À en juger par l’actualité récente, la question de la place des « riches » dans la société française est redevenue un problème majeur, alors même que, depuis les années 1980, le Parti socialiste lui-même semblait s’être, bon an mal an, accommodé d’une certaine extension des inégalités. Nicolas Sarkozy passait pour le « président des riches » ; son successeur, qui a toujours dit qu’il n’aimait pas les riches, affiche une politique fiscale moins favorable aux plus fortunés, qui touche à la fois les revenus et la fortune. Si l’on s’efforce de trouver une cohérence dans ces discussions, et si l’on étend l’analyse à d’autres démocraties contemporaines, il semble néanmoins que le débat ne se laisse pas réduire à la simple opposition entre une gauche attachée à l’égalité et une droite indifférente à l’injustice sociale. Il existe en France une tradition égalitariste radicale, qui commence avec la Révolution et a aujourd’hui un porte-parole talentueux en la personne de Jean-Luc Mélenchon ; le symétrique parfait de cette sensibilité n’est pas français mais américain : c’est le courant incarné par le Tea Party, qui a d’ailleurs, lui aussi, des origines révolutionnaires dans la révolte antifiscale des Insurgés de 1776.