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Quand Jalons revisitait Emmanuelle et Sylvia Kristel

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On a écrit beaucoup de choses, en général très ennuyeuses, après la mort, le 17 octobre dernier, de Sylvia Kristel . C’est la foire aux lieux communs, depuis l’Obs, où l’on a su titrer encore plus plat que d’habitude : « Une actrice restée prisonnière du mythe « Emmanuelle » » jusqu’aux leçons d’histoire gnangnans de Libé : « En 1974, dans la France giscardienne, fille de la prospérité économique et de la libération sexuelle, Sylvia Kristel devient une icône sexuelle du jour au lendemain ». Rarement hommage aura été aussi convenu, à l’exception notable de celui, tout à fait émoustillant, que lui a rendu le toujours excellent Eric Neuhoff 
dans Le Figaro.

Sinon, on ressasse partout les mêmes considérations sur la fin sans gloire des Trente Glorieuses et l’avènement concomitant de la révolution sexuelle, étiquetée bien sûr « enfant naturel de mai 68 ». Partout on rabâche les mêmes anecdotes, y compris celle, très probablement infondée lui prêtant une relation de type sexuel avec VGE (Au fait, il a dû être très vexé, Valéry, de ne pas se retrouver avec ses quatre collègues dans la pub pour le site de rencontres extraconjugales d’Ashley Madison) .

Bref, tout a été dit et on ne nous a rien dit, as usual. Une pépite, en particulier a échappé aux nécrologues : la sublime Sylvia avait inspiré à Basile et aux vandales de Jalons une des plus belles Unes de leur « Magazine du Vrai et du Beau ». Le numéro en question a été publié au printemps 1993. Juste après, donc, la plus belle veste jamais prise par le Parti Socialiste à des législatives : d’où le surtitre indiquant que ce journal est « Interdit au moins de 18% » ; d’où aussi la photo, légèrement retouchée, mettant en scène l’infortuné Premier Secrétaire de l’époque…

Jalons Henri Emmanuelli

Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits gays et lesbiens ?

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Najat Vallaud Belkacem homophobie école

Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement, a trouvé un nouveau cheval de bataille, quelques semaines après avoir annoncé sa volonté d’abolir la prostitution. Ainsi, dans un entretien au magazine Têtu, elle dénonce les manuels scolaires qui « s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT [lesbienne, gay, bi et trans] de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur oeuvre, comme Rimbaud ». « Je vais travailler au niveau européen pour que l’Union adopte des lignes directrices contre l’homophobie », ajoute-t-elle.

On peut d’abord légitimement s’interroger sur le joyeux bordel qui règne dans ce gouvernement. Ainsi, pendant que le ministre de l’Education nationale marche sur les plates-bandes de la ministre de la Justice, c’est sa collègue des droits des femmes qui veut corriger les manuels scolaires. À la rigueur, si c’était pour y traquer le sexisme, on pourrait le comprendre. Que nenni ! Il s’agit de lutter contre l’hétérocentrisme. Voilà donc la ministre des droits des femmes auto-investie de la défense des droits homosexuels, bisexuels et transsexuels. Que Christiane Taubira, garde des sceaux, et Dominique Bertinotti, ministre chargée de la Famille, qui s’écharpent joyeusement sur le dossier du mariage « pour tous », prennent garde : voilà une nouvelle concurrente. Pour défendre les LGBT, on se bouscule au portillon. Les ouvriers -hétéros ou homos- en revanche, n’ont plus que Montebourg en marinière.

Vallaud-Belkacem est donc en colère contre ces satanés rédacteurs de manuels scolaires. Ils s’obstinent à passer sous silence, fulmine-t-elle ! Et de citer Rimbaud. Je me souviens très bien qu’au lycée, notre professeur de français nous avait précisé que le poète connaissait avec Verlaine des relations qui dépassaient largement le cadre de la littérature. C’était il y a vingt-cinq ans. Mais la précision par un professeur ne suffit pas à Madame la ministre. Pensez-donc, il pourrait y avoir des oublis. Ainsi faut-il pour chaque personnage historique ou auteur, préciser son orientation sexuelle. Tel poète serait gay, telle révolutionnaire serait lesbienne, tel roi était bisexuel. Reste à trouver un trans historique[1. Si un lecteur pouvait en citer en commentaire sous le texte, nous lui en serions extrêmement reconnaissants.]. On ne sait comment elle compte mettre en pratique cette volonté. Si l’on apposera une vignette L, G, B ou T sous la photo du personnage qui aurait eu le mauvais goût de ne pas procéder à un coming-out de son vivant. Act-up souhaitait « outer » les vivants à leur corps défendant. Najat Vallaud-Belkacem préfère « outer » les morts.

C’est que la ministre a un argument fort : parfois, à l’instar de Rimbaud, l’orientation sexuelle explique une grande partie de leur oeuvre. On ne saurait la démentir. De même, on se souvient que l’homosexualité d’Henri III a pu avoir quelques conséquences politiques. Mais, dans ce cas, pourquoi limiter cette demande à la simple orientation sexuelle ? Pourquoi ne pas indiquer, en sus, l’âge du dépucelage du personnage ? Après tout, qu’il (ou elle) ait commencé à 16 ans dans les bras d’une duchesse (d’un beau chevalier)[2. Et vice-versa ! Pas envie de me faire taxer d’hétérocentrisme !] ou qu’il (ou elle) ait attendu l’âge de 43 ans, cela peut aussi expliquer pas mal de faits et gestes. De même, on pourrait aussi indiquer sur cette fiche sexuelle du personnage historique sa position favorite du kama-sutra. Privilégier les figures acrobatiques peut s’avérer fatigant et parfois provoquer des défaites cuisantes sur les champs de batailles qui jalonnent notre Histoire.

Allons ! Redevenons sérieux. Si on laissait faire les professeurs qui savent conter avec talent aux élèves toutes les précisions, anecdotes utiles à leur enseignement ? Si Madame Vallaud-Belkacem leur faisait confiance, à ces profs, pour juger du contexte dans lequel on apporte certaines informations sur la vie privée des personnages historiques et des auteurs ? Elle pourrait éviter deux écueils : se mêler de ce qui ne la regarde pas. Et, surtout, d’être parfaitement ridicule.

*Photo : reenyman.

Le mariage homo est-il écolo ?

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Jean-Marc Ayrault mariage gay Eglise

Aujourd’hui, on ne jette plus son vieil ordinateur dans une rivière, parce que ce n’est pas écologique. Mais on s’apprête à « créer » le mariage homosexualo-compatible pour permettre aux couples homosexuels d’adopter des enfants, voire à proposer la procréation médicalement assistée aux couples de femmes . On nous dit que c’est merveilleux pour l’égalité, mais a-t-on simplement pris le temps de répondre à cette question : est-ce écologique ?

L’écologie veut préserver, fort justement, la biodiversité : la redéfinition du mariage favorise-t-elle cette biodiversité ? Celle-ci, présente dans le mariage à travers la complémentarité homme/femme, ne peut que souffrir de cette redéfinition. Sachant que cette même biodiversité est la condition sine qua non de l’apparition de la vie, de la pérennisation d’une espèce, a-t-on le droit de sacrifier le berceau institutionnel de la vie naissante ?
À une époque où les écologistes s’insurgent, légitimement, contre la course au profit, l’escalade technologique qui, pour répondre aux envies fugaces de la société de consommation, ne respecte pas la nature à long terme, le désir de légiférer sur le mariage sans prendre le temps de poser les bonnes questions constitue une entrave à l’écologie.
Si on parle du gaz de schiste à un écologiste, il nous demandera, et il aura raison, de prendre le temps d’observer, d’étudier l’impact environnemental de son extraction, en précisant que le coût à long terme pour en réparer les dégâts risque d’être monumental pour la société.
Le principe de précaution n’est-il pas applicable à la société pour éviter des situations psychologiques catastrophiques ?

Aussi, le législateur doit aborder la mise en place des lois de façon écologique : celles-ci sont garantes du mieux vivre dans un environnement durable. Il ne doit donc pas aller contre la nature, mais toujours penser à la synergie homme/nature, à son unité globale. C’est ce que l’ancien Garde des Sceaux Elisabeth Guigou disait lorsqu’elle défendait le PACS : « le droit, lorsqu’il crée des filiations artificielles, ne peut ni ignorer, ni abolir, la différence entre les sexes. (…) Cette différence est constitutive de l’identité de l’enfant. Je soutiens comme de nombreux psychanalystes et psychiatres qu’un enfant a besoin d’avoir face à lui, pendant sa croissance, un modèle de l’altérité sexuelle. » Alors Premier ministre, Lionel Jospin l’exprimait également en répondant au journal La Croix : « L’humanité est mixte. C’est une donnée naturelle : pour faire un enfant, il faut un homme et une femme. La notion de couple parental vient de là. ». Il insistait dans Libération : « Dans l’hypothèse d’une adoption par un couple homosexuel, la filiation légale de l’enfant s’établirait par rapport à deux personnes du même sexe. Je pense que cela est de nature à troubler l’accès de l’enfant à sa propre identité sexuelle en remplaçant la référence mixte, paternelle et maternelle, masculine et féminine, par une référence à deux hommes ou à deux femmes. C’est pourquoi, il ne me semble pas possible de reconnaître la parenté légale d’un enfant à un couple homosexuel. »

Vers une crise écologique ?

La crise écologique survient lorsque l’environnement d’un individu, d’une espèce ou d’une population d’espèces évolue de façon défavorable à sa survie. Ne nous exposons nous pas, par cette redéfinition du mariage, à une grave crise écologique et humaine ? Acceptons-nous, sans rien faire, que des non spécialistes légifèrent sans consulter les personnes compétentes ? Nous qui sommes dépositaires de notre environnement afin de le transmettre en l’état aux générations futures, ne sommes-nous pas appelés à interpeler nos élus afin de transmettre notre environnement familial à notre descendance ?

Je ne suis pas un spécialiste des questions environnementales, ni des questions sociétales ou familiales. Je m’interroge en revanche sur cette précipitation à légiférer sur un sujet sociétal qui aura un impact sur les générations futures. C’est donc en tant que citoyen que j’ai participé à la création du site-pétition Tous pour le mariage qui demande de prendre le temps de consulter tous les spécialistes qui peuvent l’être, afin qu’éclairés par ces derniers nous puissions utiliser notre raison pour débattre sereinement de ce sujet qui engage toute la société. Par nos signatures, nous exigeons du gouvernement, dont le souci du bien commun ne fait aucun doute, qu’il écoute notre demande d’organiser grand débat démocratique sur le mariage homosexuel et sur l’homoparentalité sous la forme d’Etats Généraux du mariage et de la famille, afin de préserver les générations futures. Nous nous réjouissons d’ailleurs que le Parlement vienne de demander plus de temps en reportant de quelques jours le vote du projet de loi, preuve que nous commençons à être entendus.

Le transgenre est l’avenir de la femme

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La Sécurité Sociale discrimine. Les hommes des femmes, par l’usage funeste d’un petit chiffre qui spécifie le sexe du propriétaire de chaque Carte Vitale. Traditionnellement, 1 pour ces messieurs, 2 pour ces dames.

Il n’en fallait pas plus pour réveiller la conscience de Chris Blache, auteur d’une tribune coup de poing ce matin dans Libération, qui se présente comme une « ex-conseillère d’Eva Joly » et « activiste du groupe féministe la Barbe », exhortant les pouvoirs publics de « supprim(er) le 1 et le 2 dans le numéro de Sécu ». Pour les fieffés réactionnaires et autres phallocrates incultes qui lisent ces lignes, précisions que La Barbe est un groupe d’action directe féministe qui s’est fait connaître par de courageux faits d’arme, consistant à envahir des lieux de réunion machistes en arborant de fausses barbes sur leur ravissants minois. Un gang des postiches progressiste, youpi !

Au milieu de sa prose délicate, Chris Blache nous apprend « la création récente d’un chiffre 3 pour représenter les identités transitoires », manifestation salutaire de l’intégration de la culture LGBT au sein même de la solidarité mutualiste. Nous voilà rassurés. Mais la pérennité des chiffres 1 et 2 sur les cartes de Sécu perpétue une stigmatisation sexuelle inacceptable, construite sur le modèle d’une famille patriarcale, vecteur d’une « histoire de domination » de Néandertal à DSK.
Hélas, la Sécurité Sociale n’est pas seule coupable. Combien d’individus potentiellement asexués, libres et jouisseurs se définissent quotidiennement par leur sexe ? Aussi longtemps que le 1 et le 2 sont dans les têtes, « la formalisation de ces normes continue à faire obstacle à une transformation sociétale pourtant en marche depuis la fin des années 50 ». C’est bien le problème.

En déconstructeurs compagnons de route de la marche du Progrès, soutenons nous aussi l’idée que Masculin-Féminin n’est que le titre d’un film de Godard – qu’une commission culturelle assermentée devra d’ailleurs réexaminer sans complaisance, puisque « nos identités dépassent (…) largement ces deux catégories et ne sont conditionnées à notre sexe, que par des habitus, voire des diktats dont il s’agit de se débarrasser urgemment ». En un mot comme en cent, comment ne pas adhérer au mot d’ordre final de Chris Blache : « nous sommes toutes et tous des 3 » ?

Le pianiste Karol Beffa nommé au Collège de France

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Karol Beffa au collège de france piano

L’institution universitaire la plus atypique du pays – et probablement du monde – vient de faire une recrue du même métal : le Collège de France a nommé le compositeur et pianiste Karol Beffa titulaire de la chaire de création artistique pour l’année académique 2012/2013.

Quoique nommé aux dernières Victoires de la musique classique, celui-ci est pourtant encore peu connu du grand public, malgré son parcours hors-normes. Après une carrière d’enfant acteur (c’est, dit-il, en jouant, à huit ans, le Mozart de Marcel Bluwal que lui est venue la vocation), ce touche-à-tout a été reçu premier à Normale Sup, où il étudia l’Histoire, la philo et les maths (il est diplômé de l’ENSAE) pour finalement décrocher en 1996 l’agrégation de musique – où il est reçu premier, comme d’hab.

Titulaire de nombreux premiers prix du Conservatoire de Paris, ce garçon d’à peine 39 ans est aussi assez virtuose dans le maniement des idées, y compris celles qui risquent de sonner comme un couac aux oreilles des zélateurs de l’Eglise de Boulezologie. Ainsi cet admirateur passionné de Steve Reich et György Ligetti a confié sans ambages à nos confrères de Piano Bleu  quelques vérités bien senties : « Si le public reste étranger à 80% de la musique contemporaine, il faudrait se demander si c’est à cause du public ou de la musique contemporaine… Il me semble qu’à vouloir se priver de toute balise perceptive, de tout thématisme et de tout sentiment harmonique, certains compositeurs y perdent plutôt qu’ils n’y gagnent en pouvoir d’expression… et il ne faut pas s’étonner si le public a du mal à suivre.»

On risque fort, donc, de ne pas s’ennuyer durant les leçons du professeur Beffa, où seront abordés des sujets aussi peu convenus que « Comment accompagner un film muet ? » ou « Musique et imposture ». Sa leçon inaugurale, elle, aura pour thème « Comment parler de musique ? » et débute par ces mots : « L’art meurt du commentaire sur l’art. Aujourd’hui, le commentaire envahit tout – souvent, hélas, au détriment de l’œuvre. L’artiste, dont la raison d’être est de créer, est trop souvent sollicité pour présenter, expliquer, décortiquer son œuvre… L’œuvre, censée se suffire à elle-même, ne s’apprécie plus qu’assortie d’un commentaire. Pire : d’accessoire, le commentaire est devenu central comme le pilier d’un art qui peinerait désormais à tenir debout tout seul ou qui, faute d’émouvoir, exigerait pour être senti filtres, écrans, médiations. » Voilà ce qui s’appelle donner le la.

*Photo : Sophie Le Roux/sophiejazz2009.

Notre ami l’Emir du Qatar en visite officielle à Gaza

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Unanimement reconnu comme un grand ami de l’Occident – including Nicolas Sarkozy et François Hollande – et comme un mécène désintéressé des causes désespérées (PSG, Seine-Saint-Denis, francophonie), l’Emir du Qatar vient d’ajouter une nouvelle médaille à son revers : il sera le premier chef d’Etat à se rendre en visite officielle dans la bande de Gaza.

On rappellera pour les plus distraits que depuis 2007, Gaza est dirigée d’une main de fer par les islamistes du Hamas et a été logiquement purgée des ses derniers relents impies de démocratie formelle que sont les élections non truquées, la liberté de la presse et les droits des femmes à aller se baigner autrement qu’en burqa.

Il était donc indispensable que le cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani récompense de si louables efforts, et légitime par sa visite officielle le hold up opéré par un mouvement terroriste sur une partie du territoire palestinien, ainsi que la sécession de fait à laquelle il a procédé vis-à-vis de l’Autorité de Ramallah.

Les services de Mahmoud Abbas, que l’Emir a prévenu par téléphone au dernier moment de sa visite à ses pires ennemis, se sont fendus d’un communiqué où la fureur se lit aisément entre les lignes de la langue de velours diplomatique, même s’il semblerait que les correspondants de l’AFP aient eu du mal à décrypter la nature du message.

En revanche à Gaza, c’est l’extase : on a vu fleurir partout des drapeaux qataris et des banderoles proclamant « Merci au Qatar qui tient ses promesses ! ». Lesquelles promesses se chiffreraient, dit-on, à 250 millions de dollars.

À l’Obs, rien de nouveau

Le Nouvel Obs dénonce les néo fachos comme Causeur

Au Nouvel Obs, on adore compter les moutons noirs − ça doit être pour endormir les lecteurs. Au printemps 2011, l’hebdomadaire de la gauche à grande conscience recensait les « nouveaux réacs » qui sévissaient dans les médias. Ils étaient en guerre « contre les traditions républicaines de tolérance, de pluralisme culturel et de défense des libertés ». Autant dire que, déjà, ça ne sentait pas très bon. Au Nouvel Obs, on a l’odorat délicat et il est vite chatouillé par les idées des autres, et peut-être même par leur personne. Dix-huit mois plus tard, ça ne s’est pas arrangé. Et disons-le carrément, ça pue. Le réac, toujours « néo » mais faisandé, a tourné au « néo-facho ». On suppose que « néo-nazi », ce sera pour la saison III.?[access capability= »lire_inedits »]

J’en vois qui chipotent et sortent leurs bouquins d’histoire pour expliquer que le fascisme, ce n’est pas tout à fait ça. Où irait-on si les mots avaient un sens ? Au contraire, on ne saurait trop remercier les confrères. Sans la vigilance de ces dresseurs de listes et redresseurs de torts, la plupart des gens ignoreraient toujours qu’il existe sous nos cieux une « nébuleuse brune », sorte d’amicale du mal « au sein de laquelle des écrivains ou des journalistes communient dans l’obsession de la sauvegarde d’une identité française  » blanche et chrétienne  » ». Oui, une nébuleuse « brune », on y arrive, vous dis-je.
Des réacs aux fachos, la liste s’est allongée au point qu’on commence à être serrés sur la charrette. Et pour tout dire, la compagnie est de moins en moins choisie. À première vue, on peut trouver très chic qu’une « poignée d’écrivains maudits » soit venue rejoindre la cohorte des suspects habituels − Zemmour, Ménard, Rioufol, votre servante et quelques autres, avec Alain Finkielkraut dans le rôle d’imam caché, autrement dit de maître à penser à son corps défendant. Malgré les désaccords qui me séparent d’eux et qui, je crois, les séparent souvent aussi d’eux-mêmes, ce qui est à leur honneur, j’aime en effet lire Renaud Camus, Richard Millet ou Denis Tillinac − dont on se demande ce qui lui vaut cette soudaine indignité, ah oui, ses livres « suintent le  » Français de souche  » », c’était marqué dans Les Inrocks il y a quelques mois. En revanche, je l’avoue, je goûte assez peu le voisinage d’un Soral qui n’a de cesse de clamer sa haine des juifs en général et de votre servante en particulier, de Dieudonné, ou de Stormfront, association dont j’apprends en même temps qu’elle existe et qu’elle a été fondée par un ancien du Ku Klux Klan. Et puisque tout est dans tout et inversement, on ne s’étonnera pas que sur la cartographie qui représente cette vaste « mouvance identitaire » − et que les lecteurs de Causeur ont malicieusement baptisée l’« Affiche bleue » (voir l’article de Patrick Mandon, page 16) −, on trouve aussi, pêle-mêle, le Front national, le Bloc identitaire, aux côtés de la Droite populaire et de Patrick Buisson, bref tout ce qui se trouve à la droite de NKM.

Contrairement aux confrères, j’ai peur de lasser le lecteur. Aussi me contenterai-je de rappeler les principaux points du nouvel acte d’accusation, qui ne diffère pas tant que cela du précédent. Mes co-inculpés et moi-même partageons les mêmes « phobies » − comme on le verra dans la suite de ce numéro : « le mélange, l’immigration, l’islam et tout ce qui polluerait la pureté de la  » France éternelle » ». Je ne me rappelle pas avoir écrit les mots « France éternelle » autrement que pour les récuser, mais passons. Au Nouvel Obs, on n’a pas le temps de lire ceux qu’on dénonce − comme ça, on est sûr de ne pas être influencé. Mais surtout, et cela vous concerne, chers lecteurs, drapée dans ma « liberté d’expression », j’aurais fait de Causeur « une officine de blanchiment d’idées sales enfouies sous une somme d’articles parfaitement respectables et intéressants » − et revoilà la gauche olfactive.
Apprécions, d’abord, les guillemets destinés à encadrer la « liberté d’expression ». Il faut croire que, pour les confrères, la liberté ne doit servir qu’à exprimer les idées préalablement estampillées cachères en haut lieu. Eh bien oui, n’en déplaise à l’estimable Renaud Dély, signataire de cet indigent réquisitoire, à Causeur, tout le monde, y compris ma pomme, court le risque de s’étrangler en lisant les articles des autres. Ainsi, sur l’islam, thème principal de ce numéro, il découvrirait, s’il le lisait, des points de vue divers et contradictoires, l’ensemble permettant à un lecteur adulte de se forger son opinion, mais peut-être que les lecteurs de l’Obs ne sont pas adultes et qu’ils ont besoin qu’on leur dise ce qu’ils doivent penser. S’il rééditait chaque mois l’expérience douloureuse qu’est la lecture de Causeur, Renaud Dély saurait que nous sommes capables de nous interroger sur nos « phobies », c’est-à-dire de nous demander si nous ne parlons pas trop de ces sujets dont il ne faudrait, si on l’écoutait, parler que sur le mode irénique − islam, immigration, multiculturalisme, bref les sujets qui fâchent et même qui fachisent. Nous plaidons coupables : nous publions parfois des textes choquants, blessants ou irritants pour les uns ou les autres. Et nous avons bien l’intention de continuer, parce que nous aimons vivre dans un monde où on peut être choqué, blessé ou irrité par les idées de ses contemporains. Pour l’Obs, c’est du « blanchiment d’idées sales ». Nous, on appelle ça le pluralisme. Ou la liberté d’expression. Sans guillemets.[/access]

La drôle de défense de l’élue verte Florence Lamblin

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Florence Lamblin, mise en examen avec huit autres personnes pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs et placée sous contrôle judiciaire dans une affaire de gigantesque trafic de drogue entre le Maroc et la France, est bien sûr, jusqu’à preuve du contraire, innocente.

Ce qui n’empêche d’ailleurs pas ses collègues de droite de réclamer (et d’avoir obtenu) sa démission, tous comme d’ailleurs nombre d’élus Verts. Florence Lamblin est innocente jusqu’à preuve du contraire, donc, puisque militer dans le parti le plus grotesque de notre paysage politique ne constitue pas encore un délit pénal. Tout comme ne relève pas du droit, l’émission d’idées hallucinantes sur l’urbanisation de la ville, ce qui est à la fois la profession de la dame –elle est architecte- et son domaine politique de prédilection.

C’est à ce titre qu’elle a coécrit, avec Jean-Marc Pasquet, président du think tank spécialiste des politiques publiques Novo-ideo.fr, un article retentissant, publié le 3 décembre 2010 par Les Echos, intitulé « Berges de la Seine : et si on enlevait le haut ? »

Pour les heureux habitants de nos provinces, précisons qu’à Paris, notre bien-aimé maire a décidé d’interdire à la circulation toute une partie des voies rapides qui font que jusque là, les embouteillages de chez nous étaient hélas très en retard sur ceux de Rome, Bangkok ou Mexico City : « Au printemps 2013, dixit Bertrand, ce sont plus de quatre hectares qui offriront à tous, entre le Musée d’Orsay et le pont de l’Alma, des occasions nouvelles de promenades, d’animations et de loisirs ».

Oui mais voilà, on trouve toujours plus royaliste que le roi, heu pardon, le Maire. Florence, elle, en bonne khmère verte, ne voulait pas entendre parler de ces « occasions nouvelles de promenades, d’animations et de loisirs » qu’elle qualifiait sèchement dans son article des Echos : «Le projet propose des zones d’activité dans lesquelles on trouve un cinéma en plein air, des îles artificielles, des parcours pédagogiques, des cafés, une boîte de nuit, des terrains de volley ou de pétanque, des barges végétalisées… » La liste est longue et la concertation invite les Parisiens à amender cette liste, qui fait déjà figure d’inventaire à la Prévert.

Son projet à elle reposait sur un rejet pur et simple de ces activités, beurk, divertissantes et même, rebeurk, mercantiles : « Pourquoi cette frénésie à vouloir divertir et occuper coûte que coûte les Parisiens déjà placés sous stimuli permanents ? De peur que l’ennui ne les guette ? Un espace non fonctionnel, un peu de presque rien, pour le simple plaisir d’être présent, là, au bord de la Seine, suffirait pourtant à les combler ». En clair, Florence Lamblin proposait de transformer l’espace libéré des honnies autos en terrain vague. Balaise, Thérèse !

On espère qu’un procureur aux idées rétrogrades ne va pas chercher à savoir quels types d’activités, voire de commerces peu légaux en rapport avec notre dossier de blanchiment pourraient se développer dans un immense terrain vague au cœur de la capitale. Mais bon, répétons-le, les délires écolos ne tombent pas sous le coup de la loi, mais nous énervent doublement car en plus de faire froid dans le dos, ils font presque passer l’actuel bourgmestre pour un mec raisonnable.

Mais trêve de digressions, ce qui m’agace vraiment dans cette affaire, c’est la ligne de défense choisie par l’accusée. En effet, elle a mille fois répété qu’elle ignorait tout du trafic de cannabis auquel elle n’a pu être mêlée que contre son gré. Soit.

En revanche, elle a admis que les 350 000 euros en liquide trouvés chez elle par les enquêteurs ne provenaient pas du loto sportif ou de la vente de T-shirts à l’effigie de Dominique Voynet. C’est, dit-elle, de l’argent provenant d’un héritage, planqué dans un compte suisse, et qu’elle a voulu rapatrier discrètement pour échapper à l’ISF. Et là je dis, minute papillon !

Les Verts, à ma connaissance sont favorables à la légalisation du cannabis. Nombre de leurs leaders, reconnaissent publiquement en consommer. Ils prônent aussi, à l’instar des néobabas du monde entier, les miraculeuses vertus thérapeutiques de l’herbe en question. Florence Lamblin ne devrait donc avoir aucune honte, si tel était le cas, à avoir pallié les conséquences dramatiques d’une prohibition d’un autre âge : en Verte logique, elle devrait expliquer pour sa défense que le trafic illégal actuel n’est, à l’instar du mariage gay de Bègles célébré le 5 juin 2004 par Noël Mamère, que la préfiguration des pratiques courantes de demain, voire d’un futur service public des drogues douces.

Au lieu de quoi la mise en examen et son sémillant avocat Jean-Marc Fédida, plaident l’évasion fiscale. Mais là, mes amis, on n’est plus dans la banale contradiction politique, mais dans la schizo pure et simple. Quel parti a mis au cœur de sa campagne présidentielle l’éradication des pratiques financières douteuses ? Quel parti s’est choisi une candidate sur mesure, spécialisée non plus, comme ses prédécesseurs écolos, dans la défense des bébés pandas ou l’agriculture bio, mais dans les transferts monétaires internationaux ? On comprend aisément qu’Eva Joly soit la plus ardente des Verts à réclamer la tête de sa camarade au terme d’une condamnation sans appel : « Je tiens l’évasion fiscale pour une gangrène qui impuissante l’Etat, abîme l’esprit d’égalité et, ce faisant, détruit notre contrat social.»

Et pour une fois, je crois qu’Eva a raison. En plaidant l’évasion fiscale plutôt que le chichon, Florence Lamblin se met dans la situation d’un conducteur qui conteste un PV de stationnement en arguant qu’à cette heure là, il était bien dans sa voiture mais à 200 km de là, en plein délit de fuite après avoir renversé une poussette…

*Photo : eleda 1/Flickr

Qui se souvient encore d’octobre 1956 ?

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Hongrie 1956 Imre Nagy Budapest

J’avais 10 ans en 1956. Un âge où les événements s’ancrent très profondément dans notre petit crâne pour ne plus en ressortir. Tel est le cas de ces journées d’octobre 1956 (23 octobre-4 novembre) dont je garde encore un souvenir très vivant.

Deux me reviennent immédiatement en mémoire. Celle d’un dimanche matin où, alors que nous sortions de l’immeuble, mon père chassa furieux deux pauvres bougres réfugiés sous notre porche pour y vendre L’Humanité dimanche. Second souvenir : le retour tard dans la nuit de mon frère rentrant d’une manifestation devant le siège de L’Humanité. Il nous raconta que les occupants de l’immeuble, pour éviter l’assaut, leur jetaient des plombs d’imprimerie par les fenêtres. Son trophée: un bâton piqué au passage à un CRS. J’étais fier de lui.

Je ne sais ce qu’il en a été ailleurs, en Europe et dans le monde, mais je peux affirmer qu’autour de moi, ces événements marquèrent très profondément l’opinion, et pas seulement dans mon milieu. Seuls s’osbtinèrent dans leur incroyable aveuglement les dirigeants du Parti Communiste Français et une bonne partie de ses adhérents. Une honte pour mon pays quand je pense aux réactions observées ailleurs, par exemple chez les communistes italiens. Autre honte dont nous restons encore marqués, plus de 50 ans après: la passivité complice de nos gouvernements. Pas seulement en France, mais dans tout le monde occidental dit libre.

C’était la première fois qu’un peuple se soulevait contre l’oppression du régime communiste. Certes, l’opinion gardait en tête le souvenir d’émeutes qui s’étaient produites trois ans plus tôt en Tchécoslovaquie (Ostrawa, Pilsen) et surtout à Berlin, ces dernières ayant été violemment réprimées par les chars russes. Et puis, il y avait eu quelques mois plus tôt cette insurrection des ouvriers polonais de Poznań qui devait déboucher le 23 octobre sur l’élection de Gomułka aux commandes du pays. Mais rien à voir avec ce qui se passait en Hongrie.

On a donc pu espérer un soutien de l’Ouest. Ne rêvons pas ! Qui allait risquer un conflit ouvert pour ce petit pays, certes attachant, mais sans véritable enjeu stratégique? On a souvent invoqué la crise de Suez comme excuse pour expliquer la non-intervention, du moins l’immobilisme des Français et Britanniques. Non. Il s’agissait tout simplement de ne pas remettre en cause les accords de Yalta et surtout de ne pas prendre de risque inutile pour une poignée d’insurgés. Les Hongrois ne nous le pardonneront jamais et ils ont bien raison.

Certes, toute intervention directe ou indirecte aurait été condamnée à l’échec. Mais cela ne nous dispensait pas de faire pression sur la vieille garde communiste. Khrouchtchev, mis un moment en minorité au Bureau politique, était alors coincé par l’intransigeance des Chinois qui lui reprochaient d’avoir joué les apprentis sorciers avec ses révélations du XXème Congrès. Et dire que l’on avait un moment cru que les Russes cèderaient ! Une petite semaine de rêve fou entre le départ des tanks le 28 octobre et leur brusque retour à l’aube du 4 novembre. Le 27 avaient été introduits des ministres non communistes dans le gouvernement et le 28 rétabli un système multiparti avec dissolution du parti communiste et proclamée la neutralité du pays. Une démarche suicidaire pour l’époque ! Mais bon, nous n’allons pas ici refaire l’Histoire…

Il serait peut-être plus intéressant de faire un bond de 56 ans pour nous replacer, face à ces événements, dans la Hongrie actuelle, celle de 2012. En France, mon entourage ne cesse de se référer, non sans une certaine nostalgie, à la révolution de 1956 pour louer le courage du peuple hongrois. Et quel courage ! Quand je revois ces clichés de jeunes enfants se hissant sur des tanks pour y lancer des cocktails Molotov, j’en reste encore rempli de respect et d’admiration. Et aujourd’hui ? Quitte à jouer les rabat-joie et à contrarier ou décevoir les lecteurs français, je dirai que ce n’est plus vraiment le même peuple. Pour prendre une comparaison simpliste, la sélection nationale de football n’a plus rien à voir avec l’équipe hongroise des années 1950 où brillaient les Puskás, Kocsis et autres Grosics. De nos jours, l’héroïsme n’est plus de mise. S’il nous fallait trouver une comparaison pour 1956, je penserais au printemps arabe. A une différence près : les Lybiens, Syriens et Yéménites se sont battus ou se battent pour abattre un régime. En 1956, les Hongrois se battaient au contraire pour défendre un homme et son gouvernement (Imre Nagy) face à une agression venue de l’extérieur.

Aujourd’hui, le gros de la population hongroise oscille entre indifférence et résignation face à la chose publique. Les sondages le montrent de façon unanime. Un peu plus de la moitié des Hongrois se déclare sans opinion quant au choix d’un parti. Plus inquiétant: un autre sondage place les atteintes à la démocratie loin derrière le pouvoir d’achat dans la préoccupation des Hongrois. Certes, quand on connaît les graves soucis matériels auxquels sont confrontés nombre de ménages dans ce pays, on peut comprendre ce choix… Mais., en 1956, vivaient-ils mieux ? J’en doute. La poltique du communisme goulache n’allait être inventée que bien plus tard.

Nous serions bien présomptueux, dans notre petite peau de Français, de leur reprocher ce manque d’engagement, et ce pour mille raisons: (graves difficultés matérielles, absence de tradition et de culture en matière de droit). Mais, malgré tout, pourquoi les Hongrois réagissent si peu face à des abus et des exactions parfois révoltantes (défilés de milices néo-nazi) ?

Cet hiver, il faudra plutôt craindre des mouvements d’impayés en masse, non par esprit de résistance, mais pour la bonne et simple raison que nombre de ménages n’arriveront plus à régler leurs factures ou rembourser leurs emprunts…

Nous voici bien loin de 1956. J’ai un regret : que cet anniversaire ne fasse plus l’objet d’un rassemblement de la nation, mais soit au contraire prétexte à un affrontement entre deux camps opposés qui s’attribuent chacun l’héritage de la Révolution, surtout de la part d’une droite intolérante qui s’érige en descendante exclusive des insurgés. Le Premier ministre Viktor Orbán a été jusqu’à comparer les élections qui l’ont porté au pouvoir en avril 2010 (qu’il appelle révolution par les urnes) au mouvement de 1956 ! Quel affront à la mémoire de ces milliers de victimes qui n’ont plus leur mot à dire.

Petite consolation, chaque année, l’anniversaire fait l’objet d’un rassemblement à Paris, sous l’Arc de Triomphe, où se retrouvent encore plusieurs centaines de participants pour honorer la mémoire des combattants de 56 sur la flamme du soldat inconnu. Voilà qui nous soulage un peu du poids jeté sur notre conscience collective par ce silence complice dont avaient fait preuve nos autorités à l’époque.

Je retrouve alors le jeune Parisien de 10 ans et les souvenirs encore si vivants qu’il a laissés au senior de 2012, devenu Budapestois, de fait et de coeur.

*Photo : eszter.

L’honneur perdu de la Mère Helvétie

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Le quotidien suisse Le Temps, sous la plume de l’excellent Emmanuel Garessus qui ne démérite pas si on le compare à Pierre-Antoine Delhommais du Point (je n’arrive toujours pas à comprendre par quelle aberration Le Monde  a pu se passer de ses services) ou au brillant économiste de Causeur, George Kaplan, revient avec raison sur un livre de Marie-Hélène Miauton: Banques suisses, les raisons de lutter (Ed. Slatkine ).

Le titre de l’article :  » La révolte contre le lâchage de la place financière par les autorités  » donne le ton. Sous le couvert de la morale (que de sottises ne commet-on pas sous le couvert de la morale) le gouvernement helvétique veut que la place financière suisse soit plus transparente que toutes les autres et que les fonds étrangers rejoignent leur enfer fiscal initial. La morale ne sera pas sauve puisque tout continuera à se passer sous d’autres cieux, là où nos détracteurs sont les plus nombreux, note Marie-Hélène Miauton, avant d’ajouter que les Suisses n’auront jamais la paix tant qu’ils se montreront arrangeants. Pour l’instant, leur empressement servile et leur automutilation économique en font les dindons de la farce. C’est l’honneur perdu de la mère Helvétie, comme l’exprime cruellement la Neue Zürcher Zeitung.

Sous couvert d’une solidarité qui n’est qu’une forme d’escroquerie et avec la bénédiction de l’Union Européenne chaque pays tente de plumer son voisin. Non au chantage, qu’il soit à l’austérité ou à la générosité. Le temps est venu de cesser de faire un complexe de pays solitaire, car tous le sont en réalité. Des paroles bienvenues dans une Suisse qui renonce insidieusement à sa souveraineté et cède sur ce qui faisait sa fierté et sa prospérité : sa place financière. La concurrence fiscale n’est pas une maladie honteuse et le secret bancaire un cancer qui gangrène l’Europe.

Quand Jalons revisitait Emmanuelle et Sylvia Kristel

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On a écrit beaucoup de choses, en général très ennuyeuses, après la mort, le 17 octobre dernier, de Sylvia Kristel . C’est la foire aux lieux communs, depuis l’Obs, où l’on a su titrer encore plus plat que d’habitude : « Une actrice restée prisonnière du mythe « Emmanuelle » » jusqu’aux leçons d’histoire gnangnans de Libé : « En 1974, dans la France giscardienne, fille de la prospérité économique et de la libération sexuelle, Sylvia Kristel devient une icône sexuelle du jour au lendemain ». Rarement hommage aura été aussi convenu, à l’exception notable de celui, tout à fait émoustillant, que lui a rendu le toujours excellent Eric Neuhoff 
dans Le Figaro.

Sinon, on ressasse partout les mêmes considérations sur la fin sans gloire des Trente Glorieuses et l’avènement concomitant de la révolution sexuelle, étiquetée bien sûr « enfant naturel de mai 68 ». Partout on rabâche les mêmes anecdotes, y compris celle, très probablement infondée lui prêtant une relation de type sexuel avec VGE (Au fait, il a dû être très vexé, Valéry, de ne pas se retrouver avec ses quatre collègues dans la pub pour le site de rencontres extraconjugales d’Ashley Madison) .

Bref, tout a été dit et on ne nous a rien dit, as usual. Une pépite, en particulier a échappé aux nécrologues : la sublime Sylvia avait inspiré à Basile et aux vandales de Jalons une des plus belles Unes de leur « Magazine du Vrai et du Beau ». Le numéro en question a été publié au printemps 1993. Juste après, donc, la plus belle veste jamais prise par le Parti Socialiste à des législatives : d’où le surtitre indiquant que ce journal est « Interdit au moins de 18% » ; d’où aussi la photo, légèrement retouchée, mettant en scène l’infortuné Premier Secrétaire de l’époque…

Jalons Henri Emmanuelli

Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits gays et lesbiens ?

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Najat Vallaud Belkacem homophobie école

Najat Vallaud Belkacem homophobie école

Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement, a trouvé un nouveau cheval de bataille, quelques semaines après avoir annoncé sa volonté d’abolir la prostitution. Ainsi, dans un entretien au magazine Têtu, elle dénonce les manuels scolaires qui « s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT [lesbienne, gay, bi et trans] de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur oeuvre, comme Rimbaud ». « Je vais travailler au niveau européen pour que l’Union adopte des lignes directrices contre l’homophobie », ajoute-t-elle.

On peut d’abord légitimement s’interroger sur le joyeux bordel qui règne dans ce gouvernement. Ainsi, pendant que le ministre de l’Education nationale marche sur les plates-bandes de la ministre de la Justice, c’est sa collègue des droits des femmes qui veut corriger les manuels scolaires. À la rigueur, si c’était pour y traquer le sexisme, on pourrait le comprendre. Que nenni ! Il s’agit de lutter contre l’hétérocentrisme. Voilà donc la ministre des droits des femmes auto-investie de la défense des droits homosexuels, bisexuels et transsexuels. Que Christiane Taubira, garde des sceaux, et Dominique Bertinotti, ministre chargée de la Famille, qui s’écharpent joyeusement sur le dossier du mariage « pour tous », prennent garde : voilà une nouvelle concurrente. Pour défendre les LGBT, on se bouscule au portillon. Les ouvriers -hétéros ou homos- en revanche, n’ont plus que Montebourg en marinière.

Vallaud-Belkacem est donc en colère contre ces satanés rédacteurs de manuels scolaires. Ils s’obstinent à passer sous silence, fulmine-t-elle ! Et de citer Rimbaud. Je me souviens très bien qu’au lycée, notre professeur de français nous avait précisé que le poète connaissait avec Verlaine des relations qui dépassaient largement le cadre de la littérature. C’était il y a vingt-cinq ans. Mais la précision par un professeur ne suffit pas à Madame la ministre. Pensez-donc, il pourrait y avoir des oublis. Ainsi faut-il pour chaque personnage historique ou auteur, préciser son orientation sexuelle. Tel poète serait gay, telle révolutionnaire serait lesbienne, tel roi était bisexuel. Reste à trouver un trans historique[1. Si un lecteur pouvait en citer en commentaire sous le texte, nous lui en serions extrêmement reconnaissants.]. On ne sait comment elle compte mettre en pratique cette volonté. Si l’on apposera une vignette L, G, B ou T sous la photo du personnage qui aurait eu le mauvais goût de ne pas procéder à un coming-out de son vivant. Act-up souhaitait « outer » les vivants à leur corps défendant. Najat Vallaud-Belkacem préfère « outer » les morts.

C’est que la ministre a un argument fort : parfois, à l’instar de Rimbaud, l’orientation sexuelle explique une grande partie de leur oeuvre. On ne saurait la démentir. De même, on se souvient que l’homosexualité d’Henri III a pu avoir quelques conséquences politiques. Mais, dans ce cas, pourquoi limiter cette demande à la simple orientation sexuelle ? Pourquoi ne pas indiquer, en sus, l’âge du dépucelage du personnage ? Après tout, qu’il (ou elle) ait commencé à 16 ans dans les bras d’une duchesse (d’un beau chevalier)[2. Et vice-versa ! Pas envie de me faire taxer d’hétérocentrisme !] ou qu’il (ou elle) ait attendu l’âge de 43 ans, cela peut aussi expliquer pas mal de faits et gestes. De même, on pourrait aussi indiquer sur cette fiche sexuelle du personnage historique sa position favorite du kama-sutra. Privilégier les figures acrobatiques peut s’avérer fatigant et parfois provoquer des défaites cuisantes sur les champs de batailles qui jalonnent notre Histoire.

Allons ! Redevenons sérieux. Si on laissait faire les professeurs qui savent conter avec talent aux élèves toutes les précisions, anecdotes utiles à leur enseignement ? Si Madame Vallaud-Belkacem leur faisait confiance, à ces profs, pour juger du contexte dans lequel on apporte certaines informations sur la vie privée des personnages historiques et des auteurs ? Elle pourrait éviter deux écueils : se mêler de ce qui ne la regarde pas. Et, surtout, d’être parfaitement ridicule.

*Photo : reenyman.

Le mariage homo est-il écolo ?

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PACS et mariage gay

Jean-Marc Ayrault mariage gay Eglise

Aujourd’hui, on ne jette plus son vieil ordinateur dans une rivière, parce que ce n’est pas écologique. Mais on s’apprête à « créer » le mariage homosexualo-compatible pour permettre aux couples homosexuels d’adopter des enfants, voire à proposer la procréation médicalement assistée aux couples de femmes . On nous dit que c’est merveilleux pour l’égalité, mais a-t-on simplement pris le temps de répondre à cette question : est-ce écologique ?

L’écologie veut préserver, fort justement, la biodiversité : la redéfinition du mariage favorise-t-elle cette biodiversité ? Celle-ci, présente dans le mariage à travers la complémentarité homme/femme, ne peut que souffrir de cette redéfinition. Sachant que cette même biodiversité est la condition sine qua non de l’apparition de la vie, de la pérennisation d’une espèce, a-t-on le droit de sacrifier le berceau institutionnel de la vie naissante ?
À une époque où les écologistes s’insurgent, légitimement, contre la course au profit, l’escalade technologique qui, pour répondre aux envies fugaces de la société de consommation, ne respecte pas la nature à long terme, le désir de légiférer sur le mariage sans prendre le temps de poser les bonnes questions constitue une entrave à l’écologie.
Si on parle du gaz de schiste à un écologiste, il nous demandera, et il aura raison, de prendre le temps d’observer, d’étudier l’impact environnemental de son extraction, en précisant que le coût à long terme pour en réparer les dégâts risque d’être monumental pour la société.
Le principe de précaution n’est-il pas applicable à la société pour éviter des situations psychologiques catastrophiques ?

Aussi, le législateur doit aborder la mise en place des lois de façon écologique : celles-ci sont garantes du mieux vivre dans un environnement durable. Il ne doit donc pas aller contre la nature, mais toujours penser à la synergie homme/nature, à son unité globale. C’est ce que l’ancien Garde des Sceaux Elisabeth Guigou disait lorsqu’elle défendait le PACS : « le droit, lorsqu’il crée des filiations artificielles, ne peut ni ignorer, ni abolir, la différence entre les sexes. (…) Cette différence est constitutive de l’identité de l’enfant. Je soutiens comme de nombreux psychanalystes et psychiatres qu’un enfant a besoin d’avoir face à lui, pendant sa croissance, un modèle de l’altérité sexuelle. » Alors Premier ministre, Lionel Jospin l’exprimait également en répondant au journal La Croix : « L’humanité est mixte. C’est une donnée naturelle : pour faire un enfant, il faut un homme et une femme. La notion de couple parental vient de là. ». Il insistait dans Libération : « Dans l’hypothèse d’une adoption par un couple homosexuel, la filiation légale de l’enfant s’établirait par rapport à deux personnes du même sexe. Je pense que cela est de nature à troubler l’accès de l’enfant à sa propre identité sexuelle en remplaçant la référence mixte, paternelle et maternelle, masculine et féminine, par une référence à deux hommes ou à deux femmes. C’est pourquoi, il ne me semble pas possible de reconnaître la parenté légale d’un enfant à un couple homosexuel. »

Vers une crise écologique ?

La crise écologique survient lorsque l’environnement d’un individu, d’une espèce ou d’une population d’espèces évolue de façon défavorable à sa survie. Ne nous exposons nous pas, par cette redéfinition du mariage, à une grave crise écologique et humaine ? Acceptons-nous, sans rien faire, que des non spécialistes légifèrent sans consulter les personnes compétentes ? Nous qui sommes dépositaires de notre environnement afin de le transmettre en l’état aux générations futures, ne sommes-nous pas appelés à interpeler nos élus afin de transmettre notre environnement familial à notre descendance ?

Je ne suis pas un spécialiste des questions environnementales, ni des questions sociétales ou familiales. Je m’interroge en revanche sur cette précipitation à légiférer sur un sujet sociétal qui aura un impact sur les générations futures. C’est donc en tant que citoyen que j’ai participé à la création du site-pétition Tous pour le mariage qui demande de prendre le temps de consulter tous les spécialistes qui peuvent l’être, afin qu’éclairés par ces derniers nous puissions utiliser notre raison pour débattre sereinement de ce sujet qui engage toute la société. Par nos signatures, nous exigeons du gouvernement, dont le souci du bien commun ne fait aucun doute, qu’il écoute notre demande d’organiser grand débat démocratique sur le mariage homosexuel et sur l’homoparentalité sous la forme d’Etats Généraux du mariage et de la famille, afin de préserver les générations futures. Nous nous réjouissons d’ailleurs que le Parlement vienne de demander plus de temps en reportant de quelques jours le vote du projet de loi, preuve que nous commençons à être entendus.

Le transgenre est l’avenir de la femme

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La Sécurité Sociale discrimine. Les hommes des femmes, par l’usage funeste d’un petit chiffre qui spécifie le sexe du propriétaire de chaque Carte Vitale. Traditionnellement, 1 pour ces messieurs, 2 pour ces dames.

Il n’en fallait pas plus pour réveiller la conscience de Chris Blache, auteur d’une tribune coup de poing ce matin dans Libération, qui se présente comme une « ex-conseillère d’Eva Joly » et « activiste du groupe féministe la Barbe », exhortant les pouvoirs publics de « supprim(er) le 1 et le 2 dans le numéro de Sécu ». Pour les fieffés réactionnaires et autres phallocrates incultes qui lisent ces lignes, précisions que La Barbe est un groupe d’action directe féministe qui s’est fait connaître par de courageux faits d’arme, consistant à envahir des lieux de réunion machistes en arborant de fausses barbes sur leur ravissants minois. Un gang des postiches progressiste, youpi !

Au milieu de sa prose délicate, Chris Blache nous apprend « la création récente d’un chiffre 3 pour représenter les identités transitoires », manifestation salutaire de l’intégration de la culture LGBT au sein même de la solidarité mutualiste. Nous voilà rassurés. Mais la pérennité des chiffres 1 et 2 sur les cartes de Sécu perpétue une stigmatisation sexuelle inacceptable, construite sur le modèle d’une famille patriarcale, vecteur d’une « histoire de domination » de Néandertal à DSK.
Hélas, la Sécurité Sociale n’est pas seule coupable. Combien d’individus potentiellement asexués, libres et jouisseurs se définissent quotidiennement par leur sexe ? Aussi longtemps que le 1 et le 2 sont dans les têtes, « la formalisation de ces normes continue à faire obstacle à une transformation sociétale pourtant en marche depuis la fin des années 50 ». C’est bien le problème.

En déconstructeurs compagnons de route de la marche du Progrès, soutenons nous aussi l’idée que Masculin-Féminin n’est que le titre d’un film de Godard – qu’une commission culturelle assermentée devra d’ailleurs réexaminer sans complaisance, puisque « nos identités dépassent (…) largement ces deux catégories et ne sont conditionnées à notre sexe, que par des habitus, voire des diktats dont il s’agit de se débarrasser urgemment ». En un mot comme en cent, comment ne pas adhérer au mot d’ordre final de Chris Blache : « nous sommes toutes et tous des 3 » ?

Le pianiste Karol Beffa nommé au Collège de France

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Karol Beffa au collège de france piano

Karol Beffa au collège de france piano

L’institution universitaire la plus atypique du pays – et probablement du monde – vient de faire une recrue du même métal : le Collège de France a nommé le compositeur et pianiste Karol Beffa titulaire de la chaire de création artistique pour l’année académique 2012/2013.

Quoique nommé aux dernières Victoires de la musique classique, celui-ci est pourtant encore peu connu du grand public, malgré son parcours hors-normes. Après une carrière d’enfant acteur (c’est, dit-il, en jouant, à huit ans, le Mozart de Marcel Bluwal que lui est venue la vocation), ce touche-à-tout a été reçu premier à Normale Sup, où il étudia l’Histoire, la philo et les maths (il est diplômé de l’ENSAE) pour finalement décrocher en 1996 l’agrégation de musique – où il est reçu premier, comme d’hab.

Titulaire de nombreux premiers prix du Conservatoire de Paris, ce garçon d’à peine 39 ans est aussi assez virtuose dans le maniement des idées, y compris celles qui risquent de sonner comme un couac aux oreilles des zélateurs de l’Eglise de Boulezologie. Ainsi cet admirateur passionné de Steve Reich et György Ligetti a confié sans ambages à nos confrères de Piano Bleu  quelques vérités bien senties : « Si le public reste étranger à 80% de la musique contemporaine, il faudrait se demander si c’est à cause du public ou de la musique contemporaine… Il me semble qu’à vouloir se priver de toute balise perceptive, de tout thématisme et de tout sentiment harmonique, certains compositeurs y perdent plutôt qu’ils n’y gagnent en pouvoir d’expression… et il ne faut pas s’étonner si le public a du mal à suivre.»

On risque fort, donc, de ne pas s’ennuyer durant les leçons du professeur Beffa, où seront abordés des sujets aussi peu convenus que « Comment accompagner un film muet ? » ou « Musique et imposture ». Sa leçon inaugurale, elle, aura pour thème « Comment parler de musique ? » et débute par ces mots : « L’art meurt du commentaire sur l’art. Aujourd’hui, le commentaire envahit tout – souvent, hélas, au détriment de l’œuvre. L’artiste, dont la raison d’être est de créer, est trop souvent sollicité pour présenter, expliquer, décortiquer son œuvre… L’œuvre, censée se suffire à elle-même, ne s’apprécie plus qu’assortie d’un commentaire. Pire : d’accessoire, le commentaire est devenu central comme le pilier d’un art qui peinerait désormais à tenir debout tout seul ou qui, faute d’émouvoir, exigerait pour être senti filtres, écrans, médiations. » Voilà ce qui s’appelle donner le la.

*Photo : Sophie Le Roux/sophiejazz2009.

Notre ami l’Emir du Qatar en visite officielle à Gaza

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Unanimement reconnu comme un grand ami de l’Occident – including Nicolas Sarkozy et François Hollande – et comme un mécène désintéressé des causes désespérées (PSG, Seine-Saint-Denis, francophonie), l’Emir du Qatar vient d’ajouter une nouvelle médaille à son revers : il sera le premier chef d’Etat à se rendre en visite officielle dans la bande de Gaza.

On rappellera pour les plus distraits que depuis 2007, Gaza est dirigée d’une main de fer par les islamistes du Hamas et a été logiquement purgée des ses derniers relents impies de démocratie formelle que sont les élections non truquées, la liberté de la presse et les droits des femmes à aller se baigner autrement qu’en burqa.

Il était donc indispensable que le cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani récompense de si louables efforts, et légitime par sa visite officielle le hold up opéré par un mouvement terroriste sur une partie du territoire palestinien, ainsi que la sécession de fait à laquelle il a procédé vis-à-vis de l’Autorité de Ramallah.

Les services de Mahmoud Abbas, que l’Emir a prévenu par téléphone au dernier moment de sa visite à ses pires ennemis, se sont fendus d’un communiqué où la fureur se lit aisément entre les lignes de la langue de velours diplomatique, même s’il semblerait que les correspondants de l’AFP aient eu du mal à décrypter la nature du message.

En revanche à Gaza, c’est l’extase : on a vu fleurir partout des drapeaux qataris et des banderoles proclamant « Merci au Qatar qui tient ses promesses ! ». Lesquelles promesses se chiffreraient, dit-on, à 250 millions de dollars.

À l’Obs, rien de nouveau

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Le Nouvel Obs dénonce les néo fachos comme Causeur

Le Nouvel Obs dénonce les néo fachos comme Causeur

Au Nouvel Obs, on adore compter les moutons noirs − ça doit être pour endormir les lecteurs. Au printemps 2011, l’hebdomadaire de la gauche à grande conscience recensait les « nouveaux réacs » qui sévissaient dans les médias. Ils étaient en guerre « contre les traditions républicaines de tolérance, de pluralisme culturel et de défense des libertés ». Autant dire que, déjà, ça ne sentait pas très bon. Au Nouvel Obs, on a l’odorat délicat et il est vite chatouillé par les idées des autres, et peut-être même par leur personne. Dix-huit mois plus tard, ça ne s’est pas arrangé. Et disons-le carrément, ça pue. Le réac, toujours « néo » mais faisandé, a tourné au « néo-facho ». On suppose que « néo-nazi », ce sera pour la saison III.?[access capability= »lire_inedits »]

J’en vois qui chipotent et sortent leurs bouquins d’histoire pour expliquer que le fascisme, ce n’est pas tout à fait ça. Où irait-on si les mots avaient un sens ? Au contraire, on ne saurait trop remercier les confrères. Sans la vigilance de ces dresseurs de listes et redresseurs de torts, la plupart des gens ignoreraient toujours qu’il existe sous nos cieux une « nébuleuse brune », sorte d’amicale du mal « au sein de laquelle des écrivains ou des journalistes communient dans l’obsession de la sauvegarde d’une identité française  » blanche et chrétienne  » ». Oui, une nébuleuse « brune », on y arrive, vous dis-je.
Des réacs aux fachos, la liste s’est allongée au point qu’on commence à être serrés sur la charrette. Et pour tout dire, la compagnie est de moins en moins choisie. À première vue, on peut trouver très chic qu’une « poignée d’écrivains maudits » soit venue rejoindre la cohorte des suspects habituels − Zemmour, Ménard, Rioufol, votre servante et quelques autres, avec Alain Finkielkraut dans le rôle d’imam caché, autrement dit de maître à penser à son corps défendant. Malgré les désaccords qui me séparent d’eux et qui, je crois, les séparent souvent aussi d’eux-mêmes, ce qui est à leur honneur, j’aime en effet lire Renaud Camus, Richard Millet ou Denis Tillinac − dont on se demande ce qui lui vaut cette soudaine indignité, ah oui, ses livres « suintent le  » Français de souche  » », c’était marqué dans Les Inrocks il y a quelques mois. En revanche, je l’avoue, je goûte assez peu le voisinage d’un Soral qui n’a de cesse de clamer sa haine des juifs en général et de votre servante en particulier, de Dieudonné, ou de Stormfront, association dont j’apprends en même temps qu’elle existe et qu’elle a été fondée par un ancien du Ku Klux Klan. Et puisque tout est dans tout et inversement, on ne s’étonnera pas que sur la cartographie qui représente cette vaste « mouvance identitaire » − et que les lecteurs de Causeur ont malicieusement baptisée l’« Affiche bleue » (voir l’article de Patrick Mandon, page 16) −, on trouve aussi, pêle-mêle, le Front national, le Bloc identitaire, aux côtés de la Droite populaire et de Patrick Buisson, bref tout ce qui se trouve à la droite de NKM.

Contrairement aux confrères, j’ai peur de lasser le lecteur. Aussi me contenterai-je de rappeler les principaux points du nouvel acte d’accusation, qui ne diffère pas tant que cela du précédent. Mes co-inculpés et moi-même partageons les mêmes « phobies » − comme on le verra dans la suite de ce numéro : « le mélange, l’immigration, l’islam et tout ce qui polluerait la pureté de la  » France éternelle » ». Je ne me rappelle pas avoir écrit les mots « France éternelle » autrement que pour les récuser, mais passons. Au Nouvel Obs, on n’a pas le temps de lire ceux qu’on dénonce − comme ça, on est sûr de ne pas être influencé. Mais surtout, et cela vous concerne, chers lecteurs, drapée dans ma « liberté d’expression », j’aurais fait de Causeur « une officine de blanchiment d’idées sales enfouies sous une somme d’articles parfaitement respectables et intéressants » − et revoilà la gauche olfactive.
Apprécions, d’abord, les guillemets destinés à encadrer la « liberté d’expression ». Il faut croire que, pour les confrères, la liberté ne doit servir qu’à exprimer les idées préalablement estampillées cachères en haut lieu. Eh bien oui, n’en déplaise à l’estimable Renaud Dély, signataire de cet indigent réquisitoire, à Causeur, tout le monde, y compris ma pomme, court le risque de s’étrangler en lisant les articles des autres. Ainsi, sur l’islam, thème principal de ce numéro, il découvrirait, s’il le lisait, des points de vue divers et contradictoires, l’ensemble permettant à un lecteur adulte de se forger son opinion, mais peut-être que les lecteurs de l’Obs ne sont pas adultes et qu’ils ont besoin qu’on leur dise ce qu’ils doivent penser. S’il rééditait chaque mois l’expérience douloureuse qu’est la lecture de Causeur, Renaud Dély saurait que nous sommes capables de nous interroger sur nos « phobies », c’est-à-dire de nous demander si nous ne parlons pas trop de ces sujets dont il ne faudrait, si on l’écoutait, parler que sur le mode irénique − islam, immigration, multiculturalisme, bref les sujets qui fâchent et même qui fachisent. Nous plaidons coupables : nous publions parfois des textes choquants, blessants ou irritants pour les uns ou les autres. Et nous avons bien l’intention de continuer, parce que nous aimons vivre dans un monde où on peut être choqué, blessé ou irrité par les idées de ses contemporains. Pour l’Obs, c’est du « blanchiment d’idées sales ». Nous, on appelle ça le pluralisme. Ou la liberté d’expression. Sans guillemets.[/access]

La drôle de défense de l’élue verte Florence Lamblin

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Florence Lamblin, mise en examen avec huit autres personnes pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs et placée sous contrôle judiciaire dans une affaire de gigantesque trafic de drogue entre le Maroc et la France, est bien sûr, jusqu’à preuve du contraire, innocente.

Ce qui n’empêche d’ailleurs pas ses collègues de droite de réclamer (et d’avoir obtenu) sa démission, tous comme d’ailleurs nombre d’élus Verts. Florence Lamblin est innocente jusqu’à preuve du contraire, donc, puisque militer dans le parti le plus grotesque de notre paysage politique ne constitue pas encore un délit pénal. Tout comme ne relève pas du droit, l’émission d’idées hallucinantes sur l’urbanisation de la ville, ce qui est à la fois la profession de la dame –elle est architecte- et son domaine politique de prédilection.

C’est à ce titre qu’elle a coécrit, avec Jean-Marc Pasquet, président du think tank spécialiste des politiques publiques Novo-ideo.fr, un article retentissant, publié le 3 décembre 2010 par Les Echos, intitulé « Berges de la Seine : et si on enlevait le haut ? »

Pour les heureux habitants de nos provinces, précisons qu’à Paris, notre bien-aimé maire a décidé d’interdire à la circulation toute une partie des voies rapides qui font que jusque là, les embouteillages de chez nous étaient hélas très en retard sur ceux de Rome, Bangkok ou Mexico City : « Au printemps 2013, dixit Bertrand, ce sont plus de quatre hectares qui offriront à tous, entre le Musée d’Orsay et le pont de l’Alma, des occasions nouvelles de promenades, d’animations et de loisirs ».

Oui mais voilà, on trouve toujours plus royaliste que le roi, heu pardon, le Maire. Florence, elle, en bonne khmère verte, ne voulait pas entendre parler de ces « occasions nouvelles de promenades, d’animations et de loisirs » qu’elle qualifiait sèchement dans son article des Echos : «Le projet propose des zones d’activité dans lesquelles on trouve un cinéma en plein air, des îles artificielles, des parcours pédagogiques, des cafés, une boîte de nuit, des terrains de volley ou de pétanque, des barges végétalisées… » La liste est longue et la concertation invite les Parisiens à amender cette liste, qui fait déjà figure d’inventaire à la Prévert.

Son projet à elle reposait sur un rejet pur et simple de ces activités, beurk, divertissantes et même, rebeurk, mercantiles : « Pourquoi cette frénésie à vouloir divertir et occuper coûte que coûte les Parisiens déjà placés sous stimuli permanents ? De peur que l’ennui ne les guette ? Un espace non fonctionnel, un peu de presque rien, pour le simple plaisir d’être présent, là, au bord de la Seine, suffirait pourtant à les combler ». En clair, Florence Lamblin proposait de transformer l’espace libéré des honnies autos en terrain vague. Balaise, Thérèse !

On espère qu’un procureur aux idées rétrogrades ne va pas chercher à savoir quels types d’activités, voire de commerces peu légaux en rapport avec notre dossier de blanchiment pourraient se développer dans un immense terrain vague au cœur de la capitale. Mais bon, répétons-le, les délires écolos ne tombent pas sous le coup de la loi, mais nous énervent doublement car en plus de faire froid dans le dos, ils font presque passer l’actuel bourgmestre pour un mec raisonnable.

Mais trêve de digressions, ce qui m’agace vraiment dans cette affaire, c’est la ligne de défense choisie par l’accusée. En effet, elle a mille fois répété qu’elle ignorait tout du trafic de cannabis auquel elle n’a pu être mêlée que contre son gré. Soit.

En revanche, elle a admis que les 350 000 euros en liquide trouvés chez elle par les enquêteurs ne provenaient pas du loto sportif ou de la vente de T-shirts à l’effigie de Dominique Voynet. C’est, dit-elle, de l’argent provenant d’un héritage, planqué dans un compte suisse, et qu’elle a voulu rapatrier discrètement pour échapper à l’ISF. Et là je dis, minute papillon !

Les Verts, à ma connaissance sont favorables à la légalisation du cannabis. Nombre de leurs leaders, reconnaissent publiquement en consommer. Ils prônent aussi, à l’instar des néobabas du monde entier, les miraculeuses vertus thérapeutiques de l’herbe en question. Florence Lamblin ne devrait donc avoir aucune honte, si tel était le cas, à avoir pallié les conséquences dramatiques d’une prohibition d’un autre âge : en Verte logique, elle devrait expliquer pour sa défense que le trafic illégal actuel n’est, à l’instar du mariage gay de Bègles célébré le 5 juin 2004 par Noël Mamère, que la préfiguration des pratiques courantes de demain, voire d’un futur service public des drogues douces.

Au lieu de quoi la mise en examen et son sémillant avocat Jean-Marc Fédida, plaident l’évasion fiscale. Mais là, mes amis, on n’est plus dans la banale contradiction politique, mais dans la schizo pure et simple. Quel parti a mis au cœur de sa campagne présidentielle l’éradication des pratiques financières douteuses ? Quel parti s’est choisi une candidate sur mesure, spécialisée non plus, comme ses prédécesseurs écolos, dans la défense des bébés pandas ou l’agriculture bio, mais dans les transferts monétaires internationaux ? On comprend aisément qu’Eva Joly soit la plus ardente des Verts à réclamer la tête de sa camarade au terme d’une condamnation sans appel : « Je tiens l’évasion fiscale pour une gangrène qui impuissante l’Etat, abîme l’esprit d’égalité et, ce faisant, détruit notre contrat social.»

Et pour une fois, je crois qu’Eva a raison. En plaidant l’évasion fiscale plutôt que le chichon, Florence Lamblin se met dans la situation d’un conducteur qui conteste un PV de stationnement en arguant qu’à cette heure là, il était bien dans sa voiture mais à 200 km de là, en plein délit de fuite après avoir renversé une poussette…

*Photo : eleda 1/Flickr

Qui se souvient encore d’octobre 1956 ?

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Hongrie 1956 Imre Nagy Budapest

Hongrie 1956 Imre Nagy Budapest

J’avais 10 ans en 1956. Un âge où les événements s’ancrent très profondément dans notre petit crâne pour ne plus en ressortir. Tel est le cas de ces journées d’octobre 1956 (23 octobre-4 novembre) dont je garde encore un souvenir très vivant.

Deux me reviennent immédiatement en mémoire. Celle d’un dimanche matin où, alors que nous sortions de l’immeuble, mon père chassa furieux deux pauvres bougres réfugiés sous notre porche pour y vendre L’Humanité dimanche. Second souvenir : le retour tard dans la nuit de mon frère rentrant d’une manifestation devant le siège de L’Humanité. Il nous raconta que les occupants de l’immeuble, pour éviter l’assaut, leur jetaient des plombs d’imprimerie par les fenêtres. Son trophée: un bâton piqué au passage à un CRS. J’étais fier de lui.

Je ne sais ce qu’il en a été ailleurs, en Europe et dans le monde, mais je peux affirmer qu’autour de moi, ces événements marquèrent très profondément l’opinion, et pas seulement dans mon milieu. Seuls s’osbtinèrent dans leur incroyable aveuglement les dirigeants du Parti Communiste Français et une bonne partie de ses adhérents. Une honte pour mon pays quand je pense aux réactions observées ailleurs, par exemple chez les communistes italiens. Autre honte dont nous restons encore marqués, plus de 50 ans après: la passivité complice de nos gouvernements. Pas seulement en France, mais dans tout le monde occidental dit libre.

C’était la première fois qu’un peuple se soulevait contre l’oppression du régime communiste. Certes, l’opinion gardait en tête le souvenir d’émeutes qui s’étaient produites trois ans plus tôt en Tchécoslovaquie (Ostrawa, Pilsen) et surtout à Berlin, ces dernières ayant été violemment réprimées par les chars russes. Et puis, il y avait eu quelques mois plus tôt cette insurrection des ouvriers polonais de Poznań qui devait déboucher le 23 octobre sur l’élection de Gomułka aux commandes du pays. Mais rien à voir avec ce qui se passait en Hongrie.

On a donc pu espérer un soutien de l’Ouest. Ne rêvons pas ! Qui allait risquer un conflit ouvert pour ce petit pays, certes attachant, mais sans véritable enjeu stratégique? On a souvent invoqué la crise de Suez comme excuse pour expliquer la non-intervention, du moins l’immobilisme des Français et Britanniques. Non. Il s’agissait tout simplement de ne pas remettre en cause les accords de Yalta et surtout de ne pas prendre de risque inutile pour une poignée d’insurgés. Les Hongrois ne nous le pardonneront jamais et ils ont bien raison.

Certes, toute intervention directe ou indirecte aurait été condamnée à l’échec. Mais cela ne nous dispensait pas de faire pression sur la vieille garde communiste. Khrouchtchev, mis un moment en minorité au Bureau politique, était alors coincé par l’intransigeance des Chinois qui lui reprochaient d’avoir joué les apprentis sorciers avec ses révélations du XXème Congrès. Et dire que l’on avait un moment cru que les Russes cèderaient ! Une petite semaine de rêve fou entre le départ des tanks le 28 octobre et leur brusque retour à l’aube du 4 novembre. Le 27 avaient été introduits des ministres non communistes dans le gouvernement et le 28 rétabli un système multiparti avec dissolution du parti communiste et proclamée la neutralité du pays. Une démarche suicidaire pour l’époque ! Mais bon, nous n’allons pas ici refaire l’Histoire…

Il serait peut-être plus intéressant de faire un bond de 56 ans pour nous replacer, face à ces événements, dans la Hongrie actuelle, celle de 2012. En France, mon entourage ne cesse de se référer, non sans une certaine nostalgie, à la révolution de 1956 pour louer le courage du peuple hongrois. Et quel courage ! Quand je revois ces clichés de jeunes enfants se hissant sur des tanks pour y lancer des cocktails Molotov, j’en reste encore rempli de respect et d’admiration. Et aujourd’hui ? Quitte à jouer les rabat-joie et à contrarier ou décevoir les lecteurs français, je dirai que ce n’est plus vraiment le même peuple. Pour prendre une comparaison simpliste, la sélection nationale de football n’a plus rien à voir avec l’équipe hongroise des années 1950 où brillaient les Puskás, Kocsis et autres Grosics. De nos jours, l’héroïsme n’est plus de mise. S’il nous fallait trouver une comparaison pour 1956, je penserais au printemps arabe. A une différence près : les Lybiens, Syriens et Yéménites se sont battus ou se battent pour abattre un régime. En 1956, les Hongrois se battaient au contraire pour défendre un homme et son gouvernement (Imre Nagy) face à une agression venue de l’extérieur.

Aujourd’hui, le gros de la population hongroise oscille entre indifférence et résignation face à la chose publique. Les sondages le montrent de façon unanime. Un peu plus de la moitié des Hongrois se déclare sans opinion quant au choix d’un parti. Plus inquiétant: un autre sondage place les atteintes à la démocratie loin derrière le pouvoir d’achat dans la préoccupation des Hongrois. Certes, quand on connaît les graves soucis matériels auxquels sont confrontés nombre de ménages dans ce pays, on peut comprendre ce choix… Mais., en 1956, vivaient-ils mieux ? J’en doute. La poltique du communisme goulache n’allait être inventée que bien plus tard.

Nous serions bien présomptueux, dans notre petite peau de Français, de leur reprocher ce manque d’engagement, et ce pour mille raisons: (graves difficultés matérielles, absence de tradition et de culture en matière de droit). Mais, malgré tout, pourquoi les Hongrois réagissent si peu face à des abus et des exactions parfois révoltantes (défilés de milices néo-nazi) ?

Cet hiver, il faudra plutôt craindre des mouvements d’impayés en masse, non par esprit de résistance, mais pour la bonne et simple raison que nombre de ménages n’arriveront plus à régler leurs factures ou rembourser leurs emprunts…

Nous voici bien loin de 1956. J’ai un regret : que cet anniversaire ne fasse plus l’objet d’un rassemblement de la nation, mais soit au contraire prétexte à un affrontement entre deux camps opposés qui s’attribuent chacun l’héritage de la Révolution, surtout de la part d’une droite intolérante qui s’érige en descendante exclusive des insurgés. Le Premier ministre Viktor Orbán a été jusqu’à comparer les élections qui l’ont porté au pouvoir en avril 2010 (qu’il appelle révolution par les urnes) au mouvement de 1956 ! Quel affront à la mémoire de ces milliers de victimes qui n’ont plus leur mot à dire.

Petite consolation, chaque année, l’anniversaire fait l’objet d’un rassemblement à Paris, sous l’Arc de Triomphe, où se retrouvent encore plusieurs centaines de participants pour honorer la mémoire des combattants de 56 sur la flamme du soldat inconnu. Voilà qui nous soulage un peu du poids jeté sur notre conscience collective par ce silence complice dont avaient fait preuve nos autorités à l’époque.

Je retrouve alors le jeune Parisien de 10 ans et les souvenirs encore si vivants qu’il a laissés au senior de 2012, devenu Budapestois, de fait et de coeur.

*Photo : eszter.

L’honneur perdu de la Mère Helvétie

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Le quotidien suisse Le Temps, sous la plume de l’excellent Emmanuel Garessus qui ne démérite pas si on le compare à Pierre-Antoine Delhommais du Point (je n’arrive toujours pas à comprendre par quelle aberration Le Monde  a pu se passer de ses services) ou au brillant économiste de Causeur, George Kaplan, revient avec raison sur un livre de Marie-Hélène Miauton: Banques suisses, les raisons de lutter (Ed. Slatkine ).

Le titre de l’article :  » La révolte contre le lâchage de la place financière par les autorités  » donne le ton. Sous le couvert de la morale (que de sottises ne commet-on pas sous le couvert de la morale) le gouvernement helvétique veut que la place financière suisse soit plus transparente que toutes les autres et que les fonds étrangers rejoignent leur enfer fiscal initial. La morale ne sera pas sauve puisque tout continuera à se passer sous d’autres cieux, là où nos détracteurs sont les plus nombreux, note Marie-Hélène Miauton, avant d’ajouter que les Suisses n’auront jamais la paix tant qu’ils se montreront arrangeants. Pour l’instant, leur empressement servile et leur automutilation économique en font les dindons de la farce. C’est l’honneur perdu de la mère Helvétie, comme l’exprime cruellement la Neue Zürcher Zeitung.

Sous couvert d’une solidarité qui n’est qu’une forme d’escroquerie et avec la bénédiction de l’Union Européenne chaque pays tente de plumer son voisin. Non au chantage, qu’il soit à l’austérité ou à la générosité. Le temps est venu de cesser de faire un complexe de pays solitaire, car tous le sont en réalité. Des paroles bienvenues dans une Suisse qui renonce insidieusement à sa souveraineté et cède sur ce qui faisait sa fierté et sa prospérité : sa place financière. La concurrence fiscale n’est pas une maladie honteuse et le secret bancaire un cancer qui gangrène l’Europe.