« La mairie de Paris va tester l’interdiction de dire des gros mots dans une station de métro ». Ou encore : « Anne Hidalgo teste l’interdiction de manger un sandwich dans un bus. » Et même, pourquoi pas : « La capitale expérimente l’interdiction de courir sur un trottoir. » Un jour, vous lirez l’un de ces titres et vous ne serez même pas surpris. Tenez, lundi déjà, dans Le Parisien, on pouvait lire : « Paris va tester l’interdiction de la cigarette dans un jardin public. » Et l’article – très sérieux – indiquait : « La nouvelle maire de Paris n’a pas précisé dans quel jardin public cette initiative serait menée. »

Ce même jour, le journal titrait aussi, en Une : « Des policiers de la Goutte d’Or décrètent l’état d’urgence. » Suite à trois interventions qui ont viré à l’émeute, jeudi, vendredi et samedi derniers, un policier s’alarme : « Les voyous tiennent le quartier. » L’un d’entre eux aurait-il allumé une cigarette au beau milieu du square Léon, où les mères de famille du coin promènent leurs bambins tandis que les vieux jouent aux échecs ? Non, le premier jour, il s’agissait d’une « bagarre au couteau entre sept individus ». Le second, du vol à l’arraché d’un bijou à 16000 euros. Et le troisième, d’un receleur de fringues tombées du camion.

Les agents du commissariat de la Goutte d’Or, visiblement très inquiets, déplorent le manque d’effectifs et se voient contraints de lancer régulièrement un « appel à toutes les unités ». La semaine dernière, 200 collègues de la capitale sont ainsi venus leur prêter main forte. Mais on apprenait lundi par Le Figaro que le Grand Paris comptait aujourd’hui 1000 policiers de moins que début 2012. Dans ces conditions, il n’est pas évident qu’Anne Hidalgo trouvera la main d’œuvre nécessaire pour généraliser sa dernière idée liberticide, dans l’hypothèse où son test de prohibition de la tabagie à l’air libre serait jugé concluant.

C’est qu’il y a, paraît-il, plus grave que de fumer à proximité d’enfants en bas âge shootés aux hydrocarbures dans les aires de jeu de nos jardins publics. A certains endroits, les forces de l’ordre peinent de plus en plus à faire respecter quelques interdits de base comme la tentative d’homicide à l’arme blanche ou le vol avec violences. De même, il se pourrait bien qu’on manque de bras pour verbaliser les clients de prostituées, tant la police semble avoir déjà du mal à trouver les effectifs et le temps nécessaires pour démanteler les réseaux de proxénétisme. Mais chacun ses priorités.
Celle d’Anne Hidalgo comme de l’exécutif, c’est de créer sans cesse de nouvelles interdictions respectables pour faire oublier toutes celles qui ne sont pas respectées. A ce rythme, on ne pourra bientôt plus s’en griller une ou parler trop fort sans s’exposer à une amende. Et toutes les activités criminelles pourront s’épanouir tranquillement, le gendarme ayant beaucoup trop à faire dans les squares et à la terrasse des bars pour courir après le voleur.

Il n’est pas interdit d’interdire, mais il est autorisé de s’interroger sur nos priorités. Maîtriser l’incendie ou prohiber la fumée ?

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