Robert Mapplethorpe disait volontiers de ses photographies qu’elles n’auraient pas pu être faites à une autre époque. On aurait aimé qu’il se trompe. Hélas, il avait raison. Pour se consoler, autant s’enliser dans l’enfer de l’artiste américain dont un choix prudent, ou même pudique, des travaux est à voir au Grand Palais jusqu’au 13 juillet. Si les photos trash, exhibitionnistes, porno dans leurs déclinaisons « gay » ou « sadomaso », voire les deux à la fois, ont bâti la réputation du photographe et fait l’objet de plusieurs expositions dès les années 1970, elles échouent aujourd’hui à satisfaire au critère du « sexuellement correct », désormais en vigueur dans tous les domaines de la vie publique, politique, artistique et bientôt intime.

Le premier scandale date de 1989. Quelques mois à peine après la mort de Mapplethorpe − emporté à 42 ans par le sida, comme il se doit pour un vrai dandy de la fin d’un autre monde −, Dennis Barrie, le directeur du respectable Contemporary Arts Center de Cincinnati, était traîné en justice. Le motif officiel était l’« obscénité » des oeuvres présentées, tellement intolérable qu’il avait été décidé de faire évacuer le public par la police. Dennis Barrie s’était plutôt rendu coupable de discordance totale avec l’esprit de son époque. Il aurait dû s’apercevoir à temps que ce qui semblait parfaitement acceptable dans les années 1960 et 1970, les décennies de toutes les libertés et de tous les excès plus ou moins créatifs, serait reclassé « obscène » peu de temps après. Les commissaires de l’exposition au Grand Palais n’ont pas commis pareille imprudence. Très raisonnablement, ils ont opté pour l’aménagement, au milieu du parcours, d’une salle à l’accès réservé exclusivement aux adultes vicieux et asociaux.

À l’ère du triomphe mondial de Conchita Wurst − grâce aux transmissions satellites dont il faudrait presque, par là-même, regretter l’invention −, la pornographie raffinée des clichés de Mapplethorpe provoque un sentiment quasi euphorique. Aucun message de tolérance ni appel au respect de la diversité, rien que du porno dans sa version 1970, dont un sexe masculin trempé dans une flûte à champagne, un autre fièrement dressé près d’un revolver, puis un peu de cuir, de chaînes, de fouets, comme sur le fameux autoportrait de l’artiste de 1978.

Robert Mapplethorpe, Grand Palais, Paris, jusqu’au 13 juillet. 

Exposition Mapplethorpe /Rodin, musée Rodin, Paris, jusqu’au 21 septembre.

*Photo : Robert Mapplethorpe (1946-1989), Javier, 1985, MAP 1581 © 2014 Robert Mapplethorpe Foundation, Inc. All rights reserved — Auguste Rodin (1840-1917), Buste de Hélène de Nostitz, 1902, plâtre, 23,5 x 22,1 x 12 cm, Paris, musée Rodin, S. 689 © Paris, musée Rodin, ph. C. Baraja.

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Paulina Dalmayer
est journaliste et travaille dans l'édition.
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