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Dany Cohn-Bendit, Français pour l’éternité

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daniel cohn bendit

En ce long week-end de Pentecôte, ordinairement désertique en matière d’actualité, hormis les marronniers de la Croisette et de Roland Garros, l’annonce de l’obtention de la nationalité française par Dany Cohn-Bendit a reçu un écho remarquable. Ce n’était pourtant pas une surprise, car l’intéressé avait déjà fait savoir urbi et orbi, notamment dans un long entretien accordé  au Point en mars, qu’il avait sollicité sa naturalisation auprès des autorités compétentes. Le scoop eût été qu’on la lui refusât, ce qui n’aurait pas été élégant, mais juridiquement justifiable : la résidence principale du demandeur est située à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, son épouse est allemande, et il a refusé, à sa majorité de devenir français au bénéfice du « droit du sol » (il est né en 1945 à Montauban, de parents apatrides), pour ne pas avoir à effectuer son service militaire. L’Allemagne repentante ayant rendu sa nationalité à son juif de père, le fils s’en accommoda fort bien, même si sa mère, restée en France, choisit, elle, de devenir française.

Bienvenue, donc, parmi nous, cher Dany, et félicitations pour avoir eu droit à un appel téléphonique personnel du ministre de l’Intérieur  Bernard Cazeneuve pour annoncer la bonne nouvelle, alors que le naturalisé de base doit se contenter d’un avis de passage du facteur l’invitant à retirer un pli recommandé au bureau de poste. Les préposés à la distribution du courrier n’ont plus le temps de remettre ce genre de documents en mains propres, ni de trinquer avec le récipiendaire à la santé de notre si bonne République.

On nous permettra, cependant, de nous étonner de cette tardive adhésion à la nation française, alors que l’intéressé a passé l’essentiel de sa brillante carrière politique à défendre des positions postnationales, d’abord internationalistes (version anarchiste, sans patrie ni frontières), puis fermement européistes, prônant l’instauration d’une citoyenneté européenne dépassant les vieilles assignations à résidence symbolique dans un Etat-Nation. On pourrait croire que Cohn-Bendit, pas son geste, tire le bilan de l’échec de l’utopie qu’il a tenté, avec constance et panache, d’inscrire dans le réel au cours de sa vie publique, et qu’il procède ainsi à une forme d’autocritique admettant, au soir de sa vie, que l’identité nationale a encore de longs et beau jours devant elle… Or, il n’en est rien : il explique son choix,  en affirmant qu’il se «  sent » tout autant français qu’allemand, et qu’il n’y a pas de raison pour que ce sentiment ne figure pas sur son état-civil, puisque l’état du droit le permet. Pour un homme politique de son calibre, on conviendra que c’est un peu court.

Quand il est en veine de confidences, il ajoute que c’est pour son fils unique, Bela, âgé de 24 ans et étudiant en économie à Berlin (il veut devenir trader !) qu’il a engagé sa démarche de naturalisation. « Bela est très francophile » explique-t-il «  D’ailleurs, pendant la Coupe du monde de foot, il soutient les Bleus plutôt que la Mannschaft. Si je suis naturalisé, il pourra alors obtenir la double nationalité franco-allemande, alors qu’actuellement cela n’est pas possible… » C’est également par des pressions familiales, celles de son épouse Ingrid, qu’il explique son regain d’intérêt pour son rapport au judaïsme, un sujet sur lequel il travaille en vue de la publication d’un livre. « C’est elle qui m’a persuadé de creuser le sujet, car elle pense que c’est une question sérieuse et qu’il n’est pas suffisant de la traiter par des pirouettes rhétoriques, comme je l’ai fait jusqu’à présent… » La famille a bon dos, si l’on ose dire, et notre cher Dany en fait usage comme l’inspecteur Columbo se sert de sa femme – qu’on ne voit jamais – pour paraître naïf, et emberlificoter les criminels dans ses rets policiers.

On peut néanmoins le croire quand il rejette sans appel les interprétations des observateurs patentés qui le soupçonnent d’être devenu français pour jouer sa partition dans le débat politique français, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017. Certes, il ne pourra pas se retenir de mettre son grain de sel dans la tambouille politicienne à venir – on ne se refait pas -, mais un retour en fanfare de Dany le rouge dans l’arène électorale, du genre du hold up réussi, au profit des Verts, aux européennes de 2009 et aux régionales de 2010 est exclu. Son aversion pour les actuels dirigeants d’EELV est incommensurable, et surtout, il a une chose bien plus importante à faire avant de quitter ce bas monde : assurer sa vie posthume, peaufiner son image historique pour lui donner la place qui lui est due,  très importante à son avis. Ce souci est devenu pour lui une sorte d’obsession. Elle pointe son nez lorsqu’il avoue au Point qu’il songe à enregistrer son propre éloge funèbre destiné à être diffusé lors de ses obsèques ! L’idée lui en est venue lorsqu’il participa, comme acteur, au charmant et narcissique petit film de son ami Romain Goupil, Les jours venus, dans une séquence où le héros-réalisateur met en scène ses propres funérailles en présence de ses vieux amis soixante-huitards, Henri Weber, Alain Krivine, Arnaud Desplechin,  et où Dany Cohn-Bendit s’exclame, hilare :« Trotskiste un jour, tyran toujours ! ». Et c’est là que la nationalité française prend toute son importance.

La France traite mieux ses grands hommes que l’Allemagne. Elle les chouchoute, elle les bichonne, elle leur pardonne leurs péchés, les rassemble par-delà leurs oppositions politiques. Elle  a même désaffecté une église parisienne afin d’en faire un mausolée pour ceux qu’elle entend honorer ad vitam aeternam. À supposer, ce qu’à Dieu ne plaise, que dans un demi-siècle, un écolo accède à l’Elysée, le choix d’une personnalité de cette mouvance apte à entrer au Panthéon sera  forcément réduit : René Dumont, peut-être, et… Dany Cohn-Bendit. Une fois son auto-éloge funèbre mis en boite, il pourra donc se mettre à la rédaction d’un texte dont la première phrase lui trotte déjà dans la tête : « Entre ici, Daniel Cohn-Bendit, avec ton long cortège d’anarchistes, d’écolos, de LGBT, de footballeurs et belles actrices… »

*Photo : BALTEL/SIPA. 00700535_000023.

Najat: T’es méraire, mais pas trop!

najat vallaud college

Najat Vallaud-Belkacem sur France 3, Najat Vallaud-Belkacem sur BFM, Najat Vallaud-Belkacem sur i-Télé, Najat Vallaud-Belkacem dans les colonnes du JDD (et dans Gala, jamais ?), Najat Vallaud-Belkacem sur LCP, Najat Vallaud-Belkacem partout — et toujours seule. Enfin, face à des journalistes absolument complaisants (Ruth Elkrief a battu tous les records dans le genre) ou pétrifiés à l’idée qu’une question un peu incisive passerait pour de l’acharnement ethnique. Curieuse idée quand on y pense : que Najat Vallaud-Belkacem soit marocaine m’importe assez peu, j’applaudirais volontiers un ministre zoulou s’il était compétent. Quant au fait qu’elle soit une femme, même remarque : la parité est un dommage collatéral du politiquement correct, je me ficherais pas mal d’avoir un gouvernement exclusivement féminin s’il était plus efficace qu’un gouvernement masculin.
Sur i-télé, elle a enfin eu un opposant — mais Bruno Le Maire, infiniment poli, bien élevé, et pas assez imprégné, malgré ses conseillers, que l’on dit bons, du détail de l’Education nationale pour être un peu plus difficile à manier, n’était pas bien dangereux. De surcroît, un individu qui a tiré de son chapeau et des obsessions de certains syndicats (le SE-UNSA ou le SNUIpp, qui rêve de ressusciter les défunts PEGC) l’idée d’un corps unique de la maternelle à la Troisième n’a aucune crédibilité a priori — ni a posteriori. Peut mieux faire. Faudra revoir sa copie.

Nous avons assisté en un mois de polémiques à un véritable blitz médiatique, dont il n’est rigoureusement rien sorti : Najat Vallaud-Belkacem a asséné le même discours en boucle, avec les mêmes arguments faux et creux, affichant elle aussi une méconnaissance abyssale de son sujet. « Amateurisme souriant et buté », a dit Philippe Bilger. Mais Najat Vallaud-Belkacem n’en a cure : elle affiche le mépris abyssal de ceux qui ne se soucient pas d’avoir des arguments, persuadés qu’ils sont d’avoir raison. Contre vents et marées, contre tout le monde et contre les faits. Taubira est venue à son secours sur le même ton, au gré d’un tweet — les opposants aux réformes ne méritent pas mieux, et pas davantage : « Avec la même superbe nous les regardons de haut. » La parution du décret portant réforme du collège, au soir d’une journée de grève assez suivie, quand on pense que par les temps qui courent et avec les salaires de misère qui sont ceux de toute la fonction publique, une ponction de 60 à 110 euros dans le salaire mensuel n’est pas anodine.
À l’Assemblée même, où Najat Vallaud-Belkacem est bien obligée de répondre aux députés qui l’interpellent, elle a été puissamment secourue par Manuel Valls, qui ne perd pas une occasion de l’épauler. Quand je pense que c’était Chirac que l’on appelait « super-menteur »… Ces deux-là font la paire.
Et les défenseurs des programmes, Laurence de Cock en tête (il est sidérant qu’Aggiornamento, qui ne représente rien dans le monde des profs d’Histoire-Géographie, ait obtenu du Conseil Supérieur des Programmes et des médias un adoubement aussi rapide), se sont alignés sur Najat Vallaud-Belkacem : arguments d’autorité, sourire méprisant, sentiment transparent d’un triomphe momentané, en attendant qu’on les pende. Quand je les vois, Michel Lussault en tête (l’homme pour qui « nation » ou « patrie » sont des concepts creux), plastronner dans les étranges lucarnes, je me rappelle à chaque fois, je ne sais pourquoi, le sourire méprisant de Pierre Blaise jouant le milicien de choc en juin 44 dans Lacombe Lucien. Le sourire de ceux qui ont embrassé une cause véreuse, et qui vont jusqu’au bout parce qu’ils ont vendu leur âme au diable.

J’entends des voix s’élever çà et là pour réclamer un véritable débat avec quelqu’un qui s’y connaîtrait et aurait un peu de mordant — nous en connaissons tous. Mais ce débat n’aura pas lieu, parce que même si une chaîne se laissait tenter par le caractère médiatique de l’événement, ou la capacité de show de l’opposant, Najat Vallaud-Belkacem s’y refuserait. Elle n’a ni la compétence, ni le talent. Lorsqu’elle est coincée, le sourire se fige vite, et elle devient volontiers agressive, une contre-vérité assénée avec aplomb valant pour elle aussi bien, sinon mieux, qu’une vérité plus confuse — et la vérité est souvent confuse, ou complexe, en matière d’éducation.
Je n’ai jamais entendu dans la bouche d’un ministre autant de mensonges en aussi peu de temps — et depuis quarante ans que je fais ce métier, au collège, au lycée, en fac, en prépas, j’ai vu pas mal de politiciens inconsistants et de demi-pointures installés rue de Grenelle. Je n’ai jamais vu non plus de ministre aussi unanimement détesté par ses propres fonctionnaires. Sa performance devant Ruquier il y a deux mois, son éclat de rire en soulignant qu’on ne se fait pas prof pour l’amour de l’argent, ont fait comprendre à tous les enseignants qui se dissimulait derrière cette coiffure soigneusement entretenue — la fable du ministère est qu’elle passe plus de temps chez le coiffeur que dans son bureau.

En attendant la prochaine occasion d’en découdre, j’implore une chaîne quelconque d’imposer enfin à Najat Vallaud-Belkacem un adversaire à la hauteur, capable de la déchirer à belles dents, et qui n’ait pas l’étiquette UMP accrochée à ses basques. Un prof par exemple — un prof qui n’ait pas peur, et qui sache, parfois, ne pas être poli — au sens littéral de ce qui est encore rugueux. Il y en a marre de voir des demi-portions, des syndicalistes animés d’arrière-pensées, débattre face à ce monument de mauvaise foi qu’est Madame Najat Vallaud-Belkacem.

*Photo : APERCU/SIPA. 00713630_000038.

Bénis soient les couples homosexuels

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protestants catholiques homosexualite

Le vote quasi unanime intervenu le 17 mai, à Sète, a mis un terme à une réflexion engagée depuis longtemps déjà au sein de l’Église protestante unie de France (EPUdF)[1. Née en 2012 de ma fusion de l’‘Église réformée de France et de l’Église évangélique luthérienne de France, l’EPUdf compte environ 250 000 fidèles sur 1,7 millions de protestants estimés pour la France.] «Le Synode ouvre la possibilité, pour ceux et celles qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu.» Mais le même texte précise d’entrée : « Le Synode est soucieux à la fois de permettre que les couples de même sexe se sentent accueillis tels qu’ils sont et de respecter les points de vue divers qui traversent l’Église protestante unie.» Sage précaution au regard d’une décision qui est loin de faire l’unanimité au sein de l’EPUdF.

Le 20 mai, le Conseil presbytéral du Marais, à Paris, a pris fermement position contre cette ouverture et confirmé son intention de «ne pas répondre favorablement à des demandes de bénédiction de couples de même sexe» tout en réaffirmant son rejet de toute forme d’homophobie et son intention de continuer à faire de l’accueil des personnes homosexuelles une priorité de son action pastorale. Le fondement de sa positon est très clairement explicité : «La lecture que nous faisons, notamment de Genèse 1-2, nous conduit à penser que la conjugalité, dans le projet de Dieu, implique la différenciation sexuelle homme-femme.»

Voilà qui a l’avantage d’être clair. Si la Conférence des évêques de France s’est abstenue  de tout commentaire, la blogosphère catholique n’a pas tardé à réagir. Sur le site Aleteia, Philippe Oswald rejoint l’analyse de ses frères protestants du Temple du Marais : «L’incohérence principale est dans la rupture avec la Bible. L’Ancien Testament et le Nouveau Testament ne foisonnent pas de références à l’homosexualité, mais quand le sujet est abordé, c’est clairement et sans appel. (…) Il va donc falloir réécrire ou expurger la Bible pour sacrifier à l’air du temps en bénissant au nom de Dieu des unions homosexuelles.» 

Il est possible qu’à l’inverse, au cours des prochaines semaines, d’autres voix se fassent entendre au sein du catholicisme français pour applaudir à l’initiative du synode de Sète. Au nom d’une commune compréhension de l’Evangile. C’est dire que la position protestante, même minoritaire, sera commentée, ici ou là, dans certaines communautés catholiques qu’elle interpelle dans leur appréhension de l’homosexualité, comme le souligne fort justement Isabelle de Gaulmyn dans La Croix. D’autant plus commentée qu’une telle initiative est, à ce jour, totalement impensable au niveau des Églises particulières dans l’Église catholique où l’on considère que la Vérité n’a pas à être mise en débat.

Sur la question homosexuelle, on connaît la position officielle du Magistère : accueil des personnes, condamnation des actes. Ce second aspect est clairement explicité dans le texte du Père Jean-Baptiste Edart[2. Prêtre de l’Emmanuel, directeur au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, co-auteur de l’ouvrage Clarification sur l’homosexualité dans la Bible, Cerf 2007.] écrit en conclusion d’une longue étude sur Bible et homosexualité : «Les interprétations récentes (…)  reconnaissent que Paul condamne les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Le débat s’est porté sur la question de l’herméneutique de ces versets. Or, leur étude permet d’identifier que Paul s’appuie sur des traditions qui prennent leur enracinement dans la Loi divine (…) Paul ne fait donc que reprendre et souscrire à un enseignement largement admis à son époque. (…) Il ne s’agit pas d’une simple question culturelle propre au 1e siècle ap. J.C. mais d’une structure de pensée fondamentale de la Révélation biblique. Remettre en cause cette condamnation des actes homosexuels, sous prétexte d’un contexte culturel différent conduirait en fait à l’adoption d’une anthropologie différente de l’anthropologie biblique caractérisée par la différenciation sexuelle.»

Or, de fait, c’est bien cette «condamnation des actes homosexuels» qui n’est plus « reçue » ni comprise par nombre de catholiques pratiquants, lorsqu’ils sont le fait de  personnes vivant toutes les exigences du mariage chrétien… hormis, évidemment, l’altérité sexuelle[3. Le referendum Irlandais de ce 22 mai témoigne qu’un peuple qui continue à se dire majoritairement catholique ne voit pas de contradiction à instaurer, y compris pour les croyants, une conjugalité homosexuelle.]. Que cela bouscule ou interroge «l’anthropologie biblique caractérisée par la différenciation sexuelle» est une évidence qui ne les émeut pas outre mesure. Ils pensent volontiers que si les conséquences doctrinales de cette anthropologie viennent à ce point contredire le message d’amour et de compassion de l’Evangile, tel qu’ils le saisissent dans la foi… alors, il appartient à l’Eglise de «revisiter» la lecture qu’elle fait de l’anthropologie biblique. Pour en dépasser les contradictions. Aujourd’hui, refuser de voir la radicalité de cette résistance de la part de catholiques convaincus, souvent formés à la théologie, ou la discréditer au nom d’une prétendue soumission à la «dictature de l’air du temps» sont peine perdue. Que l’on s’en réjouisse, qu’on le déplore ou qu’on se contente, plus simplement, de le constater, le fait est là : chez un certain nombre de croyants, le principe d’autorité ne fonctionne plus.

Sans doute nombre de participants au Synode sur la famille, évêques et cardinaux, en sont-ils conscients. Mais comme il est peu probable qu’ils se risquent à questionner les fondements de la morale sexuelle catholique, de peur de faire s’écrouler  l’édifice ou de risquer un schisme, la seule voie qui leur reste ouverte est celle de la «pastorale» proposée par le pape François. Ouverte ou fermée, d’ailleurs, si l’on écoute les plus récents bulletins de la météo synodale. Comme si l’Eglise pouvait continuer à refuser d’entendre, pour n’avoir pas à répondre.

Avec le risque – concernant la question qui nous occupe – que lorsque la demande se fera jour, des prêtres acceptent de «bénir» discrètement des couples de même sexe, comme ils ferment les yeux sur la situation des divorcés remariés ; ou plus encore que des laïcs engagés se sentent autorisés, au nom de leur baptême, à prononcer des paroles de bénédiction sur des unions homosexuelles, puisque ce geste, non sacramentel,  n’exige pas l’intervention d’un prêtre. Intention qui perce déjà, par exemple, dans la Conférence catholique des baptisés francophones lorsqu’elle se présente, à travers sa charte, comme «Acteur de la mission de l’Église par le ministère de la bénédiction.»

À l’heure où certains se réjouissent d’une seconde session du Synode sur la famille qui réaffirmerait la Tradition du magistère romain et ferait rentrer chacun dans le rang, ce que l’on voit se mettre en place, au travers de communautés plus vivantes qu’il n’y paraît, est en réalité une pluralité vécue sans complexe, du côté des tenants de la doctrine comme de ceux qui se sentent en distance avec elle. Dès lors le défi du pape François est de parvenir à convaincre évêques et cardinaux que l’on ne contiendra pas cette évolution vers la diversité et que l’urgent est de faire en sorte qu’elle puisse être vécue dans l’Unité… autour de l’essentiel de la foi.

*Photo : Andrew Medichini/AP/SIPA. AP21641094_000004.

Clarifications sur l'homosexualité dans la Bible

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Pologne: Duda veut «reconstruire la communauté nationale»

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élection présidentielle Pologne Andrzej Duda

(Avec AFP) – Quand ce ne sont pas de nouveaux partis radicaux et populistes, comme en Grèce ou en Espagne, ce sont les conservateurs qui profitent le plus de la défiance des pays européens à l’égard de l’Union…

Après la réélection de David Cameron au Royaume-Uni, le conservateur Andrzej Duda a été élu dimanche président de la Pologne, avec 52% des suffrages, selon un sondage, battant le chef de l’Etat sortant de centre droit Bronislaw Komorowski (48%) qui a reconnu immédiatement sa défaite.

La victoire du juriste de 43 ans, qui devrait être confirmée officiellement lundi soir, pourrait ouvrir la voie au retour au pouvoir de son maître à penser Jaroslaw Kaczynski, chef du parti conservateur Droit et Justice (PiS), à l’occasion des législatives prévues en automne.

Le premier sondage sortie des urnes de l’institut Ipsos a crédité M. Duda de 53% de suffrages, mais une estimation plus précise, basée sur les résultats officiels d’un certain nombre de bureaux, a réduit ensuite son score à 52%.

M. Komorowski, plus inspiré par le fair play américain que par le sectarisme à la française, a loyalement félicité son adversaire. « Chers amis, on n’a pas réussi cette fois-ci. Les citoyens d’une Pologne libre et démocratique en ont décidé ainsi », a-t-il dit à ses sympathisants. « Je lui souhaite un bon mandat présidentiel, car je souhaite du bien à la Pologne », a ajouté le président sortant qui achèvera son mandat le 6 août.

A l’état-major de M. Duda, l’annonce du résultat a été accueillie par une explosion de joie. Le vainqueur a remercié M. Komorowski pour ses paroles, ainsi que ceux qui ont voté pour lui, en souhaitant qu’ils « soient encore plus nombreux aux prochaines élections ».

« Ceux qui ont voté pour moi ont voté en effet pour le changement, a-t-il poursuivi. Je suis profondément convaincu que nous sommes en mesure de reconstruire la communauté nationale dans notre pays, que nous pouvons être ensemble et redresser ensemble ce pays ».

M. Duda, député européen du PiS quasiment inconnu à la veille de la campagne, était le candidat de son parti, tandis que M. Komorowski, 62 ans, était soutenu par le parti libéral Plateforme civique (PO), au pouvoir depuis bientôt huit ans.

Les pouvoirs du chef de l’Etat sont relativement limités en Pologne, mais la cohabitation du jeune conservateur avec le gouvernement PO de Mme Ewa Kopacz pourrait s’avérer difficile, tant les deux partis ont des politiques divergentes.

M. Duda a fait, lors de la campagne, plusieurs promesses, s’engageant notamment à ramener l’âge de la retraite de 67 à 65 ans – ce qui annulerait une réforme des libéraux – et à réduire les impôts, des projets coûteux qui relèvent cependant de la compétence du gouvernement et du parlement.

Il est resté relativement vague sur l’autre domaine où le chef de l’Etat a son mot à dire, la politique étrangère, promettant toutefois de défendre les intérêts nationaux des Polonais. Son parti étant ouvertement eurosceptique, des experts prévoient de possibles tensions avec l’Union européenne, dont le Conseil est actuellement présidé par l’ancien Premier ministre libéral polonais Donald Tusk.

Chef incontesté du parti Droit et Justice, Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau de l’ancien président Lech Kaczynski mort dans un accident d’avion à Smolensk en Russie, ne cache pas son ambition de revenir au pouvoir, alors que depuis huit ans cet ancien Premier ministre n’a accumulé que des défaites électorales.

Il a tout misé sur son candidat, jeune et dynamique, restant pratiquement invisible lors de la campagne et se contentant d’interventions sur la station catholique Radio Maryja et sa télévision Trwam.

Qu’arrivera-t-il aux libéraux ? Le politologue Mikolaj Czesnik entrevoit deux scénarios.

« Le premier, c’est la désintégration de la Plateforme civique : tout le monde se disperse dans la crainte d’un échec aux législatives. A sa place se créent une ou deux formations nouvelles. Le deuxième suppose une réflexion sur la manière de mobiliser ceux, malgré tout très nombreux, qui ont soutenu Bronislaw Komorowski. Si cela réussissait, la PO pourrait encore remporter les élections », estime-t-il.

L’ancien leader de l’opposition anticommuniste de gauche Adam Michnik, aujourd’hui à la tête d’un des plus grands quotidiens polonais, Gazeta Wyborcza, a pris un ton bien plus dramatique dans un commentaire pour son site web, estimant que la Pologne risquait de « prendre un chemin de velours vers la dictature ». Mélenchon, pourtant pas gêné de défiler sous des drapeaux rouges ornés de la faucille et du marteau, n’aurait sans doute pas dit mieux.

Enfin, tandis que l’Irlande vient d’infliger un camouflet à ses instances religieuses, M. Duda, qui lors de la campagne a exprimé sur des problèmes de société des vues proches de ceux de l’Eglise catholique, a été félicité dès dimanche soir par l’épiscopat polonais. Saint Jean-Paul II, priez pour l’Europe…

*Photo : © AFP WOJTEK RADWANSKI

Réforme des heures sup au Japon: mourir dans la culpabilité?

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(Avec AFP) – Au Japon, l’élite des travailleurs en col blanc n’aura bientôt plus droit au paiement des heures sup. Cette réforme kamikaze suscite l’inquiétude dans un pays où le dévouement pour l’entreprise peut conduire au « karoshi », un burnout mortel.

Une telle abnégation au travail a failli coûter la vie à Teruyuki Yamashita. Epuisé d’enchaîner les voyages d’affaires à l’étranger et les nuits blanches, cet ancien chef des ventes a fini à l’hôpital il y a six ans, victime d’une hémorragie méningée.

Il a survécu après trois semaines en soins intensifs mais a perdu la vue. « Quand je me suis réveillé, j’ai dit à l’infirmière qu’il faisait noir. Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais devenu aveugle », raconte le cadre commercial de 53 ans.

A l’image de M. Yamashita, de nombreux salariés japonais acceptent de trimer au détriment de leur famille et de leur santé, un surmenage qui aboutit à des centaines de morts chaque année par AVC, crise cardiaque ou suicide.

Ce phénomène est tellement répandu au Japon qu’on lui a donc donné un nom – « karoshi » signifie littéralement « mort par excès de travail » – et qu’il est reconnu comme maladie professionnelle.

Pourtant le mois dernier, le gouvernement conservateur de Shinzo Abe a approuvé une réforme visant à permettre aux entreprises de supprimer purement et simplement le paiement d’heures sup (au-delà de 40 heures par semaine) pour ceux qui gagnent au moins 10,75 millions de yens (80 000 euros), tels que les traders ou consultants.

Japon travail heures supplémentaires burnout

Les salariés concernés seront désormais rémunérés sur leur performance, et non plus sur le temps passé au bureau, expliquent les partisans du texte, qui espèrent sa prochaine adoption par le Parlement.

Inutile donc de s’éterniser le soir ou d’arriver aux aurores si la tâche est accomplie vite et bien, arguent-ils, voyant dans ce projet un moyen d’améliorer la productivité (réputée faible au Japon).

Et de promettre, pour apaiser les critiques, que les employés zélés pourront choisir s’ils le souhaitent de rester soumis à l’ancien système.

Toutefois, dans les faits, il leur sera difficile de refuser, de peur de se faire taper sur les doigts, et au final ils continueront à turbiner plus longtemps sans la moindre compensation, rétorquent des experts.

« Le gouvernement veut créer un système dans lequel les compagnies n’auront plus à rémunérer les heures sup », s’insurge Koji Morioka, professeur émérite à l’université Kwansei Gakuin, qui redoute une « accélération des décès par surmenage ».

La réforme, s’étonne au passage l’universitaire, va à l’encontre d’une précédente loi votée l’été dernier, précisément destinée à prévenir ce type de décès.

Selon les conditions actuelles, seulement 4% des employés du secteur privé – soit 1,85 million de personnes – tomberaient sous le coup de cette mesure, mais la fédération patronale Keidanren ne compte pas s’en tenir là.

« Nous devons réfléchir à abaisser le seuil de revenus pour l’appliquer à un plus grand nombre de personnes », a récemment plaidé le patron du Medef local.

Si une évolution des mentalités se dessine, 22,3% des Japonais s’escriment encore au labeur 50 heures ou plus chaque semaine, bien au-delà des 12,7% recensés en Grande-Bretagne, 11,3% aux Etats-Unis et à peine 8,2% en France, selon l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

Quant aux congés payés, 16% des employés à temps plein n’ont pris aucun jour en 2013, rechignant à s’absenter par sentiment de culpabilité, selon une étude du gouvernement. Et en moyenne, les Nippons ne prennent du bon temps que neuf jours par an – la moitié des vacances auxquelles ils ont droit.

La même année, ont été recensés 196 décès et suicides liés à un travail excessif, et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, souligne Shigeru Waki, enseignant à l’université Ryukoku.

« Il y en beaucoup plus qui sont morts ou tombés malade pour cause de surmenage, mais c’est très difficile à prouver », assure-t-il.

Avec cette nouvelle loi, les patrons ne garderont plus trace des heures sup et il sera encore plus difficile d’évaluer l’ampleur du problème, prévient M. Waki.

Parmi les détracteurs de la réforme, figure la mère d’un jeune salarié de 27 ans qui s’est suicidé en 2009 à Tokyo tant il croulait sous le travail, accumulant des centaines d’heures supplémentaires omises du décompte officiel.

« J’étais dans un tel état de choc quand sa compagnie m’a annoncé sa mort », se souvient la sexagénaire. « Mon fils ne reviendra pas, mais je veux me faire la porte-parole des autres jeunes », dit-elle.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle, renchérit M. Yamashita. « J’étais tellement occupé que je n’ai même pas vu mes enfants grandir. Il aurait mieux valu que je consacre ma vie à ma famille », lâche-t-il, amer.

*Photo : © AFP YOSHIKAZU TSUNO

Espagne: Podemos mieux faire…

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espagne podemos ciudadanos

Avec un peu de succès, les Espagnols se sont retournés vers le passé pour trouver une référence leur permettant de comprendre ce qu’ils vivent. C’est ainsi qu’ils en ont exhumé le terme de régénération, emprunté au vocabulaire politique de leur très instable XIXe siècle. Podemos, qui avait créé la surprise lors des élections européennes de 2014, annonçait pourtant bien plus que cela. Le 31 janvier, au cours d’une grande manifestation dans les rues de Madrid, l’année 2015 avait été  baptisée Año del cambio (« année du changement »). Et Pablo Iglesias, écoutant les sondages, avait même cru pouvoir se présenter comme « le » chef de l’opposition.

Mais les plus farouches ennemis du système en sont aujourd’hui pour leurs frais. Podemos, dont les succès initiaux s’appuyaient sur une habile lutte pour l’hégémonie culturelle, n’atteint pas les objectifs escomptés aux termes des scrutins municipaux et régionaux, même si quelques unes des coalitions auxquelles il s’était associé réussissent à bousculer le bipartisme qui domine le jeu politique espagnol depuis le début des années 1980.

Ada Colua, à Barcelone, et Manuela Carmena, à Madrid, remportent en effet de beaux succès. La première, activiste la plus méritante d’Espagne et longtemps à la tête de la très populaire plate-forme contre les expulsions, arrive en tête dans la capitale de la Catalogne. Mais elle devra composer avec les nationalistes catalans pour conquérir la mairie. La candidate de la gauche de la gauche peut s’imposer dans la capitale, mais moyennant le concours des élus du PSOE. Ainsi, et c’est le premier enseignement majeur du scrutin de dimanche, ni le Parti Populaire ni le Parti socialiste ne se sont écroulés. Ces deux formations rassemblent encore, à elles deux, plus de 50 % des suffrages exprimés. Podemos ne sera pas le grand parti transversal recrutant presque autant à gauche qu’à droite, dont ses fondateurs avaient rêvés…

Ciudadanos, le dernier né de la politique espagnole, affiche également des résultats relativement décevants. Né en Catalogne en 2006, au sein d’une bourgeoisie qui ne souhaite pas suivre les sirènes de l’indépendantisme, ce parti recrute ses électeurs au centre, dans qui reste de notabilités et de classes moyennes.  Ainsi fait-il du mal au Parti Populaire, mais sans le menacer. Le mouvement de Mariano Rajoy reste, en nombre de voix, le premier parti d’Espagne. Ciudadanos ne peut que s’enorgueillir d’être devenu le troisième parti d’Espagne en nombre de conseillers municipaux.

Appelée de ses vœux par le roi Juan Carlos, durant son discours d’abdication, la régénération à laquelle nous assistons consiste donc essentiellement en un renouvellement d’une classe politique, partiellement disqualifiée aux yeux des électeurs par la corruption et son incapacité à lutter efficacement contre la crise économique et ses terribles conséquences sociales. Les hommes du passé sont donc sanctionnés. Mais pas  les partis… Un professeur de droit constitutionnel rappelait très justement, il y a peu : «L’Espagne est un pays en crise, mais ce n’est pas un pays misérable ni même singulièrement rétrograde (…) »[1. Víctor J. Vásquez : Podemos ante el masoquismo español, article paru dans le quotidien Europa Sur le 27 avril 2015.]. Et l’universitaire de signaler que ce pays est l’un des rares Etats européens à ne pas avoir cédé à la tentation l’extrême droite, pas plus au Parlement européen que dans ses régions et ses communes.

Les résultats d’hier soir n’augurent pas clairement des alliances politiques locales qui se noueront dans les prochaines semaines. Ces pactes sonneront comme une répétition générale des élections législatives attendues pour l’automne. Pour préparer le terrain, le nouveau jeune secrétaire général du PSOE remarquait dès dimanche soir que son parti était bien et bien en tête à gauche, dans la plupart des villes et régions d’Espagne. Il sera bien instructif de découvrir les programmes  de coalition qui pourront être élaborés à gauche. À droite, les choses sont plus simples. On murmure que le programme de Ciudadanos ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de la fondation Aznar. Mais, à gauche, jusqu’où osera-t-on aller ? Verra-t-on un profond remaniement du programme économique d’une gauche de gouvernement pour l’instant si scrupuleusement attachée aux prescriptions de Bruxelles et de Berlin ? Jusqu’où iront les nouveaux choix de société ? Autant de questions cruciales dans une Europe déboussolée. Espérons que les Espagnols ne laisseront pas la machine politique se gripper.

*Photo : Andres Kudacki/AP/SIPA. AP21739293_000010.

Oui, Sarkozy c’est Joe Dalton!

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sarkozy juppe mandel

Le TSS (Tout Sauf Sarkozy) vit encore de beaux jours. De l’extrême droite à l’extrême gauche, sans négliger le centre et la gauche, il continue à nourrir un ressentiment durable. Il est vrai qu’il fait bon haïr Sarkozy.  Il est petit, nerveux, rageux : une sorte de Joe Dalton. En outre il est un peu métèque sur les bords. Ce que ne sont ni Juppé, ni Fillon, ni Le Maire, ni Wauquiez…

Un sondage de l’Ifop pour Atlantico apporte néanmoins un peu de crédit au « nabot », au « nain » à « naboléon ». Ses résultats sont sans appel. Sous la présidence et sous l’impulsion de Sarkozy, les souhaits d’alliance avec le FN se sont effondrés à l’UMP.

Seuls 30% des électeurs du parti de droite entendent désormais faire route commune avec la formation de Marine Le Pen. 20% de moins que lors d’un précédent et identique sondage ! Jérôme Fourquet le patron de l’Ifop, attribue ce spectaculaire basculement « au républicanisme de combat » de Nicolas Sarkozy. Ce dernier n’a cessé de marteler que le FN n’était pas un allié mais un adversaire. Une machine à casser l’UMP. On connaît sa formule : chaque voix apportée au Front National c’est une voix pour le parti socialiste.

La guerre des droites. La vraie. Sans pitié et sans accommodements techniques, tactiques ou électoraux avec l’ennemi désigné. Et c’est Sarkozy, l’affreux Sarkozy, accusé à gauche, et aussi dans  son propre parti, de lepéniser l’UMP qui la mène. Avec succès semble t-il si l’on en juge par les résultats du sondage.

Et là les bons esprits, pas toujours les plus fins, s’abandonnent à des tourments ravageurs. Comment le «  fasciste Sarkozy » , le « raciste Sarkozy » peut-il mener le combat contre le FN alors que tout plaiderait pour qu’il fasse alliance avec lui ? Tempête sous les crânes ! Pour comprendre il faut avoir lu et savoir lire.

Quand Nicolas Sarkozy entama sa carrière politique, il publia une biographie de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur de la IIIème république assassiné par Vichy. Mandel était un homme à poigne, républicain, Juif et de droite. Tout homme politique aspirant à un destin national se doit d’écrire (ou de faire écrire pour lui) un livre. Que Nicolas Sarkozy ait choisi Mandel fait sens.

Mandel fut haï au-delà de toute mesure par l’extrême droite française. Sarkozy, lui, est haï de tous bords. L’homme à abattre. C’est en bonne voie si l’on en juge d’après un autre sondage. Il indique que c’est William, le plus intelligent, et donc le meilleur, des frères Dalton qui l’emporterait contre le petit Joe lors des primaires UMP. Si cela se confirmait, la prospérité du FN serait assurée pour longtemps.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00712478_000017.

Irlande: mariage pour tous, tous pour le mariage?

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irlande mariage gay

La bière Guinness n’a pas été troublée. Les partisans du mariage gay à Dublin peuvent lever leurs verres en paix : l’Irlande, qui avait déjoué tous les pronostics lors du référendum sur le Traité de Lisbonne de 2008, en opposant un « no » ferme au oui-ouisme de bon ton, ne l’a pas fait pour le référendum légalisant le mariage entre couples de même sexe.

Il faut dire le rouleau compresseur de « l’égalité » avait déjà aplani le terrain. Tous les partis politiques irlandais, des « conservateurs » du Fianna Fail aux nationalistes «rouges» du Sinn Fein, en passant par le libéral Fine Gael actuellement au pouvoir, soutenaient la mesure, relayés par les intellectuels, les artistes, les stars. Les richissimes entreprises tentaculaires américaines qui emploient nombre d’Irlandais, Google, Facebook, Twitter, Uber, ont pesé de tout leur poids en faveur de ce nouveau bond en avant sociétal. Le patron de l’IDA Ireland, une agence mi-publique mi-privée pour le développement industriel en Irlande, Martin Shanahan, avait résumé ce soutien au « oui » : « c’est bon pour le business ».

Cette mobilisation pour étendre toujours plus le libéralisme dans la sphère humaine se vérifie au même moment aux Etats-Unis, où les titans Walmart, Microsoft, Apple, etc. conduisent de véritables frappes de guerre contre les Etats et les institutions qui rechignent au mariage gay. L’Indiana, pour avoir voté une loi protégeant les pâtissiers et photographes chrétiens qui refusent de se prêter aux unions de même sexe, fut pris pour cible par un boycott économique en règle, avant de capituler. On n’ose se demander si ces géants du business prendraient des mesures aussi courageuses  et aussi peu profitables contre les dictatures wahhabites, ou la Chine.

Écrasée par le consensus de l’establishment, saturée par une presse aux abois, qui a inondé le public d’une propagande désarmante, de jeunes Irlandais sympathiques et branchés, se prenant en selfie devant les bureaux de vote, la campagne référendaire n’a guère laissé de place aux opposants. Pourtant, même si les grandes villes et Dublin affichent des scores faramineux en faveur du mariage gay, et que la victoire du « oui » est sans appel, les résultats sont plus serrés dans l’Irlande profonde, où certains comtés sont au coude-à-coude, voire complètement hostiles. Un tel clivage était déjà à l’œuvre lors du Traité de Lisbonne.

Pourtant, ce référendum enfonce un clou supplémentaire dans le cercueil du catholicisme irlandais, tel qu’il a marqué l’île pendant des siècles. Occupés et réduits à l’état de quasi-servage par les Anglais, les Irlandais n’ont eu jusqu’au XXe siècle que le ciel pour patrie. Leur pays avait embrassé le christianisme aussi pacifiquement que profondément dès le IIIe siècle. Ils opposèrent avec constance une fidélité indéfectible à l’Eglise de Rome, face au protestantisme de la Grande-Bretagne occupante. Un catholicisme populaire, ardent et ancré, qui aida à l’émancipation des Anglais catholiques, en imposant au Parlement britannique de leur accorder des droits civils et politiques, à force de militantisme. Quand l’Etat libre d’Irlande naît enfin, en 1921, après une féroce guerre d’indépendance, l’Eglise catholique est l’institution qui personnifie l’identité nationale, et la seule qui préexiste au gouvernement. La nation irlandaise s’était réfugiée dans les églises, mais le clergé, fort de cette mission historique, a poursuivi son influence sur la société, qui a viré à l’emprise étouffante d’une mère possessive. Le système éducatif fut un monopole clérical, propice aux abus de toutes sortes, qui éclatèrent dans les années 1990, alors que le « miracle économique irlandais », et son cortège consumériste, fournissait le terreau de la sécularisation. Au-delà du scandale des prêtres pédophiles, l’Eglise irlandaise, par son omniprésence sociale, a dégoûté des générations d’Irlandais, qui ont jeté le bébé de la foi avec l’eau saumâtre du cléricalisme. Discréditée, confrontée à une baisse drastique de fidèles et de vocations, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ce qui explique le choix fait par le clergé de ne pas s’impliquer dans le référendum.

Signe que les leçons du passé peuvent être fructueuses, l’Eglise irlandaise a laissé le terrain aux laïcs. La poignée d’opposants au mariage gay s’est retrouvée dans le collectif « Mothers and Fathers Matter », qui a retenu les leçons françaises de la Manif pour tous. Ils ont développé un argumentaire laïque, axé sur la question de la filiation, laissée sans réponse par le référendum. Signes supplémentaires de la « French Touch »: la mise en avant d’homosexuels opposés au mariage gay, et la dénonciation de la GPA. Même si elle arrive tardivement, cette stratégie est appelée à être plus efficace que les traditionnels arguments religieux, y compris aux États-Unis.

Le mariage gay à peine sanctifié par l’onction référendaire, certains commentateurs français s’impatientent: vite, que l’Irlande se débarrasse de ses derniers oripeaux catholiques, en abolissant l’actuelle interdiction de l’avortement ! Ils ignorent que, hors des salons parisiens, mariage gay et avortement ne sont pas liés là où les combats « pro-life » ont encore lieu, aux États-Unis et en Irlande. Là où les Français disent « droit à disposer de sa vie et de son corps », on y fait la distinction entre les enjeux, et on y discute autant de la vie du fœtus que de la mère. Néanmoins, la sécularisation irlandaise est telle qu’une disparition de son exception nationale sur l’avortement semble inéluctable.

En apostasiant très vite ces dernières décennies, l’Irlande brise certes des carcans cléricaux historiques, mais se trouve confrontée à un vide moral que ne viennent combler ni le libéralisme qui a mené l’île à sa perte, ni le nationalisme renaissant du Sinn Fein, dénaturé en politique de proximité.

À l’approche de l’anniversaire de l’insurrection de Pâques 1916, qui a conduit leur pays à l’indépendance, les Irlandais doivent réinventer leur plébiscite de tous les jours. Un christianisme purifié des erreurs du passé, éprouvé à la fournaise de l’humiliation, a une opportunité inouïe de renouer avec sa vocation originelle.

Le mariage gay irlandais a achevé de tuer l’Irlande catholique d’antan. Un réveil de la foi peut naître. Il faudra un jour remercier la société post-moderne d’avoir abattu les idoles, et poussé les Églises à se réformer sans cesse.

*Photo : Peter Morrison/AP/SIPA. AP21739616_000019.

La DS descend encore et toujours les Champs-Elysées

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Citroën DS 60 ans Paris

(Avec AFP) – Quelque 700 Citroën DS ont défilé dimanche au centre de Paris pour célébrer les 60 ans de cette automobile emblématique de la France conquérante des Trente glorieuses, et légende sur laquelle PSA tente aujourd’hui de capitaliser dans le haut de gamme.

C’est avec un peu d’avance que les aficionados de la « déesse » ont fêté cet anniversaire : la création du styliste Flaminio Bertoni et de l’ingénieur André Lefèbvre est en effet révélée au public lors du salon de Paris, à l’automne 1955.

Elle y provoque un coup de tonnerre et un afflux de commandes en rapport avec son profil fluide et futuriste, à des lieues des lignes de ses concurrentes, comme la Peugeot 403 ou la Renault Frégate.

Son ramage est à la hauteur de son plumage, avec des solutions techniques inédites, notamment une centrale hydropneumatique qui commande les suspensions, la boîte de vitesses et les freins, lui conférant des prestations et un confort inégalés. Seul le moteur est hérité de la Traction Avant dont la DS reprend le flambeau.

« Qu’un gaz remplace l’élasticité d’un ressort, ça ne s’était jamais vu dans l’automobile », remarque l’historien Jean-Louis Loubet, pour qui la DS de 1955 était une voiture « élitiste, tournée vers la technologie ».

« Quand elle est née, c’était une voiture d’une autre planète », résume Jean-François Raoult, Suisse qui a fait le voyage dans une ID (modèle simplifié de la DS) immaculée, sortie des chaînes en 1968.

« C’était extrêmement audacieux de construire une telle voiture dans les années 1950 et ça m’a toujours fasciné », confesse cet ingénieur travaillant justement dans le secteur automobile.

« Elles sont très bien conçues, et belles comme des œuvres d’art. Elles sont très françaises », s’enthousiasme lui aussi Jacob Bosman, qui a fait le voyage d’Afrique du Sud – en avion – pour l’occasion.

« Si vous aimez vous différencier de la masse, vous les adorerez. Elles étaient extraordinaires quand elles sont sorties, et le sont toujours », ajoute ce médecin de 57 ans, qui possède une DS, rarissime dans son pays, et une poignée d’autres Citroën historiques.

« C’est une voiture dont la modernité est permanente. C’est toujours une inspiration incroyable pour nous », s’enthousiasme de son côté Yves Bonnefont, directeur général de la marque DS, qui a pris il y a un an son indépendance de Citroën avec des ambitions de « premium à la française ».

Novatrice, la DS a aussi correspondu à une période particulière de l’histoire de France, à laquelle elle est étroitement identifiée. « C’est la France industrielle qui marche vers le progrès technique », résume M. Loubet.

Pour lui, « la DS 19 est à l’automobile ce que la Caravelle est à l’aviation, le paquebot France à la navigation maritime ou Serre-Ponçon aux barrages hydro-électriques. C’est tout ce courant modernisateur de la France des années 1950 ». La fin de sa production, après environ 1,4 million d’exemplaires, correspondra peu ou prou à la première crise pétrolière, au milieu des années 1970.

Citroën DS 60 ans Paris

« Elle est en plus, en France, proche du pouvoir. C’est la voiture du général De Gaulle, la voiture de (son successeur Georges) Pompidou », rappelle l’historien. C’est notamment dans une DS, dont il était un inconditionnel, que l’homme du 18-juin échappe à un attentat de l’OAS au Petit-Clamart en 1962.

Une des DS du premier président de la Ve République figure parmi les modèles montrés cette semaine aux Tuileries, dans le cadre de la « DS week », à la fois hommage à la DS historique et vitrine des ambitions du groupe PSA Peugeot Citroën pour sa marque, qui va actuellement de la petite DS3 à la berline DS5, voiture officielle de l’Elysée.

Point d’orgue de la « DS week » : dimanche, 700 DS anciennes venues de toute l’Europe ont descendu les Champs-Elysées et se sont installées sur la place de la Concorde, après un passage quai André-Citroën (XVe arrondissement), site de l’usine d’où elles sont sorties. Hier, elles s’étaient rassemblées sur un autre haut-lieu de l’histoire automobile française : l’autodrome de Linas-Monthléry (Essonne).

« On a 40% de Français, 60% d’autres pays, avec une majorité de Hollandais et d’Allemands », détaillait sur place Marc-André Biehler, responsable du conservatoire de la marque aux Chevrons, alors que des DS berlines, breaks et cabriolets tournaient à belle allure sur le circuit, dans un concert de klaxons.

Les DS sont aujourd’hui très prisées des collectionneurs. La cote des rares cabriolets 21 « usine » atteint 170 000 euros, selon le journal spécialisé La vie de l’auto, même si les plus plébéiennes berlines DSpécial des années 1970 restent sous la barre des 10 000 euros en bon état.

Côté modernes, PSA revendique 550 000 véhicules de la gamme DS vendus dans le monde depuis la commercialisation de la DS3 en 2010. Alors que les performances commerciales en Europe semblent pâtir d’une gamme vieillissante, M. Bonnefont affirme que la priorité est à l’installation de la marque et promet que le nombre de modèles doublera à six d’ici à 2020, avec notamment « des berlines racées ».

Il refuse toutefois de s’engager sur une héritière directe de la « déesse », alors que la dernière grande berline haut de gamme de Citroën, la C6, héritière des Traction, DS, CX et XM, a cessé d’être produite fin 2012 après une carrière confidentielle.

*Photos : © AFP Eric Feferberg

L’Espagne va-t-elle voter ou «botter»?

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élections Espagne Rajoy Aguirre

(Avec AFP) – Les Espagnols votent aujourd’hui dans le cadre d’élections régionales et municipales qui pourraient redessiner le paysage politique national, dominé par la droite, avec l’arrivée de nouveaux partis et d’une génération d’« Indignés » qui espèrent ravir Barcelone, voire même Madrid.

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy (Parti populaire, droite) s’est impliqué à fond dans la campagne, tout comme Pedro Sanchez, secrétaire général du Parti socialiste (PSOE). Les deux grands partis de gouvernement espèrent éviter une correction sévère, alors que le mot d’ordre pour beaucoup dimanche était « botar » (botter…) plutôt que « votar » (voter).

Selon les sondages, ces élections pourraient signer la fin du bipartisme entre PP et PSOE en place depuis 1982, au profit d’un « système à l’italienne » où les alliances seront inévitables.

Après presque six ans de crise, l’Espagne 2.0 pourrait commencer à les délaisser « pour la nouvelle politique » incarnée par l’antilibéral Podemos (allié du parti grec Syriza, dont les leaders ne portent pas de cravate), ou Ciudadanos (de centre-droit), deux formations fondées par des trentenaires, le professeur de sciences politiques Pablo Iglesias (956 000 abonnés sur Twitter, soit 150 000 de plus que Rajoy) et l’avocat Albert Rivera.

35 millions d’électeurs – sur 46,5 millions d’habitants – sont appelés aux urnes et une forte hausse du vote des jeunes, attirés par ces partis, est attendue.

Ils devront renouveler 13 des 17 parlements régionaux. L’hégémonie de la droite y est forte : elle tient 13 communautés autonomes.

Les électeurs devront aussi choisir 8 122 maires, à commencer par ceux de Madrid, Barcelone et Valence, les trois plus grandes villes, toutes dirigées par la droite.

élections Espagne infographie

Ces élections interviennent après une crise ayant entraîné des traumatismes qui n’ont pas encore pu être soignés par la reprise amorcée en 2014 (+1,4% de croissance économique).

Des milliers de jeunes ont émigré pour fuir le chômage touchant la moitié d’entre eux et encore 23,7% de la population active. Le tout dans un climat délétère alimenté par d’innombrables affaires de corruption en pleine cure d’austérité.

D’où les difficultés du PP à convaincre du risque posé par les « expérimentations » des nouveaux partis comme Ciudadanos, accusé d’être prêt à s’allier au PSOE, ou le très populiste Podemos, traité de formation « bolchévique » qui détruira les « libertés ».

« Sortez dans la rue, sortez du jet privé, sortez de votre quartier de luxe et regardez la réalité de ce pays, M. Rajoy », a harangué Pablo Iglesias lors de son dernier meeting, vendredi sous le ciel bleu de Madrid, promettant de défendre les droits à un logement, à la santé, à l’éducation et la lutte contre la corruption.

« Cette campagne pour un changement politique est historique », a quant à lui déclaré le centriste Albert Rivera, qui promet une option « raisonnable, progressiste » et se veut également implacable contre la fraude.

Le scénario est identique pour les municipales avec deux confrontations très attendues à Madrid et Barcelone.

La première oppose essentiellement « l’animal politique » du PP, Esperanza Aguirre, 62 ans, comtesse et ex-présidente du Sénat, capable de danser en robe traditionnelle et de promettre que la mairie « ne fera pas de zèle pour prélever les amendes », à Manuela Carmena, ancienne juge de 71 ans.

Militante communiste opposée à Franco dans ses jeunes années, l’air doux, posé mais ferme, « Manuela » est candidate d’une plateforme rassemblant Podemos et d’autres formations très à gauche.

A Barcelone, Ada Colau, 41 ans, égérie des « Indignés », fondatrice d’une plateforme luttant contre les expulsions de logements, pourrait, elle, ravir la place au conservateur Xavier Trias, 68 ans.

La participation à la mi-journée était en baisse d’un point par rapport aux élections de 2011, à 34,78%. Les deux confrontations très attendues à Madrid et Barcelone mobilisaient cependant davantage que quatre ans plus tôt.

Des résultats partiels sont attendus à partir de 22h30. Restera ensuite à savoir quels résultats obtiendraient les éventuels nouveaux élus de Podemos, mouvement moins comparable à Syriza qu’il n’y paraît…

*Photo : AFP.

Dany Cohn-Bendit, Français pour l’éternité

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daniel cohn bendit

daniel cohn bendit

En ce long week-end de Pentecôte, ordinairement désertique en matière d’actualité, hormis les marronniers de la Croisette et de Roland Garros, l’annonce de l’obtention de la nationalité française par Dany Cohn-Bendit a reçu un écho remarquable. Ce n’était pourtant pas une surprise, car l’intéressé avait déjà fait savoir urbi et orbi, notamment dans un long entretien accordé  au Point en mars, qu’il avait sollicité sa naturalisation auprès des autorités compétentes. Le scoop eût été qu’on la lui refusât, ce qui n’aurait pas été élégant, mais juridiquement justifiable : la résidence principale du demandeur est située à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, son épouse est allemande, et il a refusé, à sa majorité de devenir français au bénéfice du « droit du sol » (il est né en 1945 à Montauban, de parents apatrides), pour ne pas avoir à effectuer son service militaire. L’Allemagne repentante ayant rendu sa nationalité à son juif de père, le fils s’en accommoda fort bien, même si sa mère, restée en France, choisit, elle, de devenir française.

Bienvenue, donc, parmi nous, cher Dany, et félicitations pour avoir eu droit à un appel téléphonique personnel du ministre de l’Intérieur  Bernard Cazeneuve pour annoncer la bonne nouvelle, alors que le naturalisé de base doit se contenter d’un avis de passage du facteur l’invitant à retirer un pli recommandé au bureau de poste. Les préposés à la distribution du courrier n’ont plus le temps de remettre ce genre de documents en mains propres, ni de trinquer avec le récipiendaire à la santé de notre si bonne République.

On nous permettra, cependant, de nous étonner de cette tardive adhésion à la nation française, alors que l’intéressé a passé l’essentiel de sa brillante carrière politique à défendre des positions postnationales, d’abord internationalistes (version anarchiste, sans patrie ni frontières), puis fermement européistes, prônant l’instauration d’une citoyenneté européenne dépassant les vieilles assignations à résidence symbolique dans un Etat-Nation. On pourrait croire que Cohn-Bendit, pas son geste, tire le bilan de l’échec de l’utopie qu’il a tenté, avec constance et panache, d’inscrire dans le réel au cours de sa vie publique, et qu’il procède ainsi à une forme d’autocritique admettant, au soir de sa vie, que l’identité nationale a encore de longs et beau jours devant elle… Or, il n’en est rien : il explique son choix,  en affirmant qu’il se «  sent » tout autant français qu’allemand, et qu’il n’y a pas de raison pour que ce sentiment ne figure pas sur son état-civil, puisque l’état du droit le permet. Pour un homme politique de son calibre, on conviendra que c’est un peu court.

Quand il est en veine de confidences, il ajoute que c’est pour son fils unique, Bela, âgé de 24 ans et étudiant en économie à Berlin (il veut devenir trader !) qu’il a engagé sa démarche de naturalisation. « Bela est très francophile » explique-t-il «  D’ailleurs, pendant la Coupe du monde de foot, il soutient les Bleus plutôt que la Mannschaft. Si je suis naturalisé, il pourra alors obtenir la double nationalité franco-allemande, alors qu’actuellement cela n’est pas possible… » C’est également par des pressions familiales, celles de son épouse Ingrid, qu’il explique son regain d’intérêt pour son rapport au judaïsme, un sujet sur lequel il travaille en vue de la publication d’un livre. « C’est elle qui m’a persuadé de creuser le sujet, car elle pense que c’est une question sérieuse et qu’il n’est pas suffisant de la traiter par des pirouettes rhétoriques, comme je l’ai fait jusqu’à présent… » La famille a bon dos, si l’on ose dire, et notre cher Dany en fait usage comme l’inspecteur Columbo se sert de sa femme – qu’on ne voit jamais – pour paraître naïf, et emberlificoter les criminels dans ses rets policiers.

On peut néanmoins le croire quand il rejette sans appel les interprétations des observateurs patentés qui le soupçonnent d’être devenu français pour jouer sa partition dans le débat politique français, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017. Certes, il ne pourra pas se retenir de mettre son grain de sel dans la tambouille politicienne à venir – on ne se refait pas -, mais un retour en fanfare de Dany le rouge dans l’arène électorale, du genre du hold up réussi, au profit des Verts, aux européennes de 2009 et aux régionales de 2010 est exclu. Son aversion pour les actuels dirigeants d’EELV est incommensurable, et surtout, il a une chose bien plus importante à faire avant de quitter ce bas monde : assurer sa vie posthume, peaufiner son image historique pour lui donner la place qui lui est due,  très importante à son avis. Ce souci est devenu pour lui une sorte d’obsession. Elle pointe son nez lorsqu’il avoue au Point qu’il songe à enregistrer son propre éloge funèbre destiné à être diffusé lors de ses obsèques ! L’idée lui en est venue lorsqu’il participa, comme acteur, au charmant et narcissique petit film de son ami Romain Goupil, Les jours venus, dans une séquence où le héros-réalisateur met en scène ses propres funérailles en présence de ses vieux amis soixante-huitards, Henri Weber, Alain Krivine, Arnaud Desplechin,  et où Dany Cohn-Bendit s’exclame, hilare :« Trotskiste un jour, tyran toujours ! ». Et c’est là que la nationalité française prend toute son importance.

La France traite mieux ses grands hommes que l’Allemagne. Elle les chouchoute, elle les bichonne, elle leur pardonne leurs péchés, les rassemble par-delà leurs oppositions politiques. Elle  a même désaffecté une église parisienne afin d’en faire un mausolée pour ceux qu’elle entend honorer ad vitam aeternam. À supposer, ce qu’à Dieu ne plaise, que dans un demi-siècle, un écolo accède à l’Elysée, le choix d’une personnalité de cette mouvance apte à entrer au Panthéon sera  forcément réduit : René Dumont, peut-être, et… Dany Cohn-Bendit. Une fois son auto-éloge funèbre mis en boite, il pourra donc se mettre à la rédaction d’un texte dont la première phrase lui trotte déjà dans la tête : « Entre ici, Daniel Cohn-Bendit, avec ton long cortège d’anarchistes, d’écolos, de LGBT, de footballeurs et belles actrices… »

*Photo : BALTEL/SIPA. 00700535_000023.

Najat: T’es méraire, mais pas trop!

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najat vallaud college

najat vallaud college

Najat Vallaud-Belkacem sur France 3, Najat Vallaud-Belkacem sur BFM, Najat Vallaud-Belkacem sur i-Télé, Najat Vallaud-Belkacem dans les colonnes du JDD (et dans Gala, jamais ?), Najat Vallaud-Belkacem sur LCP, Najat Vallaud-Belkacem partout — et toujours seule. Enfin, face à des journalistes absolument complaisants (Ruth Elkrief a battu tous les records dans le genre) ou pétrifiés à l’idée qu’une question un peu incisive passerait pour de l’acharnement ethnique. Curieuse idée quand on y pense : que Najat Vallaud-Belkacem soit marocaine m’importe assez peu, j’applaudirais volontiers un ministre zoulou s’il était compétent. Quant au fait qu’elle soit une femme, même remarque : la parité est un dommage collatéral du politiquement correct, je me ficherais pas mal d’avoir un gouvernement exclusivement féminin s’il était plus efficace qu’un gouvernement masculin.
Sur i-télé, elle a enfin eu un opposant — mais Bruno Le Maire, infiniment poli, bien élevé, et pas assez imprégné, malgré ses conseillers, que l’on dit bons, du détail de l’Education nationale pour être un peu plus difficile à manier, n’était pas bien dangereux. De surcroît, un individu qui a tiré de son chapeau et des obsessions de certains syndicats (le SE-UNSA ou le SNUIpp, qui rêve de ressusciter les défunts PEGC) l’idée d’un corps unique de la maternelle à la Troisième n’a aucune crédibilité a priori — ni a posteriori. Peut mieux faire. Faudra revoir sa copie.

Nous avons assisté en un mois de polémiques à un véritable blitz médiatique, dont il n’est rigoureusement rien sorti : Najat Vallaud-Belkacem a asséné le même discours en boucle, avec les mêmes arguments faux et creux, affichant elle aussi une méconnaissance abyssale de son sujet. « Amateurisme souriant et buté », a dit Philippe Bilger. Mais Najat Vallaud-Belkacem n’en a cure : elle affiche le mépris abyssal de ceux qui ne se soucient pas d’avoir des arguments, persuadés qu’ils sont d’avoir raison. Contre vents et marées, contre tout le monde et contre les faits. Taubira est venue à son secours sur le même ton, au gré d’un tweet — les opposants aux réformes ne méritent pas mieux, et pas davantage : « Avec la même superbe nous les regardons de haut. » La parution du décret portant réforme du collège, au soir d’une journée de grève assez suivie, quand on pense que par les temps qui courent et avec les salaires de misère qui sont ceux de toute la fonction publique, une ponction de 60 à 110 euros dans le salaire mensuel n’est pas anodine.
À l’Assemblée même, où Najat Vallaud-Belkacem est bien obligée de répondre aux députés qui l’interpellent, elle a été puissamment secourue par Manuel Valls, qui ne perd pas une occasion de l’épauler. Quand je pense que c’était Chirac que l’on appelait « super-menteur »… Ces deux-là font la paire.
Et les défenseurs des programmes, Laurence de Cock en tête (il est sidérant qu’Aggiornamento, qui ne représente rien dans le monde des profs d’Histoire-Géographie, ait obtenu du Conseil Supérieur des Programmes et des médias un adoubement aussi rapide), se sont alignés sur Najat Vallaud-Belkacem : arguments d’autorité, sourire méprisant, sentiment transparent d’un triomphe momentané, en attendant qu’on les pende. Quand je les vois, Michel Lussault en tête (l’homme pour qui « nation » ou « patrie » sont des concepts creux), plastronner dans les étranges lucarnes, je me rappelle à chaque fois, je ne sais pourquoi, le sourire méprisant de Pierre Blaise jouant le milicien de choc en juin 44 dans Lacombe Lucien. Le sourire de ceux qui ont embrassé une cause véreuse, et qui vont jusqu’au bout parce qu’ils ont vendu leur âme au diable.

J’entends des voix s’élever çà et là pour réclamer un véritable débat avec quelqu’un qui s’y connaîtrait et aurait un peu de mordant — nous en connaissons tous. Mais ce débat n’aura pas lieu, parce que même si une chaîne se laissait tenter par le caractère médiatique de l’événement, ou la capacité de show de l’opposant, Najat Vallaud-Belkacem s’y refuserait. Elle n’a ni la compétence, ni le talent. Lorsqu’elle est coincée, le sourire se fige vite, et elle devient volontiers agressive, une contre-vérité assénée avec aplomb valant pour elle aussi bien, sinon mieux, qu’une vérité plus confuse — et la vérité est souvent confuse, ou complexe, en matière d’éducation.
Je n’ai jamais entendu dans la bouche d’un ministre autant de mensonges en aussi peu de temps — et depuis quarante ans que je fais ce métier, au collège, au lycée, en fac, en prépas, j’ai vu pas mal de politiciens inconsistants et de demi-pointures installés rue de Grenelle. Je n’ai jamais vu non plus de ministre aussi unanimement détesté par ses propres fonctionnaires. Sa performance devant Ruquier il y a deux mois, son éclat de rire en soulignant qu’on ne se fait pas prof pour l’amour de l’argent, ont fait comprendre à tous les enseignants qui se dissimulait derrière cette coiffure soigneusement entretenue — la fable du ministère est qu’elle passe plus de temps chez le coiffeur que dans son bureau.

En attendant la prochaine occasion d’en découdre, j’implore une chaîne quelconque d’imposer enfin à Najat Vallaud-Belkacem un adversaire à la hauteur, capable de la déchirer à belles dents, et qui n’ait pas l’étiquette UMP accrochée à ses basques. Un prof par exemple — un prof qui n’ait pas peur, et qui sache, parfois, ne pas être poli — au sens littéral de ce qui est encore rugueux. Il y en a marre de voir des demi-portions, des syndicalistes animés d’arrière-pensées, débattre face à ce monument de mauvaise foi qu’est Madame Najat Vallaud-Belkacem.

*Photo : APERCU/SIPA. 00713630_000038.

Bénis soient les couples homosexuels

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protestants catholiques homosexualite

protestants catholiques homosexualite

Le vote quasi unanime intervenu le 17 mai, à Sète, a mis un terme à une réflexion engagée depuis longtemps déjà au sein de l’Église protestante unie de France (EPUdF)[1. Née en 2012 de ma fusion de l’‘Église réformée de France et de l’Église évangélique luthérienne de France, l’EPUdf compte environ 250 000 fidèles sur 1,7 millions de protestants estimés pour la France.] «Le Synode ouvre la possibilité, pour ceux et celles qui y voient une juste façon de témoigner de l’Évangile, de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe qui veulent placer leur alliance devant Dieu.» Mais le même texte précise d’entrée : « Le Synode est soucieux à la fois de permettre que les couples de même sexe se sentent accueillis tels qu’ils sont et de respecter les points de vue divers qui traversent l’Église protestante unie.» Sage précaution au regard d’une décision qui est loin de faire l’unanimité au sein de l’EPUdF.

Le 20 mai, le Conseil presbytéral du Marais, à Paris, a pris fermement position contre cette ouverture et confirmé son intention de «ne pas répondre favorablement à des demandes de bénédiction de couples de même sexe» tout en réaffirmant son rejet de toute forme d’homophobie et son intention de continuer à faire de l’accueil des personnes homosexuelles une priorité de son action pastorale. Le fondement de sa positon est très clairement explicité : «La lecture que nous faisons, notamment de Genèse 1-2, nous conduit à penser que la conjugalité, dans le projet de Dieu, implique la différenciation sexuelle homme-femme.»

Voilà qui a l’avantage d’être clair. Si la Conférence des évêques de France s’est abstenue  de tout commentaire, la blogosphère catholique n’a pas tardé à réagir. Sur le site Aleteia, Philippe Oswald rejoint l’analyse de ses frères protestants du Temple du Marais : «L’incohérence principale est dans la rupture avec la Bible. L’Ancien Testament et le Nouveau Testament ne foisonnent pas de références à l’homosexualité, mais quand le sujet est abordé, c’est clairement et sans appel. (…) Il va donc falloir réécrire ou expurger la Bible pour sacrifier à l’air du temps en bénissant au nom de Dieu des unions homosexuelles.» 

Il est possible qu’à l’inverse, au cours des prochaines semaines, d’autres voix se fassent entendre au sein du catholicisme français pour applaudir à l’initiative du synode de Sète. Au nom d’une commune compréhension de l’Evangile. C’est dire que la position protestante, même minoritaire, sera commentée, ici ou là, dans certaines communautés catholiques qu’elle interpelle dans leur appréhension de l’homosexualité, comme le souligne fort justement Isabelle de Gaulmyn dans La Croix. D’autant plus commentée qu’une telle initiative est, à ce jour, totalement impensable au niveau des Églises particulières dans l’Église catholique où l’on considère que la Vérité n’a pas à être mise en débat.

Sur la question homosexuelle, on connaît la position officielle du Magistère : accueil des personnes, condamnation des actes. Ce second aspect est clairement explicité dans le texte du Père Jean-Baptiste Edart[2. Prêtre de l’Emmanuel, directeur au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, co-auteur de l’ouvrage Clarification sur l’homosexualité dans la Bible, Cerf 2007.] écrit en conclusion d’une longue étude sur Bible et homosexualité : «Les interprétations récentes (…)  reconnaissent que Paul condamne les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Le débat s’est porté sur la question de l’herméneutique de ces versets. Or, leur étude permet d’identifier que Paul s’appuie sur des traditions qui prennent leur enracinement dans la Loi divine (…) Paul ne fait donc que reprendre et souscrire à un enseignement largement admis à son époque. (…) Il ne s’agit pas d’une simple question culturelle propre au 1e siècle ap. J.C. mais d’une structure de pensée fondamentale de la Révélation biblique. Remettre en cause cette condamnation des actes homosexuels, sous prétexte d’un contexte culturel différent conduirait en fait à l’adoption d’une anthropologie différente de l’anthropologie biblique caractérisée par la différenciation sexuelle.»

Or, de fait, c’est bien cette «condamnation des actes homosexuels» qui n’est plus « reçue » ni comprise par nombre de catholiques pratiquants, lorsqu’ils sont le fait de  personnes vivant toutes les exigences du mariage chrétien… hormis, évidemment, l’altérité sexuelle[3. Le referendum Irlandais de ce 22 mai témoigne qu’un peuple qui continue à se dire majoritairement catholique ne voit pas de contradiction à instaurer, y compris pour les croyants, une conjugalité homosexuelle.]. Que cela bouscule ou interroge «l’anthropologie biblique caractérisée par la différenciation sexuelle» est une évidence qui ne les émeut pas outre mesure. Ils pensent volontiers que si les conséquences doctrinales de cette anthropologie viennent à ce point contredire le message d’amour et de compassion de l’Evangile, tel qu’ils le saisissent dans la foi… alors, il appartient à l’Eglise de «revisiter» la lecture qu’elle fait de l’anthropologie biblique. Pour en dépasser les contradictions. Aujourd’hui, refuser de voir la radicalité de cette résistance de la part de catholiques convaincus, souvent formés à la théologie, ou la discréditer au nom d’une prétendue soumission à la «dictature de l’air du temps» sont peine perdue. Que l’on s’en réjouisse, qu’on le déplore ou qu’on se contente, plus simplement, de le constater, le fait est là : chez un certain nombre de croyants, le principe d’autorité ne fonctionne plus.

Sans doute nombre de participants au Synode sur la famille, évêques et cardinaux, en sont-ils conscients. Mais comme il est peu probable qu’ils se risquent à questionner les fondements de la morale sexuelle catholique, de peur de faire s’écrouler  l’édifice ou de risquer un schisme, la seule voie qui leur reste ouverte est celle de la «pastorale» proposée par le pape François. Ouverte ou fermée, d’ailleurs, si l’on écoute les plus récents bulletins de la météo synodale. Comme si l’Eglise pouvait continuer à refuser d’entendre, pour n’avoir pas à répondre.

Avec le risque – concernant la question qui nous occupe – que lorsque la demande se fera jour, des prêtres acceptent de «bénir» discrètement des couples de même sexe, comme ils ferment les yeux sur la situation des divorcés remariés ; ou plus encore que des laïcs engagés se sentent autorisés, au nom de leur baptême, à prononcer des paroles de bénédiction sur des unions homosexuelles, puisque ce geste, non sacramentel,  n’exige pas l’intervention d’un prêtre. Intention qui perce déjà, par exemple, dans la Conférence catholique des baptisés francophones lorsqu’elle se présente, à travers sa charte, comme «Acteur de la mission de l’Église par le ministère de la bénédiction.»

À l’heure où certains se réjouissent d’une seconde session du Synode sur la famille qui réaffirmerait la Tradition du magistère romain et ferait rentrer chacun dans le rang, ce que l’on voit se mettre en place, au travers de communautés plus vivantes qu’il n’y paraît, est en réalité une pluralité vécue sans complexe, du côté des tenants de la doctrine comme de ceux qui se sentent en distance avec elle. Dès lors le défi du pape François est de parvenir à convaincre évêques et cardinaux que l’on ne contiendra pas cette évolution vers la diversité et que l’urgent est de faire en sorte qu’elle puisse être vécue dans l’Unité… autour de l’essentiel de la foi.

*Photo : Andrew Medichini/AP/SIPA. AP21641094_000004.

Clarifications sur l'homosexualité dans la Bible

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Pologne: Duda veut «reconstruire la communauté nationale»

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élection présidentielle Pologne Andrzej Duda

élection présidentielle Pologne Andrzej Duda

(Avec AFP) – Quand ce ne sont pas de nouveaux partis radicaux et populistes, comme en Grèce ou en Espagne, ce sont les conservateurs qui profitent le plus de la défiance des pays européens à l’égard de l’Union…

Après la réélection de David Cameron au Royaume-Uni, le conservateur Andrzej Duda a été élu dimanche président de la Pologne, avec 52% des suffrages, selon un sondage, battant le chef de l’Etat sortant de centre droit Bronislaw Komorowski (48%) qui a reconnu immédiatement sa défaite.

La victoire du juriste de 43 ans, qui devrait être confirmée officiellement lundi soir, pourrait ouvrir la voie au retour au pouvoir de son maître à penser Jaroslaw Kaczynski, chef du parti conservateur Droit et Justice (PiS), à l’occasion des législatives prévues en automne.

Le premier sondage sortie des urnes de l’institut Ipsos a crédité M. Duda de 53% de suffrages, mais une estimation plus précise, basée sur les résultats officiels d’un certain nombre de bureaux, a réduit ensuite son score à 52%.

M. Komorowski, plus inspiré par le fair play américain que par le sectarisme à la française, a loyalement félicité son adversaire. « Chers amis, on n’a pas réussi cette fois-ci. Les citoyens d’une Pologne libre et démocratique en ont décidé ainsi », a-t-il dit à ses sympathisants. « Je lui souhaite un bon mandat présidentiel, car je souhaite du bien à la Pologne », a ajouté le président sortant qui achèvera son mandat le 6 août.

A l’état-major de M. Duda, l’annonce du résultat a été accueillie par une explosion de joie. Le vainqueur a remercié M. Komorowski pour ses paroles, ainsi que ceux qui ont voté pour lui, en souhaitant qu’ils « soient encore plus nombreux aux prochaines élections ».

« Ceux qui ont voté pour moi ont voté en effet pour le changement, a-t-il poursuivi. Je suis profondément convaincu que nous sommes en mesure de reconstruire la communauté nationale dans notre pays, que nous pouvons être ensemble et redresser ensemble ce pays ».

M. Duda, député européen du PiS quasiment inconnu à la veille de la campagne, était le candidat de son parti, tandis que M. Komorowski, 62 ans, était soutenu par le parti libéral Plateforme civique (PO), au pouvoir depuis bientôt huit ans.

Les pouvoirs du chef de l’Etat sont relativement limités en Pologne, mais la cohabitation du jeune conservateur avec le gouvernement PO de Mme Ewa Kopacz pourrait s’avérer difficile, tant les deux partis ont des politiques divergentes.

M. Duda a fait, lors de la campagne, plusieurs promesses, s’engageant notamment à ramener l’âge de la retraite de 67 à 65 ans – ce qui annulerait une réforme des libéraux – et à réduire les impôts, des projets coûteux qui relèvent cependant de la compétence du gouvernement et du parlement.

Il est resté relativement vague sur l’autre domaine où le chef de l’Etat a son mot à dire, la politique étrangère, promettant toutefois de défendre les intérêts nationaux des Polonais. Son parti étant ouvertement eurosceptique, des experts prévoient de possibles tensions avec l’Union européenne, dont le Conseil est actuellement présidé par l’ancien Premier ministre libéral polonais Donald Tusk.

Chef incontesté du parti Droit et Justice, Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau de l’ancien président Lech Kaczynski mort dans un accident d’avion à Smolensk en Russie, ne cache pas son ambition de revenir au pouvoir, alors que depuis huit ans cet ancien Premier ministre n’a accumulé que des défaites électorales.

Il a tout misé sur son candidat, jeune et dynamique, restant pratiquement invisible lors de la campagne et se contentant d’interventions sur la station catholique Radio Maryja et sa télévision Trwam.

Qu’arrivera-t-il aux libéraux ? Le politologue Mikolaj Czesnik entrevoit deux scénarios.

« Le premier, c’est la désintégration de la Plateforme civique : tout le monde se disperse dans la crainte d’un échec aux législatives. A sa place se créent une ou deux formations nouvelles. Le deuxième suppose une réflexion sur la manière de mobiliser ceux, malgré tout très nombreux, qui ont soutenu Bronislaw Komorowski. Si cela réussissait, la PO pourrait encore remporter les élections », estime-t-il.

L’ancien leader de l’opposition anticommuniste de gauche Adam Michnik, aujourd’hui à la tête d’un des plus grands quotidiens polonais, Gazeta Wyborcza, a pris un ton bien plus dramatique dans un commentaire pour son site web, estimant que la Pologne risquait de « prendre un chemin de velours vers la dictature ». Mélenchon, pourtant pas gêné de défiler sous des drapeaux rouges ornés de la faucille et du marteau, n’aurait sans doute pas dit mieux.

Enfin, tandis que l’Irlande vient d’infliger un camouflet à ses instances religieuses, M. Duda, qui lors de la campagne a exprimé sur des problèmes de société des vues proches de ceux de l’Eglise catholique, a été félicité dès dimanche soir par l’épiscopat polonais. Saint Jean-Paul II, priez pour l’Europe…

*Photo : © AFP WOJTEK RADWANSKI

Réforme des heures sup au Japon: mourir dans la culpabilité?

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(Avec AFP) – Au Japon, l’élite des travailleurs en col blanc n’aura bientôt plus droit au paiement des heures sup. Cette réforme kamikaze suscite l’inquiétude dans un pays où le dévouement pour l’entreprise peut conduire au « karoshi », un burnout mortel.

Une telle abnégation au travail a failli coûter la vie à Teruyuki Yamashita. Epuisé d’enchaîner les voyages d’affaires à l’étranger et les nuits blanches, cet ancien chef des ventes a fini à l’hôpital il y a six ans, victime d’une hémorragie méningée.

Il a survécu après trois semaines en soins intensifs mais a perdu la vue. « Quand je me suis réveillé, j’ai dit à l’infirmière qu’il faisait noir. Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais devenu aveugle », raconte le cadre commercial de 53 ans.

A l’image de M. Yamashita, de nombreux salariés japonais acceptent de trimer au détriment de leur famille et de leur santé, un surmenage qui aboutit à des centaines de morts chaque année par AVC, crise cardiaque ou suicide.

Ce phénomène est tellement répandu au Japon qu’on lui a donc donné un nom – « karoshi » signifie littéralement « mort par excès de travail » – et qu’il est reconnu comme maladie professionnelle.

Pourtant le mois dernier, le gouvernement conservateur de Shinzo Abe a approuvé une réforme visant à permettre aux entreprises de supprimer purement et simplement le paiement d’heures sup (au-delà de 40 heures par semaine) pour ceux qui gagnent au moins 10,75 millions de yens (80 000 euros), tels que les traders ou consultants.

Japon travail heures supplémentaires burnout

Les salariés concernés seront désormais rémunérés sur leur performance, et non plus sur le temps passé au bureau, expliquent les partisans du texte, qui espèrent sa prochaine adoption par le Parlement.

Inutile donc de s’éterniser le soir ou d’arriver aux aurores si la tâche est accomplie vite et bien, arguent-ils, voyant dans ce projet un moyen d’améliorer la productivité (réputée faible au Japon).

Et de promettre, pour apaiser les critiques, que les employés zélés pourront choisir s’ils le souhaitent de rester soumis à l’ancien système.

Toutefois, dans les faits, il leur sera difficile de refuser, de peur de se faire taper sur les doigts, et au final ils continueront à turbiner plus longtemps sans la moindre compensation, rétorquent des experts.

« Le gouvernement veut créer un système dans lequel les compagnies n’auront plus à rémunérer les heures sup », s’insurge Koji Morioka, professeur émérite à l’université Kwansei Gakuin, qui redoute une « accélération des décès par surmenage ».

La réforme, s’étonne au passage l’universitaire, va à l’encontre d’une précédente loi votée l’été dernier, précisément destinée à prévenir ce type de décès.

Selon les conditions actuelles, seulement 4% des employés du secteur privé – soit 1,85 million de personnes – tomberaient sous le coup de cette mesure, mais la fédération patronale Keidanren ne compte pas s’en tenir là.

« Nous devons réfléchir à abaisser le seuil de revenus pour l’appliquer à un plus grand nombre de personnes », a récemment plaidé le patron du Medef local.

Si une évolution des mentalités se dessine, 22,3% des Japonais s’escriment encore au labeur 50 heures ou plus chaque semaine, bien au-delà des 12,7% recensés en Grande-Bretagne, 11,3% aux Etats-Unis et à peine 8,2% en France, selon l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

Quant aux congés payés, 16% des employés à temps plein n’ont pris aucun jour en 2013, rechignant à s’absenter par sentiment de culpabilité, selon une étude du gouvernement. Et en moyenne, les Nippons ne prennent du bon temps que neuf jours par an – la moitié des vacances auxquelles ils ont droit.

La même année, ont été recensés 196 décès et suicides liés à un travail excessif, et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, souligne Shigeru Waki, enseignant à l’université Ryukoku.

« Il y en beaucoup plus qui sont morts ou tombés malade pour cause de surmenage, mais c’est très difficile à prouver », assure-t-il.

Avec cette nouvelle loi, les patrons ne garderont plus trace des heures sup et il sera encore plus difficile d’évaluer l’ampleur du problème, prévient M. Waki.

Parmi les détracteurs de la réforme, figure la mère d’un jeune salarié de 27 ans qui s’est suicidé en 2009 à Tokyo tant il croulait sous le travail, accumulant des centaines d’heures supplémentaires omises du décompte officiel.

« J’étais dans un tel état de choc quand sa compagnie m’a annoncé sa mort », se souvient la sexagénaire. « Mon fils ne reviendra pas, mais je veux me faire la porte-parole des autres jeunes », dit-elle.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle, renchérit M. Yamashita. « J’étais tellement occupé que je n’ai même pas vu mes enfants grandir. Il aurait mieux valu que je consacre ma vie à ma famille », lâche-t-il, amer.

*Photo : © AFP YOSHIKAZU TSUNO

Espagne: Podemos mieux faire…

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Avec un peu de succès, les Espagnols se sont retournés vers le passé pour trouver une référence leur permettant de comprendre ce qu’ils vivent. C’est ainsi qu’ils en ont exhumé le terme de régénération, emprunté au vocabulaire politique de leur très instable XIXe siècle. Podemos, qui avait créé la surprise lors des élections européennes de 2014, annonçait pourtant bien plus que cela. Le 31 janvier, au cours d’une grande manifestation dans les rues de Madrid, l’année 2015 avait été  baptisée Año del cambio (« année du changement »). Et Pablo Iglesias, écoutant les sondages, avait même cru pouvoir se présenter comme « le » chef de l’opposition.

Mais les plus farouches ennemis du système en sont aujourd’hui pour leurs frais. Podemos, dont les succès initiaux s’appuyaient sur une habile lutte pour l’hégémonie culturelle, n’atteint pas les objectifs escomptés aux termes des scrutins municipaux et régionaux, même si quelques unes des coalitions auxquelles il s’était associé réussissent à bousculer le bipartisme qui domine le jeu politique espagnol depuis le début des années 1980.

Ada Colua, à Barcelone, et Manuela Carmena, à Madrid, remportent en effet de beaux succès. La première, activiste la plus méritante d’Espagne et longtemps à la tête de la très populaire plate-forme contre les expulsions, arrive en tête dans la capitale de la Catalogne. Mais elle devra composer avec les nationalistes catalans pour conquérir la mairie. La candidate de la gauche de la gauche peut s’imposer dans la capitale, mais moyennant le concours des élus du PSOE. Ainsi, et c’est le premier enseignement majeur du scrutin de dimanche, ni le Parti Populaire ni le Parti socialiste ne se sont écroulés. Ces deux formations rassemblent encore, à elles deux, plus de 50 % des suffrages exprimés. Podemos ne sera pas le grand parti transversal recrutant presque autant à gauche qu’à droite, dont ses fondateurs avaient rêvés…

Ciudadanos, le dernier né de la politique espagnole, affiche également des résultats relativement décevants. Né en Catalogne en 2006, au sein d’une bourgeoisie qui ne souhaite pas suivre les sirènes de l’indépendantisme, ce parti recrute ses électeurs au centre, dans qui reste de notabilités et de classes moyennes.  Ainsi fait-il du mal au Parti Populaire, mais sans le menacer. Le mouvement de Mariano Rajoy reste, en nombre de voix, le premier parti d’Espagne. Ciudadanos ne peut que s’enorgueillir d’être devenu le troisième parti d’Espagne en nombre de conseillers municipaux.

Appelée de ses vœux par le roi Juan Carlos, durant son discours d’abdication, la régénération à laquelle nous assistons consiste donc essentiellement en un renouvellement d’une classe politique, partiellement disqualifiée aux yeux des électeurs par la corruption et son incapacité à lutter efficacement contre la crise économique et ses terribles conséquences sociales. Les hommes du passé sont donc sanctionnés. Mais pas  les partis… Un professeur de droit constitutionnel rappelait très justement, il y a peu : «L’Espagne est un pays en crise, mais ce n’est pas un pays misérable ni même singulièrement rétrograde (…) »[1. Víctor J. Vásquez : Podemos ante el masoquismo español, article paru dans le quotidien Europa Sur le 27 avril 2015.]. Et l’universitaire de signaler que ce pays est l’un des rares Etats européens à ne pas avoir cédé à la tentation l’extrême droite, pas plus au Parlement européen que dans ses régions et ses communes.

Les résultats d’hier soir n’augurent pas clairement des alliances politiques locales qui se noueront dans les prochaines semaines. Ces pactes sonneront comme une répétition générale des élections législatives attendues pour l’automne. Pour préparer le terrain, le nouveau jeune secrétaire général du PSOE remarquait dès dimanche soir que son parti était bien et bien en tête à gauche, dans la plupart des villes et régions d’Espagne. Il sera bien instructif de découvrir les programmes  de coalition qui pourront être élaborés à gauche. À droite, les choses sont plus simples. On murmure que le programme de Ciudadanos ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de la fondation Aznar. Mais, à gauche, jusqu’où osera-t-on aller ? Verra-t-on un profond remaniement du programme économique d’une gauche de gouvernement pour l’instant si scrupuleusement attachée aux prescriptions de Bruxelles et de Berlin ? Jusqu’où iront les nouveaux choix de société ? Autant de questions cruciales dans une Europe déboussolée. Espérons que les Espagnols ne laisseront pas la machine politique se gripper.

*Photo : Andres Kudacki/AP/SIPA. AP21739293_000010.

Oui, Sarkozy c’est Joe Dalton!

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sarkozy juppe mandel

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Le TSS (Tout Sauf Sarkozy) vit encore de beaux jours. De l’extrême droite à l’extrême gauche, sans négliger le centre et la gauche, il continue à nourrir un ressentiment durable. Il est vrai qu’il fait bon haïr Sarkozy.  Il est petit, nerveux, rageux : une sorte de Joe Dalton. En outre il est un peu métèque sur les bords. Ce que ne sont ni Juppé, ni Fillon, ni Le Maire, ni Wauquiez…

Un sondage de l’Ifop pour Atlantico apporte néanmoins un peu de crédit au « nabot », au « nain » à « naboléon ». Ses résultats sont sans appel. Sous la présidence et sous l’impulsion de Sarkozy, les souhaits d’alliance avec le FN se sont effondrés à l’UMP.

Seuls 30% des électeurs du parti de droite entendent désormais faire route commune avec la formation de Marine Le Pen. 20% de moins que lors d’un précédent et identique sondage ! Jérôme Fourquet le patron de l’Ifop, attribue ce spectaculaire basculement « au républicanisme de combat » de Nicolas Sarkozy. Ce dernier n’a cessé de marteler que le FN n’était pas un allié mais un adversaire. Une machine à casser l’UMP. On connaît sa formule : chaque voix apportée au Front National c’est une voix pour le parti socialiste.

La guerre des droites. La vraie. Sans pitié et sans accommodements techniques, tactiques ou électoraux avec l’ennemi désigné. Et c’est Sarkozy, l’affreux Sarkozy, accusé à gauche, et aussi dans  son propre parti, de lepéniser l’UMP qui la mène. Avec succès semble t-il si l’on en juge par les résultats du sondage.

Et là les bons esprits, pas toujours les plus fins, s’abandonnent à des tourments ravageurs. Comment le «  fasciste Sarkozy » , le « raciste Sarkozy » peut-il mener le combat contre le FN alors que tout plaiderait pour qu’il fasse alliance avec lui ? Tempête sous les crânes ! Pour comprendre il faut avoir lu et savoir lire.

Quand Nicolas Sarkozy entama sa carrière politique, il publia une biographie de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur de la IIIème république assassiné par Vichy. Mandel était un homme à poigne, républicain, Juif et de droite. Tout homme politique aspirant à un destin national se doit d’écrire (ou de faire écrire pour lui) un livre. Que Nicolas Sarkozy ait choisi Mandel fait sens.

Mandel fut haï au-delà de toute mesure par l’extrême droite française. Sarkozy, lui, est haï de tous bords. L’homme à abattre. C’est en bonne voie si l’on en juge d’après un autre sondage. Il indique que c’est William, le plus intelligent, et donc le meilleur, des frères Dalton qui l’emporterait contre le petit Joe lors des primaires UMP. Si cela se confirmait, la prospérité du FN serait assurée pour longtemps.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00712478_000017.

Irlande: mariage pour tous, tous pour le mariage?

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irlande mariage gay

irlande mariage gay

La bière Guinness n’a pas été troublée. Les partisans du mariage gay à Dublin peuvent lever leurs verres en paix : l’Irlande, qui avait déjoué tous les pronostics lors du référendum sur le Traité de Lisbonne de 2008, en opposant un « no » ferme au oui-ouisme de bon ton, ne l’a pas fait pour le référendum légalisant le mariage entre couples de même sexe.

Il faut dire le rouleau compresseur de « l’égalité » avait déjà aplani le terrain. Tous les partis politiques irlandais, des « conservateurs » du Fianna Fail aux nationalistes «rouges» du Sinn Fein, en passant par le libéral Fine Gael actuellement au pouvoir, soutenaient la mesure, relayés par les intellectuels, les artistes, les stars. Les richissimes entreprises tentaculaires américaines qui emploient nombre d’Irlandais, Google, Facebook, Twitter, Uber, ont pesé de tout leur poids en faveur de ce nouveau bond en avant sociétal. Le patron de l’IDA Ireland, une agence mi-publique mi-privée pour le développement industriel en Irlande, Martin Shanahan, avait résumé ce soutien au « oui » : « c’est bon pour le business ».

Cette mobilisation pour étendre toujours plus le libéralisme dans la sphère humaine se vérifie au même moment aux Etats-Unis, où les titans Walmart, Microsoft, Apple, etc. conduisent de véritables frappes de guerre contre les Etats et les institutions qui rechignent au mariage gay. L’Indiana, pour avoir voté une loi protégeant les pâtissiers et photographes chrétiens qui refusent de se prêter aux unions de même sexe, fut pris pour cible par un boycott économique en règle, avant de capituler. On n’ose se demander si ces géants du business prendraient des mesures aussi courageuses  et aussi peu profitables contre les dictatures wahhabites, ou la Chine.

Écrasée par le consensus de l’establishment, saturée par une presse aux abois, qui a inondé le public d’une propagande désarmante, de jeunes Irlandais sympathiques et branchés, se prenant en selfie devant les bureaux de vote, la campagne référendaire n’a guère laissé de place aux opposants. Pourtant, même si les grandes villes et Dublin affichent des scores faramineux en faveur du mariage gay, et que la victoire du « oui » est sans appel, les résultats sont plus serrés dans l’Irlande profonde, où certains comtés sont au coude-à-coude, voire complètement hostiles. Un tel clivage était déjà à l’œuvre lors du Traité de Lisbonne.

Pourtant, ce référendum enfonce un clou supplémentaire dans le cercueil du catholicisme irlandais, tel qu’il a marqué l’île pendant des siècles. Occupés et réduits à l’état de quasi-servage par les Anglais, les Irlandais n’ont eu jusqu’au XXe siècle que le ciel pour patrie. Leur pays avait embrassé le christianisme aussi pacifiquement que profondément dès le IIIe siècle. Ils opposèrent avec constance une fidélité indéfectible à l’Eglise de Rome, face au protestantisme de la Grande-Bretagne occupante. Un catholicisme populaire, ardent et ancré, qui aida à l’émancipation des Anglais catholiques, en imposant au Parlement britannique de leur accorder des droits civils et politiques, à force de militantisme. Quand l’Etat libre d’Irlande naît enfin, en 1921, après une féroce guerre d’indépendance, l’Eglise catholique est l’institution qui personnifie l’identité nationale, et la seule qui préexiste au gouvernement. La nation irlandaise s’était réfugiée dans les églises, mais le clergé, fort de cette mission historique, a poursuivi son influence sur la société, qui a viré à l’emprise étouffante d’une mère possessive. Le système éducatif fut un monopole clérical, propice aux abus de toutes sortes, qui éclatèrent dans les années 1990, alors que le « miracle économique irlandais », et son cortège consumériste, fournissait le terreau de la sécularisation. Au-delà du scandale des prêtres pédophiles, l’Eglise irlandaise, par son omniprésence sociale, a dégoûté des générations d’Irlandais, qui ont jeté le bébé de la foi avec l’eau saumâtre du cléricalisme. Discréditée, confrontée à une baisse drastique de fidèles et de vocations, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ce qui explique le choix fait par le clergé de ne pas s’impliquer dans le référendum.

Signe que les leçons du passé peuvent être fructueuses, l’Eglise irlandaise a laissé le terrain aux laïcs. La poignée d’opposants au mariage gay s’est retrouvée dans le collectif « Mothers and Fathers Matter », qui a retenu les leçons françaises de la Manif pour tous. Ils ont développé un argumentaire laïque, axé sur la question de la filiation, laissée sans réponse par le référendum. Signes supplémentaires de la « French Touch »: la mise en avant d’homosexuels opposés au mariage gay, et la dénonciation de la GPA. Même si elle arrive tardivement, cette stratégie est appelée à être plus efficace que les traditionnels arguments religieux, y compris aux États-Unis.

Le mariage gay à peine sanctifié par l’onction référendaire, certains commentateurs français s’impatientent: vite, que l’Irlande se débarrasse de ses derniers oripeaux catholiques, en abolissant l’actuelle interdiction de l’avortement ! Ils ignorent que, hors des salons parisiens, mariage gay et avortement ne sont pas liés là où les combats « pro-life » ont encore lieu, aux États-Unis et en Irlande. Là où les Français disent « droit à disposer de sa vie et de son corps », on y fait la distinction entre les enjeux, et on y discute autant de la vie du fœtus que de la mère. Néanmoins, la sécularisation irlandaise est telle qu’une disparition de son exception nationale sur l’avortement semble inéluctable.

En apostasiant très vite ces dernières décennies, l’Irlande brise certes des carcans cléricaux historiques, mais se trouve confrontée à un vide moral que ne viennent combler ni le libéralisme qui a mené l’île à sa perte, ni le nationalisme renaissant du Sinn Fein, dénaturé en politique de proximité.

À l’approche de l’anniversaire de l’insurrection de Pâques 1916, qui a conduit leur pays à l’indépendance, les Irlandais doivent réinventer leur plébiscite de tous les jours. Un christianisme purifié des erreurs du passé, éprouvé à la fournaise de l’humiliation, a une opportunité inouïe de renouer avec sa vocation originelle.

Le mariage gay irlandais a achevé de tuer l’Irlande catholique d’antan. Un réveil de la foi peut naître. Il faudra un jour remercier la société post-moderne d’avoir abattu les idoles, et poussé les Églises à se réformer sans cesse.

*Photo : Peter Morrison/AP/SIPA. AP21739616_000019.

La DS descend encore et toujours les Champs-Elysées

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Citroën DS 60 ans Paris

Citroën DS 60 ans Paris

(Avec AFP) – Quelque 700 Citroën DS ont défilé dimanche au centre de Paris pour célébrer les 60 ans de cette automobile emblématique de la France conquérante des Trente glorieuses, et légende sur laquelle PSA tente aujourd’hui de capitaliser dans le haut de gamme.

C’est avec un peu d’avance que les aficionados de la « déesse » ont fêté cet anniversaire : la création du styliste Flaminio Bertoni et de l’ingénieur André Lefèbvre est en effet révélée au public lors du salon de Paris, à l’automne 1955.

Elle y provoque un coup de tonnerre et un afflux de commandes en rapport avec son profil fluide et futuriste, à des lieues des lignes de ses concurrentes, comme la Peugeot 403 ou la Renault Frégate.

Son ramage est à la hauteur de son plumage, avec des solutions techniques inédites, notamment une centrale hydropneumatique qui commande les suspensions, la boîte de vitesses et les freins, lui conférant des prestations et un confort inégalés. Seul le moteur est hérité de la Traction Avant dont la DS reprend le flambeau.

« Qu’un gaz remplace l’élasticité d’un ressort, ça ne s’était jamais vu dans l’automobile », remarque l’historien Jean-Louis Loubet, pour qui la DS de 1955 était une voiture « élitiste, tournée vers la technologie ».

« Quand elle est née, c’était une voiture d’une autre planète », résume Jean-François Raoult, Suisse qui a fait le voyage dans une ID (modèle simplifié de la DS) immaculée, sortie des chaînes en 1968.

« C’était extrêmement audacieux de construire une telle voiture dans les années 1950 et ça m’a toujours fasciné », confesse cet ingénieur travaillant justement dans le secteur automobile.

« Elles sont très bien conçues, et belles comme des œuvres d’art. Elles sont très françaises », s’enthousiasme lui aussi Jacob Bosman, qui a fait le voyage d’Afrique du Sud – en avion – pour l’occasion.

« Si vous aimez vous différencier de la masse, vous les adorerez. Elles étaient extraordinaires quand elles sont sorties, et le sont toujours », ajoute ce médecin de 57 ans, qui possède une DS, rarissime dans son pays, et une poignée d’autres Citroën historiques.

« C’est une voiture dont la modernité est permanente. C’est toujours une inspiration incroyable pour nous », s’enthousiasme de son côté Yves Bonnefont, directeur général de la marque DS, qui a pris il y a un an son indépendance de Citroën avec des ambitions de « premium à la française ».

Novatrice, la DS a aussi correspondu à une période particulière de l’histoire de France, à laquelle elle est étroitement identifiée. « C’est la France industrielle qui marche vers le progrès technique », résume M. Loubet.

Pour lui, « la DS 19 est à l’automobile ce que la Caravelle est à l’aviation, le paquebot France à la navigation maritime ou Serre-Ponçon aux barrages hydro-électriques. C’est tout ce courant modernisateur de la France des années 1950 ». La fin de sa production, après environ 1,4 million d’exemplaires, correspondra peu ou prou à la première crise pétrolière, au milieu des années 1970.

Citroën DS 60 ans Paris

« Elle est en plus, en France, proche du pouvoir. C’est la voiture du général De Gaulle, la voiture de (son successeur Georges) Pompidou », rappelle l’historien. C’est notamment dans une DS, dont il était un inconditionnel, que l’homme du 18-juin échappe à un attentat de l’OAS au Petit-Clamart en 1962.

Une des DS du premier président de la Ve République figure parmi les modèles montrés cette semaine aux Tuileries, dans le cadre de la « DS week », à la fois hommage à la DS historique et vitrine des ambitions du groupe PSA Peugeot Citroën pour sa marque, qui va actuellement de la petite DS3 à la berline DS5, voiture officielle de l’Elysée.

Point d’orgue de la « DS week » : dimanche, 700 DS anciennes venues de toute l’Europe ont descendu les Champs-Elysées et se sont installées sur la place de la Concorde, après un passage quai André-Citroën (XVe arrondissement), site de l’usine d’où elles sont sorties. Hier, elles s’étaient rassemblées sur un autre haut-lieu de l’histoire automobile française : l’autodrome de Linas-Monthléry (Essonne).

« On a 40% de Français, 60% d’autres pays, avec une majorité de Hollandais et d’Allemands », détaillait sur place Marc-André Biehler, responsable du conservatoire de la marque aux Chevrons, alors que des DS berlines, breaks et cabriolets tournaient à belle allure sur le circuit, dans un concert de klaxons.

Les DS sont aujourd’hui très prisées des collectionneurs. La cote des rares cabriolets 21 « usine » atteint 170 000 euros, selon le journal spécialisé La vie de l’auto, même si les plus plébéiennes berlines DSpécial des années 1970 restent sous la barre des 10 000 euros en bon état.

Côté modernes, PSA revendique 550 000 véhicules de la gamme DS vendus dans le monde depuis la commercialisation de la DS3 en 2010. Alors que les performances commerciales en Europe semblent pâtir d’une gamme vieillissante, M. Bonnefont affirme que la priorité est à l’installation de la marque et promet que le nombre de modèles doublera à six d’ici à 2020, avec notamment « des berlines racées ».

Il refuse toutefois de s’engager sur une héritière directe de la « déesse », alors que la dernière grande berline haut de gamme de Citroën, la C6, héritière des Traction, DS, CX et XM, a cessé d’être produite fin 2012 après une carrière confidentielle.

*Photos : © AFP Eric Feferberg

L’Espagne va-t-elle voter ou «botter»?

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élections Espagne Rajoy Aguirre

élections Espagne Rajoy Aguirre

(Avec AFP) – Les Espagnols votent aujourd’hui dans le cadre d’élections régionales et municipales qui pourraient redessiner le paysage politique national, dominé par la droite, avec l’arrivée de nouveaux partis et d’une génération d’« Indignés » qui espèrent ravir Barcelone, voire même Madrid.

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy (Parti populaire, droite) s’est impliqué à fond dans la campagne, tout comme Pedro Sanchez, secrétaire général du Parti socialiste (PSOE). Les deux grands partis de gouvernement espèrent éviter une correction sévère, alors que le mot d’ordre pour beaucoup dimanche était « botar » (botter…) plutôt que « votar » (voter).

Selon les sondages, ces élections pourraient signer la fin du bipartisme entre PP et PSOE en place depuis 1982, au profit d’un « système à l’italienne » où les alliances seront inévitables.

Après presque six ans de crise, l’Espagne 2.0 pourrait commencer à les délaisser « pour la nouvelle politique » incarnée par l’antilibéral Podemos (allié du parti grec Syriza, dont les leaders ne portent pas de cravate), ou Ciudadanos (de centre-droit), deux formations fondées par des trentenaires, le professeur de sciences politiques Pablo Iglesias (956 000 abonnés sur Twitter, soit 150 000 de plus que Rajoy) et l’avocat Albert Rivera.

35 millions d’électeurs – sur 46,5 millions d’habitants – sont appelés aux urnes et une forte hausse du vote des jeunes, attirés par ces partis, est attendue.

Ils devront renouveler 13 des 17 parlements régionaux. L’hégémonie de la droite y est forte : elle tient 13 communautés autonomes.

Les électeurs devront aussi choisir 8 122 maires, à commencer par ceux de Madrid, Barcelone et Valence, les trois plus grandes villes, toutes dirigées par la droite.

élections Espagne infographie

Ces élections interviennent après une crise ayant entraîné des traumatismes qui n’ont pas encore pu être soignés par la reprise amorcée en 2014 (+1,4% de croissance économique).

Des milliers de jeunes ont émigré pour fuir le chômage touchant la moitié d’entre eux et encore 23,7% de la population active. Le tout dans un climat délétère alimenté par d’innombrables affaires de corruption en pleine cure d’austérité.

D’où les difficultés du PP à convaincre du risque posé par les « expérimentations » des nouveaux partis comme Ciudadanos, accusé d’être prêt à s’allier au PSOE, ou le très populiste Podemos, traité de formation « bolchévique » qui détruira les « libertés ».

« Sortez dans la rue, sortez du jet privé, sortez de votre quartier de luxe et regardez la réalité de ce pays, M. Rajoy », a harangué Pablo Iglesias lors de son dernier meeting, vendredi sous le ciel bleu de Madrid, promettant de défendre les droits à un logement, à la santé, à l’éducation et la lutte contre la corruption.

« Cette campagne pour un changement politique est historique », a quant à lui déclaré le centriste Albert Rivera, qui promet une option « raisonnable, progressiste » et se veut également implacable contre la fraude.

Le scénario est identique pour les municipales avec deux confrontations très attendues à Madrid et Barcelone.

La première oppose essentiellement « l’animal politique » du PP, Esperanza Aguirre, 62 ans, comtesse et ex-présidente du Sénat, capable de danser en robe traditionnelle et de promettre que la mairie « ne fera pas de zèle pour prélever les amendes », à Manuela Carmena, ancienne juge de 71 ans.

Militante communiste opposée à Franco dans ses jeunes années, l’air doux, posé mais ferme, « Manuela » est candidate d’une plateforme rassemblant Podemos et d’autres formations très à gauche.

A Barcelone, Ada Colau, 41 ans, égérie des « Indignés », fondatrice d’une plateforme luttant contre les expulsions de logements, pourrait, elle, ravir la place au conservateur Xavier Trias, 68 ans.

La participation à la mi-journée était en baisse d’un point par rapport aux élections de 2011, à 34,78%. Les deux confrontations très attendues à Madrid et Barcelone mobilisaient cependant davantage que quatre ans plus tôt.

Des résultats partiels sont attendus à partir de 22h30. Restera ensuite à savoir quels résultats obtiendraient les éventuels nouveaux élus de Podemos, mouvement moins comparable à Syriza qu’il n’y paraît…

*Photo : AFP.