Accueil Site Page 2286

Muray, Taubira, haute couture : les dossiers de notre numéro de janvier

14

michea muray taubira

Philippe Muray revient ! A l’occasion de la publication du premier tome de son Journal (Belles Lettres, 2014), dont nous publions plusieurs extraits, notre regretté mécontemporain a les honneurs de Causeur. Outre une passionnante introduction d’Elisabeth Lévy sur « l’époque et son maître », y figurent un entretien exclusif avec Anne Muray-Sefrioui ainsi que plusieurs hommages au concepteur d’Homo Festivus.

Mais Causeur donne aussi dans l’investigation, avec des révélations sur l’affaire Anne-Sophie Leclère,  condamnée en première instance à neuf mois de prison ferme pour la publication d’une infâme caricature raciste de Christiane Taubira. Alors que la jurisuprence appelait une riposte proportionnée à acte inacceptable, sous couvert d’antiracisme, le parquet a bafoué les principes élémentaires de la justice et de la démocratie. Double procédure lancée en Guyane et à Paris, jugement ubuesque aux attendus dignes d’un tract : les heures-les-plus-sombres reviendraient-elles dans les prétoires ?

Dans le champ intellectuel, la chasse aux sorcières bat également son plein, contre les apostats de la gauche que sont Jean-Claude Michéa ou Christophe Guilly. Face à ses détracteurs, Michéa nous livre un entretien sans novlangue.

Enfin, sous l’autorité de Patrick Mandon, un dossier autour de la haute couture fera défiler les splendeurs et misères d’une industrie devenue otage de la haute finance. On pourra notamment y lire les papiers Viviane Blassel, Janie Samet, Charlotte Liébert-Hellman, Pierre Lamalattie et même le témoignage du grand Hubert de Givenchy.

Bref, un numéro indémodable !

Il faut punir ceux qui se réjouissent publiquement des crimes à Charlie Hebdo!

61

charlie hebdo twitter terrorisme justiceDe nombreux habitués des réseaux sociaux se sont élevés hier contre l’invraisemblable multiplication de tweets se félicitant de l’attentat contre Charlie Hebdo.

Ces internautes ont eu le sain réflexe de les compiler et les rendre publics, on peut les retrouver dans l’excellent texte de Jean-Paul Brighelli que Causeur a publié hier.

Je n’ai pas le cœur de les retranscrire ici, mais j’espère simplement qu’ils ne resteront pas impunis.

Je sais bien que la police et la justice ont des tâches plus urgentes à l’instant même. Mais quand on aura arrêté les assassins et leurs complices immédiats, je souhaite qu’on applique les lois de la république, et qu’on traîne devant les tribunaux tous ceux qui se sont réjouis qu’on ait assassiné de sang-froid douze de leurs concitoyens.

Je ne suis pas juriste, mais je me souviens qu’à l’automne dernier, un couple qui vendait des drapeaux djihadistes a été mis en examen pour «apologie d’actes de terrorisme». Or qu’y a-t-il d’autre dans ces tweets qu’une «apologie d’actes de terrorisme» ?

Je ne suis pas juriste mais je me souviens qu’il y a un an, un jeune salopard de 23 ans a été condamné à 2000 euros d’amende, dont 1400 avec sursis, pour avoir appelé sur Twitter au viol de Rokhaya Diallo. Si la peine peut paraître légère, il a néanmoins été retrouvé (malgré un manque manifeste de collaboration de Twitter), interpellé, condamné, et c’était justice.

Et la justice, aujourd’hui, ne peut pas faire comme si ces tweets se réjouissant de la tuerie de Charlie n’avaient pas existé. Qui ne dit mot consent, qui consent encourage.

J’ai été choqué d’entendre hier certains confrères et certains politiques minimiser l’importance  de ces tweets, expliquant en substance qu’on avait affaire à des jeunes écervelés qui se complaise à «braver les interdits»[1. Je tiens à féliciter au passage Julien Dray, qui hier soir sur LCP, a fermement condamné cette analyse lénifiante et excusiste. Je tiens aussi à le féliciter pour son statut Facebook d’hier que j’ai aussitôt partagé sur ma page : «Comme toujours la compréhension des événements la vérité sur la réalité doit être notre règle collective. Qu’on arrête de se protéger avec la bien-pensance car sinon, demain, c’est le Front qui ramassera la mise dans les consciences. Donc OK pour qu’il n’y ait pas d’amalgame mais cela ne doit pas devenir un prétexte pour ne pas dire la vérité.»]. Et alors ? Les petits cons seraient-ils au-dessus des lois ?

Soyons clairs. Je pense que beaucoup de ces haineux ne mesurent pas la gravité de leur acte. Sauf dans le cas de multirécidivistes, je ne souhaite pas qu’ils aillent en taule, je ne réclame pas que la loi s’applique dans toute sa sévérité contre un islamobranleur de dix-huit ans et demi. Je réclame simplement que la justice de mon pays donne une bonne leçon à tous ceux qui se sont rendus coupables d’«apologie d’actes de terrorisme».

Pour leur ôter l’envie de récidiver.

Parce que chez nous, en France, il y a des choses qui ne se font pas.

N.B. : J’apprends que d’autres salopards s’en sont pris cette nuit à des mosquées. Pour les mêmes raisons, eux aussi doivent être pourchassés, attrapés et punis. Pas de ça chez nous !

[Les contenus illicites repérés sur Internet peuvent être signalés sur ce site du ministère de l’Intérieur]

«On a vengé le prophète Mohammed, on a tué Charlie Hebdo»

220

charlie hebdo attentat

L’attentat contre Charlie Hebdo est un événement majeur de notre Histoire nationale. Car au-delà de l’horreur et de la consternation qu’il inspire, il aura des conséquences incalculables dans la cohésion de notre vie nationale.

Pour s’en convaincre, il suffit d’en parler autour de vous, d’interroger quelques amis et de bien écouter. Vous remarquerez alors que les gens se répartissent en deux camps bien tranchés :

– ceux qui sont légitimement inquiets qu’en 2015 des activistes islamistes terrorisent ainsi la liberté d’expression

– et ceux qui s’empressent de relativiser cet acte odieux et en rejettent la responsabilité indirecte sur les prétendus islamophobes (je l’ai entendu et j’ai même entendu un de mes amis me dire tout de suite après l’attentat « nous les chrétiens, nous avons fait la même chose ! »  et de stigmatiser Houellebecq…)

Nous sommes donc à un tournant où notre société civile va cristalliser une « guerre civile larvée », non pas entre chrétiens et musulmans, mais entre ceux qui dénoncent  l’emprise toujours plus forte d’un islam offensif et agressif et ceux qui voudront à tout prix le disculper au nom d’une prétendue culpabilité occidentale.

Je suis inquiet pour Zemmour et pour Houellebecq : dans les jours qui viennent il est fort à craindre qu’ils soient injustement désignés comme les responsables de cette situation. Non pas des attentats mais de la situation qui conduit à cet attentat. En fait on leur fera grief d’une situation qu’ils décrivent et dont nous sommes tous victimes. Le messager des mauvaises nouvelles est souvent le premier accusé. Et je tremble aussi pour leur vie, car après les journalistes de Charlie Hebdo, ils doivent se sentir aussi particulièrement en insécurité.

C’est bien la liberté de penser et d’écrire qui est en jeu ici . Houellebecq est là pour nous rappeler que ce qui nous menace tous, c’est de nous soumettre à cette pensée qui consiste à relativiser les choses et à faire des victimes des coupables et des bourreaux les vengeurs d’une prétendue injustice.

Il n’y a pas d’injustice dans cette affaire. Il y a un attentat barbare contre des hommes libres, qui parlent librement et qui veulent vivre librement. Ceux qui crient Allahou Akbar veulent les soumettre à un nouvel ordre moral où il sera interdit d’émettre le moindre jugement négatif sur une religion, l’islam en l’occurence. Et notre société va se cliver sur cette ligne de fracture.

Dans les jours qui viennent, nous allons tous pouvoir compter nos amis. Et ceux de la liberté, contre ceux de la soumission.

Notre émotion sincère va vers tous ceux qui sont en affection avec les victimes de cet attentat.

Faisons-leur honneur.

 *Photo : Thibault Camus/AP/SIPA. AP21674742_000029. 

Charlie Hebdo : la liberté qu’on assassine

512

charlie hebdo attaque

Les mots manquent et se bousculent en même temps. Alors j’en choisirai un seul : Respect. Respect pour les dessinateurs, respect pour les journalistes, respect pour les policiers et l’ensemble des victimes tombées ce 7 janvier. A travers eux, c’est la liberté elle-même qu’on a voulu assassiner : la mienne, la vôtre, et plus encore celle de votre adversaire. Charb, Cabu, Tignous, Wolinski – et ceux dont le nom n’a pas encore été dévoilé à cette heure – sont morts parce qu’ils n’ont pas cédé. Parce que face aux menaces, ils ont continué à se moquer de toutes les croyances et de toutes les religions. Le président de la République  a appelé à l’unité : il a eu raison. Face à la tragédie il ne devrait y avoir ni droite ni gauche, ni réac ni progressiste, ni croyant ni incroyant, mais des républicains prêts à se battre pour qu’on puisse défendre des idées qu’ils ne partagent pas. Il n’y a pas de liberté sans droit au désaccord. Voilà ce que doit nous rappeler ce jour funeste. Ils sont morts pour nous. Nous ne l’oublierons pas.

Bien sûr, on n’a aucune certitude quant à l’identité des assassins et de leurs éventuels commanditaires. Ce qu’on sait en revanche, c’est que les menaces proférées et réitérées contre Charlie Hebdo en général et Charb en particulier ont commencé en 2006 avec l’affaire des caricatures de Mahomet. Rappelons d’ailleurs qu’à l’époque, ceux qui s’estimaient insultés et qui réclamaient l’interdiction ont saisi la Justice et que la Justice leur a répondu : pas touche à la liberté. Cabu fit alors appel à Dieu plutôt qu’à son prophète, et  c’est Allah qui confia : c’est dur d’être aimé par des cons. Les menaces ont continué, jusqu’à l’incendie de novembre 2011 qui a détruit sans tuer. Eux aussi ont continué. Jusqu’à ce matin.

Seulement, il ne s’agit plus de cons, mais de meurtriers. Bien sûr, on se gardera de tout amalgame. Rien ne serait plus contraire aux valeurs que défendait Charlie Hebdo que d’incriminer le musulman du coin de la rue. Mais la mémoire des victimes exige la vérité. Aujourd’hui, c’est le temps du deuil. Quand arrivera celui de la réflexion, il faudra bien que l’on se demande comment nous avons pu fabriquer des Mohamed Merah, des Mehdi Nemmouche, des Maxime Hauchard.

Or, qu’entendait-on, hier encore sur les ondes et les écrans ? Que la menace djihadiste est un fantasme de populiste. Que c’est la faute à Zemmour, à Finkielkraut, à Houellebecq, à Le Pen et à leurs idées nauséabondes. Que Merah est une victime du système. Bref, que le problème n’est pas l’islam radical mais l’islamophobie galopante. Nous, nous n’accuserons personne : ce n’est certes pas la faute de ces prêchi-prêcheurs et autres inquisiteurs s’ils ont pris, et nous avec eux, un sacré coup de réel sur la tête. Mais peut-être devraient-ils à l’avenir s’abstenir d’insulter ceux qui ne pensent pas comme eux. Et plus encore de qualifier d’ « islamophobes » tous ceux qui pensent que la « maladie de l’islam » (Abdelwahab Meddeb) ne touche pas seulement quelques fanatiques qui passent à l’acte. Les mots ont un sens qui n’est pas le même pour tous. Pour les tueurs de Charlie Hebdo, l’accusation d’islamophobie signifiait : cible à abattre.

Tout au long de la journée, des amis nous ont sommés de demander une protection. Nous faisons confiance à la police de notre pays et nous ferons ce qu’elle nous dira. Mais la guerre qui s’engage n’est pas seulement une affaire de police. Face à la haine de la liberté, il faut mener la guerre des esprits. Alors, disons-le à ceux qui dénoncent, accusent et excommunient à tour de bras, à ceux qui nous traitent de fachos, de racistes, de réacs : si vous voulez rester libres, il va falloir que vous défendiez ma liberté. Que vous le vouliez ou pas nous sommes dans le même bateau. Il sera toujours temps de se disputer ensuite.

Charlie Hebdo : quelques tweets

33

Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !

charlie hebdo vadot

Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !

charlie hebdo blaspheme

Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !

charlie hebdo attaque

Et pendant ce temps sur Twitter, ceux qui aiment vraiment Dieu se répandent :

twitter charlie hebdo

Attentat contre Charlie Hebdo : hommage à Cabu

6

« Cabu a été exécuté à genoux devant les autres »

J’ai lu cette phrase sur les réseaux sociaux. Je ne sais pas si elle correspond à la réalité. Pourtant, Cabu est bien mort.

Cette image tourne en boucle dans ma tête sans arrêt . « Cabu a été exécuté à genoux devant les autres ».

Je suis submergé d’émotion et de de tristesse. « Cabu a été exécuté à genoux devant les autres » .

Je ne connaissais absolument pas Cabu, mais « il a été exécuté à genoux devant les autres ».

Les victimes ne sont jamais des héros, mais « Cabu a été exécuté à genoux devant les autres »

Honneur à lui.

Attaque terroriste contre Charlie Hebdo

211

charlie hebdo cabu charb

Ce matin, « vers 11 h 30, deux hommes armés d’une kalachnikov et d’un lance-roquettes ont fait irruption au siège de Charlie Hebdo dans le 11e arrondissement de Paris. Un échange de coups de feu a eu lieu avec les forces de l’ordre », provoquant une douzaine de morts selon un bilan provisoire, rapporte l’AFP.

« La France est devant un choc. Car c’est un attentat terroriste, ça ne fait pas de doute. Nous devons montrer que nous sommes un pays uni » a déclaré François Hollande. Dans la foulée, le plan Vigipirate a été relevé au plus haut niveau en Île-de-France.

Comme le président de la République a omis de le dire, et comme les chaînes info oublient de le préciser, si Charlie Hebdo était sous protection policière, c’est à la suite de nombreuses menaces émanant des milieux extrémistes islamistes.

La vidéo de l’agression :

D’après lefigaro.fr, les dessinateurs Cabu, Charb, Tignous, et Wolinski sont morts. L’économiste Bernard Maris est également au nombre des victimes.

Interrogée par L’Humanité, la dessinatrice Coco témoigne : les assaillants « parlaient parfaitement le français… se revendiquaient d’Al-Qaïda ».

Sur Europe 1, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Dalil Boubakeur déclare : « C’est une déclaration de guerre fracassante. Les temps ont changé, nous entrons dans une nouvelle période de cette confrontation (…) Nous sommes horrifiés par la brutalité et la sauvagerie dans les locaux de Charlie Hebdo (…) Nous condamnons absolument ces faits de ce genre et nous attendons des autorités les mesures les plus justes. La communauté est abasourdie par ce qui vient de se passer. C’est un pan entier de notre démocratie qui est gravement atteint. »

Nicolas Sarkozy, président de l’UMP, dénonce « une atteinte directe, sauvage à la liberté d’expression ».

Turquie : le ministre des Affaires étrangères condamne l’attentat mais dénonce la montée de « l’islamophobie et de la xénophobie en Europe ».

Communiqué du Kremlin : Vladimir « Poutine exprime ses profondes condoléances aux parents et aux proches des personnes tuées dans l’attentat terroriste à Paris, aux Parisiens et à tous les Français (…) le terrorisme n’a pas de justifications. »

charlie hebdo appel temoins

*Photo : Francois Mori/AP/SIPA. AP21674742_000036.

Houellebecq, l’islam et France 2

27

Hier soir, au journal télévisé de la Deux, Michel Houellebecq nous en a mis plein les mirettes. Non que le stigmatisé du moment se soit montré sapé comme un milord, ou mielleux d’éloquence ; mais avec son œil torve, sa lèvre flapie d’où semblait s’échapper la cendre d’une cigarette imaginaire et son électroencéphalogramme digne d’un plateau belge, l’auteur de Soumission a donné une leçon de rhétorique à tous les professionnels de la profession.

À côté de son relief, ses trois détracteurs interrogés par les reporters de France 2 ont fait pâle figure. J’ai failli rire jaune en entendant l’essayiste Malek Chebel pointer la « responsabilité » d’un écrivain auquel il reproche de montrer l’islam sous un jour défavorable (c’est bien connu, Houellebecq a inventé l’Etat islamique, les persécutions contre les minorités et toutes les autres joyeusetés qu’on déplore dans les pays au croissant rien que pour nous embêter…). Si l’on ne considère pas la conception française des droits de l’homme (et de la femme) comme un sanctuaire inviolable, force est de reconnaître le parti musulman que dépeint l’écrivain n’a rien d’extrémiste ni de violent. De là à penser qu’un islam politique, même modéré, ne fait pas toujours bon ménage avec le Bien, le Beau et le Bon, il y a un pas que nos meilleures associations nous interdisent de franchir.

Tout sourire, avec ses lunettes à la Groucho Marx, le président de la LICRA Alain Jakubowicz expliquait d’ailleurs – sans vraiment y croire ? – que Soumission était « le plus beau cadeau de Noël » dont Marine Le Pen pouvait rêver. En plateau, Houellebecq lui répliquera qu’aucun roman n’a changé le cours de l’Histoire, à la différence d’essais comme le Manifeste du parti communiste,  et que le Front national n’a vraiment pas besoin de lui pour surfer sur le vent mauvais du mal-vivre-ensemble.

Que dire enfin de Michela Marzano, écrivain et féministe transalpine, qui incrimine le romancier immoraliste, coupable de décrire sans moraline le détricotage des droits de la femme par la Fraternité musulmane au pouvoir. Comme nombre de ses contemporains écrivains, Houellebecq aurait sans doute dû s’en offusquer en jalonnant son livre d’avertissements du style (« je défends les femmes contre l’islam », ou « je suis l’auteur de ce roman et je désapprouve ce que dit mon personnage »). Houellebecq manquerait-il d’humanisme ? Peut-être pèche-t-il par défaut d’islamophobie…

Mariage gay à l’italienne

63

sentinelle italie mariage gay

En France, émettre une opinion peu enthousiaste sur le mariage gay ou ses dérivés, vous expose à l’accusation d’homophobie, et donc à être excommunié en chaire, c’est-à-dire à la télé. Vous serez expulsé de la communauté des gens fréquentables – voire de votre logement.

Chez nous, en Italie, la sanction peut se révéler pire encore. Sachez d’abord qu’ici, les couples homos n’ont toujours pas le droit de convoler ni d’adopter – on en est encore à discuter d’une sorte de « pacte civil ». Sans doute frustrés par cette perspective pas assez matrimoniale à leurs yeux, et jaloux de leurs voisins français ou anglais, les activistes gays italiens entendent se rattraper sur le terrain judiciaire. Aussi mènent-ils actuellement bataille pour le projet de loi déposé par le député de gauche Scalfarotto contre l’« homophobie » et la « transphobie », actuellement en discussion au Sénat, après avoir été approuvé par la Chambre des députés.

En théorie, on ne peut qu’applaudir. Interdire que l’on persécute un citoyen pour cause de préférences sexuelles minoritaires, mais légales, est une excellente chose. Seulement, comme dirait la grand-mère de Martine Aubry, y’a un loup. En effet, malgré les demandes répétées de l’opposition, le texte se refuse à définir les délits d’« homophobie » et de « transphobie ». En clair, les tribunaux apprécieront. En plus clair encore, sous couvert de punir la violence, la discrimination ou les appels à la haine, on ouvre la porte au délit d’opinion. Si la loi Scalfarotto n’est pas réécrite de fond en comble, comme on dit chez vous, le premier juge venu pourra décider que s’être opposé au mariage gay ou à la GPA constitue un délit avec, à la clé, des peines pouvant aller jusqu’à un an et demi de prison.[access capability= »lire_inedits »]

Exagération propre aux esprits étroits, contaminés par la gangrène réac ? Si vous avez l’immense bonheur d’être italophone (et même si vous ne l’êtes pas, faites un effort, ça vaut le coup), allez donc chercher sur le Net les « linee guida per un’informazione rispettosa delle persone LGBT » (« lignes directrices pour une information respectueuse des personnes LGBT »),  vous comprendrez ce que certains progressistes entendent par « lutte contre les discriminations » – je propose comme traduction « cassage de gueule de ceux qui ne pensent pas droit ». Et, pour que le doute ne soit pas permis, ce qu’il convient de penser y est explicitement exposé.

Ce kit de bienséance, notamment adressé aux journalistes, a été publié sur le site du ministère pour l’Égalité des chances. On y stipule, par exemple, que l’expression « utero in affitto » (« prêt d’utérus ») est à proscrire, parce qu’elle renvoie à une idée négative et commerciale de cette pratique, alors qu’il s’agit d’« une aspiration du couple gay ou lesbien à avoir ses propres enfants ». Seuls des monstres pourraient vouloir contrarier une aspiration si légitime. Gare au confrère qui oserait parler de « mariage gay », parce que la formule correcte est « mariage entre deux personnes de même sexe » – dans les romans, qui seront vite sommés de s’adapter, la formule sera du meilleur effet. Il est aussi formellement déconseillé d’écrire que l’enfant « a besoin d’une figure masculine et d’une figure féminine comme condition fondamentale pour garantir son équilibre psychologique » (et il devrait être interdit de le penser). Enfin, un chapitre entier recense les règles à observer pour ne pas véhiculer des « discours de la haine », un autre est consacré aux « tics homophobes » que tout journaliste sérieux doit éviter.

La pièce était jouée d’avance. Mais, comme en France, de petits grains de sable perturbent le scénario. Dans la bataille contre la loi Scalfarotto, ces grains de sable sont les Sentinelle in Piedi (« sentinelles debout »). Nées l’an dernier dans le sillage des Veilleurs français, elles se battent avec les mêmes méthodes : la station debout, l’immobilité et la lecture en silence. Au risque d’enrager ceux qui, à gauche, fantasment un ennemi fasciste, les lecteurs des Sentinelle pèchent plutôt par excès de gandhisme.

Mais il y a plus grave que ce refus suspect de la violence, c’est que l’arme secrète des Sentinelle, c’est la raison. Oui, vous avez bien lu, la Raison. Qui peut les inviter à la désobéissance civile, voire à la rébellion maîtrisée, mais qui passe d’abord par l’expression mesurée d’un désaccord face à la démesure des injures et invectives dont elles sont la cible. « Si, aujourd’hui, il suffit de lire en silence pour être accusé d’homophobie, que se passera-t-il demain si le projet Scalfarotto devient une loi », se demandent les Sentinelle sur leur site.

Le 5 octobre dernier, pendant que La Manif pour Tous défilait à Paris et à Bordeaux, des dizaines de milliers de Sentinelle se sont rassemblées dans plus de cent villes d’Italie pour la défense de la liberté d’expression. En silence, pendant une heure, chacun brandissant un bouquin, séparés de deux mètres les uns des autres.

Ce happening pacifique – plutôt classe dans sa symbolique, non ?– n’a pas touché la gauche radicale et des groupes LGBT, qui ont organisé partout des contre-rassemblements pour crier face aux caméras leur haine envers les « homophobes-fachos-bigots-rétrogrades » (petite sélection d’insultes entendues sur place). Comme l’heure n’est plus aux minauderies – l’hydre homophobe rôde –, les camarades ont parfois poussé leur combat pour la tolérance jusqu’à l’agression physique. À Rovereto, dans le nord du pays, un prêtre, Matteo Graziola, et une jeune femme ont fini à l’hôpital.

Quand ils ne défendaient pas leurs opinions à la barre de fer, les gardiens de la démocratie se sont, un peu partout, exprimés en lançant des bouteilles, des œufs et des préservatifs pleins d’eau (et pas seulement), si possible en direction des mères poussant leurs bébés dans leurs landaus –, il suffit de faire une petite recherche sur YouTube pour voir de ses propres yeux.

Bien sûr, la presse « progressiste » n’a pas fait dans le détail : les cogneurs étaient les gentils libertaires et les Sentinelle, restées impassibles face aux violences, les vilains fachos. Comme quoi l’Italie n’est pas un pays si exotique que ça. Sauf qu’à la différence de ce qui s’est passé en France, des voix discordantes se sont fait entendre à gauche, notamment celle de Mario Adinolfi, l’un des fondateurs du Parti démocrate. En bisbille avec la direction de son parti sur les dossiers du mariage gay et de l’adoption, depuis un an, Adinolfi a franchi le Rubicon et s’est décidé, le 5 octobre dernier, à veiller aux côtés des Sentinelle, à Rome, devant le Panthéon : « Je dois avouer, raconte-t-il, qu’à la cinquante et unième minute, debout, immobile sur le pavé devant le Panthéon, des craquements aux genoux m’ont fait penser : tout cela est-il vraiment nécessaire ? Puis j’ai regardé les cinq ou six opposants accourus pour faire je ne sais quoi avec leurs petits triangles roses, et j’ai compris que c’était la formule parfaite. Nous, plus de cent, en silence, en train de lire. Eux, très peu nombreux, égarés et dépourvus d’arguments pour répondre. Parce que nous, on était là, debout, aussi pour eux. Pour leur liberté. »

Le 13 janvier prochain, Mario Adinolfi lancera son nouveau quotidien, La Croce. Son sous-titre : Contre les faux mythes du progrès.[/access]

*Photo : Luigi Mistrulli/SIPA. 00680891_000007.

Muray, Taubira, haute couture : les dossiers de notre numéro de janvier

14
michea muray taubira

michea muray taubira

Philippe Muray revient ! A l’occasion de la publication du premier tome de son Journal (Belles Lettres, 2014), dont nous publions plusieurs extraits, notre regretté mécontemporain a les honneurs de Causeur. Outre une passionnante introduction d’Elisabeth Lévy sur « l’époque et son maître », y figurent un entretien exclusif avec Anne Muray-Sefrioui ainsi que plusieurs hommages au concepteur d’Homo Festivus.

Mais Causeur donne aussi dans l’investigation, avec des révélations sur l’affaire Anne-Sophie Leclère,  condamnée en première instance à neuf mois de prison ferme pour la publication d’une infâme caricature raciste de Christiane Taubira. Alors que la jurisuprence appelait une riposte proportionnée à acte inacceptable, sous couvert d’antiracisme, le parquet a bafoué les principes élémentaires de la justice et de la démocratie. Double procédure lancée en Guyane et à Paris, jugement ubuesque aux attendus dignes d’un tract : les heures-les-plus-sombres reviendraient-elles dans les prétoires ?

Dans le champ intellectuel, la chasse aux sorcières bat également son plein, contre les apostats de la gauche que sont Jean-Claude Michéa ou Christophe Guilly. Face à ses détracteurs, Michéa nous livre un entretien sans novlangue.

Enfin, sous l’autorité de Patrick Mandon, un dossier autour de la haute couture fera défiler les splendeurs et misères d’une industrie devenue otage de la haute finance. On pourra notamment y lire les papiers Viviane Blassel, Janie Samet, Charlotte Liébert-Hellman, Pierre Lamalattie et même le témoignage du grand Hubert de Givenchy.

Bref, un numéro indémodable !

Il faut punir ceux qui se réjouissent publiquement des crimes à Charlie Hebdo!

61
charlie hebdo twitter terrorisme justice

charlie hebdo twitter terrorisme justiceDe nombreux habitués des réseaux sociaux se sont élevés hier contre l’invraisemblable multiplication de tweets se félicitant de l’attentat contre Charlie Hebdo.

Ces internautes ont eu le sain réflexe de les compiler et les rendre publics, on peut les retrouver dans l’excellent texte de Jean-Paul Brighelli que Causeur a publié hier.

Je n’ai pas le cœur de les retranscrire ici, mais j’espère simplement qu’ils ne resteront pas impunis.

Je sais bien que la police et la justice ont des tâches plus urgentes à l’instant même. Mais quand on aura arrêté les assassins et leurs complices immédiats, je souhaite qu’on applique les lois de la république, et qu’on traîne devant les tribunaux tous ceux qui se sont réjouis qu’on ait assassiné de sang-froid douze de leurs concitoyens.

Je ne suis pas juriste, mais je me souviens qu’à l’automne dernier, un couple qui vendait des drapeaux djihadistes a été mis en examen pour «apologie d’actes de terrorisme». Or qu’y a-t-il d’autre dans ces tweets qu’une «apologie d’actes de terrorisme» ?

Je ne suis pas juriste mais je me souviens qu’il y a un an, un jeune salopard de 23 ans a été condamné à 2000 euros d’amende, dont 1400 avec sursis, pour avoir appelé sur Twitter au viol de Rokhaya Diallo. Si la peine peut paraître légère, il a néanmoins été retrouvé (malgré un manque manifeste de collaboration de Twitter), interpellé, condamné, et c’était justice.

Et la justice, aujourd’hui, ne peut pas faire comme si ces tweets se réjouissant de la tuerie de Charlie n’avaient pas existé. Qui ne dit mot consent, qui consent encourage.

J’ai été choqué d’entendre hier certains confrères et certains politiques minimiser l’importance  de ces tweets, expliquant en substance qu’on avait affaire à des jeunes écervelés qui se complaise à «braver les interdits»[1. Je tiens à féliciter au passage Julien Dray, qui hier soir sur LCP, a fermement condamné cette analyse lénifiante et excusiste. Je tiens aussi à le féliciter pour son statut Facebook d’hier que j’ai aussitôt partagé sur ma page : «Comme toujours la compréhension des événements la vérité sur la réalité doit être notre règle collective. Qu’on arrête de se protéger avec la bien-pensance car sinon, demain, c’est le Front qui ramassera la mise dans les consciences. Donc OK pour qu’il n’y ait pas d’amalgame mais cela ne doit pas devenir un prétexte pour ne pas dire la vérité.»]. Et alors ? Les petits cons seraient-ils au-dessus des lois ?

Soyons clairs. Je pense que beaucoup de ces haineux ne mesurent pas la gravité de leur acte. Sauf dans le cas de multirécidivistes, je ne souhaite pas qu’ils aillent en taule, je ne réclame pas que la loi s’applique dans toute sa sévérité contre un islamobranleur de dix-huit ans et demi. Je réclame simplement que la justice de mon pays donne une bonne leçon à tous ceux qui se sont rendus coupables d’«apologie d’actes de terrorisme».

Pour leur ôter l’envie de récidiver.

Parce que chez nous, en France, il y a des choses qui ne se font pas.

N.B. : J’apprends que d’autres salopards s’en sont pris cette nuit à des mosquées. Pour les mêmes raisons, eux aussi doivent être pourchassés, attrapés et punis. Pas de ça chez nous !

[Les contenus illicites repérés sur Internet peuvent être signalés sur ce site du ministère de l’Intérieur]

«On a vengé le prophète Mohammed, on a tué Charlie Hebdo»

220
charlie hebdo attentat

charlie hebdo attentat

L’attentat contre Charlie Hebdo est un événement majeur de notre Histoire nationale. Car au-delà de l’horreur et de la consternation qu’il inspire, il aura des conséquences incalculables dans la cohésion de notre vie nationale.

Pour s’en convaincre, il suffit d’en parler autour de vous, d’interroger quelques amis et de bien écouter. Vous remarquerez alors que les gens se répartissent en deux camps bien tranchés :

– ceux qui sont légitimement inquiets qu’en 2015 des activistes islamistes terrorisent ainsi la liberté d’expression

– et ceux qui s’empressent de relativiser cet acte odieux et en rejettent la responsabilité indirecte sur les prétendus islamophobes (je l’ai entendu et j’ai même entendu un de mes amis me dire tout de suite après l’attentat « nous les chrétiens, nous avons fait la même chose ! »  et de stigmatiser Houellebecq…)

Nous sommes donc à un tournant où notre société civile va cristalliser une « guerre civile larvée », non pas entre chrétiens et musulmans, mais entre ceux qui dénoncent  l’emprise toujours plus forte d’un islam offensif et agressif et ceux qui voudront à tout prix le disculper au nom d’une prétendue culpabilité occidentale.

Je suis inquiet pour Zemmour et pour Houellebecq : dans les jours qui viennent il est fort à craindre qu’ils soient injustement désignés comme les responsables de cette situation. Non pas des attentats mais de la situation qui conduit à cet attentat. En fait on leur fera grief d’une situation qu’ils décrivent et dont nous sommes tous victimes. Le messager des mauvaises nouvelles est souvent le premier accusé. Et je tremble aussi pour leur vie, car après les journalistes de Charlie Hebdo, ils doivent se sentir aussi particulièrement en insécurité.

C’est bien la liberté de penser et d’écrire qui est en jeu ici . Houellebecq est là pour nous rappeler que ce qui nous menace tous, c’est de nous soumettre à cette pensée qui consiste à relativiser les choses et à faire des victimes des coupables et des bourreaux les vengeurs d’une prétendue injustice.

Il n’y a pas d’injustice dans cette affaire. Il y a un attentat barbare contre des hommes libres, qui parlent librement et qui veulent vivre librement. Ceux qui crient Allahou Akbar veulent les soumettre à un nouvel ordre moral où il sera interdit d’émettre le moindre jugement négatif sur une religion, l’islam en l’occurence. Et notre société va se cliver sur cette ligne de fracture.

Dans les jours qui viennent, nous allons tous pouvoir compter nos amis. Et ceux de la liberté, contre ceux de la soumission.

Notre émotion sincère va vers tous ceux qui sont en affection avec les victimes de cet attentat.

Faisons-leur honneur.

 *Photo : Thibault Camus/AP/SIPA. AP21674742_000029. 

Charlie Hebdo : la liberté qu’on assassine

512
charlie hebdo attaque

charlie hebdo attaque

Les mots manquent et se bousculent en même temps. Alors j’en choisirai un seul : Respect. Respect pour les dessinateurs, respect pour les journalistes, respect pour les policiers et l’ensemble des victimes tombées ce 7 janvier. A travers eux, c’est la liberté elle-même qu’on a voulu assassiner : la mienne, la vôtre, et plus encore celle de votre adversaire. Charb, Cabu, Tignous, Wolinski – et ceux dont le nom n’a pas encore été dévoilé à cette heure – sont morts parce qu’ils n’ont pas cédé. Parce que face aux menaces, ils ont continué à se moquer de toutes les croyances et de toutes les religions. Le président de la République  a appelé à l’unité : il a eu raison. Face à la tragédie il ne devrait y avoir ni droite ni gauche, ni réac ni progressiste, ni croyant ni incroyant, mais des républicains prêts à se battre pour qu’on puisse défendre des idées qu’ils ne partagent pas. Il n’y a pas de liberté sans droit au désaccord. Voilà ce que doit nous rappeler ce jour funeste. Ils sont morts pour nous. Nous ne l’oublierons pas.

Bien sûr, on n’a aucune certitude quant à l’identité des assassins et de leurs éventuels commanditaires. Ce qu’on sait en revanche, c’est que les menaces proférées et réitérées contre Charlie Hebdo en général et Charb en particulier ont commencé en 2006 avec l’affaire des caricatures de Mahomet. Rappelons d’ailleurs qu’à l’époque, ceux qui s’estimaient insultés et qui réclamaient l’interdiction ont saisi la Justice et que la Justice leur a répondu : pas touche à la liberté. Cabu fit alors appel à Dieu plutôt qu’à son prophète, et  c’est Allah qui confia : c’est dur d’être aimé par des cons. Les menaces ont continué, jusqu’à l’incendie de novembre 2011 qui a détruit sans tuer. Eux aussi ont continué. Jusqu’à ce matin.

Seulement, il ne s’agit plus de cons, mais de meurtriers. Bien sûr, on se gardera de tout amalgame. Rien ne serait plus contraire aux valeurs que défendait Charlie Hebdo que d’incriminer le musulman du coin de la rue. Mais la mémoire des victimes exige la vérité. Aujourd’hui, c’est le temps du deuil. Quand arrivera celui de la réflexion, il faudra bien que l’on se demande comment nous avons pu fabriquer des Mohamed Merah, des Mehdi Nemmouche, des Maxime Hauchard.

Or, qu’entendait-on, hier encore sur les ondes et les écrans ? Que la menace djihadiste est un fantasme de populiste. Que c’est la faute à Zemmour, à Finkielkraut, à Houellebecq, à Le Pen et à leurs idées nauséabondes. Que Merah est une victime du système. Bref, que le problème n’est pas l’islam radical mais l’islamophobie galopante. Nous, nous n’accuserons personne : ce n’est certes pas la faute de ces prêchi-prêcheurs et autres inquisiteurs s’ils ont pris, et nous avec eux, un sacré coup de réel sur la tête. Mais peut-être devraient-ils à l’avenir s’abstenir d’insulter ceux qui ne pensent pas comme eux. Et plus encore de qualifier d’ « islamophobes » tous ceux qui pensent que la « maladie de l’islam » (Abdelwahab Meddeb) ne touche pas seulement quelques fanatiques qui passent à l’acte. Les mots ont un sens qui n’est pas le même pour tous. Pour les tueurs de Charlie Hebdo, l’accusation d’islamophobie signifiait : cible à abattre.

Tout au long de la journée, des amis nous ont sommés de demander une protection. Nous faisons confiance à la police de notre pays et nous ferons ce qu’elle nous dira. Mais la guerre qui s’engage n’est pas seulement une affaire de police. Face à la haine de la liberté, il faut mener la guerre des esprits. Alors, disons-le à ceux qui dénoncent, accusent et excommunient à tour de bras, à ceux qui nous traitent de fachos, de racistes, de réacs : si vous voulez rester libres, il va falloir que vous défendiez ma liberté. Que vous le vouliez ou pas nous sommes dans le même bateau. Il sera toujours temps de se disputer ensuite.

Charlie Hebdo : quelques tweets

33
twitter charlie hebdo

Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !

charlie hebdo vadot

Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !

charlie hebdo blaspheme

Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !Dieu est amour !

charlie hebdo attaque

Et pendant ce temps sur Twitter, ceux qui aiment vraiment Dieu se répandent :

twitter charlie hebdo

Attentat contre Charlie Hebdo : hommage à Cabu

6

« Cabu a été exécuté à genoux devant les autres »

J’ai lu cette phrase sur les réseaux sociaux. Je ne sais pas si elle correspond à la réalité. Pourtant, Cabu est bien mort.

Cette image tourne en boucle dans ma tête sans arrêt . « Cabu a été exécuté à genoux devant les autres ».

Je suis submergé d’émotion et de de tristesse. « Cabu a été exécuté à genoux devant les autres » .

Je ne connaissais absolument pas Cabu, mais « il a été exécuté à genoux devant les autres ».

Les victimes ne sont jamais des héros, mais « Cabu a été exécuté à genoux devant les autres »

Honneur à lui.

Attaque terroriste contre Charlie Hebdo

211

charlie hebdo cabu charb

Ce matin, « vers 11 h 30, deux hommes armés d’une kalachnikov et d’un lance-roquettes ont fait irruption au siège de Charlie Hebdo dans le 11e arrondissement de Paris. Un échange de coups de feu a eu lieu avec les forces de l’ordre », provoquant une douzaine de morts selon un bilan provisoire, rapporte l’AFP.

« La France est devant un choc. Car c’est un attentat terroriste, ça ne fait pas de doute. Nous devons montrer que nous sommes un pays uni » a déclaré François Hollande. Dans la foulée, le plan Vigipirate a été relevé au plus haut niveau en Île-de-France.

Comme le président de la République a omis de le dire, et comme les chaînes info oublient de le préciser, si Charlie Hebdo était sous protection policière, c’est à la suite de nombreuses menaces émanant des milieux extrémistes islamistes.

La vidéo de l’agression :

D’après lefigaro.fr, les dessinateurs Cabu, Charb, Tignous, et Wolinski sont morts. L’économiste Bernard Maris est également au nombre des victimes.

Interrogée par L’Humanité, la dessinatrice Coco témoigne : les assaillants « parlaient parfaitement le français… se revendiquaient d’Al-Qaïda ».

Sur Europe 1, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Dalil Boubakeur déclare : « C’est une déclaration de guerre fracassante. Les temps ont changé, nous entrons dans une nouvelle période de cette confrontation (…) Nous sommes horrifiés par la brutalité et la sauvagerie dans les locaux de Charlie Hebdo (…) Nous condamnons absolument ces faits de ce genre et nous attendons des autorités les mesures les plus justes. La communauté est abasourdie par ce qui vient de se passer. C’est un pan entier de notre démocratie qui est gravement atteint. »

Nicolas Sarkozy, président de l’UMP, dénonce « une atteinte directe, sauvage à la liberté d’expression ».

Turquie : le ministre des Affaires étrangères condamne l’attentat mais dénonce la montée de « l’islamophobie et de la xénophobie en Europe ».

Communiqué du Kremlin : Vladimir « Poutine exprime ses profondes condoléances aux parents et aux proches des personnes tuées dans l’attentat terroriste à Paris, aux Parisiens et à tous les Français (…) le terrorisme n’a pas de justifications. »

charlie hebdo appel temoins

*Photo : Francois Mori/AP/SIPA. AP21674742_000036.

Houellebecq, l’islam et France 2

27

Hier soir, au journal télévisé de la Deux, Michel Houellebecq nous en a mis plein les mirettes. Non que le stigmatisé du moment se soit montré sapé comme un milord, ou mielleux d’éloquence ; mais avec son œil torve, sa lèvre flapie d’où semblait s’échapper la cendre d’une cigarette imaginaire et son électroencéphalogramme digne d’un plateau belge, l’auteur de Soumission a donné une leçon de rhétorique à tous les professionnels de la profession.

À côté de son relief, ses trois détracteurs interrogés par les reporters de France 2 ont fait pâle figure. J’ai failli rire jaune en entendant l’essayiste Malek Chebel pointer la « responsabilité » d’un écrivain auquel il reproche de montrer l’islam sous un jour défavorable (c’est bien connu, Houellebecq a inventé l’Etat islamique, les persécutions contre les minorités et toutes les autres joyeusetés qu’on déplore dans les pays au croissant rien que pour nous embêter…). Si l’on ne considère pas la conception française des droits de l’homme (et de la femme) comme un sanctuaire inviolable, force est de reconnaître le parti musulman que dépeint l’écrivain n’a rien d’extrémiste ni de violent. De là à penser qu’un islam politique, même modéré, ne fait pas toujours bon ménage avec le Bien, le Beau et le Bon, il y a un pas que nos meilleures associations nous interdisent de franchir.

Tout sourire, avec ses lunettes à la Groucho Marx, le président de la LICRA Alain Jakubowicz expliquait d’ailleurs – sans vraiment y croire ? – que Soumission était « le plus beau cadeau de Noël » dont Marine Le Pen pouvait rêver. En plateau, Houellebecq lui répliquera qu’aucun roman n’a changé le cours de l’Histoire, à la différence d’essais comme le Manifeste du parti communiste,  et que le Front national n’a vraiment pas besoin de lui pour surfer sur le vent mauvais du mal-vivre-ensemble.

Que dire enfin de Michela Marzano, écrivain et féministe transalpine, qui incrimine le romancier immoraliste, coupable de décrire sans moraline le détricotage des droits de la femme par la Fraternité musulmane au pouvoir. Comme nombre de ses contemporains écrivains, Houellebecq aurait sans doute dû s’en offusquer en jalonnant son livre d’avertissements du style (« je défends les femmes contre l’islam », ou « je suis l’auteur de ce roman et je désapprouve ce que dit mon personnage »). Houellebecq manquerait-il d’humanisme ? Peut-être pèche-t-il par défaut d’islamophobie…

Mariage gay à l’italienne

63
sentinelle italie mariage gay

sentinelle italie mariage gay

En France, émettre une opinion peu enthousiaste sur le mariage gay ou ses dérivés, vous expose à l’accusation d’homophobie, et donc à être excommunié en chaire, c’est-à-dire à la télé. Vous serez expulsé de la communauté des gens fréquentables – voire de votre logement.

Chez nous, en Italie, la sanction peut se révéler pire encore. Sachez d’abord qu’ici, les couples homos n’ont toujours pas le droit de convoler ni d’adopter – on en est encore à discuter d’une sorte de « pacte civil ». Sans doute frustrés par cette perspective pas assez matrimoniale à leurs yeux, et jaloux de leurs voisins français ou anglais, les activistes gays italiens entendent se rattraper sur le terrain judiciaire. Aussi mènent-ils actuellement bataille pour le projet de loi déposé par le député de gauche Scalfarotto contre l’« homophobie » et la « transphobie », actuellement en discussion au Sénat, après avoir été approuvé par la Chambre des députés.

En théorie, on ne peut qu’applaudir. Interdire que l’on persécute un citoyen pour cause de préférences sexuelles minoritaires, mais légales, est une excellente chose. Seulement, comme dirait la grand-mère de Martine Aubry, y’a un loup. En effet, malgré les demandes répétées de l’opposition, le texte se refuse à définir les délits d’« homophobie » et de « transphobie ». En clair, les tribunaux apprécieront. En plus clair encore, sous couvert de punir la violence, la discrimination ou les appels à la haine, on ouvre la porte au délit d’opinion. Si la loi Scalfarotto n’est pas réécrite de fond en comble, comme on dit chez vous, le premier juge venu pourra décider que s’être opposé au mariage gay ou à la GPA constitue un délit avec, à la clé, des peines pouvant aller jusqu’à un an et demi de prison.[access capability= »lire_inedits »]

Exagération propre aux esprits étroits, contaminés par la gangrène réac ? Si vous avez l’immense bonheur d’être italophone (et même si vous ne l’êtes pas, faites un effort, ça vaut le coup), allez donc chercher sur le Net les « linee guida per un’informazione rispettosa delle persone LGBT » (« lignes directrices pour une information respectueuse des personnes LGBT »),  vous comprendrez ce que certains progressistes entendent par « lutte contre les discriminations » – je propose comme traduction « cassage de gueule de ceux qui ne pensent pas droit ». Et, pour que le doute ne soit pas permis, ce qu’il convient de penser y est explicitement exposé.

Ce kit de bienséance, notamment adressé aux journalistes, a été publié sur le site du ministère pour l’Égalité des chances. On y stipule, par exemple, que l’expression « utero in affitto » (« prêt d’utérus ») est à proscrire, parce qu’elle renvoie à une idée négative et commerciale de cette pratique, alors qu’il s’agit d’« une aspiration du couple gay ou lesbien à avoir ses propres enfants ». Seuls des monstres pourraient vouloir contrarier une aspiration si légitime. Gare au confrère qui oserait parler de « mariage gay », parce que la formule correcte est « mariage entre deux personnes de même sexe » – dans les romans, qui seront vite sommés de s’adapter, la formule sera du meilleur effet. Il est aussi formellement déconseillé d’écrire que l’enfant « a besoin d’une figure masculine et d’une figure féminine comme condition fondamentale pour garantir son équilibre psychologique » (et il devrait être interdit de le penser). Enfin, un chapitre entier recense les règles à observer pour ne pas véhiculer des « discours de la haine », un autre est consacré aux « tics homophobes » que tout journaliste sérieux doit éviter.

La pièce était jouée d’avance. Mais, comme en France, de petits grains de sable perturbent le scénario. Dans la bataille contre la loi Scalfarotto, ces grains de sable sont les Sentinelle in Piedi (« sentinelles debout »). Nées l’an dernier dans le sillage des Veilleurs français, elles se battent avec les mêmes méthodes : la station debout, l’immobilité et la lecture en silence. Au risque d’enrager ceux qui, à gauche, fantasment un ennemi fasciste, les lecteurs des Sentinelle pèchent plutôt par excès de gandhisme.

Mais il y a plus grave que ce refus suspect de la violence, c’est que l’arme secrète des Sentinelle, c’est la raison. Oui, vous avez bien lu, la Raison. Qui peut les inviter à la désobéissance civile, voire à la rébellion maîtrisée, mais qui passe d’abord par l’expression mesurée d’un désaccord face à la démesure des injures et invectives dont elles sont la cible. « Si, aujourd’hui, il suffit de lire en silence pour être accusé d’homophobie, que se passera-t-il demain si le projet Scalfarotto devient une loi », se demandent les Sentinelle sur leur site.

Le 5 octobre dernier, pendant que La Manif pour Tous défilait à Paris et à Bordeaux, des dizaines de milliers de Sentinelle se sont rassemblées dans plus de cent villes d’Italie pour la défense de la liberté d’expression. En silence, pendant une heure, chacun brandissant un bouquin, séparés de deux mètres les uns des autres.

Ce happening pacifique – plutôt classe dans sa symbolique, non ?– n’a pas touché la gauche radicale et des groupes LGBT, qui ont organisé partout des contre-rassemblements pour crier face aux caméras leur haine envers les « homophobes-fachos-bigots-rétrogrades » (petite sélection d’insultes entendues sur place). Comme l’heure n’est plus aux minauderies – l’hydre homophobe rôde –, les camarades ont parfois poussé leur combat pour la tolérance jusqu’à l’agression physique. À Rovereto, dans le nord du pays, un prêtre, Matteo Graziola, et une jeune femme ont fini à l’hôpital.

Quand ils ne défendaient pas leurs opinions à la barre de fer, les gardiens de la démocratie se sont, un peu partout, exprimés en lançant des bouteilles, des œufs et des préservatifs pleins d’eau (et pas seulement), si possible en direction des mères poussant leurs bébés dans leurs landaus –, il suffit de faire une petite recherche sur YouTube pour voir de ses propres yeux.

Bien sûr, la presse « progressiste » n’a pas fait dans le détail : les cogneurs étaient les gentils libertaires et les Sentinelle, restées impassibles face aux violences, les vilains fachos. Comme quoi l’Italie n’est pas un pays si exotique que ça. Sauf qu’à la différence de ce qui s’est passé en France, des voix discordantes se sont fait entendre à gauche, notamment celle de Mario Adinolfi, l’un des fondateurs du Parti démocrate. En bisbille avec la direction de son parti sur les dossiers du mariage gay et de l’adoption, depuis un an, Adinolfi a franchi le Rubicon et s’est décidé, le 5 octobre dernier, à veiller aux côtés des Sentinelle, à Rome, devant le Panthéon : « Je dois avouer, raconte-t-il, qu’à la cinquante et unième minute, debout, immobile sur le pavé devant le Panthéon, des craquements aux genoux m’ont fait penser : tout cela est-il vraiment nécessaire ? Puis j’ai regardé les cinq ou six opposants accourus pour faire je ne sais quoi avec leurs petits triangles roses, et j’ai compris que c’était la formule parfaite. Nous, plus de cent, en silence, en train de lire. Eux, très peu nombreux, égarés et dépourvus d’arguments pour répondre. Parce que nous, on était là, debout, aussi pour eux. Pour leur liberté. »

Le 13 janvier prochain, Mario Adinolfi lancera son nouveau quotidien, La Croce. Son sous-titre : Contre les faux mythes du progrès.[/access]

*Photo : Luigi Mistrulli/SIPA. 00680891_000007.