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Le scandale des prêtres non pédophiles

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pretre catholique confession

Le pape François l’a annoncé : une journée de prière sera organisée, le 7 juillet, pour les victimes d’actes pédophiles commis par des membres du clergé catholique. La multiplication des affaires de pédophilie dans lesquelles l’Église est mouillée offre aux médias de quoi s’indigner à bon compte : sujet racoleur, coupables idéaux, rentabilité morale garantie.

On dira qu’il ne s’agit pas d’un complot des robes noires, mais de faits bien réels. De fait, les chiffres impressionnent : entre 2004 et 2013, pas moins de 3420 plaintes déposées contre des ecclésiastiques pour pédophilie ont été jugées sérieuses.

Comme je crains que, des accusations de ce genre, il continue d’en pleuvoir des cordes auxquelles l’honnête croyant pourrait être tenté de se pendre, je voudrais cependant rassurer les familles dont les enfants passent leurs mercredis et dimanches dans les jupes du clergé. Victime de la suspecte imprudence de mes géniteurs, je fus astreint à fréquenter catéchisme et aumônerie dès l’âge de 6 ans et ne fus autorisé à me mettre à l’abri des prédateurs ensoutanés auxquels on m’avait livré que dix ans plus tard. Croyez-le ou non : quitte à en décevoir certains, mon enfance ne ressemble pas à un film de Pedro Almodovar.[access capability= »lire_inedits »]

Seul dans ma chambre, je ferme les yeux. Je me revois petit garçon écoutant les cours du père Martin ; m’inventant des péchés à confesse devant un autre prêtre dont le nom m’échappe ; devisant sans fin en tête à tête avec le père Albert quelques jours avant ma profession de foi. Je me revois en aube blanche, le jour venu, un cierge à la main, yeux noirs et crin brillant, teint pâle d’enfant sage, un rose et doux sourire à mon visage suspendu comme une image de la Vierge au mur de la loge d’une concierge portugaise. Ma chair était tendre, sentait la lavande et le savon de Marseille. Qu’attendaient-ils, mes bourreaux présumés?

Je cherche, je fouille, je creuse, je questionne ma mémoire, supplie le docteur Freud d’éclairer le recoin de mon cerveau où se dissimule le noir souvenir que, sans doute, je refoule… Eh bien, non, rien ! Aucun baiser douteux, aucune caresse déplacée. RAS. Pas même un mot ou ne serait-ce qu’un regard à demi-suspect dont je n’aurais compris que des années plus tard qu’ils étaient une invitation manquée à la débauche. Sans que je le devine, ma carrière de séducteur venait de subir ses premiers revers.

Étais-je si repoussant ? Ma mère et mes grands-mères se moquaient-elles, avec leurs yeux couvants qui me regardaient comme on se pourlèche devant une pâtisserie orientale? Dix années d’instruction religieuse, autant de perdues. Mes curés avaient dû fréquenter les mauvais séminaires. Je les quittais aussi sceptique et ignorant des choses du sexe qu’avant de les avoir rencontrés. Le bon Dieu a de ces farces…

Loin de moi l’idée de me servir des déconvenues de ma jeunesse pour nier la diversité des tempéraments. Quelques enfants, peut-être, ne goûtent pas les leçons d’ecclésiastiques plus entreprenants que les miens. Je plains ces gosses. Pour deux minutes de licence mal digérées, on les ballottera de commissariat en cours d’assises.

Échoués dans les méandres de la procédure pénale, ils seront tenus d’exposer devant parents, amis, policiers, magistrats et public le détail de leur vie sexuelle dix fois, cent fois, mille fois ! Pour peu que l’affaire ait les faveurs des journalistes, elle sera même placée sous les projecteurs devant la France entière. Des kilotonnes de papier, d’images, de commentaires feront du premier péquin venu le fin spécialiste de l’intimité du plaignant. Il y a de quoi être traumatisé…

Pour préserver les enfants de l’indélicatesse de la justice, d’aucuns prétendent que le Vatican devrait détourner de leurs penchants les curés pédophiles en les autorisant à se marier. Peut-être que l’abandon du célibat est nécessaire. Les vocations se raréfient (« Dieu n’a plus d’arguments », en conclut un anonyme dans une brève de comptoir), et mieux vaut des prêtres mariés que pas de prêtres du tout.

Quoique… Les catholiques devraient se méfier. L’Église, à force de plier sous le poids des modes de son temps, finira par s’écrouler. Le danger, pour elle, ne vient pas de l’extérieur. La déliquescence du respect des principes chrétiens est patente chez les fidèles eux-mêmes. En témoigne l’explosion des syncrétismes. Chacun concocte la macédoine spirituelle qui l’arrange. Tel croyant y mettra, par exemple, deux doigts de bouddhisme, trois cuillères à café de catholicisme, une pincée d’animisme et (pourquoi pas?) un soupçon d’athéisme. La recette est astucieuse et permet de se soustraire aux commandements du pape sur l’avortement, l’euthanasie ou le mariage homosexuel. C’est oublier que la vocation de l’Église est de réformer les mœurs, pas d’encourager leur dissolution.

On dira que le clergé pourrait commencer par réformer les siennes. Admettons qu’il y a contradiction à prêcher, bible en main, la bonne parole, un enfant de chœur planqué à genoux dans la soutane. L’argument du recours au mariage pour limiter les amours pédophiles n’en est pas moins une infaillible ânerie. Ces amours s’épanouissent dans toutes les professions où des adultes sont en contact fréquent avec des enfants. Des instituteurs, des imams, des rabbins, des j’en-passe-et-des-meilleurs y succombent. Voilà qui en dit long sur la pauvreté de l’origine de nos troubles sexuels.

Des études démontreraient que c’est dans le clergé catholique que l’amour des enfants est le plus répandu. J’en doute. Affirmer, comme les journalistes, que les affaires de pédophilie affaiblissent l’Église, c’est raisonner à l’envers : c’est parce que l’Église est la plus affaiblie de toutes les institutions scolaires et religieuses que les scandales s’y multiplient. Ce déclin, que l’on peut déplorer par ailleurs, a au moins ceci de bon que les ecclésiastiques ne jouissent plus auprès des fidèles du prestige moral qui leur permettait, hier, de laisser leur coupable passion s’accomplir dans la tranquillité de leurs paroisses.

Pour terminer, je ne pense pas qu’une femme, aussi ardente soit-elle, puisse éteindre chez un homme le goût des petites filles et des petits garçons. Si c’était le cas, le clergé aurait déjà éradiqué la pédophilie. Croit-on qu’un prêtre qui a l’audace de faire fi de son vœu de célibat pour tripoter un enfant se gênerait pour en faire autant avec une femme si ce substitut l’apaisait ? Autoriser le mariage ne changera rien. Ce n’est pas en lui servant du sanglier qu’on rassasie un cannibale.[/access]

*Photo: ALFRED/SIPA.00485577_000003

Cécile Duflot : gonflée ou dégonflée?

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À moins d’être coopérant au Tadjikistan ou spéléologue en mission de longue durée, vous avez forcément entendu parler de l’ouvrage de rentrée de Cécile Duflot  De l’intérieur, voyage au pays de la désillusion.

Outre mille méchancetés sur les socialistes en général et sur Hollande en particulier, l’ex-ministre verte y affirme tout de go que maints responsables politiques y compris des ministres « savaient depuis longtemps » que leur ministre du Budget – un certain Jérôme Cahuzac – avait un compte en Suisse. De la bombe, bébé !

Hélas, ladite bombe s’est aussitôt autodésamorcée (qu’on ne compte pas sur moi pour parler de « pétard mouillé » -avec Cécile, les accusations de sexisme fusent plus vite que son ombre).

Tout ça pour dire qu’à la première demande d’offre de preuves, l’accusatrice publique a fait machine arrière toute (quoiqu’en cette occurrence écologiste, le cliché journalistique de « rétropédalage, serait pour une fois admissible)

Interrogée hier matin par Jean-Jacques Bourdin sur RMC/ BFM, la redresseuse s’est obstinément refusée à donner des noms et a même mis une bonne dose d’eau tiède dans son vin biodynamique: « Si j’avais eu des éléments très précis dans le cadre de cette affaire, je les aurais donnés à la justice. La justice est saisie, elle fait son travail. »

On se doute bien que ce simulacre d’explication n’était pas de nature à rassasier un Bourdin avide de noms. Sommée par JJ d’étayer l’affirmation de son livre selon laquelle certains ministres « savaient », elle noie le poisson, quitte à vexer ses électeurs sensibles à la souffrance animale : « Certains ont dit qu’ils savaient, ou plus exactement quand je disais que peut-être ce n’était pas vrai, certains levaient les yeux au ciel en me disant : ‘Mais ma pauvre, qu’est-ce que tu es naïve !' ». Et de conclure encore plus piteusement : « Si je n’ai pas voulu dire de qui il s’agissait, c’est parce que j’estime qu’il n’y avait rien dans ce qu’ils disaient qui était de nature à accréditer telle ou telle chose ».

Bref, si cette ex-ministre avait été UN ex-ministre, tout Tweeter aurait parlé de baissage de froc…

 

Le grand retour du mariage bourgeois

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mariage gay monde bacque

Il m’arrive d’avoir de mauvaises lectures. Coincé samedi dernier sur un quai de gare lointain, avec comme seule perspective trois heures de train pour rentrer chez moi, et plus rien à lire, j’ai acheté Le Monde.

En couverture du Supplément tout en couleurs sur papier quasi glacé, deux hommes en costard rose, décapités par la photo, s’étreignent virilement, tandis qu’une main de femme, en contrebas, tient une coupe où surnage un zeste de citron vert. Très joli, très artistique. Titre : « Conformiste, bourgeois, romantique. Le mariage gay épouse les traditions ».
À l’intérieur, un reportage pas trop cassant de Raphaëlle Bacqué (à qui on doit un récit très circonstancié de la disparition de François de Grossouvre, Le Dernier mort de Mitterrand, Grasset, 2010 — très bien écrit, très informé, mais que la famille a fort contesté, persuadée qu’elle est que ce suicide n’en était pas un) sur quelques mariages homosexuels célébrés cette année dans le meilleur milieu — les bobos parlent aux bobos (le Monde, hein…).
Cela m’a toutefois mieux permis de comprendre mes réticences envers le « mariage gay » — outre le fait que c’était l’une de ces réformes « sociétales » qui ne mangent pas de pain, en cette époque où tant de gens en manquent (mais voilà, infléchir la politique d’Angela Merkel, c’est une autre paire de manches).

J’ai eu dix fois l’occasion de demander à des amis homos ce qu’ils pouvaient bien trouver attirant dans l’idée de mariage. Étendre intelligemment le PACS, à la bonne heure, autant ne pas se trouver dépourvu face aux impôts et aux droits de succession. Mais le mariage ! Mais les enfants !
Certes, j’ai donné dans l’un et dans l’autre — et j’ai payé pour voir, si je puis dire. Mais les bêtises des uns ne servent décidément jamais aux autres.
L’article de Raphaëlle Bacqué est une succession d’anecdotes roses d’une mièvrerie sidérante — le « romantisme » du titre doit être entendu dans le sens d’une surenchère, d’un déluge rose frisant le mauvais goût. À croire que les gays présentés ici (et le sous-entendu général de l’article, c’est qu’ils sont emblématiques) rêvent de vivre (et même d’outrepasser) le mariage bourgeois dans toute son horreur. Et de reconstituer à cette occasion un lien familial illusoire — ce n’est pas parce que l’on entrechoque ses coupes que l’on se porte dans son cœur, mais ces noces sont apparemment l’occasion de faire accepter aux grands-parents ce qu’ils savaient déjà.
« La famille » — programme de préparation à Sciences Po cette année. Je crois que le premier texte que je ferai sera celui de Sartre, dans les Mots : « Il n’y a pas de bon père, c’est la règle ; qu’on n’en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui est pourri. Faire des enfants, rien de mieux; en avoir, quelle iniquité ! » — et la suite.

Que des gens raisonnables, et qui se veulent de gauche, en arrivent à célébrer une union dans les termes mêmes des conventions les plus étroitement bourgeoises me sidère. Nous avons vécu la révolution sexuelle des années 60-70 en récusant de toutes nos forces le mariage bourgeois, en célébrant l’union libre, comme disait Breton. « Jouissons sans entraves », clamions-nous. L’idée de passer devant le maire nous paraissait d’une absurdité totale. Toute convention était bonne à détruire.
Mais au bout de la révolution, nous voici de retour au point de départ. Voici les retrouvailles avec les conformismes les plus étroits : temps de crise probablement, on se replie sur les valeurs traditionnelles, on finit par croire que Cinquante nuances de gris est d’une audace folle. Et on fait des enfants, par tous les moyens. Des mômes que nous écraserons, comme dit Sartre, ou qui nous haïrons — ou les deux. Faire des enfants ! Autant avoir un petit chat, au moins, il attrape des souris. Par quelle perversion en est-on arrivé là ? « Familles, je vous hais ! » s’exclamait Gide — et ça date. Nous voici à l’autre bout du bout, en train de revendiquer la famille bourgeoise dans toute son horreur, quitte à en connaître l’aboutissement ultime, juge des affaires familiales et avocat en prime.
Ce qui me choque le plus, dans les récits de Bacqué, c’est la surenchère de conformisme affiché : on veut à toute force « faire comme ». Mais enfin, en quoi ce paroxysme bourgeois dégoulinant est-il un modèle ? En deux décennies, nous sommes passés de l’amour libre à l’amour entravé, on n’arrête pas le progrès. Passés des expériences multi-polaires à la fidélité imposée. Et célébrée avec emphase. Les mariages gays de Bacqué semblent des caricatures d’aspiration à la norme bourgeoise la plus éculée — tout comme certaines folles jouent à être plus féminines que les femmes les plus femmes.

Ce souci de respectabilité m’effraie un peu : les homos que je connaissais dans les années 70 se souciaient surtout de faire des fêtes galantes dans des lieux improbables en choquant le bourgeois. Ceux d’aujourd’hui aspirent visiblement à se tenir la main sur leur canapé Roche & Bobois en regardant les Feux de l’amour à la télé. Ou le foot. Cette civilisation (ou ce qu’il en reste) prend de la gîte.

Le dernier mariage auquel j’ai assisté, début août — un mariage hétéro, mais qu’est-ce que ça change ? — a fini en jeux stupides et en beuveries obligées — et encore, c’étaient des amis que j’aime : bref, je suis parti tôt, préférant garder d’eux une image antérieure à ce déchaînement de conformisme. Vivre hors mariage a toujours été pour moi un pré-requis (je me suis laissé aller une fois, et en catimini, à passer devant le maire, pour des raisons économiques — mal m’en a pris : la liberté m’aurait coûté moins cher). Que des homos qui avaient la chance a priori de ne pas entrer dans les codes revendiquent si fortement le droit de faire les mêmes bêtises que les autres m’accable.

 *Photo : Gexydaf.

Ukraine : des antisémites pro-russes

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ukraine donbass fascisme

La propagande russe pourfend les fascistes et les banderovistes ukrainiens, et présente son combat comme un combat anti-nazi. J’ai dit ce que je pensais des fascistes ukrainiens qui, je le répète une fois encore, ont rassemblé, en tout et pour tout, moins de 2% aux élections législatives.
Et puis, j’ai regardé les pages FB des différents mouvements pro-russes, et je suis tombé sur celui-ci : «Donbass revolution ». C’est un groupe international : on y voit des interventions en russe, en anglais, en allemand, en polonais, en tchèque, en espagnol. Un groupe de discussion et de soutien des séparatistes pro-russes.

Et d’abord l’emblème de ce groupe, en commençant par le drapeau : c’est celui de la république de Nouvelle-Russie, qui est en train de voir le jour avec l’intervention de l’armée russe. Un bout de terre qui a toujours été russophone (et toujours ukrainien, sans qu’il y ait jamais rien eu là de contradictoire), mais qui englobe les mines de Donetsk, avec un accès à la mer. Il s’agira d’une république fantoche, évidemment non reconnue par qui que ce soit en dehors de la Russie, mais qui existera — comme la république d’Abkhazie, créée exactement sur le même modèle : troubles sociaux qu’on fait dégénérer en troubles inter-ethniques (en jouant sur les extrêmes des deux bords, toujours prêts à en découdre, quelles que soient les conséquences), surgissement inopiné de milices populaires d’auto-défense, bientôt armées aussi bien que les forces régulières qui se dressent contre elles, puis beaucoup mieux — et intervention voilée (ou non) pour faire respecter le « droit humanitaire », ou « la vie des civils ». Et établissement, par la guerre, au prix de milliers de morts, d’une nouvelle frontière. Le but est de réduire au minimum l’indépendance potentielle des anciennes républiques soviétiques, et d’affirmer, concrètement, que la notion de « zone d’influence » ne vaut pas que pour les USA : il s’agit bien d’un retour à la guerre froide globale, au prix d’une série de « guerres chaudes » plus ou moins localisées. La guerre froide est un équilibre beaucoup plus rassurant que le chaos de la détente, et le climat de guerre extérieure permet aussi de museler l’opposition chez soi, au nom du crime de haute-trahison. D’ici peu, nous y viendrons en Russie.

Et donc, le drapeau. Vous le reconnaissez, n’est-ce pas ?
Cette croix de saint-andré, ces couleurs… c’est un décalque des drapeaux des Etats confédérés pendant la Guerre de Sécession… et c’est aussi, accessoirement, le drapeau, aujourd’hui, du Ku Klux Klan. Il n’y a pas les étoiles américaines, mais c’est le même drapeau.

Ensuite, il y a, derrière, cette figure en marbre, assez patibulaire — c’est sans doute une figure d’un monument soviétique à la victoire sur Hitler. Je rappelle que la guerre de 41-45 a fait quelque chose comme 27.000.000 millions de morts du côté soviétique — et on ne sait combien de blessés, de mutilés. C’est donc, la moitié de la population de la France qui a été massacrée pendant la guerre.

Et, au premier plan, le portrait du tsar Nicolas II… avec un ruban de la croix de St Georges, décoration militaire de l’empire russe… Voilà donc une armée anti-fasciste qui se réclame délibérément de l’empire russe — c’est l’héritage de Nicolas Ier, dont j’ai parlé dans une chronique précédente. Mais ce n’est pas que cela ; c’est l’héritage de Nicolas Ier sous couvert d’une référence monumentale à la victoire contre le nazisme, ou, plutôt, ici, contre les Allemands. La référence à la guerre est fondamentale. Et cet héritage de la guerre est lui-même repoussé au second plan sur l’image par le drapeau sudiste – l’image du drapeau, aujourd’hui, des suprématistes blancs.

Le fait est que « Donbass Revolution » n’est pas qu’un simple groupe de discussion. C’est un groupe de discussion des suprématistes slaves, et ces suprématistes slaves en appellent à la réunion de tous les slaves d’Europe sous la bannière de la Russie, c’est-à-dire, là encore, ils en reviennent à la doctrine de l’Empire russe — une doctrine qui explique que la Russie a soutenu les Serbes de Milosevic (avec les conséquences qu’on connaît). J’ai pris une image, réellement, au hasard — ou peut-être parce qu’elle m’avait frappé un peu plus que les autres. Des types du « Secteur Droit » (donc, les nazis indépendantistes) qui font quelque chose comme un salut nazi. Cette photo porte le commentaire suivant : « Ukrainian Nazi Army with Hitler salute, this are the buddies of the EU, the US and the western « Journalism ».

Je regarde la discussion. Un membre du groupe, Artur Arbatov (on peut aller sur sa page FB, elle est très parlante — avec plein de jeunes gens et de jeunes filles blonds — les photos 3 et 4 viennent de sa page, j’ai traduit les commentaires), écrit (en russe) : « Je n’arrive pas à comprendre comment on peut être nationaliste, mettre au pouvoir rien que des Juifs, lécher le cul de l’Amérique et faire des « zieg heil ». Je ne comprends pas du tout où est la logique ? »

Un autre, un peu plus bas, qui s’appelle « Miré », répond en anglais : » its stupid because they fight for world Zionism. haha stupid puppets! Kosher nazis. »
Et il continue en expliquant que, finalement, la cause de la deuxième guerre mondiale, c’est les juifs… Et ça continue comme ça à longueur de pages, sur tous les sujets, et sur tous les modes, avec un seul leitmotiv : nous nous battons contre les nazis ukrainiens, et les nazis sont les serviteurs des youpins.

Il s’agit d’un groupe de discussion fasciste, naturellement antisémite parce que fondamentalement raciste. Et ce sont ces gens-là que Poutine fournit en armes ultra-modernes et met en place pour le servir en Ukraine orientale (en « Nouvelle Russie »). Nous sommes plusieurs (je pense à Cécile Vaissié, à Maria Noelevna, à bien d’autres), à avoir beaucoup insisté sur la fédération fasciste, d’extrême-extrême droite, réunie par Poutine dans le monde entier, et particulièrement en Europe. Ceci est un exemple parmi d’autres.

Le boulevard ouvert par François Hollande à Marine Le Pen n’en est que plus tragique.

*Photo : Efrem Lukatsky/AP/SIPA. AP21552170_000015.

Cet article est extrait de la page Facebook d’André Markowicz.

Mosquée de Fréjus : de qui se moque-t-on?

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fn frejus mosquee rachline

Le week-end prochain, le Front national de la jeunesse (FNJ) tiendra son grand barnum annuel à Fréjus. Sur les plages varoises, Julien Rochedy passera le témoin à l’apparatchik Gaëtan Dussausaye, 19 ans, sorte de bébé Philippot à l’avenir politique tout tracé.  Mais dans les murs de la cité varoise, c’est un autre jeune frontiste qui fait parler de lui : le maire David Rachline, 27 ans, élu maire au printemps dernier après avoir présidé le FNJ de 2009 à 2011. La pomme de la discorde ? Un projet de mosquée, Al-Fath, (« l’extension, la conquête »), que les musulmans locaux s’apprêtent à construire au grand regret de bien des électeurs frontistes, chauffés à bloc contre l’islam. Juste après son élection, Rachline enchérissait sur les peurs, appelant même à un référendum, dans des diatribes dignes du suisse Oskar Freysinger.

Quelques mois plus tard, une fois la bise du pouvoir venue, voilà que le nouvel édile se ravise. Plus question de consultation populaire, Rachline entend maintenant procéder par consensus, en mettant riverains, musulmans (« qui ont droit à des lieux de culte dignes ») et mairie autour d’une table. Avis à la population : plus question de référendum ! Oubliées les rodomontades du printemps, le premier fréjussien revient à ses amours d’antan, lorsque militant parallèlement au FN et à Egalité et Réconciliation, il prenait bien soin de distinguer l’islam de l’immigration, à la suite d’Alain Soral et de Jean-Marie Le Pen. Vous connaissez la chanson donc je vous la fais courte : mieux vaut le voile que le string, « le respect des cinq piliers de l’islam est compatible avec la République » (dixit Le Pen père, il y a quelques années, avant de se raviser), la cave à prières n’est pas la cave à tournantes, etc. On l’a oublié, mais la campagne 2007 du vieux Le Pen se fit sur cet axe résolument islamophile, du discours de la dalle d’Argenteuil à l’affiche montrant une beurette en string pleurant sur le lait renversé : « UMP, PS : ils ont tout cassé ! »

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts frontistes : Soral a quitté un FN qu’il juge trop « sioniste » tandis que Le Pen senior coule une préretraite devant des journalistes à l’affût de sa dernière blague vaseuse. Rachline plébiscité au printemps, sur une ligne qui n’était pas la sienne, s’attire aujourd’hui les foudres de l’extrême droite identitaire. Devant tant de mansuétude à l’égard des musulmans varois, Fdesouche crie ainsi à la trahison et  au « double discours ».  Et le gestionnaire du site identitaire d’ironiser : « Avant quand tu dénonçais les mosquées tu avais sos racisme aux fesses. Maintenant tu as aussi les néo-frontistes . Lol. » (les fans de maître Capello apprécieront la langue très châtiée des plus-français-que-moi-tu-meurs).

On résume. Un maire FN critiqué pour son islamophilie, des musulmans pratiquants que Le Canard enchaîné, par la plume d’Anne-Sophie-Mercier, estime ménagés par Marine Le Pen, laquelle aurait intimé au jeune Rachline de ne pas s’opposer au projet de mosquée, histoire de ne pas s’aliéner son petit électorat mahométan. Tout cela dans la France de 2014, où le Front national apparaît comme le premier parti du pays, en lutte ouverte contre « l’islamisation », « le radicalisme sunnite » et autre « grand remplacement », si l’on en croit le long manifeste idéologique de son eurodéputé Aymeric Chauprade.

Y’a pas à dire, UMP et FN n’ont vraiment pas le monopole de l’ambiguïté, des reniements, du pragmatisme (cochez la bonne case selon que vous soyez une groupie frontiste, un identitaire white trash ou un citoyen lambda…). S’ils étaient plus malins, au lieu de ressasser les tristes précédents des époux Le Chevallier à Toulon, ou Mégret à Vitrolles, les militants antifrontistes dévoileraient la vérité nue : le FN est un parti normal, trop normal. Y compris dans le domaine économique où, porté à l’Elysée, on le verrait emprunter le tournant de la rigueur façon Senna à Imola. Et puisqu’elle est aux portes du pouvoir, la baudruche FN a toutes les chances d’exploser.

Adieu la gauche, adieu la droite…

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macron valls fn

Il faut toujours faire attention aux « unes » de Libération. Elles nous indiquent assez bien l’humeur de cette gauche dont le lectorat est censé avoir majoritairement voté pour François Hollande en 2012. Le 20 août, le quotidien titrait « L’indécence »  pour parler de la hausse de 30% des dividendes versés aux actionnaires des grands groupes au moment où, malheureuse coïncidence, commençaient à tomber les aides publiques, c’est-à-dire les aides payées par nous pour aider les patrons à nous embaucher. Ce côté double peine : payer pour travailler. Ce côté aussi si français du patronat à célébrer le libéralisme en se camant avec l’argent du contribuable afin de privatiser les profits jusqu’au jour où il faut socialiser les pertes.

On rappelle que le 20 août, c’était avant la sortie de Montebourg et Hamon. Ce qui est intéressant avec le mot sortie, en  français, c’est sa polysémie. Une sortie, ce n’est pas simplement quitter un lieu, c’est aussi un mouvement de colère et, en termes militaires, une tentative plus ou moins désespérée pour rompre un encerclement. Je précise la date de cette « une » parce que c’était  une semaine pratiquement avant la nomination du gouvernement Valls II et l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Economie à la place du même Montebourg, qui sonne comme le remplacement de Marius par Sylla, c’est à dire du tribun des « populares » par le chouchou des « optimates », un « optimate » bien français lui aussi , énarque qui a  vite pantouflé dans la banque, c’est-à-dire haut fonctionnaire dont nos impôts ont payé les études pour mieux l’aider à faire de l’argent chez Rothschild. Ajoutons à cela qu’il est non-élu et on mesurera ainsi sa légitimité pour demander du sang et des larmes aux Français, une légitimité qu’il tient uniquement d’un complexe politico-médiatique (comme on parle du complexe militaro-industriel) qui distille sur toutes les télés, sur toutes les radios et dans pratiquement tous les journaux une vulgate néo-libérale depuis trente ans.

Il n’empêche, cette « une » du 20 août, j’y ai repensé quand au lendemain matin de la nomination du gouvernement, du discours ovationné de Valls au Medef et de l’annonce de Macron sur les 35 heures,  alors qu’on n’entendait plus que des patrons fous de joie sur toutes les antennes, j’ai eu l’impression  que nous venions de faire tomber un nouveau mur de Berlin et que la France, engluée depuis des décennies dans une dictature cryptocommuniste, venait enfin de secouer ses chaines. Il ne manquait plus que les cortèges de blindés, la Marseillaise et les filles en larmes qui jetaient des fleurs sur nos nouveaux sauveurs, ces sociaux-libéraux assumés et ces patrons modernes, forcément modernes. Oui, j’ai repensé à cette « une » du 20 août, qui n’était même pas une « une » de L’Huma, pour me convaincre que j’assistais à une belle opération d’intox puisque la mue sociale-libérale du PS, elle avait commencé bien avant, depuis des mois, depuis la conférence de presse de Hollande de janvier 2014.

Le problème, cette fois-ci, c’est le cynisme allié à la brutalité. La brutalité, c’est toujours un signe de faiblesse. Quand on est fort, on n’a pas besoin de cogner et d’en rajouter. Là encore se pose la question de la légitimité. Le président Hollande a été élu sur un programme. Ce programme est un contrat avec le peuple. Qu’il y ait des coups de canifs dans ce contrat, ce n’est pas une première, hélas. Souvenons-nous du Chirac de 95, élu sur la fracture sociale et indiquant quelques mois plus tard qu’il n’y aurait pas de rupture. Mais c’était sans commune mesure avec ce qui vient de se passer. Là ce n’est pas un coup de canif dans le contrat, c’est le contrat lui-même qui a été déchiré en miettes.

L’esprit de la Vème République voudrait que le Président démissionne pour faire valider ses nouvelles orientations par le peuple ou, à tout le moins, dissolve l’Assemblée nationale. Mais non, ce qui vient d’arriver fait penser, irrésistiblement, à la manière dont l’Italie et la Grèce, au plus fort de la crise, ont été sommées par la Troïka de nommer des gouvernements « techniques » non élus. Nous, on n’a même pas eu besoin du rappel à l’ordre. On va faire des Français des Grecs comme les autres, c’est-à-dire que dans le meilleur des cas, on va retrouver un vague équilibre financier aux prix de sacrifices sans nom dans tous les domaines de l’Etat-Providence. C’est aussi le prix à payer pour cette absurde logique néolibérale de la compétitivité qui, si on y réfléchit, ne sera restaurée que le jour où le travailleur français aura le niveau de rémunération et de protection sociale du travailleur roumain ou bengali.

Alors quoi ? Alors cette absence de légitimité pour mener une telle politique peut conduire à la tragédie.  J’entends par tragédie une nouvelle montée du FN qui pourrait arriver aux portes du pouvoir dès le premier tour d’une présidentielle. Pour une raison simple : c’est le dernier parti en ordre de marche et qui prétend incarner une alternative. Le PS est coupé en deux et pour longtemps, l’UMP est en pleine guerre civile à bas bruit et dit la même chose que le PS en économie, le centre est orphelin de Borloo et le Front de gauche retrouve cette tendance à la scissiparité groupusculaire depuis que Mélenchon déprime.

Bref, le FN dont tout le monde aimait qu’il soit le premier parti de France afin de s’inventer un ennemi fantasmatique, pourrait bien échapper à cette instrumentalisation. Devant l’incroyable trahison qui vient d’avoir lieu et qui prépare une tout aussi incroyable régression sociale,  il pourrait même gagner les prochaines élections. Répétons-le : pas à cause de l’immigration ou de l’insécurité mais à cause de ce mépris absolu pour un peuple qui s’obstine à ne pas vouloir mourir sur la ligne bleue des déficits au nom d’intérêts qui ne sont pas les siens, de ce peuple qui n’a plus aucune raison d’avoir peur du caractère éventuellement antidémocratique du FN puisque sa souveraineté est piétinée comme jamais.

Alors, il sera toujours temps de pleurer. Ou pas : la plasticité presque démoniaque de l’idéologie libérale s’est accommodée d’à peu près tous les régimes, même les pires.

*Photo : Remy de la Mauviniere/AP/SIPA. AP21615418_000030.

Najat contre les méchants réacs

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najat vallaud reacs ecole

Najat Vallaud-Belkacem a du pain sur la planche : entre la réforme des rythmes scolaires, le chantier de l’égalité (qui promet d’être sans fin depuis le temps qu’il est lancé) et le niveau qui baisse, ce n’est pas une mince tâche qui attend la nouvelle ministre de l’Education Nationale, entrée en fonction à moins d’une semaine de la rentrée. D’autant que Najat Vallaud-Belkacem a des ennemis nombreux et influents. À peine nommée, la voilà déjà cible de l’obscurantisme, de la réaction, des sexistes, des racistes, de la Manif Pour Tous, de l’UMP, du Front national, de Luc Chatel, de Christine Boutin, de Nadine Morano, des anti-genres, des misogynes, des néo-vichystes, des populistes chrétiens, des islamophobes, des homophobes, des voilophobes, des najatophobes, des belkaphobes et des pires intégristes  qui soient sur terre. On s’étonne que l’Iran n’ait pas déjà lancé une fatwa et que Kim Jong-Un reste encore calme.

Avec tous ces périls qui menacent notre nouvelle Jeanne d’Arc progressiste, on en oublierait presque, à force d’entendre parler de bûcher et d’obscurantisme, qu’avant d’entamer une gratifiante carrière de martyr il lui reste d’abord à débuter celle de ministre de l’Education Nationale. Najat Vallaud-Belkacem est désormais le ministre de tutelle d’un million cent soixante-six mille cent trois agents et fonctionnaires employés par l’Education Nationale (en 2013. Source INSEE) : ça fait tout de même beaucoup plus de gens qu’à Civitas. Mais pire encore, Najat Vallaud-Belkacem aura affaire à un ennemi plus implacable que tous les réaco-vichysso-facho-populistes assemblés : les parents d’élèves ! Et eux, ils ne rigolent vraiment pas.

Comme Najat Vallaud-Belkacem est une ministre moderne, elle possède évidemment un compte Twitter et une page Facebook mais surtout un site personnel portant désormais la griffe de l’Education nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, sur lequel les gens peuvent aussi l’interpeller directement, même quand ils ne sont pas ses amis ou qu’ils sont profs ou parents d’élèves. Que peuvent-ils donc adresser comme messages à une ministre de l’éducation, deux jours après sa nomination, sur son site officiel ? La réponse est assez surprenante et en dit plus long sur internet que sur Najat Vallaud-Belkacem.

Il y d’abord la catégorie des sympas : « je suis ravi et vous félicite de votre accession à ce poste qui révèlera encore mieux votre professionnalisme et votre engagement pour la France », « vous êtes un exemple de réussite et vous incarnez les valeurs d’égalité pour lesquelles l’école se bat au quotidien », « je suis admiratif de votre énergie et de votre parcours que je viens de survoler également sur wikipedia », « Pour moi, jusqu’à maintenant, vous avez fait du bon boulot et je vous souhaite de continuer dans ce ministère très difficile ».

À certains moments, le ton est plus franchement cordial : « félicitations Najat », « bon courage à toi, Najat », laissons tomber le protocole et toutes ces conventions sociales pesantes, on est dans le vivre-ensemble et la modernité après tout ! Quelques-un des messages adressés à notre nouvelle ministre de l’éducation portent même la mention « envoyé de mon i-phone », c’est tellement 2.0…La jolie Najat ramasse même deux numéros de téléphone que la décence empêchera de reproduire ici : l’un pour lui signaler une « affaire de prostitution entre Strasbourg Saint-denis et Château d’eau à Paris 10 ème arr. » (une révélation incroyable, on attend que NVB soit nommée ministre de l’Intérieur pour diligenter une enquête) et l’autre pour lui rappeler ses responsabilités en tant que ministre : « bonjour.je vous mets au defi de me contacter par tel 06, j’ecris ca car je trouve pitoyable qu’une personne representant l’etat ayant un compte twitter ne reponde a aucuns tweets ». Non mais c’est vrai aussi, ils font quoi les chargés de com’ là ? C’est fin août les gars, va falloir se réveiller un peu, lundi c’est la rentrée ! Alors on range la crème à bronzer, on bouge ses fesses de sa serviette de bain et on se met un peu au turbin SVP…Certains interlocuteurs font aussi preuve d’un peu plus de perfidie, comme cette dame qui donne à NVB du « Madame la ministre » en ajoutant « (pour combien de temps?) »,  tandis que d’autres abordent directement les questions qui fâchent avec un ton parfois assez pressant : « bonjour madame la ministre le rhyme scolaire de mr hamon est zéro pourriez-vous faire quekque chose merci ».

D’autres demandes sont plus étonnantes. Un internaute l’interpelle ainsi avec véhémence : « Qu’avez-vous fait pour défendre les Chrétiens d’Orient actuellement martyrisés, assassinés, et expulsés par la force de leur pays ? » C’est vrai qu’en tant qu’ancienne ministre des Droits des Femmes et nouvelle ministre de l’Education Nationale, on se demandait un peu ce qu’elle attendait pour ordonner l’intervention de l’armée française en Irak aux côtés des Etats-Unis. « Que veut dire votre silence sur ce sujet ? », poursuit son accusateur. Peut-être est-ce le signe que Najat Vallaud-Belkacem est en réalité un haut responsable de l’Etat Islamique en Irak et au Levant et qu’elle aurait habilement dissimulé sa barbiche dans une prothèse en latex imitant à la perfection un petit menton pointu mais nous mettrons cette information au conditionnel jusqu’à la prochaine vidéo d’Alain Soral…

Le plus surprenant reste tout de même ce dernier message qui annonce de façon très mystérieuse :

 

«  [Procès Verbal] : Litige Majeur suite à conflit d’intérêts

 

Salutations,

 

L’Espace social public est un lieu où la revendication ostentatoire doit être effacée.

Malheureusement, ce principe n’est pas respecté.

La pratique de l’ésotérisme Kardéciste et de l’anthroposophie Rosicrucianiste, est source de problèmes permanents, qui impactent la région et le territoire. »

Il y a des moments où les gens sont tout de même bizarres…Mais bon puisque c’est encore un coup des francs-maçons, on s’étonne moins de voir le reste de la missive électronique prendre un ton mystique, un peu comme si Zarathoustra s’était égaré sur jeuxvidéos.com :

L’afflux régulier de personnes revendicatrices d’états d’âmes, est source de problèmes existentiels pour la population locale.

La gène ambiante attaque le bien-être des particuliers, et les mène à des troubles dans leur vie intérieure.

Le ressenti casse les motivations, et nivèle petit à petit, l’ensemble de l’Espace social vers le bas.

L’Importance économique de la région mènera à une régularisation sociale, à travers l’affirmation de l’État dans la séparation stricte du superflu. Pour l’application formelle de la nécessité, jusqu’à étiolement des mauvais principes véhiculés.

Cordialement,

Elle a quand même de la chance d’être ministre de l’Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Après avoir eu affaire aux réaco-vichyssois, la voilà désormais aux prises avec les forces mondiales du mal rosicrucianno-kardécistes et chargée de lutter contre la gène ambiante pour restaurer l’Espace public et social. C’est tout de même un peu plus excitant que de se faire alpaguer sur Twitter par Nadine Morano. En plus de faire du genre au ministère, elle pourrait appeler les frères Bogdanov comme conseillers à l’Elysée et faire équipe avec le Mandarom pour lutter contre la vermine interstellaire crypto-fasciste qui menace la paix et l’harmonie sur terre. Entre l’ABCD de l’égalité, les questions de genre et les rosicrucianokardécistes, le ministère de l’Education Nationale, ça va devenir la quatrième dimension ! J’ai vraiment hâte de voir ça, vive la rentrée !

*Photo :  REVELLI-BEAUMONT/SIPA. 00691103_000009.

 

La tragédie d’un communiste antisoviétique

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souvarine staline gorki

Boris Lifschitz est né le 5 novembre 1895 à Kiev. En 1897 son père, ouvrier, décide d’émigrer à Paris avec sa famille et les Lifschitz acquièrent la nationalité française en 1906. Embauché comme apprenti à l’âge de quatorze ans, mobilisé à dix-neuf ans au cours de la première guerre mondiale où il perdra son frère aîné, il fait l’expérience des conditions d’existence de la classe ouvrière et celle de la vie de simple soldat dans les tranchées, ce qui le conduit à adhérer au Parti socialiste (SFIO) en 1916. Il commence, la même année, à écrire dans le journal des socialistes minoritaires : Le Populaire, où il signe du pseudonyme qu’il gardera toute sa vie : Souvarine, patronyme emprunté à un personnage du roman Germinal d’Emile Zola. En 1917, comme l’ensemble des socialistes, il accueille avec ferveur la Révolution de février en Russie. Souvarine fait néanmoins preuve d’une lucidité particulière dès l’annonce de la prise de pouvoir des bolcheviks, s’inquiétant de savoir si la dictature du prolétariat ne pourrait pas se transformer en « dictature des bolcheviki et de leur chef. » Souvarine conserve cependant son soutien à la Révolution bolchévique pendant toute la période de la guerre civile. En février 1920 il est élu délégué au congrès de la SFIO, où il est de ceux qui défendent l’adhésion du parti à l’Internationale Communiste. En mars 1920, il crée le bimensuel du Comité de la Troisième Internationale : le Bulletin communiste. Il est arrêté le 17 mai 1920 dans le cadre d’une opération étatique visant à accuser les leaders révolutionnaires de « complot » et de « menées anarchistes » et rédige la « motion Souvarine », présentée au congrès de Tours. Libéré, Souvarine est nommé, en décembre 1920, « président d’honneur » du congrès de Tours, avec Fernand Loriot.

Les trois quarts des congressistes adoptent la « motion Souvarine » et créent la SFIC : Section Française de l’Internationale Communiste, futur Parti Communiste Français. Désigné en juin 1921 comme délégué au 3e congrès de l’Internationale Communiste, il se fait remarquer par son anticonformisme : il visite des anarchistes en prison, ou encore se procure les thèses de l’Opposition Ouvrière, dont la diffusion était interdite. Cet anticonformiste s’affirme dans les années suivantes, et Souvarine développe une vision de plus en plus critique du régime en place en URSS, qui commence, à partir des années 1923-24, à passer sous la coupe de Staline. Le 4 avril 1924, Souvarine lance un tonitruant « Il y a quelque chose de pourri dans le Parti et l’Internationale ! »[1. Cité par Jean-Louis Panné, Boris Souvarine, Laffont, 1993, pp. 137 et 142.] et critique violemment la nouvelle troïka Staline-Zinoviev qui s’installe après la mort de Lénine, allant même jusqu’à dénoncer, en mai 1924, à Moscou même, devant les plus hauts responsables, les « mensonges et les calomnies » dont il est fait usage à l’occasion de la mise au ban de Trotsky. Dès ce moment, il est considéré lui-même comme un dissident par les instances dirigeantes du Parti et exclu du Komintern, ce qui entraîne également son exclusion du Parti Communiste Français. Souvarine restera donc toute sa vie, et de son propre aveu, un communiste antisoviétique. Sa position se rapproche de celle du roumain Panaït Istrati et du russe Victor Serge, avec lesquels il va participer à la publication de l’ouvrage Vers l’autre flamme, dans lequel Istrati dénonce violemment l’imposture et la dictature staliniennes et où Souvarine se livre au patient travail de démontage documentaire du mensonge soviétique. Istrati paiera très cher ce crime de lèse-majesté et l’écrivain sera mis au banc de l’intelligentsia de gauche française, et même lâché par son découvreur et protecteur Romain Rolland, jusqu’à devoir retourner en Roumanie où il mourra dans la misère. Souvarine lui, restera en France où il mènera inlassablement un travail de documentation sur le régime soviétique qui se poursuivra jusqu’à sa mort en 1984.

À l’occasion du trentième anniversaire de la mort de Boris Souvarine, et à la veille du cent-vingtième anniversaire de sa naissance, Pierre-Guillaume de Roux publie donc cette édition critique de douze articles de Boris Souvarine, rassemblés et préfacés par Jean-Louis Panné, assortis de riches annexes comprenant quelques  documents essentiels, tels qu’un appel des écrivains russes en 1927 ou une lettre ouverte de Fedor Raskolnikov à Staline en août 1939, au moment de la signature du pacte germano-soviétique. Ces textes de Souvarine richement introduits par Jean-Louis Panné, spécialiste de l’histoire du syndicalisme et du communisme, contribuent à restituer le contexte de l’expérience totalitaire que le temps efface malheureusement trop vite dans la mémoire collective.

Hegel l’avait prophétisé à l’orée du XIXe siècle, l’avènement de la modernité fut aussi celui de l’ère des masses au sein de laquelle la puissance de l’Etat allait pouvoir se déployer, jusqu’à engendrer ce que Jean-Marie Domenach qualifia dans l’un de ses ouvrages d’ « idéologies carnivores »[2. Boris Souvarine, cité par J.L. Panné. La tragédie des lettres russes. p. 75.], les utopies totalitaires à base scientiste dont le nazisme ou le stalinisme furent des manifestations cauchemardesques. « L’Histoire n’est rien d’autre que l’autel où ont été sacrifiés le bonheur des peuples, la sagesse des Etats et la vertu des individus », écrit encore Hegel dans La Raison dans l’histoire. Beaucoup furent sacrifiés sur l’autel du stalinisme et du totalitarisme soviétique mais la réorganisation de la société soviétique et la réécriture du réel ne pouvaient se passer également d’une réécriture de l’Histoire, de toute la littérature et d’une sérieuse mise au pas des « intellectuels », terme dont la Russie partage avec la France la paternité. L’œuvre de réorganisation que se sont fixés les soviets « est inséparable de l’écrasement militaire, implacable, des esclavagistes d’hier (les capitalistes) et de la meute de leurs laquais, ces messieurs les intellectuels bourgeois », écrit Lénine en 1917. Les purges iront en s’intensifiant avec la mise en place par Staline de son pouvoir personnel et iront de pair avec la collectivisation massive, l’Holomodor et l’extermination des koulaks. Boulgakov avait choisi de représenter par le biais du surnaturel, dans Le Maître et Marguerite, la réalité des purges au sein de l’intelligentsia, imaginant des malheureux enlevés chaque nuit par de mystérieux « vampires ». Souvarine, lui, tient scrupuleusement les comptes, recueille les témoignages et retranscrit avec un souci d’exactitude impitoyable les contradictions, les mensonges, les crimes et les absurdes justifications du régime officiel. On apprend ainsi que le nom Khrouchtchev est dérivé de « khrouchtch », qui signifie « hanneton » et qui est désigné en 1952 comme « nuisible à l’agriculture »…mais qui a tout simplement cessé d’être nuisible dans l’édition de 1961, alors que Khrouchtchev est Premier secrétaire du Parti. Dostoïevski devient, sous la tyrannie stalinienne, un auteur à écarter car « il insiste trop sur la duplicité de la nature humaine, il exprime une fâcheuse méfiance envers la raison, il a eu le tort de dépeindre l’individu ‘impuissant dans le chaos des forces obscures’ », selon la critique de Maxime Gorki. Après la mort du grand Staline, Dostoïevski se voit miraculeusement ressuscité par la censure et la critique officielle.

Mais la grande tâche de Souvarine, et le principal mérite de l’ouvrage de Jean-Louis Panné qui la met en valeur, c’est d’établir avec précision les crimes du régime envers ceux qu’il fait disparaître, assassine, déporte, pour les « réhabiliter » avec cynisme quelques années plus tard, à la faveur de la déstalinisation par exemple. Souvarine témoigne en mémoire de Boris Pilniak, fusillé en 1938, d’Isaac Babel, dont la mort, le 27 janvier 1940, ne fut révélée à sa famille qu’en 1953 ou encore d’Ossip Mandelstam dont la femme, Nadedja, apprend en 1939 la mort survenue trois mois plus tôt par le biais d’un colis revenu à l’expéditeur avec la simple et glaciale mention « destinataire décédé. » Souvarine est celui qui vient aux nouvelles de ceux que le régime veut faire oublier, qui tient la liste des volatilisés, se réjouit de la réapparition de ceux qui ont miraculeusement échappé à la machine à broyer les âmes et les corps. Il est aussi celui qui dénonce les impostures, celle d’Ehrenbourg par exemple qui « a dû renoncer presque aux belles-lettres pour satisfaire aux exigences de la « commande sociale », et est « devenu en quelque sorte le porte-parole principal de l’agit-prop à travers le monde, un globe-trotter au service du stalinisme et de son dérivé actuel : à lui le tourisme de luxe, les escales aux aéroports, les grands hôtels de « classe internationale », les relations avec la bourgeoisie faisandée, les réceptions et les festivals, bref, la bonne vie. »[4. Souvarine cité par J.L. Panné. p. 164.] Souvarine présente Ehrenbourg comme un menteur et un opportuniste sans talent qui n’hésite pas, tour à tour, à flatter et à dénoncer, pour asseoir sa position d’écrivain officiel. Souvarine ne fut pas le seul à détester Ehrenbourg. André Breton, qui montrait lui-même quelques tendances dictatoriales en littérature, fut si écœuré par le personnage qu’il conclut sa dernière rencontre avec Ehrenbourg en France par une gifle retentissante.

Comme le rappelle justement Jean-Louis Panné, si les crimes du nazisme ont été amplement documentés et constamment rappelés, il semble encore difficile de mettre en lumière avec autant d’évidence ceux du stalinisme et à plus forte raison ceux du régime soviétique dans son ensemble. Les auteurs du Livre Noir du communisme, lequel avait, il y a quelques années, provoqués une levée de boucliers et une jolie polémique ne diront pas le contraire. Mais on ajoutera ici au propos de Jean-Louis Panné dans sa postface qu’un danger plus grand que l’ire des bien-pensants guette aujourd’hui les historiens de l’horreur totalitaire, c’est l’indifférence et un esprit de confusion nihiliste qui n’épargne plus en 2014 ni la mémoire du stalinisme, ni celle du nazisme.

Boris Souvarine. La tragédie des lettres russes. Textes présentés, annotés et préfacés par Jean-Louis Panné. Editions Pierre-Guillaume de Roux. 2014

*Photo : Staline et Gorki (wikicommons).

Right or wrong, ma liberté

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liberte france liberalisme

De ma naissance à l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pris qu’un seul et unique engagement qui soit de nature à restreindre ma liberté de façon permanente : je me suis marié dans le but de fonder une famille. Il n’y en a aucun autre. Oh, bien sûr, il m’est arrivé de prendre des engagements auprès de mes amis ou de mes collègues de travail et, comme tout homme digne de crédit, j’ai mis un point d’honneur à respecter ma parole scrupuleusement. Mais aucune de ces promesses ne m’engageait ad vitam aeternam, pour le meilleur et pour le pire et jusqu’à ce que la mort nous sépare.

Dès lors, je peux dire avec certitude que rien, absolument rien à l’exception de cet unique engagement envers ma femme et mes enfants ne m’engage moralement à abandonner ne serait-ce qu’une infime parcelle de ma liberté. Il n’y a que deux moyens d’en obtenir plus de moi : me convaincre de faire une nouvelle promesse ou me contraindre par la force.

Alors oui, je suis français et j’aime mon pays. Aussi loin que notre mémoire familiale nous porte, mes ancêtres étaient français, je suis un produit de la méritocratie républicaine de l’ouest autant que de la bourgeoisie industrielle du nord, j’aime notre langue — avec une faiblesse pour sa version XIXe —, j’aime notre histoire, j’aime l’extraordinaire variété de nos paysages et de nos traditions et j’aime, peut-être plus que tout le reste, l’idée de cette France de 1790, celle de la fête de la fédération.

Pour autant, soyez-en sûr, je place ma liberté au-dessus de mon amour pour la France. Ça ne fait, dans mon esprit, pas le moindre doute. Si mon pays devait devenir une dictature liberticide, je cesserais immédiatement d’être français. « Where liberty dwells, écrivait Benjamin Franklin, there is my country. » Je me ferais citoyen helvétique s’ils veulent bien de moi, sujet de la reine d’Angleterre ou, en espérant qu’il reste un peu de Franklin outre-Atlantique, j’irai me faire américain.

Je n’ai, au risque de me répéter, jamais rien signé de tel qu’un contrat social — contrat chimérique, d’ailleurs, dont j’ignore jusqu’aux termes — et je ne suis, dès lors, tenu par aucune promesse. La seule chose qui puisse en tenir lieu, en l’occurrence, c’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la base essentielle de notre Constitution, le seul texte au nom duquel vous pouvez me compter au nombre des patriotes prêts à se battre pour la République. Disons-le tout net : si je cesse d’être le citoyen d’une République fondée sur ces principes et à moins que vous ne proposiez mieux, je cesse aussitôt d’être français.

« Qui cherche dans la liberté autre chose qu’elle-même, disait Tocqueville, est fait pour servir. » Je préfère être pauvre et libre que riche à millions mais esclave. Je ne sers et ne servirais jamais que les causes que j’ai moi-même choisi et vos procès, vos reproches et vos indignations n’y changeront rien. Il est inutile de me chanter le refrain de la France éternelle — rien n’est éternel — ou d’en appeler à mes supposés devoirs envers ma race, ma classe, ma nation ou Dieu seul sait quel autre groupe fictif vous inventerez encore : je ne reconnais qu’une seule allégeance — ma femme, mes enfants ; pour le reste, je suis un homme libre.

Naturellement, il va de soi que vous reconnais le même droit. Vous voulez vous choisir un maître auquel vous confierez le soin de régler chaque détail de votre vie ? Grand bien vous fasse ! Vous voulez créer votre coopérative, votre phalanstère, votre kibboutz ? Je serais le premier à défendre votre droit de le faire ! Mais, de grâce, ne m’obligez pas à participer à vos utopies et ne m’obligez pas à subir les conséquences de vos choix. Pouvez-vous faire ça ? Pouvez-vous admettre que mes choix soient différents des vôtres et me laisser vivre selon mes propres aspirations ?

Parce que si vous êtes incapables d’admettre cette simple idée et si vous refusez d’en faire, comme moi, le principe essentiel qui doit fonder notre vie en commun, alors, vous exercez sur moi un chantage qui peut se résumer en une alternative : obéir ou partir. Très concrètement, vous m’imposez de choisir entre ma liberté et le simple fait de vivre dans le pays de mes ancêtres, le pays où je suis né, ce pays — je l’ai dis — que je ne pourrais quitter que la mort dans l’âme. C’est un racket des plus odieux mais n’ayez pas le moindre doute : je partirai parce que je préfère mille fois l’exil à la servitude mais je partirai en vous maudissant et vous pourrez, à compter de ce funeste jour, me compter au nombre de vos ennemis les plus implacables.

*Image : wikicommons.

Le scandale des prêtres non pédophiles

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pretre catholique confession

pretre catholique confession

Le pape François l’a annoncé : une journée de prière sera organisée, le 7 juillet, pour les victimes d’actes pédophiles commis par des membres du clergé catholique. La multiplication des affaires de pédophilie dans lesquelles l’Église est mouillée offre aux médias de quoi s’indigner à bon compte : sujet racoleur, coupables idéaux, rentabilité morale garantie.

On dira qu’il ne s’agit pas d’un complot des robes noires, mais de faits bien réels. De fait, les chiffres impressionnent : entre 2004 et 2013, pas moins de 3420 plaintes déposées contre des ecclésiastiques pour pédophilie ont été jugées sérieuses.

Comme je crains que, des accusations de ce genre, il continue d’en pleuvoir des cordes auxquelles l’honnête croyant pourrait être tenté de se pendre, je voudrais cependant rassurer les familles dont les enfants passent leurs mercredis et dimanches dans les jupes du clergé. Victime de la suspecte imprudence de mes géniteurs, je fus astreint à fréquenter catéchisme et aumônerie dès l’âge de 6 ans et ne fus autorisé à me mettre à l’abri des prédateurs ensoutanés auxquels on m’avait livré que dix ans plus tard. Croyez-le ou non : quitte à en décevoir certains, mon enfance ne ressemble pas à un film de Pedro Almodovar.[access capability= »lire_inedits »]

Seul dans ma chambre, je ferme les yeux. Je me revois petit garçon écoutant les cours du père Martin ; m’inventant des péchés à confesse devant un autre prêtre dont le nom m’échappe ; devisant sans fin en tête à tête avec le père Albert quelques jours avant ma profession de foi. Je me revois en aube blanche, le jour venu, un cierge à la main, yeux noirs et crin brillant, teint pâle d’enfant sage, un rose et doux sourire à mon visage suspendu comme une image de la Vierge au mur de la loge d’une concierge portugaise. Ma chair était tendre, sentait la lavande et le savon de Marseille. Qu’attendaient-ils, mes bourreaux présumés?

Je cherche, je fouille, je creuse, je questionne ma mémoire, supplie le docteur Freud d’éclairer le recoin de mon cerveau où se dissimule le noir souvenir que, sans doute, je refoule… Eh bien, non, rien ! Aucun baiser douteux, aucune caresse déplacée. RAS. Pas même un mot ou ne serait-ce qu’un regard à demi-suspect dont je n’aurais compris que des années plus tard qu’ils étaient une invitation manquée à la débauche. Sans que je le devine, ma carrière de séducteur venait de subir ses premiers revers.

Étais-je si repoussant ? Ma mère et mes grands-mères se moquaient-elles, avec leurs yeux couvants qui me regardaient comme on se pourlèche devant une pâtisserie orientale? Dix années d’instruction religieuse, autant de perdues. Mes curés avaient dû fréquenter les mauvais séminaires. Je les quittais aussi sceptique et ignorant des choses du sexe qu’avant de les avoir rencontrés. Le bon Dieu a de ces farces…

Loin de moi l’idée de me servir des déconvenues de ma jeunesse pour nier la diversité des tempéraments. Quelques enfants, peut-être, ne goûtent pas les leçons d’ecclésiastiques plus entreprenants que les miens. Je plains ces gosses. Pour deux minutes de licence mal digérées, on les ballottera de commissariat en cours d’assises.

Échoués dans les méandres de la procédure pénale, ils seront tenus d’exposer devant parents, amis, policiers, magistrats et public le détail de leur vie sexuelle dix fois, cent fois, mille fois ! Pour peu que l’affaire ait les faveurs des journalistes, elle sera même placée sous les projecteurs devant la France entière. Des kilotonnes de papier, d’images, de commentaires feront du premier péquin venu le fin spécialiste de l’intimité du plaignant. Il y a de quoi être traumatisé…

Pour préserver les enfants de l’indélicatesse de la justice, d’aucuns prétendent que le Vatican devrait détourner de leurs penchants les curés pédophiles en les autorisant à se marier. Peut-être que l’abandon du célibat est nécessaire. Les vocations se raréfient (« Dieu n’a plus d’arguments », en conclut un anonyme dans une brève de comptoir), et mieux vaut des prêtres mariés que pas de prêtres du tout.

Quoique… Les catholiques devraient se méfier. L’Église, à force de plier sous le poids des modes de son temps, finira par s’écrouler. Le danger, pour elle, ne vient pas de l’extérieur. La déliquescence du respect des principes chrétiens est patente chez les fidèles eux-mêmes. En témoigne l’explosion des syncrétismes. Chacun concocte la macédoine spirituelle qui l’arrange. Tel croyant y mettra, par exemple, deux doigts de bouddhisme, trois cuillères à café de catholicisme, une pincée d’animisme et (pourquoi pas?) un soupçon d’athéisme. La recette est astucieuse et permet de se soustraire aux commandements du pape sur l’avortement, l’euthanasie ou le mariage homosexuel. C’est oublier que la vocation de l’Église est de réformer les mœurs, pas d’encourager leur dissolution.

On dira que le clergé pourrait commencer par réformer les siennes. Admettons qu’il y a contradiction à prêcher, bible en main, la bonne parole, un enfant de chœur planqué à genoux dans la soutane. L’argument du recours au mariage pour limiter les amours pédophiles n’en est pas moins une infaillible ânerie. Ces amours s’épanouissent dans toutes les professions où des adultes sont en contact fréquent avec des enfants. Des instituteurs, des imams, des rabbins, des j’en-passe-et-des-meilleurs y succombent. Voilà qui en dit long sur la pauvreté de l’origine de nos troubles sexuels.

Des études démontreraient que c’est dans le clergé catholique que l’amour des enfants est le plus répandu. J’en doute. Affirmer, comme les journalistes, que les affaires de pédophilie affaiblissent l’Église, c’est raisonner à l’envers : c’est parce que l’Église est la plus affaiblie de toutes les institutions scolaires et religieuses que les scandales s’y multiplient. Ce déclin, que l’on peut déplorer par ailleurs, a au moins ceci de bon que les ecclésiastiques ne jouissent plus auprès des fidèles du prestige moral qui leur permettait, hier, de laisser leur coupable passion s’accomplir dans la tranquillité de leurs paroisses.

Pour terminer, je ne pense pas qu’une femme, aussi ardente soit-elle, puisse éteindre chez un homme le goût des petites filles et des petits garçons. Si c’était le cas, le clergé aurait déjà éradiqué la pédophilie. Croit-on qu’un prêtre qui a l’audace de faire fi de son vœu de célibat pour tripoter un enfant se gênerait pour en faire autant avec une femme si ce substitut l’apaisait ? Autoriser le mariage ne changera rien. Ce n’est pas en lui servant du sanglier qu’on rassasie un cannibale.[/access]

*Photo: ALFRED/SIPA.00485577_000003

Cécile Duflot : gonflée ou dégonflée?

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À moins d’être coopérant au Tadjikistan ou spéléologue en mission de longue durée, vous avez forcément entendu parler de l’ouvrage de rentrée de Cécile Duflot  De l’intérieur, voyage au pays de la désillusion.

Outre mille méchancetés sur les socialistes en général et sur Hollande en particulier, l’ex-ministre verte y affirme tout de go que maints responsables politiques y compris des ministres « savaient depuis longtemps » que leur ministre du Budget – un certain Jérôme Cahuzac – avait un compte en Suisse. De la bombe, bébé !

Hélas, ladite bombe s’est aussitôt autodésamorcée (qu’on ne compte pas sur moi pour parler de « pétard mouillé » -avec Cécile, les accusations de sexisme fusent plus vite que son ombre).

Tout ça pour dire qu’à la première demande d’offre de preuves, l’accusatrice publique a fait machine arrière toute (quoiqu’en cette occurrence écologiste, le cliché journalistique de « rétropédalage, serait pour une fois admissible)

Interrogée hier matin par Jean-Jacques Bourdin sur RMC/ BFM, la redresseuse s’est obstinément refusée à donner des noms et a même mis une bonne dose d’eau tiède dans son vin biodynamique: « Si j’avais eu des éléments très précis dans le cadre de cette affaire, je les aurais donnés à la justice. La justice est saisie, elle fait son travail. »

On se doute bien que ce simulacre d’explication n’était pas de nature à rassasier un Bourdin avide de noms. Sommée par JJ d’étayer l’affirmation de son livre selon laquelle certains ministres « savaient », elle noie le poisson, quitte à vexer ses électeurs sensibles à la souffrance animale : « Certains ont dit qu’ils savaient, ou plus exactement quand je disais que peut-être ce n’était pas vrai, certains levaient les yeux au ciel en me disant : ‘Mais ma pauvre, qu’est-ce que tu es naïve !' ». Et de conclure encore plus piteusement : « Si je n’ai pas voulu dire de qui il s’agissait, c’est parce que j’estime qu’il n’y avait rien dans ce qu’ils disaient qui était de nature à accréditer telle ou telle chose ».

Bref, si cette ex-ministre avait été UN ex-ministre, tout Tweeter aurait parlé de baissage de froc…

 

Le grand retour du mariage bourgeois

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mariage gay monde bacque

mariage gay monde bacque

Il m’arrive d’avoir de mauvaises lectures. Coincé samedi dernier sur un quai de gare lointain, avec comme seule perspective trois heures de train pour rentrer chez moi, et plus rien à lire, j’ai acheté Le Monde.

En couverture du Supplément tout en couleurs sur papier quasi glacé, deux hommes en costard rose, décapités par la photo, s’étreignent virilement, tandis qu’une main de femme, en contrebas, tient une coupe où surnage un zeste de citron vert. Très joli, très artistique. Titre : « Conformiste, bourgeois, romantique. Le mariage gay épouse les traditions ».
À l’intérieur, un reportage pas trop cassant de Raphaëlle Bacqué (à qui on doit un récit très circonstancié de la disparition de François de Grossouvre, Le Dernier mort de Mitterrand, Grasset, 2010 — très bien écrit, très informé, mais que la famille a fort contesté, persuadée qu’elle est que ce suicide n’en était pas un) sur quelques mariages homosexuels célébrés cette année dans le meilleur milieu — les bobos parlent aux bobos (le Monde, hein…).
Cela m’a toutefois mieux permis de comprendre mes réticences envers le « mariage gay » — outre le fait que c’était l’une de ces réformes « sociétales » qui ne mangent pas de pain, en cette époque où tant de gens en manquent (mais voilà, infléchir la politique d’Angela Merkel, c’est une autre paire de manches).

J’ai eu dix fois l’occasion de demander à des amis homos ce qu’ils pouvaient bien trouver attirant dans l’idée de mariage. Étendre intelligemment le PACS, à la bonne heure, autant ne pas se trouver dépourvu face aux impôts et aux droits de succession. Mais le mariage ! Mais les enfants !
Certes, j’ai donné dans l’un et dans l’autre — et j’ai payé pour voir, si je puis dire. Mais les bêtises des uns ne servent décidément jamais aux autres.
L’article de Raphaëlle Bacqué est une succession d’anecdotes roses d’une mièvrerie sidérante — le « romantisme » du titre doit être entendu dans le sens d’une surenchère, d’un déluge rose frisant le mauvais goût. À croire que les gays présentés ici (et le sous-entendu général de l’article, c’est qu’ils sont emblématiques) rêvent de vivre (et même d’outrepasser) le mariage bourgeois dans toute son horreur. Et de reconstituer à cette occasion un lien familial illusoire — ce n’est pas parce que l’on entrechoque ses coupes que l’on se porte dans son cœur, mais ces noces sont apparemment l’occasion de faire accepter aux grands-parents ce qu’ils savaient déjà.
« La famille » — programme de préparation à Sciences Po cette année. Je crois que le premier texte que je ferai sera celui de Sartre, dans les Mots : « Il n’y a pas de bon père, c’est la règle ; qu’on n’en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui est pourri. Faire des enfants, rien de mieux; en avoir, quelle iniquité ! » — et la suite.

Que des gens raisonnables, et qui se veulent de gauche, en arrivent à célébrer une union dans les termes mêmes des conventions les plus étroitement bourgeoises me sidère. Nous avons vécu la révolution sexuelle des années 60-70 en récusant de toutes nos forces le mariage bourgeois, en célébrant l’union libre, comme disait Breton. « Jouissons sans entraves », clamions-nous. L’idée de passer devant le maire nous paraissait d’une absurdité totale. Toute convention était bonne à détruire.
Mais au bout de la révolution, nous voici de retour au point de départ. Voici les retrouvailles avec les conformismes les plus étroits : temps de crise probablement, on se replie sur les valeurs traditionnelles, on finit par croire que Cinquante nuances de gris est d’une audace folle. Et on fait des enfants, par tous les moyens. Des mômes que nous écraserons, comme dit Sartre, ou qui nous haïrons — ou les deux. Faire des enfants ! Autant avoir un petit chat, au moins, il attrape des souris. Par quelle perversion en est-on arrivé là ? « Familles, je vous hais ! » s’exclamait Gide — et ça date. Nous voici à l’autre bout du bout, en train de revendiquer la famille bourgeoise dans toute son horreur, quitte à en connaître l’aboutissement ultime, juge des affaires familiales et avocat en prime.
Ce qui me choque le plus, dans les récits de Bacqué, c’est la surenchère de conformisme affiché : on veut à toute force « faire comme ». Mais enfin, en quoi ce paroxysme bourgeois dégoulinant est-il un modèle ? En deux décennies, nous sommes passés de l’amour libre à l’amour entravé, on n’arrête pas le progrès. Passés des expériences multi-polaires à la fidélité imposée. Et célébrée avec emphase. Les mariages gays de Bacqué semblent des caricatures d’aspiration à la norme bourgeoise la plus éculée — tout comme certaines folles jouent à être plus féminines que les femmes les plus femmes.

Ce souci de respectabilité m’effraie un peu : les homos que je connaissais dans les années 70 se souciaient surtout de faire des fêtes galantes dans des lieux improbables en choquant le bourgeois. Ceux d’aujourd’hui aspirent visiblement à se tenir la main sur leur canapé Roche & Bobois en regardant les Feux de l’amour à la télé. Ou le foot. Cette civilisation (ou ce qu’il en reste) prend de la gîte.

Le dernier mariage auquel j’ai assisté, début août — un mariage hétéro, mais qu’est-ce que ça change ? — a fini en jeux stupides et en beuveries obligées — et encore, c’étaient des amis que j’aime : bref, je suis parti tôt, préférant garder d’eux une image antérieure à ce déchaînement de conformisme. Vivre hors mariage a toujours été pour moi un pré-requis (je me suis laissé aller une fois, et en catimini, à passer devant le maire, pour des raisons économiques — mal m’en a pris : la liberté m’aurait coûté moins cher). Que des homos qui avaient la chance a priori de ne pas entrer dans les codes revendiquent si fortement le droit de faire les mêmes bêtises que les autres m’accable.

 *Photo : Gexydaf.

Ukraine : des antisémites pro-russes

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ukraine donbass fascisme

La propagande russe pourfend les fascistes et les banderovistes ukrainiens, et présente son combat comme un combat anti-nazi. J’ai dit ce que je pensais des fascistes ukrainiens qui, je le répète une fois encore, ont rassemblé, en tout et pour tout, moins de 2% aux élections législatives.
Et puis, j’ai regardé les pages FB des différents mouvements pro-russes, et je suis tombé sur celui-ci : «Donbass revolution ». C’est un groupe international : on y voit des interventions en russe, en anglais, en allemand, en polonais, en tchèque, en espagnol. Un groupe de discussion et de soutien des séparatistes pro-russes.

Et d’abord l’emblème de ce groupe, en commençant par le drapeau : c’est celui de la république de Nouvelle-Russie, qui est en train de voir le jour avec l’intervention de l’armée russe. Un bout de terre qui a toujours été russophone (et toujours ukrainien, sans qu’il y ait jamais rien eu là de contradictoire), mais qui englobe les mines de Donetsk, avec un accès à la mer. Il s’agira d’une république fantoche, évidemment non reconnue par qui que ce soit en dehors de la Russie, mais qui existera — comme la république d’Abkhazie, créée exactement sur le même modèle : troubles sociaux qu’on fait dégénérer en troubles inter-ethniques (en jouant sur les extrêmes des deux bords, toujours prêts à en découdre, quelles que soient les conséquences), surgissement inopiné de milices populaires d’auto-défense, bientôt armées aussi bien que les forces régulières qui se dressent contre elles, puis beaucoup mieux — et intervention voilée (ou non) pour faire respecter le « droit humanitaire », ou « la vie des civils ». Et établissement, par la guerre, au prix de milliers de morts, d’une nouvelle frontière. Le but est de réduire au minimum l’indépendance potentielle des anciennes républiques soviétiques, et d’affirmer, concrètement, que la notion de « zone d’influence » ne vaut pas que pour les USA : il s’agit bien d’un retour à la guerre froide globale, au prix d’une série de « guerres chaudes » plus ou moins localisées. La guerre froide est un équilibre beaucoup plus rassurant que le chaos de la détente, et le climat de guerre extérieure permet aussi de museler l’opposition chez soi, au nom du crime de haute-trahison. D’ici peu, nous y viendrons en Russie.

Et donc, le drapeau. Vous le reconnaissez, n’est-ce pas ?
Cette croix de saint-andré, ces couleurs… c’est un décalque des drapeaux des Etats confédérés pendant la Guerre de Sécession… et c’est aussi, accessoirement, le drapeau, aujourd’hui, du Ku Klux Klan. Il n’y a pas les étoiles américaines, mais c’est le même drapeau.

Ensuite, il y a, derrière, cette figure en marbre, assez patibulaire — c’est sans doute une figure d’un monument soviétique à la victoire sur Hitler. Je rappelle que la guerre de 41-45 a fait quelque chose comme 27.000.000 millions de morts du côté soviétique — et on ne sait combien de blessés, de mutilés. C’est donc, la moitié de la population de la France qui a été massacrée pendant la guerre.

Et, au premier plan, le portrait du tsar Nicolas II… avec un ruban de la croix de St Georges, décoration militaire de l’empire russe… Voilà donc une armée anti-fasciste qui se réclame délibérément de l’empire russe — c’est l’héritage de Nicolas Ier, dont j’ai parlé dans une chronique précédente. Mais ce n’est pas que cela ; c’est l’héritage de Nicolas Ier sous couvert d’une référence monumentale à la victoire contre le nazisme, ou, plutôt, ici, contre les Allemands. La référence à la guerre est fondamentale. Et cet héritage de la guerre est lui-même repoussé au second plan sur l’image par le drapeau sudiste – l’image du drapeau, aujourd’hui, des suprématistes blancs.

Le fait est que « Donbass Revolution » n’est pas qu’un simple groupe de discussion. C’est un groupe de discussion des suprématistes slaves, et ces suprématistes slaves en appellent à la réunion de tous les slaves d’Europe sous la bannière de la Russie, c’est-à-dire, là encore, ils en reviennent à la doctrine de l’Empire russe — une doctrine qui explique que la Russie a soutenu les Serbes de Milosevic (avec les conséquences qu’on connaît). J’ai pris une image, réellement, au hasard — ou peut-être parce qu’elle m’avait frappé un peu plus que les autres. Des types du « Secteur Droit » (donc, les nazis indépendantistes) qui font quelque chose comme un salut nazi. Cette photo porte le commentaire suivant : « Ukrainian Nazi Army with Hitler salute, this are the buddies of the EU, the US and the western « Journalism ».

Je regarde la discussion. Un membre du groupe, Artur Arbatov (on peut aller sur sa page FB, elle est très parlante — avec plein de jeunes gens et de jeunes filles blonds — les photos 3 et 4 viennent de sa page, j’ai traduit les commentaires), écrit (en russe) : « Je n’arrive pas à comprendre comment on peut être nationaliste, mettre au pouvoir rien que des Juifs, lécher le cul de l’Amérique et faire des « zieg heil ». Je ne comprends pas du tout où est la logique ? »

Un autre, un peu plus bas, qui s’appelle « Miré », répond en anglais : » its stupid because they fight for world Zionism. haha stupid puppets! Kosher nazis. »
Et il continue en expliquant que, finalement, la cause de la deuxième guerre mondiale, c’est les juifs… Et ça continue comme ça à longueur de pages, sur tous les sujets, et sur tous les modes, avec un seul leitmotiv : nous nous battons contre les nazis ukrainiens, et les nazis sont les serviteurs des youpins.

Il s’agit d’un groupe de discussion fasciste, naturellement antisémite parce que fondamentalement raciste. Et ce sont ces gens-là que Poutine fournit en armes ultra-modernes et met en place pour le servir en Ukraine orientale (en « Nouvelle Russie »). Nous sommes plusieurs (je pense à Cécile Vaissié, à Maria Noelevna, à bien d’autres), à avoir beaucoup insisté sur la fédération fasciste, d’extrême-extrême droite, réunie par Poutine dans le monde entier, et particulièrement en Europe. Ceci est un exemple parmi d’autres.

Le boulevard ouvert par François Hollande à Marine Le Pen n’en est que plus tragique.

*Photo : Efrem Lukatsky/AP/SIPA. AP21552170_000015.

Cet article est extrait de la page Facebook d’André Markowicz.

Mosquée de Fréjus : de qui se moque-t-on?

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fn frejus mosquee rachline

fn frejus mosquee rachline

Le week-end prochain, le Front national de la jeunesse (FNJ) tiendra son grand barnum annuel à Fréjus. Sur les plages varoises, Julien Rochedy passera le témoin à l’apparatchik Gaëtan Dussausaye, 19 ans, sorte de bébé Philippot à l’avenir politique tout tracé.  Mais dans les murs de la cité varoise, c’est un autre jeune frontiste qui fait parler de lui : le maire David Rachline, 27 ans, élu maire au printemps dernier après avoir présidé le FNJ de 2009 à 2011. La pomme de la discorde ? Un projet de mosquée, Al-Fath, (« l’extension, la conquête »), que les musulmans locaux s’apprêtent à construire au grand regret de bien des électeurs frontistes, chauffés à bloc contre l’islam. Juste après son élection, Rachline enchérissait sur les peurs, appelant même à un référendum, dans des diatribes dignes du suisse Oskar Freysinger.

Quelques mois plus tard, une fois la bise du pouvoir venue, voilà que le nouvel édile se ravise. Plus question de consultation populaire, Rachline entend maintenant procéder par consensus, en mettant riverains, musulmans (« qui ont droit à des lieux de culte dignes ») et mairie autour d’une table. Avis à la population : plus question de référendum ! Oubliées les rodomontades du printemps, le premier fréjussien revient à ses amours d’antan, lorsque militant parallèlement au FN et à Egalité et Réconciliation, il prenait bien soin de distinguer l’islam de l’immigration, à la suite d’Alain Soral et de Jean-Marie Le Pen. Vous connaissez la chanson donc je vous la fais courte : mieux vaut le voile que le string, « le respect des cinq piliers de l’islam est compatible avec la République » (dixit Le Pen père, il y a quelques années, avant de se raviser), la cave à prières n’est pas la cave à tournantes, etc. On l’a oublié, mais la campagne 2007 du vieux Le Pen se fit sur cet axe résolument islamophile, du discours de la dalle d’Argenteuil à l’affiche montrant une beurette en string pleurant sur le lait renversé : « UMP, PS : ils ont tout cassé ! »

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts frontistes : Soral a quitté un FN qu’il juge trop « sioniste » tandis que Le Pen senior coule une préretraite devant des journalistes à l’affût de sa dernière blague vaseuse. Rachline plébiscité au printemps, sur une ligne qui n’était pas la sienne, s’attire aujourd’hui les foudres de l’extrême droite identitaire. Devant tant de mansuétude à l’égard des musulmans varois, Fdesouche crie ainsi à la trahison et  au « double discours ».  Et le gestionnaire du site identitaire d’ironiser : « Avant quand tu dénonçais les mosquées tu avais sos racisme aux fesses. Maintenant tu as aussi les néo-frontistes . Lol. » (les fans de maître Capello apprécieront la langue très châtiée des plus-français-que-moi-tu-meurs).

On résume. Un maire FN critiqué pour son islamophilie, des musulmans pratiquants que Le Canard enchaîné, par la plume d’Anne-Sophie-Mercier, estime ménagés par Marine Le Pen, laquelle aurait intimé au jeune Rachline de ne pas s’opposer au projet de mosquée, histoire de ne pas s’aliéner son petit électorat mahométan. Tout cela dans la France de 2014, où le Front national apparaît comme le premier parti du pays, en lutte ouverte contre « l’islamisation », « le radicalisme sunnite » et autre « grand remplacement », si l’on en croit le long manifeste idéologique de son eurodéputé Aymeric Chauprade.

Y’a pas à dire, UMP et FN n’ont vraiment pas le monopole de l’ambiguïté, des reniements, du pragmatisme (cochez la bonne case selon que vous soyez une groupie frontiste, un identitaire white trash ou un citoyen lambda…). S’ils étaient plus malins, au lieu de ressasser les tristes précédents des époux Le Chevallier à Toulon, ou Mégret à Vitrolles, les militants antifrontistes dévoileraient la vérité nue : le FN est un parti normal, trop normal. Y compris dans le domaine économique où, porté à l’Elysée, on le verrait emprunter le tournant de la rigueur façon Senna à Imola. Et puisqu’elle est aux portes du pouvoir, la baudruche FN a toutes les chances d’exploser.

Adieu la gauche, adieu la droite…

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macron valls fn

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Il faut toujours faire attention aux « unes » de Libération. Elles nous indiquent assez bien l’humeur de cette gauche dont le lectorat est censé avoir majoritairement voté pour François Hollande en 2012. Le 20 août, le quotidien titrait « L’indécence »  pour parler de la hausse de 30% des dividendes versés aux actionnaires des grands groupes au moment où, malheureuse coïncidence, commençaient à tomber les aides publiques, c’est-à-dire les aides payées par nous pour aider les patrons à nous embaucher. Ce côté double peine : payer pour travailler. Ce côté aussi si français du patronat à célébrer le libéralisme en se camant avec l’argent du contribuable afin de privatiser les profits jusqu’au jour où il faut socialiser les pertes.

On rappelle que le 20 août, c’était avant la sortie de Montebourg et Hamon. Ce qui est intéressant avec le mot sortie, en  français, c’est sa polysémie. Une sortie, ce n’est pas simplement quitter un lieu, c’est aussi un mouvement de colère et, en termes militaires, une tentative plus ou moins désespérée pour rompre un encerclement. Je précise la date de cette « une » parce que c’était  une semaine pratiquement avant la nomination du gouvernement Valls II et l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Economie à la place du même Montebourg, qui sonne comme le remplacement de Marius par Sylla, c’est à dire du tribun des « populares » par le chouchou des « optimates », un « optimate » bien français lui aussi , énarque qui a  vite pantouflé dans la banque, c’est-à-dire haut fonctionnaire dont nos impôts ont payé les études pour mieux l’aider à faire de l’argent chez Rothschild. Ajoutons à cela qu’il est non-élu et on mesurera ainsi sa légitimité pour demander du sang et des larmes aux Français, une légitimité qu’il tient uniquement d’un complexe politico-médiatique (comme on parle du complexe militaro-industriel) qui distille sur toutes les télés, sur toutes les radios et dans pratiquement tous les journaux une vulgate néo-libérale depuis trente ans.

Il n’empêche, cette « une » du 20 août, j’y ai repensé quand au lendemain matin de la nomination du gouvernement, du discours ovationné de Valls au Medef et de l’annonce de Macron sur les 35 heures,  alors qu’on n’entendait plus que des patrons fous de joie sur toutes les antennes, j’ai eu l’impression  que nous venions de faire tomber un nouveau mur de Berlin et que la France, engluée depuis des décennies dans une dictature cryptocommuniste, venait enfin de secouer ses chaines. Il ne manquait plus que les cortèges de blindés, la Marseillaise et les filles en larmes qui jetaient des fleurs sur nos nouveaux sauveurs, ces sociaux-libéraux assumés et ces patrons modernes, forcément modernes. Oui, j’ai repensé à cette « une » du 20 août, qui n’était même pas une « une » de L’Huma, pour me convaincre que j’assistais à une belle opération d’intox puisque la mue sociale-libérale du PS, elle avait commencé bien avant, depuis des mois, depuis la conférence de presse de Hollande de janvier 2014.

Le problème, cette fois-ci, c’est le cynisme allié à la brutalité. La brutalité, c’est toujours un signe de faiblesse. Quand on est fort, on n’a pas besoin de cogner et d’en rajouter. Là encore se pose la question de la légitimité. Le président Hollande a été élu sur un programme. Ce programme est un contrat avec le peuple. Qu’il y ait des coups de canifs dans ce contrat, ce n’est pas une première, hélas. Souvenons-nous du Chirac de 95, élu sur la fracture sociale et indiquant quelques mois plus tard qu’il n’y aurait pas de rupture. Mais c’était sans commune mesure avec ce qui vient de se passer. Là ce n’est pas un coup de canif dans le contrat, c’est le contrat lui-même qui a été déchiré en miettes.

L’esprit de la Vème République voudrait que le Président démissionne pour faire valider ses nouvelles orientations par le peuple ou, à tout le moins, dissolve l’Assemblée nationale. Mais non, ce qui vient d’arriver fait penser, irrésistiblement, à la manière dont l’Italie et la Grèce, au plus fort de la crise, ont été sommées par la Troïka de nommer des gouvernements « techniques » non élus. Nous, on n’a même pas eu besoin du rappel à l’ordre. On va faire des Français des Grecs comme les autres, c’est-à-dire que dans le meilleur des cas, on va retrouver un vague équilibre financier aux prix de sacrifices sans nom dans tous les domaines de l’Etat-Providence. C’est aussi le prix à payer pour cette absurde logique néolibérale de la compétitivité qui, si on y réfléchit, ne sera restaurée que le jour où le travailleur français aura le niveau de rémunération et de protection sociale du travailleur roumain ou bengali.

Alors quoi ? Alors cette absence de légitimité pour mener une telle politique peut conduire à la tragédie.  J’entends par tragédie une nouvelle montée du FN qui pourrait arriver aux portes du pouvoir dès le premier tour d’une présidentielle. Pour une raison simple : c’est le dernier parti en ordre de marche et qui prétend incarner une alternative. Le PS est coupé en deux et pour longtemps, l’UMP est en pleine guerre civile à bas bruit et dit la même chose que le PS en économie, le centre est orphelin de Borloo et le Front de gauche retrouve cette tendance à la scissiparité groupusculaire depuis que Mélenchon déprime.

Bref, le FN dont tout le monde aimait qu’il soit le premier parti de France afin de s’inventer un ennemi fantasmatique, pourrait bien échapper à cette instrumentalisation. Devant l’incroyable trahison qui vient d’avoir lieu et qui prépare une tout aussi incroyable régression sociale,  il pourrait même gagner les prochaines élections. Répétons-le : pas à cause de l’immigration ou de l’insécurité mais à cause de ce mépris absolu pour un peuple qui s’obstine à ne pas vouloir mourir sur la ligne bleue des déficits au nom d’intérêts qui ne sont pas les siens, de ce peuple qui n’a plus aucune raison d’avoir peur du caractère éventuellement antidémocratique du FN puisque sa souveraineté est piétinée comme jamais.

Alors, il sera toujours temps de pleurer. Ou pas : la plasticité presque démoniaque de l’idéologie libérale s’est accommodée d’à peu près tous les régimes, même les pires.

*Photo : Remy de la Mauviniere/AP/SIPA. AP21615418_000030.

Najat contre les méchants réacs

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najat vallaud reacs ecole

najat vallaud reacs ecole

Najat Vallaud-Belkacem a du pain sur la planche : entre la réforme des rythmes scolaires, le chantier de l’égalité (qui promet d’être sans fin depuis le temps qu’il est lancé) et le niveau qui baisse, ce n’est pas une mince tâche qui attend la nouvelle ministre de l’Education Nationale, entrée en fonction à moins d’une semaine de la rentrée. D’autant que Najat Vallaud-Belkacem a des ennemis nombreux et influents. À peine nommée, la voilà déjà cible de l’obscurantisme, de la réaction, des sexistes, des racistes, de la Manif Pour Tous, de l’UMP, du Front national, de Luc Chatel, de Christine Boutin, de Nadine Morano, des anti-genres, des misogynes, des néo-vichystes, des populistes chrétiens, des islamophobes, des homophobes, des voilophobes, des najatophobes, des belkaphobes et des pires intégristes  qui soient sur terre. On s’étonne que l’Iran n’ait pas déjà lancé une fatwa et que Kim Jong-Un reste encore calme.

Avec tous ces périls qui menacent notre nouvelle Jeanne d’Arc progressiste, on en oublierait presque, à force d’entendre parler de bûcher et d’obscurantisme, qu’avant d’entamer une gratifiante carrière de martyr il lui reste d’abord à débuter celle de ministre de l’Education Nationale. Najat Vallaud-Belkacem est désormais le ministre de tutelle d’un million cent soixante-six mille cent trois agents et fonctionnaires employés par l’Education Nationale (en 2013. Source INSEE) : ça fait tout de même beaucoup plus de gens qu’à Civitas. Mais pire encore, Najat Vallaud-Belkacem aura affaire à un ennemi plus implacable que tous les réaco-vichysso-facho-populistes assemblés : les parents d’élèves ! Et eux, ils ne rigolent vraiment pas.

Comme Najat Vallaud-Belkacem est une ministre moderne, elle possède évidemment un compte Twitter et une page Facebook mais surtout un site personnel portant désormais la griffe de l’Education nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, sur lequel les gens peuvent aussi l’interpeller directement, même quand ils ne sont pas ses amis ou qu’ils sont profs ou parents d’élèves. Que peuvent-ils donc adresser comme messages à une ministre de l’éducation, deux jours après sa nomination, sur son site officiel ? La réponse est assez surprenante et en dit plus long sur internet que sur Najat Vallaud-Belkacem.

Il y d’abord la catégorie des sympas : « je suis ravi et vous félicite de votre accession à ce poste qui révèlera encore mieux votre professionnalisme et votre engagement pour la France », « vous êtes un exemple de réussite et vous incarnez les valeurs d’égalité pour lesquelles l’école se bat au quotidien », « je suis admiratif de votre énergie et de votre parcours que je viens de survoler également sur wikipedia », « Pour moi, jusqu’à maintenant, vous avez fait du bon boulot et je vous souhaite de continuer dans ce ministère très difficile ».

À certains moments, le ton est plus franchement cordial : « félicitations Najat », « bon courage à toi, Najat », laissons tomber le protocole et toutes ces conventions sociales pesantes, on est dans le vivre-ensemble et la modernité après tout ! Quelques-un des messages adressés à notre nouvelle ministre de l’éducation portent même la mention « envoyé de mon i-phone », c’est tellement 2.0…La jolie Najat ramasse même deux numéros de téléphone que la décence empêchera de reproduire ici : l’un pour lui signaler une « affaire de prostitution entre Strasbourg Saint-denis et Château d’eau à Paris 10 ème arr. » (une révélation incroyable, on attend que NVB soit nommée ministre de l’Intérieur pour diligenter une enquête) et l’autre pour lui rappeler ses responsabilités en tant que ministre : « bonjour.je vous mets au defi de me contacter par tel 06, j’ecris ca car je trouve pitoyable qu’une personne representant l’etat ayant un compte twitter ne reponde a aucuns tweets ». Non mais c’est vrai aussi, ils font quoi les chargés de com’ là ? C’est fin août les gars, va falloir se réveiller un peu, lundi c’est la rentrée ! Alors on range la crème à bronzer, on bouge ses fesses de sa serviette de bain et on se met un peu au turbin SVP…Certains interlocuteurs font aussi preuve d’un peu plus de perfidie, comme cette dame qui donne à NVB du « Madame la ministre » en ajoutant « (pour combien de temps?) »,  tandis que d’autres abordent directement les questions qui fâchent avec un ton parfois assez pressant : « bonjour madame la ministre le rhyme scolaire de mr hamon est zéro pourriez-vous faire quekque chose merci ».

D’autres demandes sont plus étonnantes. Un internaute l’interpelle ainsi avec véhémence : « Qu’avez-vous fait pour défendre les Chrétiens d’Orient actuellement martyrisés, assassinés, et expulsés par la force de leur pays ? » C’est vrai qu’en tant qu’ancienne ministre des Droits des Femmes et nouvelle ministre de l’Education Nationale, on se demandait un peu ce qu’elle attendait pour ordonner l’intervention de l’armée française en Irak aux côtés des Etats-Unis. « Que veut dire votre silence sur ce sujet ? », poursuit son accusateur. Peut-être est-ce le signe que Najat Vallaud-Belkacem est en réalité un haut responsable de l’Etat Islamique en Irak et au Levant et qu’elle aurait habilement dissimulé sa barbiche dans une prothèse en latex imitant à la perfection un petit menton pointu mais nous mettrons cette information au conditionnel jusqu’à la prochaine vidéo d’Alain Soral…

Le plus surprenant reste tout de même ce dernier message qui annonce de façon très mystérieuse :

 

«  [Procès Verbal] : Litige Majeur suite à conflit d’intérêts

 

Salutations,

 

L’Espace social public est un lieu où la revendication ostentatoire doit être effacée.

Malheureusement, ce principe n’est pas respecté.

La pratique de l’ésotérisme Kardéciste et de l’anthroposophie Rosicrucianiste, est source de problèmes permanents, qui impactent la région et le territoire. »

Il y a des moments où les gens sont tout de même bizarres…Mais bon puisque c’est encore un coup des francs-maçons, on s’étonne moins de voir le reste de la missive électronique prendre un ton mystique, un peu comme si Zarathoustra s’était égaré sur jeuxvidéos.com :

L’afflux régulier de personnes revendicatrices d’états d’âmes, est source de problèmes existentiels pour la population locale.

La gène ambiante attaque le bien-être des particuliers, et les mène à des troubles dans leur vie intérieure.

Le ressenti casse les motivations, et nivèle petit à petit, l’ensemble de l’Espace social vers le bas.

L’Importance économique de la région mènera à une régularisation sociale, à travers l’affirmation de l’État dans la séparation stricte du superflu. Pour l’application formelle de la nécessité, jusqu’à étiolement des mauvais principes véhiculés.

Cordialement,

Elle a quand même de la chance d’être ministre de l’Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Après avoir eu affaire aux réaco-vichyssois, la voilà désormais aux prises avec les forces mondiales du mal rosicrucianno-kardécistes et chargée de lutter contre la gène ambiante pour restaurer l’Espace public et social. C’est tout de même un peu plus excitant que de se faire alpaguer sur Twitter par Nadine Morano. En plus de faire du genre au ministère, elle pourrait appeler les frères Bogdanov comme conseillers à l’Elysée et faire équipe avec le Mandarom pour lutter contre la vermine interstellaire crypto-fasciste qui menace la paix et l’harmonie sur terre. Entre l’ABCD de l’égalité, les questions de genre et les rosicrucianokardécistes, le ministère de l’Education Nationale, ça va devenir la quatrième dimension ! J’ai vraiment hâte de voir ça, vive la rentrée !

*Photo :  REVELLI-BEAUMONT/SIPA. 00691103_000009.

 

La tragédie d’un communiste antisoviétique

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souvarine staline gorki

souvarine staline gorki

Boris Lifschitz est né le 5 novembre 1895 à Kiev. En 1897 son père, ouvrier, décide d’émigrer à Paris avec sa famille et les Lifschitz acquièrent la nationalité française en 1906. Embauché comme apprenti à l’âge de quatorze ans, mobilisé à dix-neuf ans au cours de la première guerre mondiale où il perdra son frère aîné, il fait l’expérience des conditions d’existence de la classe ouvrière et celle de la vie de simple soldat dans les tranchées, ce qui le conduit à adhérer au Parti socialiste (SFIO) en 1916. Il commence, la même année, à écrire dans le journal des socialistes minoritaires : Le Populaire, où il signe du pseudonyme qu’il gardera toute sa vie : Souvarine, patronyme emprunté à un personnage du roman Germinal d’Emile Zola. En 1917, comme l’ensemble des socialistes, il accueille avec ferveur la Révolution de février en Russie. Souvarine fait néanmoins preuve d’une lucidité particulière dès l’annonce de la prise de pouvoir des bolcheviks, s’inquiétant de savoir si la dictature du prolétariat ne pourrait pas se transformer en « dictature des bolcheviki et de leur chef. » Souvarine conserve cependant son soutien à la Révolution bolchévique pendant toute la période de la guerre civile. En février 1920 il est élu délégué au congrès de la SFIO, où il est de ceux qui défendent l’adhésion du parti à l’Internationale Communiste. En mars 1920, il crée le bimensuel du Comité de la Troisième Internationale : le Bulletin communiste. Il est arrêté le 17 mai 1920 dans le cadre d’une opération étatique visant à accuser les leaders révolutionnaires de « complot » et de « menées anarchistes » et rédige la « motion Souvarine », présentée au congrès de Tours. Libéré, Souvarine est nommé, en décembre 1920, « président d’honneur » du congrès de Tours, avec Fernand Loriot.

Les trois quarts des congressistes adoptent la « motion Souvarine » et créent la SFIC : Section Française de l’Internationale Communiste, futur Parti Communiste Français. Désigné en juin 1921 comme délégué au 3e congrès de l’Internationale Communiste, il se fait remarquer par son anticonformisme : il visite des anarchistes en prison, ou encore se procure les thèses de l’Opposition Ouvrière, dont la diffusion était interdite. Cet anticonformiste s’affirme dans les années suivantes, et Souvarine développe une vision de plus en plus critique du régime en place en URSS, qui commence, à partir des années 1923-24, à passer sous la coupe de Staline. Le 4 avril 1924, Souvarine lance un tonitruant « Il y a quelque chose de pourri dans le Parti et l’Internationale ! »[1. Cité par Jean-Louis Panné, Boris Souvarine, Laffont, 1993, pp. 137 et 142.] et critique violemment la nouvelle troïka Staline-Zinoviev qui s’installe après la mort de Lénine, allant même jusqu’à dénoncer, en mai 1924, à Moscou même, devant les plus hauts responsables, les « mensonges et les calomnies » dont il est fait usage à l’occasion de la mise au ban de Trotsky. Dès ce moment, il est considéré lui-même comme un dissident par les instances dirigeantes du Parti et exclu du Komintern, ce qui entraîne également son exclusion du Parti Communiste Français. Souvarine restera donc toute sa vie, et de son propre aveu, un communiste antisoviétique. Sa position se rapproche de celle du roumain Panaït Istrati et du russe Victor Serge, avec lesquels il va participer à la publication de l’ouvrage Vers l’autre flamme, dans lequel Istrati dénonce violemment l’imposture et la dictature staliniennes et où Souvarine se livre au patient travail de démontage documentaire du mensonge soviétique. Istrati paiera très cher ce crime de lèse-majesté et l’écrivain sera mis au banc de l’intelligentsia de gauche française, et même lâché par son découvreur et protecteur Romain Rolland, jusqu’à devoir retourner en Roumanie où il mourra dans la misère. Souvarine lui, restera en France où il mènera inlassablement un travail de documentation sur le régime soviétique qui se poursuivra jusqu’à sa mort en 1984.

À l’occasion du trentième anniversaire de la mort de Boris Souvarine, et à la veille du cent-vingtième anniversaire de sa naissance, Pierre-Guillaume de Roux publie donc cette édition critique de douze articles de Boris Souvarine, rassemblés et préfacés par Jean-Louis Panné, assortis de riches annexes comprenant quelques  documents essentiels, tels qu’un appel des écrivains russes en 1927 ou une lettre ouverte de Fedor Raskolnikov à Staline en août 1939, au moment de la signature du pacte germano-soviétique. Ces textes de Souvarine richement introduits par Jean-Louis Panné, spécialiste de l’histoire du syndicalisme et du communisme, contribuent à restituer le contexte de l’expérience totalitaire que le temps efface malheureusement trop vite dans la mémoire collective.

Hegel l’avait prophétisé à l’orée du XIXe siècle, l’avènement de la modernité fut aussi celui de l’ère des masses au sein de laquelle la puissance de l’Etat allait pouvoir se déployer, jusqu’à engendrer ce que Jean-Marie Domenach qualifia dans l’un de ses ouvrages d’ « idéologies carnivores »[2. Boris Souvarine, cité par J.L. Panné. La tragédie des lettres russes. p. 75.], les utopies totalitaires à base scientiste dont le nazisme ou le stalinisme furent des manifestations cauchemardesques. « L’Histoire n’est rien d’autre que l’autel où ont été sacrifiés le bonheur des peuples, la sagesse des Etats et la vertu des individus », écrit encore Hegel dans La Raison dans l’histoire. Beaucoup furent sacrifiés sur l’autel du stalinisme et du totalitarisme soviétique mais la réorganisation de la société soviétique et la réécriture du réel ne pouvaient se passer également d’une réécriture de l’Histoire, de toute la littérature et d’une sérieuse mise au pas des « intellectuels », terme dont la Russie partage avec la France la paternité. L’œuvre de réorganisation que se sont fixés les soviets « est inséparable de l’écrasement militaire, implacable, des esclavagistes d’hier (les capitalistes) et de la meute de leurs laquais, ces messieurs les intellectuels bourgeois », écrit Lénine en 1917. Les purges iront en s’intensifiant avec la mise en place par Staline de son pouvoir personnel et iront de pair avec la collectivisation massive, l’Holomodor et l’extermination des koulaks. Boulgakov avait choisi de représenter par le biais du surnaturel, dans Le Maître et Marguerite, la réalité des purges au sein de l’intelligentsia, imaginant des malheureux enlevés chaque nuit par de mystérieux « vampires ». Souvarine, lui, tient scrupuleusement les comptes, recueille les témoignages et retranscrit avec un souci d’exactitude impitoyable les contradictions, les mensonges, les crimes et les absurdes justifications du régime officiel. On apprend ainsi que le nom Khrouchtchev est dérivé de « khrouchtch », qui signifie « hanneton » et qui est désigné en 1952 comme « nuisible à l’agriculture »…mais qui a tout simplement cessé d’être nuisible dans l’édition de 1961, alors que Khrouchtchev est Premier secrétaire du Parti. Dostoïevski devient, sous la tyrannie stalinienne, un auteur à écarter car « il insiste trop sur la duplicité de la nature humaine, il exprime une fâcheuse méfiance envers la raison, il a eu le tort de dépeindre l’individu ‘impuissant dans le chaos des forces obscures’ », selon la critique de Maxime Gorki. Après la mort du grand Staline, Dostoïevski se voit miraculeusement ressuscité par la censure et la critique officielle.

Mais la grande tâche de Souvarine, et le principal mérite de l’ouvrage de Jean-Louis Panné qui la met en valeur, c’est d’établir avec précision les crimes du régime envers ceux qu’il fait disparaître, assassine, déporte, pour les « réhabiliter » avec cynisme quelques années plus tard, à la faveur de la déstalinisation par exemple. Souvarine témoigne en mémoire de Boris Pilniak, fusillé en 1938, d’Isaac Babel, dont la mort, le 27 janvier 1940, ne fut révélée à sa famille qu’en 1953 ou encore d’Ossip Mandelstam dont la femme, Nadedja, apprend en 1939 la mort survenue trois mois plus tôt par le biais d’un colis revenu à l’expéditeur avec la simple et glaciale mention « destinataire décédé. » Souvarine est celui qui vient aux nouvelles de ceux que le régime veut faire oublier, qui tient la liste des volatilisés, se réjouit de la réapparition de ceux qui ont miraculeusement échappé à la machine à broyer les âmes et les corps. Il est aussi celui qui dénonce les impostures, celle d’Ehrenbourg par exemple qui « a dû renoncer presque aux belles-lettres pour satisfaire aux exigences de la « commande sociale », et est « devenu en quelque sorte le porte-parole principal de l’agit-prop à travers le monde, un globe-trotter au service du stalinisme et de son dérivé actuel : à lui le tourisme de luxe, les escales aux aéroports, les grands hôtels de « classe internationale », les relations avec la bourgeoisie faisandée, les réceptions et les festivals, bref, la bonne vie. »[4. Souvarine cité par J.L. Panné. p. 164.] Souvarine présente Ehrenbourg comme un menteur et un opportuniste sans talent qui n’hésite pas, tour à tour, à flatter et à dénoncer, pour asseoir sa position d’écrivain officiel. Souvarine ne fut pas le seul à détester Ehrenbourg. André Breton, qui montrait lui-même quelques tendances dictatoriales en littérature, fut si écœuré par le personnage qu’il conclut sa dernière rencontre avec Ehrenbourg en France par une gifle retentissante.

Comme le rappelle justement Jean-Louis Panné, si les crimes du nazisme ont été amplement documentés et constamment rappelés, il semble encore difficile de mettre en lumière avec autant d’évidence ceux du stalinisme et à plus forte raison ceux du régime soviétique dans son ensemble. Les auteurs du Livre Noir du communisme, lequel avait, il y a quelques années, provoqués une levée de boucliers et une jolie polémique ne diront pas le contraire. Mais on ajoutera ici au propos de Jean-Louis Panné dans sa postface qu’un danger plus grand que l’ire des bien-pensants guette aujourd’hui les historiens de l’horreur totalitaire, c’est l’indifférence et un esprit de confusion nihiliste qui n’épargne plus en 2014 ni la mémoire du stalinisme, ni celle du nazisme.

Boris Souvarine. La tragédie des lettres russes. Textes présentés, annotés et préfacés par Jean-Louis Panné. Editions Pierre-Guillaume de Roux. 2014

*Photo : Staline et Gorki (wikicommons).

Right or wrong, ma liberté

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liberte france liberalisme

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De ma naissance à l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pris qu’un seul et unique engagement qui soit de nature à restreindre ma liberté de façon permanente : je me suis marié dans le but de fonder une famille. Il n’y en a aucun autre. Oh, bien sûr, il m’est arrivé de prendre des engagements auprès de mes amis ou de mes collègues de travail et, comme tout homme digne de crédit, j’ai mis un point d’honneur à respecter ma parole scrupuleusement. Mais aucune de ces promesses ne m’engageait ad vitam aeternam, pour le meilleur et pour le pire et jusqu’à ce que la mort nous sépare.

Dès lors, je peux dire avec certitude que rien, absolument rien à l’exception de cet unique engagement envers ma femme et mes enfants ne m’engage moralement à abandonner ne serait-ce qu’une infime parcelle de ma liberté. Il n’y a que deux moyens d’en obtenir plus de moi : me convaincre de faire une nouvelle promesse ou me contraindre par la force.

Alors oui, je suis français et j’aime mon pays. Aussi loin que notre mémoire familiale nous porte, mes ancêtres étaient français, je suis un produit de la méritocratie républicaine de l’ouest autant que de la bourgeoisie industrielle du nord, j’aime notre langue — avec une faiblesse pour sa version XIXe —, j’aime notre histoire, j’aime l’extraordinaire variété de nos paysages et de nos traditions et j’aime, peut-être plus que tout le reste, l’idée de cette France de 1790, celle de la fête de la fédération.

Pour autant, soyez-en sûr, je place ma liberté au-dessus de mon amour pour la France. Ça ne fait, dans mon esprit, pas le moindre doute. Si mon pays devait devenir une dictature liberticide, je cesserais immédiatement d’être français. « Where liberty dwells, écrivait Benjamin Franklin, there is my country. » Je me ferais citoyen helvétique s’ils veulent bien de moi, sujet de la reine d’Angleterre ou, en espérant qu’il reste un peu de Franklin outre-Atlantique, j’irai me faire américain.

Je n’ai, au risque de me répéter, jamais rien signé de tel qu’un contrat social — contrat chimérique, d’ailleurs, dont j’ignore jusqu’aux termes — et je ne suis, dès lors, tenu par aucune promesse. La seule chose qui puisse en tenir lieu, en l’occurrence, c’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la base essentielle de notre Constitution, le seul texte au nom duquel vous pouvez me compter au nombre des patriotes prêts à se battre pour la République. Disons-le tout net : si je cesse d’être le citoyen d’une République fondée sur ces principes et à moins que vous ne proposiez mieux, je cesse aussitôt d’être français.

« Qui cherche dans la liberté autre chose qu’elle-même, disait Tocqueville, est fait pour servir. » Je préfère être pauvre et libre que riche à millions mais esclave. Je ne sers et ne servirais jamais que les causes que j’ai moi-même choisi et vos procès, vos reproches et vos indignations n’y changeront rien. Il est inutile de me chanter le refrain de la France éternelle — rien n’est éternel — ou d’en appeler à mes supposés devoirs envers ma race, ma classe, ma nation ou Dieu seul sait quel autre groupe fictif vous inventerez encore : je ne reconnais qu’une seule allégeance — ma femme, mes enfants ; pour le reste, je suis un homme libre.

Naturellement, il va de soi que vous reconnais le même droit. Vous voulez vous choisir un maître auquel vous confierez le soin de régler chaque détail de votre vie ? Grand bien vous fasse ! Vous voulez créer votre coopérative, votre phalanstère, votre kibboutz ? Je serais le premier à défendre votre droit de le faire ! Mais, de grâce, ne m’obligez pas à participer à vos utopies et ne m’obligez pas à subir les conséquences de vos choix. Pouvez-vous faire ça ? Pouvez-vous admettre que mes choix soient différents des vôtres et me laisser vivre selon mes propres aspirations ?

Parce que si vous êtes incapables d’admettre cette simple idée et si vous refusez d’en faire, comme moi, le principe essentiel qui doit fonder notre vie en commun, alors, vous exercez sur moi un chantage qui peut se résumer en une alternative : obéir ou partir. Très concrètement, vous m’imposez de choisir entre ma liberté et le simple fait de vivre dans le pays de mes ancêtres, le pays où je suis né, ce pays — je l’ai dis — que je ne pourrais quitter que la mort dans l’âme. C’est un racket des plus odieux mais n’ayez pas le moindre doute : je partirai parce que je préfère mille fois l’exil à la servitude mais je partirai en vous maudissant et vous pourrez, à compter de ce funeste jour, me compter au nombre de vos ennemis les plus implacables.

*Image : wikicommons.