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Martin Suter contre la banque suisse

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martin suter montecristo

Martin Suter, romancier suisse exilé à Ibiza, a pris soin de s’entourer d’experts de la question bancaire pour la rédaction de son dernier livre. Il n’est pourtant pas un novice en la matière. Lauréat en 1995 du Prix autrichien de l’industrie pour ses contributions à la rubrique Business du très à droite Die Weltwoche, ce zurichois connait la musique.

Montecristo aurait pu donner un coup d’accélérateur symbolique au délitement de la toute-puissante banque suisse que certains appellent toujours plus fort de leurs voeux – pour des raisons toujours plus obscures, mais passons. Il y a effectivement une jouissance à dynamiter ou à voir dynamiter les institutions et les monuments dans les oeuvres de fiction, à assouvir ses instincts de destruction.

C’était l’occasion. C’était même bien parti. Suter avait réuni un conseiller bancaire blasé, des économistes pas dupes, leurs hommes de main aux méthodes expéditives, une imprimerie sécurisée véreuse au bord du dépôt de bilan, une jolie fille en talons aiguilles et deux billets authentiques portant le même numéro de série autour de Jonas Brand, journaliste trop curieux (ils le sont toujours trop). Avec ce scénario, on pouvait même fermer les yeux sur la traduction, très passable comme souvent. Mais voilà. Aussi efficacement que l’école française tue ses germanistes dans l’œuf, ce canevas hollywoodien ne donne rien.

Ce qui paraît suspect ou accablant à ce journaliste d’investigation raté n’est surprenant pour personne d’autre: les banquiers helvétiques sont discrets et ne parlent pas à la presse, la police garde un œil sur quiconque enquête sur ce terrain, il arrive que des traders se suicident sans que personne ne comprenne pourquoi, il est rare de croiser des pendulaires de bonne humeur dans les wagons restaurants des Intercity… Oui. La finance a ses raisons que la raison ne connait pas.

L’intrigue est bien menée, les personnages crédibles, avec une mention spéciale pour la femme de ménage croate au parler fleuri, mais la mèche qui aurait pu faire sauter la bombe romanesque est humide. La banque suisse plie et ne rompt pas, en réalité comme en fiction.

Fataliste, Montecristo est la chronique d’une affaire parmi tant d’autres au pays tranquille de l’horloge et du chocolat. Dommage ?

Martin Suter, Montecristo – Christian Bourgois Éditeur.

Montecristo

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*Photo : Sipa. Numéro de reportage : 00603195_000008.

Le spleen de septembre

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sancerre automne rentree

Chaque dimanche de septembre, notre Volvo se déhanchait au son de Blueberry Hill. Les ceps rectilignes défilaient derrière les vitres embuées de notre aimable suédoise. Ce valeureux break, drakkar des campagnes, gardait invariablement le cap de notre mémoire. Avec nous, à son bord, il avait traversé l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, sa longue carcasse avait même mouillé jusqu’à la Mer Egée. Le piton de Sancerre disparaissait comme par magie sous une brume irréelle laissant les paysages à l’état de croquis, d’esquisses grossières aux teintes indéfinies, un bronze piqué tirant sur le vert délavé. Une nature onirique sans artifice prenait ses aises, s’étalait à perte de vue. Un décor mordoré empreint d’une grande puissance d’entraînement décuplait nos forces d’alors. Comme si cette ruralité prospère n’était pas un frein à notre émancipation, enfin c’est ce que nous faisions mine de penser. Car, au pays du Grand Meaulnes, les songes ont toujours guidé le pas des jeunes hommes.

Les rêves forgeaient nos caractères, polissaient aussi cette âpreté berrichonne, cette sauvagerie à fleur de peau loin du folklore méridional et du tumulte océanique. Nous étions les combattants silencieux de l’intérieur, des terres abandonnées. Mon père passait quelques virages à l’équerre, histoire d’amuser son fils unique et d’épater son épouse. Ma mère criait à l’arrière, histoire de participer joyeusement à la tension des dernières heures du week-end. Notre roman familial avalait les kilomètres et annulait les distances. La voix de Fats Domino voguait au-dessus de cette départementale cabossée tandis que chacun pansait ses blessures. Le regard perdu dans les vignes, nous pressentions que le monde allait changer, que nos repères seraient bientôt dévastés. Les arbres, les façades des maisons, les talus tous identiques, figés à jamais dans ce terroir, resteraient encore longtemps intacts, inertes. La partie était pourtant perdue. Les dés affreusement pipés, la bassesse l’emporterait à coup sûr. La tragédie était inscrite dans les gènes de cette société nouvelle qui propageait sa laideur et ses fausses valeurs.

Nous vivions dans une France provinciale jusqu’à la moelle, à mi-chemin entre la modernité naissante des grandes métropoles et la paysannerie d’avant-guerre. Un entre-deux boueux comme furent ces années 80, décennie instable, mensongère, sérieuse jusqu’à l’arrogance. Sur cette frontière marécageuse, deux mondes se chevauchaient sans vraiment s’affronter : l’ancien dont nous étions les survivants désabusés et cet avenir en suspension vanté par des technocrates endimanchés qui empestent le parfum bon marché. Nos villages conservaient une certaine hiérarchie, un bel ordonnancement où chaque individu était identifiable de suite, son porte-monnaie quantifiable au franc près, son histoire personnelle limpide, ses turpitudes pardonnées par la communauté. Nous savions reconnaître le degré d’instruction d’un homme à d’imperceptibles détails, la façon de prononcer un nom propre ou de payer une tournée au café. Les citadins confinés dans le secret de leurs appartements nous prenaient pour des cloportes. Au fond, ils ne supportaient pas notre fierté, elle leur faisait honte. Nous n’étions à leurs yeux que des retardataires. Des surnuméraires. D’éternels passéistes, catégorie infamante pour ces tenants enfiévrés du progrès, classification rassurante pour nous, signe que nous avions encore du muscle et du nerf. Dès cette époque brouillonne, nous avions compris le sens de l’histoire. Il tournerait en notre défaveur. Un à un, tout ce qui faisait notre singularité serait piétiné, souillé, avili.

Notre béguin pour les voitures fantasques, les actrices racées, les plats en gelée, l’odeur saturée des chais, les romans amers des Hussards, les films d’Audiard, le profil d’une lycéenne aperçue dans un jardin public, toutes ces choses dérisoires et essentielles qui rendaient la vie si piquante disparaîtraient. Nous savourions ces derniers instants et protégions jalousement les images fugaces de nos glorieuses années comme le plus précieux des trésors. Nous ignorions tous les profanateurs de notre nostalgie qui nous encerclaient, nous enserraient. Regarder en arrière ne signifie pas abandonner, mais résister quand, autour de soi, l’environnement se professionnalise, se mécanise sans que l’on puisse stopper cette machine infernale. Si cette sensibilité au monde d’avant nous est tant reprochée, elle témoigne surtout de notre incapacité à participer à cette mascarade. Nous sommes trop lourds, irrécupérables, pas assez tricheurs. Chez eux, tout nous écœure, leur misérable mise en scène, leur prétention à déconstruire nos parcelles de bonheur. Ces nouveaux maîtres inconséquents soufflent un vent de panique. Alors, on se raccroche, on se cramponne aux visions floues de notre humanité jadis triomphante.

*Photo : wikicommons.

Duran Duran et A-ha

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duran duran papier gods

Le dernier Libertines, le nouveau New Order, albums de la rentrée ? Non point. Sans doute pour Les Inrocks et consorts, mais pas pour les oreilles vivantes, incorruptibles, insoumises et affranchies de la hype suprême. Le renversement des valeurs ne peut inverser le cours naturel des choses (et la courbe du chômage), cela se vérifie aussi en musique. « Il y avait des choses qui me hérissaient profondément autrefois comme Queen ou Duran Duran. Bizarrement, j’aime les réentendre aujourd’hui, ça m’amuse. Je dirais même que ça me touche d’une certaine façon. Oui, je crois que la musique qu’on a détestée vieillit mieux que celle qu’on a aimée », ce n’est pas moi qui le dis, ces propos émanent en effet de notre éminent docteur ès sciences de l’histoire musicale du XXème siècle (et plus), notre Michka Assayas national, dans son Nouveau Dictionnaire du Rock

Pour ma part, j’ai toujours adoré ces groupes honnis des rock-critics, Queen et Duran Duran, même si le « The Reflex » des derniers m’a toujours ulcéré (pire que « We Will Rock You »). Les réentendre aujourd’hui apporte certainement joie et réconfort pour beaucoup, surtout lorsque du nouveau matériel est annoncé. Pour Queen, c’est mort, mais le retour de Duran Duran se place sous l’égide de Mark Ronson et de Nile Rodgers à la production et à la guitare, avec – parmi les guests – le guitariste historique des Red Hot Chili Peppers : John Frusciante (le riff de « Under the Bridge, c’est lui). Preuve que les Duran Duran ne sont pas infréquentables pour tout le monde, surtout pour le beau monde. La six-cordes floydienne de Frusciante envoûte le titre « What Are the Chances »   dévoilé fin août par le groupe de Simon Le Bon. Le morceau d’ouverture de l’album, « Paper Gods » , sonne ni plus ni moins comme un De profundis nirvanesque que n’auraient pas renié les Beach Boys (le groupe fétiche d’Assayas…). Cette charge de sept minutes contre la tristesse des mœurs modernes, l’argent sale banalisé, l’idiotie urbaine des décideurs, etc. – autant de dieux de papier qui participent à bâtir un monde de papier – exhale une contestation sans doute plus sincère et profonde que celle des rappeurs Rapetout, des blancs-becs cracheurs de décibels ou autres enragés subventionnés. Le titre éponyme de l’album, Paper Gods, résonne aussi avec les évènements de Charlie Hebdo : dieux de papier contre papier de dieux.

 

A-ha, autre groupe pop-rock honni des critiques, sort également un nouvel album (les deux formations ont un gros point commun, celui d’avoir eu l’insigne honneur d’enregistrer le générique d’un James Bond). Les adonis norvégiens qui conquirent le monde dans les années 80 avec l’infâme « Take On Me » – pire que « The Reflex » et « We Will Rock You » – ont gagné du galon chez les mélomanes depuis belle lurette, notamment grâce à leur virage roots amorcé à l’aube des années 90 avec East of the Sun, West of the Moon et sa reprise de « Crying in the Rain » (titre popularisé par les Everly Brothers en 1962).

A partir de là, les sculpteurs sur bois de France et de Navarre pouvaient écouter avec la même ferveur A-Ha ou Deep Purple en chantournant leurs statues. Les quinquas de A-ha impriment leur marque plus discrètement aujourd’hui, mais jouent encore et toujours sur du velours, comme l’atteste leur nouveau single, « Under the Make-Up »

.Chapeau bas, les artistes, pour ces deux albums ! Vraiment, je vous le dis au nom de ceux qui n’ont jamais cru en vous : tout est pardonné ! Laissons la conclusion à Simon Le Bon : « Les gens découvrent vraiment à quel point ils aiment Duran Duran après une demi-bouteille de whisky ».

Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Paper Gods, de Duran Duran (Warner)

Cast in Steel, de A-Ha (Universal)

Hep taxi, un VTC s’il vous plaît!

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(Avec AFP) – Imitant leurs concurrents déloyaux Uber et Uberpop, certains taxis parisiens misent désormais sur le service et la technologie pour défendre leurs positions et restaurer une image écornée. « Je crois que la profession dans son ensemble a compris le message et est en train de se réformer », indique à l’AFP Serge Metz, PDG des taxis G7. Même son de cloche chez le directeur général des Taxis bleus, Yann Ricordel : « La notation sur les applications mobiles a fait beaucoup de bien pour qu’il y ait une prise de conscience de certains chauffeurs qui ne faisaient peut-être pas assez d’efforts hier et qui en font aujourd’hui ».

Mazette, G7 a carrément mis en place une « charte de qualité » à laquelle ont adhéré 6.000 chauffeurs ! Ces derniers s’engagent à « porter la chemise, la cravate, le costume, ouvrir les portes à leurs clients… », énumère M. Metz. Sur « l’accueil, l’amabilité, les modes de paiement, il y a des progrès, c’est certain », constate Jean Macheras, responsable du réseau « déplacements urbains » de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut), et qui siège à la commission des taxis parisiens. L’irruption des VTC aurait ainsi contraint les taxis à s’adapter, voire à consulter quelques manuels de savoir-vivre. « Comme ils avaient un monopole, ils ne se gênaient pas », concède-t-il.

Dans les milieux autorisés, on murmure même que certains taxis parisiens, particulièrement en rogne contre les VTC, songeraient à dire bonjour, voire à rendre la monnaie aux clients sans rechigner. Mais cette information sujette à caution n’a pas été confirmée par notre service d’investigation !

Revue Limite, écologie, Eglise, etc.

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limite eglise russie

Revue Limite : des écolos ni bobos ni gogos
Par Daoud Boughezala

« Ce n’est plus le monde que j’ai connu, aimé, ou que je peux concevoir », déclarait Claude Lévi-Strauss au soir de sa vie. Les contributeurs de la revue Limite, que les Éditions du Cerf lancent en cette rentrée, reprennent l’adage à leur compte. Doubles héritiers du catholicisme social d’une Simone Weil et du personnalisme d’un Jacques Ellul, ces jeunes hussards, dont plusieurs plumes connues des lecteurs de Causeur, marchent dans le sillon du pape François et de son « écologisme intégral ». On regrettera certes la persistance de quelques tabous, à commencer par la question démographique, alors que la perspective d’une croissance humaine infinie dans un monde aux ressources finies devrait effrayer tout décroissant conséquent. Mais au diable mes divergences doctrinales. Ce trimestriel a l’immense mérite d’interroger les rapports de l’humanité à la technique en ces temps où la procréation médicalement assistée gagne chaque jour du terrain. Si cette publication à la maquette pop art continue sur sa brillante lancée, Limite devrait faire un carton – recyclé, ça va de soi.

Limite. Revue d’écologie intégrale, Éditions du Cerf.

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La laine fétide ? Par Marc Cohen

La styliste Stella McCartney, qui se proclame « végétarienne depuis sa naissance », est célèbre pour son opposition absolue à la fourrure. Logique avec elle-même, Stella prohibe aussi le cuir dans ses collections, y compris pour ses sacs et souliers, tous confectionnés à partir de « matériaux végétaux garantis durables ». Mais quand on est obsédée par la cause animale, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? La fille du moins rigolo des deux Beatles encore vivants vient donc d’appeler à boycotter aussi la laine, plus précisément celle originaire de Patagonie. En effet, la couturière a été horrifiée par une vidéo où l’on montrait des pratiques « inhumaines » dans le ranch du Sud argentin où elle se fournissait jusque-là. Sur cette vidéo, on voit en effet des gauchos égorger des moutons, ce qui est effectivement très désagréable à regarder… Sauf qu’on imagine bien que si ces bestioles ont été tuées par leurs pasteurs, ce n’est pas par sadisme mais pour préparer le repas du soir. Au fin fond de la pampa, il n’y a pas des masses de McDo et encore moins de lounge bars végétariens. Les éleveurs de moutons mangent donc leurs moutons, tout comme les cowboys font griller leurs vaches ou les bédouins leurs chameaux. Autant de pratiques barbares que Stella ne saurait cautionner, elle explique donc sur les réseaux sociaux que sa société travaille très sérieusement à l’élaboration d’une « laine végétale ». La laine végétale ? Pourquoi pas. Mais que se passera-t-il le jour où des écolos intégristes feront campagne pour qu’on cesse de martyriser les végétaux ? N’appartiennent-ils pas à la grande chaîne du vivant, au même titre que Michel-Ange, Rintintin ou le bacille du tétanos ? Que se passera-t-il le jour où des amis des plantes diffuseront des vidéos montrant d’innocents hévéas saignés vivants pour satisfaire la voracité des fashionistas avides de baskets à semelles compensées en caoutchouc de 8 centimètres d’épaisseur (un des musts de la ligne de souliers McCartney, 655 euros seulement) ? À mon avis, ce jour-là, Stella devra renoncer aussi à être complice du massacre des végétaux. En clair, elle se retrouvera à poil…

L’église au milieu du village

Par François-Xavier Ajavon

Jadis, en terre catholique, l’église était au milieu du village. Ça allait de soi. C’était immuable. Les hommes y trouvaient un paysage habituel. Dans les moindres plis du territoire, du Finistère aux confins de l’Alsace, en Creuse ou dans le Quercy, de Dunkerque à Tamanrasset (ou presque), l’église était au milieu du village, et la girouette à son sommet indiquait d’où vient et où va le vent… Puis on a construit les villes autour de parkings et de centres commerciaux, et les jours des églises furent comptés. S’ensuivirent l’invention de la télévision couleur et la mort de Dieu : il n’en fallait pas moins pour que les solennels édifices soient désertés. En conséquence de quoi, on commença à détruire ces maisons vides pour d’obscures raisons spirituelles et immobilières. Un exemple nous est donné dans le village de Mandeure (Doubs), où une église vient d’être rasée au bulldozer. Dans les faits, l’église Sainte-Thérèse de Beaulieu était condamnée : bâti dans les années 1930, ce vaste lieu de culte pouvait accueillir jusqu’à 500 personnes, mais n’attirait plus qu’une poignée de paroissiens. En outre, sa structure en béton présentait de longue date des signes inquiétants de fatigue et menaçait littéralement de tomber en poussière. Sainte-Thérèse avait donc été abandonnée et désacralisée en 2014, le diocèse ayant renoncé à un coûteux projet de rénovation… Mais quel symbole : l’église, édifiée en 1936, devait son existence à l’opiniâtreté (pour ne pas dire au militantisme) des fidèles locaux. À l’appel de l’abbé Barbier, qui deviendra curé de la paroisse, de nombreuses familles ouvrières avaient cotisé pour que l’édifice sorte de terre. Mieux : de nombreux travailleurs de l’usine des cycles Peugeot voisine avaient contribué, truelle à la main, à sa construction. Mais adieu la mémoire ouvrière ! Adieu ce passé récent d’une France fille aînée de l’Église ! Quand les gravats seront totalement évacués, une vaste opération d’aménagement commencera. Ce sont des logements écolos qui remplaceront Sainte-Thérèse, pour bobos dévots, fervents adeptes du développement durable… On imagine que le curé Barbier doit se retourner dans sa tombe, et on a raison. Il était enterré dans l’église au côté de sa mère. On a dû les exhumer avant démolition.

Russie : communisme et lutte des flashs
Par Daoud Boughezala

Lénine aimait définir le communisme comme « les soviets plus l’électricité ». Presque cent ans après la prise du palais d’Hiver, ses jeunes disciples ont dépoussiéré le grenier bolchevique au début du mois d’août en lançant un concours de… selfies ! Sacrifiant à la mode de l’autoportrait sur smartphone, les komsomols ont investi le réseau social russe Vkontakt pour inciter le plus grand nombre possible de Russes à se photographier devant l’effigie de Lénine. Ces néobolcheviques numériques voient dans ce concours géant « un moyen économique et efficace de populariser auprès de la jeunesse l’image de la figure de proue du prolétariat mondial ». Et ça marche ! En quelques jours, des centaines d’anonymes se sont immortalisés à l’aide d’une perche à selfies devant des effigies du leader bolchevique, appâtés par la récompense promise à l’auteur du plus beau cliché : une tablette numérique ! Comment dit-on « blasphème » en soviétique ? Au cas où on imaginerait la momie de la place Rouge se contorsionner dans son mausolée, le très orthodoxe président du Parti communiste Guennadi Ziouganov nous rassure : « C’est une idée très juste, d’autant qu’elle nous permettra de constater l’état des monuments à Lénine. Nous la soutenons totalement. Je suis sûr que Vladimir Ilitch nous en sera reconnaissant », a-t-il certifié dans les augustes colonnes des Izvestia. Moins d’une vingtaine d’années en arrière, le même Ziouganov s’était fait connaître du monde entier pour son échec sur le fil en finale de l’élection présidentielle russe de 1996. La fraude et la pression internationale permettant de coànjurerb la perspective d’un retour au soviétisme, Boris Eltsine avait opportunément été réélu. Depuis, entre deux selfies, Ziouganov dirige la principale force d’opposition au régime Poutine, qu’il combat à coups de discours-fleuves sur les-heures-les-plus-glorieuses de l’Union soviétique. Mais sans ostentation excessive : la quasi-totalité des statues de Staline ayant été déboulonnées dans les années 1960 par Khrouchtchev, cela condamne à l’avance tout hommage semblable au petit père des peuples. Dommage, l’oncle Jo a déjà plus de 60 000 fans sur Facebook !

Est-il licite de travestir l’islam ?

Par Ludovic Fillols

Depuis les Beatles et la minijupe, on sait que le Royaume-Uni est la terre promise des vraies révolutions culturelles. On a pu le vérifier récemment avec la diffusion le 24 août d’un documentaire caniculaire sur Channel 4, l’équivalent local d’Arte. Ce film met en scène les aventures d’Asif Quaraishi, un travesti londonien d’origine pakistanaise, plus connu sous son nom de scène d’Asifa Lahore. Il raconte les difficultés que rencontrent les gays dans les communautés asiatiques et/ou musulmanes. Un travail audacieux, qui n’aurait probablement jamais vu le jour sans le soutien obstiné de Ian McKellen, acteur shakespearien ouvertement gay, devenu star mondiale après avoir incarné Gandalf dans la trilogie du Seigneur des anneaux. « J’ai eu honte, confie Ian McKellen au Guardian, d’en savoir si peu à propos des drags et des trans dans ces communautés. » Il a donc choisi de donner un coup de main à ces « pionniers conduisant un wagon qui ira très loin ». Longuement interviewé lui aussi par le Guardian, Quaraishi/Lahore a profité de cette tribune pour expliciter sa vision de l’islam : « Je jeûne, je prie, je crois en un seul Dieu, je donne aux associations caritatives, j’ai été en pèlerinage. Je suis gay, je suis musulman, je suis un drag queen. Je suis anglais, pakistanais. Les gens pensent que tout cela ne devrait pas aller ensemble, mais hey, je suis là ! » À long terme, il voudrait que « les gays musulmans fassent entendre leur voix dans les mosquées ». Hélas, depuis la diffusion du film, l’acteur a surtout reçu des menaces de mort. Il faut croire que certaines âmes sensibles ont été choquées de le voir jouer une drag queen revêtue d’une burqa…

Smoking gun

Par Marc Cohen

Vous cherchez un cadeau d’anniversaire qui sorte de l’ordinaire ? Offrez une magnifique chicha en forme de kalachnikov ! Pour environ 150 euros, on en trouve partout sur internet et dans nombre de gadgetteries sises dans les quartiers heu… populaires. Personnellement, j’en ai vu un magnifique exemplaire à la mi-août dans la vitrine d’un magasin de cigarettes électroniques d’un grand centre commercial du Val-de-Marne. Une semaine plus tard, peu après la tentative avortée de carnage à la kalach dans le Thalys, je suis passé voir si, à tout hasard, le commerçant avait jugé raisonnable de planquer cet article. Mais non, il trône toujours en devanture, illuminant les mornes matins banlieusards de ses mille reflets dorés : c’est un exemplaire « gold », le must du bon goût urban style. Mais le narguilé kalach existe aussi en chromé, très classe, ainsi qu’en noir mat, plus ordinaire, certes, mais rigoureusement conforme à son look soviétique originel. On pourrait justement s’étonner de ce regain de soviétophilie dans notre pays. Mais, renseignement pris, il semblerait que la symbolique de ce fusil d’assaut ait quelque peu changé depuis sa création en 1947. Aux antipodes du communisme impie, la kalach est devenue l’arme de prédilection des djihadistes du monde entier. Est-ce une raison suffisante pour interdire l’usage de ces narguilés très particuliers ? Au vu de nos lois, rien ne paraît justifier une telle prohibition. Sauf, bien sûr, pour les délinquants qui voudraient s’en servir au bureau ou dans un lieu public…[/access]

Géa s’en va

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philippe lacoche convaincre femme

Vingt-quatre heures pour convaincre une femme, le dernier roman de Philippe Lacoche, est un thriller sentimental. Autant dire que l’auteur a inventé un genre littéraire. Son titre à la Stéphane Zweig cache en effet un compte à rebours à la fois terrible et banal : une femme va quitter un homme et l’homme va tenter en une journée d’éviter la rupture un peu comme Jack Bauer tente d’empêcher l’assassinat du président des Etats Unis. Le roman est découpé heure par heure avant une fin qu’on ne vous révèlera évidemment pas. Cela  donne une forme de tension, d’urgence inédite à une situation banale que connaissent quotidiennement des milliers de personnes, surtout à une époque où le couple n’est plus cette délicate construction chardonnienne qui acceptait que la passion des commencements se métamorphosât en une tendre habitude, une complicité délicate.

Non, aujourd’hui, il suffit de lire les magazines féminins ou ceux consacrés au « bien-être » et à la psychologie pour les nuls, sans compter les livres sur le « développement personnel » qui s’empilent sur les tables des librairies, pour se rendre compte que le bovarysme avec orgasme obligatoire trois fois par semaine a exercé des ravages tels que nous vivons dans une société de divorcés ou de célibataires.

L’homme s’appelle ici Pierre Chaunier. Il est journaliste dans un grand quotidien régional et surtout, il est écrivain. Les écrivains ont une aptitude particulière à la souffrance quand il s’agit de l’amour. On le sait chez nous depuis Madame de La Fayette, Proust et Chardonne, justement. Les écrivains quittés par des femmes déploient des trésors de vaine psychologie, ils se livrent à de savantes constructions pour se convaincre qu’ils comprennent ce qui se passe alors que leur point de départ est faux. C’est d’ailleurs la définition de la folie selon Chesterton pour qui le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison.

Pierre Chaunier est-il fou ? Sans doute un peu. Quinqua cabossé qui a arrêté de boire (quelle erreur !) et prend du Tranxène à l’occasion est un nostalgique. La nostalgie devrait, dans notre monde voué au présent perpétuel, être traitée comme une maladie mentale dument inscrite au DSM-5. Car enfin, est-ce bien sérieux, par exemple, d’acheter une maison uniquement parce qu’elle porte une plaque commémorant la mort d’un résistant : « Pierre Derobertmazure, mort pour la France, victime du bombardement de la prison d’Amiens, le 18 février 1944 » ? Est-bien sérieux de trainer son blues sur les routes de Picardie ou dans le quartier Saint-Leu d’Amiens avec ses pubs ouverts très tard, tout ça pour boire de la bière sans alcool ? Est-ce bien sérieux encore de traquer le brochet sur les étangs brumeux en ressassant la jeunesse perdue ?

C’est peut-être bien ce qui a fatigué Géraldine Avranche, dite Géa, beaucoup plus jeune que Pierre. C’est une ancienne prof devenue chanteuse de rock, qui s’habille court et ressemble à Jane Birkin. Elle est plutôt douée, elle a croisé Brigitte Fontaine, même si ses talents s’exercent dans ces cabarets de campagne où l’on mange de la pintade en regardant les numéros de music-hall pour tromper l’ennui des dimanche.

Pierre l’a rencontrée en 2005, elle lui annonce qu’elle va le quitter le mardi 20 décembre 2011 à 17 heures. Pierre s’en souvient précisément parce que comme d’habitude ou presque, il ne faisait rien sinon tisonner le feu dans la cheminée. Il aurait dû faire attention. Géa s’était donnée les fameux sept ans de réflexion. Pierre l’avait séduite en lui proposant d’écrire les paroles de ses chansons. Il avait oublié que ce qui compte aussi, dans une chanson, c’est la mélodie. Et la mélodie du couple qu’il formait avec Géa a dû sembler répétitive à cette dernière. Il faut dire que Pierre, parfois, donne l’impression de se presser de vivre car son seul plaisir c’est de se souvenir.

Il y a évidemment un troisième personnage dans Vingt quatre heures pour convaincre une femme. Non, ce n’est pas l’amant : c’est la Picardie. Les lecteurs de Causeur savent à quel point Philippe Lacoche  aime en parler comme son double romanesque Pierre Chaunier. Elle baigne ce roman de sa petite pluie grise, calme, qui a tout son temps puisqu’elle tombe depuis l’éternité, ouatant la course désespérée d’un récit où un homme vieillissant comprend qu’il va bientôt être exclu de la fête. 

Une petite pluie grise qui vous dispense de pleurer puisqu’elle a le goût des larmes.

 

Vingt-quatre heures pour convaincre une femme, Philippe Lacoche (Ecriture)

Migrants : l’angle mort de la photo

aylan immigration turquie

« Pas en mon nom » : sous ce mot d’ordre généreux, est lancé un appel à manifester sa solidarité avec les migrants. Autrement dit, malgré le niet de 56% des Français, certains veulent ouvrir grand les frontières – mince, celles de l’Espace Schengen le sont déjà ! – avec un argument massue à l’appui : la photo du petit Alan. Le garçonnet de 3 ans échoué sur une plage turque venait de Kobané, dans le Kurdistan syrien, mais par un raisonnement dont la subtilité nous échappe, dans l’esprit de nos concitoyens indignés, la responsabilité de sa mort incombe aux Européens[1. On ne sait quelle foi accorder aux révélations du Wall Street Journal affirmant que la famille du petit Alan vivait depuis trois ans en Turquie et aspirait à rejoindre l’Occident pour y subir des opérations de chirurgie dentaire.].

Le temps des capitulations est pourtant révolu, et  – à la différence de l’Empire ottoman-, l’Etat turc n’accorde aucune concession diplomatique aux puissances européennes, même lorsqu’il s’agit de protéger des minorités persécutées en son sein ou à ses frontières. Mais dans l’esprit du parti néocolonial qui siège à la gauche de la gauche, l’Europe exerce une souveraineté morale universelle qui la charge de tous les maux de la terre et lui assigne une mission civilisatrice au-delà de ses frontières. Erdogan, pas gêné pour un sou, n’a pas songé à s’excuser de son attentisme envers l’Etat islamique, ni de sa guerre ouverte contre le PKK qui combat Daech. Au contraire, le Président turc accuse l’Europe d’avoir fait de la Méditerranée « un cimetière de migrants ».

Le dirigeant islamiste aurait tort d’économiser sa mauvaise foi tant l’image du petit Alan obscurcit les consciences occidentales. Dans notre société régie par les apparences, seule la grosse émotion facile a la capacité de faire bouger quelque chose. Et encore, passé le stade de l’émotion, rien ne bougera. La vague de moraline qui dégouline sur les réseaux sociaux est en réalité un appel à ne RIEN faire et à continuer comme avant. Bref, ouvrir nos bras à tout le monde, sans chercher ni cause, ni conséquence, ni aucun parti dans ce qui est concrètement une guerre, avec du sang, des larmes et des belligérants : l’Etat islamique d’un côté, l’armée syrienne (ou ce qu’il en reste…), le Hezbollah, des conseillers militaires iraniens, les milices chiites irakiennes et les peshmergas kurdes de l’autre.

Et les bombardements sporadiques de « la coalition » fantoche réunie sous l’égide des Etats-Unis ne modifient qu’à la marge le rapport de forces militaire : John Kerry attend des pétromonarchies saoudienne, émirati et qatari qu’elles se décident à intervenir au sol contre Daech[2. Est-il besoin de préciser que ces Etats n’accueillent aucun réfugié syrien ?]. Mais ces bailleurs de fonds du djihadisme traînent des pieds, se concentrant sur le front yéménite pour contrer leur grand ennemi régional, qui se trouve être également la hantise de Daech : l’Iran.

Pauvres Occidentaux sûrs de notre supériorité morale, nous pourrons verser toutes les larmes de crocodile du monde sur les tragédies de l’immigration clandestine. Tant que l’Occident s’ingéniera à pratiquer la politique de l’émotion, en bons Christ bisounours, nous serons condamnés à endosser toute la misère du monde.

 *Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21787863_000001.

Eloge des love hotels

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love hotels taiwan

Pendant les chaleurs de l’été,  une amie m’a fait suivre dans une électrolettre un joli éventail, une antiquité, trouvé sur le web, qui offrait (c’est le cas de le dire) un large éventail d’options à nos pensées intimes.

 

Les conversations électroniques subséquentes m’ont démontré que les récents débats parlementaires en France pour pénaliser des clients des prostituées, et la livraison de Causeur sur ce sujet, avaient été abondamment discutés par les Chinoises et les Taïwanaises qui vivent en France.

Le court essai ci-après ne fait peut-être pas l’unanimité de mes correspondantes, mais ses prémisses et ses conclusions sont partagés par nombre d’entre elles.

Cela va sans dire, je suis très réservée (et je ne suis pas la seule) sur le principe scandinave de la pénalisation des clients des prostituées : faudra-t-il prévoir un codicille aux futures lois et règlements, dès lors qu’il s’agit de clientes de prostituées, de clientes de prostitués, de clientes et de clients – en cours de recherche ontologique – de transsexuels ?

Mais revenons à l’essentiel :

Les plans-cul sont désormais non seulement admis en Europe pour les femmes, mais ils sont relativement aisés, avec des applications sur Smartphones (comme Tinder), ou autrement.

Il y a cependant dans cette démarche, devenue usuelle et banale, quelques particularités inhérentes, inévitables (dans certaines circonstances vécues comme des inconvénients), qui déterminent à réfléchir à une option complémentaire, ciblant le bonheur et la satisfaction de certaines femmes, à certains moments.

Je souligne bien, de certaines femmes, à certains moments, pas toutes, ni tout le temps.

La recherche – même rapide – d’un plan-cul prend du temps. Elle suppose un minimum de dialogue et d’efforts pour séduire de part et d’autre. Certes un dîner – ou une rencontre autour d’un verre – peuvent être sympathiques ; et une attirance réciproque ainsi mise à l’épreuve pendant quelques prudents prolégomènes est sans aucun doute la plus sure promesse d’un plaisir partagé.

Même pour des rencontres sans lendemain (en chinois «one night stand» se dit 「一夜情」 YīYèQíng), un minimum de cérémonial doit être encouragé pour la promotion d’un monde courtois, sociable et civilisé.

Mais…

Il y a des moments où des femmes peuvent avoir besoin de deux heures d’amour physique, sans avoir à se soucier de séduire, sans accorder le moindre quart d’heure à des préliminaires, en souhaitant être bien certaine de l’agilité, de la vigueur des érections, d’un homme qui sera, non seulement disponible, mais performant. Et surtout anonyme.

Il serait sans doute possible d’organiser des sortes de «blind-dates» d’une grande célérité pour amateurs adultes et consentants, mais pourquoi ne pas pousser plus loin la définition de ce besoin, de cette discrétion, de préciser la question et une proposition pour sa solution ?

Les hommes ainsi volontaires pour ce service sexuel seraient rémunérés.

Examinons paisiblement comment un tel plan pourrait être mis en place, avec les encouragements des structures sociales, administratives et politiques françaises — qui ont hélas tendance à s’immiscer dans tous les aspects de la vie sociale — comme le faisaient, et le font encore trop souvent, les églises.

L’exemple dont nous nous inspirons est celui des love hotels de Taiwan qui non seulement accueillent (pour en général deux heures) des couples à la recherche de confort et de discrétion, mais également des hommes sans partenaire que la responsable de l’étage met en contact sans délai avec une professionnelle de qualité. Un petit livret de photographies suffit le plus souvent à éviter les malentendus.

Il devrait être possible de structurer à Paris de tels «love hotels» où des femmes pressées, n’ayant que deux heures à consacrer à la recherche d’une extase rapide et précise, trouverait le bon partenaire. Voire les deux partenaires — comme à Taiwan il est possible à tout homme connaissant une bonne adresse de solliciter les services de deux femmes en même temps, si le «coeur» lui en dit.

Le fait de payer, à son juste prix, le temps et l’ardeur d’un homme habile à procurer du plaisir aux femmes pourrait contribuer à une solution à de nombreux soucis individuels ou collectifs.

On peut penser que cette opportunité réduirait de moitié les files d’attente dans les cabinets des conseillers conjugaux, renforcerait la performance au travail de nombreuses femmes cadres supérieures, donnerait plus de recul et de sérénité à celles qui ont des positions de responsabilité et d’autorité, quelquefois lourdes comme certaines fonctionnaires, et les magistrates, entre autres.

Combien de mères de famille n’ont tout simplement pas le temps de draguer et de gérer des rencontres qui supposent beaucoup de temps libre. Combien de femmes amoureuses de leurs maris ne souhaitent pas compliquer leur vie conjugale tout en bénéficiant des mêmes satisfactions, épisodiques, contingentes et accessoires, que les hommes.

Une telle proposition est bien plus simple que les sites web spécialisés dans les rencontres extra-conjugales — qui supposent un dialogue électronique préalable et une certaine connivence des deux partenaires d’un jour, ou d’un instant. Et ne garantissent guère l’anonymat.

Dans la proposition ici lancée, le fait de rémunérer – en toute discrétion et anonymement – le service sexuel est un élément-clé de l’ambiance psychologique favorable à l’orgasme. Il n’y aurait plus la moindre inquiétude de rater une marche dans la recherche en commun du plaisir : l’homme ainsi rémunéré pour ses qualités physiques, et son ardeur, peut démultiplier son savoir-faire ; et la femme qui le rémunère peut (sans la moindre entrave, et sans temps-mort — me souffle le correcteur, sur épreuves), exiger le plaisir le plus direct et le plus tendre (ou fort) selon ses caprices du jour, selon ses phantasmes de l’instant.

Faut-il, sur les livrets-retapes des responsables des étages de ces love hotels, détailler les qualités particulières et physiques des hommes qui se rendraient disponibles ? Il faut bien sûr éviter que les hommes concernés soient rabaissés à des «produits de catalogue». Ce n’est pas l’objectif. Il convient de respecter loyalement leurs talents et leur personnalité, comme sont respectés – en France, et à Taïwan – ceux des grands chefs de cuisine, des grands pâtissiers, etc.

Cette tribune vise donc à lancer une discussion qu’il ne faudrait pas limiter aux seules Taiwanaises et Chinoises. Certes mes compatriotes taiwanaises (et cousines du continent chinois) ont sur leur plaisirs en France à la fois une émotion, une expertise et un recul appréciables, à la mesure de leur réputation. Mais nous souhaitons bien sûr que toutes les femmes rejoignent ce débat, sur leurs propres blogs, avec leur particularités, les parfums de l’Orient pour nos amies arabes, la vivacité et la musique de nos amies cubaines, les rythmes particuliers à l’Afrique profonde pour nos amies noires, etc.

Sans oublier ce qui fait depuis toujours le «charme parisien» et son «je ne sais quoi», comme le dit la belle chanson de Paul de Kock, si bien chantée par Yvette Guilbert et Juliette Gréco, qui s’applique aux hommes aussi bien qu’aux femmes : Monsieur Arthur est un homme ….

Cette diversité des phantasmes ou des usages chez les femmes devra trouver sa complémentarité dans la diversité des hommes ainsi – librement – offerts contre rémunération à nos épisodiques lubricités.

Ces échanges culturels sont importants pour briser les ghettos et éviter le communautarisme, dans un renforcement des libertés féminines ; et de nos plaisirs les plus intimes.


*Photo: Pixabay.

François Hollande a beaucoup appris de Kim Jong-un

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Imaginez qu’un cardinal de la Curie romaine écrive un livre, forcément très élogieux, sur le pape François. Imaginez que le souverain pontife le préface. Imaginez que l’ouvrage soit publié par les Editions du Vatican. Avec tout le respect qui est dû à Sa Sainteté, on se poserait, devant tant de vanité, quelques questions sur l’amour des humbles et des pauvres professé par le pape François.

Imaginez qu’Emmanuelle Mignon, qui fut sa plume à l’Elysée, publie un livre, à coup sûr bienveillant, sur Nicolas Sarkozy. Imaginez que l’ancien président de la République se précipite pour le préfacer. Imaginez que le livre soit édité par le think tank Fondapol très dévoué à  la droite. Les humoristes ricaneraient, les éditorialistes se gausseraient et toute la France en ferait des gorges chaudes.

Ce n’est donc pas a priori imaginable. Mais il arrive que la réalité dépasse la fiction. Vient de sortir un livre La Révolution du changement : la démocratie sociale. Un panégyrique d’Hollande et sa méthode. Pour donner le ton, une phrase de l’auteur, Jacky Bontems qui se qualifie lui-même de « dernier des Hollandais » : « on n’a jamais autant réformé que sous François Hollande ».

Comme le sujet est un peu ardu et même rébarbatif, comme M. Bontems n’est pas une star de la télé, on a eu recours à un illustre préfacier pour assurer la promotion du livre : François Hollande lui-même ! Et l’ouvrage a été publié comme il se doit, par les éditions de la Fondation Jean-Jaurès qui est au PS ce que la Fondapol est aux Républicains. La totale…

N’ayant lu ni le livre ni sa préface, je me garderai bien d’émettre un avis sur le contenu. Mais le contenant laisse pantois et sidéré. Hollande il est beau, il est gentil, il est grand (pour parler comme lui). On lui sert la soupe. Il goûte, la trouve bonne. Et se fend d’un texte pour dire qu’elle est bonne.

C’est plutôt comique. Mais en même temps c’est préoccupant pour l’état des chevilles du Président qui enflent, qui enflent. Hollande avait commencé par un « moi je ». Puis il est passé sans transition à un « moi nous ». Le pluriel de majesté. Nous, Louis XIV roi de France…Nous, Philippe Pétain, maréchal de France…Nous, François Hollande, Président de la France…

Quelque part, très loin de chez nous, un personnage considérable exerce ses talents entouré par une cour d’admirateurs. Peut-on imaginer qu’un hiérarque du régime nord-coréen écrive un livre à la gloire de Kim Jong-un, le numéro un de Pyongyang ? Peut-on imaginer que Kim Jong-un accepte de lui donner une préface ? Peut-on imaginer que ce livre soit publié par les éditions d’état de Pyongyang ? Oui, on l’imagine très bien…

Martin Suter contre la banque suisse

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martin suter montecristo

martin suter montecristo

Martin Suter, romancier suisse exilé à Ibiza, a pris soin de s’entourer d’experts de la question bancaire pour la rédaction de son dernier livre. Il n’est pourtant pas un novice en la matière. Lauréat en 1995 du Prix autrichien de l’industrie pour ses contributions à la rubrique Business du très à droite Die Weltwoche, ce zurichois connait la musique.

Montecristo aurait pu donner un coup d’accélérateur symbolique au délitement de la toute-puissante banque suisse que certains appellent toujours plus fort de leurs voeux – pour des raisons toujours plus obscures, mais passons. Il y a effectivement une jouissance à dynamiter ou à voir dynamiter les institutions et les monuments dans les oeuvres de fiction, à assouvir ses instincts de destruction.

C’était l’occasion. C’était même bien parti. Suter avait réuni un conseiller bancaire blasé, des économistes pas dupes, leurs hommes de main aux méthodes expéditives, une imprimerie sécurisée véreuse au bord du dépôt de bilan, une jolie fille en talons aiguilles et deux billets authentiques portant le même numéro de série autour de Jonas Brand, journaliste trop curieux (ils le sont toujours trop). Avec ce scénario, on pouvait même fermer les yeux sur la traduction, très passable comme souvent. Mais voilà. Aussi efficacement que l’école française tue ses germanistes dans l’œuf, ce canevas hollywoodien ne donne rien.

Ce qui paraît suspect ou accablant à ce journaliste d’investigation raté n’est surprenant pour personne d’autre: les banquiers helvétiques sont discrets et ne parlent pas à la presse, la police garde un œil sur quiconque enquête sur ce terrain, il arrive que des traders se suicident sans que personne ne comprenne pourquoi, il est rare de croiser des pendulaires de bonne humeur dans les wagons restaurants des Intercity… Oui. La finance a ses raisons que la raison ne connait pas.

L’intrigue est bien menée, les personnages crédibles, avec une mention spéciale pour la femme de ménage croate au parler fleuri, mais la mèche qui aurait pu faire sauter la bombe romanesque est humide. La banque suisse plie et ne rompt pas, en réalité comme en fiction.

Fataliste, Montecristo est la chronique d’une affaire parmi tant d’autres au pays tranquille de l’horloge et du chocolat. Dommage ?

Martin Suter, Montecristo – Christian Bourgois Éditeur.

Montecristo

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*Photo : Sipa. Numéro de reportage : 00603195_000008.

Le spleen de septembre

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sancerre automne rentree

sancerre automne rentree

Chaque dimanche de septembre, notre Volvo se déhanchait au son de Blueberry Hill. Les ceps rectilignes défilaient derrière les vitres embuées de notre aimable suédoise. Ce valeureux break, drakkar des campagnes, gardait invariablement le cap de notre mémoire. Avec nous, à son bord, il avait traversé l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, sa longue carcasse avait même mouillé jusqu’à la Mer Egée. Le piton de Sancerre disparaissait comme par magie sous une brume irréelle laissant les paysages à l’état de croquis, d’esquisses grossières aux teintes indéfinies, un bronze piqué tirant sur le vert délavé. Une nature onirique sans artifice prenait ses aises, s’étalait à perte de vue. Un décor mordoré empreint d’une grande puissance d’entraînement décuplait nos forces d’alors. Comme si cette ruralité prospère n’était pas un frein à notre émancipation, enfin c’est ce que nous faisions mine de penser. Car, au pays du Grand Meaulnes, les songes ont toujours guidé le pas des jeunes hommes.

Les rêves forgeaient nos caractères, polissaient aussi cette âpreté berrichonne, cette sauvagerie à fleur de peau loin du folklore méridional et du tumulte océanique. Nous étions les combattants silencieux de l’intérieur, des terres abandonnées. Mon père passait quelques virages à l’équerre, histoire d’amuser son fils unique et d’épater son épouse. Ma mère criait à l’arrière, histoire de participer joyeusement à la tension des dernières heures du week-end. Notre roman familial avalait les kilomètres et annulait les distances. La voix de Fats Domino voguait au-dessus de cette départementale cabossée tandis que chacun pansait ses blessures. Le regard perdu dans les vignes, nous pressentions que le monde allait changer, que nos repères seraient bientôt dévastés. Les arbres, les façades des maisons, les talus tous identiques, figés à jamais dans ce terroir, resteraient encore longtemps intacts, inertes. La partie était pourtant perdue. Les dés affreusement pipés, la bassesse l’emporterait à coup sûr. La tragédie était inscrite dans les gènes de cette société nouvelle qui propageait sa laideur et ses fausses valeurs.

Nous vivions dans une France provinciale jusqu’à la moelle, à mi-chemin entre la modernité naissante des grandes métropoles et la paysannerie d’avant-guerre. Un entre-deux boueux comme furent ces années 80, décennie instable, mensongère, sérieuse jusqu’à l’arrogance. Sur cette frontière marécageuse, deux mondes se chevauchaient sans vraiment s’affronter : l’ancien dont nous étions les survivants désabusés et cet avenir en suspension vanté par des technocrates endimanchés qui empestent le parfum bon marché. Nos villages conservaient une certaine hiérarchie, un bel ordonnancement où chaque individu était identifiable de suite, son porte-monnaie quantifiable au franc près, son histoire personnelle limpide, ses turpitudes pardonnées par la communauté. Nous savions reconnaître le degré d’instruction d’un homme à d’imperceptibles détails, la façon de prononcer un nom propre ou de payer une tournée au café. Les citadins confinés dans le secret de leurs appartements nous prenaient pour des cloportes. Au fond, ils ne supportaient pas notre fierté, elle leur faisait honte. Nous n’étions à leurs yeux que des retardataires. Des surnuméraires. D’éternels passéistes, catégorie infamante pour ces tenants enfiévrés du progrès, classification rassurante pour nous, signe que nous avions encore du muscle et du nerf. Dès cette époque brouillonne, nous avions compris le sens de l’histoire. Il tournerait en notre défaveur. Un à un, tout ce qui faisait notre singularité serait piétiné, souillé, avili.

Notre béguin pour les voitures fantasques, les actrices racées, les plats en gelée, l’odeur saturée des chais, les romans amers des Hussards, les films d’Audiard, le profil d’une lycéenne aperçue dans un jardin public, toutes ces choses dérisoires et essentielles qui rendaient la vie si piquante disparaîtraient. Nous savourions ces derniers instants et protégions jalousement les images fugaces de nos glorieuses années comme le plus précieux des trésors. Nous ignorions tous les profanateurs de notre nostalgie qui nous encerclaient, nous enserraient. Regarder en arrière ne signifie pas abandonner, mais résister quand, autour de soi, l’environnement se professionnalise, se mécanise sans que l’on puisse stopper cette machine infernale. Si cette sensibilité au monde d’avant nous est tant reprochée, elle témoigne surtout de notre incapacité à participer à cette mascarade. Nous sommes trop lourds, irrécupérables, pas assez tricheurs. Chez eux, tout nous écœure, leur misérable mise en scène, leur prétention à déconstruire nos parcelles de bonheur. Ces nouveaux maîtres inconséquents soufflent un vent de panique. Alors, on se raccroche, on se cramponne aux visions floues de notre humanité jadis triomphante.

*Photo : wikicommons.

Duran Duran et A-ha

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duran duran papier gods

duran duran papier gods

Le dernier Libertines, le nouveau New Order, albums de la rentrée ? Non point. Sans doute pour Les Inrocks et consorts, mais pas pour les oreilles vivantes, incorruptibles, insoumises et affranchies de la hype suprême. Le renversement des valeurs ne peut inverser le cours naturel des choses (et la courbe du chômage), cela se vérifie aussi en musique. « Il y avait des choses qui me hérissaient profondément autrefois comme Queen ou Duran Duran. Bizarrement, j’aime les réentendre aujourd’hui, ça m’amuse. Je dirais même que ça me touche d’une certaine façon. Oui, je crois que la musique qu’on a détestée vieillit mieux que celle qu’on a aimée », ce n’est pas moi qui le dis, ces propos émanent en effet de notre éminent docteur ès sciences de l’histoire musicale du XXème siècle (et plus), notre Michka Assayas national, dans son Nouveau Dictionnaire du Rock

Pour ma part, j’ai toujours adoré ces groupes honnis des rock-critics, Queen et Duran Duran, même si le « The Reflex » des derniers m’a toujours ulcéré (pire que « We Will Rock You »). Les réentendre aujourd’hui apporte certainement joie et réconfort pour beaucoup, surtout lorsque du nouveau matériel est annoncé. Pour Queen, c’est mort, mais le retour de Duran Duran se place sous l’égide de Mark Ronson et de Nile Rodgers à la production et à la guitare, avec – parmi les guests – le guitariste historique des Red Hot Chili Peppers : John Frusciante (le riff de « Under the Bridge, c’est lui). Preuve que les Duran Duran ne sont pas infréquentables pour tout le monde, surtout pour le beau monde. La six-cordes floydienne de Frusciante envoûte le titre « What Are the Chances »   dévoilé fin août par le groupe de Simon Le Bon. Le morceau d’ouverture de l’album, « Paper Gods » , sonne ni plus ni moins comme un De profundis nirvanesque que n’auraient pas renié les Beach Boys (le groupe fétiche d’Assayas…). Cette charge de sept minutes contre la tristesse des mœurs modernes, l’argent sale banalisé, l’idiotie urbaine des décideurs, etc. – autant de dieux de papier qui participent à bâtir un monde de papier – exhale une contestation sans doute plus sincère et profonde que celle des rappeurs Rapetout, des blancs-becs cracheurs de décibels ou autres enragés subventionnés. Le titre éponyme de l’album, Paper Gods, résonne aussi avec les évènements de Charlie Hebdo : dieux de papier contre papier de dieux.

 

A-ha, autre groupe pop-rock honni des critiques, sort également un nouvel album (les deux formations ont un gros point commun, celui d’avoir eu l’insigne honneur d’enregistrer le générique d’un James Bond). Les adonis norvégiens qui conquirent le monde dans les années 80 avec l’infâme « Take On Me » – pire que « The Reflex » et « We Will Rock You » – ont gagné du galon chez les mélomanes depuis belle lurette, notamment grâce à leur virage roots amorcé à l’aube des années 90 avec East of the Sun, West of the Moon et sa reprise de « Crying in the Rain » (titre popularisé par les Everly Brothers en 1962).

A partir de là, les sculpteurs sur bois de France et de Navarre pouvaient écouter avec la même ferveur A-Ha ou Deep Purple en chantournant leurs statues. Les quinquas de A-ha impriment leur marque plus discrètement aujourd’hui, mais jouent encore et toujours sur du velours, comme l’atteste leur nouveau single, « Under the Make-Up »

.Chapeau bas, les artistes, pour ces deux albums ! Vraiment, je vous le dis au nom de ceux qui n’ont jamais cru en vous : tout est pardonné ! Laissons la conclusion à Simon Le Bon : « Les gens découvrent vraiment à quel point ils aiment Duran Duran après une demi-bouteille de whisky ».

Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Paper Gods, de Duran Duran (Warner)

Cast in Steel, de A-Ha (Universal)

Hep taxi, un VTC s’il vous plaît!

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(Avec AFP) – Imitant leurs concurrents déloyaux Uber et Uberpop, certains taxis parisiens misent désormais sur le service et la technologie pour défendre leurs positions et restaurer une image écornée. « Je crois que la profession dans son ensemble a compris le message et est en train de se réformer », indique à l’AFP Serge Metz, PDG des taxis G7. Même son de cloche chez le directeur général des Taxis bleus, Yann Ricordel : « La notation sur les applications mobiles a fait beaucoup de bien pour qu’il y ait une prise de conscience de certains chauffeurs qui ne faisaient peut-être pas assez d’efforts hier et qui en font aujourd’hui ».

Mazette, G7 a carrément mis en place une « charte de qualité » à laquelle ont adhéré 6.000 chauffeurs ! Ces derniers s’engagent à « porter la chemise, la cravate, le costume, ouvrir les portes à leurs clients… », énumère M. Metz. Sur « l’accueil, l’amabilité, les modes de paiement, il y a des progrès, c’est certain », constate Jean Macheras, responsable du réseau « déplacements urbains » de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut), et qui siège à la commission des taxis parisiens. L’irruption des VTC aurait ainsi contraint les taxis à s’adapter, voire à consulter quelques manuels de savoir-vivre. « Comme ils avaient un monopole, ils ne se gênaient pas », concède-t-il.

Dans les milieux autorisés, on murmure même que certains taxis parisiens, particulièrement en rogne contre les VTC, songeraient à dire bonjour, voire à rendre la monnaie aux clients sans rechigner. Mais cette information sujette à caution n’a pas été confirmée par notre service d’investigation !

Revue Limite, écologie, Eglise, etc.

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limite eglise russie

limite eglise russie

Revue Limite : des écolos ni bobos ni gogos
Par Daoud Boughezala

« Ce n’est plus le monde que j’ai connu, aimé, ou que je peux concevoir », déclarait Claude Lévi-Strauss au soir de sa vie. Les contributeurs de la revue Limite, que les Éditions du Cerf lancent en cette rentrée, reprennent l’adage à leur compte. Doubles héritiers du catholicisme social d’une Simone Weil et du personnalisme d’un Jacques Ellul, ces jeunes hussards, dont plusieurs plumes connues des lecteurs de Causeur, marchent dans le sillon du pape François et de son « écologisme intégral ». On regrettera certes la persistance de quelques tabous, à commencer par la question démographique, alors que la perspective d’une croissance humaine infinie dans un monde aux ressources finies devrait effrayer tout décroissant conséquent. Mais au diable mes divergences doctrinales. Ce trimestriel a l’immense mérite d’interroger les rapports de l’humanité à la technique en ces temps où la procréation médicalement assistée gagne chaque jour du terrain. Si cette publication à la maquette pop art continue sur sa brillante lancée, Limite devrait faire un carton – recyclé, ça va de soi.

Limite. Revue d’écologie intégrale, Éditions du Cerf.

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La laine fétide ? Par Marc Cohen

La styliste Stella McCartney, qui se proclame « végétarienne depuis sa naissance », est célèbre pour son opposition absolue à la fourrure. Logique avec elle-même, Stella prohibe aussi le cuir dans ses collections, y compris pour ses sacs et souliers, tous confectionnés à partir de « matériaux végétaux garantis durables ». Mais quand on est obsédée par la cause animale, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? La fille du moins rigolo des deux Beatles encore vivants vient donc d’appeler à boycotter aussi la laine, plus précisément celle originaire de Patagonie. En effet, la couturière a été horrifiée par une vidéo où l’on montrait des pratiques « inhumaines » dans le ranch du Sud argentin où elle se fournissait jusque-là. Sur cette vidéo, on voit en effet des gauchos égorger des moutons, ce qui est effectivement très désagréable à regarder… Sauf qu’on imagine bien que si ces bestioles ont été tuées par leurs pasteurs, ce n’est pas par sadisme mais pour préparer le repas du soir. Au fin fond de la pampa, il n’y a pas des masses de McDo et encore moins de lounge bars végétariens. Les éleveurs de moutons mangent donc leurs moutons, tout comme les cowboys font griller leurs vaches ou les bédouins leurs chameaux. Autant de pratiques barbares que Stella ne saurait cautionner, elle explique donc sur les réseaux sociaux que sa société travaille très sérieusement à l’élaboration d’une « laine végétale ». La laine végétale ? Pourquoi pas. Mais que se passera-t-il le jour où des écolos intégristes feront campagne pour qu’on cesse de martyriser les végétaux ? N’appartiennent-ils pas à la grande chaîne du vivant, au même titre que Michel-Ange, Rintintin ou le bacille du tétanos ? Que se passera-t-il le jour où des amis des plantes diffuseront des vidéos montrant d’innocents hévéas saignés vivants pour satisfaire la voracité des fashionistas avides de baskets à semelles compensées en caoutchouc de 8 centimètres d’épaisseur (un des musts de la ligne de souliers McCartney, 655 euros seulement) ? À mon avis, ce jour-là, Stella devra renoncer aussi à être complice du massacre des végétaux. En clair, elle se retrouvera à poil…

L’église au milieu du village

Par François-Xavier Ajavon

Jadis, en terre catholique, l’église était au milieu du village. Ça allait de soi. C’était immuable. Les hommes y trouvaient un paysage habituel. Dans les moindres plis du territoire, du Finistère aux confins de l’Alsace, en Creuse ou dans le Quercy, de Dunkerque à Tamanrasset (ou presque), l’église était au milieu du village, et la girouette à son sommet indiquait d’où vient et où va le vent… Puis on a construit les villes autour de parkings et de centres commerciaux, et les jours des églises furent comptés. S’ensuivirent l’invention de la télévision couleur et la mort de Dieu : il n’en fallait pas moins pour que les solennels édifices soient désertés. En conséquence de quoi, on commença à détruire ces maisons vides pour d’obscures raisons spirituelles et immobilières. Un exemple nous est donné dans le village de Mandeure (Doubs), où une église vient d’être rasée au bulldozer. Dans les faits, l’église Sainte-Thérèse de Beaulieu était condamnée : bâti dans les années 1930, ce vaste lieu de culte pouvait accueillir jusqu’à 500 personnes, mais n’attirait plus qu’une poignée de paroissiens. En outre, sa structure en béton présentait de longue date des signes inquiétants de fatigue et menaçait littéralement de tomber en poussière. Sainte-Thérèse avait donc été abandonnée et désacralisée en 2014, le diocèse ayant renoncé à un coûteux projet de rénovation… Mais quel symbole : l’église, édifiée en 1936, devait son existence à l’opiniâtreté (pour ne pas dire au militantisme) des fidèles locaux. À l’appel de l’abbé Barbier, qui deviendra curé de la paroisse, de nombreuses familles ouvrières avaient cotisé pour que l’édifice sorte de terre. Mieux : de nombreux travailleurs de l’usine des cycles Peugeot voisine avaient contribué, truelle à la main, à sa construction. Mais adieu la mémoire ouvrière ! Adieu ce passé récent d’une France fille aînée de l’Église ! Quand les gravats seront totalement évacués, une vaste opération d’aménagement commencera. Ce sont des logements écolos qui remplaceront Sainte-Thérèse, pour bobos dévots, fervents adeptes du développement durable… On imagine que le curé Barbier doit se retourner dans sa tombe, et on a raison. Il était enterré dans l’église au côté de sa mère. On a dû les exhumer avant démolition.

Russie : communisme et lutte des flashs
Par Daoud Boughezala

Lénine aimait définir le communisme comme « les soviets plus l’électricité ». Presque cent ans après la prise du palais d’Hiver, ses jeunes disciples ont dépoussiéré le grenier bolchevique au début du mois d’août en lançant un concours de… selfies ! Sacrifiant à la mode de l’autoportrait sur smartphone, les komsomols ont investi le réseau social russe Vkontakt pour inciter le plus grand nombre possible de Russes à se photographier devant l’effigie de Lénine. Ces néobolcheviques numériques voient dans ce concours géant « un moyen économique et efficace de populariser auprès de la jeunesse l’image de la figure de proue du prolétariat mondial ». Et ça marche ! En quelques jours, des centaines d’anonymes se sont immortalisés à l’aide d’une perche à selfies devant des effigies du leader bolchevique, appâtés par la récompense promise à l’auteur du plus beau cliché : une tablette numérique ! Comment dit-on « blasphème » en soviétique ? Au cas où on imaginerait la momie de la place Rouge se contorsionner dans son mausolée, le très orthodoxe président du Parti communiste Guennadi Ziouganov nous rassure : « C’est une idée très juste, d’autant qu’elle nous permettra de constater l’état des monuments à Lénine. Nous la soutenons totalement. Je suis sûr que Vladimir Ilitch nous en sera reconnaissant », a-t-il certifié dans les augustes colonnes des Izvestia. Moins d’une vingtaine d’années en arrière, le même Ziouganov s’était fait connaître du monde entier pour son échec sur le fil en finale de l’élection présidentielle russe de 1996. La fraude et la pression internationale permettant de coànjurerb la perspective d’un retour au soviétisme, Boris Eltsine avait opportunément été réélu. Depuis, entre deux selfies, Ziouganov dirige la principale force d’opposition au régime Poutine, qu’il combat à coups de discours-fleuves sur les-heures-les-plus-glorieuses de l’Union soviétique. Mais sans ostentation excessive : la quasi-totalité des statues de Staline ayant été déboulonnées dans les années 1960 par Khrouchtchev, cela condamne à l’avance tout hommage semblable au petit père des peuples. Dommage, l’oncle Jo a déjà plus de 60 000 fans sur Facebook !

Est-il licite de travestir l’islam ?

Par Ludovic Fillols

Depuis les Beatles et la minijupe, on sait que le Royaume-Uni est la terre promise des vraies révolutions culturelles. On a pu le vérifier récemment avec la diffusion le 24 août d’un documentaire caniculaire sur Channel 4, l’équivalent local d’Arte. Ce film met en scène les aventures d’Asif Quaraishi, un travesti londonien d’origine pakistanaise, plus connu sous son nom de scène d’Asifa Lahore. Il raconte les difficultés que rencontrent les gays dans les communautés asiatiques et/ou musulmanes. Un travail audacieux, qui n’aurait probablement jamais vu le jour sans le soutien obstiné de Ian McKellen, acteur shakespearien ouvertement gay, devenu star mondiale après avoir incarné Gandalf dans la trilogie du Seigneur des anneaux. « J’ai eu honte, confie Ian McKellen au Guardian, d’en savoir si peu à propos des drags et des trans dans ces communautés. » Il a donc choisi de donner un coup de main à ces « pionniers conduisant un wagon qui ira très loin ». Longuement interviewé lui aussi par le Guardian, Quaraishi/Lahore a profité de cette tribune pour expliciter sa vision de l’islam : « Je jeûne, je prie, je crois en un seul Dieu, je donne aux associations caritatives, j’ai été en pèlerinage. Je suis gay, je suis musulman, je suis un drag queen. Je suis anglais, pakistanais. Les gens pensent que tout cela ne devrait pas aller ensemble, mais hey, je suis là ! » À long terme, il voudrait que « les gays musulmans fassent entendre leur voix dans les mosquées ». Hélas, depuis la diffusion du film, l’acteur a surtout reçu des menaces de mort. Il faut croire que certaines âmes sensibles ont été choquées de le voir jouer une drag queen revêtue d’une burqa…

Smoking gun

Par Marc Cohen

Vous cherchez un cadeau d’anniversaire qui sorte de l’ordinaire ? Offrez une magnifique chicha en forme de kalachnikov ! Pour environ 150 euros, on en trouve partout sur internet et dans nombre de gadgetteries sises dans les quartiers heu… populaires. Personnellement, j’en ai vu un magnifique exemplaire à la mi-août dans la vitrine d’un magasin de cigarettes électroniques d’un grand centre commercial du Val-de-Marne. Une semaine plus tard, peu après la tentative avortée de carnage à la kalach dans le Thalys, je suis passé voir si, à tout hasard, le commerçant avait jugé raisonnable de planquer cet article. Mais non, il trône toujours en devanture, illuminant les mornes matins banlieusards de ses mille reflets dorés : c’est un exemplaire « gold », le must du bon goût urban style. Mais le narguilé kalach existe aussi en chromé, très classe, ainsi qu’en noir mat, plus ordinaire, certes, mais rigoureusement conforme à son look soviétique originel. On pourrait justement s’étonner de ce regain de soviétophilie dans notre pays. Mais, renseignement pris, il semblerait que la symbolique de ce fusil d’assaut ait quelque peu changé depuis sa création en 1947. Aux antipodes du communisme impie, la kalach est devenue l’arme de prédilection des djihadistes du monde entier. Est-ce une raison suffisante pour interdire l’usage de ces narguilés très particuliers ? Au vu de nos lois, rien ne paraît justifier une telle prohibition. Sauf, bien sûr, pour les délinquants qui voudraient s’en servir au bureau ou dans un lieu public…[/access]

Géa s’en va

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philippe lacoche convaincre femme

philippe lacoche convaincre femme

Vingt-quatre heures pour convaincre une femme, le dernier roman de Philippe Lacoche, est un thriller sentimental. Autant dire que l’auteur a inventé un genre littéraire. Son titre à la Stéphane Zweig cache en effet un compte à rebours à la fois terrible et banal : une femme va quitter un homme et l’homme va tenter en une journée d’éviter la rupture un peu comme Jack Bauer tente d’empêcher l’assassinat du président des Etats Unis. Le roman est découpé heure par heure avant une fin qu’on ne vous révèlera évidemment pas. Cela  donne une forme de tension, d’urgence inédite à une situation banale que connaissent quotidiennement des milliers de personnes, surtout à une époque où le couple n’est plus cette délicate construction chardonnienne qui acceptait que la passion des commencements se métamorphosât en une tendre habitude, une complicité délicate.

Non, aujourd’hui, il suffit de lire les magazines féminins ou ceux consacrés au « bien-être » et à la psychologie pour les nuls, sans compter les livres sur le « développement personnel » qui s’empilent sur les tables des librairies, pour se rendre compte que le bovarysme avec orgasme obligatoire trois fois par semaine a exercé des ravages tels que nous vivons dans une société de divorcés ou de célibataires.

L’homme s’appelle ici Pierre Chaunier. Il est journaliste dans un grand quotidien régional et surtout, il est écrivain. Les écrivains ont une aptitude particulière à la souffrance quand il s’agit de l’amour. On le sait chez nous depuis Madame de La Fayette, Proust et Chardonne, justement. Les écrivains quittés par des femmes déploient des trésors de vaine psychologie, ils se livrent à de savantes constructions pour se convaincre qu’ils comprennent ce qui se passe alors que leur point de départ est faux. C’est d’ailleurs la définition de la folie selon Chesterton pour qui le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison.

Pierre Chaunier est-il fou ? Sans doute un peu. Quinqua cabossé qui a arrêté de boire (quelle erreur !) et prend du Tranxène à l’occasion est un nostalgique. La nostalgie devrait, dans notre monde voué au présent perpétuel, être traitée comme une maladie mentale dument inscrite au DSM-5. Car enfin, est-ce bien sérieux, par exemple, d’acheter une maison uniquement parce qu’elle porte une plaque commémorant la mort d’un résistant : « Pierre Derobertmazure, mort pour la France, victime du bombardement de la prison d’Amiens, le 18 février 1944 » ? Est-bien sérieux de trainer son blues sur les routes de Picardie ou dans le quartier Saint-Leu d’Amiens avec ses pubs ouverts très tard, tout ça pour boire de la bière sans alcool ? Est-ce bien sérieux encore de traquer le brochet sur les étangs brumeux en ressassant la jeunesse perdue ?

C’est peut-être bien ce qui a fatigué Géraldine Avranche, dite Géa, beaucoup plus jeune que Pierre. C’est une ancienne prof devenue chanteuse de rock, qui s’habille court et ressemble à Jane Birkin. Elle est plutôt douée, elle a croisé Brigitte Fontaine, même si ses talents s’exercent dans ces cabarets de campagne où l’on mange de la pintade en regardant les numéros de music-hall pour tromper l’ennui des dimanche.

Pierre l’a rencontrée en 2005, elle lui annonce qu’elle va le quitter le mardi 20 décembre 2011 à 17 heures. Pierre s’en souvient précisément parce que comme d’habitude ou presque, il ne faisait rien sinon tisonner le feu dans la cheminée. Il aurait dû faire attention. Géa s’était donnée les fameux sept ans de réflexion. Pierre l’avait séduite en lui proposant d’écrire les paroles de ses chansons. Il avait oublié que ce qui compte aussi, dans une chanson, c’est la mélodie. Et la mélodie du couple qu’il formait avec Géa a dû sembler répétitive à cette dernière. Il faut dire que Pierre, parfois, donne l’impression de se presser de vivre car son seul plaisir c’est de se souvenir.

Il y a évidemment un troisième personnage dans Vingt quatre heures pour convaincre une femme. Non, ce n’est pas l’amant : c’est la Picardie. Les lecteurs de Causeur savent à quel point Philippe Lacoche  aime en parler comme son double romanesque Pierre Chaunier. Elle baigne ce roman de sa petite pluie grise, calme, qui a tout son temps puisqu’elle tombe depuis l’éternité, ouatant la course désespérée d’un récit où un homme vieillissant comprend qu’il va bientôt être exclu de la fête. 

Une petite pluie grise qui vous dispense de pleurer puisqu’elle a le goût des larmes.

 

Vingt-quatre heures pour convaincre une femme, Philippe Lacoche (Ecriture)

24 heures pour convaincre une femme

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Migrants : l’angle mort de la photo

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aylan immigration turquie

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« Pas en mon nom » : sous ce mot d’ordre généreux, est lancé un appel à manifester sa solidarité avec les migrants. Autrement dit, malgré le niet de 56% des Français, certains veulent ouvrir grand les frontières – mince, celles de l’Espace Schengen le sont déjà ! – avec un argument massue à l’appui : la photo du petit Alan. Le garçonnet de 3 ans échoué sur une plage turque venait de Kobané, dans le Kurdistan syrien, mais par un raisonnement dont la subtilité nous échappe, dans l’esprit de nos concitoyens indignés, la responsabilité de sa mort incombe aux Européens[1. On ne sait quelle foi accorder aux révélations du Wall Street Journal affirmant que la famille du petit Alan vivait depuis trois ans en Turquie et aspirait à rejoindre l’Occident pour y subir des opérations de chirurgie dentaire.].

Le temps des capitulations est pourtant révolu, et  – à la différence de l’Empire ottoman-, l’Etat turc n’accorde aucune concession diplomatique aux puissances européennes, même lorsqu’il s’agit de protéger des minorités persécutées en son sein ou à ses frontières. Mais dans l’esprit du parti néocolonial qui siège à la gauche de la gauche, l’Europe exerce une souveraineté morale universelle qui la charge de tous les maux de la terre et lui assigne une mission civilisatrice au-delà de ses frontières. Erdogan, pas gêné pour un sou, n’a pas songé à s’excuser de son attentisme envers l’Etat islamique, ni de sa guerre ouverte contre le PKK qui combat Daech. Au contraire, le Président turc accuse l’Europe d’avoir fait de la Méditerranée « un cimetière de migrants ».

Le dirigeant islamiste aurait tort d’économiser sa mauvaise foi tant l’image du petit Alan obscurcit les consciences occidentales. Dans notre société régie par les apparences, seule la grosse émotion facile a la capacité de faire bouger quelque chose. Et encore, passé le stade de l’émotion, rien ne bougera. La vague de moraline qui dégouline sur les réseaux sociaux est en réalité un appel à ne RIEN faire et à continuer comme avant. Bref, ouvrir nos bras à tout le monde, sans chercher ni cause, ni conséquence, ni aucun parti dans ce qui est concrètement une guerre, avec du sang, des larmes et des belligérants : l’Etat islamique d’un côté, l’armée syrienne (ou ce qu’il en reste…), le Hezbollah, des conseillers militaires iraniens, les milices chiites irakiennes et les peshmergas kurdes de l’autre.

Et les bombardements sporadiques de « la coalition » fantoche réunie sous l’égide des Etats-Unis ne modifient qu’à la marge le rapport de forces militaire : John Kerry attend des pétromonarchies saoudienne, émirati et qatari qu’elles se décident à intervenir au sol contre Daech[2. Est-il besoin de préciser que ces Etats n’accueillent aucun réfugié syrien ?]. Mais ces bailleurs de fonds du djihadisme traînent des pieds, se concentrant sur le front yéménite pour contrer leur grand ennemi régional, qui se trouve être également la hantise de Daech : l’Iran.

Pauvres Occidentaux sûrs de notre supériorité morale, nous pourrons verser toutes les larmes de crocodile du monde sur les tragédies de l’immigration clandestine. Tant que l’Occident s’ingéniera à pratiquer la politique de l’émotion, en bons Christ bisounours, nous serons condamnés à endosser toute la misère du monde.

 *Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21787863_000001.

Eloge des love hotels

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love hotels taiwan

love hotels taiwan

Pendant les chaleurs de l’été,  une amie m’a fait suivre dans une électrolettre un joli éventail, une antiquité, trouvé sur le web, qui offrait (c’est le cas de le dire) un large éventail d’options à nos pensées intimes.

 

Les conversations électroniques subséquentes m’ont démontré que les récents débats parlementaires en France pour pénaliser des clients des prostituées, et la livraison de Causeur sur ce sujet, avaient été abondamment discutés par les Chinoises et les Taïwanaises qui vivent en France.

Le court essai ci-après ne fait peut-être pas l’unanimité de mes correspondantes, mais ses prémisses et ses conclusions sont partagés par nombre d’entre elles.

Cela va sans dire, je suis très réservée (et je ne suis pas la seule) sur le principe scandinave de la pénalisation des clients des prostituées : faudra-t-il prévoir un codicille aux futures lois et règlements, dès lors qu’il s’agit de clientes de prostituées, de clientes de prostitués, de clientes et de clients – en cours de recherche ontologique – de transsexuels ?

Mais revenons à l’essentiel :

Les plans-cul sont désormais non seulement admis en Europe pour les femmes, mais ils sont relativement aisés, avec des applications sur Smartphones (comme Tinder), ou autrement.

Il y a cependant dans cette démarche, devenue usuelle et banale, quelques particularités inhérentes, inévitables (dans certaines circonstances vécues comme des inconvénients), qui déterminent à réfléchir à une option complémentaire, ciblant le bonheur et la satisfaction de certaines femmes, à certains moments.

Je souligne bien, de certaines femmes, à certains moments, pas toutes, ni tout le temps.

La recherche – même rapide – d’un plan-cul prend du temps. Elle suppose un minimum de dialogue et d’efforts pour séduire de part et d’autre. Certes un dîner – ou une rencontre autour d’un verre – peuvent être sympathiques ; et une attirance réciproque ainsi mise à l’épreuve pendant quelques prudents prolégomènes est sans aucun doute la plus sure promesse d’un plaisir partagé.

Même pour des rencontres sans lendemain (en chinois «one night stand» se dit 「一夜情」 YīYèQíng), un minimum de cérémonial doit être encouragé pour la promotion d’un monde courtois, sociable et civilisé.

Mais…

Il y a des moments où des femmes peuvent avoir besoin de deux heures d’amour physique, sans avoir à se soucier de séduire, sans accorder le moindre quart d’heure à des préliminaires, en souhaitant être bien certaine de l’agilité, de la vigueur des érections, d’un homme qui sera, non seulement disponible, mais performant. Et surtout anonyme.

Il serait sans doute possible d’organiser des sortes de «blind-dates» d’une grande célérité pour amateurs adultes et consentants, mais pourquoi ne pas pousser plus loin la définition de ce besoin, de cette discrétion, de préciser la question et une proposition pour sa solution ?

Les hommes ainsi volontaires pour ce service sexuel seraient rémunérés.

Examinons paisiblement comment un tel plan pourrait être mis en place, avec les encouragements des structures sociales, administratives et politiques françaises — qui ont hélas tendance à s’immiscer dans tous les aspects de la vie sociale — comme le faisaient, et le font encore trop souvent, les églises.

L’exemple dont nous nous inspirons est celui des love hotels de Taiwan qui non seulement accueillent (pour en général deux heures) des couples à la recherche de confort et de discrétion, mais également des hommes sans partenaire que la responsable de l’étage met en contact sans délai avec une professionnelle de qualité. Un petit livret de photographies suffit le plus souvent à éviter les malentendus.

Il devrait être possible de structurer à Paris de tels «love hotels» où des femmes pressées, n’ayant que deux heures à consacrer à la recherche d’une extase rapide et précise, trouverait le bon partenaire. Voire les deux partenaires — comme à Taiwan il est possible à tout homme connaissant une bonne adresse de solliciter les services de deux femmes en même temps, si le «coeur» lui en dit.

Le fait de payer, à son juste prix, le temps et l’ardeur d’un homme habile à procurer du plaisir aux femmes pourrait contribuer à une solution à de nombreux soucis individuels ou collectifs.

On peut penser que cette opportunité réduirait de moitié les files d’attente dans les cabinets des conseillers conjugaux, renforcerait la performance au travail de nombreuses femmes cadres supérieures, donnerait plus de recul et de sérénité à celles qui ont des positions de responsabilité et d’autorité, quelquefois lourdes comme certaines fonctionnaires, et les magistrates, entre autres.

Combien de mères de famille n’ont tout simplement pas le temps de draguer et de gérer des rencontres qui supposent beaucoup de temps libre. Combien de femmes amoureuses de leurs maris ne souhaitent pas compliquer leur vie conjugale tout en bénéficiant des mêmes satisfactions, épisodiques, contingentes et accessoires, que les hommes.

Une telle proposition est bien plus simple que les sites web spécialisés dans les rencontres extra-conjugales — qui supposent un dialogue électronique préalable et une certaine connivence des deux partenaires d’un jour, ou d’un instant. Et ne garantissent guère l’anonymat.

Dans la proposition ici lancée, le fait de rémunérer – en toute discrétion et anonymement – le service sexuel est un élément-clé de l’ambiance psychologique favorable à l’orgasme. Il n’y aurait plus la moindre inquiétude de rater une marche dans la recherche en commun du plaisir : l’homme ainsi rémunéré pour ses qualités physiques, et son ardeur, peut démultiplier son savoir-faire ; et la femme qui le rémunère peut (sans la moindre entrave, et sans temps-mort — me souffle le correcteur, sur épreuves), exiger le plaisir le plus direct et le plus tendre (ou fort) selon ses caprices du jour, selon ses phantasmes de l’instant.

Faut-il, sur les livrets-retapes des responsables des étages de ces love hotels, détailler les qualités particulières et physiques des hommes qui se rendraient disponibles ? Il faut bien sûr éviter que les hommes concernés soient rabaissés à des «produits de catalogue». Ce n’est pas l’objectif. Il convient de respecter loyalement leurs talents et leur personnalité, comme sont respectés – en France, et à Taïwan – ceux des grands chefs de cuisine, des grands pâtissiers, etc.

Cette tribune vise donc à lancer une discussion qu’il ne faudrait pas limiter aux seules Taiwanaises et Chinoises. Certes mes compatriotes taiwanaises (et cousines du continent chinois) ont sur leur plaisirs en France à la fois une émotion, une expertise et un recul appréciables, à la mesure de leur réputation. Mais nous souhaitons bien sûr que toutes les femmes rejoignent ce débat, sur leurs propres blogs, avec leur particularités, les parfums de l’Orient pour nos amies arabes, la vivacité et la musique de nos amies cubaines, les rythmes particuliers à l’Afrique profonde pour nos amies noires, etc.

Sans oublier ce qui fait depuis toujours le «charme parisien» et son «je ne sais quoi», comme le dit la belle chanson de Paul de Kock, si bien chantée par Yvette Guilbert et Juliette Gréco, qui s’applique aux hommes aussi bien qu’aux femmes : Monsieur Arthur est un homme ….

Cette diversité des phantasmes ou des usages chez les femmes devra trouver sa complémentarité dans la diversité des hommes ainsi – librement – offerts contre rémunération à nos épisodiques lubricités.

Ces échanges culturels sont importants pour briser les ghettos et éviter le communautarisme, dans un renforcement des libertés féminines ; et de nos plaisirs les plus intimes.


*Photo: Pixabay.

François Hollande a beaucoup appris de Kim Jong-un

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Imaginez qu’un cardinal de la Curie romaine écrive un livre, forcément très élogieux, sur le pape François. Imaginez que le souverain pontife le préface. Imaginez que l’ouvrage soit publié par les Editions du Vatican. Avec tout le respect qui est dû à Sa Sainteté, on se poserait, devant tant de vanité, quelques questions sur l’amour des humbles et des pauvres professé par le pape François.

Imaginez qu’Emmanuelle Mignon, qui fut sa plume à l’Elysée, publie un livre, à coup sûr bienveillant, sur Nicolas Sarkozy. Imaginez que l’ancien président de la République se précipite pour le préfacer. Imaginez que le livre soit édité par le think tank Fondapol très dévoué à  la droite. Les humoristes ricaneraient, les éditorialistes se gausseraient et toute la France en ferait des gorges chaudes.

Ce n’est donc pas a priori imaginable. Mais il arrive que la réalité dépasse la fiction. Vient de sortir un livre La Révolution du changement : la démocratie sociale. Un panégyrique d’Hollande et sa méthode. Pour donner le ton, une phrase de l’auteur, Jacky Bontems qui se qualifie lui-même de « dernier des Hollandais » : « on n’a jamais autant réformé que sous François Hollande ».

Comme le sujet est un peu ardu et même rébarbatif, comme M. Bontems n’est pas une star de la télé, on a eu recours à un illustre préfacier pour assurer la promotion du livre : François Hollande lui-même ! Et l’ouvrage a été publié comme il se doit, par les éditions de la Fondation Jean-Jaurès qui est au PS ce que la Fondapol est aux Républicains. La totale…

N’ayant lu ni le livre ni sa préface, je me garderai bien d’émettre un avis sur le contenu. Mais le contenant laisse pantois et sidéré. Hollande il est beau, il est gentil, il est grand (pour parler comme lui). On lui sert la soupe. Il goûte, la trouve bonne. Et se fend d’un texte pour dire qu’elle est bonne.

C’est plutôt comique. Mais en même temps c’est préoccupant pour l’état des chevilles du Président qui enflent, qui enflent. Hollande avait commencé par un « moi je ». Puis il est passé sans transition à un « moi nous ». Le pluriel de majesté. Nous, Louis XIV roi de France…Nous, Philippe Pétain, maréchal de France…Nous, François Hollande, Président de la France…

Quelque part, très loin de chez nous, un personnage considérable exerce ses talents entouré par une cour d’admirateurs. Peut-on imaginer qu’un hiérarque du régime nord-coréen écrive un livre à la gloire de Kim Jong-un, le numéro un de Pyongyang ? Peut-on imaginer que Kim Jong-un accepte de lui donner une préface ? Peut-on imaginer que ce livre soit publié par les éditions d’état de Pyongyang ? Oui, on l’imagine très bien…