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Pour en finir avec la loi de 1973

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« Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France. »  (Article 25 de la loi 73-7 du 3 janvier 1973)

Les détracteurs de la fameuse loi de 1973 — dite aussi « loi Pompidou-Giscard » ou « loi Rothschild » — expliquent à qui veut bien l’entendre que c’est par cet article 25 que le gouvernement français, pour satisfaire les intérêts de « la finance », a interdit au Trésor d’emprunter de l’argent à la Banque de France et, partant, a créé les conditions de notre dette publique actuelle. Je ne reviendrai pas sur l’inanité des théories du complot en général et me contenterai d’un argument factuel et documenté. En résumé, tout ce que racontent les détracteurs de cette loi est faux.

Primo, cet article n’est pas d’origine gouvernementale. Il a été introduit à l’initiative du rapporteur général de la commission des finances du Sénat puis rédigé dans sa forme définitive et institué comme un article à part entière lors de l’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale. Jean Taittinger, secrétaire d’État au budget qui représentait le gouvernement au Sénat comme à l’Assemblée, s’est contenté de ne pas s’y opposer.

Deuxio, cet article n’introduit rien de nouveau : l’interdiction qui est faite au Trésor de présenter ses propres bons à l’escompte de la Banque de France est un principe déjà communément admis. Le législateur estimait que cette précision n’était qu’une « sage précaution » afin d’interdire au Trésor de « tourner la législation sur les émissions de monnaie ou de quasi-monnaie ». De fait, une disposition similaire est déjà présente dans la loi du 24 juillet 1936.

Tercio et c’est le plus important, si le Trésor ne peut effectivement pas présenter ces effets à l’escompte de la Banque de France, il peut en revanche obtenir des avances et des prêts. C’est l’objet de l’article 19 de la loi de 1973 qui précise que les modalités de ces prêts et avances feraient l’objet de « conventions passées entre le ministre de l’économie et des finances et le gouverneur » et que ces conventions devaient être « approuvées par le Parlement ».

De fait, la convention du 17 septembre 1973, passée entre le ministre de l’économie et des finances (Valéry Giscard d’Estaing) et le gouverneur de la Banque de France (Olivier Wormser) et approuvée par la loi 73-1121 du 21 décembre 1973 fixe les modalités des concours de trésorerie apportés par la banque centrale au Trésor : ce dernier peut emprunter jusqu’à 20,5 milliards de francs dont 10,5 milliards gratuitement et 10 milliards sur lesquels il paiera des intérêts très faibles[1. En l’occurrence, le « taux le plus bas pratiqué par la banque à l’occasion de ses interventions les plus récentes, au jour le jour ou à très court terme, sur le marché monétaire ».]. L’article 5 de la loi prévoit que ces plafonds puissent évoluer selon une règle relativement complexe que je renonce à expliquer ici. Toujours est-il que la loi de 1973 n’interdit absolument pas au Trésor de se financer gratuitement ou quasi-gratuitement auprès de la Banque de France.

Mais à quoi correspond ce montant ? Pourquoi limiter les prêts de la banque centrale au Trésor à 20,5 milliards de francs ? La réponse est extrêmement simple : c’est tout simplement l’officialisation de ce qui existait avant. C’est ainsi que le rapporteur général le présente et c’est effectivement la conclusion à laquelle on arrive en étudiant les séries historiques : la loi de 1973 n’a fait que codifier, simplifier et officialiser une situation existante. Bien avant 1973 et jusqu’en 1993, la Banque de France pouvait prêter directement au Trésor à condition de respecter une enveloppe déterminée par le législateur[2. Voir Éric Monnet, Politique monétaire et politique du crédit en France pendant les Trente Glorieuses, 1945-1973, thèse de doctorat, EHESS, page 155 et suivantes.].

C’est l’essence et la raison d’être de cette loi de 1973 : mettre au propre les statuts et le mode de fonctionnement de la banque centrale et, notamment, remplacer les bricolages opaques grâce auxquels le Trésor parvenait à s’endetter plus que ce qu’il devait auprès de la Banque de France[3. La situation qui prévalait avant la loi de 1973 était codifiée par la loi du 28 décembre 1959, signée de la main même du général de Gaulle, au titre de laquelle les prêts et avances de la Banque de France au Trésor étaient limitées à 11,5 milliards de nouveaux francs.] par un mécanisme officiel, transparent et sous contrôle parlementaire. L’idée selon laquelle elle aurait interdit ou même restreint la capacité de l’État à faire appel à sa banque centrale pour financer ses déficits est au mieux une erreur, au pire un mensonge pur et simple.

Ce qui s’est passé, très simplement, c’est qu’à partir de la relance de Chirac en 1975 et tout au long des quarante exercices budgétaires qui ont suivi, tous nos gouvernements, de droite comme de gauche, ont systématiquement voté des budgets déficitaires. Les dettes se sont accumulées et, l’inflation aidant, le plafond fixé par la loi de 1973 est vite devenu dérisoire au regard des sommes en jeu. Aujourd’hui encore, ceux-là mêmes qui dénoncent la « dette illégitime » sont les premiers à rejeter tout retour à l’équilibre (sans même parler d’excédents !).

L’ironie de cette histoire est double. D’abord, il est pour le moins piquant de voir de prétendus gaullistes dénoncer ce complot chimérique alors que s’il y a eu complot, le comploteur en chef c’était de Gaulle lui-même. Dès son retour au pouvoir en 1958, la position du Général était on ne peut plus clair : rembourser la dette, mettre fin aux politiques inflationnistes et créer un franc fort (le nouveau franc) pour acter le tout. En effet, si la Banque de France finançait environ 28% de la dette publique au cours des années 1950, ce chiffre chute à 16% entre 1960 et 1973 : c’est donc bien Charles de Gaulle qui a poussé le Trésor à s’endetter sur les marchés.

Enfin, deuxième ironie, je ne doute pas un instant que ces quelques mots seront balayés d’un revers de main dédaigneux par tous ceux que Dupont-Aignan, Le Pen et Mélenchon ont déjà convaincu. C’est une manifestation de ce que j’appelle la loi de Brandoloni : « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter une connerie est un ordre de grandeur plus importante que celle utilisée pour la produire ». Les théories du complot ont ceci de doublement terrible qu’elles sont extrêmement faciles à élaborer et à colporter mais presque impossibles à réfuter totalement.

 

Qu’est-ce que la langue française leur a fait?

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Tous aux abris ! Il se murmure qu’une suite au nanar black-blanc-beur de l’année serait dans les tuyaux. Brigitte Maccioni, productrice de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu, dont je vous avais dit tout le bien que j’en pensais, a vendu la mèche à la radio. Ulcéré par sa bande-annonce aussi racoleuse qu’une dame du monde, j’avais rapidement cerné le propos ultradérangeant du film aux dix millions d’entrées : le paradis, c’est les Autres ! Comme l’avait résumé Gil dans notre numéro de juin, à en croire le synopsis un rien bêta de cette comédie, la France moisie et ses pondeuses cathos finiront sauvées par l’apport étranger, qui vient bousculer ses bons vieux papys réacs – de mon côté, pour pratiquer le métissage, à la différence de la plupart de ses thuriféraires, je sais qu’il n’est ni ange ni bête…

Alors, suite ou pas suite ? « Le tout sera d’avoir une très, très bonne histoire pour ne pas être déceptif » (sic) a annoncé la directrice du pôle production d’UGC. Déceptif, quésaco ? Dans le doute, j’ai sorti mon Larousse puis, en désespoir de cause, j’ai fini par me replier sur le dictionnaire d’Oxford. Il semblerait que la productrice de ce petit chef d’œuvre manie une langue aussi inventive que les lauréats du bac 2014 avec « mansion » (sic). Après enquête, il s’avère que Déceptif signifierait décevant en franglais de cuisine. Même un cancre de la langue de Patrick Hernandez sait bien que décevant se dit disappointing, deceptive qualifiant plutôt quelque chose de trompeur. Bref, cette chère Brigitte Maccioni a commis un double barbarisme, prenant un mot d’anglais pour un autre, preuve qu’elle piétine les deux idiomes avec équanimité.

Ceci dit, ne comptez pas sur moi pour jouer les scrogneugneux de la  grammaire : bien que la place du regretté maître Capelo reste à prendre, je ne changerais pour rien au monde les parkings en parcs de stationnement et mes week-ends en fins de semaine. D’ailleurs, je vous laisse, j’ai swimming-pool.

Paris : enfumer tue

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hidalgo interdit cigarette parc

« La mairie de Paris va tester l’interdiction de dire des gros mots dans une station de métro ». Ou encore : « Anne Hidalgo teste l’interdiction de manger un sandwich dans un bus. » Et même, pourquoi pas : « La capitale expérimente l’interdiction de courir sur un trottoir. » Un jour, vous lirez l’un de ces titres et vous ne serez même pas surpris. Tenez, lundi déjà, dans Le Parisien, on pouvait lire : « Paris va tester l’interdiction de la cigarette dans un jardin public. » Et l’article – très sérieux – indiquait : « La nouvelle maire de Paris n’a pas précisé dans quel jardin public cette initiative serait menée. »

Ce même jour, le journal titrait aussi, en Une : « Des policiers de la Goutte d’Or décrètent l’état d’urgence. » Suite à trois interventions qui ont viré à l’émeute, jeudi, vendredi et samedi derniers, un policier s’alarme : « Les voyous tiennent le quartier. » L’un d’entre eux aurait-il allumé une cigarette au beau milieu du square Léon, où les mères de famille du coin promènent leurs bambins tandis que les vieux jouent aux échecs ? Non, le premier jour, il s’agissait d’une « bagarre au couteau entre sept individus ». Le second, du vol à l’arraché d’un bijou à 16000 euros. Et le troisième, d’un receleur de fringues tombées du camion.

Les agents du commissariat de la Goutte d’Or, visiblement très inquiets, déplorent le manque d’effectifs et se voient contraints de lancer régulièrement un « appel à toutes les unités ». La semaine dernière, 200 collègues de la capitale sont ainsi venus leur prêter main forte. Mais on apprenait lundi par Le Figaro que le Grand Paris comptait aujourd’hui 1000 policiers de moins que début 2012. Dans ces conditions, il n’est pas évident qu’Anne Hidalgo trouvera la main d’œuvre nécessaire pour généraliser sa dernière idée liberticide, dans l’hypothèse où son test de prohibition de la tabagie à l’air libre serait jugé concluant.

C’est qu’il y a, paraît-il, plus grave que de fumer à proximité d’enfants en bas âge shootés aux hydrocarbures dans les aires de jeu de nos jardins publics. A certains endroits, les forces de l’ordre peinent de plus en plus à faire respecter quelques interdits de base comme la tentative d’homicide à l’arme blanche ou le vol avec violences. De même, il se pourrait bien qu’on manque de bras pour verbaliser les clients de prostituées, tant la police semble avoir déjà du mal à trouver les effectifs et le temps nécessaires pour démanteler les réseaux de proxénétisme. Mais chacun ses priorités.
Celle d’Anne Hidalgo comme de l’exécutif, c’est de créer sans cesse de nouvelles interdictions respectables pour faire oublier toutes celles qui ne sont pas respectées. A ce rythme, on ne pourra bientôt plus s’en griller une ou parler trop fort sans s’exposer à une amende. Et toutes les activités criminelles pourront s’épanouir tranquillement, le gendarme ayant beaucoup trop à faire dans les squares et à la terrasse des bars pour courir après le voleur.

Il n’est pas interdit d’interdire, mais il est autorisé de s’interroger sur nos priorités. Maîtriser l’incendie ou prohiber la fumée ?

Pays-Bas, l’école des perdants magnifiques

pays-bas foot coupe du monde

Emmenés par leur trio de trentenaires (Sneijder,Van Persie et Robben) les Oranje (leur surnom dans la langue de Spinoza) disputent ce soir à l’Argentine une place pour le Graal footballistique. Il n’y a pas grand-chose de surprenant à retrouver les Pays-Bas en demi-finale de Coupe du monde tant le petit pays du Benelux (même pas 17 millions d’habitants) est un habitué des grands rendez-vous du ballon rond. Trois finales de Coupe du monde en quarante ans, c’est autant que l’Italie. Mais la vitrine à trophées néerlandaise reste désespérément vide depuis le seul et unique sacre à ce jour, le championnat d’Europe des Nations 1988.
Malgré ce maigre palmarès, les Oranje bénéficient d’une côte de popularité importante, notamment en France. En plus d’être des perdants magnifiques (défaites en finale des coupes du monde 1974,1978 et 2010) comme nous les aimons depuis Coubertin, ils cultivent une identité de jeu propre à faire lever les foules.

On peut distinguer trois générations ayant contribué au mythe batave. Dans les années 70, le géant Johan Cruijff, dit le « Hollandais volant », enthousiasmait observateurs avisés autant que profanes qui suivaient ses exploits en mondovision. Restera de cette période une philosophie de jeu faisant la part belle au jeu en mouvement, avec possession de balle outrancière dont s’inspireront nombre d’équipes par la suite, notamment Barcelone, théâtre des exploits de Cruijff comme joueur puis entraîneur.
Survint ensuite la génération de la fin des années 80 et du début de la décennie 1990, qui perpétuait l’idée de « football total ». Cette équipe remporta donc le seul titre national face à l’URSS de Belanov en 1988 grâce à une reprise de volée d’anthologie de Marco Van Basten. Avec ses autres porte-étendards qu’étaient Gullit ou Rijkaard, cette génération n’aura pas cependant la gloire de ses aînées, coupable d’avoir malencontreusement trouvé sur sa route la RFA en 90 puis le Brésil en 94.
Lui succéda la génération Bergkamp/Kluivert à la fin des années 1990, pour un nouvel échec proche de la consécration. C’est le Brésil qui sera de nouveau le bourreau des Pays-Bas en 1998, mettant fin au parcours exceptionnel de Seedorf, Overmars et les autres, qui s’arrêtent au stade de la demi-finale. Au passage, Denis Bergkamp se sera illustré lors du quart de finale vainqueur face à l’Argentine en marquant un but rentré dans la légende du tournoi.

Le point commun entre toutes ces générations dorées ? La culture du jeu ! Alors que la fédération française se confond en circonlocutions depuis des lustres autour d’une « identité de jeu » introuvable, les Néerlandais ont un club formateur majeur : l’Ajax Amsterdam, dont l’académie jouit d’une réputation mondiale. Ce « moule » est un vivier de talents dans lequel la sélection batave pioche pour former l’équipe nationale. Son centre de formation cultive une identité de jeu propre, le fameux 4-3-3 (appliqué à toutes ses équipes) et insiste sur cinq axes de travail : technique, discernement, personnalité et vitesse[1. La culture du beau jeu imprégnera d’ailleurs longtemps le style des Oranje, bien qu’elle se soit quelque peu perdue, la faute aux désidératas d’entraîneurs à l’approche du jeu trop rigide.].

Cette politique trouvera son point d’orgue dans la victoire de l’Ajax en finale de la Ligue des Champions 1995[2. Dernière de l’époque pré-Bosman, l’équipe de l’Ajax était alors essentiellement composée de joueurs du cru.]. Un exploit ayant marqué la fin d’une époque et annoncé le déclin du foot néerlandais dans le continent. Car l’Ajax continua certes de former, mais vacilla sous les coups du foot business, les grands clubs continentaux se faisant un plaisir de récolter les fruits du travail mené à Amsterdam.
Dans cette Coupe du monde, l’histoire de 2010 se répète. Impressionnant vainqueur du tenant du titre espagnol lors du premier match, la sélection néerlandaise a baissé son niveau de jeu au fil des matchs, tant et si bien qu’on peine parfois à retrouver dans l’équipe les influences des glorieux aînés. Mais en football, les légendes ne meurent jamais…

* Photo : Wong Maye-E/AP/SIPA/AP21593282_000174

Conférence sociale : Manu, tu descends?

conference sociale boycott valls hollande

Et un et deux et trois zéros… Trois syndicats, puis quatre, claquent la porte de la conférence sociale –Solidaires, CGT, FO, FSU-, promise comme un temps fort et cadencé du déroulement de la Présidence Hollande.

C’était pourtant le mantra numéro 12 du candidat Moi. Marqueur d’un quinquennat socialiste nécessairement placé sous le signe du dialogue social. Produit de contraste avec le précédent Président, forcément suspecté d’inspirer la crispation aux camarades syndiqués : « Moi président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats, et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation ». « Ou ce qui relève de mon bon vouloir pour signifier aux patrons et à la finance sans visage tout le mal que je pense d’eux », avait-il oublié d’ajouter à l’époque…

Et voici que pour la troisième édition de ce coup de com’ annuel, les dieux sont tombés sur la tête… même les syndicats ne veulent plus entendre parler de Moi, encore moins l’écouter. Les temps sont durs, ça se confirme !

Pour avoir écouté ce que disaient les urnes à deux reprises en quelques mois. Pour avoir promis d’infléchir une politique à la petite semaine dans un sens exigé par le principe de réalité. Pour avoir osé afficher des accents sociaux-libéraux en annonçant une énième fumisterie dont la mise en place demeure hypothétique, le Président se retrouve ostracisé dans un des exercices qui lui convient le mieux, le « dialogue ». Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tiré toutes les leçons de ces scrutins, ni d’avoir sacrifié le fidèle grognard au profit d’un va-t-en-guerre susceptible de rassurer le bon peuple et de donner une colonne vertébrale à des actions jusqu’ici couronnées d’échecs.

Las, la situation est bloquée… Un petit signe vers les chefs d’entreprise pour atténuer deux ans de pilonnage et c’est le salariat qui est vent-debout via les syndicats dont la très faible représentativité ne choque personne. L’important, c’est le pouvoir de nuisance… Un peu de réalisme économique et ce sont les députés –socialistes- qui mènent la fronde. Un peu –beaucoup- de chasse aux sorcières et c’est toute la classe politique qui s’insulte et se discrédite aux yeux des Français.

Même si le dialogue social n’est pas vraiment rompu, comme l’a souligné Jean-Claude Mailly (FO), qui craignait surtout de s’ennuyer à cette conférence sans objet –ou presque-, il est néanmoins interrompu pour le moment. Et, n’en déplaise à Manuel Valls, qui en minimise l’impact, cela porte encore un coup à la crédibilité du Président.

Pourtant voilà cent jours que le Président a donné un chef à son gouvernement… croyant ainsi envoyer un message fort à tous les mécontents. Cent jours que l’on voudrait croire à une main de fer dans un gant de velours (avec armatures en kevlar). Cent jours que l’on imagine qu’un miracle était possible -même un tout petit miracle-. Cent jours que le matamore de Barcelone affiche son regard d’acier, ses coups de mentons et ses propos déterminés. Cent jours que l’on attend que le louvoiement s’estompe derrière un peu de fermeté. Cent jours que l’on veut oublier son prédécesseur au point qu’Yves Calvi en a même perdu le prénom1. Cent jours qu’on attend : le pacte, les 50 milliards, les nouvelles régions, les économies, les festivals, les trains…

Les tensions s’accentuant de tous cotés, la « rentrée sociale », si chère aux syndicats sera peut-être une corrida et c’est alors qu’on verra ce que le Premier ministre donne dans l’arène…

Eh Manu, tu descends ?

*Photo : Benoit Tessier/AP/SIPA. AP21593816_000009.

Meurtre d’Albi : nous laissons n’importe qui entrer dans nos écoles

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meurtre albi ecole

C’est toujours pareil : il suffit que l’on s’éloigne pour qu’il se passe des choses. Je me suis donc éloigné quatre jours au Portugal : si vous ne connaissez pas Lisbonne, courez-y, c’est une ville splendide, avec tout ce qu’il faut de musées passionnants, de ruines de 1755, de restaurants tout à fait sublimes et diablement compétitifs. Bref, je ne vais pas vous refaire le guide touristique, mais trouver dans le cloître d’une église portugaise des panneaux d’azulejos consacrés aux Fables de La Fontaine (et pas les plus courantes), croyez-moi, cela vous redresse l’orgueil national, si je puis ainsi m’exprimer.

Parfois, je regardais les infos, sur la télé de ma chambre d’hôtel. C’est comme ça que j’ai appris, vendredi, qu’une institutrice d’Albi avait été poignardée à mort par une mère d’élève. Cela a tout de même occupé trois minutes d’une télé d’infos continues portugaise. Je n’ai pas tout compris, mais les interviews étant en français, ce que je n’avais pas saisi est devenu très clair.

J’ai même su que notre collègue assassinée (je ne vois pas très bien quel autre terme utiliser, vu que Rachida — ainsi s’appelle-t-elle — ne se rendait pas à l’école de ses enfants avec un couteau de cuisine sans une petite idée derrière la tête) avait eu droit au maximum du traitement minimum dans ce genre de cas : le ministre s’est déplacé à Albi. Il n’est tout de même pas allé jusqu’à convoquer une conférence de presse. Il n’est pas très bien conseillé, Hamon — il l’avoue lui-même. Mais Chatel n’avait guère fait mieux lorsqu’une enseignante de Béziers s’était immolée par le feu dans la cour de son lycée, comme jadis Jan Palach (qui se souvient encore de Jan Palach ? Les autorités communistes tchèques de cet hiver 1969 avaient camouflé elles aussi la vraie raison de suicide du jeune homme, qui protestait contre l’invasion de son pays par les forces du Pacte de Varsovie — il a fallu vingt ans pour que son geste porte). Et à l’époque, comme le rapportait Le Midi Libre, « le rectorat n’avait pas souhaité communiquer sur le sujet ».

J’étais tout à fait horrifié. Cela fait des années que je plaide pour que les parents, comme autrefois, veuillent bien rester à la porte de l’école. Des années que je m’oppose aux avancées de la FCPE qui réclame encore et toujours plus d’entrisme. Des années que je me bats pour que l’école soit un lieu d’enseignement, de transmission des savoirs, et pas une pétaudière où les mères désœuvrées viennent tailler une bavette avec des instituteurs qui ont autre chose à faire — par exemple remplir encore et encore des fiches d’évaluation. Vendredi, c’était le dernier jour de cours. La fête. Fabienne, elle récupérerait ses deux enfants à la sortie des classes — les siennes. Un quartier d’Albi paraît-il très mélangé. La télé portugaise a même précisé que la meurtrière était d’origine étrangère. Et déjà soignée pour des troubles psychiatriques. Et on la laisse entrer à l’école avec une arme. Tout va bien. D’ailleurs, manifestement, il n’y aura pas d’enquête. Circulez, y a rien à voir. Une folle. Internée à nouveau. Lorsqu’un enseignant se suicide, et c’est fréquent, même si le ministère ne tient plus de statistiques sur le sujet depuis 2002, c’est forcément parce qu’il a des problèmes hors école. Il est rarissime que l’institution avoue qu’elle y est peut-être pour quelque chose. Elle vient de le faire, neuf mois plus tard, pour notre collègue marseillais qui s’était suicidé, en début d’année, en protestation contre des programmes qui avaient vidé son enseignement de tout contenu réel. J’avais évoqué cette histoire ici même en septembre. Puis la chaîne a parlé d’autre chose. Et je suis sorti dîner. Bacalhau, Santa bacalhau…

Hier, je rentre en France. Et je reçois un SMS qui tourne apparemment chez nos collègues : « Vingt minutes du Journal sont consacrées aux Bleus qui ont perdu, et deux à notre collègue d’Albi poignardée devant ses élèves par un parent. Elle laisse à 34 ans deux petits enfants orphelins, un geste affreux qu’on banalise et excuse par un simple coup de folie. Pas de discours de notre ministre bien sûr ni même des Inspections. Puisque les écoles sont fermées et qu’on ne peut lui offrir une minute de silence, une petite pensée au moins par SMS. À faire passer à tous les collègues et enseignants (et pas que). Très bonnes vacances à tous. »

Et c’est bien vrai qu’un Journal se calcule en minutes. Une bande de mercenaires surpayés est renvoyée à la maison, ça, c’est du deuil national (Hollande, qui a décidément toutes les chances, pourra donc assister au défilé du 14 juillet, sans être obligé de se rendre au Brésil pour complaire à tous ces imbéciles et déplacer au lendemain la date de la Révolution, autre broutille, comparée au foot). 20 minutes de Journal, sur toutes les chaînes ; je viens de vérifier en replay. Une institutrice meurt dans l’exercice de ses fonctions parce que nous laissons n’importe qui entrer dans nos écoles, deux minutes de déploration — une déploration bien moindre que celle engendrée par le deuil des supporters — il devait y en avoir, des supporters, parmi les autres parents d’élèves d’Albi. Et ils votent.

Je suis en train de rédiger un livre sur l’état présent de l’Ecole après deux ans de socialisme — non, je rigole : « socialisme » est un terme très exagéré, pour désigner le tout-libéral aujourd’hui en œuvre. Je crois que je vais le dédicacer à Fabienne, à Pierre, et à Lise, à toutes celles et tous ceux que l’Education Nationale a broyés et continue de broyer. Puisqu’ils n’ont même pas eu droit à leur minute de silence, autant parler, et parler encore, même si le ministre n’entend rien. Même si personne n’entend rien.

*Photo : Amore Caterina.

L’UMP au bord du gouffre financier

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ump cope sarkozy dette finances

La dette de l’UMP dépasse les 74 millions d’euros. On peut comprendre la stupeur des militants. Mais il ne faut pas s’en étonner. Ceux qui dirigent l’UMP sont les mêmes que ceux qui ont dirigé la France pendant quinze ans.

La dette française a presque été multipliée par deux entre 1992 et 1997 sous Balladur et Juppé (Sarkozy étant ministre du budget de Balladur), passant de 400 à 785 milliards d’euros. Elle s’est stabilisée à 800 milliards d’euros quand la gauche de Jospin a gouverné de 1997 à 2002. Elle a à nouveau bondi de 800 milliards à 1200 milliards (+ 50%) sous Raffarin et Villepin (Sarkozy ayant encore fait un passage aux finances, et Copé au Budget). Elle s’est ensuite envolée de 1200 à 1800 milliards (+ 50 % encore) sous Fillon (Sarkozy étant alors président de la République).

Autrement dit, en quinze ans de gestion des finances françaises par la droite, la dette a plus que quadruplé.
Il faut dire que le creusement de la dette est une spécialité de la droite française. Elle est même championne du monde dans sa catégorie. Les déboires de l’UMP ne sont certes qu’un épiphénomène, mais très significatif : les Sarkozy, Juppé, Copé, Raffarin, Fillon et consorts qui ont dirigé ou dirigent l’UMP ont aussi dirigé la France. Avec les mêmes résultats catastrophiques.

François Fillon a déclaré en entrant à Matignon qu’il prenait la tête d’un pays ruiné (par Balladur, Juppé, Raffarin et Villepin…). Il l’a rendu encore plus ruiné que ruiné. Peut-être sera-t-il élu à la tête de l’UMP. Il pourra encore déclarer qu’il prend la tête d’un parti ruiné (par Copé). Il pourra le ruiner un peu plus à son tour.

Pourquoi cette fatalité ? Dans tous les pays occidentaux, l’ordre naturel des choses est que la droite assainit les comptes par une politique rigoureuse avant de laisser la place à une gauche plus dispendieuse. En France, c’est l’inverse, la droite creuse les déficits, laisse s’envoler la dette dans des proportions considérables avant de laisser la place à un gouvernement de gauche qui doit assainir les comptes par une politique de rigueur.

Pourquoi la droite qui se dit du côté des entreprises n’est même pas capable de gérer une PME comme l’UMP ? Parce que, pour reprendre une expression de Dominique Jamet, ce n’est pas « la droite la plus mal à droite du monde », c’est vraiment la droite la plus maladroite du monde. Parce que ces hauts fonctionnaires formés à l’ENA qui haïssent les fonctionnaires, ces avocats sans clients, ces magistrats sans juridiction, ne connaissent absolument rien à l’économie. Ils n’ont jamais gagné un centime de leur vie, ils n’ont fait que vivre des indemnités que leur accordent les citoyens ou les militants de leur parti. Ils n’ont jamais eu à gérer un budget, ils ont toujours vécu sur les fonds de la République. Et comme dans l’affaire Bygmalion, ils considèrent que le budget est sans fond et qu’ils peuvent puiser dedans sans retenue.

Leur confieriez-vous vos économies ? Moi pas.

*Photo : Images money.

Mon ami Pierre Katz

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katz nazisme camp

1. Quand Yalom rencontre Berger.

La plus grande angoisse d’Irvin Yalom, quand il était ado : ne pas trouver de filles pour une boum. Il est devenu professeur de psychiatrie et a écrit des récits fabuleux : La Méthode Schopenhauer,   Et Nietzsche a pleuré,  Le Jardin d’Épicure.

La plus grande angoisse de Bob Berger quand il était ado : être repéré par les nazis hongrois. D’une manière surprenante, c’est un flic de Budapest qui l’a sauvé. Il a émigré à 18 ans, seul, aux États-Unis, où il est devenu professeur de cardiologie.

Irvin et Bob sont maintenant des retraités. Amis depuis leur première rencontre à la fac de Washington, ils n’ont jamais abordé de sujets graves. Irvin préférait ignorer le passé de Bob. Et Bob ne voulait pas en parler. Cela tombait bien. Et puis, un jour, il est arrivé une curieuse aventure à Bob, alors qu’il se trouvait à l’aéroport de Caracas. Il a éprouvé le besoin de la raconter à son vieil ami Irvin. Et c’est ainsi que, cinquante ans après, le passé a fait retour dans le présent.

Yalom a été bouleversé. Bob l’a réconforté : « On s’habitue à tout », lui a-t-il dit. Yalom a réprimé un tremblement et hoché la tête en murmurant : « Bien sûr ». Jusqu’alors, ils avaient passé leur temps à plaisanter. Pour la première fois avant de se séparer, ils s’étreignirent. Puis, lentement, ils s’éloignèrent vers leurs nuits peuplées de rêves pour l’un, de cauchemars pour l’autre. Les confidences de Bob à Irvin relatées dans  En plein cœur de la nuit  m’ont rappelées celles de Pierre Katz, un ami de fac à Lausanne, déporté encore enfant avec toute sa famille, excepté son père fusillé, à Bergen-Belsen. Lui non plus n’avait pas les mêmes rêves que moi. Mais il aurait été indécent de s’apitoyer. Nous partagions tous les deux la même admiration pour Julien Green. Il lui avait écrit. Moi aussi. Julien Green lui avait répondu. Ce fut le début de leur correspondance. Même si j’en éprouvais un peu de dépit, je m’en réjouissais pour Pierre. Il n’y avait guère que Julien Green pour le comprendre. Moi, je m’intéressais trop aux filles. Et quand je le voyais chez lui dans sa robe de chambre élimée, j’avais trop peur de chialer. Nous goûtions un sorbet à la mangue et il jouait avec ses deux petites filles. Il me parlait de la couleur de son angoisse : elle était bleue, parfois si bleue qu’il se mettait à trembler. Je n’ai jamais osé le prendre dans mes bras. Et je ne saurai jamais si j’ai eu tort ou raison. [access capability= »lire_inedits »]

 

2. Division IV.

Si je pense à Pierre Katz, c’est que sa fille, Hélène, m’a envoyé un opuscule, Division IV,  qu’il avait publié en 1970, à Lausanne, dans le quotidien  Le Peuple  où nous avions travaillé ensemble. C’était un tiré-à-part, modeste comme son auteur, mort à Lausanne le 15 avril 2011. Il était né en Roumanie, en Transylvanie précisément, le 8 janvier 1941. Il eût mieux valu naître en Suisse, mais enfin, suisse, il l’était devenu et exhibait son passeport d’un beau rouge qui portait la mention : « Ce passeport à été établi sur la base de l’acte de naturalisation du 17 mai 1965 », ce qui montre bien, ajoutait Pierre K. que je suis né ailleurs, probablement près du château de K. , ou de l’endroit sinistre où K. fut égorgé.

Être né au mauvais endroit au mauvais moment conduisait parfois Pierre K. à l’hôpital psychiatrique de Cery,  sur les hauts de Lausanne. Une forme d’internement qui n’était pas sans rappeler les années passées à Bergen-Belsen. Quand des malades lui demandaient ce qu’il faisait là, il répondait simplement : « Je suis un littéraire qui a les nerfs malades et qui crève d’angoisse. » Les Valium 10 qu’il ingurgitait étaient bleus comme son angoisse. Mais rien ne le soulageait tant que de recevoir une lettre de Julien Green, qu’il aimait comme un père − le sien, je l’ai déjà dit, ayant été tué d’une balle dans la nuque par un SS sous ses yeux.

Pierre relisait aussi Kaputt,  de Malaparte, sur l’unique chaise de sa chambre qui sentait l’encaustique et la propreté. Il se demandait ce qui n’était pas « kaputt ». Il se demandait si l’histoire de ces juifs que l’on pendait avec leur chien était vraie. Il se demandait si le seul progrès dans notre monde ne sera pas un progrès vers plus de souffrance. Il pensait aussi à Kafka qui était mort en hurlant à son médecin : « Docteur, tuez-moi, sinon vous êtes un assassin ! » Mais il était en Suisse et des déesses bienveillantes  − Mesdemoiselles Roche, Ciba, Sandoz et Geigy − gommaient parfois ses angoisses, même si Pierre n’oubliait jamais que tout était truqué et que, dans sa somnolence,  il voyait tant de gens qui l’angoissaient se jeter  sur son angoisse pour l’assommer.

 

 3. La chasse aux forsythias.

Un jour, Pierre Katz éprouva le besoin de revoir l’hôpital psychiatrique de Cery avec sa fille, Hélène. Elle ne savait pas encore ce que le destin avait réservé à son père. Il envisageait de lui en parler tout en cherchant des forsythias. Il éclatait d’angoisse. Sa fille le percevait intuitivement. Arrivé devant la clinique, il lui dit :

« Tu sais, Hélène, on enferme beaucoup de gens.

– Où ça, papa ?

– À Auschwitz, par exemple. »

Et lui revint en mémoire, comme une chanson, cette phrase de Primo Levi : « …en vue des monts Beschides, les montagnes mêmes qui barraient le lugubre horizon d’Auschwitz. »

« Tu as été enfermé à Auschwitz ? demanda l’enfant.

Non, à Bergen-Belsen seulement.

– C’est loin d’ici ?

– Oui, répondit Pierre en riant, plus loin que la clinique.

– Et pourquoi tu as été enfermé à Bergen-Belsen ? Tu étais malade ?

– Oui, malade. Oui, je souffrais de judéité…

– Je ne comprends pas, papa. »

Il est préférable parfois de ne pas comprendre. Pas trop vite, tout au moins. [/access]

*Photo : MARY EVANS/SIPA/51164245_000001

Mondial de football : l’équipe de France a fait oublier 2010

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equipe france coupe monde

Dans toutes ses affaires, des plus grandes aux plus insignifiantes, la France a le génie de l’excès: c’est affligeant ou c’est sublime, c’est rarement passe-partout. En quart de finale de la coupe du monde 2014, la France est néanmoins partie sur la pointe des pieds, comme elle était rentrée dans ce mondial, après un match ennuyeux contre une Allemagne à peine mieux inspirée. En lieu et place de la revanche historique, c’est une défaite concédée sur un coup de tête suivie d’une laborieuse confrontation entre deux équipes lessivées a été offerte au spectateur d’un Maracana surchauffé. Si l’équipe de France n’a pas tenu sa revanche, elle a obtenu du moins sa rédemption. A défaut d’effacer 1982, 2014 a fait oublier 2010, ce qui n’est pas rien.

L’humiliation de Knysna a certainement eu un retentissement aussi important dans l’histoire du football français que la victoire de 1998. Il fallait donc mettre en place une stratégie qui permette de faire oublier rapidement que le rêve de l’équipe « Black-blanc-beur » championne du monde s’était douze ans plus tard transformé en vaudeville sordide pour enfant gâtés du ballon rond, à tel point que tout le monde a poussé un grand soupir de soulagement quand les petits cadors boudeurs se sont faits sortir par l’Afrique du sud à l’issue du premier tour en 2010. Le supplice avait beau avoir pris fin, il a laissé des traces, difficiles à effacer. Le coup de boule de Zidane en finale de la coupe du monde 2006 avait été le point de départ d’une lente descente aux enfers qui semblait ne plus devoir prendre fin. Il aura donc fallu que deux anciens médaillés de 1998 viennent au chevet du grand corps malade de l’équipe de France pour lui redonner vie.

Qu’elle a été longue la convalescence de cette équipe de France avec laquelle il fallait repartir de moins que zéro! Laurent Blanc, qui a hérité de la difficile succession de Raymond Domenech, s’y est cassé les dents mais a eu le mérite de sortir la sélection nationale de l’ornière en l’emmenant jusqu’aux quarts de finale de l’Euro 2012 avec un groupe partiellement renouvelé. Il restait néanmoins beaucoup à faire pour Didier Deschamps qui prenait sa relève avec en point de mire la Coupe du monde 2014. Et puis, comme écrivait Péguy, il y eut des prodromes, des signes annonciateurs d’une thérapie réussie et d’une résurrection. Ce fut tout d’abord la qualification inespérée et ce 3-0 contre l’Ukraine que plus personne n’attendait en novembre 2013. Puis, un par un, tous ceux qui symbolisaient le désastre de 2010 sont rentrés en coulisse, laissant la place à une équipe plus jeune, plus inexpérimentée mais aussi plus prometteuse. Le principal responsable du psychodrame sud-africain, Nicolas Anelka, avait bien peu de chances de réintégrer l’équipe de France après l’épisode de Knysna. Il a pris finalement la décision de démarrer une seconde carrière de maître-quenellier sur les pelouses anglaises en décembre 2013, alors même que ses anciens coéquipiers relevaient la tête et qualifiaient in extremis la France face à l’Ukraine. Anelka définitivement écarté et Ribéry victime d’une providentielle blessure, c’était donc le spectre funeste de 2010 qui cessait quelque peu de planer sur la nouvelle équipe de France. Il ne restait plus à Didier Deschamps qu’à redonner à cette équipe une personnalité un peu plus en accord avec ce que pouvaient en attendre ses supporters. On a pu voir clairement que l’éviction de l’ordurier Samir Nasri obéissait à cette logique: valoriser l’esprit de groupe et la retenue, fût-ce au détriment de la performance individuelle. Nasri pouvait toujours se consoler en organisant des concours d’injures avec sa rombière qui semblait aussi bien se débrouiller que lui dans ce registre. Restait à Didier Deschamps à peaufiner la communication des Bleus, cru 2014, et, en la matière, il a su se montrer aussi efficace que ses joueurs sur le terrain, employant quelques artifices rhétoriques éprouvés.

Les Antiques et les Humanistes de la Renaissance ont développé un certain nombre de figures de style que le football s’est fait fort de réemployer avec parfois plus ou moins de bonheur. Les commentateurs ont ainsi fréquemment recours à l’hypotypose rhétorique, dont l’efficacité repose sur « un artifice de représentation de l’idée »[1. Bernard Dupriez. Gradus, les procédés littéraires. Editions 10/18. 2003. p. 240.], une invention visuelle propre à mettre les faits sous les yeux du spectateur en employant le pathos plutôt que l’argumentation[2. Ainsi que dans le sac de Troie décrit par Virgile dans L’Enéide, livre II.]. Passé maître dans ce type de rhétorique, Thierry Roland a imposé des figures de style devenues des classiques que les écoliers de France sont appelés à apprendre par cœur durant encore quelques générations. Ainsi :

 

Il a été fauché,

Comme un lapin

En plein vol,[3. Thierry Roland. Goal volant et austres creastures estraordinaires. Editions Fabula. Paris, Saint-Germain. 1982.]

Ou encore le merveilleux :

 

Le ballon est allé

dans le zig

Et lui est allé

dans le zag,[4. Thiery Roland. J’ai ! J’ai ! Editions Maillot. 1978.]

 

Seul rescapé de la coupe du monde de 2010, Patrice Evra n’est, semble-t-il, pas resté traumatisé par l’événement et cultive, quant à lui, un style rhétorique plus épidictique, c’est-à-dire usant avec force de l’éloge ou du blâme pour frapper l’esprit de l’auditoire. Interrogé lors d’une conférence de presse du Mondial 2014 sur sa responsabilité dans le fiasco de 2010, l’ancien capitaine des Bleus a coupé court à toute critique en employant un fort bel artifice, répondant à ses détracteurs :

 

Je m’aime tout le temps

Le Pat de 2010 et de 2014

Je les kiffe tous les deux[5. Patrice Evra. Le panégéryque du Moi. Editions du Narcisse. 2014.],

 

Laissant Patrice Evra à son éloge et abandonnant Samir Nasri à Juvénal, Didier Deschamps s’est employé lui aussi à travailler la rhétorique épidictique, allant plutôt, cependant, dans le sens du blâme que celui de l’éloge, comme quelques joueurs trop turbulents ont pu rapidement en faire l’expérience. Il faut dire que les entraîneurs de football sont sans doute les plus rodés en la matière, habitués qu’ils sont à être portés au pinacle un jour et voués aux gémonies le lendemain, souvent avec quelques raisons, comme ce fut le cas avec l’étrange Raymond Domenech.

On a donc vu Didier Deschamps s’acharner à faire renaître, par la magie de la rhétorique, des vertus depuis bien longtemps oubliées en équipe de France, telles que l’humilité et l’esprit d’équipe, en sanctionnant avec douceur les poussées d’infantilisme, en coupant court aux caprices de starlettes et surtout en n’hésitant pas à en rajouter systématiquement et en toute occasion une couche dans la célébration du collectif. En aucun cas il ne s’agissait de sortir du Mondial 2014 comme de celui de 2010, accompagné des mots de Quintilien : « Il me semblait voir les uns entrer, les autres sortir, certains que les beuveries de la veille faisaient bâiller. Le sol était sale, gluant de vin, jonché de couronnes à demi fanées et d’arrêtes de poissons » À force d’accolade démonstratives, d’embrassades répétées et de sages déclarations, il a fini par advenir ce à quoi l’on ne croyait plus : la France s’est vue dotée d’une véritable équipe. Pas seulement un agrégat improbable de grands gamins infatués et caractériels, non ! Une véritable équipe de football avec des vrais morceaux de joueurs dedans qui se passent la balle intelligemment et disputent de véritables matchs !

Un mélange d’humilité étudiée et d’entêtement bien renseigné, voilà ce que fut la rhétorique à la Deschamps: une excusatio propter infirmitatem ou figure de la « modestie affectée » qui vise à construire un ethos empreint d’une modestie de bon aloi. Reste à savoir si cette stratégie de communication efficace ne se révélera sur la durée n’être qu’une stratégie. Les grandes messes footballistiques ont ceci d’intéressants qu’elles révèlent en partie les évolutions des sociétés. Le spectacle offert en 2010 était affligeant, celui de 2014 encore préoccupant. L’équipe de France s’est au moins montrée un peu plus digne mais les laissés pour compte comme Ribéry ou Nasri ont démontré, même hors compétition, qu’ils étaient encore capables de faire parler d’eux de la manière la plus détestable. Souhaitons qu’ils ne reviennent tout simplement jamais et aillent cultiver leur rhétorique égotique sur d’autres terrains de jeux, ce serait la plus belle victoire de cette Coupe du monde pour la France.

*Photo : Ben Queenborough/BPI/RE/REX/SIPA. REX40329310_000135. 

Sacré Foucault!

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Quoi de neuf sur le front religieux ? On apprend – tétanisés – par de grandes affiches dans Paris, et par des articles hagiographiques dans toute la presse autorisée, que l’ex-otage des FARC – et madone écologiste victimaire de toutes les femmes otages – Ingrid Betancourt revient sur le devant de la scène. Grâce à un livre : La ligne bleue (Gallimard). Le nom seul d’Ingrid Betancourt nous renvoie aux heures les plus sombres de l’idolâtrie-pour-tous et des grands mouvements collectifs d’amour aux « grands absents », otages ou autre, dont les visages gigantesques ornaient il y a peu encore certaines façades d’hôtels de villes hexagonaux. On se souvient de ces foules recueillies, déposant de petites bougies pour-que-personne-n’oublie, ou encore pleurant à chaudes larmes. Ingrid nous revient donc, plus madone médiatique que jamais. Elle a trouvé Dieu. Libération nous apprend que l’ex-députée écologiste colombienne est redevenue étudiante, et prépare à Oxford un doctorat sur la « théologie de la libération » ; « C’est une théologie née en Amérique latine et qui a utilisé des éléments marxistes pour analyser les Écritures » résume-t-elle. L’héroïne mystique de son roman est, nous dit-on, souvent prise de visions… Prions qu’elle échappe aux Prix littéraires, sinon la Mairie de Paris serait bien foutue d’orner à nouveau la façade de l’hôtel de ville du portrait de Sainte-Ingrid, afin de célébrer sa gloire et sa félicitée.

Aux illustres inconnus, la Patrie reconnaissante ! La religion des hommes illustres se pratique au quotidien à Paris intra-muros dans un endroit terrifiant, appelé le Panthéon ; temple des courants d’air où l’on stocke les dépouilles de grands hommes et des grandes femmes qui n’ont absolument rien demandé. Quiconque garde un œil sur l’’illustre édifice – exigeant un sérieux resserrage de boulons depuis des lustres – a immanquablement observé qu’une vaste bâche a été étendue sur son pourtour durant les travaux. Une bâche composée de portraits d’inconnus illustres. Non, pardon, d’illustres inconnus. C’est l’œuvre d’un artiste nommé « JR », et dont le plus ardent désir – certainement – consistait à exposer publiquement ces faciès obscurs… Il y a peu, les plus hautes autorités ont cru bon d’interroger sur le web les français sur qui devait intégrer le Panthéon. Une association féministe souhaitait que Simone de Beauvoir pénètre dans l’édifice. J’ai personnellement voté pour Zinedine Zidane et Mimie Mathy, qui sont les français préférés du Journal du Dimanche. J’ajoute, ce jour, Benzéma, malgré la contre-performance de l’équipe de France de hockey sur gazon…

Religion, encore ! Nous apprenons qu’un portrait géant de Michel Foucault a été étendu non-accidentellement sur la Mairie du 4ème arrondissement de Paris. Retour aux portraits géants, donc. Michel Foucault, cette fois-ci. Foucault, le philosophe, pas l’autre. L’AFP nous informe : «  Il y a trente ans, disparaissait le philosophe Michel Foucault : pour célébrer cet anniversaire, un portrait géant de ce professeur au Collège de France et militant, a été hissé mercredi sur la façade de la Mairie du 4e à Paris. » Christophe Girard, maire du 4e arrondissement de Paris et conseiller régional d’Ile-de-France ajoute, pieusement : « L’homme, le militant et le philosophe manquent mais continuent à nous éclairer ».

Amen.

Pour en finir avec la loi de 1973

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« Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France. »  (Article 25 de la loi 73-7 du 3 janvier 1973)

Les détracteurs de la fameuse loi de 1973 — dite aussi « loi Pompidou-Giscard » ou « loi Rothschild » — expliquent à qui veut bien l’entendre que c’est par cet article 25 que le gouvernement français, pour satisfaire les intérêts de « la finance », a interdit au Trésor d’emprunter de l’argent à la Banque de France et, partant, a créé les conditions de notre dette publique actuelle. Je ne reviendrai pas sur l’inanité des théories du complot en général et me contenterai d’un argument factuel et documenté. En résumé, tout ce que racontent les détracteurs de cette loi est faux.

Primo, cet article n’est pas d’origine gouvernementale. Il a été introduit à l’initiative du rapporteur général de la commission des finances du Sénat puis rédigé dans sa forme définitive et institué comme un article à part entière lors de l’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale. Jean Taittinger, secrétaire d’État au budget qui représentait le gouvernement au Sénat comme à l’Assemblée, s’est contenté de ne pas s’y opposer.

Deuxio, cet article n’introduit rien de nouveau : l’interdiction qui est faite au Trésor de présenter ses propres bons à l’escompte de la Banque de France est un principe déjà communément admis. Le législateur estimait que cette précision n’était qu’une « sage précaution » afin d’interdire au Trésor de « tourner la législation sur les émissions de monnaie ou de quasi-monnaie ». De fait, une disposition similaire est déjà présente dans la loi du 24 juillet 1936.

Tercio et c’est le plus important, si le Trésor ne peut effectivement pas présenter ces effets à l’escompte de la Banque de France, il peut en revanche obtenir des avances et des prêts. C’est l’objet de l’article 19 de la loi de 1973 qui précise que les modalités de ces prêts et avances feraient l’objet de « conventions passées entre le ministre de l’économie et des finances et le gouverneur » et que ces conventions devaient être « approuvées par le Parlement ».

De fait, la convention du 17 septembre 1973, passée entre le ministre de l’économie et des finances (Valéry Giscard d’Estaing) et le gouverneur de la Banque de France (Olivier Wormser) et approuvée par la loi 73-1121 du 21 décembre 1973 fixe les modalités des concours de trésorerie apportés par la banque centrale au Trésor : ce dernier peut emprunter jusqu’à 20,5 milliards de francs dont 10,5 milliards gratuitement et 10 milliards sur lesquels il paiera des intérêts très faibles[1. En l’occurrence, le « taux le plus bas pratiqué par la banque à l’occasion de ses interventions les plus récentes, au jour le jour ou à très court terme, sur le marché monétaire ».]. L’article 5 de la loi prévoit que ces plafonds puissent évoluer selon une règle relativement complexe que je renonce à expliquer ici. Toujours est-il que la loi de 1973 n’interdit absolument pas au Trésor de se financer gratuitement ou quasi-gratuitement auprès de la Banque de France.

Mais à quoi correspond ce montant ? Pourquoi limiter les prêts de la banque centrale au Trésor à 20,5 milliards de francs ? La réponse est extrêmement simple : c’est tout simplement l’officialisation de ce qui existait avant. C’est ainsi que le rapporteur général le présente et c’est effectivement la conclusion à laquelle on arrive en étudiant les séries historiques : la loi de 1973 n’a fait que codifier, simplifier et officialiser une situation existante. Bien avant 1973 et jusqu’en 1993, la Banque de France pouvait prêter directement au Trésor à condition de respecter une enveloppe déterminée par le législateur[2. Voir Éric Monnet, Politique monétaire et politique du crédit en France pendant les Trente Glorieuses, 1945-1973, thèse de doctorat, EHESS, page 155 et suivantes.].

C’est l’essence et la raison d’être de cette loi de 1973 : mettre au propre les statuts et le mode de fonctionnement de la banque centrale et, notamment, remplacer les bricolages opaques grâce auxquels le Trésor parvenait à s’endetter plus que ce qu’il devait auprès de la Banque de France[3. La situation qui prévalait avant la loi de 1973 était codifiée par la loi du 28 décembre 1959, signée de la main même du général de Gaulle, au titre de laquelle les prêts et avances de la Banque de France au Trésor étaient limitées à 11,5 milliards de nouveaux francs.] par un mécanisme officiel, transparent et sous contrôle parlementaire. L’idée selon laquelle elle aurait interdit ou même restreint la capacité de l’État à faire appel à sa banque centrale pour financer ses déficits est au mieux une erreur, au pire un mensonge pur et simple.

Ce qui s’est passé, très simplement, c’est qu’à partir de la relance de Chirac en 1975 et tout au long des quarante exercices budgétaires qui ont suivi, tous nos gouvernements, de droite comme de gauche, ont systématiquement voté des budgets déficitaires. Les dettes se sont accumulées et, l’inflation aidant, le plafond fixé par la loi de 1973 est vite devenu dérisoire au regard des sommes en jeu. Aujourd’hui encore, ceux-là mêmes qui dénoncent la « dette illégitime » sont les premiers à rejeter tout retour à l’équilibre (sans même parler d’excédents !).

L’ironie de cette histoire est double. D’abord, il est pour le moins piquant de voir de prétendus gaullistes dénoncer ce complot chimérique alors que s’il y a eu complot, le comploteur en chef c’était de Gaulle lui-même. Dès son retour au pouvoir en 1958, la position du Général était on ne peut plus clair : rembourser la dette, mettre fin aux politiques inflationnistes et créer un franc fort (le nouveau franc) pour acter le tout. En effet, si la Banque de France finançait environ 28% de la dette publique au cours des années 1950, ce chiffre chute à 16% entre 1960 et 1973 : c’est donc bien Charles de Gaulle qui a poussé le Trésor à s’endetter sur les marchés.

Enfin, deuxième ironie, je ne doute pas un instant que ces quelques mots seront balayés d’un revers de main dédaigneux par tous ceux que Dupont-Aignan, Le Pen et Mélenchon ont déjà convaincu. C’est une manifestation de ce que j’appelle la loi de Brandoloni : « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter une connerie est un ordre de grandeur plus importante que celle utilisée pour la produire ». Les théories du complot ont ceci de doublement terrible qu’elles sont extrêmement faciles à élaborer et à colporter mais presque impossibles à réfuter totalement.

 

Qu’est-ce que la langue française leur a fait?

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Tous aux abris ! Il se murmure qu’une suite au nanar black-blanc-beur de l’année serait dans les tuyaux. Brigitte Maccioni, productrice de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu, dont je vous avais dit tout le bien que j’en pensais, a vendu la mèche à la radio. Ulcéré par sa bande-annonce aussi racoleuse qu’une dame du monde, j’avais rapidement cerné le propos ultradérangeant du film aux dix millions d’entrées : le paradis, c’est les Autres ! Comme l’avait résumé Gil dans notre numéro de juin, à en croire le synopsis un rien bêta de cette comédie, la France moisie et ses pondeuses cathos finiront sauvées par l’apport étranger, qui vient bousculer ses bons vieux papys réacs – de mon côté, pour pratiquer le métissage, à la différence de la plupart de ses thuriféraires, je sais qu’il n’est ni ange ni bête…

Alors, suite ou pas suite ? « Le tout sera d’avoir une très, très bonne histoire pour ne pas être déceptif » (sic) a annoncé la directrice du pôle production d’UGC. Déceptif, quésaco ? Dans le doute, j’ai sorti mon Larousse puis, en désespoir de cause, j’ai fini par me replier sur le dictionnaire d’Oxford. Il semblerait que la productrice de ce petit chef d’œuvre manie une langue aussi inventive que les lauréats du bac 2014 avec « mansion » (sic). Après enquête, il s’avère que Déceptif signifierait décevant en franglais de cuisine. Même un cancre de la langue de Patrick Hernandez sait bien que décevant se dit disappointing, deceptive qualifiant plutôt quelque chose de trompeur. Bref, cette chère Brigitte Maccioni a commis un double barbarisme, prenant un mot d’anglais pour un autre, preuve qu’elle piétine les deux idiomes avec équanimité.

Ceci dit, ne comptez pas sur moi pour jouer les scrogneugneux de la  grammaire : bien que la place du regretté maître Capelo reste à prendre, je ne changerais pour rien au monde les parkings en parcs de stationnement et mes week-ends en fins de semaine. D’ailleurs, je vous laisse, j’ai swimming-pool.

Paris : enfumer tue

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hidalgo interdit cigarette parc

hidalgo interdit cigarette parc

« La mairie de Paris va tester l’interdiction de dire des gros mots dans une station de métro ». Ou encore : « Anne Hidalgo teste l’interdiction de manger un sandwich dans un bus. » Et même, pourquoi pas : « La capitale expérimente l’interdiction de courir sur un trottoir. » Un jour, vous lirez l’un de ces titres et vous ne serez même pas surpris. Tenez, lundi déjà, dans Le Parisien, on pouvait lire : « Paris va tester l’interdiction de la cigarette dans un jardin public. » Et l’article – très sérieux – indiquait : « La nouvelle maire de Paris n’a pas précisé dans quel jardin public cette initiative serait menée. »

Ce même jour, le journal titrait aussi, en Une : « Des policiers de la Goutte d’Or décrètent l’état d’urgence. » Suite à trois interventions qui ont viré à l’émeute, jeudi, vendredi et samedi derniers, un policier s’alarme : « Les voyous tiennent le quartier. » L’un d’entre eux aurait-il allumé une cigarette au beau milieu du square Léon, où les mères de famille du coin promènent leurs bambins tandis que les vieux jouent aux échecs ? Non, le premier jour, il s’agissait d’une « bagarre au couteau entre sept individus ». Le second, du vol à l’arraché d’un bijou à 16000 euros. Et le troisième, d’un receleur de fringues tombées du camion.

Les agents du commissariat de la Goutte d’Or, visiblement très inquiets, déplorent le manque d’effectifs et se voient contraints de lancer régulièrement un « appel à toutes les unités ». La semaine dernière, 200 collègues de la capitale sont ainsi venus leur prêter main forte. Mais on apprenait lundi par Le Figaro que le Grand Paris comptait aujourd’hui 1000 policiers de moins que début 2012. Dans ces conditions, il n’est pas évident qu’Anne Hidalgo trouvera la main d’œuvre nécessaire pour généraliser sa dernière idée liberticide, dans l’hypothèse où son test de prohibition de la tabagie à l’air libre serait jugé concluant.

C’est qu’il y a, paraît-il, plus grave que de fumer à proximité d’enfants en bas âge shootés aux hydrocarbures dans les aires de jeu de nos jardins publics. A certains endroits, les forces de l’ordre peinent de plus en plus à faire respecter quelques interdits de base comme la tentative d’homicide à l’arme blanche ou le vol avec violences. De même, il se pourrait bien qu’on manque de bras pour verbaliser les clients de prostituées, tant la police semble avoir déjà du mal à trouver les effectifs et le temps nécessaires pour démanteler les réseaux de proxénétisme. Mais chacun ses priorités.
Celle d’Anne Hidalgo comme de l’exécutif, c’est de créer sans cesse de nouvelles interdictions respectables pour faire oublier toutes celles qui ne sont pas respectées. A ce rythme, on ne pourra bientôt plus s’en griller une ou parler trop fort sans s’exposer à une amende. Et toutes les activités criminelles pourront s’épanouir tranquillement, le gendarme ayant beaucoup trop à faire dans les squares et à la terrasse des bars pour courir après le voleur.

Il n’est pas interdit d’interdire, mais il est autorisé de s’interroger sur nos priorités. Maîtriser l’incendie ou prohiber la fumée ?

Pays-Bas, l’école des perdants magnifiques

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pays-bas foot coupe du monde

pays-bas foot coupe du monde

Emmenés par leur trio de trentenaires (Sneijder,Van Persie et Robben) les Oranje (leur surnom dans la langue de Spinoza) disputent ce soir à l’Argentine une place pour le Graal footballistique. Il n’y a pas grand-chose de surprenant à retrouver les Pays-Bas en demi-finale de Coupe du monde tant le petit pays du Benelux (même pas 17 millions d’habitants) est un habitué des grands rendez-vous du ballon rond. Trois finales de Coupe du monde en quarante ans, c’est autant que l’Italie. Mais la vitrine à trophées néerlandaise reste désespérément vide depuis le seul et unique sacre à ce jour, le championnat d’Europe des Nations 1988.
Malgré ce maigre palmarès, les Oranje bénéficient d’une côte de popularité importante, notamment en France. En plus d’être des perdants magnifiques (défaites en finale des coupes du monde 1974,1978 et 2010) comme nous les aimons depuis Coubertin, ils cultivent une identité de jeu propre à faire lever les foules.

On peut distinguer trois générations ayant contribué au mythe batave. Dans les années 70, le géant Johan Cruijff, dit le « Hollandais volant », enthousiasmait observateurs avisés autant que profanes qui suivaient ses exploits en mondovision. Restera de cette période une philosophie de jeu faisant la part belle au jeu en mouvement, avec possession de balle outrancière dont s’inspireront nombre d’équipes par la suite, notamment Barcelone, théâtre des exploits de Cruijff comme joueur puis entraîneur.
Survint ensuite la génération de la fin des années 80 et du début de la décennie 1990, qui perpétuait l’idée de « football total ». Cette équipe remporta donc le seul titre national face à l’URSS de Belanov en 1988 grâce à une reprise de volée d’anthologie de Marco Van Basten. Avec ses autres porte-étendards qu’étaient Gullit ou Rijkaard, cette génération n’aura pas cependant la gloire de ses aînées, coupable d’avoir malencontreusement trouvé sur sa route la RFA en 90 puis le Brésil en 94.
Lui succéda la génération Bergkamp/Kluivert à la fin des années 1990, pour un nouvel échec proche de la consécration. C’est le Brésil qui sera de nouveau le bourreau des Pays-Bas en 1998, mettant fin au parcours exceptionnel de Seedorf, Overmars et les autres, qui s’arrêtent au stade de la demi-finale. Au passage, Denis Bergkamp se sera illustré lors du quart de finale vainqueur face à l’Argentine en marquant un but rentré dans la légende du tournoi.

Le point commun entre toutes ces générations dorées ? La culture du jeu ! Alors que la fédération française se confond en circonlocutions depuis des lustres autour d’une « identité de jeu » introuvable, les Néerlandais ont un club formateur majeur : l’Ajax Amsterdam, dont l’académie jouit d’une réputation mondiale. Ce « moule » est un vivier de talents dans lequel la sélection batave pioche pour former l’équipe nationale. Son centre de formation cultive une identité de jeu propre, le fameux 4-3-3 (appliqué à toutes ses équipes) et insiste sur cinq axes de travail : technique, discernement, personnalité et vitesse[1. La culture du beau jeu imprégnera d’ailleurs longtemps le style des Oranje, bien qu’elle se soit quelque peu perdue, la faute aux désidératas d’entraîneurs à l’approche du jeu trop rigide.].

Cette politique trouvera son point d’orgue dans la victoire de l’Ajax en finale de la Ligue des Champions 1995[2. Dernière de l’époque pré-Bosman, l’équipe de l’Ajax était alors essentiellement composée de joueurs du cru.]. Un exploit ayant marqué la fin d’une époque et annoncé le déclin du foot néerlandais dans le continent. Car l’Ajax continua certes de former, mais vacilla sous les coups du foot business, les grands clubs continentaux se faisant un plaisir de récolter les fruits du travail mené à Amsterdam.
Dans cette Coupe du monde, l’histoire de 2010 se répète. Impressionnant vainqueur du tenant du titre espagnol lors du premier match, la sélection néerlandaise a baissé son niveau de jeu au fil des matchs, tant et si bien qu’on peine parfois à retrouver dans l’équipe les influences des glorieux aînés. Mais en football, les légendes ne meurent jamais…

* Photo : Wong Maye-E/AP/SIPA/AP21593282_000174

Conférence sociale : Manu, tu descends?

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conference sociale boycott valls hollande

conference sociale boycott valls hollande

Et un et deux et trois zéros… Trois syndicats, puis quatre, claquent la porte de la conférence sociale –Solidaires, CGT, FO, FSU-, promise comme un temps fort et cadencé du déroulement de la Présidence Hollande.

C’était pourtant le mantra numéro 12 du candidat Moi. Marqueur d’un quinquennat socialiste nécessairement placé sous le signe du dialogue social. Produit de contraste avec le précédent Président, forcément suspecté d’inspirer la crispation aux camarades syndiqués : « Moi président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats, et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation ». « Ou ce qui relève de mon bon vouloir pour signifier aux patrons et à la finance sans visage tout le mal que je pense d’eux », avait-il oublié d’ajouter à l’époque…

Et voici que pour la troisième édition de ce coup de com’ annuel, les dieux sont tombés sur la tête… même les syndicats ne veulent plus entendre parler de Moi, encore moins l’écouter. Les temps sont durs, ça se confirme !

Pour avoir écouté ce que disaient les urnes à deux reprises en quelques mois. Pour avoir promis d’infléchir une politique à la petite semaine dans un sens exigé par le principe de réalité. Pour avoir osé afficher des accents sociaux-libéraux en annonçant une énième fumisterie dont la mise en place demeure hypothétique, le Président se retrouve ostracisé dans un des exercices qui lui convient le mieux, le « dialogue ». Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tiré toutes les leçons de ces scrutins, ni d’avoir sacrifié le fidèle grognard au profit d’un va-t-en-guerre susceptible de rassurer le bon peuple et de donner une colonne vertébrale à des actions jusqu’ici couronnées d’échecs.

Las, la situation est bloquée… Un petit signe vers les chefs d’entreprise pour atténuer deux ans de pilonnage et c’est le salariat qui est vent-debout via les syndicats dont la très faible représentativité ne choque personne. L’important, c’est le pouvoir de nuisance… Un peu de réalisme économique et ce sont les députés –socialistes- qui mènent la fronde. Un peu –beaucoup- de chasse aux sorcières et c’est toute la classe politique qui s’insulte et se discrédite aux yeux des Français.

Même si le dialogue social n’est pas vraiment rompu, comme l’a souligné Jean-Claude Mailly (FO), qui craignait surtout de s’ennuyer à cette conférence sans objet –ou presque-, il est néanmoins interrompu pour le moment. Et, n’en déplaise à Manuel Valls, qui en minimise l’impact, cela porte encore un coup à la crédibilité du Président.

Pourtant voilà cent jours que le Président a donné un chef à son gouvernement… croyant ainsi envoyer un message fort à tous les mécontents. Cent jours que l’on voudrait croire à une main de fer dans un gant de velours (avec armatures en kevlar). Cent jours que l’on imagine qu’un miracle était possible -même un tout petit miracle-. Cent jours que le matamore de Barcelone affiche son regard d’acier, ses coups de mentons et ses propos déterminés. Cent jours que l’on attend que le louvoiement s’estompe derrière un peu de fermeté. Cent jours que l’on veut oublier son prédécesseur au point qu’Yves Calvi en a même perdu le prénom1. Cent jours qu’on attend : le pacte, les 50 milliards, les nouvelles régions, les économies, les festivals, les trains…

Les tensions s’accentuant de tous cotés, la « rentrée sociale », si chère aux syndicats sera peut-être une corrida et c’est alors qu’on verra ce que le Premier ministre donne dans l’arène…

Eh Manu, tu descends ?

*Photo : Benoit Tessier/AP/SIPA. AP21593816_000009.

Meurtre d’Albi : nous laissons n’importe qui entrer dans nos écoles

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meurtre albi ecole

meurtre albi ecole

C’est toujours pareil : il suffit que l’on s’éloigne pour qu’il se passe des choses. Je me suis donc éloigné quatre jours au Portugal : si vous ne connaissez pas Lisbonne, courez-y, c’est une ville splendide, avec tout ce qu’il faut de musées passionnants, de ruines de 1755, de restaurants tout à fait sublimes et diablement compétitifs. Bref, je ne vais pas vous refaire le guide touristique, mais trouver dans le cloître d’une église portugaise des panneaux d’azulejos consacrés aux Fables de La Fontaine (et pas les plus courantes), croyez-moi, cela vous redresse l’orgueil national, si je puis ainsi m’exprimer.

Parfois, je regardais les infos, sur la télé de ma chambre d’hôtel. C’est comme ça que j’ai appris, vendredi, qu’une institutrice d’Albi avait été poignardée à mort par une mère d’élève. Cela a tout de même occupé trois minutes d’une télé d’infos continues portugaise. Je n’ai pas tout compris, mais les interviews étant en français, ce que je n’avais pas saisi est devenu très clair.

J’ai même su que notre collègue assassinée (je ne vois pas très bien quel autre terme utiliser, vu que Rachida — ainsi s’appelle-t-elle — ne se rendait pas à l’école de ses enfants avec un couteau de cuisine sans une petite idée derrière la tête) avait eu droit au maximum du traitement minimum dans ce genre de cas : le ministre s’est déplacé à Albi. Il n’est tout de même pas allé jusqu’à convoquer une conférence de presse. Il n’est pas très bien conseillé, Hamon — il l’avoue lui-même. Mais Chatel n’avait guère fait mieux lorsqu’une enseignante de Béziers s’était immolée par le feu dans la cour de son lycée, comme jadis Jan Palach (qui se souvient encore de Jan Palach ? Les autorités communistes tchèques de cet hiver 1969 avaient camouflé elles aussi la vraie raison de suicide du jeune homme, qui protestait contre l’invasion de son pays par les forces du Pacte de Varsovie — il a fallu vingt ans pour que son geste porte). Et à l’époque, comme le rapportait Le Midi Libre, « le rectorat n’avait pas souhaité communiquer sur le sujet ».

J’étais tout à fait horrifié. Cela fait des années que je plaide pour que les parents, comme autrefois, veuillent bien rester à la porte de l’école. Des années que je m’oppose aux avancées de la FCPE qui réclame encore et toujours plus d’entrisme. Des années que je me bats pour que l’école soit un lieu d’enseignement, de transmission des savoirs, et pas une pétaudière où les mères désœuvrées viennent tailler une bavette avec des instituteurs qui ont autre chose à faire — par exemple remplir encore et encore des fiches d’évaluation. Vendredi, c’était le dernier jour de cours. La fête. Fabienne, elle récupérerait ses deux enfants à la sortie des classes — les siennes. Un quartier d’Albi paraît-il très mélangé. La télé portugaise a même précisé que la meurtrière était d’origine étrangère. Et déjà soignée pour des troubles psychiatriques. Et on la laisse entrer à l’école avec une arme. Tout va bien. D’ailleurs, manifestement, il n’y aura pas d’enquête. Circulez, y a rien à voir. Une folle. Internée à nouveau. Lorsqu’un enseignant se suicide, et c’est fréquent, même si le ministère ne tient plus de statistiques sur le sujet depuis 2002, c’est forcément parce qu’il a des problèmes hors école. Il est rarissime que l’institution avoue qu’elle y est peut-être pour quelque chose. Elle vient de le faire, neuf mois plus tard, pour notre collègue marseillais qui s’était suicidé, en début d’année, en protestation contre des programmes qui avaient vidé son enseignement de tout contenu réel. J’avais évoqué cette histoire ici même en septembre. Puis la chaîne a parlé d’autre chose. Et je suis sorti dîner. Bacalhau, Santa bacalhau…

Hier, je rentre en France. Et je reçois un SMS qui tourne apparemment chez nos collègues : « Vingt minutes du Journal sont consacrées aux Bleus qui ont perdu, et deux à notre collègue d’Albi poignardée devant ses élèves par un parent. Elle laisse à 34 ans deux petits enfants orphelins, un geste affreux qu’on banalise et excuse par un simple coup de folie. Pas de discours de notre ministre bien sûr ni même des Inspections. Puisque les écoles sont fermées et qu’on ne peut lui offrir une minute de silence, une petite pensée au moins par SMS. À faire passer à tous les collègues et enseignants (et pas que). Très bonnes vacances à tous. »

Et c’est bien vrai qu’un Journal se calcule en minutes. Une bande de mercenaires surpayés est renvoyée à la maison, ça, c’est du deuil national (Hollande, qui a décidément toutes les chances, pourra donc assister au défilé du 14 juillet, sans être obligé de se rendre au Brésil pour complaire à tous ces imbéciles et déplacer au lendemain la date de la Révolution, autre broutille, comparée au foot). 20 minutes de Journal, sur toutes les chaînes ; je viens de vérifier en replay. Une institutrice meurt dans l’exercice de ses fonctions parce que nous laissons n’importe qui entrer dans nos écoles, deux minutes de déploration — une déploration bien moindre que celle engendrée par le deuil des supporters — il devait y en avoir, des supporters, parmi les autres parents d’élèves d’Albi. Et ils votent.

Je suis en train de rédiger un livre sur l’état présent de l’Ecole après deux ans de socialisme — non, je rigole : « socialisme » est un terme très exagéré, pour désigner le tout-libéral aujourd’hui en œuvre. Je crois que je vais le dédicacer à Fabienne, à Pierre, et à Lise, à toutes celles et tous ceux que l’Education Nationale a broyés et continue de broyer. Puisqu’ils n’ont même pas eu droit à leur minute de silence, autant parler, et parler encore, même si le ministre n’entend rien. Même si personne n’entend rien.

*Photo : Amore Caterina.

L’UMP au bord du gouffre financier

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ump cope sarkozy dette finances

ump cope sarkozy dette finances

La dette de l’UMP dépasse les 74 millions d’euros. On peut comprendre la stupeur des militants. Mais il ne faut pas s’en étonner. Ceux qui dirigent l’UMP sont les mêmes que ceux qui ont dirigé la France pendant quinze ans.

La dette française a presque été multipliée par deux entre 1992 et 1997 sous Balladur et Juppé (Sarkozy étant ministre du budget de Balladur), passant de 400 à 785 milliards d’euros. Elle s’est stabilisée à 800 milliards d’euros quand la gauche de Jospin a gouverné de 1997 à 2002. Elle a à nouveau bondi de 800 milliards à 1200 milliards (+ 50%) sous Raffarin et Villepin (Sarkozy ayant encore fait un passage aux finances, et Copé au Budget). Elle s’est ensuite envolée de 1200 à 1800 milliards (+ 50 % encore) sous Fillon (Sarkozy étant alors président de la République).

Autrement dit, en quinze ans de gestion des finances françaises par la droite, la dette a plus que quadruplé.
Il faut dire que le creusement de la dette est une spécialité de la droite française. Elle est même championne du monde dans sa catégorie. Les déboires de l’UMP ne sont certes qu’un épiphénomène, mais très significatif : les Sarkozy, Juppé, Copé, Raffarin, Fillon et consorts qui ont dirigé ou dirigent l’UMP ont aussi dirigé la France. Avec les mêmes résultats catastrophiques.

François Fillon a déclaré en entrant à Matignon qu’il prenait la tête d’un pays ruiné (par Balladur, Juppé, Raffarin et Villepin…). Il l’a rendu encore plus ruiné que ruiné. Peut-être sera-t-il élu à la tête de l’UMP. Il pourra encore déclarer qu’il prend la tête d’un parti ruiné (par Copé). Il pourra le ruiner un peu plus à son tour.

Pourquoi cette fatalité ? Dans tous les pays occidentaux, l’ordre naturel des choses est que la droite assainit les comptes par une politique rigoureuse avant de laisser la place à une gauche plus dispendieuse. En France, c’est l’inverse, la droite creuse les déficits, laisse s’envoler la dette dans des proportions considérables avant de laisser la place à un gouvernement de gauche qui doit assainir les comptes par une politique de rigueur.

Pourquoi la droite qui se dit du côté des entreprises n’est même pas capable de gérer une PME comme l’UMP ? Parce que, pour reprendre une expression de Dominique Jamet, ce n’est pas « la droite la plus mal à droite du monde », c’est vraiment la droite la plus maladroite du monde. Parce que ces hauts fonctionnaires formés à l’ENA qui haïssent les fonctionnaires, ces avocats sans clients, ces magistrats sans juridiction, ne connaissent absolument rien à l’économie. Ils n’ont jamais gagné un centime de leur vie, ils n’ont fait que vivre des indemnités que leur accordent les citoyens ou les militants de leur parti. Ils n’ont jamais eu à gérer un budget, ils ont toujours vécu sur les fonds de la République. Et comme dans l’affaire Bygmalion, ils considèrent que le budget est sans fond et qu’ils peuvent puiser dedans sans retenue.

Leur confieriez-vous vos économies ? Moi pas.

*Photo : Images money.

Mon ami Pierre Katz

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katz nazisme camp

katz nazisme camp

1. Quand Yalom rencontre Berger.

La plus grande angoisse d’Irvin Yalom, quand il était ado : ne pas trouver de filles pour une boum. Il est devenu professeur de psychiatrie et a écrit des récits fabuleux : La Méthode Schopenhauer,   Et Nietzsche a pleuré,  Le Jardin d’Épicure.

La plus grande angoisse de Bob Berger quand il était ado : être repéré par les nazis hongrois. D’une manière surprenante, c’est un flic de Budapest qui l’a sauvé. Il a émigré à 18 ans, seul, aux États-Unis, où il est devenu professeur de cardiologie.

Irvin et Bob sont maintenant des retraités. Amis depuis leur première rencontre à la fac de Washington, ils n’ont jamais abordé de sujets graves. Irvin préférait ignorer le passé de Bob. Et Bob ne voulait pas en parler. Cela tombait bien. Et puis, un jour, il est arrivé une curieuse aventure à Bob, alors qu’il se trouvait à l’aéroport de Caracas. Il a éprouvé le besoin de la raconter à son vieil ami Irvin. Et c’est ainsi que, cinquante ans après, le passé a fait retour dans le présent.

Yalom a été bouleversé. Bob l’a réconforté : « On s’habitue à tout », lui a-t-il dit. Yalom a réprimé un tremblement et hoché la tête en murmurant : « Bien sûr ». Jusqu’alors, ils avaient passé leur temps à plaisanter. Pour la première fois avant de se séparer, ils s’étreignirent. Puis, lentement, ils s’éloignèrent vers leurs nuits peuplées de rêves pour l’un, de cauchemars pour l’autre. Les confidences de Bob à Irvin relatées dans  En plein cœur de la nuit  m’ont rappelées celles de Pierre Katz, un ami de fac à Lausanne, déporté encore enfant avec toute sa famille, excepté son père fusillé, à Bergen-Belsen. Lui non plus n’avait pas les mêmes rêves que moi. Mais il aurait été indécent de s’apitoyer. Nous partagions tous les deux la même admiration pour Julien Green. Il lui avait écrit. Moi aussi. Julien Green lui avait répondu. Ce fut le début de leur correspondance. Même si j’en éprouvais un peu de dépit, je m’en réjouissais pour Pierre. Il n’y avait guère que Julien Green pour le comprendre. Moi, je m’intéressais trop aux filles. Et quand je le voyais chez lui dans sa robe de chambre élimée, j’avais trop peur de chialer. Nous goûtions un sorbet à la mangue et il jouait avec ses deux petites filles. Il me parlait de la couleur de son angoisse : elle était bleue, parfois si bleue qu’il se mettait à trembler. Je n’ai jamais osé le prendre dans mes bras. Et je ne saurai jamais si j’ai eu tort ou raison. [access capability= »lire_inedits »]

 

2. Division IV.

Si je pense à Pierre Katz, c’est que sa fille, Hélène, m’a envoyé un opuscule, Division IV,  qu’il avait publié en 1970, à Lausanne, dans le quotidien  Le Peuple  où nous avions travaillé ensemble. C’était un tiré-à-part, modeste comme son auteur, mort à Lausanne le 15 avril 2011. Il était né en Roumanie, en Transylvanie précisément, le 8 janvier 1941. Il eût mieux valu naître en Suisse, mais enfin, suisse, il l’était devenu et exhibait son passeport d’un beau rouge qui portait la mention : « Ce passeport à été établi sur la base de l’acte de naturalisation du 17 mai 1965 », ce qui montre bien, ajoutait Pierre K. que je suis né ailleurs, probablement près du château de K. , ou de l’endroit sinistre où K. fut égorgé.

Être né au mauvais endroit au mauvais moment conduisait parfois Pierre K. à l’hôpital psychiatrique de Cery,  sur les hauts de Lausanne. Une forme d’internement qui n’était pas sans rappeler les années passées à Bergen-Belsen. Quand des malades lui demandaient ce qu’il faisait là, il répondait simplement : « Je suis un littéraire qui a les nerfs malades et qui crève d’angoisse. » Les Valium 10 qu’il ingurgitait étaient bleus comme son angoisse. Mais rien ne le soulageait tant que de recevoir une lettre de Julien Green, qu’il aimait comme un père − le sien, je l’ai déjà dit, ayant été tué d’une balle dans la nuque par un SS sous ses yeux.

Pierre relisait aussi Kaputt,  de Malaparte, sur l’unique chaise de sa chambre qui sentait l’encaustique et la propreté. Il se demandait ce qui n’était pas « kaputt ». Il se demandait si l’histoire de ces juifs que l’on pendait avec leur chien était vraie. Il se demandait si le seul progrès dans notre monde ne sera pas un progrès vers plus de souffrance. Il pensait aussi à Kafka qui était mort en hurlant à son médecin : « Docteur, tuez-moi, sinon vous êtes un assassin ! » Mais il était en Suisse et des déesses bienveillantes  − Mesdemoiselles Roche, Ciba, Sandoz et Geigy − gommaient parfois ses angoisses, même si Pierre n’oubliait jamais que tout était truqué et que, dans sa somnolence,  il voyait tant de gens qui l’angoissaient se jeter  sur son angoisse pour l’assommer.

 

 3. La chasse aux forsythias.

Un jour, Pierre Katz éprouva le besoin de revoir l’hôpital psychiatrique de Cery avec sa fille, Hélène. Elle ne savait pas encore ce que le destin avait réservé à son père. Il envisageait de lui en parler tout en cherchant des forsythias. Il éclatait d’angoisse. Sa fille le percevait intuitivement. Arrivé devant la clinique, il lui dit :

« Tu sais, Hélène, on enferme beaucoup de gens.

– Où ça, papa ?

– À Auschwitz, par exemple. »

Et lui revint en mémoire, comme une chanson, cette phrase de Primo Levi : « …en vue des monts Beschides, les montagnes mêmes qui barraient le lugubre horizon d’Auschwitz. »

« Tu as été enfermé à Auschwitz ? demanda l’enfant.

Non, à Bergen-Belsen seulement.

– C’est loin d’ici ?

– Oui, répondit Pierre en riant, plus loin que la clinique.

– Et pourquoi tu as été enfermé à Bergen-Belsen ? Tu étais malade ?

– Oui, malade. Oui, je souffrais de judéité…

– Je ne comprends pas, papa. »

Il est préférable parfois de ne pas comprendre. Pas trop vite, tout au moins. [/access]

*Photo : MARY EVANS/SIPA/51164245_000001

Mondial de football : l’équipe de France a fait oublier 2010

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equipe france coupe monde

equipe france coupe monde

Dans toutes ses affaires, des plus grandes aux plus insignifiantes, la France a le génie de l’excès: c’est affligeant ou c’est sublime, c’est rarement passe-partout. En quart de finale de la coupe du monde 2014, la France est néanmoins partie sur la pointe des pieds, comme elle était rentrée dans ce mondial, après un match ennuyeux contre une Allemagne à peine mieux inspirée. En lieu et place de la revanche historique, c’est une défaite concédée sur un coup de tête suivie d’une laborieuse confrontation entre deux équipes lessivées a été offerte au spectateur d’un Maracana surchauffé. Si l’équipe de France n’a pas tenu sa revanche, elle a obtenu du moins sa rédemption. A défaut d’effacer 1982, 2014 a fait oublier 2010, ce qui n’est pas rien.

L’humiliation de Knysna a certainement eu un retentissement aussi important dans l’histoire du football français que la victoire de 1998. Il fallait donc mettre en place une stratégie qui permette de faire oublier rapidement que le rêve de l’équipe « Black-blanc-beur » championne du monde s’était douze ans plus tard transformé en vaudeville sordide pour enfant gâtés du ballon rond, à tel point que tout le monde a poussé un grand soupir de soulagement quand les petits cadors boudeurs se sont faits sortir par l’Afrique du sud à l’issue du premier tour en 2010. Le supplice avait beau avoir pris fin, il a laissé des traces, difficiles à effacer. Le coup de boule de Zidane en finale de la coupe du monde 2006 avait été le point de départ d’une lente descente aux enfers qui semblait ne plus devoir prendre fin. Il aura donc fallu que deux anciens médaillés de 1998 viennent au chevet du grand corps malade de l’équipe de France pour lui redonner vie.

Qu’elle a été longue la convalescence de cette équipe de France avec laquelle il fallait repartir de moins que zéro! Laurent Blanc, qui a hérité de la difficile succession de Raymond Domenech, s’y est cassé les dents mais a eu le mérite de sortir la sélection nationale de l’ornière en l’emmenant jusqu’aux quarts de finale de l’Euro 2012 avec un groupe partiellement renouvelé. Il restait néanmoins beaucoup à faire pour Didier Deschamps qui prenait sa relève avec en point de mire la Coupe du monde 2014. Et puis, comme écrivait Péguy, il y eut des prodromes, des signes annonciateurs d’une thérapie réussie et d’une résurrection. Ce fut tout d’abord la qualification inespérée et ce 3-0 contre l’Ukraine que plus personne n’attendait en novembre 2013. Puis, un par un, tous ceux qui symbolisaient le désastre de 2010 sont rentrés en coulisse, laissant la place à une équipe plus jeune, plus inexpérimentée mais aussi plus prometteuse. Le principal responsable du psychodrame sud-africain, Nicolas Anelka, avait bien peu de chances de réintégrer l’équipe de France après l’épisode de Knysna. Il a pris finalement la décision de démarrer une seconde carrière de maître-quenellier sur les pelouses anglaises en décembre 2013, alors même que ses anciens coéquipiers relevaient la tête et qualifiaient in extremis la France face à l’Ukraine. Anelka définitivement écarté et Ribéry victime d’une providentielle blessure, c’était donc le spectre funeste de 2010 qui cessait quelque peu de planer sur la nouvelle équipe de France. Il ne restait plus à Didier Deschamps qu’à redonner à cette équipe une personnalité un peu plus en accord avec ce que pouvaient en attendre ses supporters. On a pu voir clairement que l’éviction de l’ordurier Samir Nasri obéissait à cette logique: valoriser l’esprit de groupe et la retenue, fût-ce au détriment de la performance individuelle. Nasri pouvait toujours se consoler en organisant des concours d’injures avec sa rombière qui semblait aussi bien se débrouiller que lui dans ce registre. Restait à Didier Deschamps à peaufiner la communication des Bleus, cru 2014, et, en la matière, il a su se montrer aussi efficace que ses joueurs sur le terrain, employant quelques artifices rhétoriques éprouvés.

Les Antiques et les Humanistes de la Renaissance ont développé un certain nombre de figures de style que le football s’est fait fort de réemployer avec parfois plus ou moins de bonheur. Les commentateurs ont ainsi fréquemment recours à l’hypotypose rhétorique, dont l’efficacité repose sur « un artifice de représentation de l’idée »[1. Bernard Dupriez. Gradus, les procédés littéraires. Editions 10/18. 2003. p. 240.], une invention visuelle propre à mettre les faits sous les yeux du spectateur en employant le pathos plutôt que l’argumentation[2. Ainsi que dans le sac de Troie décrit par Virgile dans L’Enéide, livre II.]. Passé maître dans ce type de rhétorique, Thierry Roland a imposé des figures de style devenues des classiques que les écoliers de France sont appelés à apprendre par cœur durant encore quelques générations. Ainsi :

 

Il a été fauché,

Comme un lapin

En plein vol,[3. Thierry Roland. Goal volant et austres creastures estraordinaires. Editions Fabula. Paris, Saint-Germain. 1982.]

Ou encore le merveilleux :

 

Le ballon est allé

dans le zig

Et lui est allé

dans le zag,[4. Thiery Roland. J’ai ! J’ai ! Editions Maillot. 1978.]

 

Seul rescapé de la coupe du monde de 2010, Patrice Evra n’est, semble-t-il, pas resté traumatisé par l’événement et cultive, quant à lui, un style rhétorique plus épidictique, c’est-à-dire usant avec force de l’éloge ou du blâme pour frapper l’esprit de l’auditoire. Interrogé lors d’une conférence de presse du Mondial 2014 sur sa responsabilité dans le fiasco de 2010, l’ancien capitaine des Bleus a coupé court à toute critique en employant un fort bel artifice, répondant à ses détracteurs :

 

Je m’aime tout le temps

Le Pat de 2010 et de 2014

Je les kiffe tous les deux[5. Patrice Evra. Le panégéryque du Moi. Editions du Narcisse. 2014.],

 

Laissant Patrice Evra à son éloge et abandonnant Samir Nasri à Juvénal, Didier Deschamps s’est employé lui aussi à travailler la rhétorique épidictique, allant plutôt, cependant, dans le sens du blâme que celui de l’éloge, comme quelques joueurs trop turbulents ont pu rapidement en faire l’expérience. Il faut dire que les entraîneurs de football sont sans doute les plus rodés en la matière, habitués qu’ils sont à être portés au pinacle un jour et voués aux gémonies le lendemain, souvent avec quelques raisons, comme ce fut le cas avec l’étrange Raymond Domenech.

On a donc vu Didier Deschamps s’acharner à faire renaître, par la magie de la rhétorique, des vertus depuis bien longtemps oubliées en équipe de France, telles que l’humilité et l’esprit d’équipe, en sanctionnant avec douceur les poussées d’infantilisme, en coupant court aux caprices de starlettes et surtout en n’hésitant pas à en rajouter systématiquement et en toute occasion une couche dans la célébration du collectif. En aucun cas il ne s’agissait de sortir du Mondial 2014 comme de celui de 2010, accompagné des mots de Quintilien : « Il me semblait voir les uns entrer, les autres sortir, certains que les beuveries de la veille faisaient bâiller. Le sol était sale, gluant de vin, jonché de couronnes à demi fanées et d’arrêtes de poissons » À force d’accolade démonstratives, d’embrassades répétées et de sages déclarations, il a fini par advenir ce à quoi l’on ne croyait plus : la France s’est vue dotée d’une véritable équipe. Pas seulement un agrégat improbable de grands gamins infatués et caractériels, non ! Une véritable équipe de football avec des vrais morceaux de joueurs dedans qui se passent la balle intelligemment et disputent de véritables matchs !

Un mélange d’humilité étudiée et d’entêtement bien renseigné, voilà ce que fut la rhétorique à la Deschamps: une excusatio propter infirmitatem ou figure de la « modestie affectée » qui vise à construire un ethos empreint d’une modestie de bon aloi. Reste à savoir si cette stratégie de communication efficace ne se révélera sur la durée n’être qu’une stratégie. Les grandes messes footballistiques ont ceci d’intéressants qu’elles révèlent en partie les évolutions des sociétés. Le spectacle offert en 2010 était affligeant, celui de 2014 encore préoccupant. L’équipe de France s’est au moins montrée un peu plus digne mais les laissés pour compte comme Ribéry ou Nasri ont démontré, même hors compétition, qu’ils étaient encore capables de faire parler d’eux de la manière la plus détestable. Souhaitons qu’ils ne reviennent tout simplement jamais et aillent cultiver leur rhétorique égotique sur d’autres terrains de jeux, ce serait la plus belle victoire de cette Coupe du monde pour la France.

*Photo : Ben Queenborough/BPI/RE/REX/SIPA. REX40329310_000135. 

Sacré Foucault!

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Quoi de neuf sur le front religieux ? On apprend – tétanisés – par de grandes affiches dans Paris, et par des articles hagiographiques dans toute la presse autorisée, que l’ex-otage des FARC – et madone écologiste victimaire de toutes les femmes otages – Ingrid Betancourt revient sur le devant de la scène. Grâce à un livre : La ligne bleue (Gallimard). Le nom seul d’Ingrid Betancourt nous renvoie aux heures les plus sombres de l’idolâtrie-pour-tous et des grands mouvements collectifs d’amour aux « grands absents », otages ou autre, dont les visages gigantesques ornaient il y a peu encore certaines façades d’hôtels de villes hexagonaux. On se souvient de ces foules recueillies, déposant de petites bougies pour-que-personne-n’oublie, ou encore pleurant à chaudes larmes. Ingrid nous revient donc, plus madone médiatique que jamais. Elle a trouvé Dieu. Libération nous apprend que l’ex-députée écologiste colombienne est redevenue étudiante, et prépare à Oxford un doctorat sur la « théologie de la libération » ; « C’est une théologie née en Amérique latine et qui a utilisé des éléments marxistes pour analyser les Écritures » résume-t-elle. L’héroïne mystique de son roman est, nous dit-on, souvent prise de visions… Prions qu’elle échappe aux Prix littéraires, sinon la Mairie de Paris serait bien foutue d’orner à nouveau la façade de l’hôtel de ville du portrait de Sainte-Ingrid, afin de célébrer sa gloire et sa félicitée.

Aux illustres inconnus, la Patrie reconnaissante ! La religion des hommes illustres se pratique au quotidien à Paris intra-muros dans un endroit terrifiant, appelé le Panthéon ; temple des courants d’air où l’on stocke les dépouilles de grands hommes et des grandes femmes qui n’ont absolument rien demandé. Quiconque garde un œil sur l’’illustre édifice – exigeant un sérieux resserrage de boulons depuis des lustres – a immanquablement observé qu’une vaste bâche a été étendue sur son pourtour durant les travaux. Une bâche composée de portraits d’inconnus illustres. Non, pardon, d’illustres inconnus. C’est l’œuvre d’un artiste nommé « JR », et dont le plus ardent désir – certainement – consistait à exposer publiquement ces faciès obscurs… Il y a peu, les plus hautes autorités ont cru bon d’interroger sur le web les français sur qui devait intégrer le Panthéon. Une association féministe souhaitait que Simone de Beauvoir pénètre dans l’édifice. J’ai personnellement voté pour Zinedine Zidane et Mimie Mathy, qui sont les français préférés du Journal du Dimanche. J’ajoute, ce jour, Benzéma, malgré la contre-performance de l’équipe de France de hockey sur gazon…

Religion, encore ! Nous apprenons qu’un portrait géant de Michel Foucault a été étendu non-accidentellement sur la Mairie du 4ème arrondissement de Paris. Retour aux portraits géants, donc. Michel Foucault, cette fois-ci. Foucault, le philosophe, pas l’autre. L’AFP nous informe : «  Il y a trente ans, disparaissait le philosophe Michel Foucault : pour célébrer cet anniversaire, un portrait géant de ce professeur au Collège de France et militant, a été hissé mercredi sur la façade de la Mairie du 4e à Paris. » Christophe Girard, maire du 4e arrondissement de Paris et conseiller régional d’Ile-de-France ajoute, pieusement : « L’homme, le militant et le philosophe manquent mais continuent à nous éclairer ».

Amen.