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Enfant queer : fais pas genre !

preciado genre queer

Il y a quelques jours, la « philosophe » Beatriz Preciado s’est fendue d’une tribune dans Libération appelant à la défense de l’enfant queer. Dans un discours fleuve et brouillon, l’auteur(e) commence par démonter tous ceux qui ne pensent pas comme elle. Le vocabulaire est violent, sans demi-mesure et flirte clairement avec le point Godwin : intégrisme, despotisme, violence, exclusion, oppression, terreur, mort, franquisme…  Il faut dès lors entendre que toute personne qui croit à la condition sexuée de l’existence humaine cache au fond d’elle quelque chose d’inhumain. Ce postulat posé,  Mme Preciado tente de démontrer que l’enfant n’est rien d’autre qu’une subjectivité politique irréductible à une identité de genre, de sexe ou de race. Ainsi doit-on aider l’enfant à s’émanciper des déterminations sexuelles et l’accompagner dans son choix de pédérastie, de lesbianisme, de transsexualité, de transgenre, etc.

Refusant les limites du corps imposées par une Nature fasciste et des parents hétéronormatifs, Beatriz Preciado invite à repenser l’organisation sociale selon d’autres modèles, reprenant à son compte l’idéologie développée outre-Atlantique par la philosophe Judith Butler. La théorie du genre comme mouvement libre et révolutionnaire face à l’obscure phallocentrisme, à l’immonde hétérosexualité obligatoire, produits « d’institutions, de pratiques, de discours provenant de lieux multiples et diffus. » N’en jetez plus.

Condamnés au port du san-benito, ceux qui ne se résignent toujours pas à accepter que ce qu’ils ont entre les jambes n’est qu’une vue de l’esprit sont sommés d’écouter les jérémiades de la philosophe qui raconte alors une enfance abominable. Retenez vos larmes, Beatriz Preciado est issue d’un père et d’une mère qui ont eu l’outrecuidance de raconter à leur fille qu’elle en était une. À coups de papa/maman, voilà que la petite fille nous explique la découverte de son homosexualité, démontrant bien malgré elle qu’il n’est nullement besoin de gommer les sexes ou d’avoir des parents homosexuels pour choisir sa sexualité, puisqu’elle y est parvenue malgré le joug d’une famille d’un autre temps.

La Théogonie d’Hésiode raconte la belle histoire de l’union du ciel et de la terre, d’Ouranos et de Gaïa engendrant les Dieux l’un après l’autre. Ouranos, jaloux de ses fils, obligeait Gaïa à les emprisonner dans le Tartare jusqu’à ce que Cronos décide de venger sa mère en émasculant son père, séparant pour toujours le ciel de la terre. Les organes masculins tranchés tombèrent dans la mer et donnèrent naissance à Aphrodite, la déesse de l’amour. Si ce mythe est lui aussi d’un autre âge, il est en tous les cas d’un temps où la science naissait de la contemplation des phénomènes naturels. Il démontre en tout état de cause à quel point la sexualisation est fondamentale dans l’émancipation de l’individu, en particulier vis-à-vis de ses parents, et dans la construction de sa propre vie. Étymologiquement, le mot « sexe » signifie d’ailleurs « coupé ». Or, ce qui frappe à la lecture du texte de Beatriz Preciado, c’est le recours systématique à ses parents pour fonder un argumentaire inopérant. L’auteur(e) s’attache en effet à nous démontrer que le déni de la sexualisation est de l’ordre de la libération suprême alors que chacune de ses lignes recherche l’approbation parentale. En refusant son sexe, Beatriz Preciado n’a manifestement pas coupé le cordon.

Plus à une contradiction près, la philosophe revendique en envolée finale le droit des enfants à ne pas être éduqués comme force de travail et de reproduction, comme futurs producteurs de sperme et d’utérus. Elle milite pourtant pour la procréation médicalement assistée où il s’agit clairement de produire industriellement un enfant grâce à un catalogue de gamètes et d’ovocytes ; et se prononce en faveur de la gestation pour autrui qui consiste à transformer l’utérus des femmes en kolkhoze pour satisfaire les désirs d’enfants. Un instant, Beatriz Preciado tente de nous faire croire qu’elle combat un libéralisme débridé, bien qu’elle en fasse superbement le jeu. Car le libéralisme est en réalité un égalitarisme qui a pour finalité l’échangisme. Il faut tout échanger, envers et contre tout, jouir sans entraves comme diraient les autres. Alors pour que les flux passent, ne se heurtent à aucun obstacle, qu’ils soient interchangeables, il faut lisser, polir toutes les différences culturelles, sociales, religieuses, sociétales et sexuelles. En quelques lignes, Beatriz Preciado nous aura démontré combien le déni d’une évidence élémentaire fausse tout le reste.

*Photo : katybird.

Ioulia Timochenko, pas sainte mais martyre…

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yulia timochenko ukraine

L’Ukraine n’est pas un pays sexy, si l’on met à part le groupe d’intervention féministe Femen, dont l’évocation sur les sites internet fait monter en flèche le nombre de visiteurs. Pour le reste, ce pays, qui servit de modèle à Hergé de dictature est-européenne sous le nom de Bordurie, évoque les vastes plaines de terres noires (tchernoziom), les mines de charbon du Donetsk et la grande porte de Kiev des Tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski.

Depuis l’éclatement de l’URSS, en 1992, l’Ukraine, devenue indépendante, connaît une vie politique agitée. Dans un premier temps, les anciens apparatchiks communistes, dont le premier président du pays, Leonid Koutchma, était la figure de proue, procédèrent, à leur profit, à la désoviétisation de l’économie. Alors que ces oligarques construisaient des fortunes, les gens ordinaires voyaient leur niveau de vie se dégrader, et regardaient avec envie leurs voisins polonais, slovaques ou hongrois accéder à une vie meilleure et à une démocratie véritable par leur intégration au sein de l’UE.

En 2005, ce fut l’explosion : la « révolution orange » – couleur adoptée par les contestataires pro-européens – fit annuler l’élection présidentielle qui avait porté au pouvoir Viktor Ianoukovitch, candidat des ex-apparatchiks, permettant à son rival, le pro-européen Viktor Iouchtchenko, d’accéder à la présidence.[access capability= »lire_inedits »]

À côté de la face grêlée de Iouchtchenko[1.  Au début des années 2000 Viktor Iouchtchenko fut victime d’une tentative d’assassinat à la dioxine perpétré par les services spéciaux ukrainiens. Il survécut, mais resta défiguré.], un visage de femme incarna cette révolution. Sa chevelure blonde (teinte) était rassemblée en une tresse circulaire, à la manière des paysannes slaves pour bien montrer combien elle était attachée aux traditions du terroir. Pourtant, derrière ce visage bucolique se cachait une redoutable femme d’affaires et de pouvoir. Partie de rien, à moins de 30 ans, elle avait bâti avec son mari la plus importante société de distribution pétrolière et gazière du pays, non sans avoir arrosé de prébendes corruptrices les responsables politiques de l’époque. En 1996, elle fonda son parti et fut élue au Parlement. Principale opposante à Leonid Koutchma avec Iouchtchenko, elle fut nommée Premier ministre en janvier 2005 par ce dernier, et s’employa à rapprocher l’Ukraine de l’Union européenne. Mais les rapports avec Iouchtchenko se dégradèrent, et elle fut limogée en septembre de la même année. Le Président fut pourtant contraint de la rappeler en 2007, à la suite de la victoire  du «  Bloc Ioulia Timochenko » aux élections législatives.

En 2010, elle se présente à l’élection présidentielle contre le pro-russe Viktor Ianoukovitch, qui l’emporte de justesse. Mais comme son influence reste importante, surtout dans l’Ouest de l’Ukraine, plus tournée vers l’Europe que vers la Russie, Ianoukovitch et ses amis ont résolu de l’abattre par tous les moyens. C’est ainsi que les accusations d’abus de pouvoir, de corruption et même d’assassinat politique ont été formulées contre elle par une justice ukrainienne totalement inféodée au pouvoir de Ianoukovitch. Les juristes mandatés par l’UE pour évaluer la légalité de la procédure menée à son encontre ont conclu que le procès intenté à Timochenko relevait d’un pur et simple règlement de comptes politique. Bien qu’exclue de la campagne électorale de l’automne 2012, son parti obtint plus de 25% des suffrages, arrivant en deuxième position derrière le Parti des régions de Ianoukovitch. Ce dernier réussit pourtant à se maintenir au pouvoir, grâce à un changement du mode de scrutin et à une alliance avec les communistes. Ioulia Timochenko, condamnée une première fois à sept ans de prison en 2011, souffre de douleurs dorsales aiguës dues à une grave hernie discale. Grâce à l’intervention de Joachim Gauck, président de la RFA, et de Stephen Harper, premier ministre du Canada, elle a été transférée de sa prison dans un hôpital de Karkhov, en Ukraine orientale, mais reste privée de tous les moyens de communication, hormis les visites de sa famille et de ses avocats. Le 18 janvier 2013, un nouveau procès contre elle va s’ouvrir, où elle devra répondre d’accusations tout aussi fantaisistes que lors du premier.

Ioulia Timochenko n’est certes pas une idole immaculée du combat démocratique, à l’image d’une Aung San Suu Kyi ou  d’un Nelson Mandela, et l’Ukraine est davantage un régime autoritaire corrompu qu’une dictature sanglante. Ce n’est pas une raison pour détourner notre regard des mauvaises manières qui lui sont faites.[/access]

*Photo : Wiki commons.

François Hollande, prêt à buter les terroristes jusque dans les chiottes ?

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En février dernier Najat Vallaud-Belkacem, alors porte-parole de François Hollande, avait comparé Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine : selon elle, on retrouvait chez les deux hommes la même « brutalité des méthodes ». Pour les socialistes, Vladimir Poutine fait en effet figure de croquemitaine : il est vilain, méchant et brutal. On se souvient des prises d’otages au Théâtre de Moscou, en 2002, et dans l’école de Beslan en 2004 : les forces spéciales russes n’avaient pas hésité à donner l’assaut, causant ainsi, d’après les détracteurs du président russe, la mort de plusieurs centaines d’otages.

Samedi, après la prise d’otages sur le complexe gazier d’In Amenas, alors que tous les gouvernements étrangers, de Washington à Tokyo, critiquaient sévèrement l’opération menée par l’armée algérienne, François Hollande s’est montré très conciliant avec le gouvernement algérien : pour lui, l’Algérie «a eu les réponses adaptées». Peu importe que plusieurs dizaines d’otages aient été tués. Ainsi, nous découvrons ébahis que François Hollande apprécie des méthodes brutales dignes de Vladimir Poutine ! Pour un peu, il se dirait prêt à aller buter les terroristes jusque dans les chiottes ! Comme quoi, la guerre, ça vous change un homme.

Encore un petit effort et François Hollande, chef de guerre, n’aura plus la trouille au moment de nommer l’ennemi contre lequel nos troupes se battent. Car il est trop facile de ne parler que de  «terroristes » , un peu comme on parle de « rebelles » en Syrie. Encore un petit effort, donc, et il aura enfin le courage de préciser que les terroristes sont des islamistes et qu’ils se réclament de l’islam. N’en déplaise au Conseil français du culte musulman qui s’est félicité, dans un communiqué, que le Président de la République « évite de qualifier d’islamistes les éléments terroristes visés par l’intervention ».

Alors, à l’instar de Vladimir Poutine, qui est cohérent lorsqu’il ne veut pas aider les rebelles en Syrie mais propose son aide à la France au Mali, François Hollande désignera clairement l’ennemi sans craindre de froisser les uns ou les autres, et il commencera peut-être à ressembler, vaguement, à un chef d’État.

 

Qatar : l’internationale islamiste

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qatar arabie saoudite

La francophilie absout-elle tous les péchés ? Jamais démenti depuis quelques années, le lien privilégié entre la France et le Qatar habite nombre de consciences politiciennes. Parmi les rares voix dissonantes, Julien Dray s’est singularisé en réclamant la création d’une commission d’enquête sur les investissements qataris en France, là où la députée Karine Berger, secrétaire nationale du PS à l’économie, invoque l’islamophobie dès qu’un importun ose attaquer Doha. Mais il y a plus grave que ces querelles picrocholines auxquelles la vie politique nous a accoutumés. Le Qatar n’investit pas seulement dans des équipes de football en perdition ou des palaces parisiens en quête d’une seconde jeunesse. Sur le plan international, les paris qataris se font sur un terrain nettement plus pentu et aventureux que les pelouses du Parc des Princes.

On savait l’émir du Qatar grand ami des révolutions arabes et de leurs porte-drapeaux islamistes. Les Tunisiens d’Ennahda sont dans ses petits papiers, de même que les islamistes libyens les plus obtus et la milice salafiste « syrienne » du Front Al-Nosra, largement approvisionné en jihadistes de tous les pays. Mais ce n’est pas tout. En juin dernier, bien avant l’engagement militaire français au Sahel, Le Canard enchaîné nous apprenait que « les insurgés du Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla), les mouvements Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) ont reçu une aide en dollars du Qatar.»

Traduction : au moment même où l’Algérie, l’Europe et Amérique comptent sur la France pour faire reculer les troupes jihadistes au nord du Mali, le meilleur ami moyen-oriental de Paris lui savonne la planche. Ce n’est pas donc qu’une question de bienséance, ni même de principes (quoiqu’on puisse trouver l’utopie jihadiste fort peu accommodante avec les femmes, les minorités religieuses et tout ce qui dépasse de son étroite weltanschauung), mais bien un conflit d’intérêts qui devrait inciter le quai d’Orsay à reconsidérer son amitié qatarie. En encourageant la constitution d’un narco-Etat islamiste touarego-malien, Doha finance à la fois le crime international et le terrorisme. Du point de vue de la dynastie Al-Thani, il est d’ailleurs logique d’arroser de pétrodollars des mouvements archéo-futuristes qui entendent recréer le fantasme des premiers temps de l’islam. Pour peu que les salafistes ainsi stipendiés se montrent reconnaissants et respectent la souveraine émancipée cheikha Moza, l’épouse de l’émir, les aider relève du comportement le plus hallal qui soit. La prédication (da’wa), le grand et le petit jihad ne figurent-ils pas parmi les devoirs du musulman ?

À trop se focaliser sur l’Iran, la diplomatie française oublie qu’il arrive que le diable porte pierre. Notre base militaire à Abu Dhabi, inaugurée à grands renforts de médias par un Nicolas Sarkozy alors au pinacle de la popularité, avait clairement désigné l’ennemi : Téhéran et ses velléités nucléaires. C’était faire peu de cas de la nouvelle puissance qatarie et de son sac à dos idéologique, non moins ambitieux que le messianisme khomeiniste. À ceci près que le Qatar s’adresse aux 90% de musulmans sunnites, loin de l’état de minorité qui confine l’Iran chiite dans la marge de l’Oumma. Nos brillants diplomates, d’ordinaire plus lucides, ont peut-être péché par analogie. Il est si tentant de rapprocher le wahhabisme saoudien de son petit frère qatari. Deux pétromonarchies conservatrices alliées des Etats-Unis, aux familles royales pléthoriques qui comptent nombre de mécènes du jihadisme, semblent a priori faites du même bois. Mais après les électrochocs du 11 septembre et la vague révolutionnaire partie de Sidi Bouzid en 2011, Riyad a perdu une grande partie de sa capacité d’influence. L’ancien allié des despotes déchus Ben Ali (réfugié à Jeddah !) et Moubarak cultive des relations mi-figue mi-raisin[2. Non fermenté, cela va sans dire !] avec les Frères Musulmans locaux alliés d’Ankara et de Doha.

L’épreuve des faits nous montre des Saoudiens attentistes et prudents, attachés au fragile équilibre politique du royaume, dont les visages inquiets et sénescents contrastent avec l’activisme international des Qataris. L’émir du Qatar sera-t-il le Trotski du XXIe siècle ? Si l’hypothèse se vérifiait, on lui déconseillerait vivement de tenter d’exporter le jihad au Mexique…

*Photo : Lυвαιв.

Affaire Armstrong : et pourquoi pas le droit au dopage pour tous ?

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lance armstrong dopage

Alors que Lance Armstrong, héros déchu, vierge, traître et martyr, se confesse en direct devant Oprah Winfrey sous l’œil avide de quelques milliards de téléspectateurs en pantoufles – et avoue l’énormité diabolique de son crime, qui consiste à avoir pris des hormones et à s’être fait transfuser son propre sang afin de d’améliorer ses performances, se pose la question du sérieux de toute cette comédie. On a bien conscience que, ce faisant, on risque de se mettre à dos quelques laboratoires spécialisés et une poignée de journalistes pour qui le dopage constitue, depuis plusieurs décennies, une véritable poule aux œufs d’or.  Mais soyons francs : pour quelles raisons maintenir indéfiniment une prohibition du dopage qui s’avère à la fois inutile et impossible ?

Inutile ?, s’offusqueront certains ? Mais pas du tout ! Elle est indispensable, au contraire, le dopage mettant en danger l’esprit du sport, la santé des sportifs et la morale publique … ! Autant de lieux communs inlassablement ressassées, mais que quelques secondes de réflexion suffisent à écarter.

Le premier reproche fait au dopage est qu’il remettrait en cause l’égalité entre compétiteurs, et qu’il fausserait ainsi les résultats des compétitions :  argument incontestablement sympathique – il faut que le Saint sport soit Juste-, mais difficilement recevable, le sport en général, et particulièrement le sport de haut niveau, étant par nature le lieu de déploiement de toutes les inégalités : inégalité physique entre les sportifs – ce n’est pas Pierre de Coubertin qui aurait dit le contraire -, inégalité entre les pays d’où ils proviennent –comment se fait-il que presque toutes les médailles d’or aux Jeux olympiques soient raflées par des pays riches ?-, inégalité, enfin, entre les modes de préparation à la compétition, entre ceux qui peuvent consacrer la totalité de leur temps à un entraînement sophistiqué, et les autres. Dans la plupart des cas, les jeux sont faits lorsque les athlètes entrent dans le stade. Dans ces conditions, le fait que certains d’entre eux prennent, en plus, des substances susceptibles d’améliorer leurs performance ne fait que rajouter (ou retirer, selon les cas) un peu d’inégalité à cette activité où l’égalité n’a jamais eu la moindre place. Du reste, remarquerait un esprit cynique, il suffirait que l’interdiction du dopage soit levée, et qu’ils puissent tous utiliser lesdites substances, pour que, sur ce plan,  l’égalité entre sportifs se trouve restaurée.

Deuxième reproche, les dommages pour la santé. Mais si nul ne conteste les bénéfices liées à la pratique d’une activité physique modérée, en revanche, note Gilles Goetghebuer, beaucoup d’indices laissent à penser que le taux de mortalité est plus élevé parmi les sportifs de haut niveau que dans l’ensemble de la population,  sans que l’on puisse déterminer si cette surmortalité résulte du dopage, ou d’une pratique trop assidue, ou encore, de la surconsommation médicamenteuse induite par cette dernière : « dans l’état actuel des connaissances, il paraît difficile de répondre ». Quant au Professeur Ahmed Bennis, il constate, en tant que cardiologue, que dans le cadre d’une pratique de haut niveau impliquant un entraînement de plus de 10 h par semaine, «  les sportifs poussent leur corps à l’extrême. Les sollicitations cardio-pulmonaires dépassent les capacités physiologiques normales. Ces corps sont-ils capables de développer ces performances sans laisser de dégâts ? (…) Trois matches par semaine de compétition, avec des entraînements de plus en plus durs font courir des risques certains aux organismes exposants. » No sport, conseillait Churchill à ceux qui veulent vivre vieux. Ce n’est pas le dopage qui est dangereux, c’est le sport. Ce qui n’empêche pas ceux qui le souhaitent de prendre les risques inhérents, dopage ou non, à ce type de pratique transgressive mais économiquement fructueuse.

Troisième argument, le caractère immoral du dopage. Mais là encore, sachons distinguer la paille et la poutre : dans un monde où chacun se dope, du candidat aux présidentielles au présentateur TV, de l’avocat d’assises à la ménagère de moins de cinquante ans, de la maîtresse d’école stressée à l’octogénaire qui se demande comment il va remplir son devoir conjugal, et où l’usage d’excitants, de tranquillisants et d’antidépresseurs est devenu aussi ordinaire que celui de l’aspirine, pourquoi le sportif de haut niveau serait-il le seul à échapper à la règle ? Parce qu’il est un surhomme ? Quant à l’argument selon lequel le dopage serait immoral dans la mesure où il implique la violation d’un interdit légal, il est encore plus fragile que les autres, puisque là encore, il suffirait d’abolir la loi pour supprimer la cause de l’immoralité.

Inutile, la prohibition du dopage est également impossible. Même si l’on aggravait considérablement les peines (par exemple, en coupant les pieds à un sprinter pris sur le fait, ce qui le dissuaderait certainement de recommencer), même si l’on multipliait les contrôles, on n’empêcherait pas le phénomène – du moins, là où les enjeux financiers sont devenus considérables. Car au fond, tout est là. Pour pouvoir se doper, il faut de l’argent : mais il en faut aussi pour vouloir se doper. Au début du XXème siècle, alors que le sport restait un loisir d’aristocrates et que l’idée même d’une professionnalisation eût semblé bouffonne ou inconvenante, on ne se dopait pas – ou si peu, une grosse cuiller de miel, un verre de calva, une tranche de saucisson, et hop… Mais dès lors que le sport apparaît, notamment aux « jeunes de milieux défavorisés », comme l’unique moyen légal – avec le loto – de devenir rapidement riche et célèbre, il est inévitable que  les plus ambitieux, les plus gourmands, les plus affamés, acceptent de jouer le jeu, et le cas échéant, d’en payer le prix. Et qu’ils se débrouillent pour y parvenir, quels que soient les risques, les contrôles ou les peines encourues.

Du reste, le sport-spectacle  implique nécessairement l’utilisation de produits dopants, seuls susceptibles d’améliorer progressivement et régulièrement les performances des sportifs : qu’est-ce qu’attendent les spectateurs, à l’issue d’une course à pied ou d’une compétition de natation ? Que soient battus les précédents records. Comme s’il était normal que les performances physiques s’améliorent au cours du temps, à mesure que l’homme se rapproche du surhomme… Les commentateurs sportifs n’hésitent pas, du reste, a souligner avec surprise les anomalies, c’est-à-dire, les disciplines dans lesquelles les records n’ont pas été battus depuis plusieurs années… Comment l’homme pourrait-il ne plus progresser ? Comment surmonter un tel scandale ? Et qui s’intéresserait encore aux compétitions sportives si les résultats avaient tendance à se stabiliser, voire à régresser ? Heureusement, les dopants sont là pour rassurer les spectateurs sur la perfectibilité sans limite de leurs héros.

Entre 1919 et 1933, les Etats-unis, pris d’un soudain accès de vertu, décidèrent d’interdire la fabrication, la vente et le transport des boissons contenant plus de 0,5 % d’alcool – ce qui, malgré les sanctions infligées aux contrevenants, s’avéra très vite illusoire. La Prohibition suscita en revanche d’innombrables vocations de trafiquants et de gangsters, et habitua l’Américain moyen à prendre ses aises avec la loi tout en prenant de gros risques avec sa santé, l’alcool de contrebande étant souvent d’une qualité exécrable. Rétrospectivement, la Prohibition nous semble si intenable qu’elle en paraît absurde : autant construire un barrage contre le Pacifique.  Il en va de même pour le dopage : quels que soient les moyens prodigués, on n’en aura jamais fini avec lui. Aussi longtemps, du moins, qu’il y aura quelque chose à y gagner… Les Etats-Unis finirent par le comprendre et levèrent l’interdit en 1933, faisant ainsi coïncider le droit avec le fait.  Les pouvoirs publics auront-ils un jour la même sagesse à propos du dopage ?

La dépénalisation du dopage sera peut-être le meilleur, sinon le seul moyen, d’y mettre fin. Si tous les sportifs de haut niveau avaient la possibilité de se doper, alors, le dopage cesserait de constituer un avantage pour ceux qui s’y adonnent : sur ce plan au moins, tous se retrouveraient enfin sur la même ligne. Et c’est ainsi que le dopage, en se banalisant, perdrait tout intérêt.

*Photo : cal_gecko/Mark Brooks.

Quel réac sociétal êtes-vous ?

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frigide barjot mariage queer

Cela commence par un inventaire à la Prévert : « Les catholiques, juifs et musulmans intégristes, les copéistes décomplexés, les psychanalystes œdipiens, les socialistes naturalistes à la Jospin, les gauchos hétéronormatifs, et le troupeau grandissant des branchés réactionnaires », coupables de s’opposer au mariage et à l’adoption pour tous au nom « du droit de l’enfant à avoir un père et une mère ». Personnellement, si je devais me définir politiquement, j’hésiterais entre « socialiste naturaliste » et « réactionnaire »  en écartant la seule étiquette que je trouve franchement infamante (« branché », non mais ?!). Qui se cache donc derrière cette toponymie politique digne des meilleurs articles de Mediapart et du Nouvel Obs réunis ?

Je vous le donne en mille. Notre imprécatrice s’appelle Beatriz Preciado, « auteure » (sic) pseudo foucaldienne du sans doute passionnant Pornotopie : Playboy et l’invention de la sexualité multimédia. Dans sa tribune publiée la semaine dernière dans Libération, elle ne se contente pas de répertorier les méchants réactionnaires hostiles au Progrès pour tous, mais pose une question urgente s’il en est : « qui défend l’enfant queer ? ». La suite, vous la devinez, ressemble à un pastiche de Surveiller et Punir, le panoptique quittant l’asile, l’école et la prison pour loger dans nos utérus et nos cerveaux malades de déterminer sexuellement les individus.

Madame, mademoiselle, pardon Preciado, nous confie son rêve d’enfant au cours de ses jeunes années d’élève d’une école catholique : « J’avais 7 ans. Je me suis dessinée mariée avec ma meilleure amie Marta, trois enfants et plusieurs chiens et chats. J’avais déjà imaginé une utopie sexuelle, dans laquelle existait le mariage pour tous, l’adoption, la PMA ». Un songe qui lui valut alors les quolibets et le harcèlement quotidien de ses petits camarades, beaucoup moins gay friendly que la petite Beatriz.

Du coup, comme dans un mauvais sketch de Stéphane Guillon (excusez le pléonasme), la petite fille devenue grande fait un sort à ceux qu’elles identifient comme les clones de ses anciens bourreaux.  Pour se défouler, Beatriz Preciado traite indifféremment Frigide Barjot de Jean-François Copé et Copé de Barjot, une indistinction parfaitement queer et paritaire, vous en conviendrez. « L’enfant que Frigide Barjot désire protéger est la créature d’une machine despotique : un copéiste rapetissé qui fait campagne pour la mort au nom de la protection de la vie ». Espérons que les choses soient claires. Si vous estimez cette phrase incompréhensible, c’est que le mauvais génie du Mâle paternaliste vous hante. Après un panégyrique en règle de… Zapatero (on a les défenseurs qu’on mérite !), Preciado se loge dans la tête des anti-mariage homo : « Les manifestants du 13 janvier n’ont pas défendu le droit des enfants. Ils défendent le pouvoir d’éduquer les enfants dans la norme sexuelle et de genre, comme présumés hétérosexuels. Ils défilent pour maintenir le droit de discriminer, punir et corriger toute forme de dissidence ou déviation, mais aussi pour rappeler aux parents d’enfants non-hétérosexuels que leur devoir est d’en avoir honte, de les refuser, de les corriger. »

Quels salauds ! Je parie que ces fondamentalistes distinguent les garçons des filles et bafouent « le droit des enfants à être des subjectivités politiques irréductibles à une identité de genre, de sexe ou de race. » Tu seras un homme, mon fils !  : a-t-on déjà entendu pire slogan totalitaire ?

Mais laissons le mot de la fin à notre foucaldienne de la braguette, passionaria du « droit des enfants à ne pas être considérés comme de futurs producteurs de sperme et de futurs utérus ». Les enfants libres de son Summerhill sexuel ne sont pas de futurs reproducteurs, seulement un mélange de foutre et de gamètes femelles. C’est quand même plus digne, non ?

*Photo : Jason Pratt.

Si vous avez loupé « L’Esprit d’escalier »…

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Peut-être étiez-vous à la messe hier à midi. Ou alors au marché, ou au foot ou peut-être même sous la couette en excellente compagnie.

Bref, peut-être avez-vous malencontreusement loupé la troisième édition de L’Esprit d’escalier, l’émission dominicale animée par Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy sur RCJ.

Auquel cas, cessez immédiatement de vous morigéner et au contraire, réjouissez-vous : il existe une session de rattrapage, et ce avant même que Causeur magazine publie chaque mois les meilleurs extraits de l’émission, comme ce sera le cas à partir du prochain numéro.

Pour pouvoir écouter, ou réécouter les analyses d’Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy sur l’actualité du moment, il suffit en effet de cliquer sur ce lien menant aux archives de RCJ, vous y trouverez non seulement le débat d’hier – consacré à la guerre au Mali, aux événements d’Algérie, et aux derniers développements du débat sur le mariage homosexuel – mais aussi les deux émissions précédentes, diffusées les 6 et 13 janvier.

Par les temps qui courent, toutes les bonnes nouvelles sont bonnes à prendre. On sera donc ravi d’apprendre que contrairement à l’ascenseur social, L’Esprit d’escalier, lui, n’est jamais en panne, et surtout pas en panne d’idées.

L’égalité à tout prix ?

egalite hollande riches

À en juger par l’actualité récente, la question de la place des « riches » dans la société française est redevenue un problème majeur, alors même que, depuis les années 1980, le Parti socialiste lui-même semblait s’être, bon an mal an, accommodé d’une certaine extension des inégalités. Nicolas Sarkozy passait pour le « président des riches » ; son successeur, qui a toujours dit qu’il n’aimait pas les riches, affiche une politique fiscale moins favorable aux plus fortunés, qui touche à la fois les revenus et la fortune. Si l’on s’efforce de trouver une cohérence dans ces discussions, et si l’on étend l’analyse à d’autres démocraties contemporaines, il semble néanmoins que le débat ne se laisse pas réduire à la simple opposition entre une gauche attachée à l’égalité et une droite indifférente à l’injustice sociale. Il existe en France une tradition égalitariste radicale, qui commence avec la Révolution et a aujourd’hui un porte-parole talentueux en la personne de Jean-Luc Mélenchon ; le symétrique parfait de cette sensibilité n’est pas français mais américain : c’est le courant incarné par le Tea Party, qui a d’ailleurs, lui aussi, des origines révolutionnaires dans la révolte antifiscale des Insurgés de 1776.[access capability= »lire_inedits »] En fait, la plupart des positions s’inscrivent dans un spectre beaucoup plus restreint ; le problème majeur reste celui de la redistribution, dans le cadre d’une économie de marché plus ou moins « régulée », et il me semble que le sens commun d’aujourd’hui reste assez fidèle à la ligne définie dans la Théorie de la justice : le meilleur système serait celui dans lequel, dans le respect des libertés, les inégalités elles-mêmes seraient justifiées si et seulement si elles tournent au bénéfice des plus défavorisés, et c’est dans ce cadre commun que s’inscrivent les propositions de la gauche et de la droite. Je propose ici de déplacer le problème, en m’intéressant moins à la mesure des inégalités qu’à leurs effets moraux et aux types d’hommes que produisent aujourd’hui nos sociétés.

À la belle époque de l’État-providence, le regretté Daniel Bell avait fait une objection intéressante aux bons apôtres qui invitaient les anciennes classes dirigeantes à s’accommoder de la réduction des inégalités dès lors que, grâce à la croissance, les pauvres pouvaient améliorer leur condition sans que la fortune ou le revenu des riches en soient affectés. En fait, disait Daniel Bell, la condition des privilégiés ne pouvait pas manquer d’être affectée par l’enrichissement général puisque, d’un côté, des biens plus largement distribués perdaient ipso facto de leur valeur et que, de l’autre, la base de cet enrichissement résidait dans l’augmentation des salaires des plus pauvres – et donc dans la réduction de la capacité des riches à faire travailler d’autres hommes pour leur bien-être ou pour leur prestige.  L’évolution de nos sociétés a indirectement confirmé l’analyse de Bell : la crise de l’État-providence et le développement d’une nouvelle classe de « riches » n’a peut-être pas appauvri  les classes moyennes et populaires, mais elle a considérablement modifié leur condition, dans un sens qui n’est pas vraiment favorable : elle distend les liens entre le peuple et la partie la plus élevée de l’élite,  à qui elle redonne plus de pouvoir, et elle modifie en profondeur la structure de la consommation.  Le fait majeur est sans doute que, même si le « niveau de vie » moyen n’a pas diminué, des biens qui constituaient jusqu’alors un « luxe » accessible ou même un objectif « normal » sont devenus définitivement hors d’atteinte pour la plupart des consommateurs.

Pour prendre un exemple anecdotique, il est sans doute vrai que la qualité moyenne des vins s’est améliorée, mais il est certain que les grands crus de bordeaux ou de bourgogne sont devenus littéralement « hors de prix » pour des catégories sociales qui, autrefois, pouvaient en boire dans de « grandes occasions ».  Plus sérieusement, l’évolution du marché immobilier modifie en profondeur la population de villes comme Londres, New York et même Paris,  dont le centre est progressivement déserté par les classes moyennes au profit de propriétaires dont beaucoup n’y habitent qu’occasionnellement ; là où, il y a trente ans, un ménage d’agrégés pouvait sans trop de peine acheter un appartement au centre de Paris, les professeurs d’Université d’aujourd’hui vont s’installer en banlieue – et les librairies sont progressivement remplacées par des boutiques de vêtements. On aurait d’ailleurs tort de croire que ce phénomène est  limité à quelques métropoles, car il affecte aussi une grande partie du monde rural, où les anciennes populations cèdent progressivement le pas à de nouvelles classes moyennes supérieures mieux adaptées à la nouvelle société démocratique et « mondialisée » : le Lubéron de Jean-Pierre Le Goff vit sous la même loi que Manhattan et Brooklyn.

Curieusement, le retour des « riches » n’a nullement mis fin aux revendications égalitaires,  mais elle les a déplacées vers les valeurs et vers la politique de la reconnaissance tout en dessinant de nouvelles combinaisons entre les intérêts pour aboutir à un changement assez profond de l’idéal des élites – qui n’est pas sans effet sur le peuple. Le taux marginal de l’impôt sur le revenu a baissé (au bénéfice des « vraiment riches »), mais les politiques publiques ont été réorientées dans le sens d’une équité que l’on veut redistributive mais qui est beaucoup moins favorable que les dispositions antérieures à la classe moyenne ou plutôt à la middle class[1. Je dis ici « middle class »,  car il me semble que, dans le français d’aujourd’hui, l’expression « classe moyenne » a cessé de désigner le groupe social intermédiaire entre le peuple et les classes supérieures pour renvoyer aux personnes ou aux ménages proches du revenu moyen ou médian : le « peuple » a disparu du langage courant en même temps que les classes moyennes.] française (déplafonnement des cotisations sociales, plafonnement du quotient familial, multiplication des prestations sous conditions de ressources). Les universités, qui sont par ailleurs au bord du collapsus, sont restées à peu près gratuites, mais les formations supérieures les plus courues sont de plus en plus chères : les droits d’inscription pratiqués à Sciences Po ou dans les écoles de commerce permettent à la fois de financer quelques bourses aux étudiants issus des minorités et de décourager les fractions les moins prospères des anciennes classes moyennes et supérieures. L’hypocrisie sociale n’a certes pas disparu, mais elle valorise aujourd’hui les valeurs « expressives » plus que la  culture générale, réputée élitiste[2. Voir sur ce point les remarques de Régis Debray sur Proust, qui font regretter l’époque où Madame Verdurin protégeait Vinteuil et découvrait les Impressionnistes.], et les riches d’aujourd’hui sont sans doute la première aristocratie de l’Histoire à se vanter de travailler[3. J’emprunte cette remarque à Georges Liébert.] (ce qui ne la rend ni plus douce ni moins cupide).

Tout en affichant de grandes ambitions égalisatrices, la politique actuelle s’inscrit dans le même mouvement général que celle qui l’a précédée, avec simplement une articulation plus simple entre le niveau national et le niveau européen : les plus dynamiques (ou les plus anciennement dynamiques) iront se réaliser en Angleterre (ou se reposer en Belgique) en attendant le retour de la croissance[4. N’oublions pas que la taxe de 75% sur les revenus exceptionnels, une fois redéfinie conformément aux exigences du Conseil constitutionnel, est de toute façon réputée « provisoire ».], mais la majorité des nouveaux « koulaks » resteront en France pour alimenter une solidarité dont ils bénéficieront de moins en moins, quitte à chercher, pour leurs rejetons, les moyens de sortir de la médiocrité commune. Une partie des plus riches quittera sans doute le territoire français, créant ainsi un déficit de revenus fiscaux que devra compenser le reste des classes supérieures, mais cela ne signifie pas que la société française redeviendra vraiment plus égalitaire. En fait, on risque plutôt de voir se renforcer une tendance que déplorait le candidat François Hollande : la constitution d’une élite indifférente au sort de la société française parce qu’elle a les moyens de réaliser ses ambitions au dehors sans rompre totalement avec la nation. La société française sera en apparence plus égalitaire parce qu’une partie importante de ses richesses ne sera plus investie ni consommée en France ; d’un autre côté,  l’égalité des conditions aura fait d’importants progrès – et les exilés fiscaux susciteront moins de colère que d’envie chez leurs concitoyens qui, dans le fond, se diront qu’ « à leur place, ils auraient fait pareil ».[/access]

En Autriche, on garde la conscription pour ne pas faire la guerre

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Les électeurs autrichiens ont repoussé dimanche 20 janvier, avec près de 60% des voix, une proposition référendaire du chancelier social-démocrate Werner Faymann visant à supprimer le service militaire obligatoire et instituer une armée de métier. Cela ne signifie absolument pas que les Viennois, Tyroliens et autres yodleurs des montagnes soient des « fana-mili » ne rêvant que de crapahut et chaude camaraderie de chambrée, bien au contraire. La suppression de la conscription était, dans l’esprit du chancelier, un premier pas vers la normalisation de l’Autriche dans l’espace européen et atlantique. En effet, depuis le traité d’Etat de 1955, qui mettait fin à l’occupation militaire de l’Autriche par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale, le pays s’était imposée une stricte neutralité, s’interdisant de participer à toute alliance militaire, et cantonnant son armée à des missions uniquement défensives.

Les opposants à la création d’une armée professionnelle craignaient qu’elle ne soit le prélude à une intégration de l’Autriche au sein de l’OTAN, et à la participation de soldats autrichiens à des conflits militaires proches ou lointains. Le conscrit, en effet, ne se traite pas comme un engagé : un gouvernement y regarde à deux fois avant de l’envoyer se faire voir chez les talibans. La «  marche de Radetzky », c’est donc toujours pour le concert du nouvel an à la Musikverein de Vienne, et pas pour l’entrée triomphale des armées autrichiennes en première division.

François Hollande réinvente l’art français de la guerre

mai aqmi hollande

Notre président de la République a surpris beaucoup de monde. On le disait hésitant, fuyant l’affrontement, maître dans l’art de la synthèse chèvre-chou, disciple zélé d’Henri Queuille[1. Homme politique français de la IIIème et IVème République, élu de la Corrèze et auteur de la maxime : « il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout »] et confondant normalité présidentielle avec immobilisme politique. Une seule décision – mais quelle décision ! – a déconstruit cette représentation narrative plus radicalement que cinq cents pages du défunt Jacques Derrida. En envoyant l’armée française porter un coup d’arrêt à l’avancée triomphale des jihadistes sahéliens en direction de Bamako, François Hollande a opéré un choix stratégique majeur que l’on pourrait résumer en une phrase : pas de quartier dans la guerre contre le terrorisme ! Le vocabulaire choisi implique un certain courage face à la doxa interdisant aujourd’hui d’employer des expressions classées comme éléments de langage utilisés naguère par les néo-cons entourant George W.Bush.

Il n’est pas vrai, comme on l’écrit souvent, que l’opération Serval ait été improvisée sous la pression de l’offensive jihadiste vers Bamako. Elle était déjà dans les cartons lors du voyage de Hollande en Algérie, fin décembre. Et ce n’est pas pure coïncidence si les interventions des Mirages et des Rafales de la base de Saint-Dizier ont débuté trois semaines pile après la fin de cette visite officielle : le délai de vingt-et-un jours est celui imposé par Alger pour une réponse à une demande d’utilisation temporaire de son espace aérien… Le choix de Hollande est donc celui de l’option militaire pour empêcher l’établissement d’un « Sahélistan » jihadiste dans une zone s’étendant de Nouakchott à Ndjamena et de Tombouctou à Conakry.

S’il ne s’était agi que de protéger nos intérêts économiques dans la région (uranium, phosphates et autres minerais utiles), l’option consistant à laisser les groupes armés islamistes radicaux s’emparer des leviers de commandes dans les Etats faillis du secteur eût été plus raisonnable. Comme ces derniers seraient bien en peine d’exploiter, et encore moins d’utiliser ces matières premières, ils auraient proposé aux exploitants actuels de ces richesses naturelles de continuer leurs petites affaires, et de leur verser les royalties afférentes. Nous détournerions alors les yeux du sort réservé par les intégristes de la charia aux populations locales, nous contentant de préserver nos intérêts commerciaux et énergétiques. L’opération Serval aurait alors été limitée à l’exfiltration des ressortissants français désireux de fuir les fous d’Allah, permettant ainsi d’adopter la méthode Ponce Pilate pour la suite des événements. C’est cette option que l’avocat d’affaires international Dominique de Villepin, bien en cour dans les monarchies du Golfe, et donneur universel de leçons, voudrait voir adopter : pour lui, la guerre c’est « néo-cons » et compagnie, ça crée du terrorisme plus que cela n’en détruit : alors négocions et laissons faire. Outre que le diagnostic sur l’augmentation du terrorisme consécutif aux guerres d’Irak et d’Afghanistan soit hautement contestable[2. Ce raisonnement, qui suppose qu’une attitude conciliante des Occidentaux eût enrayé l’expansion des jihadistes est pure spéculation. Ce qui est, en revanche incontestable, c’est que leurs agressions en Europe et aux Etats-Unis ont notablement diminué depuis 2003…], cette prise de position, qui recoupe celles des idiots utiles du jihadisme sévissant au Front de gauche, au NPA, et chez certains Verts, ne témoigne que de la permanence du gène munichois dans une partie de nos élites politiques, de droite comme de gauche.
Norman Schwartzkopf, l’ancien commandant en chef de la première guerre d’Irak en 1991, avait coutume de dire : « Nous autres militaires, sommes les mieux placés pour faire tout ce qui est humainement possible pour éviter une guerre. Mais une fois que celle-ci, malheureusement, est devenue inévitable nous devons nous comporter comme des sons of bitches ». Cela veut dire, entre autres, que l’on ne regarde pas trop le CV de ses alliés lorsque ceux ci sont disposés à vous aider efficacement.

François Hollande et la diplomatie française se sont décarcassés en coulisses pour persuader les amis de la France, de la démocratie et des droits de l’homme de la suivre dans sa résistance à l’emprise jihadiste sur l’Afrique occidentale. Les Etats-Unis d’Obama se sont plantés grave au Mali en formant des officiers locaux qui se sont empressés de rejoindre AQMI et autres officines terroristes. Ils n’ont aucune envie de remettre en Afrique le couvert qu’ils sont en train de desservir en Afghanistan, et considèrent que les Européens doivent maintenant prendre les choses en main dans des parties du monde où leurs intérêts sont directement menacés. Ils offrent donc le minimum syndical d’aide à l’intervention française : ravitaillement en vol des chasseurs-bombardiers, et partage du renseignement. L’Europe ? Derrière les applaudissements de façade, c’est la défilade totale. L’amie Merkel ? Elle offre généreusement deux Transall pour le transport des troupes africaines de la Cédéao vers les théâtres d’opération. Pareil que la Belgique ! David Cameron n’a pas envie de refaire le coup libyen au Mali : les Britanniques n’ont que des intérêts négligeables dans la région, alors qu’en Méditerranée orientale ils en avaient de considérables.

Alors oui, nous sommes seuls et contraints de nous associer à quelques personnages peu recommandables : la caste politico-militaire algérienne, et le tyran tchadien Idriss Déby, le seul dirigeant africain dont les troupes présentent une utilité opérationnelle sur le terrain[3. La Misma (Mission militaire inter-africaine au Mali) est politiquement nécessaire pour obtenir l’aval des Nations-Unies, mais militairement inopérante pour régler le problème, étant donné la piètre qualité des troupes de la plupart des pays engagés. Seuls les Tchadiens peuvent engager des unités aguerries au combat dans le désert, et animés du désir d’en découdre avec les jihadistes, alliés des rebelles contre le gouvernement d’Idriss Déby.]. On voit même Vladimir Poutine proposer ses services et ses avions gros porteurs pour transporter hommes et matériels vers le Mali. Comme François Hollande n’a pas droit à la défaite, toute contribution à la victoire est la bienvenue.

L’objectif fixé par le président français est ambitieux : détruire les forces des narco-jihadistes au Mali d’abord, dans l’ensemble du Sahel ensuite. Ceux qui assimilent cela à du néocolonialisme sont totalement hors sujet : nous, Français, ne souffrons que marginalement des méfaits de ces bandes armées criminelles et fanatisées, alors que les populations locales subissent de plein fouet leurs exactions de toutes nature. L’objectif n’est pas inatteignable, car contrairement à l’Irak et à l’Afghanistan, les troupes françaises sont loin d’être considérées comme des envahisseurs étrangers dans toute cette région. Les images de liesse des Maliens accueillant les blindés français ne sont pas des images de propagande : ils attendent d’eux qu’ils les protègent de la barbarie venue du nord.

Ce n’est pas de ces populations africaines que François Hollande doit craindre le désaveu, mais bien de ceux qui, chez nous, n’attendent que les premières difficultés militaires pour sonner la retraite. Hollande affirme que notre armée restera sur place « le temps nécessaire » (à écraser les jihadistes). Il mérite notre soutien.

Enfant queer : fais pas genre !

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preciado genre queer

preciado genre queer

Il y a quelques jours, la « philosophe » Beatriz Preciado s’est fendue d’une tribune dans Libération appelant à la défense de l’enfant queer. Dans un discours fleuve et brouillon, l’auteur(e) commence par démonter tous ceux qui ne pensent pas comme elle. Le vocabulaire est violent, sans demi-mesure et flirte clairement avec le point Godwin : intégrisme, despotisme, violence, exclusion, oppression, terreur, mort, franquisme…  Il faut dès lors entendre que toute personne qui croit à la condition sexuée de l’existence humaine cache au fond d’elle quelque chose d’inhumain. Ce postulat posé,  Mme Preciado tente de démontrer que l’enfant n’est rien d’autre qu’une subjectivité politique irréductible à une identité de genre, de sexe ou de race. Ainsi doit-on aider l’enfant à s’émanciper des déterminations sexuelles et l’accompagner dans son choix de pédérastie, de lesbianisme, de transsexualité, de transgenre, etc.

Refusant les limites du corps imposées par une Nature fasciste et des parents hétéronormatifs, Beatriz Preciado invite à repenser l’organisation sociale selon d’autres modèles, reprenant à son compte l’idéologie développée outre-Atlantique par la philosophe Judith Butler. La théorie du genre comme mouvement libre et révolutionnaire face à l’obscure phallocentrisme, à l’immonde hétérosexualité obligatoire, produits « d’institutions, de pratiques, de discours provenant de lieux multiples et diffus. » N’en jetez plus.

Condamnés au port du san-benito, ceux qui ne se résignent toujours pas à accepter que ce qu’ils ont entre les jambes n’est qu’une vue de l’esprit sont sommés d’écouter les jérémiades de la philosophe qui raconte alors une enfance abominable. Retenez vos larmes, Beatriz Preciado est issue d’un père et d’une mère qui ont eu l’outrecuidance de raconter à leur fille qu’elle en était une. À coups de papa/maman, voilà que la petite fille nous explique la découverte de son homosexualité, démontrant bien malgré elle qu’il n’est nullement besoin de gommer les sexes ou d’avoir des parents homosexuels pour choisir sa sexualité, puisqu’elle y est parvenue malgré le joug d’une famille d’un autre temps.

La Théogonie d’Hésiode raconte la belle histoire de l’union du ciel et de la terre, d’Ouranos et de Gaïa engendrant les Dieux l’un après l’autre. Ouranos, jaloux de ses fils, obligeait Gaïa à les emprisonner dans le Tartare jusqu’à ce que Cronos décide de venger sa mère en émasculant son père, séparant pour toujours le ciel de la terre. Les organes masculins tranchés tombèrent dans la mer et donnèrent naissance à Aphrodite, la déesse de l’amour. Si ce mythe est lui aussi d’un autre âge, il est en tous les cas d’un temps où la science naissait de la contemplation des phénomènes naturels. Il démontre en tout état de cause à quel point la sexualisation est fondamentale dans l’émancipation de l’individu, en particulier vis-à-vis de ses parents, et dans la construction de sa propre vie. Étymologiquement, le mot « sexe » signifie d’ailleurs « coupé ». Or, ce qui frappe à la lecture du texte de Beatriz Preciado, c’est le recours systématique à ses parents pour fonder un argumentaire inopérant. L’auteur(e) s’attache en effet à nous démontrer que le déni de la sexualisation est de l’ordre de la libération suprême alors que chacune de ses lignes recherche l’approbation parentale. En refusant son sexe, Beatriz Preciado n’a manifestement pas coupé le cordon.

Plus à une contradiction près, la philosophe revendique en envolée finale le droit des enfants à ne pas être éduqués comme force de travail et de reproduction, comme futurs producteurs de sperme et d’utérus. Elle milite pourtant pour la procréation médicalement assistée où il s’agit clairement de produire industriellement un enfant grâce à un catalogue de gamètes et d’ovocytes ; et se prononce en faveur de la gestation pour autrui qui consiste à transformer l’utérus des femmes en kolkhoze pour satisfaire les désirs d’enfants. Un instant, Beatriz Preciado tente de nous faire croire qu’elle combat un libéralisme débridé, bien qu’elle en fasse superbement le jeu. Car le libéralisme est en réalité un égalitarisme qui a pour finalité l’échangisme. Il faut tout échanger, envers et contre tout, jouir sans entraves comme diraient les autres. Alors pour que les flux passent, ne se heurtent à aucun obstacle, qu’ils soient interchangeables, il faut lisser, polir toutes les différences culturelles, sociales, religieuses, sociétales et sexuelles. En quelques lignes, Beatriz Preciado nous aura démontré combien le déni d’une évidence élémentaire fausse tout le reste.

*Photo : katybird.

Ioulia Timochenko, pas sainte mais martyre…

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yulia timochenko ukraine

yulia timochenko ukraine

L’Ukraine n’est pas un pays sexy, si l’on met à part le groupe d’intervention féministe Femen, dont l’évocation sur les sites internet fait monter en flèche le nombre de visiteurs. Pour le reste, ce pays, qui servit de modèle à Hergé de dictature est-européenne sous le nom de Bordurie, évoque les vastes plaines de terres noires (tchernoziom), les mines de charbon du Donetsk et la grande porte de Kiev des Tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski.

Depuis l’éclatement de l’URSS, en 1992, l’Ukraine, devenue indépendante, connaît une vie politique agitée. Dans un premier temps, les anciens apparatchiks communistes, dont le premier président du pays, Leonid Koutchma, était la figure de proue, procédèrent, à leur profit, à la désoviétisation de l’économie. Alors que ces oligarques construisaient des fortunes, les gens ordinaires voyaient leur niveau de vie se dégrader, et regardaient avec envie leurs voisins polonais, slovaques ou hongrois accéder à une vie meilleure et à une démocratie véritable par leur intégration au sein de l’UE.

En 2005, ce fut l’explosion : la « révolution orange » – couleur adoptée par les contestataires pro-européens – fit annuler l’élection présidentielle qui avait porté au pouvoir Viktor Ianoukovitch, candidat des ex-apparatchiks, permettant à son rival, le pro-européen Viktor Iouchtchenko, d’accéder à la présidence.[access capability= »lire_inedits »]

À côté de la face grêlée de Iouchtchenko[1.  Au début des années 2000 Viktor Iouchtchenko fut victime d’une tentative d’assassinat à la dioxine perpétré par les services spéciaux ukrainiens. Il survécut, mais resta défiguré.], un visage de femme incarna cette révolution. Sa chevelure blonde (teinte) était rassemblée en une tresse circulaire, à la manière des paysannes slaves pour bien montrer combien elle était attachée aux traditions du terroir. Pourtant, derrière ce visage bucolique se cachait une redoutable femme d’affaires et de pouvoir. Partie de rien, à moins de 30 ans, elle avait bâti avec son mari la plus importante société de distribution pétrolière et gazière du pays, non sans avoir arrosé de prébendes corruptrices les responsables politiques de l’époque. En 1996, elle fonda son parti et fut élue au Parlement. Principale opposante à Leonid Koutchma avec Iouchtchenko, elle fut nommée Premier ministre en janvier 2005 par ce dernier, et s’employa à rapprocher l’Ukraine de l’Union européenne. Mais les rapports avec Iouchtchenko se dégradèrent, et elle fut limogée en septembre de la même année. Le Président fut pourtant contraint de la rappeler en 2007, à la suite de la victoire  du «  Bloc Ioulia Timochenko » aux élections législatives.

En 2010, elle se présente à l’élection présidentielle contre le pro-russe Viktor Ianoukovitch, qui l’emporte de justesse. Mais comme son influence reste importante, surtout dans l’Ouest de l’Ukraine, plus tournée vers l’Europe que vers la Russie, Ianoukovitch et ses amis ont résolu de l’abattre par tous les moyens. C’est ainsi que les accusations d’abus de pouvoir, de corruption et même d’assassinat politique ont été formulées contre elle par une justice ukrainienne totalement inféodée au pouvoir de Ianoukovitch. Les juristes mandatés par l’UE pour évaluer la légalité de la procédure menée à son encontre ont conclu que le procès intenté à Timochenko relevait d’un pur et simple règlement de comptes politique. Bien qu’exclue de la campagne électorale de l’automne 2012, son parti obtint plus de 25% des suffrages, arrivant en deuxième position derrière le Parti des régions de Ianoukovitch. Ce dernier réussit pourtant à se maintenir au pouvoir, grâce à un changement du mode de scrutin et à une alliance avec les communistes. Ioulia Timochenko, condamnée une première fois à sept ans de prison en 2011, souffre de douleurs dorsales aiguës dues à une grave hernie discale. Grâce à l’intervention de Joachim Gauck, président de la RFA, et de Stephen Harper, premier ministre du Canada, elle a été transférée de sa prison dans un hôpital de Karkhov, en Ukraine orientale, mais reste privée de tous les moyens de communication, hormis les visites de sa famille et de ses avocats. Le 18 janvier 2013, un nouveau procès contre elle va s’ouvrir, où elle devra répondre d’accusations tout aussi fantaisistes que lors du premier.

Ioulia Timochenko n’est certes pas une idole immaculée du combat démocratique, à l’image d’une Aung San Suu Kyi ou  d’un Nelson Mandela, et l’Ukraine est davantage un régime autoritaire corrompu qu’une dictature sanglante. Ce n’est pas une raison pour détourner notre regard des mauvaises manières qui lui sont faites.[/access]

*Photo : Wiki commons.

François Hollande, prêt à buter les terroristes jusque dans les chiottes ?

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En février dernier Najat Vallaud-Belkacem, alors porte-parole de François Hollande, avait comparé Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine : selon elle, on retrouvait chez les deux hommes la même « brutalité des méthodes ». Pour les socialistes, Vladimir Poutine fait en effet figure de croquemitaine : il est vilain, méchant et brutal. On se souvient des prises d’otages au Théâtre de Moscou, en 2002, et dans l’école de Beslan en 2004 : les forces spéciales russes n’avaient pas hésité à donner l’assaut, causant ainsi, d’après les détracteurs du président russe, la mort de plusieurs centaines d’otages.

Samedi, après la prise d’otages sur le complexe gazier d’In Amenas, alors que tous les gouvernements étrangers, de Washington à Tokyo, critiquaient sévèrement l’opération menée par l’armée algérienne, François Hollande s’est montré très conciliant avec le gouvernement algérien : pour lui, l’Algérie «a eu les réponses adaptées». Peu importe que plusieurs dizaines d’otages aient été tués. Ainsi, nous découvrons ébahis que François Hollande apprécie des méthodes brutales dignes de Vladimir Poutine ! Pour un peu, il se dirait prêt à aller buter les terroristes jusque dans les chiottes ! Comme quoi, la guerre, ça vous change un homme.

Encore un petit effort et François Hollande, chef de guerre, n’aura plus la trouille au moment de nommer l’ennemi contre lequel nos troupes se battent. Car il est trop facile de ne parler que de  «terroristes » , un peu comme on parle de « rebelles » en Syrie. Encore un petit effort, donc, et il aura enfin le courage de préciser que les terroristes sont des islamistes et qu’ils se réclament de l’islam. N’en déplaise au Conseil français du culte musulman qui s’est félicité, dans un communiqué, que le Président de la République « évite de qualifier d’islamistes les éléments terroristes visés par l’intervention ».

Alors, à l’instar de Vladimir Poutine, qui est cohérent lorsqu’il ne veut pas aider les rebelles en Syrie mais propose son aide à la France au Mali, François Hollande désignera clairement l’ennemi sans craindre de froisser les uns ou les autres, et il commencera peut-être à ressembler, vaguement, à un chef d’État.

 

Qatar : l’internationale islamiste

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qatar arabie saoudite

qatar arabie saoudite

La francophilie absout-elle tous les péchés ? Jamais démenti depuis quelques années, le lien privilégié entre la France et le Qatar habite nombre de consciences politiciennes. Parmi les rares voix dissonantes, Julien Dray s’est singularisé en réclamant la création d’une commission d’enquête sur les investissements qataris en France, là où la députée Karine Berger, secrétaire nationale du PS à l’économie, invoque l’islamophobie dès qu’un importun ose attaquer Doha. Mais il y a plus grave que ces querelles picrocholines auxquelles la vie politique nous a accoutumés. Le Qatar n’investit pas seulement dans des équipes de football en perdition ou des palaces parisiens en quête d’une seconde jeunesse. Sur le plan international, les paris qataris se font sur un terrain nettement plus pentu et aventureux que les pelouses du Parc des Princes.

On savait l’émir du Qatar grand ami des révolutions arabes et de leurs porte-drapeaux islamistes. Les Tunisiens d’Ennahda sont dans ses petits papiers, de même que les islamistes libyens les plus obtus et la milice salafiste « syrienne » du Front Al-Nosra, largement approvisionné en jihadistes de tous les pays. Mais ce n’est pas tout. En juin dernier, bien avant l’engagement militaire français au Sahel, Le Canard enchaîné nous apprenait que « les insurgés du Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla), les mouvements Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) ont reçu une aide en dollars du Qatar.»

Traduction : au moment même où l’Algérie, l’Europe et Amérique comptent sur la France pour faire reculer les troupes jihadistes au nord du Mali, le meilleur ami moyen-oriental de Paris lui savonne la planche. Ce n’est pas donc qu’une question de bienséance, ni même de principes (quoiqu’on puisse trouver l’utopie jihadiste fort peu accommodante avec les femmes, les minorités religieuses et tout ce qui dépasse de son étroite weltanschauung), mais bien un conflit d’intérêts qui devrait inciter le quai d’Orsay à reconsidérer son amitié qatarie. En encourageant la constitution d’un narco-Etat islamiste touarego-malien, Doha finance à la fois le crime international et le terrorisme. Du point de vue de la dynastie Al-Thani, il est d’ailleurs logique d’arroser de pétrodollars des mouvements archéo-futuristes qui entendent recréer le fantasme des premiers temps de l’islam. Pour peu que les salafistes ainsi stipendiés se montrent reconnaissants et respectent la souveraine émancipée cheikha Moza, l’épouse de l’émir, les aider relève du comportement le plus hallal qui soit. La prédication (da’wa), le grand et le petit jihad ne figurent-ils pas parmi les devoirs du musulman ?

À trop se focaliser sur l’Iran, la diplomatie française oublie qu’il arrive que le diable porte pierre. Notre base militaire à Abu Dhabi, inaugurée à grands renforts de médias par un Nicolas Sarkozy alors au pinacle de la popularité, avait clairement désigné l’ennemi : Téhéran et ses velléités nucléaires. C’était faire peu de cas de la nouvelle puissance qatarie et de son sac à dos idéologique, non moins ambitieux que le messianisme khomeiniste. À ceci près que le Qatar s’adresse aux 90% de musulmans sunnites, loin de l’état de minorité qui confine l’Iran chiite dans la marge de l’Oumma. Nos brillants diplomates, d’ordinaire plus lucides, ont peut-être péché par analogie. Il est si tentant de rapprocher le wahhabisme saoudien de son petit frère qatari. Deux pétromonarchies conservatrices alliées des Etats-Unis, aux familles royales pléthoriques qui comptent nombre de mécènes du jihadisme, semblent a priori faites du même bois. Mais après les électrochocs du 11 septembre et la vague révolutionnaire partie de Sidi Bouzid en 2011, Riyad a perdu une grande partie de sa capacité d’influence. L’ancien allié des despotes déchus Ben Ali (réfugié à Jeddah !) et Moubarak cultive des relations mi-figue mi-raisin[2. Non fermenté, cela va sans dire !] avec les Frères Musulmans locaux alliés d’Ankara et de Doha.

L’épreuve des faits nous montre des Saoudiens attentistes et prudents, attachés au fragile équilibre politique du royaume, dont les visages inquiets et sénescents contrastent avec l’activisme international des Qataris. L’émir du Qatar sera-t-il le Trotski du XXIe siècle ? Si l’hypothèse se vérifiait, on lui déconseillerait vivement de tenter d’exporter le jihad au Mexique…

*Photo : Lυвαιв.

Affaire Armstrong : et pourquoi pas le droit au dopage pour tous ?

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lance armstrong dopage

lance armstrong dopage

Alors que Lance Armstrong, héros déchu, vierge, traître et martyr, se confesse en direct devant Oprah Winfrey sous l’œil avide de quelques milliards de téléspectateurs en pantoufles – et avoue l’énormité diabolique de son crime, qui consiste à avoir pris des hormones et à s’être fait transfuser son propre sang afin de d’améliorer ses performances, se pose la question du sérieux de toute cette comédie. On a bien conscience que, ce faisant, on risque de se mettre à dos quelques laboratoires spécialisés et une poignée de journalistes pour qui le dopage constitue, depuis plusieurs décennies, une véritable poule aux œufs d’or.  Mais soyons francs : pour quelles raisons maintenir indéfiniment une prohibition du dopage qui s’avère à la fois inutile et impossible ?

Inutile ?, s’offusqueront certains ? Mais pas du tout ! Elle est indispensable, au contraire, le dopage mettant en danger l’esprit du sport, la santé des sportifs et la morale publique … ! Autant de lieux communs inlassablement ressassées, mais que quelques secondes de réflexion suffisent à écarter.

Le premier reproche fait au dopage est qu’il remettrait en cause l’égalité entre compétiteurs, et qu’il fausserait ainsi les résultats des compétitions :  argument incontestablement sympathique – il faut que le Saint sport soit Juste-, mais difficilement recevable, le sport en général, et particulièrement le sport de haut niveau, étant par nature le lieu de déploiement de toutes les inégalités : inégalité physique entre les sportifs – ce n’est pas Pierre de Coubertin qui aurait dit le contraire -, inégalité entre les pays d’où ils proviennent –comment se fait-il que presque toutes les médailles d’or aux Jeux olympiques soient raflées par des pays riches ?-, inégalité, enfin, entre les modes de préparation à la compétition, entre ceux qui peuvent consacrer la totalité de leur temps à un entraînement sophistiqué, et les autres. Dans la plupart des cas, les jeux sont faits lorsque les athlètes entrent dans le stade. Dans ces conditions, le fait que certains d’entre eux prennent, en plus, des substances susceptibles d’améliorer leurs performance ne fait que rajouter (ou retirer, selon les cas) un peu d’inégalité à cette activité où l’égalité n’a jamais eu la moindre place. Du reste, remarquerait un esprit cynique, il suffirait que l’interdiction du dopage soit levée, et qu’ils puissent tous utiliser lesdites substances, pour que, sur ce plan,  l’égalité entre sportifs se trouve restaurée.

Deuxième reproche, les dommages pour la santé. Mais si nul ne conteste les bénéfices liées à la pratique d’une activité physique modérée, en revanche, note Gilles Goetghebuer, beaucoup d’indices laissent à penser que le taux de mortalité est plus élevé parmi les sportifs de haut niveau que dans l’ensemble de la population,  sans que l’on puisse déterminer si cette surmortalité résulte du dopage, ou d’une pratique trop assidue, ou encore, de la surconsommation médicamenteuse induite par cette dernière : « dans l’état actuel des connaissances, il paraît difficile de répondre ». Quant au Professeur Ahmed Bennis, il constate, en tant que cardiologue, que dans le cadre d’une pratique de haut niveau impliquant un entraînement de plus de 10 h par semaine, «  les sportifs poussent leur corps à l’extrême. Les sollicitations cardio-pulmonaires dépassent les capacités physiologiques normales. Ces corps sont-ils capables de développer ces performances sans laisser de dégâts ? (…) Trois matches par semaine de compétition, avec des entraînements de plus en plus durs font courir des risques certains aux organismes exposants. » No sport, conseillait Churchill à ceux qui veulent vivre vieux. Ce n’est pas le dopage qui est dangereux, c’est le sport. Ce qui n’empêche pas ceux qui le souhaitent de prendre les risques inhérents, dopage ou non, à ce type de pratique transgressive mais économiquement fructueuse.

Troisième argument, le caractère immoral du dopage. Mais là encore, sachons distinguer la paille et la poutre : dans un monde où chacun se dope, du candidat aux présidentielles au présentateur TV, de l’avocat d’assises à la ménagère de moins de cinquante ans, de la maîtresse d’école stressée à l’octogénaire qui se demande comment il va remplir son devoir conjugal, et où l’usage d’excitants, de tranquillisants et d’antidépresseurs est devenu aussi ordinaire que celui de l’aspirine, pourquoi le sportif de haut niveau serait-il le seul à échapper à la règle ? Parce qu’il est un surhomme ? Quant à l’argument selon lequel le dopage serait immoral dans la mesure où il implique la violation d’un interdit légal, il est encore plus fragile que les autres, puisque là encore, il suffirait d’abolir la loi pour supprimer la cause de l’immoralité.

Inutile, la prohibition du dopage est également impossible. Même si l’on aggravait considérablement les peines (par exemple, en coupant les pieds à un sprinter pris sur le fait, ce qui le dissuaderait certainement de recommencer), même si l’on multipliait les contrôles, on n’empêcherait pas le phénomène – du moins, là où les enjeux financiers sont devenus considérables. Car au fond, tout est là. Pour pouvoir se doper, il faut de l’argent : mais il en faut aussi pour vouloir se doper. Au début du XXème siècle, alors que le sport restait un loisir d’aristocrates et que l’idée même d’une professionnalisation eût semblé bouffonne ou inconvenante, on ne se dopait pas – ou si peu, une grosse cuiller de miel, un verre de calva, une tranche de saucisson, et hop… Mais dès lors que le sport apparaît, notamment aux « jeunes de milieux défavorisés », comme l’unique moyen légal – avec le loto – de devenir rapidement riche et célèbre, il est inévitable que  les plus ambitieux, les plus gourmands, les plus affamés, acceptent de jouer le jeu, et le cas échéant, d’en payer le prix. Et qu’ils se débrouillent pour y parvenir, quels que soient les risques, les contrôles ou les peines encourues.

Du reste, le sport-spectacle  implique nécessairement l’utilisation de produits dopants, seuls susceptibles d’améliorer progressivement et régulièrement les performances des sportifs : qu’est-ce qu’attendent les spectateurs, à l’issue d’une course à pied ou d’une compétition de natation ? Que soient battus les précédents records. Comme s’il était normal que les performances physiques s’améliorent au cours du temps, à mesure que l’homme se rapproche du surhomme… Les commentateurs sportifs n’hésitent pas, du reste, a souligner avec surprise les anomalies, c’est-à-dire, les disciplines dans lesquelles les records n’ont pas été battus depuis plusieurs années… Comment l’homme pourrait-il ne plus progresser ? Comment surmonter un tel scandale ? Et qui s’intéresserait encore aux compétitions sportives si les résultats avaient tendance à se stabiliser, voire à régresser ? Heureusement, les dopants sont là pour rassurer les spectateurs sur la perfectibilité sans limite de leurs héros.

Entre 1919 et 1933, les Etats-unis, pris d’un soudain accès de vertu, décidèrent d’interdire la fabrication, la vente et le transport des boissons contenant plus de 0,5 % d’alcool – ce qui, malgré les sanctions infligées aux contrevenants, s’avéra très vite illusoire. La Prohibition suscita en revanche d’innombrables vocations de trafiquants et de gangsters, et habitua l’Américain moyen à prendre ses aises avec la loi tout en prenant de gros risques avec sa santé, l’alcool de contrebande étant souvent d’une qualité exécrable. Rétrospectivement, la Prohibition nous semble si intenable qu’elle en paraît absurde : autant construire un barrage contre le Pacifique.  Il en va de même pour le dopage : quels que soient les moyens prodigués, on n’en aura jamais fini avec lui. Aussi longtemps, du moins, qu’il y aura quelque chose à y gagner… Les Etats-Unis finirent par le comprendre et levèrent l’interdit en 1933, faisant ainsi coïncider le droit avec le fait.  Les pouvoirs publics auront-ils un jour la même sagesse à propos du dopage ?

La dépénalisation du dopage sera peut-être le meilleur, sinon le seul moyen, d’y mettre fin. Si tous les sportifs de haut niveau avaient la possibilité de se doper, alors, le dopage cesserait de constituer un avantage pour ceux qui s’y adonnent : sur ce plan au moins, tous se retrouveraient enfin sur la même ligne. Et c’est ainsi que le dopage, en se banalisant, perdrait tout intérêt.

*Photo : cal_gecko/Mark Brooks.

Quel réac sociétal êtes-vous ?

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frigide barjot mariage queer

frigide barjot mariage queer

Cela commence par un inventaire à la Prévert : « Les catholiques, juifs et musulmans intégristes, les copéistes décomplexés, les psychanalystes œdipiens, les socialistes naturalistes à la Jospin, les gauchos hétéronormatifs, et le troupeau grandissant des branchés réactionnaires », coupables de s’opposer au mariage et à l’adoption pour tous au nom « du droit de l’enfant à avoir un père et une mère ». Personnellement, si je devais me définir politiquement, j’hésiterais entre « socialiste naturaliste » et « réactionnaire »  en écartant la seule étiquette que je trouve franchement infamante (« branché », non mais ?!). Qui se cache donc derrière cette toponymie politique digne des meilleurs articles de Mediapart et du Nouvel Obs réunis ?

Je vous le donne en mille. Notre imprécatrice s’appelle Beatriz Preciado, « auteure » (sic) pseudo foucaldienne du sans doute passionnant Pornotopie : Playboy et l’invention de la sexualité multimédia. Dans sa tribune publiée la semaine dernière dans Libération, elle ne se contente pas de répertorier les méchants réactionnaires hostiles au Progrès pour tous, mais pose une question urgente s’il en est : « qui défend l’enfant queer ? ». La suite, vous la devinez, ressemble à un pastiche de Surveiller et Punir, le panoptique quittant l’asile, l’école et la prison pour loger dans nos utérus et nos cerveaux malades de déterminer sexuellement les individus.

Madame, mademoiselle, pardon Preciado, nous confie son rêve d’enfant au cours de ses jeunes années d’élève d’une école catholique : « J’avais 7 ans. Je me suis dessinée mariée avec ma meilleure amie Marta, trois enfants et plusieurs chiens et chats. J’avais déjà imaginé une utopie sexuelle, dans laquelle existait le mariage pour tous, l’adoption, la PMA ». Un songe qui lui valut alors les quolibets et le harcèlement quotidien de ses petits camarades, beaucoup moins gay friendly que la petite Beatriz.

Du coup, comme dans un mauvais sketch de Stéphane Guillon (excusez le pléonasme), la petite fille devenue grande fait un sort à ceux qu’elles identifient comme les clones de ses anciens bourreaux.  Pour se défouler, Beatriz Preciado traite indifféremment Frigide Barjot de Jean-François Copé et Copé de Barjot, une indistinction parfaitement queer et paritaire, vous en conviendrez. « L’enfant que Frigide Barjot désire protéger est la créature d’une machine despotique : un copéiste rapetissé qui fait campagne pour la mort au nom de la protection de la vie ». Espérons que les choses soient claires. Si vous estimez cette phrase incompréhensible, c’est que le mauvais génie du Mâle paternaliste vous hante. Après un panégyrique en règle de… Zapatero (on a les défenseurs qu’on mérite !), Preciado se loge dans la tête des anti-mariage homo : « Les manifestants du 13 janvier n’ont pas défendu le droit des enfants. Ils défendent le pouvoir d’éduquer les enfants dans la norme sexuelle et de genre, comme présumés hétérosexuels. Ils défilent pour maintenir le droit de discriminer, punir et corriger toute forme de dissidence ou déviation, mais aussi pour rappeler aux parents d’enfants non-hétérosexuels que leur devoir est d’en avoir honte, de les refuser, de les corriger. »

Quels salauds ! Je parie que ces fondamentalistes distinguent les garçons des filles et bafouent « le droit des enfants à être des subjectivités politiques irréductibles à une identité de genre, de sexe ou de race. » Tu seras un homme, mon fils !  : a-t-on déjà entendu pire slogan totalitaire ?

Mais laissons le mot de la fin à notre foucaldienne de la braguette, passionaria du « droit des enfants à ne pas être considérés comme de futurs producteurs de sperme et de futurs utérus ». Les enfants libres de son Summerhill sexuel ne sont pas de futurs reproducteurs, seulement un mélange de foutre et de gamètes femelles. C’est quand même plus digne, non ?

*Photo : Jason Pratt.

Si vous avez loupé « L’Esprit d’escalier »…

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Peut-être étiez-vous à la messe hier à midi. Ou alors au marché, ou au foot ou peut-être même sous la couette en excellente compagnie.

Bref, peut-être avez-vous malencontreusement loupé la troisième édition de L’Esprit d’escalier, l’émission dominicale animée par Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy sur RCJ.

Auquel cas, cessez immédiatement de vous morigéner et au contraire, réjouissez-vous : il existe une session de rattrapage, et ce avant même que Causeur magazine publie chaque mois les meilleurs extraits de l’émission, comme ce sera le cas à partir du prochain numéro.

Pour pouvoir écouter, ou réécouter les analyses d’Alain Finkielkraut et Elisabeth Lévy sur l’actualité du moment, il suffit en effet de cliquer sur ce lien menant aux archives de RCJ, vous y trouverez non seulement le débat d’hier – consacré à la guerre au Mali, aux événements d’Algérie, et aux derniers développements du débat sur le mariage homosexuel – mais aussi les deux émissions précédentes, diffusées les 6 et 13 janvier.

Par les temps qui courent, toutes les bonnes nouvelles sont bonnes à prendre. On sera donc ravi d’apprendre que contrairement à l’ascenseur social, L’Esprit d’escalier, lui, n’est jamais en panne, et surtout pas en panne d’idées.

L’égalité à tout prix ?

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egalite hollande riches

egalite hollande riches

À en juger par l’actualité récente, la question de la place des « riches » dans la société française est redevenue un problème majeur, alors même que, depuis les années 1980, le Parti socialiste lui-même semblait s’être, bon an mal an, accommodé d’une certaine extension des inégalités. Nicolas Sarkozy passait pour le « président des riches » ; son successeur, qui a toujours dit qu’il n’aimait pas les riches, affiche une politique fiscale moins favorable aux plus fortunés, qui touche à la fois les revenus et la fortune. Si l’on s’efforce de trouver une cohérence dans ces discussions, et si l’on étend l’analyse à d’autres démocraties contemporaines, il semble néanmoins que le débat ne se laisse pas réduire à la simple opposition entre une gauche attachée à l’égalité et une droite indifférente à l’injustice sociale. Il existe en France une tradition égalitariste radicale, qui commence avec la Révolution et a aujourd’hui un porte-parole talentueux en la personne de Jean-Luc Mélenchon ; le symétrique parfait de cette sensibilité n’est pas français mais américain : c’est le courant incarné par le Tea Party, qui a d’ailleurs, lui aussi, des origines révolutionnaires dans la révolte antifiscale des Insurgés de 1776.[access capability= »lire_inedits »] En fait, la plupart des positions s’inscrivent dans un spectre beaucoup plus restreint ; le problème majeur reste celui de la redistribution, dans le cadre d’une économie de marché plus ou moins « régulée », et il me semble que le sens commun d’aujourd’hui reste assez fidèle à la ligne définie dans la Théorie de la justice : le meilleur système serait celui dans lequel, dans le respect des libertés, les inégalités elles-mêmes seraient justifiées si et seulement si elles tournent au bénéfice des plus défavorisés, et c’est dans ce cadre commun que s’inscrivent les propositions de la gauche et de la droite. Je propose ici de déplacer le problème, en m’intéressant moins à la mesure des inégalités qu’à leurs effets moraux et aux types d’hommes que produisent aujourd’hui nos sociétés.

À la belle époque de l’État-providence, le regretté Daniel Bell avait fait une objection intéressante aux bons apôtres qui invitaient les anciennes classes dirigeantes à s’accommoder de la réduction des inégalités dès lors que, grâce à la croissance, les pauvres pouvaient améliorer leur condition sans que la fortune ou le revenu des riches en soient affectés. En fait, disait Daniel Bell, la condition des privilégiés ne pouvait pas manquer d’être affectée par l’enrichissement général puisque, d’un côté, des biens plus largement distribués perdaient ipso facto de leur valeur et que, de l’autre, la base de cet enrichissement résidait dans l’augmentation des salaires des plus pauvres – et donc dans la réduction de la capacité des riches à faire travailler d’autres hommes pour leur bien-être ou pour leur prestige.  L’évolution de nos sociétés a indirectement confirmé l’analyse de Bell : la crise de l’État-providence et le développement d’une nouvelle classe de « riches » n’a peut-être pas appauvri  les classes moyennes et populaires, mais elle a considérablement modifié leur condition, dans un sens qui n’est pas vraiment favorable : elle distend les liens entre le peuple et la partie la plus élevée de l’élite,  à qui elle redonne plus de pouvoir, et elle modifie en profondeur la structure de la consommation.  Le fait majeur est sans doute que, même si le « niveau de vie » moyen n’a pas diminué, des biens qui constituaient jusqu’alors un « luxe » accessible ou même un objectif « normal » sont devenus définitivement hors d’atteinte pour la plupart des consommateurs.

Pour prendre un exemple anecdotique, il est sans doute vrai que la qualité moyenne des vins s’est améliorée, mais il est certain que les grands crus de bordeaux ou de bourgogne sont devenus littéralement « hors de prix » pour des catégories sociales qui, autrefois, pouvaient en boire dans de « grandes occasions ».  Plus sérieusement, l’évolution du marché immobilier modifie en profondeur la population de villes comme Londres, New York et même Paris,  dont le centre est progressivement déserté par les classes moyennes au profit de propriétaires dont beaucoup n’y habitent qu’occasionnellement ; là où, il y a trente ans, un ménage d’agrégés pouvait sans trop de peine acheter un appartement au centre de Paris, les professeurs d’Université d’aujourd’hui vont s’installer en banlieue – et les librairies sont progressivement remplacées par des boutiques de vêtements. On aurait d’ailleurs tort de croire que ce phénomène est  limité à quelques métropoles, car il affecte aussi une grande partie du monde rural, où les anciennes populations cèdent progressivement le pas à de nouvelles classes moyennes supérieures mieux adaptées à la nouvelle société démocratique et « mondialisée » : le Lubéron de Jean-Pierre Le Goff vit sous la même loi que Manhattan et Brooklyn.

Curieusement, le retour des « riches » n’a nullement mis fin aux revendications égalitaires,  mais elle les a déplacées vers les valeurs et vers la politique de la reconnaissance tout en dessinant de nouvelles combinaisons entre les intérêts pour aboutir à un changement assez profond de l’idéal des élites – qui n’est pas sans effet sur le peuple. Le taux marginal de l’impôt sur le revenu a baissé (au bénéfice des « vraiment riches »), mais les politiques publiques ont été réorientées dans le sens d’une équité que l’on veut redistributive mais qui est beaucoup moins favorable que les dispositions antérieures à la classe moyenne ou plutôt à la middle class[1. Je dis ici « middle class »,  car il me semble que, dans le français d’aujourd’hui, l’expression « classe moyenne » a cessé de désigner le groupe social intermédiaire entre le peuple et les classes supérieures pour renvoyer aux personnes ou aux ménages proches du revenu moyen ou médian : le « peuple » a disparu du langage courant en même temps que les classes moyennes.] française (déplafonnement des cotisations sociales, plafonnement du quotient familial, multiplication des prestations sous conditions de ressources). Les universités, qui sont par ailleurs au bord du collapsus, sont restées à peu près gratuites, mais les formations supérieures les plus courues sont de plus en plus chères : les droits d’inscription pratiqués à Sciences Po ou dans les écoles de commerce permettent à la fois de financer quelques bourses aux étudiants issus des minorités et de décourager les fractions les moins prospères des anciennes classes moyennes et supérieures. L’hypocrisie sociale n’a certes pas disparu, mais elle valorise aujourd’hui les valeurs « expressives » plus que la  culture générale, réputée élitiste[2. Voir sur ce point les remarques de Régis Debray sur Proust, qui font regretter l’époque où Madame Verdurin protégeait Vinteuil et découvrait les Impressionnistes.], et les riches d’aujourd’hui sont sans doute la première aristocratie de l’Histoire à se vanter de travailler[3. J’emprunte cette remarque à Georges Liébert.] (ce qui ne la rend ni plus douce ni moins cupide).

Tout en affichant de grandes ambitions égalisatrices, la politique actuelle s’inscrit dans le même mouvement général que celle qui l’a précédée, avec simplement une articulation plus simple entre le niveau national et le niveau européen : les plus dynamiques (ou les plus anciennement dynamiques) iront se réaliser en Angleterre (ou se reposer en Belgique) en attendant le retour de la croissance[4. N’oublions pas que la taxe de 75% sur les revenus exceptionnels, une fois redéfinie conformément aux exigences du Conseil constitutionnel, est de toute façon réputée « provisoire ».], mais la majorité des nouveaux « koulaks » resteront en France pour alimenter une solidarité dont ils bénéficieront de moins en moins, quitte à chercher, pour leurs rejetons, les moyens de sortir de la médiocrité commune. Une partie des plus riches quittera sans doute le territoire français, créant ainsi un déficit de revenus fiscaux que devra compenser le reste des classes supérieures, mais cela ne signifie pas que la société française redeviendra vraiment plus égalitaire. En fait, on risque plutôt de voir se renforcer une tendance que déplorait le candidat François Hollande : la constitution d’une élite indifférente au sort de la société française parce qu’elle a les moyens de réaliser ses ambitions au dehors sans rompre totalement avec la nation. La société française sera en apparence plus égalitaire parce qu’une partie importante de ses richesses ne sera plus investie ni consommée en France ; d’un autre côté,  l’égalité des conditions aura fait d’importants progrès – et les exilés fiscaux susciteront moins de colère que d’envie chez leurs concitoyens qui, dans le fond, se diront qu’ « à leur place, ils auraient fait pareil ».[/access]

En Autriche, on garde la conscription pour ne pas faire la guerre

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Les électeurs autrichiens ont repoussé dimanche 20 janvier, avec près de 60% des voix, une proposition référendaire du chancelier social-démocrate Werner Faymann visant à supprimer le service militaire obligatoire et instituer une armée de métier. Cela ne signifie absolument pas que les Viennois, Tyroliens et autres yodleurs des montagnes soient des « fana-mili » ne rêvant que de crapahut et chaude camaraderie de chambrée, bien au contraire. La suppression de la conscription était, dans l’esprit du chancelier, un premier pas vers la normalisation de l’Autriche dans l’espace européen et atlantique. En effet, depuis le traité d’Etat de 1955, qui mettait fin à l’occupation militaire de l’Autriche par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale, le pays s’était imposée une stricte neutralité, s’interdisant de participer à toute alliance militaire, et cantonnant son armée à des missions uniquement défensives.

Les opposants à la création d’une armée professionnelle craignaient qu’elle ne soit le prélude à une intégration de l’Autriche au sein de l’OTAN, et à la participation de soldats autrichiens à des conflits militaires proches ou lointains. Le conscrit, en effet, ne se traite pas comme un engagé : un gouvernement y regarde à deux fois avant de l’envoyer se faire voir chez les talibans. La «  marche de Radetzky », c’est donc toujours pour le concert du nouvel an à la Musikverein de Vienne, et pas pour l’entrée triomphale des armées autrichiennes en première division.

François Hollande réinvente l’art français de la guerre

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mai aqmi hollande

mai aqmi hollande

Notre président de la République a surpris beaucoup de monde. On le disait hésitant, fuyant l’affrontement, maître dans l’art de la synthèse chèvre-chou, disciple zélé d’Henri Queuille[1. Homme politique français de la IIIème et IVème République, élu de la Corrèze et auteur de la maxime : « il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout »] et confondant normalité présidentielle avec immobilisme politique. Une seule décision – mais quelle décision ! – a déconstruit cette représentation narrative plus radicalement que cinq cents pages du défunt Jacques Derrida. En envoyant l’armée française porter un coup d’arrêt à l’avancée triomphale des jihadistes sahéliens en direction de Bamako, François Hollande a opéré un choix stratégique majeur que l’on pourrait résumer en une phrase : pas de quartier dans la guerre contre le terrorisme ! Le vocabulaire choisi implique un certain courage face à la doxa interdisant aujourd’hui d’employer des expressions classées comme éléments de langage utilisés naguère par les néo-cons entourant George W.Bush.

Il n’est pas vrai, comme on l’écrit souvent, que l’opération Serval ait été improvisée sous la pression de l’offensive jihadiste vers Bamako. Elle était déjà dans les cartons lors du voyage de Hollande en Algérie, fin décembre. Et ce n’est pas pure coïncidence si les interventions des Mirages et des Rafales de la base de Saint-Dizier ont débuté trois semaines pile après la fin de cette visite officielle : le délai de vingt-et-un jours est celui imposé par Alger pour une réponse à une demande d’utilisation temporaire de son espace aérien… Le choix de Hollande est donc celui de l’option militaire pour empêcher l’établissement d’un « Sahélistan » jihadiste dans une zone s’étendant de Nouakchott à Ndjamena et de Tombouctou à Conakry.

S’il ne s’était agi que de protéger nos intérêts économiques dans la région (uranium, phosphates et autres minerais utiles), l’option consistant à laisser les groupes armés islamistes radicaux s’emparer des leviers de commandes dans les Etats faillis du secteur eût été plus raisonnable. Comme ces derniers seraient bien en peine d’exploiter, et encore moins d’utiliser ces matières premières, ils auraient proposé aux exploitants actuels de ces richesses naturelles de continuer leurs petites affaires, et de leur verser les royalties afférentes. Nous détournerions alors les yeux du sort réservé par les intégristes de la charia aux populations locales, nous contentant de préserver nos intérêts commerciaux et énergétiques. L’opération Serval aurait alors été limitée à l’exfiltration des ressortissants français désireux de fuir les fous d’Allah, permettant ainsi d’adopter la méthode Ponce Pilate pour la suite des événements. C’est cette option que l’avocat d’affaires international Dominique de Villepin, bien en cour dans les monarchies du Golfe, et donneur universel de leçons, voudrait voir adopter : pour lui, la guerre c’est « néo-cons » et compagnie, ça crée du terrorisme plus que cela n’en détruit : alors négocions et laissons faire. Outre que le diagnostic sur l’augmentation du terrorisme consécutif aux guerres d’Irak et d’Afghanistan soit hautement contestable[2. Ce raisonnement, qui suppose qu’une attitude conciliante des Occidentaux eût enrayé l’expansion des jihadistes est pure spéculation. Ce qui est, en revanche incontestable, c’est que leurs agressions en Europe et aux Etats-Unis ont notablement diminué depuis 2003…], cette prise de position, qui recoupe celles des idiots utiles du jihadisme sévissant au Front de gauche, au NPA, et chez certains Verts, ne témoigne que de la permanence du gène munichois dans une partie de nos élites politiques, de droite comme de gauche.
Norman Schwartzkopf, l’ancien commandant en chef de la première guerre d’Irak en 1991, avait coutume de dire : « Nous autres militaires, sommes les mieux placés pour faire tout ce qui est humainement possible pour éviter une guerre. Mais une fois que celle-ci, malheureusement, est devenue inévitable nous devons nous comporter comme des sons of bitches ». Cela veut dire, entre autres, que l’on ne regarde pas trop le CV de ses alliés lorsque ceux ci sont disposés à vous aider efficacement.

François Hollande et la diplomatie française se sont décarcassés en coulisses pour persuader les amis de la France, de la démocratie et des droits de l’homme de la suivre dans sa résistance à l’emprise jihadiste sur l’Afrique occidentale. Les Etats-Unis d’Obama se sont plantés grave au Mali en formant des officiers locaux qui se sont empressés de rejoindre AQMI et autres officines terroristes. Ils n’ont aucune envie de remettre en Afrique le couvert qu’ils sont en train de desservir en Afghanistan, et considèrent que les Européens doivent maintenant prendre les choses en main dans des parties du monde où leurs intérêts sont directement menacés. Ils offrent donc le minimum syndical d’aide à l’intervention française : ravitaillement en vol des chasseurs-bombardiers, et partage du renseignement. L’Europe ? Derrière les applaudissements de façade, c’est la défilade totale. L’amie Merkel ? Elle offre généreusement deux Transall pour le transport des troupes africaines de la Cédéao vers les théâtres d’opération. Pareil que la Belgique ! David Cameron n’a pas envie de refaire le coup libyen au Mali : les Britanniques n’ont que des intérêts négligeables dans la région, alors qu’en Méditerranée orientale ils en avaient de considérables.

Alors oui, nous sommes seuls et contraints de nous associer à quelques personnages peu recommandables : la caste politico-militaire algérienne, et le tyran tchadien Idriss Déby, le seul dirigeant africain dont les troupes présentent une utilité opérationnelle sur le terrain[3. La Misma (Mission militaire inter-africaine au Mali) est politiquement nécessaire pour obtenir l’aval des Nations-Unies, mais militairement inopérante pour régler le problème, étant donné la piètre qualité des troupes de la plupart des pays engagés. Seuls les Tchadiens peuvent engager des unités aguerries au combat dans le désert, et animés du désir d’en découdre avec les jihadistes, alliés des rebelles contre le gouvernement d’Idriss Déby.]. On voit même Vladimir Poutine proposer ses services et ses avions gros porteurs pour transporter hommes et matériels vers le Mali. Comme François Hollande n’a pas droit à la défaite, toute contribution à la victoire est la bienvenue.

L’objectif fixé par le président français est ambitieux : détruire les forces des narco-jihadistes au Mali d’abord, dans l’ensemble du Sahel ensuite. Ceux qui assimilent cela à du néocolonialisme sont totalement hors sujet : nous, Français, ne souffrons que marginalement des méfaits de ces bandes armées criminelles et fanatisées, alors que les populations locales subissent de plein fouet leurs exactions de toutes nature. L’objectif n’est pas inatteignable, car contrairement à l’Irak et à l’Afghanistan, les troupes françaises sont loin d’être considérées comme des envahisseurs étrangers dans toute cette région. Les images de liesse des Maliens accueillant les blindés français ne sont pas des images de propagande : ils attendent d’eux qu’ils les protègent de la barbarie venue du nord.

Ce n’est pas de ces populations africaines que François Hollande doit craindre le désaveu, mais bien de ceux qui, chez nous, n’attendent que les premières difficultés militaires pour sonner la retraite. Hollande affirme que notre armée restera sur place « le temps nécessaire » (à écraser les jihadistes). Il mérite notre soutien.