Il rentrait d’un pas lent et magistral, chapeauté, cravaté, la pipe au bec et son imper sous le bras. L’agitation se dissipait et un calme religieux enveloppait la classe. Le cours de philosophie de Christian Jambet sur le Phédon pouvait commencer. Nos plumes étaient suspendues aux lèvres de notre maître. Avec une éloquence admirable, il dépliait le sens renfermé dans les dialogues dont la langue simple, belle et intemporelle, frappait de ridicule toute tentative de rajeunissement.

« Qu’est-ce qu’apprendre à mourir sinon cultiver son âme ? Qu’est-ce qu’avoir le souci de son âme sinon éprouver le besoin de s’élever, de se détourner de la vanité du monde sensible pour s’orienter vers la belle connaissance des idées intelligibles ? »
Nous étions Cébès, il était Socrate, nous étions Simmias, il était Platon. Nos esprits voguaient vers les rivages des méditations métaphysiques. Chaque révélation était une exaltation spirituelle. La mort du sage sonnait l’avènement de la vertu. Nous écoutions avec intensité et écrivions avec une telle fébrilité qu’après deux heures, la bosse de notre majeur était plus rouge et arrondie que jamais.

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