Accueil Site Page 2178

Arabie Saoudite: plutôt Al-Qaïda que l’Iran!

2

arabie saoudite iran yemen

Voici un an que la coalition américaine est en place avec ses « alliés » officiels turcs et arabes sans parvenir à vaincre Daech. La prudence américaine qui consiste à ne pas soutenir Assad ou les milices chiites inféodées à l’Iran explique sans doute le relatif statu quo. Mais surtout le peu d’entrain des armées des pays du golfe à combattre les groupes djihadistes, comme l’Etat Islamique, n’aide pas à la reconquête. Et puisque les partisans d’Abou Bakr Al-Bagdadi se battent contre les hérétiques chiites et les Kurdes; les ennemis de mes ennemis chiites sont mes amis djihadistes…

Pour mieux se tenir à distance de cette sale guerre américaine aux confins de Irak et de la Syrie, les monarchies du Golfe se sont lancées depuis le printemps 2015 dans une autre campagne aérienne. Les partisans d’Ali Abdallah Saleh et les houthis avaient repris une bonne partie du pays yéménite, un peu comme Bachar Al-Assad en Syrie au début de l’année. Faisant d’une pierre deux coups, les états-majors arabes peuvent prétexter cette nouvelle menace au sud pour se détourner de l’aide à l’Amérique contre l’Etat islamique. Dans le même temps, faire la guerre à l’Iran et ses alliés houthis au Yémen affaiblit indirectement les moyens chiites engagés en Irak-Syrie.

Et là, étrangement, la coalition arabe fait du dégât. Et l’ennemi recule. Au Yémen, la prudence de mise sur l’Euphrate n’a plus lieu d’être. Plus question de « frappes chirurgicales » puisque les Américains ne sont pas là pour valider ou non les bombardements. C’est donc un véritable carnage aérien qui s’abat sur le Yémen. Son patrimoine fait les frais d’un « bombing carpet » que n’aurait pas renié Bachar Al-Assad. Ce ne sont pas quelques barils d’explosif qui sont lâchés au hasard des villes mais des bombes de plusieurs centaines de kilos. Les vieux quartiers d’Aden ou de Sanaa sont éventrés, tandis que civils et militaires croulent sous les gravas. Soutien a minima en Irak et en Syrie mais engagement frénétique au Yémen, il faut croire que le clivage religieux pèse davantage que la défense des restes du printemps arabe.

Pas plus qu’en Syrie, les pays du Golfe n’ont les capacités à s’engager au sol dans une guérilla et un conflit contre-insurrectionnel au sud de la péninsule arabique. C’est donc les milices d’Al-Qaïda qui occupent le terrain préparé par l’aviation saoudienne. Dans les ruines du port d’Aden, le drapeau noir du djihad flotte au vent, a annoncé l’agence Reuters le 23 août. Aden, la porte d’entrée sur la mer Rouge, l’ancien relais britannique entre Suez et les Indes, regarde encore passer une bonne partie du commerce mondial. Depuis l’attaque de l’USS Cole en 2000 à Aden, les américains neutralisent à partir de leur base de drones à Djibouti les chefs djihadistes qu’ils détectent quand les européens font la chasse à la piraterie des chebabs somaliens. Autant dire qu’avec Al-Qaïda aux commandes du port d’Aden, la lutte n’est pas terminée.

Là plus qu’ailleurs, les intérêts américains se heurtent à ceux de ses alliés arabes. Au Yémen, l’Amérique n’a plus aucune prise sur l’action des pétromonarchies. Échaudée par l’accord avec l’Iran et méfiante face au rééquilibrage moyen-oriental de l’Amérique en faveur des chiites, la diplomatie saoudienne ne semble pas mesurer les conséquences politiques de ses raids aériens. Face à un ennemi intérieur (Al-Qaïda) pourtant menaçant pour la monarchie, l’activisme anti-chiite qui consiste à lui faire de la place à l’extérieur équivaut à se tirer une balle dans le pied.

Sur plus d’un théâtre d’opérations, les intérêts communs saoudien et djihadiste au Moyen-Orient semblent plus présents que jamais. À court terme du moins.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21767921_000002.

Meeting germanophobe à Frangy-en-Bresse

241

montebourg varoufakis allemagne fete rose

À quoi aurait ressemblé l’édition 2015 de la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse, si Arnaud Montebourg avait vraiment déserté le champ politique pour retourner à la « vie civile » ? Ce rendez-vous bourguignon fondé en 1974 en pleine euphorie du programme commun PS-PCF par Pierre Joxe, missionnaire socialiste dans ce département rural de Saône-et-Loire, donne depuis la température du moral des militants de base du PS à la veille de la rentrée politique. Sans le show médiatique magistralement mis en place par l’ex-ministre de l’Economie Arnaud Montebourg, l’ambiance eût certainement été à l’image de la météo de ce dimanche 23 août : maussade comme un jour de pluie de fin d’été rappelant qu’il est grand temps de retourner au charbon…

Pour les socialistes du coin, l’année 2015 a été horribilis : déjà étrillés au municipales de 2014, ils ont perdu les départementales de mars 2015 et donné à la droite l’ancien fief d’Arnaud Montebourg, viré du gouvernement à la suite de son incartade anti-Valls de la fête de la Rose, cuvée 2014. De plus, le jeune espoir local, le député Thomas Thévenoud, donné comme successeur naturel du flamboyant Arnaud, appelé au gouvernement lors du remaniement de septembre 2014, en est débarqué quelques jours plus tard, pour cause de « phobie administrative » l’empêchant d’honorer ses obligations fiscales…

Donner un écho national et même international à ce rassemblement champêtre d’éclopés de la politique relevait du Guiness Book of records de la com’ ! Eh bien, il l’a fait ! Le vice-président d’Habitat a réussi à faire venir dans un trou perdu, à peu près inaccessible par la SNCF, le gratin du journalisme politique parisien arrivé toutes affaires cessantes en limousine de location pour les plus riches, par Bla-Bla-Car pour les plus démunis…
Pour cela une bonne recette : l’effet « vu à la télé » allié au «  lu dans Paris Match », de la pipolitique à haute dose, et sans modération ! On invite le « bogosse » Iannis Varoufakis, héros de la résistance grecque contre la barbarie germano-bruxelloise, viré par son patron Tsipras, et qui  balance  à tout va sur les turpitudes des rapaces des « institutions ». Ça va donc saigner ! Pour la douceur et la tendresse, on emmène sa nouvelle compagne, la co-virée et ex-ministre de la culture Aurélie Filipetti, dont on a pris soin de fournir aux magazines pour salons de coiffures les photos estivales en maillot de bain révélant l’arrivée prochaine d’un heureux événement…

Les cadors du PS qui ont boudé ce rendez-vous, sur ordre du Parti, du Premier ministre et du Président de la République ont bien eu tort : ils auraient eu plus de chance de montrer leur binette à la télé et de mouliner des petites phrases pour la radio à Frangy-en-Presse qu’à La Rochelle pendant leur foire annuelle curieusement nommée université d’été du PS.

Une fois le décor mis en place, le contenu importe peu, et le discours politique se doit d’être simple, sans nuances trop subtiles propres à égarer une corporation journaleuse qui ne déteste rien tant que se prendre le chou pour essayer de vendre aux rédac-chefs de la pensée politique complexe. Postulat : Iannis Varoufakis et Arnaud Montebourg, occupant les rôles des « bons » (normal, ils sont les organisateurs de la fête), il faut construire les caractères négatifs, les «  méchants » et les «  lâches ». Le guignol peut commencer. Le rôle du salaud est dévolu à l’Allemagne en général, et à son ministre des Finances Wolfgang Schäuble, tireur de ficelle diabolique d’un Eurogroupe sous influence, en particulier. Pour chauffer la salle, le numéro bien rôdé de Iannis Varoufakis « Wolfgang m’a tuer ! » est décliné sous toutes les formes dans les multiples entretiens accordés aux médias français avant après et pendant la Fête de la rose. «  Wolfgang Schäuble ne cherchait pas le remboursement de la dette grecque, sinon il aurait accepté nos propositions raisonnables ! Il voulait notre capitulation sans conditions, parce qu’il voulait faire un exemple. Ne vous y trompez pas, ce n’est pas la petite Grèce qui importe à Schäuble, c’est la France ! Et le sort que nous avons subi sera le vôtre si vous ne réagissez pas ! » Et de se lamenter sur l’absence politique de la France et d’un François Hollande (le lâche) évanescent et sans vision dans ce combat désespéré de la chèvre grecque contre le loup allemand.

Le german bashing d’Arnaud Montebourg, moins tragique, n’en fut pas moins vigoureux : l’obsession allemande de la dette plombe la croissance européenne. Leur rigorisme dogmatique et l’usage immodéré de leur puissance économique est également une catastrophe politique et met la démocratie française en danger : « Vous pouvez toujours voter pour la gauche, le système des institutions européenne fera que vous serez gouverné par la droite allemande !». Le propos fait mouche dans l’assistance qui ouvre ses parapluies sous l’averse revenue – ma voisine me fait profiter du sien, qui porte le logo du géant allemand de l’assurance Allianz. Un vieux grognard du PS, maire d’un arrondissement de Lyon et enfant du pays bressan, sent se rouvrir une vieille blessure : il avait voté « non » au référendum de 2005. Même s’il est un fidèle du très droitier Gérard Collomb, il n’a pas digéré le retour par la fenêtre, grâce au PS, du traité rejeté par le peuple.

Si, sur l’estrade, la germanophobie reste dans les limites de la controverse policée, il n’en est pas de même dans les discussions entre militants sous les tentes. «  Ils ne changeront jamais ! Jamais ! » tonne un septuagénaire qui stigmatise le peu de mémoire historique et l’ingratitude de nos voisins d’outre-Rhin, dont on a effacé la dette en 1953 et permis en 1995 de déroger aux critères de Maastricht pour financer la réunification. Ces arguments, qui font fi du contexte historique des époques concernées, alimentent le ressentiment du peuple de gauche contre ces Allemands, où même les « camarades » du SPD vous font faux bond.

L’approbation est bruyante lorsqu’une dame, se présentant comme professeur d’allemand dans le département, s’érige en experte en germanitude pour asséner : «  C’est vrai, il n’ont pas changé, sinon en pire ! Je vais souvent en Allemagne avec des élèves, et moi qui suis plutôt brune, on me regarde d’un sale œil, surtout dans le nord… Schäuble ? Vous savez peut-être que sa mère s’appelait Gertrud Göhring… C’est tout dire ». Une vague homonymie maternelle avec le Reichsmarschall Hermann Goering, et je vous construis un diable en fauteuil roulant. C’était Frangy-en-Bresse 2015 rebaptisé Frangy-en-Grèce par le communiquant Montebourg. L’édition 2016 prévue pour le 24 août de l’an prochain s’annonce grandiose : elle coïncide avec la Saint Barthelémy. Ça va être gore !

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00721349_000001.

Djihad : le choix des armes

38

Les premières informations sur l’affaire du Thalys étaient rafraîchissantes. L’agresseur, disait-on, était un armé d’un Colt 45. Une arme mythique qui sentait bon l’Amérique et ses grands espaces. Un Américain peut-être ? Enfin du nouveau dans la longue litanie des règlements de comptes et des actes terroristes.

Hélas, il fallut vite déchanter car on apprit que l’homme du Thalys avait aussi une kalachnikov avec neuf chargeurs. Bien qu’il soit citoyen marocain, ayant vécu plusieurs années en Espagne puis en Belgique, il était donc très banalement d’ici, estampillé de chez nous. Adieu l’Amérique et vive la France ! Un autre événement, dont il a été longuement question ces derniers jours, avait auparavant occupé nos esprits. Un homme avait massacré sa femme à coups de machette.

Une machette ? Vous avez ça chez vous ? Non. Mais certains oui. Il en est parfois question lors d’affrontements entre bandes rivales de banlieue. La machette, on s’en sert surtout en Afrique pour casser en deux les noix de coco ou lors de massacre inter-tribaux. Nul donc ne contestera que la France soit un pays ouvert à toutes les innovations venues de l’étranger. Il est tout aussi vrai que la kalachnikov comparée au « coupe-coupe » est un signe incontestable de modernité.

À l’autre bout de l’Europe, où je me trouve, en Pologne, un autre fait divers remplit les colonnes des journaux. Un homme a tué une fillette de dix ans. Pas avec une machette ou une kalachnikov. Avec une hache. Une hache ! Rien n’illustre mieux la lenteur que la Pologne mets à se moderniser. Ce pays reste encore essentiellement agricole. Et il y a une hache dans chaque ferme.

La Pologne a donc beaucoup d’efforts à faire encore pour s’intégrer pleinement à l’Union européenne et pour ressembler à la France, son alliée de toujours. Perplexe, je m’en suis ouvert à un ami polonais. Il l’a pris de haut. « Tu sais, nous sommes autant européens que vous ! Mais nous sommes aussi d’indécrottables nationalistes. C’est pourquoi nous restons attachés à nos traditions et à nos haches. Et en plus, nous ne voulons pas du tout être amalgamés à la machette et à la kalachnikov. Tu comprends ? » Je lui ai dit que je le comprenais plus qu’il ne pouvait l’imaginer.

Robert Ménard: Oui aux menus de substitution au porc!

218

cantines robert menard porc beziers

Gil Mihaely. Le 16 mars, le maire UMP de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret a annoncé qu’au nom du « principe de laïcité », il supprimerait dès la rentrée les menus de substitution au porc dans ses cantines scolaires.  Qu’en est-il dans les cantines de Béziers ?

Robert Ménard : À Béziers, on propose trois types de menus dans les cantines scolaires: un menu « normal » avec un plat de porc de temps en temps, un menu sans porc et un menu adapté aux différentes allergies (sans gluten). Cette situation me va très bien parce que je ne veux pas que mes enfants soient obligés de manger la viande le vendredi.  Je ne vois donc pas pourquoi j’imposerai le porc à ceux qui ne souhaitent pas en manger. A Béziers, il y a toujours une alternative pour les gens qui ne mangent pas du porc ! Je suis farouchement attaché à ce principe car je ne confonds pas laïcité et chasse aux religions.

En supprimant l’alternative au porc dans les cantines de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret pratique-t-il une forme de «chasse aux musulmans»?

Non. Je ne lance pas d’accusations à la légère, pour en avoir tellement subies moi-même…. Je dis seulement que j’ai une conception ouverte de la laïcité. Évidemment, aussi longtemps que je serai maire de Béziers il n’y aura ni repas hallal ni repas cacher dans les cantines scolaires, mais il y aura toujours des repas sans porc. Les repas hallal ou cacher n’ont pas leurs places car les pouvoirs publics n’ont pas à entrer dans ces logiques confessionnelles.

Que pensez-vous de l’idée de Yves Jégo d’obliger les mairies et les autres autorités compétentes de proposer dans les cantines un menu végétarien, une alternative sans connotation religieuse ?

Spontanément, je me méfie de ce genre d’obligations. Je trouve que l’Etat intervient déjà tellement sur tout. En revanche, je suis d’accord avec l’idée qu’il faut une alternative pour les gens respectant tel ou tel interdit alimentaire. Je ne vois pas au nom de quoi j’empêcherai les gens de respecter les interdits alimentaires de leur religion. C’est déplacé et je ne le ferai pas !

Une application stricte du principe de neutralité de l’Etat en matière religieuse n’imposerait-elle pas de proposer des menus indifférents aux religions ?   

C’est une vision d’ayatollah de la laïcité ! On ne peut pas ignorer les religions. J’ai fait installer dans l’Hôtel de Ville une crèche pour Noël et un chandelier à neuf branches pour Hanoukka parce que nous vivons dans un pays de tradition judéo-chrétienne et je suis respectueux de ces traditions-là.. Même si on m’a emmerdé pour cette histoire de crèche, j’ai finalement obtenu satisfaction. C’est la première fois dans une ville et je suppose qu’au mois de décembre prochain les crèches vont se multiplier dans d’autres villes. La salle de mon conseil municipal, qui date d’avant 1905, est décorée d’images de Saint-Aphrodise. Qu’est-ce qu’il faut faire ? Les arracher ? C’est une folie. On a ouvert la féria de Béziers avec une grand-messe devant  8000 personnes dont certains disaient le Notre-Père pour la première fois depuis trente ans ! Ils étaient là et ils retrouvaient ce qu’ils sont. Ça fait partie de ce qu’on est, on ne peut pas gommer les religions, ni de nos paysages, ni de l’art,  ni de nos modes de vie et nos pratiques. Ma laïcité n’est pas une guerre aux religions mais une manière d’assurer la tranquillité et la paix publiques.

*Photo: wikimedia.

Thalys: Qui est vraiment Ayoub El Khazzani?

410

ayoub khazzani thalys

(Avec AFP) – Après l’attentat raté de vendredi à bord du Thalys, deux enquêtes sont simultanément menées: l’une par le parquet antiterroriste de Paris, dont la compétence est nationale, et l’autre par le parquet fédéral belge. La garde à vue d’Ayoub El Khazzani, dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret, en banlieue parisienne, a été prolongée samedi et peut durer jusqu’à mardi soir.

Ayoub El Khazzani, citoyen marocain de 26 ans, persiste à nier tout projet terroriste, expliquant avoir trouvé par hasard des armes dont il a décidé de se servir pour détrousser les voyageurs du Thalys. « Cela le ferait presque rigoler… », persifle son avocate. Et son conseil d’expliquer à la presse : « Il dit avoir trouvé ce fusil Kalachnikov, son pistolet Luger et un téléphone portable dans une valise, abandonnée dans un parc, près de la gare de Bruxelles où il avait pris l’habitude de dormir. Il est sans domicile fixe depuis qu’il s’est fait voler ses papiers à Bruxelles. Il a notamment travaillé comme peintre en bâtiment en Espagne, où il a aussi été condamné à deux reprises pour trafic de drogue en 2013. » L’avocate ne dit pas pourquoi son client a agressé au cutter les passagers qui voulaient le maitriser et lui retirer son arme : une réaction due à la panique?

Plus sérieusement, les différents services de police ont recoupé un faisceau d’indices qui permettent d’ébaucher son portrait-robot idéologique. Fiché comme membre de la mouvance djihadiste-salafiste par les services de renseignements espagnols et français, l’intéressé « raconte avoir voyagé en Espagne, à Andorre, en Belgique, en Autriche, en Allemagne et avoir fait un passage en France, mais sans préciser le lieu où il a séjourné. En revanche, il a contesté s’être rendu en Turquie et encore plus en Syrie », d’après son avocate. D’après les premiers éléments de l’enquête, El Khazzani a vécu sept ans en Espagne, de 2007 à mars 2014. Il y était arrivé à 18 ans, s’installant d’abord à Madrid puis à Algésiras, en Andalousie, où il s’est fait remarquer par des discours durs légitimant le jihad. Le jeune homme fluet et de taille moyenne y a vécu de petits emplois, et a été détenu une fois pour « trafic de drogues » selon une source des services antiterroristes espagnols.

Il semblerait que ce sympathisant de l’Etat islamique ne soit pas simplement un simple « activiste » (anglicisme qui signifie littéralement « militant »), comme les télévisions aiment à le désigner. Djihadiste croyant et pratiquant, conformément aux préceptes du théoricien de la « gestion de la sauvagerie » Abou Moussab Al-Souri, El Khazzani s’en est pris directement à des civils, probablement sans en référer à un commandement centralisé.

Ayoub El Khazzani, dont l’identité a été confirmée grâce à ses empreintes digitales, « vivait en Belgique, est monté dans un train en Belgique avec des armes sans doute acquises en Belgique. Si notre pays ne regorgeait pas déjà de candidats au djihad, on parlerait de base arrière.


*Photo : @AFP.

37° Centigrades l’après-midi

1

lindo aldani 37

La collection ‘Dyschroniques’ des Editions du Passager Clandestin propose depuis quelques années la réédition d’auteurs de Science-Fiction ou d’anticipation en format court, sous forme de nouvelles d’une centaine de pages. Parmi ces pépites oubliées, on trouve Les Retombées de Jean-Pierre Andrevon (1979), Faute de temps de John Brunner (1963), Le Testament d’un enfant mort de Philippe Curval (1978), Un logique nommé Joe de Murray Leinster (1946), Le Mercenaire  de Marck Reynolds (1962) ou La Tour des Damnées de Brian Aldiss (1968). Si l’essentiel de la collection – dix-huit titres – présente des récits marqués par la guerre froide ou la terreur nucléaire, 37 ° Centigrades, de Lino Aldani, fait un peu exception en décrivant un univers d’anticipation dominé par une sorte de totalitarisme doux, à la fois hygiéniste et consumériste. Aldani, auteur prolifique et fondateur de la revue de science-fiction italienne Futuro, au début des années 1960, n’a pas attendu le grand ébrouement de mai 68 pour dénoncer une le dévoiement de l’Etat-Providence, mis au service de la grande distribution, de l’injonction festive et de la médicalisation de la société. Dans l’Italie du futur imaginée par l’auteur, Nico Berti, citoyen de plus en plus désabusé, fait face aux tracasseries constantes que lui cause la toute-puissante C.G.M., la Convention Médicale Généralisée, sorte de Sécu dotée de pouvoirs coercitifs très étendus, capable de vous coller une amende si vous oubliez de prendre votre température ou si vous négligez en avril de ne pas vous découvrir d’un fil.

 

« Nico ressortit une main, rien qu’un instant, la leva et agita les doigts pour un salut qui se voulait amical. Puis il essaya de filer, de l’air du Monsieur qui n’a rien à se reprocher. Mais Esposito l’empoigna par le bras : –  Gilets de corps ? –  Je suis en règle, déclara le jeune homme. – Gros tricot de laine ? – Je l’ai mis ! Je l’ai mis ! – C’est bon, dit sans se démonter le petit homme de la C.G.M. Mais on ne prend jamais assez de précautions, Monsieur Berti. En avril, ne te découvre pas d’un fil ; aussi n’ôtez pas votre pardessus ; il y a une amende. »

Harcelé par le paternalisme dictatorial de la C.G.M., les citoyens n’échappent pas non plus aux sollicitations constantes de la publicité vantant par exemple les Levacars (l’équivalent, on l’aura compris, des voitures volantes de Blade Runner) Roëncit ou Demerces, ou tout autre produit, apparaissant sous toutes les formes – néons, radio, hauts-parleurs, affiches – et à tous les endroits de la ville, qui s’ajoutent aux recommandations constantes du consortium de santé. « Toute personne trouvée sans son thermomètre est passible d’une amende de trois cent quatre-vingt livres », avertit un panneau. « Seuls les pauvres types vont à pied. L’homme qui connaît son affaire roule à 200 dans un Roëncit, le Lévacar des temps modernes », proclame un autre. Un jour, Nico en a assez de supporter cette dictature des temps modernes et envoie tout balader – conventionnement médical, Lévacar, pardessus et thermomètre – pour, redevenu un homme libre et non protégé par l’Etat et l’industrie pharmaceutique, emmener sa petite amie à la campagne – en conduisant vite et imprudemment comme un véritable italien du temps de Dino Risi – et faire une orgie de repas plantureux, d’alcool consommé sans modération et de siestes crapuleuses dans les prés. L’escapade de Nico et de sa petite amie Doris se transforme en ode à un hédonisme anarchiste, opposé à la jouissance asservie qu’une société hypocondriaque tente d’imposer à tous. Mais bien évidemment, tout ne va pas se passer aussi bien dans le meilleur des mondes libérés pour les deux protagonistes de l’histoire…

Lino Aldani, figure importante de la littérature de science-fiction en Italie, est resté largement méconnu en France. Avec 37°Centigrades, il anticipe de façon singulière le principe de précaution qui a envahi l’existence de l’homme du XXIe siècle, harcelé par des recommandations incessantes, livré aux injonctions les plus envahissantes des institutions, firmes et associations toujours un peu plus soucieuses de sonder les reins et les cœurs. Pour la modique somme de 6 euros, on peut s’offrir cet été une petite visite en 80 pages du futur cruel et burlesque de Lino Aldani avant de revenir goûter aux paradoxes et aux tracasseries ubuesques de notre présent. 37 ° CentigradesLino Aldani, Editions du Passager Clandestin.

37° centigrades

Price: ---

0 used & new available from

Pascal Jardin, neuf ans et des poussières

150

vichy pascal jardin

Bien avant que l’on connaisse son nom, Pascal Jardin (1934-1980) a joué un rôle important dans notre vie puisqu’il a été le dialoguiste de Bernard Borderie pour la série des  films Angélique, marquise des Anges avec Michèle Mercier dans le rôle-titre. Ils passaient à la télé à l’époque où le carré blanc existait encore. Après avoir enflammé l’imaginaire érotique de la France dans les années 60, ils enflammaient celui des petits garçons des années 70 qu’on envoyait se coucher dès qu’Angélique se retrouvait à moitié-nue, c’est à dire bien avant la fin de la première bobine. Ce qui est certain aussi c’est que Pascal Jardin n’a pas franchement travaillé avec la Nouvelle Vague. Son genre de beauté en matière de film  noir par exemple,  c’était plutôt La Horse de Pierre Granier-Deferre avec Gabin qu’À bout de souffle de Godard avec Belmondo. En même temps, le cinéma, pour Pascal Jardin, c’était surtout alimentaire et sans doute avait-il conscience que son talent ne s’exprimait vraiment que dans ses livres, qui ne sont pas nombreux mais tous exquis, acides, précis, drôles et émouvants.

On a été très content, ainsi, de trouver en édition originale le premier qui lui ait valu un vrai succès, La guerre à neuf ans, publié en 1971 chez Grasset. Tomber sur l’édition originale pour deux euros, nous n’allions pas nous priver. D’autant plus que l’emballage était plutôt bien fait: une jaquette blanche sur  sur la couverture beurre frais avec en médaillon Pascal Jardin enfant et surtout un de ces bandeaux rouges chargés d’attirer l’attention du chaland mais qui, en l’occurrence, le faisait avec une certaine justesse :« Vichy vu par un Saint-Simon en culottes courtes. » La formule est heureuse et rend bien compte du propos: Pascal Jardin était le fils de Jean Jardin qui fut le directeur de cabinet de plusieurs excellences pétainistes y compris de Laval lui-même.

Pourrait-on parler aujourd’hui si légèrement de Vichy, même avec un regard d’enfant? Ce n’est pas certain du tout. Plus l’évènement s’éloigne dans le temps et plus on devient pointilleux sur la question, le devoir de mémoire se transformant en devoir de culpabilité. On peut penser que c’est très bien sur le plan politique même si on oublie au passage que Vichy n’était pas la France dans la mesure où un général ombrageux avait expliqué dès le 18 juin 40 à Londres que la République, c’était lui et ceux qui combattaient avec lui, et personne d’autre. Mais ça devient franchement ridicule quand cela s’applique encore  aujourd’hui dans le domaine des Lettres et que les écrivains collabos que l’on trouvait en livre de poche jusque dans les années 80 sont aujourd’hui à nouveau proscrits comme ils l’étaient en 45.

L’année où sort La guerre à neuf ans, 1971, est aussi celle du Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls. A ce titre, on peut penser que le Pascal Jardin est le dernier livre « innocent »  sur la question et Le chagrin et la Pitié le premier film « coupable ». Et encore, l’innocence de Jardin est celle de l’enfant, pas celle de l’adulte parfaitement conscient des ambiguïtés de Vichy, de l’ignominie de la Milice ou de la folie de la politique antisémite.

Seulement, crime qui est sans doute impardonnable aujourd’hui, il s’interdit tout pathos. Il est même léger, drôle, insolent et redoutablement précis. Autre chose impossible à concevoir aujourd’hui, c’est la préface d’Emmanuel Berl, grand bourgeois juif pacifiste, croix de guerre 1917, ami des surréalistes et de Drieu et surtout l’auteur des discours de Pétain du 23 et 25 juin où son sens de la formule est resté dans l’histoire puisqu’il est l’auteur de « La terre, elle ne ment pas » et de «  Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. » On pourra préférer ses admirables récits que sont Regain en Pays d’Auge ou Rachel et autres grâces, il n’en demeure pas moins que Berl, aussi portraituré par Jardin alors qu’il est déjà le mari de la chanteuse Mireille, incarne bien cette complexité qui rend un peu vaines les postures morales d’aujourd’hui.

Il faut donc lire La guerre à neuf ans avec la même innocence que l’enfant qui se souvient. L’effondrement de 40 vécu depuis une maison de campagne dans l’Eure, les portraits des ministres ou des intellectuels qui gravitent dans la ville d’eau aussi ennuyeuse que bruissante d’intrigues de palais.

Et puis le récit de la débandade dès 1943 est passionnant comme une tragédie ou un roman noir. Il y a, par exemple, cette incroyable scène où Jean Jardin passant en Suisse est sur le point de dégainer son arme contre des maquisards jurassiens: «  Je n’ai jamais compris pourquoi ils nous avaient laissés passer. Ce que j’ai appris plus tard, c’est que les Allemands nous faisaient suivre et que des occupants de la voiture de la Wermacht qui nous talonnait, et qui tomba dans l’embuscade, il n’y eut pas de survivants. »

On s’attardera, pour finir, sur le portrait de Paul Morand en sportif mutique qui épuise le jeune Pascal en baignades dans l’Allier ou dans la piscine du Tennis-Club: « Le temps que j’essaie de lui répondre, il est déjà absent de lui-même ou sorti de la pièce. Il ne croit pas aux réponses, les questions lui suffisent. » De quoi se demander si là, en l’occurrence, ce n’est pas aussi un autoportrait de Pascal Jardin, homme du monde  d’avant qui aimait les voitures rapides, les femmes, le jeu, les alcools forts et pour qui écrire cette Guerre à neuf ans fut d’abord une manière d’exercice spirituel, de bilan au mezzo del cammin di nostra vita.

 

La guerre à neuf ans de Pascal Jardin (Grasset, 1971), deux euros, Clos Saint-Marc, Rouen.

La Guerre à Neuf Ans

Price: ---

0 used & new available from

Le déraciné

0

renaud santa maria malheur chance

Renaud Santa Maria, littérateur éclectique, auteur de nouvelles et poésies, plume de Gaspard Proust à ses heures perdues, nous livre son second roman : Le malheur sera ta chance. Dans les flots de la rentrée littéraire, ce livre au ton intime et parfois lyrique dévoile la vie d’un homme entre deux rives.

Chaque jour que Dieu essaie de faire, Augustin se rend au cimetière du Père-Lachaise, sur la tombe de Palma. Le 9 Septembre, elle l’a quitté, elle qui l’a construit, elle qui l’a porté, elle qui lui a donné son nom. Dès le début, l’œuvre revêt une dimension autofictionnelle puisque la mère récemment défunte de l’auteur s’appelle Palma Santa Maria. La mère-modèle du héros, le laisse, orphelin, face à ses responsabilités d’adulte. Mais l’écrivain se sert de cette histoire pour écrire une parabole à portée universelle.

Si le style est parfois légèrement filandreux, il sert un récit initiatique d’une construction intelligente et d’un classicisme trompeur. Plus centré sur l’introspection et le ressassement du souvenir, le roman nous raconte l’aventure du deuil. Deuil de la mère mais aussi de la foi, évaporée avec cette figure tutélaire. Perdu dans le monde moderne, Augustin est dans l’attente d’un signe divin pour continuer une vie suivant son cours sans le moindre repère. C’est à travers ce récit ordinaire que Renaud Santa Maria éclaire sous un nouveau jour l’aventure contemporaine.

Du cimetière du Père-Lachaise à Bruxelles, l’homme apprend progressivement à se détacher du souvenir pour pouvoir enfin se libérer du passé et embrasser le futur. Se plaçant sous le patronage de Rimbaud, qui, lui aussi, entretenait une relation fusionnelle avec sa mère, il revisite les lieux où celui-ci se fit tirer dessus par son amant et ami Paul Verlaine. La liberté du poète contraste pourtant avec la lourdeur des pas du héros.

Dans sa quête de sens, le personnage principal se pose une question universelle : « Quel est le sens de la vie quand la personne qui nous a construit disparaît »? Sorte de déraciné, il ne voit plus l’utilité de parler ni de vivre. Pourtant, par le dialogue avec ses amis et ceux qui ont connu sa mère, il apprend à grandir.

Pour grandir, Augustin doit réapprendre le rapport à l’autre. Aveuglé par le lien qui le relie toujours à sa mère, il en vient à perdre tout contact avec les vivants. C’est donc en faisant le deuil qu’il réapprend à se lier aux autres et à aimer. Et à aller de nouveau de l’avant en dépassant sa révolte.

Ode à la liberté, mais aussi à la nécessité du souvenir, le roman questionne la foi. Adolescent porté mais aussi freiné dans sa croissance par l’omniprésence de sa mère, Augustin survit en s’appuyant sur l’héritage spirituel et mystique de celle qui l’a formé. La foi était pour elle le phare immatériel d’une époque qui se noie dans le vide. Le roman prend en définitive la forme d’une réconciliation avec Dieu. En acceptant la mort, le jeune homme redécouvre la vie. Prêt à repartir de plus belle, le héros ne ressort pas neuf cette aventure mais grandi, car l’épreuve, dit-il est formatrice: « Les grandes victoires ne sont rien d’autre que de grands obstacles surmontés. »

Le malheur sera ta chance, Renaud Santa Maria, Belfond.

Le Malheur sera ta chance

Price: ---

0 used & new available from

*Photo: wikimedia.

Attentat raté du Thalys : le récit des faits

333

(AFP) – Les enquêteurs sont en train d’interroger l’homme qui a été maîtrisé hier par des militaires américains en vacances alors qu’il s’apprêtait à ouvrir le feu à la kalachnikov sur les passagers d’un train Amsterdam-Paris.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect serait marocain et âgé de 26 ans. Il a résidé en Espagne et avait été signalé comme islamiste radical par les autorités espagnoles aux services français. Il faisait donc l’objet d’une fiche « S », ce qui ne signifie pas forcément une surveillance.

Armé d’un fusil d’assaut kalachnikov, d’un pistolet automatique, de neuf chargeurs et d’un cutter, il a ouvert le feu à au moins une reprise à 17h50 vendredi dans le train à grande vitesse Thalys 9364, peu après le passage du convoi en France.

Mais le carnage qu’il s’apprêtait à commettre a été évité par l’intervention d’un groupe d’amis américains en vacances, dont deux militaires. Les hommes, dont un a été blessé, ont été salués comme des héros par les autorités françaises et par le président Barack Obama, qui leur a exprimé sa « profonde gratitude ». Les jeunes Américains ont raconté cet épisode « dingue » dans des propos filmés par divers médias.

« Tout est arrivé très vite », a dit Anthony Sadler, étudiant, qui voyageait avec ses amis Alex Skarlatos, 22 ans, et Spencer Stone, tous deux militaires américains, qu’il avait retrouvés pour des vacances en Europe.

« On a entendu un coup de feu et du verre brisé, » a rapporté M. Skarlatos, membre de la garde nationale de l’état de l’Oregon, rentré il y a peu d’une mission en Afghanistan. « J’ai vu un homme entrer dans le wagon avec une kalachnikov. »

Chris Norman, un consultant britannique âgé de 62 ans, qui voyageait dans le même wagon, a déclaré qu’ils avaient « vu un gars avec une AK47 (kalachnikov). Alex a dit à Spencer, +Va le choper!+. Le gars a sorti un cutter et il a tailladé Spencer à l’arrière du cou, il lui a pratiquement coupé le pouce aussi, Spencer l’a tenu et on l’a finalement maîtrisé, il était inconscient, on a fini par l’attacher ».

« Spencer a bien couru 10 mètres jusqu’au type. On s’est mis à le taper à la tête jusqu’à ce qu’il s’écroule », a raconté de son côté M. Skarlatos.

Sur des images filmées avec l’aide d’un téléphone portable à l’intérieur du train et diffusées par plusieurs chaînes de télévision, on peut voir le suspect, un jeune homme mince, portant un pantalon blanc et torse nu, plaqué au sol sur le ventre, les mains attachées dans le dos. Une kalachnikov est posée contre un siège et du sang est visible sur une vitre du wagon.

Le suspect « avait l’air dans un état second », selon Anthony Sadler. Après les Merah, Nemmouche, Kouachi, et Coulibaly, un nouveau « loup solitaire » – selon l’expression prisée par de nombreux médias – grossit donc la meute des fanatiques islamistes. Hélas, il semblerait que cet arbre cache une forêt bien épaisse…

Arabie Saoudite: plutôt Al-Qaïda que l’Iran!

2
arabie saoudite iran yemen

arabie saoudite iran yemen

Voici un an que la coalition américaine est en place avec ses « alliés » officiels turcs et arabes sans parvenir à vaincre Daech. La prudence américaine qui consiste à ne pas soutenir Assad ou les milices chiites inféodées à l’Iran explique sans doute le relatif statu quo. Mais surtout le peu d’entrain des armées des pays du golfe à combattre les groupes djihadistes, comme l’Etat Islamique, n’aide pas à la reconquête. Et puisque les partisans d’Abou Bakr Al-Bagdadi se battent contre les hérétiques chiites et les Kurdes; les ennemis de mes ennemis chiites sont mes amis djihadistes…

Pour mieux se tenir à distance de cette sale guerre américaine aux confins de Irak et de la Syrie, les monarchies du Golfe se sont lancées depuis le printemps 2015 dans une autre campagne aérienne. Les partisans d’Ali Abdallah Saleh et les houthis avaient repris une bonne partie du pays yéménite, un peu comme Bachar Al-Assad en Syrie au début de l’année. Faisant d’une pierre deux coups, les états-majors arabes peuvent prétexter cette nouvelle menace au sud pour se détourner de l’aide à l’Amérique contre l’Etat islamique. Dans le même temps, faire la guerre à l’Iran et ses alliés houthis au Yémen affaiblit indirectement les moyens chiites engagés en Irak-Syrie.

Et là, étrangement, la coalition arabe fait du dégât. Et l’ennemi recule. Au Yémen, la prudence de mise sur l’Euphrate n’a plus lieu d’être. Plus question de « frappes chirurgicales » puisque les Américains ne sont pas là pour valider ou non les bombardements. C’est donc un véritable carnage aérien qui s’abat sur le Yémen. Son patrimoine fait les frais d’un « bombing carpet » que n’aurait pas renié Bachar Al-Assad. Ce ne sont pas quelques barils d’explosif qui sont lâchés au hasard des villes mais des bombes de plusieurs centaines de kilos. Les vieux quartiers d’Aden ou de Sanaa sont éventrés, tandis que civils et militaires croulent sous les gravas. Soutien a minima en Irak et en Syrie mais engagement frénétique au Yémen, il faut croire que le clivage religieux pèse davantage que la défense des restes du printemps arabe.

Pas plus qu’en Syrie, les pays du Golfe n’ont les capacités à s’engager au sol dans une guérilla et un conflit contre-insurrectionnel au sud de la péninsule arabique. C’est donc les milices d’Al-Qaïda qui occupent le terrain préparé par l’aviation saoudienne. Dans les ruines du port d’Aden, le drapeau noir du djihad flotte au vent, a annoncé l’agence Reuters le 23 août. Aden, la porte d’entrée sur la mer Rouge, l’ancien relais britannique entre Suez et les Indes, regarde encore passer une bonne partie du commerce mondial. Depuis l’attaque de l’USS Cole en 2000 à Aden, les américains neutralisent à partir de leur base de drones à Djibouti les chefs djihadistes qu’ils détectent quand les européens font la chasse à la piraterie des chebabs somaliens. Autant dire qu’avec Al-Qaïda aux commandes du port d’Aden, la lutte n’est pas terminée.

Là plus qu’ailleurs, les intérêts américains se heurtent à ceux de ses alliés arabes. Au Yémen, l’Amérique n’a plus aucune prise sur l’action des pétromonarchies. Échaudée par l’accord avec l’Iran et méfiante face au rééquilibrage moyen-oriental de l’Amérique en faveur des chiites, la diplomatie saoudienne ne semble pas mesurer les conséquences politiques de ses raids aériens. Face à un ennemi intérieur (Al-Qaïda) pourtant menaçant pour la monarchie, l’activisme anti-chiite qui consiste à lui faire de la place à l’extérieur équivaut à se tirer une balle dans le pied.

Sur plus d’un théâtre d’opérations, les intérêts communs saoudien et djihadiste au Moyen-Orient semblent plus présents que jamais. À court terme du moins.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21767921_000002.

Meeting germanophobe à Frangy-en-Bresse

241
montebourg varoufakis allemagne fete rose

montebourg varoufakis allemagne fete rose

À quoi aurait ressemblé l’édition 2015 de la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse, si Arnaud Montebourg avait vraiment déserté le champ politique pour retourner à la « vie civile » ? Ce rendez-vous bourguignon fondé en 1974 en pleine euphorie du programme commun PS-PCF par Pierre Joxe, missionnaire socialiste dans ce département rural de Saône-et-Loire, donne depuis la température du moral des militants de base du PS à la veille de la rentrée politique. Sans le show médiatique magistralement mis en place par l’ex-ministre de l’Economie Arnaud Montebourg, l’ambiance eût certainement été à l’image de la météo de ce dimanche 23 août : maussade comme un jour de pluie de fin d’été rappelant qu’il est grand temps de retourner au charbon…

Pour les socialistes du coin, l’année 2015 a été horribilis : déjà étrillés au municipales de 2014, ils ont perdu les départementales de mars 2015 et donné à la droite l’ancien fief d’Arnaud Montebourg, viré du gouvernement à la suite de son incartade anti-Valls de la fête de la Rose, cuvée 2014. De plus, le jeune espoir local, le député Thomas Thévenoud, donné comme successeur naturel du flamboyant Arnaud, appelé au gouvernement lors du remaniement de septembre 2014, en est débarqué quelques jours plus tard, pour cause de « phobie administrative » l’empêchant d’honorer ses obligations fiscales…

Donner un écho national et même international à ce rassemblement champêtre d’éclopés de la politique relevait du Guiness Book of records de la com’ ! Eh bien, il l’a fait ! Le vice-président d’Habitat a réussi à faire venir dans un trou perdu, à peu près inaccessible par la SNCF, le gratin du journalisme politique parisien arrivé toutes affaires cessantes en limousine de location pour les plus riches, par Bla-Bla-Car pour les plus démunis…
Pour cela une bonne recette : l’effet « vu à la télé » allié au «  lu dans Paris Match », de la pipolitique à haute dose, et sans modération ! On invite le « bogosse » Iannis Varoufakis, héros de la résistance grecque contre la barbarie germano-bruxelloise, viré par son patron Tsipras, et qui  balance  à tout va sur les turpitudes des rapaces des « institutions ». Ça va donc saigner ! Pour la douceur et la tendresse, on emmène sa nouvelle compagne, la co-virée et ex-ministre de la culture Aurélie Filipetti, dont on a pris soin de fournir aux magazines pour salons de coiffures les photos estivales en maillot de bain révélant l’arrivée prochaine d’un heureux événement…

Les cadors du PS qui ont boudé ce rendez-vous, sur ordre du Parti, du Premier ministre et du Président de la République ont bien eu tort : ils auraient eu plus de chance de montrer leur binette à la télé et de mouliner des petites phrases pour la radio à Frangy-en-Presse qu’à La Rochelle pendant leur foire annuelle curieusement nommée université d’été du PS.

Une fois le décor mis en place, le contenu importe peu, et le discours politique se doit d’être simple, sans nuances trop subtiles propres à égarer une corporation journaleuse qui ne déteste rien tant que se prendre le chou pour essayer de vendre aux rédac-chefs de la pensée politique complexe. Postulat : Iannis Varoufakis et Arnaud Montebourg, occupant les rôles des « bons » (normal, ils sont les organisateurs de la fête), il faut construire les caractères négatifs, les «  méchants » et les «  lâches ». Le guignol peut commencer. Le rôle du salaud est dévolu à l’Allemagne en général, et à son ministre des Finances Wolfgang Schäuble, tireur de ficelle diabolique d’un Eurogroupe sous influence, en particulier. Pour chauffer la salle, le numéro bien rôdé de Iannis Varoufakis « Wolfgang m’a tuer ! » est décliné sous toutes les formes dans les multiples entretiens accordés aux médias français avant après et pendant la Fête de la rose. «  Wolfgang Schäuble ne cherchait pas le remboursement de la dette grecque, sinon il aurait accepté nos propositions raisonnables ! Il voulait notre capitulation sans conditions, parce qu’il voulait faire un exemple. Ne vous y trompez pas, ce n’est pas la petite Grèce qui importe à Schäuble, c’est la France ! Et le sort que nous avons subi sera le vôtre si vous ne réagissez pas ! » Et de se lamenter sur l’absence politique de la France et d’un François Hollande (le lâche) évanescent et sans vision dans ce combat désespéré de la chèvre grecque contre le loup allemand.

Le german bashing d’Arnaud Montebourg, moins tragique, n’en fut pas moins vigoureux : l’obsession allemande de la dette plombe la croissance européenne. Leur rigorisme dogmatique et l’usage immodéré de leur puissance économique est également une catastrophe politique et met la démocratie française en danger : « Vous pouvez toujours voter pour la gauche, le système des institutions européenne fera que vous serez gouverné par la droite allemande !». Le propos fait mouche dans l’assistance qui ouvre ses parapluies sous l’averse revenue – ma voisine me fait profiter du sien, qui porte le logo du géant allemand de l’assurance Allianz. Un vieux grognard du PS, maire d’un arrondissement de Lyon et enfant du pays bressan, sent se rouvrir une vieille blessure : il avait voté « non » au référendum de 2005. Même s’il est un fidèle du très droitier Gérard Collomb, il n’a pas digéré le retour par la fenêtre, grâce au PS, du traité rejeté par le peuple.

Si, sur l’estrade, la germanophobie reste dans les limites de la controverse policée, il n’en est pas de même dans les discussions entre militants sous les tentes. «  Ils ne changeront jamais ! Jamais ! » tonne un septuagénaire qui stigmatise le peu de mémoire historique et l’ingratitude de nos voisins d’outre-Rhin, dont on a effacé la dette en 1953 et permis en 1995 de déroger aux critères de Maastricht pour financer la réunification. Ces arguments, qui font fi du contexte historique des époques concernées, alimentent le ressentiment du peuple de gauche contre ces Allemands, où même les « camarades » du SPD vous font faux bond.

L’approbation est bruyante lorsqu’une dame, se présentant comme professeur d’allemand dans le département, s’érige en experte en germanitude pour asséner : «  C’est vrai, il n’ont pas changé, sinon en pire ! Je vais souvent en Allemagne avec des élèves, et moi qui suis plutôt brune, on me regarde d’un sale œil, surtout dans le nord… Schäuble ? Vous savez peut-être que sa mère s’appelait Gertrud Göhring… C’est tout dire ». Une vague homonymie maternelle avec le Reichsmarschall Hermann Goering, et je vous construis un diable en fauteuil roulant. C’était Frangy-en-Bresse 2015 rebaptisé Frangy-en-Grèce par le communiquant Montebourg. L’édition 2016 prévue pour le 24 août de l’an prochain s’annonce grandiose : elle coïncide avec la Saint Barthelémy. Ça va être gore !

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00721349_000001.

Djihad : le choix des armes

38

Les premières informations sur l’affaire du Thalys étaient rafraîchissantes. L’agresseur, disait-on, était un armé d’un Colt 45. Une arme mythique qui sentait bon l’Amérique et ses grands espaces. Un Américain peut-être ? Enfin du nouveau dans la longue litanie des règlements de comptes et des actes terroristes.

Hélas, il fallut vite déchanter car on apprit que l’homme du Thalys avait aussi une kalachnikov avec neuf chargeurs. Bien qu’il soit citoyen marocain, ayant vécu plusieurs années en Espagne puis en Belgique, il était donc très banalement d’ici, estampillé de chez nous. Adieu l’Amérique et vive la France ! Un autre événement, dont il a été longuement question ces derniers jours, avait auparavant occupé nos esprits. Un homme avait massacré sa femme à coups de machette.

Une machette ? Vous avez ça chez vous ? Non. Mais certains oui. Il en est parfois question lors d’affrontements entre bandes rivales de banlieue. La machette, on s’en sert surtout en Afrique pour casser en deux les noix de coco ou lors de massacre inter-tribaux. Nul donc ne contestera que la France soit un pays ouvert à toutes les innovations venues de l’étranger. Il est tout aussi vrai que la kalachnikov comparée au « coupe-coupe » est un signe incontestable de modernité.

À l’autre bout de l’Europe, où je me trouve, en Pologne, un autre fait divers remplit les colonnes des journaux. Un homme a tué une fillette de dix ans. Pas avec une machette ou une kalachnikov. Avec une hache. Une hache ! Rien n’illustre mieux la lenteur que la Pologne mets à se moderniser. Ce pays reste encore essentiellement agricole. Et il y a une hache dans chaque ferme.

La Pologne a donc beaucoup d’efforts à faire encore pour s’intégrer pleinement à l’Union européenne et pour ressembler à la France, son alliée de toujours. Perplexe, je m’en suis ouvert à un ami polonais. Il l’a pris de haut. « Tu sais, nous sommes autant européens que vous ! Mais nous sommes aussi d’indécrottables nationalistes. C’est pourquoi nous restons attachés à nos traditions et à nos haches. Et en plus, nous ne voulons pas du tout être amalgamés à la machette et à la kalachnikov. Tu comprends ? » Je lui ai dit que je le comprenais plus qu’il ne pouvait l’imaginer.

Robert Ménard: Oui aux menus de substitution au porc!

218
cantines robert menard porc beziers

cantines robert menard porc beziers

Gil Mihaely. Le 16 mars, le maire UMP de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret a annoncé qu’au nom du « principe de laïcité », il supprimerait dès la rentrée les menus de substitution au porc dans ses cantines scolaires.  Qu’en est-il dans les cantines de Béziers ?

Robert Ménard : À Béziers, on propose trois types de menus dans les cantines scolaires: un menu « normal » avec un plat de porc de temps en temps, un menu sans porc et un menu adapté aux différentes allergies (sans gluten). Cette situation me va très bien parce que je ne veux pas que mes enfants soient obligés de manger la viande le vendredi.  Je ne vois donc pas pourquoi j’imposerai le porc à ceux qui ne souhaitent pas en manger. A Béziers, il y a toujours une alternative pour les gens qui ne mangent pas du porc ! Je suis farouchement attaché à ce principe car je ne confonds pas laïcité et chasse aux religions.

En supprimant l’alternative au porc dans les cantines de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret pratique-t-il une forme de «chasse aux musulmans»?

Non. Je ne lance pas d’accusations à la légère, pour en avoir tellement subies moi-même…. Je dis seulement que j’ai une conception ouverte de la laïcité. Évidemment, aussi longtemps que je serai maire de Béziers il n’y aura ni repas hallal ni repas cacher dans les cantines scolaires, mais il y aura toujours des repas sans porc. Les repas hallal ou cacher n’ont pas leurs places car les pouvoirs publics n’ont pas à entrer dans ces logiques confessionnelles.

Que pensez-vous de l’idée de Yves Jégo d’obliger les mairies et les autres autorités compétentes de proposer dans les cantines un menu végétarien, une alternative sans connotation religieuse ?

Spontanément, je me méfie de ce genre d’obligations. Je trouve que l’Etat intervient déjà tellement sur tout. En revanche, je suis d’accord avec l’idée qu’il faut une alternative pour les gens respectant tel ou tel interdit alimentaire. Je ne vois pas au nom de quoi j’empêcherai les gens de respecter les interdits alimentaires de leur religion. C’est déplacé et je ne le ferai pas !

Une application stricte du principe de neutralité de l’Etat en matière religieuse n’imposerait-elle pas de proposer des menus indifférents aux religions ?   

C’est une vision d’ayatollah de la laïcité ! On ne peut pas ignorer les religions. J’ai fait installer dans l’Hôtel de Ville une crèche pour Noël et un chandelier à neuf branches pour Hanoukka parce que nous vivons dans un pays de tradition judéo-chrétienne et je suis respectueux de ces traditions-là.. Même si on m’a emmerdé pour cette histoire de crèche, j’ai finalement obtenu satisfaction. C’est la première fois dans une ville et je suppose qu’au mois de décembre prochain les crèches vont se multiplier dans d’autres villes. La salle de mon conseil municipal, qui date d’avant 1905, est décorée d’images de Saint-Aphrodise. Qu’est-ce qu’il faut faire ? Les arracher ? C’est une folie. On a ouvert la féria de Béziers avec une grand-messe devant  8000 personnes dont certains disaient le Notre-Père pour la première fois depuis trente ans ! Ils étaient là et ils retrouvaient ce qu’ils sont. Ça fait partie de ce qu’on est, on ne peut pas gommer les religions, ni de nos paysages, ni de l’art,  ni de nos modes de vie et nos pratiques. Ma laïcité n’est pas une guerre aux religions mais une manière d’assurer la tranquillité et la paix publiques.

*Photo: wikimedia.

Thalys: Qui est vraiment Ayoub El Khazzani?

410
ayoub khazzani thalys

ayoub khazzani thalys

(Avec AFP) – Après l’attentat raté de vendredi à bord du Thalys, deux enquêtes sont simultanément menées: l’une par le parquet antiterroriste de Paris, dont la compétence est nationale, et l’autre par le parquet fédéral belge. La garde à vue d’Ayoub El Khazzani, dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret, en banlieue parisienne, a été prolongée samedi et peut durer jusqu’à mardi soir.

Ayoub El Khazzani, citoyen marocain de 26 ans, persiste à nier tout projet terroriste, expliquant avoir trouvé par hasard des armes dont il a décidé de se servir pour détrousser les voyageurs du Thalys. « Cela le ferait presque rigoler… », persifle son avocate. Et son conseil d’expliquer à la presse : « Il dit avoir trouvé ce fusil Kalachnikov, son pistolet Luger et un téléphone portable dans une valise, abandonnée dans un parc, près de la gare de Bruxelles où il avait pris l’habitude de dormir. Il est sans domicile fixe depuis qu’il s’est fait voler ses papiers à Bruxelles. Il a notamment travaillé comme peintre en bâtiment en Espagne, où il a aussi été condamné à deux reprises pour trafic de drogue en 2013. » L’avocate ne dit pas pourquoi son client a agressé au cutter les passagers qui voulaient le maitriser et lui retirer son arme : une réaction due à la panique?

Plus sérieusement, les différents services de police ont recoupé un faisceau d’indices qui permettent d’ébaucher son portrait-robot idéologique. Fiché comme membre de la mouvance djihadiste-salafiste par les services de renseignements espagnols et français, l’intéressé « raconte avoir voyagé en Espagne, à Andorre, en Belgique, en Autriche, en Allemagne et avoir fait un passage en France, mais sans préciser le lieu où il a séjourné. En revanche, il a contesté s’être rendu en Turquie et encore plus en Syrie », d’après son avocate. D’après les premiers éléments de l’enquête, El Khazzani a vécu sept ans en Espagne, de 2007 à mars 2014. Il y était arrivé à 18 ans, s’installant d’abord à Madrid puis à Algésiras, en Andalousie, où il s’est fait remarquer par des discours durs légitimant le jihad. Le jeune homme fluet et de taille moyenne y a vécu de petits emplois, et a été détenu une fois pour « trafic de drogues » selon une source des services antiterroristes espagnols.

Il semblerait que ce sympathisant de l’Etat islamique ne soit pas simplement un simple « activiste » (anglicisme qui signifie littéralement « militant »), comme les télévisions aiment à le désigner. Djihadiste croyant et pratiquant, conformément aux préceptes du théoricien de la « gestion de la sauvagerie » Abou Moussab Al-Souri, El Khazzani s’en est pris directement à des civils, probablement sans en référer à un commandement centralisé.

Ayoub El Khazzani, dont l’identité a été confirmée grâce à ses empreintes digitales, « vivait en Belgique, est monté dans un train en Belgique avec des armes sans doute acquises en Belgique. Si notre pays ne regorgeait pas déjà de candidats au djihad, on parlerait de base arrière.


*Photo : @AFP.

37° Centigrades l’après-midi

1
lindo aldani 37

lindo aldani 37

La collection ‘Dyschroniques’ des Editions du Passager Clandestin propose depuis quelques années la réédition d’auteurs de Science-Fiction ou d’anticipation en format court, sous forme de nouvelles d’une centaine de pages. Parmi ces pépites oubliées, on trouve Les Retombées de Jean-Pierre Andrevon (1979), Faute de temps de John Brunner (1963), Le Testament d’un enfant mort de Philippe Curval (1978), Un logique nommé Joe de Murray Leinster (1946), Le Mercenaire  de Marck Reynolds (1962) ou La Tour des Damnées de Brian Aldiss (1968). Si l’essentiel de la collection – dix-huit titres – présente des récits marqués par la guerre froide ou la terreur nucléaire, 37 ° Centigrades, de Lino Aldani, fait un peu exception en décrivant un univers d’anticipation dominé par une sorte de totalitarisme doux, à la fois hygiéniste et consumériste. Aldani, auteur prolifique et fondateur de la revue de science-fiction italienne Futuro, au début des années 1960, n’a pas attendu le grand ébrouement de mai 68 pour dénoncer une le dévoiement de l’Etat-Providence, mis au service de la grande distribution, de l’injonction festive et de la médicalisation de la société. Dans l’Italie du futur imaginée par l’auteur, Nico Berti, citoyen de plus en plus désabusé, fait face aux tracasseries constantes que lui cause la toute-puissante C.G.M., la Convention Médicale Généralisée, sorte de Sécu dotée de pouvoirs coercitifs très étendus, capable de vous coller une amende si vous oubliez de prendre votre température ou si vous négligez en avril de ne pas vous découvrir d’un fil.

 

« Nico ressortit une main, rien qu’un instant, la leva et agita les doigts pour un salut qui se voulait amical. Puis il essaya de filer, de l’air du Monsieur qui n’a rien à se reprocher. Mais Esposito l’empoigna par le bras : –  Gilets de corps ? –  Je suis en règle, déclara le jeune homme. – Gros tricot de laine ? – Je l’ai mis ! Je l’ai mis ! – C’est bon, dit sans se démonter le petit homme de la C.G.M. Mais on ne prend jamais assez de précautions, Monsieur Berti. En avril, ne te découvre pas d’un fil ; aussi n’ôtez pas votre pardessus ; il y a une amende. »

Harcelé par le paternalisme dictatorial de la C.G.M., les citoyens n’échappent pas non plus aux sollicitations constantes de la publicité vantant par exemple les Levacars (l’équivalent, on l’aura compris, des voitures volantes de Blade Runner) Roëncit ou Demerces, ou tout autre produit, apparaissant sous toutes les formes – néons, radio, hauts-parleurs, affiches – et à tous les endroits de la ville, qui s’ajoutent aux recommandations constantes du consortium de santé. « Toute personne trouvée sans son thermomètre est passible d’une amende de trois cent quatre-vingt livres », avertit un panneau. « Seuls les pauvres types vont à pied. L’homme qui connaît son affaire roule à 200 dans un Roëncit, le Lévacar des temps modernes », proclame un autre. Un jour, Nico en a assez de supporter cette dictature des temps modernes et envoie tout balader – conventionnement médical, Lévacar, pardessus et thermomètre – pour, redevenu un homme libre et non protégé par l’Etat et l’industrie pharmaceutique, emmener sa petite amie à la campagne – en conduisant vite et imprudemment comme un véritable italien du temps de Dino Risi – et faire une orgie de repas plantureux, d’alcool consommé sans modération et de siestes crapuleuses dans les prés. L’escapade de Nico et de sa petite amie Doris se transforme en ode à un hédonisme anarchiste, opposé à la jouissance asservie qu’une société hypocondriaque tente d’imposer à tous. Mais bien évidemment, tout ne va pas se passer aussi bien dans le meilleur des mondes libérés pour les deux protagonistes de l’histoire…

Lino Aldani, figure importante de la littérature de science-fiction en Italie, est resté largement méconnu en France. Avec 37°Centigrades, il anticipe de façon singulière le principe de précaution qui a envahi l’existence de l’homme du XXIe siècle, harcelé par des recommandations incessantes, livré aux injonctions les plus envahissantes des institutions, firmes et associations toujours un peu plus soucieuses de sonder les reins et les cœurs. Pour la modique somme de 6 euros, on peut s’offrir cet été une petite visite en 80 pages du futur cruel et burlesque de Lino Aldani avant de revenir goûter aux paradoxes et aux tracasseries ubuesques de notre présent. 37 ° CentigradesLino Aldani, Editions du Passager Clandestin.

37° centigrades

Price: ---

0 used & new available from

Pascal Jardin, neuf ans et des poussières

150
vichy pascal jardin

vichy pascal jardin

Bien avant que l’on connaisse son nom, Pascal Jardin (1934-1980) a joué un rôle important dans notre vie puisqu’il a été le dialoguiste de Bernard Borderie pour la série des  films Angélique, marquise des Anges avec Michèle Mercier dans le rôle-titre. Ils passaient à la télé à l’époque où le carré blanc existait encore. Après avoir enflammé l’imaginaire érotique de la France dans les années 60, ils enflammaient celui des petits garçons des années 70 qu’on envoyait se coucher dès qu’Angélique se retrouvait à moitié-nue, c’est à dire bien avant la fin de la première bobine. Ce qui est certain aussi c’est que Pascal Jardin n’a pas franchement travaillé avec la Nouvelle Vague. Son genre de beauté en matière de film  noir par exemple,  c’était plutôt La Horse de Pierre Granier-Deferre avec Gabin qu’À bout de souffle de Godard avec Belmondo. En même temps, le cinéma, pour Pascal Jardin, c’était surtout alimentaire et sans doute avait-il conscience que son talent ne s’exprimait vraiment que dans ses livres, qui ne sont pas nombreux mais tous exquis, acides, précis, drôles et émouvants.

On a été très content, ainsi, de trouver en édition originale le premier qui lui ait valu un vrai succès, La guerre à neuf ans, publié en 1971 chez Grasset. Tomber sur l’édition originale pour deux euros, nous n’allions pas nous priver. D’autant plus que l’emballage était plutôt bien fait: une jaquette blanche sur  sur la couverture beurre frais avec en médaillon Pascal Jardin enfant et surtout un de ces bandeaux rouges chargés d’attirer l’attention du chaland mais qui, en l’occurrence, le faisait avec une certaine justesse :« Vichy vu par un Saint-Simon en culottes courtes. » La formule est heureuse et rend bien compte du propos: Pascal Jardin était le fils de Jean Jardin qui fut le directeur de cabinet de plusieurs excellences pétainistes y compris de Laval lui-même.

Pourrait-on parler aujourd’hui si légèrement de Vichy, même avec un regard d’enfant? Ce n’est pas certain du tout. Plus l’évènement s’éloigne dans le temps et plus on devient pointilleux sur la question, le devoir de mémoire se transformant en devoir de culpabilité. On peut penser que c’est très bien sur le plan politique même si on oublie au passage que Vichy n’était pas la France dans la mesure où un général ombrageux avait expliqué dès le 18 juin 40 à Londres que la République, c’était lui et ceux qui combattaient avec lui, et personne d’autre. Mais ça devient franchement ridicule quand cela s’applique encore  aujourd’hui dans le domaine des Lettres et que les écrivains collabos que l’on trouvait en livre de poche jusque dans les années 80 sont aujourd’hui à nouveau proscrits comme ils l’étaient en 45.

L’année où sort La guerre à neuf ans, 1971, est aussi celle du Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls. A ce titre, on peut penser que le Pascal Jardin est le dernier livre « innocent »  sur la question et Le chagrin et la Pitié le premier film « coupable ». Et encore, l’innocence de Jardin est celle de l’enfant, pas celle de l’adulte parfaitement conscient des ambiguïtés de Vichy, de l’ignominie de la Milice ou de la folie de la politique antisémite.

Seulement, crime qui est sans doute impardonnable aujourd’hui, il s’interdit tout pathos. Il est même léger, drôle, insolent et redoutablement précis. Autre chose impossible à concevoir aujourd’hui, c’est la préface d’Emmanuel Berl, grand bourgeois juif pacifiste, croix de guerre 1917, ami des surréalistes et de Drieu et surtout l’auteur des discours de Pétain du 23 et 25 juin où son sens de la formule est resté dans l’histoire puisqu’il est l’auteur de « La terre, elle ne ment pas » et de «  Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. » On pourra préférer ses admirables récits que sont Regain en Pays d’Auge ou Rachel et autres grâces, il n’en demeure pas moins que Berl, aussi portraituré par Jardin alors qu’il est déjà le mari de la chanteuse Mireille, incarne bien cette complexité qui rend un peu vaines les postures morales d’aujourd’hui.

Il faut donc lire La guerre à neuf ans avec la même innocence que l’enfant qui se souvient. L’effondrement de 40 vécu depuis une maison de campagne dans l’Eure, les portraits des ministres ou des intellectuels qui gravitent dans la ville d’eau aussi ennuyeuse que bruissante d’intrigues de palais.

Et puis le récit de la débandade dès 1943 est passionnant comme une tragédie ou un roman noir. Il y a, par exemple, cette incroyable scène où Jean Jardin passant en Suisse est sur le point de dégainer son arme contre des maquisards jurassiens: «  Je n’ai jamais compris pourquoi ils nous avaient laissés passer. Ce que j’ai appris plus tard, c’est que les Allemands nous faisaient suivre et que des occupants de la voiture de la Wermacht qui nous talonnait, et qui tomba dans l’embuscade, il n’y eut pas de survivants. »

On s’attardera, pour finir, sur le portrait de Paul Morand en sportif mutique qui épuise le jeune Pascal en baignades dans l’Allier ou dans la piscine du Tennis-Club: « Le temps que j’essaie de lui répondre, il est déjà absent de lui-même ou sorti de la pièce. Il ne croit pas aux réponses, les questions lui suffisent. » De quoi se demander si là, en l’occurrence, ce n’est pas aussi un autoportrait de Pascal Jardin, homme du monde  d’avant qui aimait les voitures rapides, les femmes, le jeu, les alcools forts et pour qui écrire cette Guerre à neuf ans fut d’abord une manière d’exercice spirituel, de bilan au mezzo del cammin di nostra vita.

 

La guerre à neuf ans de Pascal Jardin (Grasset, 1971), deux euros, Clos Saint-Marc, Rouen.

La Guerre à Neuf Ans

Price: ---

0 used & new available from

Le déraciné

0
renaud santa maria malheur chance

renaud santa maria malheur chance

Renaud Santa Maria, littérateur éclectique, auteur de nouvelles et poésies, plume de Gaspard Proust à ses heures perdues, nous livre son second roman : Le malheur sera ta chance. Dans les flots de la rentrée littéraire, ce livre au ton intime et parfois lyrique dévoile la vie d’un homme entre deux rives.

Chaque jour que Dieu essaie de faire, Augustin se rend au cimetière du Père-Lachaise, sur la tombe de Palma. Le 9 Septembre, elle l’a quitté, elle qui l’a construit, elle qui l’a porté, elle qui lui a donné son nom. Dès le début, l’œuvre revêt une dimension autofictionnelle puisque la mère récemment défunte de l’auteur s’appelle Palma Santa Maria. La mère-modèle du héros, le laisse, orphelin, face à ses responsabilités d’adulte. Mais l’écrivain se sert de cette histoire pour écrire une parabole à portée universelle.

Si le style est parfois légèrement filandreux, il sert un récit initiatique d’une construction intelligente et d’un classicisme trompeur. Plus centré sur l’introspection et le ressassement du souvenir, le roman nous raconte l’aventure du deuil. Deuil de la mère mais aussi de la foi, évaporée avec cette figure tutélaire. Perdu dans le monde moderne, Augustin est dans l’attente d’un signe divin pour continuer une vie suivant son cours sans le moindre repère. C’est à travers ce récit ordinaire que Renaud Santa Maria éclaire sous un nouveau jour l’aventure contemporaine.

Du cimetière du Père-Lachaise à Bruxelles, l’homme apprend progressivement à se détacher du souvenir pour pouvoir enfin se libérer du passé et embrasser le futur. Se plaçant sous le patronage de Rimbaud, qui, lui aussi, entretenait une relation fusionnelle avec sa mère, il revisite les lieux où celui-ci se fit tirer dessus par son amant et ami Paul Verlaine. La liberté du poète contraste pourtant avec la lourdeur des pas du héros.

Dans sa quête de sens, le personnage principal se pose une question universelle : « Quel est le sens de la vie quand la personne qui nous a construit disparaît »? Sorte de déraciné, il ne voit plus l’utilité de parler ni de vivre. Pourtant, par le dialogue avec ses amis et ceux qui ont connu sa mère, il apprend à grandir.

Pour grandir, Augustin doit réapprendre le rapport à l’autre. Aveuglé par le lien qui le relie toujours à sa mère, il en vient à perdre tout contact avec les vivants. C’est donc en faisant le deuil qu’il réapprend à se lier aux autres et à aimer. Et à aller de nouveau de l’avant en dépassant sa révolte.

Ode à la liberté, mais aussi à la nécessité du souvenir, le roman questionne la foi. Adolescent porté mais aussi freiné dans sa croissance par l’omniprésence de sa mère, Augustin survit en s’appuyant sur l’héritage spirituel et mystique de celle qui l’a formé. La foi était pour elle le phare immatériel d’une époque qui se noie dans le vide. Le roman prend en définitive la forme d’une réconciliation avec Dieu. En acceptant la mort, le jeune homme redécouvre la vie. Prêt à repartir de plus belle, le héros ne ressort pas neuf cette aventure mais grandi, car l’épreuve, dit-il est formatrice: « Les grandes victoires ne sont rien d’autre que de grands obstacles surmontés. »

Le malheur sera ta chance, Renaud Santa Maria, Belfond.

Le Malheur sera ta chance

Price: ---

0 used & new available from

*Photo: wikimedia.

Attentat raté du Thalys : le récit des faits

333

(AFP) – Les enquêteurs sont en train d’interroger l’homme qui a été maîtrisé hier par des militaires américains en vacances alors qu’il s’apprêtait à ouvrir le feu à la kalachnikov sur les passagers d’un train Amsterdam-Paris.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect serait marocain et âgé de 26 ans. Il a résidé en Espagne et avait été signalé comme islamiste radical par les autorités espagnoles aux services français. Il faisait donc l’objet d’une fiche « S », ce qui ne signifie pas forcément une surveillance.

Armé d’un fusil d’assaut kalachnikov, d’un pistolet automatique, de neuf chargeurs et d’un cutter, il a ouvert le feu à au moins une reprise à 17h50 vendredi dans le train à grande vitesse Thalys 9364, peu après le passage du convoi en France.

Mais le carnage qu’il s’apprêtait à commettre a été évité par l’intervention d’un groupe d’amis américains en vacances, dont deux militaires. Les hommes, dont un a été blessé, ont été salués comme des héros par les autorités françaises et par le président Barack Obama, qui leur a exprimé sa « profonde gratitude ». Les jeunes Américains ont raconté cet épisode « dingue » dans des propos filmés par divers médias.

« Tout est arrivé très vite », a dit Anthony Sadler, étudiant, qui voyageait avec ses amis Alex Skarlatos, 22 ans, et Spencer Stone, tous deux militaires américains, qu’il avait retrouvés pour des vacances en Europe.

« On a entendu un coup de feu et du verre brisé, » a rapporté M. Skarlatos, membre de la garde nationale de l’état de l’Oregon, rentré il y a peu d’une mission en Afghanistan. « J’ai vu un homme entrer dans le wagon avec une kalachnikov. »

Chris Norman, un consultant britannique âgé de 62 ans, qui voyageait dans le même wagon, a déclaré qu’ils avaient « vu un gars avec une AK47 (kalachnikov). Alex a dit à Spencer, +Va le choper!+. Le gars a sorti un cutter et il a tailladé Spencer à l’arrière du cou, il lui a pratiquement coupé le pouce aussi, Spencer l’a tenu et on l’a finalement maîtrisé, il était inconscient, on a fini par l’attacher ».

« Spencer a bien couru 10 mètres jusqu’au type. On s’est mis à le taper à la tête jusqu’à ce qu’il s’écroule », a raconté de son côté M. Skarlatos.

Sur des images filmées avec l’aide d’un téléphone portable à l’intérieur du train et diffusées par plusieurs chaînes de télévision, on peut voir le suspect, un jeune homme mince, portant un pantalon blanc et torse nu, plaqué au sol sur le ventre, les mains attachées dans le dos. Une kalachnikov est posée contre un siège et du sang est visible sur une vitre du wagon.

Le suspect « avait l’air dans un état second », selon Anthony Sadler. Après les Merah, Nemmouche, Kouachi, et Coulibaly, un nouveau « loup solitaire » – selon l’expression prisée par de nombreux médias – grossit donc la meute des fanatiques islamistes. Hélas, il semblerait que cet arbre cache une forêt bien épaisse…