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Au couteau

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Si, allant au boulot, vous recevez un coup de couteau dans le dos et êtes toujours en vie, plaignez plutôt votre assassin qu’un militaire vient de neutraliser. Mais n’oubliez pas le conseil d’Anaël, écolière de 17 ans, de ne pas retirer le couteau de la blessure. Attendez les secours qui vous conduiront à l’hôpital Hadassa, en compagnie de votre agresseur.

Et surtout, si vous êtes interviewé par un journaliste enderlinien, n’omettez pas de vous insurger contre la disproportion entre les ripostes de vos compatriotes et le piquant des spadassins improvisés dont vous fûtes victime. Parlez « d’usage excessif de la force », comme John Kirby, si le terme éculé de « disproportion » ne vous agrée plus pour qualifier la riposte aux actions terroristes.

N’oubliez pas dans votre description d’énoncer en premier la mort du Palestinien, surtout s’il s’agit d’un jeune, de mentionner le nombre des Palestiniens tués et blessés depuis le début de la guerre des couteaux, pour finir, le plus discrètement possible, par avouer que la principale victime avait tenté de vous zigouiller.

Et, puisque des braves parmi les braves viennent d’incendier le tombeau de Joseph, n’omettez pas de suggérer qu’après tout ce dernier, qui avait sauvé l’Égypte de la famine, pouvait bien être Palestinien, c’est certain. Les « colons » en colère ne peuvent donc que se tromper de cible en pourfendant les incendiaires ; se prendraient-ils eux aussi (comme dans nos banlieues) pour des Palestiniens !

Bref, tout ça pour vous faire dire qu’en Israël on n’a pas à se plaindre d’être un peu assassiné. À quoi bon, sans cela, un mur des Lamentations.

Hongrie : la révolte d’octobre 1956, vue de Paris

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Hongrie Budapest 1956

Né avec le baby-boom d’après-guerre, j’avais 10 ans en 1956. Un âge où les événements s’ancrent très profondément dans notre petit crâne pour ne plus en ressortir. Tel est le cas de ces journées de la fin octobre 1956 (23 octobre-4 novembre) dont je garde encore des souvenirs très vivants.

Deux me reviennent immédiatement en mémoire. Celui d’un dimanche matin (le 4 novembre, je pense) où, alors que nous sortions de l’immeuble, mon père furieux chassa deux pauvres bougres réfugiés sous notre porche pour y vendre l’Humanité dimanche. Second souvenir : le retour dans notre chambre de mon frère rentrant, en pleine nuit, d’une manifestation devant le siège de l’Humanité[1. Il me semble que c’est cette place (siège du PCF et du journal l’Humanité) qui a été rebaptisée place Kossuth en mars 1957… Geste hautement symbolique !]. Nous racontant que les occupants de l’immeuble, pour éviter l’assaut, leur jetaient des plombs d’imprimerie par les fenêtres. Son trophée : un bâton piqué au passage à un CRS.

Autre souvenir qui nous avait tous marqués : le décès du photographe Jean-Pierre Pedrazzini et ses dernières photos dans Paris Match. Peut-être est-ce là bien peu de choses, somme toute (sinon le tragique destin de Jean-Pierre Pedrazzini) ? Non, pas si peu !

Je ne sais ce qu’il en a été ailleurs, en Europe et dans le monde, mais je peux affirmer qu’autour de moi, ces événements marquèrent très profondément l’opinion, et pas seulement dans mon milieu. Seuls s’obstinèrent dans leur incroyable aveuglement les dirigeants du Parti communiste français et une bonne partie de ses adhérents. Une honte quand je pense aux réactions observées ailleurs, par exemple chez les communistes italiens. Autre honte dont nous restons encore marqués, près de 60 ans après : la passivité complice de nos gouvernements. Pas seulement en France, mais dans tout le monde occidental dit « libre ».

C’était la première fois qu’un peuple se soulevait contre l’oppression du régime communiste. Certes, l’opinion gardait en tête le souvenir d’émeutes qui s’étaient produites trois ans plus tôt en Tchécoslovaquie (Ostrawa, Pilsen) et surtout à Berlin, ces dernières violemment réprimées par les chars russes. Et puis, il y avait eu quelques mois plus tôt cette insurrection des ouvriers polonais de Poznań qui devait déboucher sur l’élection de Gomułka aux commandes de la Pologne, précisément le 23 octobre. Mais rien à voir avec ce qui se passait en Hongrie.

On eût donc pu espérer un soutien de l’Ouest. Mais il ne fallait pas rêver ! (Et les pauvres Hongrois furent nombreux à rêver…) Qui allait risquer un conflit ouvert pour ce « petit » pays, certes attachant, mais sans véritable enjeu stratégique ? On a souvent invoqué la crise de  Suez comme excuse pour expliquer la non intervention, du moins des Français et Britanniques. Non. Il s’agissait tout simplement de ne pas remettre en cause les accords de Yalta et surtout de ne pas prendre de risque « inutile » pour « une poignée d’insurgés ». Les Hongrois ne nous le pardonneront jamais et ils ont bien  raison.

Ceci dit, reconnaissons que la démarche eût été condamnée à l’échec. Cela ne nous dispensait pas de faire pression – mais comment ? Ce que nous en savons est que, de son côté, Khrouchtchev – mis un moment en minorité au Bureau politique – était coincé par l’intransigeance des Chinois qui lui reprochaient d’avoir joué les apprentis sorciers avec ses révélations du XXe Congrès. Ne refaisons pas l’Histoire et ne nous lançons surtout pas dans une analyse de plus qui n’apporterait rien de nouveau. Des bibliothèques entières sont consacrées au sujet.

Il serait peut-être plus intéressant de faire un bond de 59 ans pour nous replacer, face à ces événements, dans la Hongrie actuelle, celle de 2015. En France, mon entourage ne cesse de se référer, non sans une certaine nostalgie, à la révolution de 1956 pour louer le courage du peuple hongrois. Et quel courage ! Quand je revois ces clichés de jeunes enfants se hissant sur des tanks pour y lancer des cocktails molotov[2. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas à Budapest qu’a été inventé le cocktail molotov, mais en Finlande, pour lutter contre l’invasion russe de 1939 ; c’est toutefois à Budapest qu’il a acquis, si je puis dire, ses lettres de noblesse.], j’en reste encore empli de respect et d’admiration. Et aujourd’hui ? Quitte à jouer les rabat-joie et à contrarier ou décevoir les lecteurs français, je dirai que ce n’est plus vraiment tout-à-fait le même peuple… De même, pour prendre une comparaison simpliste, que leur sélection nationale de football n’a plus rien à voir avec celle où brillaient dans les années cinquante les Puskás, Kocsis et autres Grosics.  Bref, de nos jours, l’héroïsme n’est plus trop de mise.

Le gros de la population hongroise semble plutôt caractérisé par une attitude de méfiance, voire de passivité, qui confine presque à la résignation face, non seulement au milieu politique, mais à la chose publique en général. Les sondages le montrent : près de la moitié des Hongrois se déclarent sans opinion quant au choix d’un parti. Certes, quand on sait les soucis matériels auxquels sont confrontés nombre de ménages dans ce pays, on peut comprendre. Mais en 1956 ? Vivaient-ils mieux ? J’en doute. La politique du « communisme goulache » n’allait être inventée que bien plus tard.

Ceci dit, nous serions bien présomptueux, dans notre petite peau de Français, de leur reprocher ce manque d’engagement. D’autant que, si j’en crois les nouvelles reçues de France, mes compatriotes ne semblent guère plus motivés et le climat politique pas brillant non plus, loin de là…

En attendant des jours meilleurs, une petite consolation : chaque année, l’anniversaire fait l’objet d’un rassemblement sous l’Arc de Triomphe, où se retrouvent plusieurs centaines de participants pour honorer la mémoire des combattants de 56. Voilà qui nous soulage un peu du poids, sur notre conscience collective, de ce silence complice dont ont fait preuve nos autorités à l’époque.

Je retrouve alors le jeune Parisien de 10 ans et les souvenirs encore si vivants qu’il a laissés au senior de 2015, devenu Budapestois, de fait et de cœur.

*Photo : Flickr.com

Ce que j’aurais dit au lendemain des élections suisses

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suisse udv freysinger

Dans la dernière semaine de campagne précédant le vote du 18 octobre, j’ai été invité par la radio suisse romande à commenter l’issue du scrutin aux nouvelles du lendemain, lundi 19 octobre.
Je devais en débattre avec l’historien marxiste Hans-Ulrich Jost et le blogueur branché Johan Rochel.
J’ai accepté, malgré mon peu d’intérêt pour la campagne en soi : c’était l’occasion d’esquisser l’atmosphère d’ensemble du pays, de décrire le style de ces élections, mais aussi, pour ma part, de relever les thèmes qui n’avaient pas été abordés au cours de cette saison fort pauvre — selon les journalistes — en débats et en idées.
Il y aurait eu pourtant de quoi discuter, hormis les éternels sujets immigration-sécurité-souveraineté-intégration européenne. Sur mon carnet figuraient les points suivants :

– Effondrement (mal masqué) du niveau scolaire général.
– Menaces environnementales graves (100 failles dans la vieille centrale de Beznau).
– Menaces sur la sphère privée.
– Bureaucratisation.
– Retard et cherté des structures technologiques publiques (WiFi public, téléphonie) par rapport à des pays bien moins développés.
– Opposition entre ce qui est voté et ce qui est élu (l’élu s’employant généralement à défaire ou amortir ce qui est voté en référendum)
Poids des cartels.
– Et surtout : absorption de la plupart (>95 %) des élus dans des conseils d’administration.
(Faisant partie de ceux qui croient qu’une politique démocratique ne se décide pas dans les cabinets feutrés, mais en place publique, je suis particulièrement préoccupé de cet achat massif de voix qui, dans des pays moins « propres sur eux » serait simplement appelé de la corruption. Étrangement, je n’ai entendu personne promettre de ne pas s’y prêter…)

Bref, les élections n’ont pas abouti au « statu quo » annoncé (espéré ?) par les journalistes, mais à une poussée modérée de la droite bourgeoise. Cela a suffi à mettre la rédaction de la RTS sens dessus dessous. Du coup, nous sommes quelques-uns dans ce pays à avoir été témoins d’un ballet rédactionnel ahurissant, confinant à la panique.
À 21 h 45, je recevais un SMS m’annonçant ma désinvitation (si j’avais, comme beaucoup de gens, coupé mon téléphone, j’eusse fait le cocu à la porte du studio, le lendemain matin !). Le motif était pour le moins curieux : comme si les invités d’une option « statu quo » n’étaient plus qualifiés pour commenter l’option « poussée à droite »…

À 22 h, j’apprenais qu’on avait organisé à la place un débat entre les quatre chefs de partis romands, dont Oskar Freysinger.

À 22 h 30, j’apprenais dudit Oskar que leur débat était finalement annulé et qu’on avait invité le conseiller national UDC Yves Nidegger face à… Hans-Ulrich Jost, encore, ainsi qu’à l’éléphant socialiste Andreas Gross et au brillant historien des idées Olivier Meuwly.
On peut écouter ici ce débat qui fut courtois et articulé. Le problème, c’est qu’on est délibérément retombé sur les vieilles scies mille fois débattues : « réflexe de peur » — « insécurité » — « isolement » — « intégration européenne ou bilatérales », assaisonnées de spéculations sur la stratégie à venir des partis. Les questions de fond, à l’exception des « marronniers » qui font le beurre de l’UDC, étaient évacuées.

Si vous me demandez qui fait le beurre de l’UDC, je détiens maintenant la réponse, expérience faite : les journalistes eux-mêmes ! Ce sont eux qui amènent, sciemment ou non, toujours les mêmes sujets sur le tapis, eux encore qui focalisent l’attention du public sur la stratégie et la tactique du pouvoir au lieu de traiter les sujets de fond qui légitiment ce pouvoir.

Ce rétrécissement des perspectives est devenu structurel. C’est une seconde nature. L’opinion publique de ce pays — comme chez les voisins — étouffera intellectuellement à force de se voir poser de telles œillères. Il est grand temps d’ouvrir les yeux sur le fonctionnement réel du système de conditionnement des masses auquel nous sommes soumis, et que nous sommes priés de financer par nos redevances.

*Photo: Pixabay.

Retrouvez cet article sur le blog de Slobodan Despot.

Nazisme, islamisme et racisme paternaliste

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Il est toujours troublant quand on suit par mégarde un débat à la télévision (par exemple dans « Ce soir ou jamais » ) et qu’il est question d’Israël et de la Palestine, de ne jamais entendre un participant rappeler les liens plus qu’étroits entre les nazis et les musulmans,  alors que nombreux ouvrages d’historiens ont rappelé des faits qui projettent sur l’actualité récente un passé peu glorieux. Depuis le grand mufti Al-Husseini de Jérusalem, un père spirituel d’Arafat, qui projetait en 1946 de poursuivre le combat d’Hitler jusqu’à Sayyid Qutb – le Karl Marx du monde musulman – pour lequel tout ce qui est juif est mauvais et tout ce qui est mauvais est juif. Haine des Juifs donc largement partagée et haine des Américains dans une logique imparable du Complot.

Le dernier livre sur ce sujet est Djihad et haine des juifs de Matthias Küntzel avec un avant-propos de Boualem Sansal qui, lui au moins, est conscient du problème. Sans comprendre pourquoi les Européens  se montrent d’une incroyable hypocrisie dès lors qu’on détricote le fil rouge de cette haine  congénitale des Juifs  qui débute avec Mahomet à Médine et se poursuit avec l’Intifada présente.

Mais d’où vient, selon l’historien Matthias Küntzel interrogé dans Le Point, cette occultation de la réalité par les intellectuels  ?  Pourquoi les appels à détruire  Israël et à exterminer les Juifs ne sont-ils pas pris au sérieux ?  Réponse de Küntzel :  » Parce que les Arabes sont condamnés à jouer le rôle des opprimés que des intellectuels condescendants cherchent constamment à excuser.  » Il s’agirait d’une forme de racisme paternaliste, le racisme étant la chose la mieux partagée du monde, y compris par ceux qui se montrent le plus vigilant à  son égard. C’est une hypothèse. Il y en a sans doute d’autres. À chacun d’en tirer ses conclusions ….provisoires. Forcément provisoires.

Pourquoi les migrants migrent

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migrants syrie turquie europe

 « Pour les Syriens, c’est soit l’Europe, soit la mort ! » C’est avec cet argument que Bernard Moraine, maire divers gauche de Joigny (89), a essayé de convaincre l’une de ses administrées, devant les caméras du JT de France 2, de la nécessité d’accueillir des migrants dans la ville. L’ombre terrible du corps inanimé d’Aylan Kurdi, le garçonnet syrien échoué sur une plage turque, planait bien entendu sur cet échange furtif. Un Rimbaud du xxie siècle pourrait lui dédier « Le Dormeur de la plage », tant la photo donne l’impression que l’enfant est seulement assoupi et qu’il va, d’un instant à l’autre, ouvrir les yeux et demander son père et sa mère. Cependant, aussi émouvante soit cette image dont on nous a répété sur tous les tons qu’elle valait tous les discours du monde, elle ne véhicule en réalité que des raccourcis et des approximations qui brouillent le débat public. L’afflux de demandeurs d’asile constitue en effet la quatrième vague migratoire depuis 1945 (après l’immigration liée à la Seconde Guerre mondiale, l’immigration de travail des années 1950-1960 et l’immigration familiale et économique des années 1970-2000), et elle pourrait changer en profondeur les sociétés européennes. Dans ces conditions, il serait irresponsable d’en rester au stade de l’émotion. Pour définir la bonne politique, il faut donc commencer par bien nommer les choses.[access capability= »lire_inedits »]

Commençons par la tragédie indéniable des Kurdi, cette famille syrienne qui a perdu trois de ses membres au large des côtes turques dans la nuit du 3 au 4 septembre. Selon le journaliste syrien Mustefa Ebdi, interrogé par l’AFP, les Kurdi, qui habitaient Damas, ont quitté la capitale syrienne pour Alep en 2012, avant de gagner Kobané, probablement pour rejoindre d’autres membres de leur famille. Quand, à l’automne 2014, cette ville est attaquée par les forces de l’État islamique, les Kurdi partent en Turquie où ils séjournent quelques mois. Début 2015, la victoire des milices kurdes leur permet de regagner Kobané. Mais la reprise des combats autour de la ville en juin est sans doute la crise de trop. Les Kurdi décident de quitter la Syrie pour essayer d’émigrer au Canada, où vit la sœur du père, Abdullah Kurdi.

Malheureusement, les Kurdi  ne parviennent pas à obtenir le statut de réfugiés qui leur permettrait de partir directement pour le Canada, notamment parce qu’ils ne possèdent pas de passeports, le gouvernement syrien n’en délivrant pas à ses citoyens kurdes. Ils prennent donc un bateau pour l’Europe où ils espèrent décrocher leur visa canadien. On connaît la triste suite. Les médias ont peu parlé, cependant, du fait qu’Abdullah Kurdi avait choisi de rester à Kobané où il a enterré  sa femme et de ses deux fils. Depuis, il ne veut plus quitter la ville. Sans minimiser les difficultés et les dangers auxquels cette famille a dû faire face, on peut difficilement prétendre qu’au moment d’embarquer pour la périlleuse traversée des côtes turques vers Kos, les Kurdi avaient la mort aux trousses.

Autrement dit, le problème de la plupart des Syriens qui affluent en Europe n’est pas de sauver leur peau mais de se trouver un avenir. Qu’ils errent en Syrie comme les Kurdi ou qu’ils croupissent dans les camps de réfugiés en Jordanie, au Liban et surtout en Turquie, quelque 10 millions de Syriens ont toutes les raisons de s’interroger sur leur avenir après des années de guerre civile. En l’absence d’horizon collectif et individuel, ils ne savent pas s’ils doivent prendre leur mal en patience ou s’ils feraient mieux, au contraire, de se mettre en mouvement pour sortir de la dépendance humanitaire, commencer à se reconstruire, à étudier, travailler et s’inventer un nouveau futur pour eux-mêmes et leurs familles.

Ce n’est donc pas une menace directe qui incite des centaines de milliers de personnes, souvent installées dans des camps en lieu sûr à l’abri de la guerre, à émigrer. Ce n’est pas la mort qui les pousse mais le désir de vivre qui les attire. Leur projet – tout à fait légitime de leur point de vue – est donc de devenir résidents et citoyens des pays européens, notamment de l’Allemagne. Cette migration est – et il faut le dire clairement – une migration de peuplement, c’est-à-dire un déplacement dont l’objectif est l’installation définitive dans le pays d’accueil. Si on rappelle que la Syrie, l’Irak, la Libye et le Yémen n’ont plus les capacités de garantir la sécurité de leur population, cela signifie qu’il existe dans ces régions un « réservoir » d’immigration potentielle de plusieurs millions de personnes. Après les vagues de l’été, essentiellement constituées de jeunes physiquement et mentalement aptes à relever les défis de la traversée des frontières et de l’installation dans les pays d’accueil, leurs familles restées à l’arrière les rejoindront. C’est d’ailleurs le schéma qu’aurait dû suivre la famille Kurdi si elle n’avait pas connu le sort funeste que l’on sait. Teema Kurdi, la tante d’Aylan qui a épousé un Canadien en 1992, vit à Vancouver où elle travaille comme coiffeuse. Elle avait envoyé l’argent (5 000 dollars canadiens) pour payer les passeurs et entrepris les démarches nécessaires pour faire venir son frère, sa belle-sœur et ses neveux.

Rien n’est plus normal et il faut donc s’attendre à ce que cela se passe ainsi pour la plupart de ceux qu’on voit aujourd’hui arriver en Europe. Face au destin tragique de ces millions d’êtres humains qui n’ont pas le privilège d’être nés dans des pays prospères et pacifiés, l’émotion est évidemment légitime. Mais elle ne suffit pas. Les décisions qui sont prises aujourd’hui affecteront nos sociétés pour des décennies. Dès lors qu’on ne nous demande pas de fournir une assistance urgente et provisoire mais d’accueillir les arrivants comme nos futurs concitoyens et de tout mettre en œuvre pour les intégrer, le devoir des gouvernants (et accessoirement des observateurs) est de dire la vérité. La faillite de plusieurs États et sociétés arabes, suite tragique du printemps arabe, à laquelle s’ajoutent les crises en Afrique et en Afghanistan, risque de déverser sur l’Occident (Europe, États-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) plusieurs millions de réfugiés. Seront-ils aussi assimilables que les Italiens arrivés dans les régions viticoles du Midi à la fin du xixe siècle et dans la Lorraine des années 1920, que les Espagnols arrivés à la fin des années 1930 ou que les Juifs polonais arrivés dans les années 1920-1930 ? Voici les questions que des images bouleversantes nous empêchent, hélas, d’aborder.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00726791_000024.

Intifada des couteaux : Israël, éternel coupable?

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israel jerusalem couteaux

Depuis le début du mois d’octobre, une série d’attentats a fait 9 morts et plus de 70 blessés en Israël. Motif invoqué : la prétendue volonté des autorités israéliennes de remettre en cause le statu quo sur l’Esplanade des mosquées ou de chercher à la détruire. Voilà la « provocation » israélienne du moment qui pousserait des Palestiniens à assassiner un couple devant ses quatre enfants ou des Arabes israéliens à écraser des piétons avant de les achever à la hache.

Cette rumeur n’est pas une nouveauté. Le mufti pro-nazi de Jérusalem, Amin Al-Husseini, l’utilisait déjà dans les années 1920 pour amorcer des pogroms anti-juifs. Et elle réapparait opportunément à chaque fois que les dirigeants palestiniens ont besoin de justifier leur refus de négocier avec Israël. C’est ainsi que Yasser Arafat avait accusé Ariel Sharon d’avoir déclenché la Deuxième intifada après une visite sur l’Esplanade des mosquées en septembre 2000 (visite pourtant prévue, comme toujours, en accord avec le Waqf) et ce, deux mois après les propositions inespérées d’Ehoud Barak à Camp David. On connaît la suite.

Le 1er septembre dernier, Netanyahou déclarait qu’il était prêt à des négociations sans condition préalable avec les palestiniens. Le 16 septembre, Mahmoud Abbas – cet « homme de paix » selon Anne Hidalgo – répondait : « La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et ils [les Juifs] n’ont pas le droit de les souiller de leurs pieds sales » et d’ajouter « Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah. Chaque martyr aura sa place au Paradis, et tous les blessés seront récompensés par Allah. »

Le blanc-seing était donné. De violents heurts ont alors éclaté et se sont poursuivis pendant une quinzaine de jours. Les palestiniens réfugiés à l’intérieur de la mosquée avaient auparavant pris soin d’y stocker des pierres, des cocktails Molotov et des explosifs. L’intifada, cette révolution spontanée…

Puis ce furent les attentats. Perpétrés à coups de pierres, au couteau, à la hache, à la voiture bélier, à l’arme à feu. Chaque jour amène de nouvelles attaques. Les forces de sécurité israéliennes neutralisent les assaillants et tentent, autant que possible, de les garder en vie. Comme ce jeune palestinien de 13 ans qui a poignardé deux israéliens dont un adolescent de son âge. Désarmé et pris à partie par la foule en colère, il est sauvé par la police. Mahmoud Abbas, qui aurait bien voulu en faire son Mohamed Al-Dura à lui, accuse les israéliens de l’avoir « exécuté ». La farce aura duré 24 heures jusqu’à ce que des photos du jeune garçon soigné dans un hôpital israélien soient diffusées dans la presse. Un mensonge palestinien de plus.

Mais rien n’y fait. C’est Israël le coupable. Ce n’est pas aux palestiniens de ne pas commettre d’attentats, c’est à Israël de faire preuve de retenue. Ban Ki Moon, repris par John Kerry, dénonce un « usage apparemment excessif de la force par les forces de sécurité israéliennes ». Fidèle à sa politique pro-arabe, la France, quant à elle, entend proposer à l’ONU la présence d’observateurs sur le Mont du Temple pour s’assurer du maintien du statu quo. Ce faisant, elle participe à cette rumeur grotesque et justifie les attentats anti-israéliens.

Peut-on s’en étonner quand on sait que la ville de Paris a décoré le mois dernier de la Médaille Grand Vermeil Mahmoud Abbas, cet « homme d’Etat exceptionnel » qui, selon la maire de Paris, n’a « jamais eu d’autre fin que la paix », et n’a « jamais employé d’autre moyen que la légalité internationale ». C’est à désespérer.

Les réseaux sociaux laissent paraître, sans honte ni retenue, les appels aux meurtres de juifs. Les médias occidentaux dénoncent avec gourmandise la répression israélienne, décrivent avec complaisance cette vague d’attentats comme une troisième intifada, celle des couteaux contre les balles, dépeignent les palestiniens comme des victimes qui n’ont que des lames pour résister à une police et une armée surentraînées et suréquipées. Ces mêmes médias qui rappellent sans cesse que Jérusalem est le troisième lieu saint de l’islam mais oublie à chaque fois de préciser qu’il s’agit du premier lieu saint du judaïsme. Jamais ils ne remettent en cause ces rumeurs infondées, ni le double langage de Mahmoud Abbas.

Rien n’éveille leur esprit critique, pas même le fait que ce soit des journalistes arabes israéliens comme Lucy Aharish ou Khaled Abu Toameh ou des intellectuels palestiniens comme Bassam Tawil ou Waleed Al-Husseini qui combattent avec le plus de détermination la propagande mensongère et criminogène des dirigeants et du clergé palestiniens, leur corruption endémique et leur haine aveuglante des juifs.

Non, les médias, bouffis d’orgueil et avides d’audimat, ont depuis bien longtemps troqué l’éthique contre le sensationnalisme, et qu’importe les conséquences sur le public désinformé.

Benyamin Netanyahou avait pourtant assuré, dès le 13 septembre dernier, que le statu quo sur l’esplanade des Mosquées ne changerait pas.

Alors pourquoi ce déchainement de violence ? Les réponses sont plurielles et désespérément connues : la haine du juif perfusée aux palestiniens dès l’enfance, le financement et la célébration des terroristes par l’AP et le Hamas comme des héros de la résistance, les réseaux sociaux qui excitent des esprits intoxiqués et les incitent à toujours plus de violence, les pays arabes et l’UNRWA qui entretiennent depuis toujours les Palestiniens dans l’illusion qu’ils pourront avoir leur propre Etat, non pas à côté, mais à la place d’Israël. Cette propagande de la haine, cette stratégie de la terreur.

Les dirigeants palestiniens vont – une fois de plus et à force d’attentats – finir par placer Israël dans l’obligation de réagir vigoureusement, pour mieux se plaindre ensuite des morts, des destructions, des drames qu’ils traversent. Ils utiliseront, pour cela, la jeunesse palestinienne, cette chair à canon docile, prédestinée au « martyr » et tellement télégénique.

Les Palestiniens peuvent bien aujourd’hui hurler leur détresse et leur horizon bouché. Mais c’est contre leurs dirigeants qu’ils devraient d’abord se tourner et quitter leur posture d’éternelles victimes. Car ils ne sont pas plus victimes qu’Israël est coupable de la violence qu’on lui impose.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21808715_000010.

Rugby: des journalistes pas très sportifs

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rugby journalistes sportifs

Annoncée depuis des lustres, la défaite a cogné. Dur. Très dur. Comme c’était prévisible. À peine assimilée cette rouste stratosphérique, voilà que les journalistes sportifs s’en donnent à cœur joie. Comme c’était attendu. Après Bernard Laporte la semaine dernière, qui hurlait avec les loups, voilà que toute la clique de nos écrivaillons à la petite semaine rejoint la meute. Quel courage ! Quel aplomb ! Et surtout quel souffle !

Dimanche, sur Stade 2, pendant que le grand joueur et l’excellent entraineur Fabien Galthié tentait de remonter les troupes et leur moral, Mathieu Lartot, dont l’obséquiosité sirupeuse d’hier n’a d’égale que l’agressivité surjouée d’aujourd’hui, nous gratifiait d’une analyse sans relief et connue de ceux qui s’intéressent un peu aux mouvements ovalistiques dans le pays. Au feu Philippe Saint-André, la fédération et la ligue ! Du bois pour alimenter le bûcher, il y en a des stères dans le cortex de nos journalistes depuis samedi. Il y a encore quelques semaines, pour inviter notre ex sélectionneur sur les plateaux télés et relayer ses déclarations optimistes – visant à nous faire croire que trois mois de musculation pouvaient aisément palier un siècle de transmission –, il y avait du monde. Mais pour mordre un peu l’invité sans l’insulter, pour être intrigant et novateur dans ses commentaires, pour nous aider à comprendre davantage ce jeu merveilleux, bref, pour faire grandir le public ou le lecteur, plus personne. Les absents ont toujours tort de revenir. Et pourtant. Voilà que déboulent ces grattes papiers, auréolés de leurs importances et ornés de leur seule carte de presse vers des mines déconfites et des cœurs laminés. Pas honteux pour deux sous de garder leur micro alors que cette rouste est aussi la leur (ainsi que la nôtre voir papier précédent), ils allaient de couloirs en couloirs recueillir les pleurs contenus et la honte des seuls acteurs de la soirée : les joueurs et leurs entraineurs. À noter, l’invisibilité criminelle de Laurel Camou et Hardy Blanco, bien plus prompts à récupérer un gros chèque et des places gratuites en tribune qu’à assumer leurs choix iniques depuis des années.

Samedi, Philippe Saint-André, que nous avons ici étrillé à de très nombreuses reprises, a été digne. Et bien seul, pour assumer cette déculottée. Les joueurs ont essayé de faire mieux que des sparring partners et ont saigné sur le terrain. Grâce leur soit rendue pour cela. Il est facile derrière un écran de moquer leurs innombrables insuffisances, mais lorsqu’on a foulé des pelouses pendant quelques années, impossible de ne pas rendre hommage aux guerriers qui ont donné leur vie en pâture à nos regards. Très mauvaise prestation, mais hommes de cœurs. Paix à eux et à leur entraineur que nous n’avons jamais soutenu.

Au final, quatre équipes du Sud dans le dernier carré. Comme c’était prévisible. Et tant pis si la rencontre entre Ecossais et Australiens s’est soldée, au finish, sur une décision parait-il litigieuse. Les Gallois ont fait belle figure, et les Écossais, moribonds il y a deux ans, voient leur chardon reprendre de l’allant. Une équipe requinquée et intelligente, menée par un Néo-Zélandais exceptionnel. Vern Cotter est venu arroser de sa science les pelouses des Highlands après avoir tenté, à grand peine, d’insuffler un peu de courage aux peuples des volcans. Honneurs à ces vaincus, mais seule la victoire compte.

Pour toutes ces raisons, il est impossible de croire que le nouvel entraineur Guy Novès fera bouger les lignes. Le mal en France est trop profond pour être soldé par un Français, tant le cas est quasi-désespéré. Pour ce genre de pathologie chronique, il est nécessaire de faire appel à des professionnels. Pour une opération du cœur, ne recourez pas à un plasticien. Espérons que le contrat de notre cher Toulousain, au palmarès éloquent, comporte une clause de rétractation en cas de candidature supérieure : Woodward, Henry, Deans, de grâce, sauvez-nous !

*Photo : SIPA.AP21809137_000001

Hollande, président de synthèse

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hollande rtl sarkozy degaulle

(Avec AFP) – C’est bien connu, le Parti socialiste a un problème avec la Ve République : ruant dans les brancards parlementaires lorsqu’il est dans l’opposition, le descendant de la SFIO se coule parfaitement dans les charentaises présidentielles lorsqu’un de ses tribuns accède à l’Elysée. François Hollande ne fait pas exception à la règle mitterrandienne, comme le prouve son interview ce matin sur RTL, où il a mis tout son art consommé de la synthèse au service d’une com’ patrimoniale. Enfilant les costumes de tous les présidents de la Ve (ou presque…), Hollande n’a pas su trancher entre ces différents hommes d’Etat. La novlangue à travers les âges, c’est maintenant!

– Chirac remixé : « La France va « faire 1,1% de croissance » en 2015. Elle est « supérieure à ce qu’elle était l’année dernière » mais « pas suffisamment parce que le lien entre croissance et emploi, il est direct.» (et vlan pour la répétition du sujet, parce que ce tic syntaxique, il est chic !). En attendant Godot, pardon la croissance qui ne vient pas, les présidents corréziens se paient de chiffres et de promesses non tenues…

– Giscard revisité : « Le rôle du président de la République, c’est de rassembler et de réunir les Français sur un projet. La France doit avancer, la France doit se réformer, la France se moderniser, être compétitive mais elle doit être juste socialement et avoir le dialogue social comme méthode. Voilà ce que je ferai jusqu’à la dernière minute de mon mandat. Et je vous dirai le moment venu ce que j’ai à faire » pour 2017. Rassembler deux Français sur trois, annoncer sa candidature à un nouveau mandat au dernier moment : y’en a un qui a essayé, il a eu des problèmes en 1981 !

– Sarkozy plagié : « On va encore prendre des dispositions pour que l’accession à la propriété (…) puisse être facilitée, et je ferai des propositions dans cette direction. » Demain, tous propriétaires (et surendettés) !

– Pompidou pompé : « Nous devons vivre dans une société apaisée. Il y a toujours des conflits, toujours des confrontations, toujours des intérêts qui sont divergents. Comment les surmonte-t-on ? Par la violence ? Sûrement pas. Par de l’apaisement, donc par le dialogue. » Vous rêvez d’une société harmonieuse et apaisée, avec zéro conflit et nourrissez la nostalgie des Trente Glorieuses ? Prenez votre carte à l’UDR !

– Mitterrand pastiché : « Une région qui serait dirigée par le Front national, ça aurait des conséquences y compris dans les décisions que ces élus auraient à prendre » notamment en termes « de discriminations, d’abandon d’un certain nombre de politiques sociales ou de politiques à l’égard des familles en faisant des distinctions entre » elles. Le frontisme, c’est la guerre !

De Gaulle oublié ? On n’enfile pas si facilement le style Grand siècle du grand Charles, quand bien même on a juré de renouer avec une certaine forme de gaullisme pour rompre avec cinq ans de bougisme sarkozyste. Du coup, notre Président (au sens quasi-grolandais du terme) ne sait plus sur quel pied marketing danser : la solennité tendance Pilhan ou l’omniprésence médiatique version Gantzer ? L’improbable synthèse entre ces deux spin doctors a produit l’entretien soporifique de ce matin. Les grands coups de moulinet présidentiels, ça eût payé…

*Photo : © AFP STEPHANE DE SAKUTIN.

On n’est pas couché: et si on appelait un exorciste?

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J’ai été saisi d’hallucinations en regardant, comme d’habitude le samedi soir, « On n’est pas couché ». Laurent Ruquier sautillait de plus en plus en plus, Léa Salamé semblait possédée par Aymeric Caron, son ancien partenaire. Elle soutenait avec une ferveur hystérique le bilan de François Hollande face à Virginie Calmels, adjointe d’Alain Juppé, qui, elle aussi, portait une voix qui n’était pas la sienne : celle d’une France en souffrance qu’elle veut sauver par une gestion efficace, comme elle l’a fait (ou pas, je n’en sais rien) à Endemol, à Canal et à Eurodisney. Je ne me permettrai évidemment pas de mettre en doute ses capacités de femme d’affaires, mais quand elle juge Juppé si moderne, si efficace, si chaleureux un doute me vient : et si, elle aussi, souffrait d’une identification hystérique à son boss ? Vivement un exorciste ou un psychanalyste, me suis-je dit. Au moins, nous aurions droit avec l’exorciste à des scènes moins convenues et avec le psychanalyste à un silence plus reposant que les invectives de ces deux dames. Je précise que l’une d’elles, Virginie Calmels, a retrouvé ses racines – mot-clé – à Bordeaux et qu’elle aspire à diriger la région Aquitaine tout en conservant ses émoluments d’Eurodisney, ce qui a occupé une large part du débat. Entre possession et mesquinerie, c’est toujours la mesquinerie qui finit par l’emporter.

On avait sans doute prié Yann Moix de donner dans la sobriété, ce qu’il a fait. Il a trouvé « bouleversant » le témoignage d’une animatrice de télévision  dont l’enfant est polyhandicapé et dont le père, bien sûr, comme 80% des pères dans cette situation, a pris la fuite. Églantine Éméyé, dont le livre s’intitule Le Voleur de brosse à dents, est restée très digne, confirmant ce que j’ai cru comprendre quand j’étais enfant : les grandes douleurs sont muettes et donnent à celui qui les affronte une force intérieure qui impose le respect.

En revanche, celui qui n’impose ni respect, ni empathie, c’est Laurent Baffie possédé lui, par une forme d’autosatisfaction qui l’a conduit à traiter Yann Moix de « merde » et, surtout, par un logiciel d’anagrammes – un anagrammeur – qui lui a permis de concocter un Dictionnaire des noms propres que je ne conseillerai à personne et surtout pas à ceux, linguistes, psychanalystes, poètes, qui ont pour la langue un véritable amour.

Heureusement, Arielle Dombasle était présente pour sauver ce qui pouvait l’être de cette lugubre soirée. Délicieuse comme toujours, elle est possédée par le rockabilly qu’elle renouvelle avec le groupe suisse : The Hillbilly Moon Explosion. Du Superoldie, oui. Mais avec Tarantino en plus et des clips à tomber en extase. Tout le monde pour une fois était sincèrement d’accord sur le plaisir que provoque ce nouvel album d’Arielle Dombasle, à l’exception de Léa Salamé, qui, se prenant pour la jeune de service, le trouve daté et ringard. Pour la ringardise, elle repassera après s’être faite exorcisée. Arielle, elle, n’en a nul besoin. Elle plane – et nous avec elle.

Migrants: le dialogue Finkielkraut/Camus

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finkielkraut camus migrants

À la mi-août, Renaud Camus publiait sur le site du Parti de l’In-nocence le communiqué n°1860 « sur le comportement des clandestins ». Ce texte a heurté Alain Finkielkraut qui se trouvait alors en Grèce. Durant deux jours, et grâce sans doute à quelque concours caché, il a entretenu une correspondance électronique nourrie avec Renaud Camus. Qu’ils soient remerciés tous deux pour nous avoir autorisés à publier ce dialogue de très haut vol entre Paros et Plieux. 

Plieux, lundi 17 août 2015, minuit dix. Sur le nouveau comportement des clandestins.

Le parti de l’In-nocence et le NON remarquent qu’en de nombreux points du continent européen, et simultanément, les migrants, les clandestins, les prétendus réfugiés ou de quelque façon qu’on les appelle, à mesure qu’ils deviennent plus nombreux et donc plus forts, à mesure aussi qu’ils peuvent mieux se rendre compte de la passivité des indigènes et de l’esprit de collaboration de leurs dirigeants, deviennent plus violents, plus agressifs, plus sûrs d’eux et s’en prennent physiquement aux forces de l’ordre. Ils révèlent ainsi leur vrai visage d’envahisseurs et de conquérants, mais le personnel politique, face à la pire invasion qu’ait eu à subir l’Europe depuis des siècles, continue à parler absurdement, à l’instar du président du Sénat M. Gérard Larcher, de “crise humanitaire”. À ce compte on ne serait pas étonné si les manuels d’histoire, avec la servilité remplaciste qu’on leur connaît, se mettaient bientôt à nommer les siècles des Grandes Invasions “le temps des Crises Humanitaires”…

Alain Finkielkraut.

Comment pouvez-vous dire, mon cher Renaud, que les gens qui fuient les bombardements en Syrie et le service militaire illimité en Érythrée sont de pseudo-réfugiés ?

Faut-il être européen pour être un vrai réfugié ?

Ne peut-on penser à la fois leur déréliction et la nôtre ?

Il incombe à la politique d’affronter le tragique de la situation présente et non de le fuir dans un passé balisé, que ce soit celui des années 1930 ou celui des Grandes Invasions. Plus nous devons être fermes en matière d’immigration plus nous devons aussi, me semble-t-il, éviter les raccourcis haineux. La maîtrise des flux migratoires est indispensable. La dénonciation des hordes barbares qui déferlent sur la France est indigne.[access capability= »lire_inedits »]

En toute amitié, Alain

 

Renaud Camus.

Cher Alain,

Le communiqué que vous évoquez ne vise pas spécialement “les gens qui fuient les bombardements en Syrie et le service militaire illimité en Érythrée”, donc ni lui ni moi ne disons ce que vous dites. Votre seconde question, “Faut-il être européen pour être un vrai réfugié ?”, montre bien le caractère exagéré et, dirai-je, polémique, de vos interrogations. Il n’est certes pas indispensable d’être européen pour être un vrai réfugié, mais ce concept est totalement impuissant à rendre compte des gigantesques vagues migratoires qui submergent l’Europe et la détruisent. Et si les véritables réfugiés sont si nombreux, au sein de ces flux colossaux, que ne profitent-ils de leur nombre pour se faire acteurs de leur propre histoire, comme tous les autres peuples avant eux, et avant qu’il n’existe un continent hors histoire, une maison de repos des peuples, qui devient chaotique du fait de leur afflux ?

« Peut-on penser à la fois leur déréliction et la nôtre ? », demandez-vous. Penser leur déréliction ne saurait consister à les soustraire de l’histoire comme nous prétendons nous y soustraire nous-mêmes, quitte à en devenir les objets passifs, les jouets et les victimes. Penser leur déréliction ne saurait consister à la faire nôtre, à nous y plonger par une solidarité suicidaire. Le raisonnement à l’œuvre ici est exactement celui qui a détruit l’École : certains enfants reçoivent une bonne éducation et d’autres en reçoivent une mauvaise ou n’en reçoivent pas du tout, installons en masse les seconds chez les premiers, comme cela il n’y aura plus d’éducation du tout et tout le monde sera, sinon content, du moins égal dans l’hébétude. Il y a du malheur et il y a du bonheur, installons le malheur (ou l’incompétence, ou l’incivisme, ou la barbarie) au pays du bonheur (ou de l’État de droit), comme cela tout le monde sera malheureux, ce sera beaucoup plus juste. Le principe opératoire de ces raisonnements, c’est : Détruire, dit-elle. S’obstiner contre toute raison à voir dans l’invasion un problème humanitaire et rien d’autre, c’est détruire l’Europe. Puissent la brutalité et la sauvagerie dont commencent à faire montre tant de prétendus réfugiés (j’imagine que les vrais sont plus tranquilles et moins exigeants…) ouvrir les yeux de ce continent repu, avide d’en finir avec lui-même.

Très amicalement à vous, Renaud

 

Alain Finkielkraut.

Cher Renaud,

Vous ne visez pas spécialement les gens qui fuient les combats en Syrie, ceux qui s’évadent de l’État-prison érythréen ou encore les chrétiens persécutés d’Orient, mais vous les visez aussi, vous les englobez. Et là est le problème. Penser, dites-vous souvent, c’est faire des distinctions. Vous manquez à cette exigence dans ce communiqué que je ne crois pas vous attribuer à tort.

Vous m’objectez que, s’il y a tant de vrais réfugiés, ils devraient profiter de leur nombre pour se faire les acteurs de leur propre histoire. Est-ce ainsi qu’auraient dû raisonner les Juifs polonais et les Juifs allemands de l’entre-deux-guerres ?

Et, vous le savez bien, je ne plaide pas pour l’ouverture des frontières. Je persiste à vouloir délier la fermeté du dégoût et de la haine.

Votre ami, Alain.

 

Renaud Camus.

Cher Alain,

Vous m’invitez à faire des distinctions, et c’est un appel que je ne saurais ne pas entendre. Cependant vous-même, aussitôt après, faites classiquement le rapprochement, je n’ose dire l’amalgame, entre la situation d’aujourd’hui et celle des années 1930. Nous sommes là au cœur de ce qui nous perd. L’Europe meurt de refaire fantasmatiquement la guerre précédente. C’est ce que je me suis permis d’appeler, dans un recueil au titre à vous-même emprunté (Le Communisme du xxie siècle), « la seconde carrière d’Adolf Hitler ». Hitler est au bout de toutes nos phrases et de toutes nos pensées, et cette référence obsessionnelle nous paralyse. Le continent, je l’ai souvent écrit, est comme un patient tellement opéré et réopéré du cancer hitlérien que, par précaution, et par crainte désormais imaginaire d’une résurgence de ce mal-là, on l’a dépouillé de toutes ses fonctions vitales et on le laisse sans défense contre d’autres horreurs. Il n’a plus de cœur, plus de cerveau, plus de virilité, plus de volonté, plus d’yeux. Il ne voit même pas l’invasion dont il fait l’objet et qu’il prend, comme M. le président du Sénat, pour une crise humanitaire. Nous prenons des géants pour des moulins à vent.

Il y a dans la masse des migrants de véritables réfugiés, dites-vous, et des réfugiés de la pire horreur. Certes. Mais ces réfugiés sont si nombreux qu’ils sont des peuples. Le parti de l’In-nocence et moi avons toujours affiché et proclamé la nécessité et le devoir, pour la France et l’Europe, de soutenir les peuples contre leurs tyrans. Contrairement à beaucoup de nos amis, nous ne sommes pas du tout anti-interventionnistes. Au contraire, nous ne cessons d’appeler l’Europe à réarmer et à redevenir une puissance, un acteur essentiel de l’histoire. On ne peut pas reprocher à nos positions d’être incohérentes. Nous préconisons depuis longtemps la création d’un État chrétien au Proche-Orient, une sorte de grand Liban : c’est-à-dire la décolonisation d’une partie de l’empire colonial arabo-musulman, le seul qui, précisément, n’ait jamais décolonisé mais, au contraire, est en train de conquérir l’Europe et de progresser sur tous les fronts. L’Érythrée est un abject État-prison, aidons son peuple contre ses tortionnaires. Ne lui offrons pas notre pays.

Très amicalement à vous, Renaud

 

Alain Finkielkraut.

Je suis d’accord avec vous : la référence aux années 1930 désarme aujourd’hui l’Europe. Il n’empêche : nous ne pouvons pas faire comme si le xxe siècle n’avait pas eu lieu. C’est parce qu’en Suisse notamment la barque était pleine qu’il existe aujourd’hui un droit des réfugiés. On ne saurait le supprimer d’un trait de plume. À nous de marier fermeté et perspicacité. À nous aussi de ne pas céder à la tentation de considérer tous ceux que nous refoulons comme des envahisseurs.

Très amicalement à vous, Alain

 

Renaud Camus

Cher Alain,

Il ne s’agit pas dans notre esprit de supprimer d’un trait de plume le droit des réfugiés, mais de le réviser très profondément, afin de le recentrer sur le strict droit d’asile, comme nous voulons recentrer la “culture” et les “industries culturelles” sur la culture. Votre formulation me convient parfaitement, j’y souscris très volontiers : “ne pas considérer tous ceux que nous refoulons comme des envahisseurs”. Je serai même plus libéral que vous et veux bien ne pas considérer comme des envahisseurs certains (un très petit nombre) de ceux que nous ne refoulons pas. Il n’empêche qu’invasion il y a bel et bien, sous ombre de “droit des réfugiés”, qui est devenu une très mauvaise farce. Et cette invasion ne se donne même plus l’air ni les gants de paraître misérable, aimable et pacifique. Elle devient ce qu’elle est, agressive, violente et conquérante.

Très vôtre, Renaud

 

Alain Finkielkraut.

Cher Renaud,

Si l’on voulait enrayer l’actuel processus destructeur pour tous, il faudrait non seulement mener une guerre impitoyable contre les passeurs mais intervenir en Libye et peut-être en Érythrée : de cela, le camp progressiste, le camp identitaro-souverainiste et la bien-pensance européenne refusent, chacun avec ses arguments, d’entendre parler. C’est déplorable. Mais ne convertissons pas notre impuissance en vindicte contre les misérables qui débarquent chez nous.

Merci de me pousser dans mes retranchements. Alain

 

Renaud Camus

Cher Alain,

Les misérables qui débarquent chez nous, comme vous dites, pour la plupart ne sont pas si misérables que cela. Beaucoup ont payé 20 000 ou 30 000 euros, parfois davantage, pour arriver jusqu’à nous – j’en serais pour ma part bien incapable. Un dixième de cet argent aurait mille fois suffi, si vraiment ils sont des réfugiés, à négocier pareil statut avant de violer nos frontières, ce qui, dans toutes les civilisations de la terre, a toujours fait des étrangers des délinquants. Or, bien loin de se comporter en coupables et en obligés, ils se targuent de leur spectaculaire clandestinité, ils sont de plus en plus agressifs et belliqueux, et une part considérable de la nocence leur est due, parmi celle dont nous ne sommes pas redevables aux vagues précédentes d’immigration. Face à quoi l’Europe se demande incessamment de quels nouveaux droits elle pourrait bien les gratifier, alors qu’un nombre croissant de ses propres citoyens sont dans la misère.

Que les camps progressiste, identitaro-souverainiste, européen bien-pensant et, ajouterai-je, poutinolâtre refusent d’envisager les aspects géopolitiques globaux de la situation, je suis bien d’accord avec vous pour m’en lamenter. Je ne cesse pour ma part, avec ma faible voix, d’appeler à un retour de l’Europe dans l’histoire, avec, pour commencer, une armée et des forces d’intervention dignes de ce nom.

Votre ami et admirateur, Renaud Camus

 

Alain Finkielkraut.

Cher Renaud,

Il y a beaucoup d’arrogance dans les “quartiers populaires” mais je n’en discerne aucune chez les migrants qui ont vendu tous les biens pour s’entasser dans des rafiots en Méditerranée ou chez ceux qui s’efforcent, au péril de leur vie, d’arriver en Angleterre.

J’ai passé en tout cas une journée passionnante en votre compagnie.

Votre ami et lecteur fidèle, Alain

 

Renaud Camus.

Cher Alain,

Nous voici revenus à notre point de départ, le communiqué de l’In-nocence – lequel, lui, contrairement à vous, discerne bel et bien de l’arrogance chez nombre de migrants, et c’est ce qu’il appelle leurs “nouveaux comportements”, qu’il juge hautement révélateurs. À Cos, ils attaquent la police et répandent la peur dans le port. En Italie ils manifestent pour des nourritures plus conformes à leur tradition et se plaignent de la présence de femmes parmi les personnes chargées de les assister. À Paris et à Calais, ils se ruent sur des policiers. À l’entrée du tunnel sous la Manche, ils réglementent les accès. Partout ils défilent à visage découvert avec des banderoles revendicatives alors que bien entendu ils ne devraient même pas être là. Dans toute l’Europe les viols et les agressions qui leur sont dus se multiplient. Et je ne parle de leur effet catastrophique sur l’environnement, au sens le plus matériel et immédiat du terme : quelque endroit où ils se concentrent prend aussitôt l’aspect d’une décharge publique. On est bien loin des « demandeurs d’asile » des autres époques. N’incriminons pas les origines, les cultures, mais le nombre. Dès que le nombre permet la force, c’est la force et l’esprit de conquête qui se manifestent.

Très amicalement à vous, Renaud.

 

Alain Finkielkraut.

Cher Renaud,

Le nombre, en effet. Leopold Kohr, le maître à penser d’Ivan Illich, disait : « Il semble qu’il n’y ait qu’une cause derrière toutes les formes de misère sociale : la taille excessive. La taille excessive apparaît comme le seul et unique problème imprégnant toute la création. Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros. »

Reste que l’invasion dont nous parlons est aussi et indissolublement, comme nombre d’autres exemples que ceux que vous citez l’attestent, une tragédie humanitaire. Il serait suicidaire de vouloir accueillir toute la misère du monde. Mais avons-nous vraiment besoin d’en nier la réalité pour nous donner du courage ?

Très amicalement à vous, Alain

 

Renaud Camus.

Mon cher Alain,

Vous pensez bien que je suis à 100 % sur la même ligne que vous et que Leopold Kohr quant à la taille excessive de tout : des villes, des musées, des populations, des institutions, des champs, des usines à vaches, à porcs et à veaux. Voilà un des nombreux points où il n’y a pas la moindre divergence entre nous. Le gigantisme implique la normalisation, la normalisation l’interchangeabilité générale, l’interchangeabilité le remplacisme, le remplacisme le Grand Remplacement.

Je ne crois pas que ce soit à moi que l’on puisse reprocher de nier la réalité de quoi que ce soit, et certainement pas des drames humanitaires, et, dirai-je même, humains, qu’implique le remplacisme dans ses œuvres. Qu’il y ait à la gigantesque crise actuelle un aspect humanitaire et qui relève de l’entraide internationale, c’est indéniable. Il en représente entre 2 et 5 %, dirai-je. La réduire à lui, décider de ne voir et ne traiter que lui au sein de son énormité, c’est de la pure folie, de l’aveuglement criminel, au mieux une facilité de belle âme qui ne veut pas sortir du registre familier, au pis une complicité abjecte avec l’abandon de peuple et de civilisation.

Croyez à ma très kohrienne amitié, Renaud
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Au couteau

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Si, allant au boulot, vous recevez un coup de couteau dans le dos et êtes toujours en vie, plaignez plutôt votre assassin qu’un militaire vient de neutraliser. Mais n’oubliez pas le conseil d’Anaël, écolière de 17 ans, de ne pas retirer le couteau de la blessure. Attendez les secours qui vous conduiront à l’hôpital Hadassa, en compagnie de votre agresseur.

Et surtout, si vous êtes interviewé par un journaliste enderlinien, n’omettez pas de vous insurger contre la disproportion entre les ripostes de vos compatriotes et le piquant des spadassins improvisés dont vous fûtes victime. Parlez « d’usage excessif de la force », comme John Kirby, si le terme éculé de « disproportion » ne vous agrée plus pour qualifier la riposte aux actions terroristes.

N’oubliez pas dans votre description d’énoncer en premier la mort du Palestinien, surtout s’il s’agit d’un jeune, de mentionner le nombre des Palestiniens tués et blessés depuis le début de la guerre des couteaux, pour finir, le plus discrètement possible, par avouer que la principale victime avait tenté de vous zigouiller.

Et, puisque des braves parmi les braves viennent d’incendier le tombeau de Joseph, n’omettez pas de suggérer qu’après tout ce dernier, qui avait sauvé l’Égypte de la famine, pouvait bien être Palestinien, c’est certain. Les « colons » en colère ne peuvent donc que se tromper de cible en pourfendant les incendiaires ; se prendraient-ils eux aussi (comme dans nos banlieues) pour des Palestiniens !

Bref, tout ça pour vous faire dire qu’en Israël on n’a pas à se plaindre d’être un peu assassiné. À quoi bon, sans cela, un mur des Lamentations.

Hongrie : la révolte d’octobre 1956, vue de Paris

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Hongrie Budapest 1956

Hongrie Budapest 1956

Né avec le baby-boom d’après-guerre, j’avais 10 ans en 1956. Un âge où les événements s’ancrent très profondément dans notre petit crâne pour ne plus en ressortir. Tel est le cas de ces journées de la fin octobre 1956 (23 octobre-4 novembre) dont je garde encore des souvenirs très vivants.

Deux me reviennent immédiatement en mémoire. Celui d’un dimanche matin (le 4 novembre, je pense) où, alors que nous sortions de l’immeuble, mon père furieux chassa deux pauvres bougres réfugiés sous notre porche pour y vendre l’Humanité dimanche. Second souvenir : le retour dans notre chambre de mon frère rentrant, en pleine nuit, d’une manifestation devant le siège de l’Humanité[1. Il me semble que c’est cette place (siège du PCF et du journal l’Humanité) qui a été rebaptisée place Kossuth en mars 1957… Geste hautement symbolique !]. Nous racontant que les occupants de l’immeuble, pour éviter l’assaut, leur jetaient des plombs d’imprimerie par les fenêtres. Son trophée : un bâton piqué au passage à un CRS.

Autre souvenir qui nous avait tous marqués : le décès du photographe Jean-Pierre Pedrazzini et ses dernières photos dans Paris Match. Peut-être est-ce là bien peu de choses, somme toute (sinon le tragique destin de Jean-Pierre Pedrazzini) ? Non, pas si peu !

Je ne sais ce qu’il en a été ailleurs, en Europe et dans le monde, mais je peux affirmer qu’autour de moi, ces événements marquèrent très profondément l’opinion, et pas seulement dans mon milieu. Seuls s’obstinèrent dans leur incroyable aveuglement les dirigeants du Parti communiste français et une bonne partie de ses adhérents. Une honte quand je pense aux réactions observées ailleurs, par exemple chez les communistes italiens. Autre honte dont nous restons encore marqués, près de 60 ans après : la passivité complice de nos gouvernements. Pas seulement en France, mais dans tout le monde occidental dit « libre ».

C’était la première fois qu’un peuple se soulevait contre l’oppression du régime communiste. Certes, l’opinion gardait en tête le souvenir d’émeutes qui s’étaient produites trois ans plus tôt en Tchécoslovaquie (Ostrawa, Pilsen) et surtout à Berlin, ces dernières violemment réprimées par les chars russes. Et puis, il y avait eu quelques mois plus tôt cette insurrection des ouvriers polonais de Poznań qui devait déboucher sur l’élection de Gomułka aux commandes de la Pologne, précisément le 23 octobre. Mais rien à voir avec ce qui se passait en Hongrie.

On eût donc pu espérer un soutien de l’Ouest. Mais il ne fallait pas rêver ! (Et les pauvres Hongrois furent nombreux à rêver…) Qui allait risquer un conflit ouvert pour ce « petit » pays, certes attachant, mais sans véritable enjeu stratégique ? On a souvent invoqué la crise de  Suez comme excuse pour expliquer la non intervention, du moins des Français et Britanniques. Non. Il s’agissait tout simplement de ne pas remettre en cause les accords de Yalta et surtout de ne pas prendre de risque « inutile » pour « une poignée d’insurgés ». Les Hongrois ne nous le pardonneront jamais et ils ont bien  raison.

Ceci dit, reconnaissons que la démarche eût été condamnée à l’échec. Cela ne nous dispensait pas de faire pression – mais comment ? Ce que nous en savons est que, de son côté, Khrouchtchev – mis un moment en minorité au Bureau politique – était coincé par l’intransigeance des Chinois qui lui reprochaient d’avoir joué les apprentis sorciers avec ses révélations du XXe Congrès. Ne refaisons pas l’Histoire et ne nous lançons surtout pas dans une analyse de plus qui n’apporterait rien de nouveau. Des bibliothèques entières sont consacrées au sujet.

Il serait peut-être plus intéressant de faire un bond de 59 ans pour nous replacer, face à ces événements, dans la Hongrie actuelle, celle de 2015. En France, mon entourage ne cesse de se référer, non sans une certaine nostalgie, à la révolution de 1956 pour louer le courage du peuple hongrois. Et quel courage ! Quand je revois ces clichés de jeunes enfants se hissant sur des tanks pour y lancer des cocktails molotov[2. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas à Budapest qu’a été inventé le cocktail molotov, mais en Finlande, pour lutter contre l’invasion russe de 1939 ; c’est toutefois à Budapest qu’il a acquis, si je puis dire, ses lettres de noblesse.], j’en reste encore empli de respect et d’admiration. Et aujourd’hui ? Quitte à jouer les rabat-joie et à contrarier ou décevoir les lecteurs français, je dirai que ce n’est plus vraiment tout-à-fait le même peuple… De même, pour prendre une comparaison simpliste, que leur sélection nationale de football n’a plus rien à voir avec celle où brillaient dans les années cinquante les Puskás, Kocsis et autres Grosics.  Bref, de nos jours, l’héroïsme n’est plus trop de mise.

Le gros de la population hongroise semble plutôt caractérisé par une attitude de méfiance, voire de passivité, qui confine presque à la résignation face, non seulement au milieu politique, mais à la chose publique en général. Les sondages le montrent : près de la moitié des Hongrois se déclarent sans opinion quant au choix d’un parti. Certes, quand on sait les soucis matériels auxquels sont confrontés nombre de ménages dans ce pays, on peut comprendre. Mais en 1956 ? Vivaient-ils mieux ? J’en doute. La politique du « communisme goulache » n’allait être inventée que bien plus tard.

Ceci dit, nous serions bien présomptueux, dans notre petite peau de Français, de leur reprocher ce manque d’engagement. D’autant que, si j’en crois les nouvelles reçues de France, mes compatriotes ne semblent guère plus motivés et le climat politique pas brillant non plus, loin de là…

En attendant des jours meilleurs, une petite consolation : chaque année, l’anniversaire fait l’objet d’un rassemblement sous l’Arc de Triomphe, où se retrouvent plusieurs centaines de participants pour honorer la mémoire des combattants de 56. Voilà qui nous soulage un peu du poids, sur notre conscience collective, de ce silence complice dont ont fait preuve nos autorités à l’époque.

Je retrouve alors le jeune Parisien de 10 ans et les souvenirs encore si vivants qu’il a laissés au senior de 2015, devenu Budapestois, de fait et de cœur.

*Photo : Flickr.com

Ce que j’aurais dit au lendemain des élections suisses

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suisse udv freysinger

suisse udv freysinger

Dans la dernière semaine de campagne précédant le vote du 18 octobre, j’ai été invité par la radio suisse romande à commenter l’issue du scrutin aux nouvelles du lendemain, lundi 19 octobre.
Je devais en débattre avec l’historien marxiste Hans-Ulrich Jost et le blogueur branché Johan Rochel.
J’ai accepté, malgré mon peu d’intérêt pour la campagne en soi : c’était l’occasion d’esquisser l’atmosphère d’ensemble du pays, de décrire le style de ces élections, mais aussi, pour ma part, de relever les thèmes qui n’avaient pas été abordés au cours de cette saison fort pauvre — selon les journalistes — en débats et en idées.
Il y aurait eu pourtant de quoi discuter, hormis les éternels sujets immigration-sécurité-souveraineté-intégration européenne. Sur mon carnet figuraient les points suivants :

– Effondrement (mal masqué) du niveau scolaire général.
– Menaces environnementales graves (100 failles dans la vieille centrale de Beznau).
– Menaces sur la sphère privée.
– Bureaucratisation.
– Retard et cherté des structures technologiques publiques (WiFi public, téléphonie) par rapport à des pays bien moins développés.
– Opposition entre ce qui est voté et ce qui est élu (l’élu s’employant généralement à défaire ou amortir ce qui est voté en référendum)
Poids des cartels.
– Et surtout : absorption de la plupart (>95 %) des élus dans des conseils d’administration.
(Faisant partie de ceux qui croient qu’une politique démocratique ne se décide pas dans les cabinets feutrés, mais en place publique, je suis particulièrement préoccupé de cet achat massif de voix qui, dans des pays moins « propres sur eux » serait simplement appelé de la corruption. Étrangement, je n’ai entendu personne promettre de ne pas s’y prêter…)

Bref, les élections n’ont pas abouti au « statu quo » annoncé (espéré ?) par les journalistes, mais à une poussée modérée de la droite bourgeoise. Cela a suffi à mettre la rédaction de la RTS sens dessus dessous. Du coup, nous sommes quelques-uns dans ce pays à avoir été témoins d’un ballet rédactionnel ahurissant, confinant à la panique.
À 21 h 45, je recevais un SMS m’annonçant ma désinvitation (si j’avais, comme beaucoup de gens, coupé mon téléphone, j’eusse fait le cocu à la porte du studio, le lendemain matin !). Le motif était pour le moins curieux : comme si les invités d’une option « statu quo » n’étaient plus qualifiés pour commenter l’option « poussée à droite »…

À 22 h, j’apprenais qu’on avait organisé à la place un débat entre les quatre chefs de partis romands, dont Oskar Freysinger.

À 22 h 30, j’apprenais dudit Oskar que leur débat était finalement annulé et qu’on avait invité le conseiller national UDC Yves Nidegger face à… Hans-Ulrich Jost, encore, ainsi qu’à l’éléphant socialiste Andreas Gross et au brillant historien des idées Olivier Meuwly.
On peut écouter ici ce débat qui fut courtois et articulé. Le problème, c’est qu’on est délibérément retombé sur les vieilles scies mille fois débattues : « réflexe de peur » — « insécurité » — « isolement » — « intégration européenne ou bilatérales », assaisonnées de spéculations sur la stratégie à venir des partis. Les questions de fond, à l’exception des « marronniers » qui font le beurre de l’UDC, étaient évacuées.

Si vous me demandez qui fait le beurre de l’UDC, je détiens maintenant la réponse, expérience faite : les journalistes eux-mêmes ! Ce sont eux qui amènent, sciemment ou non, toujours les mêmes sujets sur le tapis, eux encore qui focalisent l’attention du public sur la stratégie et la tactique du pouvoir au lieu de traiter les sujets de fond qui légitiment ce pouvoir.

Ce rétrécissement des perspectives est devenu structurel. C’est une seconde nature. L’opinion publique de ce pays — comme chez les voisins — étouffera intellectuellement à force de se voir poser de telles œillères. Il est grand temps d’ouvrir les yeux sur le fonctionnement réel du système de conditionnement des masses auquel nous sommes soumis, et que nous sommes priés de financer par nos redevances.

*Photo: Pixabay.

Retrouvez cet article sur le blog de Slobodan Despot.

Nazisme, islamisme et racisme paternaliste

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Il est toujours troublant quand on suit par mégarde un débat à la télévision (par exemple dans « Ce soir ou jamais » ) et qu’il est question d’Israël et de la Palestine, de ne jamais entendre un participant rappeler les liens plus qu’étroits entre les nazis et les musulmans,  alors que nombreux ouvrages d’historiens ont rappelé des faits qui projettent sur l’actualité récente un passé peu glorieux. Depuis le grand mufti Al-Husseini de Jérusalem, un père spirituel d’Arafat, qui projetait en 1946 de poursuivre le combat d’Hitler jusqu’à Sayyid Qutb – le Karl Marx du monde musulman – pour lequel tout ce qui est juif est mauvais et tout ce qui est mauvais est juif. Haine des Juifs donc largement partagée et haine des Américains dans une logique imparable du Complot.

Le dernier livre sur ce sujet est Djihad et haine des juifs de Matthias Küntzel avec un avant-propos de Boualem Sansal qui, lui au moins, est conscient du problème. Sans comprendre pourquoi les Européens  se montrent d’une incroyable hypocrisie dès lors qu’on détricote le fil rouge de cette haine  congénitale des Juifs  qui débute avec Mahomet à Médine et se poursuit avec l’Intifada présente.

Mais d’où vient, selon l’historien Matthias Küntzel interrogé dans Le Point, cette occultation de la réalité par les intellectuels  ?  Pourquoi les appels à détruire  Israël et à exterminer les Juifs ne sont-ils pas pris au sérieux ?  Réponse de Küntzel :  » Parce que les Arabes sont condamnés à jouer le rôle des opprimés que des intellectuels condescendants cherchent constamment à excuser.  » Il s’agirait d’une forme de racisme paternaliste, le racisme étant la chose la mieux partagée du monde, y compris par ceux qui se montrent le plus vigilant à  son égard. C’est une hypothèse. Il y en a sans doute d’autres. À chacun d’en tirer ses conclusions ….provisoires. Forcément provisoires.

Pourquoi les migrants migrent

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migrants syrie turquie europe

migrants syrie turquie europe

 « Pour les Syriens, c’est soit l’Europe, soit la mort ! » C’est avec cet argument que Bernard Moraine, maire divers gauche de Joigny (89), a essayé de convaincre l’une de ses administrées, devant les caméras du JT de France 2, de la nécessité d’accueillir des migrants dans la ville. L’ombre terrible du corps inanimé d’Aylan Kurdi, le garçonnet syrien échoué sur une plage turque, planait bien entendu sur cet échange furtif. Un Rimbaud du xxie siècle pourrait lui dédier « Le Dormeur de la plage », tant la photo donne l’impression que l’enfant est seulement assoupi et qu’il va, d’un instant à l’autre, ouvrir les yeux et demander son père et sa mère. Cependant, aussi émouvante soit cette image dont on nous a répété sur tous les tons qu’elle valait tous les discours du monde, elle ne véhicule en réalité que des raccourcis et des approximations qui brouillent le débat public. L’afflux de demandeurs d’asile constitue en effet la quatrième vague migratoire depuis 1945 (après l’immigration liée à la Seconde Guerre mondiale, l’immigration de travail des années 1950-1960 et l’immigration familiale et économique des années 1970-2000), et elle pourrait changer en profondeur les sociétés européennes. Dans ces conditions, il serait irresponsable d’en rester au stade de l’émotion. Pour définir la bonne politique, il faut donc commencer par bien nommer les choses.[access capability= »lire_inedits »]

Commençons par la tragédie indéniable des Kurdi, cette famille syrienne qui a perdu trois de ses membres au large des côtes turques dans la nuit du 3 au 4 septembre. Selon le journaliste syrien Mustefa Ebdi, interrogé par l’AFP, les Kurdi, qui habitaient Damas, ont quitté la capitale syrienne pour Alep en 2012, avant de gagner Kobané, probablement pour rejoindre d’autres membres de leur famille. Quand, à l’automne 2014, cette ville est attaquée par les forces de l’État islamique, les Kurdi partent en Turquie où ils séjournent quelques mois. Début 2015, la victoire des milices kurdes leur permet de regagner Kobané. Mais la reprise des combats autour de la ville en juin est sans doute la crise de trop. Les Kurdi décident de quitter la Syrie pour essayer d’émigrer au Canada, où vit la sœur du père, Abdullah Kurdi.

Malheureusement, les Kurdi  ne parviennent pas à obtenir le statut de réfugiés qui leur permettrait de partir directement pour le Canada, notamment parce qu’ils ne possèdent pas de passeports, le gouvernement syrien n’en délivrant pas à ses citoyens kurdes. Ils prennent donc un bateau pour l’Europe où ils espèrent décrocher leur visa canadien. On connaît la triste suite. Les médias ont peu parlé, cependant, du fait qu’Abdullah Kurdi avait choisi de rester à Kobané où il a enterré  sa femme et de ses deux fils. Depuis, il ne veut plus quitter la ville. Sans minimiser les difficultés et les dangers auxquels cette famille a dû faire face, on peut difficilement prétendre qu’au moment d’embarquer pour la périlleuse traversée des côtes turques vers Kos, les Kurdi avaient la mort aux trousses.

Autrement dit, le problème de la plupart des Syriens qui affluent en Europe n’est pas de sauver leur peau mais de se trouver un avenir. Qu’ils errent en Syrie comme les Kurdi ou qu’ils croupissent dans les camps de réfugiés en Jordanie, au Liban et surtout en Turquie, quelque 10 millions de Syriens ont toutes les raisons de s’interroger sur leur avenir après des années de guerre civile. En l’absence d’horizon collectif et individuel, ils ne savent pas s’ils doivent prendre leur mal en patience ou s’ils feraient mieux, au contraire, de se mettre en mouvement pour sortir de la dépendance humanitaire, commencer à se reconstruire, à étudier, travailler et s’inventer un nouveau futur pour eux-mêmes et leurs familles.

Ce n’est donc pas une menace directe qui incite des centaines de milliers de personnes, souvent installées dans des camps en lieu sûr à l’abri de la guerre, à émigrer. Ce n’est pas la mort qui les pousse mais le désir de vivre qui les attire. Leur projet – tout à fait légitime de leur point de vue – est donc de devenir résidents et citoyens des pays européens, notamment de l’Allemagne. Cette migration est – et il faut le dire clairement – une migration de peuplement, c’est-à-dire un déplacement dont l’objectif est l’installation définitive dans le pays d’accueil. Si on rappelle que la Syrie, l’Irak, la Libye et le Yémen n’ont plus les capacités de garantir la sécurité de leur population, cela signifie qu’il existe dans ces régions un « réservoir » d’immigration potentielle de plusieurs millions de personnes. Après les vagues de l’été, essentiellement constituées de jeunes physiquement et mentalement aptes à relever les défis de la traversée des frontières et de l’installation dans les pays d’accueil, leurs familles restées à l’arrière les rejoindront. C’est d’ailleurs le schéma qu’aurait dû suivre la famille Kurdi si elle n’avait pas connu le sort funeste que l’on sait. Teema Kurdi, la tante d’Aylan qui a épousé un Canadien en 1992, vit à Vancouver où elle travaille comme coiffeuse. Elle avait envoyé l’argent (5 000 dollars canadiens) pour payer les passeurs et entrepris les démarches nécessaires pour faire venir son frère, sa belle-sœur et ses neveux.

Rien n’est plus normal et il faut donc s’attendre à ce que cela se passe ainsi pour la plupart de ceux qu’on voit aujourd’hui arriver en Europe. Face au destin tragique de ces millions d’êtres humains qui n’ont pas le privilège d’être nés dans des pays prospères et pacifiés, l’émotion est évidemment légitime. Mais elle ne suffit pas. Les décisions qui sont prises aujourd’hui affecteront nos sociétés pour des décennies. Dès lors qu’on ne nous demande pas de fournir une assistance urgente et provisoire mais d’accueillir les arrivants comme nos futurs concitoyens et de tout mettre en œuvre pour les intégrer, le devoir des gouvernants (et accessoirement des observateurs) est de dire la vérité. La faillite de plusieurs États et sociétés arabes, suite tragique du printemps arabe, à laquelle s’ajoutent les crises en Afrique et en Afghanistan, risque de déverser sur l’Occident (Europe, États-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) plusieurs millions de réfugiés. Seront-ils aussi assimilables que les Italiens arrivés dans les régions viticoles du Midi à la fin du xixe siècle et dans la Lorraine des années 1920, que les Espagnols arrivés à la fin des années 1930 ou que les Juifs polonais arrivés dans les années 1920-1930 ? Voici les questions que des images bouleversantes nous empêchent, hélas, d’aborder.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00726791_000024.

Intifada des couteaux : Israël, éternel coupable?

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israel jerusalem couteaux

israel jerusalem couteaux

Depuis le début du mois d’octobre, une série d’attentats a fait 9 morts et plus de 70 blessés en Israël. Motif invoqué : la prétendue volonté des autorités israéliennes de remettre en cause le statu quo sur l’Esplanade des mosquées ou de chercher à la détruire. Voilà la « provocation » israélienne du moment qui pousserait des Palestiniens à assassiner un couple devant ses quatre enfants ou des Arabes israéliens à écraser des piétons avant de les achever à la hache.

Cette rumeur n’est pas une nouveauté. Le mufti pro-nazi de Jérusalem, Amin Al-Husseini, l’utilisait déjà dans les années 1920 pour amorcer des pogroms anti-juifs. Et elle réapparait opportunément à chaque fois que les dirigeants palestiniens ont besoin de justifier leur refus de négocier avec Israël. C’est ainsi que Yasser Arafat avait accusé Ariel Sharon d’avoir déclenché la Deuxième intifada après une visite sur l’Esplanade des mosquées en septembre 2000 (visite pourtant prévue, comme toujours, en accord avec le Waqf) et ce, deux mois après les propositions inespérées d’Ehoud Barak à Camp David. On connaît la suite.

Le 1er septembre dernier, Netanyahou déclarait qu’il était prêt à des négociations sans condition préalable avec les palestiniens. Le 16 septembre, Mahmoud Abbas – cet « homme de paix » selon Anne Hidalgo – répondait : « La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et ils [les Juifs] n’ont pas le droit de les souiller de leurs pieds sales » et d’ajouter « Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah. Chaque martyr aura sa place au Paradis, et tous les blessés seront récompensés par Allah. »

Le blanc-seing était donné. De violents heurts ont alors éclaté et se sont poursuivis pendant une quinzaine de jours. Les palestiniens réfugiés à l’intérieur de la mosquée avaient auparavant pris soin d’y stocker des pierres, des cocktails Molotov et des explosifs. L’intifada, cette révolution spontanée…

Puis ce furent les attentats. Perpétrés à coups de pierres, au couteau, à la hache, à la voiture bélier, à l’arme à feu. Chaque jour amène de nouvelles attaques. Les forces de sécurité israéliennes neutralisent les assaillants et tentent, autant que possible, de les garder en vie. Comme ce jeune palestinien de 13 ans qui a poignardé deux israéliens dont un adolescent de son âge. Désarmé et pris à partie par la foule en colère, il est sauvé par la police. Mahmoud Abbas, qui aurait bien voulu en faire son Mohamed Al-Dura à lui, accuse les israéliens de l’avoir « exécuté ». La farce aura duré 24 heures jusqu’à ce que des photos du jeune garçon soigné dans un hôpital israélien soient diffusées dans la presse. Un mensonge palestinien de plus.

Mais rien n’y fait. C’est Israël le coupable. Ce n’est pas aux palestiniens de ne pas commettre d’attentats, c’est à Israël de faire preuve de retenue. Ban Ki Moon, repris par John Kerry, dénonce un « usage apparemment excessif de la force par les forces de sécurité israéliennes ». Fidèle à sa politique pro-arabe, la France, quant à elle, entend proposer à l’ONU la présence d’observateurs sur le Mont du Temple pour s’assurer du maintien du statu quo. Ce faisant, elle participe à cette rumeur grotesque et justifie les attentats anti-israéliens.

Peut-on s’en étonner quand on sait que la ville de Paris a décoré le mois dernier de la Médaille Grand Vermeil Mahmoud Abbas, cet « homme d’Etat exceptionnel » qui, selon la maire de Paris, n’a « jamais eu d’autre fin que la paix », et n’a « jamais employé d’autre moyen que la légalité internationale ». C’est à désespérer.

Les réseaux sociaux laissent paraître, sans honte ni retenue, les appels aux meurtres de juifs. Les médias occidentaux dénoncent avec gourmandise la répression israélienne, décrivent avec complaisance cette vague d’attentats comme une troisième intifada, celle des couteaux contre les balles, dépeignent les palestiniens comme des victimes qui n’ont que des lames pour résister à une police et une armée surentraînées et suréquipées. Ces mêmes médias qui rappellent sans cesse que Jérusalem est le troisième lieu saint de l’islam mais oublie à chaque fois de préciser qu’il s’agit du premier lieu saint du judaïsme. Jamais ils ne remettent en cause ces rumeurs infondées, ni le double langage de Mahmoud Abbas.

Rien n’éveille leur esprit critique, pas même le fait que ce soit des journalistes arabes israéliens comme Lucy Aharish ou Khaled Abu Toameh ou des intellectuels palestiniens comme Bassam Tawil ou Waleed Al-Husseini qui combattent avec le plus de détermination la propagande mensongère et criminogène des dirigeants et du clergé palestiniens, leur corruption endémique et leur haine aveuglante des juifs.

Non, les médias, bouffis d’orgueil et avides d’audimat, ont depuis bien longtemps troqué l’éthique contre le sensationnalisme, et qu’importe les conséquences sur le public désinformé.

Benyamin Netanyahou avait pourtant assuré, dès le 13 septembre dernier, que le statu quo sur l’esplanade des Mosquées ne changerait pas.

Alors pourquoi ce déchainement de violence ? Les réponses sont plurielles et désespérément connues : la haine du juif perfusée aux palestiniens dès l’enfance, le financement et la célébration des terroristes par l’AP et le Hamas comme des héros de la résistance, les réseaux sociaux qui excitent des esprits intoxiqués et les incitent à toujours plus de violence, les pays arabes et l’UNRWA qui entretiennent depuis toujours les Palestiniens dans l’illusion qu’ils pourront avoir leur propre Etat, non pas à côté, mais à la place d’Israël. Cette propagande de la haine, cette stratégie de la terreur.

Les dirigeants palestiniens vont – une fois de plus et à force d’attentats – finir par placer Israël dans l’obligation de réagir vigoureusement, pour mieux se plaindre ensuite des morts, des destructions, des drames qu’ils traversent. Ils utiliseront, pour cela, la jeunesse palestinienne, cette chair à canon docile, prédestinée au « martyr » et tellement télégénique.

Les Palestiniens peuvent bien aujourd’hui hurler leur détresse et leur horizon bouché. Mais c’est contre leurs dirigeants qu’ils devraient d’abord se tourner et quitter leur posture d’éternelles victimes. Car ils ne sont pas plus victimes qu’Israël est coupable de la violence qu’on lui impose.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21808715_000010.

Rugby: des journalistes pas très sportifs

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rugby journalistes sportifs

rugby journalistes sportifs

Annoncée depuis des lustres, la défaite a cogné. Dur. Très dur. Comme c’était prévisible. À peine assimilée cette rouste stratosphérique, voilà que les journalistes sportifs s’en donnent à cœur joie. Comme c’était attendu. Après Bernard Laporte la semaine dernière, qui hurlait avec les loups, voilà que toute la clique de nos écrivaillons à la petite semaine rejoint la meute. Quel courage ! Quel aplomb ! Et surtout quel souffle !

Dimanche, sur Stade 2, pendant que le grand joueur et l’excellent entraineur Fabien Galthié tentait de remonter les troupes et leur moral, Mathieu Lartot, dont l’obséquiosité sirupeuse d’hier n’a d’égale que l’agressivité surjouée d’aujourd’hui, nous gratifiait d’une analyse sans relief et connue de ceux qui s’intéressent un peu aux mouvements ovalistiques dans le pays. Au feu Philippe Saint-André, la fédération et la ligue ! Du bois pour alimenter le bûcher, il y en a des stères dans le cortex de nos journalistes depuis samedi. Il y a encore quelques semaines, pour inviter notre ex sélectionneur sur les plateaux télés et relayer ses déclarations optimistes – visant à nous faire croire que trois mois de musculation pouvaient aisément palier un siècle de transmission –, il y avait du monde. Mais pour mordre un peu l’invité sans l’insulter, pour être intrigant et novateur dans ses commentaires, pour nous aider à comprendre davantage ce jeu merveilleux, bref, pour faire grandir le public ou le lecteur, plus personne. Les absents ont toujours tort de revenir. Et pourtant. Voilà que déboulent ces grattes papiers, auréolés de leurs importances et ornés de leur seule carte de presse vers des mines déconfites et des cœurs laminés. Pas honteux pour deux sous de garder leur micro alors que cette rouste est aussi la leur (ainsi que la nôtre voir papier précédent), ils allaient de couloirs en couloirs recueillir les pleurs contenus et la honte des seuls acteurs de la soirée : les joueurs et leurs entraineurs. À noter, l’invisibilité criminelle de Laurel Camou et Hardy Blanco, bien plus prompts à récupérer un gros chèque et des places gratuites en tribune qu’à assumer leurs choix iniques depuis des années.

Samedi, Philippe Saint-André, que nous avons ici étrillé à de très nombreuses reprises, a été digne. Et bien seul, pour assumer cette déculottée. Les joueurs ont essayé de faire mieux que des sparring partners et ont saigné sur le terrain. Grâce leur soit rendue pour cela. Il est facile derrière un écran de moquer leurs innombrables insuffisances, mais lorsqu’on a foulé des pelouses pendant quelques années, impossible de ne pas rendre hommage aux guerriers qui ont donné leur vie en pâture à nos regards. Très mauvaise prestation, mais hommes de cœurs. Paix à eux et à leur entraineur que nous n’avons jamais soutenu.

Au final, quatre équipes du Sud dans le dernier carré. Comme c’était prévisible. Et tant pis si la rencontre entre Ecossais et Australiens s’est soldée, au finish, sur une décision parait-il litigieuse. Les Gallois ont fait belle figure, et les Écossais, moribonds il y a deux ans, voient leur chardon reprendre de l’allant. Une équipe requinquée et intelligente, menée par un Néo-Zélandais exceptionnel. Vern Cotter est venu arroser de sa science les pelouses des Highlands après avoir tenté, à grand peine, d’insuffler un peu de courage aux peuples des volcans. Honneurs à ces vaincus, mais seule la victoire compte.

Pour toutes ces raisons, il est impossible de croire que le nouvel entraineur Guy Novès fera bouger les lignes. Le mal en France est trop profond pour être soldé par un Français, tant le cas est quasi-désespéré. Pour ce genre de pathologie chronique, il est nécessaire de faire appel à des professionnels. Pour une opération du cœur, ne recourez pas à un plasticien. Espérons que le contrat de notre cher Toulousain, au palmarès éloquent, comporte une clause de rétractation en cas de candidature supérieure : Woodward, Henry, Deans, de grâce, sauvez-nous !

*Photo : SIPA.AP21809137_000001

Hollande, président de synthèse

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hollande rtl sarkozy degaulle

hollande rtl sarkozy degaulle

(Avec AFP) – C’est bien connu, le Parti socialiste a un problème avec la Ve République : ruant dans les brancards parlementaires lorsqu’il est dans l’opposition, le descendant de la SFIO se coule parfaitement dans les charentaises présidentielles lorsqu’un de ses tribuns accède à l’Elysée. François Hollande ne fait pas exception à la règle mitterrandienne, comme le prouve son interview ce matin sur RTL, où il a mis tout son art consommé de la synthèse au service d’une com’ patrimoniale. Enfilant les costumes de tous les présidents de la Ve (ou presque…), Hollande n’a pas su trancher entre ces différents hommes d’Etat. La novlangue à travers les âges, c’est maintenant!

– Chirac remixé : « La France va « faire 1,1% de croissance » en 2015. Elle est « supérieure à ce qu’elle était l’année dernière » mais « pas suffisamment parce que le lien entre croissance et emploi, il est direct.» (et vlan pour la répétition du sujet, parce que ce tic syntaxique, il est chic !). En attendant Godot, pardon la croissance qui ne vient pas, les présidents corréziens se paient de chiffres et de promesses non tenues…

– Giscard revisité : « Le rôle du président de la République, c’est de rassembler et de réunir les Français sur un projet. La France doit avancer, la France doit se réformer, la France se moderniser, être compétitive mais elle doit être juste socialement et avoir le dialogue social comme méthode. Voilà ce que je ferai jusqu’à la dernière minute de mon mandat. Et je vous dirai le moment venu ce que j’ai à faire » pour 2017. Rassembler deux Français sur trois, annoncer sa candidature à un nouveau mandat au dernier moment : y’en a un qui a essayé, il a eu des problèmes en 1981 !

– Sarkozy plagié : « On va encore prendre des dispositions pour que l’accession à la propriété (…) puisse être facilitée, et je ferai des propositions dans cette direction. » Demain, tous propriétaires (et surendettés) !

– Pompidou pompé : « Nous devons vivre dans une société apaisée. Il y a toujours des conflits, toujours des confrontations, toujours des intérêts qui sont divergents. Comment les surmonte-t-on ? Par la violence ? Sûrement pas. Par de l’apaisement, donc par le dialogue. » Vous rêvez d’une société harmonieuse et apaisée, avec zéro conflit et nourrissez la nostalgie des Trente Glorieuses ? Prenez votre carte à l’UDR !

– Mitterrand pastiché : « Une région qui serait dirigée par le Front national, ça aurait des conséquences y compris dans les décisions que ces élus auraient à prendre » notamment en termes « de discriminations, d’abandon d’un certain nombre de politiques sociales ou de politiques à l’égard des familles en faisant des distinctions entre » elles. Le frontisme, c’est la guerre !

De Gaulle oublié ? On n’enfile pas si facilement le style Grand siècle du grand Charles, quand bien même on a juré de renouer avec une certaine forme de gaullisme pour rompre avec cinq ans de bougisme sarkozyste. Du coup, notre Président (au sens quasi-grolandais du terme) ne sait plus sur quel pied marketing danser : la solennité tendance Pilhan ou l’omniprésence médiatique version Gantzer ? L’improbable synthèse entre ces deux spin doctors a produit l’entretien soporifique de ce matin. Les grands coups de moulinet présidentiels, ça eût payé…

*Photo : © AFP STEPHANE DE SAKUTIN.

On n’est pas couché: et si on appelait un exorciste?

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J’ai été saisi d’hallucinations en regardant, comme d’habitude le samedi soir, « On n’est pas couché ». Laurent Ruquier sautillait de plus en plus en plus, Léa Salamé semblait possédée par Aymeric Caron, son ancien partenaire. Elle soutenait avec une ferveur hystérique le bilan de François Hollande face à Virginie Calmels, adjointe d’Alain Juppé, qui, elle aussi, portait une voix qui n’était pas la sienne : celle d’une France en souffrance qu’elle veut sauver par une gestion efficace, comme elle l’a fait (ou pas, je n’en sais rien) à Endemol, à Canal et à Eurodisney. Je ne me permettrai évidemment pas de mettre en doute ses capacités de femme d’affaires, mais quand elle juge Juppé si moderne, si efficace, si chaleureux un doute me vient : et si, elle aussi, souffrait d’une identification hystérique à son boss ? Vivement un exorciste ou un psychanalyste, me suis-je dit. Au moins, nous aurions droit avec l’exorciste à des scènes moins convenues et avec le psychanalyste à un silence plus reposant que les invectives de ces deux dames. Je précise que l’une d’elles, Virginie Calmels, a retrouvé ses racines – mot-clé – à Bordeaux et qu’elle aspire à diriger la région Aquitaine tout en conservant ses émoluments d’Eurodisney, ce qui a occupé une large part du débat. Entre possession et mesquinerie, c’est toujours la mesquinerie qui finit par l’emporter.

On avait sans doute prié Yann Moix de donner dans la sobriété, ce qu’il a fait. Il a trouvé « bouleversant » le témoignage d’une animatrice de télévision  dont l’enfant est polyhandicapé et dont le père, bien sûr, comme 80% des pères dans cette situation, a pris la fuite. Églantine Éméyé, dont le livre s’intitule Le Voleur de brosse à dents, est restée très digne, confirmant ce que j’ai cru comprendre quand j’étais enfant : les grandes douleurs sont muettes et donnent à celui qui les affronte une force intérieure qui impose le respect.

En revanche, celui qui n’impose ni respect, ni empathie, c’est Laurent Baffie possédé lui, par une forme d’autosatisfaction qui l’a conduit à traiter Yann Moix de « merde » et, surtout, par un logiciel d’anagrammes – un anagrammeur – qui lui a permis de concocter un Dictionnaire des noms propres que je ne conseillerai à personne et surtout pas à ceux, linguistes, psychanalystes, poètes, qui ont pour la langue un véritable amour.

Heureusement, Arielle Dombasle était présente pour sauver ce qui pouvait l’être de cette lugubre soirée. Délicieuse comme toujours, elle est possédée par le rockabilly qu’elle renouvelle avec le groupe suisse : The Hillbilly Moon Explosion. Du Superoldie, oui. Mais avec Tarantino en plus et des clips à tomber en extase. Tout le monde pour une fois était sincèrement d’accord sur le plaisir que provoque ce nouvel album d’Arielle Dombasle, à l’exception de Léa Salamé, qui, se prenant pour la jeune de service, le trouve daté et ringard. Pour la ringardise, elle repassera après s’être faite exorcisée. Arielle, elle, n’en a nul besoin. Elle plane – et nous avec elle.

Migrants: le dialogue Finkielkraut/Camus

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finkielkraut camus migrants

finkielkraut camus migrants

À la mi-août, Renaud Camus publiait sur le site du Parti de l’In-nocence le communiqué n°1860 « sur le comportement des clandestins ». Ce texte a heurté Alain Finkielkraut qui se trouvait alors en Grèce. Durant deux jours, et grâce sans doute à quelque concours caché, il a entretenu une correspondance électronique nourrie avec Renaud Camus. Qu’ils soient remerciés tous deux pour nous avoir autorisés à publier ce dialogue de très haut vol entre Paros et Plieux. 

Plieux, lundi 17 août 2015, minuit dix. Sur le nouveau comportement des clandestins.

Le parti de l’In-nocence et le NON remarquent qu’en de nombreux points du continent européen, et simultanément, les migrants, les clandestins, les prétendus réfugiés ou de quelque façon qu’on les appelle, à mesure qu’ils deviennent plus nombreux et donc plus forts, à mesure aussi qu’ils peuvent mieux se rendre compte de la passivité des indigènes et de l’esprit de collaboration de leurs dirigeants, deviennent plus violents, plus agressifs, plus sûrs d’eux et s’en prennent physiquement aux forces de l’ordre. Ils révèlent ainsi leur vrai visage d’envahisseurs et de conquérants, mais le personnel politique, face à la pire invasion qu’ait eu à subir l’Europe depuis des siècles, continue à parler absurdement, à l’instar du président du Sénat M. Gérard Larcher, de “crise humanitaire”. À ce compte on ne serait pas étonné si les manuels d’histoire, avec la servilité remplaciste qu’on leur connaît, se mettaient bientôt à nommer les siècles des Grandes Invasions “le temps des Crises Humanitaires”…

Alain Finkielkraut.

Comment pouvez-vous dire, mon cher Renaud, que les gens qui fuient les bombardements en Syrie et le service militaire illimité en Érythrée sont de pseudo-réfugiés ?

Faut-il être européen pour être un vrai réfugié ?

Ne peut-on penser à la fois leur déréliction et la nôtre ?

Il incombe à la politique d’affronter le tragique de la situation présente et non de le fuir dans un passé balisé, que ce soit celui des années 1930 ou celui des Grandes Invasions. Plus nous devons être fermes en matière d’immigration plus nous devons aussi, me semble-t-il, éviter les raccourcis haineux. La maîtrise des flux migratoires est indispensable. La dénonciation des hordes barbares qui déferlent sur la France est indigne.[access capability= »lire_inedits »]

En toute amitié, Alain

 

Renaud Camus.

Cher Alain,

Le communiqué que vous évoquez ne vise pas spécialement “les gens qui fuient les bombardements en Syrie et le service militaire illimité en Érythrée”, donc ni lui ni moi ne disons ce que vous dites. Votre seconde question, “Faut-il être européen pour être un vrai réfugié ?”, montre bien le caractère exagéré et, dirai-je, polémique, de vos interrogations. Il n’est certes pas indispensable d’être européen pour être un vrai réfugié, mais ce concept est totalement impuissant à rendre compte des gigantesques vagues migratoires qui submergent l’Europe et la détruisent. Et si les véritables réfugiés sont si nombreux, au sein de ces flux colossaux, que ne profitent-ils de leur nombre pour se faire acteurs de leur propre histoire, comme tous les autres peuples avant eux, et avant qu’il n’existe un continent hors histoire, une maison de repos des peuples, qui devient chaotique du fait de leur afflux ?

« Peut-on penser à la fois leur déréliction et la nôtre ? », demandez-vous. Penser leur déréliction ne saurait consister à les soustraire de l’histoire comme nous prétendons nous y soustraire nous-mêmes, quitte à en devenir les objets passifs, les jouets et les victimes. Penser leur déréliction ne saurait consister à la faire nôtre, à nous y plonger par une solidarité suicidaire. Le raisonnement à l’œuvre ici est exactement celui qui a détruit l’École : certains enfants reçoivent une bonne éducation et d’autres en reçoivent une mauvaise ou n’en reçoivent pas du tout, installons en masse les seconds chez les premiers, comme cela il n’y aura plus d’éducation du tout et tout le monde sera, sinon content, du moins égal dans l’hébétude. Il y a du malheur et il y a du bonheur, installons le malheur (ou l’incompétence, ou l’incivisme, ou la barbarie) au pays du bonheur (ou de l’État de droit), comme cela tout le monde sera malheureux, ce sera beaucoup plus juste. Le principe opératoire de ces raisonnements, c’est : Détruire, dit-elle. S’obstiner contre toute raison à voir dans l’invasion un problème humanitaire et rien d’autre, c’est détruire l’Europe. Puissent la brutalité et la sauvagerie dont commencent à faire montre tant de prétendus réfugiés (j’imagine que les vrais sont plus tranquilles et moins exigeants…) ouvrir les yeux de ce continent repu, avide d’en finir avec lui-même.

Très amicalement à vous, Renaud

 

Alain Finkielkraut.

Cher Renaud,

Vous ne visez pas spécialement les gens qui fuient les combats en Syrie, ceux qui s’évadent de l’État-prison érythréen ou encore les chrétiens persécutés d’Orient, mais vous les visez aussi, vous les englobez. Et là est le problème. Penser, dites-vous souvent, c’est faire des distinctions. Vous manquez à cette exigence dans ce communiqué que je ne crois pas vous attribuer à tort.

Vous m’objectez que, s’il y a tant de vrais réfugiés, ils devraient profiter de leur nombre pour se faire les acteurs de leur propre histoire. Est-ce ainsi qu’auraient dû raisonner les Juifs polonais et les Juifs allemands de l’entre-deux-guerres ?

Et, vous le savez bien, je ne plaide pas pour l’ouverture des frontières. Je persiste à vouloir délier la fermeté du dégoût et de la haine.

Votre ami, Alain.

 

Renaud Camus.

Cher Alain,

Vous m’invitez à faire des distinctions, et c’est un appel que je ne saurais ne pas entendre. Cependant vous-même, aussitôt après, faites classiquement le rapprochement, je n’ose dire l’amalgame, entre la situation d’aujourd’hui et celle des années 1930. Nous sommes là au cœur de ce qui nous perd. L’Europe meurt de refaire fantasmatiquement la guerre précédente. C’est ce que je me suis permis d’appeler, dans un recueil au titre à vous-même emprunté (Le Communisme du xxie siècle), « la seconde carrière d’Adolf Hitler ». Hitler est au bout de toutes nos phrases et de toutes nos pensées, et cette référence obsessionnelle nous paralyse. Le continent, je l’ai souvent écrit, est comme un patient tellement opéré et réopéré du cancer hitlérien que, par précaution, et par crainte désormais imaginaire d’une résurgence de ce mal-là, on l’a dépouillé de toutes ses fonctions vitales et on le laisse sans défense contre d’autres horreurs. Il n’a plus de cœur, plus de cerveau, plus de virilité, plus de volonté, plus d’yeux. Il ne voit même pas l’invasion dont il fait l’objet et qu’il prend, comme M. le président du Sénat, pour une crise humanitaire. Nous prenons des géants pour des moulins à vent.

Il y a dans la masse des migrants de véritables réfugiés, dites-vous, et des réfugiés de la pire horreur. Certes. Mais ces réfugiés sont si nombreux qu’ils sont des peuples. Le parti de l’In-nocence et moi avons toujours affiché et proclamé la nécessité et le devoir, pour la France et l’Europe, de soutenir les peuples contre leurs tyrans. Contrairement à beaucoup de nos amis, nous ne sommes pas du tout anti-interventionnistes. Au contraire, nous ne cessons d’appeler l’Europe à réarmer et à redevenir une puissance, un acteur essentiel de l’histoire. On ne peut pas reprocher à nos positions d’être incohérentes. Nous préconisons depuis longtemps la création d’un État chrétien au Proche-Orient, une sorte de grand Liban : c’est-à-dire la décolonisation d’une partie de l’empire colonial arabo-musulman, le seul qui, précisément, n’ait jamais décolonisé mais, au contraire, est en train de conquérir l’Europe et de progresser sur tous les fronts. L’Érythrée est un abject État-prison, aidons son peuple contre ses tortionnaires. Ne lui offrons pas notre pays.

Très amicalement à vous, Renaud

 

Alain Finkielkraut.

Je suis d’accord avec vous : la référence aux années 1930 désarme aujourd’hui l’Europe. Il n’empêche : nous ne pouvons pas faire comme si le xxe siècle n’avait pas eu lieu. C’est parce qu’en Suisse notamment la barque était pleine qu’il existe aujourd’hui un droit des réfugiés. On ne saurait le supprimer d’un trait de plume. À nous de marier fermeté et perspicacité. À nous aussi de ne pas céder à la tentation de considérer tous ceux que nous refoulons comme des envahisseurs.

Très amicalement à vous, Alain

 

Renaud Camus

Cher Alain,

Il ne s’agit pas dans notre esprit de supprimer d’un trait de plume le droit des réfugiés, mais de le réviser très profondément, afin de le recentrer sur le strict droit d’asile, comme nous voulons recentrer la “culture” et les “industries culturelles” sur la culture. Votre formulation me convient parfaitement, j’y souscris très volontiers : “ne pas considérer tous ceux que nous refoulons comme des envahisseurs”. Je serai même plus libéral que vous et veux bien ne pas considérer comme des envahisseurs certains (un très petit nombre) de ceux que nous ne refoulons pas. Il n’empêche qu’invasion il y a bel et bien, sous ombre de “droit des réfugiés”, qui est devenu une très mauvaise farce. Et cette invasion ne se donne même plus l’air ni les gants de paraître misérable, aimable et pacifique. Elle devient ce qu’elle est, agressive, violente et conquérante.

Très vôtre, Renaud

 

Alain Finkielkraut.

Cher Renaud,

Si l’on voulait enrayer l’actuel processus destructeur pour tous, il faudrait non seulement mener une guerre impitoyable contre les passeurs mais intervenir en Libye et peut-être en Érythrée : de cela, le camp progressiste, le camp identitaro-souverainiste et la bien-pensance européenne refusent, chacun avec ses arguments, d’entendre parler. C’est déplorable. Mais ne convertissons pas notre impuissance en vindicte contre les misérables qui débarquent chez nous.

Merci de me pousser dans mes retranchements. Alain

 

Renaud Camus

Cher Alain,

Les misérables qui débarquent chez nous, comme vous dites, pour la plupart ne sont pas si misérables que cela. Beaucoup ont payé 20 000 ou 30 000 euros, parfois davantage, pour arriver jusqu’à nous – j’en serais pour ma part bien incapable. Un dixième de cet argent aurait mille fois suffi, si vraiment ils sont des réfugiés, à négocier pareil statut avant de violer nos frontières, ce qui, dans toutes les civilisations de la terre, a toujours fait des étrangers des délinquants. Or, bien loin de se comporter en coupables et en obligés, ils se targuent de leur spectaculaire clandestinité, ils sont de plus en plus agressifs et belliqueux, et une part considérable de la nocence leur est due, parmi celle dont nous ne sommes pas redevables aux vagues précédentes d’immigration. Face à quoi l’Europe se demande incessamment de quels nouveaux droits elle pourrait bien les gratifier, alors qu’un nombre croissant de ses propres citoyens sont dans la misère.

Que les camps progressiste, identitaro-souverainiste, européen bien-pensant et, ajouterai-je, poutinolâtre refusent d’envisager les aspects géopolitiques globaux de la situation, je suis bien d’accord avec vous pour m’en lamenter. Je ne cesse pour ma part, avec ma faible voix, d’appeler à un retour de l’Europe dans l’histoire, avec, pour commencer, une armée et des forces d’intervention dignes de ce nom.

Votre ami et admirateur, Renaud Camus

 

Alain Finkielkraut.

Cher Renaud,

Il y a beaucoup d’arrogance dans les “quartiers populaires” mais je n’en discerne aucune chez les migrants qui ont vendu tous les biens pour s’entasser dans des rafiots en Méditerranée ou chez ceux qui s’efforcent, au péril de leur vie, d’arriver en Angleterre.

J’ai passé en tout cas une journée passionnante en votre compagnie.

Votre ami et lecteur fidèle, Alain

 

Renaud Camus.

Cher Alain,

Nous voici revenus à notre point de départ, le communiqué de l’In-nocence – lequel, lui, contrairement à vous, discerne bel et bien de l’arrogance chez nombre de migrants, et c’est ce qu’il appelle leurs “nouveaux comportements”, qu’il juge hautement révélateurs. À Cos, ils attaquent la police et répandent la peur dans le port. En Italie ils manifestent pour des nourritures plus conformes à leur tradition et se plaignent de la présence de femmes parmi les personnes chargées de les assister. À Paris et à Calais, ils se ruent sur des policiers. À l’entrée du tunnel sous la Manche, ils réglementent les accès. Partout ils défilent à visage découvert avec des banderoles revendicatives alors que bien entendu ils ne devraient même pas être là. Dans toute l’Europe les viols et les agressions qui leur sont dus se multiplient. Et je ne parle de leur effet catastrophique sur l’environnement, au sens le plus matériel et immédiat du terme : quelque endroit où ils se concentrent prend aussitôt l’aspect d’une décharge publique. On est bien loin des « demandeurs d’asile » des autres époques. N’incriminons pas les origines, les cultures, mais le nombre. Dès que le nombre permet la force, c’est la force et l’esprit de conquête qui se manifestent.

Très amicalement à vous, Renaud.

 

Alain Finkielkraut.

Cher Renaud,

Le nombre, en effet. Leopold Kohr, le maître à penser d’Ivan Illich, disait : « Il semble qu’il n’y ait qu’une cause derrière toutes les formes de misère sociale : la taille excessive. La taille excessive apparaît comme le seul et unique problème imprégnant toute la création. Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros. »

Reste que l’invasion dont nous parlons est aussi et indissolublement, comme nombre d’autres exemples que ceux que vous citez l’attestent, une tragédie humanitaire. Il serait suicidaire de vouloir accueillir toute la misère du monde. Mais avons-nous vraiment besoin d’en nier la réalité pour nous donner du courage ?

Très amicalement à vous, Alain

 

Renaud Camus.

Mon cher Alain,

Vous pensez bien que je suis à 100 % sur la même ligne que vous et que Leopold Kohr quant à la taille excessive de tout : des villes, des musées, des populations, des institutions, des champs, des usines à vaches, à porcs et à veaux. Voilà un des nombreux points où il n’y a pas la moindre divergence entre nous. Le gigantisme implique la normalisation, la normalisation l’interchangeabilité générale, l’interchangeabilité le remplacisme, le remplacisme le Grand Remplacement.

Je ne crois pas que ce soit à moi que l’on puisse reprocher de nier la réalité de quoi que ce soit, et certainement pas des drames humanitaires, et, dirai-je même, humains, qu’implique le remplacisme dans ses œuvres. Qu’il y ait à la gigantesque crise actuelle un aspect humanitaire et qui relève de l’entraide internationale, c’est indéniable. Il en représente entre 2 et 5 %, dirai-je. La réduire à lui, décider de ne voir et ne traiter que lui au sein de son énormité, c’est de la pure folie, de l’aveuglement criminel, au mieux une facilité de belle âme qui ne veut pas sortir du registre familier, au pis une complicité abjecte avec l’abandon de peuple et de civilisation.

Croyez à ma très kohrienne amitié, Renaud
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