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Mon chien, mammaire et moi

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Terri Graham a 44 ans. Le cousin anglais de notre quasi homonyme Closer nous apprend que cette mère de deux enfants aime choyer son chien Spider… en l’allaitant.

allaitement chien

Vous avez bien lu. Faute d’avoir pu sevrer sa marmaille biologique, l’américaine se rattrape sur son heureux clébard, bouledogue ou carlin, vous en jugerez à l’examen de la ragoûtante photo ci-dessus. Têtant sa maîtresse à même le sein, Spider s’adonne à ce petit plaisir plusieurs fois par jour, sans que sa maîtresse n’y trouve offense, bien au contraire. Vous êtes peut-être attendri ou révulsé par un amour aussi fusionnel, qui frise la caresse zoophile.

So, what ? Les chiens aussi ont droit à l’amour. On pourra néanmoins regretter que miss Graham ne puisse officialiser sa passion animale en recourant au lien sacré du mariage. Dans une société américaine décidément trop conservatrice, l’union civile est réservée aux couples hétéro et même homosexuels (dans une petite dizaine d’Etats), au mépris de la diversité des appétences sexuelles de chacun.

Il est aussi révoltant que ces doux compagnons n’aient droit à aucune reconnaissance officielle de la part de la Sécurité Sociale, qui les discrimine sans vergogne sous prétexte de leur prétendue appartenance à l’espèce animale. Et pourtant, quels que soient notre genre transitoire , notre couleur de peau et nos penchants sexuels, nous sommes tous des chiens allaités par leur maîtresse. Aren’t we ?

Les Français ont une image de plus en plus négative de l’islam

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Sondage islam en France Ifop Figaro

Le sondage publié hier matin par nos confrères du Figaro sur « l’image de l’islam en France » risque d’apparaître comme un démenti cinglant aux tenants du multiculturalisme forcément positif et autres contempteurs de l’islamophobie qui nous a fait tant de mal.

Quelles que soient les questions posées, les réponses des sondés sont en effet sans appel. Ainsi 60% des personnes interrogées considèrent que l’influence et la visibilité de l’islam sont trop importantes dans notre pays. 35% estiment qu’elles ne sont ni trop ni pas assez importantes et 5% qu’elles ne sont pas assez importantes.

Par ailleurs, 67% des sondés pensent que les musulmans et les personnes d’origine musulmane ne sont pas bien intégrés dans la société française, ce qui en soi, n’est pas un résultat surprenant : il y a longtemps que plus personne de sérieux ne prétend que notre modèle d’intégration fonctionne à merveille.
En revanche, la réponse à la question suivante est beaucoup plus surprenante et risque de faire beaucoup pleurer dans les entreprises antiracistes : ils sont 68 % de sondés à estimer que cette mauvaise intégration vient du refus des musulmans de s’intégrer et 52 % à penser qu’il y a de trop fortes différences culturelles.

L’ensemble des résultats du sondage témoigne d’une mauvaise image de l’islam, mais aussi, en plus d’une forte dégradation de celle-ci au fil des années, Ainsi, explique Jean-Marie Guénois qui a analysé les réponses pour Le Figaro : « En 1989, 33 % des sondés se disaient favorables à la construction des mosquées. Ils ne sont plus que 18 %. Pour le voile dans la rue, et sur la même période, les personnes opposées passent de 31 % à 63 %. Et les indifférents ont quasiment fondu de moitié pour n’être que 28 %. Quant au voile à l’école, le feu rouge écarlate s’allume puisque l’on passe sur la même période de 75 % opposés à 89 %! Les indifférents chutant de 17 % à 6 %… »

Des résultats qui font dire à Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop, que cette étude « démontre une évolution qui va dans le sens d’un durcissement supplémentaire des Français vis-à-vis de cette religion et d’une perception négative renforcée de l’islam. »

Dire que certains persistent à penser que Copé a creusé sa propre tombe avec ses histoires de pains au chocolat…

*Photo : islamicus.

Benoît Hamon, l’aile muette du gouvernement

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Hamon PS Harlem Désir Maurel

Il pleut sur Toulouse. Comme dans la chanson de Barbara, mais loin du fief de Jean-Marc Ayrault (qu’une rumeur insistante dit locataire d’un hôtel particulier rue de Varenne…), les larmes affluent sur la ville rose qui accueillera le congrès du Parti Socialiste ce week-end. Des pleurs, après l’élection historique de François Hollande puis le plébiscite de son protégé Harlem Désir à la tête de Solferino ?

Eh oui, que voulez-vous, la motion Désir n’a recueilli que 68% des suffrages socialistes – avec une abstention de 50%- loin, très loin des 90% escomptés, sur lesquels s’appuyaient les promesses de Gascon faites aux ex minoritaires hamonistes du parti. Après avoir avalé la couleuvre du traité budgétaire européen, qu’il a vendu avec autant d’enthousiasme contrit que Cécile Duflot sans que les journalistes ne lui cherchent querelle, le ministre Benoît Hamon avait consenti à signer la « motion majoritaire » Désir-Ayrault, quitte à laisser ses troupes en rase campagne. Contre ce paraphe, François Hollande avait promis 30 deniers, pardon 30 places au conseil national (le Parlement du parti) aux fidèles de Hamon, parmi lesquels on compte de vieux briscards du PS comme Henri Emmanuelli. L’ennui, c’est que le ministre délégué à l’économie solidaire a dû affronter la fronde de ses anciens camarades de la motion C avec lesquels il avait fait cause commune, il y a quatre ans. Les Lienemann, Guedj et autres Maurel ont mal digéré la potion social-démocrate ingurgitée par Hamon. Leur fronde s’est traduite par trois actes de bravoure, assez rares en politique pour être signalés : un vote rebelle à l’Assemblée et au Sénat contre le traité budgétaire – malgré les pressions tout sauf amicales du tandem Ayrault-Le Roux –, la présentation d’une motion indépendante qui a atteint les 13% des votes militants suivie de la candidature d’Emmanuel Maurel au poste de premier secrétaire, approuvée par 28% des socialistes. Autrement dit, de la motion à sa candidature personnelle, Désir est passé de 68% à 72% des votes des adhérents, tandis que la cote de Maurel bondissait de 13% à 28% !

Un succès inattendu qui invalide la stratégie Hamon et complique considérablement la petite cuisine arithmétique des barons du PS. Récapitulons. Sur les 143 membres du conseil national désignés à la proportionnelle suivant les résultats du vote des motions, 68% devraient échoir aux hollando-fabiuso-hamono-royalo-aubrystes rassemblés derrière le Líder Máximo Harlem Désir, 12% aux facétieux militants qui ont joué aux ventriloques avec Stéphane Hessel, le reste devant être distribué à l’avenant à ce qui reste de la motion C du congrès de Reims en 2008. Pour les solférinologues, c’est la quadrature du cercle. Comment rogner la promesse faite à Hamon sans réconcilier les frères ennemis de l’aile gauche du parti ? Mathématiquement, à moins de vouloir transformer le PS en succursale d’Attac, il est impossible d’accorder 30 places aux proches d’Hamon en plus des 13% échus au trio Maurel-Guedj-Lienemann.
Et, vu l’ambiance entre anciens « gauchistes » du parti, ralliés ou réfractaires à l’uniformité hollandiste, ça ne sent pas franchement la réconciliation… S’il ne faut jurer de rien, gageons que Hollande, Ayrault, et leur ombre portée Désir, ont dû montrer tout leur talent de négociateurs pour conclure une synthèse dont ils ont le secret.

En attendant les résultats définitifs du conclave toulousain, les paris sont ouverts mais une chose reste sûre : Benoît Hamon n’existe pas au sein du gouvernement. À la différence d’un Montebourg, qui a abandonné la démondialisation mais s’échine à limiter la casse sociale des délocalisations tout en promouvant désespérément le « Made in France », Hamon ne dispose plus d’aucune surface politique. C’est un comble, mais ses années passées au porte-parolat du PS (2008-2012) ont anéanti son existence médiatique, l’obligeant quotidiennement à épouser les vues majoritaires du parti. Et le même petit jeu pervers s’est reproduit, coup après coup : 2008, Hamon devient prisonnier de son compagnonnage avec la première secrétaire Aubry, 2011 il n’ose se présenter à la primaire socialiste (et s’en mord aujourd’hui les doigts, paraît-il) et se résigne à soutenir la maire de Lille, 2012 il s’agrège à l’aéronef gouvernemental en devenant le ministre délégué de Pierre Moscovici, social-libéral s’il en est.

Celui qui avait recyclé son rocardisme au lendemain du 21 avril 2002 retourne à la case départ. Benoît Hamon n’est plus qu’un sous-ministre aux tickets restaurants, chargé d’inventer un modèle alternatif de capitalisme, que François Hollande examinera entre deux avions un jour de désœuvrement. Face aux critiques acerbes de ses anciens compagnons de courant, Hamon jure ne pas avoir changé ni s’être couché devant les rodomontades de l’Elysée. On veut bien. Mais, comme disait Audiard, faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages…

*Photo : Parti socialiste.

Notre seule religion, c’est la liberté !

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islam Innocence of muslims charlie hebdo

L’Empire romain savait se faire respecter des barbares. Lorsqu’un représentant de l’autorité impériale était assassiné dans une province reculée, la légion était dépêchée pour décimer (passer au fil du glaive un homme sur dix) la population qui abritait le coupable. Les États-Unis d’Amérique ne sont pas un empire − n’en déplaise aux attardés d’extrême gauche et d’extrême droite − mais une démocratie où règnent des millions de citoyens au cœur plus ou moins tendre. C’est pourquoi, malgré l’assassinat de quatre de leurs diplomates, le gouvernement n’envisage pas d’occire un dixième de la population libyenne. Il faut vivre avec son temps, mais il m’arrive de regretter les pratiques de ces époques où l’on savait protéger les siens, même par la terreur.?[access capability= »lire_inedits »]
Malgré le meurtre d’un ambassadeur du monde libre et de trois Américains par une foule assassine, comme il y a au Caire des foules violeuses, les rescapés de Benghazi, qui doivent leur salut aux bombardements occidentaux, vont pouvoir retourner à leur prière sans autre crainte que celle d’Allah et honorer, face contre terre, un dieu qui ne tolère aucune moquerie.

Il n’y aura pas de représailles américaines, il y aura des excuses. Sur les radios françaises de service public, on les entend déjà. Au pays de Voltaire, on demande pardon : L’Innocence des musulmans, le film qui offense l’islam et qui a provoqué une colère meurtrière est, nous dit-on chaque fois qu’on l’évoque, un « navet grossier », un « postulat haineux », un « film infâme », une « provocation islamophobe »[1. Je dois rendre la paternité de ces termes aux participants de l’émission « Le Téléphone sonne », sur France Inter, consacrée aux meurtres des diplomates américains.].
C’est sur ce thème et en ces termes que nos élites françaises, médiatiques et savantes, nous demandent de comprendre ce qui pousse des hommes (et des femmes ?) à pratiquer une exécution sommaire à mille contre quatre.

Il faut dire (et cela pourrait être − si nous vivions en dictature − une consigne du Ministère de la Diplomatie et du Vivrensemble dans la Mondialisation) que les spectateurs en colère sortaient tout juste d’un printemps arabe « éprouvant » et « libérateur » après tant d’humiliations coloniales et dictatoriales.
Il faut répéter qu’un antiaméricanisme puissant pousse au lynchage ou au brûlage de drapeaux dans le monde arabe parce que, malgré la main tendue de Barack Obama, l’Amérique affiche un soutien indéfectible et coupable à Israël.
Il faut expliquer que des peuples humiliés par un Occident arrogant qui ne s’intéresse qu’au pétrole et soutient des dictatures qui les oppriment, même quand celles-ci ont disparu, en ont gros sur la patate.
Il faut faire comprendre que la « tolérance à l’islamophobie » a dépassé les bornes en Occident et qu’il ne faut pas s’étonner, lorsqu’on sème le vent de la liberté d’expression, de récolter des tempêtes sanglantes.
Il faut rappeler que le croyant a droit au respect, que l’indignation est la chose la mieux partagée dans le monde et il faut s’empresser d’illustrer son propos par un exemple catholique et intégriste pour ne surtout pas stigmatiser six millions de Français musulmans et un milliard de leurs coreligionnaires.

Voici comment les spécialistes, du haut de leur chaire et forts de la légitimité de leurs instituts de recherche, entendent nous empêcher de faire des amalgames entre les meurtres et les meurtriers. Voici comment, après le énième déchaînement de violence islamique qu’on nomme, comme toujours, « islamiste », ils nous servent au menu de la politique de l’excuse la soupe froide de l’« humiliation arabe », la farce indigeste de l’« arrogance occidentale », le plat réchauffé de la « provocation islamophobe ». À la fin des fins, qui est donc responsable des maux qui nous accablent ? Eh bien, c’est nous.
C’est tout à l’honneur de l’Occident d’être devenu un monde où l’on cherche à convaincre plus qu’à convertir, à comprendre plus qu’à condamner, à faire la paix plutôt que la guerre, mais cet exercice de notre bonne volonté ne doit pas exonérer nos ennemis déclarés de leurs fautes. C’est tout à notre honneur d’Occidentaux de prendre nos responsabilités et même un peu plus, mais n’est-il pas un peu condescendant et même un peu prétentieux de considérer que nous serions causes de toutes choses en ce monde et toujours seuls responsables des crimes commis partout et par tous ? N’est-il pas un peu méprisant, et même un peu raciste, de penser que le musulman serait forcément dominé par des réflexes taurins quand on agite le chiffon rouge du blasphème ? Peut-être faut-il faire preuve d’un peu d’humilité en rendant un peu de leur responsabilité aux autres et nous rappeler la leçon de tautologie du professeur Finkielkraut : « Le coupable, c’est le coupable. »

Les faits étant établis et les coupables identifiés, nous pouvons seulement étudier les circonstances.
Commençons par l’« humiliation arabe ». Je comprends que le Levantin qui regarde l’état de sa civilisation n’ait pas de quoi pavoiser, mais à qui la faute ? Sont-ce les déclarations de George Bush, les caricatures du Prophète ou encore les unes de qui humilient le musulman, ou bien un bon dieu qui exige une soumission totale en jetant ses ouailles dans une misère sexuelle noire et par terre cinq fois par jour ? Sommes-nous responsables si, depuis la fin des empires coloniaux, les peuples arabes, au lieu de transformer leurs déserts en jardins comme certains − suivez mon regard admiratif et ému − continuent de s’entretuer dans des affrontements ethniques, tribaux ou religieux ? Est-ce notre faute si le pétrole qui jaillit par la grâce des technologies occidentales fait la fortune des monarchies, des oligarchies ou des dynasties plutôt que le bien-être des populations ?

Venons-en à l’« arrogance » de l’Occident. Le premier de la classe dans une banlieue sinistrée par la misère du monde et perdue pour la République est-il arrogant parce qu’il propose son aide à ses camarades défavorisés socialement ou culturellement ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand notre civilisation, forte de ses progrès, déploie sur tous les continents une myriade d’organisations non gouvernementales qui instruisent, soignent et développent, quand elle ouvre ses universités à la misère intellectuelle du monde − y compris du monde arabe qui la maudit − et lui offre les résultats de ses recherches médicales, scientifiques, architecturales et techniques ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand la création et la production cinématographique, littéraire ou musicale de n’importe quel pays d’Europe dépasse en qualité et en quantité l’expression culturelle de l’oumma tout entière mais que le cinéma, la littérature, ou la musique « du monde » sont célébrés en Occident dans un élan de générosité et de discrimination positive qui frise parfois le ridicule ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, en Lybie, nous opposons notre force armée aux promesses de répressions sanglantes faites à des populations civiles par des dictateurs qui entendent garder un pouvoir absolu quel qu’en soit le prix ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, en Afghanistan, des policiers ou des soldats recrutés dans la population, équipés, armés et formés par l’OTAN, retournent leurs armes contre des militaires français, anglais ou américains venus les aider à protéger, à servir et à sortir leur pays de guerres tribales sans fin ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, à la suite de tremblements de terre en Iran, les secouristes israéliens venus en aide aux personnes ensevelies sont refoulés par des autorités qui préfèrent voir leur peuple crever plutôt que sauvé par des juifs ?

Finissons par observer cette arnaque que notre tropisme repentant et leurs attentats terroristes finiront par nous faire prendre au sérieux : la « provocation islamophobe ». Malgré les précautions empressées et toutes munichoises de la classe diplomatique et médiatique pour disqualifier le film en le traitant de tous les noms (jusqu’à l’accuser d’ « infamie », comme Frédéric Martel sur France Culture), le monde arabo-musulman a connu des émeutes et certaines capitales européennes des manifestations.
Ce n’est pas nouveau. Tout ce qui met en colère le musulman susceptible, qu’il soit ignare ou instruit, est aussitôt taxé de « provocation islamophobe ». Les caricatures les plus comiques, les discours du pape les plus diplomatiques ou les maladresses les plus innocentes[2. Je pense à cette histoire récente de l’institutrice anglaise partie généreusement en Lybie pour instruire des enfants dans le besoin, et qui avait eu les pires ennuis pour avoir donné à l’ours en peluche devenu mascotte de la classe le prénom d’« Ali ».] ne manquent jamais d’entraîner des conséquences musulmanes. Or, c’est mathématique, s’il y a réaction islamique violente, il faut un responsable voire un coupable : c’est évidemment parce qu’il y a eu « provocation islamophobe ». Voici comment, pour le trouillard en voie de dhimmitude, la liberté d’expression des uns doit s’arrêter où commence la susceptibilité des autres. Ainsi, pour celui qui craint de regarder son ennemi en face de peur qu’il ne se fâche, le simple exercice de la critique, de l’humour ou de la liberté devient une intolérable « provocation islamophobe ».

La plus grave de toutes consiste à dire ou à insinuer que l’islam est une religion intolérante que ses pires dévots défendent par la violence. Il faut vite la dénoncer car elle risque, dira-t-on, de déchaîner des flots de violence. Et de fait, ceux qui osent observer qu’il existe parfois un lien entre islam et violence sont, aux yeux des plus fanatiques, passibles de fatwa et d’assassinat. Faut-il par principe de précaution et pour vivrensemble avec des bigots enragés en revenir à une civilisation pré-voltairienne ?

Je préférerais que l’on explique à ceux qui causent dans le poste comme aux derniers arrivés que nous nous sommes débarrassés des diktats de nos religions mais que nous nous sommes choisis des principes, que nous rions du sacré mais que nous avons des valeurs et que nous y sommes sacrément attachés. Au lieu de faire profil bas, nous gagnerions à rappeler au monde qui nous défie et nous maudit que, de toutes nos valeurs, la liberté est celle qui donne son nom au monde libre. Pour elle, nous devrions être capables de mourir et même, quand il le faut, de tuer. J’aimerais donc qu’on rappelle, en termes compréhensibles par tous et partout, aux religieux obscurs et menaçants qui prennent un peu trop de liberté que notre seule religion, c’est la liberté.

Les commentateurs qui accablent sans relâche ce petit film peuvent en penser ce qu’ils veulent. Je l’ai vu et j’ai bien ri. C’est un court métrage plus proche des comédies de Mel Brooks que du Fitna de Geert Wilders. L’Innocence des musulmans est peut- être un « navet islamophobe infâme et grossier » mais il aura eu le mérite de nous donner quelque chose à voir. Il a porté contre l’islam des accusations terribles, dont des musulmans se sont empressés de prouver le bien-fondé à peu près partout dans le monde. Il est le doigt qui nous met en garde contre les foules arabes vengeresses par milliers et contre les opinions musulmanes qui, par millions et par leur silence, semblent réprouver les blasphèmes davantage que les meurtres. Et comment ont réagi nos élites politiques et journalistiques ? Elles se sont dépêchées de dénoncer ce doigt, de regretter que l’on ne puisse couper de telles mains et d’ignorer ce que l’index, « infâme » et tout ce qu’on voudra, nous montrait : une lune croissante et menaçante qui pourrait bien un jour nous tomber sur la tête. Alors, comment pouvons-nous, encore et encore, laisser nos dirigeants importer au pays de Molière, où les aveugles sont rois, des simples d’esprit critique à peu près aussi tolérants mais beaucoup moins diplomates que ces jésuites qui, de son temps et après son Tartuffe, ont bien failli avoir sa peau[3. Rappelons qu’à l’issue de la première représentation du Tartuffe, qui brocardait le fanatisme des dévots de l’époque, ceux-ci ont demandé au roi l’interdiction de la pièce − apportant par leur réaction, comme les islamistes d’aujourd’hui, la preuve même de leur intolérance.] ? Cela dépasse mon entendement. Inlassablement, je pose la question et je n’ai toujours pas de réponse.[/access]

*Photo : Niriel.

Les marinières de Montebourg, les Pigeons et la grève générale

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Arnaud Montebourg Chavez Venezuela Espagne

On a tort de se moquer d’Arnaud Montebourg surtout quand c’est Arnaud Montebourg qui se moque du monde. Notamment quand il s’est moqué de ses 17% d’électeurs lors de la primaire socialiste où il s’était fait le chantre de la démondialisation et du protectionnisme intelligent avant de rallier François Hollande, son social-libéralisme, son TSCG auquel devait, au cours d’une renégociation, s’adjoindre un volet pour la croissance dont il semble désormais qu’il soit purement virtuel. On rappellera qu’il a fallu un simple envol de pigeons sur des réseaux sociaux pour que Bercy rentre à la niche, par peur de se voir reprocher de vouloir casser le moral des entrepreneurs, les vrais, les jeunes qui « ne font pas de politique » mais qui savent pourtant utiliser Facebook comme une arme de propagande remarquablement efficace.

Mais revenons à Montebourg. Tout le monde s’est moqué de lui quand, pour défendre le made in France, il est paru à la une du supplément magazine du Parisien en marinière Armor Lux, tenant un mixer Moulinex et portant une montre Herbelin. C’est vrai que le look avait quelque chose de gay friendly, disons entre l’affiche du Querelle de Fassbinder, un défilé de mode façon Jean-Paul (Gaultier) ou une parade festiviste façon Jean-Paul (Goude) inoubliable depuis son défilé pour le Bicentenaire de la Révolution Française. À propos de Goude, on peut se demander si Arnaud Montebourg, en s’exposant ainsi, ne lui a pas demandé subliminalement d’en organiser un sur le thème du Redressement Industriel, qui pourrait avoir lieu le 14 novembre.
Pourquoi le 14 novembre ? Eh bien parce que le 14 novembre, il faudra un bon écran de fumée pour cacher l’appel à la grève générale européenne à l’initiative de la Confédération Européenne des Syndicats. La situation doit-être grave pour que la CES, qui ferait passer la CDFT pour un syndicat de luttes des classes et non un tranquille négociateur qui croit sans rire que les discussions autour du « choc de compétitivité » sont autant de possibilités de progrès social, se mobilise de la sorte. La journée du 14, à laquelle s’est ralliée la CGT, risque  d’être une réussite. Après tout, la CES, c’est quand même 85 organisations dans 36 pays européens ainsi que 10 fédérations sectorielles.  La confédération européenne précise que cette journée prendra diverses formes, « grèves, manifestations, rassemblements et autres actions” et elle s’est déclarée “fermement opposée aux mesures d’austérité qui font plonger l’Europe dans la stagnation économique, voire la récession, ainsi qu’au démantèlement continu du modèle social européen”. Chez les Espagnols , les Portugais  et les Grecs, quelle surprise, la forme de la grève générale sera clairement choisie. On se demande quand cessera cette résistance absurde à la raison économique et aux harmonies spontanées si visiblement à l’œuvre dans ces pays depuis quelques années.

On comprend donc que Montebourg ait envie qu’on parle d’autre chose. Et il pourra se vanter au moins d’une chose, très concrète, à mettre à son bilan. Sa prestation a permis à Armor Lux de voir son chiffre d’affaire en octobre 2012 faire un bond de 8%. « Grâce au ministre, on en a vendu plusieurs centaines de pièces depuis samedi. Aux Galeries Lafayette, boulevard Haussman, à Paris, c’est même la rupture de stocks… », se réjouit Jean-Guy Le Floc’h, le PDG d’Armor-Lux. On souhaite le même bonheur à Moulinex qui doit se souvenir que si la marque a été sauvée de justesse il y a quelques années, ce n’est pas grâce à un ministre quelconque qui se serait montré en train de préparer un jus multivimaniné mais par un bon vieux mouvement social.
En tout cas, de la part de Montebourg, ce sont des manières plus douces pour faire oublier la casse sociale que celle préconisée par Ignacio Cosido, directeur général de la police espagnole. Monsieur Cosido, soutenu par le gouvernement, aimerait bien qu’une loi soit votée, une loi qui interdirait « la capture, la reproduction et l’édition d’images, de sons ou de renseignements sur des membres de la sécurité ou des forces armées » La diffusion d’images et de vidéos sur les réseaux sociaux tels que Facebook seraient également punies. « Nous essayons d’éviter que des images de policiers soient téléchargées sur les réseaux sociaux, et qui représentent une menace qui sur eux et leurs familles ».
Monsieur Cosido est un humaniste, on le voit, mais un humaniste qui a sans doute lu Guy Debord : « Ce dont le Spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est donc cela qui, dès lors, en somme, existe. »
Et il est vrai que les brutalités policières contre des manifestants qui – rappelons-le – ne sont pas des délinquants, ont été assez fréquentes en Espagne avec des policiers ne portant pas leur badge d’identification alors que le règlement l’exige. Mais si on ne le voit plus, ça n’existera plus. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Venezuela Chavez

Il y a peut-être aussi que monsieur Cosido voudrait bien que l’on ne revoie pas cette image un peu gênante d’un patron de restaurant un patron se déclarant clairement de droite et qui avait quitté une Amérique latine trop bolivarienne à son goût pour s’installer à Madrid. Il avait tellement été indigné par les méthodes de la police qu’il avait sanctuarisé son restaurant et protégé nombre de manifestants du matraquage.
On remarquera sur la photo que lui, il ne porte pas de marinière.

*Photo : Le Parisien Magazine.

Pourquoi Mitt Romney peut gagner

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Mitt Romney Obama USA

Créditant les lecteurs de Causeur d’une capacité mémorielle bien supérieure à celle des poissons rouges, je me garderais d’être aussi péremptoire que Bernard-Henri Lévy assénant dans Le Point sa certitude de la victoire de Barack Obama, le 6 novembre prochain. Les prévisions sont hasardeuses, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir… Mais si on me brûlait la plante des pieds pour m’extorquer un pronostic sur l’issue de la présidentielle américaine, je finirais par lâcher, d’une voix faible et mal assurée : « M…itt…R…oooomney… ». Pourquoi ? Parce qu’une campagne se juge à sa dynamique, et non pas sur la seule analyse des sondages. Et cela d’autant plus que ces enquêtes d’opinion, dans les « swing states »[1. Les « swing states » sont les Etats qui risquent de basculer d’un côté ou d’un autre, et dont la conquête des grands électeurs est indispensable pour gagner l’élection. Les plus convoités sont aujourd’hui la Floride, l’Ohio et l’Iowa.] notamment, ne permettent pas de désigner le futur vainqueur dans chacun de ces Etats clés de manière fiable, car l’écart entre les candidats est si faible qu’il se situe dans la marge d’erreur reconnue par les instituts de sondages.

En revanche, la dynamique d’une campagne de cette ampleur peut s’observer, même de loin, dans les mouvements d’opinion perceptibles dans l’évolution des intentions de vote sur les deux derniers mois, et en lisant les éditorialistes de tous bords. Au sortir de l’été, l’affaire semblait pliée. Mitt Romney ne faisait pas la maille : trop gaffeur, trop riche, trop mormon, trop à droite, trop plombé par le Tea Party, trop tout. De plus, il s’était adjoint un candidat à la vice-présidence, Paul Ryan, dont l’idéologie ultralibérale allait effrayer les classes moyennes durement touchées par la crise.

Mitt Romney laissait dire, et les stratèges démocrates engloutissaient des millions de dollars dans une campagne d’annonce télévisées négatives dépeignant le candidat républicain comme un clône de George W.Bush, dont l’élection à la Maison blanche mettrait à nouveau la planète à feu et à sang, et dont les positions sur le questions dites sociétales – avortement, mariage gay etc. – ramèneraient les Etats-Unis un siècle en arrière. De leur côté, les Républicains tiraient au gros calibre sur le bilan économique d’Obama : chômage hausse vertigineuse, dette en expansion continue, classes moyennes écrasées d’impôts…

Jamais, dans une présidentielle américaine, on n’avait investi autant dans des spots publicitaires visant plutôt à démolir l’adversaire qu’à faire la promotion de son projet pour les quatre ans à venir.
Dans ce contexte, la tactique de Romney, le recentrage après des primaires républicaines remportées sur un discours de droite, s’est révélée payante. Le Romney que les électeurs ont découvert lors du premier face à face avec Obama n’était pas du tout celui que la campagne démocrate leur avait vendu : on avait affaire à un candidat pragmatique, se prévalant de son bilan de gouverneur du Massachussetts, un Etat dominé par les Démocrates, où il est parvenu à travailler avec ses opposants pour le bien de la population. Les stratèges d’Obama avaient pris pour cible le Romney des primaires républicaines et ainsi dépensé des millions de dollars en pure perte… De plus, les torrents de boues déversés dans les spots publicitaires sur le concurrent contribuent à dégoûter l’électeur potentiel de la politique, ce qui, dans la conjoncture actuelle, défavorise le camp démocrate.

Un autre handicap du président sortant est celui de la déception qu’il a provoqué dans la fraction la plus « gauchiste » de son électorat, celle qui s’était mobilisée en 2008 en croyant que le premier président noir des Etats-Unis d’Amérique allait faire une politique de gauche, au sens européen du terme. Il n’a pas fermé Guantanamo, ni soumis Wall Street à une régulation contraignante. On pourra lire, en français, l’argumentaire de ces déçus d’Obama dans le livre que vient de publier John MacArthur, le directeur éditeur du Harpers’ Magazine. Il tire à boulets rouges sur le président sortant, pur produit de la machine politique démocrate de Chicago, selon lui la plus opportuniste, clientéliste et corrompue des Etats-Unis. Certes, cette mouvance de la gauche radicale ne pèse pas beaucoup électoralement, mais elle peut nuire à un candidat démocrate : on se souvient qu’en 2000, lors de la plus serrée des élections présidentielles américaine, Al Gore fut battu sur le fil par George W. Bush, alors que Ralph Nader, candidat de la gauche radicale obtenait 2,74% des suffrages. Si ce dernier n’avait pas été dans la course, Al Gore l’aurait très probablement emporté.

Mais plus que son poids électoral, c’est l’énergie militante de cette gauche radicale qui a permis, en 2008, au candidat Obama d’amener vers les urnes des catégories de la population qui, jusque là, s’abstenaient massivement, dans les classes populaires et les minorités ethniques. Tous les échos que l’on a aujourd’hui en provenance de la « campagne Obama » indiquent que les bénévoles ne cherchent même plus à convaincre les électeurs indécis mais se concentrent sur la mobilisation de ceux qui avaient voté Obama en 2008 et sont tentés, cette année, d’aller à la pêche à la ligne. Mitt Romney, lui, n’a pas ce souci : les plus radicaux de son électorat sont mobilisés à fond. Romney n’est pas le candidat de leur cœur (ils auraient préféré Newt Gringrich ou Rick Santorum), mais leur détestation d’Obama, de sa politique, de tout ce qu’il représente est si forte qu’ils voteraient même pour le diable si ce dernier avait décroché l’investiture républicaine. Romney peut donc tranquillement aller à la pêche aux électeurs centristes, qui feront la décision dans les Etats clés, sans avoir à craindre de perdre trop de voix à droite. Les « victoires » engrangées par Obama lors des deux derniers face à face avec Romney auront sans doute rassuré ceux qui, en France, entretiennent pieusement la flamme obamaniaque. Faut-il leur rappeler que ce n’est pas à Paris qu’on vote, mais à Orlando, Des Moines ou Cleveland. Dans ces chanmantes localités, la politique intransitive (Yes we can !) ne fait plus recette lorsque l’on est confronté à la réalité transitive « I can’t find a job ! ».

*Photo : Dave Delay.

Vendée, où est le génocide ?

Vendée Reynald Secher génocide révolution

Ainsi Reynald Sécher est-il récompensé pour son œuvre dénonciatrice et les censeurs sont-ils censés s’en mordre les doigts. Mais l’établissement des faits historiques ne relève ni de la morale mondaine ni de la censure politique. Ce serait quand même le comble que M. Sécher, qui se présente comme une victime de l’histoire « officielle », favorise l’instauration d’une nouvelle histoire officielle.

Je ne me souciais pas de la vulgate, officielle ou critique, lorsqu’en 1987, j’estimais que la guerre de Vendée avait laissé derrière elle plus de 200 000 morts et disparus, soit le double du chiffre donné par R. Sécher, sans conclure pour autant au génocide ou au populicide. Vingt-cinq ans plus tard, je persiste et signe, renforcé par les travaux entre temps publiés et apparemment oubliés d’Alain Gérard et de Jacques Hussenet, qui refusaient également génocide pour ne retenir que populicide – mot auquel s’étaient ralliés Philippe de Villiers et Pierre Chaunu, qui avait ardemment soutenu R. Sécher dans les années 1985-1988. Puisqu’il faut ne pas avoir la mémoire courte, rappelons les faits.

L’air du temps de 1985-1986, poussé par les réflexions de François Furet, soufflait fort. Il nous avait inspiré, à R. Sécher et à moi-même, la volonté de reconsidérer la Contre-Révolution et particulièrement la guerre de Vendée en les situant dans les perspectives d’Hannah Arendt, dénonçant les totalitarismes. Poser une bonne question ne préjuge pas de la valeur de la réponse. Il était nécessaire, je l’ai dit à maintes reprises, de se demander si la guerre de Vendée avait été un génocide. Mais les critères qui définissent un pareil crime, à commencer par la désignation précise d’une population visée, manquent. Si les révolutionnaires de tous grades proclament la nécessité de détruire les « brigands de la Vendée », comme les autres contre-révolutionnaires d’ailleurs, normands, bretons, voire fédéralistes, ils protègent aussi plusieurs dizaines de milliers de personnes connues comme « réfugiés de la Vendée », dispersées dans tout l’Ouest et touchant des subsides jusqu’en 1797. Où est le génocide ?

Où sont les ordres ? Barère, grand pourvoyeur de motions violentes et ambiguës, s’est bien gardé de définir une politique que Turreau, mauvais général en chef, n’arriva pas à faire confirmer. Ce dernier lança la dévastation, créa les fameuses colonnes incendiaires, mais ne contrôla pas les officiers sous ses ordres et permit les innombrables exactions du sud de la Loire. Les révolutionnaires de la Convention et des grands Comités ont indiscutablement cautionné ces crimes jusqu’en février-mars 1794, sans être pour autant des génocideurs annonçant ceux des XIXe et XXe siècles.
Les crimes sont des crimes. Mais il n’y eut pas de logique d’Etat, sinon comment comprendre les paix de 1795 entre la République et Charette, et Stofflet. Ce fut un moment de guerre civile, de luttes terrifiantes en même temps qu’une guerre inexpiable contre toute l’Europe.
Les mécanismes politiciens sont moins grandioses que les ravages collectifs. Je me contenterais donc de cette explication platement historienne qui n’inspire pas de grandes envolées, ni à droite ni à gauche, mais qui s’ancre dans la pratique de l’histoire. Mais l’Histoire doit refuser la sidération de l’esprit qui frémit au récit des atrocités, tout autant que la vengeance et ne jamais confondre les victimes pour éviter de tomber dans le pathos des condamnations morales. L’établissement des faits n’a pas de prix et n’en a pas besoin. Il se suffit à lui-même.

Ultime question : pourquoi une partie de l’opinion de droite éprouve-t-elle le besoin de dénoncer l’ennemi jacobino-bolchevique, dévot des Lumières et ardent guillotineur, bien palot depuis quelque temps, qui ne mérite plus autant d’attentions ? Quel est le vrai objectif de l’opération ? Je doute que ce soit la défense de la connaissance historique.

*Image : wiki commons.

Do be do be Dubaï…

Jadis Dubaï était un morceau de désert pareil à tous les autres, peuplé d’oryx, d’antilopes, de chats des sables et de geckos. Les photographes y venaient en troupeau pour prendre des clichés majestueux depuis des aéronefs branlants, afin de pourvoir la demande en cette catégorie singulière de puzzles difficiles : « Le désert vu d’avion ». Puis ils allaient boire nonchalamment des cocktails sophistiqués dans des bars d’hôtels moyens, en se prenant pour Robert Capa. Souvent leurs compagnons de zinc étaient de dépressifs ingénieurs des pétroles de la Shell. Le sable était si chaud que des légionnaires taciturnes auraient pu y venir mourir par désespoir – comme dans une chanson d’Edith Piaf. Le marché de l’immobilier ne s’était pas encore emballé et on pouvait croiser çà et là des nomades à chameaux.
Heureusement, de nos jours, l’émirat de Dubaï a des ambitions moins poétiques. Les dubaïotes (on dit comme ça) veillent seulement à édifier un maximum de gratte-ciels luxueux aux architectures extravagantes, qui font de l’ombre à des centres commerciaux dantesques où les devises coulent à flot. L’arabesque y est devenue folklorique. La Ferrari proverbiale. La chaleur écrasante est partout apprivoisée par l’air conditionné. À la différence de l’émirat du Qatar, Dubaï ne cherche pas à acheter en Occident des clubs de football, des villes de banlieue, l’Arc de Triomphe ou la recette de la potée auvergnate. L’émirat préfère œuvrer dans le pharaonique, la construction visible de l’espace… à l’image de ces archipels artificiels en forme de palmiers – Palm Islands – destinés à accueillir de riches particuliers.

Dubaï c’est l’émirat du toujours plus. Quoi de plus impressionnant qu’une Tour Eiffel ou un Taj Mahal ? Deux Tour Eiffel ou deux Taj Mahal bien sûr ! Ou trois ! Ou encore une tour Eiffel de 1 km de haut ou un Taj Mahal grand comme un aéroport international… L’AFP nous apprenait ceci la semaine dernière : « Une réplique quatre fois plus grande du Taj Mahal devrait être construite à Dubaï en l’espace de deux ans, a annoncé jeudi un promoteur participant au salon de l’immobilier Cityscape. » Un Taj Mahal quatre fois plus grand que l’original ! Notez l’expression pathétique d’un évident complexe d’infériorité… « Le Taj Arabia, réplique du temple en marbre, coûtera la bagatelle d’un milliard de dollars, a précisé le promoteur indien Arun Mehra »
À Dubaï on voit les choses en grand, on édifie des temples à l’amour comme on construirait des casinos à Las Vegas, ou des centres commerciaux éléphantesques dans les banlieues de villes tristes… « Avec ses équipements annexes, dont un hôtel de 300 chambres et 200 appartements de luxe, il sera une destination pour les couples qui veulent se marier dans une ambiance romantique, selon le promoteur. » Si le délirant Taj Mahal surmultiplié est en bonne voie, on apprend dans la même dépêche que d’autres projets de « répliques » sont pour le moment gelés (pour cause d’éclatement de la bulle immobilière de Dubaï… et non suite à une prise de conscience salvatrice de l’horreur généralisée du projet)… Ainsi nous ne verrons-nous peut-être jamais les copies sans Histoire des pyramides de Gizeh, de la Tour Eiffel, de celle de Pise et… de la Grande muraille de Chine ! Ouf ! Mais il sera probablement impossible d’échapper à ce sinistre Taj Mahal de contrefaçon, à mi-chemin entre Bollywood et Vegas… dans les méandres duquel on peut déjà imaginer les lugubres sosies d’Elvis Presley et Frank Sinatra chanter leurs mélopées sentimentales à la chaîne pour accompagner les noces « minutes » de couples maussades. On entend d’ici le Sinatra dubaïote, chanter avec mollesse le gimmick final de Strangers in the night… « Do be do be do… Do be do be… Dubaï… »

Qui cela importe que la sublime « merveille du monde » indienne, mausolée de marbre blanc édifié par un empereur amoureux en mémoire de son épouse défunte, soit une sorte de lieu de culte et non un vulgaire resort touristique ? Après tout c’est peut-être l’amour qui a changé…

Les droits de l’Homme, parfois, ça marche

Vendée Reynald Secher massacre

Pierre Joxe, Geneviève Anthonioz de Gaulle, Elie Barnavi ou Jorge Semprun l’ont eu avant lui. Mais lui ne l’a jamais attendu. Aussi lorsqu’un jour Pierre Bercis, le Président du jury du Prix des Nouveaux droits de l’homme, l’appelle pour lui annoncer qu’il a été choisi pour recevoir le sésame 2012, Reynald Secher n’en revient pas. Il faut dire que l’universitaire a le cuir épais. La thèse qu’il a soutenue sur le génocide vendéen de 1793-1794[1. La Vendée-Vengé : le génocide franco-français, Presses universitaires de France, 1986] et qui fut encouragée par des historiens comme Jean Meyer, Pierre Chaunu ou Jean Tulard l’a exclu à jamais des honneurs, mais surtout du système universitaire où il ne fait pas bon refaire l’histoire officielle. Car en démontrant que la Convention avait conçu, organisé et planifié l’anéantissement et l’extermination de la Vendée, Reynald Secher remettait non seulement en question la nature de la Révolution mais il bouleversait toute la recherche historique et son enseignement. Il dérangeait, il fallait donc le faire taire.

Mauvais calcul pour les censeurs : l’historien s’entête. Tandis que de nombreuses publications viennent étayer la véracité d’un génocide de type proto-industriel légal commis par la Convention, Reynal Secher décuple ses recherches. Il découvre alors un dossier original du plan d’extermination et d’anéantissement de la Vendée signé par les membres du Comité de Salut Public, Robespierre et Carnot ne faisant pas défaut. Des projets de gazage des populations sont même envisagés, avec le concours du député chimiste Fourcroy. Tout fait sens, la guerre de Vendée n’existe pas ou alors elle n’aura duré que cinq mois. Le reste n’est que génocide avec ses centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants violés, torturés, dépecés, noyés, brûlés et déportés. Conformément au vœu de Turreau -dont le nom est gravé au fronton de l’Arc de Triomphe-, la Vendée ne doit être qu’un « grand cimetière national ». L’extermination est physique, intentionnelle, systématique elle vise un groupe et sa religion. Un seul homme à l’époque, Gracchus Babeuf, ose évoquer un « populicide » préfigurant ce qu’on appellerait plus tard génocide.

Difficile pour une République qui a fondé sa légitimité sur la libération des peuples d’accepter la tragédie même qui l’a enfantée. Alors on va cacher, déguiser, maquiller. Les bourreaux deviendront les victimes et les victimes des bourreaux. Ceux qui essayeront de dire la vérité seront mis au ban. Reynald Secher est de ceux-là. Cette question du traitement de la mémoire, l’historien l’a longtemps ressassée. Lorsqu’il écrit Juifs et vendéens[2. Juifs et vendéens, d’un génocide à l’autre, Orban, 1991.], sûrement veut-il prévenir ses frères de l’Ancien testament. On peut condamner la mémoire au mensonge et un jour oublier : « les génocides sont au péril de la mémoire, comme on dit « au péril de la mer » : l’océan peut les engloutir dans l’oubli.» C’est le mémoricide.
Dans son dernier ouvrage[3. Vendée : du génocide au mémoricide : Mécanique d’un crime légal contre l’humanité, préface d’Hélène Piralian, Stéphane Courtois et Gilles-William Goldnadel, éditions du Cerf, 2011.], l’historien décrypte la mécanique initiée par les auteurs du génocide reproduite sous la monarchie de Juillet ou la République- pour gommer le génocide. Cet acte consubstantiel au génocide -car le seul moyen d’effacer un peuple, c’est d’effacer sa mémoire-, Reynald Secher espère bien qu’il s’ajoutera un jour aux trois crimes de génocide déjà existants, « le seul moyen de lutter contre le négationnisme ».

Interrogé sur sa lecture de la Révolution, Clémenceau affirmait qu’il fallait la considérer comme un bloc, refusant par là même la possibilité d’un examen de conscience. Entre esprit de géométrie et esprit de finesse, Blaise Pascal affirmait qu’il est « impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties »[4. Blaise Pascal, La pensée 72, Editions Brunschvicg.]. Reynald Secher l’a compris.
S’adressant au poète Jean Antoine Roucher avant de monter sur l’échafaud, André Chénier regrettait de ne rien avoir fait pour la postérité, un grief que l’on ne peut assurément imputer à Reynald Secher. Car malgré les controverses, malgré les injures, malgré les menaces, ce partisan de la vérité continue d’incarner ce que Paul Ricœur appelait « la mémoire de l’histoire » en réconciliant Cronos et Clio.

L’Obs, un pays qui te ressemble

Le Nouvel Obs dénonce les néo fachos comme Causeur

Être un nouvelobs une fois dans ma vie, est-ce possible ?
J’aimerais, moi aussi, ironiser élégamment sur mon aliénation constitutive, sur mon propre fétichisme de la marchandise et sa réification par les forces obscures du marché, puis choisir une destination lointaine dans les pages « Voyage » de mon hebdomadaire préféré. Je voudrais, à mon tour, me sentir mondial, entendre pousser la globalité dans ma tête, parler à la manière de Frédéric Martel, considérer la langue française comme un sabir de transition à l’usage des geeks vieillissants et développer des concepts infantiles sur le mode 2.0 ; me rendre à un concert de Zazie, me mêler à son public de communicants très sympa, y exprimer mon bonheur en sautant sur place et en plaçant ma main devant ma bouche ouverte, dans une communion extatique avec la salle ; entendre jusqu’au bout une allocution de Cécile Duflot sans rire, une déclaration de Mme Voynet sans pleurer ?[access capability= »lire_inedits »], un discours de M. Baupin sans pouffer ; participer à un débat, prolongé d’une collation citoyenne où l’on boit un mauvais champagne tiède servi dans un récipient en matière recyclable, sur le thème de « la nécessité d’une transition foutraque, mais cool, avant l’instauration d’une société réellement écologiste » ; suivre sans m’endormir une brève analyse de Renaud Dély à la télévision ?; subir les imprécations de Noël Mamère sans imaginer de Gaulle à Notre-Dame, le 25 août 1944 ; démontrer en toute occasion l’équanimité de M. Joffrin, radical-socialiste conséquent ; me tenir, comme ce dernier, à égale distance et méfiance de « tous les excès religieux », et mettre en garde mon entourage sur le risque majeur que font courir à l’ensemble du monde aussi bien les catholiques protestataires que les salafistes égorgeurs ; comprendre les affres d’une fidèle auditrice de France Inter, belle et rebelle, qui se déclare déchirée entre les soldes chez Prada et une manifestation en faveur des moines bouddhistes discriminés bien que vivant à plus de 4000 m d’altitude ; subir sans me lasser, pendant un trajet en TGV, les analyses sur l’hyperclasse d’un trader soudainement conscientisé, reconverti dans l’humanitaire « décalé » ; sortir avec une lectrice de Bourdieu, mais ne pas rentrer avec elle ; me mêler à une manifestation en faveur des sans-papiers conduite par Guy Bedos ; trouver les mots qui consoleront Pascale Clark d’être la seule lectrice de ses romans ; lire à voix haute, dans un café-philo, le texte de Nicolas Demorand sur le dernier livre de Christine Angot ; assister à un spectacle où se manifeste courageusement le rire de résistance ; signer une pétition lancée par Annie Ernaux dénonçant la propagation des idées nauséabondes de Richard Millet en milieu aquatique.

Je voudrais, une fois dans ma vie, éprouver des sentiments séquentiels, me reconnaître membre d’une vaste communauté heureuse, qui pratique les relations transversales mais refuse catégoriquement les arguments d’autorité ; me couler dans la fraternité du monde, fluide et vif, tel un participant de ces ballades à rouleurs qui rassemblent, le samedi soir, une population nombreuse, mêlée et fraternelle, sous la conduite de policiers athlétiques, très vigilants aux carrefours, qui rassemblent les joyeux patineurs comme les chiens de troupeau le font des moutons.
Je voudrais, moi aussi, gagner ma part de bienveillance ludique, apporter ma contribution au grand projet de réjouissance et de festivité, « parce que, tu comprends, continuer comme ça, c’est juste pas possible ! » Je souhaiterais abolir les frontières mentales qui me corsètent, combattre le pessimisme qui me rend si antipathique et si laid. J’aimerais être un atome joyeux, une petite unité désirante du grand tout culturel, et, enfin, pencher à gauche avant de tomber.[/access]

Mon chien, mammaire et moi

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Terri Graham a 44 ans. Le cousin anglais de notre quasi homonyme Closer nous apprend que cette mère de deux enfants aime choyer son chien Spider… en l’allaitant.

allaitement chien

Vous avez bien lu. Faute d’avoir pu sevrer sa marmaille biologique, l’américaine se rattrape sur son heureux clébard, bouledogue ou carlin, vous en jugerez à l’examen de la ragoûtante photo ci-dessus. Têtant sa maîtresse à même le sein, Spider s’adonne à ce petit plaisir plusieurs fois par jour, sans que sa maîtresse n’y trouve offense, bien au contraire. Vous êtes peut-être attendri ou révulsé par un amour aussi fusionnel, qui frise la caresse zoophile.

So, what ? Les chiens aussi ont droit à l’amour. On pourra néanmoins regretter que miss Graham ne puisse officialiser sa passion animale en recourant au lien sacré du mariage. Dans une société américaine décidément trop conservatrice, l’union civile est réservée aux couples hétéro et même homosexuels (dans une petite dizaine d’Etats), au mépris de la diversité des appétences sexuelles de chacun.

Il est aussi révoltant que ces doux compagnons n’aient droit à aucune reconnaissance officielle de la part de la Sécurité Sociale, qui les discrimine sans vergogne sous prétexte de leur prétendue appartenance à l’espèce animale. Et pourtant, quels que soient notre genre transitoire , notre couleur de peau et nos penchants sexuels, nous sommes tous des chiens allaités par leur maîtresse. Aren’t we ?

Les Français ont une image de plus en plus négative de l’islam

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islam laïcité baby loup

Sondage islam en France Ifop Figaro

Le sondage publié hier matin par nos confrères du Figaro sur « l’image de l’islam en France » risque d’apparaître comme un démenti cinglant aux tenants du multiculturalisme forcément positif et autres contempteurs de l’islamophobie qui nous a fait tant de mal.

Quelles que soient les questions posées, les réponses des sondés sont en effet sans appel. Ainsi 60% des personnes interrogées considèrent que l’influence et la visibilité de l’islam sont trop importantes dans notre pays. 35% estiment qu’elles ne sont ni trop ni pas assez importantes et 5% qu’elles ne sont pas assez importantes.

Par ailleurs, 67% des sondés pensent que les musulmans et les personnes d’origine musulmane ne sont pas bien intégrés dans la société française, ce qui en soi, n’est pas un résultat surprenant : il y a longtemps que plus personne de sérieux ne prétend que notre modèle d’intégration fonctionne à merveille.
En revanche, la réponse à la question suivante est beaucoup plus surprenante et risque de faire beaucoup pleurer dans les entreprises antiracistes : ils sont 68 % de sondés à estimer que cette mauvaise intégration vient du refus des musulmans de s’intégrer et 52 % à penser qu’il y a de trop fortes différences culturelles.

L’ensemble des résultats du sondage témoigne d’une mauvaise image de l’islam, mais aussi, en plus d’une forte dégradation de celle-ci au fil des années, Ainsi, explique Jean-Marie Guénois qui a analysé les réponses pour Le Figaro : « En 1989, 33 % des sondés se disaient favorables à la construction des mosquées. Ils ne sont plus que 18 %. Pour le voile dans la rue, et sur la même période, les personnes opposées passent de 31 % à 63 %. Et les indifférents ont quasiment fondu de moitié pour n’être que 28 %. Quant au voile à l’école, le feu rouge écarlate s’allume puisque l’on passe sur la même période de 75 % opposés à 89 %! Les indifférents chutant de 17 % à 6 %… »

Des résultats qui font dire à Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop, que cette étude « démontre une évolution qui va dans le sens d’un durcissement supplémentaire des Français vis-à-vis de cette religion et d’une perception négative renforcée de l’islam. »

Dire que certains persistent à penser que Copé a creusé sa propre tombe avec ses histoires de pains au chocolat…

*Photo : islamicus.

Benoît Hamon, l’aile muette du gouvernement

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Hamon PS Harlem Désir Maurel

Hamon PS Harlem Désir Maurel

Il pleut sur Toulouse. Comme dans la chanson de Barbara, mais loin du fief de Jean-Marc Ayrault (qu’une rumeur insistante dit locataire d’un hôtel particulier rue de Varenne…), les larmes affluent sur la ville rose qui accueillera le congrès du Parti Socialiste ce week-end. Des pleurs, après l’élection historique de François Hollande puis le plébiscite de son protégé Harlem Désir à la tête de Solferino ?

Eh oui, que voulez-vous, la motion Désir n’a recueilli que 68% des suffrages socialistes – avec une abstention de 50%- loin, très loin des 90% escomptés, sur lesquels s’appuyaient les promesses de Gascon faites aux ex minoritaires hamonistes du parti. Après avoir avalé la couleuvre du traité budgétaire européen, qu’il a vendu avec autant d’enthousiasme contrit que Cécile Duflot sans que les journalistes ne lui cherchent querelle, le ministre Benoît Hamon avait consenti à signer la « motion majoritaire » Désir-Ayrault, quitte à laisser ses troupes en rase campagne. Contre ce paraphe, François Hollande avait promis 30 deniers, pardon 30 places au conseil national (le Parlement du parti) aux fidèles de Hamon, parmi lesquels on compte de vieux briscards du PS comme Henri Emmanuelli. L’ennui, c’est que le ministre délégué à l’économie solidaire a dû affronter la fronde de ses anciens camarades de la motion C avec lesquels il avait fait cause commune, il y a quatre ans. Les Lienemann, Guedj et autres Maurel ont mal digéré la potion social-démocrate ingurgitée par Hamon. Leur fronde s’est traduite par trois actes de bravoure, assez rares en politique pour être signalés : un vote rebelle à l’Assemblée et au Sénat contre le traité budgétaire – malgré les pressions tout sauf amicales du tandem Ayrault-Le Roux –, la présentation d’une motion indépendante qui a atteint les 13% des votes militants suivie de la candidature d’Emmanuel Maurel au poste de premier secrétaire, approuvée par 28% des socialistes. Autrement dit, de la motion à sa candidature personnelle, Désir est passé de 68% à 72% des votes des adhérents, tandis que la cote de Maurel bondissait de 13% à 28% !

Un succès inattendu qui invalide la stratégie Hamon et complique considérablement la petite cuisine arithmétique des barons du PS. Récapitulons. Sur les 143 membres du conseil national désignés à la proportionnelle suivant les résultats du vote des motions, 68% devraient échoir aux hollando-fabiuso-hamono-royalo-aubrystes rassemblés derrière le Líder Máximo Harlem Désir, 12% aux facétieux militants qui ont joué aux ventriloques avec Stéphane Hessel, le reste devant être distribué à l’avenant à ce qui reste de la motion C du congrès de Reims en 2008. Pour les solférinologues, c’est la quadrature du cercle. Comment rogner la promesse faite à Hamon sans réconcilier les frères ennemis de l’aile gauche du parti ? Mathématiquement, à moins de vouloir transformer le PS en succursale d’Attac, il est impossible d’accorder 30 places aux proches d’Hamon en plus des 13% échus au trio Maurel-Guedj-Lienemann.
Et, vu l’ambiance entre anciens « gauchistes » du parti, ralliés ou réfractaires à l’uniformité hollandiste, ça ne sent pas franchement la réconciliation… S’il ne faut jurer de rien, gageons que Hollande, Ayrault, et leur ombre portée Désir, ont dû montrer tout leur talent de négociateurs pour conclure une synthèse dont ils ont le secret.

En attendant les résultats définitifs du conclave toulousain, les paris sont ouverts mais une chose reste sûre : Benoît Hamon n’existe pas au sein du gouvernement. À la différence d’un Montebourg, qui a abandonné la démondialisation mais s’échine à limiter la casse sociale des délocalisations tout en promouvant désespérément le « Made in France », Hamon ne dispose plus d’aucune surface politique. C’est un comble, mais ses années passées au porte-parolat du PS (2008-2012) ont anéanti son existence médiatique, l’obligeant quotidiennement à épouser les vues majoritaires du parti. Et le même petit jeu pervers s’est reproduit, coup après coup : 2008, Hamon devient prisonnier de son compagnonnage avec la première secrétaire Aubry, 2011 il n’ose se présenter à la primaire socialiste (et s’en mord aujourd’hui les doigts, paraît-il) et se résigne à soutenir la maire de Lille, 2012 il s’agrège à l’aéronef gouvernemental en devenant le ministre délégué de Pierre Moscovici, social-libéral s’il en est.

Celui qui avait recyclé son rocardisme au lendemain du 21 avril 2002 retourne à la case départ. Benoît Hamon n’est plus qu’un sous-ministre aux tickets restaurants, chargé d’inventer un modèle alternatif de capitalisme, que François Hollande examinera entre deux avions un jour de désœuvrement. Face aux critiques acerbes de ses anciens compagnons de courant, Hamon jure ne pas avoir changé ni s’être couché devant les rodomontades de l’Elysée. On veut bien. Mais, comme disait Audiard, faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages…

*Photo : Parti socialiste.

Notre seule religion, c’est la liberté !

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islam Innocence of muslims charlie hebdo

islam Innocence of muslims charlie hebdo

L’Empire romain savait se faire respecter des barbares. Lorsqu’un représentant de l’autorité impériale était assassiné dans une province reculée, la légion était dépêchée pour décimer (passer au fil du glaive un homme sur dix) la population qui abritait le coupable. Les États-Unis d’Amérique ne sont pas un empire − n’en déplaise aux attardés d’extrême gauche et d’extrême droite − mais une démocratie où règnent des millions de citoyens au cœur plus ou moins tendre. C’est pourquoi, malgré l’assassinat de quatre de leurs diplomates, le gouvernement n’envisage pas d’occire un dixième de la population libyenne. Il faut vivre avec son temps, mais il m’arrive de regretter les pratiques de ces époques où l’on savait protéger les siens, même par la terreur.?[access capability= »lire_inedits »]
Malgré le meurtre d’un ambassadeur du monde libre et de trois Américains par une foule assassine, comme il y a au Caire des foules violeuses, les rescapés de Benghazi, qui doivent leur salut aux bombardements occidentaux, vont pouvoir retourner à leur prière sans autre crainte que celle d’Allah et honorer, face contre terre, un dieu qui ne tolère aucune moquerie.

Il n’y aura pas de représailles américaines, il y aura des excuses. Sur les radios françaises de service public, on les entend déjà. Au pays de Voltaire, on demande pardon : L’Innocence des musulmans, le film qui offense l’islam et qui a provoqué une colère meurtrière est, nous dit-on chaque fois qu’on l’évoque, un « navet grossier », un « postulat haineux », un « film infâme », une « provocation islamophobe »[1. Je dois rendre la paternité de ces termes aux participants de l’émission « Le Téléphone sonne », sur France Inter, consacrée aux meurtres des diplomates américains.].
C’est sur ce thème et en ces termes que nos élites françaises, médiatiques et savantes, nous demandent de comprendre ce qui pousse des hommes (et des femmes ?) à pratiquer une exécution sommaire à mille contre quatre.

Il faut dire (et cela pourrait être − si nous vivions en dictature − une consigne du Ministère de la Diplomatie et du Vivrensemble dans la Mondialisation) que les spectateurs en colère sortaient tout juste d’un printemps arabe « éprouvant » et « libérateur » après tant d’humiliations coloniales et dictatoriales.
Il faut répéter qu’un antiaméricanisme puissant pousse au lynchage ou au brûlage de drapeaux dans le monde arabe parce que, malgré la main tendue de Barack Obama, l’Amérique affiche un soutien indéfectible et coupable à Israël.
Il faut expliquer que des peuples humiliés par un Occident arrogant qui ne s’intéresse qu’au pétrole et soutient des dictatures qui les oppriment, même quand celles-ci ont disparu, en ont gros sur la patate.
Il faut faire comprendre que la « tolérance à l’islamophobie » a dépassé les bornes en Occident et qu’il ne faut pas s’étonner, lorsqu’on sème le vent de la liberté d’expression, de récolter des tempêtes sanglantes.
Il faut rappeler que le croyant a droit au respect, que l’indignation est la chose la mieux partagée dans le monde et il faut s’empresser d’illustrer son propos par un exemple catholique et intégriste pour ne surtout pas stigmatiser six millions de Français musulmans et un milliard de leurs coreligionnaires.

Voici comment les spécialistes, du haut de leur chaire et forts de la légitimité de leurs instituts de recherche, entendent nous empêcher de faire des amalgames entre les meurtres et les meurtriers. Voici comment, après le énième déchaînement de violence islamique qu’on nomme, comme toujours, « islamiste », ils nous servent au menu de la politique de l’excuse la soupe froide de l’« humiliation arabe », la farce indigeste de l’« arrogance occidentale », le plat réchauffé de la « provocation islamophobe ». À la fin des fins, qui est donc responsable des maux qui nous accablent ? Eh bien, c’est nous.
C’est tout à l’honneur de l’Occident d’être devenu un monde où l’on cherche à convaincre plus qu’à convertir, à comprendre plus qu’à condamner, à faire la paix plutôt que la guerre, mais cet exercice de notre bonne volonté ne doit pas exonérer nos ennemis déclarés de leurs fautes. C’est tout à notre honneur d’Occidentaux de prendre nos responsabilités et même un peu plus, mais n’est-il pas un peu condescendant et même un peu prétentieux de considérer que nous serions causes de toutes choses en ce monde et toujours seuls responsables des crimes commis partout et par tous ? N’est-il pas un peu méprisant, et même un peu raciste, de penser que le musulman serait forcément dominé par des réflexes taurins quand on agite le chiffon rouge du blasphème ? Peut-être faut-il faire preuve d’un peu d’humilité en rendant un peu de leur responsabilité aux autres et nous rappeler la leçon de tautologie du professeur Finkielkraut : « Le coupable, c’est le coupable. »

Les faits étant établis et les coupables identifiés, nous pouvons seulement étudier les circonstances.
Commençons par l’« humiliation arabe ». Je comprends que le Levantin qui regarde l’état de sa civilisation n’ait pas de quoi pavoiser, mais à qui la faute ? Sont-ce les déclarations de George Bush, les caricatures du Prophète ou encore les unes de qui humilient le musulman, ou bien un bon dieu qui exige une soumission totale en jetant ses ouailles dans une misère sexuelle noire et par terre cinq fois par jour ? Sommes-nous responsables si, depuis la fin des empires coloniaux, les peuples arabes, au lieu de transformer leurs déserts en jardins comme certains − suivez mon regard admiratif et ému − continuent de s’entretuer dans des affrontements ethniques, tribaux ou religieux ? Est-ce notre faute si le pétrole qui jaillit par la grâce des technologies occidentales fait la fortune des monarchies, des oligarchies ou des dynasties plutôt que le bien-être des populations ?

Venons-en à l’« arrogance » de l’Occident. Le premier de la classe dans une banlieue sinistrée par la misère du monde et perdue pour la République est-il arrogant parce qu’il propose son aide à ses camarades défavorisés socialement ou culturellement ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand notre civilisation, forte de ses progrès, déploie sur tous les continents une myriade d’organisations non gouvernementales qui instruisent, soignent et développent, quand elle ouvre ses universités à la misère intellectuelle du monde − y compris du monde arabe qui la maudit − et lui offre les résultats de ses recherches médicales, scientifiques, architecturales et techniques ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand la création et la production cinématographique, littéraire ou musicale de n’importe quel pays d’Europe dépasse en qualité et en quantité l’expression culturelle de l’oumma tout entière mais que le cinéma, la littérature, ou la musique « du monde » sont célébrés en Occident dans un élan de générosité et de discrimination positive qui frise parfois le ridicule ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, en Lybie, nous opposons notre force armée aux promesses de répressions sanglantes faites à des populations civiles par des dictateurs qui entendent garder un pouvoir absolu quel qu’en soit le prix ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, en Afghanistan, des policiers ou des soldats recrutés dans la population, équipés, armés et formés par l’OTAN, retournent leurs armes contre des militaires français, anglais ou américains venus les aider à protéger, à servir et à sortir leur pays de guerres tribales sans fin ?
Y a-t-il « arrogance occidentale » quand, à la suite de tremblements de terre en Iran, les secouristes israéliens venus en aide aux personnes ensevelies sont refoulés par des autorités qui préfèrent voir leur peuple crever plutôt que sauvé par des juifs ?

Finissons par observer cette arnaque que notre tropisme repentant et leurs attentats terroristes finiront par nous faire prendre au sérieux : la « provocation islamophobe ». Malgré les précautions empressées et toutes munichoises de la classe diplomatique et médiatique pour disqualifier le film en le traitant de tous les noms (jusqu’à l’accuser d’ « infamie », comme Frédéric Martel sur France Culture), le monde arabo-musulman a connu des émeutes et certaines capitales européennes des manifestations.
Ce n’est pas nouveau. Tout ce qui met en colère le musulman susceptible, qu’il soit ignare ou instruit, est aussitôt taxé de « provocation islamophobe ». Les caricatures les plus comiques, les discours du pape les plus diplomatiques ou les maladresses les plus innocentes[2. Je pense à cette histoire récente de l’institutrice anglaise partie généreusement en Lybie pour instruire des enfants dans le besoin, et qui avait eu les pires ennuis pour avoir donné à l’ours en peluche devenu mascotte de la classe le prénom d’« Ali ».] ne manquent jamais d’entraîner des conséquences musulmanes. Or, c’est mathématique, s’il y a réaction islamique violente, il faut un responsable voire un coupable : c’est évidemment parce qu’il y a eu « provocation islamophobe ». Voici comment, pour le trouillard en voie de dhimmitude, la liberté d’expression des uns doit s’arrêter où commence la susceptibilité des autres. Ainsi, pour celui qui craint de regarder son ennemi en face de peur qu’il ne se fâche, le simple exercice de la critique, de l’humour ou de la liberté devient une intolérable « provocation islamophobe ».

La plus grave de toutes consiste à dire ou à insinuer que l’islam est une religion intolérante que ses pires dévots défendent par la violence. Il faut vite la dénoncer car elle risque, dira-t-on, de déchaîner des flots de violence. Et de fait, ceux qui osent observer qu’il existe parfois un lien entre islam et violence sont, aux yeux des plus fanatiques, passibles de fatwa et d’assassinat. Faut-il par principe de précaution et pour vivrensemble avec des bigots enragés en revenir à une civilisation pré-voltairienne ?

Je préférerais que l’on explique à ceux qui causent dans le poste comme aux derniers arrivés que nous nous sommes débarrassés des diktats de nos religions mais que nous nous sommes choisis des principes, que nous rions du sacré mais que nous avons des valeurs et que nous y sommes sacrément attachés. Au lieu de faire profil bas, nous gagnerions à rappeler au monde qui nous défie et nous maudit que, de toutes nos valeurs, la liberté est celle qui donne son nom au monde libre. Pour elle, nous devrions être capables de mourir et même, quand il le faut, de tuer. J’aimerais donc qu’on rappelle, en termes compréhensibles par tous et partout, aux religieux obscurs et menaçants qui prennent un peu trop de liberté que notre seule religion, c’est la liberté.

Les commentateurs qui accablent sans relâche ce petit film peuvent en penser ce qu’ils veulent. Je l’ai vu et j’ai bien ri. C’est un court métrage plus proche des comédies de Mel Brooks que du Fitna de Geert Wilders. L’Innocence des musulmans est peut- être un « navet islamophobe infâme et grossier » mais il aura eu le mérite de nous donner quelque chose à voir. Il a porté contre l’islam des accusations terribles, dont des musulmans se sont empressés de prouver le bien-fondé à peu près partout dans le monde. Il est le doigt qui nous met en garde contre les foules arabes vengeresses par milliers et contre les opinions musulmanes qui, par millions et par leur silence, semblent réprouver les blasphèmes davantage que les meurtres. Et comment ont réagi nos élites politiques et journalistiques ? Elles se sont dépêchées de dénoncer ce doigt, de regretter que l’on ne puisse couper de telles mains et d’ignorer ce que l’index, « infâme » et tout ce qu’on voudra, nous montrait : une lune croissante et menaçante qui pourrait bien un jour nous tomber sur la tête. Alors, comment pouvons-nous, encore et encore, laisser nos dirigeants importer au pays de Molière, où les aveugles sont rois, des simples d’esprit critique à peu près aussi tolérants mais beaucoup moins diplomates que ces jésuites qui, de son temps et après son Tartuffe, ont bien failli avoir sa peau[3. Rappelons qu’à l’issue de la première représentation du Tartuffe, qui brocardait le fanatisme des dévots de l’époque, ceux-ci ont demandé au roi l’interdiction de la pièce − apportant par leur réaction, comme les islamistes d’aujourd’hui, la preuve même de leur intolérance.] ? Cela dépasse mon entendement. Inlassablement, je pose la question et je n’ai toujours pas de réponse.[/access]

*Photo : Niriel.

Les marinières de Montebourg, les Pigeons et la grève générale

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Arnaud Montebourg Mittal florange

Arnaud Montebourg Chavez Venezuela Espagne

On a tort de se moquer d’Arnaud Montebourg surtout quand c’est Arnaud Montebourg qui se moque du monde. Notamment quand il s’est moqué de ses 17% d’électeurs lors de la primaire socialiste où il s’était fait le chantre de la démondialisation et du protectionnisme intelligent avant de rallier François Hollande, son social-libéralisme, son TSCG auquel devait, au cours d’une renégociation, s’adjoindre un volet pour la croissance dont il semble désormais qu’il soit purement virtuel. On rappellera qu’il a fallu un simple envol de pigeons sur des réseaux sociaux pour que Bercy rentre à la niche, par peur de se voir reprocher de vouloir casser le moral des entrepreneurs, les vrais, les jeunes qui « ne font pas de politique » mais qui savent pourtant utiliser Facebook comme une arme de propagande remarquablement efficace.

Mais revenons à Montebourg. Tout le monde s’est moqué de lui quand, pour défendre le made in France, il est paru à la une du supplément magazine du Parisien en marinière Armor Lux, tenant un mixer Moulinex et portant une montre Herbelin. C’est vrai que le look avait quelque chose de gay friendly, disons entre l’affiche du Querelle de Fassbinder, un défilé de mode façon Jean-Paul (Gaultier) ou une parade festiviste façon Jean-Paul (Goude) inoubliable depuis son défilé pour le Bicentenaire de la Révolution Française. À propos de Goude, on peut se demander si Arnaud Montebourg, en s’exposant ainsi, ne lui a pas demandé subliminalement d’en organiser un sur le thème du Redressement Industriel, qui pourrait avoir lieu le 14 novembre.
Pourquoi le 14 novembre ? Eh bien parce que le 14 novembre, il faudra un bon écran de fumée pour cacher l’appel à la grève générale européenne à l’initiative de la Confédération Européenne des Syndicats. La situation doit-être grave pour que la CES, qui ferait passer la CDFT pour un syndicat de luttes des classes et non un tranquille négociateur qui croit sans rire que les discussions autour du « choc de compétitivité » sont autant de possibilités de progrès social, se mobilise de la sorte. La journée du 14, à laquelle s’est ralliée la CGT, risque  d’être une réussite. Après tout, la CES, c’est quand même 85 organisations dans 36 pays européens ainsi que 10 fédérations sectorielles.  La confédération européenne précise que cette journée prendra diverses formes, « grèves, manifestations, rassemblements et autres actions” et elle s’est déclarée “fermement opposée aux mesures d’austérité qui font plonger l’Europe dans la stagnation économique, voire la récession, ainsi qu’au démantèlement continu du modèle social européen”. Chez les Espagnols , les Portugais  et les Grecs, quelle surprise, la forme de la grève générale sera clairement choisie. On se demande quand cessera cette résistance absurde à la raison économique et aux harmonies spontanées si visiblement à l’œuvre dans ces pays depuis quelques années.

On comprend donc que Montebourg ait envie qu’on parle d’autre chose. Et il pourra se vanter au moins d’une chose, très concrète, à mettre à son bilan. Sa prestation a permis à Armor Lux de voir son chiffre d’affaire en octobre 2012 faire un bond de 8%. « Grâce au ministre, on en a vendu plusieurs centaines de pièces depuis samedi. Aux Galeries Lafayette, boulevard Haussman, à Paris, c’est même la rupture de stocks… », se réjouit Jean-Guy Le Floc’h, le PDG d’Armor-Lux. On souhaite le même bonheur à Moulinex qui doit se souvenir que si la marque a été sauvée de justesse il y a quelques années, ce n’est pas grâce à un ministre quelconque qui se serait montré en train de préparer un jus multivimaniné mais par un bon vieux mouvement social.
En tout cas, de la part de Montebourg, ce sont des manières plus douces pour faire oublier la casse sociale que celle préconisée par Ignacio Cosido, directeur général de la police espagnole. Monsieur Cosido, soutenu par le gouvernement, aimerait bien qu’une loi soit votée, une loi qui interdirait « la capture, la reproduction et l’édition d’images, de sons ou de renseignements sur des membres de la sécurité ou des forces armées » La diffusion d’images et de vidéos sur les réseaux sociaux tels que Facebook seraient également punies. « Nous essayons d’éviter que des images de policiers soient téléchargées sur les réseaux sociaux, et qui représentent une menace qui sur eux et leurs familles ».
Monsieur Cosido est un humaniste, on le voit, mais un humaniste qui a sans doute lu Guy Debord : « Ce dont le Spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est donc cela qui, dès lors, en somme, existe. »
Et il est vrai que les brutalités policières contre des manifestants qui – rappelons-le – ne sont pas des délinquants, ont été assez fréquentes en Espagne avec des policiers ne portant pas leur badge d’identification alors que le règlement l’exige. Mais si on ne le voit plus, ça n’existera plus. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Venezuela Chavez

Il y a peut-être aussi que monsieur Cosido voudrait bien que l’on ne revoie pas cette image un peu gênante d’un patron de restaurant un patron se déclarant clairement de droite et qui avait quitté une Amérique latine trop bolivarienne à son goût pour s’installer à Madrid. Il avait tellement été indigné par les méthodes de la police qu’il avait sanctuarisé son restaurant et protégé nombre de manifestants du matraquage.
On remarquera sur la photo que lui, il ne porte pas de marinière.

*Photo : Le Parisien Magazine.

Pourquoi Mitt Romney peut gagner

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Obama Romney USA

Mitt Romney Obama USA

Créditant les lecteurs de Causeur d’une capacité mémorielle bien supérieure à celle des poissons rouges, je me garderais d’être aussi péremptoire que Bernard-Henri Lévy assénant dans Le Point sa certitude de la victoire de Barack Obama, le 6 novembre prochain. Les prévisions sont hasardeuses, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir… Mais si on me brûlait la plante des pieds pour m’extorquer un pronostic sur l’issue de la présidentielle américaine, je finirais par lâcher, d’une voix faible et mal assurée : « M…itt…R…oooomney… ». Pourquoi ? Parce qu’une campagne se juge à sa dynamique, et non pas sur la seule analyse des sondages. Et cela d’autant plus que ces enquêtes d’opinion, dans les « swing states »[1. Les « swing states » sont les Etats qui risquent de basculer d’un côté ou d’un autre, et dont la conquête des grands électeurs est indispensable pour gagner l’élection. Les plus convoités sont aujourd’hui la Floride, l’Ohio et l’Iowa.] notamment, ne permettent pas de désigner le futur vainqueur dans chacun de ces Etats clés de manière fiable, car l’écart entre les candidats est si faible qu’il se situe dans la marge d’erreur reconnue par les instituts de sondages.

En revanche, la dynamique d’une campagne de cette ampleur peut s’observer, même de loin, dans les mouvements d’opinion perceptibles dans l’évolution des intentions de vote sur les deux derniers mois, et en lisant les éditorialistes de tous bords. Au sortir de l’été, l’affaire semblait pliée. Mitt Romney ne faisait pas la maille : trop gaffeur, trop riche, trop mormon, trop à droite, trop plombé par le Tea Party, trop tout. De plus, il s’était adjoint un candidat à la vice-présidence, Paul Ryan, dont l’idéologie ultralibérale allait effrayer les classes moyennes durement touchées par la crise.

Mitt Romney laissait dire, et les stratèges démocrates engloutissaient des millions de dollars dans une campagne d’annonce télévisées négatives dépeignant le candidat républicain comme un clône de George W.Bush, dont l’élection à la Maison blanche mettrait à nouveau la planète à feu et à sang, et dont les positions sur le questions dites sociétales – avortement, mariage gay etc. – ramèneraient les Etats-Unis un siècle en arrière. De leur côté, les Républicains tiraient au gros calibre sur le bilan économique d’Obama : chômage hausse vertigineuse, dette en expansion continue, classes moyennes écrasées d’impôts…

Jamais, dans une présidentielle américaine, on n’avait investi autant dans des spots publicitaires visant plutôt à démolir l’adversaire qu’à faire la promotion de son projet pour les quatre ans à venir.
Dans ce contexte, la tactique de Romney, le recentrage après des primaires républicaines remportées sur un discours de droite, s’est révélée payante. Le Romney que les électeurs ont découvert lors du premier face à face avec Obama n’était pas du tout celui que la campagne démocrate leur avait vendu : on avait affaire à un candidat pragmatique, se prévalant de son bilan de gouverneur du Massachussetts, un Etat dominé par les Démocrates, où il est parvenu à travailler avec ses opposants pour le bien de la population. Les stratèges d’Obama avaient pris pour cible le Romney des primaires républicaines et ainsi dépensé des millions de dollars en pure perte… De plus, les torrents de boues déversés dans les spots publicitaires sur le concurrent contribuent à dégoûter l’électeur potentiel de la politique, ce qui, dans la conjoncture actuelle, défavorise le camp démocrate.

Un autre handicap du président sortant est celui de la déception qu’il a provoqué dans la fraction la plus « gauchiste » de son électorat, celle qui s’était mobilisée en 2008 en croyant que le premier président noir des Etats-Unis d’Amérique allait faire une politique de gauche, au sens européen du terme. Il n’a pas fermé Guantanamo, ni soumis Wall Street à une régulation contraignante. On pourra lire, en français, l’argumentaire de ces déçus d’Obama dans le livre que vient de publier John MacArthur, le directeur éditeur du Harpers’ Magazine. Il tire à boulets rouges sur le président sortant, pur produit de la machine politique démocrate de Chicago, selon lui la plus opportuniste, clientéliste et corrompue des Etats-Unis. Certes, cette mouvance de la gauche radicale ne pèse pas beaucoup électoralement, mais elle peut nuire à un candidat démocrate : on se souvient qu’en 2000, lors de la plus serrée des élections présidentielles américaine, Al Gore fut battu sur le fil par George W. Bush, alors que Ralph Nader, candidat de la gauche radicale obtenait 2,74% des suffrages. Si ce dernier n’avait pas été dans la course, Al Gore l’aurait très probablement emporté.

Mais plus que son poids électoral, c’est l’énergie militante de cette gauche radicale qui a permis, en 2008, au candidat Obama d’amener vers les urnes des catégories de la population qui, jusque là, s’abstenaient massivement, dans les classes populaires et les minorités ethniques. Tous les échos que l’on a aujourd’hui en provenance de la « campagne Obama » indiquent que les bénévoles ne cherchent même plus à convaincre les électeurs indécis mais se concentrent sur la mobilisation de ceux qui avaient voté Obama en 2008 et sont tentés, cette année, d’aller à la pêche à la ligne. Mitt Romney, lui, n’a pas ce souci : les plus radicaux de son électorat sont mobilisés à fond. Romney n’est pas le candidat de leur cœur (ils auraient préféré Newt Gringrich ou Rick Santorum), mais leur détestation d’Obama, de sa politique, de tout ce qu’il représente est si forte qu’ils voteraient même pour le diable si ce dernier avait décroché l’investiture républicaine. Romney peut donc tranquillement aller à la pêche aux électeurs centristes, qui feront la décision dans les Etats clés, sans avoir à craindre de perdre trop de voix à droite. Les « victoires » engrangées par Obama lors des deux derniers face à face avec Romney auront sans doute rassuré ceux qui, en France, entretiennent pieusement la flamme obamaniaque. Faut-il leur rappeler que ce n’est pas à Paris qu’on vote, mais à Orlando, Des Moines ou Cleveland. Dans ces chanmantes localités, la politique intransitive (Yes we can !) ne fait plus recette lorsque l’on est confronté à la réalité transitive « I can’t find a job ! ».

*Photo : Dave Delay.

Vendée, où est le génocide ?

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Vendée Reynald Secher génocide révolution

Vendée Reynald Secher génocide révolution

Ainsi Reynald Sécher est-il récompensé pour son œuvre dénonciatrice et les censeurs sont-ils censés s’en mordre les doigts. Mais l’établissement des faits historiques ne relève ni de la morale mondaine ni de la censure politique. Ce serait quand même le comble que M. Sécher, qui se présente comme une victime de l’histoire « officielle », favorise l’instauration d’une nouvelle histoire officielle.

Je ne me souciais pas de la vulgate, officielle ou critique, lorsqu’en 1987, j’estimais que la guerre de Vendée avait laissé derrière elle plus de 200 000 morts et disparus, soit le double du chiffre donné par R. Sécher, sans conclure pour autant au génocide ou au populicide. Vingt-cinq ans plus tard, je persiste et signe, renforcé par les travaux entre temps publiés et apparemment oubliés d’Alain Gérard et de Jacques Hussenet, qui refusaient également génocide pour ne retenir que populicide – mot auquel s’étaient ralliés Philippe de Villiers et Pierre Chaunu, qui avait ardemment soutenu R. Sécher dans les années 1985-1988. Puisqu’il faut ne pas avoir la mémoire courte, rappelons les faits.

L’air du temps de 1985-1986, poussé par les réflexions de François Furet, soufflait fort. Il nous avait inspiré, à R. Sécher et à moi-même, la volonté de reconsidérer la Contre-Révolution et particulièrement la guerre de Vendée en les situant dans les perspectives d’Hannah Arendt, dénonçant les totalitarismes. Poser une bonne question ne préjuge pas de la valeur de la réponse. Il était nécessaire, je l’ai dit à maintes reprises, de se demander si la guerre de Vendée avait été un génocide. Mais les critères qui définissent un pareil crime, à commencer par la désignation précise d’une population visée, manquent. Si les révolutionnaires de tous grades proclament la nécessité de détruire les « brigands de la Vendée », comme les autres contre-révolutionnaires d’ailleurs, normands, bretons, voire fédéralistes, ils protègent aussi plusieurs dizaines de milliers de personnes connues comme « réfugiés de la Vendée », dispersées dans tout l’Ouest et touchant des subsides jusqu’en 1797. Où est le génocide ?

Où sont les ordres ? Barère, grand pourvoyeur de motions violentes et ambiguës, s’est bien gardé de définir une politique que Turreau, mauvais général en chef, n’arriva pas à faire confirmer. Ce dernier lança la dévastation, créa les fameuses colonnes incendiaires, mais ne contrôla pas les officiers sous ses ordres et permit les innombrables exactions du sud de la Loire. Les révolutionnaires de la Convention et des grands Comités ont indiscutablement cautionné ces crimes jusqu’en février-mars 1794, sans être pour autant des génocideurs annonçant ceux des XIXe et XXe siècles.
Les crimes sont des crimes. Mais il n’y eut pas de logique d’Etat, sinon comment comprendre les paix de 1795 entre la République et Charette, et Stofflet. Ce fut un moment de guerre civile, de luttes terrifiantes en même temps qu’une guerre inexpiable contre toute l’Europe.
Les mécanismes politiciens sont moins grandioses que les ravages collectifs. Je me contenterais donc de cette explication platement historienne qui n’inspire pas de grandes envolées, ni à droite ni à gauche, mais qui s’ancre dans la pratique de l’histoire. Mais l’Histoire doit refuser la sidération de l’esprit qui frémit au récit des atrocités, tout autant que la vengeance et ne jamais confondre les victimes pour éviter de tomber dans le pathos des condamnations morales. L’établissement des faits n’a pas de prix et n’en a pas besoin. Il se suffit à lui-même.

Ultime question : pourquoi une partie de l’opinion de droite éprouve-t-elle le besoin de dénoncer l’ennemi jacobino-bolchevique, dévot des Lumières et ardent guillotineur, bien palot depuis quelque temps, qui ne mérite plus autant d’attentions ? Quel est le vrai objectif de l’opération ? Je doute que ce soit la défense de la connaissance historique.

*Image : wiki commons.

Do be do be Dubaï…

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Jadis Dubaï était un morceau de désert pareil à tous les autres, peuplé d’oryx, d’antilopes, de chats des sables et de geckos. Les photographes y venaient en troupeau pour prendre des clichés majestueux depuis des aéronefs branlants, afin de pourvoir la demande en cette catégorie singulière de puzzles difficiles : « Le désert vu d’avion ». Puis ils allaient boire nonchalamment des cocktails sophistiqués dans des bars d’hôtels moyens, en se prenant pour Robert Capa. Souvent leurs compagnons de zinc étaient de dépressifs ingénieurs des pétroles de la Shell. Le sable était si chaud que des légionnaires taciturnes auraient pu y venir mourir par désespoir – comme dans une chanson d’Edith Piaf. Le marché de l’immobilier ne s’était pas encore emballé et on pouvait croiser çà et là des nomades à chameaux.
Heureusement, de nos jours, l’émirat de Dubaï a des ambitions moins poétiques. Les dubaïotes (on dit comme ça) veillent seulement à édifier un maximum de gratte-ciels luxueux aux architectures extravagantes, qui font de l’ombre à des centres commerciaux dantesques où les devises coulent à flot. L’arabesque y est devenue folklorique. La Ferrari proverbiale. La chaleur écrasante est partout apprivoisée par l’air conditionné. À la différence de l’émirat du Qatar, Dubaï ne cherche pas à acheter en Occident des clubs de football, des villes de banlieue, l’Arc de Triomphe ou la recette de la potée auvergnate. L’émirat préfère œuvrer dans le pharaonique, la construction visible de l’espace… à l’image de ces archipels artificiels en forme de palmiers – Palm Islands – destinés à accueillir de riches particuliers.

Dubaï c’est l’émirat du toujours plus. Quoi de plus impressionnant qu’une Tour Eiffel ou un Taj Mahal ? Deux Tour Eiffel ou deux Taj Mahal bien sûr ! Ou trois ! Ou encore une tour Eiffel de 1 km de haut ou un Taj Mahal grand comme un aéroport international… L’AFP nous apprenait ceci la semaine dernière : « Une réplique quatre fois plus grande du Taj Mahal devrait être construite à Dubaï en l’espace de deux ans, a annoncé jeudi un promoteur participant au salon de l’immobilier Cityscape. » Un Taj Mahal quatre fois plus grand que l’original ! Notez l’expression pathétique d’un évident complexe d’infériorité… « Le Taj Arabia, réplique du temple en marbre, coûtera la bagatelle d’un milliard de dollars, a précisé le promoteur indien Arun Mehra »
À Dubaï on voit les choses en grand, on édifie des temples à l’amour comme on construirait des casinos à Las Vegas, ou des centres commerciaux éléphantesques dans les banlieues de villes tristes… « Avec ses équipements annexes, dont un hôtel de 300 chambres et 200 appartements de luxe, il sera une destination pour les couples qui veulent se marier dans une ambiance romantique, selon le promoteur. » Si le délirant Taj Mahal surmultiplié est en bonne voie, on apprend dans la même dépêche que d’autres projets de « répliques » sont pour le moment gelés (pour cause d’éclatement de la bulle immobilière de Dubaï… et non suite à une prise de conscience salvatrice de l’horreur généralisée du projet)… Ainsi nous ne verrons-nous peut-être jamais les copies sans Histoire des pyramides de Gizeh, de la Tour Eiffel, de celle de Pise et… de la Grande muraille de Chine ! Ouf ! Mais il sera probablement impossible d’échapper à ce sinistre Taj Mahal de contrefaçon, à mi-chemin entre Bollywood et Vegas… dans les méandres duquel on peut déjà imaginer les lugubres sosies d’Elvis Presley et Frank Sinatra chanter leurs mélopées sentimentales à la chaîne pour accompagner les noces « minutes » de couples maussades. On entend d’ici le Sinatra dubaïote, chanter avec mollesse le gimmick final de Strangers in the night… « Do be do be do… Do be do be… Dubaï… »

Qui cela importe que la sublime « merveille du monde » indienne, mausolée de marbre blanc édifié par un empereur amoureux en mémoire de son épouse défunte, soit une sorte de lieu de culte et non un vulgaire resort touristique ? Après tout c’est peut-être l’amour qui a changé…

Les droits de l’Homme, parfois, ça marche

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Vendée Reynald Secher massacre

Vendée Reynald Secher massacre

Pierre Joxe, Geneviève Anthonioz de Gaulle, Elie Barnavi ou Jorge Semprun l’ont eu avant lui. Mais lui ne l’a jamais attendu. Aussi lorsqu’un jour Pierre Bercis, le Président du jury du Prix des Nouveaux droits de l’homme, l’appelle pour lui annoncer qu’il a été choisi pour recevoir le sésame 2012, Reynald Secher n’en revient pas. Il faut dire que l’universitaire a le cuir épais. La thèse qu’il a soutenue sur le génocide vendéen de 1793-1794[1. La Vendée-Vengé : le génocide franco-français, Presses universitaires de France, 1986] et qui fut encouragée par des historiens comme Jean Meyer, Pierre Chaunu ou Jean Tulard l’a exclu à jamais des honneurs, mais surtout du système universitaire où il ne fait pas bon refaire l’histoire officielle. Car en démontrant que la Convention avait conçu, organisé et planifié l’anéantissement et l’extermination de la Vendée, Reynald Secher remettait non seulement en question la nature de la Révolution mais il bouleversait toute la recherche historique et son enseignement. Il dérangeait, il fallait donc le faire taire.

Mauvais calcul pour les censeurs : l’historien s’entête. Tandis que de nombreuses publications viennent étayer la véracité d’un génocide de type proto-industriel légal commis par la Convention, Reynal Secher décuple ses recherches. Il découvre alors un dossier original du plan d’extermination et d’anéantissement de la Vendée signé par les membres du Comité de Salut Public, Robespierre et Carnot ne faisant pas défaut. Des projets de gazage des populations sont même envisagés, avec le concours du député chimiste Fourcroy. Tout fait sens, la guerre de Vendée n’existe pas ou alors elle n’aura duré que cinq mois. Le reste n’est que génocide avec ses centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants violés, torturés, dépecés, noyés, brûlés et déportés. Conformément au vœu de Turreau -dont le nom est gravé au fronton de l’Arc de Triomphe-, la Vendée ne doit être qu’un « grand cimetière national ». L’extermination est physique, intentionnelle, systématique elle vise un groupe et sa religion. Un seul homme à l’époque, Gracchus Babeuf, ose évoquer un « populicide » préfigurant ce qu’on appellerait plus tard génocide.

Difficile pour une République qui a fondé sa légitimité sur la libération des peuples d’accepter la tragédie même qui l’a enfantée. Alors on va cacher, déguiser, maquiller. Les bourreaux deviendront les victimes et les victimes des bourreaux. Ceux qui essayeront de dire la vérité seront mis au ban. Reynald Secher est de ceux-là. Cette question du traitement de la mémoire, l’historien l’a longtemps ressassée. Lorsqu’il écrit Juifs et vendéens[2. Juifs et vendéens, d’un génocide à l’autre, Orban, 1991.], sûrement veut-il prévenir ses frères de l’Ancien testament. On peut condamner la mémoire au mensonge et un jour oublier : « les génocides sont au péril de la mémoire, comme on dit « au péril de la mer » : l’océan peut les engloutir dans l’oubli.» C’est le mémoricide.
Dans son dernier ouvrage[3. Vendée : du génocide au mémoricide : Mécanique d’un crime légal contre l’humanité, préface d’Hélène Piralian, Stéphane Courtois et Gilles-William Goldnadel, éditions du Cerf, 2011.], l’historien décrypte la mécanique initiée par les auteurs du génocide reproduite sous la monarchie de Juillet ou la République- pour gommer le génocide. Cet acte consubstantiel au génocide -car le seul moyen d’effacer un peuple, c’est d’effacer sa mémoire-, Reynald Secher espère bien qu’il s’ajoutera un jour aux trois crimes de génocide déjà existants, « le seul moyen de lutter contre le négationnisme ».

Interrogé sur sa lecture de la Révolution, Clémenceau affirmait qu’il fallait la considérer comme un bloc, refusant par là même la possibilité d’un examen de conscience. Entre esprit de géométrie et esprit de finesse, Blaise Pascal affirmait qu’il est « impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties »[4. Blaise Pascal, La pensée 72, Editions Brunschvicg.]. Reynald Secher l’a compris.
S’adressant au poète Jean Antoine Roucher avant de monter sur l’échafaud, André Chénier regrettait de ne rien avoir fait pour la postérité, un grief que l’on ne peut assurément imputer à Reynald Secher. Car malgré les controverses, malgré les injures, malgré les menaces, ce partisan de la vérité continue d’incarner ce que Paul Ricœur appelait « la mémoire de l’histoire » en réconciliant Cronos et Clio.

L’Obs, un pays qui te ressemble

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Le Nouvel Obs dénonce les néo fachos comme Causeur

Le Nouvel Obs dénonce les néo fachos comme Causeur

Être un nouvelobs une fois dans ma vie, est-ce possible ?
J’aimerais, moi aussi, ironiser élégamment sur mon aliénation constitutive, sur mon propre fétichisme de la marchandise et sa réification par les forces obscures du marché, puis choisir une destination lointaine dans les pages « Voyage » de mon hebdomadaire préféré. Je voudrais, à mon tour, me sentir mondial, entendre pousser la globalité dans ma tête, parler à la manière de Frédéric Martel, considérer la langue française comme un sabir de transition à l’usage des geeks vieillissants et développer des concepts infantiles sur le mode 2.0 ; me rendre à un concert de Zazie, me mêler à son public de communicants très sympa, y exprimer mon bonheur en sautant sur place et en plaçant ma main devant ma bouche ouverte, dans une communion extatique avec la salle ; entendre jusqu’au bout une allocution de Cécile Duflot sans rire, une déclaration de Mme Voynet sans pleurer ?[access capability= »lire_inedits »], un discours de M. Baupin sans pouffer ; participer à un débat, prolongé d’une collation citoyenne où l’on boit un mauvais champagne tiède servi dans un récipient en matière recyclable, sur le thème de « la nécessité d’une transition foutraque, mais cool, avant l’instauration d’une société réellement écologiste » ; suivre sans m’endormir une brève analyse de Renaud Dély à la télévision ?; subir les imprécations de Noël Mamère sans imaginer de Gaulle à Notre-Dame, le 25 août 1944 ; démontrer en toute occasion l’équanimité de M. Joffrin, radical-socialiste conséquent ; me tenir, comme ce dernier, à égale distance et méfiance de « tous les excès religieux », et mettre en garde mon entourage sur le risque majeur que font courir à l’ensemble du monde aussi bien les catholiques protestataires que les salafistes égorgeurs ; comprendre les affres d’une fidèle auditrice de France Inter, belle et rebelle, qui se déclare déchirée entre les soldes chez Prada et une manifestation en faveur des moines bouddhistes discriminés bien que vivant à plus de 4000 m d’altitude ; subir sans me lasser, pendant un trajet en TGV, les analyses sur l’hyperclasse d’un trader soudainement conscientisé, reconverti dans l’humanitaire « décalé » ; sortir avec une lectrice de Bourdieu, mais ne pas rentrer avec elle ; me mêler à une manifestation en faveur des sans-papiers conduite par Guy Bedos ; trouver les mots qui consoleront Pascale Clark d’être la seule lectrice de ses romans ; lire à voix haute, dans un café-philo, le texte de Nicolas Demorand sur le dernier livre de Christine Angot ; assister à un spectacle où se manifeste courageusement le rire de résistance ; signer une pétition lancée par Annie Ernaux dénonçant la propagation des idées nauséabondes de Richard Millet en milieu aquatique.

Je voudrais, une fois dans ma vie, éprouver des sentiments séquentiels, me reconnaître membre d’une vaste communauté heureuse, qui pratique les relations transversales mais refuse catégoriquement les arguments d’autorité ; me couler dans la fraternité du monde, fluide et vif, tel un participant de ces ballades à rouleurs qui rassemblent, le samedi soir, une population nombreuse, mêlée et fraternelle, sous la conduite de policiers athlétiques, très vigilants aux carrefours, qui rassemblent les joyeux patineurs comme les chiens de troupeau le font des moutons.
Je voudrais, moi aussi, gagner ma part de bienveillance ludique, apporter ma contribution au grand projet de réjouissance et de festivité, « parce que, tu comprends, continuer comme ça, c’est juste pas possible ! » Je souhaiterais abolir les frontières mentales qui me corsètent, combattre le pessimisme qui me rend si antipathique et si laid. J’aimerais être un atome joyeux, une petite unité désirante du grand tout culturel, et, enfin, pencher à gauche avant de tomber.[/access]