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Pascal Jardin, neuf ans et des poussières

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vichy pascal jardin

Bien avant que l’on connaisse son nom, Pascal Jardin (1934-1980) a joué un rôle important dans notre vie puisqu’il a été le dialoguiste de Bernard Borderie pour la série des  films Angélique, marquise des Anges avec Michèle Mercier dans le rôle-titre. Ils passaient à la télé à l’époque où le carré blanc existait encore. Après avoir enflammé l’imaginaire érotique de la France dans les années 60, ils enflammaient celui des petits garçons des années 70 qu’on envoyait se coucher dès qu’Angélique se retrouvait à moitié-nue, c’est à dire bien avant la fin de la première bobine. Ce qui est certain aussi c’est que Pascal Jardin n’a pas franchement travaillé avec la Nouvelle Vague. Son genre de beauté en matière de film  noir par exemple,  c’était plutôt La Horse de Pierre Granier-Deferre avec Gabin qu’À bout de souffle de Godard avec Belmondo. En même temps, le cinéma, pour Pascal Jardin, c’était surtout alimentaire et sans doute avait-il conscience que son talent ne s’exprimait vraiment que dans ses livres, qui ne sont pas nombreux mais tous exquis, acides, précis, drôles et émouvants.

On a été très content, ainsi, de trouver en édition originale le premier qui lui ait valu un vrai succès, La guerre à neuf ans, publié en 1971 chez Grasset. Tomber sur l’édition originale pour deux euros, nous n’allions pas nous priver. D’autant plus que l’emballage était plutôt bien fait: une jaquette blanche sur  sur la couverture beurre frais avec en médaillon Pascal Jardin enfant et surtout un de ces bandeaux rouges chargés d’attirer l’attention du chaland mais qui, en l’occurrence, le faisait avec une certaine justesse :« Vichy vu par un Saint-Simon en culottes courtes. » La formule est heureuse et rend bien compte du propos: Pascal Jardin était le fils de Jean Jardin qui fut le directeur de cabinet de plusieurs excellences pétainistes y compris de Laval lui-même.

Pourrait-on parler aujourd’hui si légèrement de Vichy, même avec un regard d’enfant? Ce n’est pas certain du tout. Plus l’évènement s’éloigne dans le temps et plus on devient pointilleux sur la question, le devoir de mémoire se transformant en devoir de culpabilité. On peut penser que c’est très bien sur le plan politique même si on oublie au passage que Vichy n’était pas la France dans la mesure où un général ombrageux avait expliqué dès le 18 juin 40 à Londres que la République, c’était lui et ceux qui combattaient avec lui, et personne d’autre. Mais ça devient franchement ridicule quand cela s’applique encore  aujourd’hui dans le domaine des Lettres et que les écrivains collabos que l’on trouvait en livre de poche jusque dans les années 80 sont aujourd’hui à nouveau proscrits comme ils l’étaient en 45.

L’année où sort La guerre à neuf ans, 1971, est aussi celle du Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls. A ce titre, on peut penser que le Pascal Jardin est le dernier livre « innocent »  sur la question et Le chagrin et la Pitié le premier film « coupable ». Et encore, l’innocence de Jardin est celle de l’enfant, pas celle de l’adulte parfaitement conscient des ambiguïtés de Vichy, de l’ignominie de la Milice ou de la folie de la politique antisémite.

Seulement, crime qui est sans doute impardonnable aujourd’hui, il s’interdit tout pathos. Il est même léger, drôle, insolent et redoutablement précis. Autre chose impossible à concevoir aujourd’hui, c’est la préface d’Emmanuel Berl, grand bourgeois juif pacifiste, croix de guerre 1917, ami des surréalistes et de Drieu et surtout l’auteur des discours de Pétain du 23 et 25 juin où son sens de la formule est resté dans l’histoire puisqu’il est l’auteur de « La terre, elle ne ment pas » et de «  Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. » On pourra préférer ses admirables récits que sont Regain en Pays d’Auge ou Rachel et autres grâces, il n’en demeure pas moins que Berl, aussi portraituré par Jardin alors qu’il est déjà le mari de la chanteuse Mireille, incarne bien cette complexité qui rend un peu vaines les postures morales d’aujourd’hui.

Il faut donc lire La guerre à neuf ans avec la même innocence que l’enfant qui se souvient. L’effondrement de 40 vécu depuis une maison de campagne dans l’Eure, les portraits des ministres ou des intellectuels qui gravitent dans la ville d’eau aussi ennuyeuse que bruissante d’intrigues de palais.

Et puis le récit de la débandade dès 1943 est passionnant comme une tragédie ou un roman noir. Il y a, par exemple, cette incroyable scène où Jean Jardin passant en Suisse est sur le point de dégainer son arme contre des maquisards jurassiens: «  Je n’ai jamais compris pourquoi ils nous avaient laissés passer. Ce que j’ai appris plus tard, c’est que les Allemands nous faisaient suivre et que des occupants de la voiture de la Wermacht qui nous talonnait, et qui tomba dans l’embuscade, il n’y eut pas de survivants. »

On s’attardera, pour finir, sur le portrait de Paul Morand en sportif mutique qui épuise le jeune Pascal en baignades dans l’Allier ou dans la piscine du Tennis-Club: « Le temps que j’essaie de lui répondre, il est déjà absent de lui-même ou sorti de la pièce. Il ne croit pas aux réponses, les questions lui suffisent. » De quoi se demander si là, en l’occurrence, ce n’est pas aussi un autoportrait de Pascal Jardin, homme du monde  d’avant qui aimait les voitures rapides, les femmes, le jeu, les alcools forts et pour qui écrire cette Guerre à neuf ans fut d’abord une manière d’exercice spirituel, de bilan au mezzo del cammin di nostra vita.

 

La guerre à neuf ans de Pascal Jardin (Grasset, 1971), deux euros, Clos Saint-Marc, Rouen.

La Guerre à Neuf Ans

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Le déraciné

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Renaud Santa Maria, littérateur éclectique, auteur de nouvelles et poésies, plume de Gaspard Proust à ses heures perdues, nous livre son second roman : Le malheur sera ta chance. Dans les flots de la rentrée littéraire, ce livre au ton intime et parfois lyrique dévoile la vie d’un homme entre deux rives.

Chaque jour que Dieu essaie de faire, Augustin se rend au cimetière du Père-Lachaise, sur la tombe de Palma. Le 9 Septembre, elle l’a quitté, elle qui l’a construit, elle qui l’a porté, elle qui lui a donné son nom. Dès le début, l’œuvre revêt une dimension autofictionnelle puisque la mère récemment défunte de l’auteur s’appelle Palma Santa Maria. La mère-modèle du héros, le laisse, orphelin, face à ses responsabilités d’adulte. Mais l’écrivain se sert de cette histoire pour écrire une parabole à portée universelle.

Si le style est parfois légèrement filandreux, il sert un récit initiatique d’une construction intelligente et d’un classicisme trompeur. Plus centré sur l’introspection et le ressassement du souvenir, le roman nous raconte l’aventure du deuil. Deuil de la mère mais aussi de la foi, évaporée avec cette figure tutélaire. Perdu dans le monde moderne, Augustin est dans l’attente d’un signe divin pour continuer une vie suivant son cours sans le moindre repère. C’est à travers ce récit ordinaire que Renaud Santa Maria éclaire sous un nouveau jour l’aventure contemporaine.

Du cimetière du Père-Lachaise à Bruxelles, l’homme apprend progressivement à se détacher du souvenir pour pouvoir enfin se libérer du passé et embrasser le futur. Se plaçant sous le patronage de Rimbaud, qui, lui aussi, entretenait une relation fusionnelle avec sa mère, il revisite les lieux où celui-ci se fit tirer dessus par son amant et ami Paul Verlaine. La liberté du poète contraste pourtant avec la lourdeur des pas du héros.

Dans sa quête de sens, le personnage principal se pose une question universelle : « Quel est le sens de la vie quand la personne qui nous a construit disparaît »? Sorte de déraciné, il ne voit plus l’utilité de parler ni de vivre. Pourtant, par le dialogue avec ses amis et ceux qui ont connu sa mère, il apprend à grandir.

Pour grandir, Augustin doit réapprendre le rapport à l’autre. Aveuglé par le lien qui le relie toujours à sa mère, il en vient à perdre tout contact avec les vivants. C’est donc en faisant le deuil qu’il réapprend à se lier aux autres et à aimer. Et à aller de nouveau de l’avant en dépassant sa révolte.

Ode à la liberté, mais aussi à la nécessité du souvenir, le roman questionne la foi. Adolescent porté mais aussi freiné dans sa croissance par l’omniprésence de sa mère, Augustin survit en s’appuyant sur l’héritage spirituel et mystique de celle qui l’a formé. La foi était pour elle le phare immatériel d’une époque qui se noie dans le vide. Le roman prend en définitive la forme d’une réconciliation avec Dieu. En acceptant la mort, le jeune homme redécouvre la vie. Prêt à repartir de plus belle, le héros ne ressort pas neuf cette aventure mais grandi, car l’épreuve, dit-il est formatrice: « Les grandes victoires ne sont rien d’autre que de grands obstacles surmontés. »

Le malheur sera ta chance, Renaud Santa Maria, Belfond.

Le Malheur sera ta chance

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*Photo: wikimedia.

Attentat raté du Thalys : le récit des faits

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(AFP) – Les enquêteurs sont en train d’interroger l’homme qui a été maîtrisé hier par des militaires américains en vacances alors qu’il s’apprêtait à ouvrir le feu à la kalachnikov sur les passagers d’un train Amsterdam-Paris.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect serait marocain et âgé de 26 ans. Il a résidé en Espagne et avait été signalé comme islamiste radical par les autorités espagnoles aux services français. Il faisait donc l’objet d’une fiche « S », ce qui ne signifie pas forcément une surveillance.

Armé d’un fusil d’assaut kalachnikov, d’un pistolet automatique, de neuf chargeurs et d’un cutter, il a ouvert le feu à au moins une reprise à 17h50 vendredi dans le train à grande vitesse Thalys 9364, peu après le passage du convoi en France.

Mais le carnage qu’il s’apprêtait à commettre a été évité par l’intervention d’un groupe d’amis américains en vacances, dont deux militaires. Les hommes, dont un a été blessé, ont été salués comme des héros par les autorités françaises et par le président Barack Obama, qui leur a exprimé sa « profonde gratitude ». Les jeunes Américains ont raconté cet épisode « dingue » dans des propos filmés par divers médias.

« Tout est arrivé très vite », a dit Anthony Sadler, étudiant, qui voyageait avec ses amis Alex Skarlatos, 22 ans, et Spencer Stone, tous deux militaires américains, qu’il avait retrouvés pour des vacances en Europe.

« On a entendu un coup de feu et du verre brisé, » a rapporté M. Skarlatos, membre de la garde nationale de l’état de l’Oregon, rentré il y a peu d’une mission en Afghanistan. « J’ai vu un homme entrer dans le wagon avec une kalachnikov. »

Chris Norman, un consultant britannique âgé de 62 ans, qui voyageait dans le même wagon, a déclaré qu’ils avaient « vu un gars avec une AK47 (kalachnikov). Alex a dit à Spencer, +Va le choper!+. Le gars a sorti un cutter et il a tailladé Spencer à l’arrière du cou, il lui a pratiquement coupé le pouce aussi, Spencer l’a tenu et on l’a finalement maîtrisé, il était inconscient, on a fini par l’attacher ».

« Spencer a bien couru 10 mètres jusqu’au type. On s’est mis à le taper à la tête jusqu’à ce qu’il s’écroule », a raconté de son côté M. Skarlatos.

Sur des images filmées avec l’aide d’un téléphone portable à l’intérieur du train et diffusées par plusieurs chaînes de télévision, on peut voir le suspect, un jeune homme mince, portant un pantalon blanc et torse nu, plaqué au sol sur le ventre, les mains attachées dans le dos. Une kalachnikov est posée contre un siège et du sang est visible sur une vitre du wagon.

Le suspect « avait l’air dans un état second », selon Anthony Sadler. Après les Merah, Nemmouche, Kouachi, et Coulibaly, un nouveau « loup solitaire » – selon l’expression prisée par de nombreux médias – grossit donc la meute des fanatiques islamistes. Hélas, il semblerait que cet arbre cache une forêt bien épaisse…

Eté 2015: bilan globalement négatif

anne hidalgo paris plage

C’est presque la rentrée. On le voit à la mine déprimée des parisiens, et aux fournitures scolaires qui envahissent les rayons des supermarchés… Petit bilan des deux derniers mois – marqués par la crise grecque, la crise du porc et les coups de soleil… mais pas seulement…

01/07 : Rien. C’est le premier jour du mois.

04/07 : Au Royaume-Uni un quinquagénaire meurt foudroyé, alors qu’il brandissait une « perche-à-selfie » métallique vers le ciel… L’individu n’a pas survécu à la charge électrique et à de graves brûlures. Je me demande de quelle manière on racontera les circonstances de sa mort à ses petits-enfants, et aux enfants de ses petits-enfants… On dira certainement qu’il est mort à la guerre…

05/07 : Les grecs disent « OXI » et rejettent le plan austéritaire des créanciers par 61,31% contre 38,69%. Le premier-ministre Alexis Tsipras devient une star du show-business à l’égal de Jésus-Christ ou John Lennon. Une vague sauvage d’hellénophilie traverse l’Occident. Le pays de Demis Roussos et Sophocle redevient un paradis terrestre. Les pêches sont toutes miraculeuses, les terres arides se transforment en jardins luxuriants, les investisseurs et les touristes affluent en troupeaux, les créanciers sont joviaux, le soleil darde ses rayons avec plus d’enthousiasme que jamais… l’austérité est abolie ! Inutile de dire que le lendemain de cuite a été un peu douloureux pour certains… Par ailleurs le 5 juillet un championnat du monde de soupe au pistou a été organisé à Miramas dans les Bouches-du-Rhône. Six-cent convives ont dégusté des litres de soupe, jugés et notés selon la taille des légumes, la texture, l’assaisonnement, le goût et l’aspect du breuvage… Les activités humaines sont fascinantes…

06/07 : Une indiscrétion d’un intérêt capital dans la Lettre de l’expansion nous apprend que Michel Rocard a cassé la graine avec le chef d’entreprise Christian Blanc. Malheureusement la brève ne précise pas le détail des aliments ingérés, ni si la digestion s’est bien passée pour Michel… C’est frustrant. Ainsi va la politique du ventre…

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07/07 : Sur la Place rouge, à Moscou, une violente bagarre éclate entre des sosies-attrapes-touristes de Staline et Lénine… Une enquête a été ouverte. L’Histoire jugera.

10/07 : Le Japon annonce l’installation prochaine du Wi-fi au sommet du Mont Fuji… La prochaine étape ? Une appli permettant de télécharger la montagne sur son Smartphone ? On va dans le mur, tu viens ?

12/07 : Émergence, dans la presse autorisée, de nombreuses de photos éprouvantes de Nicolas Sarkozy en train de faire du vélo : la campagne de 2017 est donc officiellement lancée…

14/07 : En pleine Fête nationale deux incendies monstres se déclarent au sommet de cuves d’hydrocarbures autour de l’étang de Berre… Les colossaux panaches de fumée ne sont pas encore dissipés au-dessus du complexe pétrochimique que le gouvernement écarte déjà la piste terroriste pour évoquer un… « acte malveillant« . C’est trop peu. J’aurais préféré personnellement : un « acte non bienveillant« . Et les malveillants courent toujours…

16/07 : Anne Hidalgo, mairesse de Paris (il faut dire comme ça) lance Paris-Plage sur Twitter avec ce message sibyllin et hystérique bourré de smileys, qui restera dans les annales du n’importe quoi… Heureusement qu’elle ne dispose pas de la force de frappe nucléaire…

19/07 : Michel Sapin se casse un bras dans une station-service en se servant de l’essence. La France découvre, pétrifiée, qu’en fait ce ministre ne sait absolument rien faire…

20/07 : Le Figaro propose un classement des meilleurs kebabs de Paris. Les temps changent. Et quand ça change, ça change… ‘faut jamais se laisser démonter…

22/07 : Nice-Matin nous apprend qu’un habitant de Saint-Laurent-du-Var a sorti de l’eau une daurade de 15kg. L’intéressé déclare : « Je suis pêcheur depuis mon enfance et c’est rare de prendre une daurade coryphène de ce poids-là au mois de juillet. Je pense que cela est dû au réchauffement climatique ». L’article est accompagné d’un portrait du pêcheur tenant en main sa prise monstrueuse. Voilà, c’est tout. La presse régionale crèvera de ce genre d’images…

23/07 : On apprend le même jour que le « Défenseur des droits » demande l’interdiction de l’usage des flash-ball par les forces de l’ordre, et qu’une opération de communication sirop-guimauve de la police a conduit des fonctionnaires à distribuer des bonbons aux voyageurs dans un grand aéroport international… La police qui distribue des douceurs, ça se passe : a/ en Russie b/ au Tadjikistan c/ à Cuba d/ en France e/ en Corée du Nord ?

27/07 : Un petit village de l’Essonne est littéralement envahi par les coléoptères… « Les habitants de Saint-Maurice-Montcouronne sont excédés, rapporte l’AFP. Ils sont envahis par des insectes qui sortent à la tombée de la nuit et s’introduisent dans les maisons« . Ça, et le succès médiatique de Donald Trump, ça sent un peu la fin du monde…

01/08 : Le célèbre lion Cecil du Zimbabwe (ex- Rhodésie du Sud), superstar du Parc national Hwange est abattu par un chasseur américain, qui est – détail aggravant – dentiste de profession. L’émotion est immédiate et l’indignation internationale. On signe des pétitions. On commercialise des t-shirts et des mugs. Pourtant aucune réaction de Nicolas Sarkozy… Droite complice !

07/08 : J’apprends l’existence d’une commune nommée « Angoisse » en Dordogne… Il faut absolument y ouvrir un village-vacances d’écrivains…

09/08 : « Tournée des plages » estivale des Jeunes Républicains : les sacripants distribuent des préservatifs marqués de l’inscription : « Merci pour ce moment » – en référence au chef d’œuvre de Valérie Trierweiler. C’est dur.

10/08 : A Lyon un SDF d’origine Bulgare tente de se suicider à deux reprises dans la journée : en se jetant successivement dans la Saône et le Rhône (ce qui est le grand luxe de la capitale des Gaules…) Par deux fois Boudu est sauvé des eaux par les pompiers. Si on ne peut même plus se suicider en paix… Pays de merde !

11/08 : Médusés, des touristes sont les témoins consternés, à Paris-plage, du face-à-face pathétique entre « Tel-Aviv-sur-Seine » (opération évènementielle en toc liée au jumelage entre la Ville lumière et la ville côtière israélienne) et « Gaza-plage » (rassemblement sauvage d’activistes tiers-mondistes, d’élus d’extrême-gauche en mal de médiatisation et de femmes voilées) … 500 policiers sont mobilisés pour  l’occasion. Lassée, Anne Hidalgo préfère passer ses vacances sur la plage, en Espagne… à Cadix-plage.

12/08 : Étrange : c’est aujourd’hui l’anniversaire de François Hollande, mais aussi celui de Julien Lepers et Djibril Cissé… C’est également la journée de la loutre. Et c’est un 12 août que l’Urss a fait exploser sa première bombe H. H comme… Hollande… Coïncidence ?! Je ne crois pas…

14/08 : Geneviève de Fontenay s’exprime enfin sur les attentats de Janvier (c’est une voix qui manquait…) ; elle déclare notamment au sujet de Charlie Hebdo : « on l’a cherché, il ne fallait pas faire ces dessins« . Je pense plutôt qu’il ne fallait pas faire ce chapeau, et que la petite tête qui est dessous devrait se taire plus souvent…

15/08 : Rien.

16/08 : Jean-Jacques Goldman, Omar Sy et Simone Veil sont élus « personnalités préférées des Français« © par les lecteurs du JDD. L’absence de Mimie Mathy en dit long sur l’état de délabrement moral de ce pays…C’est petit.

17/08 : Révélation choc d’un chercheur américain : une cassette d’Enrico Macias aurait été retrouvée dans les affaires personnelles de Ben Laden. Qui s’en étonnera ?

18/08 : Pour ses vacances Vladimir Pouline plonge à la découverte d’une épave byzantine à bord d’un sous-marin de poche. Un nouvel exploit, après l’équitation torse-nu, la pêche de brochets colossaux, et la chasse à la baleine… L’année prochaine il pose le pied sur Mars !

19/08 : Les sauvages de l’Etat-Islamique décapitent l’ex-directeur du site archéologique de Palmyre, et attachent son corps supplicié à une colonne… Les mots manquent aux grands dirigeants occidentaux, qui d’ailleurs restent muets.

20/08 : La province de Buenos Aires (Argentine) contraint par la loi l’emploi de clowns, dans les hôpitaux, afin d’accabler encore davantage les enfants malades. Avec les « Pierrots de la nuit »© parisiens une Internationale des clowns-fonctionnaires est en train de voir le jour…

Il est temps que ça se termine… D’autant que se profile à l’horizon la « rentrée littéraire » et son cortège de livres de Christine Angot et consorts. Vivement octobre – le mois des vendanges tardives et des révolutions !

 

 

Cambadélis au secours de Jean-Marie Le Pen

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Au 10 rue de Solférino, le roi de l’amalgame a encore frappé. L’hiver ayant soufflé sa bise, Jean-Christophe Cambadélis n’assimile plus le vote frontiste à la profanation d’un cimetière juif, pas plus qu’il n’associe l’Etat islamique et Israël, ni qu’il renvoie dos à dos « islamophobie » et antisémitisme comme deux formes rivales de « xénophobie ». Non, il se dit que le Premier secrétaire du Parti (dit) Socialiste a potassé son catéchisme antiraciste et concevrait même qu’on puisse être Français ET musulman – voire victime de racisme anti-blanc suivant la pigmentation de sa peau ?

Cette fois, Camba a trouvé une nouvelle occasion de se draper dans sa vertu : l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du FN ! Bien que la père et la fille soient bonnet blanc et blanc bonnet aux yeux de l’apparatchik en chef du PS, l’ancien dirigeant de l’Unef ne se console pas de la perte d’un diable aussi commode. Cela donne un twieet on ne peut plus compatissant : « La tentative d’assassinat de JM Le Pen par une Marine Le Pen cachée derrière la tenture est terrifiante. Les Atrides au portes du pouvoir… » (sic, les fautes sont d’origine). Dans l’imaginaire de l’ex-strauss-kahno-aubryste rallié au hollandisme, Marine Le Pen n’aurait fait que ripoliner la boutique frontiste, qui ne serait rien d’autre qu’un magasin des horreurs pétainiste et antisémite. Au vu des scores toujours croissants du FN dans nos campagnes, cela fait froid dans le dos…

On ne manquera pas d’ironiser, voire de ricaner, devant tant de bienveillance à l’égard une personne âgée. Mais une question demeure: Jean-Marie Le Pen est-il une chance pour la France ou une victime de la société?

Le génie des bipolaires

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On dit souvent que l’intelligence rend fou ou que la folie rend intelligent. Ce qui n’était qu’un mythe nourri par les vies de Nietzsche, Van Gogh ou Althusser, est aujourd’hui confirmé par des données scientifiques. Les troubles psychiques, notamment la bipolarité, se retrouvent en effet plus fréquemment chez les gens disposant d’un quotient intellectuel et d’une créativité supérieurs à la moyenne.

C’est une étude menée par une équipe écossaise qui permet de tirer cette conclusion. Les chercheurs ont comparé deux données sur un échantillon de 1881 personnes du même âge. D’un côté, leur QI à l’âge de 8 ans, de l’autre, leur propension à présenter des troubles maniaco-dépressifs à l’âge de 23 ans.

Le rapport révèle une certaine corrélation entre les deux phénomènes étudiés. Chez les 10% de jeunes ayant le plus de prédispositions aux troubles psychiques, le QI moyen est supérieur de 10 points à celui des 10% d’enfants les moins susceptibles de subir les conséquences de la bipolarité.

Daniel Smith, professeur à l’université de Glasgow et directeur de l’étude, a commenté ses résultats pour le journal anglais The Guardian : « Il y a quelque chose dans les gènes causant les désordres mentaux qui pourrait s’avérer un avantage. ». Pour lui, l’intelligence semble donc fleurir au-dessus d’une activité mentale instable. « Il est possible que de sérieux troubles du comportement, comme la bipolarité, soient le prix à payer pour disposer de qualités d’adaptation comme l’intelligence, la créativité et la maîtrise verbale ». La folie, vue comme décalage d’une personne par rapport à l’ordre social, peut donc aussi tracer des voies pour l’évolution humaine.

Une autre étude, réalisée en Islande, avait déjà donné des conclusions analogues. On y apprenait que les personnes bipolaires se rencontrent plus souvent dans les milieux artistiques, domaines où la créativité s’épanouirait le plus. Chez les peintres, écrivains, musiciens et danseurs, il y aurait 25% de chances supplémentaires de trouver les gènes impliqués dans le développement de la bipolarité que chez les agriculteurs, travailleurs manuels et commerçants.

Kari Stefansson, président de DeCODE, la société à l’origine de ces travaux, avait expliqué ses conclusions dans le journal Nature Neuroscience au moment de leur parution: « Pour être créatif, il faut penser différemment. Quand on est différent, on a tendance à être considéré comme étrange, fou, voir même malsain ». L’apport de l’équipe écossaise semble donc confirmer cette tendance de la recherche et consolider la croyance tenace selon laquelle les artistes et les intellectuels sont bien souvent aux confins de la folie.

Cependant, comme Daniel Smith l’explique, si une corrélation existe, le mécanisme n’a rien d’automatique. Avoir un fort QI ou des capacités créatives n’est pas synonyme de folie. Ce sont des raisons exogènes qui fragilisent l’individu : « Un fort Qi n’est pas un facteur certain de la bipolarité. Mais peut-être que les gènes qui confèrent l’intelligence peuvent s’exprimer à travers des troubles dans un contexte d’exposition à d’autres facteurs de risque ». Il pourrait donc s’avérer nécessaire de protéger, sans brider leur créativité, les enfants concernés par ce risque.

Puisque le trouble bipolaire touche 1% à 2% de la population mondiale selon l’OMS, il constitue un problème majeur de santé publique. L’organisation la considère comme l’une des dix maladies les plus coûteuses et incapacitantes dans le monde. Les personnes touchées connaissent un taux de mortalité trois fois plus élevé que celui de la population générale. Le risque suicidaire est notamment majeur, avec un pourcentage de 10 à 15% chez les patients non traités. Moins grave mais tout aussi problématique, ce trouble peut causer la désocialisation des personnes atteintes. Les coûts directs et indirects de cette maladie sont ainsi évalués à plusieurs milliards d’Euros.

Mais au-delà de la question purement sanitaire, cette étude nous révèle que parmi nos plus brillants éléments, se cachent aussi des gens à la frontière de la folie. Susceptibles d’assumer des fonctions de commandement ou de direction, ces personnes font subir l’enfer à leurs subordonnées et collègues. Alors, si votre patron a des sautes d’humeur inexplicables, ne vous inquiétez pas, c’est sûrement la preuve de son intelligence.

*Photo:Pixabay.

Interdiction de fumer en ville

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Après les moyens de transports, les gares, les bars, les restaurants, les salles de cinéma et les aires de jeux pour enfants, la campagne anti-tabac a récemment franchi la dernière frontière qui lui restait à enjamber : la sphère privée.

Le prétexte invoqué? La protection des enfants! Quelle cause est plus sacrée? Qui oserait s’opposer à un objectif aussi noble ? Pour la ministre de la Santé Marisol Touraine, il faut habituer les petits à «  vivre dans un environnement sans tabac ». Comprenez : dans un milieu nettoyé de toute cigarette, de près comme de (très) loin. Autrement dit, protéger nos chères têtes blondes non seulement de la fumée mais aussi des mauvais exemples, en leur évitant le spectacle désolant de fumeurs s’adonnant à leur vice. Il ne reste plus qu’à « purger » les trottoirs de nos villes de ces importuns.

Il faut dire que nous ne sommes pas les premiers. De telles interdictions généralisées – car c’est vers cela que l’on tend – existent déjà aux Etats-Unis. À New York, il est non seulement interdit de fumer dans les lieux publics, dans la rue ou dans les parcs, comme dans la majeure partie des états fédéraux, mais les syndics de copropriétés new yorkais peuvent en outre prohiber la fumée dans les appartements.

Mais l’avant-garde de cette lame de fond hygiéniste se situe en Afrique, décidément le continent de l’avenir. Selon l’AFP, la ville de Mekele en Ethiopie ne s’est pas embarrassée. Elle a tout simplement interdit de fumer partout. Les autres villes éthiopiennes ne devraient pas tarder à en faire autant, puisque la  loi prohibitive a été votée pour l’ensemble du pays.

Le plus étonnant reste que, dans ce pays de la corne de l’Afrique, la prohibition n’était pas nécessaire. Là-bas, « il est déjà très mal vu de fumer », nous confie Biftu, une Ethiopienne vivant en France, « surtout pour une femme. Et les gens fument de toute façon très peu. » Biftu pense que les raisons de l’interdiction sont surtout religieuses : « Dans la région du Tigré où se situe Mekeleil a toujours été interdit de fumer devant les prêtres, qui sont partout ». La culture religieuse est très forte en Ethiopie, mais tout particulièrement dans le Tigré.

Ceci n’est pas sans nous rappeler Les 500 millions de Begum,  l’anti-utopie de Jules Verne où  une ville fait du combat sanitaire sa religion. Jules Verne avait déjà tout compris, lui qui a aussi mis en scène, dans Vingt mille lieues sous les mers, ce magnifique dialogue entre le Capitaine Nemo et son « invité » dans le sous-marin, le professeur Pierre Aronnax :

« – Monsieur, je vous remercie d’avoir mis cette bibliothèque à ma disposition.  Il y a là des trésors de science, je vais en profiter

–  Cette salle n’est pas seulement une bibliothèque, dit le capitane Nemo, c’est aussi un fumoir

– Un fumoir ! M’écriai-je. On fume donc à bord ?

– Sans doute. »

Et quand on pense qu’en France, aujourd’hui, des enfants sont exposés à cette calamité!

*Photo: Pixabay.

Chine : ambition totalitaire et accidents industriels

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chine tianjin techernobyl

Si les dirigeants chinois ont renoncé depuis la mort de Mao en 1976 au projet révolutionnaire consistant à refonder définitivement ou périodiquement la société, ils continuent à accaparer le pouvoir en tentant de contrôler globalement et au jour le jour non seulement l’activité économique, source de prospérité et de fierté nationale, mais aussi les pensées et même les âmes d’un peuple ardent au travail, remuant et désormais assez libre de ses mouvements, pour anticiper et empêcher chez eux toute velléité de s’organiser, de réagir collectivement aux difficultés qu’ils rencontrent dans leurs vies, voire de surveiller et de contrôler ceux qui les gouvernent.

Les grèves, les manifestations, les protestations individuelles et collectives sont en fait innombrables dans le pays. À chaque fois, les dirigeants dépêchent sur les lieux un dignitaire du Parti chargé de limoger ou de poursuivre pour incompétence ou « corruption » des responsables locaux. L’essentiel est de garder l’initiative et le pouvoir de décider, d’orienter, de nommer ou de démettre, et d’éviter que le mécontentement des habitants lésés ou injustement traités ne débouche sur la constitution d’une organisation, si petite et si faible soit-elle, qui vienne concurrencer la seule organisation, à la fois toute-puissante et faible parce qu’illégitime, autorisée dans l’ensemble du pays. Car il ne s’agit plus seulement de conquérir et de garder le pouvoir, comme le recommandait Machiavel, mais de le garder pour toujours,  au nom d’une idéologie qui, tout en affirmant que le peuple est enfin maître, justifie l’Organisation qui se substitue au peuple.

Quand le pouvoir à vocation totalitaire s’incarne dans la personne d’un seul homme, sa limite est naturelle: c’est la santé et la durée de vie de cet homme, que la maladie et la mort viennent un jour rappeler à l’ordre.

Dans le cas d’un pouvoir collectif, comme l’actuel Comité permanent du Bureau politique, composé de sept hommes (même si Xi Jinping y a acquis une prépondérance croissante, actuellement incontestée), le projet totalitaire, qui vise à contrôler le temps de l’Histoire, à être lui-même l’Histoire, à déjouer la possibilité d’événements qui le remettent en cause, rencontre sa limite dans la survenue des accidents, les simples et imprévisibles accidents, qu’ils tiennent à la négligence et à l’imprévoyance des hommes, ou à l’action de forces naturelles et du hasard, qui par définition échappe au contrôle. Le temps alors affirme son pouvoir, surtout sous un régime qui veut à la fois développer les possibilités techniques contemporaines de communication, et ne pas se laisser déborder par elles.

Il y a bien sûr eu souvent, sous des régimes totalitaires ou autoritaires, des accidents imprévus, des catastrophes, ou des révoltes, y compris dans les camps, comme celles dont Soljenitsyne a fait état longuement dans le tome 3 de L’Archipel du Goulag, trop peu lu hélas. On boucle la zone, on envoie l’armée, on négocie avec les meneurs, puis on écrase la révolte en s’assurant qu’elle n’est pas connue à l’extérieur. Ou on minimise le désastre, et on interdit que son ampleur soit connue. Car si la population et le monde extérieur étaient informés de l’ampleur des faits et du désarroi des autorités, la mainmise du pouvoir sur la société, et sa supposée maîtrise du réel, seraient gravement mises en cause. La question qui lui est posée alors est: quelles informations communiquer, laisser circuler, être objets de réflexion et de revendications? Question particulièrement délicate à l’heure des réseaux sociaux, des photos et vidéos prises par des portables, des messages électroniques, de leur diffusion quasi instantanée sur la Toile.

Un cas d’école à cet égard, que les dirigeants chinois ne peuvent oublier ni ignorer à l’occasion de la catastrophe de l’explosion de Tianjin, est celui de l’explosion du réacteur nucléaire de Tchernobyl, alors en Ukraine soviétique, en avril 1986, avant l’invention de l’omni-communication mondiale et instantanée. Le contexte politique et technologique était certes fort différent, mais le rapport du pouvoir et de la société était fondamentalement le même.

Pour Gorbatchev, alors secrétaire général du Parti, la catastrophe constitue la première mise en œuvre de la politique de glasnost’ (« transparence ») présentée au cours du XXVIIe congrès en février-mars de la même année, qui a rencontré de fortes oppositions. Dans son esprit, l’accident constitue « un nouvel argument fort en faveur de réformes profondes. » Après une période d’hésitation et de conflits internes à la direction, l’ampleur de la catastrophe est reconnue. C’est une étape essentielle dans le processus qui conduira en 1989 à la chute du mur de Berlin, puis à la fin de l’URSS elle-même et de la domination du communisme en Europe centrale et orientale. On comprend que les dirigeants chinois, qui n’ont pas oublié non plus la visite de Gorbatchev à Pékin en mai 1989, juste avant Tian’anmen, veuillent éviter à tout prix une telle évolution.

Leurs premières réactions montrent que s’ils ne peuvent dissimuler les faits et leur gravité, désormais connus de tous, leur souci est de contrôler la diffusion des informations et des réactions souvent véhémentes voire violentes des populations concernées. Grâce au site américain China Digital Times, soutenu par l’Université de Berkeley et bloqué en Chine (et relayé en France en particulier par le site Rue89, animé par Pierre Haski), et qui dispose d’informateurs sur place, on a pu connaître dès le 15 août les instructions données par la censure chinoise aux médias et aux responsables des sites internet et des réseaux sociaux chinois, qui opèrent comme des relais de la censure, sous peine de voir leurs opérations bloquées. Par exemple cette instruction:  » Les sites web ne sont pas autorisés à recueillir directement des informations sur l’accident, et lorsqu’ils publient les informations, ne peuvent pas ajouter de commentaires individuels sans autorisation. Ne pas faire de retransmissions en direct. » Le département de la propagande de la ville de Tianjin a donné de son côté les instructions suivantes : « Les responsables et journalistes des stations de télévision locale, de radio, de journaux et d’unités de travail médiatique de la ville, y compris les présentateurs, ne doivent absolument pas poster d’informations sur Weibo [l’équivalent chinois de Twitter] ou sur WeChat [équivalent de WhatsApp] à propos des explosions. »

Enfin (je cite Rue89), le Bureau de la propagande internet d’une province dont le nom a été omis par China Digital Times afin de protéger sa source, a émis les instructions suivantes : « Priorité absolue : dépublier toutes les images et les informations sur les explosions de la zone économique de Tenggu, à Tianjin, des titres et des recommandations. Nettoyer les posts. Ne pas publier d’articles n’émanant pas de Xinhua [l’agence de presse officielle]. Si de tels articles ont été publiés, merci de les placer très loin. »

Grâce à un mélange de surveillance incessante et de menaces (des peines de prison sont prévues pour qui diffuse des « rumeurs »), le pouvoir s’applique ainsi à limiter sévèrement la possibilité qu’ont les Chinois de s’informer, et surtout de se constituer en un « public » ou en une « opinion publique ». L’enjeu de cette course de vitesse entre les dirigeants et des citoyens dont bon nombre sont ingénieux et déterminés à savoir et faire savoir, est considérable et dépasse le cadre déjà gigantesque de la Chine. La technologie de l’information, désormais si rapide et maniable, peut-elle être contrôlée par un pouvoir décidé à maintenir son hégémonie tout en profitant du développement des techniques? Un pouvoir peut-il durablement s’approprier les informations et le savoir?

La vie continue, malgré le malheur des accidents et des injustices et de la mort, nous le savons. Mais ce qui est menacé et même interdit par les gouvernants chinois, c’est la possibilité d’enquêter et de réfléchir sur les causes des négligences coupables, pour éventuellement empêcher que de pareilles catastrophes se reproduisent, et pour contrôler ceux qui contrôlent, opposer des pouvoirs citoyens au pouvoir central qui couvre les potentats locaux. « Revenir sur ce qui s’est passé » (fansi), voilà ce qui se trouve interdit et effacé dans la Chine d’aujourd’hui.

L'âme bridée: Essai sur la Chine aujourd'hui

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*Photo: Sipa. Numéro de reportage : SIPAUSA31357777_000029.

L’Etat islamique et la théologie du viol

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Qadya, Irak. « Juste avant de violer la jeune fille âgée de 12 ans, ce combattant de l’Etat Islamique a pris le temps d’expliquer que ce qu’il s’apprêtait à faire n’était pas un pêché. Parce que cette préadolescente pratiquait une autre religion que l’Islam, non seulement le Coran lui donnait le droit de la violer mais, insistait-il, il le préconisait et encourageait à le faire.
« Il lui attacha les mains et la bâillonna. Puis il s’agenouilla à côté du lit et se prosterna dans la prière avant de se mettre sur elle. Lorsque cela fut fini, il s’agenouilla pour prier à nouveau, mettant fin au viol par des actes de dévotion religieuse.
«  » Je ne cessais de lui dire ça fait mal, s’il vous plaît, arrêtez, » dit la jeune fille, dont le corps est si petit qu’un adulte pourrait encercler sa taille de ses deux mains.  » Il m’a dit que selon l’Islam, il est autorisé à violer une non croyante. Il a dit qu’en me violant, il se rapproche de Dieu « , raconte-t-elle dans un entretien avec sa famille dans un camp de réfugiés dans lequel elle a trouvé refuge après 11 mois de captivité. »

Dieu est amour… À la décharge (si je puis dire) de l’islam, je dois préciser que sunnites et chiites s’entendent — une fois n’est pas coutume — pour affirmer que le viol systématique pratiqué par les hommes de Daech n’est pas hallal. On est content de l’entendre.

Le récit ci-dessus se trouve dans un long article extrêmement fouillé du New York Times qui a été patiemment traduit ici, pour les non-anglicistes.
La presse française de droite (j’utilise encore ces qualificatifs qui me paraissent totalement obsolètes, juste histoire de me faire comprendre des imbéciles qui passeraient ici, et qui, contrairement aux lecteurs usuels de ce blog, croient qu’il existe encore une gauche française identifiable dans la coterie au pouvoir) a longuement fait état de ces pratiques courantes dans tous les états fondamentalistes en guerre — particulièrement dans toute l’Afrique islamisée : voir par exemple au Soudan. Pour ce qui est du Nigeria et de Boko Haram, on sait comment ils se servent en vierges dans les écoles.
C’est qu’un pucelage, cela a son prix, dans cette religion de paix et d’amour, comme le souligne un éminent islamologue, Claude Sicard, dans les colonnes du Figaro. Il rappelle au passage que, mesdames, vous êtes des créatures inférieures, qui devez vous couvrir afin de ne pas attiser le désir turgescent des guerriers / des mâles / des hommes de 7 à 77 ans.
Quelle idée aussi ont eu des journalistes femmes d’aller couvrir il y a deux ans la révolution égyptienne ? Caroline Sinz ou Lara Logan se sont fait violer en public sur la place Tarir. Ça n’a guère ému la rédaction de France Télévision — la peur de l’amalgame, etc. Quelle idée a eu cette travailleuse humanitaire, Kayla Mueller, enlevée par l’Etat islamique, qui a bénéficié d’un viol personnel du calife Abou Bakr al-Baghdadi… Et cette petite imbécile s’en remettait à dieu dans la dernière lettre qu’elle a fait passer à ses parents… C’était sans compter sur la confraternité des totems du monothéisme.
Singulière religion où les hommes sont habités de désirs incontrôlables, où les femmes sont des incitations permanentes au viol, où un léger frisottis sur la nuque rappelle les toisons pubiennes, etc. Curieuse religion où les femmes ne sont pas maîtresses de leur corps, et où de surcroît elles sont impures quelques jours par moi : et comme elles ne portent pas de camélia rouge à la boutonnière de leur burqa, elles sont suspectes d’impureté 365 jours par an.

Un lecteur de passage m’a reproché d’avoir en grande partie abandonné le thème de l’école, autour duquel s’était constitué mon blog, et de faire dans l’obsession islamique. Mais c’est la même chose : l’école française est laïque, le Savoir est agnostique, et tout ce qui contrevient à ces deux fondements du système éducatif doit être vigoureusement combattu. Il y a un siècle ou deux, c’eût été le jésuitisme des congrégations. Aujourd’hui, c’est le salafisme.
En vérité je te le dis, ami musulman de passage. Les femmes ne sont pas des incitations au viol, mais à la politesse et aux raffinements de la courtoisie, et elles font ce qu’elles veulent de leur corps — qui qu’elles soient, y compris ta sœur et ta mère.
Et figure-toi qu’elles ont elles aussi parfois des désirs, mais qu’elles ne bondissent pas sur ce prétexte, ni sur le fait que tu ne couvres pas ta tête, petit salopiaud, pour te violer en public — non sans avoir invoqué le Prophète, « sottise et bénédiction », comme dit Voltaire, soient sur lui.

PS. J’écrivais il y a quelques mois que l’Islam guerrier (c’est plus ou moins un pléonasme, selon que vous prenez le Coran au premier ou au second degré,comme l’explique Claude Sicard) s’attaque aux musées et aux sites archéologiques parce qu’il a l’obsession d’abolir le temps. On vient d’apprendre que l’Etat islamique a décapité le directeur des antiquités de Palmyre (82 ans — il était temps, il aurait pu mourir bêtement de vieillesse), et a suspendu son cadavre au sommet d’une colonne. Avertissement sans frais à tous les archéologues : il n’y a pas de passé, ni de présent ou d’avenir quand on prend à la lettre les mots d’un texte écrit il y a 1400 ans.

Platini et Blatter: ils se sont tant aimés

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blatter platini fifa qatar

Sepp Blatter, président de la FIFA élu en 1998 et quatre fois réélu depuis, a été poussé à la démission en juin et, à l’approche de nouvelles élections, tente de saborder celui qui fut l’un de ses plus proches alliés dans sa prise de pouvoir au  sein de l’organisation mondiale du football : Michel Platini.

Entre ces deux figures du football mondial, tout commence à Zurich le 12 novembre 1987, lors des tirages au sort des éliminatoires du Mondial 90. Blatter n’est alors que secrétaire général de la FIFA mais préside déjà la table où a lieu le tirage au sort. À deux sièges de lui est assis Platini, 32 ans, jeune retraité du football. À en croire le journaliste Jacques Vendroux, répondant au Monde, les deux deviennent rapidement amis : « Il y a d’abord eu une admiration réciproque, Blatter aimait les grands joueurs, et Michel était impressionné par ce secrétaire général chaleureux et travailleur. »

Progressivement, les deux hommes deviennent une équipe redoutable. Après le passage de Platini à la tête de l’équipe de France, ils se retrouvent pour planifier ensemble la Coupe du Monde 1998. Leurs relations s’approfondissent alors que l’ancien N°10, nommé par Mitterrand co-président du Comité d’Organisation du Mondial, doit se rendre très souvent à Zurich. Jacques Lambert, directeur général du Comité, se contente de noter : « Entre Michel et Sepp, le courant passe bien ».

C’est en 1997 que les deux passent ensemble à la vitesse supérieure. João Havelange, brésilien à la tête de la FIFA depuis 1974, laisse sa place. Alain Leiblang, journaliste proche de Platini lui conseille de briguer la présidence de l’institution. Mais l’ancien meneur de jeu ne se sent pas encore prêt et veut l’avis de Blatter, qui ne s’est pas encore déclaré candidat. À Singapour, en marge de la Football Expo 98 (sorte de foire du football-spectacle), les deux futurs dirigeants se rencontrent seuls dans une chambre d’hôtel. En sortant, l’ancien joueur déclare à Leiblang: « On a décidé. Sepp sera président de la FIFA et moi son conseiller technique ».

Le Suisse garde un souvenir ému de l’aide que lui apporte alors son compère français dans sa prise de la FIFA : « « J’avais eu deux mois pour me préparer, et il n’y avait que deux personnes pour m’aider : ma fille Corinne et Michel Platini ». Après sa victoire, son ami devient comme prévu son N°2, sa « conscience sportive » selon le joli mot de Blatter. Le travail de Platini consiste donc à distribuer l’argent de la FIFA aux différentes fédérations.

S’ensuivent quatre années au cours desquelles, malgré quelques scandales passés sous le tapis, les deux amis quadrillent l’univers des fédérations de football et se mettent les plus petites dans leurs poches. Gérard Ernault, journaliste à L’Equipe, explique : «  Blatter a enseigné à Michel les vertus formidables de la mécanique un pays – une voix. Pour les élections, le vote de la Sierra Leone compte autant que celui de l’Allemagne ». C’est à l’école de Blatter que Platini apprend la politique.

En 2007, après dix ans de bons et loyaux services, le N°2 se décide à conquérir la FIFA. Malgré tous ses efforts pour le garder à ses côtés, lui promettant chaque fois sa succession mais persistant à se représenter à chaque élection, Blatter se résigne à laisser partir son poulain. Il lui offre même, au dernier moment, son soutien face à Lennart Johansson, président de l’UEFA, alors candidat à sa propre succession. Lors d’un dîner officiel à la veille de l’élection, Le 25 janvier 2007, à Düsseldorf, Blatter piétine sa neutralité et se déclare en faveur du Français : « Platini for president ». Se mettant à dos Johansson, il légitime son camarade et lui assure le soutien d’un grand nombre de hiérarques hésitant entre l’ancien et le nouveau.

Dirigeant enfin les deux plus grandes instances du football mondial, les deux amis sont arrivés au bout de leurs ambitions. Mais, timidement, Platini, s’affirme comme futur candidat à la présidence de la FIFA. En 2011, il accepte pourtant de soutenir une nouvelle fois son ancien patron en espérant que la place sera libre pour la prochaine élection. Ce que lui confirme Blatter. Ce dernier se répand d’ailleurs en éloges dans les médias pour celui qu’il dit voir comme son successeur naturel : « Michel est prêt s’il le veut. Bien sûr qu’il ferait un bon président. » répond-il à France Football en janvier 2012. Pourtant, en 2015, lorsque Blatter se représente à sa propre succession, Platini, excédé, refuse de le soutenir.

De fait, les relations entre Platini et Blatter ne sont plus les mêmes depuis déjà cinq ans. L’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar les a mis à dos à dos. Alors que Blatter voulait la donner aux Etats-Unis, Platini, par son enthousiasme pro-qatari, semble avoir convaincu plusieurs membres du comité d’attribution de donner leurs voix à l’émirat.

Et c’est justement de cette affaire-là que Blatter se sert aujourd’hui pour entraîner son ancien comparse dans sa chute. Platini s’étant arrangé pour ne pas être associé aux affaires de corruption ayant amené la démission du Suisse, ce dernier cherche à s’offrir une dernière gourmandise : la tête de son vieux copain. Le 5 Juillet, il déclare au journal allemand Welt am Sonntag, que le choix du Qatar comme pays hôte de la Coupe du Monde 2022 est dû à l’intervention politique de Nicolas Sarkozy. Il met en avant un déjeuner qui a réuni celui qui était Président de la République et le chef de l’UEFA. Il avance que la décision était justifiée par des intérêts économiques, notamment français et allemands. Chevalier blanc, Blatter déclare s’inquiéter pour la FIFA, qu’il craint de laisser aux mains d’un prédateur comme Platini : « Je suis ici pour me battre. (…) J’ai peur qu’ils souhaitent briser la FIFA, un travail auquel j’ai contribué ».

Mais cela n’empêche pas Platini d’annoncer le 29 Juillet sa candidature à la présidence de la FIFA. Après deux mois d’atermoiements, l’ancien footballeur reconverti en fin politique se lance enfin à la conquête de l’institution dont Blatter a finalement perdu le contrôle.

Ce dernier ne s’avoue pas vaincu et  n’a pas envie de laisser son vieux copain s’en tirer. Dans un article du 15 août publié par le journal néerlandais Volkskrant, il prétend que Platini aurait menacé de l’envoyer en prison. Il s’émeut des propos que lui aurait rapportés son frère. Au cours du mois de mai, celui-ci aurait déjeuné avec Platini. Le futur candidat à la présidence de la FIFA lui aurait alors dit : « dis à Sepp de retirer sa candidature, ou il ira en prison ». Ces propos que, bien évidemment, Platini nie avoir tenu, sont en tous cas pour Blatter une arme contre son ennemi.

Et il semblerait qu’il ne soit pas décidé à s’arrêter là. D’après le journal Welt am Sonntag, Blatter aurait commandé un article à charge sur Michel Platini afin de le discréditer. « [Platini est] l’un des plus grands magiciens du ballon que l’Europe ait jamais vu mais n’est pas assez grand pour être président de la Fifa si l’on regarde du côté du Qatar » aurait-on pu lire dans ce brûlot qui aurait été nommé : « Platini : un squelette dans le placard » s’il avait été publié.

Si l’UEFA a répondu à cette attaque en demandant une enquête à la FIFA, il se pourrait que Blatter obtienne ce qu’il désire. Mais, celui que l’on surnommait autrefois Michel Blatterini, a retenu les leçons de son maître. Il sait que l’élection ne se jouera pas dans les grands médias mais au niveau des petits pays. Longtemps été critiqué pour être un homme de l’Europe, fermé aux petites fédérations, le dirigeant européen a ouvert son horizon. Dans le communiqué de l’UEFA annonçant sa candidature à la présidence de la FIFA, on entrevoit le nouveau Platini « à l’écoute de tous dans le respect de la diversité du football dans le monde ». Malgré son ultime tentative pour enrayer l’ascension de son ex-poulain, le maître devra peut-être s’agenouiller devant son ancien élève. Il pourra toujours se rassurer en se disant que ses méthodes resteront appliquées à la FIFA.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21771632_000001.

Pascal Jardin, neuf ans et des poussières

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vichy pascal jardin

vichy pascal jardin

Bien avant que l’on connaisse son nom, Pascal Jardin (1934-1980) a joué un rôle important dans notre vie puisqu’il a été le dialoguiste de Bernard Borderie pour la série des  films Angélique, marquise des Anges avec Michèle Mercier dans le rôle-titre. Ils passaient à la télé à l’époque où le carré blanc existait encore. Après avoir enflammé l’imaginaire érotique de la France dans les années 60, ils enflammaient celui des petits garçons des années 70 qu’on envoyait se coucher dès qu’Angélique se retrouvait à moitié-nue, c’est à dire bien avant la fin de la première bobine. Ce qui est certain aussi c’est que Pascal Jardin n’a pas franchement travaillé avec la Nouvelle Vague. Son genre de beauté en matière de film  noir par exemple,  c’était plutôt La Horse de Pierre Granier-Deferre avec Gabin qu’À bout de souffle de Godard avec Belmondo. En même temps, le cinéma, pour Pascal Jardin, c’était surtout alimentaire et sans doute avait-il conscience que son talent ne s’exprimait vraiment que dans ses livres, qui ne sont pas nombreux mais tous exquis, acides, précis, drôles et émouvants.

On a été très content, ainsi, de trouver en édition originale le premier qui lui ait valu un vrai succès, La guerre à neuf ans, publié en 1971 chez Grasset. Tomber sur l’édition originale pour deux euros, nous n’allions pas nous priver. D’autant plus que l’emballage était plutôt bien fait: une jaquette blanche sur  sur la couverture beurre frais avec en médaillon Pascal Jardin enfant et surtout un de ces bandeaux rouges chargés d’attirer l’attention du chaland mais qui, en l’occurrence, le faisait avec une certaine justesse :« Vichy vu par un Saint-Simon en culottes courtes. » La formule est heureuse et rend bien compte du propos: Pascal Jardin était le fils de Jean Jardin qui fut le directeur de cabinet de plusieurs excellences pétainistes y compris de Laval lui-même.

Pourrait-on parler aujourd’hui si légèrement de Vichy, même avec un regard d’enfant? Ce n’est pas certain du tout. Plus l’évènement s’éloigne dans le temps et plus on devient pointilleux sur la question, le devoir de mémoire se transformant en devoir de culpabilité. On peut penser que c’est très bien sur le plan politique même si on oublie au passage que Vichy n’était pas la France dans la mesure où un général ombrageux avait expliqué dès le 18 juin 40 à Londres que la République, c’était lui et ceux qui combattaient avec lui, et personne d’autre. Mais ça devient franchement ridicule quand cela s’applique encore  aujourd’hui dans le domaine des Lettres et que les écrivains collabos que l’on trouvait en livre de poche jusque dans les années 80 sont aujourd’hui à nouveau proscrits comme ils l’étaient en 45.

L’année où sort La guerre à neuf ans, 1971, est aussi celle du Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls. A ce titre, on peut penser que le Pascal Jardin est le dernier livre « innocent »  sur la question et Le chagrin et la Pitié le premier film « coupable ». Et encore, l’innocence de Jardin est celle de l’enfant, pas celle de l’adulte parfaitement conscient des ambiguïtés de Vichy, de l’ignominie de la Milice ou de la folie de la politique antisémite.

Seulement, crime qui est sans doute impardonnable aujourd’hui, il s’interdit tout pathos. Il est même léger, drôle, insolent et redoutablement précis. Autre chose impossible à concevoir aujourd’hui, c’est la préface d’Emmanuel Berl, grand bourgeois juif pacifiste, croix de guerre 1917, ami des surréalistes et de Drieu et surtout l’auteur des discours de Pétain du 23 et 25 juin où son sens de la formule est resté dans l’histoire puisqu’il est l’auteur de « La terre, elle ne ment pas » et de «  Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. » On pourra préférer ses admirables récits que sont Regain en Pays d’Auge ou Rachel et autres grâces, il n’en demeure pas moins que Berl, aussi portraituré par Jardin alors qu’il est déjà le mari de la chanteuse Mireille, incarne bien cette complexité qui rend un peu vaines les postures morales d’aujourd’hui.

Il faut donc lire La guerre à neuf ans avec la même innocence que l’enfant qui se souvient. L’effondrement de 40 vécu depuis une maison de campagne dans l’Eure, les portraits des ministres ou des intellectuels qui gravitent dans la ville d’eau aussi ennuyeuse que bruissante d’intrigues de palais.

Et puis le récit de la débandade dès 1943 est passionnant comme une tragédie ou un roman noir. Il y a, par exemple, cette incroyable scène où Jean Jardin passant en Suisse est sur le point de dégainer son arme contre des maquisards jurassiens: «  Je n’ai jamais compris pourquoi ils nous avaient laissés passer. Ce que j’ai appris plus tard, c’est que les Allemands nous faisaient suivre et que des occupants de la voiture de la Wermacht qui nous talonnait, et qui tomba dans l’embuscade, il n’y eut pas de survivants. »

On s’attardera, pour finir, sur le portrait de Paul Morand en sportif mutique qui épuise le jeune Pascal en baignades dans l’Allier ou dans la piscine du Tennis-Club: « Le temps que j’essaie de lui répondre, il est déjà absent de lui-même ou sorti de la pièce. Il ne croit pas aux réponses, les questions lui suffisent. » De quoi se demander si là, en l’occurrence, ce n’est pas aussi un autoportrait de Pascal Jardin, homme du monde  d’avant qui aimait les voitures rapides, les femmes, le jeu, les alcools forts et pour qui écrire cette Guerre à neuf ans fut d’abord une manière d’exercice spirituel, de bilan au mezzo del cammin di nostra vita.

 

La guerre à neuf ans de Pascal Jardin (Grasset, 1971), deux euros, Clos Saint-Marc, Rouen.

La Guerre à Neuf Ans

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Le déraciné

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renaud santa maria malheur chance

renaud santa maria malheur chance

Renaud Santa Maria, littérateur éclectique, auteur de nouvelles et poésies, plume de Gaspard Proust à ses heures perdues, nous livre son second roman : Le malheur sera ta chance. Dans les flots de la rentrée littéraire, ce livre au ton intime et parfois lyrique dévoile la vie d’un homme entre deux rives.

Chaque jour que Dieu essaie de faire, Augustin se rend au cimetière du Père-Lachaise, sur la tombe de Palma. Le 9 Septembre, elle l’a quitté, elle qui l’a construit, elle qui l’a porté, elle qui lui a donné son nom. Dès le début, l’œuvre revêt une dimension autofictionnelle puisque la mère récemment défunte de l’auteur s’appelle Palma Santa Maria. La mère-modèle du héros, le laisse, orphelin, face à ses responsabilités d’adulte. Mais l’écrivain se sert de cette histoire pour écrire une parabole à portée universelle.

Si le style est parfois légèrement filandreux, il sert un récit initiatique d’une construction intelligente et d’un classicisme trompeur. Plus centré sur l’introspection et le ressassement du souvenir, le roman nous raconte l’aventure du deuil. Deuil de la mère mais aussi de la foi, évaporée avec cette figure tutélaire. Perdu dans le monde moderne, Augustin est dans l’attente d’un signe divin pour continuer une vie suivant son cours sans le moindre repère. C’est à travers ce récit ordinaire que Renaud Santa Maria éclaire sous un nouveau jour l’aventure contemporaine.

Du cimetière du Père-Lachaise à Bruxelles, l’homme apprend progressivement à se détacher du souvenir pour pouvoir enfin se libérer du passé et embrasser le futur. Se plaçant sous le patronage de Rimbaud, qui, lui aussi, entretenait une relation fusionnelle avec sa mère, il revisite les lieux où celui-ci se fit tirer dessus par son amant et ami Paul Verlaine. La liberté du poète contraste pourtant avec la lourdeur des pas du héros.

Dans sa quête de sens, le personnage principal se pose une question universelle : « Quel est le sens de la vie quand la personne qui nous a construit disparaît »? Sorte de déraciné, il ne voit plus l’utilité de parler ni de vivre. Pourtant, par le dialogue avec ses amis et ceux qui ont connu sa mère, il apprend à grandir.

Pour grandir, Augustin doit réapprendre le rapport à l’autre. Aveuglé par le lien qui le relie toujours à sa mère, il en vient à perdre tout contact avec les vivants. C’est donc en faisant le deuil qu’il réapprend à se lier aux autres et à aimer. Et à aller de nouveau de l’avant en dépassant sa révolte.

Ode à la liberté, mais aussi à la nécessité du souvenir, le roman questionne la foi. Adolescent porté mais aussi freiné dans sa croissance par l’omniprésence de sa mère, Augustin survit en s’appuyant sur l’héritage spirituel et mystique de celle qui l’a formé. La foi était pour elle le phare immatériel d’une époque qui se noie dans le vide. Le roman prend en définitive la forme d’une réconciliation avec Dieu. En acceptant la mort, le jeune homme redécouvre la vie. Prêt à repartir de plus belle, le héros ne ressort pas neuf cette aventure mais grandi, car l’épreuve, dit-il est formatrice: « Les grandes victoires ne sont rien d’autre que de grands obstacles surmontés. »

Le malheur sera ta chance, Renaud Santa Maria, Belfond.

Le Malheur sera ta chance

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*Photo: wikimedia.

Attentat raté du Thalys : le récit des faits

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(AFP) – Les enquêteurs sont en train d’interroger l’homme qui a été maîtrisé hier par des militaires américains en vacances alors qu’il s’apprêtait à ouvrir le feu à la kalachnikov sur les passagers d’un train Amsterdam-Paris.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect serait marocain et âgé de 26 ans. Il a résidé en Espagne et avait été signalé comme islamiste radical par les autorités espagnoles aux services français. Il faisait donc l’objet d’une fiche « S », ce qui ne signifie pas forcément une surveillance.

Armé d’un fusil d’assaut kalachnikov, d’un pistolet automatique, de neuf chargeurs et d’un cutter, il a ouvert le feu à au moins une reprise à 17h50 vendredi dans le train à grande vitesse Thalys 9364, peu après le passage du convoi en France.

Mais le carnage qu’il s’apprêtait à commettre a été évité par l’intervention d’un groupe d’amis américains en vacances, dont deux militaires. Les hommes, dont un a été blessé, ont été salués comme des héros par les autorités françaises et par le président Barack Obama, qui leur a exprimé sa « profonde gratitude ». Les jeunes Américains ont raconté cet épisode « dingue » dans des propos filmés par divers médias.

« Tout est arrivé très vite », a dit Anthony Sadler, étudiant, qui voyageait avec ses amis Alex Skarlatos, 22 ans, et Spencer Stone, tous deux militaires américains, qu’il avait retrouvés pour des vacances en Europe.

« On a entendu un coup de feu et du verre brisé, » a rapporté M. Skarlatos, membre de la garde nationale de l’état de l’Oregon, rentré il y a peu d’une mission en Afghanistan. « J’ai vu un homme entrer dans le wagon avec une kalachnikov. »

Chris Norman, un consultant britannique âgé de 62 ans, qui voyageait dans le même wagon, a déclaré qu’ils avaient « vu un gars avec une AK47 (kalachnikov). Alex a dit à Spencer, +Va le choper!+. Le gars a sorti un cutter et il a tailladé Spencer à l’arrière du cou, il lui a pratiquement coupé le pouce aussi, Spencer l’a tenu et on l’a finalement maîtrisé, il était inconscient, on a fini par l’attacher ».

« Spencer a bien couru 10 mètres jusqu’au type. On s’est mis à le taper à la tête jusqu’à ce qu’il s’écroule », a raconté de son côté M. Skarlatos.

Sur des images filmées avec l’aide d’un téléphone portable à l’intérieur du train et diffusées par plusieurs chaînes de télévision, on peut voir le suspect, un jeune homme mince, portant un pantalon blanc et torse nu, plaqué au sol sur le ventre, les mains attachées dans le dos. Une kalachnikov est posée contre un siège et du sang est visible sur une vitre du wagon.

Le suspect « avait l’air dans un état second », selon Anthony Sadler. Après les Merah, Nemmouche, Kouachi, et Coulibaly, un nouveau « loup solitaire » – selon l’expression prisée par de nombreux médias – grossit donc la meute des fanatiques islamistes. Hélas, il semblerait que cet arbre cache une forêt bien épaisse…

Eté 2015: bilan globalement négatif

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anne hidalgo paris plage

anne hidalgo paris plage

C’est presque la rentrée. On le voit à la mine déprimée des parisiens, et aux fournitures scolaires qui envahissent les rayons des supermarchés… Petit bilan des deux derniers mois – marqués par la crise grecque, la crise du porc et les coups de soleil… mais pas seulement…

01/07 : Rien. C’est le premier jour du mois.

04/07 : Au Royaume-Uni un quinquagénaire meurt foudroyé, alors qu’il brandissait une « perche-à-selfie » métallique vers le ciel… L’individu n’a pas survécu à la charge électrique et à de graves brûlures. Je me demande de quelle manière on racontera les circonstances de sa mort à ses petits-enfants, et aux enfants de ses petits-enfants… On dira certainement qu’il est mort à la guerre…

05/07 : Les grecs disent « OXI » et rejettent le plan austéritaire des créanciers par 61,31% contre 38,69%. Le premier-ministre Alexis Tsipras devient une star du show-business à l’égal de Jésus-Christ ou John Lennon. Une vague sauvage d’hellénophilie traverse l’Occident. Le pays de Demis Roussos et Sophocle redevient un paradis terrestre. Les pêches sont toutes miraculeuses, les terres arides se transforment en jardins luxuriants, les investisseurs et les touristes affluent en troupeaux, les créanciers sont joviaux, le soleil darde ses rayons avec plus d’enthousiasme que jamais… l’austérité est abolie ! Inutile de dire que le lendemain de cuite a été un peu douloureux pour certains… Par ailleurs le 5 juillet un championnat du monde de soupe au pistou a été organisé à Miramas dans les Bouches-du-Rhône. Six-cent convives ont dégusté des litres de soupe, jugés et notés selon la taille des légumes, la texture, l’assaisonnement, le goût et l’aspect du breuvage… Les activités humaines sont fascinantes…

06/07 : Une indiscrétion d’un intérêt capital dans la Lettre de l’expansion nous apprend que Michel Rocard a cassé la graine avec le chef d’entreprise Christian Blanc. Malheureusement la brève ne précise pas le détail des aliments ingérés, ni si la digestion s’est bien passée pour Michel… C’est frustrant. Ainsi va la politique du ventre…

rocard

07/07 : Sur la Place rouge, à Moscou, une violente bagarre éclate entre des sosies-attrapes-touristes de Staline et Lénine… Une enquête a été ouverte. L’Histoire jugera.

10/07 : Le Japon annonce l’installation prochaine du Wi-fi au sommet du Mont Fuji… La prochaine étape ? Une appli permettant de télécharger la montagne sur son Smartphone ? On va dans le mur, tu viens ?

12/07 : Émergence, dans la presse autorisée, de nombreuses de photos éprouvantes de Nicolas Sarkozy en train de faire du vélo : la campagne de 2017 est donc officiellement lancée…

14/07 : En pleine Fête nationale deux incendies monstres se déclarent au sommet de cuves d’hydrocarbures autour de l’étang de Berre… Les colossaux panaches de fumée ne sont pas encore dissipés au-dessus du complexe pétrochimique que le gouvernement écarte déjà la piste terroriste pour évoquer un… « acte malveillant« . C’est trop peu. J’aurais préféré personnellement : un « acte non bienveillant« . Et les malveillants courent toujours…

16/07 : Anne Hidalgo, mairesse de Paris (il faut dire comme ça) lance Paris-Plage sur Twitter avec ce message sibyllin et hystérique bourré de smileys, qui restera dans les annales du n’importe quoi… Heureusement qu’elle ne dispose pas de la force de frappe nucléaire…

19/07 : Michel Sapin se casse un bras dans une station-service en se servant de l’essence. La France découvre, pétrifiée, qu’en fait ce ministre ne sait absolument rien faire…

20/07 : Le Figaro propose un classement des meilleurs kebabs de Paris. Les temps changent. Et quand ça change, ça change… ‘faut jamais se laisser démonter…

22/07 : Nice-Matin nous apprend qu’un habitant de Saint-Laurent-du-Var a sorti de l’eau une daurade de 15kg. L’intéressé déclare : « Je suis pêcheur depuis mon enfance et c’est rare de prendre une daurade coryphène de ce poids-là au mois de juillet. Je pense que cela est dû au réchauffement climatique ». L’article est accompagné d’un portrait du pêcheur tenant en main sa prise monstrueuse. Voilà, c’est tout. La presse régionale crèvera de ce genre d’images…

23/07 : On apprend le même jour que le « Défenseur des droits » demande l’interdiction de l’usage des flash-ball par les forces de l’ordre, et qu’une opération de communication sirop-guimauve de la police a conduit des fonctionnaires à distribuer des bonbons aux voyageurs dans un grand aéroport international… La police qui distribue des douceurs, ça se passe : a/ en Russie b/ au Tadjikistan c/ à Cuba d/ en France e/ en Corée du Nord ?

27/07 : Un petit village de l’Essonne est littéralement envahi par les coléoptères… « Les habitants de Saint-Maurice-Montcouronne sont excédés, rapporte l’AFP. Ils sont envahis par des insectes qui sortent à la tombée de la nuit et s’introduisent dans les maisons« . Ça, et le succès médiatique de Donald Trump, ça sent un peu la fin du monde…

01/08 : Le célèbre lion Cecil du Zimbabwe (ex- Rhodésie du Sud), superstar du Parc national Hwange est abattu par un chasseur américain, qui est – détail aggravant – dentiste de profession. L’émotion est immédiate et l’indignation internationale. On signe des pétitions. On commercialise des t-shirts et des mugs. Pourtant aucune réaction de Nicolas Sarkozy… Droite complice !

07/08 : J’apprends l’existence d’une commune nommée « Angoisse » en Dordogne… Il faut absolument y ouvrir un village-vacances d’écrivains…

09/08 : « Tournée des plages » estivale des Jeunes Républicains : les sacripants distribuent des préservatifs marqués de l’inscription : « Merci pour ce moment » – en référence au chef d’œuvre de Valérie Trierweiler. C’est dur.

10/08 : A Lyon un SDF d’origine Bulgare tente de se suicider à deux reprises dans la journée : en se jetant successivement dans la Saône et le Rhône (ce qui est le grand luxe de la capitale des Gaules…) Par deux fois Boudu est sauvé des eaux par les pompiers. Si on ne peut même plus se suicider en paix… Pays de merde !

11/08 : Médusés, des touristes sont les témoins consternés, à Paris-plage, du face-à-face pathétique entre « Tel-Aviv-sur-Seine » (opération évènementielle en toc liée au jumelage entre la Ville lumière et la ville côtière israélienne) et « Gaza-plage » (rassemblement sauvage d’activistes tiers-mondistes, d’élus d’extrême-gauche en mal de médiatisation et de femmes voilées) … 500 policiers sont mobilisés pour  l’occasion. Lassée, Anne Hidalgo préfère passer ses vacances sur la plage, en Espagne… à Cadix-plage.

12/08 : Étrange : c’est aujourd’hui l’anniversaire de François Hollande, mais aussi celui de Julien Lepers et Djibril Cissé… C’est également la journée de la loutre. Et c’est un 12 août que l’Urss a fait exploser sa première bombe H. H comme… Hollande… Coïncidence ?! Je ne crois pas…

14/08 : Geneviève de Fontenay s’exprime enfin sur les attentats de Janvier (c’est une voix qui manquait…) ; elle déclare notamment au sujet de Charlie Hebdo : « on l’a cherché, il ne fallait pas faire ces dessins« . Je pense plutôt qu’il ne fallait pas faire ce chapeau, et que la petite tête qui est dessous devrait se taire plus souvent…

15/08 : Rien.

16/08 : Jean-Jacques Goldman, Omar Sy et Simone Veil sont élus « personnalités préférées des Français« © par les lecteurs du JDD. L’absence de Mimie Mathy en dit long sur l’état de délabrement moral de ce pays…C’est petit.

17/08 : Révélation choc d’un chercheur américain : une cassette d’Enrico Macias aurait été retrouvée dans les affaires personnelles de Ben Laden. Qui s’en étonnera ?

18/08 : Pour ses vacances Vladimir Pouline plonge à la découverte d’une épave byzantine à bord d’un sous-marin de poche. Un nouvel exploit, après l’équitation torse-nu, la pêche de brochets colossaux, et la chasse à la baleine… L’année prochaine il pose le pied sur Mars !

19/08 : Les sauvages de l’Etat-Islamique décapitent l’ex-directeur du site archéologique de Palmyre, et attachent son corps supplicié à une colonne… Les mots manquent aux grands dirigeants occidentaux, qui d’ailleurs restent muets.

20/08 : La province de Buenos Aires (Argentine) contraint par la loi l’emploi de clowns, dans les hôpitaux, afin d’accabler encore davantage les enfants malades. Avec les « Pierrots de la nuit »© parisiens une Internationale des clowns-fonctionnaires est en train de voir le jour…

Il est temps que ça se termine… D’autant que se profile à l’horizon la « rentrée littéraire » et son cortège de livres de Christine Angot et consorts. Vivement octobre – le mois des vendanges tardives et des révolutions !

 

 

Cambadélis au secours de Jean-Marie Le Pen

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Au 10 rue de Solférino, le roi de l’amalgame a encore frappé. L’hiver ayant soufflé sa bise, Jean-Christophe Cambadélis n’assimile plus le vote frontiste à la profanation d’un cimetière juif, pas plus qu’il n’associe l’Etat islamique et Israël, ni qu’il renvoie dos à dos « islamophobie » et antisémitisme comme deux formes rivales de « xénophobie ». Non, il se dit que le Premier secrétaire du Parti (dit) Socialiste a potassé son catéchisme antiraciste et concevrait même qu’on puisse être Français ET musulman – voire victime de racisme anti-blanc suivant la pigmentation de sa peau ?

Cette fois, Camba a trouvé une nouvelle occasion de se draper dans sa vertu : l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du FN ! Bien que la père et la fille soient bonnet blanc et blanc bonnet aux yeux de l’apparatchik en chef du PS, l’ancien dirigeant de l’Unef ne se console pas de la perte d’un diable aussi commode. Cela donne un twieet on ne peut plus compatissant : « La tentative d’assassinat de JM Le Pen par une Marine Le Pen cachée derrière la tenture est terrifiante. Les Atrides au portes du pouvoir… » (sic, les fautes sont d’origine). Dans l’imaginaire de l’ex-strauss-kahno-aubryste rallié au hollandisme, Marine Le Pen n’aurait fait que ripoliner la boutique frontiste, qui ne serait rien d’autre qu’un magasin des horreurs pétainiste et antisémite. Au vu des scores toujours croissants du FN dans nos campagnes, cela fait froid dans le dos…

On ne manquera pas d’ironiser, voire de ricaner, devant tant de bienveillance à l’égard une personne âgée. Mais une question demeure: Jean-Marie Le Pen est-il une chance pour la France ou une victime de la société?

Le génie des bipolaires

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oms bipolaires qi

oms bipolaires qi

On dit souvent que l’intelligence rend fou ou que la folie rend intelligent. Ce qui n’était qu’un mythe nourri par les vies de Nietzsche, Van Gogh ou Althusser, est aujourd’hui confirmé par des données scientifiques. Les troubles psychiques, notamment la bipolarité, se retrouvent en effet plus fréquemment chez les gens disposant d’un quotient intellectuel et d’une créativité supérieurs à la moyenne.

C’est une étude menée par une équipe écossaise qui permet de tirer cette conclusion. Les chercheurs ont comparé deux données sur un échantillon de 1881 personnes du même âge. D’un côté, leur QI à l’âge de 8 ans, de l’autre, leur propension à présenter des troubles maniaco-dépressifs à l’âge de 23 ans.

Le rapport révèle une certaine corrélation entre les deux phénomènes étudiés. Chez les 10% de jeunes ayant le plus de prédispositions aux troubles psychiques, le QI moyen est supérieur de 10 points à celui des 10% d’enfants les moins susceptibles de subir les conséquences de la bipolarité.

Daniel Smith, professeur à l’université de Glasgow et directeur de l’étude, a commenté ses résultats pour le journal anglais The Guardian : « Il y a quelque chose dans les gènes causant les désordres mentaux qui pourrait s’avérer un avantage. ». Pour lui, l’intelligence semble donc fleurir au-dessus d’une activité mentale instable. « Il est possible que de sérieux troubles du comportement, comme la bipolarité, soient le prix à payer pour disposer de qualités d’adaptation comme l’intelligence, la créativité et la maîtrise verbale ». La folie, vue comme décalage d’une personne par rapport à l’ordre social, peut donc aussi tracer des voies pour l’évolution humaine.

Une autre étude, réalisée en Islande, avait déjà donné des conclusions analogues. On y apprenait que les personnes bipolaires se rencontrent plus souvent dans les milieux artistiques, domaines où la créativité s’épanouirait le plus. Chez les peintres, écrivains, musiciens et danseurs, il y aurait 25% de chances supplémentaires de trouver les gènes impliqués dans le développement de la bipolarité que chez les agriculteurs, travailleurs manuels et commerçants.

Kari Stefansson, président de DeCODE, la société à l’origine de ces travaux, avait expliqué ses conclusions dans le journal Nature Neuroscience au moment de leur parution: « Pour être créatif, il faut penser différemment. Quand on est différent, on a tendance à être considéré comme étrange, fou, voir même malsain ». L’apport de l’équipe écossaise semble donc confirmer cette tendance de la recherche et consolider la croyance tenace selon laquelle les artistes et les intellectuels sont bien souvent aux confins de la folie.

Cependant, comme Daniel Smith l’explique, si une corrélation existe, le mécanisme n’a rien d’automatique. Avoir un fort QI ou des capacités créatives n’est pas synonyme de folie. Ce sont des raisons exogènes qui fragilisent l’individu : « Un fort Qi n’est pas un facteur certain de la bipolarité. Mais peut-être que les gènes qui confèrent l’intelligence peuvent s’exprimer à travers des troubles dans un contexte d’exposition à d’autres facteurs de risque ». Il pourrait donc s’avérer nécessaire de protéger, sans brider leur créativité, les enfants concernés par ce risque.

Puisque le trouble bipolaire touche 1% à 2% de la population mondiale selon l’OMS, il constitue un problème majeur de santé publique. L’organisation la considère comme l’une des dix maladies les plus coûteuses et incapacitantes dans le monde. Les personnes touchées connaissent un taux de mortalité trois fois plus élevé que celui de la population générale. Le risque suicidaire est notamment majeur, avec un pourcentage de 10 à 15% chez les patients non traités. Moins grave mais tout aussi problématique, ce trouble peut causer la désocialisation des personnes atteintes. Les coûts directs et indirects de cette maladie sont ainsi évalués à plusieurs milliards d’Euros.

Mais au-delà de la question purement sanitaire, cette étude nous révèle que parmi nos plus brillants éléments, se cachent aussi des gens à la frontière de la folie. Susceptibles d’assumer des fonctions de commandement ou de direction, ces personnes font subir l’enfer à leurs subordonnées et collègues. Alors, si votre patron a des sautes d’humeur inexplicables, ne vous inquiétez pas, c’est sûrement la preuve de son intelligence.

*Photo:Pixabay.

Interdiction de fumer en ville

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ethiopie tabac jules verne

ethiopie tabac jules verne

Après les moyens de transports, les gares, les bars, les restaurants, les salles de cinéma et les aires de jeux pour enfants, la campagne anti-tabac a récemment franchi la dernière frontière qui lui restait à enjamber : la sphère privée.

Le prétexte invoqué? La protection des enfants! Quelle cause est plus sacrée? Qui oserait s’opposer à un objectif aussi noble ? Pour la ministre de la Santé Marisol Touraine, il faut habituer les petits à «  vivre dans un environnement sans tabac ». Comprenez : dans un milieu nettoyé de toute cigarette, de près comme de (très) loin. Autrement dit, protéger nos chères têtes blondes non seulement de la fumée mais aussi des mauvais exemples, en leur évitant le spectacle désolant de fumeurs s’adonnant à leur vice. Il ne reste plus qu’à « purger » les trottoirs de nos villes de ces importuns.

Il faut dire que nous ne sommes pas les premiers. De telles interdictions généralisées – car c’est vers cela que l’on tend – existent déjà aux Etats-Unis. À New York, il est non seulement interdit de fumer dans les lieux publics, dans la rue ou dans les parcs, comme dans la majeure partie des états fédéraux, mais les syndics de copropriétés new yorkais peuvent en outre prohiber la fumée dans les appartements.

Mais l’avant-garde de cette lame de fond hygiéniste se situe en Afrique, décidément le continent de l’avenir. Selon l’AFP, la ville de Mekele en Ethiopie ne s’est pas embarrassée. Elle a tout simplement interdit de fumer partout. Les autres villes éthiopiennes ne devraient pas tarder à en faire autant, puisque la  loi prohibitive a été votée pour l’ensemble du pays.

Le plus étonnant reste que, dans ce pays de la corne de l’Afrique, la prohibition n’était pas nécessaire. Là-bas, « il est déjà très mal vu de fumer », nous confie Biftu, une Ethiopienne vivant en France, « surtout pour une femme. Et les gens fument de toute façon très peu. » Biftu pense que les raisons de l’interdiction sont surtout religieuses : « Dans la région du Tigré où se situe Mekeleil a toujours été interdit de fumer devant les prêtres, qui sont partout ». La culture religieuse est très forte en Ethiopie, mais tout particulièrement dans le Tigré.

Ceci n’est pas sans nous rappeler Les 500 millions de Begum,  l’anti-utopie de Jules Verne où  une ville fait du combat sanitaire sa religion. Jules Verne avait déjà tout compris, lui qui a aussi mis en scène, dans Vingt mille lieues sous les mers, ce magnifique dialogue entre le Capitaine Nemo et son « invité » dans le sous-marin, le professeur Pierre Aronnax :

« – Monsieur, je vous remercie d’avoir mis cette bibliothèque à ma disposition.  Il y a là des trésors de science, je vais en profiter

–  Cette salle n’est pas seulement une bibliothèque, dit le capitane Nemo, c’est aussi un fumoir

– Un fumoir ! M’écriai-je. On fume donc à bord ?

– Sans doute. »

Et quand on pense qu’en France, aujourd’hui, des enfants sont exposés à cette calamité!

*Photo: Pixabay.

Chine : ambition totalitaire et accidents industriels

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chine tianjin techernobyl

chine tianjin techernobyl

Si les dirigeants chinois ont renoncé depuis la mort de Mao en 1976 au projet révolutionnaire consistant à refonder définitivement ou périodiquement la société, ils continuent à accaparer le pouvoir en tentant de contrôler globalement et au jour le jour non seulement l’activité économique, source de prospérité et de fierté nationale, mais aussi les pensées et même les âmes d’un peuple ardent au travail, remuant et désormais assez libre de ses mouvements, pour anticiper et empêcher chez eux toute velléité de s’organiser, de réagir collectivement aux difficultés qu’ils rencontrent dans leurs vies, voire de surveiller et de contrôler ceux qui les gouvernent.

Les grèves, les manifestations, les protestations individuelles et collectives sont en fait innombrables dans le pays. À chaque fois, les dirigeants dépêchent sur les lieux un dignitaire du Parti chargé de limoger ou de poursuivre pour incompétence ou « corruption » des responsables locaux. L’essentiel est de garder l’initiative et le pouvoir de décider, d’orienter, de nommer ou de démettre, et d’éviter que le mécontentement des habitants lésés ou injustement traités ne débouche sur la constitution d’une organisation, si petite et si faible soit-elle, qui vienne concurrencer la seule organisation, à la fois toute-puissante et faible parce qu’illégitime, autorisée dans l’ensemble du pays. Car il ne s’agit plus seulement de conquérir et de garder le pouvoir, comme le recommandait Machiavel, mais de le garder pour toujours,  au nom d’une idéologie qui, tout en affirmant que le peuple est enfin maître, justifie l’Organisation qui se substitue au peuple.

Quand le pouvoir à vocation totalitaire s’incarne dans la personne d’un seul homme, sa limite est naturelle: c’est la santé et la durée de vie de cet homme, que la maladie et la mort viennent un jour rappeler à l’ordre.

Dans le cas d’un pouvoir collectif, comme l’actuel Comité permanent du Bureau politique, composé de sept hommes (même si Xi Jinping y a acquis une prépondérance croissante, actuellement incontestée), le projet totalitaire, qui vise à contrôler le temps de l’Histoire, à être lui-même l’Histoire, à déjouer la possibilité d’événements qui le remettent en cause, rencontre sa limite dans la survenue des accidents, les simples et imprévisibles accidents, qu’ils tiennent à la négligence et à l’imprévoyance des hommes, ou à l’action de forces naturelles et du hasard, qui par définition échappe au contrôle. Le temps alors affirme son pouvoir, surtout sous un régime qui veut à la fois développer les possibilités techniques contemporaines de communication, et ne pas se laisser déborder par elles.

Il y a bien sûr eu souvent, sous des régimes totalitaires ou autoritaires, des accidents imprévus, des catastrophes, ou des révoltes, y compris dans les camps, comme celles dont Soljenitsyne a fait état longuement dans le tome 3 de L’Archipel du Goulag, trop peu lu hélas. On boucle la zone, on envoie l’armée, on négocie avec les meneurs, puis on écrase la révolte en s’assurant qu’elle n’est pas connue à l’extérieur. Ou on minimise le désastre, et on interdit que son ampleur soit connue. Car si la population et le monde extérieur étaient informés de l’ampleur des faits et du désarroi des autorités, la mainmise du pouvoir sur la société, et sa supposée maîtrise du réel, seraient gravement mises en cause. La question qui lui est posée alors est: quelles informations communiquer, laisser circuler, être objets de réflexion et de revendications? Question particulièrement délicate à l’heure des réseaux sociaux, des photos et vidéos prises par des portables, des messages électroniques, de leur diffusion quasi instantanée sur la Toile.

Un cas d’école à cet égard, que les dirigeants chinois ne peuvent oublier ni ignorer à l’occasion de la catastrophe de l’explosion de Tianjin, est celui de l’explosion du réacteur nucléaire de Tchernobyl, alors en Ukraine soviétique, en avril 1986, avant l’invention de l’omni-communication mondiale et instantanée. Le contexte politique et technologique était certes fort différent, mais le rapport du pouvoir et de la société était fondamentalement le même.

Pour Gorbatchev, alors secrétaire général du Parti, la catastrophe constitue la première mise en œuvre de la politique de glasnost’ (« transparence ») présentée au cours du XXVIIe congrès en février-mars de la même année, qui a rencontré de fortes oppositions. Dans son esprit, l’accident constitue « un nouvel argument fort en faveur de réformes profondes. » Après une période d’hésitation et de conflits internes à la direction, l’ampleur de la catastrophe est reconnue. C’est une étape essentielle dans le processus qui conduira en 1989 à la chute du mur de Berlin, puis à la fin de l’URSS elle-même et de la domination du communisme en Europe centrale et orientale. On comprend que les dirigeants chinois, qui n’ont pas oublié non plus la visite de Gorbatchev à Pékin en mai 1989, juste avant Tian’anmen, veuillent éviter à tout prix une telle évolution.

Leurs premières réactions montrent que s’ils ne peuvent dissimuler les faits et leur gravité, désormais connus de tous, leur souci est de contrôler la diffusion des informations et des réactions souvent véhémentes voire violentes des populations concernées. Grâce au site américain China Digital Times, soutenu par l’Université de Berkeley et bloqué en Chine (et relayé en France en particulier par le site Rue89, animé par Pierre Haski), et qui dispose d’informateurs sur place, on a pu connaître dès le 15 août les instructions données par la censure chinoise aux médias et aux responsables des sites internet et des réseaux sociaux chinois, qui opèrent comme des relais de la censure, sous peine de voir leurs opérations bloquées. Par exemple cette instruction:  » Les sites web ne sont pas autorisés à recueillir directement des informations sur l’accident, et lorsqu’ils publient les informations, ne peuvent pas ajouter de commentaires individuels sans autorisation. Ne pas faire de retransmissions en direct. » Le département de la propagande de la ville de Tianjin a donné de son côté les instructions suivantes : « Les responsables et journalistes des stations de télévision locale, de radio, de journaux et d’unités de travail médiatique de la ville, y compris les présentateurs, ne doivent absolument pas poster d’informations sur Weibo [l’équivalent chinois de Twitter] ou sur WeChat [équivalent de WhatsApp] à propos des explosions. »

Enfin (je cite Rue89), le Bureau de la propagande internet d’une province dont le nom a été omis par China Digital Times afin de protéger sa source, a émis les instructions suivantes : « Priorité absolue : dépublier toutes les images et les informations sur les explosions de la zone économique de Tenggu, à Tianjin, des titres et des recommandations. Nettoyer les posts. Ne pas publier d’articles n’émanant pas de Xinhua [l’agence de presse officielle]. Si de tels articles ont été publiés, merci de les placer très loin. »

Grâce à un mélange de surveillance incessante et de menaces (des peines de prison sont prévues pour qui diffuse des « rumeurs »), le pouvoir s’applique ainsi à limiter sévèrement la possibilité qu’ont les Chinois de s’informer, et surtout de se constituer en un « public » ou en une « opinion publique ». L’enjeu de cette course de vitesse entre les dirigeants et des citoyens dont bon nombre sont ingénieux et déterminés à savoir et faire savoir, est considérable et dépasse le cadre déjà gigantesque de la Chine. La technologie de l’information, désormais si rapide et maniable, peut-elle être contrôlée par un pouvoir décidé à maintenir son hégémonie tout en profitant du développement des techniques? Un pouvoir peut-il durablement s’approprier les informations et le savoir?

La vie continue, malgré le malheur des accidents et des injustices et de la mort, nous le savons. Mais ce qui est menacé et même interdit par les gouvernants chinois, c’est la possibilité d’enquêter et de réfléchir sur les causes des négligences coupables, pour éventuellement empêcher que de pareilles catastrophes se reproduisent, et pour contrôler ceux qui contrôlent, opposer des pouvoirs citoyens au pouvoir central qui couvre les potentats locaux. « Revenir sur ce qui s’est passé » (fansi), voilà ce qui se trouve interdit et effacé dans la Chine d’aujourd’hui.

L'âme bridée: Essai sur la Chine aujourd'hui

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*Photo: Sipa. Numéro de reportage : SIPAUSA31357777_000029.

L’Etat islamique et la théologie du viol

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etat islamique viol

etat islamique viol

Qadya, Irak. « Juste avant de violer la jeune fille âgée de 12 ans, ce combattant de l’Etat Islamique a pris le temps d’expliquer que ce qu’il s’apprêtait à faire n’était pas un pêché. Parce que cette préadolescente pratiquait une autre religion que l’Islam, non seulement le Coran lui donnait le droit de la violer mais, insistait-il, il le préconisait et encourageait à le faire.
« Il lui attacha les mains et la bâillonna. Puis il s’agenouilla à côté du lit et se prosterna dans la prière avant de se mettre sur elle. Lorsque cela fut fini, il s’agenouilla pour prier à nouveau, mettant fin au viol par des actes de dévotion religieuse.
«  » Je ne cessais de lui dire ça fait mal, s’il vous plaît, arrêtez, » dit la jeune fille, dont le corps est si petit qu’un adulte pourrait encercler sa taille de ses deux mains.  » Il m’a dit que selon l’Islam, il est autorisé à violer une non croyante. Il a dit qu’en me violant, il se rapproche de Dieu « , raconte-t-elle dans un entretien avec sa famille dans un camp de réfugiés dans lequel elle a trouvé refuge après 11 mois de captivité. »

Dieu est amour… À la décharge (si je puis dire) de l’islam, je dois préciser que sunnites et chiites s’entendent — une fois n’est pas coutume — pour affirmer que le viol systématique pratiqué par les hommes de Daech n’est pas hallal. On est content de l’entendre.

Le récit ci-dessus se trouve dans un long article extrêmement fouillé du New York Times qui a été patiemment traduit ici, pour les non-anglicistes.
La presse française de droite (j’utilise encore ces qualificatifs qui me paraissent totalement obsolètes, juste histoire de me faire comprendre des imbéciles qui passeraient ici, et qui, contrairement aux lecteurs usuels de ce blog, croient qu’il existe encore une gauche française identifiable dans la coterie au pouvoir) a longuement fait état de ces pratiques courantes dans tous les états fondamentalistes en guerre — particulièrement dans toute l’Afrique islamisée : voir par exemple au Soudan. Pour ce qui est du Nigeria et de Boko Haram, on sait comment ils se servent en vierges dans les écoles.
C’est qu’un pucelage, cela a son prix, dans cette religion de paix et d’amour, comme le souligne un éminent islamologue, Claude Sicard, dans les colonnes du Figaro. Il rappelle au passage que, mesdames, vous êtes des créatures inférieures, qui devez vous couvrir afin de ne pas attiser le désir turgescent des guerriers / des mâles / des hommes de 7 à 77 ans.
Quelle idée aussi ont eu des journalistes femmes d’aller couvrir il y a deux ans la révolution égyptienne ? Caroline Sinz ou Lara Logan se sont fait violer en public sur la place Tarir. Ça n’a guère ému la rédaction de France Télévision — la peur de l’amalgame, etc. Quelle idée a eu cette travailleuse humanitaire, Kayla Mueller, enlevée par l’Etat islamique, qui a bénéficié d’un viol personnel du calife Abou Bakr al-Baghdadi… Et cette petite imbécile s’en remettait à dieu dans la dernière lettre qu’elle a fait passer à ses parents… C’était sans compter sur la confraternité des totems du monothéisme.
Singulière religion où les hommes sont habités de désirs incontrôlables, où les femmes sont des incitations permanentes au viol, où un léger frisottis sur la nuque rappelle les toisons pubiennes, etc. Curieuse religion où les femmes ne sont pas maîtresses de leur corps, et où de surcroît elles sont impures quelques jours par moi : et comme elles ne portent pas de camélia rouge à la boutonnière de leur burqa, elles sont suspectes d’impureté 365 jours par an.

Un lecteur de passage m’a reproché d’avoir en grande partie abandonné le thème de l’école, autour duquel s’était constitué mon blog, et de faire dans l’obsession islamique. Mais c’est la même chose : l’école française est laïque, le Savoir est agnostique, et tout ce qui contrevient à ces deux fondements du système éducatif doit être vigoureusement combattu. Il y a un siècle ou deux, c’eût été le jésuitisme des congrégations. Aujourd’hui, c’est le salafisme.
En vérité je te le dis, ami musulman de passage. Les femmes ne sont pas des incitations au viol, mais à la politesse et aux raffinements de la courtoisie, et elles font ce qu’elles veulent de leur corps — qui qu’elles soient, y compris ta sœur et ta mère.
Et figure-toi qu’elles ont elles aussi parfois des désirs, mais qu’elles ne bondissent pas sur ce prétexte, ni sur le fait que tu ne couvres pas ta tête, petit salopiaud, pour te violer en public — non sans avoir invoqué le Prophète, « sottise et bénédiction », comme dit Voltaire, soient sur lui.

PS. J’écrivais il y a quelques mois que l’Islam guerrier (c’est plus ou moins un pléonasme, selon que vous prenez le Coran au premier ou au second degré,comme l’explique Claude Sicard) s’attaque aux musées et aux sites archéologiques parce qu’il a l’obsession d’abolir le temps. On vient d’apprendre que l’Etat islamique a décapité le directeur des antiquités de Palmyre (82 ans — il était temps, il aurait pu mourir bêtement de vieillesse), et a suspendu son cadavre au sommet d’une colonne. Avertissement sans frais à tous les archéologues : il n’y a pas de passé, ni de présent ou d’avenir quand on prend à la lettre les mots d’un texte écrit il y a 1400 ans.

Platini et Blatter: ils se sont tant aimés

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Sepp Blatter, président de la FIFA élu en 1998 et quatre fois réélu depuis, a été poussé à la démission en juin et, à l’approche de nouvelles élections, tente de saborder celui qui fut l’un de ses plus proches alliés dans sa prise de pouvoir au  sein de l’organisation mondiale du football : Michel Platini.

Entre ces deux figures du football mondial, tout commence à Zurich le 12 novembre 1987, lors des tirages au sort des éliminatoires du Mondial 90. Blatter n’est alors que secrétaire général de la FIFA mais préside déjà la table où a lieu le tirage au sort. À deux sièges de lui est assis Platini, 32 ans, jeune retraité du football. À en croire le journaliste Jacques Vendroux, répondant au Monde, les deux deviennent rapidement amis : « Il y a d’abord eu une admiration réciproque, Blatter aimait les grands joueurs, et Michel était impressionné par ce secrétaire général chaleureux et travailleur. »

Progressivement, les deux hommes deviennent une équipe redoutable. Après le passage de Platini à la tête de l’équipe de France, ils se retrouvent pour planifier ensemble la Coupe du Monde 1998. Leurs relations s’approfondissent alors que l’ancien N°10, nommé par Mitterrand co-président du Comité d’Organisation du Mondial, doit se rendre très souvent à Zurich. Jacques Lambert, directeur général du Comité, se contente de noter : « Entre Michel et Sepp, le courant passe bien ».

C’est en 1997 que les deux passent ensemble à la vitesse supérieure. João Havelange, brésilien à la tête de la FIFA depuis 1974, laisse sa place. Alain Leiblang, journaliste proche de Platini lui conseille de briguer la présidence de l’institution. Mais l’ancien meneur de jeu ne se sent pas encore prêt et veut l’avis de Blatter, qui ne s’est pas encore déclaré candidat. À Singapour, en marge de la Football Expo 98 (sorte de foire du football-spectacle), les deux futurs dirigeants se rencontrent seuls dans une chambre d’hôtel. En sortant, l’ancien joueur déclare à Leiblang: « On a décidé. Sepp sera président de la FIFA et moi son conseiller technique ».

Le Suisse garde un souvenir ému de l’aide que lui apporte alors son compère français dans sa prise de la FIFA : « « J’avais eu deux mois pour me préparer, et il n’y avait que deux personnes pour m’aider : ma fille Corinne et Michel Platini ». Après sa victoire, son ami devient comme prévu son N°2, sa « conscience sportive » selon le joli mot de Blatter. Le travail de Platini consiste donc à distribuer l’argent de la FIFA aux différentes fédérations.

S’ensuivent quatre années au cours desquelles, malgré quelques scandales passés sous le tapis, les deux amis quadrillent l’univers des fédérations de football et se mettent les plus petites dans leurs poches. Gérard Ernault, journaliste à L’Equipe, explique : «  Blatter a enseigné à Michel les vertus formidables de la mécanique un pays – une voix. Pour les élections, le vote de la Sierra Leone compte autant que celui de l’Allemagne ». C’est à l’école de Blatter que Platini apprend la politique.

En 2007, après dix ans de bons et loyaux services, le N°2 se décide à conquérir la FIFA. Malgré tous ses efforts pour le garder à ses côtés, lui promettant chaque fois sa succession mais persistant à se représenter à chaque élection, Blatter se résigne à laisser partir son poulain. Il lui offre même, au dernier moment, son soutien face à Lennart Johansson, président de l’UEFA, alors candidat à sa propre succession. Lors d’un dîner officiel à la veille de l’élection, Le 25 janvier 2007, à Düsseldorf, Blatter piétine sa neutralité et se déclare en faveur du Français : « Platini for president ». Se mettant à dos Johansson, il légitime son camarade et lui assure le soutien d’un grand nombre de hiérarques hésitant entre l’ancien et le nouveau.

Dirigeant enfin les deux plus grandes instances du football mondial, les deux amis sont arrivés au bout de leurs ambitions. Mais, timidement, Platini, s’affirme comme futur candidat à la présidence de la FIFA. En 2011, il accepte pourtant de soutenir une nouvelle fois son ancien patron en espérant que la place sera libre pour la prochaine élection. Ce que lui confirme Blatter. Ce dernier se répand d’ailleurs en éloges dans les médias pour celui qu’il dit voir comme son successeur naturel : « Michel est prêt s’il le veut. Bien sûr qu’il ferait un bon président. » répond-il à France Football en janvier 2012. Pourtant, en 2015, lorsque Blatter se représente à sa propre succession, Platini, excédé, refuse de le soutenir.

De fait, les relations entre Platini et Blatter ne sont plus les mêmes depuis déjà cinq ans. L’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar les a mis à dos à dos. Alors que Blatter voulait la donner aux Etats-Unis, Platini, par son enthousiasme pro-qatari, semble avoir convaincu plusieurs membres du comité d’attribution de donner leurs voix à l’émirat.

Et c’est justement de cette affaire-là que Blatter se sert aujourd’hui pour entraîner son ancien comparse dans sa chute. Platini s’étant arrangé pour ne pas être associé aux affaires de corruption ayant amené la démission du Suisse, ce dernier cherche à s’offrir une dernière gourmandise : la tête de son vieux copain. Le 5 Juillet, il déclare au journal allemand Welt am Sonntag, que le choix du Qatar comme pays hôte de la Coupe du Monde 2022 est dû à l’intervention politique de Nicolas Sarkozy. Il met en avant un déjeuner qui a réuni celui qui était Président de la République et le chef de l’UEFA. Il avance que la décision était justifiée par des intérêts économiques, notamment français et allemands. Chevalier blanc, Blatter déclare s’inquiéter pour la FIFA, qu’il craint de laisser aux mains d’un prédateur comme Platini : « Je suis ici pour me battre. (…) J’ai peur qu’ils souhaitent briser la FIFA, un travail auquel j’ai contribué ».

Mais cela n’empêche pas Platini d’annoncer le 29 Juillet sa candidature à la présidence de la FIFA. Après deux mois d’atermoiements, l’ancien footballeur reconverti en fin politique se lance enfin à la conquête de l’institution dont Blatter a finalement perdu le contrôle.

Ce dernier ne s’avoue pas vaincu et  n’a pas envie de laisser son vieux copain s’en tirer. Dans un article du 15 août publié par le journal néerlandais Volkskrant, il prétend que Platini aurait menacé de l’envoyer en prison. Il s’émeut des propos que lui aurait rapportés son frère. Au cours du mois de mai, celui-ci aurait déjeuné avec Platini. Le futur candidat à la présidence de la FIFA lui aurait alors dit : « dis à Sepp de retirer sa candidature, ou il ira en prison ». Ces propos que, bien évidemment, Platini nie avoir tenu, sont en tous cas pour Blatter une arme contre son ennemi.

Et il semblerait qu’il ne soit pas décidé à s’arrêter là. D’après le journal Welt am Sonntag, Blatter aurait commandé un article à charge sur Michel Platini afin de le discréditer. « [Platini est] l’un des plus grands magiciens du ballon que l’Europe ait jamais vu mais n’est pas assez grand pour être président de la Fifa si l’on regarde du côté du Qatar » aurait-on pu lire dans ce brûlot qui aurait été nommé : « Platini : un squelette dans le placard » s’il avait été publié.

Si l’UEFA a répondu à cette attaque en demandant une enquête à la FIFA, il se pourrait que Blatter obtienne ce qu’il désire. Mais, celui que l’on surnommait autrefois Michel Blatterini, a retenu les leçons de son maître. Il sait que l’élection ne se jouera pas dans les grands médias mais au niveau des petits pays. Longtemps été critiqué pour être un homme de l’Europe, fermé aux petites fédérations, le dirigeant européen a ouvert son horizon. Dans le communiqué de l’UEFA annonçant sa candidature à la présidence de la FIFA, on entrevoit le nouveau Platini « à l’écoute de tous dans le respect de la diversité du football dans le monde ». Malgré son ultime tentative pour enrayer l’ascension de son ex-poulain, le maître devra peut-être s’agenouiller devant son ancien élève. Il pourra toujours se rassurer en se disant que ses méthodes resteront appliquées à la FIFA.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21771632_000001.