Cela commence par un inventaire à la Prévert : « Les catholiques, juifs et musulmans intégristes, les copéistes décomplexés, les psychanalystes œdipiens, les socialistes naturalistes à la Jospin, les gauchos hétéronormatifs, et le troupeau grandissant des branchés réactionnaires », coupables de s’opposer au mariage et à l’adoption pour tous au nom « du droit de l’enfant à avoir un père et une mère ». Personnellement, si je devais me définir politiquement, j’hésiterais entre « socialiste naturaliste » et « réactionnaire »  en écartant la seule étiquette que je trouve franchement infamante (« branché », non mais ?!). Qui se cache donc derrière cette toponymie politique digne des meilleurs articles de Mediapart et du Nouvel Obs réunis ?

Je vous le donne en mille. Notre imprécatrice s’appelle Beatriz Preciado, « auteure » (sic) pseudo foucaldienne du sans doute passionnant Pornotopie : Playboy et l’invention de la sexualité multimédia. Dans sa tribune publiée la semaine dernière dans Libération, elle ne se contente pas de répertorier les méchants réactionnaires hostiles au Progrès pour tous, mais pose une question urgente s’il en est : « qui défend l’enfant queer ? ». La suite, vous la devinez, ressemble à un pastiche de Surveiller et Punir, le panoptique quittant l’asile, l’école et la prison pour loger dans nos utérus et nos cerveaux malades de déterminer sexuellement les individus.

Madame, mademoiselle, pardon Preciado, nous confie son rêve d’enfant au cours de ses jeunes années d’élève d’une école catholique : « J’avais 7 ans. Je me suis dessinée mariée avec ma meilleure amie Marta, trois enfants et plusieurs chiens et chats. J’avais déjà imaginé une utopie sexuelle, dans laquelle existait le mariage pour tous, l’adoption, la PMA ». Un songe qui lui valut alors les quolibets et le harcèlement quotidien de ses petits camarades, beaucoup moins gay friendly que la petite Beatriz.

Du coup, comme dans un mauvais sketch de Stéphane Guillon (excusez le pléonasme), la petite fille devenue grande fait un sort à ceux qu’elles identifient comme les clones de ses anciens bourreaux.  Pour se défouler, Beatriz Preciado traite indifféremment Frigide Barjot de Jean-François Copé et Copé de Barjot, une indistinction parfaitement queer et paritaire, vous en conviendrez. « L’enfant que Frigide Barjot désire protéger est la créature d’une machine despotique : un copéiste rapetissé qui fait campagne pour la mort au nom de la protection de la vie ». Espérons que les choses soient claires. Si vous estimez cette phrase incompréhensible, c’est que le mauvais génie du Mâle paternaliste vous hante. Après un panégyrique en règle de… Zapatero (on a les défenseurs qu’on mérite !), Preciado se loge dans la tête des anti-mariage homo : « Les manifestants du 13 janvier n’ont pas défendu le droit des enfants. Ils défendent le pouvoir d’éduquer les enfants dans la norme sexuelle et de genre, comme présumés hétérosexuels. Ils défilent pour maintenir le droit de discriminer, punir et corriger toute forme de dissidence ou déviation, mais aussi pour rappeler aux parents d’enfants non-hétérosexuels que leur devoir est d’en avoir honte, de les refuser, de les corriger. »

Quels salauds ! Je parie que ces fondamentalistes distinguent les garçons des filles et bafouent « le droit des enfants à être des subjectivités politiques irréductibles à une identité de genre, de sexe ou de race. » Tu seras un homme, mon fils !  : a-t-on déjà entendu pire slogan totalitaire ?

Mais laissons le mot de la fin à notre foucaldienne de la braguette, passionaria du « droit des enfants à ne pas être considérés comme de futurs producteurs de sperme et de futurs utérus ». Les enfants libres de son Summerhill sexuel ne sont pas de futurs reproducteurs, seulement un mélange de foutre et de gamètes femelles. C’est quand même plus digne, non ?

*Photo : Jason Pratt.

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