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Mariage gay : Couche-toi et marche!

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Que faisaient nos aïeux pour s’insurger ? Ils brandissaient des fourches,  entravaient  les avenues, déboulaient dans les amphithéâtres  pour y infliger une fessée publique. Choisissez, c’est selon, si vous êtes plutôt Camelots du roi ou Internationale ouvrière. Grâce au progrès, l’ère de la communication a rongé les derniers morceaux de chair de ce genre d’actions. On confie désormais cela à des professionnels.  Des experts de la revendication. Même quand il s’agit d’y aller au cocktail Molotov ou à la prise d’otages ;  les doléances  les plus bourrues sont immédiatement prises en charge par la télécommunication. Et l’opération coup de poing tourne vite  à l’opération commerciale… Or, c’est une chose étonnante que la nuit du 16 avril dernier a offerte[1. Et chacune des nuits depuis. Ce soir-là tout spécialement peut-être, le mouvement balbutiait encore son concept.]. Des jeunes gens s’étaient  réunis pour protester pacifiquement contre la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe. C’était sur la verte pelouse des Invalides. Nom très puissant quand il s’agit de se lever, l’ironie sémantique ouvrant parfois des abîmes…
L’histoire : nous touchions la onzième heure du soir, il y avait école le lendemain. D’obscures raisons me font débarquer ici; peut-être une fille à retrouver et quelques clopes à taper. Ils sont une centaine assis sur un carré de pelouse.  Ils protestent en silence, à l’aide de Kronenbourg tièdes. Point de fourches ni de matraques, point de slogans ni de cris, aucun appareillage médiatique. À peine ce bibelot de mégaphone qui fait une voix rauque. Voilà l’échec promotionnel. Le bide du bide, sans recettes ni profits. Et pourtant : de cette orchestration boiteuse et trébuchante, s’est dégagée une efficience d’un tout autre niveau.  Invalide pour ce qui est du ressort du communicant, certes,  mais d’une authentique agilité qui fait se cogner les âmes par le fond : une jeune fille, mégaphone en main, laisse résonner ces mots : « sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable ». C’est Péguy, et sa petite fille Espérance.  Nous sommes assez proches de la nullité communicationnelle, mais l’on célèbre des épousailles : l’union entre ce qui mobilise et son mode d’expression.  Avec son phrasé qui a l’air d’un labour patient et fécond, quoi de mieux que le si charnel Péguy ?
En effet, que viennent dire ces jeunes : l’homme et la femme et leur fécondité. Ils ne viennent pas tant penser leur différence à coups d’argumentaires que chanter leur mutuelle ordination, les mains vides. De ce fait, pour psalmodier le mystère, préférable est le chant plutôt que le cri, le poème plutôt que le slogan. Remarquez une chose : plus l’objet dont vous parlez est grand, plus les moyens de le dire appellent le dépouillement. Il y a là une constante : la promotion d’un dentifrice emprunte tout au spectacle, elle doit hurler son existence et non simplement la dire. Au contraire, les objets les plus hauts se livrent dans l’intime.  Ainsi, faites un show Son et Lumière sur l’espérance et vous n’en aurez au mieux que parodié les signes extérieurs. Ce serait vouloir peindre un bouquet de lys en étalant de la merde.
Que faisaient nos aïeux pour s’insurger ? Courageux, ils construisaient des barricades et en abattaient d’autres. Leurs voix devaient s’élever quand les nôtres doivent désormais creuser. Peut-être l’ont-ils compris, ces amis qui le soir se rejoignent. Ils ont appelé cela la nuit des veilleurs, et la labourent d’un inaudible chant. C’est à peu près cela l’espérance, un pèlerinage de la lumière à travers la nuit, et Péguy leur va si bien : « Ô ma nuit à la grande robe- Qui prends les enfants et la jeune Espérance-Dans le pli de ta robe.»  Avec leur incapacité à se faire entendre, ils ont les signes de modernes invalides : non plus cul-de-jatte et pieds-bots, mais fond-de-l’âme et mains-vides. Et si ce n’est plus la mer immense d’hommes et de femmes des derniers rassemblements, c’est pour laisser place au ruisseau qui file entre les pierres et qui appelle le (vrai) débordement. Ils sont invalides, mais leur âme court comme l’eau claire entre les roches. On les dit conservateurs et fixistes, mais Philippe Muray cognerait d’un bon : « que pourrait-on vouloir conserver d’un monde qui est maintenant bien au-delà de toute décomposition ? »[2. Désaccord parfait, épilogue, février 1998.] . C’est là le mystère de notre époque : « Le monde est détruit, il s’agit désormais de le versifier »[3. Minimum Respect, Avant-propos.]

*Photo : Mon_Tours.

Champagne et dragées à Petroplus

Non sans angoisse, et jusqu’au dernier moment, les salariés de Petroplus ont attendu avec impatience le résultat du vote inscrivant dans la loi le mariage pour tous. Des larmes de joie ont coulé sur les joues des 470 salariés quand ils ont appris que l’Assemblée Nationale par 331 voix pour, 225 contre et 10 abstentions les avait fait changer de civilisation.
Travailleurs hétéros, gays, bi et trans de Petroplus avaient en effet besoin de ce choc de consolation car la lettre de licenciement sera tout de même plus facile à vivre en couple puisque que la fermeture définitive de la plus ancienne raffinerie française a été décidée faute de repreneurs. Il y avait plus d’un an que Petroplus avait déposé le bilan, que les faux espoirs se succédaient et que l’Etat s’obstinait à ne pas vouloir nationaliser le site, ne serait-ce que provisoirement, pour empêcher la casse.
Mais comment lui en vouloir, à ce gouvernement, alors qu’il menait un combat titanesque depuis neuf mois contre les forces de la réaction homophobe. Conscients, au bout du compte, de tout ce qu’ils ont gagné dans cette lutte, les futurs chômeurs remercient les socialistes et la direction de Petroplus, qui en guise de cadeau d’adieu, leur a offert un joli presse-papier représentant une raffinerie. On appréciera l’attention, ce presse-papier pouvant se révéler des plus utiles pour empiler les formulaires quand il faudra adopter les futurs orphelins de Florange ou de PSA.

Moutons enragés

pavillon zone periurbaine

J’attends mon train express régional dans le froid lugubre du petit matin. Tout le long du quai, glacial en hiver, plusieurs centaines de grands-banlieusards frissonnants, de périurbains semi-comateux, guettent les lumières blafardes d’un convoi qui leur réserve presque chaque jour quelque mauvaise surprise.
Les médias sont très sensibles à la souffrance au travail. Bizarre que la souffrance dans les transports en commun ne les intéresse qu’en cas de grève. Quand le train attendu n’est pas annulé, pour quelque motif fabuleux, mais dont l’origine est toujours le voyageur et non le cheminot, tel sera alors le cas de son prédécesseur ; il faudra se ruer vers les entrées de wagons – que les plus expérimentés savent repérer − pour espérer y trouver une place, debout. Cela ne gênera pas les lecteurs de quotidiens du matin : par chez moi, cette espèce a à peu près disparu. On préfère jouer sur sa tablette, ou laisser son portable vous rendre sourd. Depuis le licenciement de Sarkozy, la politique a cessé d’intéresser les larges masses. Mes voisins n’en attendent plus rien. La simple évocation du sujet provoque leurs sarcasmes désabusés. Ils essaient d’économiser un peu sur leurs maigres revenus, en prévision des nouveaux impôts, des nouvelles taxes, des nouvelles amendes, des nouveaux malus que l’administration va leur inventer pour éviter d’avoir à se réformer elle-même. Ils n’avaient pas droit à la prime de rentrée scolaire, il est question à présent de leur sucrer les allocations familiales et de renchérir l’achat de leur prochaine voiture, une cinq-places.[access capability= »lire_inedits »] Forcément, avec trois enfants…
En tant que propriétaires de petits pavillons, ou habitants de résidences fermées, ils savent qu’ils appartiennent au « mauvais peuple », comme on disait chez les Khmers rouges. Les bobos du Marais, qui écrivent dans Télérama, les rendent responsables du recul de la nature et de la dévastation des paysages.
Leur exil, loin de la métropole, favorise, en effet, l’installation de grandes surfaces à l’américaine. Et c’est vrai qu’en l’absence de toute infrastructure culturelle digne de ce nom, c’est dans ces espèces de malls sinistres que se cristallise leur peu de vie sociale. D’ailleurs, le shopping leur tient lieu de culture. La « distinction » passe par le choix des marques. Les écologistes les soupçonnent d’accompagner leurs enfants à l’école en voiture, en roulant au diesel en plus ; de gaspiller l’électricité en persistant à se chauffer l’hiver. On parle d’une taxe sur les cheminées, où certains avaient cru trouver le salut. Non seulement ils ont été chassés de la métropole par le prix des loyers avant même la naissance du premier enfant, mais les médias bien-pensants les suspectent d’avoir délibérément sauté par-dessus la banlieue. Ainsi ces mauvais citoyens refusent-ils de contribuer à la mixité sociale qui consiste à introduire dans les classes des collèges des territoires perdus, en guise de victimes expiatoires, quelques échantillons d’élèves réellement désireux de suivre les cours. Les plus informés incitent leurs enfants, stagiaires professionnels après trois licences et deux masters, à chercher le salut dans l’exil. Ils pensent qu’il n’y a plus d’avenir dans ce pays.
Pour l’instant, mes voisins de train ne laissent éclater leur rancune que lorsque le « 6 h 47 » est annulé et qu’ils doivent téléphoner d’urgence pour prévenir leur employeur. Mais on sent que cette sourde résignation pourrait bien se muer, un jour prochain, en violente colère.[/access]

*Photo : Thomas Claveirole.

PMA : La marchandisation des corps, et pourquoi pas ?

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Les récents efforts d’adaptation morale de notre beau pays à un monde toujours changeant ayant suscité d’importantes réactions négatives, faisons fonctionner nos esprits avec une pincée de scepticisme.
La vie n’est pas une valeur sacrée. Ou pour le dire en termes économiques, la vie n’a pas une valeur infinie. Bien sûr, on prétend souvent qu’elle est telle. Cela fait bon genre, cela force l’approbation de l’auditeur, et permet de passer pour un type bien. Malheureusement, le plus souvent, cette sacralisation de la vie n’est pas tant due à une volonté de démagogie qu’à une forme de pensée primitive, pour ne pas dire primaire, inspirée par ce qui reste en nous de pensée religieuse.
Histoire de nous amuser un peu, je soutiendrai non seulement que cette pensée est fausse, et que la vie n’a pas une valeur sacrée ou infinie ; mais encore que les défenseurs acharnés de la vie ne sont pas eux-mêmes convaincus de ce qu’ils disent. Pour cela je ferai appel à un de mes concepts favoris de la pensée économique, celui de préférence révélée. Les économistes considèrent en effet que la valeur que nous attribuons aux choses est davantage révélée par nos actions que par nos paroles. On conçoit ce que cette affirmation contient de piquant pour l’être humain, animal hypocrite : elle revient à dire que nous sommes de beaux parleurs, mais que quand il s’agit d’agir, nos actes révèlent des préférences bien différentes de nos paroles.
Le débat sur la Procréation Médicalement Assistée illustre ce concept. On crie au sacrilège, on parle de « marchandisation des corps », on se dit outré que le corps puisse être vendu comme n’importe quel service, on se déclare choqué, scandalisé ; dans le même temps, nous pratiquons nous-mêmes, quotidiennement, la marchandisation de nos corps, sans nous en inquiéter plus que cela. Pour être cohérent avec lui-même, celui qui prétend que la vie, ou les corps, ont une valeur infinie ou sacrée, devrait ne  jamais prendre aucun risque, et dépenser tout son avoir en médecine et en assurances. Il devrait consacrer sa vie à aider les autres, ne jamais entreprendre aucune action qui puisse leur nuire, dépenser tout son avoir en dons et en charité. Si vous n’êtes pas Mère Terésa, considérez combien de fois par jour vous troquez un peu de votre vie, ou de votre corps, pour du plaisir : chaque fois que vous prenez une cigarette par exemple, chaque fois que vous prenez un peu d’alcool, chaque fois que vous vous offrez le plaisir de rouler un peu vite, chaque fois, en vérité, que vous entreprenez n’importe quelle action qui a un autre but que la conservation pure et simple de la vie, la vôtre et celle des autres.
Qui aurait envie d’une vie consacrée à se soigner et s’assurer, et prendre toutes les précautions possibles, pour soi-même et pour autrui ? Qui aurait envie d’une vie interminablement longue, n’ayant d’autre but qu’elle-même ? En d’autres termes, qui aurait envie d’une vie d’une valeur sacrée ou infinie ?
Alors, si vous souhaitez faire preuve d’un peu d’honnêteté intellectuelle, ne vous insurgez pas contre la « marchandisation des corps » ou la désacralisation de la vie. Ne descendez pas manifester et molester ceux qui demandent simplement à ce qu’on les laisse disposer de leur corps comme ils l’entendent. Restez chez vous, à prendre du bon temps avec vos amis, boire de l’alcool et fumer des cigarettes, ou offrez-vous une escapade sur les routes. La vie est belle, quand elle n’est pas à consommer avec modération.

*Photo : _-0-_

Sein libre (et non faussé) !

Besançon, patrie de Proudhon et de Fourier, est-elle en passe de devenir la capitale du sein libre ? L’université de ma Franche-Comté natale compte en effet en son sein (sic) des chercheurs imaginatifs dont l’un, Jean-Denis Rouillon, travaille sur une question essentielle : le soutien-gorge empêche-t-il, oui ou merde, les seins de tomber ? Bien que la recherche n’en soit qu’aux préliminaires (re-sic), cet ancien médecin de la fédération française de ski serait plutôt enclin à répondre par la négative, allant donc dans le sens des partisan-e-s du sein libre (et non faussé). Une nouvelle qui ne plaira pas à notre ministre du Redressement productif (re-re-sic) qui s’emploie à ce que nos fabriques de lingerie fine ne se barrent pas toutes en Chine. Si, en plus, les usines subsistant sur le territoire ne devaient plus fabriquer que le bas, ce ne serait pas une bonne nouvelle pour l’emploi industriel. Puisque, du maintien mammaire, nous avons glissé à l’économie, profitons-en pour révéler la thèse de notre chercheur bisontin, laquelle devrait ravir notre ami de la rédaction causeurienne Georges Kaplan. Le sein, en effet, libéré de l’entrave protectionniste du soutien-gorge, apprendrait à se maintenir seul, alors que soutenu par ce dernier, il deviendrait un peu fainéant et ne serait plus contraint à faire des efforts. Mais j’ai tout de même peine à croire que Georges soit si heureux d’apprendre cette nouvelle qui, bien que soutenant (re-re-re-sic) ses thèses, pourrait à terme lui retirer le plaisir de décrocher le soutien-gorge de sa bien-aimée. On a beau être libéral dans l’âme, on n’en est pas moins homme.

Morale laïque : une idée conservatrice

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Jérôme Leroy. Selon vous, la volonté d’enseigner la morale laïque serait « un nouvel épisode de la guerre intellectuelle contre les pauvres » ?
Ruwen Ogien. Comme au XIX siècle, se répand aujourd’hui l’idée que, si vous êtes riche, c’est que vous le méritez et que, si vous être pauvre, c’est votre faute ! Dans Le Nouvel Âge de la solidarité[1. Le Nouvel Âge de la solidarité. Pauvreté, précarité et politiques publiques,
Seuil, 2012.], Nicolas Duvoux démontre, sondages à l’appui, que l’explication de la pauvreté par la paresse ne cesse de gagner du terrain dans l’opinion, au détriment des analyses macro-économiques. La nécessité d’enseigner la morale à l’école repose sur ce postulat profondément conservateur qui fait fi des injustices économiques et sociales et rend les pauvres responsables des handicaps irrattrapables qu’ils subissent. Et pendant que notre système exclut, entre autres, des milliers de jeunes qui n’ont pas la « chance » d’avoir la couleur, le nom ou la religion qu’il faut, on s’inquiète du conflit des valeurs morales !
En somme, si je vous comprends bien, la morale laïque est un catéchisme conservateur…
Ne nous voilons pas la face : un vrai clivage oppose conservateurs et progressistes. Les premiers soutiennent la liberté de s’enrichir sans limites et sont hostiles à la liberté des mœurs alors que les seconds s’opposent aux inégalités économiques et sociales et souhaitent étendre la liberté des mœurs.  
C’est un peu caricatural, non ? Nous ne devons pas connaître les mêmes conservateurs…
En tout cas, certains partisans de la morale à l’école estiment que le conflit politique principal oppose la « civilisation » (pacifique, pluraliste, ouverte) à la « barbarie » (violente, intolérante, fondamentaliste). Je combats inlassablement cette tendance et je m’inquiète bien plus de l’offensive des conservateurs contre la justice sociale et les libertés que de la prétendue « menace intégriste » ![access capability= »lire_inedits »]
Ne poussez-vous pas le bouchon un peu loin en expliquant que si Vincent Peillon se garde de toute référence à Jules Ferry, c’est pour ne pas offenser les dominés ? Peut-on réduire le fondateur  de l’École républicaine à la rhétorique colonialiste ?
Vincent Peillon préfère ne pas faire ouvertement référence à Jules Ferry mais il partage avec lui une même inspiration républicaine à tendance nationaliste. Je ne nie évidemment pas que l’École laïque, gratuite et obligatoire ait représenté une avancée au xixe siècle. Mais il n’est pas anodin de savoir pourquoi on l’a faite. En présentant son projet, Peillon n’a cessé de répéter que la refondation de l’École était nécessaire pour que la France conserve son rang et sa puissance. Aujourd’hui comme hier, on ne justifie pas l’effort de l’État en matière scolaire par le droit de l’enfant à l’éducation, mais par les intérêts de la nation. On finira par supprimer l’Éducation nationale au prétexte que c’est bon pour le redressement de la France. Alors oui, j’aurais aimé entendre le ministre rappeler que l’État a pour mission de garantir le droit à l’éducation, même pour les enfants de sans-papiers ou les élèves qui choisiront, une fois adultes, de vivre ailleurs qu’en France. Cela dit, la plupart des mesures concrètes sont bonnes – à l’exception, donc de ce retour en fanfare de la morale à l’école…
De toute façon, pour vous, enseigner la morale n’est pas seulement réactionnaire : c’est quasiment impossible…
Soyons logiques. Soit l’école est devenue le lieu de toutes les violences et de toutes les incivilités, et il faut être naïf pour croire qu’un cours de morale puisse civiliser des enfants transformés en brutes. Soit les élèves sont suffisamment ouverts aux autres et intelligents pour s’intéresser à la morale laïque. Mais alors, pourquoi voudrait-on rendre moraux des jeunes gens qui le sont déjà ? Les partisans de la morale laïque à l’école ne sont pas à un paradoxe près !
Vous non plus ! Vous relativisez la violence scolaire en dénonçant l’amalgame entre le gamin qui ne dit pas bonjour et celui qui agresse son prof…
Je me contente de constater un désaccord sur la qualification, l’explication et la signification profonde des actes de violence scolaire. Demander un peu plus de rigueur dans l’énoncé d’un diagnostic inquiétant, ce n’est pas faire preuve d’angélisme. On peut parfaitement admettre que la relation pédagogique est devenue plus problématique, en particulier au collège, tout en restant sceptique à l’égard des diagnostics les plus alarmistes. La majorité des violences est verbale et se concentre dans certains établissements scolaires, chose que les journaux ne disent pas assez. Si on tenait compte de cet état de fait, on chercherait des causes locales (type d’établissement, type d’enseignement, etc.) et non générales à la violence scolaire.
Dans ce cas, pourquoi traiter d’affreux réactionnaires tous ceux qui, comme Alain Finkielkraut, Mara Goyet, Philippe Nemo et Jean-Paul Brighelli, partagent ce constat ?
Ceux que vous citez proclament que l’École est en pleine « décadence » parce qu’elle est devenue trop démocratique (les élèves ne se lèvent plus à l’arrivée des professeurs, ils ont leur mot à dire sur des problèmes d’organisation interne et les parents aussi : quel scandale !), trop pluraliste en matière religieuse (on peut manger « halal » ou « casher » dans certaines cantines : où sont passées nos traditions ?) et trop permissive avec les jeunes d’aujourd’hui. Comme si on était passé directement de l’école-caserne aux maisons closes !
Je ne peux pas vous laisser caricaturer ainsi leur pensée. C’est l’affichage religieux qui menace le pluralisme…
On peut reconnaître le nombre inquiétant d’élèves qui quittent l’École sans diplômes, admettre les déficits dans la transmission des savoirs de base – une donnée plus compliquée mais pas impossible à établir – et constater un certain niveau de violence scolaire sans sombrer dans le catastrophisme ! Si je ne partage bien évidemment pas leur analyse, je distingue néanmoins ceux qui critiquent l’excès de démocratie à l’école de ceux qui, comme Philippe Nemo, inventent une École en état de déliquescence complète pour dénoncer les prétendus effets destructeurs de l’excès de libertés dans nos sociétés en général. Ce n’est certainement pas le cas de Mara Goyet, qui cantonne sa critique à l’École publique. Pour Alain Finkielkraut, j’ai des doutes.
Mais vous devriez aussi avoir des doutes sur vos certitudes et vous demander si, en effet, l’excès de libertés n’a pas parfois des effets destructeurs ! Contrairement à ces tenants de l’ordre moral, vous croyez donc à un strict déterminisme social ? Un peu trop simple, non ? Et c’est un ancien prof (toujours de gauche) qui vous parle…
Comment pourrait-on ignorer le poids des inégalités économiques et sociales de départ dans l’échec scolaire ? Avec moins de ressources – en termes de formation, d’équipement, voire de rétribution −, certains enseignants doivent non seulement instruire leurs élèves, mais aussi compenser leurs handicaps sociaux. Or, les anti-pédagogistes habillent cette réalité d’un discours moraliste qui impute les difficultés scolaires à des problèmes moraux et psychologiques. L’École n’a pas besoin de plus de professeurs, elle a besoin d’autorité !, disent-ils. Mon approche « pragmatiste » s’appuie sur des données matérielles plus aisément vérifiables ou réfutables que les arguments moraux de mes adversaires !
Admettons que la vérité réside au fond des statistiques. Quoi qu’il en soit, pourquoi tolérez-vous l’instruction civique ? Ce n’est pas un instrument de soumission des plus pauvres ?
Je le répète, la morale laïque vise à diffuser l’idée de « choc des civilisations » et c’est pour cette raison que j’y suis opposé. Je suis favorable à l’instruction civique qui valorise plutôt les notions de justice sociale, de droits et de libertés ![/access]

*Photo : nitot.

Amnistie sociale : Pas de pourboire pour Mélenchon

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Un bel arc-en-ciel illumine ce matin le site du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. L’ambiance est à la fête, comme le prouvent par ailleurs les scènes d’effusion  auxquelles a donné lieu le vote de la loi, dans l’hémicycle comme à ses abords. Que vous soyez député, lobbyiste LGBT ou casseur anarchiste, embrassez qui vous voudrez, pourvu qu’il soit de gauche, ou au moins, du camp du progrès, façon Jouanno voire Karoutchi.
On imagine que les militants mélenchonistes ont fait la fête jusque fort tard hier soir, à moins qu’il n’aient préféré utiliser leur nuit à ratonner de la jupe plissée aux alentours du Palais-Bourbon ou à rédiger des tweets comminatoires suggérant qu’on expulsât Frigide, Basile et leurs enfants de leur appartement (qui n’est pas un logement social) de la Régie Immobilière de la Ville de Paris, comme l’a fait Ian Brossat, dirigeant national du PCF, et président du groupe Front de Gauche au Conseil de Paris.
Dommage donc qu’ils aient fait la grasse mat’, nos fêtards. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, ou au moins qui veillent tard. Et cet avenir n’est pas rose pour les rouges ou soi-disant tels, et encore moins arc-en-ciel. En effet, sur le coup de six heures, BFM Business, la filiale mi-radio mi-télé de BFM consacrée aux questions financières, nous livrait un scoop. BFM Business est une chaîne fort estimable, la seule à ne pas prétendre à l’objectivité et à dire d’où elle parle et donc à ne pas cacher son parti pris, en l’occurrence pour les milieux d’affaires.
Quand j’étais jeune militant communiste, mes mentors m’avaient recommandé la lecture régulière (en plus de L’Huma, of course) des Échos, parce que la pensée du capital y était exposée avec beaucoup plus de clarté, donc de talent que dans Le Figaro ou Le Monde. Une saine habitude que j’ai gardée quarante ans plus tard, et que j’ai même étendue à BFM Business. Soit dit en passant, le 6-9 animé par Stéphane Soumier est un régal. Même si on pense juste le contraire de ce qu’il dit, on ne peut qu’être ébloui par son dynamisme et son professionnalisme (Je n’ose dire « à l’américaine », de peur de me faire traiter de mauvais Français par un tweeteur mélenchoniste).
Bref, ce matin, Stéphane Soumier était encore plus souriant et déchaîné qu’à son habitude : non seulement il avait un scoop, mais en plus celui-ci était réjouissant. D’après ses infos, le gouvernement avait renoncé, malgré le vote favorable du Sénat, à soutenir la loi dite d’«amnistie sociale» devant les députés. Traduction simultanée, la loi est enterrée et commentaire instantané du journaliste : c’est un signal fort envoyé par le gouvernement aux chefs d’entreprise. Bien vu, bien dit.
Comme on est ici dans un site qui n’est pas uniquement à destination des milieux d’affaires, je me permettrais d’ajouter que c’est également un signal fort envoyé à l’aile gauche de la majorité, mélenchonistes, communistes, cégétistes, et autres filochistes, guedjistes, et lienemannistes, sans oublier les mondediplomatistes.
À l’instar de Blaise Pascal, ou presque, je ne crois qu’aux coïncidences qu’on égorge. Et on ne me fera pas avaler, qu’une fois le mariage en poche (ce qui n’aurait pas été possible sans les voix communistes au Sénat), la majorité de la gauche n’ait pas attendu 12 heures avant d’envoyer vertement sa minorité aux pelotes, relève d’un banal hasard de calendrier parlementaire.
On peut penser ce qu’on veut de cette amnistie sociale. On peut être violemment contre, comme le Medef. On peut y être raisonnablement hostile comme notre lovely chéfesse, ou fanatiquement favorable, comme votre serviteur, qui pense que les ouvriers en colère sont blanchis d’office pour cause de légitime défense, et qu’ils n’ont pas à côtoyer en prison pédophiles et maquereaux pour avoir défendu, avec leurs armes à eux, leurs emplois et leur pays. Mais bon, je n’ordonne à personne de partager mon avis, ce qui peut laisser accroire que je ne suis pas un vrai militant de gauche. Bref, on peut penser ce qu’on veut de l’opportunité de cette fichue amnistie, mais on n’a pas le droit d’être dupe : cette loi, ou disons ce fœtus de loi détonnait tellement dans le décor général qu’il ne pouvait s’agir que d’une sucette, ou disons une promesse de sucette destinée à calmer la gauche radicale et à la récompenser d’avoir été si bon élève durant le débat sur le seul engagement du président qui un jour prendra, peut-être, corps : le mariage gay.
Dans ce dossier ultrasensible, non seulement la gauche de la gauche a fait plus et mieux que la gauche officielle, mais elle s’est souvent vautrée dans une abjection qu’on croyait pourtant morte et enterrée, au moins chez les communistes : diffamation obscène, délation ad hominem (et feminem), appel au lynchage, et autres gracieusetés qui nous ont renvoyé aux temps oubliés des vipères lubriques et des hyènes dactylographes. Et tout ça pour quoi ? Pour finalement se voir refuser ses deniers de Judas, parce qu’il est bien plus urgent d’envoyer un message fort aux milieux d’affaires.
André Sénik, fin exégète lanzmanno-dutronien, proposait dans ces colonnes que la France remplaçât la désuète Marseillaise par « On nous cache tout, on nous dit rien » , pour acter dignement l’Ère de la Transparence. Dans cet élan novateur, le PS, lui, pourrait adopter comme hymne du parti une autre chanson du duo d’enfer des sixties : « Quand c’est usé on le jette »[1. On gardera « Savez-vous planquer vos sous ? » pour fêter l’élection à l’Elysée de Jérôme Cahuzac]. Je n’ai pas retrouvé le scopitone de Dutronc, mais la reprise d’Archimède est charmante, comme tout ce que font ces garnements.


archimede quand cest use je le jette reprise… par agentshirley

Oui, quand la gauche de la gauche est usée, on la jette. Et deux fois plutôt qu’une, puisqu’elle s’était déjà fait éconduire quelques jours plus tôt avec le vote bloqué au Sénat sur la flexisécurité, ce qui aurait dû lui mettre la puce à l’oreille.
Hier aprèm, à l’Assemblée, c’était l’heure des baisers. Ce matin, chers camarades, c’est nous qu’on est baisés.

Manif pour tous : la suite?

loi taubira mariage

Le sujet qui agite les rédactions ces jours-ci est « la suite ». La suite du mouvement initié par les manifestants contre le mariage homo, dont divers responsables ont annoncé qu’il se prolongerait sur le plan électoral.
J’ai eu l’occasion de le dire, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, à plusieurs reprises ces derniers jours : si ce mouvement est radical, c’est seulement par sa nouveauté et par l’exigence éthique de son engagement. Et c’est pourquoi je suis persuadé qu’il embrassera petit à petit d’autres sujets, plus larges que la famille et le mariage, mais toujours liés à la dignité humaine. Évidemment, je suis bien incapable de dire lesquels aujourd’hui.
Ce qui est sûr, c’est que la continuation de ce mouvement dans une forme électorale s’imposera d’elle-même : si de fait il existe bien des manières de s’engager dans la cité, l’exercice concret des responsabilités locales et le fait d’y accéder par l’élection demeurent les plus proportionnées et les plus directement connectées au bien commun. Et il n’est pas douteux que bon nombre des personnes qui foulent le pavé à répétition ces jours-ci ne se limiteront pas à la pratique de la marche.
Le journaliste du Monde se demandait si les annonces de listes municipales estampillées « La Manif pour tous » devaient susciter une crainte de la part des formations politiques de droite. Bonne question !
Et difficile de répondre. Quelques remarques toutefois.
1/ 97% des parlementaires des groupes UMP de l’Assemblée et du Sénat ont voté contre le mariage homosexuel et l’adoption.
2/ La détermination, le sens de l’engagement, les capacités de mobilisation et d’organisation des responsables locaux de « La Manif pour tous » trouveront naturellement à faire dans les collectivités locales. Et il serait dommage que ces talents ne soient pas directement mis à leur service.
3/ En même temps, La mobilisation continue et tenace pour une grande cause, d’une part, et l’engagement au quotidien au service d’un territoire d’autre part relèvent d’une forme différente d’engagement. Rien de cela ne doit dissuader quiconque de s’engager localement, au contraire : mais chacun doit être conscient de ces différences, et mettre en jeu en conséquence son discernement personnel.
En fin de compte, il reste une incompréhension entre ce mouvement de fond, durable et pacifique, et les partis politiques. Petit à petit, les manifestants contre le mariage homosexuel découvrent dans la pratique les éléments fondamentaux de la politique au quotidien : l’instauration d’un rapport de force, la capacité à faire « bouger les lignes » politiques par la mobilisation de masse, l’utilisation des moyens modernes de communication et la puissance de la « force tranquille » (!). Ils entrent « dans le jeu » sans avoir demandé la permission à quiconque, et avec leurs propres méthodes : insupportable, non ?!…
Les partis de gauche persistent à voir dans cette émergence une protestation fasciste, confondant la détermination et l’exigence avec la violence. Mais la gauche a souvent tendance à considérer comme violemment réactionnaires les mouvements qui ne lisent pas les sociétés comme elle et qui résistent inlassablement à son discours moralisateur, ceci au nom d’une morale qui ne s’enracine pas dans le « sens de l’histoire ».
Les partis de droite tentent de lire cette mobilisation avec le logiciel connu de l’engagement politique institutionnel, pensant qu’un accueil bien organisé pourrait être attractif pour ces calmes agitateurs. Mais aux yeux de ces derniers, les formations de droite sont assez largement discréditées par la priorité qu’elles accordent fréquemment à la gestion et au pragmatisme à l’encontre des symboles, sans compter ce qui est perçu comme une facile mollesse sur de nombreux sujets éthiques.
Si bien que toute interprétation « traditionnelle » de ce mouvement naissant serait hasardeuse, et vaine toute tentative d’annihilation comme de récupération.
Ce mouvement invite avant tout à questionner tant les lignes de force de l’évolution de notre société que nos pratiques institutionnelles de la politique. Au-delà des combats actuels centrés sur le mariage et la famille, il nous demande, collectivement, de travailler à donner une perspective d’espoir, pour ne pas dire d’espérance, aux générations qui arrivent. Il est à la fois le signe d’un échec, et certainement le ferment d’une belle réussite. Pour peu qu’on sache le regarder, l’accueillir et le respecter comme il est. Et lui répondre.

*Photo : -ANFAD-.

Le pourtoussisme a vaincu !

loi taubira mariage

Ça y est, c’est fait. En votant « le mariage pour tous », la gauche française vient de larguer définitivement le peuple et de sceller officiellement son adhésion au libertarisme et au relativisme culturel, à la mondialisation heureuse et au mercantilisme triomphant. Deux hommes et deux femmes vont pouvoir se marier et des enfants vont être affublés de deux pères ou deux mères, hourra !  Madame Taubira aura oublié, dans sa « réforme de civilisation »,  sa culture créole qui réserve le lundi gras du carnaval antillais aux « mariages burlesques » entre des hommes déguisés en femmes et des femmes travesties en hommes. Ces transgressions, qui s’achèvent le mercredi des Cendres lorsque l’on brûle Vaval  et que l’on rétablit la norme biologique et anthropologique, vont désormais être inscrites de façon pérenne dans notre Code civil. L’on comprend les réticences des élus d’outre-mer, heurtés dans leur culture mais aussi dans leur conscience de gauche. L’homo festivus de Philippe Muray a donc gagné et nous allons bientôt avoir le carnaval tous les jours avec ses étonnantes marches nuptiales dadaïstes. Son « pion progressiste » a  réussi à faire copier cent fois aux parlementaires : « La loi naturelle n’est qu’un serpent de mer réactionnaire ! Le mariage n’est qu’une construction sociale » !
Le culte néolibéral du no limit, commun à la gauche paillettes et à la droite bling-bling, achève ainsi son entreprise de démolition des repères et de sabotage des valeurs communes. La prochaine initiative du gouvernement, après le changement de genre à l’état-civil sur simple déclaration à la mairie en présence de deux témoins, sera sans doute l’ouverture du droit à l’avortement pour les hommes et  l’interdiction pour ceux-ci d’uriner debout à l’instar du « modèle suédois » cher à Madame Belkacem. On n’arrête pas le pourtoussisme, c’est la logique mécanique et infernale du principe de non-discrimination à l’œuvre dans les directives des technocrates européens et la merveilleuse  jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme postmoderne.
Puisque tout se vaut, rien ne vaut et la devise de la République et du mécano européen dans lequel elle s’est perdue devient : subjectivisme, relativisme, mercantilisme. L’intérêt général et le bien commun sont sacrifiés à la tyrannie de minorités mues par l’égocentrisme et le ressentiment, mais dotées de puissants moyens d’intimidation et de financement.
Bien sûr, la tradition républicaine possède en théorie un gardien dont on enseigne qu’il a pour mission d’empêcher une majorité passagère de remettre en cause le contrat social de tous les Français tel qu’il résulte de la lettre et l’esprit de la Constitution et de son préambule. Les regards se tournent donc en dernier recours vers le Conseil constitutionnel. Il lui suffirait de constater cette évidence objective que la définition du mariage et de la filiation, désignant l’union procréative d’un homme et d’une femme, est un principe fondamental non pas créé mais « reconnu » par les lois de la République, puisqu’il la précède depuis que le monde est monde. Ce seul constat parfaitement objectif et impartial suffirait à obliger nos dirigeants à convoquer le peuple aux urnes pour ratifier un bouleversement du Code civil que les juristes tiennent à raison comme la « constitution civile de la France ».
Mais l’on affirme « de source autorisée » que le Conseil constitutionnel, habitué à « filtrer les moustiques et laisser passer les chameaux », s’apprêterait à refuser de constater un tel principe en considérant qu’il n’a pas un pouvoir d’appréciation identique à celui du parlement et qu’il est donc « loisible au législateur » de décider que deux hommes ou deux femmes peuvent s’accoupler et engendrer. Il suivrait ainsi la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne qui a déjà évacué l’homme et la femme de la définition du mariage et s’alignerait sur son courageux homologue espagnol dans le cadre d’un lénifiant « dialogue des juges ».
Bizarrement, cependant, la loi Taubira ne touche pas à l’article 312 du Code civil selon lequel « l’enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari », ce qui ne « colle » pas du tout avec la nouvelle notion pourtoussiste de « parents de même sexe ». L’objectif constitutionnel d’intelligibilité de la loi, consacré par le Conseil constitutionnel lui-même, fera manifestement les frais de cette collision entre l’artificialisme mimétique et une réalité biologique têtue, dans ce qui sera devenu un anti-code civil « adapté à l’évolution de la société », c’est-à-dire post-humain.

*Photo : K_rho.

Mariage gay : l’exception française

taubira pma gpa

Il paraît que les Belges n’y comprennent rien : le pays qui, le premier en Europe, a décidé de ne plus lier son identité à une religion, le pays de la Révolution et de la « séparation »… se montre réticent à un progrès aussi naturel que celui consistant à détacher la filiation du couple hétérosexuel – donc à découpler hétérosexualité et reproduction. Comment un tel obscurantisme est-il possible ? Et beaucoup de scruter encore une fois les gènes suspects de la « fille aînée de l’Église ». Pourtant, difficile de ne voir dans les « refusants » que la résurgence d’un vieux fond catho. Contrairement à ce qu’il en est au sujet de la contraception ou de l’avortement, sujets sur lesquels les positions catholiques officielles trouvent peu d’écho, voire pas du tout, y compris chez les croyants, cette fois le milieu catho est en résonance avec un refus plus large.
« Qu’est-ce que ça peut bien vous faire ?» L’argument ressassé par les rédacteurs et promoteurs de la loi qui devrait être adoptée définitivement courant avril est qu’on n’enlève rien  aux couples hétéros en accordant les mêmes droits à ceux que les discriminations traditionnelles laissaient en marge. Cet argument serait convaincant si seuls les couples – c’est-à-dire les adultes – étaient concernés. Mais l’ouverture de l’adoption à l’intérieur des couples homosexuels et, bientôt, l’accès des lesbiennes à la PMA (qui sera la prochaine étape), emportent de tout autres conséquences.[access capability= »lire_inedits »] En rompant la relation entre hétérosexualité et filiation, on annule le droit de l’enfant d’avoir un lien prioritaire avec son père et sa mère, sur lequel on fait prévaloir le lien avec le compagnon ou la compagne choisi(e) par le parent biologique.
Comment le sophisme de la simple extension d’un droit a-t-il pu passer alors même que les enfants sont concernés et lésés ? Tolérance teinté de lâcheté ? Culpabilisation par les lobbies victimaires ? À tout cela s’ajoute l’argument de facilité selon lequel seuls 10 000 couples homos participant à l’éducation d’un enfant sont concernés – « Qu’est-ce que ça change ? » Évacuer de la sorte les questions de principe revient à proclamer que la morale commune n’a rien à dire sur le couple et la parenté, voire qu’il n’y a pas de morale commune au-delà de l’obligation de ne pas nuire à un autre sujet de droit (ce que ne sont pas les enfants à venir).
À cette réduction, désormais spontanée, de la société et même de l’humanité à la somme des individus présents s’opposent  les anthropologies religieuses, en particulier celle de la Bible.C’est pourquoi nombre de pays d’Europe, prenant acte de l’affaiblissement des confessions chrétiennes, peuvent, sans drame apparent, renvoyer les questions du couple et de la parenté aux choix et « orientations » de chacun. Phénomène général, le basculement individualiste est particulièrement brutal dans les pays où les réformes « sociétales » en question semblent consacrer l’émancipation de l’État vis-à-vis d’une Église catholique détrônée.
Si les choses apparaissent plus difficiles en France, ce n’est pas à cause d’une « adhérence » catholique, mais au contraire parce que la séparation entre le politique et le religieux, précoce et violente, a obligéla République éducatrice à  forger une morale commune, parfois dite « solidariste » et plus souvent « laïque », susceptible de contrer celle de l’Église, tout en empruntant très consciemment à la tradition chrétienne. C’est cette morale civique qui fait actuellement obstacle à l’individualisme devant lequel nos « socialistes » capitulent. Au-delà de ce cas particulier, ceci donne à réfléchir sur la persistance et le sens d’une spécificité française que nos élites bruxellisées essaient de comprendre.[/access]

*Photo : K_rho.

Mariage gay : Couche-toi et marche!

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veilleurs loi mariage

veilleurs loi mariage

Que faisaient nos aïeux pour s’insurger ? Ils brandissaient des fourches,  entravaient  les avenues, déboulaient dans les amphithéâtres  pour y infliger une fessée publique. Choisissez, c’est selon, si vous êtes plutôt Camelots du roi ou Internationale ouvrière. Grâce au progrès, l’ère de la communication a rongé les derniers morceaux de chair de ce genre d’actions. On confie désormais cela à des professionnels.  Des experts de la revendication. Même quand il s’agit d’y aller au cocktail Molotov ou à la prise d’otages ;  les doléances  les plus bourrues sont immédiatement prises en charge par la télécommunication. Et l’opération coup de poing tourne vite  à l’opération commerciale… Or, c’est une chose étonnante que la nuit du 16 avril dernier a offerte[1. Et chacune des nuits depuis. Ce soir-là tout spécialement peut-être, le mouvement balbutiait encore son concept.]. Des jeunes gens s’étaient  réunis pour protester pacifiquement contre la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe. C’était sur la verte pelouse des Invalides. Nom très puissant quand il s’agit de se lever, l’ironie sémantique ouvrant parfois des abîmes…
L’histoire : nous touchions la onzième heure du soir, il y avait école le lendemain. D’obscures raisons me font débarquer ici; peut-être une fille à retrouver et quelques clopes à taper. Ils sont une centaine assis sur un carré de pelouse.  Ils protestent en silence, à l’aide de Kronenbourg tièdes. Point de fourches ni de matraques, point de slogans ni de cris, aucun appareillage médiatique. À peine ce bibelot de mégaphone qui fait une voix rauque. Voilà l’échec promotionnel. Le bide du bide, sans recettes ni profits. Et pourtant : de cette orchestration boiteuse et trébuchante, s’est dégagée une efficience d’un tout autre niveau.  Invalide pour ce qui est du ressort du communicant, certes,  mais d’une authentique agilité qui fait se cogner les âmes par le fond : une jeune fille, mégaphone en main, laisse résonner ces mots : « sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable ». C’est Péguy, et sa petite fille Espérance.  Nous sommes assez proches de la nullité communicationnelle, mais l’on célèbre des épousailles : l’union entre ce qui mobilise et son mode d’expression.  Avec son phrasé qui a l’air d’un labour patient et fécond, quoi de mieux que le si charnel Péguy ?
En effet, que viennent dire ces jeunes : l’homme et la femme et leur fécondité. Ils ne viennent pas tant penser leur différence à coups d’argumentaires que chanter leur mutuelle ordination, les mains vides. De ce fait, pour psalmodier le mystère, préférable est le chant plutôt que le cri, le poème plutôt que le slogan. Remarquez une chose : plus l’objet dont vous parlez est grand, plus les moyens de le dire appellent le dépouillement. Il y a là une constante : la promotion d’un dentifrice emprunte tout au spectacle, elle doit hurler son existence et non simplement la dire. Au contraire, les objets les plus hauts se livrent dans l’intime.  Ainsi, faites un show Son et Lumière sur l’espérance et vous n’en aurez au mieux que parodié les signes extérieurs. Ce serait vouloir peindre un bouquet de lys en étalant de la merde.
Que faisaient nos aïeux pour s’insurger ? Courageux, ils construisaient des barricades et en abattaient d’autres. Leurs voix devaient s’élever quand les nôtres doivent désormais creuser. Peut-être l’ont-ils compris, ces amis qui le soir se rejoignent. Ils ont appelé cela la nuit des veilleurs, et la labourent d’un inaudible chant. C’est à peu près cela l’espérance, un pèlerinage de la lumière à travers la nuit, et Péguy leur va si bien : « Ô ma nuit à la grande robe- Qui prends les enfants et la jeune Espérance-Dans le pli de ta robe.»  Avec leur incapacité à se faire entendre, ils ont les signes de modernes invalides : non plus cul-de-jatte et pieds-bots, mais fond-de-l’âme et mains-vides. Et si ce n’est plus la mer immense d’hommes et de femmes des derniers rassemblements, c’est pour laisser place au ruisseau qui file entre les pierres et qui appelle le (vrai) débordement. Ils sont invalides, mais leur âme court comme l’eau claire entre les roches. On les dit conservateurs et fixistes, mais Philippe Muray cognerait d’un bon : « que pourrait-on vouloir conserver d’un monde qui est maintenant bien au-delà de toute décomposition ? »[2. Désaccord parfait, épilogue, février 1998.] . C’est là le mystère de notre époque : « Le monde est détruit, il s’agit désormais de le versifier »[3. Minimum Respect, Avant-propos.]

*Photo : Mon_Tours.

Champagne et dragées à Petroplus

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Non sans angoisse, et jusqu’au dernier moment, les salariés de Petroplus ont attendu avec impatience le résultat du vote inscrivant dans la loi le mariage pour tous. Des larmes de joie ont coulé sur les joues des 470 salariés quand ils ont appris que l’Assemblée Nationale par 331 voix pour, 225 contre et 10 abstentions les avait fait changer de civilisation.
Travailleurs hétéros, gays, bi et trans de Petroplus avaient en effet besoin de ce choc de consolation car la lettre de licenciement sera tout de même plus facile à vivre en couple puisque que la fermeture définitive de la plus ancienne raffinerie française a été décidée faute de repreneurs. Il y avait plus d’un an que Petroplus avait déposé le bilan, que les faux espoirs se succédaient et que l’Etat s’obstinait à ne pas vouloir nationaliser le site, ne serait-ce que provisoirement, pour empêcher la casse.
Mais comment lui en vouloir, à ce gouvernement, alors qu’il menait un combat titanesque depuis neuf mois contre les forces de la réaction homophobe. Conscients, au bout du compte, de tout ce qu’ils ont gagné dans cette lutte, les futurs chômeurs remercient les socialistes et la direction de Petroplus, qui en guise de cadeau d’adieu, leur a offert un joli presse-papier représentant une raffinerie. On appréciera l’attention, ce presse-papier pouvant se révéler des plus utiles pour empiler les formulaires quand il faudra adopter les futurs orphelins de Florange ou de PSA.

Moutons enragés

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pavillon zone periurbaine

pavillon zone periurbaine

J’attends mon train express régional dans le froid lugubre du petit matin. Tout le long du quai, glacial en hiver, plusieurs centaines de grands-banlieusards frissonnants, de périurbains semi-comateux, guettent les lumières blafardes d’un convoi qui leur réserve presque chaque jour quelque mauvaise surprise.
Les médias sont très sensibles à la souffrance au travail. Bizarre que la souffrance dans les transports en commun ne les intéresse qu’en cas de grève. Quand le train attendu n’est pas annulé, pour quelque motif fabuleux, mais dont l’origine est toujours le voyageur et non le cheminot, tel sera alors le cas de son prédécesseur ; il faudra se ruer vers les entrées de wagons – que les plus expérimentés savent repérer − pour espérer y trouver une place, debout. Cela ne gênera pas les lecteurs de quotidiens du matin : par chez moi, cette espèce a à peu près disparu. On préfère jouer sur sa tablette, ou laisser son portable vous rendre sourd. Depuis le licenciement de Sarkozy, la politique a cessé d’intéresser les larges masses. Mes voisins n’en attendent plus rien. La simple évocation du sujet provoque leurs sarcasmes désabusés. Ils essaient d’économiser un peu sur leurs maigres revenus, en prévision des nouveaux impôts, des nouvelles taxes, des nouvelles amendes, des nouveaux malus que l’administration va leur inventer pour éviter d’avoir à se réformer elle-même. Ils n’avaient pas droit à la prime de rentrée scolaire, il est question à présent de leur sucrer les allocations familiales et de renchérir l’achat de leur prochaine voiture, une cinq-places.[access capability= »lire_inedits »] Forcément, avec trois enfants…
En tant que propriétaires de petits pavillons, ou habitants de résidences fermées, ils savent qu’ils appartiennent au « mauvais peuple », comme on disait chez les Khmers rouges. Les bobos du Marais, qui écrivent dans Télérama, les rendent responsables du recul de la nature et de la dévastation des paysages.
Leur exil, loin de la métropole, favorise, en effet, l’installation de grandes surfaces à l’américaine. Et c’est vrai qu’en l’absence de toute infrastructure culturelle digne de ce nom, c’est dans ces espèces de malls sinistres que se cristallise leur peu de vie sociale. D’ailleurs, le shopping leur tient lieu de culture. La « distinction » passe par le choix des marques. Les écologistes les soupçonnent d’accompagner leurs enfants à l’école en voiture, en roulant au diesel en plus ; de gaspiller l’électricité en persistant à se chauffer l’hiver. On parle d’une taxe sur les cheminées, où certains avaient cru trouver le salut. Non seulement ils ont été chassés de la métropole par le prix des loyers avant même la naissance du premier enfant, mais les médias bien-pensants les suspectent d’avoir délibérément sauté par-dessus la banlieue. Ainsi ces mauvais citoyens refusent-ils de contribuer à la mixité sociale qui consiste à introduire dans les classes des collèges des territoires perdus, en guise de victimes expiatoires, quelques échantillons d’élèves réellement désireux de suivre les cours. Les plus informés incitent leurs enfants, stagiaires professionnels après trois licences et deux masters, à chercher le salut dans l’exil. Ils pensent qu’il n’y a plus d’avenir dans ce pays.
Pour l’instant, mes voisins de train ne laissent éclater leur rancune que lorsque le « 6 h 47 » est annulé et qu’ils doivent téléphoner d’urgence pour prévenir leur employeur. Mais on sent que cette sourde résignation pourrait bien se muer, un jour prochain, en violente colère.[/access]

*Photo : Thomas Claveirole.

PMA : La marchandisation des corps, et pourquoi pas ?

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pma mariage loi

pma mariage loi

Les récents efforts d’adaptation morale de notre beau pays à un monde toujours changeant ayant suscité d’importantes réactions négatives, faisons fonctionner nos esprits avec une pincée de scepticisme.
La vie n’est pas une valeur sacrée. Ou pour le dire en termes économiques, la vie n’a pas une valeur infinie. Bien sûr, on prétend souvent qu’elle est telle. Cela fait bon genre, cela force l’approbation de l’auditeur, et permet de passer pour un type bien. Malheureusement, le plus souvent, cette sacralisation de la vie n’est pas tant due à une volonté de démagogie qu’à une forme de pensée primitive, pour ne pas dire primaire, inspirée par ce qui reste en nous de pensée religieuse.
Histoire de nous amuser un peu, je soutiendrai non seulement que cette pensée est fausse, et que la vie n’a pas une valeur sacrée ou infinie ; mais encore que les défenseurs acharnés de la vie ne sont pas eux-mêmes convaincus de ce qu’ils disent. Pour cela je ferai appel à un de mes concepts favoris de la pensée économique, celui de préférence révélée. Les économistes considèrent en effet que la valeur que nous attribuons aux choses est davantage révélée par nos actions que par nos paroles. On conçoit ce que cette affirmation contient de piquant pour l’être humain, animal hypocrite : elle revient à dire que nous sommes de beaux parleurs, mais que quand il s’agit d’agir, nos actes révèlent des préférences bien différentes de nos paroles.
Le débat sur la Procréation Médicalement Assistée illustre ce concept. On crie au sacrilège, on parle de « marchandisation des corps », on se dit outré que le corps puisse être vendu comme n’importe quel service, on se déclare choqué, scandalisé ; dans le même temps, nous pratiquons nous-mêmes, quotidiennement, la marchandisation de nos corps, sans nous en inquiéter plus que cela. Pour être cohérent avec lui-même, celui qui prétend que la vie, ou les corps, ont une valeur infinie ou sacrée, devrait ne  jamais prendre aucun risque, et dépenser tout son avoir en médecine et en assurances. Il devrait consacrer sa vie à aider les autres, ne jamais entreprendre aucune action qui puisse leur nuire, dépenser tout son avoir en dons et en charité. Si vous n’êtes pas Mère Terésa, considérez combien de fois par jour vous troquez un peu de votre vie, ou de votre corps, pour du plaisir : chaque fois que vous prenez une cigarette par exemple, chaque fois que vous prenez un peu d’alcool, chaque fois que vous vous offrez le plaisir de rouler un peu vite, chaque fois, en vérité, que vous entreprenez n’importe quelle action qui a un autre but que la conservation pure et simple de la vie, la vôtre et celle des autres.
Qui aurait envie d’une vie consacrée à se soigner et s’assurer, et prendre toutes les précautions possibles, pour soi-même et pour autrui ? Qui aurait envie d’une vie interminablement longue, n’ayant d’autre but qu’elle-même ? En d’autres termes, qui aurait envie d’une vie d’une valeur sacrée ou infinie ?
Alors, si vous souhaitez faire preuve d’un peu d’honnêteté intellectuelle, ne vous insurgez pas contre la « marchandisation des corps » ou la désacralisation de la vie. Ne descendez pas manifester et molester ceux qui demandent simplement à ce qu’on les laisse disposer de leur corps comme ils l’entendent. Restez chez vous, à prendre du bon temps avec vos amis, boire de l’alcool et fumer des cigarettes, ou offrez-vous une escapade sur les routes. La vie est belle, quand elle n’est pas à consommer avec modération.

*Photo : _-0-_

Sein libre (et non faussé) !

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Besançon, patrie de Proudhon et de Fourier, est-elle en passe de devenir la capitale du sein libre ? L’université de ma Franche-Comté natale compte en effet en son sein (sic) des chercheurs imaginatifs dont l’un, Jean-Denis Rouillon, travaille sur une question essentielle : le soutien-gorge empêche-t-il, oui ou merde, les seins de tomber ? Bien que la recherche n’en soit qu’aux préliminaires (re-sic), cet ancien médecin de la fédération française de ski serait plutôt enclin à répondre par la négative, allant donc dans le sens des partisan-e-s du sein libre (et non faussé). Une nouvelle qui ne plaira pas à notre ministre du Redressement productif (re-re-sic) qui s’emploie à ce que nos fabriques de lingerie fine ne se barrent pas toutes en Chine. Si, en plus, les usines subsistant sur le territoire ne devaient plus fabriquer que le bas, ce ne serait pas une bonne nouvelle pour l’emploi industriel. Puisque, du maintien mammaire, nous avons glissé à l’économie, profitons-en pour révéler la thèse de notre chercheur bisontin, laquelle devrait ravir notre ami de la rédaction causeurienne Georges Kaplan. Le sein, en effet, libéré de l’entrave protectionniste du soutien-gorge, apprendrait à se maintenir seul, alors que soutenu par ce dernier, il deviendrait un peu fainéant et ne serait plus contraint à faire des efforts. Mais j’ai tout de même peine à croire que Georges soit si heureux d’apprendre cette nouvelle qui, bien que soutenant (re-re-re-sic) ses thèses, pourrait à terme lui retirer le plaisir de décrocher le soutien-gorge de sa bien-aimée. On a beau être libéral dans l’âme, on n’en est pas moins homme.

Morale laïque : une idée conservatrice

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morale ecole peillon

morale ecole peillon

Jérôme Leroy. Selon vous, la volonté d’enseigner la morale laïque serait « un nouvel épisode de la guerre intellectuelle contre les pauvres » ?
Ruwen Ogien. Comme au XIX siècle, se répand aujourd’hui l’idée que, si vous êtes riche, c’est que vous le méritez et que, si vous être pauvre, c’est votre faute ! Dans Le Nouvel Âge de la solidarité[1. Le Nouvel Âge de la solidarité. Pauvreté, précarité et politiques publiques,
Seuil, 2012.], Nicolas Duvoux démontre, sondages à l’appui, que l’explication de la pauvreté par la paresse ne cesse de gagner du terrain dans l’opinion, au détriment des analyses macro-économiques. La nécessité d’enseigner la morale à l’école repose sur ce postulat profondément conservateur qui fait fi des injustices économiques et sociales et rend les pauvres responsables des handicaps irrattrapables qu’ils subissent. Et pendant que notre système exclut, entre autres, des milliers de jeunes qui n’ont pas la « chance » d’avoir la couleur, le nom ou la religion qu’il faut, on s’inquiète du conflit des valeurs morales !
En somme, si je vous comprends bien, la morale laïque est un catéchisme conservateur…
Ne nous voilons pas la face : un vrai clivage oppose conservateurs et progressistes. Les premiers soutiennent la liberté de s’enrichir sans limites et sont hostiles à la liberté des mœurs alors que les seconds s’opposent aux inégalités économiques et sociales et souhaitent étendre la liberté des mœurs.  
C’est un peu caricatural, non ? Nous ne devons pas connaître les mêmes conservateurs…
En tout cas, certains partisans de la morale à l’école estiment que le conflit politique principal oppose la « civilisation » (pacifique, pluraliste, ouverte) à la « barbarie » (violente, intolérante, fondamentaliste). Je combats inlassablement cette tendance et je m’inquiète bien plus de l’offensive des conservateurs contre la justice sociale et les libertés que de la prétendue « menace intégriste » ![access capability= »lire_inedits »]
Ne poussez-vous pas le bouchon un peu loin en expliquant que si Vincent Peillon se garde de toute référence à Jules Ferry, c’est pour ne pas offenser les dominés ? Peut-on réduire le fondateur  de l’École républicaine à la rhétorique colonialiste ?
Vincent Peillon préfère ne pas faire ouvertement référence à Jules Ferry mais il partage avec lui une même inspiration républicaine à tendance nationaliste. Je ne nie évidemment pas que l’École laïque, gratuite et obligatoire ait représenté une avancée au xixe siècle. Mais il n’est pas anodin de savoir pourquoi on l’a faite. En présentant son projet, Peillon n’a cessé de répéter que la refondation de l’École était nécessaire pour que la France conserve son rang et sa puissance. Aujourd’hui comme hier, on ne justifie pas l’effort de l’État en matière scolaire par le droit de l’enfant à l’éducation, mais par les intérêts de la nation. On finira par supprimer l’Éducation nationale au prétexte que c’est bon pour le redressement de la France. Alors oui, j’aurais aimé entendre le ministre rappeler que l’État a pour mission de garantir le droit à l’éducation, même pour les enfants de sans-papiers ou les élèves qui choisiront, une fois adultes, de vivre ailleurs qu’en France. Cela dit, la plupart des mesures concrètes sont bonnes – à l’exception, donc de ce retour en fanfare de la morale à l’école…
De toute façon, pour vous, enseigner la morale n’est pas seulement réactionnaire : c’est quasiment impossible…
Soyons logiques. Soit l’école est devenue le lieu de toutes les violences et de toutes les incivilités, et il faut être naïf pour croire qu’un cours de morale puisse civiliser des enfants transformés en brutes. Soit les élèves sont suffisamment ouverts aux autres et intelligents pour s’intéresser à la morale laïque. Mais alors, pourquoi voudrait-on rendre moraux des jeunes gens qui le sont déjà ? Les partisans de la morale laïque à l’école ne sont pas à un paradoxe près !
Vous non plus ! Vous relativisez la violence scolaire en dénonçant l’amalgame entre le gamin qui ne dit pas bonjour et celui qui agresse son prof…
Je me contente de constater un désaccord sur la qualification, l’explication et la signification profonde des actes de violence scolaire. Demander un peu plus de rigueur dans l’énoncé d’un diagnostic inquiétant, ce n’est pas faire preuve d’angélisme. On peut parfaitement admettre que la relation pédagogique est devenue plus problématique, en particulier au collège, tout en restant sceptique à l’égard des diagnostics les plus alarmistes. La majorité des violences est verbale et se concentre dans certains établissements scolaires, chose que les journaux ne disent pas assez. Si on tenait compte de cet état de fait, on chercherait des causes locales (type d’établissement, type d’enseignement, etc.) et non générales à la violence scolaire.
Dans ce cas, pourquoi traiter d’affreux réactionnaires tous ceux qui, comme Alain Finkielkraut, Mara Goyet, Philippe Nemo et Jean-Paul Brighelli, partagent ce constat ?
Ceux que vous citez proclament que l’École est en pleine « décadence » parce qu’elle est devenue trop démocratique (les élèves ne se lèvent plus à l’arrivée des professeurs, ils ont leur mot à dire sur des problèmes d’organisation interne et les parents aussi : quel scandale !), trop pluraliste en matière religieuse (on peut manger « halal » ou « casher » dans certaines cantines : où sont passées nos traditions ?) et trop permissive avec les jeunes d’aujourd’hui. Comme si on était passé directement de l’école-caserne aux maisons closes !
Je ne peux pas vous laisser caricaturer ainsi leur pensée. C’est l’affichage religieux qui menace le pluralisme…
On peut reconnaître le nombre inquiétant d’élèves qui quittent l’École sans diplômes, admettre les déficits dans la transmission des savoirs de base – une donnée plus compliquée mais pas impossible à établir – et constater un certain niveau de violence scolaire sans sombrer dans le catastrophisme ! Si je ne partage bien évidemment pas leur analyse, je distingue néanmoins ceux qui critiquent l’excès de démocratie à l’école de ceux qui, comme Philippe Nemo, inventent une École en état de déliquescence complète pour dénoncer les prétendus effets destructeurs de l’excès de libertés dans nos sociétés en général. Ce n’est certainement pas le cas de Mara Goyet, qui cantonne sa critique à l’École publique. Pour Alain Finkielkraut, j’ai des doutes.
Mais vous devriez aussi avoir des doutes sur vos certitudes et vous demander si, en effet, l’excès de libertés n’a pas parfois des effets destructeurs ! Contrairement à ces tenants de l’ordre moral, vous croyez donc à un strict déterminisme social ? Un peu trop simple, non ? Et c’est un ancien prof (toujours de gauche) qui vous parle…
Comment pourrait-on ignorer le poids des inégalités économiques et sociales de départ dans l’échec scolaire ? Avec moins de ressources – en termes de formation, d’équipement, voire de rétribution −, certains enseignants doivent non seulement instruire leurs élèves, mais aussi compenser leurs handicaps sociaux. Or, les anti-pédagogistes habillent cette réalité d’un discours moraliste qui impute les difficultés scolaires à des problèmes moraux et psychologiques. L’École n’a pas besoin de plus de professeurs, elle a besoin d’autorité !, disent-ils. Mon approche « pragmatiste » s’appuie sur des données matérielles plus aisément vérifiables ou réfutables que les arguments moraux de mes adversaires !
Admettons que la vérité réside au fond des statistiques. Quoi qu’il en soit, pourquoi tolérez-vous l’instruction civique ? Ce n’est pas un instrument de soumission des plus pauvres ?
Je le répète, la morale laïque vise à diffuser l’idée de « choc des civilisations » et c’est pour cette raison que j’y suis opposé. Je suis favorable à l’instruction civique qui valorise plutôt les notions de justice sociale, de droits et de libertés ![/access]

*Photo : nitot.

Amnistie sociale : Pas de pourboire pour Mélenchon

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amnistie sociale melenchon

Un bel arc-en-ciel illumine ce matin le site du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. L’ambiance est à la fête, comme le prouvent par ailleurs les scènes d’effusion  auxquelles a donné lieu le vote de la loi, dans l’hémicycle comme à ses abords. Que vous soyez député, lobbyiste LGBT ou casseur anarchiste, embrassez qui vous voudrez, pourvu qu’il soit de gauche, ou au moins, du camp du progrès, façon Jouanno voire Karoutchi.
On imagine que les militants mélenchonistes ont fait la fête jusque fort tard hier soir, à moins qu’il n’aient préféré utiliser leur nuit à ratonner de la jupe plissée aux alentours du Palais-Bourbon ou à rédiger des tweets comminatoires suggérant qu’on expulsât Frigide, Basile et leurs enfants de leur appartement (qui n’est pas un logement social) de la Régie Immobilière de la Ville de Paris, comme l’a fait Ian Brossat, dirigeant national du PCF, et président du groupe Front de Gauche au Conseil de Paris.
Dommage donc qu’ils aient fait la grasse mat’, nos fêtards. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, ou au moins qui veillent tard. Et cet avenir n’est pas rose pour les rouges ou soi-disant tels, et encore moins arc-en-ciel. En effet, sur le coup de six heures, BFM Business, la filiale mi-radio mi-télé de BFM consacrée aux questions financières, nous livrait un scoop. BFM Business est une chaîne fort estimable, la seule à ne pas prétendre à l’objectivité et à dire d’où elle parle et donc à ne pas cacher son parti pris, en l’occurrence pour les milieux d’affaires.
Quand j’étais jeune militant communiste, mes mentors m’avaient recommandé la lecture régulière (en plus de L’Huma, of course) des Échos, parce que la pensée du capital y était exposée avec beaucoup plus de clarté, donc de talent que dans Le Figaro ou Le Monde. Une saine habitude que j’ai gardée quarante ans plus tard, et que j’ai même étendue à BFM Business. Soit dit en passant, le 6-9 animé par Stéphane Soumier est un régal. Même si on pense juste le contraire de ce qu’il dit, on ne peut qu’être ébloui par son dynamisme et son professionnalisme (Je n’ose dire « à l’américaine », de peur de me faire traiter de mauvais Français par un tweeteur mélenchoniste).
Bref, ce matin, Stéphane Soumier était encore plus souriant et déchaîné qu’à son habitude : non seulement il avait un scoop, mais en plus celui-ci était réjouissant. D’après ses infos, le gouvernement avait renoncé, malgré le vote favorable du Sénat, à soutenir la loi dite d’«amnistie sociale» devant les députés. Traduction simultanée, la loi est enterrée et commentaire instantané du journaliste : c’est un signal fort envoyé par le gouvernement aux chefs d’entreprise. Bien vu, bien dit.
Comme on est ici dans un site qui n’est pas uniquement à destination des milieux d’affaires, je me permettrais d’ajouter que c’est également un signal fort envoyé à l’aile gauche de la majorité, mélenchonistes, communistes, cégétistes, et autres filochistes, guedjistes, et lienemannistes, sans oublier les mondediplomatistes.
À l’instar de Blaise Pascal, ou presque, je ne crois qu’aux coïncidences qu’on égorge. Et on ne me fera pas avaler, qu’une fois le mariage en poche (ce qui n’aurait pas été possible sans les voix communistes au Sénat), la majorité de la gauche n’ait pas attendu 12 heures avant d’envoyer vertement sa minorité aux pelotes, relève d’un banal hasard de calendrier parlementaire.
On peut penser ce qu’on veut de cette amnistie sociale. On peut être violemment contre, comme le Medef. On peut y être raisonnablement hostile comme notre lovely chéfesse, ou fanatiquement favorable, comme votre serviteur, qui pense que les ouvriers en colère sont blanchis d’office pour cause de légitime défense, et qu’ils n’ont pas à côtoyer en prison pédophiles et maquereaux pour avoir défendu, avec leurs armes à eux, leurs emplois et leur pays. Mais bon, je n’ordonne à personne de partager mon avis, ce qui peut laisser accroire que je ne suis pas un vrai militant de gauche. Bref, on peut penser ce qu’on veut de l’opportunité de cette fichue amnistie, mais on n’a pas le droit d’être dupe : cette loi, ou disons ce fœtus de loi détonnait tellement dans le décor général qu’il ne pouvait s’agir que d’une sucette, ou disons une promesse de sucette destinée à calmer la gauche radicale et à la récompenser d’avoir été si bon élève durant le débat sur le seul engagement du président qui un jour prendra, peut-être, corps : le mariage gay.
Dans ce dossier ultrasensible, non seulement la gauche de la gauche a fait plus et mieux que la gauche officielle, mais elle s’est souvent vautrée dans une abjection qu’on croyait pourtant morte et enterrée, au moins chez les communistes : diffamation obscène, délation ad hominem (et feminem), appel au lynchage, et autres gracieusetés qui nous ont renvoyé aux temps oubliés des vipères lubriques et des hyènes dactylographes. Et tout ça pour quoi ? Pour finalement se voir refuser ses deniers de Judas, parce qu’il est bien plus urgent d’envoyer un message fort aux milieux d’affaires.
André Sénik, fin exégète lanzmanno-dutronien, proposait dans ces colonnes que la France remplaçât la désuète Marseillaise par « On nous cache tout, on nous dit rien » , pour acter dignement l’Ère de la Transparence. Dans cet élan novateur, le PS, lui, pourrait adopter comme hymne du parti une autre chanson du duo d’enfer des sixties : « Quand c’est usé on le jette »[1. On gardera « Savez-vous planquer vos sous ? » pour fêter l’élection à l’Elysée de Jérôme Cahuzac]. Je n’ai pas retrouvé le scopitone de Dutronc, mais la reprise d’Archimède est charmante, comme tout ce que font ces garnements.


archimede quand cest use je le jette reprise… par agentshirley

Oui, quand la gauche de la gauche est usée, on la jette. Et deux fois plutôt qu’une, puisqu’elle s’était déjà fait éconduire quelques jours plus tôt avec le vote bloqué au Sénat sur la flexisécurité, ce qui aurait dû lui mettre la puce à l’oreille.
Hier aprèm, à l’Assemblée, c’était l’heure des baisers. Ce matin, chers camarades, c’est nous qu’on est baisés.

Manif pour tous : la suite?

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loi taubira mariage

loi taubira mariage

Le sujet qui agite les rédactions ces jours-ci est « la suite ». La suite du mouvement initié par les manifestants contre le mariage homo, dont divers responsables ont annoncé qu’il se prolongerait sur le plan électoral.
J’ai eu l’occasion de le dire, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, à plusieurs reprises ces derniers jours : si ce mouvement est radical, c’est seulement par sa nouveauté et par l’exigence éthique de son engagement. Et c’est pourquoi je suis persuadé qu’il embrassera petit à petit d’autres sujets, plus larges que la famille et le mariage, mais toujours liés à la dignité humaine. Évidemment, je suis bien incapable de dire lesquels aujourd’hui.
Ce qui est sûr, c’est que la continuation de ce mouvement dans une forme électorale s’imposera d’elle-même : si de fait il existe bien des manières de s’engager dans la cité, l’exercice concret des responsabilités locales et le fait d’y accéder par l’élection demeurent les plus proportionnées et les plus directement connectées au bien commun. Et il n’est pas douteux que bon nombre des personnes qui foulent le pavé à répétition ces jours-ci ne se limiteront pas à la pratique de la marche.
Le journaliste du Monde se demandait si les annonces de listes municipales estampillées « La Manif pour tous » devaient susciter une crainte de la part des formations politiques de droite. Bonne question !
Et difficile de répondre. Quelques remarques toutefois.
1/ 97% des parlementaires des groupes UMP de l’Assemblée et du Sénat ont voté contre le mariage homosexuel et l’adoption.
2/ La détermination, le sens de l’engagement, les capacités de mobilisation et d’organisation des responsables locaux de « La Manif pour tous » trouveront naturellement à faire dans les collectivités locales. Et il serait dommage que ces talents ne soient pas directement mis à leur service.
3/ En même temps, La mobilisation continue et tenace pour une grande cause, d’une part, et l’engagement au quotidien au service d’un territoire d’autre part relèvent d’une forme différente d’engagement. Rien de cela ne doit dissuader quiconque de s’engager localement, au contraire : mais chacun doit être conscient de ces différences, et mettre en jeu en conséquence son discernement personnel.
En fin de compte, il reste une incompréhension entre ce mouvement de fond, durable et pacifique, et les partis politiques. Petit à petit, les manifestants contre le mariage homosexuel découvrent dans la pratique les éléments fondamentaux de la politique au quotidien : l’instauration d’un rapport de force, la capacité à faire « bouger les lignes » politiques par la mobilisation de masse, l’utilisation des moyens modernes de communication et la puissance de la « force tranquille » (!). Ils entrent « dans le jeu » sans avoir demandé la permission à quiconque, et avec leurs propres méthodes : insupportable, non ?!…
Les partis de gauche persistent à voir dans cette émergence une protestation fasciste, confondant la détermination et l’exigence avec la violence. Mais la gauche a souvent tendance à considérer comme violemment réactionnaires les mouvements qui ne lisent pas les sociétés comme elle et qui résistent inlassablement à son discours moralisateur, ceci au nom d’une morale qui ne s’enracine pas dans le « sens de l’histoire ».
Les partis de droite tentent de lire cette mobilisation avec le logiciel connu de l’engagement politique institutionnel, pensant qu’un accueil bien organisé pourrait être attractif pour ces calmes agitateurs. Mais aux yeux de ces derniers, les formations de droite sont assez largement discréditées par la priorité qu’elles accordent fréquemment à la gestion et au pragmatisme à l’encontre des symboles, sans compter ce qui est perçu comme une facile mollesse sur de nombreux sujets éthiques.
Si bien que toute interprétation « traditionnelle » de ce mouvement naissant serait hasardeuse, et vaine toute tentative d’annihilation comme de récupération.
Ce mouvement invite avant tout à questionner tant les lignes de force de l’évolution de notre société que nos pratiques institutionnelles de la politique. Au-delà des combats actuels centrés sur le mariage et la famille, il nous demande, collectivement, de travailler à donner une perspective d’espoir, pour ne pas dire d’espérance, aux générations qui arrivent. Il est à la fois le signe d’un échec, et certainement le ferment d’une belle réussite. Pour peu qu’on sache le regarder, l’accueillir et le respecter comme il est. Et lui répondre.

*Photo : -ANFAD-.

Le pourtoussisme a vaincu !

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loi taubira mariage

loi taubira mariage

Ça y est, c’est fait. En votant « le mariage pour tous », la gauche française vient de larguer définitivement le peuple et de sceller officiellement son adhésion au libertarisme et au relativisme culturel, à la mondialisation heureuse et au mercantilisme triomphant. Deux hommes et deux femmes vont pouvoir se marier et des enfants vont être affublés de deux pères ou deux mères, hourra !  Madame Taubira aura oublié, dans sa « réforme de civilisation »,  sa culture créole qui réserve le lundi gras du carnaval antillais aux « mariages burlesques » entre des hommes déguisés en femmes et des femmes travesties en hommes. Ces transgressions, qui s’achèvent le mercredi des Cendres lorsque l’on brûle Vaval  et que l’on rétablit la norme biologique et anthropologique, vont désormais être inscrites de façon pérenne dans notre Code civil. L’on comprend les réticences des élus d’outre-mer, heurtés dans leur culture mais aussi dans leur conscience de gauche. L’homo festivus de Philippe Muray a donc gagné et nous allons bientôt avoir le carnaval tous les jours avec ses étonnantes marches nuptiales dadaïstes. Son « pion progressiste » a  réussi à faire copier cent fois aux parlementaires : « La loi naturelle n’est qu’un serpent de mer réactionnaire ! Le mariage n’est qu’une construction sociale » !
Le culte néolibéral du no limit, commun à la gauche paillettes et à la droite bling-bling, achève ainsi son entreprise de démolition des repères et de sabotage des valeurs communes. La prochaine initiative du gouvernement, après le changement de genre à l’état-civil sur simple déclaration à la mairie en présence de deux témoins, sera sans doute l’ouverture du droit à l’avortement pour les hommes et  l’interdiction pour ceux-ci d’uriner debout à l’instar du « modèle suédois » cher à Madame Belkacem. On n’arrête pas le pourtoussisme, c’est la logique mécanique et infernale du principe de non-discrimination à l’œuvre dans les directives des technocrates européens et la merveilleuse  jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme postmoderne.
Puisque tout se vaut, rien ne vaut et la devise de la République et du mécano européen dans lequel elle s’est perdue devient : subjectivisme, relativisme, mercantilisme. L’intérêt général et le bien commun sont sacrifiés à la tyrannie de minorités mues par l’égocentrisme et le ressentiment, mais dotées de puissants moyens d’intimidation et de financement.
Bien sûr, la tradition républicaine possède en théorie un gardien dont on enseigne qu’il a pour mission d’empêcher une majorité passagère de remettre en cause le contrat social de tous les Français tel qu’il résulte de la lettre et l’esprit de la Constitution et de son préambule. Les regards se tournent donc en dernier recours vers le Conseil constitutionnel. Il lui suffirait de constater cette évidence objective que la définition du mariage et de la filiation, désignant l’union procréative d’un homme et d’une femme, est un principe fondamental non pas créé mais « reconnu » par les lois de la République, puisqu’il la précède depuis que le monde est monde. Ce seul constat parfaitement objectif et impartial suffirait à obliger nos dirigeants à convoquer le peuple aux urnes pour ratifier un bouleversement du Code civil que les juristes tiennent à raison comme la « constitution civile de la France ».
Mais l’on affirme « de source autorisée » que le Conseil constitutionnel, habitué à « filtrer les moustiques et laisser passer les chameaux », s’apprêterait à refuser de constater un tel principe en considérant qu’il n’a pas un pouvoir d’appréciation identique à celui du parlement et qu’il est donc « loisible au législateur » de décider que deux hommes ou deux femmes peuvent s’accoupler et engendrer. Il suivrait ainsi la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne qui a déjà évacué l’homme et la femme de la définition du mariage et s’alignerait sur son courageux homologue espagnol dans le cadre d’un lénifiant « dialogue des juges ».
Bizarrement, cependant, la loi Taubira ne touche pas à l’article 312 du Code civil selon lequel « l’enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari », ce qui ne « colle » pas du tout avec la nouvelle notion pourtoussiste de « parents de même sexe ». L’objectif constitutionnel d’intelligibilité de la loi, consacré par le Conseil constitutionnel lui-même, fera manifestement les frais de cette collision entre l’artificialisme mimétique et une réalité biologique têtue, dans ce qui sera devenu un anti-code civil « adapté à l’évolution de la société », c’est-à-dire post-humain.

*Photo : K_rho.

Mariage gay : l’exception française

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taubira pma gpa

taubira pma gpa

Il paraît que les Belges n’y comprennent rien : le pays qui, le premier en Europe, a décidé de ne plus lier son identité à une religion, le pays de la Révolution et de la « séparation »… se montre réticent à un progrès aussi naturel que celui consistant à détacher la filiation du couple hétérosexuel – donc à découpler hétérosexualité et reproduction. Comment un tel obscurantisme est-il possible ? Et beaucoup de scruter encore une fois les gènes suspects de la « fille aînée de l’Église ». Pourtant, difficile de ne voir dans les « refusants » que la résurgence d’un vieux fond catho. Contrairement à ce qu’il en est au sujet de la contraception ou de l’avortement, sujets sur lesquels les positions catholiques officielles trouvent peu d’écho, voire pas du tout, y compris chez les croyants, cette fois le milieu catho est en résonance avec un refus plus large.
« Qu’est-ce que ça peut bien vous faire ?» L’argument ressassé par les rédacteurs et promoteurs de la loi qui devrait être adoptée définitivement courant avril est qu’on n’enlève rien  aux couples hétéros en accordant les mêmes droits à ceux que les discriminations traditionnelles laissaient en marge. Cet argument serait convaincant si seuls les couples – c’est-à-dire les adultes – étaient concernés. Mais l’ouverture de l’adoption à l’intérieur des couples homosexuels et, bientôt, l’accès des lesbiennes à la PMA (qui sera la prochaine étape), emportent de tout autres conséquences.[access capability= »lire_inedits »] En rompant la relation entre hétérosexualité et filiation, on annule le droit de l’enfant d’avoir un lien prioritaire avec son père et sa mère, sur lequel on fait prévaloir le lien avec le compagnon ou la compagne choisi(e) par le parent biologique.
Comment le sophisme de la simple extension d’un droit a-t-il pu passer alors même que les enfants sont concernés et lésés ? Tolérance teinté de lâcheté ? Culpabilisation par les lobbies victimaires ? À tout cela s’ajoute l’argument de facilité selon lequel seuls 10 000 couples homos participant à l’éducation d’un enfant sont concernés – « Qu’est-ce que ça change ? » Évacuer de la sorte les questions de principe revient à proclamer que la morale commune n’a rien à dire sur le couple et la parenté, voire qu’il n’y a pas de morale commune au-delà de l’obligation de ne pas nuire à un autre sujet de droit (ce que ne sont pas les enfants à venir).
À cette réduction, désormais spontanée, de la société et même de l’humanité à la somme des individus présents s’opposent  les anthropologies religieuses, en particulier celle de la Bible.C’est pourquoi nombre de pays d’Europe, prenant acte de l’affaiblissement des confessions chrétiennes, peuvent, sans drame apparent, renvoyer les questions du couple et de la parenté aux choix et « orientations » de chacun. Phénomène général, le basculement individualiste est particulièrement brutal dans les pays où les réformes « sociétales » en question semblent consacrer l’émancipation de l’État vis-à-vis d’une Église catholique détrônée.
Si les choses apparaissent plus difficiles en France, ce n’est pas à cause d’une « adhérence » catholique, mais au contraire parce que la séparation entre le politique et le religieux, précoce et violente, a obligéla République éducatrice à  forger une morale commune, parfois dite « solidariste » et plus souvent « laïque », susceptible de contrer celle de l’Église, tout en empruntant très consciemment à la tradition chrétienne. C’est cette morale civique qui fait actuellement obstacle à l’individualisme devant lequel nos « socialistes » capitulent. Au-delà de ce cas particulier, ceci donne à réfléchir sur la persistance et le sens d’une spécificité française que nos élites bruxellisées essaient de comprendre.[/access]

*Photo : K_rho.