Il aura sans doute été l’homme de l’année écoulée. Evidemment il n’y a rien de très héroïque à assassiner des adolescents au fusil d’assaut Ruger, mais le problème n’est pas là. Le drame du 22 juillet 2011 est assurément un crime politique, commis par un individu assumant ses actes, les justifiant à l’avance par un « mémorandum » aussi colossal que délirant – mais d’un délire rationnel -, ayant préparé et planifié soigneusement son forfait et sa défense future: la défense de sa patrie voire de la civilisation occidentale et d’énumérer les griefs, renoncements, lâchetés et haines diverses qui le motivent. Or la justice de son pays lui a refusé toute justice, le considérant irresponsable de ses actes, comme au bon vieux temps des dissidents soviétiques expédiés à l’asile pour qu’enfin ils se taisent.

Le caractère terrifiant du crime commis et assumé n’est presque rien à coté du déni de justice asséné par un Etat démocratique et par l’intelligentsia de mon propre pays muette comme un charnier cambodgien. Les droits-de-l’hommistes et leurs affidés en pleurs n’ont pas cru bon de voir la forfaiture, le regard non pas fixé sur la ligne bleue des fjords mais sur les rébellions des peuples musulmans en mal de charia.

Aveuglement criminel : le même qui provoqua le carnage; l’assourdissant silence justifie et légitime à lui seul le fait criminel. Si Anders Breivik est fou, tous les assassins politiques le sont, terroristes de toutes origines et obédiences, l’ineffable Carlos dont on nous rebat les oreilles est l’Ubu-roi de l’asile.

Au pays des luthériens il est de bon ton de balayer le Mal sous le tapis, tout en cherchant des poux dans la chevelure du reste du monde.

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