Xavier Mathieu. Photo : marsupilami92.

Faut-il soutenir un leader syndical coupable d’avoir engagé une action violente, et saccagé des biens publics – une représentation de l’Etat, de surcroît ? En tenant inflexible de la morale, de l’ordre et de la sécurité, bref, en fils de la Réaction, je me suis posé la question.

Bien sûr, à gauche, a fortiori en période électorale, la manifestation de la semaine dernière recelait une part de cinéma médiatique et l’on n’est pas surpris d’avoir retrouvé au premier rang ceux qui ne condamnent pas le recours à l’action illégale voire à la violence (des Poutou, Arthaud, Mélenchon ou même Joly, fidèle supportrice du saccage de biens d’autrui avec les « faucheurs volontaires »), François Hollande se trouvant fustigé pour son absence.

Au risque de me trouver assimilé à la gauche prolétarienne et d’être privé de repas à la table parentale, j’aimerais sortir d’une vision bipartisane. Si la droite préfère l’ordre à la chienlit, elle cultive également un attachement particulier à la liberté qui, arrosée trop largement de sécurité, perd grandement de sa saveur. Tout recours à la violence dans l’action politique et syndicale est évidemment condamnable. La condamnation initiale de Xavier Mathieu est donc une bonne chose. C’est même le prix de sa responsabilité, qu’on ne saurait lui enlever. Car, quand on s’en prend violemment aux « forces patronales » et au « gouvernement complice », la moindre des choses est d’être condamné. Question d’honneur.

Mais une fois ce recours à la violence légitimement condamné, faut-il contraindre un responsable syndical ou politique à un fichage génétique ? Le fichage a un intérêt évident, notamment dans le cas des atteintes aux personnes. Ceci dit, la position du tribunal qui avait acquitté Xavier Mathieu en première instance, pour son refus de s’y soumettre, se tient : « Les faits ont été commis en plein jour, dans le cadre d’une manifestation organisée, et s’inscrivent dans une logique parfaitement lisible de combat syndical et non dans une démarche à vocation purement délinquante et antisociale ». Le Tribunal en déduit qu’il existe « une disproportion entre le but visé par la loi, qui est de permettre l’élucidation d’infractions commises en récidive (…) et les moyens pour y parvenir », en l’occurrence la prélèvement d’ADN.

A l’exception des saboteurs de voies de TGV, dont il peut être légitime de relever les empreintes ADN puisqu’ils cherchent à se dissimuler, les responsables syndicaux et politiques – quoiqu’on pense de leurs méthodes – agissent à visage découvert. Ils développent même une tendance naturelle à convoquer des caméras pour filmer leurs actions. Dès lors, leur fichage ADN est parfaitement inutile.

Avec un sens certain du pathos, Xavier Mathieu a déclaré : « j’ai un patrimoine génétique. Il m’a été donné par amour par mes parents, il a été transmis par amour à mes trois enfants et à mon petit-fils aujourd’hui. Jamais je ne donnerai mon ADN autrement que par amour ». Il est en effet assez compréhensible qu’un responsable syndical, politique, voire religieux, puisse trouver infamant que son action soit assimilée à celle d’un violeur d’enfant ou, pour prendre un exemple moins outrancier, d’un détrousseur de vieilles dames.

De plus, les lois sont faites pour survivre à ceux qui les ont faites. Imaginons que, demain, le régime change de nature : François Hollande est élu, et les chars soviétiques envahissent les Champs-Elysées. Ou pire, qu’Hervé Morin l’emporte. Plus sérieusement, il suffit qu’un régime développe une dérive autoritaire pour que le fichage ADN devienne un instrument d’oppression.

Dès lors, ce ne serait pas trahir les valeurs de la droite que d’introduire une exception dans la loi au bénéfice des activités publiques politiques et syndicales. Voire religieuses. Parce que je n’exclus pas que mes convictions me vaillent un jour d’invoquer la loi naturelle pour affronter le nouvel ordre établi.

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