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Salon salafiste de Pontoise : la première qui dit la vérité…

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celine pina islam ps

Après la salafiste pride du week-end dernier, sobrement appelée « Salon de la femme musulmane de Pontoise », une seule élue avait vigoureusement pris la parole pour dénoncer cette atteinte aux valeurs de la France : Céline Pina, conseillère régionale socialiste sortante d’Île-de-France. Il faut dire que cela fait un peu désordre dans la patrie des droits de l’homme, qui a plutôt  la tradition des joutes entre Voltaire et Rousseau, un débat entre prédicateurs salafistes sur la meilleure façon de marie-trintigner sa femme voilée. Chez Bourdin, Céline Pina avait regretté la tenue de cet événement – heureusement perturbé par les Femen – que la mairie aurait très bien pu interdire pour menace de trouble à l’ordre public. Après tout, imagine-t-on l’organisation d’un « salon du migrant » où des prêcheurs de haine discuteraient du bienfondé des ratonnades ?

L’intervention de la socialiste fut très remarquée, notamment d’une fraction de la population regrettant l’abandon par la gauche de la laïcité et d’une certaine idée de la femme qui sont l’une des mamelles de l’identité française. Mais Céline Pina n’a pas fait que des heureux, surtout dans son propre parti. Sa prise de position courageuse lui vaut en effet… une menace d’exclusion du PS, signée de la main même de Rachid Temal, premier fédéral du Val d’Oise ! Depuis juillet, on sait que ce dernier conduira la liste socialiste aux régionales dans le département en lieu et place de l’élue rebelle, qui ne souhaitait pas se représenter en raison des « positions floues » de Solférino sur la « laïcité, le communautarisme » et une forme de « clientélisme » à l’échelle locale. Quand les choses sont floues, il y a un loup, dirait Martine Aubry – qui maîtrise par ailleurs très bien ces dossiers. Le paysage s’éclaircit lorsqu’on connaît la préférence croissante des apparatchiks socialistes pour la « diversité » (ethnique) au détriment de l’égalité (sociale, économique, sexuelle).

Bref, pas besoin d’être Jérémie pour comprendre ce qui s’est tramé en coulisse, il suffit de lire la prose de l’accusée Pina pour comprendre que son combat féministe et laïque – deux nouveaux gros mots au PS ? – dérange. Ainsi écrivait-elle au lendemain des attentats de janvier, sans craindre de briser l’unanimisme charliste : « Trois mots reviennent souvent dès que l’on évoque le massacre perpétré à Charlie Hebdo: « Pas d’amalgames! » Je comprends cette nécessité mais une telle injonction ne sera possible que si elle ne s’opère pas au prix d’un déni. Bien sûr que faire l’amalgame musulman égale terroriste serait un désastre, mais nier le fait que des courants obscurantistes exercent une pression de plus en plus forte sur la communauté musulmane, que ces courants gagnent du terrain, que certains jeunes et moins jeunes sont fascinés par la violence et la brutalité de Daesh et que leur rapport à la religion les amène à rejeter des éléments fondamentaux de notre contrat social (égalité femmes/hommes, laïcité, liberté d’expression) serait pire encore.»

Padamalgam, padamalgam, padalmagam, point : le mantra du socialisme réellement existant n’admettait aucune virgule, nuance ni « mais ». Pour avoir enfreint ce tabou et brossé un tableau du cancer islamiste qui gangrène la société, Céline Pina s’est fait de sérieux ennemis. Parler le Cambadélis, c’est tout un art : comparer l’« islamophobie » à l’antisémitisme, l’Etat islamique à Israël, histoire de se ménager le vote antisarkozyste des banlieues, demande du métier. Et une sacrée dose de roublardise. Au risque de saborder sa carrière, Céline Pina n’incrimine pas le Front national ou je-ne-sais-quel nervis fascistes sortis de derrière les fagots lorsqu’il s’agit de combattre l’islamisme immense et vert.

Dans sa tribune choc du mois de janvier, Céline Pina interpellait ses camarades : « nos élus locaux, parfois si engoncés dans leur clientélisme et souvent eux-mêmes peu au fait sur ces questions, auront-ils le courage de porter cette parole? Surtout lorsque l’on sait que cela peut faire de vous une cible? Faut-il laisser les enseignants se battre seuls sur des problématiques aussi dangereuses, alors qu’ils se font déjà souvent agresser par des élèves ou leurs parents sur des problèmes qui vont de la revendication du halal, du port du foulard à la difficulté d’enseigner la Shoah? »

Huit mois plus tard, l’élue de banlieue tient sa réponse.

P.S : Tandis que le premier secrétaire fédéral du PS-95 dément l’exclusion de Céline Pina, cette dernière maintient que Rachid Temal souhaitait l’évincer de son parti. Il y aurait renoncé, faute de soutiens. Enfin une bonne nouvelle !

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Contre Daech, «quatre ou cinq combattants formés»

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lloyd austin syrie obama daech

Il y a un peu moins d’un an, les États-Unis annonçaient leur intention de former 5.400 combattants syriens « occidentalo-compatibles ». Pour atteindre cet objectif, un budget de quelque 500 millions de dollars a été alloué au programme de formation, ce qui revient à un coût d’un peu moins de 10.000 dollars par combattant. Avant-hier, au cours de son audition devant une commission du Congrès américain, le général Lloyd Austin, chef du CentCom (Commandement chargé du Moyen-Orient et de l’Asie centrale), a reconnu que les résultats du programme étaient pour le moins mitigés.

D’un côté, l’argent a été intégralement dépensé, ce qui est a priori une bonne chose. En revanche, côté résultats, c’est Fort Alamo et la Berezina réunis : le nombre de combattants formés oscille entre… quatre et cinq. On aurait pu s’attendre à une plus grande précision, s’agissant de tels chiffres, d’autant que la marge d’erreur change radicalement le coût à l’unité : 100 millions de dollars s’ils sont bel et bien cinq, 125 millions s’ils ne sont que quatre à être prêts à affronter l’État islamique. Tout compte fait, cela fait un peu cher et surtout atrocement ridicule. Le plus grave est que ce programme constitue un pilier important de la stratégie américaine de lutte contre l’Etat islamique. Selon Barack Obama, la campagne contre l’EI lancée l’été dernier doit durer trois ans. Pourquoi si longtemps ? Puisque les États-Unis n’ont pas l’intention d’envoyer de troupes au sol (à l’exception des forces spéciales), les Américains limitent leur rôle à trois tâches : rassembler et diriger la coalition anti EI, diriger la guerre aérienne et finalement trouver les troupes nécessaires pour engager le combat terrestre. Les 5.400 combattants que les Américains auraient dû former constituent un des composants terrestres de la stratégie anti-EI en combattant directement sur le front, mais surtout en encadrant des dizaines de milliers d’autres Syriens. Côté irakien, l’espoir d’une armée capable de se mettre en ordre de marche et de récupérer les territoires perdus en 2014 s’éloigne également. Et les forces kurdes ne peuvent à elles seules assumer cette lourde tâche, même en cas (improbable) d’entente avec les Turcs.

Quant aux Russes, il paraît que leur intention est de créer une base dans la région côtière de Tartous et Lattaquié. Pour le moment, les troupes déployées correspondent d’ailleurs uniquement à ce qui est nécessaire pour créer et protéger cette base. Autrement dit, il semblerait que les Russes n’aient pas l’intention de participer directement aux efforts au sol et que leur contribution au combat terrestre contre l’EI soit indirecte : les forces loyales au régime déployées dans la région de Lattaquié pourraient être envoyées ailleurs. Bref, de tous les côtés, rien ne permet de penser que les différents acteurs du conflit syrien ont l’intention de briser la guerre d’usure en cours depuis des années. Des millions de Syriens et d’Irakiens garderont donc comme unique espoir la perspective de refaire leur vie en Europe.

*Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21794023_000007.

Crise migratoire: l’Europe coupée en deux?

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Autriche Hongrie migrants mur

A Vienne, on s’énerve de plus en plus de son voisin magyar. Le chancelier autrichien, Werner Faymann, est excédé par la manière dont Viktor Orbán gère la crise des migrants. « Il s’est disqualifié politiquement », disait l’Autrichien quand le Hongrois bâtissait sa barrière frontalière. « Il est irresponsable » tonnait-il encore lorsque son homologue s’en tenait au règlement européen de Dublin et retenait (les Autrichiens ont préféré le verbe « parquer ») les migrants en gare de Budapest.

Mais là où Orbán est allé trop loin, c’est quand une obscure affaire de trains affrétés par le gouvernement hongrois, pour déplacer des migrants contre leur gré, a éclaté : « Mettre des réfugiés dans des trains et les envoyer à un endroit complètement différent de celui où ils pensent aller, ça nous rappelle les heures les plus sombre de notre continent » s’est indigné, dans une interview, le dirigeant social-démocrate de Vienne.

Plusieurs précisions s’imposent. Premièrement, les Autrichiens comme les Allemands ne s’embarrassent pas de précisions, ils ne parlent que de « réfugiés » (« flüchtlinge »), c’est-à-dire de personnes fuyant légitimement des persécutions et relevant des droits accordés par la célèbre Convention de Genève. Le monde médiatique germanique a créé une Weltanschauung en noir et blanc, avec d’angéliques réfugiés au regard tendre, gorgés de détresse et d’amour, qu’il s’agirait d’accueillir à bras ouverts, face à des Hongrois barbares et quasi-sanguinaires, nationalistes et réactionnaires. En second lieu, Faymann emploie l’expression éculée des « heures les plus sombres », etc. D’une part on peut rire du fait qu’un Autrichien se permette cela, de l’autre on peut s’indigner de cette éternelle relativisation des crimes nazis. A ce rythme, quand il y aura la queue pour obtenir les aides sociales dans les centres d’accueil des réfugiés, Faymann n’hésitera pas à faire la comparaison avec les conditions de vie au camp de Mauthausen.

Orbán s’est d’abord emporté : il a convoqué l’ambassadeur d’Autriche à Budapest à son ministère des affaires étrangères, pour avoir une explication sur la déclaration autrichienne. Cette procédure est devenue anecdotique dans ce qui fut l’empire des Habsbourg : des deux côtés de la frontière, chaque ambassadeur a déjà été convoqué plusieurs fois ce mois-ci dans sa capitale de service. Mais Orbán, sur un ton calme, presque cabotin, a livré une interview au journal autrichien Die Presse, pour expliquer définitivement sa position. « J’ai de bonnes relations avec Werner Faymann. Lorsque nous parlons, il n’utilise pas les expressions horribles qu’il utilise dans la presse. C’est le jeu politique, ce n’est pas sérieux », nous assure le chef d’Etat.

Il va en réalité plus loin que ces simples éléments de langage pour expliquer l’incompréhension ontologique entre Vienne et Budapest. Selon lui, l’Europe s’est coupée en deux, et la frontière austro-hongroise est en fait une ligne de faille correspondant à une frontière plus grande : une frontière civilisationnelle. D’un côté l’Occident relativiste, droit-de-l’hommiste, libéral et en bonne voie d’islamisation, de l’autre des pays qui cherchent à rester souverains, chrétiens et traditionnels. « L’essentiel, c’est le défi de l’intégration de ces musulmans. En Europe, elle ne s’est pas faite : des sociétés parallèles vivent les unes à côté des autres. Je ne dénie pas à une nation le droit de fonctionner de telle façon. Mais nous, en Hongrie, nous ne voulons pas suivre cette voie ». Aujourd’hui, une grande partie de la population française ne cache plus qu’elle partage le constat du Hongrois : l’intégration des musulmans n’a fonctionné nulle part. Malheureusement, on a choisi pour nous la voie du multiculturalisme, et la société parallèle musulmane s’est effectivement créée, pensent-ils. Si l’on adhère à ce constat, comment en vouloir à Orbán de chercher à éviter cette catastrophe, quitte à ignorer les obligations du devoir d’asile ? C’est là que se trouve, selon lui, la fracture civilisationnelle : l’intérêt national prime sur les considérations morales à l’est, quand l’intérêt national n’existe presque plus à l’ouest. Autre chose, le premier ministre tient à la chrétienté, mais semble la circonscrire à la raison d’Etat, comme cela est permis par sa chapelle : « Quant aux positions du pape François (qui a demandé à chaque paroisse d’accueillir une famille), je les respecte. Mais en tant que protestant, je suis de ceux qui pensent qu’il n’est pas infaillible. » L’Occident, à l’inverse, a pour lui tout perdu, tant de la chrétienté que de la raison d’Etat.

Certains journaux s’expliquent l’hostilité hongroise à l’accueil des migrants, majoritairement musulmans, par sa longue période de soumission du pays à l’empire ottoman et à son calife, qui aurait laissé des séquelles jusqu’à nos jours. Peut-être. Quoi qu’il en soit, Orbán reste droit dans ses bottes. Il assume son contre-modèle, qu’il a même osé comparer à celui de – horresco referensVladimir Poutine. Nombreux sont ceux qui voudraient s’en inspirer, plus à l’ouest, qu’ils votent pour le FPÖ en Autriche ou pour le FN en France. Malheureusement pour eux, ils se voient traiter de populistes, de nationalistes, ou accuser (comme Marine Le Pen par Nicolas Sarkozy) de manquer d’humanité envers les migrants. On leur colle la photo du petit Aylan Kurdi devant les yeux en leur répétant que c’est leur faute, leur responsabilité, quand en Hongrie on les appelle des patriotes (« hazafi »). Mais que voulez-vous, vérité en-deçà du Burgenland[1. Le Burgenland est la région autrichienne frontalière avec la Hongrie.], erreur au-delà.

*Photo : SIPAUSA31361653_000085

Langues : sauvons la diversité européenne!

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langue anglais europe

« Sauvons la diversité de la pensée européenne ! » Une telle déclaration peut paraître au premier abord exagérée. Après tout, nous vivons dans une nouvelle ère de globalisation, pour ne pas dire de mondialisation. Il faut donc s’adapter au changement si l’on veut rester dans la ligue des leaders incontournables de ce monde. Pour reprendre Darwin, « les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements ».

Ainsi la planète entière se met-elle à l’anglais. Même la première puissance économique, l’Union Européenne, confédération multiculturelle, l’a de facto adopté comme langue de travail. Rappelons que cette langue est celle d’un Etat non fondateur qui menace de quitter les institutions européennes d’ici 2017, s’il n’obtient pas des exemptions au niveau des règles du club. On l’a vu ces derniers jours encore, la Grande-Bretagne refuse de joindre le programme solidaire de répartition des réfugiés syriens sur  le territoire de la Communauté européenne.

Il est de plus en plus probable que l’UE se retrouvera avec une langue de travail qui n’est pas celle de ses membres, sachant les 4,5 millions d’Irlandais ont le gaélique. En imposant l’anglais aux bureaucrates de Bruxelles, les Européens s’assujettissent implicitement à la pensée anglo-saxonne ; je fais référence uniquement à une façon de concevoir le monde et de l’évaluer par des critères américains dont la Grande-Bretagne est la première victime, en abandonnant progressivement l’Etat providence et en pariant sur une économie centrée sur la spéculation financière à haut risque.

En ayant l’anglais comme langue de communication, les Européens se soumettent donc à une conception du monde où la consommation à outrance, la valorisation de la richesse matérielle, l’individualisme, le communautarisme seront de mise. Les critères de qualité de vie, de cohésion sociale, de solidarité, d’intégration, de développement durable, de compassion pour les plus démunis,  de la protection environnementale ne compteront plus. Certes, les Etats-Unis sont une grande nation qui reste impressionnante par son dynamisme, sa démocratie, son optimisme et par la volonté de ses citoyens à devenir riches et célèbres, mais il est essentiel de garder notre identité européenne qui partage les valeurs de liberté et de démocratie avec les Américains, mais qui diffère au niveau de nos idéaux.

Les Français, en particulier, rechignent à s’adapter à la mondialisation, ne se sentent pas  très à l’aise avec la langue anglaise. Leur conception de la laïcité les distingue des autres. Selon les anglophones l’accent français est très joli, sexy même, mais ce faux compliment les dessert ; en effet, dans le monde du négoce, notre intonation et notre prononciation nous rendent plutôt comiques et nuisent à notre crédibilité. S’y ajoutent une économie stagnante, un fort taux de chômage, une bureaucratie tentaculaire, une élite coupée de la réalité, des réformes timides, un état trop pesant et un échec de l’intégration des enfants d’immigrés.

Néanmoins, la France a su préserver une économie diversifiée, une industrie, une démographie dynamique grâce à sa politique sociale, une main d’œuvre qualifiée,  une unité nationale qui doit être renforcée afin que les manifestations après les attentats contre Charlie hebdo et l’Hyper Cacher n’aient pas été qu’un feu de paille.  Elle doit lutter avec ses partenaires pour officialiser trois langues de travail égales dans les institutions européennes : une langue germanique, une langue latine et une langue slave ; ainsi, la diversité de la pensée et  des valeurs sera respectée.

L’Europe, tour de Babel, doit se construire avec l’efficacité et la comptabilité allemandes, le progressisme scandinave, la créativité italienne, le dynamisme polonais, le modernisme espagnol, l’engouement irlandais, l’adaptabilité néerlandaise, la philosophie grecque, les idéaux de solidarité français et pourquoi pas avec une dose de pragmatisme britannique. S’adapter peut vouloir dire « non » à l’uniformité.

*Photo: Pixabay.

Guerre froide en plein conseil de sécurité

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Qui est responsable de la crise des migrants ? Le russe Sergueï Narychkine, président de la Douma et homme-clé du parti poutinien Russie Unie, le sait et le clame haut et fort : l’OTAN et les Etats-Unis.  Dans un discours devant les représentants de 56 pays, lors de l’assemblée parlementaire de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) en Mongolie,  l’homme d’Etat russe n’y est pas allé avec le dos de la cuillère : « Je ne suis pas un partisan des théories du complot, prend-il soin de préciser, mais la question doit être posée : l’Europe, n’est-elle pas le but ultime de ceux qui ont, avec une telle persistance maniaque, déstabilisé la situation en Afrique du nord et au Proche-Orient au cours des dernières années? ».

Quelques phrases plus tard, il a répondu à sa propre question : « Malheureusement, depuis longtemps, l’Europe observe et contemple froidement comment la botte militaire de l’Otan piétine les idéaux moraux et les règles fondamentales qui sont à la base du droit international. J’en parle en prenant exemple sur les positions de l’Europe par rapport aux interventions en Irak, en Libye et par rapport à ce qui se passe actuellement [..] Les masques tombent. Les peuples commencent à s’interroger, ils comprennent que les directions de Washington altèrent la souveraineté nationale de leur pays [..] On pouvait supposer et savoir que ce flux de réfugiés, de pauvres gens qui fuient une mort annoncée, se précipiterait vers les pays prospères de l’Union européenne. »

Beaucoup de choses sont possibles et le fait que les Etats-Unis portent une part de responsabilité dans la situation actuelle est une évidence. En même temps, on peut aussi rappeler la désastreuse guerre soviétique en Afghanistan qui n’a pas non plus contribué à la paix et à la stabilité dans le monde ou encore les relations étroites entre Moscou et Damas qui n’ont pas empêché les dirigeants syriens de transformer une crise politique grave en guerre civile qui menace toute la région.

La thèse russe selon laquelle le gouvernement américain avait, dès 2011, compris la situation en Syrie puis mis en place un plan qui s’est déroulé exactement selon ses attentes, est bien flatteuse pour le pays de l’Oncle Sam. Dans ce jeu de billard à trois bandes, Narychkine n’est pas seulement spécialiste en géopolitique mais aussi acteur de la partie. Comme on commence à le comprendre depuis quelques semaines, les Russes ont décidé de s’investir davantage dans la crise syrienne. Le ministre des Affaires étrangères américain, John Kerry, tout aussi neutre que Narychkine, rejette la version russe de l’affaire syrienne.

Sur la scène de l’OSCE, se joue l’acte politico-médiatique des grandes manœuvres stratégiques. Le rideau tiré, il nous reste à comprendre le sens de l’intrigue. Le renforcement de la présence russe en Syrie est la preuve que le régime et ses alliés chiites (l’Iran et le Hezbollah) n’arrivent pas, malgré les succès de 2014, à changer le cours de la guerre. Difficile de ne pas penser, côté Moscou, à l’Afghanistan, côté Washington, à l’Irak. Si Poutine se risque à accroitre sa présence en Syrie, c’est que l’enjeu doit vraiment être de taille.

Afrique du Sud: des quotas pour Mandela

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rugby Afrique du Sud quotas racisme

« La lutte contre le racisme, cheval de bataille de Nelson Mandela, notamment pendant la Coupe du monde au pays en 1995, se poursuit encore aujourd’hui. » C’est par ces mots que le site spécialisé Eurosport.fr annonçait il y a quelques jours la décision de la fédération sud-africaine de rugby (SARU) d’instaurer des quotas de joueurs noirs dans toutes les sélections de rugby du pays.

En réalité, cette politique n’est pas nouvelle puisque la SARU avait déjà contraint la sélection nationale, le 24 février dernier, à choisir « sept joueurs non blancs » dont deux « obligatoirement noirs » pour la coupe du Monde 2015.

Mais l’institution a décidé d’aller beaucoup plus loin, comme l’indique un rapport publié début septembre : « En 2019, 50% des joueurs de la sélection (ainsi que les joueurs des clubs) devront être noirs. Dans les cinq ans à venir, 40% des managers et 50% des coaches devront également l’être. Dès 2015, 7 joueurs sur 23 de toutes les équipes de Super Rugby devront être de couleur noire, et il devra y avoir au moins 5 joueurs de couleur noire en même temps sur le terrain. 80% des joueurs recrutés par les académies devront également « à l’avenir » être de couleur noire. » (source Lequipe.fr)

Que le racisme n’ait pas totalement disparu en Afrique du Sud, ce n’est pas vraiment un scoop. Que les recruteurs se tournent davantage vers les écoles riches dotées de meilleures infrastructures et dans lesquelles les blancs sont majoritaires, c’est fort probable. Mais on peut légitimement se demander si la meilleure façon de combattre le racisme consiste à distinguer sans cesse noirs et blancs. Et la meilleure façon de garantir l’équité à créer des quotas.

Il faut croire que oui, puisque cette politique tellement révélatrice des progrès de nos civilisations séduit d’autres sélections de l’hémisphère sud, comme nous l’apprend un article de L’express du 8 septembre : « Ainsi, pour la coupe du Monde 2015, le squad de l’équipe d’Australie devra comporter 10% de noirs dans son staff. Et le sélectionneur, Ewen McKenzie, devra choisir au minimum cinq joueurs de couleur, selon les statuts de la fédération australienne. »

Lors de la Coupe du Monde, qui débute samedi, le sélectionneur de l’Afrique du Sud, Heyneke Meyer, qui a déjà fait l’objet de nombreuses accusations de racisme, aura-t-il la possibilité, s’il juge un de ses joueurs noirs fatigué ou en méforme, de le remplacer ? Pire, aura-t-il le droit de le remplacer par un blanc ? Et quid du métis ? On a hâte que la SARU statue sur ce sujet. En août, un syndicat de travailleurs du pays, qui lui intimait de mettre sur le terrain « une équipe des Springboks plus représentative de ce qu’est l’Afrique du Sud », avait bien failli obtenir sa tête.

Plus près de nous, en 2011, Laurent Blanc et plusieurs représentants de la FFF subissaient les foudres médiatiques pour avoir évoqué la mise en place de quotas tacites dans le monde du football, afin d’éviter notamment la fuite des binationaux vers leurs pays d’origine. Aujourd’hui, ces mêmes journalistes saluent l’apparition de quotas officiels dans la sélection sud-africaine, Le Monde qualifiant ce plan d’« ambitieux » et les grands journalistes d’Eurosport.fr n’hésitant pas à comparer cette initiative au combat de toute une vie de Nelson Mandela.

Un monde dans lequel trier les hommes en fonction de leur couleur de peau permettrait de combattre le racisme et dans lequel l’instauration de quotas garantirait l’égalité, avouez qu’il fallait y penser. Pour un scénario à la Invictus, on repassera…

*Photo : SIPA/REX40397323_000022

Au lit avec Dieudonné

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dieudonne comique antisemitisme

Au panthéon du masochisme de salon et autres perversions domestiques, certains exaltés comme Jean-Luc Mélenchon relisent les grands auteurs d’extrême droite pour nourrir leurs réflexions républicaines. D’autres, à la manière de Tony Soprano (Les Soprano, HBO), s’endorment devant des documentaires sur les batailles de l’Afrikakorps en mangeant de la crème glacée. Moi, je regarde Dieudonné sur le net (J’ai fait l’con, Foxtrot, Mahmoud, Le Mur, la chaîne Quenel+, etc.), seul et nu sous mes draps à la nuit tombée. Je sais, ça jette comme un froid. Surtout lorsque – c’est mon cas – on a les cheveux bien dégagés autour des oreilles, une passion pour l’histoire des sociétés secrètes et des aïeux qui ont toujours un peu confondu, c’est vrai, Marthe Villalonga et Golda Meir… Mais je n’y peux rien, c’est plus fort que moi. Dieudonné sur YouTube (« Le Premier ministre Manu Blancos, il ne se rend plus compte que sur internet, le système dans lequel il est, il n’existe quasiment plus ») me fait l’effet d’un discours de Mussolini en casque à plumes, remixé par Jay-Z avec toute la puissance comique de Fernandel et Jimmy Fallon réunis (l’ex-humoriste vedette du Saturday Night Live sur NBC). Ah, ces saillies antisémites grognées toutes les dix minutes comme dans une pub pour les céréales (« Si BHL est philosophe, alors peut-être que les chambres à gaz n’ont pas existé ») ! Quel talent pour le racisme chansonnier, ce M’Bala M’Bala (« Vous êtes chinois ? Mais pour quoi faire ? ») ! On a la gerbe en cascade (« Calme-toi, je vais pas te déporter »), un vrai geyser de merde en mode « repeat » (« Moi, j’ai de très bons amis au Hezbollah, ils ne se sentent pas du tout terroristes »)…

Mais qu’est-ce qu’on se marre (même de travers).[access capability= »lire_inedits »] Je l’avoue – et peut-être est-ce très irresponsable de ma part –, je suis un peu comme Pascal Bruckner et quelques autres, toujours aussi fasciné par le génie comique de ce Farrakhan grotesque d’Eure-et-Loire (« Je te salue, George. Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne sur la terre comme dans les sous-sols, si riches en pétrole »), son sens presque chimique du public (« Vous êtes possédés ou quoi ? »), son écriture à la Audiard qui se serait oublié à l’apéro (« J’roulais comme un assassin »)… Fasciné et révulsé, comme après un gros patin sous la douche avec Bachar al-Assad, par ses bouffées délirantes sur les Juifs (« Le rêve américain, ça marche quand on est blanc et qu’on est juif »), la guerre des races et le grand complot (« Le 11 Septembre, tu bouffes, tu la fermes, tu finis les miettes dans l’assiette »), qu’il transcende avec un sens du martyre et de la vanne (« Hitler lui-même était nègre, Mi-choco il se faisait appeler ») totalement inégalé dans l’histoire des futurs dictateurs. Pardon, mon Dieu ! Pardon, Manuel Valls et tous les socialistes à théière de la presse ! Il m’arrive de rigoler, voire même de hurler de rire (quand les volets sont bien fermés), devant les blagues les plus inavouables du Brasillach camerounais (« Je me suis converti au judaïsme, la religion du profit »), tout en souhaitant qu’il ne les ait jamais faites (surtout celles sur Patrick Cohen) et qu’on passe – enfin – à autre chose.

Car le vrai problème, ce n’est pas tant que j’aime rire de tout avec n’importe qui (et visiblement, je ne suis pas le seul). C’est qu’après dix ans de goulag et d’autocensure sur le sujet, dix ans à faire comme si les spectacles de Dieudonné et ses fans ne relevaient que de la chronique judiciaire, dix ans à ne jamais oser en parler autour de soi, de peur de perdre illico, et dans l’ordre, sa femme, ses amis, son froc et tout avenir professionnel dans un rayon de 100 kilomètres au large des côtes françaises, j’en étais arrivé – comme une partie de son public – à ne plus voir l’artiste qu’en pointillé. C’est-à-dire bien souvent pour le meilleur et pour le pire. Une citation dégueulasse par-ci (« Le mariage pour tous est un projet sioniste »), un bout de provo néonazie par-là (« J’ai dit à mon père qu’il aurait pu mourir à Auschwitz, c’est plus classe, et derrière y a les moyens de gratter un peu »), quelques effets de manches devant les tribunaux (« Le seul endroit où je vais pouvoir me produire jusqu’à la fin de l’année »). Et, au bout du compte, des extraits de sketchs picorés en streaming (« Nous en Afrique, on dit que quand tu es pédé comme ça, ce n’est pas de ta faute. C’est parce que tu as été ensorcelé, c’est Belzébuth qui est rentré dedans par les fesses »), si grinçants et frappadingues qu’ils renvoient dos à dos l’intégralité des humoristes français à l’école du rire. « Ce qui est vicieux, c’est qu’il est toujours aussi drôle », déplore son ancien camarade de jeu Élie Semoun. Lui qui a tant de mal à remplir les salles de ses débuts sait combien le révisionnisme potache (et sinistre) de Dieudonné n’a rien gâché de ses dons pour l’absurde (« Heureusement que j’ai eu un père alcoolique qui m’a inculqué des valeurs, sinon je te défoncerais la gueule ») et le jeu de scène, au contraire. Que valent aujourd’hui les Bigard, Timsit, Dubosc et Cie, face à la fièvre et l’hystérie vacharde de la vague Dieudonné ? Que vaut même le Dieudonné d’avant le sketch fatidique du colon israélien chez Fogiel (le 1er décembre 2003) et le pétage de plombs qui s’est ensuivi ? Il faut revoir dans son intégralité Cocorico !, le troisième spectacle en solo de Dieudonné à Bobino (2002), un an avant sa grande transformation en salafiste de cabaret. Tout est là : les grognements de hyène, le rudoiement du public, le phrasé de Martien beauf (« J’aime faire chier les cons »), la théorie du complot, les digressions douteuses, la rage… Mais en sourdine, presque à l’étouffée, du Dieudonné mezzo voce. Même sa célèbre punchline : « Ferme-la ! Ferme-la à tout jamais ! Ferme-la physiquement » n’est encore qu’un banal : « Tais-toi, mais tais-toi donc. » Du bon one-man-show, du « comique intello », comme l’encensait la presse de l’époque – quelle ironie –, mais terriblement périssable et petit bras, limite Chris Rock égaré chez Bouvard. Deux ans plus tard, c’est une vraie pop-star qui fait son entrée sur scène pour la représentation de Mes excuses (« Pardonne à la bête les offenses proférées, mais je n’ai pas d’âme, mes paroles ne sont qu’un grognement instinctif ») à… Montréal. L’antisémite est devenu la diva des horribles, et même les familles canadiennes du festival Juste pour rire ne trouvent rien à y redire. Certains, m’a-t-on laissé entendre, en rigoleraient encore. Des idiots utiles ? Si ça peut vous faire plaisir. Quant à moi, autant l’avouer ici tout de suite et pour toujours, je n’ai jamais trouvé le courage d’aller voir Dieudonné sur la scène de son Théâtre de la Main d’Or (Paris XIe). Sûrement trop peur qu’on me reconnaisse dans la queue ou de passer la fin de soirée au kebab avec des intellos à casquette ! Ma dieudophilie est comme une partouze de notaires. Faux derche, en ligne et surtout très discrète. Ses sketchs sur les présidents africains (Ignace Mukuna, la « montagne de flamboyance »), les Pygmées (« Les mecs, ils trimbalent des bactéries du Moyen Âge, à dix mètres tu te grattes ») et les alambics du Cameroun (« Avec ça, même les Blancs ont les cheveux qui frisent, dans le quartier tout le monde est rouquin ») libèrent, un temps, des araignées en vert-de-gris qui squattent le cerveau malade de leur auteur. Des pollutions nocturnes qui soulagent aussi, il faut bien le dire, de la bien-pensance en triple couche que nous réchauffe le gouvernement chaque fois que la croissance est en berne. Oui, il faut regarder en totalité les spectacles de Dieudonné sur internet (je fais de mon mieux) et le voir sur scène pour comprendre à quel point ce Mozart de la connerie utilise tout son art au service des idées fétides de ses amis (Alain Soral, etc.), dont il est plus sensé de rire à gorge déployée – tant elles sont justement risibles – que de faire comme si elles constituaient la cinquième colonne de l’anti-France.

Dans quelques jours, Dieudonné va repartir en tournée avec son nouveau spectacle (En paix) et le ballet habituel des menaces d’interdiction, des polémiques de civilisation et des crispations ethniques dont, au fond, nombre de ses fans (même les plus bas du front) n’ont strictement rien à foutre à partir du moment où ils passent une bonne soirée. À l’approche des élections régionales et de leur fessée programmée, le Premier ministre et toute sa caravane publicitaire vont faire de la lutte contre l’antisémitisme sur la toile (et donc, contre Dieudonné) une urgence nationale, histoire d’occuper les esprits avec autre chose que les formulaires d’inscription à Pôle emploi. Grand bien leur fasse. Mais qui, du pantin paumé des affreux ou des camelots du PS à la recherche d’un nouveau Jacques Doriot, seront les plus escrocs ? Salles combles et carton d’audience numérique garantis.[/access]

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*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21688271_000004.

L’Irlande logerait-elle les Irlandais d’abord ?

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irlande preference nationale

Alors que la question de l’immigration fait la Une de tous les médias, les logements nécessaires à ces populations comme à celles qui vivent déjà dans les pays concernés se font de plus en plus rares et précieux.

A Dublin, face à la pénurie d’habitations d’urgence, il semble donc que les services sociaux mettent en place officieusement la préférence nationale dans le relogement des personnes sans domicile fixe. Un rapport de l’ONG Crosscare[1. Organisation liée à l’archevêché de Dublin qui œuvre à l’accueil de personnes immigrées en situation de grande précarité.], non publié mais montré aux journalistes de l’Irish Times, indique en effet que le Central Placement Service (CPS), l’instance chargée de l’aide aux personnes sans logement, renvoie les immigrés, mais aussi certains Irlandais récemment revenus de l’étranger, vers d’autres services. Et ce malgré l’obligation légale qui lui est faite de les prendre en charge.

Le rapport relève notamment des critères de sélection « douteux ». Mais la Dublin Region Homeless Executive (DHRE), administration responsable de l’action du CPS, réfute évidemment cette accusation. Son porte-parole, interrogé par l’Irish Times, assure au contraire que tout est fait pour prendre en charge les immigrés en situation précaire : « Un migrant indigent, qui risque de se trouver sans logement et qui se présente à la CPS, sera traité. Nous placerons cette personne et sa famille dans un hébergement… Nous cherchons toujours à empêcher que les gens dorment dans la rue, et à trouver une réponse efficace à ce problème. »

Cependant, le nombre de logements aujourd’hui disponibles en Irlande est inférieur au nombre de demandeurs. Pour cette raison, la DHRE a mis en place des critères de sélection assez stricts d’accès à ces habitations. Les personnes provenant de l’espace économique européen (les 28 de l’UE plus le Liechtenstein, la Suisse, la Norvège et l’Islande) doivent avoir un travail ou prouver qu’elles ont travaillé au moins un an en Irlande. Celles ne ressortissant pas de cet espace doivent en plus prouver qu’elles ont vécu en Irlande au moins cinq ans, en continu ou à différentes périodes.

Il semble pourtant que ces règles ne soient pas suffisamment strictes, puisque l’association Crosscare relève dans son rapport que la procédure de sélection des personnes se résume à une discussion rapidement expédiée. Le texte, daté de début mars, précise notamment que les personnes sont « sommairement renvoyées à la porte [du CPS] après quelques questions hâtives concernant leur nationalité ou leur période de résidence dans le pays ».

Ces demandeurs sont pourtant concernés par la NCU (New Communities Unit), une sous-administration uniquement en charge de l’accueil des populations immigrées. Face à cette situation, Crosscare note qu’elle a dû prendre en charge « au moins 80 » personnes indument renvoyées par le CPS alors qu’elles correspondaient aux critères de l’administration.

La DHRE refuse de prendre officiellement en compte ce rapport qu’elle dit juger « non fiable ». Elle semble pourtant bien avoir entendu certaines voix réclamer ces dernières années que l’on mette les logements irlandais à la disposition des familles irlandaises en priorité. Des slogans xénophobes avaient même été tagués sur quelques maisons de familles immigrées : « les Noirs dehors » ou « les maisons locales pour les locaux seulement ». À l’époque, de tels incidents avaient choqué de nombreux Irlandais, provoquant des rassemblements de soutien aux victimes.

Mais il semble que les partisans de la préférence nationale aient fini par l’emporter et que, face à la grave crise du logement, l’opinion des responsables eux-mêmes ait changée. Et si  la stratégie présumée de l’administration irlandaise n’est pas comparable aux agissements de quelques excités, elle reste symptomatique d’un changement de rapport aux populations étrangères. Idée honnie hier, encore peu assumée aujourd’hui, la préférence nationale serait en passe de devenir un réflexe inconscient au sein de l’administration irlandaise.

*Image : wikicommons.

Je ne me souviens pas de Claire Chazal

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claire chazal balladur

Je m’aperçois qu’en vingt-cinq ans, je crois bien n’avoir jamais regardé un seul journal de Claire Chazal et que les rares fois où je l’ai (entre)vue, c’était pendant des zapping de soirées électorales. Son visage lisse, comme celui de beaucoup de journalistes de TF1, à l’époque, était un indice assez sûr du score de la gauche. On savait avant vingt heures, à une certaine crispation, un certain regard, un certain débit, une certaine inquiétude presque imperceptible si les Partageux avaient gagné.

Il ne fallait pas qu’elle s’inquiète comme ça, Claire Chazal : d’abord elle travaillait sur une chaîne de droite privatisée, lors de la première cohabitation, avec Bouygues comme patron qui avait emporté le morceau grâce au « mieux-disant culturel » et dont un des premiers gestes fut de virer Polac. Ensuite les Partageux n’ont gagné qu’en 1997 et 2012 et se sont révélés à l’usage assez peu partageux, en fait.

Vingt cinq ans, c’est pourtant un morceau d’histoire. Ça nous ramène en 1991. Presque une vie. Je ne me souviens pas, par exemple, si Claire Chazal a annoncé la fin de l’URSS. Surement. On ne peut pas dire qu’elle ait commencé par une bonne nouvelle. C’est dommage, du coup, qu’elle s’en aille à l’époque où l’Europe démocratique mime un demi-siècle plus tard le Bloc de l’Est et en reconstruit un peu partout, des murs, histoire d’éviter le Grand Remplacement.

Je me souviens, en revanche, que le nom de Claire Chazal est devenu tellement familier qu’il a fait partie d’une chanson pour noces et banquets, qu’on chante en fin de repas entre La danse des canards et le petit bonhomme en mousse ou quand votre équipe de foot marque un but décisif. Supporter du Losc, j’ai donc assez peu eu l’occasion de chanter, ces dernières années : « Il est vraiment / Il est vraiment / Il est vraiment phénoménal /La lalala lala la la lalala lala la /La lalala lala la la lalala lala la /Il mériterait /Il mériterait /Il mériterait d´être dans le journal /La lalala lala la la lalala lala la/ La lalala lala la la lalala lala la/ Dans le journal / Dans le journal /Dans le journal de Claire Chazal. »

On se moque, mais ce n’est pas réservé à tout le monde ce genre d’hommages. Barthes aurait pu mettre Claire Chazal dans ses Mythologies entre la DS, le bifteck frites, le Guide Bleu, Poujade et l’Abbé Pierre. Sauf qu’il faudrait placer Claire Chazal dans des Mythologies des années 90, entre les privatisations, l’Euro, les SDF, les restaurants de sushi, la Twingo et le téléphone portable. On a les époques qu’on mérite.

En même temps, comme trace dans l’histoire, ce n’est tout de même pas terrible. Claire Chazal aurait surement préféré qu’on se souvienne d’elle pour ses romans. Elle en a écrit deux : L’institutrice et À quoi bon souffrir ? Ils ont dû bien se vendre. Les gens aiment bien acheter les livres vus à la télé, écrits par des gens qui la font. Après, souvent, ils ne les lisent pas vraiment parce que ce n’est pas terrible. Ils ne l’avoueront jamais. Mais ça se vend bien,  et c’est le principal pour les éditeurs.

Claire Chazal a aussi fait un autre livre, une biographie d’Edouard Balladur.  On a un peu oublié Edouard Balladur. Il a été premier ministre pourtant, en 1993-1995. Il avait promis de ne pas se présenter à la présidentielle et de laisser Chirac y aller. Il n’a pas tenu parole mais Chirac l’a battu quand même malgré le soutien des médias dont celui de Claire Chazal  qui a écrit, avec un vrai courage, sa biographie de Balladur en… 1993. On résume, donc : la biographie du premier ministre en exercice écrite par la présentatrice vedette du journal de la première chaîne de France. Et dire qu’on parle aujourd’hui du journalisme de connivence.

Je ne me souviens pas non plus si Claire Chazal a fait la même tête que pour la gauche, quand Chirac a gagné en 95. Sans doute, puisqu’à cette époque-là Chirac était de gauche.

Pour le JT de TF1,  je vais prendre un chemin identique envers la successeuse de Claire Chazal, qui m’a l’air du même genre de blonde apprêtée avec brushing d’actrice de série américaine : ne pas le regarder. En fait, je regarderai le JT de TF1 le jour il sera présenté par une Monica Vitti  jeune et ouvertement communiste ou assimilée.

Bref, je peux toujours attendre.

*Photo : Sipa. Numéro de reportage : 00723109_000001.

Migrants : le goulot d’étranglement turc

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Ne pouvant plus naviguer entre Charybde et Scylla, les voies de la mer Egée étant de plus en plus mortelles et encombrées, les réfugiés sont forcés de trouver de nouvelles voies pour atteindre l’Europe.

Aujourd’hui, le Hurriyet Daily News rapporte que des centaines de migrants s’attroupent autour de la plus grande gare routière turque dans l’espoir d’embarquer pour la province d’Edirne, située au nord de la Turquie. Cette province est en effet frontalière de la Bulgarie et de la Grèce, deux pays de l’Union Européenne. A cause des « embouteillages » aux frontières, les migrants vont donc devoir prendre un nouveau chemin. Ces réfugiés devront soit traverser les Balkans pour atteindre la Croatie et l’Autriche, soit, peut-être, remonter par la Roumanie, jusqu’à la Slovénie ou la Pologne, en contournant ainsi la Hongrie et sa frontière bientôt infranchissable.

Ces nouveaux migrants sont donc arrivés hier à la gare stambouliote de Bayrampaşa et attendent depuis que les compagnies de bus les laissent rejoindre la province visée, ce qu’elles refusent cependant de faire, bloquant leur mouvement vers l’Europe.

Pour autant, nous dit-on dans cet article, afin de ne pas laisser ces réfugiés sans assistance, la municipalité turque a dépêché des convois d’eau et de nourriture aux migrants. Mais si certains ont accepté cette aide, d’autres l’ont refusée, clamant qu’ils voulaient seulement prendre le bus pour quitter la Turquie. Et pour cause, ils ont payé leurs billets et sont retenus contre leur gré : « Nous voulons aller à Edirne. Nos tickets, que nous avons achetés il y a cinq jours, ont été annulés aujourd’hui. Quand nous demandons pourquoi, ils nous disent que les Syriens ne sont pas autorisés à sortir » explique Hüseyin Aljumaa, un migrant syrien de 19 ans au journal turc.

« Nous sommes reconnaissants pour la nourriture mais ce n’est ce que nous voulons » ajoute-t-il. Certains réfugiés ont donc entamé une marche en direction d’Edirne mais ont été stoppés par la police.

Echaudés par l’activité policière, ces migrants se sont mis à scander le nom de la ville d’Edirne et à clamer « Allahou Akbar »…

Ces personnes devront pourtant bien emprunter un chemin. Et la route de l’est, si longue soit-elle, permettra peut-être de désengorger les voies méditerranéennes et d’épargner des vies. Face aux deux millions de personnes en transit qui se trouvent actuellement en Turquie, les autorités ne pourront pas résister au mouvement très longtemps.

Salon salafiste de Pontoise : la première qui dit la vérité…

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celine pina islam ps

celine pina islam ps

Après la salafiste pride du week-end dernier, sobrement appelée « Salon de la femme musulmane de Pontoise », une seule élue avait vigoureusement pris la parole pour dénoncer cette atteinte aux valeurs de la France : Céline Pina, conseillère régionale socialiste sortante d’Île-de-France. Il faut dire que cela fait un peu désordre dans la patrie des droits de l’homme, qui a plutôt  la tradition des joutes entre Voltaire et Rousseau, un débat entre prédicateurs salafistes sur la meilleure façon de marie-trintigner sa femme voilée. Chez Bourdin, Céline Pina avait regretté la tenue de cet événement – heureusement perturbé par les Femen – que la mairie aurait très bien pu interdire pour menace de trouble à l’ordre public. Après tout, imagine-t-on l’organisation d’un « salon du migrant » où des prêcheurs de haine discuteraient du bienfondé des ratonnades ?

L’intervention de la socialiste fut très remarquée, notamment d’une fraction de la population regrettant l’abandon par la gauche de la laïcité et d’une certaine idée de la femme qui sont l’une des mamelles de l’identité française. Mais Céline Pina n’a pas fait que des heureux, surtout dans son propre parti. Sa prise de position courageuse lui vaut en effet… une menace d’exclusion du PS, signée de la main même de Rachid Temal, premier fédéral du Val d’Oise ! Depuis juillet, on sait que ce dernier conduira la liste socialiste aux régionales dans le département en lieu et place de l’élue rebelle, qui ne souhaitait pas se représenter en raison des « positions floues » de Solférino sur la « laïcité, le communautarisme » et une forme de « clientélisme » à l’échelle locale. Quand les choses sont floues, il y a un loup, dirait Martine Aubry – qui maîtrise par ailleurs très bien ces dossiers. Le paysage s’éclaircit lorsqu’on connaît la préférence croissante des apparatchiks socialistes pour la « diversité » (ethnique) au détriment de l’égalité (sociale, économique, sexuelle).

Bref, pas besoin d’être Jérémie pour comprendre ce qui s’est tramé en coulisse, il suffit de lire la prose de l’accusée Pina pour comprendre que son combat féministe et laïque – deux nouveaux gros mots au PS ? – dérange. Ainsi écrivait-elle au lendemain des attentats de janvier, sans craindre de briser l’unanimisme charliste : « Trois mots reviennent souvent dès que l’on évoque le massacre perpétré à Charlie Hebdo: « Pas d’amalgames! » Je comprends cette nécessité mais une telle injonction ne sera possible que si elle ne s’opère pas au prix d’un déni. Bien sûr que faire l’amalgame musulman égale terroriste serait un désastre, mais nier le fait que des courants obscurantistes exercent une pression de plus en plus forte sur la communauté musulmane, que ces courants gagnent du terrain, que certains jeunes et moins jeunes sont fascinés par la violence et la brutalité de Daesh et que leur rapport à la religion les amène à rejeter des éléments fondamentaux de notre contrat social (égalité femmes/hommes, laïcité, liberté d’expression) serait pire encore.»

Padamalgam, padamalgam, padalmagam, point : le mantra du socialisme réellement existant n’admettait aucune virgule, nuance ni « mais ». Pour avoir enfreint ce tabou et brossé un tableau du cancer islamiste qui gangrène la société, Céline Pina s’est fait de sérieux ennemis. Parler le Cambadélis, c’est tout un art : comparer l’« islamophobie » à l’antisémitisme, l’Etat islamique à Israël, histoire de se ménager le vote antisarkozyste des banlieues, demande du métier. Et une sacrée dose de roublardise. Au risque de saborder sa carrière, Céline Pina n’incrimine pas le Front national ou je-ne-sais-quel nervis fascistes sortis de derrière les fagots lorsqu’il s’agit de combattre l’islamisme immense et vert.

Dans sa tribune choc du mois de janvier, Céline Pina interpellait ses camarades : « nos élus locaux, parfois si engoncés dans leur clientélisme et souvent eux-mêmes peu au fait sur ces questions, auront-ils le courage de porter cette parole? Surtout lorsque l’on sait que cela peut faire de vous une cible? Faut-il laisser les enseignants se battre seuls sur des problématiques aussi dangereuses, alors qu’ils se font déjà souvent agresser par des élèves ou leurs parents sur des problèmes qui vont de la revendication du halal, du port du foulard à la difficulté d’enseigner la Shoah? »

Huit mois plus tard, l’élue de banlieue tient sa réponse.

P.S : Tandis que le premier secrétaire fédéral du PS-95 dément l’exclusion de Céline Pina, cette dernière maintient que Rachid Temal souhaitait l’évincer de son parti. Il y aurait renoncé, faute de soutiens. Enfin une bonne nouvelle !

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Contre Daech, «quatre ou cinq combattants formés»

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lloyd austin syrie obama daech

lloyd austin syrie obama daech

Il y a un peu moins d’un an, les États-Unis annonçaient leur intention de former 5.400 combattants syriens « occidentalo-compatibles ». Pour atteindre cet objectif, un budget de quelque 500 millions de dollars a été alloué au programme de formation, ce qui revient à un coût d’un peu moins de 10.000 dollars par combattant. Avant-hier, au cours de son audition devant une commission du Congrès américain, le général Lloyd Austin, chef du CentCom (Commandement chargé du Moyen-Orient et de l’Asie centrale), a reconnu que les résultats du programme étaient pour le moins mitigés.

D’un côté, l’argent a été intégralement dépensé, ce qui est a priori une bonne chose. En revanche, côté résultats, c’est Fort Alamo et la Berezina réunis : le nombre de combattants formés oscille entre… quatre et cinq. On aurait pu s’attendre à une plus grande précision, s’agissant de tels chiffres, d’autant que la marge d’erreur change radicalement le coût à l’unité : 100 millions de dollars s’ils sont bel et bien cinq, 125 millions s’ils ne sont que quatre à être prêts à affronter l’État islamique. Tout compte fait, cela fait un peu cher et surtout atrocement ridicule. Le plus grave est que ce programme constitue un pilier important de la stratégie américaine de lutte contre l’Etat islamique. Selon Barack Obama, la campagne contre l’EI lancée l’été dernier doit durer trois ans. Pourquoi si longtemps ? Puisque les États-Unis n’ont pas l’intention d’envoyer de troupes au sol (à l’exception des forces spéciales), les Américains limitent leur rôle à trois tâches : rassembler et diriger la coalition anti EI, diriger la guerre aérienne et finalement trouver les troupes nécessaires pour engager le combat terrestre. Les 5.400 combattants que les Américains auraient dû former constituent un des composants terrestres de la stratégie anti-EI en combattant directement sur le front, mais surtout en encadrant des dizaines de milliers d’autres Syriens. Côté irakien, l’espoir d’une armée capable de se mettre en ordre de marche et de récupérer les territoires perdus en 2014 s’éloigne également. Et les forces kurdes ne peuvent à elles seules assumer cette lourde tâche, même en cas (improbable) d’entente avec les Turcs.

Quant aux Russes, il paraît que leur intention est de créer une base dans la région côtière de Tartous et Lattaquié. Pour le moment, les troupes déployées correspondent d’ailleurs uniquement à ce qui est nécessaire pour créer et protéger cette base. Autrement dit, il semblerait que les Russes n’aient pas l’intention de participer directement aux efforts au sol et que leur contribution au combat terrestre contre l’EI soit indirecte : les forces loyales au régime déployées dans la région de Lattaquié pourraient être envoyées ailleurs. Bref, de tous les côtés, rien ne permet de penser que les différents acteurs du conflit syrien ont l’intention de briser la guerre d’usure en cours depuis des années. Des millions de Syriens et d’Irakiens garderont donc comme unique espoir la perspective de refaire leur vie en Europe.

*Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21794023_000007.

Crise migratoire: l’Europe coupée en deux?

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Autriche Hongrie migrants mur

Autriche Hongrie migrants mur

A Vienne, on s’énerve de plus en plus de son voisin magyar. Le chancelier autrichien, Werner Faymann, est excédé par la manière dont Viktor Orbán gère la crise des migrants. « Il s’est disqualifié politiquement », disait l’Autrichien quand le Hongrois bâtissait sa barrière frontalière. « Il est irresponsable » tonnait-il encore lorsque son homologue s’en tenait au règlement européen de Dublin et retenait (les Autrichiens ont préféré le verbe « parquer ») les migrants en gare de Budapest.

Mais là où Orbán est allé trop loin, c’est quand une obscure affaire de trains affrétés par le gouvernement hongrois, pour déplacer des migrants contre leur gré, a éclaté : « Mettre des réfugiés dans des trains et les envoyer à un endroit complètement différent de celui où ils pensent aller, ça nous rappelle les heures les plus sombre de notre continent » s’est indigné, dans une interview, le dirigeant social-démocrate de Vienne.

Plusieurs précisions s’imposent. Premièrement, les Autrichiens comme les Allemands ne s’embarrassent pas de précisions, ils ne parlent que de « réfugiés » (« flüchtlinge »), c’est-à-dire de personnes fuyant légitimement des persécutions et relevant des droits accordés par la célèbre Convention de Genève. Le monde médiatique germanique a créé une Weltanschauung en noir et blanc, avec d’angéliques réfugiés au regard tendre, gorgés de détresse et d’amour, qu’il s’agirait d’accueillir à bras ouverts, face à des Hongrois barbares et quasi-sanguinaires, nationalistes et réactionnaires. En second lieu, Faymann emploie l’expression éculée des « heures les plus sombres », etc. D’une part on peut rire du fait qu’un Autrichien se permette cela, de l’autre on peut s’indigner de cette éternelle relativisation des crimes nazis. A ce rythme, quand il y aura la queue pour obtenir les aides sociales dans les centres d’accueil des réfugiés, Faymann n’hésitera pas à faire la comparaison avec les conditions de vie au camp de Mauthausen.

Orbán s’est d’abord emporté : il a convoqué l’ambassadeur d’Autriche à Budapest à son ministère des affaires étrangères, pour avoir une explication sur la déclaration autrichienne. Cette procédure est devenue anecdotique dans ce qui fut l’empire des Habsbourg : des deux côtés de la frontière, chaque ambassadeur a déjà été convoqué plusieurs fois ce mois-ci dans sa capitale de service. Mais Orbán, sur un ton calme, presque cabotin, a livré une interview au journal autrichien Die Presse, pour expliquer définitivement sa position. « J’ai de bonnes relations avec Werner Faymann. Lorsque nous parlons, il n’utilise pas les expressions horribles qu’il utilise dans la presse. C’est le jeu politique, ce n’est pas sérieux », nous assure le chef d’Etat.

Il va en réalité plus loin que ces simples éléments de langage pour expliquer l’incompréhension ontologique entre Vienne et Budapest. Selon lui, l’Europe s’est coupée en deux, et la frontière austro-hongroise est en fait une ligne de faille correspondant à une frontière plus grande : une frontière civilisationnelle. D’un côté l’Occident relativiste, droit-de-l’hommiste, libéral et en bonne voie d’islamisation, de l’autre des pays qui cherchent à rester souverains, chrétiens et traditionnels. « L’essentiel, c’est le défi de l’intégration de ces musulmans. En Europe, elle ne s’est pas faite : des sociétés parallèles vivent les unes à côté des autres. Je ne dénie pas à une nation le droit de fonctionner de telle façon. Mais nous, en Hongrie, nous ne voulons pas suivre cette voie ». Aujourd’hui, une grande partie de la population française ne cache plus qu’elle partage le constat du Hongrois : l’intégration des musulmans n’a fonctionné nulle part. Malheureusement, on a choisi pour nous la voie du multiculturalisme, et la société parallèle musulmane s’est effectivement créée, pensent-ils. Si l’on adhère à ce constat, comment en vouloir à Orbán de chercher à éviter cette catastrophe, quitte à ignorer les obligations du devoir d’asile ? C’est là que se trouve, selon lui, la fracture civilisationnelle : l’intérêt national prime sur les considérations morales à l’est, quand l’intérêt national n’existe presque plus à l’ouest. Autre chose, le premier ministre tient à la chrétienté, mais semble la circonscrire à la raison d’Etat, comme cela est permis par sa chapelle : « Quant aux positions du pape François (qui a demandé à chaque paroisse d’accueillir une famille), je les respecte. Mais en tant que protestant, je suis de ceux qui pensent qu’il n’est pas infaillible. » L’Occident, à l’inverse, a pour lui tout perdu, tant de la chrétienté que de la raison d’Etat.

Certains journaux s’expliquent l’hostilité hongroise à l’accueil des migrants, majoritairement musulmans, par sa longue période de soumission du pays à l’empire ottoman et à son calife, qui aurait laissé des séquelles jusqu’à nos jours. Peut-être. Quoi qu’il en soit, Orbán reste droit dans ses bottes. Il assume son contre-modèle, qu’il a même osé comparer à celui de – horresco referensVladimir Poutine. Nombreux sont ceux qui voudraient s’en inspirer, plus à l’ouest, qu’ils votent pour le FPÖ en Autriche ou pour le FN en France. Malheureusement pour eux, ils se voient traiter de populistes, de nationalistes, ou accuser (comme Marine Le Pen par Nicolas Sarkozy) de manquer d’humanité envers les migrants. On leur colle la photo du petit Aylan Kurdi devant les yeux en leur répétant que c’est leur faute, leur responsabilité, quand en Hongrie on les appelle des patriotes (« hazafi »). Mais que voulez-vous, vérité en-deçà du Burgenland[1. Le Burgenland est la région autrichienne frontalière avec la Hongrie.], erreur au-delà.

*Photo : SIPAUSA31361653_000085

Langues : sauvons la diversité européenne!

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langue anglais europe

langue anglais europe

« Sauvons la diversité de la pensée européenne ! » Une telle déclaration peut paraître au premier abord exagérée. Après tout, nous vivons dans une nouvelle ère de globalisation, pour ne pas dire de mondialisation. Il faut donc s’adapter au changement si l’on veut rester dans la ligue des leaders incontournables de ce monde. Pour reprendre Darwin, « les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements ».

Ainsi la planète entière se met-elle à l’anglais. Même la première puissance économique, l’Union Européenne, confédération multiculturelle, l’a de facto adopté comme langue de travail. Rappelons que cette langue est celle d’un Etat non fondateur qui menace de quitter les institutions européennes d’ici 2017, s’il n’obtient pas des exemptions au niveau des règles du club. On l’a vu ces derniers jours encore, la Grande-Bretagne refuse de joindre le programme solidaire de répartition des réfugiés syriens sur  le territoire de la Communauté européenne.

Il est de plus en plus probable que l’UE se retrouvera avec une langue de travail qui n’est pas celle de ses membres, sachant les 4,5 millions d’Irlandais ont le gaélique. En imposant l’anglais aux bureaucrates de Bruxelles, les Européens s’assujettissent implicitement à la pensée anglo-saxonne ; je fais référence uniquement à une façon de concevoir le monde et de l’évaluer par des critères américains dont la Grande-Bretagne est la première victime, en abandonnant progressivement l’Etat providence et en pariant sur une économie centrée sur la spéculation financière à haut risque.

En ayant l’anglais comme langue de communication, les Européens se soumettent donc à une conception du monde où la consommation à outrance, la valorisation de la richesse matérielle, l’individualisme, le communautarisme seront de mise. Les critères de qualité de vie, de cohésion sociale, de solidarité, d’intégration, de développement durable, de compassion pour les plus démunis,  de la protection environnementale ne compteront plus. Certes, les Etats-Unis sont une grande nation qui reste impressionnante par son dynamisme, sa démocratie, son optimisme et par la volonté de ses citoyens à devenir riches et célèbres, mais il est essentiel de garder notre identité européenne qui partage les valeurs de liberté et de démocratie avec les Américains, mais qui diffère au niveau de nos idéaux.

Les Français, en particulier, rechignent à s’adapter à la mondialisation, ne se sentent pas  très à l’aise avec la langue anglaise. Leur conception de la laïcité les distingue des autres. Selon les anglophones l’accent français est très joli, sexy même, mais ce faux compliment les dessert ; en effet, dans le monde du négoce, notre intonation et notre prononciation nous rendent plutôt comiques et nuisent à notre crédibilité. S’y ajoutent une économie stagnante, un fort taux de chômage, une bureaucratie tentaculaire, une élite coupée de la réalité, des réformes timides, un état trop pesant et un échec de l’intégration des enfants d’immigrés.

Néanmoins, la France a su préserver une économie diversifiée, une industrie, une démographie dynamique grâce à sa politique sociale, une main d’œuvre qualifiée,  une unité nationale qui doit être renforcée afin que les manifestations après les attentats contre Charlie hebdo et l’Hyper Cacher n’aient pas été qu’un feu de paille.  Elle doit lutter avec ses partenaires pour officialiser trois langues de travail égales dans les institutions européennes : une langue germanique, une langue latine et une langue slave ; ainsi, la diversité de la pensée et  des valeurs sera respectée.

L’Europe, tour de Babel, doit se construire avec l’efficacité et la comptabilité allemandes, le progressisme scandinave, la créativité italienne, le dynamisme polonais, le modernisme espagnol, l’engouement irlandais, l’adaptabilité néerlandaise, la philosophie grecque, les idéaux de solidarité français et pourquoi pas avec une dose de pragmatisme britannique. S’adapter peut vouloir dire « non » à l’uniformité.

*Photo: Pixabay.

Guerre froide en plein conseil de sécurité

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Qui est responsable de la crise des migrants ? Le russe Sergueï Narychkine, président de la Douma et homme-clé du parti poutinien Russie Unie, le sait et le clame haut et fort : l’OTAN et les Etats-Unis.  Dans un discours devant les représentants de 56 pays, lors de l’assemblée parlementaire de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) en Mongolie,  l’homme d’Etat russe n’y est pas allé avec le dos de la cuillère : « Je ne suis pas un partisan des théories du complot, prend-il soin de préciser, mais la question doit être posée : l’Europe, n’est-elle pas le but ultime de ceux qui ont, avec une telle persistance maniaque, déstabilisé la situation en Afrique du nord et au Proche-Orient au cours des dernières années? ».

Quelques phrases plus tard, il a répondu à sa propre question : « Malheureusement, depuis longtemps, l’Europe observe et contemple froidement comment la botte militaire de l’Otan piétine les idéaux moraux et les règles fondamentales qui sont à la base du droit international. J’en parle en prenant exemple sur les positions de l’Europe par rapport aux interventions en Irak, en Libye et par rapport à ce qui se passe actuellement [..] Les masques tombent. Les peuples commencent à s’interroger, ils comprennent que les directions de Washington altèrent la souveraineté nationale de leur pays [..] On pouvait supposer et savoir que ce flux de réfugiés, de pauvres gens qui fuient une mort annoncée, se précipiterait vers les pays prospères de l’Union européenne. »

Beaucoup de choses sont possibles et le fait que les Etats-Unis portent une part de responsabilité dans la situation actuelle est une évidence. En même temps, on peut aussi rappeler la désastreuse guerre soviétique en Afghanistan qui n’a pas non plus contribué à la paix et à la stabilité dans le monde ou encore les relations étroites entre Moscou et Damas qui n’ont pas empêché les dirigeants syriens de transformer une crise politique grave en guerre civile qui menace toute la région.

La thèse russe selon laquelle le gouvernement américain avait, dès 2011, compris la situation en Syrie puis mis en place un plan qui s’est déroulé exactement selon ses attentes, est bien flatteuse pour le pays de l’Oncle Sam. Dans ce jeu de billard à trois bandes, Narychkine n’est pas seulement spécialiste en géopolitique mais aussi acteur de la partie. Comme on commence à le comprendre depuis quelques semaines, les Russes ont décidé de s’investir davantage dans la crise syrienne. Le ministre des Affaires étrangères américain, John Kerry, tout aussi neutre que Narychkine, rejette la version russe de l’affaire syrienne.

Sur la scène de l’OSCE, se joue l’acte politico-médiatique des grandes manœuvres stratégiques. Le rideau tiré, il nous reste à comprendre le sens de l’intrigue. Le renforcement de la présence russe en Syrie est la preuve que le régime et ses alliés chiites (l’Iran et le Hezbollah) n’arrivent pas, malgré les succès de 2014, à changer le cours de la guerre. Difficile de ne pas penser, côté Moscou, à l’Afghanistan, côté Washington, à l’Irak. Si Poutine se risque à accroitre sa présence en Syrie, c’est que l’enjeu doit vraiment être de taille.

Afrique du Sud: des quotas pour Mandela

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rugby Afrique du Sud quotas racisme

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« La lutte contre le racisme, cheval de bataille de Nelson Mandela, notamment pendant la Coupe du monde au pays en 1995, se poursuit encore aujourd’hui. » C’est par ces mots que le site spécialisé Eurosport.fr annonçait il y a quelques jours la décision de la fédération sud-africaine de rugby (SARU) d’instaurer des quotas de joueurs noirs dans toutes les sélections de rugby du pays.

En réalité, cette politique n’est pas nouvelle puisque la SARU avait déjà contraint la sélection nationale, le 24 février dernier, à choisir « sept joueurs non blancs » dont deux « obligatoirement noirs » pour la coupe du Monde 2015.

Mais l’institution a décidé d’aller beaucoup plus loin, comme l’indique un rapport publié début septembre : « En 2019, 50% des joueurs de la sélection (ainsi que les joueurs des clubs) devront être noirs. Dans les cinq ans à venir, 40% des managers et 50% des coaches devront également l’être. Dès 2015, 7 joueurs sur 23 de toutes les équipes de Super Rugby devront être de couleur noire, et il devra y avoir au moins 5 joueurs de couleur noire en même temps sur le terrain. 80% des joueurs recrutés par les académies devront également « à l’avenir » être de couleur noire. » (source Lequipe.fr)

Que le racisme n’ait pas totalement disparu en Afrique du Sud, ce n’est pas vraiment un scoop. Que les recruteurs se tournent davantage vers les écoles riches dotées de meilleures infrastructures et dans lesquelles les blancs sont majoritaires, c’est fort probable. Mais on peut légitimement se demander si la meilleure façon de combattre le racisme consiste à distinguer sans cesse noirs et blancs. Et la meilleure façon de garantir l’équité à créer des quotas.

Il faut croire que oui, puisque cette politique tellement révélatrice des progrès de nos civilisations séduit d’autres sélections de l’hémisphère sud, comme nous l’apprend un article de L’express du 8 septembre : « Ainsi, pour la coupe du Monde 2015, le squad de l’équipe d’Australie devra comporter 10% de noirs dans son staff. Et le sélectionneur, Ewen McKenzie, devra choisir au minimum cinq joueurs de couleur, selon les statuts de la fédération australienne. »

Lors de la Coupe du Monde, qui débute samedi, le sélectionneur de l’Afrique du Sud, Heyneke Meyer, qui a déjà fait l’objet de nombreuses accusations de racisme, aura-t-il la possibilité, s’il juge un de ses joueurs noirs fatigué ou en méforme, de le remplacer ? Pire, aura-t-il le droit de le remplacer par un blanc ? Et quid du métis ? On a hâte que la SARU statue sur ce sujet. En août, un syndicat de travailleurs du pays, qui lui intimait de mettre sur le terrain « une équipe des Springboks plus représentative de ce qu’est l’Afrique du Sud », avait bien failli obtenir sa tête.

Plus près de nous, en 2011, Laurent Blanc et plusieurs représentants de la FFF subissaient les foudres médiatiques pour avoir évoqué la mise en place de quotas tacites dans le monde du football, afin d’éviter notamment la fuite des binationaux vers leurs pays d’origine. Aujourd’hui, ces mêmes journalistes saluent l’apparition de quotas officiels dans la sélection sud-africaine, Le Monde qualifiant ce plan d’« ambitieux » et les grands journalistes d’Eurosport.fr n’hésitant pas à comparer cette initiative au combat de toute une vie de Nelson Mandela.

Un monde dans lequel trier les hommes en fonction de leur couleur de peau permettrait de combattre le racisme et dans lequel l’instauration de quotas garantirait l’égalité, avouez qu’il fallait y penser. Pour un scénario à la Invictus, on repassera…

*Photo : SIPA/REX40397323_000022

Au lit avec Dieudonné

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dieudonne comique antisemitisme

dieudonne comique antisemitisme

Au panthéon du masochisme de salon et autres perversions domestiques, certains exaltés comme Jean-Luc Mélenchon relisent les grands auteurs d’extrême droite pour nourrir leurs réflexions républicaines. D’autres, à la manière de Tony Soprano (Les Soprano, HBO), s’endorment devant des documentaires sur les batailles de l’Afrikakorps en mangeant de la crème glacée. Moi, je regarde Dieudonné sur le net (J’ai fait l’con, Foxtrot, Mahmoud, Le Mur, la chaîne Quenel+, etc.), seul et nu sous mes draps à la nuit tombée. Je sais, ça jette comme un froid. Surtout lorsque – c’est mon cas – on a les cheveux bien dégagés autour des oreilles, une passion pour l’histoire des sociétés secrètes et des aïeux qui ont toujours un peu confondu, c’est vrai, Marthe Villalonga et Golda Meir… Mais je n’y peux rien, c’est plus fort que moi. Dieudonné sur YouTube (« Le Premier ministre Manu Blancos, il ne se rend plus compte que sur internet, le système dans lequel il est, il n’existe quasiment plus ») me fait l’effet d’un discours de Mussolini en casque à plumes, remixé par Jay-Z avec toute la puissance comique de Fernandel et Jimmy Fallon réunis (l’ex-humoriste vedette du Saturday Night Live sur NBC). Ah, ces saillies antisémites grognées toutes les dix minutes comme dans une pub pour les céréales (« Si BHL est philosophe, alors peut-être que les chambres à gaz n’ont pas existé ») ! Quel talent pour le racisme chansonnier, ce M’Bala M’Bala (« Vous êtes chinois ? Mais pour quoi faire ? ») ! On a la gerbe en cascade (« Calme-toi, je vais pas te déporter »), un vrai geyser de merde en mode « repeat » (« Moi, j’ai de très bons amis au Hezbollah, ils ne se sentent pas du tout terroristes »)…

Mais qu’est-ce qu’on se marre (même de travers).[access capability= »lire_inedits »] Je l’avoue – et peut-être est-ce très irresponsable de ma part –, je suis un peu comme Pascal Bruckner et quelques autres, toujours aussi fasciné par le génie comique de ce Farrakhan grotesque d’Eure-et-Loire (« Je te salue, George. Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne sur la terre comme dans les sous-sols, si riches en pétrole »), son sens presque chimique du public (« Vous êtes possédés ou quoi ? »), son écriture à la Audiard qui se serait oublié à l’apéro (« J’roulais comme un assassin »)… Fasciné et révulsé, comme après un gros patin sous la douche avec Bachar al-Assad, par ses bouffées délirantes sur les Juifs (« Le rêve américain, ça marche quand on est blanc et qu’on est juif »), la guerre des races et le grand complot (« Le 11 Septembre, tu bouffes, tu la fermes, tu finis les miettes dans l’assiette »), qu’il transcende avec un sens du martyre et de la vanne (« Hitler lui-même était nègre, Mi-choco il se faisait appeler ») totalement inégalé dans l’histoire des futurs dictateurs. Pardon, mon Dieu ! Pardon, Manuel Valls et tous les socialistes à théière de la presse ! Il m’arrive de rigoler, voire même de hurler de rire (quand les volets sont bien fermés), devant les blagues les plus inavouables du Brasillach camerounais (« Je me suis converti au judaïsme, la religion du profit »), tout en souhaitant qu’il ne les ait jamais faites (surtout celles sur Patrick Cohen) et qu’on passe – enfin – à autre chose.

Car le vrai problème, ce n’est pas tant que j’aime rire de tout avec n’importe qui (et visiblement, je ne suis pas le seul). C’est qu’après dix ans de goulag et d’autocensure sur le sujet, dix ans à faire comme si les spectacles de Dieudonné et ses fans ne relevaient que de la chronique judiciaire, dix ans à ne jamais oser en parler autour de soi, de peur de perdre illico, et dans l’ordre, sa femme, ses amis, son froc et tout avenir professionnel dans un rayon de 100 kilomètres au large des côtes françaises, j’en étais arrivé – comme une partie de son public – à ne plus voir l’artiste qu’en pointillé. C’est-à-dire bien souvent pour le meilleur et pour le pire. Une citation dégueulasse par-ci (« Le mariage pour tous est un projet sioniste »), un bout de provo néonazie par-là (« J’ai dit à mon père qu’il aurait pu mourir à Auschwitz, c’est plus classe, et derrière y a les moyens de gratter un peu »), quelques effets de manches devant les tribunaux (« Le seul endroit où je vais pouvoir me produire jusqu’à la fin de l’année »). Et, au bout du compte, des extraits de sketchs picorés en streaming (« Nous en Afrique, on dit que quand tu es pédé comme ça, ce n’est pas de ta faute. C’est parce que tu as été ensorcelé, c’est Belzébuth qui est rentré dedans par les fesses »), si grinçants et frappadingues qu’ils renvoient dos à dos l’intégralité des humoristes français à l’école du rire. « Ce qui est vicieux, c’est qu’il est toujours aussi drôle », déplore son ancien camarade de jeu Élie Semoun. Lui qui a tant de mal à remplir les salles de ses débuts sait combien le révisionnisme potache (et sinistre) de Dieudonné n’a rien gâché de ses dons pour l’absurde (« Heureusement que j’ai eu un père alcoolique qui m’a inculqué des valeurs, sinon je te défoncerais la gueule ») et le jeu de scène, au contraire. Que valent aujourd’hui les Bigard, Timsit, Dubosc et Cie, face à la fièvre et l’hystérie vacharde de la vague Dieudonné ? Que vaut même le Dieudonné d’avant le sketch fatidique du colon israélien chez Fogiel (le 1er décembre 2003) et le pétage de plombs qui s’est ensuivi ? Il faut revoir dans son intégralité Cocorico !, le troisième spectacle en solo de Dieudonné à Bobino (2002), un an avant sa grande transformation en salafiste de cabaret. Tout est là : les grognements de hyène, le rudoiement du public, le phrasé de Martien beauf (« J’aime faire chier les cons »), la théorie du complot, les digressions douteuses, la rage… Mais en sourdine, presque à l’étouffée, du Dieudonné mezzo voce. Même sa célèbre punchline : « Ferme-la ! Ferme-la à tout jamais ! Ferme-la physiquement » n’est encore qu’un banal : « Tais-toi, mais tais-toi donc. » Du bon one-man-show, du « comique intello », comme l’encensait la presse de l’époque – quelle ironie –, mais terriblement périssable et petit bras, limite Chris Rock égaré chez Bouvard. Deux ans plus tard, c’est une vraie pop-star qui fait son entrée sur scène pour la représentation de Mes excuses (« Pardonne à la bête les offenses proférées, mais je n’ai pas d’âme, mes paroles ne sont qu’un grognement instinctif ») à… Montréal. L’antisémite est devenu la diva des horribles, et même les familles canadiennes du festival Juste pour rire ne trouvent rien à y redire. Certains, m’a-t-on laissé entendre, en rigoleraient encore. Des idiots utiles ? Si ça peut vous faire plaisir. Quant à moi, autant l’avouer ici tout de suite et pour toujours, je n’ai jamais trouvé le courage d’aller voir Dieudonné sur la scène de son Théâtre de la Main d’Or (Paris XIe). Sûrement trop peur qu’on me reconnaisse dans la queue ou de passer la fin de soirée au kebab avec des intellos à casquette ! Ma dieudophilie est comme une partouze de notaires. Faux derche, en ligne et surtout très discrète. Ses sketchs sur les présidents africains (Ignace Mukuna, la « montagne de flamboyance »), les Pygmées (« Les mecs, ils trimbalent des bactéries du Moyen Âge, à dix mètres tu te grattes ») et les alambics du Cameroun (« Avec ça, même les Blancs ont les cheveux qui frisent, dans le quartier tout le monde est rouquin ») libèrent, un temps, des araignées en vert-de-gris qui squattent le cerveau malade de leur auteur. Des pollutions nocturnes qui soulagent aussi, il faut bien le dire, de la bien-pensance en triple couche que nous réchauffe le gouvernement chaque fois que la croissance est en berne. Oui, il faut regarder en totalité les spectacles de Dieudonné sur internet (je fais de mon mieux) et le voir sur scène pour comprendre à quel point ce Mozart de la connerie utilise tout son art au service des idées fétides de ses amis (Alain Soral, etc.), dont il est plus sensé de rire à gorge déployée – tant elles sont justement risibles – que de faire comme si elles constituaient la cinquième colonne de l’anti-France.

Dans quelques jours, Dieudonné va repartir en tournée avec son nouveau spectacle (En paix) et le ballet habituel des menaces d’interdiction, des polémiques de civilisation et des crispations ethniques dont, au fond, nombre de ses fans (même les plus bas du front) n’ont strictement rien à foutre à partir du moment où ils passent une bonne soirée. À l’approche des élections régionales et de leur fessée programmée, le Premier ministre et toute sa caravane publicitaire vont faire de la lutte contre l’antisémitisme sur la toile (et donc, contre Dieudonné) une urgence nationale, histoire d’occuper les esprits avec autre chose que les formulaires d’inscription à Pôle emploi. Grand bien leur fasse. Mais qui, du pantin paumé des affreux ou des camelots du PS à la recherche d’un nouveau Jacques Doriot, seront les plus escrocs ? Salles combles et carton d’audience numérique garantis.[/access]

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Également en version numérique avec notre application :

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21688271_000004.

L’Irlande logerait-elle les Irlandais d’abord ?

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irlande preference nationale

irlande preference nationale

Alors que la question de l’immigration fait la Une de tous les médias, les logements nécessaires à ces populations comme à celles qui vivent déjà dans les pays concernés se font de plus en plus rares et précieux.

A Dublin, face à la pénurie d’habitations d’urgence, il semble donc que les services sociaux mettent en place officieusement la préférence nationale dans le relogement des personnes sans domicile fixe. Un rapport de l’ONG Crosscare[1. Organisation liée à l’archevêché de Dublin qui œuvre à l’accueil de personnes immigrées en situation de grande précarité.], non publié mais montré aux journalistes de l’Irish Times, indique en effet que le Central Placement Service (CPS), l’instance chargée de l’aide aux personnes sans logement, renvoie les immigrés, mais aussi certains Irlandais récemment revenus de l’étranger, vers d’autres services. Et ce malgré l’obligation légale qui lui est faite de les prendre en charge.

Le rapport relève notamment des critères de sélection « douteux ». Mais la Dublin Region Homeless Executive (DHRE), administration responsable de l’action du CPS, réfute évidemment cette accusation. Son porte-parole, interrogé par l’Irish Times, assure au contraire que tout est fait pour prendre en charge les immigrés en situation précaire : « Un migrant indigent, qui risque de se trouver sans logement et qui se présente à la CPS, sera traité. Nous placerons cette personne et sa famille dans un hébergement… Nous cherchons toujours à empêcher que les gens dorment dans la rue, et à trouver une réponse efficace à ce problème. »

Cependant, le nombre de logements aujourd’hui disponibles en Irlande est inférieur au nombre de demandeurs. Pour cette raison, la DHRE a mis en place des critères de sélection assez stricts d’accès à ces habitations. Les personnes provenant de l’espace économique européen (les 28 de l’UE plus le Liechtenstein, la Suisse, la Norvège et l’Islande) doivent avoir un travail ou prouver qu’elles ont travaillé au moins un an en Irlande. Celles ne ressortissant pas de cet espace doivent en plus prouver qu’elles ont vécu en Irlande au moins cinq ans, en continu ou à différentes périodes.

Il semble pourtant que ces règles ne soient pas suffisamment strictes, puisque l’association Crosscare relève dans son rapport que la procédure de sélection des personnes se résume à une discussion rapidement expédiée. Le texte, daté de début mars, précise notamment que les personnes sont « sommairement renvoyées à la porte [du CPS] après quelques questions hâtives concernant leur nationalité ou leur période de résidence dans le pays ».

Ces demandeurs sont pourtant concernés par la NCU (New Communities Unit), une sous-administration uniquement en charge de l’accueil des populations immigrées. Face à cette situation, Crosscare note qu’elle a dû prendre en charge « au moins 80 » personnes indument renvoyées par le CPS alors qu’elles correspondaient aux critères de l’administration.

La DHRE refuse de prendre officiellement en compte ce rapport qu’elle dit juger « non fiable ». Elle semble pourtant bien avoir entendu certaines voix réclamer ces dernières années que l’on mette les logements irlandais à la disposition des familles irlandaises en priorité. Des slogans xénophobes avaient même été tagués sur quelques maisons de familles immigrées : « les Noirs dehors » ou « les maisons locales pour les locaux seulement ». À l’époque, de tels incidents avaient choqué de nombreux Irlandais, provoquant des rassemblements de soutien aux victimes.

Mais il semble que les partisans de la préférence nationale aient fini par l’emporter et que, face à la grave crise du logement, l’opinion des responsables eux-mêmes ait changée. Et si  la stratégie présumée de l’administration irlandaise n’est pas comparable aux agissements de quelques excités, elle reste symptomatique d’un changement de rapport aux populations étrangères. Idée honnie hier, encore peu assumée aujourd’hui, la préférence nationale serait en passe de devenir un réflexe inconscient au sein de l’administration irlandaise.

*Image : wikicommons.

Je ne me souviens pas de Claire Chazal

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claire chazal balladur

claire chazal balladur

Je m’aperçois qu’en vingt-cinq ans, je crois bien n’avoir jamais regardé un seul journal de Claire Chazal et que les rares fois où je l’ai (entre)vue, c’était pendant des zapping de soirées électorales. Son visage lisse, comme celui de beaucoup de journalistes de TF1, à l’époque, était un indice assez sûr du score de la gauche. On savait avant vingt heures, à une certaine crispation, un certain regard, un certain débit, une certaine inquiétude presque imperceptible si les Partageux avaient gagné.

Il ne fallait pas qu’elle s’inquiète comme ça, Claire Chazal : d’abord elle travaillait sur une chaîne de droite privatisée, lors de la première cohabitation, avec Bouygues comme patron qui avait emporté le morceau grâce au « mieux-disant culturel » et dont un des premiers gestes fut de virer Polac. Ensuite les Partageux n’ont gagné qu’en 1997 et 2012 et se sont révélés à l’usage assez peu partageux, en fait.

Vingt cinq ans, c’est pourtant un morceau d’histoire. Ça nous ramène en 1991. Presque une vie. Je ne me souviens pas, par exemple, si Claire Chazal a annoncé la fin de l’URSS. Surement. On ne peut pas dire qu’elle ait commencé par une bonne nouvelle. C’est dommage, du coup, qu’elle s’en aille à l’époque où l’Europe démocratique mime un demi-siècle plus tard le Bloc de l’Est et en reconstruit un peu partout, des murs, histoire d’éviter le Grand Remplacement.

Je me souviens, en revanche, que le nom de Claire Chazal est devenu tellement familier qu’il a fait partie d’une chanson pour noces et banquets, qu’on chante en fin de repas entre La danse des canards et le petit bonhomme en mousse ou quand votre équipe de foot marque un but décisif. Supporter du Losc, j’ai donc assez peu eu l’occasion de chanter, ces dernières années : « Il est vraiment / Il est vraiment / Il est vraiment phénoménal /La lalala lala la la lalala lala la /La lalala lala la la lalala lala la /Il mériterait /Il mériterait /Il mériterait d´être dans le journal /La lalala lala la la lalala lala la/ La lalala lala la la lalala lala la/ Dans le journal / Dans le journal /Dans le journal de Claire Chazal. »

On se moque, mais ce n’est pas réservé à tout le monde ce genre d’hommages. Barthes aurait pu mettre Claire Chazal dans ses Mythologies entre la DS, le bifteck frites, le Guide Bleu, Poujade et l’Abbé Pierre. Sauf qu’il faudrait placer Claire Chazal dans des Mythologies des années 90, entre les privatisations, l’Euro, les SDF, les restaurants de sushi, la Twingo et le téléphone portable. On a les époques qu’on mérite.

En même temps, comme trace dans l’histoire, ce n’est tout de même pas terrible. Claire Chazal aurait surement préféré qu’on se souvienne d’elle pour ses romans. Elle en a écrit deux : L’institutrice et À quoi bon souffrir ? Ils ont dû bien se vendre. Les gens aiment bien acheter les livres vus à la télé, écrits par des gens qui la font. Après, souvent, ils ne les lisent pas vraiment parce que ce n’est pas terrible. Ils ne l’avoueront jamais. Mais ça se vend bien,  et c’est le principal pour les éditeurs.

Claire Chazal a aussi fait un autre livre, une biographie d’Edouard Balladur.  On a un peu oublié Edouard Balladur. Il a été premier ministre pourtant, en 1993-1995. Il avait promis de ne pas se présenter à la présidentielle et de laisser Chirac y aller. Il n’a pas tenu parole mais Chirac l’a battu quand même malgré le soutien des médias dont celui de Claire Chazal  qui a écrit, avec un vrai courage, sa biographie de Balladur en… 1993. On résume, donc : la biographie du premier ministre en exercice écrite par la présentatrice vedette du journal de la première chaîne de France. Et dire qu’on parle aujourd’hui du journalisme de connivence.

Je ne me souviens pas non plus si Claire Chazal a fait la même tête que pour la gauche, quand Chirac a gagné en 95. Sans doute, puisqu’à cette époque-là Chirac était de gauche.

Pour le JT de TF1,  je vais prendre un chemin identique envers la successeuse de Claire Chazal, qui m’a l’air du même genre de blonde apprêtée avec brushing d’actrice de série américaine : ne pas le regarder. En fait, je regarderai le JT de TF1 le jour il sera présenté par une Monica Vitti  jeune et ouvertement communiste ou assimilée.

Bref, je peux toujours attendre.

*Photo : Sipa. Numéro de reportage : 00723109_000001.

Migrants : le goulot d’étranglement turc

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Ne pouvant plus naviguer entre Charybde et Scylla, les voies de la mer Egée étant de plus en plus mortelles et encombrées, les réfugiés sont forcés de trouver de nouvelles voies pour atteindre l’Europe.

Aujourd’hui, le Hurriyet Daily News rapporte que des centaines de migrants s’attroupent autour de la plus grande gare routière turque dans l’espoir d’embarquer pour la province d’Edirne, située au nord de la Turquie. Cette province est en effet frontalière de la Bulgarie et de la Grèce, deux pays de l’Union Européenne. A cause des « embouteillages » aux frontières, les migrants vont donc devoir prendre un nouveau chemin. Ces réfugiés devront soit traverser les Balkans pour atteindre la Croatie et l’Autriche, soit, peut-être, remonter par la Roumanie, jusqu’à la Slovénie ou la Pologne, en contournant ainsi la Hongrie et sa frontière bientôt infranchissable.

Ces nouveaux migrants sont donc arrivés hier à la gare stambouliote de Bayrampaşa et attendent depuis que les compagnies de bus les laissent rejoindre la province visée, ce qu’elles refusent cependant de faire, bloquant leur mouvement vers l’Europe.

Pour autant, nous dit-on dans cet article, afin de ne pas laisser ces réfugiés sans assistance, la municipalité turque a dépêché des convois d’eau et de nourriture aux migrants. Mais si certains ont accepté cette aide, d’autres l’ont refusée, clamant qu’ils voulaient seulement prendre le bus pour quitter la Turquie. Et pour cause, ils ont payé leurs billets et sont retenus contre leur gré : « Nous voulons aller à Edirne. Nos tickets, que nous avons achetés il y a cinq jours, ont été annulés aujourd’hui. Quand nous demandons pourquoi, ils nous disent que les Syriens ne sont pas autorisés à sortir » explique Hüseyin Aljumaa, un migrant syrien de 19 ans au journal turc.

« Nous sommes reconnaissants pour la nourriture mais ce n’est ce que nous voulons » ajoute-t-il. Certains réfugiés ont donc entamé une marche en direction d’Edirne mais ont été stoppés par la police.

Echaudés par l’activité policière, ces migrants se sont mis à scander le nom de la ville d’Edirne et à clamer « Allahou Akbar »…

Ces personnes devront pourtant bien emprunter un chemin. Et la route de l’est, si longue soit-elle, permettra peut-être de désengorger les voies méditerranéennes et d’épargner des vies. Face aux deux millions de personnes en transit qui se trouvent actuellement en Turquie, les autorités ne pourront pas résister au mouvement très longtemps.