Qu’aucun d’entre nous ne sache faire des vers latins, que nous ayons tous oublié (ou jamais connu) le dur rythme des dactyles et des spondées (avec parfois trochée à la fin) est une évidence. Au point que nul ne songe à s’en étonner, ni même à militer pour qu’elle redevienne sujet de discussion, et que l’idée que l’honnête homme ne puisse être reconnu tel que s’il sait Horace et Thucydide aussi bien que Tacite, Virgile et Cicéron est farfelue. Ne parlons même pas de Porphyre et d’Épictète. Il est heureux que notre monde ne se formalise pas de telles carences, dit la vox populi contemporaine. Voire.

La dissolution de la culture commune est elle-même un lieu commun, et nous ne prenons ici l’oubli du latin que comme exemple très particulier : cet oubli n’étant peut-être pas le plus important, il est pourtant symptomatique en tant qu’il est le plus achevé. La foi en l’inutilité de cet enseignement est la chose la mieux partagée de ce monde. Est-ce que cela donne un travail ? Est-ce que cela rend plus performant ? Est-ce que cela augmente le sex-appeal ? Est-ce que cela rend riche et célèbre ? Est-ce que c’est bon pour la planète ? Est-ce que ça résoudra la crise ? Est-ce qu’on ira sur la lune avec un Gaffiot ? Non, mille fois non.

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