Accueil Site Page 2219

Comité Orwell: le pluralisme au secours de la crédibilité journalistique

25

« Ni police de la pensée, ni minute de la haine. » C’est à l’initiative d’Alexandre Devecchio, journaliste pour les pages Débats et Opinions du Figaro et responsable du site FigaroVox, que s’est créée une association dont vous devriez entendre parler dans les mois qui viennent… Le Comité Orwell milite « pour la défense du pluralisme des idées et de la souveraineté populaire ». Association présidée par notre illustre camarade Natacha Polony, elle a également pour membres fondateurs l’économiste hétérodoxe Jean-Michel Quatrepoint, et notre consœur hétérosexuelle Eugénie Bastié.

Pourquoi un lancement en ce jour anniversaire du « Non » au référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen ? Parce que cette « rupture démocratique » reste en mémoire des 55% de Français dont le vote a été piétiné par l’adoption du Traité de Lisbonne en 2008. Et plus largement, par le consensus implacable des élites politiques et médiatiques en faveur de l’intégration européenne. Il y a dix ans déjà, pigistes et autres prolos étaient tenus de la boucler face aux éditorialistes et à leurs copains politiciens, dépositaires de la bonne parole.

orwell le monde

Natacha Polony explique aussi le choix de rendre hommage à George Orwell par l’omniprésence actuelle d’une sorte de novlangue politico-médiatique qui rend impossible l’expression du moindre point de vue divergent : « Nous sommes dans une époque de manipulation des mots, de transformation des vérités, où l’on ne débat pas avec celui qui pense différemment mais où on l’ostracise. Nous vivons ainsi quotidiennement la fameuse « minute de la haine » relatée dans le roman d’Orwell ». Tiens, on dirait du Causeur

Résultat : « La façon dont une partie des Français a cessé de croire en la parole journalistique devrait nous inquiéter profondément », alerte la Présidente, qui développe dans une interview au FigaroVox. L’objectif de sa petite bande est donc « la reconquête d’une forme de crédibilité ». Comment ? « Nous allons mettre en place, par des tribunes, des conférences ou des colloques, une réflexion et faire entendre des voix qui n’auraient pas forcément droit de cité alors que nous considérons qu’elles peuvent apporter quelque chose. Nous allons faire en sorte de nourrir le débat d’idées en France. »

En 24 heures, la page Facebook du Comité Orwell a déjà réuni plus de 1000 fans. Et tous les journalistes qui le souhaitent pourront bientôt en devenir membres, moyennant une petite souscription. Une tribune signée par les représentants de l’association paraîtra dès la semaine prochaine dans Marianne, et une première réunion devrait avoir lieu dans le courant du mois de juin. Il se pourrait que vous nous y croisiez…

Oh! oui, harcelez-moi!

8

harcèlement de rue féminisme

C’est peu dire que le premier rapport sur le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun rendu hier par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a bouleversé ma vie. Jusqu’à sa publication, j’étais convaincue d’être une femme comme une autre, une femme tout court, bref, une femme… Une Parisienne aussi comme une autre, habituée à prendre les transports en commun en talons aiguilles, en jupe, et même, à l’occasion, en robe légère. J’ai du mal à l’avouer, mais le fait est que, s’il m’arrivait de me sentir anxieuse à l’idée de prendre le métro, c’était en raison des risques – quasi illimités, frustrants, impossibles à maîtriser et, pour finir, décourageants – de coincer mon talon entre deux marches de l’Escalator ou de le casser sur une grille de protection de la canalisation. Honte à moi ! Non pas que j’ignorais l’immensité de la souffrance féminine à travers le monde. Quand on érige des lois qui protègent les femmes au même titre que les enfants et certaines espèces animales menacées d’extinction, c’est qu’il y a lieu de le faire, particulièrement dans les pays développés, où on oublie trop souvent l’extrême fragilité de la gent féminine. Pourtant j’étais naïve, inconsciente même. Je croyais que les surfaces inégales, grillages et autres obstacles matériels constituaient le principal danger guettant les utilisatrices des transports en commun à Paris et en Île-de-France.[access capability= »lire_inedits »] Or, le Haut Conseil ne mentionne même pas cet aspect du problème. Ce qui entrave selon lui « la libre circulation des femmes » et porte atteinte à leur « droit d’être librement dans l’espace public » n’a rien à voir avec les escaliers mécaniques et tout avec le « harcèlement de rue » à caractère sexiste. Il s’agirait d’un phénomène massif, sinon global. En effet, les consultations menées par le Haut Conseil montrent que toutes les femmes, oui, absolument toutes, ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou d’agression sexuelle dans les transports en commun.

« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? », me suis-je demandé en lisant les divers résumés du rapport dans la presse généraliste. N’ayant jamais subi le moindre geste ou parole qui s’apparenterait à du harcèlement sexiste, suis-je vraiment une femme comme une autre ? Suis-je une femme tout court ? Non. Inutile de se voiler la face. Aussi terrifiant soit le quotidien des femmes violentées dans les rames du métro, découvrir soudainement qu’on n’est pas une femme est une expérience traumatisante. Résultat, assise dans un café avec mes journaux, je conjurais le sort pour qu’un macho ait pitié de moi et veuille bien me siffler ou ne serait-ce que m’envoyer un clin d’œil. Mais rien. Pas un signe. D’accord, je me trouvais sur une terrasse sise au cœur du 8e arrondissement. Mais après tout, si j’en crois la presse, les violences sexistes n’ont pas majoritairement lieu dans les trains de banlieue en pleine nuit. Ni dans les quartiers que l’on appelle « populaires ». Alors pas du tout. N’allez surtout pas croire qu’elles ont le moindre rapport avec l’immigration comme le pointe Gabrielle V., 27 ans, citée par Le Monde. Contrainte de déménager pour échapper à « l’humiliation de tous les jours », cette prof a reconnu avoir trouvé la paix dans la capitale britannique alors, précise-t-elle, qu’il « y a autant, même plus, d’immigrés musulmans à Londres ». Voilà qui est dit. Curieusement, personne ne semble avoir remarqué que le Haut Conseil s’appuyait sur une étude menée auprès de 600 femmes vivant en Seine-Saint-Denis et dans l’Essonne. Que les choses soient claires. Je ne cherche nullement une explication trop facile au fait que, vivant depuis des années dans le quartier des Invalides, je n’ai jamais été agressée ni verbalement ni physiquement, ce qui me pousse à présent à douter de ma féminité.

Désespérée, j’étais prête à déboutonner davantage mon chemisier, mais la futilité d’une telle démarche m’est clairement apparue. Si jusqu’à présent mes talons hauts n’ont incité aucun mâle à proférer des propos injurieux à mon adresse, pourquoi un décolleté plus audacieux changerait-il la donne ? J’étais sur une mauvaise piste. En effet, en lisant attentivement la prose du Haut Conseil, j’ai compris qu’on pouvait être victime de harcèlement de rue sans le savoir. Quel soulagement… Moi aussi j’avais été harcelée… C’était presque comme si la mémoire me revenait. En un instant, je suis redevenue une femme, et de surcroît une femme en phase avec son époque, c’est-à-dire une femme harcelée, menacée, apeurée, habitée par des sentiments de colère et d’impuissance, tout cela décuplé par l’incapacité où je me trouvais d’identifier la source de mon mal-être. Et voilà que, d’un seul coup, je me sentais mal, et je savais pourquoi – harcèlement sexiste. Je jubilais en imaginant toutes les fois où j’ai dû être harcelée sans mesurer la gravité de ce qui m’arrivait. Tout me revenait à présent. Tous ces abrutis de phallocrates, ces mâles dominateurs me chuchotant à l’oreille que j’ai de beaux yeux défilaient dans mes pensées, les salauds. Non, je n’invente rien. D’après le Haut Conseil, « le harcèlement sexiste se caractérise par le fait d’imposer tout propos ou comportement qui a pour objet ou pour effet de créer une situation intimidante, humiliante, dégradante ou offensante. Il peut prendre des formes diverses comme des sifflements ou des commentaires sur le physique, non punis par la loi, ou des injures, punies par la loi ». N’est-ce pas humiliant d’entendre qu’on a de beaux yeux quand on a un plus joli cerveau encore quand on sait qu’il ne manque pas de femmes aux yeux mille fois plus beaux – ce que je déplorais tant que j’étais inconsciente des risques que je cours chaque jour ? C’est presque une insulte, et insulter une femme est un acte grave. Un homme qui traite une femme de « salope » encourt six mois de prison et 22 500 euros d’amende. Sauf que ça, malheureusement, je mentirais en disant que cela m’est déjà arrivé. Je n’exclus pas de participer à un groupe de parole pour me souvenir de m’être fait traiter de « salope » par un homme. Au moment où je vous parle, je me rappelle seulement m’être fait traiter de « salope » par une amie, qui ne s’en est jamais excusée. Je comprends que ça ne compte pas, même si me faire insulter dans le bar bondé du Lutetia m’a durablement affectée.[/access]

*Photo : Sipa/00597452_000028

Ivry: les papilles résistent toujours et encore

3

Il semble désormais que les FTP (Francs tireurs de la picole) tiennent solidement leurs positions du côté d’Ivry.  Pour la cinquième année consécutive, dans le cadre du salon Les papilles résistent, le caviste Paco Mora va faire donner le canon (et donc inviter à en boire)  contre les vins standardisés, parkérisés et saturés d’intrants qui donnent mal à la tête et feraient regretter de boire. L’ivresse est aimable et féconde, on le sait depuis longtemps du côté de Mora, à condition d’éviter le sac à malices perverses des affreux qui font pisser la vigne et veulent faire passer des filles coquines pour des grandes dames, en les maquillant comme des voitures volées à coup de levures exogènes, de tanins artificiels, d’exhausteurs de goût et autres sulfites.

Pour cela, il a invité une belle troupe de rebelles qui ont compris que le vin est une chose trop sérieuse pour être laissée aux pignoufs de l’agro-alimentaire. Ils seront quatorze pour vous prouver que le vin naturel n’est pas une fantaisie bobo mais une chance de sauver le goût dans une époque qui l’a mauvais, et de se souvenir que le vin c’est d’abord un terroir. On ne les connaît pas tous, ces vignerons, mais il nous est arrivé de boire le Moulin à vent de Karim Vionnet, un Beaujolais dans la tradition du Morgon du regretté Marcel Lapierre, qui fut pour beaucoup d’entre nous le passeur vers le joli royaume des flacons non trafiqués. On pourrait aussi vous parler du Domaine de l’R de Fred Sigonneau, un Chinon commaque, sans soufre, ce qui rappelle à quel point le cabernet franc, c’est quand même quelque chose. Bref, on imagine que les autres présents sont du même tonneau et que donc, il faut aller y boire.

Salon des vins Ivry 2015

Les Républicains et… la France

28

Les Républicains UMP Sens Commun

Ainsi donc la maison UMP, écornée par les querelles d’egos et les chemins transversaux, retrouve une nouvelle identité de marque : « Les Républicains ». Un nom n’a rien d’anodin. Son choix est tactique et signifiant.

La toute nouvelle tripolarité de la vie politique française contraignait le parti à un stretching éprouvant. Souvent au risque du claquage. Ratisser à sa gauche les centristes tout en attirant à sa droite les frontistes. Il devenait urgent de s’extraire du piège UMPS du duopole complice. A travers cette mue identitaire, les nouveaux « républicains » s’élèvent déjà au-dessus de la mêlée, pour en incarner aussi désormais le front du même nom.

La belle affaire que le Front Républicain ! Il est celui que tous veulent conduire, la marche solennelle et télévisuelle en tête de laquelle tous veulent défiler. Contre la menace terroriste et obscurantiste de tout bord, il est l’arme morale absolue. Demain, il nous appartient.

Nous pourrions ergoter sur le holdup sémantique, le cambriolage lexical, le parasitage historique. Ne boudons pas notre plaisir. Les stratèges ont ainsi osé le « coup du coucou ». De façon inspirée. La manipulation est délicate. Elle consiste à déposer une partie de ses œufs dans le panier du voisin, pour qu’il en assure la couvée. A son détriment, bien évidemment. Depuis toujours, le gros œuf de la République est à tous et pour tous. Capturons-le. En somme, c’est un peu comme si vous appeliez votre équipe : les gentils, les vainqueurs, les tolérants ou les vertueux. C’est un peu gros, mais ça passe.

Au-delà du coup du coucou

La réalisation de cette opération ne doit cependant exonérer notre camp d’une réflexion de fond sur la construction d’un projet réellement alternatif. En somme, nous attendons une vision pour notre pays, au-delà des « recos » apportées par les groupes « quali ».

Sur quoi reconstruire l’alternance ? Demain, devrons-nous continuer à subir les expérimentations sociétales imposées par les socialistes ? En campagne électorale puis au pouvoir, les entérinerons-nous, par esprit de confort et d’évitement ? Quelle offre alternative et réparatrice proposerons-nous ? La clarté de notre position sur ces sujets fondamentaux représentera dans les mois à venir un marqueur important. Demain aux affaires, offrirons-nous un mix de surconsumérisme individualiste débridé à la sauce Macron, verrouillé d’une touche d’hypersécuritaire identitaire et laïciste ?

Une pédagogie consolante mais exigeante

Ce changement de nom ne sera opportun que s’il offre l’occasion de déployer enfin une authentique pédagogie politique et historique. Et cela passe par le besoin de parler de la France.

Le succès de la boutique frontiste s’explique moins par son fouillis idéologique attrape tout, que par notre désertion de nombreux terrains, et en tout premier lieu celui du patriotisme.

Le Front National prospère et se nourrit de notre incapacité coupable à capter, nourrir et accompagner le besoin de proximité et d’enracinement de nos concitoyens, au-delà du périphérique parisien. Dans une société consumériste dépressive étreinte par une angoisse de déterritorialisation géographique mais aussi civilisationnelle et spirituelle, le besoin de consolation est devenu urgent.

Le Français déboussolé mais lucide attend de la part de ses leaders des messages de réconfort, de clarté, de pédagogie, et d’exigence dans la générosité.

La question de la paix et de la concorde civile s’inscrit déjà au cœur des enjeux de demain, à la lumière des fragmentations apportées par le quinquennat socialiste. Sous la férule socialiste, nous sommes chaque jour davantage  « la plaie et le couteau ». Pourtant, face à la femen abreuvée de Charlie, au zélé musulman humilié par l’esprit de ce dernier, et à côté de l’opportuniste frontiste, un espace existe.

Faire aimer la France

Milan Kundera a dit un jour que « La France était le seul pays au monde dans lequel on apprend pas à aimer la France ».  Il est temps d’apprendre à aimer et surtout à faire aimer la France, dans son identité assumée de vieux pays chrétien.

Dans les combats à venir, la question escamotée de l’identité nationale reviendra au centre du jeu. Conservons en mémoire la lucidité de Marc Bloch[1. L’étrange défaite (1940).], et sa fameuse dénonciation des « deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ».

Nous voulons que notre famille des « républicains » de demain respire des deux poumons, et se distingue de la première catégorie définie par Bloch, celle du rejet du passé chrétien. Une famille qui pense que la France serait uniquement née de l’onction républicaine il y a un peu plus deux cent ans… Cette volonté d’enterrer l’humanisme chrétien au nom d’un idéal pseudo-républicain nous effraie.

Les valeurs baptismales « républicaines » ont malheureusement été celles invoquées pour massacrer nos concitoyens vendéens, puis plus tard, les indigènes algériens, à qui les hussards noirs de la République laïque interdisaient l’accès aux églises.… N’oublions jamais que le laïcisme « républicain » a nourrit la terreur révolutionnaire qui inspira en filiation directe les pires génocidaires du XXème siècle. A rebours, notre humanisme chrétien enfanta la laïcité puis les droits de l’homme.

Les chrétiens orthodoxes parlent de la laïcité en termes de symphonie, en décrivant le délicat équilibre entre temporel et spirituel.

Notre symphonie nationale passera par la célébration de notre histoire millénaire, en assumant notre identité et notre respiration sainement et positivement laïque, chrétienne et républicaine. C’est ainsi que nous attirerons, inclurons et apaiserons, par-delà le fait religieux qu’il nous faudra nécessairement mieux admettre.

Par la voix autorisée de nos programmes scolaires et de nos édiles médiatiques, nous avons souvent préféré moquer notre pays et travestir son histoire. En offrant à notre jeunesse une histoire sans racines, sans souffle et sans âme, battant sa coulpe, éteignant sa grandeur, … nous endiguons les promesses le rebond.  Il est désécurisant d’aimer quelqu’un qui ne s’aime pas.

La jeunesse française, dans la générosité de sa diversité, a aujourd’hui rompu avec les obsessions libertaires de ses ascendants. Elle est en attente d’idéaux forts et de vision engageante. Or, l’idéal est vertical. Nos compatriotes ont moins confiance en la République qu’en la France. Les joueurs mouillent le maillot pour la France. Les soldats meurent pour servir la France. La France embrasse la République et non l’inverse.  La vocation à l’universel de notre patrie est un fait, non démenti par les récents évènements autour de Charlie. Au-delà de nos frontières, et de nos imaginations, mystérieusement, la voix de la France est entendue et attendue.

Souvenons-nous de la sortie du Général De Gaulle en décembre 1965 lors d’un célèbre entretien à la télévision. « On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « l’Europe ! « L’Europe ! », « L’Europe ! » mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. »

Clin d’œil de l’histoire, bientôt cinquante ans après cette saillie historique, et à la lumière des récents évènements, il serait consternant que l’exercice de la chose publique nous conduise à sautiller sur nos chaises comme des moutons en disant «  Nous sommes les républicains ! Les républicains ! Les républicains ! ».  Le pays mérite davantage.

Pourtant, comme nos cousins américains, nous serons donc « les républicains » de demain. Ce choix ne doit être celui du ripolinage. Il engage en exigence et en confiance.

C’est un peu comme dans les familles, lorsqu’une cousine excentrique, nouvellement maman, ose pour son enfant, le prénom trop exotique. Au début, la vieille tante tousse, les parents s’agitent mais très vite, les sourires et les promesses du nouveau-né emportent la sympathie de tous. Le coup est parti. Le risque est pris. Nous y consentons, pour l’unité et l’alternance.

Mais de grâce, n’oublions pas la France.

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA/1411152031

Voter PS? Impossible depuis 2005 et son «Oui» au TCE

2005 référendum TCE PS

Mon camarade Jérôme Leroy vient de faire son coming out. Nous annonçant dans ces colonnes « voter PS, plus jamais ça ! » Il ne respectera plus la « discipline républicaine ». Eh bien, pas trop tôt ! Certes il nous dit avoir fait preuve d’une patience infinie mais en arrangeant un peu l’Histoire. D’abord d’où sort cette « discipline républicaine » ? Elle est utilisée dans l’acception de Jérôme depuis la signature du programme commun en 1972. Et a perduré par la suite, essentiellement pour des raisons alimentaires. Cela permettait des désistements, mais aussi des alliances pour conserver des collectivités locales bien utiles à la reproduction des organisations et à l’entretien d’un certain nombre de permanents. Ce n’était pas déshonorant et cela permettait de bricoler un « communisme municipal » qui pouvait avoir parfois de beaux restes. Mais, si l’on change de perspective en regardant un peu l’Histoire dans le temps plus long, on constate qu’il y a longtemps que cette discipline républicaine aurait dû être abandonnée.

Sans revenir en détail sur la guerre d’Espagne, l’interdiction du Parti Communiste en septembre 1939, le vote majoritaire des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 40, la rupture de 1947, la guerre d’Algérie, on voit bien que la « discipline républicaine » chimiquement pure c’est d’abord à la création de « l’Union de la gauche » en 1972 qu’elle s’installe. Jusqu’en 1977, avec la rupture du programme commun. Le désistement au profit de François Mitterrand au deuxième tour des présidentielles de 1981 était drôlement contraint. Conséquence de la cuisante défaite du premier tour, défaite qui fut le premier pas vers l’effondrement. Je suis assez bien placé pour savoir quelles étaient les consignes de la direction du Parti en sous-main…

Dans leur histoire, les socialistes ont toujours capitulé d’abord avant de trahir. Depuis 1983, et le « tournant de la rigueur » la capitulation est définitive. Les choses sont claires. Dans la récente polémique  – où le PCF a demandé en pleurnichant des excuses à François Hollande pour avoir dit que la lecture du programme du FN donnait l’impression de celle d’un tract du Parti Communiste des années 70 –, pas grand monde n’a relevé que François Hollande avait raison. Et l’opportunisme cynique des dirigeants du FN n’est pas le sujet. Mais personne n’a dit non plus  qu’on lisait la même chose sur les tracts du PS à ce moment-là… Qui a changé, qui a trahi ? Heureusement que Lionel Jospin n’a pas été élu président de la république en 2002, il aurait probablement suivi Georges Bush en Irak l’année suivante. Capituler, trahir leurs engagements, avec les socialistes on a l’habitude. Alors, on pourrait me dire que la discipline républicaine est susceptible de s’appliquer au coup par coup, et que contrairement à ce que dit Jérôme Leroy, Rebsamen et Macron ne sont peut-être pas les pires.

Mais il se trouve que nous avons désormais un gros os coincé dans la gorge. Un très gros os. Il y a précisément dix ans, le 29 mai 2005, se déroulait un référendum. Les Français étaient consultés pour savoir s’ils voulaient ratifier le traité constitutionnel européen. Le Parti Socialiste avait officiellement choisi de faire campagne pour le « oui ». Avec l’ensemble des médias, de l’intelligentsia autorisée, des élites universitaires, dans un incroyable déferlement où ceux qui s’y opposaient – ou simplement se posaient des questions – étaient traités d’imbéciles quand ce n’était pas de nazis. Et l’on vit alors un peuple que l’on annonçait dans les sondages quelques semaines avant le scrutin, à 60 % pour le « oui » se cabrer. Et répondre non à 55 %, renvoyant les élites blêmissantes à leurs chères études. Pour moi qui ai tant perdu d’élections dans ma vie, ce fut une belle journée. Et un joli souvenir.

Et c’est là que le parti socialiste a commis le pire. La capitulation et la trahison sont dans sa nature, et il n’est pas le seul. Mais le pire, c’est que battu à la loyale et à la régulière, il a préféré fouler aux pieds la démocratie, renier ses principes, et en clair commettre une forfaiture.

Nicolas Sarkozy, dans sa campagne pour les présidentielles de 2007, avait annoncé la mise en place d’un « nouveau traité » jumeau du précédent, et que celui-ci serait ratifié par le Parlement. Au moins, lui avait annoncé la couleur. Le problème, c’est que cette ratification nécessitait une réforme préalable de la Constitution. Et lorsque celle-ci est effectuée par voie parlementaire, ce doit être avec une majorité renforcée des deux chambres réunies en congrès. Sans l’apport empressé du Parti socialiste lui passant les plats, Nicolas Sarkozy n’aurait pas pu réunir cette majorité qualifiée et ainsi violer la volonté du peuple français clairement exprimée. Ce vote s’est déroulé le 4 février 2008. On trouvera au Journal Officiel  les noms de la poignée de ces socialistes qui ont sauvé l’honneur en refusant l’ignominie.

Alors, voter pour le PS, avant c’était déjà difficile, mais après le 4 février 2008 c’est définitivement plus jamais ! Pourtant beaucoup l’ont fait. Le 6 mai 2012 précisément, ils ont choisi pour diriger le pays un apparatchik inconsistant dont chacun connaissait le niveau, le cynisme et surtout la nature de ses engagements politiques. Tout le monde aurait dû savoir que la catastrophe était inévitable. Qui pouvait croire au « Hollandisme révolutionnaire ». Que la « guerre à la finance » n’était pas qu’une petite blague ? Que Sapin, Moscovici, Rebsamen, Désir, Cambadelis et tant d’autres feraient autre chose que ce qu’ils font ?  Seraient autre chose que ce qu’ils sont ?

Le 6 mai 2012, il n’aurait pas dû être question de discipline républicaine. Le choix était entre deux scénarios. Tout d’abord reconduire Nicolas Sarkozy pour faire une politique qui n’aurait pas pu être pire que celle de François Hollande mais dans des conditions différentes. C’est-à-dire avec une opposition encore consistante. Hégémonique dans les collectivités territoriales, et solidement implantée dans la société civile. Cela se défendait.

Ou bien, choisir François Hollande en sachant que c’était le passeport pour l’aggravation de la crise, le désarmement des luttes, la poussée du Front National. Mais aussi le passeport pour la destruction de cette gauche-là et de son Parti Socialiste. De fond en comble. Le travail est déjà commencé avec les catastrophes des élections locales. Le discrédit est tellement massif, tellement démobilisateur qu’il est peu probable que François Hollande soit au deuxième tour en 2017. Nicolas Sarkozy sera réélu président. Le Front National sera à 35 %, et les socialistes auront entre trente et cinquante députés aux législatives suivantes. Il ne reste plus qu’à espérer que Sarkozy puisse servir d’amortisseur à ce brutal coup de barre à droite. Est-ce possible ? Malheureusement, comme son véritable adversaire sera alors le FN, sa tâche prioritaire sera de le réduire, comme il avait commencé à le faire en 2007. Et ce ne sera pas en se plaçant au centre-gauche.

Et c’est peut-être là que finalement cela devient intéressant. Pour qu’émerge en France un mouvement comme Syriza ou Podemos, le préalable de la destruction de ce parti socialiste est incontournable. Et après il faudra s’occuper du Front National. Les ouvriers et les salariés d’exécution des services, c’est-à-dire les couches populaires, votent pour lui. Il faut les lui reprendre. Alors, une « alliance objective » sur ce point (et seulement sur celui-là…) avec le sarkozysme ?

Chiche ?

*Photo : Wikipedia.org

Les mauvais élèves de l’austérité

59

Podemos Espagne Grèce Portugal Irlande

On sent bien, tout de même, qu’il y a encore des signes de vie en Europe. La Grèce avec Syriza, l’Espagne avec Podemos, demain sans doute le Portugal. Sans compter, en Irlande, les progrès électoraux constants du Sinn Fein. De là à parler d’un printemps de la gauche radicale, il y a un pas. Une alouette progressiste à Athènes ou à Barcelone ne fait pas le printemps. Mais tout de même : le capitalisme et la société de marché qui va avec ne semblent pas universellement convaincre tous les peuples de travailler plus et gagner moins : plus longtemps à l’échelle d’une vie alors que les gains de productivité n’ont jamais été aussi grands et aussi peu redistribués, ne serait-ce que sous la forme de temps libre comme le recommandait déjà Paul Lafargue dans son Droit à la paresse, il y a plus de… cent ans.

Le plus remarquable, sans doute, en ce qui concerne la Grèce, l’Espagne et le Portugal, c’est aussi ce désir d’échapper au talon de fer sans pour autant confier son destin à des partis populistes d’extrême-droite, qui se trompent plus ou moins consciemment d’ennemis en imputant tous leurs malheurs à une immigration largement favorisée par la mondialisation elle-même. C’est que chacun de ces trois pays a encore une date récente en mémoire. Le Portugal a dû attendre le 25 avril 1974 pour que des capitaines avec des œillets dans leurs fusils d’assaut mettent fin à la plus vieille dictature d’Europe occidentale. Pour l’Espagne, la transition démocratique ne put réellement commencer que le 20 novembre 1975 avec la mort de Franco, qui avait installé son règne en 1939 après une guerre civile  qui construisit la nouvelle Espagne en massacrant des dizaines de milliers de combattants républicains. Quant aux Grecs, après une éphémère tentation pour les néo-nazis d’Aube Dorée, là aussi la mémoire leur est revenue assez vite puisqu’entre 1967 et 1974, la dictature des Colonels, avec le soutien actif de la CIA, avait mis au pouvoir une junte aussi incompétente que féroce, mais profondément anticommuniste, ce qui justifiait à peu près tout, y compris la tuerie de l’Ecole Polytechnique, aux yeux de l’ami américain. Oui, décidément, quand vous avez connu ça et que vous voulez renverser la table, vous y réfléchissez à deux fois avant de confier ce soin à l’extrême droite, même parée des oripeaux d’un discours antisystème.

Mais au-delà de cette mémoire historique, on peut aussi penser que ces pays sont les premiers à ressentir les contradictions propres au système capitaliste, y compris dans sa dernière mue financiarisée. Grèce, Espagne, Portugal et même Irlande ont éprouvé dans leur chair la contradiction kafkaïenne consistant à vivre sous un régime toujours plus austéritaire qui veut restaurer une économie saine en contractant la demande, et donc toute possibilité de relance. Deux rapports récents viennent conforter l’intuition. Le premier émane de l’OCDE  qui n’est pas franchement une officine bolchévique : il confirme  la croissance depuis 30 ans des inégalités « arrivées à un point critique » dans les 34 pays qui composent cette organisation. Le revenu des 10 % les plus riches est aujourd’hui 9,6 fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres. Dans les années 1980, ce multiplicateur était de 7. L’OCDE est composée surtout des pays les plus développés et prône des politiques uniquement libérales. Ses dirigeants expliquent pourtant que les inégalités seraient mauvaises pour la croissance. Cela n’empêche aucunement les gouvernements des pays membres de l’OCDE de pratiquer des politiques qui creusent ces inégalités. Marx, en son temps, appelait ça les contradictions du capitalisme. Le second rapport émane de l’OIT (Organisation internationale du travail). Celle-ci vient de publier ses statistiques sur l’emploi, qui se révèlent assez édifiantes : elles indiquent que plus de 60 % des travailleurs dans le monde n’ont pas d’emploi fixe, et que cette proportion est en augmentation constante. On sait que Laurence Parisot, qui pourtant apparaît comme presque sociale par rapport à son successeur à la tête du Medef, avait eu cette phrase immortelle : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » Cela pourrait faire un très bon sujet pour le bac philo qui approche.

En tout cas, les électeurs grecs et espagnols ont déjà rendu leur dissertation. Et manifestement, l’Europe de Bruxelles n’a pas vraiment envie de leur donner la moyenne. Mais il se pourrait bien qu’ils n’aient plus grand chose à faire de ces examinateurs schizophrènes, ce qui est tout de même une bonne nouvelle.

*Photo : Wikimédia commons

Grève contre la réforme du collège: des syndicats plus pressés que leurs ouailles?

5

(Avec AFP) – Plusieurs syndicats hostiles à la réforme du collège ont choisi de ne pas attendre les retours de leurs ouailles concernant l’éventualité d’une nouvelle journée de grève le 4 juin.

Pressés d’en découdre, Snes-FSU, Snep, FO, CGT et Sud ont tranché sans consulter le Snalc, seul syndicat sans étiquette politique (tiens donc…).

Ils appellent donc à une nouvelle grève le 11 juin, ont-ils annoncé dans un communiqué, avant de savoir si les enseignants seraient ou non partants pour cette date, plutôt qu’avec celle proposée initialement.

« Comme aucune option ne faisait l’unanimité, l’intersyndicale avait décidé de proposer aux collègues la journée du 4. On attend donc leurs retours », explique quant à lui à Causeur Jean-Rémi Girard, secrétaire national à la pédagogie du Snalc.

réforme du collège grève syndicats

Loin de lâcher l’affaire, il précise : « Si on voit que les profs sont d’accord pour la journée du 11, on se joindra au mouvement. » Et annonce par ailleurs que des préavis ont d’ores et déjà été déposés pour les 25, 26, 29 et 30 juin, dates des épreuves et des corrections du brevet des collèges.

Une première grève contre la réforme du collège a eu lieu le 19 mai, à l’appel de l’ensemble des organisations sus-citées, qui ont recueilli 80% des voix aux élections syndicales dans l’éducation en décembre.

Elle avait été suivie par « plus de la moitié » des enseignants des collèges publics selon le Snes-FSU, premier syndicat du secondaire – à peine 27,61% selon le ministère.

Mais le gouvernement a publié dès le lendemain au Journal officiel les textes qui concrétisent cette réforme prévue pour la rentrée 2016, une décision qualifiée de « passage en force » par ses opposants.

*Photo : P. B.

Prostitution: Touche pas à mon client!

56

prostitution pénalisation des clients abolition

C’était le bon temps. En cet automne 2013, on parle de Causeur jusque dans la cour du palais de l’Élysée. Motif : votre magazine bien-aimé vient de publier son « Manifeste des 343 salauds », un appel signé par autant de mâles « contre les lois anti-prostitution, pour la liberté ». Et ce alors que le gouvernement, aiguillonné par un quarteron de néo-féministes, soutient une proposition de loi prévoyant rien de moins que la pénalisation des clients de prostituées. À la sortie du Conseil des ministres, Najat Vallaud-Belkacem s’étrangle : « Les 343 salopes réclamaient en leur temps de pouvoir disposer librement de leur corps. Les 343 salauds réclament le droit de disposer du corps des autres. » Sans doute a-t-elle mal lu l’appel, dans lequel les « salauds » déclarent texto : « Nous ne saurions sous aucun prétexte nous passer du consentement de nos partenaires. » Ce qu’ils font valoir, c’est le droit élémentaire d’avoir un rapport sexuel – tarifé ou non – entre adultes consentants. Donc celui, pour une femme, de se prostituer sans que les nouvelles douairières du féminisme décrètent qu’elle est aliénée pour la libérer contre son gré.

Au pupitre d’une Assemblée nationale quasi déserte, celle qui est alors ministre des Droits des femmes en rajoute plusieurs louches, écartant d’un revers de manche l’idée « que chacun a le droit de vendre librement ses charmes – et même d’aimer ça », comme nous l’écrivions alors. La loi « clairement abolitionniste » qu’elle est venue défendre part du principe que « l’essentiel de la prostitution aujourd’hui » repose sur la traite. Mais cet ignoble trafic d’êtres humains « n’existerait pas si, à l’autre bout de la chaîne, il n’y avait pas quelqu’un pour accepter et pour payer », affirme-t-elle. D’où le choix d’infliger à ce salaud de client une amende de 1 500 euros, tout en supprimant le délit de racolage pour les prostituées (ce qui, accessoirement, revient à autoriser la vente d’un service qu’il est interdit d’acheter). La pénalisation des clients est votée dans la foulée par les députés, le 4 décembre 2013, avant d’être purement et simplement retoquée par le Sénat en commission spéciale quelques mois plus tard.

Après avoir basculé à droite en septembre 2014, le Sénat fait durer le bras de fer avec le gouvernement et ne se décide à examiner le texte en séance que les 30 et 31 mars derniers. Comme prévu, il l’expurge de son principal article, la pénalisation des clients, et y réintègre le délit de racolage. Pour Masha Bombed, membre du Strass (Syndicat du travail sexuel), « c’est le statu quo, si ce n’est que les sénateurs ont ajouté la possibilité de bloquer les sites Internet proposant du sexe tarifé sans décision d’un juge ». Cette dernière mesure n’est pas anodine, puisque les seuls sites que l’État s’autorise à bloquer administrativement sont jusqu’à présent ceux qui proposent du contenu pédopornographique et – depuis février seulement – ceux qui font l’apologie du terrorisme… On voit mieux à quel degré de dangerosité la prostitution est associée dans l’esprit des deux responsables de cet ajout : la sénatrice PS Michelle Meunier et l’UDI Chantal Jouanno.

Il faut dire que cette proposition de loi, d’après sa présentation officielle, « s’inscrit dans le cadre de la politique de lutte contre les violences faites aux femmes et d’égalité entre les femmes et les hommes ». Reprenons, et tentons de résumer : afin de combattre le machisme et de réduire le nombre de femmes battues, il faut abolir la prostitution, qui tient de la traite « dans l’immense majorité des cas », dixit Najat, et ne saurait être une activité volontaire. Au passage, notons la curieuse conception de l’égalité qui motive le projet… Le gouvernement semble toujours sans nouvelles des milliers d’hommes prostitués. Reste surtout à comprendre comment d’innombrables « indépendantes » continuent de proposer du sexe tarifé en toute liberté. Maud Olivier n’a pas daigné répondre au journal des « salauds », mais son assistante parlementaire à l’Assemblée « espère obtenir une date d’inscription en séance avant fin juillet », pour retricoter le texte vidé de sa substance par le Sénat.[access capability= »lire_inedits »]

Les « 343 salauds » ont remporté une victoire, mais la guerre n’est pas finie. Face à eux, entre autres, les « petits gardes roses »[1. L’expression est d’Élisabeth Lévy, dans l’éditorial de notre numéro d’octobre 2013.] du MJS ne perdent pas espoir que le législateur prenne le relais de leur « Pétition des jeunes pour l’abolition de la prostitution », à laquelle, à en croire les sondages, la majorité des 18-25 ans est favorable. Sauf que, sur le sujet, les jeunes semblent bien plus puritains que leurs aînés : toutes tranches d’âge confondues, selon une enquête CSA, 68 % des Français sont des salauds d’opposants à la pénalisation. Une proportion étonnante, si on songe que, d’après nos jeunes-de-gauche, « les clients sont toujours des hommes ». Pour eux, comme pour Maud Olivier et Najat Vallaud-Belkacem, « il faut en finir avec l’impunité » ! Causeur peut bien se targuer de défendre une liberté, ils ne sont pas dupes : « La seule liberté est celle donnée aux clients d’abuser sexuellement des femmes. »

Autre partisane forcenée de la pénalisation, Anne-Cécile Mailfert, porte-parole des distrayantes activistes d’Osez le féminisme !, est sur la même ligne. Pour cette ravissante experte autoproclamée, « la prostitution est synonyme de violences ». Fermez le ban. Elle développe sur Le Plus de L’Obs en 2013 : « Le cœur de la violence prostitutionnelle réside dans l’acte lui-même : même s’il est compensé par quelques billets, la prostitution, c’est le désir de l’un qui prime sur le désir de l’autre. » C’est vrai, qui peut bien avoir un désir d’argent ? Et comme « les clients sont des hommes à 99 % » tandis que les prostituées sont presque exclusivement des femmes, elle y voit – what else ? – une « problématique de genre » : ces gourdes de prostituées subissent « des rapports sexuels non désirés » et « les hommes peuvent se vautrer dans l’imaginaire du mâle viril dominant ». Se vautrer dans l’imaginaire ? Et pourquoi pas dans le caca de chien !

Nathalie, prostituée « traditionnelle » dans le quartier de Strasbourg-Saint-Denis, à Paris, l’assure pourtant : « Cette loi est d’une scandaleuse hypocrisie ! En quinze ans, je n’ai jamais été violée ou agressée physiquement. » D’accord, mais « l’exploitation sexuelle » par ton ordure de mac, c’est violent, non ? « Dans la rue, il n’y a plus de proxénètes, corrige-t-elle. Le mac des années 1970-1980, c’est fini. Et la “pauvre fille paumée”, c’est un cliché des abolitionnistes. Je cotise au Régime social des indépendants, et nos clients, c’est le prolétariat, il faut arrêter avec l’idée d’exploitation. » Bon, mais quid des étrangères, dont Nathalie reconnaît qu’elles n’ont pas la chance d’être comme elle propriétaires d’un appartement ? « Avec les migrantes, on se côtoie, on se parle », nous dit-elle. Elles ne se font pas racketter par un julot, mais remboursent « la “mamma” qui a payé leur passeur », puis font autre chose.

La contrainte est donc l’exception, et la libre décision la règle. Une édifiante étude[2. Étude réalisée à Paris, Lyon, Marseille et sur le web par Nick Mai, professeur de sociologie à l’Université métropolitaine de Londres, dans le cadre d’une recherche financée par la Fondation A*MIDEX, au Lames (Laboratoire méditerranéen de sociologie de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme).] menée par l’université d’Aix-Marseille entre mars 2014 et mars 2015 auprès de 500 personnes prostituées – hommes, femmes, transsexuels – révèle qu’à peine 7 % d’entre elles peuvent être considérées comme victimes de la traite, cette proportion atteignant 11 % chez les seules migrantes. En clair, neuf sur dix font ce métier de leur plein gré. Quant à la dixième, qui estime ne pas avoir décidé librement de se prostituer, elle évoque en général « des problèmes économiques et le manque de statut légal (papiers) » qui ne lui laisseraient « pas d’autre choix ». L’enquête cite la réponse d’une Nigériane : « Non, je n’ai pas décidé, mais qu’est-ce que je vais faire ? Ma famille souffre au Nigéria, et je n’ai pas de papiers, que puis-je faire d’autre ? Ils devraient nous donner des papiers au lieu de pénaliser les clients ! »

Quoi qu’il en soit, l’étude révèle que 98 % des personnes prostituées sont opposées à la pénalisation des clients. Le projet fait donc l’unanimité, contre lui, chez les personnes les plus directement concernées. Ainsi, les travailleurs du sexe que défend Me Stéphanie Marcie-Hullin, avocate du Collectif 16e, qui regroupe des prostituées de l’Ouest parisien, « sont unanimes » : ils considèrent que la pénalisation des clients les précariserait encore davantage et les obligerait à demander la « protection » de proxénètes. « Je ne sais pas si ça part d’une bonne intention, mais ça consiste à pénaliser les travailleurs du sexe, à nous abolir », renchérit Masha.

Du coup, les prostituées préféreraient encore revenir au bon vieux délit de racolage. « Elles ont toujours fait avec, en le contournant », explique Me Marcie-Hullin. Ce que nous confirme Josiane, depuis l’autre côté de Paris, au bois de Vincennes, où elle officie : « Les marcheuses comme moi sont tolérées, le commissaire nous demande seulement d’être habillées et de ne pas trop traîner entre deux bancs. Et puis on a un minimum de respect pour les gens : on ne se montre pas devant les écoles, ni trop près de la Foire du Trône ou le jour du Marathon de Paris. » « Moi, j’aime bien prospecter dans la rue », sourit aussi Nathalie, qui sait que ses collègues plus jeunes préfèrent pour la plupart travailler par le biais d’un site Internet. Malgré la menace du blocage administratif, l’offre explose littéralement, et pas seulement pour une clientèle masculine : « Sur un seul site, les femmes ont le choix entre 5 000 escort-boys », tient-elle à préciser.

Dans cette profusion, on souhaite bien du plaisir aux agents chargés de les traquer. Car si l’on observe ce qui se passe en Suède, premier pays à avoir opté pour la pénalisation des clients en 1999, ce n’est pas cette mesure qui inverserait la tendance. Là-bas, l’offre de prostitution sur le web a été multipliée par 20 en huit ans. Autant dire que, pour l’abolition, il faudra patienter. En termes d’efficacité, l’ensemble du fameux « modèle suédois », si cher à nos ministres des Droits des femmes et autre féministes, est d’ailleurs devenu un repoussoir : les peines prévues ne sont presque jamais prononcées, l’épidémie de sida s’aggrave chez les hétérosexuels, le pays est aujourd’hui le numéro un européen du viol, et les cas de violences sexuelles ont explosé en quelques années… Finalement, la bonne vieille prostitution de rue à papa faisait infiniment moins de dégâts que ne s’apprête à en faire le législateur français s’il s’avise de suivre la Suède dans cette voie.

L’avocate du Collectif 16e tempère cependant : « C’est un texte qui pourrait tomber aux oubliettes, ne jamais être appliqué. » Et pour cause, affirme-t-elle : « Il n’y a pas de victimes. » De plus, les prostituées « font une œuvre sociale très importante, auprès des personnes handicapées, ou sexuellement déviantes ». Nathalie confirme en quelques anecdotes : « J’ai un rôle sanitaire et social. Quand un cancéreux revient te voir un an après une passe et qu’il a récupéré ses cheveux, qu’il va mieux, tu te dis que, sur Meetic, il aurait pu attendre longtemps… Et toutes les femmes n’accepteraient pas de mettre des couches ou une fessée à leur mari, qui vient nous voir pour ça. On fait un vrai job, on est utiles. » Et aussi inadmissible que cela puisse paraître pour les illustres représentant-e-s de la « gauche sociétale », comme la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion, Ségolène Neuville, ou encore Patrick Jean, le cofondateur et porte-parole de l’association d’hommes féministes (sic ?) Zéro Macho, Nathalie « s’éclate sexuellement » dans sa vie privée. Comme elle, une escort nous confiait un jour d’un air entendu : « Je fais aussi du bénévolat… » Si même les prostituées ne sont pas vénales, où va le monde ?[/access]

*Photo : SERGE POUZET/SIPA/1312091724

L’école Vallaud-Belkacem n’est pas l’école Filippetti

35

Aurélie Filippetti Najat Vallaud-Belkacem François Hollande

Elles étaient les porte-parole du candidat François Hollande. Toutes deux enflammaient les foules, jouant aux dames Loyal au Bourget ou à Vincennes. Najat Vallaud-Belkacem et Aurélie Filippetti n’ont pas connu la même trajectoire depuis l’élection présidentielle de 2012. Alors que la première est devenue le symbole du gouvernement de Manuel Valls, la seconde escalade discrètement le Mont Beuvray. Tandis que Vallaud-Belkacem se situe désormais à l’épicentre de la gauche gouvernementale, Filippetti est devenue une frondeuse de second plan.

Pourtant, nous envions davantage la position de la députée de la Moselle que celle de la ministre de l’Education nationale. Nous admirons la liberté, les convictions d’Aurélie Filippetti quand nous regrettons que Najat Vallaud-Belkacem ait été réduite à être l’otage des gourous de la rue de Grenelle, dotée d’une langue de bois à faire verdir de jalousie Jean-François Copé. Ces deux-là, récompensées de leur porte-parolat efficace, avaient été logiquement nommées ministres en mai 2012. Filippetti hérita de la Culture et Vallaud-Belkacem du droit des femmes. Aussitôt se posa pour elles la question de savoir si elles seraient candidates aux élections législatives. La règle de François Hollande était claire. Les battus aux législatives ne demeureraient pas ministres. Deux attitudes, deux personnalités : alors que sa circonscription mosellane d’origine avait fait les frais du redécoupage et que son élection dans un nouveau secteur n’était pas garantie, Filippetti alla chercher sa légitimité devant les électeurs lorrains et remporta une victoire éclatante. Pendant ce temps, Najat Vallaud-Belkacem préféra assurer sa présence au gouvernement. Se lancer dans le département du Rhône, où elle avait pourtant élue conseillère générale quatre ans avant, était trop périlleux. Il aurait fallu qu’elle soit assurée d’être élue. Première différence, de taille, entre ces deux femmes politiques.

Au lendemain de la fête de la rose, alors que Manuel Valls donna sa démission du gouvernement afin d’éjecter Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti fit savoir qu’elle ne souhaitait pas demeurer ministre. Et elle retrouva son poste de députée, gagné en faisant campagne sur des convictions inchangées depuis. Najat Vallaud-Belkacem reçut une promotion en devenant ministre de l’Education nationale à la place d’un autre frondeur, Benoît Hamon. Mardi, dans l’hémicycle, elle a accusé un député UMP de Haute-Saône, Alain Chrétien, de ne s’intéresser que tardivement au thème de l’éducation. En ce qui nous concerne, nous n’avions jamais remarqué d’intérêt pour ce même sujet avant septembre 2014 chez Madame Vallaud-Belkacem. A l’image de Luc Chatel, qui n’y connaissait pas grand-chose non plus avant d’entrer rue de Grenelle, elle s’est rapidement faite gouroutiser par tous les pédagogos du ministère. La réforme du collège est née de là, tout comme son mépris pour les « pseudos intellectuels », de gauche pour la plupart. Filippetti est mue par des convictions politiques quand on ne connaît pas celles de Vallaud-Belkacem, si ce n’est qu’elle sait se conduire en soldat zélé du Président et de la technostructure de son ministère réunis. Déjà au ministère du droit des femmes, elle fut à l’origine de la polémique sur les ABCD de l’égalité, et recula aussitôt que le Président lui en intima l’ordre. Avec la réforme du collège, surtout depuis que Manuel Valls est passé en force il y a une semaine, Najat Vallaud-Belkacem est sans doute allée beaucoup trop loin pour rééditer son retrait en rase campagne. En cas de recul présidentiel, elle devrait démissionner et se retrouverait sans aucun mandat. Que ferait alors Najat Vallaud-Belkacem sans la politique ? Comme beaucoup de ses congénères, elle n’a fait que ça depuis que ses études sont achevées. Et elle ne sait sans doute rien faire d’autre. Encore une différence de taille avec Aurélie Filippetti, qui sait écrire des romans[1. Un peu comme son alter-ego Bruno Le Maire, elle sait même y ajouter une dose d’érotisme. Cela ne gâche rien.].

Voilà pourquoi nous préférerons toujours une Aurélie Filippetti à une Najat-Vallaud Belkacem. Libre, courageuse, indépendante, talentueuse, la députée de la Moselle fait croire à la politique quand la ministre au zénith de la notoriété vous en écarte.

*Photo : Wikimedia commons

Les Républicains ne dénigrent personne

Les Républicains Justice UMP

Dans une de ses chroniques, toujours joliment ciselées, Régis Debray vient de dire ce qu’il fallait sur la proposition de Nicolas Sarkozy d’appeler désormais l’UMP « Les Républicains ». Intitulée « gardons le sourire », elle se termine par ces mots qualifiant la démarche sarkozienne : « Conversion ou pirouette  ? Coup de foudre ou coup de pub ? Les deux sont autorisés. Jusqu’à plus ample informé, le candide penchera pour l’option opérette. » Comme d’habitude, Régis Debray fait de la politique.

Un attelage hétéroclite, parfois ridicule et manifestement téléguidé, a choisi à grand son de trompe une autre voie. Celle malheureusement habituelle désormais de l’instrumentalisation de la Justice. Espérant que l’ensemble de la magistrature française ait renoncé aux impératifs d’impartialité et de rigueur juridique. Comme semblent l’avoir fait certains des magistrats en charge des affaires pénales concernant l’ancien Président de la République. Il se trouve que ce n’est pas le cas. Le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris, à qui l’on demandait d’interdire à l’UMP de prendre ce nouveau nom, vient de rendre une ordonnance prévisible et conforme au droit.

Abandonner le terrain du débat politique au profit du débat judiciaire est devenu systématique dans les prétoires. Ce n’est qu’une preuve de faiblesse. Et cela fonctionne en général comme un boomerang. L’UMP vient d’obtenir une importante publicité gratuite pour son congrès et tous les médias ont titré : « La Justice autorise  l’UMP à s’appeler Les Républicains. » Ce qui est faux, évidemment. Celle-ci s’est contentée de renvoyer sèchement les demandeurs dans leur but. Elle n’a ni autorisé, ni interdit, elle n’avait pas à le faire.

Voyons rapidement comment se pose le problème. L’article 4  de la Constitution de 1958 consacre le rôle et l’existence des Partis : « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. » Jusqu’à la loi de 1990 sur le financement public, il n’existait aucune règle et la plupart n’avaient pas de personnalité juridique. Après ce texte, la loi de 1901 sur les associations a été utilisée, mais uniquement pour leur donner une personnalité morale et leur permettre ainsi de recevoir des fonds. Ils peuvent s’appeler comme ils l’entendent dès lors bien sûr que leur nom ne viole pas des règles impératives de l’ordre public, en faisant par exemple la promotion de comportements punis par la loi. C’est ainsi que les termes République et Républicains ont été utilisés de toutes les façons possibles dans le nom des partis et de leurs associations satellites.

Dans le fatras de l’assignation en référé, il y avait un argument particulièrement savoureux. Pour les demandeurs, vouloir s’appeler « Les Républicains », c’était du « dénigrement indirect », puisque cela contesterait aux autres formations la qualité de leur républicanisme. Mais dites-moi, affirmer « je suis mieux républicain que vous », c’est le débat politique, ça ! Rappelez-vous, lorsque Valéry Giscard d’Estaing, avant de devenir Président de la République, dirigeait un parti qui s’appelait « Les Républicains indépendants ». Il ne serait venu à l’idée de personne d’y voir la volonté de dire que les autres républicains étaient dépendants. Et de se précipiter alors chez le juge pour demander l’interdiction.

Tous les arguments développés dans la polémique autour du changement de nom de l’UMP étaient des arguments politiques. Légitimes, parfois fondés, mais politiques, voire historiques ou carrément philosophiques. Mais dans le domaine de l’activité des partis, le principe qui s’applique est juridique : c’est celui de la liberté, énoncé par la Constitution. Manifestement, la liberté, enfin celle des autres, est particulièrement pénible à ceux qui se sont lancés dans cette triste pantalonnade. Ils ont simplement demandé au juge d’en priver leur adversaire ! C’est vrai, ça, comment Sarkozy peut-il se prétendre républicain et user d’une liberté constitutionnelle ? Mais il n’a pas le droit !

Tellement plus facile de faire des moulinets et d’essayer de dévoyer la justice plutôt que de mener le combat politique. Parce que le problème est bien là. À une courte majorité, les Français ont démocratiquement signifié, en mai 2012, à Nicolas Sarkozy qu’ils ne voulaient plus de lui. Catastrophe politique pour la gauche, la présidence Hollande rend non seulement probable une terrible défaite en 2017 mais aussi, horreur, le retour du battu tant haï. Alors on essaye tout, et on demande en particulier à la justice de nous en débarrasser. C’est une impasse.

Les demandeurs à cette procédure ? Quelques organisations politiques, dont certaines directement liées au Parti Socialiste. Une impressionnante litanie de personnes physiques, au sein de laquelle on verra apparaître en souriant quelques copains et quelques vieux chevaux de retour. Elles seront fort justement déclarées irrecevables, comme n’ayant pas d’intérêt direct pour agir. Seuls plusieurs membres d’une famille portant le nom de Républicain pouvaient être parties à la procédure. Comment ceux qui ont été à la manœuvre de l’opération ont-ils pu ne pas mesurer le ridicule de cette démarche ? On attend maintenant les procédures des familles Chrétien contre les églises, des familles Citoyen (si, si, il y en a) contre Jean-Pierre Chevènement, et de Ségolène Royal contre Louis de Bourbon, prétendant au trône de France qui se fait appeler Altesse Royale (pour qui se prend-t-il, celui-là ?).

Surprise quant à la procédure choisie. Un « référé d’heure à heure », dites donc ! Procédure rare et justifiée par l’extrême urgence, que seule l’autorisation préalable du juge rend possible. Et pour la lancer une assignation de plus de 350 pages : tract confus et filandreux avec, entre autres, du Louis Aragon dedans… En général le juge des référés, surtout d’heure à heure, étant celui de l’urgence et de l’évidence, les exploits introductifs d’instance sont plus concis. Enfin, lorsque l’on parle d’exploit introductif, c’est celui par lequel on saisit le juge à qui on réserve ses arguments. Cette fois-ci, pas du tout. Le document a triomphalement circulé partout, disponible sur la page web d’un des avocats et repris par toute la presse et les réseaux. À la place du magistrat, j’aurais trouvé cela assez moyen.

Cela a peut-être été le cas, car on sent poindre à la lecture de la décision une lassitude un peu agacée d’être contraint à quelques rappels assez élémentaires. Par exemple, que les demandeurs personnes physiques ou morales sont bien gentils de prétendre représenter à eux seuls l’intérêt général mais qu’il faudrait être un peu sérieux. Qu’invoquer à l’encontre de l’UMP une faute (article 1382 du Code civil) ne peut être fait que devant le juge du fond, ce qu’un étudiant de première année doit savoir. Que le juge des référés est bien le juge de l’évidence et de l’urgence, et que l’on serait bien en peine d’en trouver dans la tartine qui lui a été soumise.

Par conséquent, le juge n’a pas « autorisé » l’UMP à adopter le nom « les Républicains ». Il a simplement dit que la demande d’interdiction telle qu’elle avait été formulée ne tenait pas debout. Le président du MRC a indiqué qu’il ferait appel. Ceux qui ont initié ce premier tour de piste auront probablement d’autres idées. Le chapiteau est dressé et le cirque judiciaire va continuer. Malheureusement.

*Photo : Pascal Fayolle/SIPA/1505221513

Comité Orwell: le pluralisme au secours de la crédibilité journalistique

25

« Ni police de la pensée, ni minute de la haine. » C’est à l’initiative d’Alexandre Devecchio, journaliste pour les pages Débats et Opinions du Figaro et responsable du site FigaroVox, que s’est créée une association dont vous devriez entendre parler dans les mois qui viennent… Le Comité Orwell milite « pour la défense du pluralisme des idées et de la souveraineté populaire ». Association présidée par notre illustre camarade Natacha Polony, elle a également pour membres fondateurs l’économiste hétérodoxe Jean-Michel Quatrepoint, et notre consœur hétérosexuelle Eugénie Bastié.

Pourquoi un lancement en ce jour anniversaire du « Non » au référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen ? Parce que cette « rupture démocratique » reste en mémoire des 55% de Français dont le vote a été piétiné par l’adoption du Traité de Lisbonne en 2008. Et plus largement, par le consensus implacable des élites politiques et médiatiques en faveur de l’intégration européenne. Il y a dix ans déjà, pigistes et autres prolos étaient tenus de la boucler face aux éditorialistes et à leurs copains politiciens, dépositaires de la bonne parole.

orwell le monde

Natacha Polony explique aussi le choix de rendre hommage à George Orwell par l’omniprésence actuelle d’une sorte de novlangue politico-médiatique qui rend impossible l’expression du moindre point de vue divergent : « Nous sommes dans une époque de manipulation des mots, de transformation des vérités, où l’on ne débat pas avec celui qui pense différemment mais où on l’ostracise. Nous vivons ainsi quotidiennement la fameuse « minute de la haine » relatée dans le roman d’Orwell ». Tiens, on dirait du Causeur

Résultat : « La façon dont une partie des Français a cessé de croire en la parole journalistique devrait nous inquiéter profondément », alerte la Présidente, qui développe dans une interview au FigaroVox. L’objectif de sa petite bande est donc « la reconquête d’une forme de crédibilité ». Comment ? « Nous allons mettre en place, par des tribunes, des conférences ou des colloques, une réflexion et faire entendre des voix qui n’auraient pas forcément droit de cité alors que nous considérons qu’elles peuvent apporter quelque chose. Nous allons faire en sorte de nourrir le débat d’idées en France. »

En 24 heures, la page Facebook du Comité Orwell a déjà réuni plus de 1000 fans. Et tous les journalistes qui le souhaitent pourront bientôt en devenir membres, moyennant une petite souscription. Une tribune signée par les représentants de l’association paraîtra dès la semaine prochaine dans Marianne, et une première réunion devrait avoir lieu dans le courant du mois de juin. Il se pourrait que vous nous y croisiez…

Oh! oui, harcelez-moi!

8
harcèlement de rue féminisme

harcèlement de rue féminisme

C’est peu dire que le premier rapport sur le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun rendu hier par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a bouleversé ma vie. Jusqu’à sa publication, j’étais convaincue d’être une femme comme une autre, une femme tout court, bref, une femme… Une Parisienne aussi comme une autre, habituée à prendre les transports en commun en talons aiguilles, en jupe, et même, à l’occasion, en robe légère. J’ai du mal à l’avouer, mais le fait est que, s’il m’arrivait de me sentir anxieuse à l’idée de prendre le métro, c’était en raison des risques – quasi illimités, frustrants, impossibles à maîtriser et, pour finir, décourageants – de coincer mon talon entre deux marches de l’Escalator ou de le casser sur une grille de protection de la canalisation. Honte à moi ! Non pas que j’ignorais l’immensité de la souffrance féminine à travers le monde. Quand on érige des lois qui protègent les femmes au même titre que les enfants et certaines espèces animales menacées d’extinction, c’est qu’il y a lieu de le faire, particulièrement dans les pays développés, où on oublie trop souvent l’extrême fragilité de la gent féminine. Pourtant j’étais naïve, inconsciente même. Je croyais que les surfaces inégales, grillages et autres obstacles matériels constituaient le principal danger guettant les utilisatrices des transports en commun à Paris et en Île-de-France.[access capability= »lire_inedits »] Or, le Haut Conseil ne mentionne même pas cet aspect du problème. Ce qui entrave selon lui « la libre circulation des femmes » et porte atteinte à leur « droit d’être librement dans l’espace public » n’a rien à voir avec les escaliers mécaniques et tout avec le « harcèlement de rue » à caractère sexiste. Il s’agirait d’un phénomène massif, sinon global. En effet, les consultations menées par le Haut Conseil montrent que toutes les femmes, oui, absolument toutes, ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou d’agression sexuelle dans les transports en commun.

« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? », me suis-je demandé en lisant les divers résumés du rapport dans la presse généraliste. N’ayant jamais subi le moindre geste ou parole qui s’apparenterait à du harcèlement sexiste, suis-je vraiment une femme comme une autre ? Suis-je une femme tout court ? Non. Inutile de se voiler la face. Aussi terrifiant soit le quotidien des femmes violentées dans les rames du métro, découvrir soudainement qu’on n’est pas une femme est une expérience traumatisante. Résultat, assise dans un café avec mes journaux, je conjurais le sort pour qu’un macho ait pitié de moi et veuille bien me siffler ou ne serait-ce que m’envoyer un clin d’œil. Mais rien. Pas un signe. D’accord, je me trouvais sur une terrasse sise au cœur du 8e arrondissement. Mais après tout, si j’en crois la presse, les violences sexistes n’ont pas majoritairement lieu dans les trains de banlieue en pleine nuit. Ni dans les quartiers que l’on appelle « populaires ». Alors pas du tout. N’allez surtout pas croire qu’elles ont le moindre rapport avec l’immigration comme le pointe Gabrielle V., 27 ans, citée par Le Monde. Contrainte de déménager pour échapper à « l’humiliation de tous les jours », cette prof a reconnu avoir trouvé la paix dans la capitale britannique alors, précise-t-elle, qu’il « y a autant, même plus, d’immigrés musulmans à Londres ». Voilà qui est dit. Curieusement, personne ne semble avoir remarqué que le Haut Conseil s’appuyait sur une étude menée auprès de 600 femmes vivant en Seine-Saint-Denis et dans l’Essonne. Que les choses soient claires. Je ne cherche nullement une explication trop facile au fait que, vivant depuis des années dans le quartier des Invalides, je n’ai jamais été agressée ni verbalement ni physiquement, ce qui me pousse à présent à douter de ma féminité.

Désespérée, j’étais prête à déboutonner davantage mon chemisier, mais la futilité d’une telle démarche m’est clairement apparue. Si jusqu’à présent mes talons hauts n’ont incité aucun mâle à proférer des propos injurieux à mon adresse, pourquoi un décolleté plus audacieux changerait-il la donne ? J’étais sur une mauvaise piste. En effet, en lisant attentivement la prose du Haut Conseil, j’ai compris qu’on pouvait être victime de harcèlement de rue sans le savoir. Quel soulagement… Moi aussi j’avais été harcelée… C’était presque comme si la mémoire me revenait. En un instant, je suis redevenue une femme, et de surcroît une femme en phase avec son époque, c’est-à-dire une femme harcelée, menacée, apeurée, habitée par des sentiments de colère et d’impuissance, tout cela décuplé par l’incapacité où je me trouvais d’identifier la source de mon mal-être. Et voilà que, d’un seul coup, je me sentais mal, et je savais pourquoi – harcèlement sexiste. Je jubilais en imaginant toutes les fois où j’ai dû être harcelée sans mesurer la gravité de ce qui m’arrivait. Tout me revenait à présent. Tous ces abrutis de phallocrates, ces mâles dominateurs me chuchotant à l’oreille que j’ai de beaux yeux défilaient dans mes pensées, les salauds. Non, je n’invente rien. D’après le Haut Conseil, « le harcèlement sexiste se caractérise par le fait d’imposer tout propos ou comportement qui a pour objet ou pour effet de créer une situation intimidante, humiliante, dégradante ou offensante. Il peut prendre des formes diverses comme des sifflements ou des commentaires sur le physique, non punis par la loi, ou des injures, punies par la loi ». N’est-ce pas humiliant d’entendre qu’on a de beaux yeux quand on a un plus joli cerveau encore quand on sait qu’il ne manque pas de femmes aux yeux mille fois plus beaux – ce que je déplorais tant que j’étais inconsciente des risques que je cours chaque jour ? C’est presque une insulte, et insulter une femme est un acte grave. Un homme qui traite une femme de « salope » encourt six mois de prison et 22 500 euros d’amende. Sauf que ça, malheureusement, je mentirais en disant que cela m’est déjà arrivé. Je n’exclus pas de participer à un groupe de parole pour me souvenir de m’être fait traiter de « salope » par un homme. Au moment où je vous parle, je me rappelle seulement m’être fait traiter de « salope » par une amie, qui ne s’en est jamais excusée. Je comprends que ça ne compte pas, même si me faire insulter dans le bar bondé du Lutetia m’a durablement affectée.[/access]

*Photo : Sipa/00597452_000028

Ivry: les papilles résistent toujours et encore

3

Il semble désormais que les FTP (Francs tireurs de la picole) tiennent solidement leurs positions du côté d’Ivry.  Pour la cinquième année consécutive, dans le cadre du salon Les papilles résistent, le caviste Paco Mora va faire donner le canon (et donc inviter à en boire)  contre les vins standardisés, parkérisés et saturés d’intrants qui donnent mal à la tête et feraient regretter de boire. L’ivresse est aimable et féconde, on le sait depuis longtemps du côté de Mora, à condition d’éviter le sac à malices perverses des affreux qui font pisser la vigne et veulent faire passer des filles coquines pour des grandes dames, en les maquillant comme des voitures volées à coup de levures exogènes, de tanins artificiels, d’exhausteurs de goût et autres sulfites.

Pour cela, il a invité une belle troupe de rebelles qui ont compris que le vin est une chose trop sérieuse pour être laissée aux pignoufs de l’agro-alimentaire. Ils seront quatorze pour vous prouver que le vin naturel n’est pas une fantaisie bobo mais une chance de sauver le goût dans une époque qui l’a mauvais, et de se souvenir que le vin c’est d’abord un terroir. On ne les connaît pas tous, ces vignerons, mais il nous est arrivé de boire le Moulin à vent de Karim Vionnet, un Beaujolais dans la tradition du Morgon du regretté Marcel Lapierre, qui fut pour beaucoup d’entre nous le passeur vers le joli royaume des flacons non trafiqués. On pourrait aussi vous parler du Domaine de l’R de Fred Sigonneau, un Chinon commaque, sans soufre, ce qui rappelle à quel point le cabernet franc, c’est quand même quelque chose. Bref, on imagine que les autres présents sont du même tonneau et que donc, il faut aller y boire.

Salon des vins Ivry 2015

Les Républicains et… la France

28
Les Républicains UMP Sens Commun

Les Républicains UMP Sens Commun

Ainsi donc la maison UMP, écornée par les querelles d’egos et les chemins transversaux, retrouve une nouvelle identité de marque : « Les Républicains ». Un nom n’a rien d’anodin. Son choix est tactique et signifiant.

La toute nouvelle tripolarité de la vie politique française contraignait le parti à un stretching éprouvant. Souvent au risque du claquage. Ratisser à sa gauche les centristes tout en attirant à sa droite les frontistes. Il devenait urgent de s’extraire du piège UMPS du duopole complice. A travers cette mue identitaire, les nouveaux « républicains » s’élèvent déjà au-dessus de la mêlée, pour en incarner aussi désormais le front du même nom.

La belle affaire que le Front Républicain ! Il est celui que tous veulent conduire, la marche solennelle et télévisuelle en tête de laquelle tous veulent défiler. Contre la menace terroriste et obscurantiste de tout bord, il est l’arme morale absolue. Demain, il nous appartient.

Nous pourrions ergoter sur le holdup sémantique, le cambriolage lexical, le parasitage historique. Ne boudons pas notre plaisir. Les stratèges ont ainsi osé le « coup du coucou ». De façon inspirée. La manipulation est délicate. Elle consiste à déposer une partie de ses œufs dans le panier du voisin, pour qu’il en assure la couvée. A son détriment, bien évidemment. Depuis toujours, le gros œuf de la République est à tous et pour tous. Capturons-le. En somme, c’est un peu comme si vous appeliez votre équipe : les gentils, les vainqueurs, les tolérants ou les vertueux. C’est un peu gros, mais ça passe.

Au-delà du coup du coucou

La réalisation de cette opération ne doit cependant exonérer notre camp d’une réflexion de fond sur la construction d’un projet réellement alternatif. En somme, nous attendons une vision pour notre pays, au-delà des « recos » apportées par les groupes « quali ».

Sur quoi reconstruire l’alternance ? Demain, devrons-nous continuer à subir les expérimentations sociétales imposées par les socialistes ? En campagne électorale puis au pouvoir, les entérinerons-nous, par esprit de confort et d’évitement ? Quelle offre alternative et réparatrice proposerons-nous ? La clarté de notre position sur ces sujets fondamentaux représentera dans les mois à venir un marqueur important. Demain aux affaires, offrirons-nous un mix de surconsumérisme individualiste débridé à la sauce Macron, verrouillé d’une touche d’hypersécuritaire identitaire et laïciste ?

Une pédagogie consolante mais exigeante

Ce changement de nom ne sera opportun que s’il offre l’occasion de déployer enfin une authentique pédagogie politique et historique. Et cela passe par le besoin de parler de la France.

Le succès de la boutique frontiste s’explique moins par son fouillis idéologique attrape tout, que par notre désertion de nombreux terrains, et en tout premier lieu celui du patriotisme.

Le Front National prospère et se nourrit de notre incapacité coupable à capter, nourrir et accompagner le besoin de proximité et d’enracinement de nos concitoyens, au-delà du périphérique parisien. Dans une société consumériste dépressive étreinte par une angoisse de déterritorialisation géographique mais aussi civilisationnelle et spirituelle, le besoin de consolation est devenu urgent.

Le Français déboussolé mais lucide attend de la part de ses leaders des messages de réconfort, de clarté, de pédagogie, et d’exigence dans la générosité.

La question de la paix et de la concorde civile s’inscrit déjà au cœur des enjeux de demain, à la lumière des fragmentations apportées par le quinquennat socialiste. Sous la férule socialiste, nous sommes chaque jour davantage  « la plaie et le couteau ». Pourtant, face à la femen abreuvée de Charlie, au zélé musulman humilié par l’esprit de ce dernier, et à côté de l’opportuniste frontiste, un espace existe.

Faire aimer la France

Milan Kundera a dit un jour que « La France était le seul pays au monde dans lequel on apprend pas à aimer la France ».  Il est temps d’apprendre à aimer et surtout à faire aimer la France, dans son identité assumée de vieux pays chrétien.

Dans les combats à venir, la question escamotée de l’identité nationale reviendra au centre du jeu. Conservons en mémoire la lucidité de Marc Bloch[1. L’étrange défaite (1940).], et sa fameuse dénonciation des « deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ».

Nous voulons que notre famille des « républicains » de demain respire des deux poumons, et se distingue de la première catégorie définie par Bloch, celle du rejet du passé chrétien. Une famille qui pense que la France serait uniquement née de l’onction républicaine il y a un peu plus deux cent ans… Cette volonté d’enterrer l’humanisme chrétien au nom d’un idéal pseudo-républicain nous effraie.

Les valeurs baptismales « républicaines » ont malheureusement été celles invoquées pour massacrer nos concitoyens vendéens, puis plus tard, les indigènes algériens, à qui les hussards noirs de la République laïque interdisaient l’accès aux églises.… N’oublions jamais que le laïcisme « républicain » a nourrit la terreur révolutionnaire qui inspira en filiation directe les pires génocidaires du XXème siècle. A rebours, notre humanisme chrétien enfanta la laïcité puis les droits de l’homme.

Les chrétiens orthodoxes parlent de la laïcité en termes de symphonie, en décrivant le délicat équilibre entre temporel et spirituel.

Notre symphonie nationale passera par la célébration de notre histoire millénaire, en assumant notre identité et notre respiration sainement et positivement laïque, chrétienne et républicaine. C’est ainsi que nous attirerons, inclurons et apaiserons, par-delà le fait religieux qu’il nous faudra nécessairement mieux admettre.

Par la voix autorisée de nos programmes scolaires et de nos édiles médiatiques, nous avons souvent préféré moquer notre pays et travestir son histoire. En offrant à notre jeunesse une histoire sans racines, sans souffle et sans âme, battant sa coulpe, éteignant sa grandeur, … nous endiguons les promesses le rebond.  Il est désécurisant d’aimer quelqu’un qui ne s’aime pas.

La jeunesse française, dans la générosité de sa diversité, a aujourd’hui rompu avec les obsessions libertaires de ses ascendants. Elle est en attente d’idéaux forts et de vision engageante. Or, l’idéal est vertical. Nos compatriotes ont moins confiance en la République qu’en la France. Les joueurs mouillent le maillot pour la France. Les soldats meurent pour servir la France. La France embrasse la République et non l’inverse.  La vocation à l’universel de notre patrie est un fait, non démenti par les récents évènements autour de Charlie. Au-delà de nos frontières, et de nos imaginations, mystérieusement, la voix de la France est entendue et attendue.

Souvenons-nous de la sortie du Général De Gaulle en décembre 1965 lors d’un célèbre entretien à la télévision. « On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « l’Europe ! « L’Europe ! », « L’Europe ! » mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. »

Clin d’œil de l’histoire, bientôt cinquante ans après cette saillie historique, et à la lumière des récents évènements, il serait consternant que l’exercice de la chose publique nous conduise à sautiller sur nos chaises comme des moutons en disant «  Nous sommes les républicains ! Les républicains ! Les républicains ! ».  Le pays mérite davantage.

Pourtant, comme nos cousins américains, nous serons donc « les républicains » de demain. Ce choix ne doit être celui du ripolinage. Il engage en exigence et en confiance.

C’est un peu comme dans les familles, lorsqu’une cousine excentrique, nouvellement maman, ose pour son enfant, le prénom trop exotique. Au début, la vieille tante tousse, les parents s’agitent mais très vite, les sourires et les promesses du nouveau-né emportent la sympathie de tous. Le coup est parti. Le risque est pris. Nous y consentons, pour l’unité et l’alternance.

Mais de grâce, n’oublions pas la France.

*Photo : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA/1411152031

Voter PS? Impossible depuis 2005 et son «Oui» au TCE

54
2005 référendum TCE PS

2005 référendum TCE PS

Mon camarade Jérôme Leroy vient de faire son coming out. Nous annonçant dans ces colonnes « voter PS, plus jamais ça ! » Il ne respectera plus la « discipline républicaine ». Eh bien, pas trop tôt ! Certes il nous dit avoir fait preuve d’une patience infinie mais en arrangeant un peu l’Histoire. D’abord d’où sort cette « discipline républicaine » ? Elle est utilisée dans l’acception de Jérôme depuis la signature du programme commun en 1972. Et a perduré par la suite, essentiellement pour des raisons alimentaires. Cela permettait des désistements, mais aussi des alliances pour conserver des collectivités locales bien utiles à la reproduction des organisations et à l’entretien d’un certain nombre de permanents. Ce n’était pas déshonorant et cela permettait de bricoler un « communisme municipal » qui pouvait avoir parfois de beaux restes. Mais, si l’on change de perspective en regardant un peu l’Histoire dans le temps plus long, on constate qu’il y a longtemps que cette discipline républicaine aurait dû être abandonnée.

Sans revenir en détail sur la guerre d’Espagne, l’interdiction du Parti Communiste en septembre 1939, le vote majoritaire des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 40, la rupture de 1947, la guerre d’Algérie, on voit bien que la « discipline républicaine » chimiquement pure c’est d’abord à la création de « l’Union de la gauche » en 1972 qu’elle s’installe. Jusqu’en 1977, avec la rupture du programme commun. Le désistement au profit de François Mitterrand au deuxième tour des présidentielles de 1981 était drôlement contraint. Conséquence de la cuisante défaite du premier tour, défaite qui fut le premier pas vers l’effondrement. Je suis assez bien placé pour savoir quelles étaient les consignes de la direction du Parti en sous-main…

Dans leur histoire, les socialistes ont toujours capitulé d’abord avant de trahir. Depuis 1983, et le « tournant de la rigueur » la capitulation est définitive. Les choses sont claires. Dans la récente polémique  – où le PCF a demandé en pleurnichant des excuses à François Hollande pour avoir dit que la lecture du programme du FN donnait l’impression de celle d’un tract du Parti Communiste des années 70 –, pas grand monde n’a relevé que François Hollande avait raison. Et l’opportunisme cynique des dirigeants du FN n’est pas le sujet. Mais personne n’a dit non plus  qu’on lisait la même chose sur les tracts du PS à ce moment-là… Qui a changé, qui a trahi ? Heureusement que Lionel Jospin n’a pas été élu président de la république en 2002, il aurait probablement suivi Georges Bush en Irak l’année suivante. Capituler, trahir leurs engagements, avec les socialistes on a l’habitude. Alors, on pourrait me dire que la discipline républicaine est susceptible de s’appliquer au coup par coup, et que contrairement à ce que dit Jérôme Leroy, Rebsamen et Macron ne sont peut-être pas les pires.

Mais il se trouve que nous avons désormais un gros os coincé dans la gorge. Un très gros os. Il y a précisément dix ans, le 29 mai 2005, se déroulait un référendum. Les Français étaient consultés pour savoir s’ils voulaient ratifier le traité constitutionnel européen. Le Parti Socialiste avait officiellement choisi de faire campagne pour le « oui ». Avec l’ensemble des médias, de l’intelligentsia autorisée, des élites universitaires, dans un incroyable déferlement où ceux qui s’y opposaient – ou simplement se posaient des questions – étaient traités d’imbéciles quand ce n’était pas de nazis. Et l’on vit alors un peuple que l’on annonçait dans les sondages quelques semaines avant le scrutin, à 60 % pour le « oui » se cabrer. Et répondre non à 55 %, renvoyant les élites blêmissantes à leurs chères études. Pour moi qui ai tant perdu d’élections dans ma vie, ce fut une belle journée. Et un joli souvenir.

Et c’est là que le parti socialiste a commis le pire. La capitulation et la trahison sont dans sa nature, et il n’est pas le seul. Mais le pire, c’est que battu à la loyale et à la régulière, il a préféré fouler aux pieds la démocratie, renier ses principes, et en clair commettre une forfaiture.

Nicolas Sarkozy, dans sa campagne pour les présidentielles de 2007, avait annoncé la mise en place d’un « nouveau traité » jumeau du précédent, et que celui-ci serait ratifié par le Parlement. Au moins, lui avait annoncé la couleur. Le problème, c’est que cette ratification nécessitait une réforme préalable de la Constitution. Et lorsque celle-ci est effectuée par voie parlementaire, ce doit être avec une majorité renforcée des deux chambres réunies en congrès. Sans l’apport empressé du Parti socialiste lui passant les plats, Nicolas Sarkozy n’aurait pas pu réunir cette majorité qualifiée et ainsi violer la volonté du peuple français clairement exprimée. Ce vote s’est déroulé le 4 février 2008. On trouvera au Journal Officiel  les noms de la poignée de ces socialistes qui ont sauvé l’honneur en refusant l’ignominie.

Alors, voter pour le PS, avant c’était déjà difficile, mais après le 4 février 2008 c’est définitivement plus jamais ! Pourtant beaucoup l’ont fait. Le 6 mai 2012 précisément, ils ont choisi pour diriger le pays un apparatchik inconsistant dont chacun connaissait le niveau, le cynisme et surtout la nature de ses engagements politiques. Tout le monde aurait dû savoir que la catastrophe était inévitable. Qui pouvait croire au « Hollandisme révolutionnaire ». Que la « guerre à la finance » n’était pas qu’une petite blague ? Que Sapin, Moscovici, Rebsamen, Désir, Cambadelis et tant d’autres feraient autre chose que ce qu’ils font ?  Seraient autre chose que ce qu’ils sont ?

Le 6 mai 2012, il n’aurait pas dû être question de discipline républicaine. Le choix était entre deux scénarios. Tout d’abord reconduire Nicolas Sarkozy pour faire une politique qui n’aurait pas pu être pire que celle de François Hollande mais dans des conditions différentes. C’est-à-dire avec une opposition encore consistante. Hégémonique dans les collectivités territoriales, et solidement implantée dans la société civile. Cela se défendait.

Ou bien, choisir François Hollande en sachant que c’était le passeport pour l’aggravation de la crise, le désarmement des luttes, la poussée du Front National. Mais aussi le passeport pour la destruction de cette gauche-là et de son Parti Socialiste. De fond en comble. Le travail est déjà commencé avec les catastrophes des élections locales. Le discrédit est tellement massif, tellement démobilisateur qu’il est peu probable que François Hollande soit au deuxième tour en 2017. Nicolas Sarkozy sera réélu président. Le Front National sera à 35 %, et les socialistes auront entre trente et cinquante députés aux législatives suivantes. Il ne reste plus qu’à espérer que Sarkozy puisse servir d’amortisseur à ce brutal coup de barre à droite. Est-ce possible ? Malheureusement, comme son véritable adversaire sera alors le FN, sa tâche prioritaire sera de le réduire, comme il avait commencé à le faire en 2007. Et ce ne sera pas en se plaçant au centre-gauche.

Et c’est peut-être là que finalement cela devient intéressant. Pour qu’émerge en France un mouvement comme Syriza ou Podemos, le préalable de la destruction de ce parti socialiste est incontournable. Et après il faudra s’occuper du Front National. Les ouvriers et les salariés d’exécution des services, c’est-à-dire les couches populaires, votent pour lui. Il faut les lui reprendre. Alors, une « alliance objective » sur ce point (et seulement sur celui-là…) avec le sarkozysme ?

Chiche ?

*Photo : Wikipedia.org

Les mauvais élèves de l’austérité

59
Podemos Espagne Grèce Portugal Irlande

Podemos Espagne Grèce Portugal Irlande

On sent bien, tout de même, qu’il y a encore des signes de vie en Europe. La Grèce avec Syriza, l’Espagne avec Podemos, demain sans doute le Portugal. Sans compter, en Irlande, les progrès électoraux constants du Sinn Fein. De là à parler d’un printemps de la gauche radicale, il y a un pas. Une alouette progressiste à Athènes ou à Barcelone ne fait pas le printemps. Mais tout de même : le capitalisme et la société de marché qui va avec ne semblent pas universellement convaincre tous les peuples de travailler plus et gagner moins : plus longtemps à l’échelle d’une vie alors que les gains de productivité n’ont jamais été aussi grands et aussi peu redistribués, ne serait-ce que sous la forme de temps libre comme le recommandait déjà Paul Lafargue dans son Droit à la paresse, il y a plus de… cent ans.

Le plus remarquable, sans doute, en ce qui concerne la Grèce, l’Espagne et le Portugal, c’est aussi ce désir d’échapper au talon de fer sans pour autant confier son destin à des partis populistes d’extrême-droite, qui se trompent plus ou moins consciemment d’ennemis en imputant tous leurs malheurs à une immigration largement favorisée par la mondialisation elle-même. C’est que chacun de ces trois pays a encore une date récente en mémoire. Le Portugal a dû attendre le 25 avril 1974 pour que des capitaines avec des œillets dans leurs fusils d’assaut mettent fin à la plus vieille dictature d’Europe occidentale. Pour l’Espagne, la transition démocratique ne put réellement commencer que le 20 novembre 1975 avec la mort de Franco, qui avait installé son règne en 1939 après une guerre civile  qui construisit la nouvelle Espagne en massacrant des dizaines de milliers de combattants républicains. Quant aux Grecs, après une éphémère tentation pour les néo-nazis d’Aube Dorée, là aussi la mémoire leur est revenue assez vite puisqu’entre 1967 et 1974, la dictature des Colonels, avec le soutien actif de la CIA, avait mis au pouvoir une junte aussi incompétente que féroce, mais profondément anticommuniste, ce qui justifiait à peu près tout, y compris la tuerie de l’Ecole Polytechnique, aux yeux de l’ami américain. Oui, décidément, quand vous avez connu ça et que vous voulez renverser la table, vous y réfléchissez à deux fois avant de confier ce soin à l’extrême droite, même parée des oripeaux d’un discours antisystème.

Mais au-delà de cette mémoire historique, on peut aussi penser que ces pays sont les premiers à ressentir les contradictions propres au système capitaliste, y compris dans sa dernière mue financiarisée. Grèce, Espagne, Portugal et même Irlande ont éprouvé dans leur chair la contradiction kafkaïenne consistant à vivre sous un régime toujours plus austéritaire qui veut restaurer une économie saine en contractant la demande, et donc toute possibilité de relance. Deux rapports récents viennent conforter l’intuition. Le premier émane de l’OCDE  qui n’est pas franchement une officine bolchévique : il confirme  la croissance depuis 30 ans des inégalités « arrivées à un point critique » dans les 34 pays qui composent cette organisation. Le revenu des 10 % les plus riches est aujourd’hui 9,6 fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres. Dans les années 1980, ce multiplicateur était de 7. L’OCDE est composée surtout des pays les plus développés et prône des politiques uniquement libérales. Ses dirigeants expliquent pourtant que les inégalités seraient mauvaises pour la croissance. Cela n’empêche aucunement les gouvernements des pays membres de l’OCDE de pratiquer des politiques qui creusent ces inégalités. Marx, en son temps, appelait ça les contradictions du capitalisme. Le second rapport émane de l’OIT (Organisation internationale du travail). Celle-ci vient de publier ses statistiques sur l’emploi, qui se révèlent assez édifiantes : elles indiquent que plus de 60 % des travailleurs dans le monde n’ont pas d’emploi fixe, et que cette proportion est en augmentation constante. On sait que Laurence Parisot, qui pourtant apparaît comme presque sociale par rapport à son successeur à la tête du Medef, avait eu cette phrase immortelle : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » Cela pourrait faire un très bon sujet pour le bac philo qui approche.

En tout cas, les électeurs grecs et espagnols ont déjà rendu leur dissertation. Et manifestement, l’Europe de Bruxelles n’a pas vraiment envie de leur donner la moyenne. Mais il se pourrait bien qu’ils n’aient plus grand chose à faire de ces examinateurs schizophrènes, ce qui est tout de même une bonne nouvelle.

*Photo : Wikimédia commons

Grève contre la réforme du collège: des syndicats plus pressés que leurs ouailles?

5

(Avec AFP) – Plusieurs syndicats hostiles à la réforme du collège ont choisi de ne pas attendre les retours de leurs ouailles concernant l’éventualité d’une nouvelle journée de grève le 4 juin.

Pressés d’en découdre, Snes-FSU, Snep, FO, CGT et Sud ont tranché sans consulter le Snalc, seul syndicat sans étiquette politique (tiens donc…).

Ils appellent donc à une nouvelle grève le 11 juin, ont-ils annoncé dans un communiqué, avant de savoir si les enseignants seraient ou non partants pour cette date, plutôt qu’avec celle proposée initialement.

« Comme aucune option ne faisait l’unanimité, l’intersyndicale avait décidé de proposer aux collègues la journée du 4. On attend donc leurs retours », explique quant à lui à Causeur Jean-Rémi Girard, secrétaire national à la pédagogie du Snalc.

réforme du collège grève syndicats

Loin de lâcher l’affaire, il précise : « Si on voit que les profs sont d’accord pour la journée du 11, on se joindra au mouvement. » Et annonce par ailleurs que des préavis ont d’ores et déjà été déposés pour les 25, 26, 29 et 30 juin, dates des épreuves et des corrections du brevet des collèges.

Une première grève contre la réforme du collège a eu lieu le 19 mai, à l’appel de l’ensemble des organisations sus-citées, qui ont recueilli 80% des voix aux élections syndicales dans l’éducation en décembre.

Elle avait été suivie par « plus de la moitié » des enseignants des collèges publics selon le Snes-FSU, premier syndicat du secondaire – à peine 27,61% selon le ministère.

Mais le gouvernement a publié dès le lendemain au Journal officiel les textes qui concrétisent cette réforme prévue pour la rentrée 2016, une décision qualifiée de « passage en force » par ses opposants.

*Photo : P. B.

Prostitution: Touche pas à mon client!

56
prostitution pénalisation des clients abolition

prostitution pénalisation des clients abolition

C’était le bon temps. En cet automne 2013, on parle de Causeur jusque dans la cour du palais de l’Élysée. Motif : votre magazine bien-aimé vient de publier son « Manifeste des 343 salauds », un appel signé par autant de mâles « contre les lois anti-prostitution, pour la liberté ». Et ce alors que le gouvernement, aiguillonné par un quarteron de néo-féministes, soutient une proposition de loi prévoyant rien de moins que la pénalisation des clients de prostituées. À la sortie du Conseil des ministres, Najat Vallaud-Belkacem s’étrangle : « Les 343 salopes réclamaient en leur temps de pouvoir disposer librement de leur corps. Les 343 salauds réclament le droit de disposer du corps des autres. » Sans doute a-t-elle mal lu l’appel, dans lequel les « salauds » déclarent texto : « Nous ne saurions sous aucun prétexte nous passer du consentement de nos partenaires. » Ce qu’ils font valoir, c’est le droit élémentaire d’avoir un rapport sexuel – tarifé ou non – entre adultes consentants. Donc celui, pour une femme, de se prostituer sans que les nouvelles douairières du féminisme décrètent qu’elle est aliénée pour la libérer contre son gré.

Au pupitre d’une Assemblée nationale quasi déserte, celle qui est alors ministre des Droits des femmes en rajoute plusieurs louches, écartant d’un revers de manche l’idée « que chacun a le droit de vendre librement ses charmes – et même d’aimer ça », comme nous l’écrivions alors. La loi « clairement abolitionniste » qu’elle est venue défendre part du principe que « l’essentiel de la prostitution aujourd’hui » repose sur la traite. Mais cet ignoble trafic d’êtres humains « n’existerait pas si, à l’autre bout de la chaîne, il n’y avait pas quelqu’un pour accepter et pour payer », affirme-t-elle. D’où le choix d’infliger à ce salaud de client une amende de 1 500 euros, tout en supprimant le délit de racolage pour les prostituées (ce qui, accessoirement, revient à autoriser la vente d’un service qu’il est interdit d’acheter). La pénalisation des clients est votée dans la foulée par les députés, le 4 décembre 2013, avant d’être purement et simplement retoquée par le Sénat en commission spéciale quelques mois plus tard.

Après avoir basculé à droite en septembre 2014, le Sénat fait durer le bras de fer avec le gouvernement et ne se décide à examiner le texte en séance que les 30 et 31 mars derniers. Comme prévu, il l’expurge de son principal article, la pénalisation des clients, et y réintègre le délit de racolage. Pour Masha Bombed, membre du Strass (Syndicat du travail sexuel), « c’est le statu quo, si ce n’est que les sénateurs ont ajouté la possibilité de bloquer les sites Internet proposant du sexe tarifé sans décision d’un juge ». Cette dernière mesure n’est pas anodine, puisque les seuls sites que l’État s’autorise à bloquer administrativement sont jusqu’à présent ceux qui proposent du contenu pédopornographique et – depuis février seulement – ceux qui font l’apologie du terrorisme… On voit mieux à quel degré de dangerosité la prostitution est associée dans l’esprit des deux responsables de cet ajout : la sénatrice PS Michelle Meunier et l’UDI Chantal Jouanno.

Il faut dire que cette proposition de loi, d’après sa présentation officielle, « s’inscrit dans le cadre de la politique de lutte contre les violences faites aux femmes et d’égalité entre les femmes et les hommes ». Reprenons, et tentons de résumer : afin de combattre le machisme et de réduire le nombre de femmes battues, il faut abolir la prostitution, qui tient de la traite « dans l’immense majorité des cas », dixit Najat, et ne saurait être une activité volontaire. Au passage, notons la curieuse conception de l’égalité qui motive le projet… Le gouvernement semble toujours sans nouvelles des milliers d’hommes prostitués. Reste surtout à comprendre comment d’innombrables « indépendantes » continuent de proposer du sexe tarifé en toute liberté. Maud Olivier n’a pas daigné répondre au journal des « salauds », mais son assistante parlementaire à l’Assemblée « espère obtenir une date d’inscription en séance avant fin juillet », pour retricoter le texte vidé de sa substance par le Sénat.[access capability= »lire_inedits »]

Les « 343 salauds » ont remporté une victoire, mais la guerre n’est pas finie. Face à eux, entre autres, les « petits gardes roses »[1. L’expression est d’Élisabeth Lévy, dans l’éditorial de notre numéro d’octobre 2013.] du MJS ne perdent pas espoir que le législateur prenne le relais de leur « Pétition des jeunes pour l’abolition de la prostitution », à laquelle, à en croire les sondages, la majorité des 18-25 ans est favorable. Sauf que, sur le sujet, les jeunes semblent bien plus puritains que leurs aînés : toutes tranches d’âge confondues, selon une enquête CSA, 68 % des Français sont des salauds d’opposants à la pénalisation. Une proportion étonnante, si on songe que, d’après nos jeunes-de-gauche, « les clients sont toujours des hommes ». Pour eux, comme pour Maud Olivier et Najat Vallaud-Belkacem, « il faut en finir avec l’impunité » ! Causeur peut bien se targuer de défendre une liberté, ils ne sont pas dupes : « La seule liberté est celle donnée aux clients d’abuser sexuellement des femmes. »

Autre partisane forcenée de la pénalisation, Anne-Cécile Mailfert, porte-parole des distrayantes activistes d’Osez le féminisme !, est sur la même ligne. Pour cette ravissante experte autoproclamée, « la prostitution est synonyme de violences ». Fermez le ban. Elle développe sur Le Plus de L’Obs en 2013 : « Le cœur de la violence prostitutionnelle réside dans l’acte lui-même : même s’il est compensé par quelques billets, la prostitution, c’est le désir de l’un qui prime sur le désir de l’autre. » C’est vrai, qui peut bien avoir un désir d’argent ? Et comme « les clients sont des hommes à 99 % » tandis que les prostituées sont presque exclusivement des femmes, elle y voit – what else ? – une « problématique de genre » : ces gourdes de prostituées subissent « des rapports sexuels non désirés » et « les hommes peuvent se vautrer dans l’imaginaire du mâle viril dominant ». Se vautrer dans l’imaginaire ? Et pourquoi pas dans le caca de chien !

Nathalie, prostituée « traditionnelle » dans le quartier de Strasbourg-Saint-Denis, à Paris, l’assure pourtant : « Cette loi est d’une scandaleuse hypocrisie ! En quinze ans, je n’ai jamais été violée ou agressée physiquement. » D’accord, mais « l’exploitation sexuelle » par ton ordure de mac, c’est violent, non ? « Dans la rue, il n’y a plus de proxénètes, corrige-t-elle. Le mac des années 1970-1980, c’est fini. Et la “pauvre fille paumée”, c’est un cliché des abolitionnistes. Je cotise au Régime social des indépendants, et nos clients, c’est le prolétariat, il faut arrêter avec l’idée d’exploitation. » Bon, mais quid des étrangères, dont Nathalie reconnaît qu’elles n’ont pas la chance d’être comme elle propriétaires d’un appartement ? « Avec les migrantes, on se côtoie, on se parle », nous dit-elle. Elles ne se font pas racketter par un julot, mais remboursent « la “mamma” qui a payé leur passeur », puis font autre chose.

La contrainte est donc l’exception, et la libre décision la règle. Une édifiante étude[2. Étude réalisée à Paris, Lyon, Marseille et sur le web par Nick Mai, professeur de sociologie à l’Université métropolitaine de Londres, dans le cadre d’une recherche financée par la Fondation A*MIDEX, au Lames (Laboratoire méditerranéen de sociologie de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme).] menée par l’université d’Aix-Marseille entre mars 2014 et mars 2015 auprès de 500 personnes prostituées – hommes, femmes, transsexuels – révèle qu’à peine 7 % d’entre elles peuvent être considérées comme victimes de la traite, cette proportion atteignant 11 % chez les seules migrantes. En clair, neuf sur dix font ce métier de leur plein gré. Quant à la dixième, qui estime ne pas avoir décidé librement de se prostituer, elle évoque en général « des problèmes économiques et le manque de statut légal (papiers) » qui ne lui laisseraient « pas d’autre choix ». L’enquête cite la réponse d’une Nigériane : « Non, je n’ai pas décidé, mais qu’est-ce que je vais faire ? Ma famille souffre au Nigéria, et je n’ai pas de papiers, que puis-je faire d’autre ? Ils devraient nous donner des papiers au lieu de pénaliser les clients ! »

Quoi qu’il en soit, l’étude révèle que 98 % des personnes prostituées sont opposées à la pénalisation des clients. Le projet fait donc l’unanimité, contre lui, chez les personnes les plus directement concernées. Ainsi, les travailleurs du sexe que défend Me Stéphanie Marcie-Hullin, avocate du Collectif 16e, qui regroupe des prostituées de l’Ouest parisien, « sont unanimes » : ils considèrent que la pénalisation des clients les précariserait encore davantage et les obligerait à demander la « protection » de proxénètes. « Je ne sais pas si ça part d’une bonne intention, mais ça consiste à pénaliser les travailleurs du sexe, à nous abolir », renchérit Masha.

Du coup, les prostituées préféreraient encore revenir au bon vieux délit de racolage. « Elles ont toujours fait avec, en le contournant », explique Me Marcie-Hullin. Ce que nous confirme Josiane, depuis l’autre côté de Paris, au bois de Vincennes, où elle officie : « Les marcheuses comme moi sont tolérées, le commissaire nous demande seulement d’être habillées et de ne pas trop traîner entre deux bancs. Et puis on a un minimum de respect pour les gens : on ne se montre pas devant les écoles, ni trop près de la Foire du Trône ou le jour du Marathon de Paris. » « Moi, j’aime bien prospecter dans la rue », sourit aussi Nathalie, qui sait que ses collègues plus jeunes préfèrent pour la plupart travailler par le biais d’un site Internet. Malgré la menace du blocage administratif, l’offre explose littéralement, et pas seulement pour une clientèle masculine : « Sur un seul site, les femmes ont le choix entre 5 000 escort-boys », tient-elle à préciser.

Dans cette profusion, on souhaite bien du plaisir aux agents chargés de les traquer. Car si l’on observe ce qui se passe en Suède, premier pays à avoir opté pour la pénalisation des clients en 1999, ce n’est pas cette mesure qui inverserait la tendance. Là-bas, l’offre de prostitution sur le web a été multipliée par 20 en huit ans. Autant dire que, pour l’abolition, il faudra patienter. En termes d’efficacité, l’ensemble du fameux « modèle suédois », si cher à nos ministres des Droits des femmes et autre féministes, est d’ailleurs devenu un repoussoir : les peines prévues ne sont presque jamais prononcées, l’épidémie de sida s’aggrave chez les hétérosexuels, le pays est aujourd’hui le numéro un européen du viol, et les cas de violences sexuelles ont explosé en quelques années… Finalement, la bonne vieille prostitution de rue à papa faisait infiniment moins de dégâts que ne s’apprête à en faire le législateur français s’il s’avise de suivre la Suède dans cette voie.

L’avocate du Collectif 16e tempère cependant : « C’est un texte qui pourrait tomber aux oubliettes, ne jamais être appliqué. » Et pour cause, affirme-t-elle : « Il n’y a pas de victimes. » De plus, les prostituées « font une œuvre sociale très importante, auprès des personnes handicapées, ou sexuellement déviantes ». Nathalie confirme en quelques anecdotes : « J’ai un rôle sanitaire et social. Quand un cancéreux revient te voir un an après une passe et qu’il a récupéré ses cheveux, qu’il va mieux, tu te dis que, sur Meetic, il aurait pu attendre longtemps… Et toutes les femmes n’accepteraient pas de mettre des couches ou une fessée à leur mari, qui vient nous voir pour ça. On fait un vrai job, on est utiles. » Et aussi inadmissible que cela puisse paraître pour les illustres représentant-e-s de la « gauche sociétale », comme la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion, Ségolène Neuville, ou encore Patrick Jean, le cofondateur et porte-parole de l’association d’hommes féministes (sic ?) Zéro Macho, Nathalie « s’éclate sexuellement » dans sa vie privée. Comme elle, une escort nous confiait un jour d’un air entendu : « Je fais aussi du bénévolat… » Si même les prostituées ne sont pas vénales, où va le monde ?[/access]

*Photo : SERGE POUZET/SIPA/1312091724

L’école Vallaud-Belkacem n’est pas l’école Filippetti

35
Aurélie Filippetti Najat Vallaud-Belkacem François Hollande

Aurélie Filippetti Najat Vallaud-Belkacem François Hollande

Elles étaient les porte-parole du candidat François Hollande. Toutes deux enflammaient les foules, jouant aux dames Loyal au Bourget ou à Vincennes. Najat Vallaud-Belkacem et Aurélie Filippetti n’ont pas connu la même trajectoire depuis l’élection présidentielle de 2012. Alors que la première est devenue le symbole du gouvernement de Manuel Valls, la seconde escalade discrètement le Mont Beuvray. Tandis que Vallaud-Belkacem se situe désormais à l’épicentre de la gauche gouvernementale, Filippetti est devenue une frondeuse de second plan.

Pourtant, nous envions davantage la position de la députée de la Moselle que celle de la ministre de l’Education nationale. Nous admirons la liberté, les convictions d’Aurélie Filippetti quand nous regrettons que Najat Vallaud-Belkacem ait été réduite à être l’otage des gourous de la rue de Grenelle, dotée d’une langue de bois à faire verdir de jalousie Jean-François Copé. Ces deux-là, récompensées de leur porte-parolat efficace, avaient été logiquement nommées ministres en mai 2012. Filippetti hérita de la Culture et Vallaud-Belkacem du droit des femmes. Aussitôt se posa pour elles la question de savoir si elles seraient candidates aux élections législatives. La règle de François Hollande était claire. Les battus aux législatives ne demeureraient pas ministres. Deux attitudes, deux personnalités : alors que sa circonscription mosellane d’origine avait fait les frais du redécoupage et que son élection dans un nouveau secteur n’était pas garantie, Filippetti alla chercher sa légitimité devant les électeurs lorrains et remporta une victoire éclatante. Pendant ce temps, Najat Vallaud-Belkacem préféra assurer sa présence au gouvernement. Se lancer dans le département du Rhône, où elle avait pourtant élue conseillère générale quatre ans avant, était trop périlleux. Il aurait fallu qu’elle soit assurée d’être élue. Première différence, de taille, entre ces deux femmes politiques.

Au lendemain de la fête de la rose, alors que Manuel Valls donna sa démission du gouvernement afin d’éjecter Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti fit savoir qu’elle ne souhaitait pas demeurer ministre. Et elle retrouva son poste de députée, gagné en faisant campagne sur des convictions inchangées depuis. Najat Vallaud-Belkacem reçut une promotion en devenant ministre de l’Education nationale à la place d’un autre frondeur, Benoît Hamon. Mardi, dans l’hémicycle, elle a accusé un député UMP de Haute-Saône, Alain Chrétien, de ne s’intéresser que tardivement au thème de l’éducation. En ce qui nous concerne, nous n’avions jamais remarqué d’intérêt pour ce même sujet avant septembre 2014 chez Madame Vallaud-Belkacem. A l’image de Luc Chatel, qui n’y connaissait pas grand-chose non plus avant d’entrer rue de Grenelle, elle s’est rapidement faite gouroutiser par tous les pédagogos du ministère. La réforme du collège est née de là, tout comme son mépris pour les « pseudos intellectuels », de gauche pour la plupart. Filippetti est mue par des convictions politiques quand on ne connaît pas celles de Vallaud-Belkacem, si ce n’est qu’elle sait se conduire en soldat zélé du Président et de la technostructure de son ministère réunis. Déjà au ministère du droit des femmes, elle fut à l’origine de la polémique sur les ABCD de l’égalité, et recula aussitôt que le Président lui en intima l’ordre. Avec la réforme du collège, surtout depuis que Manuel Valls est passé en force il y a une semaine, Najat Vallaud-Belkacem est sans doute allée beaucoup trop loin pour rééditer son retrait en rase campagne. En cas de recul présidentiel, elle devrait démissionner et se retrouverait sans aucun mandat. Que ferait alors Najat Vallaud-Belkacem sans la politique ? Comme beaucoup de ses congénères, elle n’a fait que ça depuis que ses études sont achevées. Et elle ne sait sans doute rien faire d’autre. Encore une différence de taille avec Aurélie Filippetti, qui sait écrire des romans[1. Un peu comme son alter-ego Bruno Le Maire, elle sait même y ajouter une dose d’érotisme. Cela ne gâche rien.].

Voilà pourquoi nous préférerons toujours une Aurélie Filippetti à une Najat-Vallaud Belkacem. Libre, courageuse, indépendante, talentueuse, la députée de la Moselle fait croire à la politique quand la ministre au zénith de la notoriété vous en écarte.

*Photo : Wikimedia commons

Les Républicains ne dénigrent personne

28
Les Républicains Justice UMP

Les Républicains Justice UMP

Dans une de ses chroniques, toujours joliment ciselées, Régis Debray vient de dire ce qu’il fallait sur la proposition de Nicolas Sarkozy d’appeler désormais l’UMP « Les Républicains ». Intitulée « gardons le sourire », elle se termine par ces mots qualifiant la démarche sarkozienne : « Conversion ou pirouette  ? Coup de foudre ou coup de pub ? Les deux sont autorisés. Jusqu’à plus ample informé, le candide penchera pour l’option opérette. » Comme d’habitude, Régis Debray fait de la politique.

Un attelage hétéroclite, parfois ridicule et manifestement téléguidé, a choisi à grand son de trompe une autre voie. Celle malheureusement habituelle désormais de l’instrumentalisation de la Justice. Espérant que l’ensemble de la magistrature française ait renoncé aux impératifs d’impartialité et de rigueur juridique. Comme semblent l’avoir fait certains des magistrats en charge des affaires pénales concernant l’ancien Président de la République. Il se trouve que ce n’est pas le cas. Le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris, à qui l’on demandait d’interdire à l’UMP de prendre ce nouveau nom, vient de rendre une ordonnance prévisible et conforme au droit.

Abandonner le terrain du débat politique au profit du débat judiciaire est devenu systématique dans les prétoires. Ce n’est qu’une preuve de faiblesse. Et cela fonctionne en général comme un boomerang. L’UMP vient d’obtenir une importante publicité gratuite pour son congrès et tous les médias ont titré : « La Justice autorise  l’UMP à s’appeler Les Républicains. » Ce qui est faux, évidemment. Celle-ci s’est contentée de renvoyer sèchement les demandeurs dans leur but. Elle n’a ni autorisé, ni interdit, elle n’avait pas à le faire.

Voyons rapidement comment se pose le problème. L’article 4  de la Constitution de 1958 consacre le rôle et l’existence des Partis : « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. » Jusqu’à la loi de 1990 sur le financement public, il n’existait aucune règle et la plupart n’avaient pas de personnalité juridique. Après ce texte, la loi de 1901 sur les associations a été utilisée, mais uniquement pour leur donner une personnalité morale et leur permettre ainsi de recevoir des fonds. Ils peuvent s’appeler comme ils l’entendent dès lors bien sûr que leur nom ne viole pas des règles impératives de l’ordre public, en faisant par exemple la promotion de comportements punis par la loi. C’est ainsi que les termes République et Républicains ont été utilisés de toutes les façons possibles dans le nom des partis et de leurs associations satellites.

Dans le fatras de l’assignation en référé, il y avait un argument particulièrement savoureux. Pour les demandeurs, vouloir s’appeler « Les Républicains », c’était du « dénigrement indirect », puisque cela contesterait aux autres formations la qualité de leur républicanisme. Mais dites-moi, affirmer « je suis mieux républicain que vous », c’est le débat politique, ça ! Rappelez-vous, lorsque Valéry Giscard d’Estaing, avant de devenir Président de la République, dirigeait un parti qui s’appelait « Les Républicains indépendants ». Il ne serait venu à l’idée de personne d’y voir la volonté de dire que les autres républicains étaient dépendants. Et de se précipiter alors chez le juge pour demander l’interdiction.

Tous les arguments développés dans la polémique autour du changement de nom de l’UMP étaient des arguments politiques. Légitimes, parfois fondés, mais politiques, voire historiques ou carrément philosophiques. Mais dans le domaine de l’activité des partis, le principe qui s’applique est juridique : c’est celui de la liberté, énoncé par la Constitution. Manifestement, la liberté, enfin celle des autres, est particulièrement pénible à ceux qui se sont lancés dans cette triste pantalonnade. Ils ont simplement demandé au juge d’en priver leur adversaire ! C’est vrai, ça, comment Sarkozy peut-il se prétendre républicain et user d’une liberté constitutionnelle ? Mais il n’a pas le droit !

Tellement plus facile de faire des moulinets et d’essayer de dévoyer la justice plutôt que de mener le combat politique. Parce que le problème est bien là. À une courte majorité, les Français ont démocratiquement signifié, en mai 2012, à Nicolas Sarkozy qu’ils ne voulaient plus de lui. Catastrophe politique pour la gauche, la présidence Hollande rend non seulement probable une terrible défaite en 2017 mais aussi, horreur, le retour du battu tant haï. Alors on essaye tout, et on demande en particulier à la justice de nous en débarrasser. C’est une impasse.

Les demandeurs à cette procédure ? Quelques organisations politiques, dont certaines directement liées au Parti Socialiste. Une impressionnante litanie de personnes physiques, au sein de laquelle on verra apparaître en souriant quelques copains et quelques vieux chevaux de retour. Elles seront fort justement déclarées irrecevables, comme n’ayant pas d’intérêt direct pour agir. Seuls plusieurs membres d’une famille portant le nom de Républicain pouvaient être parties à la procédure. Comment ceux qui ont été à la manœuvre de l’opération ont-ils pu ne pas mesurer le ridicule de cette démarche ? On attend maintenant les procédures des familles Chrétien contre les églises, des familles Citoyen (si, si, il y en a) contre Jean-Pierre Chevènement, et de Ségolène Royal contre Louis de Bourbon, prétendant au trône de France qui se fait appeler Altesse Royale (pour qui se prend-t-il, celui-là ?).

Surprise quant à la procédure choisie. Un « référé d’heure à heure », dites donc ! Procédure rare et justifiée par l’extrême urgence, que seule l’autorisation préalable du juge rend possible. Et pour la lancer une assignation de plus de 350 pages : tract confus et filandreux avec, entre autres, du Louis Aragon dedans… En général le juge des référés, surtout d’heure à heure, étant celui de l’urgence et de l’évidence, les exploits introductifs d’instance sont plus concis. Enfin, lorsque l’on parle d’exploit introductif, c’est celui par lequel on saisit le juge à qui on réserve ses arguments. Cette fois-ci, pas du tout. Le document a triomphalement circulé partout, disponible sur la page web d’un des avocats et repris par toute la presse et les réseaux. À la place du magistrat, j’aurais trouvé cela assez moyen.

Cela a peut-être été le cas, car on sent poindre à la lecture de la décision une lassitude un peu agacée d’être contraint à quelques rappels assez élémentaires. Par exemple, que les demandeurs personnes physiques ou morales sont bien gentils de prétendre représenter à eux seuls l’intérêt général mais qu’il faudrait être un peu sérieux. Qu’invoquer à l’encontre de l’UMP une faute (article 1382 du Code civil) ne peut être fait que devant le juge du fond, ce qu’un étudiant de première année doit savoir. Que le juge des référés est bien le juge de l’évidence et de l’urgence, et que l’on serait bien en peine d’en trouver dans la tartine qui lui a été soumise.

Par conséquent, le juge n’a pas « autorisé » l’UMP à adopter le nom « les Républicains ». Il a simplement dit que la demande d’interdiction telle qu’elle avait été formulée ne tenait pas debout. Le président du MRC a indiqué qu’il ferait appel. Ceux qui ont initié ce premier tour de piste auront probablement d’autres idées. Le chapiteau est dressé et le cirque judiciaire va continuer. Malheureusement.

*Photo : Pascal Fayolle/SIPA/1505221513