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Clémentine Autain, Tariq Ramadan: ensemble contre la République?

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Ensemble Saint-Denis Clémentine Autain

Ce matin, sur le site d’« Ensemble ! », j’ai vu cet appel pour un meeting à Saint-Denis qui aura lieu demain soir « pour une politique de paix, de justice et de dignité », featuring Tariq Ramadan.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, « Ensemble ! » est une formation politique dont la porte-parole est Clémentine Autain, n°2 sur la liste de Claude Bartolone en Seine-Saint-Denis. Vous avez dit « dignité » ?

Dans un monde normal, j’imagine que Claude Bartolone, par ailleurs président de l’Assemblée Nationale, aurait publiquement rappelé à l’ordre Bécassine Autain. Le genre « Pas de ça chez nous !», puisque qu’il y a désormais un « nous » qui va du PS à la supposée gauche de la gauche. Et qui va même jusqu’à Estrosi, récemment converti, je cite, au « vivre ensemble » et au combat contre « la stigmatisation ».

Un « Front républicain » qui inclut aussi, de fait, les Indigènes de la République et l’inénarrable officine antirépublicaine qu’est le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), puisque ces deux formations appellent au même meeting que le parti de Clémentine Autain.

Mais nous ne sommes pas dans un monde normal, nous sommes en campagne électorale et Claude Bartolone a d’autres priorités. Hier matin, il a qualifié Valérie Pécresse de « ringarde » dans une interview au Parisien. Hier soir, à Créteil, lors du meeting unitaire de la néogauche plurielle, il a accusé la même Valérie  Pécresse de vouloir « mettre la région en rang, en uniforme, un serre-tête dans les cheveux »…

Je ne suis pas un fan du serre-tête. Mais quoi qu’il en soit, je le préfère à la burqa.

[NDLR : Une pétition a été lancée par le collectif R.E.V.E contre la tenue du meeting, appelant à un rassemblement de protestation si celui-ci n’était pas annulé]

Libé et «La femme voilée du métro»

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femme voilée métro Luc le Vaillant

J’achète peu Libé — sinon pour vérifier de temps à autre l’état réel de la bien-pensance telle qu’elle s’exprime dans le Camp du Bien. J’ai trop de souvenirs de guerre liés à ce journal, du temps où il était de gauche, qu’il résidait à Barbès et que nous le défendions contre les attaques de vrais fachos, pour supporter le brouillis infâme de libéralisme hollandais et de boboïtude branchée qu’il est devenu. Souvenir aussi d’un jour où, vers 1995, un ami qui demandait Le Monde et Libé se vit répondre par le kiosquier : « Ah, la grande Pravda et la petite Pravda » — et comme il avait raison, cet homme !

Bref, je l’ai acheté hier mardi, sur le conseil affectueux d’une amie qui venait de le lire.

En page 27, sous la rubrique Ré / jouissances — joli en-tête —, un article de Luc Le Vaillant, que j’avais identifié il y a deux ans parce qu’il était l’un des rares, dans cette Gauche désormais parée de toutes les vertus ecclésiastiques, à défendre DSK et à imaginer à Pimprenelle une vie libertine avec un gigolo d’occasion, ce qui avait exaspéré les chiennes de garde du féminisme à géométrie variable.

L’article s’intitule « La femme voilée du métro », et fait le buzz, comme on dit dans la France qui a choisi l’onomatopée insectoïde comme mode d’expression : accusations mêlées de misogynie — péché mortel dans un pays où il est désormais interdit d’aimer les femmes — et d’islamophobie — autre tare indéniable dans un pays où, comme on le sait, tous les Musulmans sont nos amis et le communautarisme une bonne idée.

Je ne suis pas un grand amateur du style de Luc Le Vaillant — « un peu pudding, un peu meringue, un peu chantilly », disait un journaliste ami de Stratégies ; et Philippe Lançon, chroniqueur à Charlie et à Libé : « Son style a un côté débordant, humide, un peu sexe, qui exaspère les puritains. Lui, rien ne l’agace plus que les pisse-froid, les peine-à-jouir. » C’est tout à fait ça. Échantillon :

« La femme en noir est debout au coin d’une rame et n’attend personne. Elle a la puissance de celles qui aimantent à parité l’attention et la répulsion, la fascination et la détestation. Impavide, immobile, elle tient serrées les paranoïas ambiantes et calcifie les fantasmes destructeurs. Elle se retrouve encagée dans un grillage d’affects réprobateurs et de désirs ambivalents. Le tout lui fait un bouclier protecteur et un podium de pole-dance pour un strip-tease mystique terrorisant. »

« Elle porte une abaya couleur corbeau. La tenue traîne jusqu’au sol et balaie la poussière des anxiétés alentour. Les mains sont gantées et on ne saura jamais si les paumes sont moites. Cette autre soutane monothéiste lui fait la cuisse évasive, la fesse envasée, les seins restreints. Les cheveux sont distraits à la concupiscence des abominables pervers de l’Occident décadent. Ceux-ci ne rêvant, paraît-il, que de dénuder ce corps réservé à un seigneur et maître, réel ou spirituel, qui tient ses pouvoirs d’accaparement du Dieu unique à la féroce jalousie. »

Bref, Luc Le Vaillant, ou son doppelganger fantasmé, a donc rencontré une femme voilée dans le métro. Et il en a dit ce que pensent actuellement tous les gens raisonnables :

« Je me dis que j’exagère, et toute la rame avec moi, de mettre en garde à vue le libre arbitre d’une pauvre petite croyante qui ne fait de mal à personne en suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome. Sauf qu’il y a peu de chances que la demoiselle fête les 110 ans de la loi de 1905 dont elle ferait plutôt des confettis. Elle peut toujours arguer d’une pratique piétiste qui ne fait pas de mal à une mouche, je ne peux m’empêcher de la voir comme une compagne de route des lapideurs de couples adultères et des coupeurs de mains voleuses. Tant qu’elle ne rafale pas les terrasses à la kalach, elle peut penser ce qu’elle veut, croire aux bobards qui la réjouissent et s’habiller à sa guise mais j’aimerais juste qu’elle évite de me prendre pour une buse. Arborer ces emblèmes sinistres revient à balancer un bloc d’abîme fondamentaliste sur l’égalité homme-femme, sur les libertés publiques et sur l’émancipation de l’individu. Ce qui est son droit le plus strict, même si je le juge inique. »

« Le métro continue sa route. A la station Saint-Germain-des-Prés, j’implore Simone de Beauvoir de faire entendre raison aux asservies volontaires. A Saint-Sulpice, le flip revient et je me raconte que la femme voilée est en cheville avec le conducteur salafiste et que mon supplice en sous-sol est pour bientôt. A Saint-Placide, quand se finit la théorie des saints protecteurs si peu laïcards, mon naturel paisible pète un plomb et j’écartèle les portes pour sauter à quai alors que je suis censé ne descendre qu’à la prochaine. Ma couardise laissant la femme-fantôme continuer à couvert sous le tunnel, immobile et tout de noir vêtue. »

Le spécialiste de Sade que je fus apprécie au passage la référence discrète au merveilleux livre d’Annie Le Brun sur le Divin marquis (Soudain un bloc d’abîme, Sade — Jean-Jacques Pauvert 1986, mais aussi en Folio depuis l’année dernière). Et le défenseur féroce de la laïcité que je suis fait chorus avec ce sentiment d’étrange étrangeté dégagé par ce vêtement de deuil et de fanatisme textile.

Une collègue me racontait tout récemment comment, confrontée dans le métro à un fantôme en burka — pour ne pas déclencher d’émeutes, les flics ont désormais l’ordre de ne plus intervenir, à Marseille, quand au mépris de la loi des femmes grillagées occupent les rues —, elle avait vu toute la rame se regrouper à l’autre bout, et finalement descendre à l’arrêt suivant : après tout, on ne sait pas ce que les islamistes trimballent sous leurs défroques — on ne sait même pas si ce sont des femmes.

Mais ce qui est drôle, c’est que cet article tout naturel, quelles que soient mes réserves sur son style, a provoqué une révolution à Libé (c’est bien la première fois depuis longtemps que ce journal bien-pensant flirte avec la révolution, dont il fut jadis l’un des chantres). À en croire les Inrocks, autre totem de la branchitude, un journaliste anonyme du quotidien s’exclame : « Chez nous c’est la war room. On réfléchit à la réponse à apporter. La grande majorité des journalistes sont scandalisés. On a l’impression de faire 50 pas en arrière avec un texte comme ça, surtout après avoir fait des doubles et des doubles pages sur l’islamophobie, encore pas plus tard que la semaine dernière. »

Et les gardiens du temple et de la mosquée réunis de se répandre en tweets rageurs pour fustiger le racisme de Le Vaillant :

Au-delà de la liberté d’expression des journalistes (mais apparemment le délit de blasphème est en voie de réintroduction à Libé), ce que raconte Luc Le Vaillant est le quotidien de milliers de Français confrontés chaque jour aux croyances médiévales des salafistes, fondamentalistes et autres littéralistes — comme dit Tariq Ramadan dans un entretien que nous eûmes ensemble et qui est publié ce mois-ci dans la Revue des deux mondes.

Le quotidien aussi de milliers de femmes confinées par le fanatisme et l’ignorance derrière des voiles — dont je ne reconnais l’importance que lorsqu’on les ôte, comme jadis Salomé.

Quant à la condamnation à la géhenne de Luc Le Vaillant par ses pairs et paires (féminisons gaiement !), aucune importance. Cher Luc, vous vous rappelez sans doute ce que dit Molière dans Tartuffe : « C’est être libertin que d’avoir de bons yeux ». Et ma foi, libertins nous sommes sans doute — des esprits libres qui jamais n’accepteront que d’autres êtres libres soient confinés derrière des murs — de béton ou de toile.

*Photo : Flickr.com.

Soudain un bloc d'abîme, Sade

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Sarkozy, justiciable d’exception

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nicolas sarkozy justice etat urgence

L’état d’urgence – instauré pour trois mois et que certains voudraient voir prolonger – est censé s’opposer à « l’État de droit ». La raison en est qu’essentiellement cet état d’exception, pour des motifs d’efficacité répressive, permet à l’autorité administrative des privautés avec les libertés publiques. Cependant, même en état d’urgence, tout n’est pas permis et l’État ne pourra agir que sous le contrôles du Parlement et de la justice. Autrement dit, les deux gardiens naturels des libertés publiques dans un « État de droit », autre nom de la société régulée par le droit, même quand celle-ci est en guerre, conservent de larges prérogatives.

Que depuis le vote de l’état d’urgence nombre de voix se soient élevées, s’inquiétant de son instauration, pour affirmer que nos libertés étaient menacées, rien n’est plus légitime. Or, si cette vigilance est indispensable, beaucoup de ceux qui s’en prévalent aujourd’hui ont été singulièrement muets dans d’autres circonstances où pour gravement les violer, on avait pourtant fait appel à celui qui en est quand même le gardien majeur, à savoir le juge. Leur sens de l’indignation serait-il à géométrie variable ?

J’avais déjà déploré la destruction totale du secret professionnel des avocats. Mais, en dehors des avocats eux-mêmes dont les organisations ont élevé la voix pour être aussitôt accusées « d’un corporatisme massif », pas grand monde n’a bougé. Pourtant, les atteintes étaient particulièrement sérieuses et il n’y avait pourtant pas, à ce moment-là, le moindre état d’urgence. Ah oui, pas d’état d’urgence, mais il y avait une autre circonstance. Les procédures concernaient Nicolas Sarkozy et quand c’est lui, on a le droit.

Un nouvel épisode assez croquignolet concernant l’ancien chef de l’État vient de trouver un terme provisoire devant le Conseil Constitutionnel. Dans la fameuse affaire « Azibert/Bismuth/Agenda », par la lecture du Monde informé régulièrement, on avait appris que Nicolas Sarkozy était accusé d’avoir corrompu un magistrat en retraite pour influencer la chambre criminelle de la Cour de Cassation pour que celle-ci lui restitue son agenda de Président de la République saisi – illégalement – dans l’affaire Bettencourt. Accusation passablement farfelue lorsque l’on connaît le fonctionnement de la Cour de Cassation, et quand on sait que finalement la Cour a refusé la restitution.

On a assisté cependant à un déploiement de moyens considérables. Deux magistrates ont été chargées de l’instruction, et les « deux dames » comme les appelle Sarkozy, n’ont pas chômé. Parmi bien d’autres institutions, elles ont ciblé les magistrats de la chambre criminelle. Probablement soucieuses de savoir si ceux-ci avait pu être approchés par Azibert, elles ont multiplié convocations et auditions, perquisitions, saisies d’ordinateurs, communication de fadettes et autres initiatives complètement disproportionnées. Ce zèle a créé, comme l’a rapporté Le Canard Enchaîné avec gourmandise, une ambiance assez lourde au palais. On apprend surtout à la lecture de l’hebdomadaire satirique que les magistrats auraient été cuisinés sur leur délibéré ayant abouti à leur décision de refus de restitution de l’agenda. Il est probable que les membres de la Cour de Cassation se rappelant le texte de leur serment ont été interloqués par la méthode : « Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions, de garder religieusement le secret des délibérations et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat ». Ils savent que c’est un principe constitutionnellement protégé et connaissent le rappel du Conseil d’État du 17 novembre 2012: « le secret des délibérations dans les assemblées juridictionnelles est un principe général du droit public français; que ce principe a pour objet d’assurer l’indépendance des juges et l’autorité morale de leurs décisions; qu’il s’impose, dès lors, à toutes les juridictions ». Les « deux dames » le savent probablement aussi, mais quand il s’agit de Sarkozy, on ne va pas s’arrêter à ce genre de détail, n’est-ce pas?

Le bruit court que les auditions dans le bureau des juges d’instruction ont été marquées par un sévère refroidissement climatique. Et bien sûr les magistrats de la chambre criminelle ont refusé de trahir ce secret. Qu’à cela ne tienne, on raconte qu’elles auraient alors réclamé la copie du rapport du conseiller rapporteur. Il s’agit de la synthèse du dossier soumis à la juridiction présentée par un conseiller à ses collègues de la collégialité pour leur fournir les éléments du débat nécessaire au délibéré. Les juristes attentifs savent que le rapport fait partie de ce délibéré, et qu’il est donc soumis au secret. La question est tranchée depuis longtemps, à la fois par le Conseil Constitutionnel et par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Mais puisqu’on vous dit qu’il s’agit de Sarkozy ! Avec lui, si l’on respecte la Constitution, on ne va pas s’en sortir. Si l’on comprend bien, il a fallu passer par une Question Prioritaire de Constitutionnalité, et saisir le Conseil Constitutionnel pour que la cour suprême confirme à nouveau l’évidence. Ce qu’elle a fait en respectant, comme à son habitude, l’adage: « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ». Mais enfin, le principe est à nouveau rappelé, et il est applicable, même quand il s’agit de l’ancien Président de la République.

Le Monde nous apprend, par l’intermédiaire de ses duettistes revigorés par l’affaire Benzéma, que les magistrats instructeurs ont récemment convoqué Nicolas Sarkozy pour une audition, au cours de laquelle il serait resté muet. Oui, mais dites donc il y a un autre problème, puisque la procédure d’instruction dans ce dossier est suspendue depuis une décision de la chambre d’instruction de Paris il y a maintenant plus d’un an ! Aucun acte de cette nature ne peut normalement être actuellement accompli. Comment comprendre cette nouvelle violation des règles ? C’est très simple, dès lors qu’il s’agit de l’ancien Président de la république, on peut faire ce qu’on veut.

Curieux destin que celui de Nicolas Sarkozy, homme politique par ailleurs avocat. Voilà quelqu’un qui aura incontestablement fait évoluer le droit. Mais pas comme Président de la République ou ministre, comme justiciable.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00732337_000133.

Daech-Arabie Saoudite, même combat?

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daech arabie saoudite trevidic

L’Arabie saoudite n’a pas bonne presse. Les réseaux sociaux s’énervent contre le royaume et sur Twitter, le hashtag #SueMeSaudi – « Fais-moi un procès, Arabie Saoudite » – fleurit depuis quelques jours. En cause, l’annonce du ministère de la Justice saoudien informant que toute comparaison entre la condamnation à mort d’un poète pour apostasie et les pratiques de Daech ferait l’objet d’une poursuite judiciaire. Maladroitement, le gouvernement saoudien a mis le doigt sur le problème : pour beaucoup l’Arabie saoudite ne diffère guère de l’Etat islamique.

C’est d’ailleurs exactement ce qu’avançait, le 20 novembre dernier, l’écrivain algérien Kamel Daoud,  dans une tribune publiée par le New York Times et dont le titre est on ne peut plus clair « L’Arabie saoudite, un Daech qui a réussi ». L’attaque est frontale : « Daech noir, Daech blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. ».

Ce n’est pas la première fois que la pétromonarchie se trouve dans l’œil du cyclone : à la suite des attentats du 11 septembre, l’opinion publique américaine avait découvert, ahurie, que Ben Laden et un certain nombre de terroristes ayant frappé les Etats-Unis étaient d’origine saoudienne. Presque du jour au lendemain, le plus vieil allié de Washington au Moyen-Orient devenait un quasi-paria.

En France, des voix s’élèvent pour dénoncer la proximité idéologique de la monarchie wahhabite avec l’Etat islamique. Ainsi, Marc Trévidic, ancien juge anti-terroriste, déclarait sur France 2 le lendemain des attentats de 13 novembre que « Le wahhabisme (dont l’Arabie saoudite est considérée comme le berceau et le principal foyer de propagation) a diffusé [le salafisme] sur la planète depuis le conflit en Afghanistan, [en] 1979. Est-ce qu’on est copains avec (les Saoudiens) pour des raisons économiques se demande le juge antiterroriste ? La politique américaine, c’est :’On adore les fondamentalismes religieux s’ils sont libéraux économiquement’. C’est comme ça depuis des années. C’est leur crédo ! C’est super les Saoudiens, c’est super le Qatar, les Emirats arabes unis parce qu’ils commercent…».

Pire encore, l’Arabie Saoudite sunnite est soupçonnée de financer secrètement des organisations terroristes telles que la filiale syrienne d’Al-Qaïda Al-Nosra ou  l’Etat islamique dans le but de déstabiliser la Syrie,  maillon essentiel de l’axe chiite –Iran-Irak-Syrie-Liban.

Que l’Arabie saoudite ne soit pas un régime très sympathique est une évidence. Il serait préférable de voir ses citoyens vivre dans une société moins rigide et plus libre. Et après ? Une position  cohérente proposerait d’aligner la politique étrangère de la France sur nos valeurs démocratiques. Personne ne le propose sérieusement car le prix à payer – notamment en termes de perte d’influence et d’échanges économiques – est jugé trop élevé.

Certains brocardent également les alliances de la France en raison de leur inefficacité stratégique. Cela s’entend. On peut très bien avancer que les alliances françaises dans la péninsule arabique coûtent plus qu’elles ne rapportent. C’est une question légitime mais difficile à trancher. Car il n’est pas aisé de dresser le bilan « objectif » d’une alliance. Encore moins de le comparer avec le bilan théorique d’une alliance alternative.

En réalité, derrière le « Saudi bashing » se cache la volonté – légitime au demeurant – d’opérer un revirement géostratégique dans la région et au-delà. Derrière la dénonciation de l’Arabie saoudite au nom des valeurs de la France se trouve bien souvent la volonté de se rapprocher de l’Iran, de soutenir Assad en Syrie et de réchauffer les relations avec la Russie. Les tenants de cette ligne ont des arguments puissants et cohérents dont toute notion de morale semble exclue. S’il faut se rapprocher de la Russie et de l’Iran, faudrait-il s’en éloigner aussitôt que ces pays bafouent ostensiblement les droits de l’homme ? Et quid de nos relations avec le Pakistan, pays peu réputé pour sa tolérance religieuse ? Pouvons-nous rompre avec nos partenaires qui jouent un double jeu comme la Turquie, deuxième armée de l’OTAN, dont le jeu dans la crise syrienne est tout sauf clair ?

En fait, les alliances géopolitiques se jugent en fonction des intérêts nationaux, mais aussi de la capacité de nos partenaires à faire preuve de rationalité sur le plan diplomatique. Et c’est sur ce point que la différence entre l’Arabie saoudite et l’EI est flagrante : la monarchie saoudienne est peut-être détestable mais c’est un acteur rationnel, sensible aux calculs de pertes et profits et dont la politique suit une logique compréhensible. On ne peut pas –  c’est le moins qu’on puisse dire – en dire autant de l’EI. C’est pourquoi il n’y d’autre choix que de combattre cette organisation terroriste.

Il est donc nécessaire d’examiner le système des alliances françaises au Moyen-Orient et plus encore de plaider pour un changement. Mais, de grâce, n’abordons pas ce débat sous un angle moral.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21820113_000025.

Les attentats, une chance pour le Front?

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attentats Front national

La décence la plus élémentaire nous interdit d’écrire – et même de penser – que les attentats de Paris « profitent » à qui que ce soit. Par respect pour les 500 personnes touchées le mois dernier, dont 130 ont perdu la vie, un minimum de dignité s’impose. Mais rien n’empêche de constater, par exemple, que les attentats de Madrid en 2004 ont retourné l’opinion espagnole en faveur du social-démocrate Zapatero.

Aujourd’hui, certains commentateurs n’hésitent donc pas à établir un lien direct entre le terrorisme islamiste et le score du FN aux élections régionales. Comme si la colère et la peur étaient les seules motivations possibles de ses électeurs, forcément inaptes au moindre recul, et donc une chance pour le Front.

Dès septembre dernier, Gérald Darmanin, directeur de campagne de Xavier Bertrand en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, l’affirmait sans la moindre hésitation : « La seule chose qui peut faire gagner Marine Le Pen, c’est un attentat 48 heures avant. » Et il ajoutait, avec la délicatesse d’un Caterpillar : « C’est la candidate de Daech. »

Résultat, ce dimanche 6 décembre au soir, Rue89 expliquait benoîtement que « cette poussée frontiste doit beaucoup à la peur post-attentats » et que « Marine Le Pen peut remercier (…) le groupe Etat islamique ». Et toute la presse, nationale comme locale, était à l’unisson.

Or, comme souvent, personne n’a songé à vérifier la validité de ce postulat. Sans quoi on aurait rapidement découvert qu’il était sinon parfaitement faux, du moins largement discutable. D’ailleurs, ce sont ses propagateurs eux-mêmes qui en apportent la preuve.

Dès 23h dimanche soir, Anne Hidalgo, maire de Paris, enfilait ses plus gros sabots pour tweeter le message suivant : « Je veux saluer les résultats remarquablement faibles du FN dans les bureaux de vote des quartiers ciblés lors des attentats du 13 novembre. »

tweet Anne Hidalgo

« Remarquablement faible », c’est le mot, puisque les scores de Wallerand de Saint-Just dans le Boboland des Xe et XIe arrondissements de Paris ont été respectivement de 7,3% et 7,5%, soit près de quatre fois inférieurs à celui du FN au niveau national. Vous avez dit « effet attentats » ?

Le lendemain, le député socialiste Erwann Binet tweetait carrément : « Toujours pas de communiqué de l’EI pour revendiquer et se réjouir des résultats d’hier soir… » Avait-il manqué le tweet d’Anne Hidalgo ? Quoi qu’il en soit, réalisant sans doute l’obscénité monstrueuse de son message, il s’est empressé de l’effacer.

tweet Erwann Binet

Problème : les sondages réalisés avant et après les attentats du 13 novembre démontrent au contraire que le « vote sanction » (contre le pouvoir en place) a diminué de 11 points, et que le « vote de soutien » a même gagné trois points. Quant à la cote de François Hollande, elle a fait un bond spectaculaire de 22 points, passant de 28% à 50% d’opinions favorables.

Ce regain de popularité inespéré est de toute évidence lié à son attitude, plus présidentielle que jamais en ces circonstances tragiques, et aux mesures d’urgence qu’il a immédiatement annoncées. Il est logique que son parti en récolte les fruits, avec des scores moins ridicules que prévu dans bien des régions. Mais qui oserait faire le raccourci consistant à dire que François Hollande « peut remercier l’Etat islamique » ?

Encore une fois, pas nous.

*Photo : AP21831766_000009.

Bourgogne-Franche-Comté : comment perdre 10 000 voix en un seul clic

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Nous l’avons vu lundi, la Bourgogne-Franche-Comté fait partie des régions qui pourraient fort bien basculer dans l’escarcelle frontiste. C’est aussi une des exceptions au front républicain que le trio Hollande-Valls-Cambadélis a décrété, expliquant que le total de la gauche dépassait le total de la droite, faisant dire à la candidate socialiste Marie-Guite Dufay que son cas n’avait rien à voir avec celui de Jean-Pierre Masseret.

C’est sans doute pour s’en convaincre elle-même, davantage encore que l’UDI qui appelle au retrait de toutes les listes classées troisièmes dans les régions où le FN est en tête, qu’elle a cru bon de faire des jolies additions sur sa page Facebook, déclenchant la colère de Julien Gonzales, tête de liste de l’Alliance écologiste indépendante. Ce dernier lui reproche d’avoir additionné ses voix ainsi que celles de la liste Lutte ouvrière alors que ces deux partis appellent leurs électeurs à voter dimanche prochain en leur âme et conscience. Julien Gonzales, qui sait que les voix obtenues sont autant sinon davantage dues au mot « indépendante » qu’au mot « écologiste », a envoyé une lettre ouverte à Marie-Guite Dufay diffusée tous les médias fustigeant la « malhonnêteté intellectuelle » de la candidate de la gauche. Il la menace de poursuites judiciaires si elle ne retire pas sa publication sur Facebook ou si elle devait utiliser le même savant calcul dans le moindre tract. Enfin, il lui indique qu’elle a réussi à le convaincre de ne pas voter pour elle, hésitant aujourd’hui entre le bulletin blanc et le bulletin LR-UDI.

Nul doute que parmi les 20 615 électeurs de la liste écologiste indépendante, ils seront un certain nombre à partager le sentiment de Julien Gonzales. Alors qu’on annonce une élection plutôt serrée, Marie-Guite Dufay pourra méditer sur cette question : comment, en un clic Facebook, peut-on perdre connement plusieurs milliers de voix, et  un siège de président de région ?

Régionales : vive les Bretons

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ledrian regionales verts cosse autain

L’humiliation que le facétieux Jean-Yves Le Drian vient d’infliger à Europe-Ecologie-Les-Verts en refusant de fusionner leur liste avec la sienne restera comme une des très bonnes nouvelles de cet entre-deux-tours. Si je m’appelais Cohennec, je voterais Le Drian dimanche prochain, quoi que je pense par ailleurs de la politique du gouvernement auquel il appartient. Voter est un choix politique, c’est aussi, un peu, un choix éthique et esthétique.

En vertu de quoi, je comprends les hésitations de nombre de mes amis républicains de gauche à voter pour Bartolone au second tour, sachant qu’il a accordé une place de choix (deuxième de liste dans le 9-3) à Bécassine Autain.

Celle-là même qui traite de stigmatisateur quiconque s’oppose frontalement à l’islamisme (j’imagine qu’elle à dû résilier son abonnement de soutien à Causeur en voyant la Une du dernier numéro).

Cf. cette vidéo de mai 2013 :

Celle-là même qui, au soir du premier tour, a jugé que le score élevé du FN était « un désastre qu’il faut d’abord imputer à la politique gouvernementale », pour envisager aussitôt une fusion de sa liste avec celle du PS pour le second tour (ce qui fut fait dès le lendemain).

Celle-là même qui a posté, après les attentats de Paris, le tweet le plus grotesque de l’année.

autain

Heu, s’il faut opposer à Daech plus de services publics et plus de solidarité, j’attends avec impatience que Clémentine nous explique qu’« il faut opposer au FN plus de MJC et plus de fraternité ». Voter, c’est aussi un choix esthétique, disais-je plus haut…

Mais revenons à nos Bretons. En vrai, Le Drian a envoyé bouler les Verts parce qu’arithmétiquement il a déjà gagné en Bretagne, et qu’il n’a donc pas besoin de s’encombrer de charlots qui crachent sur l’armée et les forces de l’ordre, y compris quand nos légionnaires et nos paras tombent pour la France et pour l’humanité en combattant les islamistes au Mali.

Bravo Jean-Yves, et même deux fois bravo ! Car avant de procéder à son coup de force anti-écolo, le ministre de la Défense a su déceler une faille de taille dans le dispositif de l’adversaire vert. Je m’explique.

Si j’étais militant EELV (rires dans la salle) en Bretagne ou ailleurs, je me poserais la question suivante : est-il bien normal que la cheffe du parti (Emmanuelle Cosse, donc) se soit empressée de tomber dans les bras de Barto dès dimanche soir, AVANT de blinder avec Camba et Valls des accords de fusion raisonnables pour les Verts dans TOUTES les régions ?

Soit Emmanuelle Cosse ne pense qu’à sa pomme, soit c’est une bintje. Ou alors les deux.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00728754_000001.

Daech, antiterrorisme et bombardements durables

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raqqa daech cia cop21

L’US Air Force se met aussi à l’heure de la Cop 21. La semaine dernière, l’ancien directeur de la CIA, Michael Morell a déclaré que la Maison Blanche tenait à limiter les frappes visant les installations pétrolières détenues par l’Etat Islamique. « Nous ne visons pas les puits de pétrole, a déclaré Michael Morell, car nous ne voulons pas causer de dommages environnementaux et car nous ne souhaitons pas détruire ces infrastructures. » L’affirmation de l’ancien chef de la CIA semble corroborée par le contenu de la conférence de presse organisée à Bagdad par le département de la défense américain pour présenter l’opération « Inherent Resolve ». Lors de la réunion organisée le 18 novembre dernier, le colonel Steve Warren a justifié le nombre très mesuré de frappes sur les camions-citernes au nom de la protection des populations civiles, et en particulier des conducteurs de ces poids lourds car c’est bien connu, les routiers sont sympas : « C’est une décision que nous avons eu à prendre. Nous n’avons pas frappé ces camions mais si nous avons établi qu’ils sont bien utilisés pour des opérations au profit de l’EI, les conducteurs eux-mêmes ne sont probablement pas des membres de l’EI ; ce sont probablement juste des civils. Nous avons donc dû trouver un moyen de contourner le problème. »
L’attention surprenante portée à l’environnement et au sort des conducteurs de citerne pourrait s’expliquer, à en croire Michael Morell, par la conviction des hauts responsables américains qu’il faudra bien s’appuyer sur quelque chose, et en particulier sur l’infrastructure pétrolière pour relever le pays quand le problème de l’Etat Islamique aura été réglé. L’optimisme est décidément une composante essentielle de l’état d’esprit américain…

Si l’on en croit la conférence de presse qui s’est tenue à Bagdad, les attentats parisiens du 13 novembre ont cependant amené à intensifier les frappes sur les convois de pétrole : « Cette coalition est devenue au fil du temps un peu comme une famille et nos prières et nos cœurs sont avec les Français », a déclaré le colonel Steve Warren, précisant que la France avait été le premier partenaire de l’OTAN à frapper l’Etat Islamique le 14 novembre et que 240 militaires français se trouvaient par ailleurs en Irak afin de superviser l’entraînement des forces de sécurité irakiennes. « À Aboukamal, nous avons détruit 116 camions-citernes. (…) Il s’agissait de nos premières frappes contre des camions-citernes et afin de réduire le risque de tuer des populations civiles, nous avons organisé une distribution de tracts avant le bombardement. » Et si l’on en croit les termes employés par le gradé américain et la signification du verbe « to buzz », les avions US auraient également lancé quelques coups d’avertisseurs à basse altitude pour avertir les conducteurs du bombardement imminent. Il n’est pas souligné que les pilotes aient dû faire également des appels de phare mais le contenu des tracts est quant à lui précisé : « Sortez de vous camions et courez loin d’eux. » « A very simple message », ajoute l’officier américain. D’après l’armée américaine, les alliés irakiens et syriens des forces de sécurité, appuyés par les bombardements, auraient reconquis quelque 700 kilomètres carrés de territoires et 200 villages abandonnés par l’Etat Islamique, dont les ressources ont largement diminué.

Quelques journalistes se demandent cependant pourquoi les camps d’entraînement et installations stratégiques que l’on annonçait fièrement avoir détruits lors des raids post-attentats sur Raqqa…n’ont été détruits que si tardivement. Réponse embarrassée de l’officier qui explique que ses installations avaient été précédemment frappées puis reconstruites ailleurs, ce qui imposait de les localiser à nouveau, pour les détruire à nouveau. Un éternel recommencement, reconnaît le militaire qui expose assez clairement le plan de sa hiérarchie : désorganiser suffisamment les liaisons et les revenus de l’Etat Islamique pour permettre aux forces irakiennes et syriennes d’intervenir plus significativement au sol, tout en faisant en sorte que les bombardements intensifs épargne le plus de civils possibles. « Est-ce que le fait de vouloir absolument protéger les populations civiles ne risque pas de prolonger le conflit et d’entraîner plus de pertes civiles ? », demande un autre journaliste. La réponse est plus embarrassée encore : « Une très bonne question, très pertinente. En tant que soldat nous avons chaque jour à faire des choix. Ce sont les choix que les officiers ont à prendre en compte et c’est pourquoi le fardeau du commandement est si lourd à porter… »

Reste une dernière interrogation : l’armée américaine va-t-elle parvenir à se coordonner longtemps avec les russes ? « Vous savez, nous sommes capables d’exécuter n’importe quelle mission que l’on nous donne. Nous avons les meilleurs pilotes, la technologie la plus sophistiquée que n’importe qui sur terre. » Hurrah ! Guns and guts made America great ! Au vu des résultats obtenus en Irak depuis 2003, on ne doute pas en effet que cette technologie fasse à nouveau des merveilles, abatte définitivement l’Etat Islamique, épargne les civils et l’environnement tout à la fois. Et considérant que le Charles-de-Gaulle est sur zone et que Tom Cruise rempile pour Top Gun 2, l’année 2016 s’annonce sous les meilleures auspices.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21831802_000002.

Syrie, Irak: deux Etats morts

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Syrie Irak

C’est la nouvelle priorité de la politique française en Syrie et en Irak : détruire Daech (ou l’Etat islamique, EI, c’est selon). Le président de la République l’a promis aux familles des victimes des attentats du 13 janvier : il fera tout pour « détruire les fanatiques de l’armée de Daech ». Dans un élan d’hubris, la France cherche à se placer à la tête de la lutte contre l’Etat djihadiste. Bachar Al-Assad, lui, peut désormais dormir plus tranquille. Honni il y a encore peu, il fait aujourd’hui un petit retour en grâce. Il n’est plus question pour lui ni de lignes rouges, ni de punitions. Mieux, pour Laurent Fabius, ses troupes au sol pourraient même être associées à l’effort d’intensification des frappes aériennes françaises contre les installations de l’Etat islamique.

Il n’y a cependant guère d’illusion à se faire. Cette réorientation n’est rien de plus qu’une gesticulation, tout au plus une opération de communication. Une proclamation sur le mode de l’épopée héroïque. Une proclamation contrainte, pour bien montrer à l’opinion publique « que l’on agit ». Des frappes aériennes ne suffiront tout au plus qu’à endiguer la progression territoriale de Daech. Pour raser ce proto-Etat de la carte, il faudrait donc envoyer des troupes au sol dans un nouveau bourbier oriental. Aucune puissance occidentale n’est prête à le faire. Les résultats désastreux des opérations afghane et irakienne permettent d’écarter définitivement cette hypothèse. Sur place, aucune force ne peut prendre le relais. Soutenir les troupes d’Assad est difficile à accepter moralement. Les Kurdes contrôlent les terres où vivent leurs populations et n’ont guère d’intérêt à avancer plus loin. Enfin, la rébellion syrienne est un magma informe de djihadistes semblables à ceux de Daech et de forces dites laïques dont l’organisation réelle reste à démontrer.

Plus fondamentalement, c’est l’inanité de l’objectif  de destruction de Daech qu’il faut pointer du doigt. Vouloir détruire l’Etat islamique est une chimère. Non seulement parce que couper la tête de l’hydre du terrorisme en fera pousser des dizaines d’autres. Mais aussi, et surtout, parce que nous n’avons rien pour remplacer cette entité. L’Etat islamique est, malheureusement, la forme politique de l’émergence de l’« Arabistan sunnite » irako-syrien. C’est la seule instance de direction de la proto-nation arabe et sunnite qui est en train de se constituer à cheval sur deux Etats morts : la Syrie et l’Irak.

La cause des maux de cette région, c’est leur entrée accélérée dans la modernité. La modernité, c’est, entre autres, l’Etat-nation. Syrie et Irak n’ont jamais été et ne seront jamais des Etats-nations. Aucun support assez puissant n’a jamais existé pour faire vivre en concorde, au sein de mêmes entités politiques, les populations hétérogènes qui les peuplent. Saddam Hussein et Bachar Al-Assad étaient avant tout deux potentats militaires qui tenaient en laisse, grâce à l’armée, des peuples qui n’ont pas vocation à vivre ensemble. Les Syriens et les Irakiens ne forment pas des nations. Les religions, traditions, mémoires et langues de cet Orient compliqué différent trop. Les haines et ambitions des élites communautaires scellent les séparations.

Aussi détestable que soit la façon dont Daech traite sa population, c’est aujourd’hui l’unique entité  à détenir une légitimité solide à gouverner les sunnites se trouvant sur son territoire. Ici, la Terreur seule ne joue pas. L’EI, alliée à des tribus locales, apporte un cadre politique bien plus acceptable que celui offert par les ex-dictatures. Il se bat pour la religion de manière plus tangible que le royaume saoudien. En s’attaquant à tout ce qui l’entoure, il combat les dominations étrangères. Il apporte une certaine stabilité à l’édifice social par l’application impitoyable de la charia. L’institution du califat, réminiscence prestigieuse de l’âge d’or de la civilisation islamique, aura toujours une prétention bien plus forte à présider aux destins des sunnites de la région que les pseudos-coalitions de notables locaux, impuissants et inconnus, sponsorisées par les puissances occidentales. Dotée d’une organisation efficace et d’une idéologie aussi puissante que séduisante, son projet est clair et lisible. Qui connaît aujourd’hui  la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution ? Sur quel projet peut-elle coaliser les opposants à Bachar Al-Assad et à l’EI ? Quelle Syrie propose-t-elle pour l’après-guerre civile ? Ces questions sont sans réponse. Si Assad a survécu jusqu’ici, c’est grâce à l’aide irano-russe, mais c’est aussi parce qu’il continue à représenter le vieil espoir d’une Syrie laïque et à peu près occidentalisée, surtout aux yeux des minorités qu’il protège.

La seule doctrine crédible pour agir en faveur de la paix dans la région doit avoir pour horizon la partition de la Syrie et de l’Irak. Peut-on vraiment croire à une solution politique de fédéralisation ? Tant que des populations hétérogènes vivront au sein de mêmes entités politiques, elles ne seront pas maîtresses d’elles-mêmes, mais l’instrument de diverses manipulations étrangères. La première d’entre elles, c’est bien sûr la terrible guerre par procuration, politique et religieuse, que se livrent l’Iran et l’Arabie Saoudite à travers l’antagonisme chiites-sunnites. Si la jeunesse du Liban ne parvient pas à éliminer définitivement la division communautaire de son pays pour créer un véritable sentiment national, exclusif des appartenances religieuses, il pourrait lui aussi retomber dans une guerre interne qu’il l’a longtemps fait souffrir.

L’homme est ainsi fait qu’il ne souhaite vivre qu’avec ses semblables. Ce qui s’esquisse aujourd’hui dans cette région, c’est la constitution d’Etats-nations modernes sur le charnier des créations artificielles du siècle dernier. Ce processus multiséculaire, démarré en France et en Angleterre au milieu de Moyen-Age, se poursuit de nos jours. Dans la douleur.

*Photo : SIPA.00717651_000009.

Régionales: la faillite du front républicain

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Jean-Pierre Masseret PS front républicain

Nous devons un aveu aux lecteurs de Causeur. Nous avons vraiment cru, lors de cet automne de campagne régionale, que le PS avait compris la bêtise de mettre en œuvre un front républicain à sens unique. Nous avons vraiment cru qu’il cesserait de sacrifier ses élus, qu’il ne commettrait pas la faute de s’absenter sciemment de plusieurs assemblées régionales pour six ans, prenant le risque de disparaître politiquement d’énormes territoires. Jean-Christophe Cambadélis le claironnait désormais : Christian Estrosi et Xavier Bertrand ne méritaient pas qu’on appelle à voter pour eux. François Hollande semblait en phase avec cette stratégie. Seul Matignon faisait de la résistance et mettait son poids dans la balance.

Il faut rendre justice au Premier ministre, c’est bien lui qui a eu gain de cause dimanche soir. François Hollande a donc préconisé le retrait de Pierre de Saintignon (Nord), Christophe Castaner (PACA) et Jean-Pierre Masseret (Grand Est) au profit des listes LR-UDI afin de « faire barrage » au Front national. François Hollande a-t-il changé d’avis en examinant les résultats du premier tour et en constatant que, étant en position de gagner davantage de régions que la droite classique, il pouvait se permettre cette posture morale dans l’optique de sa future campagne présidentielle ? Ou demandait-il à Jean-Christophe Cambadélis de tromper sciemment les électeurs en leur indiquant qu’ils pouvaient voter pour des listes qui iraient jusqu’au bout du combat ?

L’attitude frondeuse de Manuel Valls et de quelques affidés pendant cette période nous incitent à privilégier la première hypothèse. Mais, après tout, peu importe aujourd’hui. Ce qui est davantage intéressant, c’est que sur le terrain, on fait aujourd’hui de la résistance. Dans le Nord, de nombreux élus déplorent cette décision. L’ancien ministre Frédéric Cuvillier la « regrette » tandis que le président sortant Daniel Percheron, paraphrasant Churchill,  accuse Cambadélis et Saintignon d’avoir opté pour le déshonneur. En Provence, Christophe Castaner était aussi bien décidé à se maintenir. Mais il s’est fait tordre le bras très rapidement, ce qui peut être expliqué par sa jeunesse et son CV d’élu encore léger. Reste Jean-Pierre Masseret qui symbolise aujourd’hui la révolte de la base socialiste, prenant la succession difficile de la vauclusienne Catherine Arkilovitch, des élus socialistes de Béziers ou même, d’une certaine manière, de feu Georges Frèche. Le président sortant de la région Lorraine a jusque-là admirablement tenu face aux oukazes solfériniens. Il a déposé sa liste dès lundi après-midi et semble décidé à « ne rien lâcher », comme il l’a lui-même indiqué.

Hier soir, Manuel Valls a donné gravement ses consignes de vote, appelant à voter nommément pour Philippe Richert (LR) et donc contre la liste de son propre parti, contre ses camarades. On me dira que Jean-Pierre Masseret devrait perdre son investiture dans les prochaines heures, ainsi que sa place au Parti Socialiste, après des décennies de bons et loyaux services. On devrait aussi en profiter, afin de faire bon poids, pour le priver de son abonnement à Canal+ et à l’Obs. A vrai dire, cela lui en touchera une sans faire bouger l’autre. Ce qui est plus scandaleux, c’est la phrase de Manuel Valls qui lui intimait l’ordre « de ne pas s’accrocher à un poste ». Mais de quel poste parlait le Premier ministre ? De celui de président de région ? Tiens, on croyait que le PS n’avait plus aucune chance de gagner… Ou celui de conseiller régional d’opposition ? C’est ridicule : Masseret ne fait pas ça pour lui-même mais pour la présence de son parti dans la région et il y a d’ailleurs fort à parier qu’à 71 ans, devenu persona non grata, il démissionnera assez vite pour laisser la place à un plus jeune colistier.

L’objectif, pour Jean-Pierre Masseret, c’est de tenter d’aller chercher les abstentionnistes qui peuvent encore, tant qu’on ne s’avoue pas vaincu, donner la victoire à ses idées. Ce qui est en jeu, c’est que la gauche soit présente pour affronter ses adversaires au prochain conseil régional si, comme les pronostics l’annoncent, il est battu par Philippe Richert ou Florian Philippot. Mais ce qui compte pour François Hollande et Manuel Valls, c’est de pouvoir dire qu’ils ont sacrifié des élus et que Nicolas Sarkozy n’a pas sacrifié Dominique Reynié dans le Midi. Seulement voilà, même Alain Juppé s’opposait à ce retrait. Contrairement à NKM et Jean-Pierre Raffarin, il avait sans doute fait ses comptes et avait compris que l’absence de la liste LR-UDI donnerait davantage de réserves de voix potentielles à Louis Aliot. En maintenant la liste, Les Républicains rendent en réalité service à Carole Delga.

A quoi aboutiront la posture de Manuel Valls et les petits calculs de François Hollande, qui veut diviser la droite classique en tentant d’imiter François Mitterrand ? Si Marine Le Pen et Marion Maréchal l’emportent, malgré le retrait de la liste de gauche, cela démontrera que leurs électeurs se fichent bien des consignes parisiennes, et la victoire du FN sera symboliquement plus forte que si elle avait été obtenue à la faveur d’une triangulaire. Et dans tous les cas il sera difficile, pour les futurs candidats socialistes (aux prochaines législatives, par exemple) de toutes ces régions sacrifiées, de faire campagne au premier tour sans qu’on leur dise : « A quoi bon voter pour vous, vous allez vous retirer pour la droite ! »

Finalement, ce qui pourrait arriver de mieux au PS dimanche, ce serait que, coalisant des abstentionnistes du premier tour et même des électeurs de Florian Philippot séduits par le nouveau côté « antisystème » de la liste PS, Jean-Pierre Masseret crée la surprise. D’abord, ce serait très drôle. Et surtout le bon sens l’emporterait, cette fois-ci définitivement, enterrant une fois pour toutes cette ridicule stratégie du front républicain.

*Photo : © AFP JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN.

Clémentine Autain, Tariq Ramadan: ensemble contre la République?

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Ensemble Saint-Denis Clémentine Autain

Ce matin, sur le site d’« Ensemble ! », j’ai vu cet appel pour un meeting à Saint-Denis qui aura lieu demain soir « pour une politique de paix, de justice et de dignité », featuring Tariq Ramadan.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, « Ensemble ! » est une formation politique dont la porte-parole est Clémentine Autain, n°2 sur la liste de Claude Bartolone en Seine-Saint-Denis. Vous avez dit « dignité » ?

Dans un monde normal, j’imagine que Claude Bartolone, par ailleurs président de l’Assemblée Nationale, aurait publiquement rappelé à l’ordre Bécassine Autain. Le genre « Pas de ça chez nous !», puisque qu’il y a désormais un « nous » qui va du PS à la supposée gauche de la gauche. Et qui va même jusqu’à Estrosi, récemment converti, je cite, au « vivre ensemble » et au combat contre « la stigmatisation ».

Un « Front républicain » qui inclut aussi, de fait, les Indigènes de la République et l’inénarrable officine antirépublicaine qu’est le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), puisque ces deux formations appellent au même meeting que le parti de Clémentine Autain.

Mais nous ne sommes pas dans un monde normal, nous sommes en campagne électorale et Claude Bartolone a d’autres priorités. Hier matin, il a qualifié Valérie Pécresse de « ringarde » dans une interview au Parisien. Hier soir, à Créteil, lors du meeting unitaire de la néogauche plurielle, il a accusé la même Valérie  Pécresse de vouloir « mettre la région en rang, en uniforme, un serre-tête dans les cheveux »…

Je ne suis pas un fan du serre-tête. Mais quoi qu’il en soit, je le préfère à la burqa.

[NDLR : Une pétition a été lancée par le collectif R.E.V.E contre la tenue du meeting, appelant à un rassemblement de protestation si celui-ci n’était pas annulé]

Libé et «La femme voilée du métro»

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femme voilée métro Luc le Vaillant

femme voilée métro Luc le Vaillant

J’achète peu Libé — sinon pour vérifier de temps à autre l’état réel de la bien-pensance telle qu’elle s’exprime dans le Camp du Bien. J’ai trop de souvenirs de guerre liés à ce journal, du temps où il était de gauche, qu’il résidait à Barbès et que nous le défendions contre les attaques de vrais fachos, pour supporter le brouillis infâme de libéralisme hollandais et de boboïtude branchée qu’il est devenu. Souvenir aussi d’un jour où, vers 1995, un ami qui demandait Le Monde et Libé se vit répondre par le kiosquier : « Ah, la grande Pravda et la petite Pravda » — et comme il avait raison, cet homme !

Bref, je l’ai acheté hier mardi, sur le conseil affectueux d’une amie qui venait de le lire.

En page 27, sous la rubrique Ré / jouissances — joli en-tête —, un article de Luc Le Vaillant, que j’avais identifié il y a deux ans parce qu’il était l’un des rares, dans cette Gauche désormais parée de toutes les vertus ecclésiastiques, à défendre DSK et à imaginer à Pimprenelle une vie libertine avec un gigolo d’occasion, ce qui avait exaspéré les chiennes de garde du féminisme à géométrie variable.

L’article s’intitule « La femme voilée du métro », et fait le buzz, comme on dit dans la France qui a choisi l’onomatopée insectoïde comme mode d’expression : accusations mêlées de misogynie — péché mortel dans un pays où il est désormais interdit d’aimer les femmes — et d’islamophobie — autre tare indéniable dans un pays où, comme on le sait, tous les Musulmans sont nos amis et le communautarisme une bonne idée.

Je ne suis pas un grand amateur du style de Luc Le Vaillant — « un peu pudding, un peu meringue, un peu chantilly », disait un journaliste ami de Stratégies ; et Philippe Lançon, chroniqueur à Charlie et à Libé : « Son style a un côté débordant, humide, un peu sexe, qui exaspère les puritains. Lui, rien ne l’agace plus que les pisse-froid, les peine-à-jouir. » C’est tout à fait ça. Échantillon :

« La femme en noir est debout au coin d’une rame et n’attend personne. Elle a la puissance de celles qui aimantent à parité l’attention et la répulsion, la fascination et la détestation. Impavide, immobile, elle tient serrées les paranoïas ambiantes et calcifie les fantasmes destructeurs. Elle se retrouve encagée dans un grillage d’affects réprobateurs et de désirs ambivalents. Le tout lui fait un bouclier protecteur et un podium de pole-dance pour un strip-tease mystique terrorisant. »

« Elle porte une abaya couleur corbeau. La tenue traîne jusqu’au sol et balaie la poussière des anxiétés alentour. Les mains sont gantées et on ne saura jamais si les paumes sont moites. Cette autre soutane monothéiste lui fait la cuisse évasive, la fesse envasée, les seins restreints. Les cheveux sont distraits à la concupiscence des abominables pervers de l’Occident décadent. Ceux-ci ne rêvant, paraît-il, que de dénuder ce corps réservé à un seigneur et maître, réel ou spirituel, qui tient ses pouvoirs d’accaparement du Dieu unique à la féroce jalousie. »

Bref, Luc Le Vaillant, ou son doppelganger fantasmé, a donc rencontré une femme voilée dans le métro. Et il en a dit ce que pensent actuellement tous les gens raisonnables :

« Je me dis que j’exagère, et toute la rame avec moi, de mettre en garde à vue le libre arbitre d’une pauvre petite croyante qui ne fait de mal à personne en suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome. Sauf qu’il y a peu de chances que la demoiselle fête les 110 ans de la loi de 1905 dont elle ferait plutôt des confettis. Elle peut toujours arguer d’une pratique piétiste qui ne fait pas de mal à une mouche, je ne peux m’empêcher de la voir comme une compagne de route des lapideurs de couples adultères et des coupeurs de mains voleuses. Tant qu’elle ne rafale pas les terrasses à la kalach, elle peut penser ce qu’elle veut, croire aux bobards qui la réjouissent et s’habiller à sa guise mais j’aimerais juste qu’elle évite de me prendre pour une buse. Arborer ces emblèmes sinistres revient à balancer un bloc d’abîme fondamentaliste sur l’égalité homme-femme, sur les libertés publiques et sur l’émancipation de l’individu. Ce qui est son droit le plus strict, même si je le juge inique. »

« Le métro continue sa route. A la station Saint-Germain-des-Prés, j’implore Simone de Beauvoir de faire entendre raison aux asservies volontaires. A Saint-Sulpice, le flip revient et je me raconte que la femme voilée est en cheville avec le conducteur salafiste et que mon supplice en sous-sol est pour bientôt. A Saint-Placide, quand se finit la théorie des saints protecteurs si peu laïcards, mon naturel paisible pète un plomb et j’écartèle les portes pour sauter à quai alors que je suis censé ne descendre qu’à la prochaine. Ma couardise laissant la femme-fantôme continuer à couvert sous le tunnel, immobile et tout de noir vêtue. »

Le spécialiste de Sade que je fus apprécie au passage la référence discrète au merveilleux livre d’Annie Le Brun sur le Divin marquis (Soudain un bloc d’abîme, Sade — Jean-Jacques Pauvert 1986, mais aussi en Folio depuis l’année dernière). Et le défenseur féroce de la laïcité que je suis fait chorus avec ce sentiment d’étrange étrangeté dégagé par ce vêtement de deuil et de fanatisme textile.

Une collègue me racontait tout récemment comment, confrontée dans le métro à un fantôme en burka — pour ne pas déclencher d’émeutes, les flics ont désormais l’ordre de ne plus intervenir, à Marseille, quand au mépris de la loi des femmes grillagées occupent les rues —, elle avait vu toute la rame se regrouper à l’autre bout, et finalement descendre à l’arrêt suivant : après tout, on ne sait pas ce que les islamistes trimballent sous leurs défroques — on ne sait même pas si ce sont des femmes.

Mais ce qui est drôle, c’est que cet article tout naturel, quelles que soient mes réserves sur son style, a provoqué une révolution à Libé (c’est bien la première fois depuis longtemps que ce journal bien-pensant flirte avec la révolution, dont il fut jadis l’un des chantres). À en croire les Inrocks, autre totem de la branchitude, un journaliste anonyme du quotidien s’exclame : « Chez nous c’est la war room. On réfléchit à la réponse à apporter. La grande majorité des journalistes sont scandalisés. On a l’impression de faire 50 pas en arrière avec un texte comme ça, surtout après avoir fait des doubles et des doubles pages sur l’islamophobie, encore pas plus tard que la semaine dernière. »

Et les gardiens du temple et de la mosquée réunis de se répandre en tweets rageurs pour fustiger le racisme de Le Vaillant :

Au-delà de la liberté d’expression des journalistes (mais apparemment le délit de blasphème est en voie de réintroduction à Libé), ce que raconte Luc Le Vaillant est le quotidien de milliers de Français confrontés chaque jour aux croyances médiévales des salafistes, fondamentalistes et autres littéralistes — comme dit Tariq Ramadan dans un entretien que nous eûmes ensemble et qui est publié ce mois-ci dans la Revue des deux mondes.

Le quotidien aussi de milliers de femmes confinées par le fanatisme et l’ignorance derrière des voiles — dont je ne reconnais l’importance que lorsqu’on les ôte, comme jadis Salomé.

Quant à la condamnation à la géhenne de Luc Le Vaillant par ses pairs et paires (féminisons gaiement !), aucune importance. Cher Luc, vous vous rappelez sans doute ce que dit Molière dans Tartuffe : « C’est être libertin que d’avoir de bons yeux ». Et ma foi, libertins nous sommes sans doute — des esprits libres qui jamais n’accepteront que d’autres êtres libres soient confinés derrière des murs — de béton ou de toile.

*Photo : Flickr.com.

Soudain un bloc d'abîme, Sade

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Sarkozy, justiciable d’exception

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nicolas sarkozy justice etat urgence

nicolas sarkozy justice etat urgence

L’état d’urgence – instauré pour trois mois et que certains voudraient voir prolonger – est censé s’opposer à « l’État de droit ». La raison en est qu’essentiellement cet état d’exception, pour des motifs d’efficacité répressive, permet à l’autorité administrative des privautés avec les libertés publiques. Cependant, même en état d’urgence, tout n’est pas permis et l’État ne pourra agir que sous le contrôles du Parlement et de la justice. Autrement dit, les deux gardiens naturels des libertés publiques dans un « État de droit », autre nom de la société régulée par le droit, même quand celle-ci est en guerre, conservent de larges prérogatives.

Que depuis le vote de l’état d’urgence nombre de voix se soient élevées, s’inquiétant de son instauration, pour affirmer que nos libertés étaient menacées, rien n’est plus légitime. Or, si cette vigilance est indispensable, beaucoup de ceux qui s’en prévalent aujourd’hui ont été singulièrement muets dans d’autres circonstances où pour gravement les violer, on avait pourtant fait appel à celui qui en est quand même le gardien majeur, à savoir le juge. Leur sens de l’indignation serait-il à géométrie variable ?

J’avais déjà déploré la destruction totale du secret professionnel des avocats. Mais, en dehors des avocats eux-mêmes dont les organisations ont élevé la voix pour être aussitôt accusées « d’un corporatisme massif », pas grand monde n’a bougé. Pourtant, les atteintes étaient particulièrement sérieuses et il n’y avait pourtant pas, à ce moment-là, le moindre état d’urgence. Ah oui, pas d’état d’urgence, mais il y avait une autre circonstance. Les procédures concernaient Nicolas Sarkozy et quand c’est lui, on a le droit.

Un nouvel épisode assez croquignolet concernant l’ancien chef de l’État vient de trouver un terme provisoire devant le Conseil Constitutionnel. Dans la fameuse affaire « Azibert/Bismuth/Agenda », par la lecture du Monde informé régulièrement, on avait appris que Nicolas Sarkozy était accusé d’avoir corrompu un magistrat en retraite pour influencer la chambre criminelle de la Cour de Cassation pour que celle-ci lui restitue son agenda de Président de la République saisi – illégalement – dans l’affaire Bettencourt. Accusation passablement farfelue lorsque l’on connaît le fonctionnement de la Cour de Cassation, et quand on sait que finalement la Cour a refusé la restitution.

On a assisté cependant à un déploiement de moyens considérables. Deux magistrates ont été chargées de l’instruction, et les « deux dames » comme les appelle Sarkozy, n’ont pas chômé. Parmi bien d’autres institutions, elles ont ciblé les magistrats de la chambre criminelle. Probablement soucieuses de savoir si ceux-ci avait pu être approchés par Azibert, elles ont multiplié convocations et auditions, perquisitions, saisies d’ordinateurs, communication de fadettes et autres initiatives complètement disproportionnées. Ce zèle a créé, comme l’a rapporté Le Canard Enchaîné avec gourmandise, une ambiance assez lourde au palais. On apprend surtout à la lecture de l’hebdomadaire satirique que les magistrats auraient été cuisinés sur leur délibéré ayant abouti à leur décision de refus de restitution de l’agenda. Il est probable que les membres de la Cour de Cassation se rappelant le texte de leur serment ont été interloqués par la méthode : « Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions, de garder religieusement le secret des délibérations et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat ». Ils savent que c’est un principe constitutionnellement protégé et connaissent le rappel du Conseil d’État du 17 novembre 2012: « le secret des délibérations dans les assemblées juridictionnelles est un principe général du droit public français; que ce principe a pour objet d’assurer l’indépendance des juges et l’autorité morale de leurs décisions; qu’il s’impose, dès lors, à toutes les juridictions ». Les « deux dames » le savent probablement aussi, mais quand il s’agit de Sarkozy, on ne va pas s’arrêter à ce genre de détail, n’est-ce pas?

Le bruit court que les auditions dans le bureau des juges d’instruction ont été marquées par un sévère refroidissement climatique. Et bien sûr les magistrats de la chambre criminelle ont refusé de trahir ce secret. Qu’à cela ne tienne, on raconte qu’elles auraient alors réclamé la copie du rapport du conseiller rapporteur. Il s’agit de la synthèse du dossier soumis à la juridiction présentée par un conseiller à ses collègues de la collégialité pour leur fournir les éléments du débat nécessaire au délibéré. Les juristes attentifs savent que le rapport fait partie de ce délibéré, et qu’il est donc soumis au secret. La question est tranchée depuis longtemps, à la fois par le Conseil Constitutionnel et par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Mais puisqu’on vous dit qu’il s’agit de Sarkozy ! Avec lui, si l’on respecte la Constitution, on ne va pas s’en sortir. Si l’on comprend bien, il a fallu passer par une Question Prioritaire de Constitutionnalité, et saisir le Conseil Constitutionnel pour que la cour suprême confirme à nouveau l’évidence. Ce qu’elle a fait en respectant, comme à son habitude, l’adage: « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ». Mais enfin, le principe est à nouveau rappelé, et il est applicable, même quand il s’agit de l’ancien Président de la République.

Le Monde nous apprend, par l’intermédiaire de ses duettistes revigorés par l’affaire Benzéma, que les magistrats instructeurs ont récemment convoqué Nicolas Sarkozy pour une audition, au cours de laquelle il serait resté muet. Oui, mais dites donc il y a un autre problème, puisque la procédure d’instruction dans ce dossier est suspendue depuis une décision de la chambre d’instruction de Paris il y a maintenant plus d’un an ! Aucun acte de cette nature ne peut normalement être actuellement accompli. Comment comprendre cette nouvelle violation des règles ? C’est très simple, dès lors qu’il s’agit de l’ancien Président de la république, on peut faire ce qu’on veut.

Curieux destin que celui de Nicolas Sarkozy, homme politique par ailleurs avocat. Voilà quelqu’un qui aura incontestablement fait évoluer le droit. Mais pas comme Président de la République ou ministre, comme justiciable.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00732337_000133.

Daech-Arabie Saoudite, même combat?

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daech arabie saoudite trevidic

daech arabie saoudite trevidic

L’Arabie saoudite n’a pas bonne presse. Les réseaux sociaux s’énervent contre le royaume et sur Twitter, le hashtag #SueMeSaudi – « Fais-moi un procès, Arabie Saoudite » – fleurit depuis quelques jours. En cause, l’annonce du ministère de la Justice saoudien informant que toute comparaison entre la condamnation à mort d’un poète pour apostasie et les pratiques de Daech ferait l’objet d’une poursuite judiciaire. Maladroitement, le gouvernement saoudien a mis le doigt sur le problème : pour beaucoup l’Arabie saoudite ne diffère guère de l’Etat islamique.

C’est d’ailleurs exactement ce qu’avançait, le 20 novembre dernier, l’écrivain algérien Kamel Daoud,  dans une tribune publiée par le New York Times et dont le titre est on ne peut plus clair « L’Arabie saoudite, un Daech qui a réussi ». L’attaque est frontale : « Daech noir, Daech blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. ».

Ce n’est pas la première fois que la pétromonarchie se trouve dans l’œil du cyclone : à la suite des attentats du 11 septembre, l’opinion publique américaine avait découvert, ahurie, que Ben Laden et un certain nombre de terroristes ayant frappé les Etats-Unis étaient d’origine saoudienne. Presque du jour au lendemain, le plus vieil allié de Washington au Moyen-Orient devenait un quasi-paria.

En France, des voix s’élèvent pour dénoncer la proximité idéologique de la monarchie wahhabite avec l’Etat islamique. Ainsi, Marc Trévidic, ancien juge anti-terroriste, déclarait sur France 2 le lendemain des attentats de 13 novembre que « Le wahhabisme (dont l’Arabie saoudite est considérée comme le berceau et le principal foyer de propagation) a diffusé [le salafisme] sur la planète depuis le conflit en Afghanistan, [en] 1979. Est-ce qu’on est copains avec (les Saoudiens) pour des raisons économiques se demande le juge antiterroriste ? La politique américaine, c’est :’On adore les fondamentalismes religieux s’ils sont libéraux économiquement’. C’est comme ça depuis des années. C’est leur crédo ! C’est super les Saoudiens, c’est super le Qatar, les Emirats arabes unis parce qu’ils commercent…».

Pire encore, l’Arabie Saoudite sunnite est soupçonnée de financer secrètement des organisations terroristes telles que la filiale syrienne d’Al-Qaïda Al-Nosra ou  l’Etat islamique dans le but de déstabiliser la Syrie,  maillon essentiel de l’axe chiite –Iran-Irak-Syrie-Liban.

Que l’Arabie saoudite ne soit pas un régime très sympathique est une évidence. Il serait préférable de voir ses citoyens vivre dans une société moins rigide et plus libre. Et après ? Une position  cohérente proposerait d’aligner la politique étrangère de la France sur nos valeurs démocratiques. Personne ne le propose sérieusement car le prix à payer – notamment en termes de perte d’influence et d’échanges économiques – est jugé trop élevé.

Certains brocardent également les alliances de la France en raison de leur inefficacité stratégique. Cela s’entend. On peut très bien avancer que les alliances françaises dans la péninsule arabique coûtent plus qu’elles ne rapportent. C’est une question légitime mais difficile à trancher. Car il n’est pas aisé de dresser le bilan « objectif » d’une alliance. Encore moins de le comparer avec le bilan théorique d’une alliance alternative.

En réalité, derrière le « Saudi bashing » se cache la volonté – légitime au demeurant – d’opérer un revirement géostratégique dans la région et au-delà. Derrière la dénonciation de l’Arabie saoudite au nom des valeurs de la France se trouve bien souvent la volonté de se rapprocher de l’Iran, de soutenir Assad en Syrie et de réchauffer les relations avec la Russie. Les tenants de cette ligne ont des arguments puissants et cohérents dont toute notion de morale semble exclue. S’il faut se rapprocher de la Russie et de l’Iran, faudrait-il s’en éloigner aussitôt que ces pays bafouent ostensiblement les droits de l’homme ? Et quid de nos relations avec le Pakistan, pays peu réputé pour sa tolérance religieuse ? Pouvons-nous rompre avec nos partenaires qui jouent un double jeu comme la Turquie, deuxième armée de l’OTAN, dont le jeu dans la crise syrienne est tout sauf clair ?

En fait, les alliances géopolitiques se jugent en fonction des intérêts nationaux, mais aussi de la capacité de nos partenaires à faire preuve de rationalité sur le plan diplomatique. Et c’est sur ce point que la différence entre l’Arabie saoudite et l’EI est flagrante : la monarchie saoudienne est peut-être détestable mais c’est un acteur rationnel, sensible aux calculs de pertes et profits et dont la politique suit une logique compréhensible. On ne peut pas –  c’est le moins qu’on puisse dire – en dire autant de l’EI. C’est pourquoi il n’y d’autre choix que de combattre cette organisation terroriste.

Il est donc nécessaire d’examiner le système des alliances françaises au Moyen-Orient et plus encore de plaider pour un changement. Mais, de grâce, n’abordons pas ce débat sous un angle moral.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21820113_000025.

Les attentats, une chance pour le Front?

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attentats Front national

attentats Front national

La décence la plus élémentaire nous interdit d’écrire – et même de penser – que les attentats de Paris « profitent » à qui que ce soit. Par respect pour les 500 personnes touchées le mois dernier, dont 130 ont perdu la vie, un minimum de dignité s’impose. Mais rien n’empêche de constater, par exemple, que les attentats de Madrid en 2004 ont retourné l’opinion espagnole en faveur du social-démocrate Zapatero.

Aujourd’hui, certains commentateurs n’hésitent donc pas à établir un lien direct entre le terrorisme islamiste et le score du FN aux élections régionales. Comme si la colère et la peur étaient les seules motivations possibles de ses électeurs, forcément inaptes au moindre recul, et donc une chance pour le Front.

Dès septembre dernier, Gérald Darmanin, directeur de campagne de Xavier Bertrand en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, l’affirmait sans la moindre hésitation : « La seule chose qui peut faire gagner Marine Le Pen, c’est un attentat 48 heures avant. » Et il ajoutait, avec la délicatesse d’un Caterpillar : « C’est la candidate de Daech. »

Résultat, ce dimanche 6 décembre au soir, Rue89 expliquait benoîtement que « cette poussée frontiste doit beaucoup à la peur post-attentats » et que « Marine Le Pen peut remercier (…) le groupe Etat islamique ». Et toute la presse, nationale comme locale, était à l’unisson.

Or, comme souvent, personne n’a songé à vérifier la validité de ce postulat. Sans quoi on aurait rapidement découvert qu’il était sinon parfaitement faux, du moins largement discutable. D’ailleurs, ce sont ses propagateurs eux-mêmes qui en apportent la preuve.

Dès 23h dimanche soir, Anne Hidalgo, maire de Paris, enfilait ses plus gros sabots pour tweeter le message suivant : « Je veux saluer les résultats remarquablement faibles du FN dans les bureaux de vote des quartiers ciblés lors des attentats du 13 novembre. »

tweet Anne Hidalgo

« Remarquablement faible », c’est le mot, puisque les scores de Wallerand de Saint-Just dans le Boboland des Xe et XIe arrondissements de Paris ont été respectivement de 7,3% et 7,5%, soit près de quatre fois inférieurs à celui du FN au niveau national. Vous avez dit « effet attentats » ?

Le lendemain, le député socialiste Erwann Binet tweetait carrément : « Toujours pas de communiqué de l’EI pour revendiquer et se réjouir des résultats d’hier soir… » Avait-il manqué le tweet d’Anne Hidalgo ? Quoi qu’il en soit, réalisant sans doute l’obscénité monstrueuse de son message, il s’est empressé de l’effacer.

tweet Erwann Binet

Problème : les sondages réalisés avant et après les attentats du 13 novembre démontrent au contraire que le « vote sanction » (contre le pouvoir en place) a diminué de 11 points, et que le « vote de soutien » a même gagné trois points. Quant à la cote de François Hollande, elle a fait un bond spectaculaire de 22 points, passant de 28% à 50% d’opinions favorables.

Ce regain de popularité inespéré est de toute évidence lié à son attitude, plus présidentielle que jamais en ces circonstances tragiques, et aux mesures d’urgence qu’il a immédiatement annoncées. Il est logique que son parti en récolte les fruits, avec des scores moins ridicules que prévu dans bien des régions. Mais qui oserait faire le raccourci consistant à dire que François Hollande « peut remercier l’Etat islamique » ?

Encore une fois, pas nous.

*Photo : AP21831766_000009.

Bourgogne-Franche-Comté : comment perdre 10 000 voix en un seul clic

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Nous l’avons vu lundi, la Bourgogne-Franche-Comté fait partie des régions qui pourraient fort bien basculer dans l’escarcelle frontiste. C’est aussi une des exceptions au front républicain que le trio Hollande-Valls-Cambadélis a décrété, expliquant que le total de la gauche dépassait le total de la droite, faisant dire à la candidate socialiste Marie-Guite Dufay que son cas n’avait rien à voir avec celui de Jean-Pierre Masseret.

C’est sans doute pour s’en convaincre elle-même, davantage encore que l’UDI qui appelle au retrait de toutes les listes classées troisièmes dans les régions où le FN est en tête, qu’elle a cru bon de faire des jolies additions sur sa page Facebook, déclenchant la colère de Julien Gonzales, tête de liste de l’Alliance écologiste indépendante. Ce dernier lui reproche d’avoir additionné ses voix ainsi que celles de la liste Lutte ouvrière alors que ces deux partis appellent leurs électeurs à voter dimanche prochain en leur âme et conscience. Julien Gonzales, qui sait que les voix obtenues sont autant sinon davantage dues au mot « indépendante » qu’au mot « écologiste », a envoyé une lettre ouverte à Marie-Guite Dufay diffusée tous les médias fustigeant la « malhonnêteté intellectuelle » de la candidate de la gauche. Il la menace de poursuites judiciaires si elle ne retire pas sa publication sur Facebook ou si elle devait utiliser le même savant calcul dans le moindre tract. Enfin, il lui indique qu’elle a réussi à le convaincre de ne pas voter pour elle, hésitant aujourd’hui entre le bulletin blanc et le bulletin LR-UDI.

Nul doute que parmi les 20 615 électeurs de la liste écologiste indépendante, ils seront un certain nombre à partager le sentiment de Julien Gonzales. Alors qu’on annonce une élection plutôt serrée, Marie-Guite Dufay pourra méditer sur cette question : comment, en un clic Facebook, peut-on perdre connement plusieurs milliers de voix, et  un siège de président de région ?

Régionales : vive les Bretons

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ledrian regionales verts cosse autain

ledrian regionales verts cosse autain

L’humiliation que le facétieux Jean-Yves Le Drian vient d’infliger à Europe-Ecologie-Les-Verts en refusant de fusionner leur liste avec la sienne restera comme une des très bonnes nouvelles de cet entre-deux-tours. Si je m’appelais Cohennec, je voterais Le Drian dimanche prochain, quoi que je pense par ailleurs de la politique du gouvernement auquel il appartient. Voter est un choix politique, c’est aussi, un peu, un choix éthique et esthétique.

En vertu de quoi, je comprends les hésitations de nombre de mes amis républicains de gauche à voter pour Bartolone au second tour, sachant qu’il a accordé une place de choix (deuxième de liste dans le 9-3) à Bécassine Autain.

Celle-là même qui traite de stigmatisateur quiconque s’oppose frontalement à l’islamisme (j’imagine qu’elle à dû résilier son abonnement de soutien à Causeur en voyant la Une du dernier numéro).

Cf. cette vidéo de mai 2013 :

Celle-là même qui, au soir du premier tour, a jugé que le score élevé du FN était « un désastre qu’il faut d’abord imputer à la politique gouvernementale », pour envisager aussitôt une fusion de sa liste avec celle du PS pour le second tour (ce qui fut fait dès le lendemain).

Celle-là même qui a posté, après les attentats de Paris, le tweet le plus grotesque de l’année.

autain

Heu, s’il faut opposer à Daech plus de services publics et plus de solidarité, j’attends avec impatience que Clémentine nous explique qu’« il faut opposer au FN plus de MJC et plus de fraternité ». Voter, c’est aussi un choix esthétique, disais-je plus haut…

Mais revenons à nos Bretons. En vrai, Le Drian a envoyé bouler les Verts parce qu’arithmétiquement il a déjà gagné en Bretagne, et qu’il n’a donc pas besoin de s’encombrer de charlots qui crachent sur l’armée et les forces de l’ordre, y compris quand nos légionnaires et nos paras tombent pour la France et pour l’humanité en combattant les islamistes au Mali.

Bravo Jean-Yves, et même deux fois bravo ! Car avant de procéder à son coup de force anti-écolo, le ministre de la Défense a su déceler une faille de taille dans le dispositif de l’adversaire vert. Je m’explique.

Si j’étais militant EELV (rires dans la salle) en Bretagne ou ailleurs, je me poserais la question suivante : est-il bien normal que la cheffe du parti (Emmanuelle Cosse, donc) se soit empressée de tomber dans les bras de Barto dès dimanche soir, AVANT de blinder avec Camba et Valls des accords de fusion raisonnables pour les Verts dans TOUTES les régions ?

Soit Emmanuelle Cosse ne pense qu’à sa pomme, soit c’est une bintje. Ou alors les deux.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00728754_000001.

Daech, antiterrorisme et bombardements durables

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raqqa daech cia cop21

raqqa daech cia cop21

L’US Air Force se met aussi à l’heure de la Cop 21. La semaine dernière, l’ancien directeur de la CIA, Michael Morell a déclaré que la Maison Blanche tenait à limiter les frappes visant les installations pétrolières détenues par l’Etat Islamique. « Nous ne visons pas les puits de pétrole, a déclaré Michael Morell, car nous ne voulons pas causer de dommages environnementaux et car nous ne souhaitons pas détruire ces infrastructures. » L’affirmation de l’ancien chef de la CIA semble corroborée par le contenu de la conférence de presse organisée à Bagdad par le département de la défense américain pour présenter l’opération « Inherent Resolve ». Lors de la réunion organisée le 18 novembre dernier, le colonel Steve Warren a justifié le nombre très mesuré de frappes sur les camions-citernes au nom de la protection des populations civiles, et en particulier des conducteurs de ces poids lourds car c’est bien connu, les routiers sont sympas : « C’est une décision que nous avons eu à prendre. Nous n’avons pas frappé ces camions mais si nous avons établi qu’ils sont bien utilisés pour des opérations au profit de l’EI, les conducteurs eux-mêmes ne sont probablement pas des membres de l’EI ; ce sont probablement juste des civils. Nous avons donc dû trouver un moyen de contourner le problème. »
L’attention surprenante portée à l’environnement et au sort des conducteurs de citerne pourrait s’expliquer, à en croire Michael Morell, par la conviction des hauts responsables américains qu’il faudra bien s’appuyer sur quelque chose, et en particulier sur l’infrastructure pétrolière pour relever le pays quand le problème de l’Etat Islamique aura été réglé. L’optimisme est décidément une composante essentielle de l’état d’esprit américain…

Si l’on en croit la conférence de presse qui s’est tenue à Bagdad, les attentats parisiens du 13 novembre ont cependant amené à intensifier les frappes sur les convois de pétrole : « Cette coalition est devenue au fil du temps un peu comme une famille et nos prières et nos cœurs sont avec les Français », a déclaré le colonel Steve Warren, précisant que la France avait été le premier partenaire de l’OTAN à frapper l’Etat Islamique le 14 novembre et que 240 militaires français se trouvaient par ailleurs en Irak afin de superviser l’entraînement des forces de sécurité irakiennes. « À Aboukamal, nous avons détruit 116 camions-citernes. (…) Il s’agissait de nos premières frappes contre des camions-citernes et afin de réduire le risque de tuer des populations civiles, nous avons organisé une distribution de tracts avant le bombardement. » Et si l’on en croit les termes employés par le gradé américain et la signification du verbe « to buzz », les avions US auraient également lancé quelques coups d’avertisseurs à basse altitude pour avertir les conducteurs du bombardement imminent. Il n’est pas souligné que les pilotes aient dû faire également des appels de phare mais le contenu des tracts est quant à lui précisé : « Sortez de vous camions et courez loin d’eux. » « A very simple message », ajoute l’officier américain. D’après l’armée américaine, les alliés irakiens et syriens des forces de sécurité, appuyés par les bombardements, auraient reconquis quelque 700 kilomètres carrés de territoires et 200 villages abandonnés par l’Etat Islamique, dont les ressources ont largement diminué.

Quelques journalistes se demandent cependant pourquoi les camps d’entraînement et installations stratégiques que l’on annonçait fièrement avoir détruits lors des raids post-attentats sur Raqqa…n’ont été détruits que si tardivement. Réponse embarrassée de l’officier qui explique que ses installations avaient été précédemment frappées puis reconstruites ailleurs, ce qui imposait de les localiser à nouveau, pour les détruire à nouveau. Un éternel recommencement, reconnaît le militaire qui expose assez clairement le plan de sa hiérarchie : désorganiser suffisamment les liaisons et les revenus de l’Etat Islamique pour permettre aux forces irakiennes et syriennes d’intervenir plus significativement au sol, tout en faisant en sorte que les bombardements intensifs épargne le plus de civils possibles. « Est-ce que le fait de vouloir absolument protéger les populations civiles ne risque pas de prolonger le conflit et d’entraîner plus de pertes civiles ? », demande un autre journaliste. La réponse est plus embarrassée encore : « Une très bonne question, très pertinente. En tant que soldat nous avons chaque jour à faire des choix. Ce sont les choix que les officiers ont à prendre en compte et c’est pourquoi le fardeau du commandement est si lourd à porter… »

Reste une dernière interrogation : l’armée américaine va-t-elle parvenir à se coordonner longtemps avec les russes ? « Vous savez, nous sommes capables d’exécuter n’importe quelle mission que l’on nous donne. Nous avons les meilleurs pilotes, la technologie la plus sophistiquée que n’importe qui sur terre. » Hurrah ! Guns and guts made America great ! Au vu des résultats obtenus en Irak depuis 2003, on ne doute pas en effet que cette technologie fasse à nouveau des merveilles, abatte définitivement l’Etat Islamique, épargne les civils et l’environnement tout à la fois. Et considérant que le Charles-de-Gaulle est sur zone et que Tom Cruise rempile pour Top Gun 2, l’année 2016 s’annonce sous les meilleures auspices.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21831802_000002.

Syrie, Irak: deux Etats morts

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Syrie Irak

Syrie Irak

C’est la nouvelle priorité de la politique française en Syrie et en Irak : détruire Daech (ou l’Etat islamique, EI, c’est selon). Le président de la République l’a promis aux familles des victimes des attentats du 13 janvier : il fera tout pour « détruire les fanatiques de l’armée de Daech ». Dans un élan d’hubris, la France cherche à se placer à la tête de la lutte contre l’Etat djihadiste. Bachar Al-Assad, lui, peut désormais dormir plus tranquille. Honni il y a encore peu, il fait aujourd’hui un petit retour en grâce. Il n’est plus question pour lui ni de lignes rouges, ni de punitions. Mieux, pour Laurent Fabius, ses troupes au sol pourraient même être associées à l’effort d’intensification des frappes aériennes françaises contre les installations de l’Etat islamique.

Il n’y a cependant guère d’illusion à se faire. Cette réorientation n’est rien de plus qu’une gesticulation, tout au plus une opération de communication. Une proclamation sur le mode de l’épopée héroïque. Une proclamation contrainte, pour bien montrer à l’opinion publique « que l’on agit ». Des frappes aériennes ne suffiront tout au plus qu’à endiguer la progression territoriale de Daech. Pour raser ce proto-Etat de la carte, il faudrait donc envoyer des troupes au sol dans un nouveau bourbier oriental. Aucune puissance occidentale n’est prête à le faire. Les résultats désastreux des opérations afghane et irakienne permettent d’écarter définitivement cette hypothèse. Sur place, aucune force ne peut prendre le relais. Soutenir les troupes d’Assad est difficile à accepter moralement. Les Kurdes contrôlent les terres où vivent leurs populations et n’ont guère d’intérêt à avancer plus loin. Enfin, la rébellion syrienne est un magma informe de djihadistes semblables à ceux de Daech et de forces dites laïques dont l’organisation réelle reste à démontrer.

Plus fondamentalement, c’est l’inanité de l’objectif  de destruction de Daech qu’il faut pointer du doigt. Vouloir détruire l’Etat islamique est une chimère. Non seulement parce que couper la tête de l’hydre du terrorisme en fera pousser des dizaines d’autres. Mais aussi, et surtout, parce que nous n’avons rien pour remplacer cette entité. L’Etat islamique est, malheureusement, la forme politique de l’émergence de l’« Arabistan sunnite » irako-syrien. C’est la seule instance de direction de la proto-nation arabe et sunnite qui est en train de se constituer à cheval sur deux Etats morts : la Syrie et l’Irak.

La cause des maux de cette région, c’est leur entrée accélérée dans la modernité. La modernité, c’est, entre autres, l’Etat-nation. Syrie et Irak n’ont jamais été et ne seront jamais des Etats-nations. Aucun support assez puissant n’a jamais existé pour faire vivre en concorde, au sein de mêmes entités politiques, les populations hétérogènes qui les peuplent. Saddam Hussein et Bachar Al-Assad étaient avant tout deux potentats militaires qui tenaient en laisse, grâce à l’armée, des peuples qui n’ont pas vocation à vivre ensemble. Les Syriens et les Irakiens ne forment pas des nations. Les religions, traditions, mémoires et langues de cet Orient compliqué différent trop. Les haines et ambitions des élites communautaires scellent les séparations.

Aussi détestable que soit la façon dont Daech traite sa population, c’est aujourd’hui l’unique entité  à détenir une légitimité solide à gouverner les sunnites se trouvant sur son territoire. Ici, la Terreur seule ne joue pas. L’EI, alliée à des tribus locales, apporte un cadre politique bien plus acceptable que celui offert par les ex-dictatures. Il se bat pour la religion de manière plus tangible que le royaume saoudien. En s’attaquant à tout ce qui l’entoure, il combat les dominations étrangères. Il apporte une certaine stabilité à l’édifice social par l’application impitoyable de la charia. L’institution du califat, réminiscence prestigieuse de l’âge d’or de la civilisation islamique, aura toujours une prétention bien plus forte à présider aux destins des sunnites de la région que les pseudos-coalitions de notables locaux, impuissants et inconnus, sponsorisées par les puissances occidentales. Dotée d’une organisation efficace et d’une idéologie aussi puissante que séduisante, son projet est clair et lisible. Qui connaît aujourd’hui  la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution ? Sur quel projet peut-elle coaliser les opposants à Bachar Al-Assad et à l’EI ? Quelle Syrie propose-t-elle pour l’après-guerre civile ? Ces questions sont sans réponse. Si Assad a survécu jusqu’ici, c’est grâce à l’aide irano-russe, mais c’est aussi parce qu’il continue à représenter le vieil espoir d’une Syrie laïque et à peu près occidentalisée, surtout aux yeux des minorités qu’il protège.

La seule doctrine crédible pour agir en faveur de la paix dans la région doit avoir pour horizon la partition de la Syrie et de l’Irak. Peut-on vraiment croire à une solution politique de fédéralisation ? Tant que des populations hétérogènes vivront au sein de mêmes entités politiques, elles ne seront pas maîtresses d’elles-mêmes, mais l’instrument de diverses manipulations étrangères. La première d’entre elles, c’est bien sûr la terrible guerre par procuration, politique et religieuse, que se livrent l’Iran et l’Arabie Saoudite à travers l’antagonisme chiites-sunnites. Si la jeunesse du Liban ne parvient pas à éliminer définitivement la division communautaire de son pays pour créer un véritable sentiment national, exclusif des appartenances religieuses, il pourrait lui aussi retomber dans une guerre interne qu’il l’a longtemps fait souffrir.

L’homme est ainsi fait qu’il ne souhaite vivre qu’avec ses semblables. Ce qui s’esquisse aujourd’hui dans cette région, c’est la constitution d’Etats-nations modernes sur le charnier des créations artificielles du siècle dernier. Ce processus multiséculaire, démarré en France et en Angleterre au milieu de Moyen-Age, se poursuit de nos jours. Dans la douleur.

*Photo : SIPA.00717651_000009.

Régionales: la faillite du front républicain

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Jean-Pierre Masseret PS front républicain

Jean-Pierre Masseret PS front républicain

Nous devons un aveu aux lecteurs de Causeur. Nous avons vraiment cru, lors de cet automne de campagne régionale, que le PS avait compris la bêtise de mettre en œuvre un front républicain à sens unique. Nous avons vraiment cru qu’il cesserait de sacrifier ses élus, qu’il ne commettrait pas la faute de s’absenter sciemment de plusieurs assemblées régionales pour six ans, prenant le risque de disparaître politiquement d’énormes territoires. Jean-Christophe Cambadélis le claironnait désormais : Christian Estrosi et Xavier Bertrand ne méritaient pas qu’on appelle à voter pour eux. François Hollande semblait en phase avec cette stratégie. Seul Matignon faisait de la résistance et mettait son poids dans la balance.

Il faut rendre justice au Premier ministre, c’est bien lui qui a eu gain de cause dimanche soir. François Hollande a donc préconisé le retrait de Pierre de Saintignon (Nord), Christophe Castaner (PACA) et Jean-Pierre Masseret (Grand Est) au profit des listes LR-UDI afin de « faire barrage » au Front national. François Hollande a-t-il changé d’avis en examinant les résultats du premier tour et en constatant que, étant en position de gagner davantage de régions que la droite classique, il pouvait se permettre cette posture morale dans l’optique de sa future campagne présidentielle ? Ou demandait-il à Jean-Christophe Cambadélis de tromper sciemment les électeurs en leur indiquant qu’ils pouvaient voter pour des listes qui iraient jusqu’au bout du combat ?

L’attitude frondeuse de Manuel Valls et de quelques affidés pendant cette période nous incitent à privilégier la première hypothèse. Mais, après tout, peu importe aujourd’hui. Ce qui est davantage intéressant, c’est que sur le terrain, on fait aujourd’hui de la résistance. Dans le Nord, de nombreux élus déplorent cette décision. L’ancien ministre Frédéric Cuvillier la « regrette » tandis que le président sortant Daniel Percheron, paraphrasant Churchill,  accuse Cambadélis et Saintignon d’avoir opté pour le déshonneur. En Provence, Christophe Castaner était aussi bien décidé à se maintenir. Mais il s’est fait tordre le bras très rapidement, ce qui peut être expliqué par sa jeunesse et son CV d’élu encore léger. Reste Jean-Pierre Masseret qui symbolise aujourd’hui la révolte de la base socialiste, prenant la succession difficile de la vauclusienne Catherine Arkilovitch, des élus socialistes de Béziers ou même, d’une certaine manière, de feu Georges Frèche. Le président sortant de la région Lorraine a jusque-là admirablement tenu face aux oukazes solfériniens. Il a déposé sa liste dès lundi après-midi et semble décidé à « ne rien lâcher », comme il l’a lui-même indiqué.

Hier soir, Manuel Valls a donné gravement ses consignes de vote, appelant à voter nommément pour Philippe Richert (LR) et donc contre la liste de son propre parti, contre ses camarades. On me dira que Jean-Pierre Masseret devrait perdre son investiture dans les prochaines heures, ainsi que sa place au Parti Socialiste, après des décennies de bons et loyaux services. On devrait aussi en profiter, afin de faire bon poids, pour le priver de son abonnement à Canal+ et à l’Obs. A vrai dire, cela lui en touchera une sans faire bouger l’autre. Ce qui est plus scandaleux, c’est la phrase de Manuel Valls qui lui intimait l’ordre « de ne pas s’accrocher à un poste ». Mais de quel poste parlait le Premier ministre ? De celui de président de région ? Tiens, on croyait que le PS n’avait plus aucune chance de gagner… Ou celui de conseiller régional d’opposition ? C’est ridicule : Masseret ne fait pas ça pour lui-même mais pour la présence de son parti dans la région et il y a d’ailleurs fort à parier qu’à 71 ans, devenu persona non grata, il démissionnera assez vite pour laisser la place à un plus jeune colistier.

L’objectif, pour Jean-Pierre Masseret, c’est de tenter d’aller chercher les abstentionnistes qui peuvent encore, tant qu’on ne s’avoue pas vaincu, donner la victoire à ses idées. Ce qui est en jeu, c’est que la gauche soit présente pour affronter ses adversaires au prochain conseil régional si, comme les pronostics l’annoncent, il est battu par Philippe Richert ou Florian Philippot. Mais ce qui compte pour François Hollande et Manuel Valls, c’est de pouvoir dire qu’ils ont sacrifié des élus et que Nicolas Sarkozy n’a pas sacrifié Dominique Reynié dans le Midi. Seulement voilà, même Alain Juppé s’opposait à ce retrait. Contrairement à NKM et Jean-Pierre Raffarin, il avait sans doute fait ses comptes et avait compris que l’absence de la liste LR-UDI donnerait davantage de réserves de voix potentielles à Louis Aliot. En maintenant la liste, Les Républicains rendent en réalité service à Carole Delga.

A quoi aboutiront la posture de Manuel Valls et les petits calculs de François Hollande, qui veut diviser la droite classique en tentant d’imiter François Mitterrand ? Si Marine Le Pen et Marion Maréchal l’emportent, malgré le retrait de la liste de gauche, cela démontrera que leurs électeurs se fichent bien des consignes parisiennes, et la victoire du FN sera symboliquement plus forte que si elle avait été obtenue à la faveur d’une triangulaire. Et dans tous les cas il sera difficile, pour les futurs candidats socialistes (aux prochaines législatives, par exemple) de toutes ces régions sacrifiées, de faire campagne au premier tour sans qu’on leur dise : « A quoi bon voter pour vous, vous allez vous retirer pour la droite ! »

Finalement, ce qui pourrait arriver de mieux au PS dimanche, ce serait que, coalisant des abstentionnistes du premier tour et même des électeurs de Florian Philippot séduits par le nouveau côté « antisystème » de la liste PS, Jean-Pierre Masseret crée la surprise. D’abord, ce serait très drôle. Et surtout le bon sens l’emporterait, cette fois-ci définitivement, enterrant une fois pour toutes cette ridicule stratégie du front républicain.

*Photo : © AFP JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN.