mais encore ? », dans lequel la Croix est qualifiée de « bout de bois pesant » et les organisateurs des manifestations anti-Castellucci de « sous-traitants un peu fachos de la Vatican Inc. ». Même Michel Onfray affirme qu’« on peut provoquer sans insulter les gens ».
Il serait cependant appréciable que les catholiques comprennent qu’ils vivent parmi des gens qui sont tout autant ulcérés par le message de l’abbé Régis de Cacqueray, paru dans France catholique, où il est question, je cite, de « rafles de catholiques » auxquelles aurait eu recours la police en procédant à l’interpellation des défenseurs les plus hardis de l’honneur du Christ. Qu’on se moque plus ou moins gentiment des cathos, je veux bien l’admettre. Qu’on offense, ouvertement ou sous couvert d’une quelconque production artistique, la symbolique chrétienne, je le reconnais et le regrette. Mais lorsque j’entends que les chrétiens sont discriminés, voire persécutés en France, je rigole. Or, le slogan des manifestants, devant le Théâtre de la Ville, n’était pas « Les moqueries, ça suffit ! » mais « Christianophobie, ça suffit ! ».[access capability= »lire_inedits »]
Qu’est-ce que la « christianophobie » ? L’expression maladroite d’une réalité vécue par les chrétiens dans certaines parties du globe ou ressentie dans d’autres. Le concept a été adopté par l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) en mars 2009 et figure dans une vingtaine de documents officiels des Nations unies. Mais peut-on soutenir que les chrétiens vivant en France ou ailleurs en Europe sont menacés dans leur intégrité physique, dans leur liberté religieuse ou dans leur liberté de conscience, comme le sont pour de bon leurs coreligionnaires disparus au Moyen-Orient ou en Asie centrale ? Cette question incongrue a pourtant été l’objet d’une journée d’études organisée par AED (Aide à l’Église en détresse), une association qui secourt les communautés chrétiennes en détresse à travers le monde. Par une de ces blagues dont l’Histoire est coutumière, le colloque intitulé « Le christianisme aura-t-il encore sa place en Europe ? » se déroulait à l’Espace Charenton, où s’étaient tenues les Assises contre l’islamisation de l’Europe. « On devait initialement tenir ce colloque dans un autre endroit, mais cela nous a été refusé parce que le sujet était trop sensible et sous prétexte que notre liste d’intervenants était trop homogène », a précisé Marc Fromager, le directeur de l’AED.
L’objectif affiché était de trouver une réponse chrétienne aux agressions et provocations. L’heure n’est plus à tendre l’autre joue. Si le terme de « christianophobie » n’a été utilisé qu’avec parcimonie durant la journée, les intervenants, à l’exception notable de Chantal Delsol, ont rivalisé dans l’acharnement pour recenser le moindre cas d’intolérance ou de discrimination à l’encontre de la communauté catholique. Martin Kugler, patron de l’Observatoire de l’intolérance et de la discrimination contre les chrétiens, a fait un tabac en parlant de Monsieur Untel, licencié pour avoir émis une opinion défavorable sur les unions de personnes de même sexe, puis de ce médecin espagnol victime de pressions parce qu’il refuse de pratiquer l’IVG. Sans oublier ces fonctionnaires publics, catholiques pratiquants, qui, dans bien des pays européens, sont désormais obligés de marier les homosexuels sans piper mot. Comment s’opposer aux associations LGB… « Comment dit-on, déjà ? Vous savez, il s’agit d’organisations gay, lesbiennes… Je ne suis pas trop renseigné là-dessus. » Rires dans la salle. « Enfin, vous savez de quoi je parle. Ils sont puissants parce que financés par l’Union européenne et très soutenus par les médias. Ils jouent sur l’intimidation. »
Evêque de Luçon, Alain Casteta a déploré les conversions d’opportunisme qui font que « l’on rencontre aujourd’hui des musulmans aux yeux bleus en Bosnie-Herzégovine ». Le géopolitologue Alexandre Del Valle a raconté avec accablement que Le Nom de la rose, « un livre qui ne peut pas être considéré comme favorable au christianisme », était l’unique référence au monde chrétien dont disposaient ses étudiants. Enfin, repérée dans la salle et grandement saluée, Christine Boutin a été sommée de répondre à la question posée dans l’intitulé du colloque. « Je crois en Christ. Notre vie terrestre n’est qu’un passage, mais il est évident que l’Europe restera chrétienne », a-t-elle lancé depuis le podium. Curieuse de savoir ce que serait concrètement « l’Europe chrétienne », je lui ai demandé si elle reviendrait sur le droit à l’avortement ou sur le PACS. « Vous savez, m’a-t-elle répondu, avec la société, c’est un peu comme dans la famille. Vous ne parlez pas à votre enfant de 15 ans de la même façon que quand il en avait 5. Il est clair que, si on organisait un référendum sur l’avortement, personne ne voudrait revenir là-dessus. » J’ai alors compris que j’étais venue à la rencontre d’un monde assiégé, sinon déjà perdu.
Femme d’apparence austère, voire ascétique, Chantal Delsol a osé la franchise, frôlant même le mea culpa : « Nous sommes mal-aimés, c’est une évidence. Je pense que nous payons les fautes et les erreurs de nos ancêtres. L’Église a été longtemps en situation de domination. Elle n’en a pas profité pour être tolérante. C’est à nous de payer l’addition. Payons-la. Le christianisme n’est pas persécuté en Europe, mais il n’a plus de poids. Nous devons apprendre à vivre sous un statut minoritaire. » La salle a mollement applaudi. Quand vous avez 70 ans et que vous vous déplacez jusqu’aux confins du 12e arrondissement, ce n’est pas pour vous entendre dire que vous devez accepter d’être minoritaire et que, de surcroît, la responsabilité en revient à vos ancêtres.
J’ai toujours adoré détester les catholiques traditionalistes pour tout ce à quoi ils ont renoncé, et parce qu’il exigent des autres qu’ils les suivent : la morale épicurienne et la raison froide, le divorce et la pilule, le nomadisme spirituel et l’espérance d’un salut ne venant pas de la foi. Je n’accepterais pas que le mariage de deux personnes du même sexe ne puisse être célébré, partout où cela est légalement admis, pour cause d’objection morale d’un fonctionnaire public. Et puisque je n’ai pas l’habitude de jeter des œufs pourris sur quiconque et pour quelque raison que ce soit, je n’admettrai pas que les autres le fassent parce qu’ils jugent blasphématoire une pièce de théâtre, un film ou un tableau. Entre le public de l’Espace Charenton et moi, il y a des années-lumière. Comment faire pour vivre ensemble ?
La question est assez théorique dans la mesure où il est vrai que les chrétiens pratiquants pèsent de moins en moins lourd, même si rien n’annonce − et fort heureusement − leur extinction en Europe, comme en témoignent les records de fréquentation battus par Des Hommes et des dieux ou par Le Grand silence. Aux catholiques et à eux seuls de faire les efforts d’adaptation et les concessions nécessaires pour trouver un modus vivendi acceptable pour tous. L’ensemble des citoyens de l’Union européenne pourrait se rallier à leur bataille pour inscrire l’héritage chrétien dans la Constitution européenne, pour la simple raison qu’il s’agit d’une vérité historique incontestable. Peut-être devraient-ils commencer par réapprendre à s’aimer, comme l’a déclaré Alexandre Del Valle. Non, leur voix n’est pas immanquablement ignorée ou rejetée parce qu’elle est catholique. Dans les débats actuels ou à venir sur la bioéthique, l’euthanasie, l’économie libérale, la mondialisation, ils sont et seront écoutés sinon entendus. Mais certains de leurs combats sont perdus à jamais. Ils doivent l’admettre au lieu de se lancer dans la grande compétition victimaire. Parce qu’en plus, ils ne la gagneront pas.[/access]
L’Atomium, impressionnant monument, souvenir de l’Exposition Universelle de Bruxelles de 1958, n’a pas l’heur de plaire à nos amis islamistes. Voici le message véhiculé depuis un mois par le mouvement Sharia 4 Belgium : “Ce symbole de l’Etat belge tombera bientôt en lambeaux! Qu’Allah les disperse eux et leur pays. Amen! Et alors ce symbole ne leur servira plus à rien! Voyez comme les gens considèrent ce monument comme leur tâghoût, leur idole. Entre 1995 et 2001, le Mollah Omar, Dieu le protège, a détruit les symboles des idolâtres en Afghanistan. Alors nous devons aussi détruire ce monument … Nous devons nous libérer de ces idolâtries !”
Le logo Sharia 4 Belgium représente le Palais Royal de Bruxelles sur lequel flotte le drapeau de l’Islam. Car les drapeaux des “infidèles” seront tous remplacés par un drapeau où s’inscrira “Il n’y a d’autre Dieu qu’Allah!”. Car comme l’explique Sheikh Abu Imran, le dirigeant de cette sympathique organisation. “Nous jurons sur Allah, le seul et unique Dieu, nous n’aurons jamais de repos, nous ne nous arrêterons jamais, jusqu’à ce que ce drapeau flotte au sommet des bâtiments d’Europe!”
Prudence, me dira-t-on, il ne s’agit que d’une poignée de tordus. Surtout, Padamalgam!
En attendant, cette association a pignon sur rue depuis des années à Anvers et son site Internet comptabilise de plus en plus de visiteurs.
Et bien sûr, ces appels à la destruction massive n’ont jusque là fait l’objet d’aucune sanction pénale, malgré les plaintes et malgré les lois existantes…
Quand un monument d’Europe bondé de touristes volera en éclat, on se demandera comment c’est possible, on fera une marche blanche et on tentera de ne pas trop nommer au nom de quoi ou de qui ces actes auront été commis, de peur de stigmatiser une communauté. On dira que ce sont des fous isolés. On oubliera que ces mêmes fous avaient prévenu…
Allumez la télé et faites une expérience amusante : quelle que soit l’info du jour depuis la recrudescence des vols de bonbons jusqu’à l’épidémie de stress dans les entreprises, l’explication est toujours la même: c’est la faute de la crise ! On suppute même que c’est à cause de la crise et plus précisément du coût de l’essence qu’on a incendié moins de voitures à Noël…
Nous avions donc un prétexte tout trouvé pour excuser le léger délai à l’allumage du numéro de janvier : c’était de la faute à la crise mondiale ! Sauf qu’on vous connaît, chers lecteurs, et on sait bien qu’à vous, on ne la fait pas… Et on vous avouera donc bien volontiers, en vous faisant nos excuses les plus plates, que la seule crise à incriminer dans ce léger retard – en réalité dû aux Fêtes – est la crise de foie.
Cela dit, de crise, il en sera question dans ce numéro de janvier. Et pas seulement du cataclysme monétaire annoncé. Car aujourd’hui partout en Europe, c’est l’idée même de démocratie qui est en crise. Nous y consacrerons un roboratif dossier, autour d’un long entretien avec Marcel Gauchet – mais j’y reviendrai en détail lundi, jour de sortie de Causeur 43.
D’ici là, ceux qui ne sont pas encore abonnés peuvent mettre fin à cette situation scandaleuse en cliquant ici – ils recevront le prochain numéro dans leur boîte aux lettres dès mercredi.
Chaque semaine jusqu’à l’élection présidentielle, la « battle » sur Yahoo ! Actualités confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Elisabeth Lévy et Pascal Riché débattent de l’état de la France en ce début d’année.
Pour vous je ne sais pas, mais pour moi, 2012 c’est déjà mal barré. Il y a une semaine, je me trouvais chanceuse de vivre dans un pays où les raisons de rigoler ne manquent pas – et je ne parle pas seulement des célèbres colères de la présidente Choly. Dans les dernières blagues de 2011, j’aime particulièrement celle où Bertrand Delanoë autorise une paroisse à exposer une Crèche à condition qu’elle soit dépourvue de toute connotation religieuse – dans l’une de ces immondes petites baraques blanches qui, chaque année à la même époque, défigurent plusieurs avenues parisiennes. Je me disais qu’on allait bien s’amuser avec la chouette baston présidentielle qui s’annonce.
Autant vous dire que c’est réussi. En une semaine, avec leurs vœux, nos aimables politiques m’ont flanqué un cafard monstre. Droite, gauche, majorité, opposition, pas un pour rattraper l’autre. Pour une fois qu’ils sont tous d’accord, c’est pour nous répéter qu’on en bave et qu’on va en baver encore plus. Ça a commencé le soir du 31 avec les vœux du Président qui nous a dit que c’était la crise la plus grave qu’on ait connue depuis 1945 et que ça ne faisait que commencer. Et j’ai décidé d’arrêter après avoir lu la lettre de François Hollande – oui, François Hollande m’a écrit. Mais je mentirais en disant qu’il m’a remonté le moral. Il me raconte que la France est « abaissée, affaiblie, abîmée, dégradée ». Il aurait au moins pu faire l’andouille, je ne sais pas, lever les bras comme un tire-bouchon en promettant qu’elle serait bientôt libérée. Bernique.
Benoît Hamon accuse le Président, le Président accuse la finance. Chacun joue sa partition, mais on dirait qu’il n’y a que des marches funèbres en rayon. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, c’est la même chanson : nous vivons un enfer. Les Français endurent de graves difficultés et même de terribles souffrances. Je me demande si c’est moi qui vis sur une autre planète ou si nous avons collectivement perdu tout contact avec le réel. Les gens que je croise dans la rue, le RER ou la vie ne paraissent pas tous désespérés – d’accord, ça ne se voit pas forcément – ni affamés, ni misérables. Au cas où ça vous aurait échappé, le week-end qui a marqué la fin des vacances scolaires a été classé « rouge » par Bison futé, peut-être des gens partis chercher à la campagne de quoi échapper aux duretés du rationnement.
Vous trépignez ? Relisez Les raisins de la colère : en 1929, des petits fermiers américains mouraient de faim pour de vrai. En 1960, alors que la France s’adonnait au bonheur de la croissance, des familles voyaient leur fils partir à la guerre. Et aujourd’hui, dans l’Espagne voisine, des centaines de milliers de personnes ne perçoivent plus le moindre revenu.
Je sais que des millions d’entre nous sont déjà condamnés au chômage et que beaucoup vivent dans l’angoisse d’y passer. Je sais qu’on attend des heures aux urgences des hôpitaux, que le RER est souvent en grève ou en panne, que la machine à laver ou la voiture qui lâchent peuvent être une catastrophe pour un budget calculé à dix euros près. Je sais que des mères seules doivent compter sur le Secours populaire ou les Restaus du cœur pour nourrir leurs gosses. Je sais que 7,5 % des Français vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec 800 euros par mois. Je sais enfin, et c’est peut-être le plus grave, que certains de mes concitoyens travaillent sans pouvoir vivre décemment du fruit de leur travail.
Mais il n’est pas sûr que ce soient ceux qui souffrent le plus qui se plaignent le plus. Certes, la vie des Français appartenant aux classes moyennes comme vous-et-moi est plus difficile que dans les périodes plus fastes. Nos banquiers nous refusent des crédits et nous enquiquinent pour un misérable découvert. Pour aider le petit dernier à s’installer, il a fallu passer les vacances en Bretagne plutôt qu’aux Bahamas. Nous hésitons à aller voir un médecin dès que nous nous sentons vaguement patraque. Il faut expliquer aux mômes qu’ils doivent choisir entre la dernière console de jeux et les baskets dernier cri.
Je ne veux pas vous faire le coup des petits Chinois qui meurent de faim mais peut-être sommes nous un peu des enfants gâtés. A force de brailler sur le supposé détricotage de notre modèle social, on ne voit pas que le filet social, même avec des mailles plus larges qu’hier, offre une sécurité impensable il y a seulement 30 ou 40 ans et toujours inconnue dans les prétendus eldorados que sont les pays émergents. À titre indicatif, la France consacre plus de 30 % de son PIB à la protection sociale ce qui en fait la championne des pays européennes. Nous nous étranglons de rage parce qu’il y a des gens très riches, ce qui personnellement ne m’empêche pas de dormir, et préférons ignorer que 60 des revenus distribués sont des revenus de transfert – ce qui aux yeux d’un Américain fait de la France un pays communiste. Nous pleurons sur notre sacro-saint pouvoir d’achat, alors que beaucoup d’entre nous ont une existence matérielle plus confortable que celle de leurs parents sous les mythologiques Trente glorieuses. Et pour finir nous accusons l’Etat qui n’en fait jamais assez pour nous.
Bref, nous sommes devenus un peuple de créanciers : toujours victimes, jamais responsables. Alors, que nos dirigeants aient fait de mauvais choix, c’est plus que probable. Mais outre que nous les avons élus, ces dirigeants, et que nous élirons encore, ces choix nous les avons acceptés et même souhaités. Nicolas Sarkozy a dit que la crise, c’était la faute à « la finance ». Sauf qu’on trouvait tous ça chouette la finance quand, en boursicotant avec trois sous on pouvait en gagner 20 sans rien faire. Nous sommes justement révoltés par les délocalisations mais pensons qu’acheter un écran plat ou un i-Phone à bas prix est un droit de l’homme. D’où la palinodie sur la TVA sociale. Qu’il faille financer la protection sociale, cela relève de l’évidence – encore que certains semblent imaginer que l’Etat a un magot provenant d’autre chose que du fruit de notre travail à tous. Il s’agit de choisir si nous préférons être imposés quand nous travaillons ou quand nous consommons – et en l’occurrence quand nous consommons des produits importés de pays à bas coûts salariaux. Mais nous, nous voulons produire français et acheter chinois. Pourquoi se casser la tête ? Protestons contre les effets dont nous chérissons les causes.
Alors, plutôt que de pleurnicher sur notre sort, peut-être devrions nous nous intéresser pour de vrai, et pas seulement en écrasant une larme devant un JT, à ceux qui ne s’en sortent pas – et dont le problème n’est pas d’avoir pris une semaine de vacances et pas deux à Noël. D’accord, tout va mal, mais au risque de passer pour atrocement ringarde, je suis sûre que ça ira mieux quand, au lieu de recenser en boucle tout ce que notre pays ne fait pas pour nous, nous nous demanderons ce que nous pouvons faire pour notre pays – et pour commencer pour notre voisin qui est vraiment dans la mouise. Tant pis si cela nous oblige à repousser de six mois l’achat d’une nouvelle bagnole.
Synagogue de La Ghriba (Jerba). Photo : Daoud Boughezala.
J’ai déjà écrit tout ce que je pensais du président tunisien Moncef Marzouki, en bien et en mal. Bien que j’aie lu attentivement une bonne partie de ses dits et écrits, le gaillard réussit encore à me surprendre. Ainsi, le 19 décembre, après avoir organisé une rencontre inter-religieuse avec l’archevêque de Tunis et le Grand Rabbin de Tunisie, Moncef Marzouki a tout simplement invité les Juifs d’origine tunisienne à regagner leur pays d’origine pour en être citoyens à part entière.
Comme l’espérait sans doute le rusé chef d’Etat tunisien, qui a pris de court nombre de ses alliés, l’annonce a été accueillie avec force congratulations et applaudissements. « Voyez la nouvelle Tunisie, tolérante, ouverte et égalitaire ! » disent les uns. « Les Tunisiens montrent une fois encore le chemin à suivre ! » exultent les autres. Certains, lecteurs de Hannah Arendt et convaincus que l’antisémitisme est un ferment du totalitarisme, argueront que cet appel au retour des Juifs garantit la forme démocratique du futur régime tunisien. Dans tous les cas, chacun est sommé de se féliciter.
Alors, heureux ? Eh bien non. Non, ce n’est pas parce que cette annonce est tombée à la veille des fêtes de Hannoukah qu’il faut la prendre comme un cadeau.
D’abord, l’invitation vient un peu tard. Cela ne fait pas dix ou vingt ans que les Tunisiens juifs ont dû plier bagage, mais près de cinq décennies. On ne refera pas l’histoire de la communauté juive de Tunisie mais, si une émigration volontaire importante vers Israël est avérée dans les années 1950, ce sont bel et bien les émeutes antisémites de 1961, 1967 et postérieures qui ont réduit le nombre des Tunisiens juifs de cinquante mille en 1960 à moins de deux mille aujourd’hui.
Ainsi que l’a exprimé Maya Nahum dans un très bel article, aujourd’hui, les émigrés (ou plutôt, les expulsés) et leurs enfants, s’ils sont encore attachés à leur culture méditerranéenne, ne se sentent absolument plus citoyens d’une Tunisie qui n’a pas voulu d’eux. Citoyens de France ou d’Israël, ils ne sont désormais plus des Tunisiens juifs, mais simplement des « Juifs tunisiens », comme il existe des Juifs marocains, russes, ashkénazes ou yéménites. Bref, ils se définissent comme des Juifs d’origine tunisienne, de culture tunisienne, mais dont la patrie n’est plus la Tunisie. Une majuscule s’inverse, et un peuple vacille.
Et si Marzouki a réussi à surprendre son monde, c’est que son appel au retour des Juifs tunisiens vient d’un homme politique pétri de l’idéologie nationaliste arabe, cette idéologie même qui les a poussés vers la sortie. Ces quinze dernières années, l’ancien opposant à Ben Ali a en outre multiplié les références à l’identité arabo-musulmane de la Tunisie, témoignant d’une mémoire historique pour le moins sélective.
Or, c’est bien au nom du nationalisme arabe, de la solidarité avec les « frères arabes » et de la lutte contre « l’impérialisme franco-américano-sioniste », que les Tunisiens juifs ont été chassés d’une terre sur laquelle ils vivaient depuis dix-huit siècles. Cette histoire ne se trouve pas seulement dans les livres. Elle m’a été racontée par Guy Sitbon, représentant de ces Tunisiens juifs, compagnons de route du communisme, qui se sont engagés dans la lutte pour l’indépendance tunisienne au nom d’un idéal nationaliste, égalitaire et républicain[1. Quand on sait que les premières émeutes antisémites en Tunisie ont eu pour prétexte, en 1961, un prétendu soutien des Tunisiens juifs à l’armée française lors de la crise de Bizerte, il y a de quoi ressentir un goût âcre dans la gorge.], puis se sont ensuite fait jeter dehors comme des malpropres sous prétexte qu’ils n’étaient pas circoncis du bon côté.
Un dernier détail nous pousse à l’amertume. J’ai nommé l’article 8 de la Constitution provisoire de la Tunisie : « Peut se porter candidat à la présidence de la République tout Tunisien musulman jouissant exclusivement de la nationalité tunisienne, de parents tunisiens, âgé au moins de 35 ans » (sic).
N’est-elle pas belle, la Tunisie ouverte et tolérante ? Croyez-le ou pas, mais chez les Juifs tunisiens, qui ont la plupart du temps sincèrement soutenu la révolution tunisienne, cet article est une pilule qui ne passe pas. Tout d’abord parce que la quasi-totalité des Juifs tunisiens possède, exil oblige, la citoyenneté d’un autre pays qui leur interdit l’accès à la magistrature suprême. Et d’autre part, l’obligation d’appartenir à la communauté musulmane interdit – jusqu’à la simple possibilité – qu’un jour, un Tunisien juif devienne Président de la « première République arabe libre », comme l’a baptisée Marzouki avec un brin de grandiloquence.
Concédons que la plupart des Juifs tunisiens n’aspirent pas à devenir Président de la République. Peu importe : si la présidence tunisienne leur est aujourd’hui fermée, ne peuvent-ils pas légitimement se demander ce qui leur sera interdit demain ? L’article 8 de la Constitution provisoire est non seulement une tache sur la démocratisation de la Tunisie[3. Heureusement pas indélébile, l’Assemblée constituante pouvant encore faire machine arrière. ] mais c’est aussi une insulte à l’avenir pour tous les Tunisiens non-musulmans, notamment pour ces juifs que Marzouki voudrait voir revenir.
Monsieur le Président a beau jeu de poser au tolérant et au rassembleur, on peinerait à trouver les actes derrière ces mots. Jusqu’à nouvel ordre, les deux lignes malheureuses qui réservent la présidence de la République aux musulmans constituent le seul projet dont il puisse se prévaloir, au nom de la République qu’il représente désormais. Car si Moncef Marzouki peut aujourd’hui appeler les Juifs tunisiens à redevenir des Tunisiens juifs, en oubliant cinquante ans d’histoire douloureuse, c’est parce qu’il occupe une fonction politique interdite à un juif. Ce pourrait être risible. C’est simplement triste.
David Di Nota nous apprend que dans son intervention à la Eastern Economic Association, Paul Krugman se serait lamenté de la fâcheuse tendance qu’ont les économistes à faire confiance à leurs modèles macroéconomiques. Je dois rêver…
Sacré Krugman ! Voilà un garçon qui ne manque jamais une occasion de dire tout et son contraire en se donnant des airs supérieurs. Parce que, voyez-vous, « les économistes » ce n’est pas un ensemble homogène qui pense et raconte la même chose. Je sais bien que c’est l’impression que cela peut donner au profane tant ceux qui sont invités à s’exprimer sur la place publique ont une fâcheuse tendance à l’uniformité – il suffit de faire un tour au rayon « économie » de la moindre FNAC (c’est très vite fait, plus vite que le rayon ésotérique par exemple) pour se convaincre du filtrage : pour 5 Galbraith, pas un seul Mises ; pour 10 Stiglitz, vous tenterez désespérément de trouver la moindre œuvre de Friedman ; pour 15 Keynes, pas l’ombre d’un Hayek ; pour 20 Krugman, je vous mets au défi de trouver un seul Barro ; enfin, pour 25 Marx, dites moi combien vous voyez de Smith ?
Et dans la famille de ceux qui vous pondent des gros modèles mathématiques à base de grands agrégats abstraits, il se pose là le Krugman ! Si vous voulez des courbes de « demande agrégée » (ne me demandez pas ce que c’est, je ne sais pas non plus) qui croisent « le » taux d’intérêt (lequel ?), vous n’en trouverez nulle part ailleurs autant que sur le blog du bonhomme. Mais tout l’art subtil du Krugman, ex-économiste reconverti dans l’art subtil de lobbying politique, c’est d’être le premier à avoiner copieusement celles et ceux qui, justement, critiquent cette sur-mathématisation d’une science essentiellement humaine. « Idéologues que vous êtes » dit-il, « moi, je suis un vrai scientifique : regardez mes modèles ! »
C’est toute la perversion de cette époque où la recherche a été fonctionnarisée et où l’accès aux média est passé sous contrôle politique : on a tué le débat. Vous pensez que c’est propre à l’économie ? Eh bien vous vous trompez. Au hasard, je cite la climatologie : des milliers de types compétents dans le monde ont beau publier des papiers, signer des pétitions, démontrer leurs théories à l’épreuve des faits comme en laboratoire et devinez quoi ? Il y a « consensus » : le réchauffement climatique est d’origine humaine – point barre, circulez !
Et voilà notre Krugman qui fustige une prétendue pensée dominante, bien sûr ultralibérale, alors que le gouvernement des États-Unis applique précisément les recettes qu’il préconise ; relances budgétaires, politiques monétaires accommodantes et autres « quantitative easing » – le bréviaire de la synthèse classico-keynésienne dans toute sa splendeur. Ça ne marche pas ? C’est qu’on n’en a pas assez fait (je ne plaisante pas, c’est ce que le bonhomme répète depuis des mois) !
Alors pardon, mais Paul Krugman qui regrette la confiance exagérée qu’ont ses petits camarades dans leurs modèles macroéconomiques, ce serait tout juste risible si les conséquences des décisions prises sur la base de ces modèles n’était pas si dramatiques – l’hôpital se fout de la charité et en public de surcroît.
« Dans recherche scientifique libre » dit le personnage du roman[1. La grève de Ayn Rand aux Belles Lettres – que je vous recommande.], « le troisième terme est redondant. » Si vous voulez entendre des économistes qui ont quelque chose de valable à raconter, éloignez-vous donc des politiciens.
David Beckham ne signera pas au Paris Saint-Germain contrairement à ce que nous laissions entendre le 23 décembre dernier, en utilisant néanmoins très opportunément le mode conditionnel, ouf !
Il va de soi que nous nous en réjouissons. Non, nous ne sombrons pas dans une anglophobie de mauvais aloi. Ce sont en effet les raisons de la décision du Spice boy qui motivent cette satisfaction. D’après le site Europe1.fr, le couple Beckham ne souhaitait pas déménager à Paris car ses enfants étaient très heureux à Los Angeles, et ils ne voulaient quitter cette aimable bourgade à aucun prix, fût-ce celui, assez coquet, proposé par le PSG.
D’autre part, l’ailier-droit britannique était conscient du fait qu’il n’aurait pas un temps de jeu important dans le club parisien et que cela ne favoriserait pas ses chances de pouvoir réaliser son rêve, à savoir jouer les Jeux Olympiques sous les couleurs de son pays, qui auront lieu à deux pas de Buckingham Palace cet été.
Que Beckham souhaite rempiler dans l’équipe de la Cité des Anges, par amour de ses enfants et de sa patrie, plutôt que de jouer au mannequin vendeur de tee-shirts dans la Ville Lumière, voilà qui est loin de nous déplaire.
Fini de rire. Finies les plaisanteries, la grossièreté, les manipulations. François Hollande s’est fâché tout rouge, mercredi soir en marge de son premier vrai meeting de campagne. Le motif ? Des journalistes du Parisien ont raconté que le candidat socialiste aurait traité le chef de l’Etat de « sale mec », lors d’un déjeuner off.
Ah, ces déjeuners qu’aime tellement la presse : on s’assied à table avec le candidat, il vous demande votre avis, vous le lui donnez et il fait si bien semblant d’être intéressé. Et au dessert, il glisse quelques confidences qui seront distillées pendant des semaines. En vrai, il n’y a en général pas grand-chose à tirer de ces « déj », si ce n’est la satisfaction d’en être et d’avoir le moyen de faire des périphrases dans des papiers et des papiers. Aussi, ami lecteur, quand tu liras « dans l’entourage du candidat, on pense que », sais-tu que c’est peut-être vraiment le candidat qui parle ? Ô miracle du journalisme politique !
Sauf que voilà, des margoulins qui ne respectent rien mais qui travaillent au Parisien, ont balancé sur twitter le « sale mec », et en ont rajouté une couche dans un article le lendemain. Et là, misère, emballement, petite polémique, l’UMP exige des excuses. Ca monte, on s’invective, ça remonte, on s’insulte et finalement, ça déborde. François Hollande est obligé de se fâcher tout rouge en expliquant que primo il n’a jamais dit ça. Secundo, que lui n’est jamais grossier. Et que les journalistes feraient bien de faire leur travail. Silence dans les rangs.
On comprend bien que François Hollande se soit trouvé chafouin à cause de cette petite trahison journalistique. La veille, il avait eu droit à la une de Libé pour son adresse aux Français, suivie de six pages quasi hagiographiques. On en attend pas moins du candidat chouchcou de la presse morale et progressiste donc forcément anti-sarkozyste.
Mais si j’étais François Hollande ou son premier cercle de communicants, je commencerais à m’inquiéter un peu. Mercredi, Libé, sans doute inquiet de s’être ainsi symboliquement trop mis dans la main du PS, en dépit des annonces de la publication en une d’autres adresses de candidats, publiait un papier assez méchant sur les variations programmatiques de son candidat chéri. D’ailleurs, il suffisait de voir sur twitter les réactions indignées des hollandistes dénonçant la trahison de Libé pour comprendre qu’ils n’avaient pas le cul sorti des ronces.
Car, mes amis, je peux me tromper, mais le chemin de croix ne fait que commencer. Jusqu’ici, Hollande pouvait gérer en bon père de famille ses 60% d’intentions de vote au second tour de la présidentielle face à Sarkozy et surfer sur la détestation et le (mauvais) bilan du Président de la République. Sauf que, ça ne suffit pas. Entre tes amis à gauche qui n’en ratent pas une et te plombent dès qu’ils ouvrent la bouche (y compris dans ton propre parti) et l’extrême droite qui de plus en plus souvent intervient dans des domaines qui devraient être les tiens (l’industrie, l’économie, la protection sociale, l’Europe), tout favori que tu sois, ça se tend.
Hollande ne peut plus se contenter de multiplier les comices agricoles et les visites d’usines en expliquant que lui est normal (et pas l’autre), qu’il veut rétablir la paix, la confiance et l’harmonie en France. Même ses propres supporters vont finir par en demander un poil plus.
Ne faisons pas de fixation sur le programme – les promesses n’engagent que ceux qui les croient- mais il y a une vraie question de souffle. Ou pire, d’envie. Y compris pour redonner confiance à des électeurs qui ne voteront plus ou pas Sarkozy. Etrangement, engoncé dans ses costumes mal coupés, son régime et ses imitations du Président sortant, François Hollande fait moins envie que tiens, au hasard Bayrou. François Bayrou, qui a le mérite d’une certaine folie et d’une certaine constance dans sa folie.
Que va faire François Hollande ? Se draper dans la dignité bafouée, de celui qui ne blague pas et n’injurie pas, comme après l’histoire du « sale mec », pour éviter le syndrome Jospin balançant dans un avion à des journalistes que Chirac était « vieilli, usé, fatigué ». Ce qui, on le sait, ne lui a pas tellement porté chance.
Il va sans doute tenir à distance la presse, pourtant si friande de ses blagues et de ses imitations. Aller à la rencontre des « vrais » gens . Et croiser les doigts pour que la prochaine de ses blagues (c’est plus fort que lui) ne se retrouve pas sur twitter. Enfin, sans doute, il va prier en douce pour que Marine le Pen et Bayrou bouffent suffisamment de voix à l’UMP afin qu’il puisse aller au second tour en charentaises. A ce moment de la campagne, voilà probablement l’erreur principale de Hollande : croire qu’il se bat déjà pour le second tour. Quel que soit le candidat ou la candidate face à lui. Sans vouloir ratiociner, Jospin en 2002, avait joué la même chanson. Avec le succès qu’on sait auprès de ces sales mecs d’électeurs…
Ainsi François Hollande aurait qualifié Nicolas Sarkozy de « sale mec » devant un parterre de journalistes, en off. Evidemment, penser que le off existe encore aujourd’hui alors qu’il faut vérifier à chaque instant qu’il n’y ait pas un maniaque du smartphone qui vous filme quand vous mettez la main aux fesses de votre petite amie en entrant dans un restaurant ou au cinéma, ou qui vous enregistre quand vous racontez à un pote autour d’un verre de Bushmill malt quels supplices vous vous verriez bien faire subir à des traders ou des banquiers du FMI, cela relève de la plus grande naïveté politique et n’augure pas bien de la lucidité de l’actuel leader charismatique de la gauche française.
Cependant, si François Hollande a vraiment dit cela du Président de la République, c’est impardonnable. Il faut que ce pauvre con se casse, et vite. En politique, ce genre de racaille, il faut la passer au Kärcher. C’est la seule solution.
Sinon, pour voir les gentillesses dont sont capables entre eux les hommes politiques, mais heureusement parfois, avec un esprit dans la méchanceté qui excuse tout, on lira la parution récente, aux Editions Mille et une nuits, de Quand les politiques se lâchent, bons mots, lapsus et vachardises de Olivier Clodong.
Le vent qui souffle à l’est défrise nos moralistes occidentaux doués, c’est un axiome, pour l’éternité de la sagesse suprême : la démocratie, nous disent-ils, ce régime idéal voué à l’expression de la diversité des opinions, ne sera jamais parfait que s’il est décalqué du nôtre. On n’est pas plus intellectuellement totalitaire.
Que Viktor Orban, ce héros de la lutte contre l’occupation de l’Armée rouge, dote son pays, qui l’a démocratiquement élu, d’une constitution nouvelle, et c’est le tollé, l’édification du pilori, les hauts cris, le graissage du gibet de Montfaucun et la rediffusion immédiate de Nuit et brouillard (copyright Finkielkraut, je crois). Jugez du danger : la Hongrie, puissante nation capable de mettre le feu au monde, nous défie. Il faut réagir sans tarder devant cette accession du Chancelier Hitler au pouvoir nouvelle manière. Bientôt l’incendie du Reichstag, bientôt l’Anschluss – la Hongrie annexant l’Autriche – l’Amiral Horty et les Sudètes. La maison brûle, nous discutaillons et Le Monde fait ses éditos. Aux armes, citoyens, et tout le tralala.
Il est vrai que lorsqu’un événement équivalent a lieu, au même moment, dans les pays arabes et nord-africains, personne n’ose l’ouvrir. Faudrait pas sombrer dans le néocolonialisme. A moins que Tunisiens, Marocains et autres Egyptiens ne soient pas dignes de démocratie, en fait. C’est peut-être l’opinion secrète. Une charia modérée, voilà ce qu’ils méritent.
Mais jugez : Orban, lui, déclare que l’avortement n’est pas un droit de l’homme. Scandale ! Qu’il soit en accord là-dessus avec les instances internationales n’est pas un argument. C’est beaucoup plus grave que le port du voile, la lapidation, et l’interdiction de la liberté de culte. En sus, il introduit une référence religieuse dans sa constitution. Rien à voir avec les Allemands, les Irlandais et les Maltais, qui, eux, ont le droit. Lui, qui n’est que vulgairement Mitteleuropa, reste suspect comme le premier Serbe venu de tendances dictatoriales et paléochrétiennes congénitales.
Cet autocrate légitimement élu qui comme Pasqua redécoupe la carte électorale à son profit ; ce tyran venu du libéralisme qui comme Mitterrand ou Sarkozy place ses hommes aux postes-clefs de l’Etat et de la culture ; ce barbare qui comme Israël avec les siens accorde la nationalité aux descendants de Hongrois voisins ; cet Ubu qui comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis limite l’indépendance de sa banque centrale ; ce Bajazet, ce Tamerlan, ce Gengis-Khan enfin doit être banni de la communauté politique, puni économiquement par l’Europe et le FMI et même, s’il persiste, retranché de la société des hommes.
Je m’ignorais christianophobe. Comme beaucoup, j’observais les catholiques pratiquants avec une indifférence passablement arrogante et amusée. Je tolérais le son des cloches de l’église Saint-François-Xavier comme je tolère l’apprentissage de la trompette par mon voisin du 5e. Mon athéisme, à la fois snobinard et mou, se plaisait à croire que, comme le dit Chantal Delsol, « les catholiques traditionalistes sont couramment incultes, mais extrêmement civilisés ». À en juger par les réactions des milieux cathos intégristes au spectacle de Roméo Castellucci joué au Théâtre de la Ville, Sur le concept du visage du fils de Dieu, seule la première partie de la remarque est vraie. Peut-être faut-il, cependant, se réjouir de voir les tribus barbares autochtones se soulever avec une rage et une fureur comparables à celles des tribus allogènes.
Les catholiques peuvent certes se sentir offensés par ce que certains qualifient de « vision volontairement scatologique de la figure du Christ », encore que leur opinion soit uniquement fondée sur les critiques de la pièce ou sur les photos circulant sur Internet. Ils peuvent se sentir indignés à la lecture de l’amas d’ignominies publié par Libération sous le titre « À bas toutes les calottes, noms de dieux ! Oui, mais encore ? », dans lequel la Croix est qualifiée de « bout de bois pesant » et les organisateurs des manifestations anti-Castellucci de « sous-traitants un peu fachos de la Vatican Inc. ». Même Michel Onfray affirme qu’« on peut provoquer sans insulter les gens ».
Il serait cependant appréciable que les catholiques comprennent qu’ils vivent parmi des gens qui sont tout autant ulcérés par le message de l’abbé Régis de Cacqueray, paru dans France catholique, où il est question, je cite, de « rafles de catholiques » auxquelles aurait eu recours la police en procédant à l’interpellation des défenseurs les plus hardis de l’honneur du Christ. Qu’on se moque plus ou moins gentiment des cathos, je veux bien l’admettre. Qu’on offense, ouvertement ou sous couvert d’une quelconque production artistique, la symbolique chrétienne, je le reconnais et le regrette. Mais lorsque j’entends que les chrétiens sont discriminés, voire persécutés en France, je rigole. Or, le slogan des manifestants, devant le Théâtre de la Ville, n’était pas « Les moqueries, ça suffit ! » mais « Christianophobie, ça suffit ! ».[access capability= »lire_inedits »]
Qu’est-ce que la « christianophobie » ? L’expression maladroite d’une réalité vécue par les chrétiens dans certaines parties du globe ou ressentie dans d’autres. Le concept a été adopté par l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) en mars 2009 et figure dans une vingtaine de documents officiels des Nations unies. Mais peut-on soutenir que les chrétiens vivant en France ou ailleurs en Europe sont menacés dans leur intégrité physique, dans leur liberté religieuse ou dans leur liberté de conscience, comme le sont pour de bon leurs coreligionnaires disparus au Moyen-Orient ou en Asie centrale ? Cette question incongrue a pourtant été l’objet d’une journée d’études organisée par AED (Aide à l’Église en détresse), une association qui secourt les communautés chrétiennes en détresse à travers le monde. Par une de ces blagues dont l’Histoire est coutumière, le colloque intitulé « Le christianisme aura-t-il encore sa place en Europe ? » se déroulait à l’Espace Charenton, où s’étaient tenues les Assises contre l’islamisation de l’Europe. « On devait initialement tenir ce colloque dans un autre endroit, mais cela nous a été refusé parce que le sujet était trop sensible et sous prétexte que notre liste d’intervenants était trop homogène », a précisé Marc Fromager, le directeur de l’AED.
L’objectif affiché était de trouver une réponse chrétienne aux agressions et provocations. L’heure n’est plus à tendre l’autre joue. Si le terme de « christianophobie » n’a été utilisé qu’avec parcimonie durant la journée, les intervenants, à l’exception notable de Chantal Delsol, ont rivalisé dans l’acharnement pour recenser le moindre cas d’intolérance ou de discrimination à l’encontre de la communauté catholique. Martin Kugler, patron de l’Observatoire de l’intolérance et de la discrimination contre les chrétiens, a fait un tabac en parlant de Monsieur Untel, licencié pour avoir émis une opinion défavorable sur les unions de personnes de même sexe, puis de ce médecin espagnol victime de pressions parce qu’il refuse de pratiquer l’IVG. Sans oublier ces fonctionnaires publics, catholiques pratiquants, qui, dans bien des pays européens, sont désormais obligés de marier les homosexuels sans piper mot. Comment s’opposer aux associations LGB… « Comment dit-on, déjà ? Vous savez, il s’agit d’organisations gay, lesbiennes… Je ne suis pas trop renseigné là-dessus. » Rires dans la salle. « Enfin, vous savez de quoi je parle. Ils sont puissants parce que financés par l’Union européenne et très soutenus par les médias. Ils jouent sur l’intimidation. »
Evêque de Luçon, Alain Casteta a déploré les conversions d’opportunisme qui font que « l’on rencontre aujourd’hui des musulmans aux yeux bleus en Bosnie-Herzégovine ». Le géopolitologue Alexandre Del Valle a raconté avec accablement que Le Nom de la rose, « un livre qui ne peut pas être considéré comme favorable au christianisme », était l’unique référence au monde chrétien dont disposaient ses étudiants. Enfin, repérée dans la salle et grandement saluée, Christine Boutin a été sommée de répondre à la question posée dans l’intitulé du colloque. « Je crois en Christ. Notre vie terrestre n’est qu’un passage, mais il est évident que l’Europe restera chrétienne », a-t-elle lancé depuis le podium. Curieuse de savoir ce que serait concrètement « l’Europe chrétienne », je lui ai demandé si elle reviendrait sur le droit à l’avortement ou sur le PACS. « Vous savez, m’a-t-elle répondu, avec la société, c’est un peu comme dans la famille. Vous ne parlez pas à votre enfant de 15 ans de la même façon que quand il en avait 5. Il est clair que, si on organisait un référendum sur l’avortement, personne ne voudrait revenir là-dessus. » J’ai alors compris que j’étais venue à la rencontre d’un monde assiégé, sinon déjà perdu.
Femme d’apparence austère, voire ascétique, Chantal Delsol a osé la franchise, frôlant même le mea culpa : « Nous sommes mal-aimés, c’est une évidence. Je pense que nous payons les fautes et les erreurs de nos ancêtres. L’Église a été longtemps en situation de domination. Elle n’en a pas profité pour être tolérante. C’est à nous de payer l’addition. Payons-la. Le christianisme n’est pas persécuté en Europe, mais il n’a plus de poids. Nous devons apprendre à vivre sous un statut minoritaire. » La salle a mollement applaudi. Quand vous avez 70 ans et que vous vous déplacez jusqu’aux confins du 12e arrondissement, ce n’est pas pour vous entendre dire que vous devez accepter d’être minoritaire et que, de surcroît, la responsabilité en revient à vos ancêtres.
J’ai toujours adoré détester les catholiques traditionalistes pour tout ce à quoi ils ont renoncé, et parce qu’il exigent des autres qu’ils les suivent : la morale épicurienne et la raison froide, le divorce et la pilule, le nomadisme spirituel et l’espérance d’un salut ne venant pas de la foi. Je n’accepterais pas que le mariage de deux personnes du même sexe ne puisse être célébré, partout où cela est légalement admis, pour cause d’objection morale d’un fonctionnaire public. Et puisque je n’ai pas l’habitude de jeter des œufs pourris sur quiconque et pour quelque raison que ce soit, je n’admettrai pas que les autres le fassent parce qu’ils jugent blasphématoire une pièce de théâtre, un film ou un tableau. Entre le public de l’Espace Charenton et moi, il y a des années-lumière. Comment faire pour vivre ensemble ?
La question est assez théorique dans la mesure où il est vrai que les chrétiens pratiquants pèsent de moins en moins lourd, même si rien n’annonce − et fort heureusement − leur extinction en Europe, comme en témoignent les records de fréquentation battus par Des Hommes et des dieux ou par Le Grand silence. Aux catholiques et à eux seuls de faire les efforts d’adaptation et les concessions nécessaires pour trouver un modus vivendi acceptable pour tous. L’ensemble des citoyens de l’Union européenne pourrait se rallier à leur bataille pour inscrire l’héritage chrétien dans la Constitution européenne, pour la simple raison qu’il s’agit d’une vérité historique incontestable. Peut-être devraient-ils commencer par réapprendre à s’aimer, comme l’a déclaré Alexandre Del Valle. Non, leur voix n’est pas immanquablement ignorée ou rejetée parce qu’elle est catholique. Dans les débats actuels ou à venir sur la bioéthique, l’euthanasie, l’économie libérale, la mondialisation, ils sont et seront écoutés sinon entendus. Mais certains de leurs combats sont perdus à jamais. Ils doivent l’admettre au lieu de se lancer dans la grande compétition victimaire. Parce qu’en plus, ils ne la gagneront pas.[/access]
L’Atomium, impressionnant monument, souvenir de l’Exposition Universelle de Bruxelles de 1958, n’a pas l’heur de plaire à nos amis islamistes. Voici le message véhiculé depuis un mois par le mouvement Sharia 4 Belgium : “Ce symbole de l’Etat belge tombera bientôt en lambeaux! Qu’Allah les disperse eux et leur pays. Amen! Et alors ce symbole ne leur servira plus à rien! Voyez comme les gens considèrent ce monument comme leur tâghoût, leur idole. Entre 1995 et 2001, le Mollah Omar, Dieu le protège, a détruit les symboles des idolâtres en Afghanistan. Alors nous devons aussi détruire ce monument … Nous devons nous libérer de ces idolâtries !”
Le logo Sharia 4 Belgium représente le Palais Royal de Bruxelles sur lequel flotte le drapeau de l’Islam. Car les drapeaux des “infidèles” seront tous remplacés par un drapeau où s’inscrira “Il n’y a d’autre Dieu qu’Allah!”. Car comme l’explique Sheikh Abu Imran, le dirigeant de cette sympathique organisation. “Nous jurons sur Allah, le seul et unique Dieu, nous n’aurons jamais de repos, nous ne nous arrêterons jamais, jusqu’à ce que ce drapeau flotte au sommet des bâtiments d’Europe!”
Prudence, me dira-t-on, il ne s’agit que d’une poignée de tordus. Surtout, Padamalgam!
En attendant, cette association a pignon sur rue depuis des années à Anvers et son site Internet comptabilise de plus en plus de visiteurs.
Et bien sûr, ces appels à la destruction massive n’ont jusque là fait l’objet d’aucune sanction pénale, malgré les plaintes et malgré les lois existantes…
Quand un monument d’Europe bondé de touristes volera en éclat, on se demandera comment c’est possible, on fera une marche blanche et on tentera de ne pas trop nommer au nom de quoi ou de qui ces actes auront été commis, de peur de stigmatiser une communauté. On dira que ce sont des fous isolés. On oubliera que ces mêmes fous avaient prévenu…