Trop peu d’observateurs l’ont remarqué, mais cette semaine aura vu s’étaler des divergences spectaculaires au sommet de l’appareil politico-étatique. Point de départ de ce schisme socialo-socialiste à ciel ouvert, l’appréciation des incidents qui ont émaillé le traditionnel banquet du samedi soir de l’université d’été du PS à La Rochelle. De jeunes camarades y ont copieusement sifflé le premier ministre, certains d’entre eux ont même réclamé la démission d’Emmanuel Macron.
Certes, il ne viendrait à l’idée de personne de remettre en cause la réalité même des lazzis qui ont fusé dans l’assistance. Si on en a causé abondamment sur Twitter et si on les a vus partout sur Youtube, c’est forcément que c’est vrai. Non, non, les désaccords de fond entre hiérarques socialistes portent sur les causes politiques, morales et éventuellement médicales de cette contestation.
Pour Manuel Valls, la cause est entendue : si des militants du MJS ont gâché sa prestation, il faut y voir la main de Moscou, ou tout au moins de sa version remix 2015 : c’est la faute à l’abominable homme de gauche, Jean-Luc Mélenchon. Très énervé par ces lazzis, Valls aurait en effet déclaré : « Les Jeunes Socialistes ne savent plus où ils habitent : la preuve, ils en sont même à critiquer la conférence sur le climat. C’est une organisation à la dérive, manipulée par Mélenchon. » Certes il ne s’agit pas d’une déclaration officielle. Mais comme cette phrase a été rapportée dans les colonnes du Canard Enchaîné, elle est forcément plus crédible qu’une publication au Journal Officiel. Mais pour être authentique, cette analyse un rien complotiste n’en est pas moins fausse : Méluche est bien trop occupé à empêcher sa barque de couler pour jouer les sous-marins.
Autre son de cloche chez Jean-Christophe Cambadélis. Pour le Premier secrétaire, il ne faut tirer aucune conclusion politique de ce binz. Pour lui, toutes ces vacheries, c’était de l’humour, seulement de l’humour. Bien sûr, Cambadélis ment. Si on avait de l’humour au MJS, ça se saurait.
Dernière hypothèse émise cette semaine, celle de Jean-Marie Le Guen. Pour lui cette fièvre du samedi soir a une cause triviale : les siffleurs étaient complètement bourrés.
Quand j’ai découvert cette analyse, j’ai aussitôt pensé à ces titres commençant par « Ivre, il » dont la presse de province nous régale régulièrement et que colligent aimablement des sites spécialisés tels Ivrevirgule.fr
Il va de soi que cette hypothèse me paraît plus crédible que les autres. Après tout, les jeunes socialistes sont des jeunes comme les autres : coincés dans un dîner familial casse-burne avec des vieux cons, ils tuent l’ennui en picolant plus que de raison, puis s’abritent derrière leur ébriété pour exprimer sans ambages leur révolte contre la société. Le Guen est donc probablement dans le vrai. Rien que ça, ça s’arrose !
Et puis en lisant bien les reportages sur ce triste événement, j’ai eu la preuve définitive que la piste de l’ébriété était la bonne. D’après plusieurs observateurs dignes de foi, les frondeurs ne se sont pas contentés de siffler Valls ou Macron. Ils ont aussi crié « Taubira à Matignon ! »
*Photo : Sipa. Numéro de reportage :00721959_000056.
L’Eglise catholique est mondialement organisée, riche, puissante, dotée d’un commandement unique, centralisé et d’une voix écoutée en la personne du Pape. En outre, elle possède une hiérarchie claire et pyramidale susceptible de s’activer aux quatre coins du globe, un maillage qui lui permet de s’adresser à plus d’un milliard d’êtres humains, un réseau d’influence sur les grands de ce monde, notamment les dirigeants des puissances occidentales démocratiques.
Et cependant, face aux persécutions dont ses membres sont victimes en Orient pour la première fois à cette échelle depuis la chute de Constantinople, cette puissance endormie ne fait rien ou si peu. Anesthésiée. Tétanisée. Émasculée, dirait-on si l’on osait… – mais avec l’Eglise catholique cela fait longtemps qu’on peut tout dire.
Tandis qu’en Syrie, en Irak, et dans bien d’autres pays musulmans, ses enfants subissent des horreurs dignes des nazis, l’Eglise se met dans les rails de la seule idéologie à la mode : la compassion passive.
Le pape enjoint ses fidèles à prier. On se mobilise dans les paroisses pour envoyer des dons et de quoi nourrir les rescapés. On fait sonner les cloches. La belle affaire !
Du bout des lèvres le pape condamne et appelle à agir. On tremble. Le Vatican, combien de divisions ?
En mars 2015, Mgr Tomasi, observateur du Vatican aux Nations unies, a estimé qu’il fallait « mettre sur pied une coalition à l’issue d’une réflexion poussées » . Une commission à la Hollande en quelque sorte. On présage alors de l’efficacité de cette « réflexion poussée ».
Simplifions : pour Mgr Tomasi, « toute coalition contre Daesh doit inclure des États musulmans du Moyen-Orient et ne peut pas simplement être une approche occidentale ». De quoi accélérer le processus ? On en doute. Pourtant, la presse a alors salué cet incroyable changement de posture, l’Eglise ayant traditionnellement fait de la neutralité diplomatique et de l’injonction humanitaire sa posture internationale.
La réalité, c’est que rien n’a bougé depuis. Même l’ONU détourne les yeux. Les Yezidis ont subi un quasi-génocide, les chrétiens ont été pratiquement éradiqués pendant qu’on… réfléchissait.
Ces dizaines de milliers d’individus ne semblent d’ailleurs pas avoir ému les chantres du NPA, d’EELV, du Front de Gauche toujours vent debout si on déplore une victime palestinienne. De même, il semblerait que la question « vitale » du mariage pour tous ait mobilisé davantage les catholiques que la lutte contre les persécuteurs de chrétiens.
Quant au Pape, il prie. Face au niveau de violence et de barbarie de Daech, digne d’Himmler, on ne comprend plus. Que faut-il pour réveiller l’Eglise ? Où est l’énergie, la révolte, l’indignation, comme moteur de l’action au-delà de la simple posture ? Oui, où est la rage de sauver les siens ?
Personne ne semble s’étonner de cette incroyable passivité, de ce renoncement, de cette faiblesse qui trouve peut-être sa source dans une culpabilité occidentale cultivée depuis trente ans par des Européens qui ne comprendront les immenses bienfaits de l’Occident que lorsqu’ils les auront définitivement perdus.
Quand on songe que sans hiérarchie et sans pape, il aura suffi d’une caricature pour que les musulmans du monde entier et leurs multiples autorités s’enflamment et mettent au pas les Etats qui désormais s’autocensurent, tout contrits de plates excuses, on est en droit de s’interroger.
Faisons un peu de fiction : que se passerait-il si la France massacrait sa population musulmane, organisait un marché des esclaves place de la Concorde, enterrait vivants des enfants musulmans raflés aux Tarterêts, autorisait les soldats à violer les femmes et les petites filles musulmanes de la cité des Quatre mille à La Courneuve ? Le monde musulman ne ferait-il pas le siège de l’Onu pour envoyer des troupes ? La réaction mondiale ne serait-elle pas puissante, déterminée, unanime et inflexible ? Y-aurait-il une nation qui oserait jouer le rôle tordu de la Turquie ? Aucun doute, en trois mois, la France serait mise à genoux d’une manière ou d’une autre – il suffirait d ‘arrêter de lui fournir son shoot mensuel de dette…
Et si dans un pays musulman, des chrétiens commettaient des attentats, son gouvernement ne prendrait-il pas des mesures radicales comme l’expulsion de tous les extrémistes chrétiens ? Il est même probable que les Etats occidentaux le féliciteraient de ces mesures courageuses. Mieux, on collaborerait pour récupérer et incarcérer nos enfants égarés par l’extrémisme chrétien. On récupérerait même avec fierté des chrétiens extrémistes ressortissants du pays musulman en question pour l’en débarrasser. On s’en ferait un devoir.
On trouverait normal que les Etats musulmans décident de fermer tous les lieux de culte chrétiens par principe de précaution. Les verts-rouges se lamenteraient sur ces relents de colonialismes symbolisés par les attentats commis en terre musulmane par des monstres chrétiens. Pour remplir le vide, Cambadélis appellerait à se méfier de ce qui nous rappelle les heures sombres.
Mieux, on organiserait gentiment le rapatriement des millions chrétiens innocents de tout acte terroriste en leur jetant un regard sévère à leur arrivée chez nous et en nous battant la coulpe. On comprendrait même que sur notre territoire, quelques-uns soient passés à tabac par des enfants des cités et que des églises brûlent.
On mesure bien le « deux poids, deux mesures ». L’histoire a ses règles : l’énergie déserte toujours les corps gras et le monde appartient aux déterminés. Dans ces conditions, comment l’Eglise oserait-elle mettre les pays musulmans face à leurs responsabilités ? Comment oserait-elle exiger des puissances pétrolières arabes– bien plus riches que nous- d’organiser l’accueil des migrants ? On attend toujours qu’un dirigeant européen le leur demande … d’autant plus que certaines comme l’Arabie Saoudite ont probablement soutenu Daech. Et bien non, c’est encore à une Europe épuisée, appauvrie, divisée de se taper le boulot, de saturer les urgences de ces hôpitaux déjà surpeuplés, de gaver les accueils sociaux de milles demandes et de s’endetter, encore et encore.
Pétrie des bons sentiments qui pavent les enfers à venir, l’Europe se sacrifie et l’Eglise prie. Comment pourrait-il en être autrement quand on a perdu sa fierté ? On charge nos manuels scolaires de culpabilité, réduisant l’histoire de la chrétienté à l’inquisition et aux croisades, de quoi la faire détester par une partie de la jeunesse issue de l’immigration. Qui osera affirmer tout ce que cette chrétienté et l’Occident ont apporté au monde en matière de science, de médecine, de littérature, de culture, de littérature, de philosophie, d’architecture, de musique, de peinture, sculpture ? Qui est encore capable de vanter ce passé devant une classe du 93 ? A défaut d’endosser ce rôle, l’Eglise devrait au moins défendre les siens.
La grande leçon de ces derniers mois, c’est que l’Eglise ne se révoltera pas. Elle est à bout de souffle tandis qu’une énergie combative et conquérante bruit dans les veines de sa concurrente, plus jeune de six cent ans.
*Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21717054_000001.
L’image est magnifique, Angela Merkel, le démon de l’Europe, dans une belle veste rose, plaque ses mains l’une contre l’autre et nous enjoint de sauvegarder les valeurs de l’Europe. À la traine, Manuel Valls visite un camp de réfugiés.
Il était prévu que la migration serait le grand thème de la journée. Les dépêches sur le sujet se sont multipliées lundi. On a pu suivre en temps réel, la journée de rentrée du chef du gouvernement, bien décidé à résoudre le problème des migrants.
Dimanche, à La Rochelle, le Premier Ministre a préparé le terrain, devant un parterre de caciques, il a promu les valeurs de la gauche, fin prêt à reconquérir les cœurs de son électorat. Alors qu’il prononçait le discours de clôture de l’université d’été du PS, Manuel Valls a fièrement réaffirmé que « ceux qui fuient les guerres, les persécutions, la torture doivent être accueillis, c’est un principe universel qui fonde l’humanité ». Avec l’entrain qu’on lui connaît, le Premier ministre a obtenu les chaleureux applaudissements pourtant frileux vis-à-vis de lui.
Une phrase quelque peu énigmatique laissait pourtant percevoir que les « principes universels qui fondent l’humanité » sont relativement universels : « il faut aussi des centres d’accueil en Italie, en Grèce, pour distinguer, avec humanité, avec intelligence, mais aussi avec fermeté, réfugiés, demandeurs d’asile, et migrants irréguliers ». Personne au Parti Socialiste n’a alors l’idée saugrenue de lui demander comment il compte distinguer les immigrés économiques des réfugiés une fois qu’ils ont traversé une mer et cinq pays et, à la fin de son intervention, dégoulinant, le toréador Manuel Valls rentre chez lui préparer la journée du lendemain.
Tout est rôdé. Il rend d’abord visite aux salariés d’Eurotunnel à Coquelles dans le Pas-de-Calais. « Je comprends vos inquiétudes, qui sont partagées » leur dit-il, d’une manière toute gaullienne, devant l’entrée du tunnel. Il rencontre ensuite les associations d’aide aux migrants, puis il fait un détour par l’hôpital de Calais, lui aussi sollicité pour soigner les réfugiés.
Puis vient le clou du spectacle. Manuel Valls annonce la construction pour « début 2016 », avec l’aide financière de l’Europe, d’un camp de réfugiés pour 1.500 personnes dans la « jungle » de Calais, où se massent des milliers de migrants dans l’attente d’un miracle.
Pour faire face à la situation des migrants à Calais, la France va recevoir « jusqu’à » cinq millions d’euros supplémentaires. Frans Timmermans, vice-président de la Commission Européenne, a tenu, lors d’une conférence commune avec Manuel Valls, à souligner la bravoure d’une telle dépense :
« Nous ne refoulerons jamais ceux qui ont besoin de protection », a-t-il plaidé.
Ces nouveaux fonds serviront à la mise en place d’un campement pouvant offrir une assistance humanitaire pour environ 1.500 migrants », ainsi qu’à « soutenir le transport des demandeurs d’asile de Calais vers d’autres destinations en France », a déclaré le commissaire.
Manuel Valls a précisé que ce campement, qui est prévu avec 120 tentes très spacieuses (elles peuvent accueillir 12 personnes !), serait « complémentaire » du centre Jules-Ferry qui reçoit 115 femmes et enfants, et des hommes pendant la journée. Accessoirement, il se situe juste à côté de la fameuse « jungle » dont parlait le ministre, ou vivent des milliers d’hommes et de femmes tentant de rejoindre l’Angleterre.
Malgré les nombreuses réserves que l’on peut émettre à l’encontre de Manuel Valls (ce ne sont que « des mesurettes » disent les Médecins du Monde), il a su remplir son devoir, il est venu sur le terrain, il a parlé (beaucoup) et il a « pris des mesures ». Ses critiques à l’égard de la droite n’en sont que plus audibles. Dans son discours de la Rochelle, il a tancé cette droite « qui court après le FN » quand l’Allemagne, pourtant conservatrice, affronte avec une certaine sérénité la « crise » des « migrants ». C’est sûrement vrai, mais Valls lui, court après Merkel.
En cette belle journée d’action, Manuel Valls aurait pu rentrer chez lui en homme comblé et fier de son ouvrage. Mais la nouvelle Dame de fer lui a piqué la vedette. En le battant, une fois n’est pas coutume, sur sa « gauche ».
Lundi après-midi, la chancelière allemande a donné une conférence de presse très attendue. De son air le plus angélique, Angela Merkel a supplié l’Europe de ne pas « perdre son âme » selon le mot de Matteo Renzi, Premier ministre italien. La femme politique a déclaré : «les droits civils universels ont été jusqu’à présent étroitement liés à l’Europe et à son histoire, en tant que principe fondateur de l’Union européenne : « Si l’Europe échoue sur la crise des réfugiés, ce lien avec les droits civils universels sera cassé, il sera détruit ». Par un de ces retournement historiques qui donnent des maux de têtes, l’Allemagne se retrouve à assumer la défense des « valeurs » européennes que la France se targue de porter.
Sur ces simples paroles, des milliers de réfugiés ont repris leurs pérégrinations périlleuses. Les gares de Budapest, devenues un temps des camps de réfugiés improvisés, se sont vidés. L’Allemagne est le premier des grands pays Européens à ouvrir implicitement ses portes à ces gens. La parole de la chancelière allemande est d’autant plus forte qu’elle sait que son pays va recevoir 800 000 demandes d’asile cette année, contre 200 000 l’année précédente. Dans le même temps, la France en reçoit 60 000.
Forte de ce statut de premier hôte des réfugiés en Europe, Angela Merkel souhaite imposer à ses partenaires des quotas d’accueil pour les migrants qui arrivent. Cette idée déplaît notamment à ses partenaires de l’Europe de l’Est, la Hongrie en tête. Mais l’Allemagne, contrairement à la France qui a besoin de l’argent européen (en bonne partie allemand) pour gérer sa crise, n’a pas peur des migrants. Plus que « l’humanisme », c’est la bonne santé du pays qui permet à l’Allemagne d’accueillir ces migrants. Les Allemands croient en leur avenir dont la seule part d’inconnue est justement leur déclin démographique. En bonus, l’arrivée des migrants offre même la perspective d’une confortable armée de réserve dans un pays disposant d’un droit du travail dit « flexible ». Dans le même temps, la France patauge dans les marais calaisiens. Les grands principes ont un prix que la France ne peut plus payer.
*Photo: Sipa. Numéro de reportage :AP21786066_000015.
Fini, l’époque d’Une ravissante idiote, du Repos du guerrier, de « Sois belle et tais-toi ». Voici venu le temps des sapiosexuels. De « sapiens » comme l’homo du même nom. Celles et ceux qui aiment avant tout les cerveaux. Celles et ceux que les neurones séduisent prioritairement, avant de regarder la courbe des fesses. Bonnetdane, jamais en retard d’un sacrifice, a lu pour vous Le Figaro Madame. Mylène Bertaux y expliquait il y a peu que certains sites de rencontres (OkCupid, que je ne connaissais pas, j’avoue — je ne dois pas avoir le temps de faire des rencontres) ont créé une rubrique « sapiosexuel », « case à cocher à part entière dans les critères de sélection, à côté de « pansexuel » (?) et « homoflexible » (? again). »
Et c’est dans ces dénominations barbares qu’est réellement la nouveauté (parce que franchement, qui pourrait revendiquer son amour des cruches ?). Comme dit la journaliste : « Si l’attirance pour l’intelligence existe depuis toujours, elle se voit soudain nommée et exaltée par l’hyper segmentation de la sexualité. »
Il y a là de quoi s’inquiéter. Un individu normal ne fragmente pas sa sexualité en tranches fines. Homo / Hétéro / Bi, déjà, et ça suffit. Toute segmentation supplémentaire devient une plongée dans des spécialisations qui n’ont rien à voir avec l’érotisme — et tout avec la pornographie, qui dans ses « catégories » sait fort bien classer DP, BBW, BBC, BDSM, et que sais-je. Avec cette catégorisation, on devient un Ouvrier Spécialisé du sexe. Chaque spécialité renvoie à un organe, ou une position. De l’amour, pas de nouvelles. Du cerveau, pas davantage.
Ce qui est passé aux pertes et profits, dans cette segmentation, c’est le langage, et la séduction. Tout l’héritage de l’amour courtois comme du libertinage. En fait, tout l’héritage. La segmentation moderne fait table rase de quelques millénaires d’apprentissage de l’Autre.
Je ne suis pas « sapiosexuel » — pas plus que je n’afficherais de préférence pour les blondes (« plus chaudes que les brunes — voir Brunes », écrit Flaubert) ou les cougars — ou je ne sais quel segment mis à l’étalage dans les rayons du supermarché sexuel. J’aime, nous aimons des personnes entières, avec leurs qualités (variables) et leurs défauts (idem). Se servir dans un rayon pré-segmenté, c’est choisir de n’avoir aucune surprise. Un produit industriel, toujours le même. Qualité assurée, vite consommé — et il ne reste plus qu’à refaire ses courses.
Au début de Roméo et Juliette, le héros est passé faire ses courses, et il a choisi Rosaline, un produit de qualité. Puis à l’occasion du fameux bal chez les Capulet, il rencontre Juliette — et c’est autre chose. J’imagine de même qu’Abélard avait d’autres élèves qu’Héloïse — mais voilà, Héloïse, c’était autre chose (et leur correspondance en atteste, le malheureux Abélard n’est devenu « sapiosexuel » qu’à son corps défendant, si je puis dire). C’était une personne qui ne ressemblait à personne. L’Autre.
Je ne sais pas quelles sont vos histoires d’amour préférées — non, pas dans la vie réelle, mais dans la fiction. J’aime particulièrement un roman de Graham Greene, The end of the affair (1951), porté deux fois à l’écran, avec Deborah Kerr en 1955, et avec Julianne Moore il y a déjà quinze ou seize ans, avec une musique épouvantablement ravissante de Michael Nyman.
Il ne serait pas venu à l’idée du héros-romancier de se qualifier de « sapiosexuel » ou d’afficher par voie de petites annonces une préférence pour les MILF mariées et vaguement rousses (« Plus chaudes que les blondes ou les brunes » — Flaubert again). Il aime (et il hait — ce sont les premiers mots du roman, « This is a diary of hate ») une personne entière — qui l’aime en retour d’une façon absolue, et mystique finalement. En vérité je vous le dis, moi, la fin de ce film, je ne peux pas. Qu’aurait-il coché comme case dans un site de rencontres ? « Romancier cherche femme mariée catholique avec aspirations à la sainteté… » ? On imagine le ridicule de la situation.
Pensez à celle ou celui que vous aimez le mieux — ce qui ne signifie pas que vous l’aimez bien, ça, c’est encore une autre paire de manches. Pensez à la petite annonce improbable qui vous aurait amené(e) à elle ou à lui.
Mais pendant ce temps, ce monde moderne segmente le marché de l’amour, et de ce qui est au fond à chaque fois une expérience inédite et singulière, fait un produit semi-industriel.
Je me sens de moins en moins moderne.
« On a parlé de changements dans la législation. […] mais je ne suis pas assez insensé, messieurs, pour ne pas savoir que ce ne sont pas les lois elles-mêmes qui font la destinée des peuples ; non ce n’est pas le mécanisme des lois qui produit les grands événements, messieurs, c’est l’esprit même du gouvernement ». (Alexis de Tocqueville, Souvenirs)
Notre gouvernement est plein de bonne volonté. Prêt à sauver l’humanité entière, il affûte ses armes comme coupe – choux sur la pierre tendre des belles âmes. L’Iran aura sa bombe atomique, mais la France aura dit non avant de s’incliner devant la volonté d’Obama. Ne fallait-il un peu de raison devant l’inéluctable et grappiller quelques contrats avec les ayatollahs. Ce n’est pas au pauvre de refuser les miettes. Quelques étoiles pour la croissance promise par notre Sapin… de Noël.
Conscients que l’humanitarisme se heurte au nombre des migrants instrumentés par des manipulateurs de masse sûrs de leur puissance face à l’Europe, on organise un nouveau camping à Calais sous l’œil rigolard des mafieux. Trois TGV d’Eurostar bloqués suite à une nouvelle invasion du tunnel sous la Manche, qu’à cela ne tienne : les voyageurs débarqués se contenteront d’une distribution de kits de survie !
Un massacre évité de justesse dans le Thalis et « l’humanité » sauvée (dixit Hollande) par trois voyageurs héroïques — un professeur d’anglais franco-américain et deux Américains— et voilà que la SNCF s’engage à former son personnel aux attaques terroristes, et que le public est encouragé à communiquer son angoisse sur le numéro vert mis à sa disposition. Rien de tel face à une kalachnikov que tout amateur peut trouver facilement.
Alors allons-y, n’hésitons pas à faire parler la loi haut et fort. Et d’abord ouvrons les autoroutes saturées aux autocars, multiplions les radars qui ne piègent que les conducteurs les moins accidentogènes, les contribuables ordinaires, ceux qui ont un permis, une adresse, un travail. Quant aux autres sans permis de conduire, aux identités flottantes, ils s’en foutent. Alors, pourquoi ne pas rendre le permis de conduire non obligatoire. On y pense. Comme au bac moins cinq, le bac pour tous, sans matières grasses à commencer par le latin, le grec, etc.
Dans l’urgence de faire des économies, n’hésitons plus à fermer les urgences dans les hôpitaux, cela fera moins d’urgences même si ça vous grattouille ou si ça vous chatouille. Et traitons les médecins, libéraux compris, comme des officiers de santé au service de la Sécu. Ceux d’entre eux qui toussent n’ont qu’à aller se faire soigner, mais par qui ?
Enfin, une forte initiative qui émane de la Mairie de Paris : la pénalisation des fumeurs qui jettent leurs clopes sur le trottoir. Ces salopards ne les mettent même pas dans les trous de la chaussée, ni dans les tas d’ordures qui bordent les trottoirs de Paris Ville propre. À la guerre comme à la guerre, feu sur les clopes.
Angela Merkel a beau bénéficier, au bout de dix ans de pouvoir, d’une cote de popularité stratosphérique et inoxydable – 77 % d’opinions favorables en juillet 2015 – et du titre envié de femme la plus influente de la planète, décerné chaque année par le magazine américain Forbes, elle doit, parfois, se soumettre aux diktats de l’équipe de communicants de la Chancellerie fédérale d’Allemagne.
Ainsi, ces derniers lui avaient mitonné, pour cet été, un programme de « dialogues citoyens », où elle est invitée à débattre des grands problèmes politiques du moment avec des gens « ordinaires », histoire de montrer qu’elle peut sortir des hautes sphères de la Weltpolitik et aller à la rencontre du peuple et de ses préoccupations. Le bain de foule, le serrement de paluches à la chaîne ou le casse-croûte paysan au cul des vaches n’étant pas vraiment la tasse de thé de la chancelière, ces rencontres prennent la forme d’une séance de formation continue où Angela Merkel, sérieuse comme une institutrice prussienne, explique, devant un pupitre, sa politique à l’assistance en faisant mine de répondre à ses questions. C’est ennuyeux comme la pluie tombant sur le Mecklembourg par une triste journée d’octobre, et cela désole les producteurs de télé chargés de diffuser ces images dans tout le pays…
Sauf que, le 15 juillet 2015, le débat organisé avec des élèves et des enseignants d’une école spécialisée pour handicapés moteurs de Rostock a suscité un émoi et une polémique à l’échelle nationale. Un extrait de cette rencontre long de 2 min 41 s, diffusé par un magazine d’actualité de la première chaîne publique ARD, montre en effet un échange entre Angela Merkel et Reem Sahwil, une jeune Palestinienne de 14 ans, souffrant d’un léger handicap moteur de naissance, arrivée en Allemagne illégalement en 2011 avec sa famille originaire d’un « camp » (en fait un quartier) de réfugiés palestiniens de Beyrouth.[access capability= »lire_inedits »]
Reem expose à la chancelière son désespoir de ne pas pouvoir faire des projets d’avenir comme ses camarades de classe, en raison du statut précaire de demandeur d’asile de ses parents. Angela lui répond qu’il n’est pas possible de donner aux dizaines de milliers de réfugiés palestiniens au Liban un signal leur laissant croire que les portes de l’Allemagne sont grandes ouvertes pour eux, alors même qu’ils ne sont pas en danger de mort, comme les Syriens… Reem éclate en sanglots, et la chancelière, quelque peu désarçonnée, s’approche d’elle et lui caresse la joue, sans pour autant céder sur le fond de son argumentation.
Dès le lendemain, la presse de gauche et les réseaux sociaux glosent ironiquement sur la « caresse de Merkel » et reprochent à la chancelière son manque de cœur et d’empathie face aux larmes de Reem. Le magazine Stern, sorte de Paris-Match allemand, plutôt orienté à gauche, fait sa couverture avec une tête lugubre d’Angela Merkel et le titre « La reine de glace »…
Depuis cette affaire, Reem est devenue une vedette en Allemagne, et les reporters défilent dans son HLM de Rostock. Un journaliste du quotidien conservateur Die Welt lui demande si elle considère aujourd’hui l’Allemagne comme sa patrie. Il utilise le mot Heimat, qui en allemand signifie la patrie au sens du « chez-soi », à la différence de Vaterland, patrie « patriotique ». « Non, répond-elle, ma vraie patrie c’est la Palestine où je souhaite pouvoir vivre un jour. » Elle montre au journaliste une carte du Proche-Orient collée au mur, où la Palestine occupe tout l’espace entre la Méditerranée et le Jourdain : « En Palestine, pas en Israël. Je voudrais qu’Israël disparaisse ! » Le journaliste lui fait valoir que les Juifs et les Allemands ont une histoire commune particulière et qu’elle vit aujourd’hui dans un pays où les propos antisémites sont punis par la loi. « Je sais, mais la liberté d’expression existe, et cela, on a le droit de le dire. » Elle apprend vite, la gamine ! Au bout de quatre ans en Allemagne, elle a trouvé la manière de dire « Mort aux Juifs ! » sans enfreindre la loi…
Angela Merkel a beau être surnommée « Mutti » (Maman) par ses concitoyens, comme naguère les Français surnommaient Mitterrand « Tonton », c’est sans doute la moins maternante des chefs de gouvernement européens : elle n’est pas l’assistante sociale en chef de la nation, elle fait de la politique, un dur métier laissant peu de place aux sentiments. La compassion envers les victimes de toutes sortes n’est pas de son ressort, il existe des institutions pour cela (Églises, ONG). Son job, en ce mois d’août 2015, c’est de gérer une situation critique, risquant de déstabiliser son pays plus encore que la crise grecque : l’afflux sans précédent des migrants de toutes origines prétendant au droit d’asile. Pour l’année 2015, les services du ministère de l’Intérieur allemand estiment leur nombre à 800 000, soit le quadruple des demandes enregistrées en 2014 !
Comme la charge de l’entretien des demandeurs d’asile, pendant l’étude de leur dossier, repose sur les Länder et les municipalités, la grogne des élus locaux monte. De plus, les incidents se multiplient entre les populations locales et des réfugiés vus comme des « parasites » du système allemand de protection sociale. L’émergence, en 2014, du mouvement Pegida, dénonçant l’islamisation rampante de l’Allemagne, a été le symptôme le plus spectaculaire de l’aggravation du problème. Angela Merkel, à la différence des responsables français, n’envisage pas le droit d’asile en termes de « valeurs » dont la République fédérale serait porteuse. Elle considère le problème sous l’aspect juridique et pratique : si le droit d’asile est imprescriptible dans nos démocraties européennes, il faut déterminer qui peut en bénéficier, et qui doit en assumer la charge. Le chaos actuel résulte selon elle de la diversité des usages en la matière dans les 28 pays de l’UE, qui permet aux migrants de postuler à l’asile dans les pays les plus généreux – ou laxistes envers les sans-papiers – même si leur situation n’entre pas dans le cadre de l’asile politique. L’engorgement bureaucratique provoqué par cet afflux rallonge indéfiniment les procédures d’examen des dossiers, créant des situations pénibles pour les déboutés de ce droit, comme dans le cas de la jeune Palestinienne.
La chancelière, qui a décidé de prendre ce problème à bras-le-corps, tape du poing sur la table européenne pour que cessent les belles paroles sur la scène publique et les coups fourrés derrière le rideau, comme les pratiques des Italiens et des Hongrois expédiant les migrants chez les voisins sans les enregistrer chez eux ainsi que le prévoit la réglementation de l’UE…
Grâce à elle, peut-être, les Français sortiront de la confusion, largement entretenue par une partie de la presse et des ONG médiatiques, qui mélangent allègrement les demandeurs d’asile, persécutés dans leur pays d’origine, et les réfugiés économiques, qui quittent leur pays pour tenter leur chance en Occident.
Quels sont les pays considérés comme « sûrs » pour leurs ressortissants, ou les minorités ethniques ou religieuses qui y résident ? Doit-on accorder le droit d’asile sur une base collective (chrétiens d’Irak par exemple) ou individuelle (apporter la preuve que votre action politique ou sociale met votre vie ou votre liberté en danger) ? Comment organiser la réception et la répartition de ces migrants vers les pays hôtes ? Parler de cela, c’est faire de la politique, alors que l’agitation rituelle de la bannière droit-de-l’hommiste aboutit à un seul résultat : que les dirigeants s’égarent dans le spectacle compassionnel, comme lors du lamentable épisode Leonarda.
Lorsque la chancelière décide de traiter un problème, l’Europe bouge… Bernard Cazeneuve se rend illico à Berlin pour s’entretenir avec son homologue allemand Thomas de Maizière. Du coup, la question sera en haut de l’ordre du jour du prochain Conseil européen.
On a longtemps reproché à Angela Merkel son attentisme, voire son immobilisme face à la crise économique des années 2008-2010, et ses réticences à mettre en place un système de solidarité financière interne à la zone euro. D’ailleurs, les jeunes Allemands sont impitoyables : ils ont forgé le verbe merkeln comme équivalent en langue jeune de tergiverser, procrastiner.
Pourtant, aujourd’hui, c’est l’activisme de la chancelière et celui de son ministre des Finances Wolfgang Schäuble qui sont dénoncés comme une manifestation insupportable de l’hégémonie germanique sur le continent. Il se trouve que, désormais, l’Allemagne d’Angela Merkel a les moyens économiques et politiques de défendre ses intérêts sans complexes, de construire des majorités au sein de l’UE, de saisir les opportunités ouvertes par la baisse de l’euro pour accroître encore ses excédents commerciaux, adapter son agriculture à la concurrence mondiale. Il n’est pas de grand chef d’État qui n’ait peu ou prou été aidé par la chance, et Angela Merkel n’échappe pas à la règle : son prédécesseur social-démocrate Gerhard Schröder avait réalisé les réformes économiques et sociales indispensables pour adapter l’Allemagne à la mondialisation. Ayant décidé, pour des raisons historiques, de se passer du hard power pour faire prévaloir ses intérêts, l’Allemagne du xxie siècle excelle dans le smart power, la puissance « intelligente » alliant pragmatisme et continuité dans l’action.
Ce n’est pas un hasard si le moteur diesel est une invention allemande : lent à se mettre en branle, il roule très, très longtemps.[/access]
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*Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21786988_000002.
Bernard Cazeneuve est un des rares ministres du gouvernement à avoir une tête de ministre, contrairement aux autres qui jouent à l’être comme le garçon de café de Sartre joue à être garçon de café. Il affiche des objectifs ambitieux comme, naguère, rester de marbre devant la mort d’un jeune zadiste sur le barrage du Testet ou, ces derniers jours, déclarer martialement qu’il visait le zéro de passage de migrants dans le Tunnel sous la Manche. Il précise même que les intrusions ont considérablement diminué. Les voyageurs de l’Eurostar qui n’ont pu quitter la Gare du Nord lundi soir ou ceux qui se sont retrouvés coincés en rase campagne mardi à Calais Frethin apprécieront.
Ils étaient certes moins nombreux que les migrants qui tentent leur chance mais ils étaient quelques centaines tout de même. Bon, ce n’est pas très amusant de passer la nuit Gare du Nord ou exposé aux vents pluvieux du Pas-de-Calais mais c’est tout de même moins dur que de vivre dans la Jungle de Calais, ce bidonville géant, digne d’une favela brésilienne, qui se trouve pourtant à la frontière de deux des nations les plus riches et les plus puissantes du monde. Du coup, peut-être que certains de ces voyageurs appartenant aux élites mondialisées, comme disait l’autre, comprendront que la mondialisation, justement, à son revers.
Il n’empêche, foin de considérations morales. Il faut être concret sur cette question de l’abcès de fixation qui obstrue le Tunnel sous la Manche et empêche la libre circulation des biens et des personnes – enfin des personnes qui ont le droit de circuler librement, ce qui n’est apparemment pas le cas des migrants qui eux savent que les frontières, les murs, les chicanes, les barbelés et le protectionnisme, ça existe toujours.
En l’occurrence, je ne vois qu’une solution, c’est de supprimer le Tunnel sous la Manche. Le faire sauter, l’inonder, que sais-je, mais rendre le Royaume-Uni à son insularité. De toute manière, tunnel ou pas, ils n’en ont pas grand chose à faire de nous, les Anglais. Entre le grand large et l’Europe, ils ont toujours choisi le grand large (façon poétique de décrire leur inféodation pure et simple aux USA.)
Ce tunnel, de toute façon, était une mauvaise idée dès le départ. Il a coûté monstrueusement cher et ruiné plein de petits actionnaires qui avaient cru faire un placement de père de famille, tout ça parce que Margaret Thatcher avait exigé un financement exclusivement privé, en bonne néolibérale fanatique. Il a fait disparaître le charme des voyages en ferry à l’adolescence quand aller voir les petites Anglaises ressemblait vraiment à un voyage puisque sur le bateau on avait le temps de boire excessivement, de jouer aux machines à sous, de vomir à cause du mal de mer ou de connaître la douceur des premiers baisers (pas nécessairement dans cet ordre-là.) Il a fait augmenter l’immobilier sur les plages du Pas-de-Calais et dans les collines de l’Artois car si ces régions peuvent sembler fort peu riantes pour un Toulousain, il faut savoir que pour un Anglais, Oye-Plage, Boulogne, Montreuil-sur-Mer ou Saint-Pol-sur-Ternoise, c’est déjà le Sud.
Et last but not least, il est finalement devenu le passage obligé des migrants. Nicolas Sarkozy ayant intelligemment démantelé Sangatte selon l’idée que casser le thermomètre fait baisser la fièvre, il semblerait que Manuel Valls soit décidé à la reconstruire sans le dire car la zone est devenue doublement honteuse pour nous, Français. D’abord parce que les rues de Calais offrent, miserabile visu, un avant goût du Grand Remplacement avec des barbares qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes tout en se faisant nourrir par des bénévoles dont on peut se demander s’ils sont masochistes ou collabos, sans doute les deux.
Mais aussi surtout parce que cette obstination des migrants à vouloir passer au Royaume-Uni s devient très vexante à la longue. Qu’est-ce qu’ils ont de plus que nous, les Brits? Une économie florissante? Ou simplement une façon plus cool d’accueillir les étrangers qui peuvent d’emblée louer un appartement, ouvrir un compte en banque et trouver un boulot sous-payé et non, comme chez nous, trainer des mois dans des CADA (Centres d’accueil des demandeurs d’asiles) en attendant de passer devant l’OFPRA qui accorde avec une parcimonie extrême qui confine à la ladrerie le statut de réfugié.
Bref, Bernard Cazeneuve doit aller plus loin et demander la fin du Tunnel. Ni plus, ni moins. On compensera aisément le manque à gagner des commerçants français dans la région en organisant un tourisme de la désolation . C’est très à la mode, les gens qui aiment faire un voyage organisé à Tchernobyl ou sur des lieux dévastés par des tsunamis comme au Sri Lanka ou des massacres comme au Rwanda. Les autocars climatisés qui se promèneront dans la Jungle calaisienne pourront permettre des haltes pour se réchauffer autour d’un feu de pneus avec des Irakiens, de manger des fricadelles à l’afghane grillées au-dessus d’un bidon coupé en deux ou même avec un peu de chance, d’assister à un affrontement ethnique dans les dunes entre Soudanais et Érythréens.
Et puis après, si vraiment ils nous encombrent, il suffira de les jeter à la mer. Elle n’est pas loin et ils ont l’habitude. Elle sera juste un peu plus froide que la Méditerranée, comme ça ils souffriront moins et mourront plus vite. On est quand même une vieille nation humaniste, faudrait voir à pas l’oublier.
*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21778374_000015.
J’ai chez moi le livre de Pascal Jardin, La guerre à neuf ans, dont Jérôme Leroy a récemment rendu compte. Le récit d’une enfance passée à courir dans les couloirs de l’Hôtel du Parc où le maréchal Pétain avait élu domicile. Je suis assez d’accord avec Leroy : c’est exquis, précis, acide. Nul ne peut en effet contester que chez les anarchistes de droite, dont était Jardin, la légèreté du style allait de pair avec le creux de la pensée.
J’ai également chez moi deux autres livres qui déversent un peu de lumière sur cette période réputée sombre de notre Histoire. La vie quotidienne sous l’Occupation d’Henri Amouroux et Chroniques de la vie des Français sous l’Occupation d’Emmanuel Thiébot. Ils complètent utilement le livre de Pascal Jardin. Vous entrez dedans et c’est la caverne d’Ali Baba avec ses pierreries et ses diamants. Une France vivante, élégante et qui s’amuse. Une France qui va au théâtre et au cinéma. Une France qui se vautre dans les salons très courus de la collaboration et trouve que les vainqueurs allemands sont plutôt beaux garçons.
Charles Trénet chantait alors « Y a d’la joie ». Et c’est vrai que dans ces années-là, tout le monde ne pleurait pas à Paris. En cette période de restrictions où le cuir est devenu introuvable, Maurice Chevalier chante « La Symphonie des semelles de bois ». « Les femmes maintenant ont du charme/Jusqu’au bout des doigts de pied/En marchant les midinettes/semblent faire des claquettes. » L’alimentation manque. Invité à déjeuner à la Tour d’Argent par Ernest Jünger, Montherlant fait une confidence émue à l’écrivain allemand : « Vous savez, cher ami, quand on se trouve face à un saucisson à l’ail, on se sent moins seul. »
Continuons de feuilleter au hasard. Le Tout-Paris s’enflamme pour le sculpteur Arno Breker. Aux Champs-Élysées une brillante réception en son honneur est donnée. {…} Jean Cocteau y va et tombe en pâmoison devant tous ces nus si parfaits. {…}. « Je vous salue, Breker. Je vous salue de la haute patrie des poètes. {…} Parce que dans la haute patrie où nous sommes compatriotes, vous me parlez de la France. »
Et puis encore ça. Le 122 rue de Provence, connu sous le nom de One Two Two, laisse s’échapper une cohorte de soldats allemands passablement fatigués par la nuit de plaisir qu’ils ont passée dans cette maison de rendez-vous. Des camions de la Wehrmacht les attendent. Direction la gare de l’Est. Ils partent vers le front. Le vrai. Là où on meurt. Les plaines de Russie. Les filles du One Two Two ont fait de leur mieux pour leur offrir de délicieux moments.
Tout va donc plutôt bien sous Vichy et sous l’Occupation. Mais il y a quand même des choses qui perturbent la belle insouciance de l’époque. Le 3 juin 1942, Le Cri du Peuple de Jacques Doriot s’enthousiasme en apprenant que les juifs seront dorénavant obligés de voyager dans le dernier wagon des rames du métro parisien. « Une saine mesure qui réjouira tous les Français qui ont de bonnes raisons de ne pas côtoyer les frères de race de Blum et consorts. » Encore quelque chose de dérangeant. Le 8 août de la même année, Le Petit Parisien exulte. « Le terroriste David Grunberg, 19 ans, Juif et communiste a été exécuté ce matin. Justice est faite. »
Mais il ne faut quand même pas trop noircir Vichy. On ne va pas jouer les rabat-joie parce que des « frères de race de Blum » ont été obligés de prendre tel wagon plutôt qu’un autre. D’autant plus que dans les trains en partance pour Auschwitz, les gendarmes de Vichy qui les convoyaient leur ont permis de monter dans tous les wagons… Et on ne va pas faire un plat pour un lycéen, Juif et communiste, guillotiné. Il n’avait qu’à aller au cinéma et au théâtre comme tout le monde.
Au grand jour de la rentrée scolaire, les parents pensent à remplir les poches de leurs enfants de collations suffisantes pour tenir jusqu’au soir tandis que les instituteurs se chargent de forger le cerveau de ces chères têtes blondes. Avec des maths et du français, mais aussi avec des cours de « sensibilité ». Vincent Peillon l’avait annoncé, l’écolier d’aujourd’hui doit être intégré à un « parcours citoyen » tout au long de son cursus, concrétisé par l’enseignement de « culture morale et civique » censé « amener les élèves à devenir des citoyens responsables et libres ». Voilà qui est fait, à raison d’une heure spécifique par semaine pour les primaires et tous les quinze jours pour les secondaires, notre futur citoyen, suivra quatre volets d’apprentissage: un normatif (culture de la règle et du droit) ; un cognitif (culture du jugement) ; un pratique (culture de l’engagement) et la pierre angulaire de l’ensemble : le volet « sensible ». Si les trois premiers objets d’étude nous semblent tout à fait adaptés à un cours de morale civique, le dernier sujet, la sensibilité, nous laisse dubitatifs.
Pour mieux comprendre de quoi il s’agit, nous avons lu la synthèse du Conseil Supérieur des Programmes sur le projet d’Enseignement National et Physique. Voilà ce qu’il y est dit, sous la rubrique « sensibilité »: « Il n’y a pas de conscience morale qui ne s’émeuve, ne s’enthousiasme ou ne s’indigne. Mais cette sensibilité doit s’éduquer et appelle le retour réflexif sur les expressions premières des émotions et des sentiments, l’élucidation de leurs motifs ou leurs mobiles, leur identification, leur mise en mots et leur discussion. »
Cette belle tirade lyrique n’a que le contenu pompeux et creux qu’elle mérite. En résumé, le ministère explique qu’il faut « éduquer la sensibilité des élèves ». C’est-à-dire, si l’on en croit la définition du petit Larousse, éduquer « l’aptitude à s’émouvoir, à éprouver des sentiments d’humanité, de compassion, de tendresse pour autrui ». L’instituteur n’est plus seulement là pour transmettre les fondamentaux (ce qui serait déjà pas mal) à ses élèves mais aussi pour lui inculquer ce qu’il doit ou non ressentir. Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser aux fameux « Moi, M’dam, je pense qu’ils ont eu raison » exprimés par de jeunes écoliers à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo. Et le ministère de vouloir empêcher que de telles interventions se renouvellent. Mais est-ce vraiment par un travail sur la sensibilité que l’enseignant y parviendra ? « Mais non mon enfant, tu aurais dû pleurer, ce qui s’est passé est très triste ».
Un petit tableau concocté par la rue de Grenelle donne les lignes de conduite de l’apprentissage de la sensibilité. Pour appliquer le volet « être capable de nommer ses émotions », le ministère propose des exercices sur le racisme (avec des supports créés par des fondations et associations agréées , rassurez-vous !). De morale, le programme scolaire risque de virer au moralisant, voire au psychologisant. Avec un « Dis-moi ce que tu ressens, je te dirais qui tu es » sacrément prometteur. Aux dernières nouvelles, le Code pénal n’interdit pourtant pas de ressentir de la haine ou de la colère…
Autre point au programme : « Être capable d’exprimer en les contrôlant ses émotions ». Pour se faire, le Ministère recommande de passer par « le soin » : Par exemple « prendre conscience de son corps à travers la danse ». Là, c’est sûr, on pourra dire que le ministère a tout essayé pour ne plus avoir de petits rebelles au sein de notre société.
Il n’aurait pas été compliqué de raccrocher à « la sensibilité » des thèmes d’étude classique en suivant le cours des Rêveries d’un Rousseau, par exemple, ou en se plongeant dans les Mémoires d’enfance de Chateaubriand. Malheureusement, on préfère à la lecture des classiques « sensibiliser l’enfant à la sensibilité » (sic).
Sur le blog du Monde, un professeur s’interroge: comment évaluer nos étudiants ? Va-t-on les coller devant Bambi et contrôler le nombre de leurs larmes ? Les larmes sèches seraient moins bien notées que les chaudes larmes ? Le ministère n’a pas prévu de grilles de notation mais on n’est plus à une approximation près.
Si au moins, nos élèves étaient brillants et qu’il n’y avait plus que leur sensibilité à « éduquer ». Mais l’école d’aujourd’hui n’en est pas là. Plutôt que de soigner nos consciences, de dicter l’heure des « soins » et des « larmes », qu’elle enseigne l’ABCD tout court. Que nos élèves passent leur bac d’abord ! Pour la sensibilité, on repassera.
*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00722069_000001.
Faire bouger les lignes, c’est pas si facile. Ce n’est pas Jean-Pierre Chevènement, qui vous dira le contraire. Dimanche dernier, dans une interview au JDD, il annonçait la présence au colloque « Europe et souveraineté » qu’il organise le 26 septembre, de Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg et Nicolas Dupont-Aignan.
Autres invités vedettes, Régis Debray et Michel Onfray, ainsi que le juriste Alain Supiot, professeur au Collège de France. Parmi ces six estimables personnalités, une vient de faire défection. Saurez-vous deviner laquelle ? Eh oui, vous avez gagné, c’est Jean-Luc Mélenchon !
Après avoir dans un premier temps assuré Jean-Pierre de sa présence, Jean-Luc a finalement fait marche arrière toute, ou plutôt, à gauche toute. Il n’a pas du tout apprécié que dans cette même interview au JDD, JPC ait déclaré que la France ne pourra pas « sortir de l’ornière » si « on ne rassemble pas les républicains des deux rives ».
Comme il l’explique dans une longue lettre ouverte, Mélenchon réprouve des alliances qu’il considère comme contre-nature et réitère son « refus complet d’être associé de quelque façon que ce soit à l’idée lourdement erronée à mes yeux de l’alliance des républicains des deux rives ».
En clair, il ne veut pas être pris en photo sur la même tribune que Nicolas Dupont-Aignan, qu’il accuse de mille misères dans la même bafouille : « Sais-tu qu’il s’est prononcé pour remettre en cause le droit du sol ? Devra-t-on discuter de sa proposition de choisir Marine Le Pen comme Premier ministre s’il était élu Président de la République ? Si respectable qu’il soit et si estimable que soit sa résistance aux pressions de son camp, il est à mes yeux bien ancré sur une rive où je ne veux pas aller. »
Alors, bien sûr, on pourra dauber sur le sectarisme avéré de JLM. On pourra aussi estimer que le leader du Parti de Gauche a finalement jugé que le temps n’était pas venu pour faire bouger les lignes.
À mon humble avis, c’est la deuxième hypothèse qui est la bonne. Après avoir pensé dans un premier temps qu’en démocratie, tout le monde avait le droit de confronter ses idées –ce qui est après tout la raison d’être d’un colloque- Méluche a finalement jugé qu’un selfie avec NDA le grillerait à gauche de la gauche. Et de son point de vue, il a raison : l’accusation de pactiser avec « la droite de la droite » pourrait être fatale aux ambitions mélenchoniennes pour la présidentielle.
À mes yeux, ce n’est donc pas tant la pensée Mélenchon qui est en cause, mais l’arthrose idéologique qui cloue la gauche de gauche dans son fauteuil à œillères.
En Grèce, il y a six mois, Tsipras n’a pas hésité une seconde avant de constituer un gouvernement d’alliance avec des souverainistes de droite, antilaïcs graves de surcroît. En France, les correspondants des uns et des autres n’ont pas le droit de papoter dans un colloque sans risquer la crucifixion en « une » des Inrocks, de Libé ou de L’Huma…
À mon avis, dans cette affaire, Mélenchon, patriote authentique, est moins coupable que victime. Opinion subjective, certes. Mais on ne m’empêchera pas de penser qu’un type aussi germanophobe ne peut pas être foncièrement mauvais.
*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00555414_000022.
Trop peu d’observateurs l’ont remarqué, mais cette semaine aura vu s’étaler des divergences spectaculaires au sommet de l’appareil politico-étatique. Point de départ de ce schisme socialo-socialiste à ciel ouvert, l’appréciation des incidents qui ont émaillé le traditionnel banquet du samedi soir de l’université d’été du PS à La Rochelle. De jeunes camarades y ont copieusement sifflé le premier ministre, certains d’entre eux ont même réclamé la démission d’Emmanuel Macron.
Certes, il ne viendrait à l’idée de personne de remettre en cause la réalité même des lazzis qui ont fusé dans l’assistance. Si on en a causé abondamment sur Twitter et si on les a vus partout sur Youtube, c’est forcément que c’est vrai. Non, non, les désaccords de fond entre hiérarques socialistes portent sur les causes politiques, morales et éventuellement médicales de cette contestation.
Pour Manuel Valls, la cause est entendue : si des militants du MJS ont gâché sa prestation, il faut y voir la main de Moscou, ou tout au moins de sa version remix 2015 : c’est la faute à l’abominable homme de gauche, Jean-Luc Mélenchon. Très énervé par ces lazzis, Valls aurait en effet déclaré : « Les Jeunes Socialistes ne savent plus où ils habitent : la preuve, ils en sont même à critiquer la conférence sur le climat. C’est une organisation à la dérive, manipulée par Mélenchon. » Certes il ne s’agit pas d’une déclaration officielle. Mais comme cette phrase a été rapportée dans les colonnes du Canard Enchaîné, elle est forcément plus crédible qu’une publication au Journal Officiel. Mais pour être authentique, cette analyse un rien complotiste n’en est pas moins fausse : Méluche est bien trop occupé à empêcher sa barque de couler pour jouer les sous-marins.
Autre son de cloche chez Jean-Christophe Cambadélis. Pour le Premier secrétaire, il ne faut tirer aucune conclusion politique de ce binz. Pour lui, toutes ces vacheries, c’était de l’humour, seulement de l’humour. Bien sûr, Cambadélis ment. Si on avait de l’humour au MJS, ça se saurait.
Dernière hypothèse émise cette semaine, celle de Jean-Marie Le Guen. Pour lui cette fièvre du samedi soir a une cause triviale : les siffleurs étaient complètement bourrés.
Quand j’ai découvert cette analyse, j’ai aussitôt pensé à ces titres commençant par « Ivre, il » dont la presse de province nous régale régulièrement et que colligent aimablement des sites spécialisés tels Ivrevirgule.fr
Il va de soi que cette hypothèse me paraît plus crédible que les autres. Après tout, les jeunes socialistes sont des jeunes comme les autres : coincés dans un dîner familial casse-burne avec des vieux cons, ils tuent l’ennui en picolant plus que de raison, puis s’abritent derrière leur ébriété pour exprimer sans ambages leur révolte contre la société. Le Guen est donc probablement dans le vrai. Rien que ça, ça s’arrose !
Et puis en lisant bien les reportages sur ce triste événement, j’ai eu la preuve définitive que la piste de l’ébriété était la bonne. D’après plusieurs observateurs dignes de foi, les frondeurs ne se sont pas contentés de siffler Valls ou Macron. Ils ont aussi crié « Taubira à Matignon ! »
*Photo : Sipa. Numéro de reportage :00721959_000056.
L’Eglise catholique est mondialement organisée, riche, puissante, dotée d’un commandement unique, centralisé et d’une voix écoutée en la personne du Pape. En outre, elle possède une hiérarchie claire et pyramidale susceptible de s’activer aux quatre coins du globe, un maillage qui lui permet de s’adresser à plus d’un milliard d’êtres humains, un réseau d’influence sur les grands de ce monde, notamment les dirigeants des puissances occidentales démocratiques.
Et cependant, face aux persécutions dont ses membres sont victimes en Orient pour la première fois à cette échelle depuis la chute de Constantinople, cette puissance endormie ne fait rien ou si peu. Anesthésiée. Tétanisée. Émasculée, dirait-on si l’on osait… – mais avec l’Eglise catholique cela fait longtemps qu’on peut tout dire.
Tandis qu’en Syrie, en Irak, et dans bien d’autres pays musulmans, ses enfants subissent des horreurs dignes des nazis, l’Eglise se met dans les rails de la seule idéologie à la mode : la compassion passive.
Le pape enjoint ses fidèles à prier. On se mobilise dans les paroisses pour envoyer des dons et de quoi nourrir les rescapés. On fait sonner les cloches. La belle affaire !
Du bout des lèvres le pape condamne et appelle à agir. On tremble. Le Vatican, combien de divisions ?
En mars 2015, Mgr Tomasi, observateur du Vatican aux Nations unies, a estimé qu’il fallait « mettre sur pied une coalition à l’issue d’une réflexion poussées » . Une commission à la Hollande en quelque sorte. On présage alors de l’efficacité de cette « réflexion poussée ».
Simplifions : pour Mgr Tomasi, « toute coalition contre Daesh doit inclure des États musulmans du Moyen-Orient et ne peut pas simplement être une approche occidentale ». De quoi accélérer le processus ? On en doute. Pourtant, la presse a alors salué cet incroyable changement de posture, l’Eglise ayant traditionnellement fait de la neutralité diplomatique et de l’injonction humanitaire sa posture internationale.
La réalité, c’est que rien n’a bougé depuis. Même l’ONU détourne les yeux. Les Yezidis ont subi un quasi-génocide, les chrétiens ont été pratiquement éradiqués pendant qu’on… réfléchissait.
Ces dizaines de milliers d’individus ne semblent d’ailleurs pas avoir ému les chantres du NPA, d’EELV, du Front de Gauche toujours vent debout si on déplore une victime palestinienne. De même, il semblerait que la question « vitale » du mariage pour tous ait mobilisé davantage les catholiques que la lutte contre les persécuteurs de chrétiens.
Quant au Pape, il prie. Face au niveau de violence et de barbarie de Daech, digne d’Himmler, on ne comprend plus. Que faut-il pour réveiller l’Eglise ? Où est l’énergie, la révolte, l’indignation, comme moteur de l’action au-delà de la simple posture ? Oui, où est la rage de sauver les siens ?
Personne ne semble s’étonner de cette incroyable passivité, de ce renoncement, de cette faiblesse qui trouve peut-être sa source dans une culpabilité occidentale cultivée depuis trente ans par des Européens qui ne comprendront les immenses bienfaits de l’Occident que lorsqu’ils les auront définitivement perdus.
Quand on songe que sans hiérarchie et sans pape, il aura suffi d’une caricature pour que les musulmans du monde entier et leurs multiples autorités s’enflamment et mettent au pas les Etats qui désormais s’autocensurent, tout contrits de plates excuses, on est en droit de s’interroger.
Faisons un peu de fiction : que se passerait-il si la France massacrait sa population musulmane, organisait un marché des esclaves place de la Concorde, enterrait vivants des enfants musulmans raflés aux Tarterêts, autorisait les soldats à violer les femmes et les petites filles musulmanes de la cité des Quatre mille à La Courneuve ? Le monde musulman ne ferait-il pas le siège de l’Onu pour envoyer des troupes ? La réaction mondiale ne serait-elle pas puissante, déterminée, unanime et inflexible ? Y-aurait-il une nation qui oserait jouer le rôle tordu de la Turquie ? Aucun doute, en trois mois, la France serait mise à genoux d’une manière ou d’une autre – il suffirait d ‘arrêter de lui fournir son shoot mensuel de dette…
Et si dans un pays musulman, des chrétiens commettaient des attentats, son gouvernement ne prendrait-il pas des mesures radicales comme l’expulsion de tous les extrémistes chrétiens ? Il est même probable que les Etats occidentaux le féliciteraient de ces mesures courageuses. Mieux, on collaborerait pour récupérer et incarcérer nos enfants égarés par l’extrémisme chrétien. On récupérerait même avec fierté des chrétiens extrémistes ressortissants du pays musulman en question pour l’en débarrasser. On s’en ferait un devoir.
On trouverait normal que les Etats musulmans décident de fermer tous les lieux de culte chrétiens par principe de précaution. Les verts-rouges se lamenteraient sur ces relents de colonialismes symbolisés par les attentats commis en terre musulmane par des monstres chrétiens. Pour remplir le vide, Cambadélis appellerait à se méfier de ce qui nous rappelle les heures sombres.
Mieux, on organiserait gentiment le rapatriement des millions chrétiens innocents de tout acte terroriste en leur jetant un regard sévère à leur arrivée chez nous et en nous battant la coulpe. On comprendrait même que sur notre territoire, quelques-uns soient passés à tabac par des enfants des cités et que des églises brûlent.
On mesure bien le « deux poids, deux mesures ». L’histoire a ses règles : l’énergie déserte toujours les corps gras et le monde appartient aux déterminés. Dans ces conditions, comment l’Eglise oserait-elle mettre les pays musulmans face à leurs responsabilités ? Comment oserait-elle exiger des puissances pétrolières arabes– bien plus riches que nous- d’organiser l’accueil des migrants ? On attend toujours qu’un dirigeant européen le leur demande … d’autant plus que certaines comme l’Arabie Saoudite ont probablement soutenu Daech. Et bien non, c’est encore à une Europe épuisée, appauvrie, divisée de se taper le boulot, de saturer les urgences de ces hôpitaux déjà surpeuplés, de gaver les accueils sociaux de milles demandes et de s’endetter, encore et encore.
Pétrie des bons sentiments qui pavent les enfers à venir, l’Europe se sacrifie et l’Eglise prie. Comment pourrait-il en être autrement quand on a perdu sa fierté ? On charge nos manuels scolaires de culpabilité, réduisant l’histoire de la chrétienté à l’inquisition et aux croisades, de quoi la faire détester par une partie de la jeunesse issue de l’immigration. Qui osera affirmer tout ce que cette chrétienté et l’Occident ont apporté au monde en matière de science, de médecine, de littérature, de culture, de littérature, de philosophie, d’architecture, de musique, de peinture, sculpture ? Qui est encore capable de vanter ce passé devant une classe du 93 ? A défaut d’endosser ce rôle, l’Eglise devrait au moins défendre les siens.
La grande leçon de ces derniers mois, c’est que l’Eglise ne se révoltera pas. Elle est à bout de souffle tandis qu’une énergie combative et conquérante bruit dans les veines de sa concurrente, plus jeune de six cent ans.
*Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21717054_000001.
L’image est magnifique, Angela Merkel, le démon de l’Europe, dans une belle veste rose, plaque ses mains l’une contre l’autre et nous enjoint de sauvegarder les valeurs de l’Europe. À la traine, Manuel Valls visite un camp de réfugiés.
Il était prévu que la migration serait le grand thème de la journée. Les dépêches sur le sujet se sont multipliées lundi. On a pu suivre en temps réel, la journée de rentrée du chef du gouvernement, bien décidé à résoudre le problème des migrants.
Dimanche, à La Rochelle, le Premier Ministre a préparé le terrain, devant un parterre de caciques, il a promu les valeurs de la gauche, fin prêt à reconquérir les cœurs de son électorat. Alors qu’il prononçait le discours de clôture de l’université d’été du PS, Manuel Valls a fièrement réaffirmé que « ceux qui fuient les guerres, les persécutions, la torture doivent être accueillis, c’est un principe universel qui fonde l’humanité ». Avec l’entrain qu’on lui connaît, le Premier ministre a obtenu les chaleureux applaudissements pourtant frileux vis-à-vis de lui.
Une phrase quelque peu énigmatique laissait pourtant percevoir que les « principes universels qui fondent l’humanité » sont relativement universels : « il faut aussi des centres d’accueil en Italie, en Grèce, pour distinguer, avec humanité, avec intelligence, mais aussi avec fermeté, réfugiés, demandeurs d’asile, et migrants irréguliers ». Personne au Parti Socialiste n’a alors l’idée saugrenue de lui demander comment il compte distinguer les immigrés économiques des réfugiés une fois qu’ils ont traversé une mer et cinq pays et, à la fin de son intervention, dégoulinant, le toréador Manuel Valls rentre chez lui préparer la journée du lendemain.
Tout est rôdé. Il rend d’abord visite aux salariés d’Eurotunnel à Coquelles dans le Pas-de-Calais. « Je comprends vos inquiétudes, qui sont partagées » leur dit-il, d’une manière toute gaullienne, devant l’entrée du tunnel. Il rencontre ensuite les associations d’aide aux migrants, puis il fait un détour par l’hôpital de Calais, lui aussi sollicité pour soigner les réfugiés.
Puis vient le clou du spectacle. Manuel Valls annonce la construction pour « début 2016 », avec l’aide financière de l’Europe, d’un camp de réfugiés pour 1.500 personnes dans la « jungle » de Calais, où se massent des milliers de migrants dans l’attente d’un miracle.
Pour faire face à la situation des migrants à Calais, la France va recevoir « jusqu’à » cinq millions d’euros supplémentaires. Frans Timmermans, vice-président de la Commission Européenne, a tenu, lors d’une conférence commune avec Manuel Valls, à souligner la bravoure d’une telle dépense :
« Nous ne refoulerons jamais ceux qui ont besoin de protection », a-t-il plaidé.
Ces nouveaux fonds serviront à la mise en place d’un campement pouvant offrir une assistance humanitaire pour environ 1.500 migrants », ainsi qu’à « soutenir le transport des demandeurs d’asile de Calais vers d’autres destinations en France », a déclaré le commissaire.
Manuel Valls a précisé que ce campement, qui est prévu avec 120 tentes très spacieuses (elles peuvent accueillir 12 personnes !), serait « complémentaire » du centre Jules-Ferry qui reçoit 115 femmes et enfants, et des hommes pendant la journée. Accessoirement, il se situe juste à côté de la fameuse « jungle » dont parlait le ministre, ou vivent des milliers d’hommes et de femmes tentant de rejoindre l’Angleterre.
Malgré les nombreuses réserves que l’on peut émettre à l’encontre de Manuel Valls (ce ne sont que « des mesurettes » disent les Médecins du Monde), il a su remplir son devoir, il est venu sur le terrain, il a parlé (beaucoup) et il a « pris des mesures ». Ses critiques à l’égard de la droite n’en sont que plus audibles. Dans son discours de la Rochelle, il a tancé cette droite « qui court après le FN » quand l’Allemagne, pourtant conservatrice, affronte avec une certaine sérénité la « crise » des « migrants ». C’est sûrement vrai, mais Valls lui, court après Merkel.
En cette belle journée d’action, Manuel Valls aurait pu rentrer chez lui en homme comblé et fier de son ouvrage. Mais la nouvelle Dame de fer lui a piqué la vedette. En le battant, une fois n’est pas coutume, sur sa « gauche ».
Lundi après-midi, la chancelière allemande a donné une conférence de presse très attendue. De son air le plus angélique, Angela Merkel a supplié l’Europe de ne pas « perdre son âme » selon le mot de Matteo Renzi, Premier ministre italien. La femme politique a déclaré : «les droits civils universels ont été jusqu’à présent étroitement liés à l’Europe et à son histoire, en tant que principe fondateur de l’Union européenne : « Si l’Europe échoue sur la crise des réfugiés, ce lien avec les droits civils universels sera cassé, il sera détruit ». Par un de ces retournement historiques qui donnent des maux de têtes, l’Allemagne se retrouve à assumer la défense des « valeurs » européennes que la France se targue de porter.
Sur ces simples paroles, des milliers de réfugiés ont repris leurs pérégrinations périlleuses. Les gares de Budapest, devenues un temps des camps de réfugiés improvisés, se sont vidés. L’Allemagne est le premier des grands pays Européens à ouvrir implicitement ses portes à ces gens. La parole de la chancelière allemande est d’autant plus forte qu’elle sait que son pays va recevoir 800 000 demandes d’asile cette année, contre 200 000 l’année précédente. Dans le même temps, la France en reçoit 60 000.
Forte de ce statut de premier hôte des réfugiés en Europe, Angela Merkel souhaite imposer à ses partenaires des quotas d’accueil pour les migrants qui arrivent. Cette idée déplaît notamment à ses partenaires de l’Europe de l’Est, la Hongrie en tête. Mais l’Allemagne, contrairement à la France qui a besoin de l’argent européen (en bonne partie allemand) pour gérer sa crise, n’a pas peur des migrants. Plus que « l’humanisme », c’est la bonne santé du pays qui permet à l’Allemagne d’accueillir ces migrants. Les Allemands croient en leur avenir dont la seule part d’inconnue est justement leur déclin démographique. En bonus, l’arrivée des migrants offre même la perspective d’une confortable armée de réserve dans un pays disposant d’un droit du travail dit « flexible ». Dans le même temps, la France patauge dans les marais calaisiens. Les grands principes ont un prix que la France ne peut plus payer.
*Photo: Sipa. Numéro de reportage :AP21786066_000015.
Fini, l’époque d’Une ravissante idiote, du Repos du guerrier, de « Sois belle et tais-toi ». Voici venu le temps des sapiosexuels. De « sapiens » comme l’homo du même nom. Celles et ceux qui aiment avant tout les cerveaux. Celles et ceux que les neurones séduisent prioritairement, avant de regarder la courbe des fesses. Bonnetdane, jamais en retard d’un sacrifice, a lu pour vous Le Figaro Madame. Mylène Bertaux y expliquait il y a peu que certains sites de rencontres (OkCupid, que je ne connaissais pas, j’avoue — je ne dois pas avoir le temps de faire des rencontres) ont créé une rubrique « sapiosexuel », « case à cocher à part entière dans les critères de sélection, à côté de « pansexuel » (?) et « homoflexible » (? again). »
Et c’est dans ces dénominations barbares qu’est réellement la nouveauté (parce que franchement, qui pourrait revendiquer son amour des cruches ?). Comme dit la journaliste : « Si l’attirance pour l’intelligence existe depuis toujours, elle se voit soudain nommée et exaltée par l’hyper segmentation de la sexualité. »
Il y a là de quoi s’inquiéter. Un individu normal ne fragmente pas sa sexualité en tranches fines. Homo / Hétéro / Bi, déjà, et ça suffit. Toute segmentation supplémentaire devient une plongée dans des spécialisations qui n’ont rien à voir avec l’érotisme — et tout avec la pornographie, qui dans ses « catégories » sait fort bien classer DP, BBW, BBC, BDSM, et que sais-je. Avec cette catégorisation, on devient un Ouvrier Spécialisé du sexe. Chaque spécialité renvoie à un organe, ou une position. De l’amour, pas de nouvelles. Du cerveau, pas davantage.
Ce qui est passé aux pertes et profits, dans cette segmentation, c’est le langage, et la séduction. Tout l’héritage de l’amour courtois comme du libertinage. En fait, tout l’héritage. La segmentation moderne fait table rase de quelques millénaires d’apprentissage de l’Autre.
Je ne suis pas « sapiosexuel » — pas plus que je n’afficherais de préférence pour les blondes (« plus chaudes que les brunes — voir Brunes », écrit Flaubert) ou les cougars — ou je ne sais quel segment mis à l’étalage dans les rayons du supermarché sexuel. J’aime, nous aimons des personnes entières, avec leurs qualités (variables) et leurs défauts (idem). Se servir dans un rayon pré-segmenté, c’est choisir de n’avoir aucune surprise. Un produit industriel, toujours le même. Qualité assurée, vite consommé — et il ne reste plus qu’à refaire ses courses.
Au début de Roméo et Juliette, le héros est passé faire ses courses, et il a choisi Rosaline, un produit de qualité. Puis à l’occasion du fameux bal chez les Capulet, il rencontre Juliette — et c’est autre chose. J’imagine de même qu’Abélard avait d’autres élèves qu’Héloïse — mais voilà, Héloïse, c’était autre chose (et leur correspondance en atteste, le malheureux Abélard n’est devenu « sapiosexuel » qu’à son corps défendant, si je puis dire). C’était une personne qui ne ressemblait à personne. L’Autre.
Je ne sais pas quelles sont vos histoires d’amour préférées — non, pas dans la vie réelle, mais dans la fiction. J’aime particulièrement un roman de Graham Greene, The end of the affair (1951), porté deux fois à l’écran, avec Deborah Kerr en 1955, et avec Julianne Moore il y a déjà quinze ou seize ans, avec une musique épouvantablement ravissante de Michael Nyman.
Il ne serait pas venu à l’idée du héros-romancier de se qualifier de « sapiosexuel » ou d’afficher par voie de petites annonces une préférence pour les MILF mariées et vaguement rousses (« Plus chaudes que les blondes ou les brunes » — Flaubert again). Il aime (et il hait — ce sont les premiers mots du roman, « This is a diary of hate ») une personne entière — qui l’aime en retour d’une façon absolue, et mystique finalement. En vérité je vous le dis, moi, la fin de ce film, je ne peux pas. Qu’aurait-il coché comme case dans un site de rencontres ? « Romancier cherche femme mariée catholique avec aspirations à la sainteté… » ? On imagine le ridicule de la situation.
Pensez à celle ou celui que vous aimez le mieux — ce qui ne signifie pas que vous l’aimez bien, ça, c’est encore une autre paire de manches. Pensez à la petite annonce improbable qui vous aurait amené(e) à elle ou à lui.
Mais pendant ce temps, ce monde moderne segmente le marché de l’amour, et de ce qui est au fond à chaque fois une expérience inédite et singulière, fait un produit semi-industriel.
Je me sens de moins en moins moderne.
« On a parlé de changements dans la législation. […] mais je ne suis pas assez insensé, messieurs, pour ne pas savoir que ce ne sont pas les lois elles-mêmes qui font la destinée des peuples ; non ce n’est pas le mécanisme des lois qui produit les grands événements, messieurs, c’est l’esprit même du gouvernement ». (Alexis de Tocqueville, Souvenirs)
Notre gouvernement est plein de bonne volonté. Prêt à sauver l’humanité entière, il affûte ses armes comme coupe – choux sur la pierre tendre des belles âmes. L’Iran aura sa bombe atomique, mais la France aura dit non avant de s’incliner devant la volonté d’Obama. Ne fallait-il un peu de raison devant l’inéluctable et grappiller quelques contrats avec les ayatollahs. Ce n’est pas au pauvre de refuser les miettes. Quelques étoiles pour la croissance promise par notre Sapin… de Noël.
Conscients que l’humanitarisme se heurte au nombre des migrants instrumentés par des manipulateurs de masse sûrs de leur puissance face à l’Europe, on organise un nouveau camping à Calais sous l’œil rigolard des mafieux. Trois TGV d’Eurostar bloqués suite à une nouvelle invasion du tunnel sous la Manche, qu’à cela ne tienne : les voyageurs débarqués se contenteront d’une distribution de kits de survie !
Un massacre évité de justesse dans le Thalis et « l’humanité » sauvée (dixit Hollande) par trois voyageurs héroïques — un professeur d’anglais franco-américain et deux Américains— et voilà que la SNCF s’engage à former son personnel aux attaques terroristes, et que le public est encouragé à communiquer son angoisse sur le numéro vert mis à sa disposition. Rien de tel face à une kalachnikov que tout amateur peut trouver facilement.
Alors allons-y, n’hésitons pas à faire parler la loi haut et fort. Et d’abord ouvrons les autoroutes saturées aux autocars, multiplions les radars qui ne piègent que les conducteurs les moins accidentogènes, les contribuables ordinaires, ceux qui ont un permis, une adresse, un travail. Quant aux autres sans permis de conduire, aux identités flottantes, ils s’en foutent. Alors, pourquoi ne pas rendre le permis de conduire non obligatoire. On y pense. Comme au bac moins cinq, le bac pour tous, sans matières grasses à commencer par le latin, le grec, etc.
Dans l’urgence de faire des économies, n’hésitons plus à fermer les urgences dans les hôpitaux, cela fera moins d’urgences même si ça vous grattouille ou si ça vous chatouille. Et traitons les médecins, libéraux compris, comme des officiers de santé au service de la Sécu. Ceux d’entre eux qui toussent n’ont qu’à aller se faire soigner, mais par qui ?
Enfin, une forte initiative qui émane de la Mairie de Paris : la pénalisation des fumeurs qui jettent leurs clopes sur le trottoir. Ces salopards ne les mettent même pas dans les trous de la chaussée, ni dans les tas d’ordures qui bordent les trottoirs de Paris Ville propre. À la guerre comme à la guerre, feu sur les clopes.
Angela Merkel a beau bénéficier, au bout de dix ans de pouvoir, d’une cote de popularité stratosphérique et inoxydable – 77 % d’opinions favorables en juillet 2015 – et du titre envié de femme la plus influente de la planète, décerné chaque année par le magazine américain Forbes, elle doit, parfois, se soumettre aux diktats de l’équipe de communicants de la Chancellerie fédérale d’Allemagne.
Ainsi, ces derniers lui avaient mitonné, pour cet été, un programme de « dialogues citoyens », où elle est invitée à débattre des grands problèmes politiques du moment avec des gens « ordinaires », histoire de montrer qu’elle peut sortir des hautes sphères de la Weltpolitik et aller à la rencontre du peuple et de ses préoccupations. Le bain de foule, le serrement de paluches à la chaîne ou le casse-croûte paysan au cul des vaches n’étant pas vraiment la tasse de thé de la chancelière, ces rencontres prennent la forme d’une séance de formation continue où Angela Merkel, sérieuse comme une institutrice prussienne, explique, devant un pupitre, sa politique à l’assistance en faisant mine de répondre à ses questions. C’est ennuyeux comme la pluie tombant sur le Mecklembourg par une triste journée d’octobre, et cela désole les producteurs de télé chargés de diffuser ces images dans tout le pays…
Sauf que, le 15 juillet 2015, le débat organisé avec des élèves et des enseignants d’une école spécialisée pour handicapés moteurs de Rostock a suscité un émoi et une polémique à l’échelle nationale. Un extrait de cette rencontre long de 2 min 41 s, diffusé par un magazine d’actualité de la première chaîne publique ARD, montre en effet un échange entre Angela Merkel et Reem Sahwil, une jeune Palestinienne de 14 ans, souffrant d’un léger handicap moteur de naissance, arrivée en Allemagne illégalement en 2011 avec sa famille originaire d’un « camp » (en fait un quartier) de réfugiés palestiniens de Beyrouth.[access capability= »lire_inedits »]
Reem expose à la chancelière son désespoir de ne pas pouvoir faire des projets d’avenir comme ses camarades de classe, en raison du statut précaire de demandeur d’asile de ses parents. Angela lui répond qu’il n’est pas possible de donner aux dizaines de milliers de réfugiés palestiniens au Liban un signal leur laissant croire que les portes de l’Allemagne sont grandes ouvertes pour eux, alors même qu’ils ne sont pas en danger de mort, comme les Syriens… Reem éclate en sanglots, et la chancelière, quelque peu désarçonnée, s’approche d’elle et lui caresse la joue, sans pour autant céder sur le fond de son argumentation.
Dès le lendemain, la presse de gauche et les réseaux sociaux glosent ironiquement sur la « caresse de Merkel » et reprochent à la chancelière son manque de cœur et d’empathie face aux larmes de Reem. Le magazine Stern, sorte de Paris-Match allemand, plutôt orienté à gauche, fait sa couverture avec une tête lugubre d’Angela Merkel et le titre « La reine de glace »…
Depuis cette affaire, Reem est devenue une vedette en Allemagne, et les reporters défilent dans son HLM de Rostock. Un journaliste du quotidien conservateur Die Welt lui demande si elle considère aujourd’hui l’Allemagne comme sa patrie. Il utilise le mot Heimat, qui en allemand signifie la patrie au sens du « chez-soi », à la différence de Vaterland, patrie « patriotique ». « Non, répond-elle, ma vraie patrie c’est la Palestine où je souhaite pouvoir vivre un jour. » Elle montre au journaliste une carte du Proche-Orient collée au mur, où la Palestine occupe tout l’espace entre la Méditerranée et le Jourdain : « En Palestine, pas en Israël. Je voudrais qu’Israël disparaisse ! » Le journaliste lui fait valoir que les Juifs et les Allemands ont une histoire commune particulière et qu’elle vit aujourd’hui dans un pays où les propos antisémites sont punis par la loi. « Je sais, mais la liberté d’expression existe, et cela, on a le droit de le dire. » Elle apprend vite, la gamine ! Au bout de quatre ans en Allemagne, elle a trouvé la manière de dire « Mort aux Juifs ! » sans enfreindre la loi…
Angela Merkel a beau être surnommée « Mutti » (Maman) par ses concitoyens, comme naguère les Français surnommaient Mitterrand « Tonton », c’est sans doute la moins maternante des chefs de gouvernement européens : elle n’est pas l’assistante sociale en chef de la nation, elle fait de la politique, un dur métier laissant peu de place aux sentiments. La compassion envers les victimes de toutes sortes n’est pas de son ressort, il existe des institutions pour cela (Églises, ONG). Son job, en ce mois d’août 2015, c’est de gérer une situation critique, risquant de déstabiliser son pays plus encore que la crise grecque : l’afflux sans précédent des migrants de toutes origines prétendant au droit d’asile. Pour l’année 2015, les services du ministère de l’Intérieur allemand estiment leur nombre à 800 000, soit le quadruple des demandes enregistrées en 2014 !
Comme la charge de l’entretien des demandeurs d’asile, pendant l’étude de leur dossier, repose sur les Länder et les municipalités, la grogne des élus locaux monte. De plus, les incidents se multiplient entre les populations locales et des réfugiés vus comme des « parasites » du système allemand de protection sociale. L’émergence, en 2014, du mouvement Pegida, dénonçant l’islamisation rampante de l’Allemagne, a été le symptôme le plus spectaculaire de l’aggravation du problème. Angela Merkel, à la différence des responsables français, n’envisage pas le droit d’asile en termes de « valeurs » dont la République fédérale serait porteuse. Elle considère le problème sous l’aspect juridique et pratique : si le droit d’asile est imprescriptible dans nos démocraties européennes, il faut déterminer qui peut en bénéficier, et qui doit en assumer la charge. Le chaos actuel résulte selon elle de la diversité des usages en la matière dans les 28 pays de l’UE, qui permet aux migrants de postuler à l’asile dans les pays les plus généreux – ou laxistes envers les sans-papiers – même si leur situation n’entre pas dans le cadre de l’asile politique. L’engorgement bureaucratique provoqué par cet afflux rallonge indéfiniment les procédures d’examen des dossiers, créant des situations pénibles pour les déboutés de ce droit, comme dans le cas de la jeune Palestinienne.
La chancelière, qui a décidé de prendre ce problème à bras-le-corps, tape du poing sur la table européenne pour que cessent les belles paroles sur la scène publique et les coups fourrés derrière le rideau, comme les pratiques des Italiens et des Hongrois expédiant les migrants chez les voisins sans les enregistrer chez eux ainsi que le prévoit la réglementation de l’UE…
Grâce à elle, peut-être, les Français sortiront de la confusion, largement entretenue par une partie de la presse et des ONG médiatiques, qui mélangent allègrement les demandeurs d’asile, persécutés dans leur pays d’origine, et les réfugiés économiques, qui quittent leur pays pour tenter leur chance en Occident.
Quels sont les pays considérés comme « sûrs » pour leurs ressortissants, ou les minorités ethniques ou religieuses qui y résident ? Doit-on accorder le droit d’asile sur une base collective (chrétiens d’Irak par exemple) ou individuelle (apporter la preuve que votre action politique ou sociale met votre vie ou votre liberté en danger) ? Comment organiser la réception et la répartition de ces migrants vers les pays hôtes ? Parler de cela, c’est faire de la politique, alors que l’agitation rituelle de la bannière droit-de-l’hommiste aboutit à un seul résultat : que les dirigeants s’égarent dans le spectacle compassionnel, comme lors du lamentable épisode Leonarda.
Lorsque la chancelière décide de traiter un problème, l’Europe bouge… Bernard Cazeneuve se rend illico à Berlin pour s’entretenir avec son homologue allemand Thomas de Maizière. Du coup, la question sera en haut de l’ordre du jour du prochain Conseil européen.
On a longtemps reproché à Angela Merkel son attentisme, voire son immobilisme face à la crise économique des années 2008-2010, et ses réticences à mettre en place un système de solidarité financière interne à la zone euro. D’ailleurs, les jeunes Allemands sont impitoyables : ils ont forgé le verbe merkeln comme équivalent en langue jeune de tergiverser, procrastiner.
Pourtant, aujourd’hui, c’est l’activisme de la chancelière et celui de son ministre des Finances Wolfgang Schäuble qui sont dénoncés comme une manifestation insupportable de l’hégémonie germanique sur le continent. Il se trouve que, désormais, l’Allemagne d’Angela Merkel a les moyens économiques et politiques de défendre ses intérêts sans complexes, de construire des majorités au sein de l’UE, de saisir les opportunités ouvertes par la baisse de l’euro pour accroître encore ses excédents commerciaux, adapter son agriculture à la concurrence mondiale. Il n’est pas de grand chef d’État qui n’ait peu ou prou été aidé par la chance, et Angela Merkel n’échappe pas à la règle : son prédécesseur social-démocrate Gerhard Schröder avait réalisé les réformes économiques et sociales indispensables pour adapter l’Allemagne à la mondialisation. Ayant décidé, pour des raisons historiques, de se passer du hard power pour faire prévaloir ses intérêts, l’Allemagne du xxie siècle excelle dans le smart power, la puissance « intelligente » alliant pragmatisme et continuité dans l’action.
Ce n’est pas un hasard si le moteur diesel est une invention allemande : lent à se mettre en branle, il roule très, très longtemps.[/access]
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*Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21786988_000002.
Bernard Cazeneuve est un des rares ministres du gouvernement à avoir une tête de ministre, contrairement aux autres qui jouent à l’être comme le garçon de café de Sartre joue à être garçon de café. Il affiche des objectifs ambitieux comme, naguère, rester de marbre devant la mort d’un jeune zadiste sur le barrage du Testet ou, ces derniers jours, déclarer martialement qu’il visait le zéro de passage de migrants dans le Tunnel sous la Manche. Il précise même que les intrusions ont considérablement diminué. Les voyageurs de l’Eurostar qui n’ont pu quitter la Gare du Nord lundi soir ou ceux qui se sont retrouvés coincés en rase campagne mardi à Calais Frethin apprécieront.
Ils étaient certes moins nombreux que les migrants qui tentent leur chance mais ils étaient quelques centaines tout de même. Bon, ce n’est pas très amusant de passer la nuit Gare du Nord ou exposé aux vents pluvieux du Pas-de-Calais mais c’est tout de même moins dur que de vivre dans la Jungle de Calais, ce bidonville géant, digne d’une favela brésilienne, qui se trouve pourtant à la frontière de deux des nations les plus riches et les plus puissantes du monde. Du coup, peut-être que certains de ces voyageurs appartenant aux élites mondialisées, comme disait l’autre, comprendront que la mondialisation, justement, à son revers.
Il n’empêche, foin de considérations morales. Il faut être concret sur cette question de l’abcès de fixation qui obstrue le Tunnel sous la Manche et empêche la libre circulation des biens et des personnes – enfin des personnes qui ont le droit de circuler librement, ce qui n’est apparemment pas le cas des migrants qui eux savent que les frontières, les murs, les chicanes, les barbelés et le protectionnisme, ça existe toujours.
En l’occurrence, je ne vois qu’une solution, c’est de supprimer le Tunnel sous la Manche. Le faire sauter, l’inonder, que sais-je, mais rendre le Royaume-Uni à son insularité. De toute manière, tunnel ou pas, ils n’en ont pas grand chose à faire de nous, les Anglais. Entre le grand large et l’Europe, ils ont toujours choisi le grand large (façon poétique de décrire leur inféodation pure et simple aux USA.)
Ce tunnel, de toute façon, était une mauvaise idée dès le départ. Il a coûté monstrueusement cher et ruiné plein de petits actionnaires qui avaient cru faire un placement de père de famille, tout ça parce que Margaret Thatcher avait exigé un financement exclusivement privé, en bonne néolibérale fanatique. Il a fait disparaître le charme des voyages en ferry à l’adolescence quand aller voir les petites Anglaises ressemblait vraiment à un voyage puisque sur le bateau on avait le temps de boire excessivement, de jouer aux machines à sous, de vomir à cause du mal de mer ou de connaître la douceur des premiers baisers (pas nécessairement dans cet ordre-là.) Il a fait augmenter l’immobilier sur les plages du Pas-de-Calais et dans les collines de l’Artois car si ces régions peuvent sembler fort peu riantes pour un Toulousain, il faut savoir que pour un Anglais, Oye-Plage, Boulogne, Montreuil-sur-Mer ou Saint-Pol-sur-Ternoise, c’est déjà le Sud.
Et last but not least, il est finalement devenu le passage obligé des migrants. Nicolas Sarkozy ayant intelligemment démantelé Sangatte selon l’idée que casser le thermomètre fait baisser la fièvre, il semblerait que Manuel Valls soit décidé à la reconstruire sans le dire car la zone est devenue doublement honteuse pour nous, Français. D’abord parce que les rues de Calais offrent, miserabile visu, un avant goût du Grand Remplacement avec des barbares qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes tout en se faisant nourrir par des bénévoles dont on peut se demander s’ils sont masochistes ou collabos, sans doute les deux.
Mais aussi surtout parce que cette obstination des migrants à vouloir passer au Royaume-Uni s devient très vexante à la longue. Qu’est-ce qu’ils ont de plus que nous, les Brits? Une économie florissante? Ou simplement une façon plus cool d’accueillir les étrangers qui peuvent d’emblée louer un appartement, ouvrir un compte en banque et trouver un boulot sous-payé et non, comme chez nous, trainer des mois dans des CADA (Centres d’accueil des demandeurs d’asiles) en attendant de passer devant l’OFPRA qui accorde avec une parcimonie extrême qui confine à la ladrerie le statut de réfugié.
Bref, Bernard Cazeneuve doit aller plus loin et demander la fin du Tunnel. Ni plus, ni moins. On compensera aisément le manque à gagner des commerçants français dans la région en organisant un tourisme de la désolation . C’est très à la mode, les gens qui aiment faire un voyage organisé à Tchernobyl ou sur des lieux dévastés par des tsunamis comme au Sri Lanka ou des massacres comme au Rwanda. Les autocars climatisés qui se promèneront dans la Jungle calaisienne pourront permettre des haltes pour se réchauffer autour d’un feu de pneus avec des Irakiens, de manger des fricadelles à l’afghane grillées au-dessus d’un bidon coupé en deux ou même avec un peu de chance, d’assister à un affrontement ethnique dans les dunes entre Soudanais et Érythréens.
Et puis après, si vraiment ils nous encombrent, il suffira de les jeter à la mer. Elle n’est pas loin et ils ont l’habitude. Elle sera juste un peu plus froide que la Méditerranée, comme ça ils souffriront moins et mourront plus vite. On est quand même une vieille nation humaniste, faudrait voir à pas l’oublier.
*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21778374_000015.
J’ai chez moi le livre de Pascal Jardin, La guerre à neuf ans, dont Jérôme Leroy a récemment rendu compte. Le récit d’une enfance passée à courir dans les couloirs de l’Hôtel du Parc où le maréchal Pétain avait élu domicile. Je suis assez d’accord avec Leroy : c’est exquis, précis, acide. Nul ne peut en effet contester que chez les anarchistes de droite, dont était Jardin, la légèreté du style allait de pair avec le creux de la pensée.
J’ai également chez moi deux autres livres qui déversent un peu de lumière sur cette période réputée sombre de notre Histoire. La vie quotidienne sous l’Occupation d’Henri Amouroux et Chroniques de la vie des Français sous l’Occupation d’Emmanuel Thiébot. Ils complètent utilement le livre de Pascal Jardin. Vous entrez dedans et c’est la caverne d’Ali Baba avec ses pierreries et ses diamants. Une France vivante, élégante et qui s’amuse. Une France qui va au théâtre et au cinéma. Une France qui se vautre dans les salons très courus de la collaboration et trouve que les vainqueurs allemands sont plutôt beaux garçons.
Charles Trénet chantait alors « Y a d’la joie ». Et c’est vrai que dans ces années-là, tout le monde ne pleurait pas à Paris. En cette période de restrictions où le cuir est devenu introuvable, Maurice Chevalier chante « La Symphonie des semelles de bois ». « Les femmes maintenant ont du charme/Jusqu’au bout des doigts de pied/En marchant les midinettes/semblent faire des claquettes. » L’alimentation manque. Invité à déjeuner à la Tour d’Argent par Ernest Jünger, Montherlant fait une confidence émue à l’écrivain allemand : « Vous savez, cher ami, quand on se trouve face à un saucisson à l’ail, on se sent moins seul. »
Continuons de feuilleter au hasard. Le Tout-Paris s’enflamme pour le sculpteur Arno Breker. Aux Champs-Élysées une brillante réception en son honneur est donnée. {…} Jean Cocteau y va et tombe en pâmoison devant tous ces nus si parfaits. {…}. « Je vous salue, Breker. Je vous salue de la haute patrie des poètes. {…} Parce que dans la haute patrie où nous sommes compatriotes, vous me parlez de la France. »
Et puis encore ça. Le 122 rue de Provence, connu sous le nom de One Two Two, laisse s’échapper une cohorte de soldats allemands passablement fatigués par la nuit de plaisir qu’ils ont passée dans cette maison de rendez-vous. Des camions de la Wehrmacht les attendent. Direction la gare de l’Est. Ils partent vers le front. Le vrai. Là où on meurt. Les plaines de Russie. Les filles du One Two Two ont fait de leur mieux pour leur offrir de délicieux moments.
Tout va donc plutôt bien sous Vichy et sous l’Occupation. Mais il y a quand même des choses qui perturbent la belle insouciance de l’époque. Le 3 juin 1942, Le Cri du Peuple de Jacques Doriot s’enthousiasme en apprenant que les juifs seront dorénavant obligés de voyager dans le dernier wagon des rames du métro parisien. « Une saine mesure qui réjouira tous les Français qui ont de bonnes raisons de ne pas côtoyer les frères de race de Blum et consorts. » Encore quelque chose de dérangeant. Le 8 août de la même année, Le Petit Parisien exulte. « Le terroriste David Grunberg, 19 ans, Juif et communiste a été exécuté ce matin. Justice est faite. »
Mais il ne faut quand même pas trop noircir Vichy. On ne va pas jouer les rabat-joie parce que des « frères de race de Blum » ont été obligés de prendre tel wagon plutôt qu’un autre. D’autant plus que dans les trains en partance pour Auschwitz, les gendarmes de Vichy qui les convoyaient leur ont permis de monter dans tous les wagons… Et on ne va pas faire un plat pour un lycéen, Juif et communiste, guillotiné. Il n’avait qu’à aller au cinéma et au théâtre comme tout le monde.
Au grand jour de la rentrée scolaire, les parents pensent à remplir les poches de leurs enfants de collations suffisantes pour tenir jusqu’au soir tandis que les instituteurs se chargent de forger le cerveau de ces chères têtes blondes. Avec des maths et du français, mais aussi avec des cours de « sensibilité ». Vincent Peillon l’avait annoncé, l’écolier d’aujourd’hui doit être intégré à un « parcours citoyen » tout au long de son cursus, concrétisé par l’enseignement de « culture morale et civique » censé « amener les élèves à devenir des citoyens responsables et libres ». Voilà qui est fait, à raison d’une heure spécifique par semaine pour les primaires et tous les quinze jours pour les secondaires, notre futur citoyen, suivra quatre volets d’apprentissage: un normatif (culture de la règle et du droit) ; un cognitif (culture du jugement) ; un pratique (culture de l’engagement) et la pierre angulaire de l’ensemble : le volet « sensible ». Si les trois premiers objets d’étude nous semblent tout à fait adaptés à un cours de morale civique, le dernier sujet, la sensibilité, nous laisse dubitatifs.
Pour mieux comprendre de quoi il s’agit, nous avons lu la synthèse du Conseil Supérieur des Programmes sur le projet d’Enseignement National et Physique. Voilà ce qu’il y est dit, sous la rubrique « sensibilité »: « Il n’y a pas de conscience morale qui ne s’émeuve, ne s’enthousiasme ou ne s’indigne. Mais cette sensibilité doit s’éduquer et appelle le retour réflexif sur les expressions premières des émotions et des sentiments, l’élucidation de leurs motifs ou leurs mobiles, leur identification, leur mise en mots et leur discussion. »
Cette belle tirade lyrique n’a que le contenu pompeux et creux qu’elle mérite. En résumé, le ministère explique qu’il faut « éduquer la sensibilité des élèves ». C’est-à-dire, si l’on en croit la définition du petit Larousse, éduquer « l’aptitude à s’émouvoir, à éprouver des sentiments d’humanité, de compassion, de tendresse pour autrui ». L’instituteur n’est plus seulement là pour transmettre les fondamentaux (ce qui serait déjà pas mal) à ses élèves mais aussi pour lui inculquer ce qu’il doit ou non ressentir. Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser aux fameux « Moi, M’dam, je pense qu’ils ont eu raison » exprimés par de jeunes écoliers à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo. Et le ministère de vouloir empêcher que de telles interventions se renouvellent. Mais est-ce vraiment par un travail sur la sensibilité que l’enseignant y parviendra ? « Mais non mon enfant, tu aurais dû pleurer, ce qui s’est passé est très triste ».
Un petit tableau concocté par la rue de Grenelle donne les lignes de conduite de l’apprentissage de la sensibilité. Pour appliquer le volet « être capable de nommer ses émotions », le ministère propose des exercices sur le racisme (avec des supports créés par des fondations et associations agréées , rassurez-vous !). De morale, le programme scolaire risque de virer au moralisant, voire au psychologisant. Avec un « Dis-moi ce que tu ressens, je te dirais qui tu es » sacrément prometteur. Aux dernières nouvelles, le Code pénal n’interdit pourtant pas de ressentir de la haine ou de la colère…
Autre point au programme : « Être capable d’exprimer en les contrôlant ses émotions ». Pour se faire, le Ministère recommande de passer par « le soin » : Par exemple « prendre conscience de son corps à travers la danse ». Là, c’est sûr, on pourra dire que le ministère a tout essayé pour ne plus avoir de petits rebelles au sein de notre société.
Il n’aurait pas été compliqué de raccrocher à « la sensibilité » des thèmes d’étude classique en suivant le cours des Rêveries d’un Rousseau, par exemple, ou en se plongeant dans les Mémoires d’enfance de Chateaubriand. Malheureusement, on préfère à la lecture des classiques « sensibiliser l’enfant à la sensibilité » (sic).
Sur le blog du Monde, un professeur s’interroge: comment évaluer nos étudiants ? Va-t-on les coller devant Bambi et contrôler le nombre de leurs larmes ? Les larmes sèches seraient moins bien notées que les chaudes larmes ? Le ministère n’a pas prévu de grilles de notation mais on n’est plus à une approximation près.
Si au moins, nos élèves étaient brillants et qu’il n’y avait plus que leur sensibilité à « éduquer ». Mais l’école d’aujourd’hui n’en est pas là. Plutôt que de soigner nos consciences, de dicter l’heure des « soins » et des « larmes », qu’elle enseigne l’ABCD tout court. Que nos élèves passent leur bac d’abord ! Pour la sensibilité, on repassera.
*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00722069_000001.
Faire bouger les lignes, c’est pas si facile. Ce n’est pas Jean-Pierre Chevènement, qui vous dira le contraire. Dimanche dernier, dans une interview au JDD, il annonçait la présence au colloque « Europe et souveraineté » qu’il organise le 26 septembre, de Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg et Nicolas Dupont-Aignan.
Autres invités vedettes, Régis Debray et Michel Onfray, ainsi que le juriste Alain Supiot, professeur au Collège de France. Parmi ces six estimables personnalités, une vient de faire défection. Saurez-vous deviner laquelle ? Eh oui, vous avez gagné, c’est Jean-Luc Mélenchon !
Après avoir dans un premier temps assuré Jean-Pierre de sa présence, Jean-Luc a finalement fait marche arrière toute, ou plutôt, à gauche toute. Il n’a pas du tout apprécié que dans cette même interview au JDD, JPC ait déclaré que la France ne pourra pas « sortir de l’ornière » si « on ne rassemble pas les républicains des deux rives ».
Comme il l’explique dans une longue lettre ouverte, Mélenchon réprouve des alliances qu’il considère comme contre-nature et réitère son « refus complet d’être associé de quelque façon que ce soit à l’idée lourdement erronée à mes yeux de l’alliance des républicains des deux rives ».
En clair, il ne veut pas être pris en photo sur la même tribune que Nicolas Dupont-Aignan, qu’il accuse de mille misères dans la même bafouille : « Sais-tu qu’il s’est prononcé pour remettre en cause le droit du sol ? Devra-t-on discuter de sa proposition de choisir Marine Le Pen comme Premier ministre s’il était élu Président de la République ? Si respectable qu’il soit et si estimable que soit sa résistance aux pressions de son camp, il est à mes yeux bien ancré sur une rive où je ne veux pas aller. »
Alors, bien sûr, on pourra dauber sur le sectarisme avéré de JLM. On pourra aussi estimer que le leader du Parti de Gauche a finalement jugé que le temps n’était pas venu pour faire bouger les lignes.
À mon humble avis, c’est la deuxième hypothèse qui est la bonne. Après avoir pensé dans un premier temps qu’en démocratie, tout le monde avait le droit de confronter ses idées –ce qui est après tout la raison d’être d’un colloque- Méluche a finalement jugé qu’un selfie avec NDA le grillerait à gauche de la gauche. Et de son point de vue, il a raison : l’accusation de pactiser avec « la droite de la droite » pourrait être fatale aux ambitions mélenchoniennes pour la présidentielle.
À mes yeux, ce n’est donc pas tant la pensée Mélenchon qui est en cause, mais l’arthrose idéologique qui cloue la gauche de gauche dans son fauteuil à œillères.
En Grèce, il y a six mois, Tsipras n’a pas hésité une seconde avant de constituer un gouvernement d’alliance avec des souverainistes de droite, antilaïcs graves de surcroît. En France, les correspondants des uns et des autres n’ont pas le droit de papoter dans un colloque sans risquer la crucifixion en « une » des Inrocks, de Libé ou de L’Huma…
À mon avis, dans cette affaire, Mélenchon, patriote authentique, est moins coupable que victime. Opinion subjective, certes. Mais on ne m’empêchera pas de penser qu’un type aussi germanophobe ne peut pas être foncièrement mauvais.
*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00555414_000022.