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Algérie : Hollande va-t-il enfin se repentir de s’être repenti ?

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François Hollande a-t-il mis le doigt là où il ne fallait surtout pas avec sa fameuse déclaration sur le massacre du 17 octobre 1961 et son unilatéralisme un rien béat, puisque faisant l’impasse, par exemple, sur les milliers d’assassinats commis par le FLN en France sur des militants algériens de factions rivales – et on ne vous parle même pas des atrocités commises contre des civils pieds-noirs.

C’est en effet à une boîte de Pandore que s’apparentent nombre d’éditoriaux et d’articles publiés par la presse algérienne ces jours-ci, à l’occasion de la visite officielle faite par notre président chez son collègue Abdelaziz Bouteflika. La tendance générale est claire et peut se résumer en deux mots : toujours plus !

C’est par exemple le vœu émis par l’ancien moudjahid Amar Bentoumi, qui fut avocat du FLN durant la guerre d’Indépendance, puis brièvement ministre de la justice, puis prisonnier politique puis bâtonnier d’Alger avant de finir grande conscience nationale.

Dans un entretien au quotidien La Tribune, M. Bentoumi explique posément que la France doit désormais « aller au-delà de la repentance » et détaille longuement les raisons pour lesquelles les autorités de son pays devraient exiger de François Hollande «l’indemnisation de l’Algérie pour les 132 ans d’occupation coloniale ».

Une thèse que notre juriste mémoriel étaye de façon incontestable : « Les crimes commis par la France en Algérie depuis 1830 jusqu’à 1962, sont des crimes contre l’humanité. » Donc imprescriptibles, donc indemnisables. CQFD.

N’étant pas un spécialiste pointu de cuisine nord-africaine, je ne sais si à l’instar du bourguignon, le couscous est encore meilleur quand il est réchauffé. Mais c’est indubitablement le cas pour la repentance. Hélas, contrairement aux délicieuses et roboratives spécialités évoquées plus haut, il semblerait que la repentance d’autrui ne rassasie jamais celui qui s’en régale.

Parti Communiste : le dernier bastion démocrate ?

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pierre laurent pcf melenchon

« Nous étions moutons, nous sommes devenus chats et qu’il est difficile de constituer un troupeau de chats ! »  résumait le communiste parisien Patrick Bessac[1. Rapport au Conseil National du PCF du 13 septembre 2012] quelques mois avant 36e congrès statutaire du PCF qui se tiendra début février à Aubervilliers. En attendant la grand-messe de 2013, au terme de laquelle toutes les instances du parti seront renouvelées, les 100 000 militants communistes à jour de cotisation votaient pour les motions en compétition, une sacrée rupture avec le centralisme démocratique d’oncle Jo ! Sitôt Oscar Niemeyer enterré, les héritiers de Thorez, Marchais et Hue (cherchez l’erreur…) remplissaient les urnes de leurs sections avec des bulletins numérotés de 1 à 4.

Quatre textes d’orientation se disputaient en effet les faveurs des adhérents, avec deux lignes de fracture évidentes : le rapport au Front de Gauche – en clair, à Mélenchon – et à l’Union Européenne. Mais puisqu’on sait depuis Michels que parti rime avec oligarchie, les dés sont évidemment pipés, l’adhésion formelle à la « base commune » rédigée par Pierre Laurent et son équipe étant proportionnelle à son niveau de conformisme idéologique. Clin d’œil appuyé à Apollinaire, le texte majoritaire a recueilli 73.12% des suffrages communistes à l’issue d’une consultation interne dépassant les 54% de participation, preuve que le PCF s’intéresse autant aux idées que l’UMP à la pure rivalité des hommes. Ironie de l’histoire, un parti si longtemps sclérosé par le suivisme et l’allégeance au chef met aujourd’hui en musique un beau débat de fond, dont l’issue jouée d’avance restera néanmoins lettre morte, en dehors de quelques adaptations marginales. Il serait cruel de relever toutes les perles enfilées par l’insipide motion centrale « Rallumer les étoiles », de l’utilisation abusive de l’adjectif citoyen (l’inévitable « révolution citoyenne ») dont se gaussait allègrement un Philippe Muray, au bisounournisme « de la dignité humaine, du vivre ensemble, du respect de la laïcité et de la démocratie » qui tranche avec la déconstruction marxienne de tous ces concepts bourgeois !

Au passage, notons que les critiques les plus acerbes contre la « base commune » majoritaire, proviennent des textes alternatifs 1 et 3, qui proposent tous deux la rupture du Front de Gauche. « Un texte hors du temps, à prétention poétique, multipliant les diversions sociétales et les faux problèmes » lit-on dans l’alternative 3, qui a obtenu l’assentiment de 5.82% des militants en proposant une renaissance orthodoxe d’un PCF dégagé de  « la tutelle de sociaux-démocrates qui cachent mal sous les vociférations gauchistes leurs positions réformistes ». Traduction : Méluche, fais tes valises et rentre à Paris !

Armé d’une rhétorique souverainiste que ne renierait pas Nicolas Dupont-Aignan, le texte alternatif 1 préconise carrément un double divorce : avec le Front de Gauche d’un côté, l’Union Européenne de l’autre, loin de l’orientation « altermondialiste » qui est celle du PCF depuis le congrès de Martigues de 2000. Verdict : 5.7% des communistes ont dit oui à ce libelle qui rappelle les manifestes du CERES des années 1970.

Continuons notre décryptage de la prose communiste à l’usage des néophytes.  Il y a les inclassables, qui veulent se faire entendre au sein d’un Front de Gauche redynamisé qui n’aurait plus peur de prôner une sortie pure et simple de l’UE (décidément, une obsession de ces satanés souverainistes rouges qui dominent deux motions sur quatre. Mais que fait la police de la pensée ? ). Une taupe bien introduite place du Colonel-Fabien me souffle que le kamarad Jérôme Leroy ne serait pas insensible à « ce texte alternatif 2 » qui proclame fièrement : « Le projet d’une « Europe sociale » sur la base du capitalisme est une chimère » mais tempère aussitôt « Le capitalisme signifie désormais la régression sociale permanente ». Une petite phrase a priori innocente où l’usage de l’adverse « désormais » déboulonne les piliers du communisme de combat : nos alternatifs insinuent-ils que le capitalisme fut vivable ? À lire leur principale revendication économique – « la suppression de la propriété privée des banques et de tous les grands piliers de l’économie »-  on se dit que le capitalisme d’Etat suscite encore quelque nostalgie, du planisme gaulliste d’Henri Guaino aux super-étatistes du PCF.

Sur ces hautes considérations, passons à la rubrique matrimoniale. Parce que ces débats sans fin, passionnants au demeurant, n’infléchiront pas la direction de l’esquif Front de Gauche. Le cap de la direction ayant été approuvé à 75%, Pierre Laurent peut maintenant aborder la rive  du futur l’esprit occupé par ses petites bisbilles avec Jean-Luc Mélenchon. Ça tangue sérieusement entre l’ancien ministre de Jospin et le fils de l’apparatchik communiste Paul Laurent. À l’approche de la moitié de quinquennat, Méluche se rêve en Premier ministre de substitution d’un Hollande lassé par la social-démocratie, après une probable Berezina aux municipales de 2014. Laurent, fort d’un charisme d’écailleur d’huîtres à la Fête de l’Huma, mise plutôt sur le mouvement social et s’agace du présidentialisme obsessionnel de son impétueux partenaire tout en sachant qu’il lui doit les 11% de la présidentielle. Mélenchon, faute d’un véritable parti à sa disposition, doit s’appuyer sur les forces militantes communistes, non sans lancer quelques scuds parallèles pour concurrencer le PCF : Clémentine Autain, Christian Picquet et autres turbulents alternatifs.

Comme quoi, à gauche, certains mariages arrangés ont au moins autant d’avenir que le « mariage pour tous »…

*Photo : pcf.bourges.

Anticléricalisme : rien de nouveau sous le soleil…

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eglise vatican charlie

La haine que suscite le christianisme a pris la dimension d’un fait de société. Marcel Gauchet le constatait il y a douze ans déjà : « La communauté catholique est la seule minorité persécutée culturellement parlant dans la France contemporaine. » Cette persistance d’une hostilité irréductible a même surpris certains milieux chrétiens qui croyaient que la disparition du cléricalisme entraînerait ipso facto celle de l’anticléricalisme. Ainsi l’historien René Rémond le déplorait : « À la vérité nous n’avons pas seulement affaire à un malentendu, mais bien à une hostilité délibérée et déclarée, une haine véritable à l’égard du christianisme en général,  et des chrétiens eux-mêmes comme personnes. Certains propos qui entretiennent une culture du mépris tomberaient sous le coup de la loi s’ils visaient d’autres familles de pensée. »[1. Le Nouvel antichristianisme, DDB, 2005. Le Christianisme en acccusation, DDB, 2000.]

Chassé de la vie sociale, politique et intellectuelle, à peine toléré dans un espace privé de plus en plus confiné et surveillé, le christianisme est-il à la veille d’un « nouveau martyre », selon l’expression de Jean-Paul II ? Depuis une douzaine d’années, certains signes des temps sont inquiétants.

Ce fut l’ancien « Panzerkardinal » Ratzinger caricaturé en Hitler par les Guignols de l’Info et victime de l’hostilité sourde des médias. Ce furent les colonnes de Libération qui accueillirent régulièrement des diatribes christianophobes, en appelant même à une « opération chirurgicale antichrétienne » !

Ce fut le harcèlement médiatique de Jean-Paul II pendant sa maladie, traité d’ « assassin » et de « plus grand criminel de temps de paix » pour ses positions en matière de morale sexuelle. Aux banderoles déployées en 1996 devant la cathédrale  à l’occasion des manifestations soutenues par le réseau Voltaire et le Grand Orient de France contre son voyage à Reims – « Dieu est mort, qu’attends-tu pour le rejoindre, Jean-Paul ? » – firent écho les protestations de nos laïcards de gauche comme de droite – dont François Bayrou – contre la mise en berne des drapeaux français à sa mort, alors même que Fidel Castro décrétait à Cuba trois jours de deuil national !

Ce fut la surexploitation hypocrite des affaires de pédophilie dans l’Eglise pendant que la révolution des mœurs banalisait l’immoralité et promouvait l’homosexualité – alors que 80% des pédophiles poursuivis en justice sont homosexuels -, pendant que la pornographie envahissait la vie quotidienne, et qu’un arsenal législatif mortifère (contraception, avortement, génétique, euthanasie…) et antifamilial (divorce, Pacs…) se mettait en place – en attendant le “mariage pour tous”.

Sur fond de loi contre l’ « homophobie » et de revendications grandissantes, les agressions « gays » contre l’Eglise ne manquèrent pas non plus. Ce furent bien sûr les provocations insultantes des travestis déguisés en religieuses ou prêtres lors des visites de Jean-Paul II en France et les accusations criminelles dont il fit l’objet, mais aussi des passages à l’acte de plus en plus répétés, comme les irruptions des « Panthères roses » et autres militants « pédés et lesbiennes en lutte contre l’ordre moral » (sic) lors de messes à Notre-Dame, jusqu’à la parodie blasphématoire de mariage à l’autel de la cathédrale avec agression physique de son recteur, le tout aux slogans de : « Benoît XVI, homophobe, complice du Sida ! » Les militants « homos » ont été à la pointe du combat mené contre la morale naturelle défendue par les catholiques comme par l’ensemble des religions et civilisations. Leurs attaques de plus en plus virulentes et relayées se sont concentrées sur la famille et le mariage, de la « Gay Pride » conçue comme « un défilé pour l’homoparentalité » jusqu’à la revendication du “mariage gay”.

Ce fut la campagne de diffamation internationale contre La Passion du Christ de Mel Gibson, et le professeur Rocco Buttiglione qui dut abandonner la Commission européenne pour cause de christianisme : « Comment pouvez-vous prétendre siéger à la commission alors que vous reconnaissez vous-même que vous êtes proche du Vatican ? », lui demanda un parlementaire lors de son audition !

Ce furent les calomnieux procès d’intention en antisémitisme de Pie XII, mais aussi à l’occasion de l’examen des causes de béatification d’Isabelle la Catholique, Pie IX et d’autres, et même Maximilien Kolbe et Edith Stein ! Ce fut l’exigence délirante de censure et de réécriture des Evangiles – antisémites, bien sûr !

Pendant ce temps, romans à la Dan Brown, films, manuels scolaires, bandes dessinées, séries télévisées véhiculaient des légendes antichrétiennes, dressant à un public crédule une vision caricaturale de l’Eglise sur le terreau d’une inculture généralisée, tandis que des « spécialistes » comme Henri Tincq, Jacques Duquesne, Jérôme Prieur et Gérard Mordillat se partagaient le monopole médiatique, où l’on vit le religieusement inculte décider du religieusement correct. Ce mélange de terrorisme intellectuel, de révisionnisme historique et de lynchage médiatique serait déjà en soi suffisamment inquiétant, s’il n’y avait pas eu en plus les lois laïques et divers dispositifs antisectes qui laissaient augurer d’interprétations et d’instrumentalisations antireligieuses : ainsi, un aumônier diocésain fut interdit de lycée public à Toulon pour cause de port de soutane.

Ce regain d’irréligion n’est bien sûr pas monolithique et connaît des nuances. Mais il a aussi ses fanatiques et nostalgiques de la guillotine façon Michel Onfray ou Vincent Peillon, idéologues du nouvel athéisme qu’ils appellent de leurs vœux. En fait de nouveauté, leurs arguments ne sont généralement qu’une resucée enragée des vieux poncifs scientistes et des argument antireligieux les plus éculés. Le monothéisme, voilà l’ennemi ! Accumulant calomnie sur amalgame et mensonge sur approximation, ils n’en épargnent en principe aucun – le juif, le chrétien, le musulman-, en se concentrant cependant avec une étrange fixité sur le christianisme catholique, pierre philosophale rendu très sérieusement responsable de tous les maux de la Terre. Il est des degrés où l’ignorance peut devenir meurtrière. Car le vague est pire que le faux, car on peut s’opposer au faux, mais on se noie dans le vague.

La société moderne, matérialiste et relativiste, porte en elle la haine du Christ. Un antichristianisme renouvelé a pris le relais du vieil anticléricalisme pour plier l’Eglise à la discipline de la société marchande. A cet idéal qui fait de l’accumulation des biens matériels la fin même de l’existence humaine, le christianisme apporte la plus radicale des contradictions. Le ressort profond de la christianophobie, c’est la haine du Christ. La christianophobie est avant tout une christophobie.

Sommes-nous revenus au temps des catacombes, celui où les chrétiens vivaient cachés comme des chiens, cette époque de Rome où nous servions de boucs émissaires pour toutes les insanités des temps ? Jésus avait en tout cas prévenu : « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en au d’abord contre moi. Si vous apparteniez au monde, le monde vous aimerait, car vous seriez à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. »[2. Jn 15, 18-19.] Le Pape saint Pie X le rappelait en 1911, à l’aube d’un siècle qui serait le plus riche en martyrs de toute l’Histoire : « L’Eglise est une Eglise persécutée. En fait, si l’Eglise n’était pas victime de la persécution, elle cesserait d’être l’Eglise de Jésus-Christ, et perdrait une preuve de son authenticité. »

Le passé, le présent et l’avenir offrent ainsi largement de quoi méditer et vivre l’ultime béatitude : « Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. »[3. Mt 5, 11.]

*Photo : Charlie Hebdo.

Merci Depardieu !

En vendant son luxueux hôtel particuler de la rue du Cherche-Midi pour s’installer dans une misérable bicoque de Néchin (Belgique), Gérard Depardieu sacrifie à la fois son art de vivre et sa réputation publique pour signaler à ses compatriotes l’impasse fiscale dans laquelle le Gouvernement a engagé le pays.
Certains, à l’image du député PS Yann Galut, voudraient le priver de son passeport, comme Robespierre punissant de mort les émigrés.

Jean-Marc Ayrault lui-même s’est permis de dénoncer un comportement « minable », une insulte digne de Buffet Froid que le Premier Ministre se garderait bien d’adresser aux pires délinquants.
Le pouvoir politique, extrapolant son rôle légitime dans un régime démocratique, s’imagine propriétaire des coeurs et des passeports de ses concitoyens. Il est temps de lui rappeler que les libertés individuelles (de mouvement, de propriété…) sont au fondement de notre République.

En ancien français, « Depardieu » désigne le lieu où l’on payait la dîme (l’impôt pour l’Eglise, aboli en 1789). Merci à Gérard Depardieu de nous rappeler que l’impôt peut devenir confiscatoire, surtout lorsqu’il ne sert qu’à engraisser une administration incapable de se réformer.

Gaspard Koening est écrivain.
Aurélien Véron est président du Parti Libéral-Démocrate.
Anne Bourdu est avocate.

Compétitivité chérie, chère compétitivité

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rapport gallois hollande competitivite

Le débat public français le veut ainsi. Le rapport Gallois sur la compétitivité française, élaboré à la demande du gouvernement, n’a pas occasionné la confrontation d’idées qui eût permis de lui donner un impact véritable. Il a, en revanche, ouvert une fenêtre de tir médiatique instantanément utilisée par les ministres de François Hollande pour annoncer leur propre plan de soutien à l’économie.

Ce rapport ouvrait cependant des perspectives d’action plus larges que celles du dispositif gouvernemental. Il réclamait ainsi de mettre à l’essai l’exploitation du gaz de schiste, de ne pas amputer sans raison majeure la capacité nucléaire civile ; il posait la question de la parité de l’euro, monnaie la plus surévaluée au monde après le yen. Ces questions attendront de meilleurs jours.

Pour le reste, ses préconisations étaient attendues. Louis Gallois a mesuré les handicaps français durant ses longues années d’activité à la tête de grandes entreprises, comme EADS, qui sont aussi des donneurs d’ordres à des centaines d’entreprises petites et moyennes. Il sait que la France, moins atteinte que beaucoup d’autres par la violente crise occidentale de 2008 et 2009, est cependant exposée à de graves mécomptes par l’érosion de sa compétitivité. L’économie nationale se trouve sans doute à la croisée des chemins, et dans la pire situation qui soit puisqu’elle doit s’adapter et se renforcer tout en subissant les effets débilitants de la crise de ses voisins de l’Europe du Sud. Toute la difficulté de l’énoncé français tient en deux propositions : premièrement, il lui faut dégager les moyens d’une compétitivité accrue de ses entreprises, les industrielles surtout ; deuxièmement, elle ne peut déprimer brutalement sa demande intérieure, comme ses voisins du Sud, sans basculer dans une récession plus violente encore. Elle doit donc recevoir et interpréter la leçon d’efficacité de l’Allemagne et accepter la leçon de l’échec des politiques de rigueur aveugles pratiquées en Espagne ou en Italie. Presque une gageure.[access capability= »lire_inedits »]

Sommes-nous trop chers ?

L’Allemagne sert toujours de référence quand on veut étalonner la défaillance française. Ses performances font les délices de ces journalistes prolixes, à défaut d’être lettrés, qui se livrent à un exercice de « déclinologie » nationale ou plutôt hexagonale. Et la tentation est forte, face à la conjuration des imbéciles, de réclamer d’autres manières de mesurer nos performances, d’autant plus que la crise a fait justice de tous ces pseudo-modèles qui ont été offerts à l’admiration des niais : États-Unis, Angleterre, Espagne, sans compter le « tigre » celtique (l’Irlande).

Nous devons cependant accepter de comparer la France à la nation qui incarne momentanément l’efficacité, pour la bonne raison que nos deux pays sont au cœur de l’Europe d’après-guerre et que le déclin irréversible de la France, par rapport à son grand partenaire, entraînerait un changement irrémédiable des relations au sein du Vieux Continent. De fait, nous le verrons, Paris n’a plus les moyens apparents de parler d’égal à égal avec Berlin.

Avant d’établir le constat de faiblesse française, relevons cependant l’omission constante qui entache la comparaison des résultats des deux côtés du Rhin. Les économistes qui s’y consacrent oublient – délibérément – la divergence démographique des deux pays, avec des taux de fécondité de 2 enfants par femme pour la France et de 1,35 pour l’Allemagne. C’est ainsi que les impacts différents sur les charges publiques et le chômage échappent à l’analyse et au commentaire. Pourtant, cela fait vingt ans que les nouveau-nés français sont plus nombreux que les nouveau-nés allemands. Mais les charges substantielles que cet état de fait représente pour notre système public ne sont pas comptabilisées, l’impact sur le déficit n’est pas évalué. De même, est laissée dans l’ombre la contribution de la faible fécondité allemande à l’amélioration des statistiques du chômage. Pourtant, il y a chaque année un différentiel de plus de 300 000 unités entre le nombre des Allemands qui accèdent à la retraite et celui des Allemands qui entrent sur le marché du travail. Mais passons.

Le premier signe inquiétant du recul de notre compétitivité est apparu en janvier 2004 avec un solde négatif du commerce extérieur qui devait être le premier d’une longue série. D’année en année, le déficit des échanges s’est maintenu ou aggravé pour atteindre le chiffre substantiel de 73 milliards d’euros en 2011. Trois éléments complémentaires permettent de comprendre la médiocrité de notre situation. La part des exportations françaises dans les exportations de la zone euro n’a cessé de se réduire. Notre excédent des échanges de services s’est évanoui. Enfin, le solde reste négatif, même si l’on déduit nos importations de cette énergie que nous ne trouvons pas dans le sous-sol français, soit 60 milliards d’euros aux prix courants des produits concernés[1. Le solde extérieur subit aussi l’effet négatif d’une consommation qui est restée, en France, constamment supérieure à la consommation allemande, avec des croissances respectives de 21% et de 3 % entre 2000 et 2009.].

Il y a deux manières, pas forcément contradictoires, d’expliquer la faiblesse de nos résultats : incriminer l’excès des coûts du travail ou mesurer un retard dans l’organisation et l’équipement des entreprises françaises.

Le premier point est si fortement plaidé par les employeurs que le lecteur risque d’être lassé par une énième redite. Et certains pourraient imaginer que j’ai rejoint le giron patronal où j’ai longtemps travaillé. Mais il est vrai que l’heure d’ouvrier dans l’automobile se situe autour de 35 euros en France, contre 32 euros dans cette Allemagne réputée pour la qualité de sa production, 22 euros en Espagne, 10 euros au Portugal et en Slovaquie. Nous sommes au sommet de l’échelle des coûts avec la Suède et la Belgique. Il faudrait donc que l’appareil de production national se situe parmi les meilleurs au monde pour supporter sans dommage un tel niveau de rémunérations.

Mais pourquoi les employeurs français se plaignent-ils d’une telle situation ? Hormis le SMIC, dont l’évolution a été ralentie depuis 2007, la fixation des rémunérations reste de leur ressort. Or les chiffres indiquent que le pouvoir d’achat des salaires privés a toujours été maintenu, et souvent augmenté, durant toute la période de déclin apparent de notre compétitivité. Les dirigeants d’entreprise auraient pu s’efforcer de ralentir cette évolution, voire de négocier, quand c’était possible, un réajustement, pour endiguer la montée des coûts du travail. Et d’autant plus que les charges sociales dont ils se plaignent jour après jour s’élèvent en proportion du salaire de base, qui sert à leur calcul. Il y a là un des plus importants non-dits du débat sur la compétitivité, qu’il faut mettre au jour pour que le débat se développe dans sa plénitude.

Le rapport Gallois a préconisé un début de solution en proposant une réduction des charges sociales pesant sur les salaires allant jusqu’à 3,5 fois le SMIC, pour un coût total de 30 milliards d’euros pour les finances publiques. La limite de salaire retenue dans le rapport tend à prendre en considération le fait que les salaires pratiqués dans les secteurs industriels, engagés dans la compétition internationale, sont plus hauts que ceux distribués dans les services à la personne, qui répondent à une demande locale. Louis Gallois s’est efforcé, autant que possible, de se porter au secours des entreprises industrielles, les plus en difficulté, et cruciales pour la solution du problème de la compétitivité.

À partir du même constat, le gouvernement a retenu un dispositif d’inspiration différente, sous la forme d’un crédit d’impôt utilisable par les entreprises pour les salaires allant jusqu’à 2,5 fois le SMIC. Qu’est-ce qu’un crédit d’impôt ? C’est une mesure qui permet d’alléger l’impôt dû par l’entreprise en déduisant une dépense déterminée, mais aussi d’effectuer un virement à son bénéfice si elle ne réalise pas de profits[2. Un bon exemple est fourni par le crédit d’impôt en faveur de la recherche.]

Compréhensible dans son principe par tous les bénéficiaires, elle est pourtant d’un usage moins commode que l’allègement des charges sociales préconisé par Louis Gallois. Mais son adoption par le gouvernement répond à une difficulté politique : les syndicats ne veulent plus de réductions de charges sociales qui fragilisent sans cesse la base de calcul du financement des régimes de la protection sociale qu’ils cogèrent avec le patronat.

C’est donc une mesure d’application délicate qui a été retenue. Et c’est une mesure qui touchera peu l’industrie, puisqu’elle ne visera pas les rémunérations du personnel qualifié qu’elle emploie. Les ministres concernés avouent que l’aide reçue par l’industrie et les services à l’industrie ne dépassera pas 4 milliards d’euros sur les 20 milliards consentis en sacrifice par l’État.

N’aurait-il pas, d’ailleurs, été plus efficace de cantonner la mesure aux secteurs concernés par la compétition internationale ? Oui, bien sûr, mais la chose est impossible, depuis qu’elle a été interdite aux États-membres par l’Union européenne, au nom du principe d’égalité. Tout État qui prend une mesure spécifique en faveur d’un secteur exposé à la concurrence de ses homologues européens voit annuler cette mesure par Bruxelles ou par Luxembourg[3. Ainsi pour les mesures Borotra prises en 1994 pour soutenir le textile, l’habillement et le cuir.]. L’obligation qui résulte de la loi européenne rend coûteux et peu efficaces les dispositifs qui embrassent l’ensemble des secteurs économiques. Et la dernière initiative gouvernementale le démontre encore. Selon l’estimation officielle, la réduction du coût du travail consentie par le biais du crédit d’impôt représente 6 % en moyenne, mais moins pour les industries bénéficiaires. Il aurait fallu consacrer 60 milliards d’euros pour obtenir l’impact dont ces industries ont besoin dans l’immédiat pour tenter de reprendre le chemin d’une modernisation rapide.

Nous sommes trop peu efficaces

Parallèlement au débat − juste mais obsédant − sur le poids du coût du travail en France, émerge un autre débat sur l’efficacité intrinsèque de notre appareil de production. Il ne consiste pas à réclamer que les entreprises françaises se cantonnent dans les activités high tech en délaissant les productions courantes, comme les y incitent des économistes qui ne savent pas, et ne sauront jamais, que les créateurs ou développeurs d’entreprises s’intéressent, sans discrimination, à tous les secteurs et à toutes les niches où l’innovation peut s’exprimer avec profit, et qu’une économie moyenne comme la française ne saurait se contenter de la haute technologie si on attend d’elle qu’elle crée le nombre d’emplois voulus.

Des études récentes montrent que les entreprises françaises accusent un important retard dans le processus nécessaire de leur modernisation[4. Elles ont été menées ou rassemblées par le cabinet d’études Xerfi.].

Nous avons trop peu de robots. Ici, la comparaison avec l’Allemagne s’avère presque décourageante. Nos entreprises achètent, bon an mal an depuis 2000, 3000 ou un peu plus de 3000 robots industriels, là où leurs concurrentes allemandes en achètent aujourd’hui plus de 19 000, contre près de 13 000 déjà en 2000 ! Les États-Unis, et même l’Italie, font mieux, en proportion de l’importance de leur économie. Et la durée de vie des robots mis en œuvre dans les industries françaises atteint vingt ans en moyenne, au lieu de dix dans le reste du monde.

Si l’on ajoute un retard comparable dans la mise en œuvre des systèmes informatiques et des dépenses de R&D, qui se situent à l’indice 191 en France pour 384 en Allemagne, une question s’impose. Comment se fait-il que la France, pays de matheux, d’ingénieurs et d’informaticiens, ne s’appuie pas davantage sur les outils qui découlent du travail de tels cerveaux ? La capacité exceptionnelle de notre filière aéronautique et spatiale, de loin la première au monde au regard des populations concernées, démontre pourtant que la France n’a pas perdu son génie industriel, y compris dans les productions d’avenir. Pourquoi ce génie ne se déploie-t-il désormais que dans quatre grandes filières (aéronautique, pharmacie, énergie, BTP) et dans un nombre d’entreprises limité par ailleurs ?

Sans doute le moment est-il venu d’une mobilisation des capacités du pays, à partir d’un constat moins réducteur que celui de l’excès des charges. Le débat sur la compétitivité appartient à tous, et pas seulement aux représentants de la nomenklatura nationale qui tentent de le confisquer. Prenons le soin de le nourrir et de l’approfondir. Avec cet espoir : que nos entreprises, qu’il faut aider sans doute, sans retard, sachent investir dans les outils qui déterminent l’efficacité aujourd’hui. Peut-être n’est-il pas trop tard.[/access]

*Photo : DGTresor.

Assommons les pauvres !

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Alors que le gouvernement français annonce un « choc de solidarité  » pour lutter contre la pauvreté et que les belles âmes s’indignent contre l’exil fiscal de Gérard Depardieu, il est temps de relire Baudelaire. Et spécialement le poème en prose « Assommons les pauvres » qui nous changera agréablement des élucubrations de tous les entrepreneurs de bonheur public et d’harmonie sociale qui veulent nous persuader que les pauvres sont tous des rois détrônés qu’il convient de loger, de nourrir, de soigner et de traiter non comme des esclaves ou des mendiants, mais avec une générosité et une grandeur d’âme qu’on prête volontiers à autrui, tout en sachant que chacun privilégiera toujours son confort personnel et ses intérêts.

Baudelaire, accablé par la lecture de traités sur l’art de rendre les peuples heureux, sages et riches dans les plus brefs délais, sortit de chez lui dans un état d’esprit avoisinant le vertige ou la stupidité. Comme il allait entrer dans un cabaret, un mendiant lui tendit son chapeau avec un de ces regards suppliants censés provoquer la pitié. Plutôt que de feindre de l’ignorer, Baudelaire écouta son Démon intérieur, un Démon de combat qui lui chuchota ceci : « Celui-là seul est l’égal d’un autre qui le prouve, et celui-la seul est digne de la liberté qui sait la conquérir. »

Joignant l’acte à la pensée, Baudelaire se précipita sur le mendiant et le tabassa. Tout à coup – ô miracle ! ô jouissance du philosophe qui vérifie l’excellence de sa théorie ! -, Baudelaire vit cette antique carcasse se redresser avec une énergie qu’il n’aurait jamais soupçonnée et lui lancer un regard haineux de bon augure. Alors seulement, il dit au pauvre bougre : « Monsieur, vous êtes enfin mon égal ! Veuillez me faire l’honneur de partager avec moi ma bourse. Et, surtout, si un miséreux vous demande l’aumône, appliquez-lui la théorie que j’ai eu la douleur d’essayer sur votre dos ! »

Morsi n’a pas encore raflé la mise

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egypte morsi freres

L’Egypte est divisée et pas seulement entre ceux qui ont voté samedi dernier et ceux qui le feront samedi prochain. En juin, Mohamed Morsi avait remporté les élections présidentielles en réunissant 51.7% des suffrages contre 48.3% pour son rival Ahmad Chafiq. Six mois plus tard, à en croire les résultats officieux du vote de samedi, nous sommes toujours face à deux Egypte. La première détient légalement le pouvoir institutionnel pendant que la seconde, minoritaire de peu, essaie de la priver de légitimité, parce qu’elle ne fait pas confiance aux nouveaux maîtres du plus vieil Etat arabe.

Cette dernière carte, l’opposition, pourtant hétéroclite, la joue remarquablement bien. Il y a une semaine, après un bras de fer de plusieurs jours, elle a forcé la main au président Morsi. Sous l’effet conjugué de la fronde des magistrats, des pressions de la rue, d’une partie de la presse et de la communauté internationale, celui-ci a dû renoncer aux prérogatives qu’il s’était accordées. Le président s’est même résigné à faire appel à l’armée pour rétablir l’ordre quatre mois après avoir administré un prodigieux camouflet au Conseil Supérieur des Forces Armées. Si la justice et les médias, qui représentent les troisième et quatrième pouvoirs, ont remporté une manche face à l’exécutif et au législatif, les islamistes détiennent toujours la présidence égyptienne et la majorité des sièges du Parlement. Malgré ce récent revers, Morsi a pu sauver l’essentiel : conformément à ses vœux, la nouvelle constitution votée par l’assemblée constituante le 1er décembre a été immédiatement soumise à référendum.

Après l’abrogation du décret présidentiel du 22 novembre, les principaux partis de l’opposition ont décidé de ne pas boycotter le référendum, ce qui facilite grandement la tâche de Morsi. Ainsi, tout en rejetant le projet de Constitution rédigé par la constituante, laïcs et libéraux ont décidé de relever le défi en menant campagne pour le « non ». Selon eux, ce texte contient trop de lacunes et de formules ambiguës qui permettraient au régime de transformer une constitution d’apparence démocratique en outil de répression. L’opposition craint en effet de voir l’Egypte post-révolutionnaire passer de la dictature d’une minorité à la dictature de la majorité.

Exemple typique de flou constitutionnel, l’article 45 sur la liberté d’expression garantit notamment la liberté de conscience tandis que l’article 44 interdit d’insulter les prophètes en général et Mohamed en particulier (le « messager » de Dieu dans l’islam). Quant à l’article 198, il instaure une justice d’exception en permettant aux tribunaux militaires de juger des civils poursuivis pour « crimes contre les forces armées », une notion floue qui attend toujours d’être définie…

Comme toute bonne constitution, ce texte est ambigu et repose davantage sur la culture et les traditions politiques qui le portent que sur son contenu explicite. Autrement dit, il est moins important de déterminer ce qui est écrit dans la constitution que de savoir qui sera appelé à l’interpréter et dans quelles conditions. Or, l’Egypte manque cruellement d’une tradition démocratique, ce qui justifie les craintes et la méfiance de l’opposition.

Reste à savoir si les journalistes et les magistrats, sous l’œil vigilant du cinquième pouvoir égyptien – les forces armées – parviendront à garantir les libertés inaliénables qui constituent l’âme de la démocratie libérale. Dans un avenir proche, rien n’est moins sûr.

*Photo : Jonathan Rashad.

Tous en Belgique !

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belgique pma depardieu

Xavier Théry et Elisabeth Lévy ont bien raison de renvoyer la plupart des socialistes à leurs contradictions. Lorsqu’on a souhaité, dans le discours et dans les actes, la citoyenneté européenne – sinon mondiale -, la liberté de circulation des biens et des personnes, il est plutôt culotté de reprocher à Gérard Depardieu d’en profiter. Mais l’actualité est décidément taquine et on a pu observer hier, aussi bien dans la rue que sur les réseaux sociaux, des contradictions pas moins consternantes.

Ainsi, les mêmes qui reprochaient à l’acteur français de profiter de la législation belge ne voyaient visiblement aucun inconvénient à ce que des femmes aient pu faire de même en matière bioéthique. Ainsi, aller habiter à Néchin pour payer moins d’impôt, c’est mal mais faire un aller-retour à Liège pour bénéficier d’une Procréation Médicalement Assistée, où l’on pourra choisir la couleur des yeux et des cheveux du donneur, c’est très bien – comme nous l’expliquait aujourd’hui un reportage de RTL. S’en tenant à un « principe de réalité » dont ils nient la légitimité en matière fiscale, ils réclament aujourd’hui que la France adopte une législation similaire à celle de la Belgique en matière de PMA non sans qualifier d’homophobes ceux qui s’en inquiètent plus ou moins bruyamment. Dans un même souci de défendre la liberté individuelle, Pierre Bergé pousse le bouchon plus loin encore en demandant que la gestation pour autrui, en vigueur dans d’autres pays puisse aussi être autorisée en France, attendu que « Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ?… « . Le Grand Marché, on le voit, fait des émules, au moins en matière sociétale.

Mais ne comptez pas sur moi pour m’arrêter là. Car, de l’autre côté aussi, on manque de cohérence. Ainsi peut-on observer sur le flanc droit de l’échiquier politique, des personnes qui ne voient non seulement aucun inconvénient à ce que Gérard Depardieu use de sa liberté individuelle de circulation, mais en imputent la responsabilité au nouveau gouvernement qui aurait trop chargé la barque fiscale. Se prévalant aussi d’un « principe de réalité », ils réclament que notre législation fiscale soit adaptée dans le sens d’une moins grande taxation ainsi qu’elle existe dans d’autres pays européens. En revanche, pas question pour eux d’autoriser la PMA en France comme elle l’est en Belgique. Les femmes qui ont profité du Grand Marché européen, qu’ils ont aussi, pour la plupart, entériné par leurs votes aux différents traités, peuvent se retrouver, avec leurs enfants ainsi conçus, dans des situations difficiles, peu leur chaut, on ne va pas s’aligner sur la Belgique pour si peu.

Votre serviteur, vous l’aurez compris, ne fait partie ni de la première, ni de la seconde catégorie. Il a voté à chaque fois qu’il a pu contre le Grand Marché. Il trouve légitime que le gouvernement de son pays, légitimement élu, puisse faire adopter les législations fiscales et bioéthiques qu’il souhaite. Il considère que copier sur le pays voisin au nom d’un « principe de réalité » à géométrie variable constitue un aveu d’impuissance démocratique. Et trouve profondément triste que certains de ses compatriotes se soustraient à l’expression de la volonté générale de leur Nation, en matière fiscale comme en matière bioéthique.

 

 

L’érotisme n’est pas un humanisme

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Lorsque j’étais gardien de musée, un détail fonctionnel me passionnait plus que tout. L’organisation des rondes était ainsi faite que, lorsqu’un gardien partait en pause, l’autre reprenait son poste. La jonction s’effectuait dans les sous-sols du musée national, et, en dépit d’une odeur persistante de Mort aux rats, je saluais toujours Gégé d’un sympathique: « Bonne pause ! » C’est alors que mon collègue me répondait invariablement : « Merci, à toi aussi », comme si j’allais, comme lui, me prélasser sur une banquette. Guère troublé par cette incohérence, Gégé trouvait tout naturel de me saluer à son tour, et cette politesse le conduisait tout aussi naturellement à se méprendre sur ma direction – au point de me souhaiter un bon repos lorsque je reprenais mon travail.

Cette historiette nous montre à quel degré d’absurdité peut nous conduire le démon de la symétrie. Les rapports symétriques possèdent bien des domaines d’application, depuis l’égalité démocratique jusqu’à cette bizarrerie sentimentale qui fait rêver les jeunes filles, je veux parler de l’amour réciproque.

Une chose est sûre, les rapports symétriques sont aujourd’hui valorisés par les plus hautes institutions du pays. Pour l’Eglise, par exemple, aimer son prochain comme soi-même est une bonne chose. En politique, le fait qu’un aristocrate éclairé partage avec un boulanger de basse extraction une conception identique de l’unité républicaine provoque une émotion particulière, nommée enthousiasme. L’enthousiasme est très bien vu, alors que l’égoïsme ne l’est pas. Un député qui s’arrogerait le droit de disposer des biens publics pour son usage personnel aurait le plus grand mal à défendre son point de vue.

Pour légitime qu’elle soit aux yeux des démocrates, cette manie de la symétrie a quelque chose d’assez pesant. Elle est notoirement impuissante a rendre compte de nos fantasmes sexuels, et, partant, d’un aspect capital de notre vie. Inutile d’insister sur le peu d’enthousiasme que suscite le respect de l’autre chez un adepte du SM. Inutile d’insister sur le cinglant démenti que la pratique du bukkake apporte à la conception lévinassienne du Visage. L’érotisme n’est pas un humanisme. Ces deux mondes sont aussi éloignés l’un de l’autre qu’un poisson d’une pomme.

Aussi est-ce avec une certaine curiosité que je me suis rendu à la manifestation contre le « Mariage pour tous ». Il est rare que l’on s’oppose à l’extension d’un droit. Il y faut certainement quelque courage.

Au cours de ce défilé passionnant, bien des participantes m’ont confié n’avoir aucune attirance pour la répartition équitable des tâches. « Si je devais me marier avec vous, m’a dit une fille, jamais je ne vous demanderais de faire le ménage aussi souvent que moi ». Je dois dire que la finesse de ce raisonnement n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

Les antiféministes de la jeune génération m’ont paru fort sensées, et j’aurais volontiers brandi une pancarte pour leur prêter main forte. Hélas, je n’ai pas pu les suivre sur le terrain du Père, de l’Autorité, et de la Famille. Mes interlocutrices restent persuadées que la famille est au fondement de la société, et que le Père, dont les homosexuels contribuent à brouiller l’imago, ne doit pas devenir une figure incertaine. Je ne suis pas sûr que Kierkegaard ou Kafka, les deux sommités sur la question, seraient d’accord avec elles. Être incertain du Père n’est pas une perte de repère, c’est un commencement de lucidité. C’est ce qui nous permet de ne pas adhérer comme des fanatiques à notre propre credo. C’est ce qui nous permet d’ouvrir un espace au doute, à l’humour, à la littérature, et la littérature est ce qui nous donne de ne pas devenir des idolâtres.

Mais ne jetons pas trop vite les grenouilles avec l’eau du bénitier. La théologie chrétienne recèle bien des trésors, à commencer par la notion de grâce. Est-il conception plus asymétrique que la « sola gratia » du Concile d’Orange ? Pourquoi un homme qui a travaillé toute sa vie devrait aller en enfer alors qu’un homme qui n’a rien fichu de ses deux mains s’assiérait à la droite de Dieu sous prétexte qu’il a été touché par la grâce ? Quelle drôle de théologie est-ce là ? On peut moquer tous les conservatismes que l’on voudra, on ne remerciera assez les chrétiens de nous avoir délivré, par la grâce, de l’idéologie malsaine du mérite. Les partisans de la grâce proportionnelle aux bonnes oeuvres n’ont pas tort de vouloir se comporter correctement, et je comprends ce que peut avoir de rassurant cette équation. Mais la grâce véritablement gratuite, la magnifique sola gratia de 529, aura toujours ma préférence. Il est encore plus beau de se dire que la volonté de Dieu ne dépend pas de nous. Il est encore plus intéressant de se dire que le salut, au bout du compte, est sans raison.

Prêteurs sans gages

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emprunt etat europe

M. Dupond, après une longue carrière d’exploitation capitaliste, a réussit à se constituer une épargne pour améliorer l’ordinaire une fois l’âge légal de la retraite passé ou, le cas échéant, pour survivre des fois que l’État ait fait faillite d’ici là. Comme il est patriote, M. Dupond décide d’aider l’État français à se financer en plaçant ces économies sur l’OAT 2,25% 25 octobre 2022, obligation émise pour de vrai le 31 octobre[1. Cette émission obligataire a permis à l’État d’emprunter 4,4 milliards d’euros sur 10 ans à un taux moyen de 2,22%.].

Il faut dire que des emprunts d’État, il y en a. C’est la maladie classique des social-démocraties : elles sont en permanence tiraillées entre cette part de leur électorat qui réclame des services publics gratuits (i.e. financés par l’impôt) et ceux de leurs électeurs qui rechignent à raquer pour les autres. Du coup, afin d’assurer la réélection de l’équipe en place et une fois les trésors du génie fiscal épuisés, la social-démocratie se met à créer des dettes. Mieux encore, elle a même trouvé un moyen de justifier scientifiquement ses penchants clientélistes grâce à John Maynard Keynes : créer du déficit et de la dette, c’est une politique de croissance  et donc, c’est bien ; gérer son budget sainement, c’est de l’austérité et donc, c’est mal.

Bref. Le 31 octobre 2012, M. Dupond achète pour 100 euros (multipliez ce chiffre et les suivants comme bon vous semble) d’OAT 2,25% 25 octobre 2022, en vertu de quoi l’État s’engage à lui verser 2,25 euros d’intérêts par an pour chacune des dix prochaines années et à lui rembourser ses 100 euros en octobre 2022. Naturellement, ces intérêts seront fiscalisés soit au taux du prélèvement libératoire de 24%, soit au barème progressif de l’impôt sur le revenu et devront également être amputés de 15,5% de prélèvements sociaux : ce qui signifie que l’État pourrait récupérer jusqu’à 39,5% des intérêts qu’il paye à M. Dupond via son administration fiscale.[access capability= »lire_inedits »]

Il est important de noter qu’à ce stade, du point de vue de l’État, l’opération est définitivement bouclée : quoi qu’il arrive, il dispose désormais de 100 euros qui lui coûteront 1,36 euros par an (2,25 euros d’intérêts dont il récupère 89 centimes sous forme de taxes) et qu’il devra rembourser à M. Dupond en octobre 2022[2. L’État s’est engagé à rembourser 100 euros mais n’a jamais précisé ce que sera la valeur de ces 100 euros… D’où les velléités d’une part croissante de nos politiciens à remettre la main sur la planche à billets.].

Évidemment, dix ans, c’est long, et il est tout à fait possible que M. Dupond ait finalement besoin de son argent entre-temps. Fort heureusement pour lui, les obligations ont ceci de pratique qu’elles peuvent se revendre au marché de l’occasion − le marché « secondaire », par opposition au marché « primaire » sur lequel M. Dupond a prêté de l’argent à l’État. Tout le problème est de savoir à quel prix.

Par exemple, en octobre 2015, notre obligation à dix ans sera devenue une obligation à sept ans, et il est tout à fait possible que le niveau des taux d’intérêt à sept ans, à cette date, ne soit pas de 2,25% mais de 3%. Du coup, pour refourguer son obligation, M. Dupond sera obligé de baisser son prix de vente de manière à ce que les 2,25 euros d’intérêts annuels payés par l’État permettent à l’acquéreur d’obtenir un rendement de 3% (sinon, bien sûr, il ira voir ailleurs). En l’occurrence, M. Dupond devra vendre son obligation à 95,3 euros et donc subir une perte en capital de 4,7%.

Naturellement, le raisonnement symétrique est également vrai : si, en octobre 2015, M. Dupond cherche à revendre son obligation alors que les taux à sept ans sont à 1,5%, il réalisera une plus-value d’environ 5 euros par rapport à ses 100 euros initiaux (et devra au passage s’acquitter de 34,5% d’impôts sur ce montant). De ce qui précède, le lecteur est invité à retenir deux choses. Règle numéro 1 : d’une manière générale, dire que les taux des obligations montent est strictement équivalent à dire que leur prix baisse (et inversement) ; c’est le même phénomène vu d’un angle différent. Règle numéro 2 : du point de vue du débiteur − ici l’État − rien ne change ; que les taux ou les prix montent ou baissent, il continue à payer ce qui était prévu au départ.

Or, voilà qu’en octobre 2015, le gouvernement français s’apprête à clôturer son quarantième exercice fiscal d’affilée en déficit. Les caisses sont vides, les entreprises et les contribuables mettent la clé sous la porte ou fuient vers des cieux plus cléments, le chômage et les prestations publiques qu’il implique explosent… Bref, l’État français est en quasi-faillite : on ne sait pas encore s’il répudiera unilatéralement tout ou partie de sa dette ou s’il se contentera de revenir au franc pour le dévaluer (et donc rembourser en monnaie de singe, ce qui revient au même) ; ce qui semble de plus en plus probable, c’est que les créanciers de l’État risquent passer à l’essoreuse.

Du point de vue de M. Dupond, naturellement, c’est un gros problème : non seulement il pressent que sa retraite par répartition a déjà été répartie dans d’autres poches que les siennes mais, en plus, il comprend parfaitement que les fameux marchés financiers, c’est lui. M. Dupond a beau faire habituellement preuve d’un flegme à toute épreuve, les hurlements de panique de Mme Dupond ne l’y aident pas. Alors, M. Dupond cherche à vendre son obligation, quitte à la brader, quitte à perdre la moitié de ses économies : il préfère ça à la ruine totale.

Seulement voilà, la situation financière de l’État n’est un secret pour personne et déjà, les créanciers − la caisse de retraite de M. Durand, la compagnie d’assurances qui gère le contrat d’assurance-vie de M. Michel, le fonds d’investissement sur lequel M. Leblanc a placé son épargne − se précipitent pour se débarrasser de leurs titres. Du coup, les prix s’effondrent et les taux s’envolent. C’est à ce stade que la cavalerie des agences de notation, toujours en retard de trois plombes depuis qu’elle est devenue une annexe du régulateur, arrive et dégrade la note souveraine de la France. Bien sûr, personne ne les croit, mais les quelques investisseurs qui n’avaient pas encore cédé à la panique se voient maintenant contraints par la loi de liquider leurs positions.

Sur le marché obligataire, c’est O.K. Corral. Les derniers investisseurs craquent et réalisent des pertes énormes en cédant leurs obligations alors que seuls quelques hedge funds acceptent encore de les racheter à des prix dérisoires. Plusieurs compagnies d’assurances ont déjà fait faillite et la plupart des régimes de retraite complémentaire sont aux abois tandis que plus aucune entreprise française − sans parler des banques − n’arrive à emprunter un centime sur les marchés.

Alors que M. Dupond réalise à peine qu’une vie de travail vient de partir en fumée, les politiciens, dûment relayés par les médias, défilent devant les caméras de télévision pour expliquer à quel point cette « attaque contre la France » est intolérable, pour dénoncer l’action nuisible des « spéculateurs », pour vouer aux gémonies la « finance folle, mondialisée et dérégulée ». Mais rassurez-vous : ce scénario apocalyptique n’est que pure fiction.[/access]

*Photo : Images of money.

Algérie : Hollande va-t-il enfin se repentir de s’être repenti ?

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François Hollande a-t-il mis le doigt là où il ne fallait surtout pas avec sa fameuse déclaration sur le massacre du 17 octobre 1961 et son unilatéralisme un rien béat, puisque faisant l’impasse, par exemple, sur les milliers d’assassinats commis par le FLN en France sur des militants algériens de factions rivales – et on ne vous parle même pas des atrocités commises contre des civils pieds-noirs.

C’est en effet à une boîte de Pandore que s’apparentent nombre d’éditoriaux et d’articles publiés par la presse algérienne ces jours-ci, à l’occasion de la visite officielle faite par notre président chez son collègue Abdelaziz Bouteflika. La tendance générale est claire et peut se résumer en deux mots : toujours plus !

C’est par exemple le vœu émis par l’ancien moudjahid Amar Bentoumi, qui fut avocat du FLN durant la guerre d’Indépendance, puis brièvement ministre de la justice, puis prisonnier politique puis bâtonnier d’Alger avant de finir grande conscience nationale.

Dans un entretien au quotidien La Tribune, M. Bentoumi explique posément que la France doit désormais « aller au-delà de la repentance » et détaille longuement les raisons pour lesquelles les autorités de son pays devraient exiger de François Hollande «l’indemnisation de l’Algérie pour les 132 ans d’occupation coloniale ».

Une thèse que notre juriste mémoriel étaye de façon incontestable : « Les crimes commis par la France en Algérie depuis 1830 jusqu’à 1962, sont des crimes contre l’humanité. » Donc imprescriptibles, donc indemnisables. CQFD.

N’étant pas un spécialiste pointu de cuisine nord-africaine, je ne sais si à l’instar du bourguignon, le couscous est encore meilleur quand il est réchauffé. Mais c’est indubitablement le cas pour la repentance. Hélas, contrairement aux délicieuses et roboratives spécialités évoquées plus haut, il semblerait que la repentance d’autrui ne rassasie jamais celui qui s’en régale.

Parti Communiste : le dernier bastion démocrate ?

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pierre laurent pcf melenchon

pierre laurent pcf melenchon

« Nous étions moutons, nous sommes devenus chats et qu’il est difficile de constituer un troupeau de chats ! »  résumait le communiste parisien Patrick Bessac[1. Rapport au Conseil National du PCF du 13 septembre 2012] quelques mois avant 36e congrès statutaire du PCF qui se tiendra début février à Aubervilliers. En attendant la grand-messe de 2013, au terme de laquelle toutes les instances du parti seront renouvelées, les 100 000 militants communistes à jour de cotisation votaient pour les motions en compétition, une sacrée rupture avec le centralisme démocratique d’oncle Jo ! Sitôt Oscar Niemeyer enterré, les héritiers de Thorez, Marchais et Hue (cherchez l’erreur…) remplissaient les urnes de leurs sections avec des bulletins numérotés de 1 à 4.

Quatre textes d’orientation se disputaient en effet les faveurs des adhérents, avec deux lignes de fracture évidentes : le rapport au Front de Gauche – en clair, à Mélenchon – et à l’Union Européenne. Mais puisqu’on sait depuis Michels que parti rime avec oligarchie, les dés sont évidemment pipés, l’adhésion formelle à la « base commune » rédigée par Pierre Laurent et son équipe étant proportionnelle à son niveau de conformisme idéologique. Clin d’œil appuyé à Apollinaire, le texte majoritaire a recueilli 73.12% des suffrages communistes à l’issue d’une consultation interne dépassant les 54% de participation, preuve que le PCF s’intéresse autant aux idées que l’UMP à la pure rivalité des hommes. Ironie de l’histoire, un parti si longtemps sclérosé par le suivisme et l’allégeance au chef met aujourd’hui en musique un beau débat de fond, dont l’issue jouée d’avance restera néanmoins lettre morte, en dehors de quelques adaptations marginales. Il serait cruel de relever toutes les perles enfilées par l’insipide motion centrale « Rallumer les étoiles », de l’utilisation abusive de l’adjectif citoyen (l’inévitable « révolution citoyenne ») dont se gaussait allègrement un Philippe Muray, au bisounournisme « de la dignité humaine, du vivre ensemble, du respect de la laïcité et de la démocratie » qui tranche avec la déconstruction marxienne de tous ces concepts bourgeois !

Au passage, notons que les critiques les plus acerbes contre la « base commune » majoritaire, proviennent des textes alternatifs 1 et 3, qui proposent tous deux la rupture du Front de Gauche. « Un texte hors du temps, à prétention poétique, multipliant les diversions sociétales et les faux problèmes » lit-on dans l’alternative 3, qui a obtenu l’assentiment de 5.82% des militants en proposant une renaissance orthodoxe d’un PCF dégagé de  « la tutelle de sociaux-démocrates qui cachent mal sous les vociférations gauchistes leurs positions réformistes ». Traduction : Méluche, fais tes valises et rentre à Paris !

Armé d’une rhétorique souverainiste que ne renierait pas Nicolas Dupont-Aignan, le texte alternatif 1 préconise carrément un double divorce : avec le Front de Gauche d’un côté, l’Union Européenne de l’autre, loin de l’orientation « altermondialiste » qui est celle du PCF depuis le congrès de Martigues de 2000. Verdict : 5.7% des communistes ont dit oui à ce libelle qui rappelle les manifestes du CERES des années 1970.

Continuons notre décryptage de la prose communiste à l’usage des néophytes.  Il y a les inclassables, qui veulent se faire entendre au sein d’un Front de Gauche redynamisé qui n’aurait plus peur de prôner une sortie pure et simple de l’UE (décidément, une obsession de ces satanés souverainistes rouges qui dominent deux motions sur quatre. Mais que fait la police de la pensée ? ). Une taupe bien introduite place du Colonel-Fabien me souffle que le kamarad Jérôme Leroy ne serait pas insensible à « ce texte alternatif 2 » qui proclame fièrement : « Le projet d’une « Europe sociale » sur la base du capitalisme est une chimère » mais tempère aussitôt « Le capitalisme signifie désormais la régression sociale permanente ». Une petite phrase a priori innocente où l’usage de l’adverse « désormais » déboulonne les piliers du communisme de combat : nos alternatifs insinuent-ils que le capitalisme fut vivable ? À lire leur principale revendication économique – « la suppression de la propriété privée des banques et de tous les grands piliers de l’économie »-  on se dit que le capitalisme d’Etat suscite encore quelque nostalgie, du planisme gaulliste d’Henri Guaino aux super-étatistes du PCF.

Sur ces hautes considérations, passons à la rubrique matrimoniale. Parce que ces débats sans fin, passionnants au demeurant, n’infléchiront pas la direction de l’esquif Front de Gauche. Le cap de la direction ayant été approuvé à 75%, Pierre Laurent peut maintenant aborder la rive  du futur l’esprit occupé par ses petites bisbilles avec Jean-Luc Mélenchon. Ça tangue sérieusement entre l’ancien ministre de Jospin et le fils de l’apparatchik communiste Paul Laurent. À l’approche de la moitié de quinquennat, Méluche se rêve en Premier ministre de substitution d’un Hollande lassé par la social-démocratie, après une probable Berezina aux municipales de 2014. Laurent, fort d’un charisme d’écailleur d’huîtres à la Fête de l’Huma, mise plutôt sur le mouvement social et s’agace du présidentialisme obsessionnel de son impétueux partenaire tout en sachant qu’il lui doit les 11% de la présidentielle. Mélenchon, faute d’un véritable parti à sa disposition, doit s’appuyer sur les forces militantes communistes, non sans lancer quelques scuds parallèles pour concurrencer le PCF : Clémentine Autain, Christian Picquet et autres turbulents alternatifs.

Comme quoi, à gauche, certains mariages arrangés ont au moins autant d’avenir que le « mariage pour tous »…

*Photo : pcf.bourges.

Anticléricalisme : rien de nouveau sous le soleil…

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eglise vatican charlie

eglise vatican charlie

La haine que suscite le christianisme a pris la dimension d’un fait de société. Marcel Gauchet le constatait il y a douze ans déjà : « La communauté catholique est la seule minorité persécutée culturellement parlant dans la France contemporaine. » Cette persistance d’une hostilité irréductible a même surpris certains milieux chrétiens qui croyaient que la disparition du cléricalisme entraînerait ipso facto celle de l’anticléricalisme. Ainsi l’historien René Rémond le déplorait : « À la vérité nous n’avons pas seulement affaire à un malentendu, mais bien à une hostilité délibérée et déclarée, une haine véritable à l’égard du christianisme en général,  et des chrétiens eux-mêmes comme personnes. Certains propos qui entretiennent une culture du mépris tomberaient sous le coup de la loi s’ils visaient d’autres familles de pensée. »[1. Le Nouvel antichristianisme, DDB, 2005. Le Christianisme en acccusation, DDB, 2000.]

Chassé de la vie sociale, politique et intellectuelle, à peine toléré dans un espace privé de plus en plus confiné et surveillé, le christianisme est-il à la veille d’un « nouveau martyre », selon l’expression de Jean-Paul II ? Depuis une douzaine d’années, certains signes des temps sont inquiétants.

Ce fut l’ancien « Panzerkardinal » Ratzinger caricaturé en Hitler par les Guignols de l’Info et victime de l’hostilité sourde des médias. Ce furent les colonnes de Libération qui accueillirent régulièrement des diatribes christianophobes, en appelant même à une « opération chirurgicale antichrétienne » !

Ce fut le harcèlement médiatique de Jean-Paul II pendant sa maladie, traité d’ « assassin » et de « plus grand criminel de temps de paix » pour ses positions en matière de morale sexuelle. Aux banderoles déployées en 1996 devant la cathédrale  à l’occasion des manifestations soutenues par le réseau Voltaire et le Grand Orient de France contre son voyage à Reims – « Dieu est mort, qu’attends-tu pour le rejoindre, Jean-Paul ? » – firent écho les protestations de nos laïcards de gauche comme de droite – dont François Bayrou – contre la mise en berne des drapeaux français à sa mort, alors même que Fidel Castro décrétait à Cuba trois jours de deuil national !

Ce fut la surexploitation hypocrite des affaires de pédophilie dans l’Eglise pendant que la révolution des mœurs banalisait l’immoralité et promouvait l’homosexualité – alors que 80% des pédophiles poursuivis en justice sont homosexuels -, pendant que la pornographie envahissait la vie quotidienne, et qu’un arsenal législatif mortifère (contraception, avortement, génétique, euthanasie…) et antifamilial (divorce, Pacs…) se mettait en place – en attendant le “mariage pour tous”.

Sur fond de loi contre l’ « homophobie » et de revendications grandissantes, les agressions « gays » contre l’Eglise ne manquèrent pas non plus. Ce furent bien sûr les provocations insultantes des travestis déguisés en religieuses ou prêtres lors des visites de Jean-Paul II en France et les accusations criminelles dont il fit l’objet, mais aussi des passages à l’acte de plus en plus répétés, comme les irruptions des « Panthères roses » et autres militants « pédés et lesbiennes en lutte contre l’ordre moral » (sic) lors de messes à Notre-Dame, jusqu’à la parodie blasphématoire de mariage à l’autel de la cathédrale avec agression physique de son recteur, le tout aux slogans de : « Benoît XVI, homophobe, complice du Sida ! » Les militants « homos » ont été à la pointe du combat mené contre la morale naturelle défendue par les catholiques comme par l’ensemble des religions et civilisations. Leurs attaques de plus en plus virulentes et relayées se sont concentrées sur la famille et le mariage, de la « Gay Pride » conçue comme « un défilé pour l’homoparentalité » jusqu’à la revendication du “mariage gay”.

Ce fut la campagne de diffamation internationale contre La Passion du Christ de Mel Gibson, et le professeur Rocco Buttiglione qui dut abandonner la Commission européenne pour cause de christianisme : « Comment pouvez-vous prétendre siéger à la commission alors que vous reconnaissez vous-même que vous êtes proche du Vatican ? », lui demanda un parlementaire lors de son audition !

Ce furent les calomnieux procès d’intention en antisémitisme de Pie XII, mais aussi à l’occasion de l’examen des causes de béatification d’Isabelle la Catholique, Pie IX et d’autres, et même Maximilien Kolbe et Edith Stein ! Ce fut l’exigence délirante de censure et de réécriture des Evangiles – antisémites, bien sûr !

Pendant ce temps, romans à la Dan Brown, films, manuels scolaires, bandes dessinées, séries télévisées véhiculaient des légendes antichrétiennes, dressant à un public crédule une vision caricaturale de l’Eglise sur le terreau d’une inculture généralisée, tandis que des « spécialistes » comme Henri Tincq, Jacques Duquesne, Jérôme Prieur et Gérard Mordillat se partagaient le monopole médiatique, où l’on vit le religieusement inculte décider du religieusement correct. Ce mélange de terrorisme intellectuel, de révisionnisme historique et de lynchage médiatique serait déjà en soi suffisamment inquiétant, s’il n’y avait pas eu en plus les lois laïques et divers dispositifs antisectes qui laissaient augurer d’interprétations et d’instrumentalisations antireligieuses : ainsi, un aumônier diocésain fut interdit de lycée public à Toulon pour cause de port de soutane.

Ce regain d’irréligion n’est bien sûr pas monolithique et connaît des nuances. Mais il a aussi ses fanatiques et nostalgiques de la guillotine façon Michel Onfray ou Vincent Peillon, idéologues du nouvel athéisme qu’ils appellent de leurs vœux. En fait de nouveauté, leurs arguments ne sont généralement qu’une resucée enragée des vieux poncifs scientistes et des argument antireligieux les plus éculés. Le monothéisme, voilà l’ennemi ! Accumulant calomnie sur amalgame et mensonge sur approximation, ils n’en épargnent en principe aucun – le juif, le chrétien, le musulman-, en se concentrant cependant avec une étrange fixité sur le christianisme catholique, pierre philosophale rendu très sérieusement responsable de tous les maux de la Terre. Il est des degrés où l’ignorance peut devenir meurtrière. Car le vague est pire que le faux, car on peut s’opposer au faux, mais on se noie dans le vague.

La société moderne, matérialiste et relativiste, porte en elle la haine du Christ. Un antichristianisme renouvelé a pris le relais du vieil anticléricalisme pour plier l’Eglise à la discipline de la société marchande. A cet idéal qui fait de l’accumulation des biens matériels la fin même de l’existence humaine, le christianisme apporte la plus radicale des contradictions. Le ressort profond de la christianophobie, c’est la haine du Christ. La christianophobie est avant tout une christophobie.

Sommes-nous revenus au temps des catacombes, celui où les chrétiens vivaient cachés comme des chiens, cette époque de Rome où nous servions de boucs émissaires pour toutes les insanités des temps ? Jésus avait en tout cas prévenu : « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en au d’abord contre moi. Si vous apparteniez au monde, le monde vous aimerait, car vous seriez à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. »[2. Jn 15, 18-19.] Le Pape saint Pie X le rappelait en 1911, à l’aube d’un siècle qui serait le plus riche en martyrs de toute l’Histoire : « L’Eglise est une Eglise persécutée. En fait, si l’Eglise n’était pas victime de la persécution, elle cesserait d’être l’Eglise de Jésus-Christ, et perdrait une preuve de son authenticité. »

Le passé, le présent et l’avenir offrent ainsi largement de quoi méditer et vivre l’ultime béatitude : « Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. »[3. Mt 5, 11.]

*Photo : Charlie Hebdo.

Merci Depardieu !

En vendant son luxueux hôtel particuler de la rue du Cherche-Midi pour s’installer dans une misérable bicoque de Néchin (Belgique), Gérard Depardieu sacrifie à la fois son art de vivre et sa réputation publique pour signaler à ses compatriotes l’impasse fiscale dans laquelle le Gouvernement a engagé le pays.
Certains, à l’image du député PS Yann Galut, voudraient le priver de son passeport, comme Robespierre punissant de mort les émigrés.

Jean-Marc Ayrault lui-même s’est permis de dénoncer un comportement « minable », une insulte digne de Buffet Froid que le Premier Ministre se garderait bien d’adresser aux pires délinquants.
Le pouvoir politique, extrapolant son rôle légitime dans un régime démocratique, s’imagine propriétaire des coeurs et des passeports de ses concitoyens. Il est temps de lui rappeler que les libertés individuelles (de mouvement, de propriété…) sont au fondement de notre République.

En ancien français, « Depardieu » désigne le lieu où l’on payait la dîme (l’impôt pour l’Eglise, aboli en 1789). Merci à Gérard Depardieu de nous rappeler que l’impôt peut devenir confiscatoire, surtout lorsqu’il ne sert qu’à engraisser une administration incapable de se réformer.

Gaspard Koening est écrivain.
Aurélien Véron est président du Parti Libéral-Démocrate.
Anne Bourdu est avocate.

Compétitivité chérie, chère compétitivité

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rapport gallois hollande competitivite

rapport gallois hollande competitivite

Le débat public français le veut ainsi. Le rapport Gallois sur la compétitivité française, élaboré à la demande du gouvernement, n’a pas occasionné la confrontation d’idées qui eût permis de lui donner un impact véritable. Il a, en revanche, ouvert une fenêtre de tir médiatique instantanément utilisée par les ministres de François Hollande pour annoncer leur propre plan de soutien à l’économie.

Ce rapport ouvrait cependant des perspectives d’action plus larges que celles du dispositif gouvernemental. Il réclamait ainsi de mettre à l’essai l’exploitation du gaz de schiste, de ne pas amputer sans raison majeure la capacité nucléaire civile ; il posait la question de la parité de l’euro, monnaie la plus surévaluée au monde après le yen. Ces questions attendront de meilleurs jours.

Pour le reste, ses préconisations étaient attendues. Louis Gallois a mesuré les handicaps français durant ses longues années d’activité à la tête de grandes entreprises, comme EADS, qui sont aussi des donneurs d’ordres à des centaines d’entreprises petites et moyennes. Il sait que la France, moins atteinte que beaucoup d’autres par la violente crise occidentale de 2008 et 2009, est cependant exposée à de graves mécomptes par l’érosion de sa compétitivité. L’économie nationale se trouve sans doute à la croisée des chemins, et dans la pire situation qui soit puisqu’elle doit s’adapter et se renforcer tout en subissant les effets débilitants de la crise de ses voisins de l’Europe du Sud. Toute la difficulté de l’énoncé français tient en deux propositions : premièrement, il lui faut dégager les moyens d’une compétitivité accrue de ses entreprises, les industrielles surtout ; deuxièmement, elle ne peut déprimer brutalement sa demande intérieure, comme ses voisins du Sud, sans basculer dans une récession plus violente encore. Elle doit donc recevoir et interpréter la leçon d’efficacité de l’Allemagne et accepter la leçon de l’échec des politiques de rigueur aveugles pratiquées en Espagne ou en Italie. Presque une gageure.[access capability= »lire_inedits »]

Sommes-nous trop chers ?

L’Allemagne sert toujours de référence quand on veut étalonner la défaillance française. Ses performances font les délices de ces journalistes prolixes, à défaut d’être lettrés, qui se livrent à un exercice de « déclinologie » nationale ou plutôt hexagonale. Et la tentation est forte, face à la conjuration des imbéciles, de réclamer d’autres manières de mesurer nos performances, d’autant plus que la crise a fait justice de tous ces pseudo-modèles qui ont été offerts à l’admiration des niais : États-Unis, Angleterre, Espagne, sans compter le « tigre » celtique (l’Irlande).

Nous devons cependant accepter de comparer la France à la nation qui incarne momentanément l’efficacité, pour la bonne raison que nos deux pays sont au cœur de l’Europe d’après-guerre et que le déclin irréversible de la France, par rapport à son grand partenaire, entraînerait un changement irrémédiable des relations au sein du Vieux Continent. De fait, nous le verrons, Paris n’a plus les moyens apparents de parler d’égal à égal avec Berlin.

Avant d’établir le constat de faiblesse française, relevons cependant l’omission constante qui entache la comparaison des résultats des deux côtés du Rhin. Les économistes qui s’y consacrent oublient – délibérément – la divergence démographique des deux pays, avec des taux de fécondité de 2 enfants par femme pour la France et de 1,35 pour l’Allemagne. C’est ainsi que les impacts différents sur les charges publiques et le chômage échappent à l’analyse et au commentaire. Pourtant, cela fait vingt ans que les nouveau-nés français sont plus nombreux que les nouveau-nés allemands. Mais les charges substantielles que cet état de fait représente pour notre système public ne sont pas comptabilisées, l’impact sur le déficit n’est pas évalué. De même, est laissée dans l’ombre la contribution de la faible fécondité allemande à l’amélioration des statistiques du chômage. Pourtant, il y a chaque année un différentiel de plus de 300 000 unités entre le nombre des Allemands qui accèdent à la retraite et celui des Allemands qui entrent sur le marché du travail. Mais passons.

Le premier signe inquiétant du recul de notre compétitivité est apparu en janvier 2004 avec un solde négatif du commerce extérieur qui devait être le premier d’une longue série. D’année en année, le déficit des échanges s’est maintenu ou aggravé pour atteindre le chiffre substantiel de 73 milliards d’euros en 2011. Trois éléments complémentaires permettent de comprendre la médiocrité de notre situation. La part des exportations françaises dans les exportations de la zone euro n’a cessé de se réduire. Notre excédent des échanges de services s’est évanoui. Enfin, le solde reste négatif, même si l’on déduit nos importations de cette énergie que nous ne trouvons pas dans le sous-sol français, soit 60 milliards d’euros aux prix courants des produits concernés[1. Le solde extérieur subit aussi l’effet négatif d’une consommation qui est restée, en France, constamment supérieure à la consommation allemande, avec des croissances respectives de 21% et de 3 % entre 2000 et 2009.].

Il y a deux manières, pas forcément contradictoires, d’expliquer la faiblesse de nos résultats : incriminer l’excès des coûts du travail ou mesurer un retard dans l’organisation et l’équipement des entreprises françaises.

Le premier point est si fortement plaidé par les employeurs que le lecteur risque d’être lassé par une énième redite. Et certains pourraient imaginer que j’ai rejoint le giron patronal où j’ai longtemps travaillé. Mais il est vrai que l’heure d’ouvrier dans l’automobile se situe autour de 35 euros en France, contre 32 euros dans cette Allemagne réputée pour la qualité de sa production, 22 euros en Espagne, 10 euros au Portugal et en Slovaquie. Nous sommes au sommet de l’échelle des coûts avec la Suède et la Belgique. Il faudrait donc que l’appareil de production national se situe parmi les meilleurs au monde pour supporter sans dommage un tel niveau de rémunérations.

Mais pourquoi les employeurs français se plaignent-ils d’une telle situation ? Hormis le SMIC, dont l’évolution a été ralentie depuis 2007, la fixation des rémunérations reste de leur ressort. Or les chiffres indiquent que le pouvoir d’achat des salaires privés a toujours été maintenu, et souvent augmenté, durant toute la période de déclin apparent de notre compétitivité. Les dirigeants d’entreprise auraient pu s’efforcer de ralentir cette évolution, voire de négocier, quand c’était possible, un réajustement, pour endiguer la montée des coûts du travail. Et d’autant plus que les charges sociales dont ils se plaignent jour après jour s’élèvent en proportion du salaire de base, qui sert à leur calcul. Il y a là un des plus importants non-dits du débat sur la compétitivité, qu’il faut mettre au jour pour que le débat se développe dans sa plénitude.

Le rapport Gallois a préconisé un début de solution en proposant une réduction des charges sociales pesant sur les salaires allant jusqu’à 3,5 fois le SMIC, pour un coût total de 30 milliards d’euros pour les finances publiques. La limite de salaire retenue dans le rapport tend à prendre en considération le fait que les salaires pratiqués dans les secteurs industriels, engagés dans la compétition internationale, sont plus hauts que ceux distribués dans les services à la personne, qui répondent à une demande locale. Louis Gallois s’est efforcé, autant que possible, de se porter au secours des entreprises industrielles, les plus en difficulté, et cruciales pour la solution du problème de la compétitivité.

À partir du même constat, le gouvernement a retenu un dispositif d’inspiration différente, sous la forme d’un crédit d’impôt utilisable par les entreprises pour les salaires allant jusqu’à 2,5 fois le SMIC. Qu’est-ce qu’un crédit d’impôt ? C’est une mesure qui permet d’alléger l’impôt dû par l’entreprise en déduisant une dépense déterminée, mais aussi d’effectuer un virement à son bénéfice si elle ne réalise pas de profits[2. Un bon exemple est fourni par le crédit d’impôt en faveur de la recherche.]

Compréhensible dans son principe par tous les bénéficiaires, elle est pourtant d’un usage moins commode que l’allègement des charges sociales préconisé par Louis Gallois. Mais son adoption par le gouvernement répond à une difficulté politique : les syndicats ne veulent plus de réductions de charges sociales qui fragilisent sans cesse la base de calcul du financement des régimes de la protection sociale qu’ils cogèrent avec le patronat.

C’est donc une mesure d’application délicate qui a été retenue. Et c’est une mesure qui touchera peu l’industrie, puisqu’elle ne visera pas les rémunérations du personnel qualifié qu’elle emploie. Les ministres concernés avouent que l’aide reçue par l’industrie et les services à l’industrie ne dépassera pas 4 milliards d’euros sur les 20 milliards consentis en sacrifice par l’État.

N’aurait-il pas, d’ailleurs, été plus efficace de cantonner la mesure aux secteurs concernés par la compétition internationale ? Oui, bien sûr, mais la chose est impossible, depuis qu’elle a été interdite aux États-membres par l’Union européenne, au nom du principe d’égalité. Tout État qui prend une mesure spécifique en faveur d’un secteur exposé à la concurrence de ses homologues européens voit annuler cette mesure par Bruxelles ou par Luxembourg[3. Ainsi pour les mesures Borotra prises en 1994 pour soutenir le textile, l’habillement et le cuir.]. L’obligation qui résulte de la loi européenne rend coûteux et peu efficaces les dispositifs qui embrassent l’ensemble des secteurs économiques. Et la dernière initiative gouvernementale le démontre encore. Selon l’estimation officielle, la réduction du coût du travail consentie par le biais du crédit d’impôt représente 6 % en moyenne, mais moins pour les industries bénéficiaires. Il aurait fallu consacrer 60 milliards d’euros pour obtenir l’impact dont ces industries ont besoin dans l’immédiat pour tenter de reprendre le chemin d’une modernisation rapide.

Nous sommes trop peu efficaces

Parallèlement au débat − juste mais obsédant − sur le poids du coût du travail en France, émerge un autre débat sur l’efficacité intrinsèque de notre appareil de production. Il ne consiste pas à réclamer que les entreprises françaises se cantonnent dans les activités high tech en délaissant les productions courantes, comme les y incitent des économistes qui ne savent pas, et ne sauront jamais, que les créateurs ou développeurs d’entreprises s’intéressent, sans discrimination, à tous les secteurs et à toutes les niches où l’innovation peut s’exprimer avec profit, et qu’une économie moyenne comme la française ne saurait se contenter de la haute technologie si on attend d’elle qu’elle crée le nombre d’emplois voulus.

Des études récentes montrent que les entreprises françaises accusent un important retard dans le processus nécessaire de leur modernisation[4. Elles ont été menées ou rassemblées par le cabinet d’études Xerfi.].

Nous avons trop peu de robots. Ici, la comparaison avec l’Allemagne s’avère presque décourageante. Nos entreprises achètent, bon an mal an depuis 2000, 3000 ou un peu plus de 3000 robots industriels, là où leurs concurrentes allemandes en achètent aujourd’hui plus de 19 000, contre près de 13 000 déjà en 2000 ! Les États-Unis, et même l’Italie, font mieux, en proportion de l’importance de leur économie. Et la durée de vie des robots mis en œuvre dans les industries françaises atteint vingt ans en moyenne, au lieu de dix dans le reste du monde.

Si l’on ajoute un retard comparable dans la mise en œuvre des systèmes informatiques et des dépenses de R&D, qui se situent à l’indice 191 en France pour 384 en Allemagne, une question s’impose. Comment se fait-il que la France, pays de matheux, d’ingénieurs et d’informaticiens, ne s’appuie pas davantage sur les outils qui découlent du travail de tels cerveaux ? La capacité exceptionnelle de notre filière aéronautique et spatiale, de loin la première au monde au regard des populations concernées, démontre pourtant que la France n’a pas perdu son génie industriel, y compris dans les productions d’avenir. Pourquoi ce génie ne se déploie-t-il désormais que dans quatre grandes filières (aéronautique, pharmacie, énergie, BTP) et dans un nombre d’entreprises limité par ailleurs ?

Sans doute le moment est-il venu d’une mobilisation des capacités du pays, à partir d’un constat moins réducteur que celui de l’excès des charges. Le débat sur la compétitivité appartient à tous, et pas seulement aux représentants de la nomenklatura nationale qui tentent de le confisquer. Prenons le soin de le nourrir et de l’approfondir. Avec cet espoir : que nos entreprises, qu’il faut aider sans doute, sans retard, sachent investir dans les outils qui déterminent l’efficacité aujourd’hui. Peut-être n’est-il pas trop tard.[/access]

*Photo : DGTresor.

Assommons les pauvres !

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Alors que le gouvernement français annonce un « choc de solidarité  » pour lutter contre la pauvreté et que les belles âmes s’indignent contre l’exil fiscal de Gérard Depardieu, il est temps de relire Baudelaire. Et spécialement le poème en prose « Assommons les pauvres » qui nous changera agréablement des élucubrations de tous les entrepreneurs de bonheur public et d’harmonie sociale qui veulent nous persuader que les pauvres sont tous des rois détrônés qu’il convient de loger, de nourrir, de soigner et de traiter non comme des esclaves ou des mendiants, mais avec une générosité et une grandeur d’âme qu’on prête volontiers à autrui, tout en sachant que chacun privilégiera toujours son confort personnel et ses intérêts.

Baudelaire, accablé par la lecture de traités sur l’art de rendre les peuples heureux, sages et riches dans les plus brefs délais, sortit de chez lui dans un état d’esprit avoisinant le vertige ou la stupidité. Comme il allait entrer dans un cabaret, un mendiant lui tendit son chapeau avec un de ces regards suppliants censés provoquer la pitié. Plutôt que de feindre de l’ignorer, Baudelaire écouta son Démon intérieur, un Démon de combat qui lui chuchota ceci : « Celui-là seul est l’égal d’un autre qui le prouve, et celui-la seul est digne de la liberté qui sait la conquérir. »

Joignant l’acte à la pensée, Baudelaire se précipita sur le mendiant et le tabassa. Tout à coup – ô miracle ! ô jouissance du philosophe qui vérifie l’excellence de sa théorie ! -, Baudelaire vit cette antique carcasse se redresser avec une énergie qu’il n’aurait jamais soupçonnée et lui lancer un regard haineux de bon augure. Alors seulement, il dit au pauvre bougre : « Monsieur, vous êtes enfin mon égal ! Veuillez me faire l’honneur de partager avec moi ma bourse. Et, surtout, si un miséreux vous demande l’aumône, appliquez-lui la théorie que j’ai eu la douleur d’essayer sur votre dos ! »

Morsi n’a pas encore raflé la mise

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egypte morsi freres

egypte morsi freres

L’Egypte est divisée et pas seulement entre ceux qui ont voté samedi dernier et ceux qui le feront samedi prochain. En juin, Mohamed Morsi avait remporté les élections présidentielles en réunissant 51.7% des suffrages contre 48.3% pour son rival Ahmad Chafiq. Six mois plus tard, à en croire les résultats officieux du vote de samedi, nous sommes toujours face à deux Egypte. La première détient légalement le pouvoir institutionnel pendant que la seconde, minoritaire de peu, essaie de la priver de légitimité, parce qu’elle ne fait pas confiance aux nouveaux maîtres du plus vieil Etat arabe.

Cette dernière carte, l’opposition, pourtant hétéroclite, la joue remarquablement bien. Il y a une semaine, après un bras de fer de plusieurs jours, elle a forcé la main au président Morsi. Sous l’effet conjugué de la fronde des magistrats, des pressions de la rue, d’une partie de la presse et de la communauté internationale, celui-ci a dû renoncer aux prérogatives qu’il s’était accordées. Le président s’est même résigné à faire appel à l’armée pour rétablir l’ordre quatre mois après avoir administré un prodigieux camouflet au Conseil Supérieur des Forces Armées. Si la justice et les médias, qui représentent les troisième et quatrième pouvoirs, ont remporté une manche face à l’exécutif et au législatif, les islamistes détiennent toujours la présidence égyptienne et la majorité des sièges du Parlement. Malgré ce récent revers, Morsi a pu sauver l’essentiel : conformément à ses vœux, la nouvelle constitution votée par l’assemblée constituante le 1er décembre a été immédiatement soumise à référendum.

Après l’abrogation du décret présidentiel du 22 novembre, les principaux partis de l’opposition ont décidé de ne pas boycotter le référendum, ce qui facilite grandement la tâche de Morsi. Ainsi, tout en rejetant le projet de Constitution rédigé par la constituante, laïcs et libéraux ont décidé de relever le défi en menant campagne pour le « non ». Selon eux, ce texte contient trop de lacunes et de formules ambiguës qui permettraient au régime de transformer une constitution d’apparence démocratique en outil de répression. L’opposition craint en effet de voir l’Egypte post-révolutionnaire passer de la dictature d’une minorité à la dictature de la majorité.

Exemple typique de flou constitutionnel, l’article 45 sur la liberté d’expression garantit notamment la liberté de conscience tandis que l’article 44 interdit d’insulter les prophètes en général et Mohamed en particulier (le « messager » de Dieu dans l’islam). Quant à l’article 198, il instaure une justice d’exception en permettant aux tribunaux militaires de juger des civils poursuivis pour « crimes contre les forces armées », une notion floue qui attend toujours d’être définie…

Comme toute bonne constitution, ce texte est ambigu et repose davantage sur la culture et les traditions politiques qui le portent que sur son contenu explicite. Autrement dit, il est moins important de déterminer ce qui est écrit dans la constitution que de savoir qui sera appelé à l’interpréter et dans quelles conditions. Or, l’Egypte manque cruellement d’une tradition démocratique, ce qui justifie les craintes et la méfiance de l’opposition.

Reste à savoir si les journalistes et les magistrats, sous l’œil vigilant du cinquième pouvoir égyptien – les forces armées – parviendront à garantir les libertés inaliénables qui constituent l’âme de la démocratie libérale. Dans un avenir proche, rien n’est moins sûr.

*Photo : Jonathan Rashad.

Tous en Belgique !

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belgique pma depardieu

belgique pma depardieu

Xavier Théry et Elisabeth Lévy ont bien raison de renvoyer la plupart des socialistes à leurs contradictions. Lorsqu’on a souhaité, dans le discours et dans les actes, la citoyenneté européenne – sinon mondiale -, la liberté de circulation des biens et des personnes, il est plutôt culotté de reprocher à Gérard Depardieu d’en profiter. Mais l’actualité est décidément taquine et on a pu observer hier, aussi bien dans la rue que sur les réseaux sociaux, des contradictions pas moins consternantes.

Ainsi, les mêmes qui reprochaient à l’acteur français de profiter de la législation belge ne voyaient visiblement aucun inconvénient à ce que des femmes aient pu faire de même en matière bioéthique. Ainsi, aller habiter à Néchin pour payer moins d’impôt, c’est mal mais faire un aller-retour à Liège pour bénéficier d’une Procréation Médicalement Assistée, où l’on pourra choisir la couleur des yeux et des cheveux du donneur, c’est très bien – comme nous l’expliquait aujourd’hui un reportage de RTL. S’en tenant à un « principe de réalité » dont ils nient la légitimité en matière fiscale, ils réclament aujourd’hui que la France adopte une législation similaire à celle de la Belgique en matière de PMA non sans qualifier d’homophobes ceux qui s’en inquiètent plus ou moins bruyamment. Dans un même souci de défendre la liberté individuelle, Pierre Bergé pousse le bouchon plus loin encore en demandant que la gestation pour autrui, en vigueur dans d’autres pays puisse aussi être autorisée en France, attendu que « Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ?… « . Le Grand Marché, on le voit, fait des émules, au moins en matière sociétale.

Mais ne comptez pas sur moi pour m’arrêter là. Car, de l’autre côté aussi, on manque de cohérence. Ainsi peut-on observer sur le flanc droit de l’échiquier politique, des personnes qui ne voient non seulement aucun inconvénient à ce que Gérard Depardieu use de sa liberté individuelle de circulation, mais en imputent la responsabilité au nouveau gouvernement qui aurait trop chargé la barque fiscale. Se prévalant aussi d’un « principe de réalité », ils réclament que notre législation fiscale soit adaptée dans le sens d’une moins grande taxation ainsi qu’elle existe dans d’autres pays européens. En revanche, pas question pour eux d’autoriser la PMA en France comme elle l’est en Belgique. Les femmes qui ont profité du Grand Marché européen, qu’ils ont aussi, pour la plupart, entériné par leurs votes aux différents traités, peuvent se retrouver, avec leurs enfants ainsi conçus, dans des situations difficiles, peu leur chaut, on ne va pas s’aligner sur la Belgique pour si peu.

Votre serviteur, vous l’aurez compris, ne fait partie ni de la première, ni de la seconde catégorie. Il a voté à chaque fois qu’il a pu contre le Grand Marché. Il trouve légitime que le gouvernement de son pays, légitimement élu, puisse faire adopter les législations fiscales et bioéthiques qu’il souhaite. Il considère que copier sur le pays voisin au nom d’un « principe de réalité » à géométrie variable constitue un aveu d’impuissance démocratique. Et trouve profondément triste que certains de ses compatriotes se soustraient à l’expression de la volonté générale de leur Nation, en matière fiscale comme en matière bioéthique.

 

 

L’érotisme n’est pas un humanisme

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Lorsque j’étais gardien de musée, un détail fonctionnel me passionnait plus que tout. L’organisation des rondes était ainsi faite que, lorsqu’un gardien partait en pause, l’autre reprenait son poste. La jonction s’effectuait dans les sous-sols du musée national, et, en dépit d’une odeur persistante de Mort aux rats, je saluais toujours Gégé d’un sympathique: « Bonne pause ! » C’est alors que mon collègue me répondait invariablement : « Merci, à toi aussi », comme si j’allais, comme lui, me prélasser sur une banquette. Guère troublé par cette incohérence, Gégé trouvait tout naturel de me saluer à son tour, et cette politesse le conduisait tout aussi naturellement à se méprendre sur ma direction – au point de me souhaiter un bon repos lorsque je reprenais mon travail.

Cette historiette nous montre à quel degré d’absurdité peut nous conduire le démon de la symétrie. Les rapports symétriques possèdent bien des domaines d’application, depuis l’égalité démocratique jusqu’à cette bizarrerie sentimentale qui fait rêver les jeunes filles, je veux parler de l’amour réciproque.

Une chose est sûre, les rapports symétriques sont aujourd’hui valorisés par les plus hautes institutions du pays. Pour l’Eglise, par exemple, aimer son prochain comme soi-même est une bonne chose. En politique, le fait qu’un aristocrate éclairé partage avec un boulanger de basse extraction une conception identique de l’unité républicaine provoque une émotion particulière, nommée enthousiasme. L’enthousiasme est très bien vu, alors que l’égoïsme ne l’est pas. Un député qui s’arrogerait le droit de disposer des biens publics pour son usage personnel aurait le plus grand mal à défendre son point de vue.

Pour légitime qu’elle soit aux yeux des démocrates, cette manie de la symétrie a quelque chose d’assez pesant. Elle est notoirement impuissante a rendre compte de nos fantasmes sexuels, et, partant, d’un aspect capital de notre vie. Inutile d’insister sur le peu d’enthousiasme que suscite le respect de l’autre chez un adepte du SM. Inutile d’insister sur le cinglant démenti que la pratique du bukkake apporte à la conception lévinassienne du Visage. L’érotisme n’est pas un humanisme. Ces deux mondes sont aussi éloignés l’un de l’autre qu’un poisson d’une pomme.

Aussi est-ce avec une certaine curiosité que je me suis rendu à la manifestation contre le « Mariage pour tous ». Il est rare que l’on s’oppose à l’extension d’un droit. Il y faut certainement quelque courage.

Au cours de ce défilé passionnant, bien des participantes m’ont confié n’avoir aucune attirance pour la répartition équitable des tâches. « Si je devais me marier avec vous, m’a dit une fille, jamais je ne vous demanderais de faire le ménage aussi souvent que moi ». Je dois dire que la finesse de ce raisonnement n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

Les antiféministes de la jeune génération m’ont paru fort sensées, et j’aurais volontiers brandi une pancarte pour leur prêter main forte. Hélas, je n’ai pas pu les suivre sur le terrain du Père, de l’Autorité, et de la Famille. Mes interlocutrices restent persuadées que la famille est au fondement de la société, et que le Père, dont les homosexuels contribuent à brouiller l’imago, ne doit pas devenir une figure incertaine. Je ne suis pas sûr que Kierkegaard ou Kafka, les deux sommités sur la question, seraient d’accord avec elles. Être incertain du Père n’est pas une perte de repère, c’est un commencement de lucidité. C’est ce qui nous permet de ne pas adhérer comme des fanatiques à notre propre credo. C’est ce qui nous permet d’ouvrir un espace au doute, à l’humour, à la littérature, et la littérature est ce qui nous donne de ne pas devenir des idolâtres.

Mais ne jetons pas trop vite les grenouilles avec l’eau du bénitier. La théologie chrétienne recèle bien des trésors, à commencer par la notion de grâce. Est-il conception plus asymétrique que la « sola gratia » du Concile d’Orange ? Pourquoi un homme qui a travaillé toute sa vie devrait aller en enfer alors qu’un homme qui n’a rien fichu de ses deux mains s’assiérait à la droite de Dieu sous prétexte qu’il a été touché par la grâce ? Quelle drôle de théologie est-ce là ? On peut moquer tous les conservatismes que l’on voudra, on ne remerciera assez les chrétiens de nous avoir délivré, par la grâce, de l’idéologie malsaine du mérite. Les partisans de la grâce proportionnelle aux bonnes oeuvres n’ont pas tort de vouloir se comporter correctement, et je comprends ce que peut avoir de rassurant cette équation. Mais la grâce véritablement gratuite, la magnifique sola gratia de 529, aura toujours ma préférence. Il est encore plus beau de se dire que la volonté de Dieu ne dépend pas de nous. Il est encore plus intéressant de se dire que le salut, au bout du compte, est sans raison.

Prêteurs sans gages

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emprunt etat europe

emprunt etat europe

M. Dupond, après une longue carrière d’exploitation capitaliste, a réussit à se constituer une épargne pour améliorer l’ordinaire une fois l’âge légal de la retraite passé ou, le cas échéant, pour survivre des fois que l’État ait fait faillite d’ici là. Comme il est patriote, M. Dupond décide d’aider l’État français à se financer en plaçant ces économies sur l’OAT 2,25% 25 octobre 2022, obligation émise pour de vrai le 31 octobre[1. Cette émission obligataire a permis à l’État d’emprunter 4,4 milliards d’euros sur 10 ans à un taux moyen de 2,22%.].

Il faut dire que des emprunts d’État, il y en a. C’est la maladie classique des social-démocraties : elles sont en permanence tiraillées entre cette part de leur électorat qui réclame des services publics gratuits (i.e. financés par l’impôt) et ceux de leurs électeurs qui rechignent à raquer pour les autres. Du coup, afin d’assurer la réélection de l’équipe en place et une fois les trésors du génie fiscal épuisés, la social-démocratie se met à créer des dettes. Mieux encore, elle a même trouvé un moyen de justifier scientifiquement ses penchants clientélistes grâce à John Maynard Keynes : créer du déficit et de la dette, c’est une politique de croissance  et donc, c’est bien ; gérer son budget sainement, c’est de l’austérité et donc, c’est mal.

Bref. Le 31 octobre 2012, M. Dupond achète pour 100 euros (multipliez ce chiffre et les suivants comme bon vous semble) d’OAT 2,25% 25 octobre 2022, en vertu de quoi l’État s’engage à lui verser 2,25 euros d’intérêts par an pour chacune des dix prochaines années et à lui rembourser ses 100 euros en octobre 2022. Naturellement, ces intérêts seront fiscalisés soit au taux du prélèvement libératoire de 24%, soit au barème progressif de l’impôt sur le revenu et devront également être amputés de 15,5% de prélèvements sociaux : ce qui signifie que l’État pourrait récupérer jusqu’à 39,5% des intérêts qu’il paye à M. Dupond via son administration fiscale.[access capability= »lire_inedits »]

Il est important de noter qu’à ce stade, du point de vue de l’État, l’opération est définitivement bouclée : quoi qu’il arrive, il dispose désormais de 100 euros qui lui coûteront 1,36 euros par an (2,25 euros d’intérêts dont il récupère 89 centimes sous forme de taxes) et qu’il devra rembourser à M. Dupond en octobre 2022[2. L’État s’est engagé à rembourser 100 euros mais n’a jamais précisé ce que sera la valeur de ces 100 euros… D’où les velléités d’une part croissante de nos politiciens à remettre la main sur la planche à billets.].

Évidemment, dix ans, c’est long, et il est tout à fait possible que M. Dupond ait finalement besoin de son argent entre-temps. Fort heureusement pour lui, les obligations ont ceci de pratique qu’elles peuvent se revendre au marché de l’occasion − le marché « secondaire », par opposition au marché « primaire » sur lequel M. Dupond a prêté de l’argent à l’État. Tout le problème est de savoir à quel prix.

Par exemple, en octobre 2015, notre obligation à dix ans sera devenue une obligation à sept ans, et il est tout à fait possible que le niveau des taux d’intérêt à sept ans, à cette date, ne soit pas de 2,25% mais de 3%. Du coup, pour refourguer son obligation, M. Dupond sera obligé de baisser son prix de vente de manière à ce que les 2,25 euros d’intérêts annuels payés par l’État permettent à l’acquéreur d’obtenir un rendement de 3% (sinon, bien sûr, il ira voir ailleurs). En l’occurrence, M. Dupond devra vendre son obligation à 95,3 euros et donc subir une perte en capital de 4,7%.

Naturellement, le raisonnement symétrique est également vrai : si, en octobre 2015, M. Dupond cherche à revendre son obligation alors que les taux à sept ans sont à 1,5%, il réalisera une plus-value d’environ 5 euros par rapport à ses 100 euros initiaux (et devra au passage s’acquitter de 34,5% d’impôts sur ce montant). De ce qui précède, le lecteur est invité à retenir deux choses. Règle numéro 1 : d’une manière générale, dire que les taux des obligations montent est strictement équivalent à dire que leur prix baisse (et inversement) ; c’est le même phénomène vu d’un angle différent. Règle numéro 2 : du point de vue du débiteur − ici l’État − rien ne change ; que les taux ou les prix montent ou baissent, il continue à payer ce qui était prévu au départ.

Or, voilà qu’en octobre 2015, le gouvernement français s’apprête à clôturer son quarantième exercice fiscal d’affilée en déficit. Les caisses sont vides, les entreprises et les contribuables mettent la clé sous la porte ou fuient vers des cieux plus cléments, le chômage et les prestations publiques qu’il implique explosent… Bref, l’État français est en quasi-faillite : on ne sait pas encore s’il répudiera unilatéralement tout ou partie de sa dette ou s’il se contentera de revenir au franc pour le dévaluer (et donc rembourser en monnaie de singe, ce qui revient au même) ; ce qui semble de plus en plus probable, c’est que les créanciers de l’État risquent passer à l’essoreuse.

Du point de vue de M. Dupond, naturellement, c’est un gros problème : non seulement il pressent que sa retraite par répartition a déjà été répartie dans d’autres poches que les siennes mais, en plus, il comprend parfaitement que les fameux marchés financiers, c’est lui. M. Dupond a beau faire habituellement preuve d’un flegme à toute épreuve, les hurlements de panique de Mme Dupond ne l’y aident pas. Alors, M. Dupond cherche à vendre son obligation, quitte à la brader, quitte à perdre la moitié de ses économies : il préfère ça à la ruine totale.

Seulement voilà, la situation financière de l’État n’est un secret pour personne et déjà, les créanciers − la caisse de retraite de M. Durand, la compagnie d’assurances qui gère le contrat d’assurance-vie de M. Michel, le fonds d’investissement sur lequel M. Leblanc a placé son épargne − se précipitent pour se débarrasser de leurs titres. Du coup, les prix s’effondrent et les taux s’envolent. C’est à ce stade que la cavalerie des agences de notation, toujours en retard de trois plombes depuis qu’elle est devenue une annexe du régulateur, arrive et dégrade la note souveraine de la France. Bien sûr, personne ne les croit, mais les quelques investisseurs qui n’avaient pas encore cédé à la panique se voient maintenant contraints par la loi de liquider leurs positions.

Sur le marché obligataire, c’est O.K. Corral. Les derniers investisseurs craquent et réalisent des pertes énormes en cédant leurs obligations alors que seuls quelques hedge funds acceptent encore de les racheter à des prix dérisoires. Plusieurs compagnies d’assurances ont déjà fait faillite et la plupart des régimes de retraite complémentaire sont aux abois tandis que plus aucune entreprise française − sans parler des banques − n’arrive à emprunter un centime sur les marchés.

Alors que M. Dupond réalise à peine qu’une vie de travail vient de partir en fumée, les politiciens, dûment relayés par les médias, défilent devant les caméras de télévision pour expliquer à quel point cette « attaque contre la France » est intolérable, pour dénoncer l’action nuisible des « spéculateurs », pour vouer aux gémonies la « finance folle, mondialisée et dérégulée ». Mais rassurez-vous : ce scénario apocalyptique n’est que pure fiction.[/access]

*Photo : Images of money.