On se souvient d’Alexandre Del Valle et de sa force de conviction déclinée dans plusieurs ouvrages de géopolitique pointus, enlevés et qui, bien au delà des cénacles habituels de cette discipline, n’auront laissé personne indifférent. Le voici qui revient en librairie avec « Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation », aux Editions du Toucan. Reprenant un certain nombre de ses thèmes préférés, Del Valle croise à sa discipline d’origine toute une série d’autres concepts issus des sciences sociales et psychologiques. Comme Jacques Ellul et Roger Mucchielli, l’auteur rend lisible « la guerre des représentations » qui passe trop souvent inaperçue du grand public.

Il renforce ses grilles de lecture avec le concept de subversion : « technique d’affaiblissement du pouvoir et de démoralisation des citoyens » comme définie par Mucchielli. Les dissonances cognitives qui complètent son analyse sont bien connues des publicitaires ou des communicants, mais Del Valle marque son point en les projetant dans la sphère géopolitique.

Grâce à ces outils, il constate que l’Occident est tout à la fois l’auteur inconscient et le destinataire d’une guerre mentale qu’il se livre à lui-même. C’est ce mécanisme qu’il s’agit de démonter pour comprendre les raisons profondes des pannes qu’il provoque et, pire, de la « haine de soi » qu’il induit. Car l’Homme malade de l’Histoire, c’est aujourd’hui cet Occident rongé par des culpabilités multiples. Les Croisades, le Moyen Âge, l’Inquisition, l’esclavagisme, le colonialisme, le racisme et… il en passe…L’« enseignement du mépris de soi » mène à la « dépression collective » avec d’autant plus de certitude que le procès n’est qu’à charge et que l’Occidental a bien pris garde d’être seul sur le banc des accusés. L’auteur dénonce également une amnésie qui tend à faire oublier les crimes commis par d’autres civilisations, notamment sur le plan des excès religieux ou pour l’esclavage. Après avoir dénoncé les blocages et les échecs qui en découlent sur un plan civilisationnel, le docteur Del Valle se change et enfile la robe d’avocat. Il repousse les mythes simplistes qui paralysent la culture occidentale. Mais Del Valle veut-il recoloniser l’Afrique ? Relancer les Croisades ? Non, bien au contraire, il conclut son livre par la nécessité pour l’Occident de promouvoir un monde multipolaire, fondé sur les valeurs de l’héritage du judaïsme et du christianisme qu’il définit – on sera d’accord ou pas – comme étant l’humanisme, la charité, la dignité humaine, la solidarité et la laïcité.

Un processus d’autant plus salutaire pour la vieille Europe, confrontée à la problématique d’intégration de populations étrangères. Celles-ci sont, en effet, porteuses d’identités de plus en plus affirmées et revendiquées. Une réalité qui n’est pas passée inaperçue, notamment de certains courants islamistes qui en profitent pour grossir leurs rangs. Si Del Valle affirme que l’Europe n’a pas de vocation à l’universalité et encore moins à l’impérialisme, il semble à l’auteur impossible de pouvoir envisager quelque intégration que ce soit tant que l’Occident n’aura pas renoué avec la fierté de son Histoire, l’offrant ainsi et aussi en héritage aux nouvelles populations arrivées sur son sol. Del Valle plaide donc pour un monde multipolaire dans lequel l’Occident ne doit pas être isolé. Il lui faut réaliser un double travail de « géopolitique de déculpabilisation » et de « patriotisme intégrateur » pour se réconcilier avec lui-même. Cette étape franchie permettra de se libérer de sa politique bloquée dans des schémas très guerre froide avec sa doctrine de « containment » de la Russie. Une puissante alliance avec le monde slave sera dès lors possible pour relever les défis du XXIème siècle. Vaste programme certes, mais le débat en est désormais ouvert.

Le complexe occidental. Petit manuel de déculpabilisation, Alexandre Del Valle, Editions du Toucan, 2014.

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