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La SNCF déraille

La SNCF voulait faire payer au petit village de Couville (Manche) les travaux de sécurisation de sa propre voie ferrée, mais la justice a fini par freiner net ses ambitions…


Un personnel dont les grèves sont calquées sur le calendrier des fêtes et vacances, des tarifs extravagants… la SNCF ose tout, c’est même à ça qu’on la reconnaît. Sans gardes-barrières, elle s’accorde le permis de mal se conduire. Voici son dernier écart…

Dans la Manche, à dix bornes de Cherbourg, se trouve un petit village, Couville, qui n’a jamais rien demandé ni jamais rien eu. Mais pour son malheur, au bout d’un champ qui limite la commune, les vaches regardent passer les trains… sur une voie en remblai couvrant une canalisation où s’écoule le Trotte-Bœuf, un ruisseau qui au fil du temps et de l’eau menace l’édifice. Sécurité oblige, la SNCF (via sa filiale SNCF Réseau) a réalisé des travaux, mais elle compte alors faire payer l’addition aux villageois !

La douloureuse s’élève à 1,1 million d’euros : pour Couville, 1 250 habitants, dont le budget annuel est de 820 000 euros, céder à une telle injonction reviendrait à s’endetter sur vingt-cinq ans, mettant notamment en péril la rénovation de l’école ! Son maire, Sédrick Gourdin, un ancien gendarme, estime que la SNCF déraille complètement à propos de cette canalisation : « Elle ne sert pas à la commune, elle ne sert pas aux agriculteurs, elle ne sert pas aux habitants. Elle ne sert qu’à la SNCF pour faire passer ses trains et pourtant on nous demande de payer. » Le plus fort, c’est que Couville n’est pas desservi par le réseau, la SNCF n’y ayant jamais fait gare. Du coup, Gourdin a tiré la sonnette d’alarme et saisi la justice.

En novembre 2023, la justice lui avait donné raison et renvoyé la SNCF au terminus des prétentieux. Mais les gros bonnets de la SNCF ont la tête dure, et ajoutant au forfait grotesque un supplément bêtise, ils ont fait appel. Las ! Le 17 janvier, la cour de Nantes a définitivement débouté la SNCF.

Cette initiative malheureuse de la SNCF, pour récupérer un petit million, confirme qu’elle est toujours sur une mauvaise voie : sa filiale SNCF Réseau affiche une dette de… 19 milliards d’euros, alors que l’État a déjà versé 35 milliards pour renflouer les caisses (25 milliards en 2020 et 10 en 2022) !

Malka après Voltaire et Voltaire après Dieu

Sa « Nuit au musée », Richard Malka l’a passée au Panthéon, avec Voltaire. L’avocat en tire un plaidoyer pour la liberté de pensée et la laïcité. Pour le droit de quitter sa religion aussi, même si pour lui, on a besoin d’une transcendance.


Les éditions Stock ont une collection intitulée « Ma nuit au musée ». Idée simplissime : prenez un écrivain, laissez lui choisir un musée, et enfermez-le avec les chefs-d’œuvre qui y sont préservés. Laissez mijoter toute une nuit, et recueillez au matin, dans un livre, les idées qui sont nées du frottement de sa cervelle contre les miracles d’art, de pensée, de culture, dont s’enorgueillit l’édifice.

Richard Malka a choisi le Panthéon. Si la nécropole républicaine n’est un musée que par extension, il est certainement un Conservatoire.

Vaillant petit livre

Une fois installé à l’ombre des grands hommes, pendant que votre officier de sécurité sommeille dans sa voiture, bien au chaud, et que vous disposez en tout et pour tout d’un lit de camp pour bercer vos songes, ferez-vous une revue de détail, énumérant tous ceux (et quelques celles) ici célébrés ? Ou en choisirez-vous un en particulier ? François Mitterrand, en 1981, avait fleuri d’une rose les tombes de Jean Jaurès, Victor Schoelcher et Jean Moulin. Histoire de s’inscrire dans une lignée, une famille.

Tout homme de culture qu’il fût, il ne lui est pas venu à l’idée d’honorer Voltaire, auquel Malka consacre son vaillant petit livre.

L’idée m’a touché. Il y a dix ans j’ai écrit Voltaire ou le Jihad, parce que notre modernité, à mon sens, n’avait plus que ces deux options. Malka, avocat de Charlie Hebdo, ami de ceux que le djihadisme a assassinés, a choisi Voltaire.

Autant le préciser à l’usage de ceux qui ne sont jamais entrés dans ce temple de la République – et Malka s’est bien gardé de l’oublier : face à celle de Voltaire, héraut de la Raison, la tombe de Rousseau offre l’option bêlante, chère aux pédagogues contemporains. Face au prêchi-prêcheur genevois, Voltaire est le fondateur, dit Malka, de la laïcité, « le produit le plus abouti des Lumières ». Le concept par lequel la France s’est « arrachée à l’attraction des religions » – du moins jusqu’à ces derniers temps.

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Voltaire fit du christianisme sa bête noire après le supplice du chevalier de La Barre en 1766 – le dernier supplicié français pour blasphème. Le dernier – jusqu’aux dizaines de morts de la dernière décennie. Jusqu’à Wolinski ou Cabu. Jusqu’à Samuel Paty. Jusqu’à…

Voltaire n’est pas exactement celui qu’on vous a vendu dans un système scolaire à la dérive. Les bien-pensants (et nombre d’enseignants parmi eux) qui ont envahi Wikipédia insistent sur son attitude soi-disant ambiguë vis-à-vis de l’esclavage, son mépris des juifs ou sa haine des homosexuels. Peut-être le très jeune Arouet a-t-il été malmené par l’un ou l’autre des précepteurs jésuites « antiphysiques » du collège Louis-le-Grand. Quant aux juifs, si Voltaire malmène le peuple de la Bible, c’est qu’il voit en lui l’initiateur des croyances absurdes qui ont suivi : « Tu haïssais tant le christianisme que tu as maudit un peu trop fort la religion qui l’a enfanté. » Rappelez-vous, Voltaire finissait ses lettres à ses amis par ce sigle célèbre, « écr. l’inf. » – écrasons l’infâme, c’est-à-dire le christianisme.

La liberté de croire… ou de ne pas croire

Le disciple le plus évident de Voltaire est le comte de Clermont-Tonnerre, qui en décembre 1789 affirmait à la tribune de l’Assemblée : « Il faut tout refuser aux juifs comme nation ; il faut tout leur accorder comme individus ; il faut qu’ils soient citoyens. » Fin des discriminations et des ghettos.

Remplacez « juifs » par « musulmans », et vous avez le fond de la pensée de Richard Malka, qui défend le droit des musulmans de quitter leur religion, ou de l’exercer avec la même latitude que les juifs qui, comme le raconte Pierre Birnbaum dans La République et le Cochon (2013), ont très vite su que l’on pouvait consommer de la charcuterie dans les grands banquets républicains et conserver chez soi le rituel du culte. Malka plaide pour la liberté de ne pas croire, seule garantie de la liberté de croire.

Il en est ainsi de la liberté de ne pas porter le voile, ni en Iran ni ailleurs. Ceux qui défendent le droit au voile peuvent tout aussi bien, écrit Malka, « célébrer une journée pour les bienfaits de l’esclavage et une autre à la gloire de l’excision ». Le voile, rappelle-t-il, est « un emblème antirépublicain, une résistance à la laïcité encouragée par les prédicateurs radicaux et les sites de propagande financés par le Qatar » – ou l’Iran, ou l’Algérie. Ou les islamo-gauchistes de chez nous, désireux, pour des raisons électoralistes, de revenir sur le grand principe de la loi de 1905 : « L’exclusion de la religion de la sphère publique. »

Et d’écorcher au passage le leader des Insoumis, qui jadis pensait que « porter le voile, c’est s’infliger un stigmate ». Et qui, comme l’écrit perfidement Malka, « semble avoir changé d’avis ».

Une République en péril ?

Voltaire est le chantre inlassable de la tolérance – lui qui était physiquement malade, à devoir s’aliter, tous les 24 août, anniversaire de la Saint-Barthélemy, « terreur d’État et sa référence dans l’horreur ». Comme le dit très bien Malka, « aujourd’hui c’est l’État qui protège et le peuple qui demande des restrictions de la liberté d’expression ». Mais peut-être, dans cette France fracturée en « communautés », y a-t-il, à présent plusieurs peuples… Ainsi commencent les prolégomènes des guerres civiles.

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Je suis moins enthousiaste lorsqu’en rappelant la préférence de Voltaire pour un « grand architecte », Malka souligne la nécessité de la conservation d’une transcendance, étant entendu que les objets de l’immanence, pour désirables qu’on nous les fasse paraître, ne satisferont jamais l’aspiration humaine à un au-delà de sa condition. Mais nous avons déjà une transcendance qu’il nous faut ressusciter. Les agnostiques de 1793, les incroyants des armées napoléoniennes, les athées des tranchées de 14-18, tous ceux qui « ne croyaient pas au ciel », comme disait Aragon, et nous-mêmes, avons en commun la République, c’est-à-dire la liberté dans la laïcité.

Plus qu’une plaidoirie, ce livre est une fine analyse de notre situation actuelle, à la lumière – c’est le cas de le dire – de la Raison voltairienne. Mais y en a-t-il une autre ?

Richard Malka, Après Dieu, « Ma nuit au musée », Stock, 2025, 220 p.

Après Dieu

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La boîte du bouquiniste

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres » dixit Blaise Cendras. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Il a 57 ans ; elle, 30. Il est fortuné ; elle a besoin d’argent. Il adore les femmes ; elle est prête à s’offrir. Il ne s’embarrasse pas de sentiments, l’inconstance fournit des plaisirs. Elle est sûre de son charme, lui écrit, demande un rendez-vous. Il ne répond pas aussitôt, laisse courir l’imagination qui va vite : retarder l’embrasement des sens participe de l’art de jouir. Et le libertinage est un art du temps. Enfin, il griffonne : « Le ton de votre lettre me fait infiniment désirer de pouvoir quelque chose. » Ils se rencontrent. Elle est brune aux yeux bleus, fraîche, « céleste », « incendiaire ». Elle s’appelle Amélie Houret de La Morinaie. Et lui, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais.

Elle ne se donne pas à la première entrevue mais pousse ses avantages en laissant entrevoir ses appas. On peut jouer la vertu en montrant de la négligence. L’impudeur gagne à la retenue. Le désir s’échauffe à proportion que la raison s’égare et, partant, les esprits tournent, il pleut des braises. Amélie accorde un baiser, mais protège sa gorge – jusqu’au lendemain. Beaumarchais prend feu pour « sa jambe attachée au genou le mieux fait » et « ce pied si furtif qu’on le mettrait dans sa bouche ». Après cette séance bec à bec, personne n’est dupe et chacun conduit l’autre là où il veut l’amener. C’est le jeu entre la ruse et l’émotion. Pierre écrit à Amélie ce qu’elle veut entendre puisqu’il faut d’abord parler de sentiments. Un libertin est un stratège : « La volupté est une ivresse qui ne doit payer que l’amour. » Ah bon ! « J’ai mieux vu les beautés de ton âme divine, et j’ai regretté que l’hommage pur de mon cœur n’eût pas de beaucoup précédé le désir de ta jouissance » ; allons donc.

Que confie Amélie au père de Figaro ? Qu’elle est mariée à un homme riche qui la prive de tout et qu’elle ne peut par conséquent subvenir aux besoins de sa mère. Elle souhaite encore des recommandations pour son frère employé dans les Aides. Mais pourquoi Amélie s’adresse-t-elle à Beaumarchais en 1787 ? Parce qu’il est le héros d’une affaire qui défraye la chronique. En effet, il a pris la défense de Madame Kornmann que son mari, banquier peu scrupuleux, a fait emprisonner pour adultère dans le but de s’emparer de sa dot.

« Vous avez deux réputations, c’est à la bonne que je m’adresse », lui écrit Amélie. Beaumarchais renaît, il se déclare fou d’amour. Ainsi débute une aventure érotique qui durera dix ans et dont témoigne la formidable et inédite correspondance entre les amants. « Éveiller par écrit la voluptueuse image de la tentatrice », note l’historien Maurice Lever qui présente et annote ces échanges, « faire précéder le plaisir par l’idée du plaisir, c’est raffiner sur le libertinage. Pour Beaumarchais, qui franchira dans peu le seuil de la soixantaine, c’est aussi échauffer une ardeur quelque peu vacillante. » Les lettres sont un aphrodisiaque. Écoutons Figaro : « L’amour n’est que le roman du cœur, c’est le plaisir qui en fait l’histoire. »


Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais et Amélie Houret de La Morinaie, Lettres d’amour, lettres annotées par Évelyne et Maurice Lever, Fayard, 2007, 144 pages.


Retour à Kensington

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L’indigné chronique

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Depuis qu’il a prononcé un discours brillant écrit par Bruno Le Maire à l’ONU contre la guerre en Irak, Dominique de Villepin est reçu un peu partout comme un sage diplomate. Ces derniers jours, l’ancien Premier ministre est tout mielleux avec le régime algérien, alors qu’il n’avait pas de mots assez durs pour critiquer Israël.


Dominique de Villepin nous rejoue régulièrement son discours à l’ONU contre l’invasion de l’Irak. Sauf que ses causes ne sont plus les mêmes et que son indignation tombe à plat à force d’adopter toujours le même registre dans le domaine international. Les autres sont mauvais, moi je saurais comment faire…

Doué… pour le verbe

Le problème est qu’aussi bien pour Israël et les Palestiniens que pour les rapports de la France avec l’Algérie, il sermonne, gronde, proteste, dénonce mais au bout du compte, quand on attend un conseil, une mesure opératoires, rien ne vient jamais.

Il est très doué pour le verbe, les principes, les leçons mais il ne donne jamais à ceux qu’il houspille du haut de son passé et de son expérience unique le mode d’emploi. On brûle d’envie de lui demander ses recettes puisque, paraît-il, dans sa tête la solution est prête et qu’il suffirait de la mettre en œuvre. Le souci est qu’il nous fait languir et que derrière l’expression flamboyante, il y a le vide. Sauf à considérer que réclamer une solution diplomatique pour les conflits dans le monde constitue une originalité qui mérite d’être applaudie.

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Dominique de Villepin est un indigné chronique qui avec ses propos enflammés est devenu, juste derrière Jean-Luc Mélenchon, le préféré de LFI même si cette posture avantageuse ne lui procure pas le moindre impact électoral.

Sa nouvelle cible est le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau qui a le grand tort de ne pas tendre l’autre joue à l’Algérie et de vouloir instaurer un rapport de force avec ce pays qui se moque de la France en nous renvoyant systématiquement les Algériens indésirables chez nous, comme récemment une personne rejetée à dix reprises.

https://twitter.com/DestinationTele/status/1893716772139782507
Dominique de Villepin sur BFM TV le 23 février 2025.

Question d’honneur

Le fait que Bruno Retailleau « se fiche comme de sa première chemise » de ce que l’ancien Premier ministre lui assène ne rend pas plus tolérable ce propos qui fragilise la position française et permet à l’Algérie de se réjouir alors qu’on aurait attendu de la part de Dominique de Villepin sinon une approbation, du moins le silence.

Il est facile de deviner, derrière cet empressement à prendre le contre-pied des autorités officielles, non seulement l’effet d’une personnalité qui se sentirait offensée si elle partageait un point de vue commun mais la volonté forcenée de demeurer dans la lumière.

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Bruno Retailleau, ce ministre qui est contraint de sortir de son domaine, de s’occuper de ce qui ne le regarde pas avec l’Algérie, est insupportable pour Dominique de Villepin puisqu’il est omniprésent et en pointe dans cet affrontement dont on oublie trop vite qu’il concerne un écrivain scandaleusement emprisonné, Boualem Sansal.

Bruno Retailleau supplée un président de la République qui dialogue avec le président Trump sur l’Ukraine et qui apparemment demeure à distance de l’arrogance algérienne. Il se substitue aussi à un ministre des Affaires étrangères qui ne semble guère actif sur ce terrain.

Il faut le féliciter de tenir à sa manière la dragée haute au pouvoir algérien. On comprend bien que la réserve, voire la mollesse de la France résultent en l’occurrence d’influences commerciales, économiques et financières qui n’aspirent pas à une brisure totale avec l’Algérie et à la révision des accords de 1968. Mais il n’empêche que Bruno Retailleau sauve l’honneur quand Dominique de Villepin le relativise.

On ne donne pas une prime aux bourreaux avant qu’ils aient été châtiés.

Trump et le protectionnisme: mettre fin à la passivité européenne

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Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche rebat les cartes de l’économie mondiale. Si l’on peut saluer son patriotisme, il ne faut pas oublier qu’il incarne un protectionnisme assumé et une approche purement transactionnelle des relations internationales. Son unique boussole : l’intérêt américain, quitte à fragiliser ses partenaires. Face à cette nouvelle donne, l’Europe et la France ne peuvent plus se permettre l’attentisme : il est temps d’anticiper, de s’adapter et de défendre nos intérêts avec la même détermination.

Dès son retour, Donald Trump a signé un décret réaffirmant sa politique commerciale « America First ». Révision des accords, enquêtes sur les déficits commerciaux et potentiels tarifs douaniers globaux : rien n’est exclu pour contraindre les partenaires internationaux à plier. Pour l’Europe, le message est clair : les négociations avec les États-Unis ne seront possibles qu’au prix de concessions importantes. Les lois antidumping et les droits compensateurs, visant à protéger les industries américaines contre des produits importés jugés déloyalement compétitifs, pourraient également être durcis. Ces outils permettent aux États-Unis d’imposer des barrières protectionnistes draconiennes, frappant de plein fouet des secteurs européens déjà affaiblis, comme l’acier et l’aluminium.

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Les implications du protectionnisme américain vont bien au-delà des tarifs douaniers. L’Inflation Reduction Act (IRA), adopté sous l’administration Biden mais qui pourrait être pleinement exploité sous Trump, illustre parfaitement les risques économiques pour l’Europe. Ce texte, grâce à ses subventions et incitations fiscales massives, draine les investissements étrangers vers les États-Unis à un rythme alarmant. En Allemagne, 10 % des entreprises envisagent de relocaliser leur production outre-Atlantique, un chiffre qui grimpe à 23 % dans l’automobile. En France, l’agroalimentaire, le luxe ou l’automobile pourraient subir des pertes irrémédiables en compétitivité. Ces départs massifs dévastent notre tissu industriel et renforcent notre soumission économique. Face à cette situation, l’Europe ne peut ni se diviser, ni rester dans l’inaction.

La réindustrialisation doit devenir une priorité absolue. Sans industrie forte, souveraineté et compétitivité ne peuvent être garanties. Il ne s’agit pas simplement de rapatrier des usines : c’est toute une chaîne de valeur stratégique qu’il faut reconstruire, en mettant l’accent sur les secteurs essentiels tels que l’énergie, l’automobile et l’électronique.

A lire aussi, Pascale Piera: La circulaire Retailleau, trompe-l’œil de la fermeté

L’Europe et la France ne peuvent plus se permettre des demi-mesures. Diversifier nos partenaires commerciaux est indispensable pour sortir de notre dépendance excessive. Si Trump impose ses règles, notre réponse doit être ferme et stratégique : multiplier les alliances commerciales qui servent nos intérêts et ne plus céder à des pressions déséquilibrées. L’échec du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) en 2016 illustre les limites d’une Europe qui négocie en position de faiblesse et de manière désunie : si l’administration Trump impose des droits de douane aux médicaments et au luxe français mais épargne les machines-outils et l’automobile outre-Rhin, les Allemands auront-il le désir de riposter aux côtés de la France ?

Enfin, il est impératif de donner à nos entreprises les moyens de riposter. Des outils fiscaux agressifs doivent être mis en œuvre : exonérations totales pour les secteurs stratégiques, investissements massifs dans la recherche et l’innovation, et un soutien sans faille à nos PME. Plutôt que de pénaliser, libérons : c’est en levant les entraves et en créant un environnement propice à la croissance que nous restaurerons notre compétitivité. Nous ne manquons pas d’argent mais de stratégie. Arrêtons par exemple de subventionner les lubies de la transition énergétique et relançons en contrepartie Astrid pour garantir une électricité à bas cout à nos entreprises

C’est un choix simple : soit nous nous relevons, soit nous nous laissons écraser. Fort ou mort.


Les Horaces sont un cercle de hauts fonctionnaires, hommes politiques, universitaires, entrepreneurs et intellectuels apportant leur expertise à Marine Le Pen, fondé et présidé par André Rougé, député français au Parlement européen

Alphonse défonce le chômage

Découvrez les aventures d’Alphonse, un chômeur « convaincu » et extrêmement maladroit, qui tente tant bien que mal de trouver un travail, du plus farfelu au moins commun.


Alphonse, une bande dessinée hilarante et déjantée, du scénariste Philippe Pelaez et du dessinateur Pascal Valdés, raconte les aventures du héros éponyme, chômeur invétéré, ouvert à des emplois improbables… Alphonse, avec sa bonne tronche de looser, est au chômage depuis des années. Il commence à s’impatienter ; ses proches aussi. On lui a dit qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver du boulot. Alors, depuis, il épluche les petites annonces, bien décidé à dégotter un taf, quel qu’il soit. Même le plus singulier, voire le plus improbable.

Renifleur d’aisselles

Ce n’est pas triste ! Le voilà qu’il devient faiseur de file d’attente, nettoyeur de scène de crime, renifleur d’aisselles (oui, vous avez bien lu ; il est employé par une marque de sticks de déodorant qu’il teste en flairant le dessous des bras de sportifs en sueur ! Répugnant !), branleur de dindons (« (…) ce sont des animaux qui ont un taux de reproduction très faible et dont la semence est très précieuse. Il faut… ben il faut les aider, quoi ! »), sexeur de poussins (« C’est simple : les mâles dans le bac de droite, et les femelles dans celui de gauche »), thanatopracteur, enseignant d’anglais à de dangereux criminels, etc.

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Il essaie, essaie encore, mais à chaque fois ça ne marche pas ; il perd toutes ses places étonnantes, fascinantes, merveilleuses. Il faut avouer qu’il est nécessaire d’avoir le cœur bien accroché. De plus, Alphonse picole (il se gâche la santé aux anis) ; il est fichtrement maladroit et bigrement malchanceux.

Quand il branle les dindons, il finit dans l’étable avec le taureau qui se met à le poursuivre. Quand il détermine le sexe des poussins, il est tellement absorbé par sa tâche, qu’il éclate les pauvres bestioles contre le mur. Lorsqu’il s’initie aux robots et à l’IA, il prend tellement la tête des machines avec des questions à la noix, que celles-ci se mettent à chauffer et un terrible incendie se produit dans l’usine.

Sacré Alphonse ! Il est marrant, touchant, désarmant. Une manière de Mr Bean. A noter que si le scénariste Philippe Pelaez déborde d’expérience (il est l’auteur de nombreux albums chez Bamboo, Dargaud et Fluide Glacial), le dessinateur Pascal Valdés dessine là sa première bande dessinée. Et le tout est très réussi. On rigole, oui, fort souvent, mais on réfléchit aussi sur le cynisme assez pourri du monde de l’entreprise dans le système capitaliste. Merci Alphonse !


Alphonse, Pascal Valdés et Philippe Pelaez ; Fluide Glacial ; 56 p.

Alphonse - T01 : La Gueule de l'emploi: La Gueule de l'emploi

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Rencontre Trump – Macron: une réussite plus médiatique que diplomatique

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Alors que le président Macron cherchait hier à Washington à obtenir des garanties de sécurité pour l’Europe, Donald Trump a maintenu une approche unilatérale, minimisant l’engagement américain. Le président américain se dirige à vive allure vers un cessez-le-feu. Mais un cessez-le-feu n’est pas forcément la paix. Analyse.


Donald Trump et Emmanuel Macron se sont montrés très souriants lundi 24 février à Washington. Les deux hommes s’apprécient depuis plusieurs années, n’en déplaise aux admirateurs français du Donald qui ont relayé dans la journée les éléments de langage du Kremlin sur un prétendu « mépris » de l’Américain qui aurait refusé d’accueillir son homologue français sur le perron de la Maison-Blanche. C’était évidemment faux.

En réalité, Donald Trump aura même multiplié les marques d’amitié envers son « ami Emmanuel ». Il a, excusez du peu, affirmé que le travail « formidable » d’Emmanuel Macron pour reconstruire Notre-Dame n’avait pas été assez reconnu à sa juste valeur, que le français était la plus belle langue du monde, puis il a fait diffuser une magnifique vidéo sur la page X de la Maison-Blanche vantant le « plus vieil et fidèle allié de l’Amérique ».

Le président Duda aurait bien aimé que l’engagement indéfectible de la Pologne envers l’Amérique soit récompensé de la sorte, lui qui a passé deux heures à attendre dans un cagibi que Donald Trump veuille bien le recevoir une petite dizaine de minutes. Idem pour Georgia Meloni qui n’a pas pu s’empêcher, mesquine, de diffuser une vidéo à l’issue de la rencontre… où Emmanuel Macron ne figurait pas, coupé comme on le ferait sur une vieille photo avec un ami désormais honni. Et le tout en flattant « à l’italienne », comme dans un opéra-bouffe de Rossini, le président américain…

Oui, la réussite médiatique fut au rendez-vous. Les jalousies exacerbées des puissances européennes intermédiaires en furent la meilleure preuve. Ils ne devraient pas se vexer. La réalité est qu’à l’image de Vladimir Poutine, Donald Trump ne considère vraiment comme importantes en Europe que deux nations : la France et la Grande-Bretagne. Pays dotés de l’arme nucléaire et anciens Empires aux histoires glorieuses, ces deux nations ont l’heur de plaire au président américain qui ne les gausse jamais avec vulgarité.

Mais au-delà des belles images et des démonstrations d’amitié, qu’a donc gagné Emmanuel Macron ? Peut-on se satisfaire de cet exercice d’autosatisfaction où le président est apparu rieur et décontracté, façon buddy du bully ? Pas vraiment, bien qu’il en ressorte aussi quelques motifs d’encouragement.

Un vote majeur à l’ONU

Le fait marquant du jour se produisit non pas à Washington mais à l’ONU. Nous avons assisté à un moment historique et tragique. Pile trois ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les Etats-Unis se sont alliés à la Russie lors de votes inédits et lamentables portant sur la résolution du conflit par une paix expresse, sans condamnation de Moscou, ni même défense de la souveraineté de l’Ukraine, ou garanties de sécurité quelconques. Russes et Américains sont désormais ensemble contre le droit international le plus élémentaire, renforcés de la Hongrie et d’Israël, et alliés à des pays aussi recommandables que la Corée-du-Nord, le Soudan, le Burkina-Faso ou encore Haïti, le Niger et le Mali. Penser que les Etats-Unis sont contre l’avis de tous les pays européens, à l’exception de la Macédoine-du-Nord, est tout de même sidérant.

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Quand Macron s’amusait à « checker » la main de Donald Trump et écarter les jambes sur un gros fauteuil de la « White House », les Américains faisaient eux savoir quel était leur véritable avis sur le conflit à l’ONU. Les quelques éléments présentés comme remarquables de la part d’Emmanuel Macron relèvent du strict nécessaire et du strict minimum. Il a effectivement repris Donald Trump sur l’inversion des responsabilités qu’il fait à propos de ce conflit, mais il s’agit d’une position de principe jamais démentie. En quoi ce rappel avait-il un caractère spécifique ? N’est-ce pas une attitude élémentaire pour une puissance comme la France ? Pendant ce temps, Zelensky, conscient des enjeux, se montrait furieux et n’hésitait pas à dénoncer les anciens alliés prêts à renoncer à leur honneur pour quelques gains financiers. Les différentes piqûres de rappel du président français auront eu au moins le mérite d’être dites en face, c’est à saluer.

Mais ne soyons pas naïfs, ce qui se cache derrière ce théâtre, c’est le vide. Comme le disait Jean Baudrillard, « Ainsi le simulacre n’est pas ce qui cache la vérité, mais ce qui cache l’absence de vérité ». Emmanuel Macron a correctement tenu son rang sans s’affirmer comme un grand politique. Il n’est pas Charles de Gaulle, il est un peu rusé mais ce ne sera pas suffisant.  Il doit faire mieux et plus. Il ne doit pas hésiter à affirmer que l’Amérique et la Russie ne peuvent pas passer par-dessus l’Europe. Il doit le leur dire et le dire à toute l’Europe. Notre alliance historique avec l’Amérique, rappelée par Donald Trump, commande aussi de l’exigence.

Quand un président français se rend aux États-Unis dans un moment aussi grave, il doit être habité par les mânes de Saint Louis, Clemenceau, Charlemagne, de Gaulle, etc. Il est à ce moment-là l’incarnation de la France, qu’on le veuille ou non. Pire, il représentait même l’Europe. Une relation doit nous apporter du concret. Et qu’a-t-on eu de ce côté-là ? Le droit de pouvoir envoyer des troupes de réassurance si une paix est signée. Soit précisément ce que commandait l’Amérique. Nous proposons une assurance pour une vente dont nous ne connaissons ni les termes ni l’objet. Du jamais vu. Nous nous engageons à payer sans rien récupérer en retour. Et maintenant le négociateur en chef, le roi du deal, en fait une « concession ». Mais la vraie demande c’est que l’Europe négocie et soit à la table, qu’elle propose son propre plan de paix bien plus exigeant car la situation opérationnelle l’y autorise. C’est ce que fait Erdogan avec son propre plan de paix ou quand il propose à l’Europe son armée contre son entrée dans l’Union.

Vers un cessez-le-feu abusivement présenté en paix

Avant de signer une paix, il faut un arrêt des combats. Soit un cessez-le-feu. Et un cessez-le-feu repose sur des garanties de sécurité pour produire des effets. C’est sur cette ambiguïté sémantique que jouent les différents protagonistes de l’affaire ukrainienne.  Concluons par cette phrase un peu grossière du twitto Olivier Barnay : « Donc si je comprends bien, Macron est venu offrir une présence militaire (non belligérante SIC) européenne garantissant un accord conclu entre Trump et Poutine et ratifié sous la contrainte par Zelenski. Si cela se passe ainsi, on est tous gros-jean comme devant. » Gageons que nous n’en sommes qu’aux prolégomènes de la résolution d’une guerre pourtant déjà dramatique et longue… Les Russes ont en tout cas aujourd’hui, grâce à Donald Trump et à l’inconscience des Européens, les cartes en main.

Révolution anti-woke: la conversion surprise de Mark Zuckerberg

L’allégeance du patron de Facebook à Donald Trump a été rapide et totale. En un mois, Zuckerberg a renié tous les fondements idéologiques sur lesquels il a bâti son empire, troquant son statut de paria pour celui de disciple zélé aux avant-postes du mouvement MAGA. Retour sur une vassalisation spectaculaire.


Coup de théâtre. Mark Zuckerberg, petit prince de la tech US, patron préféré des élites démocrates et Grand Inquisiteur qui, il y a tout juste quatre ans, bannissait le président Trump de ses réseaux sociaux, vient de prêter bruyamment allégeance au nouveau maître de la Maison-Blanche. Le fondateur de Facebook a réformé, au pas de charge, le titan META (Instagram, Threads, WhatsApp, Facebook), dont les services sont utilisés par rien de moins que la moitié de la population mondiale. En un peu moins d’un mois, le dernier bastion du néolibéralisme progressiste est tombé. Avec tout le zèle des nouveaux convertis, l’icône de la Silicon Valley a aligné META sur MAGA (« Make America Great Again », ndlr).

Masculinisme, dérégulation, désir de grandeur : retour sur un numéro de haute voltige dans la nouvelle ère d’un Trump plus véloce que jamais, au sein d’une quatrième révolution industrielle.

Du relooking à l’apostasie, récit d’une conversion express

Zuckerberg revient de loin. Le quarantenaire athlétique assis au premier rang de la cérémonie d’investiture du 47e président des États-Unis ce 20 janvier 2025 n’a plus grand-chose en commun avec l’homme qu’il était il y a six mois. De son apparence jusqu’à ses convictions, la mue est impressionnante. Celui qui se tient aux côtés d’Elon Musk (X, Tesla), Sundar Pichai (Google), Tim Cook (Apple), Jeff Bezos (Amazon) et de Sam Altman (OpenAi) ne dépareille pas parmi ses pairs. Exit l’air intello, le sweat à capuche, la coupe Playmobil et le teint blafard. Avec ses cheveux mi-longs, hâlé, musculeux, costumé, masculin, Mark Zuckerberg a désormais le look du « tech bro ». Allant même jusqu’à pousser le vice du « male gaze » (œillade plongeante), dans le décolleté de la fiancée du patron d’Amazon Lauren Sanchez. Calcul ou maladresse ? L’œillade de l’ancien chantre du puritanisme progressiste devient ce jour-là l’une des anecdotes les plus commentées de la Toile.

Dans son livre Save America, paru en septembre dernier, Donald Trump accusait le patron de Meta d’avoir influencé l’élection de 2020 en faveur de Joe Biden et lui promettait la « prison à vie » s’il tentait de s’ingérer dans sa campagne à venir. Que s’est-il passé pour qu’en l’espace de six mois, Zuckerberg troque son statut de paria auprès de l’aréopage trumpiste pour celui de disciple zélé, aux avant-postes du mouvement MAGA ?

Ce n’est pas son changement de look ni le million de dollars donné pour l’investiture du président républicain qui ont permis au patron de Meta de se frayer un chemin aux premières loges du sacre de Donald Trump. Sa présence est l’aboutissement d’un chemin de Damas parcouru tambour battant dès les premiers jours de la nouvelle année.

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La volte-face tonitruante du titan de la tech

Tout commence à Mar-a-Lago, la résidence personnelle de Donald Trump. Trois semaines après l’élection présidentielle qui a consacré la défaite du camp démocrate, le président élu convie Zuckerberg à dîner. De cette réunion des contraires, rien ne filtre. Seule une déclaration d’un porte-parole trumpiste témoigne du vif réchauffement entre les deux géants : « Mark était reconnaissant d’avoir été invité à rejoindre le président Trump et d’avoir eu l’occasion de rencontrer les membres de son équipe. » Un mois plus tard, « Mark » orchestre publiquement les étapes de sa vassalisation au nouveau régime. Un ralliement tonitruant, pavé de reniements majeurs.

Début janvier, c’est sur son rival historique Elon Musk que Zuckerberg prend exemple. En annonçant la suppression de son programme de vérification des faits (« fact-checking ») et l’adoption de notes de la communauté, Zuckerberg se base sur les méthodes de X pour combattre « la censure » et revenir « aux sources de la liberté d’expression[1] ». À l’instar de son aîné, il licencie à tour de bras : 3 600 employés, soit 5 % des effectifs de META sont mis à la porte, dans un souci de « performance ». Avant de faire cap sur le Texas, où le patron de X et Tesla déplace déjà ses activités. Dans cet État républicain pionnier de l’anti-wokisme, « on s’inquiète moins de la partialité de nos équipes », déclare-t-il.

Dans la foulée, Zuckerberg renouvelle son entourage en procédant à des nominations pour le moins détonantes. Le très conservateur chef de cabinet adjoint de George W. Bush, Joel Kaplan, devient directeur des affaires mondiales du groupe et succède ainsi à Nick Clegg, lui-même ancien chef du parti des Libéraux-Démocrates britannique. Dana White, président de la plus grande ligue de MMA au monde et ami intime de Donald Trump, est quant à lui coopté au sein du conseil d’administration de META.

Immédiatement, de nouvelles réformes sont impulsées pour aligner les objectifs de META sur la philosophie du nouveau président. En une poignée de décisions foudroyantes, reléguant à la poubelle la symbolique de l’ancien régime et ses principales politiques sur la liberté d’expression et la discrimination positive, la charpente néoprogressiste de la giga-entreprise est détruite.

Ainsi, les thèmes « transgenres » et « non binaires » sont retirés de son application de chat Messenger et les bureaux META de la Silicon Valley, de New York et du Texas sont sommés de retirer les distributeurs de tampons mis à disposition dans les toilettes pour hommes.

Celui qui avait critiqué les décrets de Trump sur l’immigration lors de son premier mandat fait signer à son nouveau directeur des affaires mondiales un communiqué annonçant la fin des restrictions sur « des sujets tels que l’immigration, l’identité sexuelle et le genre, qui font l’objet de nombreux débats et discours politiques ».

Last but not least, Mark Zuckerberg met fin, avec effet immédiat, à tous les programmes de discrimination positive, anticipant ainsi le décret pris en ce sens par le président Trump le premier jour de son nouveau mandat. Une véritable révolution dans le recrutement des personnels, la formation interne ou la sélection des fournisseurs.

En l’espace de quelques jours, l’une des plus grandes entreprises du monde a effectué un virage à 180°. Pour légitimer son inscription dans la mouvance MAGA, il ne reste plus à notre néotrumpiste qu’à obtenir l’assentiment des fans du président. Pour ce faire, le baron de la tech a choisi la plateforme de Joe Rogan, podcasteur le plus écouté des États-Unis qui a déjà reçu Donald Trump en campagne et Elon Musk pour un petit joint d’herbe en direct. À l’antenne, Zuckerberg vante l’« énergie masculine » et blâme l’ancien président Joe Biden pour l’avoir, à coup d’intimidations, contraint à faire remonter sa politique de vérification des contenus « en 1984 », tout en proclamant qu’il « n’est pas normal que certaines choses puissent être dites à la télévision ou au Congrès, mais pas sur nos plateformes ». Les auditeurs boivent du petit lait, Joe Rogan s’esclaffe, et CNN s’offusque. Le tour est joué.

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Le dernier transfuge du nouveau régime

Mais pour rester dans ses bonnes grâces, le nouveau vassal de Donald Trump devra batailler. Si la transformation de sa giga-entreprise est plus que convaincante, son avenir reste inextricablement lié au bon vouloir du nouveau maître de Washington. Encore batailler donc, pour sa survie d’abord, et sa croissance ensuite.

D’énormes défis attendent le patron de Meta au cours de cette année. Notamment dans le cadre de la plainte déposée par la Federal Trade Commission (FTC) en vue d’annuler son acquisition, il y a dix ans, d’Instagram et de WhatsApp, dont le procès s’ouvrira en avril. Sa nouvelle approche de modération des contenus, favorable à Trump, représente à ce titre l’un des nombreux efforts visant à convaincre cette nouvelle administration, qui n’hésitera pas à récompenser ses amis et à punir ses ennemis.

Par-dessus tout, la métamorphose de Zuckerberg s’explique par le nouvel agenda économique du président Trump, qui entend largement distancer la Chine sur le front des nouvelles technologies. Au menu : déréglementations tous azimuts et investissements massifs dans l’IA et les cryptomonnaies. Soit des fortunes colossales en jeu. Quiconque aura l’oreille du président ces prochaines années sécurisera ses approvisionnements en les retranchant des biens et services frappés de taxes douanières, bénéficiera de contrats fédéraux démesurés et… se taillera une place de choix parmi les futurs géants de la quatrième révolution industrielle.

Mark Zuckerberg représente en réalité la figure de proue d’un mouvement de conversion à l’anti-wokisme qui s’achève par son ralliement ultime. Les décisions bruyantes du médiatique patron de Meta n’ont fait que suivre la liste toujours plus fournie des grandes entreprises ayant mis fin à leurs programmes de discrimination positive : McDonald’s, Walmart, Boeing, Molson Coors, Ford, Harley-Davidson, John Deere, Amazon… Même YouTube, filiale de Google, a procédé à de nombreux licenciements de responsables de la surveillance de ses contenus.

Il y a quatre ans, Zuckerberg coupait la tête de Trump sur tous ses réseaux sociaux. En quelques semaines il a rejoint les premiers rangs des zélés du nouveau régime. Reste à savoir comment il survivra dans cette nouvelle ère où les plus grands patrons du monde craignent pour leurs privilèges.


[1] Dans une vidéo publiée sur Facebook le 7 janvier.

Faut-il redouter une Allemagne à son tour ingouvernable?

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Le conservateur Friedrich Merz devrait être le prochain chancelier de l’Allemagne. Il estime que la politique d’Angela Merkel est responsable de la progression de l’AfD d’Alice Weidel, laquelle a obtenu 20,8% des suffrages dimanche. Et il exclut de gouverner avec elle.


Les élections anticipées en Allemagne ont marqué un tournant pour le pays, n’ayant jamais été aussi à droite, mais aussi pour l’Union européenne. Jadis pilier de stabilité et de prospérité, l’Allemagne affronte une crise économique et sociale, une instabilité politique et un chaos migratoire et sécuritaire sans précédent. Une Allemagne ingouvernable pourrait signer la fin de « l’Europe allemande » à un moment où un leadership fort est plus que jamais nécessaire.

Une élection sans réel vainqueur ?

Les élections de dimanche dernier ne devraient pas résoudre les problèmes politiques de l’Allemagne, mais au contraire les aggraver. Depuis le départ d’Angela Merkel, une coalition fragile en « feux tricolores » rassemblant les sociaux-démocrates du SPD, les Verts et les libéraux du FDP gouvernait l’Allemagne. Néanmoins, des tensions ont fait imploser la coalition entre les libéraux tenants d’une ligne pro-business et de rigueur budgétaire opposés aux sociaux-démocrates et aux écologistes partisans d’une atténuation du « frein à l’endettement » limitant l’emprunt public à 0,35 % du PIB. Les différents partis de cette coalition ont payé le prix fort cet échec. Le SPD d’Olaf Scholz a subi une défaite retentissante, qui devrait le pousser vers la sortie. Les libéraux du FDP ne seront plus au Bundestag après avoir fait moins de 5% des voix. Les Verts, bien que mieux lotis, ont perdu du terrain avec 11,6% des suffrages, en nette régression après les 14,7% de 2021.

Seulement, l’alternative majoritaire n’existe pas. Plus précisément, elle n’existe qu’au niveau des électeurs et non des partis. En effet, près de la moitié des Allemands ont voté pour un parti de droite : 28,5% pour la CDU/CSU (droite de gouvernement) et 20,8% pour l’AfD (droite radicale). Pourtant, bien qu’arrivée en tête, la droite n’a pas de majorité au Bundestag. La seule coalition envisageable semble être une alliance forcée avec l’AfD ou le SPD. La première alliance est empêchée par le cordon sanitaire et la seconde, bien que plus probable, ne coule pas de source car l’opposition entre les deux partis s’est récemment accentuée. En effet, ils sont chacun débordés par un parti plus radical les obligeant à tenir des lignes plus dures comme LR et le PS en France. Pour schématiser, il est plus difficile d’envisager Laurent Wauquiez/Bruno Retailleau travailler avec Olivier Faure qu’Alain Juppé avec Dominique Strauss-Kahn.

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Le moteur de l’Europe tombe en panne

Longtemps perçue comme le pilier économique de l’Europe, l’Allemagne fait face à une triple crise : économique, industrielle et sociale. Sur le plan économique, le PIB allemand a reculé de 0,3 % en 2023, puis de 0,2 % en 2024. En comparaison, l’Espagne, considérée comme plus fragile, a affiché une croissance de 2,1 % sur la même période. De plus, la production industrielle allemande a chuté de 1,6 % en 2024, en raison des coûts énergétiques élevés et de la baisse de la demande chinoise, son principal partenaire commercial. Enfin, sur le plan social, l’Allemagne a atteint 6,1% de chômage en janvier, son plus haut niveau depuis 10 ans (hors Covid). Un point de chômage sépare l’Allemagne de la France contre plus de 4 points en 2017 !

Une Allemagne instable et ingouvernable affaiblira l’Europe. Pendant des décennies, l’Allemagne a façonné les politiques européennes, qu’il s’agisse de la gestion de la crise des dettes souveraines ou du plan de relance post-Covid. Les débats cruciaux sur les nouvelles règles budgétaires européennes et la défense commune stagnent en raison de l’indécision allemande. Alors que l’Europe doit faire face à des pressions économiques croissantes, à des États-Unis ou une Chine plus agressifs que jamais et à la guerre en Ukraine, l’absence d’un leadership fort en Allemagne entrave la capacité de l’UE à réagir de manière coordonnée. La campagne électorale nationale allemande a monopolisé l’attention de ses dirigeants, qui délaissent ainsi les enjeux européens. Historiquement moteur de l’intégration européenne, l’Allemagne devient un facteur de blocage, privant l’UE de sa boussole habituelle.

La fin de l’Europe allemande ?

Une Allemagne ingouvernable pourrait signer la fin de l’Europe allemande et offrir une opportunité à la France de prendre le leadership de l’Europe. Seulement, cette idée souffre de deux écueils. D’une part, les Allemands ne semblent pas prêts de revenir sur les erreurs qui ont conduit à faire du pays européen le plus puissant, un pays dépendant. Dépendant sur le plan militaire des Américains, dépendant sur le plan économique et commercial de la Chine et dépendant sur le plan énergétique de la Russie. Or, une Allemagne dépendante conduit naturellement le reste des pays européens d’Europe du Nord et de l’Est à suivre ce même chemin néfaste. D’autre part, la France d’Emmanuel Macron est un pays affaibli par une crise politique marquée par une dissolution qui aura coûté un trimestre de croissance économique et une censure qui aura coûté 12 Mds € aux finances publiques. Sans compter qu’Emmanuel Macron espère que l’éventuelle accession de M. Merz (CDU) à la chancellerie relancera le couple franco-allemand alors que ce dernier soutient l’accord commercial UE-Mercosur.

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Avec une Allemagne et une France en difficulté, d’autres pays prennent l’initiative. La Pologne, dont les dépenses militaires atteignent désormais 5% du PIB, s’impose comme un pilier stratégique en Europe de l’Est, notamment vis-à-vis des États-Unis. L’Italie de Giorgia Meloni affiche une croissance dynamique et s’impose comme un acteur économique de premier plan dans l’UE. Si la ligne économique de l’Union européenne devrait revenir à une ligne plus frugale avec le retour de la CDU, le nouvel équilibre des pouvoirs en Europe suggère que Berlin ne sera plus automatiquement le centre de gravité du Vieux-continent.

Si l’on peut se réjouir de la fin de l’Europe allemande, une Europe sans cap pourrait être pire à l’heure où les grandes puissances se réarment. Si les grands pays européens (France, Espagne et maintenant Allemagne) entrent en instabilité politique permanente alors qu’ils doivent se redresser, la question de dégager une majorité se posera. Du point de vue des électeurs, elle existe dans les trois pays : c’est l’union des droites. D’ailleurs, l’Italie, seul grand pays qui l’expérimente, est devenu en deux ans le nouveau pôle de stabilité de l’Europe… Les prémices d’une nouvelle ère en Europe ?

Poutine, Musk, populistes: Emmanuel Macron voit des méchants partout… sauf à Alger

Emmanuel Macron se rend à Washington pour mettre en garde le président Trump contre l’autocrate Vladimir Poutine. L’épouvantail russe du président français cache-t-il son impuissance face à l’Algérie ?


Le populisme, voilà l’ennemi !

Qui est l’ennemi ? Emmanuel Macron, après avoir déclaré la guerre au Covid, au réchauffement climatique et au populisme, désigne cette fois Vladimir Poutine. Mais le chef de l’État a beau abracadabrer, nombreux sont les Français qui le tiennent pour leur adversaire. Jeudi dernier, Macron a dénoncé « la menace existentielle russe ». Ce lundi soir, il devrait rencontrer Donald Trump à Washington. Il entend lui dire : « Tu ne peux pas être faible face au président Poutine ». Mais que vaut ce conseil venant d’un président qui laisse l’Algérie humilier la France ? Samedi soir, sur TF1, Bruno Retailleau a rappelé que l’expulsion de l’islamiste algérien qui venait de commettre un attentat ou couteau à Mulhouse, tuant un passant en criant « Allah Akbar ! », avait été refusée dix fois par les autorités consulaires, en dépit d’une interdiction de territoire1. Le rapport de force que réclame le ministre de l’Intérieur face à l’Algérie, au nom de la réciprocité, se heurte à l’apathie de l’Elysée. Cela fait 100 jours que Boualem Sansal, qui a entrepris une grève de la faim, est otage du régime. Désigner la Russie comme l’adversaire le plus dangereux, au même titre que « la nouvelle internationale réactionnaire » représentée par Elon Musk, est un artifice dont abuse Macron, désavoué dans les sondages. Comme l’a rappelé JD Vance dans son discours de Munich, « la menace la plus inquiétante pour l’Europe n’est ni la Russie ni la Chine », mais les dirigeants européens indifférents à leurs peuples et à l’immigration de masse.

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Oui, une menace existentielle assombrit la défunte « douce France ». Toutefois, la Russie est utilisée comme un leurre. L’épouvantail dissimule les renoncements intérieurs du chef de l’État, obsédé par sa détestation d’une « extrême droite » fantasmée : y sont précipités les plus lucides des citoyens. Quand le patron du Renseignement territorial, Bertrand Chamoulaud, estime que « les deux risques majeurs pour la cohésion nationale sont le narcotrafic et le séparatisme islamiste »2, il se rapproche davantage de ce qui fragilise le pays. L’islam colonisateur est bien un ennemi. Il a pour dessein, appuyé par l’extrême gauche et la somnolence du pouvoir, de conquérir par la subversion idéologique ou la violence terroriste. Or cette invasion est le produit de la légèreté des dirigeants, qui ont laissé la nation ouverte. Quand Retailleau exhorte de « changer les règles du droit pour protéger les Français », il pointe les politiques qui ont laissé faire, au prétexte d’un « État de droit » intouchable. Macron est comptable de cette débandade, même s’il n’a pas craint de qualifier le meurtre de samedi de « terrorisme islamiste ».

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Menace existentielle

Le poids électoral de la communauté musulmane en France le dissuade d’affronter l’islam politique, représenté notamment par la Grande mosquée de Paris. Les « populistes » sont pour lui des cibles moins dangereuses. Hier soir, les législatives allemandes ont confirmé la victoire des conservateurs CDU/CSU (28,6%) et le doublement du score du mouvement national AfD, Alles Für Deutschland (20,8%) que Macron désigne, avec les mondialistes, comme un parti paria. Le président ne voit pas que c’est lui qui est devenu, par son aveuglement, une menace existentielle pour la France.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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  1. https://www.youtube.com/watch?v=iSXY22JSS3M ↩︎
  2. https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/12/23/pour-le-patron-du-renseignement-territorial-les-deux-risques-majeurs-pour-la-cohesion-nationale-sont-le-narcotrafic-et-le-separatisme-islamiste_6463074_3224.html ↩︎

La SNCF déraille

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© D.R.

La SNCF voulait faire payer au petit village de Couville (Manche) les travaux de sécurisation de sa propre voie ferrée, mais la justice a fini par freiner net ses ambitions…


Un personnel dont les grèves sont calquées sur le calendrier des fêtes et vacances, des tarifs extravagants… la SNCF ose tout, c’est même à ça qu’on la reconnaît. Sans gardes-barrières, elle s’accorde le permis de mal se conduire. Voici son dernier écart…

Dans la Manche, à dix bornes de Cherbourg, se trouve un petit village, Couville, qui n’a jamais rien demandé ni jamais rien eu. Mais pour son malheur, au bout d’un champ qui limite la commune, les vaches regardent passer les trains… sur une voie en remblai couvrant une canalisation où s’écoule le Trotte-Bœuf, un ruisseau qui au fil du temps et de l’eau menace l’édifice. Sécurité oblige, la SNCF (via sa filiale SNCF Réseau) a réalisé des travaux, mais elle compte alors faire payer l’addition aux villageois !

La douloureuse s’élève à 1,1 million d’euros : pour Couville, 1 250 habitants, dont le budget annuel est de 820 000 euros, céder à une telle injonction reviendrait à s’endetter sur vingt-cinq ans, mettant notamment en péril la rénovation de l’école ! Son maire, Sédrick Gourdin, un ancien gendarme, estime que la SNCF déraille complètement à propos de cette canalisation : « Elle ne sert pas à la commune, elle ne sert pas aux agriculteurs, elle ne sert pas aux habitants. Elle ne sert qu’à la SNCF pour faire passer ses trains et pourtant on nous demande de payer. » Le plus fort, c’est que Couville n’est pas desservi par le réseau, la SNCF n’y ayant jamais fait gare. Du coup, Gourdin a tiré la sonnette d’alarme et saisi la justice.

En novembre 2023, la justice lui avait donné raison et renvoyé la SNCF au terminus des prétentieux. Mais les gros bonnets de la SNCF ont la tête dure, et ajoutant au forfait grotesque un supplément bêtise, ils ont fait appel. Las ! Le 17 janvier, la cour de Nantes a définitivement débouté la SNCF.

Cette initiative malheureuse de la SNCF, pour récupérer un petit million, confirme qu’elle est toujours sur une mauvaise voie : sa filiale SNCF Réseau affiche une dette de… 19 milliards d’euros, alors que l’État a déjà versé 35 milliards pour renflouer les caisses (25 milliards en 2020 et 10 en 2022) !

Malka après Voltaire et Voltaire après Dieu

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Richard Malka © Hannah Assouline

Sa « Nuit au musée », Richard Malka l’a passée au Panthéon, avec Voltaire. L’avocat en tire un plaidoyer pour la liberté de pensée et la laïcité. Pour le droit de quitter sa religion aussi, même si pour lui, on a besoin d’une transcendance.


Les éditions Stock ont une collection intitulée « Ma nuit au musée ». Idée simplissime : prenez un écrivain, laissez lui choisir un musée, et enfermez-le avec les chefs-d’œuvre qui y sont préservés. Laissez mijoter toute une nuit, et recueillez au matin, dans un livre, les idées qui sont nées du frottement de sa cervelle contre les miracles d’art, de pensée, de culture, dont s’enorgueillit l’édifice.

Richard Malka a choisi le Panthéon. Si la nécropole républicaine n’est un musée que par extension, il est certainement un Conservatoire.

Vaillant petit livre

Une fois installé à l’ombre des grands hommes, pendant que votre officier de sécurité sommeille dans sa voiture, bien au chaud, et que vous disposez en tout et pour tout d’un lit de camp pour bercer vos songes, ferez-vous une revue de détail, énumérant tous ceux (et quelques celles) ici célébrés ? Ou en choisirez-vous un en particulier ? François Mitterrand, en 1981, avait fleuri d’une rose les tombes de Jean Jaurès, Victor Schoelcher et Jean Moulin. Histoire de s’inscrire dans une lignée, une famille.

Tout homme de culture qu’il fût, il ne lui est pas venu à l’idée d’honorer Voltaire, auquel Malka consacre son vaillant petit livre.

L’idée m’a touché. Il y a dix ans j’ai écrit Voltaire ou le Jihad, parce que notre modernité, à mon sens, n’avait plus que ces deux options. Malka, avocat de Charlie Hebdo, ami de ceux que le djihadisme a assassinés, a choisi Voltaire.

Autant le préciser à l’usage de ceux qui ne sont jamais entrés dans ce temple de la République – et Malka s’est bien gardé de l’oublier : face à celle de Voltaire, héraut de la Raison, la tombe de Rousseau offre l’option bêlante, chère aux pédagogues contemporains. Face au prêchi-prêcheur genevois, Voltaire est le fondateur, dit Malka, de la laïcité, « le produit le plus abouti des Lumières ». Le concept par lequel la France s’est « arrachée à l’attraction des religions » – du moins jusqu’à ces derniers temps.

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Voltaire fit du christianisme sa bête noire après le supplice du chevalier de La Barre en 1766 – le dernier supplicié français pour blasphème. Le dernier – jusqu’aux dizaines de morts de la dernière décennie. Jusqu’à Wolinski ou Cabu. Jusqu’à Samuel Paty. Jusqu’à…

Voltaire n’est pas exactement celui qu’on vous a vendu dans un système scolaire à la dérive. Les bien-pensants (et nombre d’enseignants parmi eux) qui ont envahi Wikipédia insistent sur son attitude soi-disant ambiguë vis-à-vis de l’esclavage, son mépris des juifs ou sa haine des homosexuels. Peut-être le très jeune Arouet a-t-il été malmené par l’un ou l’autre des précepteurs jésuites « antiphysiques » du collège Louis-le-Grand. Quant aux juifs, si Voltaire malmène le peuple de la Bible, c’est qu’il voit en lui l’initiateur des croyances absurdes qui ont suivi : « Tu haïssais tant le christianisme que tu as maudit un peu trop fort la religion qui l’a enfanté. » Rappelez-vous, Voltaire finissait ses lettres à ses amis par ce sigle célèbre, « écr. l’inf. » – écrasons l’infâme, c’est-à-dire le christianisme.

La liberté de croire… ou de ne pas croire

Le disciple le plus évident de Voltaire est le comte de Clermont-Tonnerre, qui en décembre 1789 affirmait à la tribune de l’Assemblée : « Il faut tout refuser aux juifs comme nation ; il faut tout leur accorder comme individus ; il faut qu’ils soient citoyens. » Fin des discriminations et des ghettos.

Remplacez « juifs » par « musulmans », et vous avez le fond de la pensée de Richard Malka, qui défend le droit des musulmans de quitter leur religion, ou de l’exercer avec la même latitude que les juifs qui, comme le raconte Pierre Birnbaum dans La République et le Cochon (2013), ont très vite su que l’on pouvait consommer de la charcuterie dans les grands banquets républicains et conserver chez soi le rituel du culte. Malka plaide pour la liberté de ne pas croire, seule garantie de la liberté de croire.

Il en est ainsi de la liberté de ne pas porter le voile, ni en Iran ni ailleurs. Ceux qui défendent le droit au voile peuvent tout aussi bien, écrit Malka, « célébrer une journée pour les bienfaits de l’esclavage et une autre à la gloire de l’excision ». Le voile, rappelle-t-il, est « un emblème antirépublicain, une résistance à la laïcité encouragée par les prédicateurs radicaux et les sites de propagande financés par le Qatar » – ou l’Iran, ou l’Algérie. Ou les islamo-gauchistes de chez nous, désireux, pour des raisons électoralistes, de revenir sur le grand principe de la loi de 1905 : « L’exclusion de la religion de la sphère publique. »

Et d’écorcher au passage le leader des Insoumis, qui jadis pensait que « porter le voile, c’est s’infliger un stigmate ». Et qui, comme l’écrit perfidement Malka, « semble avoir changé d’avis ».

Une République en péril ?

Voltaire est le chantre inlassable de la tolérance – lui qui était physiquement malade, à devoir s’aliter, tous les 24 août, anniversaire de la Saint-Barthélemy, « terreur d’État et sa référence dans l’horreur ». Comme le dit très bien Malka, « aujourd’hui c’est l’État qui protège et le peuple qui demande des restrictions de la liberté d’expression ». Mais peut-être, dans cette France fracturée en « communautés », y a-t-il, à présent plusieurs peuples… Ainsi commencent les prolégomènes des guerres civiles.

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Je suis moins enthousiaste lorsqu’en rappelant la préférence de Voltaire pour un « grand architecte », Malka souligne la nécessité de la conservation d’une transcendance, étant entendu que les objets de l’immanence, pour désirables qu’on nous les fasse paraître, ne satisferont jamais l’aspiration humaine à un au-delà de sa condition. Mais nous avons déjà une transcendance qu’il nous faut ressusciter. Les agnostiques de 1793, les incroyants des armées napoléoniennes, les athées des tranchées de 14-18, tous ceux qui « ne croyaient pas au ciel », comme disait Aragon, et nous-mêmes, avons en commun la République, c’est-à-dire la liberté dans la laïcité.

Plus qu’une plaidoirie, ce livre est une fine analyse de notre situation actuelle, à la lumière – c’est le cas de le dire – de la Raison voltairienne. Mais y en a-t-il une autre ?

Richard Malka, Après Dieu, « Ma nuit au musée », Stock, 2025, 220 p.

Après Dieu

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La boîte du bouquiniste

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Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais © D.R.

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres » dixit Blaise Cendras. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Il a 57 ans ; elle, 30. Il est fortuné ; elle a besoin d’argent. Il adore les femmes ; elle est prête à s’offrir. Il ne s’embarrasse pas de sentiments, l’inconstance fournit des plaisirs. Elle est sûre de son charme, lui écrit, demande un rendez-vous. Il ne répond pas aussitôt, laisse courir l’imagination qui va vite : retarder l’embrasement des sens participe de l’art de jouir. Et le libertinage est un art du temps. Enfin, il griffonne : « Le ton de votre lettre me fait infiniment désirer de pouvoir quelque chose. » Ils se rencontrent. Elle est brune aux yeux bleus, fraîche, « céleste », « incendiaire ». Elle s’appelle Amélie Houret de La Morinaie. Et lui, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais.

Elle ne se donne pas à la première entrevue mais pousse ses avantages en laissant entrevoir ses appas. On peut jouer la vertu en montrant de la négligence. L’impudeur gagne à la retenue. Le désir s’échauffe à proportion que la raison s’égare et, partant, les esprits tournent, il pleut des braises. Amélie accorde un baiser, mais protège sa gorge – jusqu’au lendemain. Beaumarchais prend feu pour « sa jambe attachée au genou le mieux fait » et « ce pied si furtif qu’on le mettrait dans sa bouche ». Après cette séance bec à bec, personne n’est dupe et chacun conduit l’autre là où il veut l’amener. C’est le jeu entre la ruse et l’émotion. Pierre écrit à Amélie ce qu’elle veut entendre puisqu’il faut d’abord parler de sentiments. Un libertin est un stratège : « La volupté est une ivresse qui ne doit payer que l’amour. » Ah bon ! « J’ai mieux vu les beautés de ton âme divine, et j’ai regretté que l’hommage pur de mon cœur n’eût pas de beaucoup précédé le désir de ta jouissance » ; allons donc.

Que confie Amélie au père de Figaro ? Qu’elle est mariée à un homme riche qui la prive de tout et qu’elle ne peut par conséquent subvenir aux besoins de sa mère. Elle souhaite encore des recommandations pour son frère employé dans les Aides. Mais pourquoi Amélie s’adresse-t-elle à Beaumarchais en 1787 ? Parce qu’il est le héros d’une affaire qui défraye la chronique. En effet, il a pris la défense de Madame Kornmann que son mari, banquier peu scrupuleux, a fait emprisonner pour adultère dans le but de s’emparer de sa dot.

« Vous avez deux réputations, c’est à la bonne que je m’adresse », lui écrit Amélie. Beaumarchais renaît, il se déclare fou d’amour. Ainsi débute une aventure érotique qui durera dix ans et dont témoigne la formidable et inédite correspondance entre les amants. « Éveiller par écrit la voluptueuse image de la tentatrice », note l’historien Maurice Lever qui présente et annote ces échanges, « faire précéder le plaisir par l’idée du plaisir, c’est raffiner sur le libertinage. Pour Beaumarchais, qui franchira dans peu le seuil de la soixantaine, c’est aussi échauffer une ardeur quelque peu vacillante. » Les lettres sont un aphrodisiaque. Écoutons Figaro : « L’amour n’est que le roman du cœur, c’est le plaisir qui en fait l’histoire. »


Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais et Amélie Houret de La Morinaie, Lettres d’amour, lettres annotées par Évelyne et Maurice Lever, Fayard, 2007, 144 pages.


Retour à Kensington

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L’indigné chronique

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Dominique de Villepin lors d'un grand entretien sur les questions internationales à la fête de l'Humanité, Bretigny-sur-Orge, 15 septembre 2024 © Chang Martin/SIPA

Depuis qu’il a prononcé un discours brillant écrit par Bruno Le Maire à l’ONU contre la guerre en Irak, Dominique de Villepin est reçu un peu partout comme un sage diplomate. Ces derniers jours, l’ancien Premier ministre est tout mielleux avec le régime algérien, alors qu’il n’avait pas de mots assez durs pour critiquer Israël.


Dominique de Villepin nous rejoue régulièrement son discours à l’ONU contre l’invasion de l’Irak. Sauf que ses causes ne sont plus les mêmes et que son indignation tombe à plat à force d’adopter toujours le même registre dans le domaine international. Les autres sont mauvais, moi je saurais comment faire…

Doué… pour le verbe

Le problème est qu’aussi bien pour Israël et les Palestiniens que pour les rapports de la France avec l’Algérie, il sermonne, gronde, proteste, dénonce mais au bout du compte, quand on attend un conseil, une mesure opératoires, rien ne vient jamais.

Il est très doué pour le verbe, les principes, les leçons mais il ne donne jamais à ceux qu’il houspille du haut de son passé et de son expérience unique le mode d’emploi. On brûle d’envie de lui demander ses recettes puisque, paraît-il, dans sa tête la solution est prête et qu’il suffirait de la mettre en œuvre. Le souci est qu’il nous fait languir et que derrière l’expression flamboyante, il y a le vide. Sauf à considérer que réclamer une solution diplomatique pour les conflits dans le monde constitue une originalité qui mérite d’être applaudie.

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Dominique de Villepin est un indigné chronique qui avec ses propos enflammés est devenu, juste derrière Jean-Luc Mélenchon, le préféré de LFI même si cette posture avantageuse ne lui procure pas le moindre impact électoral.

Sa nouvelle cible est le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau qui a le grand tort de ne pas tendre l’autre joue à l’Algérie et de vouloir instaurer un rapport de force avec ce pays qui se moque de la France en nous renvoyant systématiquement les Algériens indésirables chez nous, comme récemment une personne rejetée à dix reprises.

https://twitter.com/DestinationTele/status/1893716772139782507
Dominique de Villepin sur BFM TV le 23 février 2025.

Question d’honneur

Le fait que Bruno Retailleau « se fiche comme de sa première chemise » de ce que l’ancien Premier ministre lui assène ne rend pas plus tolérable ce propos qui fragilise la position française et permet à l’Algérie de se réjouir alors qu’on aurait attendu de la part de Dominique de Villepin sinon une approbation, du moins le silence.

Il est facile de deviner, derrière cet empressement à prendre le contre-pied des autorités officielles, non seulement l’effet d’une personnalité qui se sentirait offensée si elle partageait un point de vue commun mais la volonté forcenée de demeurer dans la lumière.

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Bruno Retailleau, ce ministre qui est contraint de sortir de son domaine, de s’occuper de ce qui ne le regarde pas avec l’Algérie, est insupportable pour Dominique de Villepin puisqu’il est omniprésent et en pointe dans cet affrontement dont on oublie trop vite qu’il concerne un écrivain scandaleusement emprisonné, Boualem Sansal.

Bruno Retailleau supplée un président de la République qui dialogue avec le président Trump sur l’Ukraine et qui apparemment demeure à distance de l’arrogance algérienne. Il se substitue aussi à un ministre des Affaires étrangères qui ne semble guère actif sur ce terrain.

Il faut le féliciter de tenir à sa manière la dragée haute au pouvoir algérien. On comprend bien que la réserve, voire la mollesse de la France résultent en l’occurrence d’influences commerciales, économiques et financières qui n’aspirent pas à une brisure totale avec l’Algérie et à la révision des accords de 1968. Mais il n’empêche que Bruno Retailleau sauve l’honneur quand Dominique de Villepin le relativise.

On ne donne pas une prime aux bourreaux avant qu’ils aient été châtiés.

Trump et le protectionnisme: mettre fin à la passivité européenne

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Le président américain dans Air Force One, 9 février 2025 © Ben Curtis/AP/SIPA

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche rebat les cartes de l’économie mondiale. Si l’on peut saluer son patriotisme, il ne faut pas oublier qu’il incarne un protectionnisme assumé et une approche purement transactionnelle des relations internationales. Son unique boussole : l’intérêt américain, quitte à fragiliser ses partenaires. Face à cette nouvelle donne, l’Europe et la France ne peuvent plus se permettre l’attentisme : il est temps d’anticiper, de s’adapter et de défendre nos intérêts avec la même détermination.

Dès son retour, Donald Trump a signé un décret réaffirmant sa politique commerciale « America First ». Révision des accords, enquêtes sur les déficits commerciaux et potentiels tarifs douaniers globaux : rien n’est exclu pour contraindre les partenaires internationaux à plier. Pour l’Europe, le message est clair : les négociations avec les États-Unis ne seront possibles qu’au prix de concessions importantes. Les lois antidumping et les droits compensateurs, visant à protéger les industries américaines contre des produits importés jugés déloyalement compétitifs, pourraient également être durcis. Ces outils permettent aux États-Unis d’imposer des barrières protectionnistes draconiennes, frappant de plein fouet des secteurs européens déjà affaiblis, comme l’acier et l’aluminium.

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Les implications du protectionnisme américain vont bien au-delà des tarifs douaniers. L’Inflation Reduction Act (IRA), adopté sous l’administration Biden mais qui pourrait être pleinement exploité sous Trump, illustre parfaitement les risques économiques pour l’Europe. Ce texte, grâce à ses subventions et incitations fiscales massives, draine les investissements étrangers vers les États-Unis à un rythme alarmant. En Allemagne, 10 % des entreprises envisagent de relocaliser leur production outre-Atlantique, un chiffre qui grimpe à 23 % dans l’automobile. En France, l’agroalimentaire, le luxe ou l’automobile pourraient subir des pertes irrémédiables en compétitivité. Ces départs massifs dévastent notre tissu industriel et renforcent notre soumission économique. Face à cette situation, l’Europe ne peut ni se diviser, ni rester dans l’inaction.

La réindustrialisation doit devenir une priorité absolue. Sans industrie forte, souveraineté et compétitivité ne peuvent être garanties. Il ne s’agit pas simplement de rapatrier des usines : c’est toute une chaîne de valeur stratégique qu’il faut reconstruire, en mettant l’accent sur les secteurs essentiels tels que l’énergie, l’automobile et l’électronique.

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L’Europe et la France ne peuvent plus se permettre des demi-mesures. Diversifier nos partenaires commerciaux est indispensable pour sortir de notre dépendance excessive. Si Trump impose ses règles, notre réponse doit être ferme et stratégique : multiplier les alliances commerciales qui servent nos intérêts et ne plus céder à des pressions déséquilibrées. L’échec du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) en 2016 illustre les limites d’une Europe qui négocie en position de faiblesse et de manière désunie : si l’administration Trump impose des droits de douane aux médicaments et au luxe français mais épargne les machines-outils et l’automobile outre-Rhin, les Allemands auront-il le désir de riposter aux côtés de la France ?

Enfin, il est impératif de donner à nos entreprises les moyens de riposter. Des outils fiscaux agressifs doivent être mis en œuvre : exonérations totales pour les secteurs stratégiques, investissements massifs dans la recherche et l’innovation, et un soutien sans faille à nos PME. Plutôt que de pénaliser, libérons : c’est en levant les entraves et en créant un environnement propice à la croissance que nous restaurerons notre compétitivité. Nous ne manquons pas d’argent mais de stratégie. Arrêtons par exemple de subventionner les lubies de la transition énergétique et relançons en contrepartie Astrid pour garantir une électricité à bas cout à nos entreprises

C’est un choix simple : soit nous nous relevons, soit nous nous laissons écraser. Fort ou mort.


Les Horaces sont un cercle de hauts fonctionnaires, hommes politiques, universitaires, entrepreneurs et intellectuels apportant leur expertise à Marine Le Pen, fondé et présidé par André Rougé, député français au Parlement européen

Alphonse défonce le chômage

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© Fluide Glacial

Découvrez les aventures d’Alphonse, un chômeur « convaincu » et extrêmement maladroit, qui tente tant bien que mal de trouver un travail, du plus farfelu au moins commun.


Alphonse, une bande dessinée hilarante et déjantée, du scénariste Philippe Pelaez et du dessinateur Pascal Valdés, raconte les aventures du héros éponyme, chômeur invétéré, ouvert à des emplois improbables… Alphonse, avec sa bonne tronche de looser, est au chômage depuis des années. Il commence à s’impatienter ; ses proches aussi. On lui a dit qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver du boulot. Alors, depuis, il épluche les petites annonces, bien décidé à dégotter un taf, quel qu’il soit. Même le plus singulier, voire le plus improbable.

Renifleur d’aisselles

Ce n’est pas triste ! Le voilà qu’il devient faiseur de file d’attente, nettoyeur de scène de crime, renifleur d’aisselles (oui, vous avez bien lu ; il est employé par une marque de sticks de déodorant qu’il teste en flairant le dessous des bras de sportifs en sueur ! Répugnant !), branleur de dindons (« (…) ce sont des animaux qui ont un taux de reproduction très faible et dont la semence est très précieuse. Il faut… ben il faut les aider, quoi ! »), sexeur de poussins (« C’est simple : les mâles dans le bac de droite, et les femelles dans celui de gauche »), thanatopracteur, enseignant d’anglais à de dangereux criminels, etc.

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Il essaie, essaie encore, mais à chaque fois ça ne marche pas ; il perd toutes ses places étonnantes, fascinantes, merveilleuses. Il faut avouer qu’il est nécessaire d’avoir le cœur bien accroché. De plus, Alphonse picole (il se gâche la santé aux anis) ; il est fichtrement maladroit et bigrement malchanceux.

Quand il branle les dindons, il finit dans l’étable avec le taureau qui se met à le poursuivre. Quand il détermine le sexe des poussins, il est tellement absorbé par sa tâche, qu’il éclate les pauvres bestioles contre le mur. Lorsqu’il s’initie aux robots et à l’IA, il prend tellement la tête des machines avec des questions à la noix, que celles-ci se mettent à chauffer et un terrible incendie se produit dans l’usine.

Sacré Alphonse ! Il est marrant, touchant, désarmant. Une manière de Mr Bean. A noter que si le scénariste Philippe Pelaez déborde d’expérience (il est l’auteur de nombreux albums chez Bamboo, Dargaud et Fluide Glacial), le dessinateur Pascal Valdés dessine là sa première bande dessinée. Et le tout est très réussi. On rigole, oui, fort souvent, mais on réfléchit aussi sur le cynisme assez pourri du monde de l’entreprise dans le système capitaliste. Merci Alphonse !


Alphonse, Pascal Valdés et Philippe Pelaez ; Fluide Glacial ; 56 p.

Alphonse - T01 : La Gueule de l'emploi: La Gueule de l'emploi

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Rencontre Trump – Macron: une réussite plus médiatique que diplomatique

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Emmanuel Macron, Donald Trump et JD Vance à la Maison Blanche, 24 février 2025 © Ludovic MARIN/UPI/Shutterstock/SIPA

Alors que le président Macron cherchait hier à Washington à obtenir des garanties de sécurité pour l’Europe, Donald Trump a maintenu une approche unilatérale, minimisant l’engagement américain. Le président américain se dirige à vive allure vers un cessez-le-feu. Mais un cessez-le-feu n’est pas forcément la paix. Analyse.


Donald Trump et Emmanuel Macron se sont montrés très souriants lundi 24 février à Washington. Les deux hommes s’apprécient depuis plusieurs années, n’en déplaise aux admirateurs français du Donald qui ont relayé dans la journée les éléments de langage du Kremlin sur un prétendu « mépris » de l’Américain qui aurait refusé d’accueillir son homologue français sur le perron de la Maison-Blanche. C’était évidemment faux.

En réalité, Donald Trump aura même multiplié les marques d’amitié envers son « ami Emmanuel ». Il a, excusez du peu, affirmé que le travail « formidable » d’Emmanuel Macron pour reconstruire Notre-Dame n’avait pas été assez reconnu à sa juste valeur, que le français était la plus belle langue du monde, puis il a fait diffuser une magnifique vidéo sur la page X de la Maison-Blanche vantant le « plus vieil et fidèle allié de l’Amérique ».

Le président Duda aurait bien aimé que l’engagement indéfectible de la Pologne envers l’Amérique soit récompensé de la sorte, lui qui a passé deux heures à attendre dans un cagibi que Donald Trump veuille bien le recevoir une petite dizaine de minutes. Idem pour Georgia Meloni qui n’a pas pu s’empêcher, mesquine, de diffuser une vidéo à l’issue de la rencontre… où Emmanuel Macron ne figurait pas, coupé comme on le ferait sur une vieille photo avec un ami désormais honni. Et le tout en flattant « à l’italienne », comme dans un opéra-bouffe de Rossini, le président américain…

Oui, la réussite médiatique fut au rendez-vous. Les jalousies exacerbées des puissances européennes intermédiaires en furent la meilleure preuve. Ils ne devraient pas se vexer. La réalité est qu’à l’image de Vladimir Poutine, Donald Trump ne considère vraiment comme importantes en Europe que deux nations : la France et la Grande-Bretagne. Pays dotés de l’arme nucléaire et anciens Empires aux histoires glorieuses, ces deux nations ont l’heur de plaire au président américain qui ne les gausse jamais avec vulgarité.

Mais au-delà des belles images et des démonstrations d’amitié, qu’a donc gagné Emmanuel Macron ? Peut-on se satisfaire de cet exercice d’autosatisfaction où le président est apparu rieur et décontracté, façon buddy du bully ? Pas vraiment, bien qu’il en ressorte aussi quelques motifs d’encouragement.

Un vote majeur à l’ONU

Le fait marquant du jour se produisit non pas à Washington mais à l’ONU. Nous avons assisté à un moment historique et tragique. Pile trois ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les Etats-Unis se sont alliés à la Russie lors de votes inédits et lamentables portant sur la résolution du conflit par une paix expresse, sans condamnation de Moscou, ni même défense de la souveraineté de l’Ukraine, ou garanties de sécurité quelconques. Russes et Américains sont désormais ensemble contre le droit international le plus élémentaire, renforcés de la Hongrie et d’Israël, et alliés à des pays aussi recommandables que la Corée-du-Nord, le Soudan, le Burkina-Faso ou encore Haïti, le Niger et le Mali. Penser que les Etats-Unis sont contre l’avis de tous les pays européens, à l’exception de la Macédoine-du-Nord, est tout de même sidérant.

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Quand Macron s’amusait à « checker » la main de Donald Trump et écarter les jambes sur un gros fauteuil de la « White House », les Américains faisaient eux savoir quel était leur véritable avis sur le conflit à l’ONU. Les quelques éléments présentés comme remarquables de la part d’Emmanuel Macron relèvent du strict nécessaire et du strict minimum. Il a effectivement repris Donald Trump sur l’inversion des responsabilités qu’il fait à propos de ce conflit, mais il s’agit d’une position de principe jamais démentie. En quoi ce rappel avait-il un caractère spécifique ? N’est-ce pas une attitude élémentaire pour une puissance comme la France ? Pendant ce temps, Zelensky, conscient des enjeux, se montrait furieux et n’hésitait pas à dénoncer les anciens alliés prêts à renoncer à leur honneur pour quelques gains financiers. Les différentes piqûres de rappel du président français auront eu au moins le mérite d’être dites en face, c’est à saluer.

Mais ne soyons pas naïfs, ce qui se cache derrière ce théâtre, c’est le vide. Comme le disait Jean Baudrillard, « Ainsi le simulacre n’est pas ce qui cache la vérité, mais ce qui cache l’absence de vérité ». Emmanuel Macron a correctement tenu son rang sans s’affirmer comme un grand politique. Il n’est pas Charles de Gaulle, il est un peu rusé mais ce ne sera pas suffisant.  Il doit faire mieux et plus. Il ne doit pas hésiter à affirmer que l’Amérique et la Russie ne peuvent pas passer par-dessus l’Europe. Il doit le leur dire et le dire à toute l’Europe. Notre alliance historique avec l’Amérique, rappelée par Donald Trump, commande aussi de l’exigence.

Quand un président français se rend aux États-Unis dans un moment aussi grave, il doit être habité par les mânes de Saint Louis, Clemenceau, Charlemagne, de Gaulle, etc. Il est à ce moment-là l’incarnation de la France, qu’on le veuille ou non. Pire, il représentait même l’Europe. Une relation doit nous apporter du concret. Et qu’a-t-on eu de ce côté-là ? Le droit de pouvoir envoyer des troupes de réassurance si une paix est signée. Soit précisément ce que commandait l’Amérique. Nous proposons une assurance pour une vente dont nous ne connaissons ni les termes ni l’objet. Du jamais vu. Nous nous engageons à payer sans rien récupérer en retour. Et maintenant le négociateur en chef, le roi du deal, en fait une « concession ». Mais la vraie demande c’est que l’Europe négocie et soit à la table, qu’elle propose son propre plan de paix bien plus exigeant car la situation opérationnelle l’y autorise. C’est ce que fait Erdogan avec son propre plan de paix ou quand il propose à l’Europe son armée contre son entrée dans l’Union.

Vers un cessez-le-feu abusivement présenté en paix

Avant de signer une paix, il faut un arrêt des combats. Soit un cessez-le-feu. Et un cessez-le-feu repose sur des garanties de sécurité pour produire des effets. C’est sur cette ambiguïté sémantique que jouent les différents protagonistes de l’affaire ukrainienne.  Concluons par cette phrase un peu grossière du twitto Olivier Barnay : « Donc si je comprends bien, Macron est venu offrir une présence militaire (non belligérante SIC) européenne garantissant un accord conclu entre Trump et Poutine et ratifié sous la contrainte par Zelenski. Si cela se passe ainsi, on est tous gros-jean comme devant. » Gageons que nous n’en sommes qu’aux prolégomènes de la résolution d’une guerre pourtant déjà dramatique et longue… Les Russes ont en tout cas aujourd’hui, grâce à Donald Trump et à l’inconscience des Européens, les cartes en main.

Révolution anti-woke: la conversion surprise de Mark Zuckerberg

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Mark Zuckerberg, passionné de MMA et pratiquant d’arts martiaux, lors d’un entraînement avec les champions de l’UFC Israel Adesanya et Alexander Volkanovski, juillet 2023 © nstagram/Israel Adesanya (@stylebender)

L’allégeance du patron de Facebook à Donald Trump a été rapide et totale. En un mois, Zuckerberg a renié tous les fondements idéologiques sur lesquels il a bâti son empire, troquant son statut de paria pour celui de disciple zélé aux avant-postes du mouvement MAGA. Retour sur une vassalisation spectaculaire.


Coup de théâtre. Mark Zuckerberg, petit prince de la tech US, patron préféré des élites démocrates et Grand Inquisiteur qui, il y a tout juste quatre ans, bannissait le président Trump de ses réseaux sociaux, vient de prêter bruyamment allégeance au nouveau maître de la Maison-Blanche. Le fondateur de Facebook a réformé, au pas de charge, le titan META (Instagram, Threads, WhatsApp, Facebook), dont les services sont utilisés par rien de moins que la moitié de la population mondiale. En un peu moins d’un mois, le dernier bastion du néolibéralisme progressiste est tombé. Avec tout le zèle des nouveaux convertis, l’icône de la Silicon Valley a aligné META sur MAGA (« Make America Great Again », ndlr).

Masculinisme, dérégulation, désir de grandeur : retour sur un numéro de haute voltige dans la nouvelle ère d’un Trump plus véloce que jamais, au sein d’une quatrième révolution industrielle.

Du relooking à l’apostasie, récit d’une conversion express

Zuckerberg revient de loin. Le quarantenaire athlétique assis au premier rang de la cérémonie d’investiture du 47e président des États-Unis ce 20 janvier 2025 n’a plus grand-chose en commun avec l’homme qu’il était il y a six mois. De son apparence jusqu’à ses convictions, la mue est impressionnante. Celui qui se tient aux côtés d’Elon Musk (X, Tesla), Sundar Pichai (Google), Tim Cook (Apple), Jeff Bezos (Amazon) et de Sam Altman (OpenAi) ne dépareille pas parmi ses pairs. Exit l’air intello, le sweat à capuche, la coupe Playmobil et le teint blafard. Avec ses cheveux mi-longs, hâlé, musculeux, costumé, masculin, Mark Zuckerberg a désormais le look du « tech bro ». Allant même jusqu’à pousser le vice du « male gaze » (œillade plongeante), dans le décolleté de la fiancée du patron d’Amazon Lauren Sanchez. Calcul ou maladresse ? L’œillade de l’ancien chantre du puritanisme progressiste devient ce jour-là l’une des anecdotes les plus commentées de la Toile.

Dans son livre Save America, paru en septembre dernier, Donald Trump accusait le patron de Meta d’avoir influencé l’élection de 2020 en faveur de Joe Biden et lui promettait la « prison à vie » s’il tentait de s’ingérer dans sa campagne à venir. Que s’est-il passé pour qu’en l’espace de six mois, Zuckerberg troque son statut de paria auprès de l’aréopage trumpiste pour celui de disciple zélé, aux avant-postes du mouvement MAGA ?

Ce n’est pas son changement de look ni le million de dollars donné pour l’investiture du président républicain qui ont permis au patron de Meta de se frayer un chemin aux premières loges du sacre de Donald Trump. Sa présence est l’aboutissement d’un chemin de Damas parcouru tambour battant dès les premiers jours de la nouvelle année.

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La volte-face tonitruante du titan de la tech

Tout commence à Mar-a-Lago, la résidence personnelle de Donald Trump. Trois semaines après l’élection présidentielle qui a consacré la défaite du camp démocrate, le président élu convie Zuckerberg à dîner. De cette réunion des contraires, rien ne filtre. Seule une déclaration d’un porte-parole trumpiste témoigne du vif réchauffement entre les deux géants : « Mark était reconnaissant d’avoir été invité à rejoindre le président Trump et d’avoir eu l’occasion de rencontrer les membres de son équipe. » Un mois plus tard, « Mark » orchestre publiquement les étapes de sa vassalisation au nouveau régime. Un ralliement tonitruant, pavé de reniements majeurs.

Début janvier, c’est sur son rival historique Elon Musk que Zuckerberg prend exemple. En annonçant la suppression de son programme de vérification des faits (« fact-checking ») et l’adoption de notes de la communauté, Zuckerberg se base sur les méthodes de X pour combattre « la censure » et revenir « aux sources de la liberté d’expression[1] ». À l’instar de son aîné, il licencie à tour de bras : 3 600 employés, soit 5 % des effectifs de META sont mis à la porte, dans un souci de « performance ». Avant de faire cap sur le Texas, où le patron de X et Tesla déplace déjà ses activités. Dans cet État républicain pionnier de l’anti-wokisme, « on s’inquiète moins de la partialité de nos équipes », déclare-t-il.

Dans la foulée, Zuckerberg renouvelle son entourage en procédant à des nominations pour le moins détonantes. Le très conservateur chef de cabinet adjoint de George W. Bush, Joel Kaplan, devient directeur des affaires mondiales du groupe et succède ainsi à Nick Clegg, lui-même ancien chef du parti des Libéraux-Démocrates britannique. Dana White, président de la plus grande ligue de MMA au monde et ami intime de Donald Trump, est quant à lui coopté au sein du conseil d’administration de META.

Immédiatement, de nouvelles réformes sont impulsées pour aligner les objectifs de META sur la philosophie du nouveau président. En une poignée de décisions foudroyantes, reléguant à la poubelle la symbolique de l’ancien régime et ses principales politiques sur la liberté d’expression et la discrimination positive, la charpente néoprogressiste de la giga-entreprise est détruite.

Ainsi, les thèmes « transgenres » et « non binaires » sont retirés de son application de chat Messenger et les bureaux META de la Silicon Valley, de New York et du Texas sont sommés de retirer les distributeurs de tampons mis à disposition dans les toilettes pour hommes.

Celui qui avait critiqué les décrets de Trump sur l’immigration lors de son premier mandat fait signer à son nouveau directeur des affaires mondiales un communiqué annonçant la fin des restrictions sur « des sujets tels que l’immigration, l’identité sexuelle et le genre, qui font l’objet de nombreux débats et discours politiques ».

Last but not least, Mark Zuckerberg met fin, avec effet immédiat, à tous les programmes de discrimination positive, anticipant ainsi le décret pris en ce sens par le président Trump le premier jour de son nouveau mandat. Une véritable révolution dans le recrutement des personnels, la formation interne ou la sélection des fournisseurs.

En l’espace de quelques jours, l’une des plus grandes entreprises du monde a effectué un virage à 180°. Pour légitimer son inscription dans la mouvance MAGA, il ne reste plus à notre néotrumpiste qu’à obtenir l’assentiment des fans du président. Pour ce faire, le baron de la tech a choisi la plateforme de Joe Rogan, podcasteur le plus écouté des États-Unis qui a déjà reçu Donald Trump en campagne et Elon Musk pour un petit joint d’herbe en direct. À l’antenne, Zuckerberg vante l’« énergie masculine » et blâme l’ancien président Joe Biden pour l’avoir, à coup d’intimidations, contraint à faire remonter sa politique de vérification des contenus « en 1984 », tout en proclamant qu’il « n’est pas normal que certaines choses puissent être dites à la télévision ou au Congrès, mais pas sur nos plateformes ». Les auditeurs boivent du petit lait, Joe Rogan s’esclaffe, et CNN s’offusque. Le tour est joué.

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Le dernier transfuge du nouveau régime

Mais pour rester dans ses bonnes grâces, le nouveau vassal de Donald Trump devra batailler. Si la transformation de sa giga-entreprise est plus que convaincante, son avenir reste inextricablement lié au bon vouloir du nouveau maître de Washington. Encore batailler donc, pour sa survie d’abord, et sa croissance ensuite.

D’énormes défis attendent le patron de Meta au cours de cette année. Notamment dans le cadre de la plainte déposée par la Federal Trade Commission (FTC) en vue d’annuler son acquisition, il y a dix ans, d’Instagram et de WhatsApp, dont le procès s’ouvrira en avril. Sa nouvelle approche de modération des contenus, favorable à Trump, représente à ce titre l’un des nombreux efforts visant à convaincre cette nouvelle administration, qui n’hésitera pas à récompenser ses amis et à punir ses ennemis.

Par-dessus tout, la métamorphose de Zuckerberg s’explique par le nouvel agenda économique du président Trump, qui entend largement distancer la Chine sur le front des nouvelles technologies. Au menu : déréglementations tous azimuts et investissements massifs dans l’IA et les cryptomonnaies. Soit des fortunes colossales en jeu. Quiconque aura l’oreille du président ces prochaines années sécurisera ses approvisionnements en les retranchant des biens et services frappés de taxes douanières, bénéficiera de contrats fédéraux démesurés et… se taillera une place de choix parmi les futurs géants de la quatrième révolution industrielle.

Mark Zuckerberg représente en réalité la figure de proue d’un mouvement de conversion à l’anti-wokisme qui s’achève par son ralliement ultime. Les décisions bruyantes du médiatique patron de Meta n’ont fait que suivre la liste toujours plus fournie des grandes entreprises ayant mis fin à leurs programmes de discrimination positive : McDonald’s, Walmart, Boeing, Molson Coors, Ford, Harley-Davidson, John Deere, Amazon… Même YouTube, filiale de Google, a procédé à de nombreux licenciements de responsables de la surveillance de ses contenus.

Il y a quatre ans, Zuckerberg coupait la tête de Trump sur tous ses réseaux sociaux. En quelques semaines il a rejoint les premiers rangs des zélés du nouveau régime. Reste à savoir comment il survivra dans cette nouvelle ère où les plus grands patrons du monde craignent pour leurs privilèges.


[1] Dans une vidéo publiée sur Facebook le 7 janvier.

Faut-il redouter une Allemagne à son tour ingouvernable?

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Friedrich Merz (CDU), président du parti et candidat à la chancellerie, s'exprime à la Maison Konrad Adenauer après la prévision des résultats des élections fédérales, Berlin, 23 février 2025 © Marcus Brandt/DPA/SIPA

Le conservateur Friedrich Merz devrait être le prochain chancelier de l’Allemagne. Il estime que la politique d’Angela Merkel est responsable de la progression de l’AfD d’Alice Weidel, laquelle a obtenu 20,8% des suffrages dimanche. Et il exclut de gouverner avec elle.


Les élections anticipées en Allemagne ont marqué un tournant pour le pays, n’ayant jamais été aussi à droite, mais aussi pour l’Union européenne. Jadis pilier de stabilité et de prospérité, l’Allemagne affronte une crise économique et sociale, une instabilité politique et un chaos migratoire et sécuritaire sans précédent. Une Allemagne ingouvernable pourrait signer la fin de « l’Europe allemande » à un moment où un leadership fort est plus que jamais nécessaire.

Une élection sans réel vainqueur ?

Les élections de dimanche dernier ne devraient pas résoudre les problèmes politiques de l’Allemagne, mais au contraire les aggraver. Depuis le départ d’Angela Merkel, une coalition fragile en « feux tricolores » rassemblant les sociaux-démocrates du SPD, les Verts et les libéraux du FDP gouvernait l’Allemagne. Néanmoins, des tensions ont fait imploser la coalition entre les libéraux tenants d’une ligne pro-business et de rigueur budgétaire opposés aux sociaux-démocrates et aux écologistes partisans d’une atténuation du « frein à l’endettement » limitant l’emprunt public à 0,35 % du PIB. Les différents partis de cette coalition ont payé le prix fort cet échec. Le SPD d’Olaf Scholz a subi une défaite retentissante, qui devrait le pousser vers la sortie. Les libéraux du FDP ne seront plus au Bundestag après avoir fait moins de 5% des voix. Les Verts, bien que mieux lotis, ont perdu du terrain avec 11,6% des suffrages, en nette régression après les 14,7% de 2021.

Seulement, l’alternative majoritaire n’existe pas. Plus précisément, elle n’existe qu’au niveau des électeurs et non des partis. En effet, près de la moitié des Allemands ont voté pour un parti de droite : 28,5% pour la CDU/CSU (droite de gouvernement) et 20,8% pour l’AfD (droite radicale). Pourtant, bien qu’arrivée en tête, la droite n’a pas de majorité au Bundestag. La seule coalition envisageable semble être une alliance forcée avec l’AfD ou le SPD. La première alliance est empêchée par le cordon sanitaire et la seconde, bien que plus probable, ne coule pas de source car l’opposition entre les deux partis s’est récemment accentuée. En effet, ils sont chacun débordés par un parti plus radical les obligeant à tenir des lignes plus dures comme LR et le PS en France. Pour schématiser, il est plus difficile d’envisager Laurent Wauquiez/Bruno Retailleau travailler avec Olivier Faure qu’Alain Juppé avec Dominique Strauss-Kahn.

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Le moteur de l’Europe tombe en panne

Longtemps perçue comme le pilier économique de l’Europe, l’Allemagne fait face à une triple crise : économique, industrielle et sociale. Sur le plan économique, le PIB allemand a reculé de 0,3 % en 2023, puis de 0,2 % en 2024. En comparaison, l’Espagne, considérée comme plus fragile, a affiché une croissance de 2,1 % sur la même période. De plus, la production industrielle allemande a chuté de 1,6 % en 2024, en raison des coûts énergétiques élevés et de la baisse de la demande chinoise, son principal partenaire commercial. Enfin, sur le plan social, l’Allemagne a atteint 6,1% de chômage en janvier, son plus haut niveau depuis 10 ans (hors Covid). Un point de chômage sépare l’Allemagne de la France contre plus de 4 points en 2017 !

Une Allemagne instable et ingouvernable affaiblira l’Europe. Pendant des décennies, l’Allemagne a façonné les politiques européennes, qu’il s’agisse de la gestion de la crise des dettes souveraines ou du plan de relance post-Covid. Les débats cruciaux sur les nouvelles règles budgétaires européennes et la défense commune stagnent en raison de l’indécision allemande. Alors que l’Europe doit faire face à des pressions économiques croissantes, à des États-Unis ou une Chine plus agressifs que jamais et à la guerre en Ukraine, l’absence d’un leadership fort en Allemagne entrave la capacité de l’UE à réagir de manière coordonnée. La campagne électorale nationale allemande a monopolisé l’attention de ses dirigeants, qui délaissent ainsi les enjeux européens. Historiquement moteur de l’intégration européenne, l’Allemagne devient un facteur de blocage, privant l’UE de sa boussole habituelle.

La fin de l’Europe allemande ?

Une Allemagne ingouvernable pourrait signer la fin de l’Europe allemande et offrir une opportunité à la France de prendre le leadership de l’Europe. Seulement, cette idée souffre de deux écueils. D’une part, les Allemands ne semblent pas prêts de revenir sur les erreurs qui ont conduit à faire du pays européen le plus puissant, un pays dépendant. Dépendant sur le plan militaire des Américains, dépendant sur le plan économique et commercial de la Chine et dépendant sur le plan énergétique de la Russie. Or, une Allemagne dépendante conduit naturellement le reste des pays européens d’Europe du Nord et de l’Est à suivre ce même chemin néfaste. D’autre part, la France d’Emmanuel Macron est un pays affaibli par une crise politique marquée par une dissolution qui aura coûté un trimestre de croissance économique et une censure qui aura coûté 12 Mds € aux finances publiques. Sans compter qu’Emmanuel Macron espère que l’éventuelle accession de M. Merz (CDU) à la chancellerie relancera le couple franco-allemand alors que ce dernier soutient l’accord commercial UE-Mercosur.

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Avec une Allemagne et une France en difficulté, d’autres pays prennent l’initiative. La Pologne, dont les dépenses militaires atteignent désormais 5% du PIB, s’impose comme un pilier stratégique en Europe de l’Est, notamment vis-à-vis des États-Unis. L’Italie de Giorgia Meloni affiche une croissance dynamique et s’impose comme un acteur économique de premier plan dans l’UE. Si la ligne économique de l’Union européenne devrait revenir à une ligne plus frugale avec le retour de la CDU, le nouvel équilibre des pouvoirs en Europe suggère que Berlin ne sera plus automatiquement le centre de gravité du Vieux-continent.

Si l’on peut se réjouir de la fin de l’Europe allemande, une Europe sans cap pourrait être pire à l’heure où les grandes puissances se réarment. Si les grands pays européens (France, Espagne et maintenant Allemagne) entrent en instabilité politique permanente alors qu’ils doivent se redresser, la question de dégager une majorité se posera. Du point de vue des électeurs, elle existe dans les trois pays : c’est l’union des droites. D’ailleurs, l’Italie, seul grand pays qui l’expérimente, est devenu en deux ans le nouveau pôle de stabilité de l’Europe… Les prémices d’une nouvelle ère en Europe ?

Poutine, Musk, populistes: Emmanuel Macron voit des méchants partout… sauf à Alger

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Emmanuel Macron au téléphone lors du salon de l'agriculture. Il a appris peu de temps avant l'attaque terroriste survenue à Mulhouse, Paris, 22 février 2025 © Christian Liewig- POOL/SIPA

Emmanuel Macron se rend à Washington pour mettre en garde le président Trump contre l’autocrate Vladimir Poutine. L’épouvantail russe du président français cache-t-il son impuissance face à l’Algérie ?


Le populisme, voilà l’ennemi !

Qui est l’ennemi ? Emmanuel Macron, après avoir déclaré la guerre au Covid, au réchauffement climatique et au populisme, désigne cette fois Vladimir Poutine. Mais le chef de l’État a beau abracadabrer, nombreux sont les Français qui le tiennent pour leur adversaire. Jeudi dernier, Macron a dénoncé « la menace existentielle russe ». Ce lundi soir, il devrait rencontrer Donald Trump à Washington. Il entend lui dire : « Tu ne peux pas être faible face au président Poutine ». Mais que vaut ce conseil venant d’un président qui laisse l’Algérie humilier la France ? Samedi soir, sur TF1, Bruno Retailleau a rappelé que l’expulsion de l’islamiste algérien qui venait de commettre un attentat ou couteau à Mulhouse, tuant un passant en criant « Allah Akbar ! », avait été refusée dix fois par les autorités consulaires, en dépit d’une interdiction de territoire1. Le rapport de force que réclame le ministre de l’Intérieur face à l’Algérie, au nom de la réciprocité, se heurte à l’apathie de l’Elysée. Cela fait 100 jours que Boualem Sansal, qui a entrepris une grève de la faim, est otage du régime. Désigner la Russie comme l’adversaire le plus dangereux, au même titre que « la nouvelle internationale réactionnaire » représentée par Elon Musk, est un artifice dont abuse Macron, désavoué dans les sondages. Comme l’a rappelé JD Vance dans son discours de Munich, « la menace la plus inquiétante pour l’Europe n’est ni la Russie ni la Chine », mais les dirigeants européens indifférents à leurs peuples et à l’immigration de masse.

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Oui, une menace existentielle assombrit la défunte « douce France ». Toutefois, la Russie est utilisée comme un leurre. L’épouvantail dissimule les renoncements intérieurs du chef de l’État, obsédé par sa détestation d’une « extrême droite » fantasmée : y sont précipités les plus lucides des citoyens. Quand le patron du Renseignement territorial, Bertrand Chamoulaud, estime que « les deux risques majeurs pour la cohésion nationale sont le narcotrafic et le séparatisme islamiste »2, il se rapproche davantage de ce qui fragilise le pays. L’islam colonisateur est bien un ennemi. Il a pour dessein, appuyé par l’extrême gauche et la somnolence du pouvoir, de conquérir par la subversion idéologique ou la violence terroriste. Or cette invasion est le produit de la légèreté des dirigeants, qui ont laissé la nation ouverte. Quand Retailleau exhorte de « changer les règles du droit pour protéger les Français », il pointe les politiques qui ont laissé faire, au prétexte d’un « État de droit » intouchable. Macron est comptable de cette débandade, même s’il n’a pas craint de qualifier le meurtre de samedi de « terrorisme islamiste ».

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Menace existentielle

Le poids électoral de la communauté musulmane en France le dissuade d’affronter l’islam politique, représenté notamment par la Grande mosquée de Paris. Les « populistes » sont pour lui des cibles moins dangereuses. Hier soir, les législatives allemandes ont confirmé la victoire des conservateurs CDU/CSU (28,6%) et le doublement du score du mouvement national AfD, Alles Für Deutschland (20,8%) que Macron désigne, avec les mondialistes, comme un parti paria. Le président ne voit pas que c’est lui qui est devenu, par son aveuglement, une menace existentielle pour la France.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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  1. https://www.youtube.com/watch?v=iSXY22JSS3M ↩︎
  2. https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/12/23/pour-le-patron-du-renseignement-territorial-les-deux-risques-majeurs-pour-la-cohesion-nationale-sont-le-narcotrafic-et-le-separatisme-islamiste_6463074_3224.html ↩︎