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Syrie : Réponse à Jacques de Guillebon

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Le pape François, Bachar Al-Assad, Vladimir Poutine et Jacques de Guillebon sont les seuls au monde à s’opposer par principe à l’usage de la force contre le crime commis en Syrie.

Mieux encore : Jacques de Guillebon est le seul que je connaisse à louer le silence du pape (et celui de Dieu, sans doute par la même occasion) face à l’extermination des Juifs, en expliquant que ce silence a sauvé les Juifs.

Comme quoi il y a aussi un humour goy. 

 


 

 

Les Danois, peuple le plus heureux du monde

danemark suicide bonheur

La seconde édition du World Happiness Report vient de publier le classement des pays où les habitants sont les plus heureux au monde. Diligenté par l’ONU, ce rapport se devait d’observer six critères permettant d’établir où il faisait le mieux vivre, puis en déduire que là où le PIB par tête, l’espérance de vie, la générosité, l’absence de corruption, la possibilité de pouvoir compter sur quelqu’un et le sentiment d’être libre de ses choix étaient les plus significatifs, là était le peuple le plus heureux. Logique, non ? Un cheval bon marché est rare, ce qui est rare est cher, un cheval bon marché est cher, aurait dit l’autre en suivant le même raisonnement. Une fois n’est pas coutume, c’est à nouveau les pays scandinaves qui arrivent en tête de liste et parmi eux, primus inter pares, le Danemark. En automne 2009, les Danois avaient déjà été désignés comme les plus heureux du monde. Le pays d’Andersen était alors célébré comme l’incarnation d’un jardin d’Éden qu’on ne connaissait, jusqu’à maintenant, que dans les livres saints.

Bien avant l’émulation médiatique de 2009 autour d’un pays qui se remarque surtout par sa discrétion, les politiques voisines avaient déjà entrepris de s’approprier le modèle danois, considéré comme la pierre philosophale ; autrement dit la substance capable de réformer définitivement la morosité du système politique et son appréhension par la société. Car, interrogés sur la perception qu’ils ont de leur bien-être, de l’action de l’Etat, de l’environnement macroéconomique, les Danois répondent en grande majorité qu’ils n’ont pas à se plaindre et mieux, qu’ils en sont heureux. C’est ainsi que bien des pays – et en particulier la France – ont essayé de prendre exemple sur leur voisin du Nord. Que l’on se rappelle la Flexi-sécurité,  la TVA sociale, le droit à l’immigration restreint,  la réforme du code du travail, etc. Et à chaque fois la réussite danoise a été avancée pour justifier les orientations choisies tandis que les gouvernants se prenaient à rêver d’une cohésion nationale, à l’instar de celle qui intervient au Danemark dès lors qu’une politique est engagée. Imaginez les Français heureux… le rêve de tout Président. La greffe n’a évidemment jamais pris.

Il y a, au Danemark, un rapport étrange entre le sentiment de bonheur du peuple et le consensualisme politique qui prédomine, bien loin des tumultes français. Le génie de la gouvernance danoise est peut-être là : proposer le bonheur à son peuple comme indissociable de la politique étatique. Si l’on ne souhaite pas que le bonheur soit affecté, il ne faut pas affecter la politique menée par les pouvoirs publics. En 1933, dans son roman Un réfugié dépasse les limites, l’écrivain dano-norvégien Aksel Sandemose résumait cette mentalité à une sorte de décalogue, la « Janteloven » en prenant comme toile de fond une petite ville du Jutland. Selon cette loi qui ne fait écho à aucune norme du droit positif, le Danois (et à plus forte raison le Scandinave) doit se considérer comme une entité parmi les autres qui ne vaut rien, en tout cas moins que le « nous », entendu ici comme le monopole de la violence légitime. Plus précisément, personne ne peut se prétendre plus singulier, plus sage, plus capable, plus intéressant, plus instruit que l’Etat. Bien entendu, la « Janteloven » précise que l’on ne peut rire de la puissance publique.

Aujourd’hui plus que jamais, ces règles constituent un véritable code de conduite pour les Danois qui envisagent toutes leurs actions à travers elles. En conformant les Danois à une humilité extrême, on leur interdit à la fois de critiquer la politique mise en place et de se plaindre de leur situation. Il ne reste alors plus qu’à alléguer qu’on est heureux ou à se suicider lorsque le malheur s’abat. Pour vivre heureux, il faut vivre caché dit l’adage français. Pour vivre heureux au Danemark, il faut fermer sa gueule.

*Photo : Scania Group.

Pierre Palmade, l’homo blessé

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Ça n’a l’air de rien mais elle est apocalyptique, cette déclaration de Pierre Palmade à Nikos sur Europe 1 à propos de sa tristesse d’être homosexuel : « Je ne l’aime pas, mon homosexualité. Je suis vraiment triste. Avant j’étais en colère, maintenant, je suis juste triste d’être homo, mais tant pis […]. Je me trouvais fait pour les femmes. Parce que j’étais fait pour faire rire, protéger, ouvrir des portes, tout ce qu’on voit dans les films et dans les Walt Disney. »

À une époque qui ne jure plus que par l’affirmation outrancière de soi et de ses singularités, qui fait en sorte que chaque tendance, chaque orientation, chaque manie, chaque caprice de l’être devienne un droit de l’homme et de la citoyenne, qui considère « l’adulte consentant » comme l’idéal indépassable de notre temps, obligeant d’ailleurs, et sous peine de représailles, à  ce que  chacun « consente » à ce qu’il est et ce qu’il doit vouloir selon sa nature, et ne comprenant nullement que l’on puisse se désapprouver, qui s’acharne, enfin, à démontrer que l’homosexuel n’est qu’un hétérosexuel comme les autres, oser émettre l’idée que les homos pourraient regretter de ne pas être hétéros (alors que l’inverse n’existe pas), sous-entendre qu’il pourrait y avoir un mal-être homosexuel qui serait dû non à des raisons sociales et « répressives » mais bien à des raisons intimes et existentielles, et ce faisant, réhabiliter l’intime contre le médiatique et l’existentiel contre l’idéologique, et rappeler que la conscience de soi peut parfois reprendre le pas sur le souci de soi, est un pavé jeté dans la mare que l’on n’aurait pas osé attendre de l’auteur immortel du « Scrabble ». C’est pourtant ce qu’il a fait et plus encore.

En osant avouer qu’il aurait préféré aimer les femmes plutôt que les hommes, l’humoriste réhabilite cette vérité si démodée que la psyché humaine est d’abord le lieu de la dissymétrie et de l’impair, qu’aucun décret égalitariste ou paritaire ne pourra jamais abolir, que c’est cet écart ontologique qui a toujours constitué la dignité humaine, et que tant qu’il y aura du négatif, de la fêlure, de la conscience de sa propre chute, il y aura des hommes.

 

 

Bourreaux d’enfance

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Je me souviens du jour où mon fils aîné est arrivé à la garderie, un pois de senteur à la main pour sa dulcinée. Déjà fortement suspectée d’avoir introduit dans les lieux une fleur porteuse de germes éventuels, j’ai aggravé mon cas en essayant de photographier cette scène enfantine. La directrice a bondi de son bureau : « Vous n’avez pas le droit de prendre les autres enfants en photo ! D’ailleurs, avez-vous signé les papiers pour le vôtre ? » C’est que le droit à l’image commence très tôt : dès la crèche, les parents sont invités à signer une décharge par laquelle ils renoncent à toute procédure au cas où un imprudent immortaliserait leur bambin[1. Chère Charlotte, grâce à cette affaire de photo, personne n’a vu que tu encourageais le formatage hétéro-centriste de ton fils, et que tu fermais les yeux sur ses pratiques sexistes – offrir une fleur à une fille, pouah ! EL]. Quelques jours après cet incident, alors que je me promenais avec mon petit de 15 mois sans poussette, une vipère à sac à dos et aisselles non épilées m’a menacée d’appeler la protection de la petite enfance : « Vous rendez-vous compte, Madame, de l’effort que vous demandez à votre enfant ? »[access capability= »lire_inedits »]  Et je vous fais grâce des  remarques scandalisées du gentil lecteur de Télérama qui vous surprend en train de fumer à proximité de votre rejeton et surtout, crime suprême, du sien  ̶  pour peu qu’il tousse, vous êtes fichu !

La liste des crimes de lèse-sécurité infantile est interminable.  Michel Schneider et Mathieu Laine[2. La grande nurserie, Mathieu Laine, JC Lattès, 2005 ; Big Mother, Michel Schneider, Odile Jacob, 2002.] ont fort bien décrit cette « grande nurserie » née de l’application croissante du principe de précaution qui, en plus d’infantiliser et d’abrutir les individus, enlaidit peu à peu notre environnement quotidien. Il suffit d’observer la pénalisation croissante des comportements dits « à risques » pour le comprendre : nous avons bel et bien changé de monde.

Aucun film de Claude Sautet, de Fellini ou de Truffaut  ne pourrait être tourné aujourd’hui : on y fume, court sur les quais de gare, gifle les enfants qui, par ailleurs, montent à vélo sans casque. Il n’y a aucun accès handicapé nulle part, et tout ce monde élégant boit allègrement avant de monter en voiture. Dans ce monde-là, les enfants n’étaient pas en sucre. Ils ne portaient pas de vêtements adaptés ni ciblés pour eux. On devine que les coudes baillaient, que les pulls grattaient.  Et bien souvent, ils s’ennuyaient, et par là, traînaient  rêvassaient, imaginaient… Rappelez-vous les gamins d’Amarcord, livrés à eux-mêmes dans les rues d’une petite station balnéaire, ou Jean-Pierre Léaud et son camarade flânant dans les rues de Montmartre. Les enfants d’alors expérimentaient, se cognaient aux limites d’un monde aux contours plus  rigides, mais lointains.

Existe-t-il aujourd’hui un domaine de leur existence qui ne soit furieusement balisé au nom de la sécurité ? Du premier biberon anti-régurgitation au premier préservatif qui lui sera distribué à l’école, la vie de l’enfant n’est qu’un long parcours du non-combattant : préservé des microbes, des additifs, des conservateurs dans les petits pots  (bio évidemment), des sorties scolaires sans certificat d’assurance, du vélo ou du ski sans casque, de la baignade sans combi anti-UV, de la voiture sans siège bébé puis siège 3-8 ans. La sé-cu-ri-té des enfants est devenue l’argument massue, irréfutable, permettant de nous contraindre à toujours plus de normes, d’obligations et d’interdictions diverses, et de nous forcer à acquérir toutes sortes de gadgets la plupart du temps hideux. Qui n’a pas erré tristement – et en vain – au rayon enfant de Go Sport en quête d’un casque ou d’un gilet de sauvetage aux couleurs un peu moins criardes que les modèles « plébiscités par les jeunes consommateurs » ?

J’en entends qui se disent que seule une « mauvaise mère » pourrait ainsi déplorer que ses enfants soient à l’abri des dangers qui menaçaient les générations précédentes. Qu’ils se rassurent : je n’irai pas jusqu’à  regretter le temps où ni les ceintures de sécurité, ni les barrières autour des piscines n’étaient obligatoires. Mais ces interdits, parfois judicieux et souvent stupides, peuvent-ils se substituer à la vigilance (davantage déployée à l’égard de tous les fascistes en sommeil, étrangement) et au simple bon sens ? À ma connaissance, le nombre d’enfants morts noyés dans des piscines privées ne diminue pas plus, en dépit de la législation et des recommandations bombardées ad nauseam chaque été dans les médias, que celui des alpinistes du dimanche qui s’attaquent au mont Blanc en sandalettes.

Nul ne nie par ailleurs que cet équipement législatif et technique procède d’excellentes intentions… Comme l’enfer soviétique ou chinois en leur temps. Pour excessive que soit cette comparaison, elle n’est pas complètement absurde : à force de créer des conditions de vie artificielles, fictives, pour les futurs adultes, comment ceux-ci survivront-ils dans le monde réel ? En effet, quoique moribond, le réel bouge encore : jusqu’à nouvel ordre, la vie est un risque permanent – la maladie, le mal et la fatalité n’ont pas encore été éradiqués.

Il y a plus grave encore que cette surprotection : alors que les normes sécuritaires infantiles  poussent comme des champignons, nos chères têtes blondes n’ont jamais été aussi exposées à des dangers mortels pour leur cerveau. Consoles de jeu à partir de l’âge de 2 ans, chaînes de télévision enfantines d’une laideur et d’une vulgarité exponentielles, accès à Internet d’une simplicité déconcertante anéantissant par avance presque toute tentative de verrouillage, pornographie en accès libre (plus aucun kiosque à journaux, désormais, ne nous l’épargne), violence sur tous les écrans…. Quiconque a déjà emmené ses enfants au cinéma à une séance l’après-midi a forcément subi le déluge de violence et de laideur qui précède le film. La classification des films eux-mêmes par le CSA a de quoi laisser perplexe : les « déconseillés au moins de 10 ans »  et les « interdits aux moins de 12 ans » sont parfois à la limite du soutenable pour un adulte au cœur bien accroché. Dans l’épisode 5 de Twilight, qualifié « tous publics », on décapite et on démembre allègrement des corps. Quant aux scènes de sexe, elles sont bien souvent légion dans la version « moins de 10 ans ».

Jamais les petites filles, traitées par ailleurs comme des porcelaines chinoises, n’ont été à ce point chosifiées. De mon temps (pas si lointain) aucune fillette ne portait de deux-pièces sur la plage avant d’en avoir besoin, c’est-à-dire à la puberté – le haut du deux-pièces n’est-il pas destiné à dissimuler les seins ?  Aujourd’hui, des mômes de 3 ans arborent des bikinis. Le « Rapport sur l’hyper-sexualisation des petites filles », publié au printemps 2012 par Chantal Jouanno, est à cet égard tristement édifiant : concours de mini-miss, publicités suggestives et vente de soutiens-gorge rembourrés dès l’âge de 8 ans contribuent à ériger les petites humaines en « friandises sexuelles » – l’expression est de Boris Cyrulnik.

Dans ce joli monde, intraitable sur la santé, l’hygiène et la sécurité de l’enfant, des gamines de 11 ans envoient des « sextos »  (messages SMS explicitement sexuels), des petits garçons se suicident à la suite d’un chat sur la Toile, et l’association « e-Enfance » croule sous les appels de parents impuissants face à la dépendance de leurs rejetons à l’égard des jeux vidéo.

L’enfant occidental contemporain est couvé, barricadé, surprotégé de tout sauf de la laideur, dont il est bombardé, de la violence, et de la société de consommation qui le cible dès son plus jeune âge, très précisément à son entrée à la maternelle, à 3 ans en moyenne. « On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une  conspiration contre toute espèce de vie intérieure », écrivait Bernanos en 1944. Jamais cette formule n’a été aussi vraie. Le seul « progrès » notable que l’on puisse observer, c’est que désormais, elle s’applique merveilleusement aux enfants qui sont à la fois privés de toute possibilité de devenir adultes (c’est-à-dire libres) et projetés sans ménagements dans le monde des adultes.

On m’objectera que c’est à cause de ceci que nous avons cela. Que c’est bien parce que notre monde est de plus en plus dangereux que les enfants doivent être de plus en plus protégés. Rien n’est moins sûr. J’aurais même plutôt tendance à penser exactement l’inverse.  En effet, ce sont bien souvent les parents les plus sécuritaires, protecteurs et moralisateurs qui démissionnent sur l’essentiel. Il est bien plus facile de se cramponner à un casque  de vélo qu’à des principes, d’acheter des légumes bio que de lutter contre la marée des images sur tablette – avec l’alibi suprême qu’il doit « s’adapter au monde d’aujourd’hui » – et de laisser l’enfant devant une console que de s’infliger la pénible et interminable tâche de l’éduquer, tâche devenue d’autant plus ardue qu’il ne s’agit plus seulement de lui apprendre à  affronter le monde qui l’entoure que de lui donner les armes pour le décoder et le contourner. Et voilà comment votre fils est muet. Et voilà comment un enfant merveilleusement préservé des dangers quotidiens peut aussi devenir un parfait barbare, barbare d’une nouvelle espèce, protégée de surcroît. Plus tard, lorsqu’il sombrera dans la drogue ou la médiocrité, il sera temps de se désoler et d’écumer les cabinets des spécialistes du bonheur. Que disait Bossuet déjà ? Ah oui : « Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont ils continuent de chérir les causes. »[/access]

*Photo : If-lite teacher.

Le Pape et la Syrie : bêler contre le bellicisme ?

Le va-t-en-guerre n’oublie jamais de qualifier, comme dans un dictionnaire des idées reçues, le pacifisme de bêlant. Toujours bêlant, forcément bêlant. Remarquez que pour un pape ou un chrétien, bêler comme l’agneau qui va à l’abattoir, il n’y a là rien d’humiliant. Seulement, nul n’est fondé à laisser bêler l’autre, son prochain, ni à le laisser être abattu. André Sénik joue les gros bras devant le très-méchant Bachar Al-Assad et n’envisage d’autre solution à la guerre civile syrienne qu’une intervention internationale – c’est-à-dire occidentale. Selon lui, quelques petits missiles tirés de loin feront l’affaire, et si Bachar le monstre tombe, ce qui viendra après ne nous regarde pas – comme disaient les Inconnus. Nous aurons fait notre sain devoir d’occidentaux, jeter les puissants à bas de leur trône. Après, que les peuples se démerdent, on est en démocratie après tout.

Et ce ne sont pas les abrutis religieux qui vont se jeter dans nos pattes pour nous en empêcher. Le Pape, qui est si puissant que Staline lui-même n’arrivait pas à compter ses divisions, ferait mieux de mettre sa force de notre côté qui est, par définition, celui de la justice. Plutôt que de prêcher la paix et la prudence, tel le premier Martin Luther King venu. Disons-le tout net : ce pape-là fait la guerre à notre guerre à la guerre. C’est insupportable. Et plutôt que d’hésiter comme le noir Pie XII, il devrait bien plutôt s’inspirer de l’épiscopat  hollandais qui en 42 fit lire dans toutes les Eglises un texte en défense des Juifs. Moralité : le lendemain, tous lesdits Juifs étaient raflés. Un grand moment de politique comme on dirait qu’André Sénik les aime, où l’on fait fi de toute morale précisément au nom de la morale.

 

 

La chasse au Fillon est ouverte

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Je le répète, je le confirme pour ceux qui assimilent la liberté de l’esprit à l’inféodation partisane.

Le FN n’a jamais été et ne sera jamais ma tasse de démocratie pas plus qu’il n’incarne mon espoir de renouveau.

Mais j’ai le droit de formuler quelques interrogations qui ne sont pas de pure forme au regard de la récente polémique concernant des propos de François Fillon. Celui-ci a déclaré qu’entre le FN ou le PS, il choisirait « le moins sectaire » et que ce n’était pas toujours les candidats du second. Scandale (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro) !

Avant d’aborder le fond de la question, il me semble que le critère du sectarisme n’est pas le plus approprié. Il est d’une part difficile à définir et d’autre part, en face de cas pratiques, guère opératoire. En effet, le FN n’hésitera pas à voter pour l’UMP à tout coup ou au moins à s’abstenir si le PS risque de l’emporter. Le PS choisira souvent l’UMP contre le FN. Ce sont des attitudes probables et d’ailleurs constatées lors de beaucoup d’élections. Elles ne permettent pas forcément de dégager une ligne de conduite si on n’accepte pas de s’affronter franchement à tout un non-dit dont l’élucidation pourtant est fondamentale pour l’avenir.

Le FN est-il interdit dans notre espace public ? S’il ne l’est pas, pourquoi ne serait-il pas républicain ? La République – débat fondamental – n’impose-t-elle qu’une adhésion à la structure générale de l’Etat ou bien s’attache-t-elle à la nature même des programmes et de leur inspiration ? La forme ou le fond ?

Je crois me souvenir que François Fillon lui-même lui avait dénié ce caractère à une certaine époque et que le président de la République avait établi une distinction subtile entre sa légalité indiscutable et son absence de légitimité à cause de l’absurdité et de la brutalité de ses solutions.

Est-ce au PS, notamment par la bouche estimable de Bruno Le Roux et celle contestable d’Harlem Désir, de donner des leçons de morale à l’UMP et en particulier à François Fillon en reprenant le poncif de la digue qui s’effondre et de la brèche ouverte ? Les socialistes n’auraient-ils pas plutôt avantage à se soucier de leur territoire politique et de leurs préoccupations naturelles, l’un et les autres leur demandant une énergie et une intelligence à ne pas gaspiller dans des joutes dilatoires qui ne les regardent pas ? Faut-il rappeler qu’hier comme aujourd’hui, la délicatesse dans la pureté des alliances et de l’union n’a pas toujours été impeccable à gauche et que celle-ci ne s’est jamais embarrassée de scrupules excessifs quand il s’agissait de vaincre ?

Peut-on de bonne foi affirmer que le FN de Marine Le Pen a quoi que ce soit à voir avec celui de son père ? On est passé d’une obsession à une ambition, à une action. Cette évolution apparaît à certains beaucoup plus dangereuse que l’irresponsabilité d’avant, sans désir de pouvoir. Pourquoi pas ? Au moins, force est d’admettre que la tonalité a radicalement changé. Ce que la montée de l’électorat, la désinhibition dans l’affichage de cette appartenance et la curiosité médiatique malgré ses préventions et son peu d’objectivité ne cessent pas de valider.

Quand Alain Juppé crédité d’être un sage quoi qu’il profère affirme que « tout sépare l’UMP du FN », ne nous joue-t-il pas la comédie derrière la rosée humaniste ?

En effet, sur l’Europe, sur l’euro, sur la politique internationale, j’entends bien que les options frontistes sont aberrantes et parfois choquantes – il y a tout de même un syndrome pro-dictateurs qui ne laisse pas d’inquiéter ! – et que par conséquent la droite classique et équilibrée de Juppé n’a rien de commun avec ces billevesées.

Mais sur la sécurité, la justice, l’immigration, les choix de société ? Au sein de l’UMP, il y a la Droite forte de Didier et de Peltier, celle d’Eric Ciotti et de Mariani, hier de Vanneste, qui ne brillent pas par la mansuétude et qui pourraient se retrouver, dans ces domaines, aux côtés de Gilbert Collard sans frémir ni fuir. Il faut que l’UMP arrête de se la « jouer » avec ses pudeurs artificielles de chaisière en démentant par ses voeux pieux sa réalité.

Quand Nicolas Sarkozy, par pur cynisme, est allé ostensiblement, entre les deux tours de 2012, puiser à pleines mains, à pleine démagogie dans le vivier du FN, on n’a pas entendu Juppé s’émouvoir ni beaucoup d’autres tout prêts aujourd’hui à se battre pour l’éthique jusqu’au dernier Fillon. Comment un Jean-François Copé peut-il nous amuser à ce point en feignant l’incompréhension devant le propos de François Fillon quand lui-même ne tolère pas chez les autres ce qu’il ne cesse publiquement de se concéder à lui-même, et il n’a pas toujours tort !

L’UMP, au sujet du FN, doit-elle convaincre la classe médiatique ou lui complaire alors que celle-ci est déjà, et depuis toujours, vent debout contre toute alliance FN/UMP au nom d’un humanisme abstrait qu’elle n’a jamais questionné ? J’en veux pour preuve l’article de la remarquable journaliste Anne Rosencher, qui sur Nicolas Dupont- Aignan et Robert Ménard s’est laissée aller à la bienséance confortable de la dénonciation mécanique (Marianne).

Ou l’UMP a-t-elle seulement l’obligation capitale de transmettre aux citoyens l’authenticité d’un message sur l’état de notre société et en particulier dans le secteur pénal pour les dissuader d’emprunter d’autres voies ?

J’insiste sur le caractère sincère de la communication : s’il s’agit de tactique, de récupération, elle est vouée à l’échec. Il ne s’agit pas de singer le désir d’ordre, la volonté de rigueur, l’exigence de justice et le souci d’une restauration de l’intégrité collective mais d’y aspirer intensément pour être crédible. Sans l’exemplarité des politiques dans leur relation au peuple et leur cohérence entre ce qu’ils disent, ce qu’ils montrent et ce qu’ils font, l’UMP sera condamnée sans répit à se justifier auprès de juges partisans qui n’ont pourtant aucune légitimité pour soupçonner, contrôler et sanctionner.

Je ne sais pas si le refus du sectarisme proposé par François Fillon est pertinent. Il ne l’est probablement pas.

En revanche, je perçois mal l’ampleur et l’utilité de cette controverse comme si, soudain, on venait de découvrir que la politique erratique et idéologique du gouvernement dans certains domaines faisait monter inéluctablement le FN et qu’il convenait, le moment venu, d’offrir une issue honorable à un peuple égaré par la commodité vulgaire et au fond méprisante à son encontre du « il n’y a qu’à ». Parce que la gauche désespère ses attentes.

Ou on devine trop bien ce qu’il en est.

La chasse au Fillon est ouverte.

 

*Photo : François Fillon sur I-télé. 

NDA, Ménard et les médias

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dupont aignan menard marianne

« L’homme a-t-il franchi la ligne grise « dans sa tête » ? La traverse-t-il opportunément, pour créer le buzz et attirer l’attention de médias obnubilés par les grands partis (ce qu’il plaide en privé) ? Au fond : qu’importe. Dans la première hypothèse, Nicolas Dupont Aignan ne fait plus partie du fameux « arc » républicain ; dans la seconde, il est un autre – un tout petit – « voyou de la République » qui joue avec le feu de pompiers pyromanes à des fins électoralistes et médiatiques… Dans les deux cas, elle est tombée bien bas, sa République « debout ». »

 Voilà comment Anne Rosencher, directrice-adjointe de la rédaction de Marianne, conclut son papier consacré au soutien de Nicolas Dupont-Aignan à Robert Ménard dans l’élection municipale de Béziers.

Rosencher est profondément déçue, alors elle tape fort. Elle ne reconnaît plus son gentil Dupont-Aignan. C’était tellement rassurant de le considérer comme gentil et même un peu gnan-gnan  (selon un mauvais jeu de mot sur son patronyme). Là où d’autres évoqueraient un dérapage, en jurés sourcilleux des patinoires, la journaliste de Marianne préfère parler de franchissement de ligne ou de sortie de route. La ligne n’est pas rouge, Obama ayant déjà récupéré l’expression. Rosencher préfère faire peur, en colorant la ligne d’un gris inquiétant. Le crime, donc, c’est de soutenir Robert Ménard, alors que celui-ci bénéficie déjà de l’appui du Front National. Robert Ménard, écrivions-nous dans ces colonnes il y a deux ans, est devenu un intouchable, au sens indien du terme. C’est Laurent Joffrin qui, à l’époque, avait dégainé la fatwa. Et de nos jours, Marianne respecte les fatwas du Nouvel Obs. Il y a quelques mois, le journal a même viré l’un de ses fondateurs, dans le collimateur depuis un moment. C’est dire si on prend le sujet au sérieux, rue René-Boulanger. Au moins autant que chez Canal+, où NDA avait provoqué un tollé en demandant aux animateurs du Grand Journal d’assumer publiquement leurs revenus, ce qui lui avait valu un procès en lepénisme de Michel Denisot et Jean-Michel Apathie.

Mais revenons à nos moutons. Si on comprend bien Anne Rosencher, Ménard a touché le FN et a rendu visite à quelques identitaires, puis Dupont-Aignan a touché Ménard. Donc Dupont-Aignan est contaminé. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi on s’arrêterait en si bon chemin. Qu’adviendra-t-il de celui (ou celle) qui pourrait toucher Dupont-Aignan, et de celui qui touche celui qui a touché Dupont-Aignan ? Faites attention, Anne Rosencher, à ce train-là, vous pourriez bien être contaminée à votre tour, et encore plus rapidement que vous ne le croyez ! Dans un passé pas si lointain, j’ai eu l’occasion de croiser Jean-François Kahn à des réunions organisées par Dupont-Aignan. Il n’était pas le dernier à l’encourager à s’affranchir du prêt-à-penser médiatico-politique. Certes, JFK n’a jamais apprécié Ménard. Mais lui au moins est cohérent, puisqu’il le détestait déjà quand ce dernier dirigeait RSF. D’ailleurs, moi non plus, je ne suis pas d’accord sur grand-chose avec le candidat à la mairie de Béziers. Et j’ai été fort étonné d’apprendre que Ménard avait voté NDA à la dernière présidentielle. Car, ce qu’oublie opportunément Madame Rosencher dans son article, c’est que Dupont-Aignan soutient simplement l’un de ses électeurs à une élection municipale. C’est très original, n’est-ce pas ?

Alors, certes, Dupont-Aignan devrait cesser les parallèles historiques hasardeux en comparant Ménard à Jeanne d’Arc (ou alors, c’est de l’humour, et c’est franchement réussi.). Mais on ne voit pas vraiment quelle ligne, de quelle couleur qu’elle soit, aurait été franchie à cette occasion, dans sa tête ou ailleurs. Anne Rosencher qui sait user d’images et de métaphores à base de routes et de lignes, ne supporte pas, en revanche que d’autres s’essaient à d’autres figures de style. Ainsi reproche-t-elle à Dupont-Aignan d’évoquer en ces termes le soutien du FN à Ménard : « quand la maison brûle, on ne regarde pas la couleur du pompier ». Aphorisme suspect, déjà connu des philosophes de comptoir, tranche-t-elle ! Et Rosencher d’ajouter, pour faire bon poids, qu’il faut regarder la couleur du casque du pompier. Il est de quelle couleur, mon casque, Anne Rosencher, moi qui ai été blogueur associé de Marianne pendant quatre ans ? Vous accepteriez, Anne Rosencher, que si hélas votre maison brûlait, je porte quelques seaux d’eau ? Ou me jetteriez-vous comme un malpropre ? Et puisque vous êtes maintenant assurée de mes meilleures intentions à votre égard, je vais me laisser aller à une confidence. Au début, je me demandais si Dupont-Aignan avait bien fait d’apporter publiquement ce soutien à Robert l’Intouchable. Grâce à votre réaction indignée, je sais maintenant qu’il a eu raison.

 

*Photo : dupontaignan.

Pourquoi les parlementaires britanniques ont changé de main ? (Brève interdite aux moins de 18 ans)

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Quelles sont les véritables raisons du camouflet asséné par les parlementaires britanniques à David Cameron quand ils votèrent, last week, contre l’intervention en Syrie ? On a attribué, un peu rapidement à notre avis, ce refus de la guerre au pénible souvenir de Tony Blair qui avait honteusement menti aux Britanniques et à leurs représentants en leur servant le bobard du siècle sur les armes de destruction massive en Irak, ce qui coûta, l’air de rien, la mort de près de 180 tommies.

Non, ne croyez pas ces sornettes , j’ai bien réfléchi, il faut chercher ailleurs. Notamment du côté de l’érotomanie débridée qui s’est emparée du parlement du Royaume-Uni.  En effet, entre mai 2012 et juillet 2013, près de 300 000  connexions à des sites répertoriés comme pornographiques ont été enregistrées. Suite à une demande de l’édition britannique du Huffington Post,  ces chiffres ont été communiqués par le Parlement lui-même qui s’est cependant refusé à commenter comme il n’a pas commenté les 52 000 connexions sur des sites de rencontres extra-conjugales pour les sept premiers mois de 2013.

Somme toute, c’est très rassurant. D’abord, parce qu’un cliché tombe. Le fameux « Please, no sex, we’re british » ne semble plus de saison et il ne faudra plus railler la libido présumée inexistante de la frigide Albion. Mais surtout, en se livrant à l’onanisme, au chat érotique et autres gâteries internétiques en Chambre, les parlementaires britanniques, y compris les Conservateurs qui ont manqué à Cameron, ont réactualisé un slogan trop oublié aujourd’hui : « Faites l’amour, pas la guerre. » Effectivement, ça coûte tout de même moins cher et, contrairement à un bombardement, comme aurait dit Louis Scutenaire, aimable surréaliste belge et anar : « Une femme nue n’a jamais fait de mal à personne. »

François Burgat : Al-Sissi est pire que Morsi

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Daoud Boughezala. Vous avez souvent déclaré, ces dernières années, qu’une fois arrivés au pouvoir, les Frères musulmans auraient du mal à faire pire que les dictatures nationalistes arabes. À en juger par le fiasco de la présidence Morsi, vous vous trompiez…

François Burgat[1. Politologue, spécialiste des mouvements islamistes contemporains, François Burgat poursuit ses réflexions au sein de l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-en-Provence. On lui doit notamment l’essai L’Islamisme en face (La Découverte, 1995).]. Pas du tout ! Si Mohamed Morsi a échoué, c’est en grande partie parce que, dans cette période exceptionnellement exigeante, il n’a jamais disposé des leviers de commande. L’appareil judiciaire, resté aux mains de l’ancien régime, a tué dans l’œuf toute ses tentatives de refonder l’État. Morsi n’a jamais réussi à prendre d’ascendant sur l’armée, ni sur le puissant ministère de l’Intérieur qui ont constamment saboté sa gestion, en cessant notamment d’assurer les missions de police urbaine. L’essentiel de l’appareil économique lui échappait et des pénuries d’essence ont carrément été organisées par les distributeurs de carburant ! En outre, la presse égyptienne, largement restée fidèle à l’ancien régime, n’a pas contribué à donner une juste vision des choses. Au lendemain de la déposition de Morsi, des journalistes égyptiens ont même agressé verbalement et physiquement leurs confrères d’Al-Jazira, coupables d’avoir dit la vérité sur la répression…

Soit, Morsi avait l’armée contre lui. Mais cela ne l’empêchait pas d’ouvrir sa courte majorité électorale aux autres forces politiques et religieuses. Même Tariq Ramadan a critiqué son exercice solitaire du pouvoir[1. « Les Frères musulmans sont dans une impasse», entretien avec Tariq Ramadan, Le Parisien, 19 août 2013.] !   Il semblerait que les Frères musulmans confondent démocratie et tyrannie de la majorité…

On lance un peu vite cette accusation contre les Frères musulmans égyptiens − mais aussi contre les Tunisiens d’Ennahda – de chercher à constituer une « dictature de la majorité ». Malgré des erreurs de gestion et de communication, voire une certaine frilosité dans ses relations avec d’éventuels alliés laïques (pour autant que ceux-ci aient réellement existé, ce qui reste à démontrer),  je persiste à penser que Morsi a fait moins mal, sur le terrain des libertés, que ses prédécesseurs et ses successeurs militaires. N’oubliez pas qu’en plus d’être l’auteur du plus grand massacre de l’histoire contemporaine de l’Égypte, le général Al-Sissi a foulé au pied la liberté d’expression. Du jour au lendemain, il a fermé les moyens d’information privés dont disposaient les Frères et emprisonné leurs dirigeants, lorsqu’il ne les a pas tout simplement assassinés !

La plupart des Égyptiens ne sont pas de votre avis. Sur les millions de manifestants anti-Morsi qui ont finalement obtenu son éviction, on dénombrait de nombreux sympathisants islamistes. Même les salafistes ont fini par lâcher le président qu’ils avaient contribué à faire élire !

Permettez-moi de vous rappeler une évidence : ce sont les élections, pas des manifestations dont l’ampleur se prête à toutes les exagérations médiatiques, qui donnent la mesure de l’humeur et des aspirations des électeurs.  On ne peut pas reprocher tout et son contraire à Morsi. À vous entendre, ce dernier serait à la fois trop islamiste pour plaire à ses opposants « libéraux » et pas assez pour garder la confiance des salafistes ! En réalité, ces derniers l’ont rallié très fugitivement, à l’occasion de sa candidature à la présidentielle… avant de lui retirer leur soutien. Ils ont ensuite mené une véritable guerre de harcèlement contre le président élu, jusqu’à cautionner sa déposition par les militaires.

Pourtant, il existe une réelle proximité idéologique entre l’aile la plus radicale des Frères musulmans, influencée par les écrits de Sayyid Qotb[2. Sayyid Qotb (1906-1966) est l’un des pères de l’islamisme contemporain. Poète et intellectuel, cet intellectuel frère musulman fut pendu sur ordre de Nasser.], et la mouvance salafiste notamment représentée par Al-Nour…

Détrompez-vous : la  réticence à l’égard des Frères est quasi constitutive de l’identité religieuse des salafistes.[access capability= »lire_inedits »] Contrairement à ces derniers, les membres de la Confrérie contextualisent la norme religieuse, ce qui ouvre la voie à un certain réformisme musulman. De plus, jusqu’à une date récente, la totalité des salafistes récusaient le principe même de l’engagement politique qui est la marque de fabrique des Frères. Leur « apolitisme » a d’ailleurs toujours fait d’eux une cible propice aux manipulations des autorités. Le soutien de Al-Nour au coup d’État du général Al-Sissi montre que sa rivalité avec les Frères a vite repris le pas, après leur « moment »  oppositionnel à l’ancien régime.

En attendant, les rivaux d’hier sont à nouveau ligués contre le gouvernement intérimaire : les partisans d’Al-Nour défilent aujourd’hui aux côtés de ceux de Morsi…

 La base du parti Al-Nour a attendu le lendemain du massacre de l’académie militaire[1] pour rejeter la « feuille de route » derrière laquelle les militaires prétendaient masquer la restauration arbitraire de leur pouvoir. Cependant, il n’est pas exclu, malgré ce retard à l’allumage, que l’on voie les rangs islamistes se resserrer, sinon s’unifier – on peut alors compter sur le régime pour renforcer discrètement  les salafistes, toujours convaincus que les Frères sont l’ennemi principal. Et la recomposition de la scène islamiste égyptienne ne s’arrêtera sans doute pas là. Pour la mouvance djihadiste, opposée depuis toujours aux « concessions » et à la stratégie légaliste des Frères, le coup d’État est une bénédiction, la preuve tangible de ce que jamais on ne laissera des musulmans accéder au pouvoir par la voie légale. On imagine aisément la suite : la répression menée par les militaires et sa cohorte d’exactions susciteront un nombre croissant de vocations au martyre. Ainsi, on aura offert à la mouvance djihadiste une place de choix dans le jeu politique.

Il est possible que les candidats au djihad se multiplient. Toujours est-il que Morsi a été conspué par la rue et que certains Frères, réfugiés dans les mosquées, manquent parfois d’être  lynchés par la foule. Les gouvernements islamistes turc et tunisien affrontent de larges mouvements de contestation. Et si les peuples arabo-musulmans étaient en train de sonner le glas de l’islamisme ?

Vous allez bien vite en besogne ! L’Histoire est un long processus : la sanglante contre-révolution menée par l’armée égyptienne ne clôt aucunement l’histoire contemporaine des Frères musulmans. Ne confondez jamais la « foule » et les milices du régime ! Depuis plus de trente ans, on nous annonce triomphalement l’échec de l’islam politique et la caravane islamiste continue imperturbablement son chemin. Nous ne voyons pas que l’Histoire fonctionne par cycles : l’arrivée au pouvoir, ici et là, de partis islamistes, amorce indéniablement le processus de leur usure et la fin du moment « islamiste » de l’histoire régionale arabe. Et puis, cela recommence, à chaque fois sous un autre visage…

Vous réfutez l’érosion de l’islamisme tout en annonçant son déclin inexorable. Il faudrait choisir, vous aussi !

Non, car tout est une question de rythme. La lente mutation qui amènera le reflux de l’islam politique s’esquisse à peine : ni l’Égypte, ni la Tunisie, ni la Turquie n’ont entamé cette phase de déclin. Le « parler musulman » a encore de beaux jours devant lui. [/access]

Syrie : Villepin et Guigou amusent la galerie

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Vendredi dernier chez Taddeï, Dominique de Villepin assurait le service après-vente de sa tonitruante tribune au Figaro du 29 août. Une de plus. Non sans renouer avec un certain panache, dix ans après son fameux discours devant le conseil de sécurité des Nations-Unies.

Heureuse coïncidence, l’ancien Premier ministre n’avait face à lui, sur le plateau de France 2, que des faire-valoir. Elisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée (lot de consolation qu’elle a obtenu après son ascension manquée du perchoir), a tenté péniblement de citer Raymond Aron avant de s’indigner pour qu’on mette en place des corridors humanitaires. Mais surtout pas de zone d’exclusion aérienne ni de troupes au sol… normal, l’ancienne garde des Sceaux de Lionel Jospin est aussi à l’aise sur les questions de défense que Bernard Kouchner !

Attaquée sur le discours justicier de François Hollande et Barack Obama, celle qui fut considérée, il y a trente ans, comme la plus belle femme du PS s’est néanmoins démarquée du Président dont elle est la porte-parole à l‘Assemblée : « je n’aime pas le terme punir, il a une connotation morale, je préfère le mot sanction ». Avant d’ajouter : « Je n’attends pas grand-chose du rapport des Nations-Unies ! » Quelques heures après la tentative désespérée de François Hollande de donner à son intervention un habillage légal et respectueux de l’ONU, l‘Elysée devrait apprécier.

La discussion avançant, Elisabeth Guigou tombe le masque fardé de l’indignation et dévoile l’arrière-plan stratégique de la diplomatie française : forcer l’Iran qui, reconnaît-elle, donne actuellement des gages de modération, à s’asseoir à la table des négociations (mais en excluant le dossier nucléaire…), et avertir la Corée du Nord car « le nucléaire c‘est le même problème » . Décidément Mme Guigou est fâchée avec les questions militaires. Une frappe aérienne en Syrie ne fait que renforcer en effet la volonté des ces deux « États-voyous » de posséder la bombe. Car ce talisman stratégique, contrairement à un scud bourré de gaz sarin, sanctuarisera leur territoire contre toute attaque. Difficile dans ces conditions de séparer le dossier syrien du nucléaire iranien… Encore un bel exemple d’ « ‘irealpolitik » pointée en son temps par Hubert Védrine!

Dès lors Dominique de Villepin avait le champ libre pour écraser de son expérience et de son verbe l’auditoire. Supérieur, il met en garde Frédéric Encel : « Vous ne pouvez pas baser votre politique étrangère sur la puissance, au moment même où celle-ci change de main ». Il donne ensuite une leçon de droit international à Mme Guigou: « Il ne faut pas séparer la légitimité de la légalité ». Et d’appeler à un sursaut diplomatique, arguant que de ce point de vue, rien n’a été tenté ou presque. Avant de bombarder Belgrade, on s’était bien donné la peine de réunir les belligérants à Rambouillet. On avait cru ainsi montrer que l’intervention armée était l’ultime recours. Mais « le raccourci militaire c‘est enfantin (…), la diplomatie mondiale elle est molle! »

Sous le charme, Frédéric Taddeï laisse alors l’ex-secrétaire général de Jacques Chirac conclure. Le problème c’est que cet opposant magnifique qu’est monsieur de Villepin est moins brillant lorsqu’il s’agit de trouver des solutions concrètes:

« Il faut renverser la table! » La partition pure et simple, à l’image de la Syrie mandataire! La zone kurde est d’ores et déjà autonome, un pays alaouite existe de facto, les minorités chrétiennes seraient protégées par une force onusienne… Les puissances occidentales placeraient ainsi un verrou contre les djihadistes (comme la FINUL face au Hezbollah ?). Les Russes pourraient s’en satisfaire, les puissances sunnites remettraient la main sur la capitale des Omeyyades…

Dommage que Dominique de Villepin soit diplomate car ses plans ne tiennent debout que le temps d’un discours. Ses positions sur les conflits ivoirien et malien avaient déjà discrédité ses envolées pacifistes (à croire que l’éphémère directeur-adjoint aux Affaires africaines et malgaches du Quai d’Orsay n’a jamais rien compris au continent noir). Avocat théâtral et obscur, Dominique de Villepin pourrait suivre le triste destin de Roland Dumas.
Il aurait été plus à l’aise dans un hémicycle, mais pour ça il faut faire campagne… et c’est sans doute trop mesquin pour lui.

Syrie : Réponse à Jacques de Guillebon

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Le pape François, Bachar Al-Assad, Vladimir Poutine et Jacques de Guillebon sont les seuls au monde à s’opposer par principe à l’usage de la force contre le crime commis en Syrie.

Mieux encore : Jacques de Guillebon est le seul que je connaisse à louer le silence du pape (et celui de Dieu, sans doute par la même occasion) face à l’extermination des Juifs, en expliquant que ce silence a sauvé les Juifs.

Comme quoi il y a aussi un humour goy. 

 


 

 

Les Danois, peuple le plus heureux du monde

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danemark suicide bonheur

danemark suicide bonheur

La seconde édition du World Happiness Report vient de publier le classement des pays où les habitants sont les plus heureux au monde. Diligenté par l’ONU, ce rapport se devait d’observer six critères permettant d’établir où il faisait le mieux vivre, puis en déduire que là où le PIB par tête, l’espérance de vie, la générosité, l’absence de corruption, la possibilité de pouvoir compter sur quelqu’un et le sentiment d’être libre de ses choix étaient les plus significatifs, là était le peuple le plus heureux. Logique, non ? Un cheval bon marché est rare, ce qui est rare est cher, un cheval bon marché est cher, aurait dit l’autre en suivant le même raisonnement. Une fois n’est pas coutume, c’est à nouveau les pays scandinaves qui arrivent en tête de liste et parmi eux, primus inter pares, le Danemark. En automne 2009, les Danois avaient déjà été désignés comme les plus heureux du monde. Le pays d’Andersen était alors célébré comme l’incarnation d’un jardin d’Éden qu’on ne connaissait, jusqu’à maintenant, que dans les livres saints.

Bien avant l’émulation médiatique de 2009 autour d’un pays qui se remarque surtout par sa discrétion, les politiques voisines avaient déjà entrepris de s’approprier le modèle danois, considéré comme la pierre philosophale ; autrement dit la substance capable de réformer définitivement la morosité du système politique et son appréhension par la société. Car, interrogés sur la perception qu’ils ont de leur bien-être, de l’action de l’Etat, de l’environnement macroéconomique, les Danois répondent en grande majorité qu’ils n’ont pas à se plaindre et mieux, qu’ils en sont heureux. C’est ainsi que bien des pays – et en particulier la France – ont essayé de prendre exemple sur leur voisin du Nord. Que l’on se rappelle la Flexi-sécurité,  la TVA sociale, le droit à l’immigration restreint,  la réforme du code du travail, etc. Et à chaque fois la réussite danoise a été avancée pour justifier les orientations choisies tandis que les gouvernants se prenaient à rêver d’une cohésion nationale, à l’instar de celle qui intervient au Danemark dès lors qu’une politique est engagée. Imaginez les Français heureux… le rêve de tout Président. La greffe n’a évidemment jamais pris.

Il y a, au Danemark, un rapport étrange entre le sentiment de bonheur du peuple et le consensualisme politique qui prédomine, bien loin des tumultes français. Le génie de la gouvernance danoise est peut-être là : proposer le bonheur à son peuple comme indissociable de la politique étatique. Si l’on ne souhaite pas que le bonheur soit affecté, il ne faut pas affecter la politique menée par les pouvoirs publics. En 1933, dans son roman Un réfugié dépasse les limites, l’écrivain dano-norvégien Aksel Sandemose résumait cette mentalité à une sorte de décalogue, la « Janteloven » en prenant comme toile de fond une petite ville du Jutland. Selon cette loi qui ne fait écho à aucune norme du droit positif, le Danois (et à plus forte raison le Scandinave) doit se considérer comme une entité parmi les autres qui ne vaut rien, en tout cas moins que le « nous », entendu ici comme le monopole de la violence légitime. Plus précisément, personne ne peut se prétendre plus singulier, plus sage, plus capable, plus intéressant, plus instruit que l’Etat. Bien entendu, la « Janteloven » précise que l’on ne peut rire de la puissance publique.

Aujourd’hui plus que jamais, ces règles constituent un véritable code de conduite pour les Danois qui envisagent toutes leurs actions à travers elles. En conformant les Danois à une humilité extrême, on leur interdit à la fois de critiquer la politique mise en place et de se plaindre de leur situation. Il ne reste alors plus qu’à alléguer qu’on est heureux ou à se suicider lorsque le malheur s’abat. Pour vivre heureux, il faut vivre caché dit l’adage français. Pour vivre heureux au Danemark, il faut fermer sa gueule.

*Photo : Scania Group.

Pierre Palmade, l’homo blessé

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Ça n’a l’air de rien mais elle est apocalyptique, cette déclaration de Pierre Palmade à Nikos sur Europe 1 à propos de sa tristesse d’être homosexuel : « Je ne l’aime pas, mon homosexualité. Je suis vraiment triste. Avant j’étais en colère, maintenant, je suis juste triste d’être homo, mais tant pis […]. Je me trouvais fait pour les femmes. Parce que j’étais fait pour faire rire, protéger, ouvrir des portes, tout ce qu’on voit dans les films et dans les Walt Disney. »

À une époque qui ne jure plus que par l’affirmation outrancière de soi et de ses singularités, qui fait en sorte que chaque tendance, chaque orientation, chaque manie, chaque caprice de l’être devienne un droit de l’homme et de la citoyenne, qui considère « l’adulte consentant » comme l’idéal indépassable de notre temps, obligeant d’ailleurs, et sous peine de représailles, à  ce que  chacun « consente » à ce qu’il est et ce qu’il doit vouloir selon sa nature, et ne comprenant nullement que l’on puisse se désapprouver, qui s’acharne, enfin, à démontrer que l’homosexuel n’est qu’un hétérosexuel comme les autres, oser émettre l’idée que les homos pourraient regretter de ne pas être hétéros (alors que l’inverse n’existe pas), sous-entendre qu’il pourrait y avoir un mal-être homosexuel qui serait dû non à des raisons sociales et « répressives » mais bien à des raisons intimes et existentielles, et ce faisant, réhabiliter l’intime contre le médiatique et l’existentiel contre l’idéologique, et rappeler que la conscience de soi peut parfois reprendre le pas sur le souci de soi, est un pavé jeté dans la mare que l’on n’aurait pas osé attendre de l’auteur immortel du « Scrabble ». C’est pourtant ce qu’il a fait et plus encore.

En osant avouer qu’il aurait préféré aimer les femmes plutôt que les hommes, l’humoriste réhabilite cette vérité si démodée que la psyché humaine est d’abord le lieu de la dissymétrie et de l’impair, qu’aucun décret égalitariste ou paritaire ne pourra jamais abolir, que c’est cet écart ontologique qui a toujours constitué la dignité humaine, et que tant qu’il y aura du négatif, de la fêlure, de la conscience de sa propre chute, il y aura des hommes.

 

 

Bourreaux d’enfance

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enfants hygienisme protection

enfants hygienisme protection

Je me souviens du jour où mon fils aîné est arrivé à la garderie, un pois de senteur à la main pour sa dulcinée. Déjà fortement suspectée d’avoir introduit dans les lieux une fleur porteuse de germes éventuels, j’ai aggravé mon cas en essayant de photographier cette scène enfantine. La directrice a bondi de son bureau : « Vous n’avez pas le droit de prendre les autres enfants en photo ! D’ailleurs, avez-vous signé les papiers pour le vôtre ? » C’est que le droit à l’image commence très tôt : dès la crèche, les parents sont invités à signer une décharge par laquelle ils renoncent à toute procédure au cas où un imprudent immortaliserait leur bambin[1. Chère Charlotte, grâce à cette affaire de photo, personne n’a vu que tu encourageais le formatage hétéro-centriste de ton fils, et que tu fermais les yeux sur ses pratiques sexistes – offrir une fleur à une fille, pouah ! EL]. Quelques jours après cet incident, alors que je me promenais avec mon petit de 15 mois sans poussette, une vipère à sac à dos et aisselles non épilées m’a menacée d’appeler la protection de la petite enfance : « Vous rendez-vous compte, Madame, de l’effort que vous demandez à votre enfant ? »[access capability= »lire_inedits »]  Et je vous fais grâce des  remarques scandalisées du gentil lecteur de Télérama qui vous surprend en train de fumer à proximité de votre rejeton et surtout, crime suprême, du sien  ̶  pour peu qu’il tousse, vous êtes fichu !

La liste des crimes de lèse-sécurité infantile est interminable.  Michel Schneider et Mathieu Laine[2. La grande nurserie, Mathieu Laine, JC Lattès, 2005 ; Big Mother, Michel Schneider, Odile Jacob, 2002.] ont fort bien décrit cette « grande nurserie » née de l’application croissante du principe de précaution qui, en plus d’infantiliser et d’abrutir les individus, enlaidit peu à peu notre environnement quotidien. Il suffit d’observer la pénalisation croissante des comportements dits « à risques » pour le comprendre : nous avons bel et bien changé de monde.

Aucun film de Claude Sautet, de Fellini ou de Truffaut  ne pourrait être tourné aujourd’hui : on y fume, court sur les quais de gare, gifle les enfants qui, par ailleurs, montent à vélo sans casque. Il n’y a aucun accès handicapé nulle part, et tout ce monde élégant boit allègrement avant de monter en voiture. Dans ce monde-là, les enfants n’étaient pas en sucre. Ils ne portaient pas de vêtements adaptés ni ciblés pour eux. On devine que les coudes baillaient, que les pulls grattaient.  Et bien souvent, ils s’ennuyaient, et par là, traînaient  rêvassaient, imaginaient… Rappelez-vous les gamins d’Amarcord, livrés à eux-mêmes dans les rues d’une petite station balnéaire, ou Jean-Pierre Léaud et son camarade flânant dans les rues de Montmartre. Les enfants d’alors expérimentaient, se cognaient aux limites d’un monde aux contours plus  rigides, mais lointains.

Existe-t-il aujourd’hui un domaine de leur existence qui ne soit furieusement balisé au nom de la sécurité ? Du premier biberon anti-régurgitation au premier préservatif qui lui sera distribué à l’école, la vie de l’enfant n’est qu’un long parcours du non-combattant : préservé des microbes, des additifs, des conservateurs dans les petits pots  (bio évidemment), des sorties scolaires sans certificat d’assurance, du vélo ou du ski sans casque, de la baignade sans combi anti-UV, de la voiture sans siège bébé puis siège 3-8 ans. La sé-cu-ri-té des enfants est devenue l’argument massue, irréfutable, permettant de nous contraindre à toujours plus de normes, d’obligations et d’interdictions diverses, et de nous forcer à acquérir toutes sortes de gadgets la plupart du temps hideux. Qui n’a pas erré tristement – et en vain – au rayon enfant de Go Sport en quête d’un casque ou d’un gilet de sauvetage aux couleurs un peu moins criardes que les modèles « plébiscités par les jeunes consommateurs » ?

J’en entends qui se disent que seule une « mauvaise mère » pourrait ainsi déplorer que ses enfants soient à l’abri des dangers qui menaçaient les générations précédentes. Qu’ils se rassurent : je n’irai pas jusqu’à  regretter le temps où ni les ceintures de sécurité, ni les barrières autour des piscines n’étaient obligatoires. Mais ces interdits, parfois judicieux et souvent stupides, peuvent-ils se substituer à la vigilance (davantage déployée à l’égard de tous les fascistes en sommeil, étrangement) et au simple bon sens ? À ma connaissance, le nombre d’enfants morts noyés dans des piscines privées ne diminue pas plus, en dépit de la législation et des recommandations bombardées ad nauseam chaque été dans les médias, que celui des alpinistes du dimanche qui s’attaquent au mont Blanc en sandalettes.

Nul ne nie par ailleurs que cet équipement législatif et technique procède d’excellentes intentions… Comme l’enfer soviétique ou chinois en leur temps. Pour excessive que soit cette comparaison, elle n’est pas complètement absurde : à force de créer des conditions de vie artificielles, fictives, pour les futurs adultes, comment ceux-ci survivront-ils dans le monde réel ? En effet, quoique moribond, le réel bouge encore : jusqu’à nouvel ordre, la vie est un risque permanent – la maladie, le mal et la fatalité n’ont pas encore été éradiqués.

Il y a plus grave encore que cette surprotection : alors que les normes sécuritaires infantiles  poussent comme des champignons, nos chères têtes blondes n’ont jamais été aussi exposées à des dangers mortels pour leur cerveau. Consoles de jeu à partir de l’âge de 2 ans, chaînes de télévision enfantines d’une laideur et d’une vulgarité exponentielles, accès à Internet d’une simplicité déconcertante anéantissant par avance presque toute tentative de verrouillage, pornographie en accès libre (plus aucun kiosque à journaux, désormais, ne nous l’épargne), violence sur tous les écrans…. Quiconque a déjà emmené ses enfants au cinéma à une séance l’après-midi a forcément subi le déluge de violence et de laideur qui précède le film. La classification des films eux-mêmes par le CSA a de quoi laisser perplexe : les « déconseillés au moins de 10 ans »  et les « interdits aux moins de 12 ans » sont parfois à la limite du soutenable pour un adulte au cœur bien accroché. Dans l’épisode 5 de Twilight, qualifié « tous publics », on décapite et on démembre allègrement des corps. Quant aux scènes de sexe, elles sont bien souvent légion dans la version « moins de 10 ans ».

Jamais les petites filles, traitées par ailleurs comme des porcelaines chinoises, n’ont été à ce point chosifiées. De mon temps (pas si lointain) aucune fillette ne portait de deux-pièces sur la plage avant d’en avoir besoin, c’est-à-dire à la puberté – le haut du deux-pièces n’est-il pas destiné à dissimuler les seins ?  Aujourd’hui, des mômes de 3 ans arborent des bikinis. Le « Rapport sur l’hyper-sexualisation des petites filles », publié au printemps 2012 par Chantal Jouanno, est à cet égard tristement édifiant : concours de mini-miss, publicités suggestives et vente de soutiens-gorge rembourrés dès l’âge de 8 ans contribuent à ériger les petites humaines en « friandises sexuelles » – l’expression est de Boris Cyrulnik.

Dans ce joli monde, intraitable sur la santé, l’hygiène et la sécurité de l’enfant, des gamines de 11 ans envoient des « sextos »  (messages SMS explicitement sexuels), des petits garçons se suicident à la suite d’un chat sur la Toile, et l’association « e-Enfance » croule sous les appels de parents impuissants face à la dépendance de leurs rejetons à l’égard des jeux vidéo.

L’enfant occidental contemporain est couvé, barricadé, surprotégé de tout sauf de la laideur, dont il est bombardé, de la violence, et de la société de consommation qui le cible dès son plus jeune âge, très précisément à son entrée à la maternelle, à 3 ans en moyenne. « On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une  conspiration contre toute espèce de vie intérieure », écrivait Bernanos en 1944. Jamais cette formule n’a été aussi vraie. Le seul « progrès » notable que l’on puisse observer, c’est que désormais, elle s’applique merveilleusement aux enfants qui sont à la fois privés de toute possibilité de devenir adultes (c’est-à-dire libres) et projetés sans ménagements dans le monde des adultes.

On m’objectera que c’est à cause de ceci que nous avons cela. Que c’est bien parce que notre monde est de plus en plus dangereux que les enfants doivent être de plus en plus protégés. Rien n’est moins sûr. J’aurais même plutôt tendance à penser exactement l’inverse.  En effet, ce sont bien souvent les parents les plus sécuritaires, protecteurs et moralisateurs qui démissionnent sur l’essentiel. Il est bien plus facile de se cramponner à un casque  de vélo qu’à des principes, d’acheter des légumes bio que de lutter contre la marée des images sur tablette – avec l’alibi suprême qu’il doit « s’adapter au monde d’aujourd’hui » – et de laisser l’enfant devant une console que de s’infliger la pénible et interminable tâche de l’éduquer, tâche devenue d’autant plus ardue qu’il ne s’agit plus seulement de lui apprendre à  affronter le monde qui l’entoure que de lui donner les armes pour le décoder et le contourner. Et voilà comment votre fils est muet. Et voilà comment un enfant merveilleusement préservé des dangers quotidiens peut aussi devenir un parfait barbare, barbare d’une nouvelle espèce, protégée de surcroît. Plus tard, lorsqu’il sombrera dans la drogue ou la médiocrité, il sera temps de se désoler et d’écumer les cabinets des spécialistes du bonheur. Que disait Bossuet déjà ? Ah oui : « Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont ils continuent de chérir les causes. »[/access]

*Photo : If-lite teacher.

Le Pape et la Syrie : bêler contre le bellicisme ?

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Le va-t-en-guerre n’oublie jamais de qualifier, comme dans un dictionnaire des idées reçues, le pacifisme de bêlant. Toujours bêlant, forcément bêlant. Remarquez que pour un pape ou un chrétien, bêler comme l’agneau qui va à l’abattoir, il n’y a là rien d’humiliant. Seulement, nul n’est fondé à laisser bêler l’autre, son prochain, ni à le laisser être abattu. André Sénik joue les gros bras devant le très-méchant Bachar Al-Assad et n’envisage d’autre solution à la guerre civile syrienne qu’une intervention internationale – c’est-à-dire occidentale. Selon lui, quelques petits missiles tirés de loin feront l’affaire, et si Bachar le monstre tombe, ce qui viendra après ne nous regarde pas – comme disaient les Inconnus. Nous aurons fait notre sain devoir d’occidentaux, jeter les puissants à bas de leur trône. Après, que les peuples se démerdent, on est en démocratie après tout.

Et ce ne sont pas les abrutis religieux qui vont se jeter dans nos pattes pour nous en empêcher. Le Pape, qui est si puissant que Staline lui-même n’arrivait pas à compter ses divisions, ferait mieux de mettre sa force de notre côté qui est, par définition, celui de la justice. Plutôt que de prêcher la paix et la prudence, tel le premier Martin Luther King venu. Disons-le tout net : ce pape-là fait la guerre à notre guerre à la guerre. C’est insupportable. Et plutôt que d’hésiter comme le noir Pie XII, il devrait bien plutôt s’inspirer de l’épiscopat  hollandais qui en 42 fit lire dans toutes les Eglises un texte en défense des Juifs. Moralité : le lendemain, tous lesdits Juifs étaient raflés. Un grand moment de politique comme on dirait qu’André Sénik les aime, où l’on fait fi de toute morale précisément au nom de la morale.

 

 

La chasse au Fillon est ouverte

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fillon ump fn

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Je le répète, je le confirme pour ceux qui assimilent la liberté de l’esprit à l’inféodation partisane.

Le FN n’a jamais été et ne sera jamais ma tasse de démocratie pas plus qu’il n’incarne mon espoir de renouveau.

Mais j’ai le droit de formuler quelques interrogations qui ne sont pas de pure forme au regard de la récente polémique concernant des propos de François Fillon. Celui-ci a déclaré qu’entre le FN ou le PS, il choisirait « le moins sectaire » et que ce n’était pas toujours les candidats du second. Scandale (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro) !

Avant d’aborder le fond de la question, il me semble que le critère du sectarisme n’est pas le plus approprié. Il est d’une part difficile à définir et d’autre part, en face de cas pratiques, guère opératoire. En effet, le FN n’hésitera pas à voter pour l’UMP à tout coup ou au moins à s’abstenir si le PS risque de l’emporter. Le PS choisira souvent l’UMP contre le FN. Ce sont des attitudes probables et d’ailleurs constatées lors de beaucoup d’élections. Elles ne permettent pas forcément de dégager une ligne de conduite si on n’accepte pas de s’affronter franchement à tout un non-dit dont l’élucidation pourtant est fondamentale pour l’avenir.

Le FN est-il interdit dans notre espace public ? S’il ne l’est pas, pourquoi ne serait-il pas républicain ? La République – débat fondamental – n’impose-t-elle qu’une adhésion à la structure générale de l’Etat ou bien s’attache-t-elle à la nature même des programmes et de leur inspiration ? La forme ou le fond ?

Je crois me souvenir que François Fillon lui-même lui avait dénié ce caractère à une certaine époque et que le président de la République avait établi une distinction subtile entre sa légalité indiscutable et son absence de légitimité à cause de l’absurdité et de la brutalité de ses solutions.

Est-ce au PS, notamment par la bouche estimable de Bruno Le Roux et celle contestable d’Harlem Désir, de donner des leçons de morale à l’UMP et en particulier à François Fillon en reprenant le poncif de la digue qui s’effondre et de la brèche ouverte ? Les socialistes n’auraient-ils pas plutôt avantage à se soucier de leur territoire politique et de leurs préoccupations naturelles, l’un et les autres leur demandant une énergie et une intelligence à ne pas gaspiller dans des joutes dilatoires qui ne les regardent pas ? Faut-il rappeler qu’hier comme aujourd’hui, la délicatesse dans la pureté des alliances et de l’union n’a pas toujours été impeccable à gauche et que celle-ci ne s’est jamais embarrassée de scrupules excessifs quand il s’agissait de vaincre ?

Peut-on de bonne foi affirmer que le FN de Marine Le Pen a quoi que ce soit à voir avec celui de son père ? On est passé d’une obsession à une ambition, à une action. Cette évolution apparaît à certains beaucoup plus dangereuse que l’irresponsabilité d’avant, sans désir de pouvoir. Pourquoi pas ? Au moins, force est d’admettre que la tonalité a radicalement changé. Ce que la montée de l’électorat, la désinhibition dans l’affichage de cette appartenance et la curiosité médiatique malgré ses préventions et son peu d’objectivité ne cessent pas de valider.

Quand Alain Juppé crédité d’être un sage quoi qu’il profère affirme que « tout sépare l’UMP du FN », ne nous joue-t-il pas la comédie derrière la rosée humaniste ?

En effet, sur l’Europe, sur l’euro, sur la politique internationale, j’entends bien que les options frontistes sont aberrantes et parfois choquantes – il y a tout de même un syndrome pro-dictateurs qui ne laisse pas d’inquiéter ! – et que par conséquent la droite classique et équilibrée de Juppé n’a rien de commun avec ces billevesées.

Mais sur la sécurité, la justice, l’immigration, les choix de société ? Au sein de l’UMP, il y a la Droite forte de Didier et de Peltier, celle d’Eric Ciotti et de Mariani, hier de Vanneste, qui ne brillent pas par la mansuétude et qui pourraient se retrouver, dans ces domaines, aux côtés de Gilbert Collard sans frémir ni fuir. Il faut que l’UMP arrête de se la « jouer » avec ses pudeurs artificielles de chaisière en démentant par ses voeux pieux sa réalité.

Quand Nicolas Sarkozy, par pur cynisme, est allé ostensiblement, entre les deux tours de 2012, puiser à pleines mains, à pleine démagogie dans le vivier du FN, on n’a pas entendu Juppé s’émouvoir ni beaucoup d’autres tout prêts aujourd’hui à se battre pour l’éthique jusqu’au dernier Fillon. Comment un Jean-François Copé peut-il nous amuser à ce point en feignant l’incompréhension devant le propos de François Fillon quand lui-même ne tolère pas chez les autres ce qu’il ne cesse publiquement de se concéder à lui-même, et il n’a pas toujours tort !

L’UMP, au sujet du FN, doit-elle convaincre la classe médiatique ou lui complaire alors que celle-ci est déjà, et depuis toujours, vent debout contre toute alliance FN/UMP au nom d’un humanisme abstrait qu’elle n’a jamais questionné ? J’en veux pour preuve l’article de la remarquable journaliste Anne Rosencher, qui sur Nicolas Dupont- Aignan et Robert Ménard s’est laissée aller à la bienséance confortable de la dénonciation mécanique (Marianne).

Ou l’UMP a-t-elle seulement l’obligation capitale de transmettre aux citoyens l’authenticité d’un message sur l’état de notre société et en particulier dans le secteur pénal pour les dissuader d’emprunter d’autres voies ?

J’insiste sur le caractère sincère de la communication : s’il s’agit de tactique, de récupération, elle est vouée à l’échec. Il ne s’agit pas de singer le désir d’ordre, la volonté de rigueur, l’exigence de justice et le souci d’une restauration de l’intégrité collective mais d’y aspirer intensément pour être crédible. Sans l’exemplarité des politiques dans leur relation au peuple et leur cohérence entre ce qu’ils disent, ce qu’ils montrent et ce qu’ils font, l’UMP sera condamnée sans répit à se justifier auprès de juges partisans qui n’ont pourtant aucune légitimité pour soupçonner, contrôler et sanctionner.

Je ne sais pas si le refus du sectarisme proposé par François Fillon est pertinent. Il ne l’est probablement pas.

En revanche, je perçois mal l’ampleur et l’utilité de cette controverse comme si, soudain, on venait de découvrir que la politique erratique et idéologique du gouvernement dans certains domaines faisait monter inéluctablement le FN et qu’il convenait, le moment venu, d’offrir une issue honorable à un peuple égaré par la commodité vulgaire et au fond méprisante à son encontre du « il n’y a qu’à ». Parce que la gauche désespère ses attentes.

Ou on devine trop bien ce qu’il en est.

La chasse au Fillon est ouverte.

 

*Photo : François Fillon sur I-télé. 

NDA, Ménard et les médias

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dupont aignan menard marianne

dupont aignan menard marianne

« L’homme a-t-il franchi la ligne grise « dans sa tête » ? La traverse-t-il opportunément, pour créer le buzz et attirer l’attention de médias obnubilés par les grands partis (ce qu’il plaide en privé) ? Au fond : qu’importe. Dans la première hypothèse, Nicolas Dupont Aignan ne fait plus partie du fameux « arc » républicain ; dans la seconde, il est un autre – un tout petit – « voyou de la République » qui joue avec le feu de pompiers pyromanes à des fins électoralistes et médiatiques… Dans les deux cas, elle est tombée bien bas, sa République « debout ». »

 Voilà comment Anne Rosencher, directrice-adjointe de la rédaction de Marianne, conclut son papier consacré au soutien de Nicolas Dupont-Aignan à Robert Ménard dans l’élection municipale de Béziers.

Rosencher est profondément déçue, alors elle tape fort. Elle ne reconnaît plus son gentil Dupont-Aignan. C’était tellement rassurant de le considérer comme gentil et même un peu gnan-gnan  (selon un mauvais jeu de mot sur son patronyme). Là où d’autres évoqueraient un dérapage, en jurés sourcilleux des patinoires, la journaliste de Marianne préfère parler de franchissement de ligne ou de sortie de route. La ligne n’est pas rouge, Obama ayant déjà récupéré l’expression. Rosencher préfère faire peur, en colorant la ligne d’un gris inquiétant. Le crime, donc, c’est de soutenir Robert Ménard, alors que celui-ci bénéficie déjà de l’appui du Front National. Robert Ménard, écrivions-nous dans ces colonnes il y a deux ans, est devenu un intouchable, au sens indien du terme. C’est Laurent Joffrin qui, à l’époque, avait dégainé la fatwa. Et de nos jours, Marianne respecte les fatwas du Nouvel Obs. Il y a quelques mois, le journal a même viré l’un de ses fondateurs, dans le collimateur depuis un moment. C’est dire si on prend le sujet au sérieux, rue René-Boulanger. Au moins autant que chez Canal+, où NDA avait provoqué un tollé en demandant aux animateurs du Grand Journal d’assumer publiquement leurs revenus, ce qui lui avait valu un procès en lepénisme de Michel Denisot et Jean-Michel Apathie.

Mais revenons à nos moutons. Si on comprend bien Anne Rosencher, Ménard a touché le FN et a rendu visite à quelques identitaires, puis Dupont-Aignan a touché Ménard. Donc Dupont-Aignan est contaminé. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi on s’arrêterait en si bon chemin. Qu’adviendra-t-il de celui (ou celle) qui pourrait toucher Dupont-Aignan, et de celui qui touche celui qui a touché Dupont-Aignan ? Faites attention, Anne Rosencher, à ce train-là, vous pourriez bien être contaminée à votre tour, et encore plus rapidement que vous ne le croyez ! Dans un passé pas si lointain, j’ai eu l’occasion de croiser Jean-François Kahn à des réunions organisées par Dupont-Aignan. Il n’était pas le dernier à l’encourager à s’affranchir du prêt-à-penser médiatico-politique. Certes, JFK n’a jamais apprécié Ménard. Mais lui au moins est cohérent, puisqu’il le détestait déjà quand ce dernier dirigeait RSF. D’ailleurs, moi non plus, je ne suis pas d’accord sur grand-chose avec le candidat à la mairie de Béziers. Et j’ai été fort étonné d’apprendre que Ménard avait voté NDA à la dernière présidentielle. Car, ce qu’oublie opportunément Madame Rosencher dans son article, c’est que Dupont-Aignan soutient simplement l’un de ses électeurs à une élection municipale. C’est très original, n’est-ce pas ?

Alors, certes, Dupont-Aignan devrait cesser les parallèles historiques hasardeux en comparant Ménard à Jeanne d’Arc (ou alors, c’est de l’humour, et c’est franchement réussi.). Mais on ne voit pas vraiment quelle ligne, de quelle couleur qu’elle soit, aurait été franchie à cette occasion, dans sa tête ou ailleurs. Anne Rosencher qui sait user d’images et de métaphores à base de routes et de lignes, ne supporte pas, en revanche que d’autres s’essaient à d’autres figures de style. Ainsi reproche-t-elle à Dupont-Aignan d’évoquer en ces termes le soutien du FN à Ménard : « quand la maison brûle, on ne regarde pas la couleur du pompier ». Aphorisme suspect, déjà connu des philosophes de comptoir, tranche-t-elle ! Et Rosencher d’ajouter, pour faire bon poids, qu’il faut regarder la couleur du casque du pompier. Il est de quelle couleur, mon casque, Anne Rosencher, moi qui ai été blogueur associé de Marianne pendant quatre ans ? Vous accepteriez, Anne Rosencher, que si hélas votre maison brûlait, je porte quelques seaux d’eau ? Ou me jetteriez-vous comme un malpropre ? Et puisque vous êtes maintenant assurée de mes meilleures intentions à votre égard, je vais me laisser aller à une confidence. Au début, je me demandais si Dupont-Aignan avait bien fait d’apporter publiquement ce soutien à Robert l’Intouchable. Grâce à votre réaction indignée, je sais maintenant qu’il a eu raison.

 

*Photo : dupontaignan.

Pourquoi les parlementaires britanniques ont changé de main ? (Brève interdite aux moins de 18 ans)

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Quelles sont les véritables raisons du camouflet asséné par les parlementaires britanniques à David Cameron quand ils votèrent, last week, contre l’intervention en Syrie ? On a attribué, un peu rapidement à notre avis, ce refus de la guerre au pénible souvenir de Tony Blair qui avait honteusement menti aux Britanniques et à leurs représentants en leur servant le bobard du siècle sur les armes de destruction massive en Irak, ce qui coûta, l’air de rien, la mort de près de 180 tommies.

Non, ne croyez pas ces sornettes , j’ai bien réfléchi, il faut chercher ailleurs. Notamment du côté de l’érotomanie débridée qui s’est emparée du parlement du Royaume-Uni.  En effet, entre mai 2012 et juillet 2013, près de 300 000  connexions à des sites répertoriés comme pornographiques ont été enregistrées. Suite à une demande de l’édition britannique du Huffington Post,  ces chiffres ont été communiqués par le Parlement lui-même qui s’est cependant refusé à commenter comme il n’a pas commenté les 52 000 connexions sur des sites de rencontres extra-conjugales pour les sept premiers mois de 2013.

Somme toute, c’est très rassurant. D’abord, parce qu’un cliché tombe. Le fameux « Please, no sex, we’re british » ne semble plus de saison et il ne faudra plus railler la libido présumée inexistante de la frigide Albion. Mais surtout, en se livrant à l’onanisme, au chat érotique et autres gâteries internétiques en Chambre, les parlementaires britanniques, y compris les Conservateurs qui ont manqué à Cameron, ont réactualisé un slogan trop oublié aujourd’hui : « Faites l’amour, pas la guerre. » Effectivement, ça coûte tout de même moins cher et, contrairement à un bombardement, comme aurait dit Louis Scutenaire, aimable surréaliste belge et anar : « Une femme nue n’a jamais fait de mal à personne. »

François Burgat : Al-Sissi est pire que Morsi

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francois burgat egypte morsi

francois burgat egypte morsi

Daoud Boughezala. Vous avez souvent déclaré, ces dernières années, qu’une fois arrivés au pouvoir, les Frères musulmans auraient du mal à faire pire que les dictatures nationalistes arabes. À en juger par le fiasco de la présidence Morsi, vous vous trompiez…

François Burgat[1. Politologue, spécialiste des mouvements islamistes contemporains, François Burgat poursuit ses réflexions au sein de l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-en-Provence. On lui doit notamment l’essai L’Islamisme en face (La Découverte, 1995).]. Pas du tout ! Si Mohamed Morsi a échoué, c’est en grande partie parce que, dans cette période exceptionnellement exigeante, il n’a jamais disposé des leviers de commande. L’appareil judiciaire, resté aux mains de l’ancien régime, a tué dans l’œuf toute ses tentatives de refonder l’État. Morsi n’a jamais réussi à prendre d’ascendant sur l’armée, ni sur le puissant ministère de l’Intérieur qui ont constamment saboté sa gestion, en cessant notamment d’assurer les missions de police urbaine. L’essentiel de l’appareil économique lui échappait et des pénuries d’essence ont carrément été organisées par les distributeurs de carburant ! En outre, la presse égyptienne, largement restée fidèle à l’ancien régime, n’a pas contribué à donner une juste vision des choses. Au lendemain de la déposition de Morsi, des journalistes égyptiens ont même agressé verbalement et physiquement leurs confrères d’Al-Jazira, coupables d’avoir dit la vérité sur la répression…

Soit, Morsi avait l’armée contre lui. Mais cela ne l’empêchait pas d’ouvrir sa courte majorité électorale aux autres forces politiques et religieuses. Même Tariq Ramadan a critiqué son exercice solitaire du pouvoir[1. « Les Frères musulmans sont dans une impasse», entretien avec Tariq Ramadan, Le Parisien, 19 août 2013.] !   Il semblerait que les Frères musulmans confondent démocratie et tyrannie de la majorité…

On lance un peu vite cette accusation contre les Frères musulmans égyptiens − mais aussi contre les Tunisiens d’Ennahda – de chercher à constituer une « dictature de la majorité ». Malgré des erreurs de gestion et de communication, voire une certaine frilosité dans ses relations avec d’éventuels alliés laïques (pour autant que ceux-ci aient réellement existé, ce qui reste à démontrer),  je persiste à penser que Morsi a fait moins mal, sur le terrain des libertés, que ses prédécesseurs et ses successeurs militaires. N’oubliez pas qu’en plus d’être l’auteur du plus grand massacre de l’histoire contemporaine de l’Égypte, le général Al-Sissi a foulé au pied la liberté d’expression. Du jour au lendemain, il a fermé les moyens d’information privés dont disposaient les Frères et emprisonné leurs dirigeants, lorsqu’il ne les a pas tout simplement assassinés !

La plupart des Égyptiens ne sont pas de votre avis. Sur les millions de manifestants anti-Morsi qui ont finalement obtenu son éviction, on dénombrait de nombreux sympathisants islamistes. Même les salafistes ont fini par lâcher le président qu’ils avaient contribué à faire élire !

Permettez-moi de vous rappeler une évidence : ce sont les élections, pas des manifestations dont l’ampleur se prête à toutes les exagérations médiatiques, qui donnent la mesure de l’humeur et des aspirations des électeurs.  On ne peut pas reprocher tout et son contraire à Morsi. À vous entendre, ce dernier serait à la fois trop islamiste pour plaire à ses opposants « libéraux » et pas assez pour garder la confiance des salafistes ! En réalité, ces derniers l’ont rallié très fugitivement, à l’occasion de sa candidature à la présidentielle… avant de lui retirer leur soutien. Ils ont ensuite mené une véritable guerre de harcèlement contre le président élu, jusqu’à cautionner sa déposition par les militaires.

Pourtant, il existe une réelle proximité idéologique entre l’aile la plus radicale des Frères musulmans, influencée par les écrits de Sayyid Qotb[2. Sayyid Qotb (1906-1966) est l’un des pères de l’islamisme contemporain. Poète et intellectuel, cet intellectuel frère musulman fut pendu sur ordre de Nasser.], et la mouvance salafiste notamment représentée par Al-Nour…

Détrompez-vous : la  réticence à l’égard des Frères est quasi constitutive de l’identité religieuse des salafistes.[access capability= »lire_inedits »] Contrairement à ces derniers, les membres de la Confrérie contextualisent la norme religieuse, ce qui ouvre la voie à un certain réformisme musulman. De plus, jusqu’à une date récente, la totalité des salafistes récusaient le principe même de l’engagement politique qui est la marque de fabrique des Frères. Leur « apolitisme » a d’ailleurs toujours fait d’eux une cible propice aux manipulations des autorités. Le soutien de Al-Nour au coup d’État du général Al-Sissi montre que sa rivalité avec les Frères a vite repris le pas, après leur « moment »  oppositionnel à l’ancien régime.

En attendant, les rivaux d’hier sont à nouveau ligués contre le gouvernement intérimaire : les partisans d’Al-Nour défilent aujourd’hui aux côtés de ceux de Morsi…

 La base du parti Al-Nour a attendu le lendemain du massacre de l’académie militaire[1] pour rejeter la « feuille de route » derrière laquelle les militaires prétendaient masquer la restauration arbitraire de leur pouvoir. Cependant, il n’est pas exclu, malgré ce retard à l’allumage, que l’on voie les rangs islamistes se resserrer, sinon s’unifier – on peut alors compter sur le régime pour renforcer discrètement  les salafistes, toujours convaincus que les Frères sont l’ennemi principal. Et la recomposition de la scène islamiste égyptienne ne s’arrêtera sans doute pas là. Pour la mouvance djihadiste, opposée depuis toujours aux « concessions » et à la stratégie légaliste des Frères, le coup d’État est une bénédiction, la preuve tangible de ce que jamais on ne laissera des musulmans accéder au pouvoir par la voie légale. On imagine aisément la suite : la répression menée par les militaires et sa cohorte d’exactions susciteront un nombre croissant de vocations au martyre. Ainsi, on aura offert à la mouvance djihadiste une place de choix dans le jeu politique.

Il est possible que les candidats au djihad se multiplient. Toujours est-il que Morsi a été conspué par la rue et que certains Frères, réfugiés dans les mosquées, manquent parfois d’être  lynchés par la foule. Les gouvernements islamistes turc et tunisien affrontent de larges mouvements de contestation. Et si les peuples arabo-musulmans étaient en train de sonner le glas de l’islamisme ?

Vous allez bien vite en besogne ! L’Histoire est un long processus : la sanglante contre-révolution menée par l’armée égyptienne ne clôt aucunement l’histoire contemporaine des Frères musulmans. Ne confondez jamais la « foule » et les milices du régime ! Depuis plus de trente ans, on nous annonce triomphalement l’échec de l’islam politique et la caravane islamiste continue imperturbablement son chemin. Nous ne voyons pas que l’Histoire fonctionne par cycles : l’arrivée au pouvoir, ici et là, de partis islamistes, amorce indéniablement le processus de leur usure et la fin du moment « islamiste » de l’histoire régionale arabe. Et puis, cela recommence, à chaque fois sous un autre visage…

Vous réfutez l’érosion de l’islamisme tout en annonçant son déclin inexorable. Il faudrait choisir, vous aussi !

Non, car tout est une question de rythme. La lente mutation qui amènera le reflux de l’islam politique s’esquisse à peine : ni l’Égypte, ni la Tunisie, ni la Turquie n’ont entamé cette phase de déclin. Le « parler musulman » a encore de beaux jours devant lui. [/access]

Syrie : Villepin et Guigou amusent la galerie

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Vendredi dernier chez Taddeï, Dominique de Villepin assurait le service après-vente de sa tonitruante tribune au Figaro du 29 août. Une de plus. Non sans renouer avec un certain panache, dix ans après son fameux discours devant le conseil de sécurité des Nations-Unies.

Heureuse coïncidence, l’ancien Premier ministre n’avait face à lui, sur le plateau de France 2, que des faire-valoir. Elisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée (lot de consolation qu’elle a obtenu après son ascension manquée du perchoir), a tenté péniblement de citer Raymond Aron avant de s’indigner pour qu’on mette en place des corridors humanitaires. Mais surtout pas de zone d’exclusion aérienne ni de troupes au sol… normal, l’ancienne garde des Sceaux de Lionel Jospin est aussi à l’aise sur les questions de défense que Bernard Kouchner !

Attaquée sur le discours justicier de François Hollande et Barack Obama, celle qui fut considérée, il y a trente ans, comme la plus belle femme du PS s’est néanmoins démarquée du Président dont elle est la porte-parole à l‘Assemblée : « je n’aime pas le terme punir, il a une connotation morale, je préfère le mot sanction ». Avant d’ajouter : « Je n’attends pas grand-chose du rapport des Nations-Unies ! » Quelques heures après la tentative désespérée de François Hollande de donner à son intervention un habillage légal et respectueux de l’ONU, l‘Elysée devrait apprécier.

La discussion avançant, Elisabeth Guigou tombe le masque fardé de l’indignation et dévoile l’arrière-plan stratégique de la diplomatie française : forcer l’Iran qui, reconnaît-elle, donne actuellement des gages de modération, à s’asseoir à la table des négociations (mais en excluant le dossier nucléaire…), et avertir la Corée du Nord car « le nucléaire c‘est le même problème » . Décidément Mme Guigou est fâchée avec les questions militaires. Une frappe aérienne en Syrie ne fait que renforcer en effet la volonté des ces deux « États-voyous » de posséder la bombe. Car ce talisman stratégique, contrairement à un scud bourré de gaz sarin, sanctuarisera leur territoire contre toute attaque. Difficile dans ces conditions de séparer le dossier syrien du nucléaire iranien… Encore un bel exemple d’ « ‘irealpolitik » pointée en son temps par Hubert Védrine!

Dès lors Dominique de Villepin avait le champ libre pour écraser de son expérience et de son verbe l’auditoire. Supérieur, il met en garde Frédéric Encel : « Vous ne pouvez pas baser votre politique étrangère sur la puissance, au moment même où celle-ci change de main ». Il donne ensuite une leçon de droit international à Mme Guigou: « Il ne faut pas séparer la légitimité de la légalité ». Et d’appeler à un sursaut diplomatique, arguant que de ce point de vue, rien n’a été tenté ou presque. Avant de bombarder Belgrade, on s’était bien donné la peine de réunir les belligérants à Rambouillet. On avait cru ainsi montrer que l’intervention armée était l’ultime recours. Mais « le raccourci militaire c‘est enfantin (…), la diplomatie mondiale elle est molle! »

Sous le charme, Frédéric Taddeï laisse alors l’ex-secrétaire général de Jacques Chirac conclure. Le problème c’est que cet opposant magnifique qu’est monsieur de Villepin est moins brillant lorsqu’il s’agit de trouver des solutions concrètes:

« Il faut renverser la table! » La partition pure et simple, à l’image de la Syrie mandataire! La zone kurde est d’ores et déjà autonome, un pays alaouite existe de facto, les minorités chrétiennes seraient protégées par une force onusienne… Les puissances occidentales placeraient ainsi un verrou contre les djihadistes (comme la FINUL face au Hezbollah ?). Les Russes pourraient s’en satisfaire, les puissances sunnites remettraient la main sur la capitale des Omeyyades…

Dommage que Dominique de Villepin soit diplomate car ses plans ne tiennent debout que le temps d’un discours. Ses positions sur les conflits ivoirien et malien avaient déjà discrédité ses envolées pacifistes (à croire que l’éphémère directeur-adjoint aux Affaires africaines et malgaches du Quai d’Orsay n’a jamais rien compris au continent noir). Avocat théâtral et obscur, Dominique de Villepin pourrait suivre le triste destin de Roland Dumas.
Il aurait été plus à l’aise dans un hémicycle, mais pour ça il faut faire campagne… et c’est sans doute trop mesquin pour lui.