Najat Vallaud-Belkacem sur France 3, Najat Vallaud-Belkacem sur BFM, Najat Vallaud-Belkacem sur i-Télé, Najat Vallaud-Belkacem dans les colonnes du JDD (et dans Gala, jamais ?), Najat Vallaud-Belkacem sur LCP, Najat Vallaud-Belkacem partout — et toujours seule. Enfin, face à des journalistes absolument complaisants (Ruth Elkrief a battu tous les records dans le genre) ou pétrifiés à l’idée qu’une question un peu incisive passerait pour de l’acharnement ethnique. Curieuse idée quand on y pense : que Najat Vallaud-Belkacem soit marocaine m’importe assez peu, j’applaudirais volontiers un ministre zoulou s’il était compétent. Quant au fait qu’elle soit une femme, même remarque : la parité est un dommage collatéral du politiquement correct, je me ficherais pas mal d’avoir un gouvernement exclusivement féminin s’il était plus efficace qu’un gouvernement masculin.
Sur i-télé, elle a enfin eu un opposant — mais Bruno Le Maire, infiniment poli, bien élevé, et pas assez imprégné, malgré ses conseillers, que l’on dit bons, du détail de l’Education nationale pour être un peu plus difficile à manier, n’était pas bien dangereux. De surcroît, un individu qui a tiré de son chapeau et des obsessions de certains syndicats (le SE-UNSA ou le SNUIpp, qui rêve de ressusciter les défunts PEGC) l’idée d’un corps unique de la maternelle à la Troisième n’a aucune crédibilité a priori — ni a posteriori. Peut mieux faire. Faudra revoir sa copie.

Nous avons assisté en un mois de polémiques à un véritable blitz médiatique, dont il n’est rigoureusement rien sorti : Najat Vallaud-Belkacem a asséné le même discours en boucle, avec les mêmes arguments faux et creux, affichant elle aussi une méconnaissance abyssale de son sujet. « Amateurisme souriant et buté », a dit Philippe Bilger. Mais Najat Vallaud-Belkacem n’en a cure : elle affiche le mépris abyssal de ceux qui ne se soucient pas d’avoir des arguments, persuadés qu’ils sont d’avoir raison. Contre vents et marées, contre tout le monde et contre les faits. Taubira est venue à son secours sur le même ton, au gré d’un tweet — les opposants aux réformes ne méritent pas mieux, et pas davantage : « Avec la même superbe nous les regardons de haut. » La parution du décret portant réforme du collège, au soir d’une journée de grève assez suivie, quand on pense que par les temps qui courent et avec les salaires de misère qui sont ceux de toute la fonction publique, une ponction de 60 à 110 euros dans le salaire mensuel n’est pas anodine.
À l’Assemblée même, où Najat Vallaud-Belkacem est bien obligée de répondre aux députés qui l’interpellent, elle a été puissamment secourue par Manuel Valls, qui ne perd pas une occasion de l’épauler. Quand je pense que c’était Chirac que l’on appelait « super-menteur »… Ces deux-là font la paire.
Et les défenseurs des programmes, Laurence de Cock en tête (il est sidérant qu’Aggiornamento, qui ne représente rien dans le monde des profs d’Histoire-Géographie, ait obtenu du Conseil Supérieur des Programmes et des médias un adoubement aussi rapide), se sont alignés sur Najat Vallaud-Belkacem : arguments d’autorité, sourire méprisant, sentiment transparent d’un triomphe momentané, en attendant qu’on les pende. Quand je les vois, Michel Lussault en tête (l’homme pour qui « nation » ou « patrie » sont des concepts creux), plastronner dans les étranges lucarnes, je me rappelle à chaque fois, je ne sais pourquoi, le sourire méprisant de Pierre Blaise jouant le milicien de choc en juin 44 dans Lacombe Lucien. Le sourire de ceux qui ont embrassé une cause véreuse, et qui vont jusqu’au bout parce qu’ils ont vendu leur âme au diable.

J’entends des voix s’élever çà et là pour réclamer un véritable débat avec quelqu’un qui s’y connaîtrait et aurait un peu de mordant — nous en connaissons tous. Mais ce débat n’aura pas lieu, parce que même si une chaîne se laissait tenter par le caractère médiatique de l’événement, ou la capacité de show de l’opposant, Najat Vallaud-Belkacem s’y refuserait. Elle n’a ni la compétence, ni le talent. Lorsqu’elle est coincée, le sourire se fige vite, et elle devient volontiers agressive, une contre-vérité assénée avec aplomb valant pour elle aussi bien, sinon mieux, qu’une vérité plus confuse — et la vérité est souvent confuse, ou complexe, en matière d’éducation.
Je n’ai jamais entendu dans la bouche d’un ministre autant de mensonges en aussi peu de temps — et depuis quarante ans que je fais ce métier, au collège, au lycée, en fac, en prépas, j’ai vu pas mal de politiciens inconsistants et de demi-pointures installés rue de Grenelle. Je n’ai jamais vu non plus de ministre aussi unanimement détesté par ses propres fonctionnaires. Sa performance devant Ruquier il y a deux mois, son éclat de rire en soulignant qu’on ne se fait pas prof pour l’amour de l’argent, ont fait comprendre à tous les enseignants qui se dissimulait derrière cette coiffure soigneusement entretenue — la fable du ministère est qu’elle passe plus de temps chez le coiffeur que dans son bureau.

En attendant la prochaine occasion d’en découdre, j’implore une chaîne quelconque d’imposer enfin à Najat Vallaud-Belkacem un adversaire à la hauteur, capable de la déchirer à belles dents, et qui n’ait pas l’étiquette UMP accrochée à ses basques. Un prof par exemple — un prof qui n’ait pas peur, et qui sache, parfois, ne pas être poli — au sens littéral de ce qui est encore rugueux. Il y en a marre de voir des demi-portions, des syndicalistes animés d’arrière-pensées, débattre face à ce monument de mauvaise foi qu’est Madame Najat Vallaud-Belkacem.

*Photo : APERCU/SIPA. 00713630_000038.

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Jean-Paul Brighelli
enseignant et essayiste français.Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.